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saison 10 11

Joyeuse

Veuve pour les fêtes

La Jeune troupe en conf idence

à propos d'émotion

Récital

Anne la Kaiserin

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| LE journaL du cErcLE du Grand ThéâTrE ET du Grand ThéâTrE dE GEnèvE | N° 5 | décembre 2010 |

L'opéra en analyse

Pina Bausch

Un souffle sur le Grand Théâtre

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Opération

Lever de rideau à Genève sur... la plus ancienne banque de Suisse, Wegelin & Co. Depuis 1741, en tant que banquiers privés, nous avons tout vécu : périodes d’euphorie et de joyeuse insouciance, mais aussi guerres, révolutions et krachs boursiers… Pourtant, nous sommes toujours là. Et nos clients aussi qui, de génération en génération, ont vu leur patrimoine familial fructifier. Toujours en quête de techniques de gestion les plus performantes, nous avons développé des stratégies de placement avant-gardistes basées sur des instruments simples et accessibles. Aspirez-vous à des relations privilégiées? Nous serions heureux de vous rencontrer au boulevard Georges-Favon 5.

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> EDiTO

avec La Veuve, Joyeuses fêtes par Tobias Richter

à l’approche des fêtes de fin d’année, nous pourrions nous interroger sur le sens de la fête, alors que plus de deux milliards de personnes à travers le monde s’apprêtent à fêter noël sans pourtant lui donner le même sens. Quel est le sens de la fête en général ? La société n’aurait-elle pas dénaturé la nature de la festivité au moment où tout devient prétexte à fêtes : les lumières, la musique, la culture, les mères, les pères, sans oublier les voisins, entre autres ? depuis des lustres, depuis que l’homme existe, les humains se réunissent pour ripailler, se divertir et s’amuser. aujourd’hui, sommes-nous toujours les acteurs de la fête, ou sommes-nous devenus des spectateurs passifs gagnés par la sinistrose ou par le stress lorsqu’une fête se profile sur le calendrier ? aurions-nous perdu le goût ancestral de la fête ? L’adn de la joie collective aurait-il subi de profondes mutations, et aurions-nous inventé de grands rassemblements, qui malheureusement tournent parfois à la violence, pour se substituer à l’esprit fondamental de la fête ? après avoir commencé une nouvelle saison en compagnie d’un sémillant Barbier de Séville et de deux rosina qui rivalisèrent de charme, après des soirées chorégraphiques de grande intensité et impressionnantes, centrées autour de monuments de la musique classique et que déjà d’autres scènes internationales nous réclament, sans parler du chef d’œuvre de richard Strauss qui vient de quitter l’affiche, le grand Théâtre de genève désire, une nouvelle fois, vous inviter à la fête, au moment où son Ballet court de triomphe en triomphe sur les scènes internationales : standing ovation au Brésil, des salles combles à la maison de la danse à Lyon avec Roméo et Juliette, avant de partir à La rochelle et au Palais des festivals à Cannes. Pas de victime, pas de sang malgré la « guerre des sexes » qui se termine dans la liesse. Trois actes de fêtes pour un chef-d’œuvre qui a séduit le monde et qui, malgré son âge, 105 ans, a su garder la jeunesse en caressant des valeurs intemporelles. une distribution remarquable et remarquée nous invite à la fête, à partager un moment exceptionnel de passion grâce à la musique qui demeure un langage universel, synthèse du multilinguisme. Là où s’arrête la puissance des mots commence la prise en charge de l’indicible par la musique. au nom de l’ensemble du personnel du grand Théâtre, des artistes qui régulièrement nous rejoignent, nous vous souhaitons d’excellentes fêtes. Qu’elles soient de vraies fêtes au sens originel et vous permettent d’accéder aux valeurs essentielles qu’on aurait trop souvent tendance à négliger, ou qu’on nous aurait fait oublier. merci à vous qui nous témoignez votre fidélité et votre attachement, et qui nous accompagnez événement après événement ! nous sommes honorés et ravis de pouvoir compter sur vous, sur votre présence et de pouvoir partager avec vous la passion du lyrique. espérons que nombreux seront ceux qui se laisseront séduire par les muses, erato, euterpe et melpomène au cours de l’année 2011, et qu’ils nous rejoindront pour partager de nouvelles aventures, de nouvelles croisières sur l’océan des plaisirs et de la fête. avec La Veuve, joyeuses fêtes !

> SOmmAiRE

Buzz op 2-3

Quoi de neuf dans le monde de l’opéra à Genève et ailleurs

Opération 4-13

Heures exquise qui vous grisent Confidences de jeunes solistes Des Puritains chez Calvin

En ballet 14-15

Je danse avec les hommes

Carnet du cercle 16-17

Portrait de Jean Kohler

Pleins feux 18-21

La Stupenda quitte la scène... Orphée et Eurydice Une tourné très samba

On Stage 22-23

Anne Schwanewilms

Didactique 24-29

Agenda 30

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saison 10 1 1

Une journée riche Les rencontres enrichissantes de Saskia Le trouble des sens

11, bd du Théâtre CP 5126 CH-1211 Genève 11

Joyeuse

Veuve

T +41 22 418 30 00 F +41 22 418 30 01

pour les fêtes

La Jeune troupe en conf idence

L'opéra en analyse à propos d'émotion

Dans la vie de Johanna Lachenmann

Récital

Anne la Kaiserin

| LE journaL du cErcLE du Grand ThéâTrE ET du Grand ThéâTrE dE GEnèvE | N° 5 | décembre 2010 |

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Pina Bausch Un souffle sur le Grand Théâtre

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en déc. 2010 Image de la couverture : © GTG / KNM

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grandtheatre@geneveopera.ch www.geneveopera.ch Directeur de la publication Tobias Richter Responsable de l'édition Aimery Chaigne Coordination Frédéric Leyat

Ont collaboré à ce numéro: Kathereen Abhervé, Philippe Cohen, André Couturier, Klaus Scherer, Daniel Dollé, Frédéric Leyat, Wladislas Marian, Kataline Masur, Christopher Park, Illyria Pfyffer. Impression m+h genève Parutions 4 éditions par année. Achevé d’imprimer

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buzzop de gauche à droite, Gilles et Victoria Marchand, M. Marc Muller, Mme Michèle Künzler, M. Patrick Malek-Asghar et M. Pierre Maudet

Le Barbier séduit

La saison 10-11 du grand Théâtre a débuté le 4 septembre au son du fameux air de Figaro. une double distribution pour deux versions se sont alternées durant le mois de septembre

175 ans après sa création en 1835 par François Bartholoni, f inancier et mécène visionnaire épris de musique, le Conservatoire de musique de genève maintient sa ligne directrice : rendre la musique accessible à toutes et à tous, tout en soulignant les joies et les exigences de

© DR

© GTG / VinCenT LePReSLe

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cet art. Cet événement est célébré jusqu'en avril 2011 à travers un programmeanniversaire rendant hommage au passé, mais résolument tourné vers l’avenir. WM www.cmusge.ch

sur la scène de la place de neuve pour le plus grand bonheur des spectateurs qui sont venus nombreux assister à cet événement. à l’occasion de la première représentation de la version mezzo-soprano, plusieurs personnalités publiques de genève et de Suisse romande ont fait le déplacement. Les deux interprétations ont non seulement bénéficié de la nouvelle édition critique d’alberto zedda, spécialiste de l’œuvre rossinienne, mais aussi de sa propre direction musicale ainsi que d’une brillante et joyeuse mise en scène du talentueux damiano michieletto, et resteront gravées dans les mémoires.

Après avoir endossé 18 rôles sur la scène du Grand Théâtre, sa dernière apparition date de 1989. Il est Monsieur Taupe dans Capriccio de Richard Strauss dans une mise en scène de Johannes Schaaf sous la direction musicale

Le doyen

s'en va

© GTG /

de Horst Stein.

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WM

hugues Cuénod est né à l'époque de Pelléas et Mélisande, cet éternel jeune homme s'est éteint à l'âge de 108 ans à vevey. Le grand Théâtre dans la peine se souvient et se souviendra longtemps, comme des générations de mélomanes, de l'immense artiste resté fidèle à la scène de neuve pendant de nombreuses saisons. il a connu igor Stravinsky, ernest ansermet et bien d'autres encore. il fré-

Fruit lyrique

Finalement, Donna Anna n'a pas choisi Don Ottavio. à l'aristocrate hésitant, elle a préféré le tempérament fougueux de Masetto. Diana Damrau qui sera bientôt de retour sur la scène du Grand Théâtre pour interpréter Elvira de I Puritani, un des rôles les plus convoités par les grandes sopranos, a choisi de s'unir avec Nicolas Testé que vous retrouverez en fin de saison pour L’Amour des trois oranges. Le 3 octobre 2010, une nouvelle étoile est née de leur union. Elle a pour nom Alexander Testé Damrau. à Diana, Alexander et Nicolas, le Grand Théâtre souhaite beaucoup de joie et de bonheur ! DD

quenta les plus grandes scènes internationales et avait fait ses débuts au met à l'âge de 85 ans en chantant altoum dans Turandot aux côtés d'eva marton et de Placido domingo. au cours de la saison 88-89, il chanta monsieur Taupe dans C a p r i c c i o de richard Strauss au grand Théâtre où il interpréta également Triquet dans Eugène Onéguine, Blind dans Fledermaus ou encore John Styx

dans Orphée aux enfers de Jacques Offenbach. epicurien, humaniste, plein d'humour il servait la mélodie française de façon remarquable et excellait dans les rôles de composition et de travestis du répertoire baroque. en 2002, en fêtant ses 100 ans, il avait donné rendez-vous à ses amis à dans 10 ans. Le citoyen du monde s'en est allé avec son enthousiasme, ses regrets et son immense talent. DD

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© GTG / KaTaLine MaSuRe

© GTG / WLaDiSLaS MaRian

La Veuve

Vous dansez ?

Vous êtes Brunché !

l’événement pour le plus grand plaisir des deux gagnantes présentes, qui sont reparties avec des abonnements pour la saison de ballet 10-11. FL

brunch convivial en compagnie d’une partie de l’équipe d’Elektra – Christof Nel (metteur en scène), Martina Jochem (analyste scénique) et Roland Aeschlimann (scénographe). Une atmosphère unique prenant pour

Ci-dessus, Les gagnantes,

thème la tragédie de Sophocle, Elektra. Un dialogue qui

Mme Hilda Djilani et Mme

parla au corps et à l’esprit s’installa entre les intervenants

Odette Gaeng entourant Philippe Cohen, le directeur

et le public, qui a eu la chance d’appréhender durant

du Ballet du Grand Théâtre.

plus d’une heure les univers d’Elektra.

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a accueilli une soixantaine de personnes lors d’un

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Christof Loy, metteur en scène de La Veuve joyeuse, en décembre au grand Théâtre, s’est transformé, l’espace d’une journée, en metteur en scène de cinéma pour les besoins du tournage d’un spot promotionnel qui sera diffusé sur les ondes de la TSr pour les fêtes. durant tout une après-midi, annette dasch (hanna glawari), José Pazos (Cascada) et Fabrice Farina (raoul de St. Brioche) ont donné la réplique aux 22 hommes du Chœur du grand Théâtre qui ont dévalé, pour les besoins du scénario, l’un des majestueux escaliers menant aux foyers du théâtre une bonne dizaine de fois. Le tournage, qui a impliqué le savoir-faire des nombreux corps de métiers de la maison (électriciens, accessoiristes, habilleuses, maquilleuses, etc.) est visible sur la page YouTube du grand Théâtre tout comme son making-of. FL www.youtube.com/ grandtheatregeneve

mami sur le fil

© BeRTRanD CoTTeT/STRaTeS

depuis plusieurs années, le grand Théâtre ouvre ses portes et sa salle de ballet au public lors de la Fête de la danse, une manifestation organisée sur le plan suisse par RESO (Réseau Danse Suisse) pour sensibiliser le public à cet art en proposant des cours ouverts à tous. Lors de l'édition 2010 en avril dernier, Susanna Campo, maîtresse de ballet du grand Théâtre, a notamment initié à la danse classique de nombreux participants ravis. durant ces deux jours de festivités, un concours, doté de cinq prix alléchants, a été organisé par le théâtre. Quant à la remise des prix, elle a eu lieu en septembre, autour d’un apéritif dans l’un des foyers du théâtre. C’est dans une ambiance baroque que les heureux gagnants ont reçu leur prix lors d’un moment privilégié en compagnie de Philippe Cohen, directeur du Ballet. daniel dollé, conseiller artistique et dramaturge, et grant aris, maître de ballet, ont également participé à

Le dimanche 7 novembre, le foyer du Grand Théâtre

en spot

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Pour le 65e Concours de genève 2010, dans la finale de hautbois inédite à deux participants, le Français Philippe Tondre et le russe ivan Podyomov se sont mesurés par deux fois, d’abord dans l’interprétation du Quatuor pour hautbois et cordes de mozart, puis dans le concerto de Strauss. deux prestations de haut niveau pour lesquels le jury unanime a pourtant décidé de ne pas attribuer de premier prix. La finale de piano, quant à elle, réunissait trois jeunes interprètes de très grand talent. La russe maria masycheva, la Coréenne hyo-Joo Lee et la Japonaise mami hagiwara. à l’issue d’une finale somptueuse proposant au public trois concertos différents, le jury a décidé de considérer l’ensemble des prestations des finalistes depuis le premier récital deux semaines plus tôt. C’est sur cette base qu’il a récompensé d’un premier prix mami hagiwara, considérant qu’elle véhiculait le plus de musicalité et d’émotion, tout en reconnaissant par un deuxième prix ex aequo le talent de ses KM collègues.

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Opération > DiE LuSTigE WiTWE (LA VEuVE JOyEuSE) de Franz Lehár

direCTiOn muSiCaLe : rainer mühlbach miSe en SCène : Christof Loy

Au Grand Théâtre, 14 | 16 | 18 | 19 | 21 | 23 | 26 | 28 | 29 | 31 décembre 2010

Heures exquises qui vous grisent... par Daniel Dollé

La fameuse scène des Grisettes avec de gauche à droite

© GTG / MoniKa RiTTeRSHauSS

Daniela Stoytcheva (Lolo),

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Cristiana Presutti (Dodo), Rosale Bérenger (Jou-jou), Jennifer Larmore (Valencienne), Magali Duceau (Frou-frou), Lubka Favarger (Clo-clo) et Dominique Cherpillod (Margot)

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Opération

Des effluves de fête pour

© GeTTY / LuDWiG GuTMann

faire la connaissance

Les Grisettes à l'Opéra de Vienne en 1906

avec la Veuve qui sauvera un état imaginaire – mais peut-être pas si imaginaire que cela – de la faillite et qui verra son seul véritable amour couronné aux rythmes de musiques envoûtantes qui grisent et mènent à l’heure exquise. Nul doute que les soucis du quotidien s’éloigneront dès les premières mesures d’une partition qui toujours valse encore. N’hésitez pas à succomber aux charmes de Lehár et d’une somptueuse distribution. Laissezvous gagner par l’heure exquise où les violons susurrent l’indicible : « Je vous aime ! ». Et lorsque tombera le rideau final, des musiques et des mélodies inoubliables vous accompagneront dans la nuit genevoise. SuiTe PaGe SuiVanTe

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Opération

il arrive parfois en l’espace de quelques mois, voire de quelques semaines, que des œuvres aussi parfaites que différentes voient le jour. au cours d’une même période, deux compositeurs travaillent, en donnant le meilleur de leur cœur, de leur esprit. Leurs chemins sont différents, mais leur but est identique : émouvoir par la beauté. Le 17 février 1904, giacomo Puccini offrait aux milanais de La Scala Madama Butterfly ; le 9 décembre 1905, les spectateurs de l’opéra de dresde découvraient la volcanique fille de Judée : Salome de richard Strauss, mais les cadeaux ne s’arrêteront pas là. en effet, quelques semaines plus tard, le 30 décembre 1905, Die lustige Witwe allait faire un tabac. Bien sûr Salome et La Veuve joyeuse ont peu de points communs, si ce n’est le succès international que les deux ouvrages ont depuis leur création rencontré. Les viennois connaissaient déjà le style de Lehár et venaient au spec-

Pendant les dernières répétitions de La Veuve Joyeuse au Grand Théâtre. (de gauche à droite) Annette Dasch (Hanna) et Jennifer Larmore (Valencienne) entourées d'épouses de diplomates. Hanna se débarrasse de ses prétendants comme elle peut avant de valser avec Danilo (Johanne Martin Kränzle). Valencienne (J. Larmore) en pleine confidence avec Camille de Rosillon (Bernard Richter). Le baron Zeta (José Van Dam), Danilo (J. Martin Kränzle) et Njegus (Silvia Fenz) en plein débat. Valencienne (J. Larmore) aux bras de son baron de mari (José Van Dam)

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tacle pour se divertir en écoutant des polkas, des masurkas, des marches et bien sûr des valses déclinées dans tous leurs états. ils entendront même un cake-walk importé du nouveau monde. On avait d’abord choisi richard heuberger pour composer l’ouvrage, mais à l’évidence, l’auteur de Der Opernball (où figure l’air célèbre Im Chambre séparée) manque d’inspiration. Le secrétaire de direction du Theater an der Wien propose alors son ami Franz Lehár dont certains trouvent le style trop « révolutionnaire », parmi eux victor Léon, l’un des librettistes, et Karczag, le directeur du Theater an der Wien. L’affiche annonçait : opérette en trois actes de victor Léon et Léo Stein. en fait, les deux librettistes s’étaient inspirés d’une comédie, d’un vaudeville d’henri meilhac, l’Attaché d’ambassade, qui, créée à Paris en 1861, n’avait connu qu’un succès mitigé. mais d’un imbroglio inextricable, Léon et Stein avaient su tirer de quoi faire un bon argument pour un musicien remarquablement doué pour l’invention mélodique et les rythmes entraînants. dès ce soir-là, l’opérette alla aux nues, comme on dit. Tout vienne s’éprit de la fougueuse Veuve. La première série connut 300 représentations, l’impresario de Berlin présent à la création, comprenant qu’il tenait là un chef d’œuvre décida de monter l’œuvre chez lui. Le 1er novembre 1906, la première berlinoise fut un triomphe et marque le point de départ du succès mondial de l’opérette. Bientôt toute l’europe et les états-unis furent gagnés par un enthousiasme jamais démenti. elle conquit Londres en juin 1907 et new York

le 20 octobre 1907. en deux ans, l’ouvrage connut plus de 18 000 représentations et fut représenté dans plus de 30 pays. Paris devra patienter et ne verra l’ouvrage qu’à partir du 28 avril 1909 au Théâtre de l’apollo. Le livret avait été « parisianisé ». hanna glawari était devenue missia Palmieri, danilo resta danilo, et l’ambassade du Pontévedro (montenegro) s’appelait désormais l’ambassade de marsovie à Paris. Le tout Paris était présent, et la première série connut 200 représentations. Le 17 janvier 1914, le Théâtre de l’apollo fêta la millième représentation. gageons que le tout genève sera présent pour fêter la fin de l’année avec une distribution internationale, enviée par bien des théâtres. malheureusement, il n’y aura que dix représentations, nous ne rivaliserons donc pas sur le nombre, mais sur l’excellence des artistes venus des quatre coins du monde apporter leur tribut à la muse légère. DD

KuK*, à l’époque de La Veuve… ?

Il s’agit d’une notion qui est apparue en 1867, au moment de la monarchie austro-hongroise. Le premier K fait référence au titre d’Empereur (Kaiser) d’Autriche et le second K correspond au titre de Roi (König) de Hongrie. C’est le signe d’identification d’une double monarchie. Robert Musil, un écrivain autrichien, dans un roman inachevé de 1700 pages décrit la société viennoise quelques mois avant le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. L’homme sans qualités (Der Mann ohne Eigenschaften) est considéré comme un des plus grands romans du XXe siècle, au même titre que À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Le cadre est une immense absence d’intrigue. La non-action se déroule en Autriche-Hongrie royale et impériale (königlich und kaiserlich, la « cacanie ») de 1913, qui vit sans le savoir ses dernières années, au cœur du tourbillon destructeur de l’« Apocalypse joyeuse ». Il s’agit de fêter la 70e année de règne de l’empereur François-Joseph et, à cette occasion, de faire briller l’empire dans le monde. Un comité est formé au plus haut niveau de l’état, dirigé par notre antihéros, Ulrich. Ce comité va provoquer, recueillir, disséquer, faire circuler des idées propres à remplir l’objectif. La guerre y mettra un terme sans que quoi que ce soit n’ait jamais émergé de ce brassage stérile d’intelligence. Robert Musil ne nous parle pas de « l’Autriche qui tombe », ni de l’incompétence du vieil empereur ou de son entourage. Il constate, stoïque, la fin d’un monde qui fut brièvement, à la fin du XIXe siècle, le plus étincelant dont on puisse rêver que ce soit dans le domaine des arts, du savoir, de la douceur de vivre. Il vient de subir cet écroulement et il en souffre. Musil mène de longues méditations sur toutes les facettes de la vie, la sienne, la nôtre. Elles rappellent parfois Montaigne, la tourmente en plus, l’espoir stoïque en moins. Une œuvre sensible, inquiète et désenchantée. * königlich und kaiserlich (impérial et royal)

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Opération

«

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Il est plus dangereux de présenter ses compositions que sa femme en déshabillé.

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FRANz LEháR

Franz Lehár, le novateur

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[Photo de gauche) En 1905, pour la création à Vienne, Franz Lehár est aux côtés de Louis Treumann (Danilo) et Mitzi Gunther (Hanna) Carte postale de 1908 où Leo Stein et Victor Léon , les librettistes de Die lustige Witwe entourent Franz Lehár. Les Grisettes de la création de 1905 à Vienne entourent Annie Wunsch, la créatrice du rôle de

ditta, à la Staatsoper de vienne, en 1934. La création est retransmise par 120 radios. Lehár appartient à « la cour des grands » en compagnie de ses amis giacomo Puccini et richard Strauss, on l'appelait, d'ailleurs, le Puccini de l'opérette. il s'éteint en pleine gloire en 1948 à Bad ischl, près de Salzbourg. il aura passé la majeure partie de sa vie hors de la hongrie, mais lui sera resté fidèle en continuant à parler la langue et en signant à la mode hongroise, avec un signe diacritique sur le « a ».

Valencienne.

© GTG / MoniKa RiTTeRSHauSS

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Les rois de l'opérette ne sont pas de simples mortels. Johann Strauss serait le descendant d'un grand d'espagne et Franz Lehár, celui d'un marquis Français. Qu'il soit Français, hongrois, allemand, Slovaque, Tchèque ou autrichien : son lieu de naissance Kormarno est aujourd'hui en Slovaquie. « Je suis né en hongrie, à Komorn où résidait mon père, Franz Lehár, chef de la fanfare militaire. Jusqu'à l'âge de 12 ans je ne parlais que le hongrois, et j'étudiais en hongrois. » aujourd'hui, il compte parmi les compositeurs autrichiens d'opérettes. il étudie le violon et la composition au conservatoire de Prague. Pendant 41 ans, il restera fidèle à la musique militaire, contrairement à d'autres collègues. Les casernes, les casinos, les kiosques à musique, les églises ainsi que les salles de concert sont ses lieux de travail. C'est anton dvorak qui le poussa vers la composition. en 1902, il devient chef d'orchestre au Theater an der Wien, où il crée son premier opéra, Wiener Frauen ( Femmes viennoises). il est surtout célèbre pour ses opérettes, mais il composa également des valses dont Gold und Silber (Or et Argent) pour la princesse de metternich. Certains de ses airs sont devenus de véritables tubes, par exemples, Je t'ai donné mon cœur du Pays du sourire. Lorsque richard Tauber devient son ténor fétiche, il écrit pour lui six opérettes. Son dernier triomphe sera Giu-

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Opération

C’est la deuxième saison que le Grand Théâtre peut s’enorgueillir d’avoir dans ses murs de jeunes solistes en résidence. Ils constituent un véritable trésor pour l’institution au même titre que le Ballet du Grand Théâtre ou le Chœur. Une force artistique capable qui enrichit le potentiel remarquable de l’institution. C’est la Fondation BNP Paribas qui, grâce à sa volonté de mécène, a donné vie à l’idée de la jeune troupe. Fidèle au Grand Théâtre depuis des années, avide de nouvelles expériences, la Fondation a, sans l’ombre d’une hésitation, souscrit à cette belle aventure en donnant l’occasion à de jeunes artistes de se perfectionner et de s’exprimer sur la scène à côtés de vedettes internationalement acclamées, Joyce DiDonato, Annette Dasch, Eva Marton, Jeanne-Michèle Charbonnet, Jennifer Larmore, José Van Dam et bien d’autres encore. Elles et ils s’appellent Bénédicte, Carine, Clémence, Emilio ou Fabrice. Peut-être les connaissezvous déjà ? Peut-être les avez-vous entendus et remarqués sur le plateau du Grand Théâtre ? Afin de vous les rendre plus proches encore, nous leur avons demandé de bien vouloir se présenter à vous, à leur manière en vous faisant partager leur quotidien. Aujourd’hui, c’est au tour d’Isabelle Henriquez, de Fabrice Farina et de Carine Séchaye de vous ouvrir la cassette où scintille un diamant aux mille facettes en attendant un prochain numéro où vous découvrirez trois autres jeunes solistes...

Confidences de jeunes solistes... isabelle henriquez

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New York ? New York !

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voulez-vous connaître mes secrets pour être toujours ou le plus souvent joyeuse et contente de la vie ? et bien voici quelques pistes… il y a un peu plus de 6 ans que je vais à new York régulièrement, au début et puisque, vous pouvez vous imaginer, ma première passion est le chant, j’y venais car j’ai rencontré mon professeur de chant qui m’a remise sur pied après bien des errances. Puis j’y ai rencontré… l’amour de ma vie ! et un nouveau new York m’est apparu, celui des mille et un recoins fascinants que les touristes ne verront jamais, de ce mélange de nationalités extraordinaire, de ces milions d’êtres humains qui forment le ballet incessant des rues de new York. Les new-Yorkais disent que Big Apple n’est plus la ville bohème et créative qu’elle était dans les années 80, les nostalgiques ne s’en remettent pas : CBgB 1 dans l'East Village, The Joseph Patelson music house 2 derrière le Carnegie hall, Café La Fortuna 3 sur la 71e rue ont fermé ne pouvant plus payer le loyer. moi pourtant, j’y ai rencontré tellement de personnes extraordinaires et un peu « fofolles » et excentriques. autant j’aime le calme de genève, ma vie de chanteuse et d’enseignante, autant new York me fascine. J’aime la vibration de cette ville, j’y trouve tout à toute heure et chaque jour l’organisation de ma journée devient un casse-tête et en même temps elle me recharge, me donne de nouvelles idées, de nouvelles impulsions. ah,

j’oubliais, l’espresso qui est l’obsession de new York y est aussi bon qu’en italie, j’en bois tous les jours, même si les chanteurs ne devraient pas en boire ! et aussi, à chaque fois, j’apporte des amandes auer à mes copines du consulat suisse... elles adorent ! mon autre passion est ma vie spirituelle, c’est là où vraiment je me ressource complètement, où j’avance doucement sur le chemin de la vie intérieure, de la pleine conscience , de l’ouverture à l’autre , à la compassion, bref à tout ce qui est vrai et profond et qui finalement fait la richesse de l’être humain. vous ne pouvez vous imaginer à quel point j’ai rencontré à new York de personnages extraordinaires qui se donnent corps et âme à l’aide humanitaire et se dédient à leur vie spirituelle. ma théorie est qu’il y a ici à new York tellement de misère humaine, de solitude et d’ambition, qu’elle attire les plus grands maîtres spirituels de cette planète pour donner des outils et un peu de réconfort ! J’y apprends grâce à ces pratiques à m’ouvrir à être un peu plus humaine et peut-être à toucher le cœur d’une ou l’autre personne à travers ma voix ! vous voyez, tout se recoupe ! à bientôt sur scène ! 1 Club mythique du rock underground (Television, ramones,...) 2 Célèbre magasin de partitions de musique classique. 3 John Lennon et Yoko étaient des habitués et bien d'autres...

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Opération

Fabrice Farina

Mon syndrome « aire d'autoroute »

« une aire d'autoroute, c'est un endroit où l'on croise des gens, qui sont sur la même route que vous, mais qui vont dans une direction opposée » a dit un jour un grand monsieur de la clarinette que je ne citerai pas mais, qu'il me pardonne si je lui vole son expression pour décrire une impression familière avec ce beau métier qu'est la scène... en effet quand le rideau se lève, c'est un peu comme sur cette aire d'autoroute... dans un même lieu, les directions vont s'opposer. Le public a travaillé la journée ; moi je me suis reposé ; quand il quitte son travail, j'arrive au mien et lorsqu'assis il se détend, je m'énergétise et suis dans une performance. il y a donc, de fait, tout un monde de vocabulaire insoupsonné qui nous sépare, et bien souvent qui donne l'impression que l'«artiste» est différent ; mais pas du tout ! C'est une question de linguistique. vous allez voir que parler le lartiste n'est pas si compliqué : par exemple on ne dit pas : jours fériés, on dit : Concert à 20 h, raccord à 16 h. Je pars en vacances d'été se dit : Je pars chanter au festival d'été. Allô, salut, tu peux venir m'aider à changer ma peinture demain soir ? se dit : Allô, tu peux venir remplacer un collègue malade à l'opéra demain soir ? Je pars en week end à la montagne se dit : préparation de prochains rôles et travail de la voix avec un coach. aussi, J'aimerai bien partir une semaine pour changer se dit  : J'aimerai bien rentrer chez moi une semaine pour changer ! Bref je pense qu'avec l'habitude on arrive très

rapidement à parler le lartiste aisément. il existe néanmoins des situations ou le lartiste s'utilise beaucoup moins et même s'estompe un peu . La troupe des jeunes solistes en résidence offre un petit village d'irréductibles artistes où il est presque possible de parler la langue vernaculaire. alors ici, même si il faut choper « l'acceêêntuuââtion » des mots, je me suis vite installé au centre de genève vers Plainpalais et reste chez moi en parlant le g'n'vois avec grand plaisir. Je dois avouer que plus les années passent et plus je développe – à force d'être de l'autre coté de la scène – ce fameux syndrôme « autoroute » où tout s'inverse : en effet, j'adore être spectateur, mais de tout ! une vraie maladie : des oiseaux qui se nourrissent sur mon balcon, des gens ivres qui parlent aux célèbres Figures en bronze de gérald ducimetière à l'arrêt de tram Plainpalais, aux codes vestimentaires qui donnent une attitude corporelle et marquent l'appartenance aux milieux socioculturels, économiques des gens dans la rue, bref, de leurs démarches, de leurs pensées, je suis spectateur de tout. exactement comme assis sur le fauteuil d'une salle de spectacle. de plus, tout devient source d'inspiration pour des rôles, des attitudes scéniques comme autant de costumes qu'on nous fait porter sur scène pour nous transformer en monsieur ceci, cela, arrogant, fier, peureux, ambitieux, mou, mélancolique, amoureux, fou, rebelle, etc. Le silence dans les tramways par exemple... est une école magnifique pour apprendre le non-dit à travers les yeux, les expressions du visage, la manière de s'asseoir, de respirer, un panel magnifique pour compléter un jeu de scène. La plus grande scène de spectacle, pour reprendre aisément Shakespeare, c'est la vie quotidienne. Si seulement je pouvais applaudir à tout moment dans la rue les acteurs du quotidien ; ce n'est pas d'usage et c'est bien dommage, car nous sommes tous des artistes, en fait. Je ne veux pas dire que le métier de la scène soit simple ou accessible comme marcher simplement dans une rue ; non, être chanteur lyrique, comédien, ou tout autre corporation que j'oublie de citer ici, est un apprentissage long et difficile. mais mon syndrome « autoroute » qui me transforme en spectateur de tout, ignore que tout le monde n'est pas chanteur, acteur, danseur de profession. Je me souviens d'un opéra où un chien devait traverser une scène et, les cris de joies du public (d'enfants) qui chaque soir montrait son engouement pour cette scène, alors que ce n'est qu'un chien qui traverse la scène. Ou alors toutes ces arrivées de chevaux qui créent un effet grand spectacle immédiat (dont je ne partage pas la nécessité artistique mais c'est un autre débat) montrant bien que nous sommes tous sous l'emprise, la magie de l'illusion scénique pour notre plus grande satisfaction ! alors parfois, je voudrais faire pareil, mais dans la rue. Peter Brook dans son livre Espace vide redéfinit l'espace théâtral de manière substantielle : « Le théâtre commence quand il y a un espace vide, quelqu'un qui le traverse et un autre qui le regarde. » Loin de moi l'idée de simplifier les choses et mon métier, mais vu sous cette angle, un espace vide peut être n'importe où non ? il suffit d'être donc celui qui observe et toujours être curieux de se qu'il va se passer. J'ai voulu, pour aller plus loin dans cet esprit, créer avec un ami baryton un duo d'opéra qui profite de tous ces «  espaces vides  » pour réinventer une scène : avec un public averti ou non, dans des cadres privés, dans la rue, dans des quartiers très excentrés, des festivals et ainsi « transformer un parc en théâtre et une salle de spectacle en place publique » (extrait d'une présentation du spectacle). Le gros avantage, c'est que le désir de proximité était également satisfait car, sur une scène d'opéra, les distances sont importantes pour sentir un public. On voulait donc resserrer les liens afin qu'une complicité émotionnelle forte naisse immédiatement : d'une part ça ressource énormément et puis c'est une source de grande joie.

La Fondation BNP Paribas Suisse En 2002, à l’occasion des

130 années d’existence du groupe en Suisse, BNP Paribas (Suisse) SA a créé sa propre fondation, à l’image de celle de la maison mère à Paris, afin d’inscrire son engagement pérenne dans ses actions. L’ancrage de la banque en Suisse l’a incitée à engager des activités de mécénat dans l’ensemble du pays depuis de nombreuses années. En créant sa fondation – une nouveauté pour une banque étrangère en Suisse –, BNP Paribas marquait ainsi sa volonté d’œuvrer pleinement en faveur de la vie culturelle et sociale helvétique. Aujourd’hui, la Fondation BNP Paribas Suisse est considérée comme un exemple éloquent de mécénat d’entreprise et comme une véritable référence en la matière. La Fondation a pour vocation de développer et soutenir en Suisse des actions concertées dans trois domaines bien définis : la connaissance du patrimoine et l’expression artistique, l’aide sociale à travers des programmes solidaires et pédagogiques et des projets pilotes en faveur de la santé. La Fondation BNP Paribas Suisse encourage également des initiatives régionales et des projets de proximité. Il faut toujours garder à l’esprit que le patrimoine artistique d’un pays est non seulement un précieux témoin de l’histoire, mais aussi une source d’expériences et d’inspiration à laquelle chaque individu doit pouvoir accéder. La Fondation BNP Paribas promeut également les talents artistiques en accompagnant, jour après jour, des créateurs dans le domaine de l’art lyrique...

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Opération

Par ailleurs, comment me priver d'évoquer la palme d'or du palmarès des questions qu'on m'a le plus posées : « Oui, mais à part la musique, c'est quoi votre métier ? » ma question préférée, car oui c'est un métier. mais il est cependant très difficile à cerner... ce qui rend la réponse parfois un peu difficile. en effet, je trouve qu'il est intemporel : aucun horaire ne le structure, ne l'encadre (parfois, il peut très bien s'arrêter juste avant de m'endormir) ; il est immatériel : la voix on ne peut pas la poser dans une boite d'instrument, elle est toujours un centre actif de préoccupation à chaque instant ; il est surprenant : car il peut être régulier ou pas du tout, dans des pays différents. en tout cas, c'est une question qui a le mérite de m'émerveiller à chaque fois de nouveau car oui, c'est vrai, mon métier c'est la musique : notre société rend ce miracle possible ! de plus l'exercer au grand Théâtre c'est Disneyland ! Je vois en chair et en os des stars, des artistes de grandes renommées et les voir quotidiennement parfois pendant deux mois est une source d'enrichissement. mon arrivée à genève est marquée par l'inspiration d'une colocation fort sympathique ! il y va sans dire que Espace

vide de Peter Brook a encore frappé. J'ai le privilège d'habiter au dernier étage d'un immeuble rempli de bureaux donc vides d'habitants dès 19 h. une cage d'escalier pour moi tout seul ! Les « concerts-escalier » sont nés ! Le principe est simple : j'invite un artiste local à se produire dans la cage d'escalier et ensuite, tout le public se met en scène dans des numéros libres, impro, chant. un autre rendez vous a été aussi fixé pour laisser place aux grands réalisateurs : les mercredis-ciné sont désormais incontournables et de plus en plus de monde se fidélise à nos projections... de quoi s'échanger de bons petits plats avant de discuter sur les proportions de la fondue, apprendre le valaisan et quelques blagues du cru. et puis créer surtout un espace social et culturel riche, car genève est idéale pour rencontrer des gens de beaucoup de pays et très intéressants travaillant au Cern, Onu, BiT, OmS, hug... et surtout d'amitié. Quand le repos s'impose j'essaie de me détacher de mon corps/instrument/voix pour essayer de ne devenir qu'une tête quasi sans corps. Tout y passe dans ces moments là : par exemple avant d'arriver ici, j'étais à Paris, et je m'étais inscrit à l'eheSS* – là où Claude Levi-Strauss a enseigné – pour suivre, en auditeur libre, les cours magistraux où bons nombres de professeurs avaient été eux mêmes élèves du maître. Là, J'ai entendu aussi Jean-marie Schaeffer, spécialiste d'esthétique philosophique et de théorie des arts et d'autres encore tout aussi fantastiques. C'est du grand art comme celui que l'on bénéficie à l'opéra en écoutant les musiques de Wagner, rossini, Beethoven ou des voix comme maria Callas, Joyce didonato, José van dam, annette dasch (actuellement sur La Veuve) et j'en passe... Pardonnez-moi ! Les cours dispensés là-bas étaient pour moi comme des récitals pour cerveau, sonate de l'intelligence à une voix. Les voix sont belles à l'opéra, mais là, c'est la pensée qui est sur scène. Je vous laisse donc avec l'intitulé qui présente les travaux de Pierre Schaeffer sur le site de l'eheSS où chaque phrase est comme un air d'opéra qui me fait dresser les poils ! Chut, le concert commence... * école des hautes études en sciences sociales

Carine Séchaye Mes autres métiers

Lorsque l'on devient chanteur d'opéra, on ignore que sous cette appellation, nous exerçons d'autres métiers Personnellement, j'ai appris à être : Psychologue : il faut savoir écouter, rassurer et prodiguer des conseils aux collègues chanteurs spécialement quand ceux-ci sont pris de hoquet juste avant de chanter ! Cascadeuse : certains décors exigent une agilité physique. Quand votre perruque (les longs cheveux de mélisande que j'ai chantée à darmstadt) s'accroche à tous les boutons du costume de vos partenaires ou que le talon de votre soulier cède lorsque vous entrez sur scène, il faut savoir improviser et garder l'équilibre ! Bonne Samaritaine : au grand Théâtre de genève, sur Elektra, j’ai dû apprendre à décrisper les muscles de ma collègue qui s’était coincée le dos vingt minutes avant d’entrer sur scène. La pauvre pouvait encore chanter mais n’arrivait plus à bouger. Juste avant d’entrer sur scène, elle a réussi à marcher et a admirablement interprété son rôle. Ceci grâce à mes soins… je lui avais chauffé le dos pendant un quart d’heure… à l’aide d’un sèche-cheveux !

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Opération > i PuRiTANi (LES PuRiTAiNS) de Vincenzo Bellini

direCTiOn muSiCaLe : Jesús López Cobos miSe en SCène : Francisco negrin

Au Grand Théâtre, 26 | 29 janvier, 1 | 4 | 7 | 10 | 13 février 2011

des Puritains chez Calvin par André Couturier

Chanter la pureté de l’émotion, voilà probablement ce dont pourront se targuer les interprètes qui s’apprêtent à incarner sur la scène de la cité de Calvin les différents personnages de I Puritani mis en scène par Francisco Negrin, le dernier opéra de Vincenzo Bellini.

Mariola Cantarero est Elvira dans la production de l'Opéra d'Amsterdam en février 2010.

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© CLäRCHen eT MaTTHiaS BauS

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dans une atmosphère de conflit politique, moral et familial tirée d’une pièce à succès de l’époque, Têtes rondes et cavaliers, deux êtres vivent un amour impossible. dans le sud-ouest de l’angletterre, à Plymouth, elvira, fille de Lord Walton, est éprise d’arthur Talbot mais ce dernier appartient au clan des Stuarts, famille royale, tandis que sa promise est rattachée au clan de Cromwell ou des fameux « puritains ». Leur union est entravée par la rivalité de deux mondes, celui de royalistes traditionnalistes et celui d’un nouveau mouvement qui aspire à un retour aux origines des textes sacrés dépouillées de ce qu’ils considèrent comme un surplus de faste inutile. L’affaire se corse lorsqu’elvira apprend que son futur époux est parti avec une autre qu’elle interprète comme un désaveu alors qu’en réalité arthur n’avait que l’intention de porter secours à une prisonnière. Cette méprise ajoutée à l’absence de son alter ego la plongent dans une sorte de démence qui culmine avec une scène de folie restée célèbre grâce à l’air sublime « ah ! Tu sorridi… vien diletto ». mais l’amour franchit les barrières dogmatiques, fait fi des lois rigoristes. Bellini nous distille une dernière fois tout son art belcantiste du canto spianato ou chant aplani. Bien que fervent admirateur de son prédécesseur gioacchino rossini, le compositeur originaire de Catane, s’en distingue, tout comme de l’autre maître du bel canto, donizetti, par le traitement musical épuré qu’il fait du verbe. en effet, tout en conservant la virtuosité d’un art vocal, il dégage le chant des ornements et fioritures des vocalises vertigineuses propres à des compositeurs comme rossini ou donizetti, pour ne garder que l’essentiel : la musicalité

de la langue, son rythme, sa respiration. Que ce soit pour La Sonnambula, Norma ou I Capuleti e i Montecchi, c’est le génie mélodique qui frappe l’auditeur ; la phrase musicale éveille les sentiments qui se dégagent des différentes situations. La composition de telles mélodies est le fruit d’un travail acharné, comme le prouvent ses multiples essais visibles dans les manuscrits du compositeur car, nous dit-il, c’est une nécessité que tous les morceaux « soient composés de manière à rendre la musique intelligible par la clarté de leur expression, à la fois concise et frappante ». attention à ne pas confondre puritanisme et pureté. un peu d’histoire. Le puritanisme émerge en angleterre au Xvie siècle. elisabeth ière (1558-1603) fonde l’église anglicane et refuse l’autorité du pape tout en maintenant une certaine pompe liturgique. Cependant très vite une partie du clergé et des fidèles, s’appuyant sur les théories de Calvin exigent un retour sans concession à la pureté des premiers chrétiens. de cette minorité de l’église anglicane naît le terme « puritain » et, à partir de 1642-1643, les puritains exercent un véritable joug sur la mentalité de la population anglaise ; des lois sévères interdisant toute forme de divertissement sont promulguées. Oliver Cromwell, le protecteur de Lord Walton, le père d’elvira fait justement partie de ce mouvement. Ce personnage historique qui ne fait aucune apparition au sein de l’ouvrage, prend le pouvoir après la chute de Charles ier et resserre l’étau sur la liberté de mœurs du peuple. Ces enfants terribles du calvinisme nous promettent donc un spectacle édifiant, terrifiant… et beau ! de ce décor fondé sur une réalité historique le comte Carlo Pepoli, poète connu des cercles littéraires et dont rossini

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composée pour un ténor, un contre-fa stratosphérique (seul exemple du genre) qui apparaît à la fin de l’acte iii dans l’ensemble « Credeasi misera  », moment durant lequel arturo implore la clémence pour sa fiancée. mais loin de constituer simplement un exploit auquel il ne faudrait pas résumer, nous sommes d’abord face à un chef-d’œuvre du beau chant qui parvient à exprimer de manière infiniment subtile et sensible, les sentiments les plus puissants comme l’amour, le désespoir, la haine. La production présentée à genève a déjà obtenu un succès mémorable au nederlandse Opera. Francisco negrin, le metteur en scène, offre une vision profonde des interactions entre l’homme et ses lois, ses dogmes… AC

C'est la divine soprano allemande Diana Damrau qui relève le défi et endosse le rôle d'Elvira

© TanJa nieMann

avait mis quelques vers en musique, va élaborer un livret. Le choix de Bellini prend comme critères le naturel et l’expressivité de sa poésie. il dira de lui au moment de lui confier la tâche de rédiger le livret : « J’espère qu’il réussira, et peut-être très bien, étant donné qu’il a une belle prosodie et de la facilité à faire les vers. » Bellini se fera un devoir d’enseigner à cet homme de théâtre le noble rôle de la musique : « l’opéra doit tirer des larmes, terrifier les gens, les faire mourir par le chant. » diana damrau, qui avait médusé le public sur la scène de neuve dans le rôle de donna anna (Don Giovanni) la saison dernière, est prête à relever le défi en endossant le rôle d’elvira. relever le défi d’une part en raison de la difficulté de certains airs qui nécessitent une maîtrise hors du commun de la technique vocale afin d’atteindre les notes les plus haut perchées, et d’autre part à cause du passé d’un rôle qui a été chanté par les plus grandes divas. déjà à sa création le 24 janvier 1835 au Théâtre italien de Paris, Bellini dédie le rôle à la grande cantatrice giulia grisi adulée par tous les artistes de l’époque tels que Théophile gautier. a cause de leur difficulté, certaines parties finissent par être modifiées voir supprimées. C’est le cas de l’air final de l’acte iii « ah sento, o mio bel angiolo » qui avait été détruit et qualifié de trop ardu pour le donner. richard Bonynge, chef d’orchestre et époux de La Stupenda, alias Joan Sutherland, redécouvrit cet air et s’empressa de le confier à celle-ci. n’oublions pas également les interprétations marquantes de maria Callas (dirigée par Tullio Serafin), edita gruberova, Kiri te Kanawa, nathalie dessay. vous pourrez également entendre la note la plus haute jamais

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e n Ballet

par Daniel Dollé

« Je danse avec

Pina Bausch, amoureuse de la Turquie…

Nefés (« respiration » en turc) est une œuvre spectaculaire créée en 2003 par la chorégraphe la plus influente de notre temps. inspirée de l’exotisme Occident-Orient d’istanbul, Nefés met en scène des interprètes d’une beauté radieuse – les femmes vêtues de robes seyantes et les hommes d’élégants habits noirs – dans une série de tableaux vifs et voluptueux. Nefés est une fête des sens ; l’esprit est acéré, le mouvement est captivant et la musique est éclectique, mêlant tangos, musique turque traditionnelle, Tom Waits et pop électronique. La doyenne de la danse-théâtre a créé un tendre valentin à une « ville d’eau » qui fait le pont entre l’europe et l’asie, et l’élément liquide ménage bien des surprises et des ravissements par l’emploi judicieux qui en est fait dans la scénographie. Nefés est une œuvre tout en mouvement et en images qui séduit en multipliant les sources de plaisir – chorégraphie, musique, couleurs et lumières.

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e n Ballet > NEFéS

Scénographie et chorégraphie de Pina Bausch Ballet du Tanztheater Wuppertal direCTiOn arTiSTiQue : dominique mercy & robert Stern Au BFM, 3 | 4 | 5 | 6 février 2011

Les œuvres de Pina Bausch 74 • Fritz

• Iphigenie en Tauride (gluck) • Deux cravates • Ich bring dich um die Ecke... • Adagio - Five Songs By Gustav Mahler 75 • Orphée

et Eurydice (gluck)

• Le Sacre du Printemps 76 • Les

7 Péchés capitaux des petits bourgeois

77 • Barbe-Bleue

- En écoutant un

enregistrement de l’opéra Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók • Viens danse avec moi • Renate s’en va 78 • Il

la prend par la main et la conduit au

château, les autres suivent • Café Müller • Kontakthof

Voilà plus d'un an que Pina Bausch nous

79 • Arien

a quittés, mais son esprit, sa force créa-

80 • 1980

• La Légende de la chasteté - Une pièce de Pina Bausch

• Bandoneon

tive demeurent. Le monde de la danse,

82 • Valses

le monde tout court n'est pas près d'ou-

83 • Sur

© uRSuLa KaufMann

• Les Œillets

blier son nom.

c les hommes ! » Le grand Théâtre est heureux de pouvoir accueillir le Tanztheater Wuppertal que Pina Bausch a façonné et marqué de son empreinte exceptionnelle. grâce à deux proches et fidèles collaborateurs, dominique mercy et robert Sturm, nous pourrons découvrir Nefés, un spectacle qu'elle avait imaginé pour le Festival d'istanbul en 2003. il faudra se précipiter au Bâtiment des Forces motrices pour retrouver cette compagnie si particulière et unique qui nous fait l'honneur de sa visite pour nous dire : « Pina vit toujours ! » C'est dans l'entreprise familiale de ses parents à Solingen, un hôtel restaurant, qu'elle apprend à observer les hommes, et notamment à rechercher les pulsions profondes qui les animent. C'est dans un bistrot qu'elle a grandi. une musique retentit, des personnes vont et viennent et racontent leur recherche éperdue du bonheur. On retrouvera cette atmosphère de l'enfance dans ses pièces, mais également l'expérience de la guerre comme une expression de panique qui traduit la peur d'un danger sans nom. C'est auprès de Kurt Jooss à la Folkwanghochschule d'essen qu'elle s'initie à l'art chorégraphique, mais également à d'autres arts, tels l'opéra, la musique, le théâtre, la peinture, la photographie, la sculpture. Ce voisinage avec d'autres formes artistiques s'avère essentiel dans son évolution. Tout en s'affranchissant des liens du ballet classique, elle en apprend les règles et la maîtrise des formes. Les chemins vers la reconnaissance et vers la gloire ne seront jamais simples, ni faciles. Lors de la création de Fritz en 1974 à Wuppertal, le public quitta la salle en claquant les portes. Le public est indigné : « vous appelez cela de la danse ?  » mais une chose est certaine, il ne

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s'agit jamais de provocation, mais bien d'une recherche de quelque chose qui nous permet de nous retrouver, de nous identifier. Célébrée dans le monde entier, elle devra attendre la remise du prix japonais Kyoto pour que sa ville, Wuppertal, la nomme citoyenne d'honneur. elle est devenue le symbole de la vocation chorégraphique du Théâtre de la ville qui depuis 1979 offre à la compagnie 3 à 4 semaines de spectacles à guichets fermés. au fur et à mesure que la compagnie gagne sa renommée internationale naissent de nombreuses coproductions, Viktor, Palermo, Palermo et Dido avec l’italie, Tanzabend II avec madrid, Ein Trauerspiel avec vienne, Nur Du avec Los angeles, Der Fensterputzer avec hongkong, Agua avec le Brésil, Ten Chi avec Tokyo, Bamboo Blues avec l’inde et Nefés avec istanbul. La coproduction avec le Chili, commencée en 2009, restera sans nom. Le travail tant contesté à ses débuts s'est transformé en un théâtre international qui intègre toutes les colorations et toutes les différences ethniques en traitant chacun avec le même respect. Ce n'est pas un théâtre donneur de leçons, mais un théâtre qui présente des expériences élémentaires de la vie que chaque spectateur est invité à partager avec les danseurs et les danseuses. Libre de toute idéologie et de tout dogmatisme, cette forme d'expression observe toutes les facettes du monde avec le moins de préjugés possibles, et devient un médiateur pour les diverses cultures, mais également un messager de paix et de compréhension réciproque. Le Tanztheater Wuppertal n'est redevable qu'à l'homme et s'est mis à son service. il est devenu l'ambassadeur d'un humanisme qui ne connaît pas de frontières. un rendez-vous avec la danse à ne pas manquer. DD

la montagne on entendit un hurlement

85 • Two

Cigarettes in the Dark

86 • Viktor 87 • Les 89 • La

Ancêtres

Plainte de l’impératrice (film)

• Palermo, Palermo de danse II (Madrid)

91 • Soirée 93 • La

Pièce au bateau) tragédie

94 • Une

95 • Danzón 96 • Seulement 98 • Masurca 99 • O

toi

Laveur de vitres

97 • Le

Fogo

Dido

00 • Kontakthof

pour dames et messieurs

de 65 ans et plus • Terre verte 01 • Água 02 • Pour

les enfants d’hier, d’aujourd’hui

et de demain 03 • Nefés 04 • Ten

Chi

05 • Rough 06 • La

Cut

Lune

07 • Bamboo 08 • Sweet

Blues

Mambo

• Kontakthof pour adolescents de 14 ans et plus 09 • Como

el musguito en la piedra, ay si, si, si...

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Carnet du cercle

Fondé en 1986, le Cercle du grand Théâtre

mme maria embiricos

s’est donné pour objectif de réunir toutes

mme diane etter-Soutter

les personnes et entreprises qui tiennent

mme Catherine Fauchier-magnan

à manifester leur intérêt aux arts lyrique,

mme Clarina Firmenich

chorégraphique et dramatique. Son but est

mme Pierre Folliet

d’apporter son soutien financier aux activités

dr. et madame Patrick Fréchet

du grand Théâtre et ainsi, de participer à son

m. et mme eric Freymond

rayonnement.

mme elka gouzer-Waechter mme Bibi gritti

Bureau mme Françoise de mestral, présidente m. Jean Kohler, vice-président m. gabriel Safdié, trésorier mme véronique Walter, secrétaire

m. et mme alan howard m. et mme Philippe Jabre mme marie-Josèphe Jacquet m. et mme Jean Kohler mme maria Pilar de La Béraudière

mme muriel Chaponnière rochat m. david Lachat m. Paul Saurel

m. et mme Pierre de Labouchère m. david Lachat m. marko Lacin me Jean-Flavien Lalive d’epinay m. et mme Pierre Lardy

m. Pierre-alain Wavre

mme michèle Laraki

membres bienfaiteurs

m. et mme guy Lefort

m. et mme Luc argand

mme eric Lescure

mme rené augereau m. et mme guy demole Fondation de bienfaisance de la banque Pictet gonet & Cie, Banquiers Privés m. et mme Pierre Keller mm. Lombard Odier darier hentsch et Cie m. et mme Yves Oltramare mrs Laurel Polleys-Camus SFg - Société Fiduciaire et de gérance Sa union Bancaire Privée – uBP Sa

m. et mme Olivier vodoz m. gerson Waechter mme véronique Walter m. Pierre-alain Wavre m. et mme Lionel de Weck mme Paul-annik Weiller Comte et Comtesse massimiliano zanon di valgiurata

mme Charlotte Leber

m. et mme Thierry de Loriol mme France majoie - Le Lous m. et mme Colin maltby m. et mme Thierry de marignac mme mark mathysen-gerst m. Bertrand maus mme anne maus m. Olivier maus m. et mme Charles de mestral m. et mme Francis minkoff

membres institutionnels

1875 Finance Sa activgest Sa Banque audi (Suisse) Sa Christie’s (international) Sa Fondation BnP Paribas Suisse Fondation Bru Fondation de la haute horlogerie Fondation inter maritime givaudan Sa h de P (holding de Picciotto) Sa JT international Sa Lenz & Staehelin mandarin Oriental , genève mm. mourgue d’algue & Cie, genève notz, Stucki & Cie, Sa La réserve, genève SgS Sa Organe de révision : Plaf ida

Rejoignez-nous ! nous serions heureux de vous compter parmi les passionnés d’arts lyrique et chorégraphique qui s’engagent pour que le Grand Théâtre de Genève conserve et renforce sa place parmi les plus grandes scènes européennes.

m. et mme gérard Wertheimer

m. Pierre g. mirabaud

membres individuels

m. et mme Christopher mouravieff-apostol

Adhérer au Cercle du Grand Théâtre, c’est aussi

S. a. Prince amyn aga Khan

mme Pierre-Yves mourgue d’algue

l’assurance de bénéficier des avantages suivants :

m. et mme Trifon natsis

• • • • • • •

S. a. Princesse Catherine aga Khan mme diane d’arcis LL. aa. SS. Le Prince et la Princesse etienne d’arenberg mme dominique arpels m. et mme gérard Bauer m. et mme Pierre Benhamou m. et mme Philippe Bertherat mme antoine Best mme Saskia van Beuningen mme Françoise Bodmer m. Jean Bonna m. et mme Philippe Bouchara m. alain Boucheron Comtesse Brandolini d’adda mme robert Briner m. Friedrich B. Busse mme Caroline Caffin mme maria Livanos Cattaui mme muriel Chaponnière-rochat mme anne Chevalley m. et mme neville Cook m. Jean-Pierre Cubizolle m. et mme alejandro dahlhaus m. et mme Claude demole mme virginia drabbe-Seemann grace, Countess of dudley m. et mme Olivier dunant mme denise elfen-Laniado

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m. et mme andré hoffmann

mme diane d’arcis m. Friedrich B. Busse

m. et mme Jean-Luc vermeulen

m. et mme Philippe gudin de La Sablonnière

Autres membres du Comité S. a. S. la Princesse andrienne d’arenberg

16

mme Claudia groothaert

m. et mme gérard Turpin

m. et mme Bernard momméja

mme Laurence naville m. et mme Philippe nordmann m. et mme alan Parker m. et mme Shelby du Pasquier mme Sibylle Pastré m. Jacques Perrot m. et mme gilles Petitpierre m. et mme Charles Pictet m. et mme ivan Pictet m. et mme Jean-François Pissettaz mme Françoise Propper mme Karin reza m. et mme gabriel Safdié Comte et Comtesse de Saint-Pierre

• • • • •

Priorité de placement Service de billetterie personnalisé echange de billets Dîner de gala à l’issue de l’assemblée Générale Cocktails d’entractes réservés aux membres Voyages lyriques Conférences thématiques « Les Métiers de l’opéra » Visites des coulisses et des ateliers du Grand Théâtre. Rencontre avec les artistes Possibilité d’assister aux répétitions générales abonnement au journal aCT-o envoi des programmes Vestiaire privé

m. vincenzo Salina amorini m. et mme Paul Saurel

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m. et mme Julien Schoenlaub

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Madame Gwénola Trutat (le matin, entre 8 h et 12 h)

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marquis et marquise enrico Spinola

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m. et mme riccardo Tattoni

Cercle du grand Théâtre de genève

m. et mme Kamen Troller

Boulevard du Théâtre 11

m. richard de Tscharner

1211 Genève 11

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Portraits Les membres du CerCLe Jean KohLer

en suspension

entre opéra et architecture

Julia Migenes Johnson (Salomé) en 1983 au Grand Théâtre et l'Opéra de Copenhague : deux références majeures pour Jean Kohler.

Propos recueillis par illyria Pfyffer

Jean Kohler, vous êtes vice-président du Cercle du grand Théâtre. Que représente cette fonction pour vous ? Je suis un passionné d’opéra et le grand Théâtre fait partie de notre patrimoine. aussi j’ai accepté de donner un peu de moi-même pour soutenir cette institution que je chéris profondément. Je voulais également concrétiser cette idée du Prix du Cercle remis à un jeune chanteur lors du Concours de genève afin de promouvoir l’art lyrique. grâce à cinq généreux mécènes, nous avons assuré la pérennité de ce prix pour dix ans. C’est une initiative bénéfique à la fois pour les jeunes talents qui trouvent ainsi un tremplin concret dans la suite de leur carrière, mais aussi pour le Concours de genève et le grand Théâtre !

L’architecture d’une maison d’opéra vous parle-t-elle ? Je suis fasciné par les institutions modernes, en particulier celles de Copenhague et de la Bastille dont l’acoustique est impressionnante. Construire un opéra pour un architecte est un immense privilège ! Selon moi, l’architecte qui le conçoit devrait être un bon musicologue et avoir une idée très précise de l’acoustique tant ce paramètre est essentiel.

ingénieur civil fraîchement diplômé de l’ePFL, Jean Kohler commence par se passionner pour les ponts. il participe bientôt à la construction du pont sur la Lutrive – situé sur l’autoroute genève Lausanne – lequel affiche une portée

Votre jardin secret ? Outre la musique qui m’apaise, je chéris tout particulièrement la poésie que j’ai découverte à l’adolescence et qui ponctue depuis les différentes étapes de ma vie. guillaume apollinaire au premier chef, Alcools, Calligrammes, Le Flâneur des deux rives par exemple. aujourd’hui encore, je voyage toujours avec un recueil. il me semble que le Caprice d’un cœur épris lien entre la poésie et l’opéra Mon cœur n’est que le vagabond du temps. est naturel. un livret, n’est-ce Il se promène du soleil à l’obscurité, pas aussi un long poème, une Dans les rues de sa foi, sur les boulevards de sa peine. belle épopée  où certains airs Il mendie parfois le réconfort pour ne pas s’écrouler s’apparentent à des poèmes Sous le fardeau de son chagrin. chantés ? Il erre à bon train, subissant les caprices de son destin,

impressionnante, puis à la reconstruction du pont des Bergues. On lui doit également l’élargissement de plusieurs ouvrages fameux dont le pont Butin et le pont de la

L’origine de votre passion pour l’opéra ? J’ai eu la chance d’avoir des parents très ouverts à la musique classique. après avoir suivi la classe de piano de andré-François marescotti, grande figure de la vie musicale genevoise (l’un des En ne pensant qu’à l’avenir, en rêvant d’un sourire. fondateurs de la SUISA ndlr) Tourmenté par la peur de devoir un jour cesser de battre, au Conservatoire de genève Il se cache sous un semblant de vérité. ainsi que des cours privés, j’ai Si le sang de son amour s’arrête un jour de s’écouler, continué à être bercé par la Je crois qu’il ne pourra plus se relever. musique tout au long de mon S.K. (3.09.1998) parcours universitaire, en particulier les 17 quatuors à cordes de Beethoven et les 27 études de Chopin ! Lorsque j’ai rencontré mon épouse nous avons fait un voyage à Bayreuth et je me suis immergé pour la première fois dans le monde de l’opéra de Wagner. Tant son parcours de vie que son œuvre m’ont envoûté. ensuite tous les grands compositeurs se sont bousculés à mes oreilles.

Coulouvrenière, ceci grâce à un système d’encorbellement totalement novateur pour l’époque. rapidement, il devient impliqué dans la conduite des grands chantiers de la région genevoise. Par ailleurs, en tant que délégué aux affaires immobilières de Patek Philippe, il est le fer de lance de toutes les constructions du groupe tels que les sites de Plan-lesOuates et de Perly, le Patek Philippe museum à la rue des vieux-grenadiers, les salons de la rue du rhône etc. Cet amateur d’opéra qui n’hésite pas à faire un saut au met pour telle production marquante, est aussi un sportif passionné: ancien membre de l’équipe suisse universitaire de ski,

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champion romand junior de ski alpin dans trois disciplines (descente, slalom et slalom géant), vainqueur du bol d’or en 1977 en équipier avec Philippe Stern sur un Toucan (altaïr vii) et golfeur émérite, il ne craint pas même les sommets himalayens ou le Cachemire.

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Quelques souvenirs liés au grand Théâtre ? Manon, mon premier opéra m’a laissé un souvenir ineffable. L’air « adieu notre petite table » était si poignant ! autre moment fort : à 12 ans, j’ai assisté par hasard à l’incendie du grand Théâtre. Le feu a pris dans l’après-midi du 1er mai 1951. Je regardais incrédule le théâtre flamber au lieu de retourner à l’école, c’était un événement incroyable. évidemment j’ai été de retenue le jeudi… Quant aux spectacles, c’est Salome en 1983 dans une mise en scène de maurice Béjart avec Julia migenes-Johnson, qui restera à jamais comme mon plus extraordinaire souvenir. La soprano était époustouflante. réunissant de formidables talents de chanteuse, comédienne et danseuse. Quelle présence scénique ! Quel aboutissement ! Je la vois encore avec la tête de Saint Jean Baptiste sur cette sorte de « plongeoir » au dessus de la fosse d’orchestre !

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PleinsFeux

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Le 10 octobre dernier, on apprenait le décès à Genève à l’âge de 83 ans de l’une des résidentes les plus illustres de l’Arc lémanique, la soprano australienne Joan Sutherland. Que le grand âge et la maladie aient enfin pu venir à bout de sa légendaire robustesse semble quasiment paradoxal, mais Dame Joan n’aura pas été à un paradoxe près au cours de sa carrière de plus de quatre décennies. Au concert d’éloges et de regrets infinis qu’a suscité sa disparition, ajoutons donc une

l’image même de La Stupenda.

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gerbe de souvenirs hauts en couleurs, à

ée le 7 novembre 1926 à Sydney, fille de l’immigrant écossais William mcdonald Sutherland et de son épouse muriel, femme au foyer mais formée au chant lyrique, l’enfance de Joan Sutherland se déroula dans une ambiance de rigueur et de simplicité calvinistes qui la priva à tout jamais de la frivolité capricieuse d’une diva : « dans ma famille, disait-elle volontiers, il aurait été impossible d’être une prima donna, parce qu’au moindre signe d’humeur, on nous envoyait au lit, privées de souper. » Le décès soudain de son père, lors d’une excursion à la plage pendant son enfance, signala un changement de ton. elles allèrent vivre chez Tom, le frère de muriel, un joyeux drille qui ajoutait son répertoire d’opérette et de music-hall aux vocalises quotidiennes de muriel, grande fan de nellie melba et de Luisa Tetrazzini. il ne restait à la jeune Joan qu’à se balancer des heures à l’ombre du grand camphrier de leur jardin et d’imiter les trilles et roulades des oiseaux de la banlieue de Sydney pour parfaire sa formation vocale. elle gagna son premier concours à l’âge de 19 ans et reçut comme prix une bourse d’études de deux ans auprès des meilleurs professeurs de chant d’australie, qui lui mirent en tête qu’elle ne pouvait être autre chose qu’une soprano dramatique. « J’étais folle de Kirsten Flagstad à l’époque, avoua-t-elle plus tard, et je me voyais déjà comme une grande wagnérienne. » il faut dire que Joan avait le physique de l’emploi. elle allait tirer le meilleur parti de sa grande taille (« tout sauf une sylphide », en ses propres termes), de sa carrure de docker et du légendaire menton en galoche, signe de la « grande gueule » qu’elle reconnaissait volontiers, avec de francs éclats de rire, en se destinant à être une Brünnhilde d’exception : « Je savais bien que je n’étais pas taillée pour jouer une Butterfly de 15 ans ou une mimi poitrinaire ». muriel suivait de près la formation de sa fille, convaincue qu’elle serait, comme elle, une mezzo. mais la rencontre d’un beau et ténébreux jeune pianiste, du nom de richard Bonynge, alla transformer à tout jamais la carrière de Joan Sutherland. Bonynge profita du sens très relatif que Sutherland avait de la tonalité pour transposer secrètement ses vocalises habituelles de do en mi bémol. Joan se rendit compte que quelque chose n’allait pas et se rebiffa jusqu’au jour où, en pleine dispute avec richard, elle produisit inopinément un fa dièse parfait qui les surprit tous deux. en 1951, elle déménagea à Londres, avec sa mère et sa tante, pour lancer sa carrière et épousa richard Bonynge en 1954. après des années de galère en troupe à Covent garden, à dix livres sterling de salaire hebdomadaire, malmenée par des interventions médicales aux fosses nasales et aux sinus et des séances-marathon chez le dentiste, elle commença néanmoins à se faire connaître dans des rôles de soprano lyrico-dramatique (en incarnant, par exemple, madame Lidoine dans la première londonienne des Dialogues des Carmélites, ainsi qu’eva de Die Meistersinger ou la desdémone d’Otello). La révélation eut lieu à Covent garden, par un soir froid et brumeux de février 1959. elle tenait pour la première fois le rôle-titre de Lucia di Lammermoor sous la baguette de Tullio Serafin et mise en scène par Franco zeffirelli, mais sa gorge était sèche et endolorie. La poisse... le soir même qui pouvait faire, ou défaire, toutes ses ambitions. Le paradoxe Sutherland entra en action : soignée au seul gargarisme de sirop de cassis chaud, sa coloratura se mit à étinceler au cours des premiers airs. au troisième acte, elle apparut, vêtue de la robe de chambre maculée du sang d’arturo, et sa voix se déchaîna en une cascade folle d’arpèges et de cadences pour atteindre le ré bémol du délire absolu. Celui de la folie de Lucia, évidemment, mais également celui

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La Stupenda quitte la scène

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Amina (La Somnambula) en 1961 à La Scala de Milan.

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délicieux garçon manqué à la voix de rossignol. elle (sous la conduite de richard, évidemment) se jetait avec un égal enthousiasme dans les rôles, également longtemps négligés, de l’opera seria de haendel (rodelinda, alcina) comme ceux, moins dramatiquement prestigieux, de la neuvième symphonie de Beethoven ou d’autres partitions de concert. Toujours prête pour une partie de rire, elle laissait volontiers tomber son abondante chevelure châtain (aussi une création de richard : « Your hair’s terrible. Go and get it dyed. ») pour être plus à l’aise dans les comédies musicales de noël Coward ou La Veuve joyeuse. C’est également grâce à Bonynge et Sutherland qu’un certain répertoire français du XiXe connut un regain de popularité, notamment les opéras Esclarmonde et Le Roi de Lahore de Jules massenet, que richard avait amoureusement retranscrits. Quant à la carrière discographique de Joan Sutherland, impossible de la résumer ici : son premier enregistrement d’importance fut en 1959 avec Carlo maria giulini en donna anna (Don Giovanni) pour emi, après quoi, pour les trente années qui suivirent, elle accorda son exclusivité à decca. Bien qu’on discerne le trémolo des années qui passent dans ses derniers enregistrements, Joan Sutherland resta maîtresse de sa technique et de son expertise jusqu’à passé soixante ans. L’étendue et la diversité de sa discographie fut inégalée de son temps. des

Lucia (Lucia di Lammermoor) en 1961 au Met.

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du public londonien qui accueillit sa nouvelle prima donna assoluta avec des tonnerres d’applaudissements. une fois revenue dans sa loge, la jeune banlieusarde de Sydney, un peu étourdie, se rassit en constatant: « Well, what do you know about that? » dès ce moment, richard prit en main la carrière de sa jeune épouse. Si l’on voulait proposer un rôle à Sutherland, il fallait également engager Bonynge comme directeur musical, ce qui n’était pas du goût de tout le monde. Bonynge préparait pour son épouse des éditions méticuleusement recherchées, les retransposant souvent en leur tonalité d’origine, plus élevée. Joan ne voyait aucun inconvénient à devoir aller toujours plus haut ; les feux d’artifice vocaux que richard lui préparait la ravissaient. Tous n’étaient pas de cet avis : le chef anglais Sir adrian Boult, peu connu pour son sens de l’humour, aurait grommelé à leur propos : « Mad scenes from the Messiah... » On peut admettre que richard Bonynge n’ait pas universellement séduit comme chef d’orchestre, ou qu’il ait eu une emprise absolue sur la carrière de son épouse, mais il faut reconnaître que son instinct au sujet de la voix de Joan Sutherland ne s’était pas trompé et qu’il fut pour elle un soutien sans faille au cours de sa longue carrière. Plus encore, c’est grâce au travail de musicologue et de chercheur de son mari que Joan Sutherland est associée, pour

Avec son mari Richard Bonynge et son fils Adam dans sa loge au Met en 1961 pour une représentation de Lucia di Lammermoor

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deux autres grandes voix qu’on associe à Joan Sutherland, Luciano Pavarotti et marilyn horne, seule la mezzo étasunienne est encore avec nous. heureux ceux qui ont pu les voir réunis une dernière fois, en 1990, pour les adieux de Joan Sutherland à Covent garden, en une Chauve-souris de légende. elle reçut le titre de Dame of the British Empire en 1979, et s’installa dans la région montreusienne avec son mari peu de temps après. Sa retraite ne fut pas inactive et lui donna à nouveau l’occasion de faire jouer le paradoxe Sutherland. en 1995, elle incarna une ménagère appauvrie et mal fagotée, servant du ragoût de lapin à une famille nombreuse dans le film comique australien Dad and Dave : On Our Selection, aux côtés de Leo mcKern et geoffrey rush, prouvant qu’elle pouvait être autant à l’aise dans une cabane déglinguée de l’outback australien que dans un somptueux décor de zeffirelli pour La Scala. revenant aux rives du Léman, elle partagea des années tranquilles avec richard, jusqu’à ce qu’elle se brise les deux jambes en 2009 en faisant une chute alors qu’elle s’occupait de son jardin. avec une arthrite de plus en plus difficile à supporter, ce fut le début d’un déclin physique inexorable. richard Bonynge, leur fils adam, et ses deux petits-enfants lui survivent. et des milliers de fans garderont longtemps le souvenir de son vaste sourire incrédule, alors qu’on l’ovationnait, comme si elle était elle-même surprise du paradoxe qu’on puisse l’aimer si follement, pour un talent qui, en fin de compte, n’était qu’une partie bien négligeable de sa robuste personne. CP

Adriana (Adriana Lecouvreur) à l'opéra de San Diego en 1983

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la postérité, à la résurrection et à l’interprétation de tant de partitions du bel canto, tombées en désuétude. au sujet de leur travail en commun, Joan Sutherland, avec sa franchise australienne légendaire, déclara : « Les gens racontent toutes sortes de sornettes à propos de ma transformation en diva. Le talent est un don, et c’est le devoir de chacun d’en tirer le meilleur parti. mon talent était ma voix, le talent de richard était de savoir reconnaître et de creuser autour de cette richesse. C’est lui qui a découvert ma voix. et j’ai eu la bonne fortune immense que nos deux talents se soient rencontrés, pour mon plus grand bonheur. » Comme souvent, la bonne fortune est aussi une simple question de timing. Les débuts phénoménaux de Joan Sutherland bénéficièrent certainement du regain d’intérêt pour le répertoire belcantiste provoqué par une autre voix, moins lumineuse et agile mais haute en couleur et en talent dramatique, celle de maria Callas. La Callas s’essoufflant, La Stupenda arrivait à point nommé. Sutherland se mérita le sobriquet dès 1960, après une Alcina ensorcelante à La Fenice de venise. devant un public infailliblement ébloui, elle prouvait avec joie son immense compétence technique et la richesse infinie de ses couleurs vocales, passant d’un legato doré parfaitement sous contrôle à des cadences rutilantes, exécutées avec la désinvolture d’une alouette prenant son essor dans le soleil du matin. il serait toutefois erroné et injuste de ne retenir de la carrière de Joan Sutherland que ses rôles d’héroïne de bel canto tragique (norma, Lucia, amina, elvira et tant d’autres) ou de ne se rappeler que de sa marie de La Fille du régiment,

© San DieGo oPeRa

par Christopher Park

En 2004, au Kennedy Center à Washington lors d'une remise de prix pour sa carrière.

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PleinsFeux > ORPhéE ET EuRyDiCE

de Christoph Willibald Gluck direCTiOn muSiCaLe : Jonathan darlington miSe en SCène eT ChOrégraPhie : mats ek Au Grand Théâtre, 9 | 11 | 13 | 15 | 17 | 19 mars 2011

Le chant de la danse

mats ek

Né à Malmö en Suède, il est le f ils d'un acteur de théâtre et de cinéma, Anders Ek, qui tourne dans les f ilms d'Ingmar Bergman, et d'une danseuse-chorégraphe, Birgit Culberg, fondatrice de la célèbre compagnie qui porte son nom. Il s'oriente

Le 16 avril 2010, Julian Sykes, en parlant de la saison 10-11 du grand Théâtre, écrivait dans le journal Le Temps : « La venue du chorégraphe mats ek pour l'Orphée et Eurydice de gluck (version de Paris revue par Berlioz) constitue un événement, Tobias richter rappelle que mats ek est aussi homme de théâtre et fera valoir "les deux piliers du grand Théâtre : le chant et la danse". » en effet, après une première rencontre mémorable au cours de la première soirée chorégraphique du mois d'octobre, le Chœur, le Ballet et l'Orchestre de la Suisse romande se retrouvent pour nous raconter un nouveau mythe, à travers le regard d'un des grands maîtres de la danse de notre temps, le mythe d'Orphée celui dont la plainte attendrit les pierres et ouvre les portes de l'enfer. une plainte initiatrice qui ouvre notre sensibilité la plus secrète et la plus profonde. Les rochers, les montagnes et le forêts ont écouté, et il leur est venue une âme. Orphée est l'initiateur, il ouvre l'oreille et à travers elle la voix qui devient chant. ainsi, il devient le symbole, le saint patron du chant et de toute musique.

euripide, Platon, virgile ou encore Ovide dans les livres X et Xi des Métamorphoses nous parlent de ce héros qui demeure bien plus qu'un personnage d'opéra. dans leurs récits, ne figurait pas le rôle de l'amour. Calzabigi, le librettiste en fait un personnage essentiel du drame. il est l'agent des dieux, d'abord porteur de la consigne cruelle, il donne, à la fin, une conclusion favorable qui rend inutile la mort du poète, du chantre. en faisant ressusciter eurydice, Calzabigi prive la légende de son caractère sombre et endeuillé, ainsi que de sa signification tragique. hector Berlioz évoque le cri douloureux d'Orphée : « eurydice ! » jeté par intervalle au milieu des lamentations et que de toutes parts on trouvait admirables. Lorsqu'il parle de l'œuvre, les superlatifs se succèdent. Camille Saint-Saëns s'interroge sur la puissance du chevalier gluck. Paul dukas prédisait le triomphe des sublimes créations de gluck, le protégé de marie-antoinette. et nous, serons-nous au rendez-vous, et succomberonsnous aux accents de la lyre et du chant, ainsi qu'au langage des corps ?

« Puisqu'on peut avoir un si grand plaisir pendant deux heures, je conçois que la vie peut être bonne à quelque chose. » JEAN-JACQuES ROuSSEAu

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par Daniel Dollé

tout d'abord vers le théâtre tout en suivant des cours de danse auprès de Donya Feuer, une Américaine installée à Stockholm qui pratique la méthode Graham. Après un an au Ballet de Düsseldorf, il rejoint la compagnie Culberg, où il commence à chorégraphier dès 1976, entre autres, Soweito, un ballet sur l'apartheid dans lequel Birgit Culberg fait ses adieux à la scène. Très rapidement, il retient l'attention de la critique internationale. Ses relectures audacieuses et virulentes de certains grands classiques conf irment son talent à creuser les apparences pour faire jaillir la psychologie des personnages. S'il bouscule les conventions du ballet, ce n'est jamais dénué de sens. Il ausculte notre société et scrute les petits drames du quotidien : « J'ai envie de refléter l'image de la réalité. » Courez voir Orphée, bien sûr,

La Belle au bois dormant. En conf iant aux corps les désarrois de l'âme et en observant les frustrations de chacun, il se fait psychanalyste. Au théâtre, il met en scène

La production de l'Opéra de

Strindberg, Molière, Racine et Shakespeare

Stockholm en 2009 avec Marie

en osant l'essentiel.

Arnet dans le rôle d'Eurydice

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© oPeRa De SToCKoLM / MaTS BäCKeR

mais également La Maison de Bernarda, Giselle, Le Sacre du printemps, ou encore,

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Sitôt après la fin des représentations de Sed Lux Permanet à Genève qui ont rencontré un large succès auprès du public et de la presse, les danseuses et les danseurs du ballet du Grand Théâtre ont pris la route vers de nouvelles aventures.

Tournée très samba par Philippe Cohen

Après un bref séjour en France, où ils ont présenté Cendrillon, ils ont mis le cap sur le Brésil, pour lequel un programme inédit avait été spécialement élaboré afin de présenter les multiples facettes de la

Les spectateurs brésiliens ont ainsi pu apprécier le désormais célèbre Loin de Sidi Larbi Cherkaoui, une pièce mêlant danse, théâtre, chant et comédie, présentée près de 150 fois à travers le monde, et qui contrastait avec la première partie du programme dont l’accent était mis sur un certain académisme chorégraphique dans lequel lignes épurées et sensibilité se conjuguaient au plus-que-parfait… Blackbird de Jiři Kylián et Dov’è la luna de Jean-Christophe maillot constituaient le socle de cette première partie enrichie d’une nouvelle chorégraphie, Closer de Benjamin millepied reprise spécialement pour cette tournée. Bien que créé en 2006 sur Mad Rush, une musique au piano de Philip glass, pour une danseuse du grand Théâtre, Closer n’a jamais été présenté à genève. Ce duo est une étape importante pour Benjamin millepied qui affectionne particulièrement la musique de Philip glass. Le chorégraphe est connu à genève pour avoir créé pour le grand Théâtre deux ballets hautement narratifs : Casse-noisette et Petrouchka. Pour Closer, il a voulu chorégraphier sur une partition musicale puissante où la virtuosité ne l’emporte jamais sur la sensibilité. Loin de toute narration, Closer explore les multiples facettes émotionnelles ressenties lorsque deux êtres se rencontrent. attirance réciproque et hésitations se fondent en une sorte d’élan organique sans jamais se départir d’une certaine forme humaine de poésie. Ce pas de deux, à l’écriture néo-classique affirmée, tisse un fin réseau de relations entre les deux danseurs. de rapprochements furtifs en face-à-face tendus, on se laisse entraîner au plus près de leur intimité. une intimité à la résonance profonde mais néanmoins sensible et légère. La dernière tournée du ballet du grand Théâtre au

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Brésil remonte à 2004. Cette année-là, le spectacle présenté avait été élu « meilleur spectacle de l’année ». Six ans après, le voilà de retour avec un programme unique, spécialement conçu pour cette occasion. une fois encore, l’accueil du public brésilien a été enthousiaste et généreux. C’est debout que les 4000 spectateurs ont acclamé les danseurs à la fin des représentations à São Paulo et à rio de Janeiro, dans le Théâtre municipal fraîchement rénové. Bâti d’après les plans du grand Charles garnier, ce théâtre, où les volutes dorées rivalisent de splendeurs avec les marbres rares, que nuance la lumière subtilement distillée par les vitraux, est un chef-d’œuvre d’architecture de la fin du XiXe siècle. Tout le monde est rentré à genève avec des souvenirs inoubliables dans leurs bagages, pour aussitôt repartir sillonner l’europe, l'espagne, l'italie et la France. à Lyon notamment, ils ont présenté à la maison de la danse durant une semaine Roméo et Juliette à guichets fermés. et pour bien finir l’année 2010, deux représentations de Cendrillon sont programmées au Palais des Festivals de Cannes les 31 décembre et 1er janvier. >PC

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compagnie au pays de la samba.

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o n stage

anne par Daniel Dollé

> ANNE SChWANEWiLmS

Soprano Récital au Grand Théâtre, le 12 février 2011 à 20 h Piano : manuel Lange

la Kaiserin…

Avant d’apparaître sur la scène du grand Festspielhaus de Salzbourg au cours de l’été 2011, Anne Schwanewilms offre au public un récital qu’elle rendra probablement incandescent grâce à sa voix qui rappelle d’illustres prédécesseures, telles que Elisabeth Grümmer ou encore Tiana Lemnitz.

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PROgRAmmE Du RéCiTAL

Liederabend CLAuDE DEBuSSy Proses lyriques De rêve... De grève.. De fleurs... De soir... hugO WOLF Mörike-Lieder Im Frühling Gesang Weylas Auf einer Wanderung Verborgenheit Entracte RiChARD STRAuSS In goldener Fülle Wer lieben will, muß leiden Ach, was Kummer, Qual und Schmerzen hugO WOLF Mörike-Lieder Das verlassene Mägdlein Wo find’ ich Trost Der Genesene an die Hoffnung

hugO WOLF Mörike-Lieder Elfenlied Selbstgeständnis Storchenbotschaft

© JoHanna Peine

RiChARD STRAuSS Blauer Sommer Weißer Jasmin Das Rosenband

au cours de l’été 2011, elle sera l’impératrice d’une nouvelle production de Die Frau ohne Schatten (La Femme sans ombre) de richard Strauss à Salzbourg. La mise en scène est confiée à Christof Loy et la scénographie à Johannes Leiacker, l’auteur des décors de La Calisto et des Vêpres siciliennes de verdi, que nous verrons au cours du mois de mai au grand Théâtre. né dans une famille de musiciens à gelsenkirchen, dans la ruhr, elle étudie le chant auprès de hans Sotin, l’une des plus illustres basses du XXe, à Cologne où elle sera en troupe à l’opéra entre 1991 et 1996. elle fait ses débuts en tant que mezzo-soprano en chantant, entre autres, dorabella dans Così fan tutte de Wolfgang amadeus mozart. rapidement on s’aperçoit que sa voix évolue vers la tessiture de soprano. C’est au Festival de Bayreuth en 1996 qu’elle fait ses débuts en tant que soprano en chantant gutrune dans Die Götterdämmerung (Le Crépuscule des dieux) de richard Wagner. rapidement, elle s’affirme comme une interprète remarquable du répertoire romantique allemand. Consacrée artiste lyrique de l’année en 2002 par la revue allemande Opernwelt, elle se tourne vers les héroïnes de richard Strauss et s’intéresse au répertoire du lied. Parmi ses rôles de prédilection ariadne, desdemona de Otello de verdi, elsa dans Lohengrin ou encore elisabeth de Tannhäuser. avec les plus grands orchestres et sous la direction des chefs les plus prestigieux, Sir Colin davis, Sir Simon rattle, daniel Barenboim, riccardo Chailly, Kent nagano, Kurt masur ou encore James Levine, elle parcourt les scènes internationales et séduit un large public qui l’acclame. marie de Wozzeck de Berg n’a pas de secret pour celle qui s’intéresse également aux compositeurs de notre temps. Lorsqu’elle aborde le rôle de Carlotta dans Die Gezeichneten de Franz Schreker en 2005 au Festival de Salzbourg, le public et la critique l’acclament. nul ne sera surpris que les critiques ne tarissent pas d’éloges, les uns la comparent à elisabeth Schwarzkopf, les autres à gundula Janowitz, et jamais elle ne laisse indifférent. en 2008, elle interprète Chrysothemis de Elektra au royal Opera house Covent garden, le lendemain la presse écrit : « Another triumph is Anne Schwanewilms as a cowering neurotic able to rise to thrilling heights of lyrical fervour. » (« autre triomphe, celui d’anne Schwanewilms, qui campe une névrosée passant de la prostration à des sommets de ferveur lyrique. ») [Evening Standard]. « Anne Schwanewilms was in superb voice as the wretchedly mewing and whining Chrysothemis. » (« anne Schwanewilms, en pleine possession de ses capacités vocales, incarne une Chrysothemis qui miaule et gémit à fendre l’âme. ») [Daily Telegraph] ambassadrice remarquable des Vier letzte lieder de richard Strauss, elle se consacre au récital avec un égal bonheur. elle étonne, subjugue et communique de façon unique avec le public qui succombe à son charme et à sa voix. elle adore chanter, c’est un must pour elle, et lorsqu’elle a besoin de se ressourcer, elle revient à ses premières passions, l’horticulture et le jardinage. une nouvelle grande soirée en perspective et soyons au rendez-vous pour faire connaissance avec un talent qui vient pour la première fois au grand Théâtre.

Son calendrier 15 février 2011 Opéra de dresde, Liederabend récital avec manuel Lange (piano) du 24 février au 11 mars 2011 Opéra de dresde Arabella (rôle-titre) 15 mars 2011 Paris, Salle Pleyel Strauss's Four Last Songs Orchestre national de Lille 16 avril 2011 Paris, Opéra-comique, Liederabend récital avec manuel Lange (piano) Du 13 au 29 mai 2011 amsterdam, dnO, Der Rosenkavalier (La maréchale) 29 Juillet 2011 (Première) Festival de Salzbourg, Die Frau ohne Schatten (L'impératrice)

Son dernier enregistrement

OTELLO - VERDI Simon O'Neill Gerald Finley Anne Schwanewilms London Symphony Chorus & orchestra Dir. Sir Colin Davis LSO, 2010 B003WL7ena

« Dans l’ennui si désolément vert

De la serre de douleur, Les fleurs enlacent mon cœur De leurs tiges méchantes. Ah! quand reviendront autour de ma tête Les chères mains si tendrement désenlaceuses?...

»

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CLAuDE DEBuSSy

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itinéraire pédagogique

une journée

riche

Le service pédagogique a le vent en poupe Pour la saison 2010-2011, le service pédagogique, dont les activités ont commencé avec Elektra de Richard Strauss, annonce des chiffres superlatifs puisque plus de 4000 élèves sont attendus cette année au Grand Théâtre. Ainsi, quelque soixante classes représentant plus d'un millier de jeunes des trois ordres d'enseignement ont été retenues pour suivre un parcours pédagogique adapté à leurs connaissances et à leur âge, en vue d'assister à la répétition générale de l'un des spectacles lyriques ou chorégraphiques de la saison. Environ trois cents collégiens ayant choisi l'option musique viendront grossir les rangs de ces spectateurs privilégiés. La Petite Zauberflöte, version réduite à 90 minutes de l'œuvre de Mozart, n'a pas échappé à la curiosité du jeune public qui a littéralement pris d'assaut les deux représentations scolaires programmées les 31 mars et 1er avril 2011.

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il est 8 heures du matin à l'entrée des artistes. Les élèves accompagnés de plusieurs enseignants s'apprêtent pour un grand voyage dans les entrailles du théâtre au cours duquel plateau, cintres et coulisses vont révéler tous leurs secrets. Puis la salle Jaques-dalcroze habituellement réservée aux répétitions du chœur du grand Théâtre, s'ouvrira pour eux pendant une séance d'une heure et demie au cours de laquelle les chanteuses Fosca aquaro ou marie-Camille vaquié leur transmettront les rudiments de l'art lyrique. après cette belle leçon de chant, les élèves se retrouveront en cas de mauvais temps, au restaurant du sous-sol pour pique-niquer. La journée se poursuivra sous les ors et les stucs du somptueux foyer du grand Théâtre, où Christopher Park, serré dans un frac impeccable, et la danseuse élisabeth Laurent, élégante dans sa robe longue « 1900 » enseigneront aux jeunes se préparant à assister à La Veuve joyeuse de Franz Lehár, les principes de la valse. en octobre dernier, les collégiens qui avaient préféré la violence familiale du Palais de mycènes à l'élégance bourgeoise de l'ambassade parisienne du grand duché du Pontevedro, avaient été invités par la scénographe Claire Peverelli à imaginer puis à construire, à l'aide de carton, de colle et d'un peu d'imagination, la maquette d'une scène d'Elektra. Cette immersion au cœur du grand Théâtre s'achève la plupart du temps par une visite des ateliers de construction de décors qui permet aux élèves intéressés par les aspects techniques et professionnels, de découvrir de nombreux métiers et d'entrevoir les secrets d'une production lyrique. après un tel cheminement, les jeunes pour lesquels l'argument de l'ouvrage n'a bien entendu plus de secret, sont finalement invités à la répétition générale du spectacle qu'ils ont préparé avec tant de soin. mais lesquels parmi tous ces jeunes deviendront les spectateurs de demain ? KA

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par Kathereen Abhervé

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Les rencontres

Labo-M en est à sa troisième saison au Grand Théâtre. Le club jeunes réunit environ 250 adhérents. Pour faire connaître le Grand Théâtre, 12 membres de Labo-M ont accepté une mission particulière : ce sont les relais Labo-M. Saskia Jarrell fait partie maintenant de cette équipe. Elle livre aux lecteurs d’ACT·O les raisons de son engagement. Quoi de plus beau que de partager un moment avec une personne qui nous est chère ? Quoi de plus beau encore que d’engendrer la curiosité, la vitalité, l’envie, un rire, de l’intérêt ou même une passion chez la personne aimée ? Pour ma part, c’est ainsi qu’est née ma passion pour la musique. Je me souviens encore de ces moments intenses que j’aimais partager avec mon père devant la chaîne stéréo. nous écoutions toutes sortes de chansons, mon intérêt pour la musique classique n’étant apparu que bien plus tard. mon père est musicien, ce qui a amené un ami à me dire dernièrement que j’étais l’Obélix de goscinny et uderzo : je suis tombée dans la marmite quand j’étais petite. J’ai bien aimé cette image, c’est en quelque sorte comme si je possédais une force extraordinaire, du fait d’avoir connu très tôt le monde musical. Cependant, mon intérêt ne fut pas immédiat, la musique faisant partie de mon quotidien, ce qui la rendait normale et parfois même banale. Petite, j’assistais souvent à des répétitions ou à des concerts. J’y allais pour être proche de mon père ; j’ai passé la majeure partie de ces moments à faire la sieste. mon éducation musicale a débuté lorsque j’avais six ans. mis à part la pièce sombre et petite dans laquelle se tenaient mes cours de piano à vienne, je ne me souviens plus beaucoup de mes débuts. il y avait dans cette salle une odeur étouffante de moisissure et un crucifix. Pour tout vous dire, j’ai rapidement demandé à arrêter le piano pour le violon. Or, cet instrument ne m’a pas embrasée non plus, ma grande passion ayant en réalité été la danse. une amie m’a un jour convaincue à l’accompagner à son cours de danse classique, et jamais je n’ai voulu repartir. La fréquence des cours augmentait au fur et à mesure que je grandissais et à l’âge de dix ans j’ai intégré une troupe de comédie musicale. C’était génial. Les répétitions le week-end, la musique, la danse, la mixité sociale… J’étais très fière et mon rêve était de danser à Broadway lorsque j'aurais été adulte. malheureusement, les rêves ne restent souvent que des rêves. La réalité nous rattrape toujours mais elle nous fait avancer malgré tout. ma famille et moi avons déménagé de vienne à Strasbourg l’année suivant mon entrée dans cette troupe. il n’y avait

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pas de troupe équivalente, mon intérêt se focalisa donc entièrement sur mes cours de danse classique et sur la troupe de danseuses pré-professionnelles de mon école. Je l’ai intégrée après une ou deux années. Les goûters dans les loges de l’Opéra du rhin, les grandes salles de répétition trop humides et mes copines de la danse sont les plus beaux souvenirs de mon adolescence. voilà pourquoi j’adore encore aujourd’hui aller voir des ballets au grand Théâtre. Les mouvements et la beauté des danseurs m’émeuvent toujours de manière surnaturelle et me remplissent d’une grande mélancolie. Cette beauté est idéale, les corps sculptés des danseurs accentuant la beauté de la musique par leur chorégraphie et la rendant ainsi plus proche de nous autres spectateurs. Lors de notre déménagement pour genève, j’ai tout arrêté. autant le milieu de la danse est très attrayant, autant il est repoussant. La concurrence et la pression constante d’être physiquement exposée m’ont finalement poussé à tout lâcher. Le chant est finalement l’unique chose que j’ai continuellement adoré faire depuis toute petite. a la maison, je m’amusais à inventer des secondes voix pour les chansons que j’entendais, je chantais aux fêtes familiales et dans diverses chorales. L’opéra ne m’intéressait pas jusqu’à ce que j’aie l’occasion de pouvoir observer la création d’une œuvre de plus près. La confrontation avec quelques-uns des chanteurs m’a réellement transformée et j’ai réalisé que cette voie m’attirait fortement. de plus en plus je demandais à aller voir les productions du grand Théâtre. un abonnement annuel incluant les récitals et les ballets a été mon premier vrai investissement. Je me le suis payé avec le salaire d’un job d’été et j’ai pris mes billets seule, sachant que je ne trouverais personne d’entre mes amis qui serait d’accord de m’accompagner. Les places sont bien trop chères pour les jeunes étudiants et je dois avouer que jamais je ne me serais offert cet abonnement si je n’étais issue d’un milieu musical. ayant entendu parler de Labo-m, je m’y inscrivis également. Les rencontres organisées l’année passée par le club m’ont enchanté. ainsi ai-je eu l’occasion de rencontrer marthe Keller autour d’une discussion du personnage de don giovanni et Joyce didonato lors de la production de La Donna del Lago. Ces rencontres ont été des plus enrichissantes, les deux femmes étant de grandes personnalités fort sympathiques et cultivées. C’est ainsi que je me suis présentée à l’élection des relais de Labo-m cette année. Le souvenir chaleureux des rencontres passées m’y a conduit et je suis très fière d’être cette année une jeune représentante du grand Théâtre. J’essaie ainsi de comprendre le fonctionnement d’une telle entreprise et de le concilier avec la passion et l’intérêt. J’adore emmener des amis à des représentations et leur faire découvrir ce monde. J’aime partager ma passion et déclencher ne serait-ce qu’une petite flamme ; une vie sans l’art et la passion est bien trop maussade. de plus, les réactions de mes amis sont souvent très positives. C’est en ce sens qu’il me semblerait que le renforcement de la politique de mise en vente des places de dernière minute, comme cela se pratique par exemple à vienne, serait le bienvenu. SJ

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enrichissantes de Saskia

par Saskia Jarrell

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Le trouble des sens Le pouvoir émotionnel de l'opéra Lorsque des chemins se croisent.... Connaissez-vous le Pôle de recherche national en Sciences affectives ? Lorsque le Grand Théâtre a rencontré les professeurs Scherer et Fantini, de nombreuses convergences et d'intérêts communs entre les deux univers, apparemment différents, l'idée d'une collaboration et de nouvelles expériences a vu le jour. C'est pour nous l'occasion de vous faire découvrir un pôle de recherche au rayonnement international pour qui l'émotion n'est pas un vain mot, et pour qui affect et cartésianisme ne rivalisent pas forcément. Une occasion également de faire découvrir à des étudiants le monde de l'opéra, car pour la majorité d'entre eux Elektra sera leur première expérience lyrique.

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assister à un spectacle d’opéra est une expérience synes- et de l’énergie. Le but de la recherche scientifique et musithésique, qui met en jeu plusieurs sens et des capacités cologique sur le pouvoir émotionnel de la musique est cecognitives liés aux différentes expressions artistiques : la lui d’isoler et comprendre les mécanismes physiologiques musique, la voix humaine, le texte littéraire, la peinture et psychologiques avec lesquels chaque élément musical, et la sculpture, les lumières et les couleurs, la danse, les chaque dimension de la musique et leur combinaison gestes et les mouvements dans l’espace. mais, dans un peuvent produire ou décrire une émotion spécifique. et, opéra, tout se fond sur la musique, sur sa capacité de au même temps, il s’agit de comprendre les émotions esconstruire un monde sonore qui unifie et donne du sens thétiques et épistémiques produites par la perception et la aux autres expressions artistiques et constitue le véhicule compréhension de l’intégralité d’une œuvre musicale ou qui transporte le publique dans une expérience cognitive d’un opéra. définir la nature du pouvoir émotionnel de la musique et émotionnelle d’une grande profondeur. d’où vient cet extraordinaire pouvoir émotionnel de la comporte un ensemble de questions entrelacées : quels sont les mécanismes d’action du pouvoir émotionnel de musique ? La musique constitue un phénomène ubiquitaire et très la musique  ? Sont-ils physiologiques, psychologiques ou ancien ; aucune culture connue, actuelle ou historique, socioculturels  ? de quelle manière la musique peut-elle n’est dépourvue de musique. Si les formes musicales, produire et communiquer des émotions auprès du compoles pratiques vocales et instrumentales, les rôles sociaux siteur, de l’interprète et de l’auditeur ? Quelle est la nature montrent une très grande diversité, cela ne masque pas des émotions transportées ou produites par la musique ? l’existence de certains caractères communs à toutes les Sont-elles identiques, ou très similaires, aux émotions cultures, liés à la manière d’organiser et comprendre les ordinaires ? Ou sont-elles d’une différente  nature ? Les recherches sur la phénomènes sonores, ce base causale et la nature qui fait penser à une base du pouvoir expressif de au même temps biolola musique comme des gique et socioculturelle. implications pour son Le phénomène musical pouvoir de régulation a toujours été interprété de contrôle ont été dans en termes émotionnels l’histoire centrées aucar la musique semble tour d’un nombre limité porter, produire, repréde théories de base. une senter et induire des théorie souligne le rôle états émotionnels d’une des associations entre grande intensité. Les un morceau particulier musiciens, les philode musique et les expésophes, comme les historiences individuelles ou riens et les théologiens, collectives. un second ce sont interrogés sur la type d’idée affirme que nature de ce phénomène, la musique est un objet sur les mécanismes qui cognitif et la réponse le produisent, sur les émotionnelle est promoyens techniques et duite par la musique formels qui en sont la et par sa structure incause. trinsèque, exactement depuis quelques décencomme les émotions nies, les développements produites par la beauté techniques et méthodod’une peinture ou d’une logiques de la recherche œuvre littéraire. une scientifique, et notamautre idée suggère un ment les méthodes de étroit parallélisme entre la psychologie expérile processus corporel et mentale et l’imagerie cognitif lié aux émobiomédicale ont permis Des moments d'intenses émotions ces dernières années au Grand Théâtre tions, et notamment d’étudier d’une manière pour certains d'entre vous. Rappelez-vous Madame Butterfly (97-98), leur expression, et la beaucoup plus appro- Cio-Cio San (Chen Sue) dans la scène finale. structure ou la forme fondie les phénomènes Mariella Devia (Konstanze) dans L'Enlèvement au sérail (95-96). de la musique. Ces posiphysiologiques, psycho- Hamlet (96-97), Ophélie (Natalie Dessay) et Hamlet (Simon Keenlyside). tions sont vivement dislogiques et cognitifs liés Le Tour d'écrou (02-03) dans l'acte I, Ciara Power de dos (Flora), Emma Bell cutées et font objets de à la musique. il s’agit (Miss Jessel) et Joan Rodgers (La Gouvernante). la recherche actuelle. d’un important travail interdisciplinaire (neurobiologistes, psychologues, philo- un phénomène particulièrement intéressant est la caracsophes, historiens, musiciens, musicologues, artistes), qui térisation émotionnelle souvent attribuée à la musique permet d’étudier le phénomène musical et son évolution (agitée, tendre, calme, triomphante, abandonnée, joyeuse, biologique et culturelle de points de vue différents et com- ennuyeuse, etc.). L’utilisation d’un langage émotionnel en musique semble être justifiée par la correspondance métaplémentaires. il y a beaucoup d’éléments sonores qui semblent avoir un phorique entre deux formes de mouvement: l’expression pouvoir émotionnel spécifique en soi : le timbre seul d’une corporelle des émotions et la dynamique de la musique. voix ou d’un instrument peut nous émouvoir, un rythme On peut caractériser une figure musicale comme ‘triste’, lent et un contour mélodique descendant nous parle de par exemple le tétracorde mineur descendant à l’époque tristesse et de mélancolie, des changements de dyna- baroque, si elle permet à l’auditeur de reconnaître dans ces mique entre blocs sonores puissants créent de la tension caractères des analogies avec les mouvements corporels et

Le Pôle de recherche national en Sciences Affectives Fondé le 1er septembre 2005, le Pôle de recherche national en Sciences Affectives (PRN Sciences Affectives), est l’un des vingt-huit Pôles de recherche nationaux en Suisse f inancés par la Confédération helvétique et administrée par le Fonds National Suisse de la recherche scientif ique (www.snf.ch). Il est le premier centre national de recherche au monde dédié à l’étude interdisciplinaire des émotions et de leurs effets sur le comportement humain et la société. Il est dirigé par le Professeur Klaus Scherer et géré administrativement par le Centre Interfacultaire en Sciences Affectives (CISA) de l’Université de Genève. Le PRN Sciences Affectives travaille sur les mécanismes de déclenchement et de contrôle des émotions, ainsi que sur leurs influences dans les relations interpersonnelles et les interactions sociales. Il offre aussi un programme ambitieux de formation doctorale et postdoctorale, qui vise à former une nouvelle génération de chercheurs, et est impliqué dans divers partenariats avec des acteurs privés et publics. Le PRN Sciences Affectives regroupe environ 120 chercheurs des Universités de Genève, Neuchâtel, Fribourg, Berne et Zurich, dans dix projets de recherches fondamentaux ainsi que dans des « Foci » de recherche. Ces derniers rassemblent des scientif iques issus de différents domaines sur une même thématique de recherche. La musique est, par exemple, l’un des points d’intérêts majeurs du Focus sur les émotions esthétiques. La collaboration avec le Grand Théâtre s’inscrit, dans le cadre de ce Focus, dans une volonté de décrire les processus émotionnels en lien avec le monde de la musique. Elle vise à mieux comprendre quelles sont les émotions spécif iques à la musique et quels sont les mécanismes psychologiques et corporels impliqués dans la perception des émotions musicales. Dans ce but, une première expérimentation s’est tenue le 6 novembre 2010 lors de la pré-générale d’Elektra avec une quarantaine d’étudiants. Les résultats de cette enquête permettront de caractériser les émotions ressenties pendant l’opéra et de les comparer, dans un deuxième temps, avec des données émotionnelles liées à d’autres types de musique. www.affective-sciences.org

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D'autres moments intenses au Grand Théâtre pour d'autres. Pelléas et Mélisande (99-00), dans cette scène amoureuse avec Mélisande (Alexia Cousin) et Pelléas (Simon Keenlyside). Wozzeck (95-96) avec cette folle scène entre le Tambour-major (Jan Blinkhof) et Marie (Karen Huffstodt). Turandot (95-96) avec Giovanna Casolla en Turandot. Enfin cette scène finale paroxystique en 2009 pour Lulu avec Patricia Petibon (Lulu) et Pavlo Hunka (Jack l'éventreur) * Vous pouvez encore participer à cette étude en écoutant les interprétations de Thomas Moser et nous faire part des émotions ressenties sur www.affective-sciences.org rubrique webexperimentation/tenoremotions

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psychologiques associés à la tristesse. La figure musicale peut par conséquent être considérée comme une métaphore de l’émotion « tristesse  » et être reconnue comme exprimant la tristesse dans toute l’histoire de la musique. La structure dynamique, la grammaire et les figures rhétoriques, le mode de développement d’une œuvre musicale et les formes dans lesquelles les émotions sont exprimées se rassemblent et dans cette perspective la musique peut être pensée comme un symbole de la vie émotionnelle. Les émotions suscitées par la musique sont une forme de compréhension, non seulement de sa structure formelle mais également de ses qualités expressives. La nature non verbale de la musique correspond parfaitement à l’expression non verbale des émotions. une pièce de musique peut être considérée comme représentant une qualité émotionnelle particulière car elle exprime la condition émotionnelle et les réponses automatiques des mouvements par une telle émotion. un rôle particulier dans l’appréciation émotionnelle de la musique est joué par la voix humaine. La musique peut, de par sa forme, sa structure et ses mouvements dans le temps, suggérer différentes caractéristiques non linguistiques dans l’expression vocale des émotions. à la période baroque surtout, la musique semblait imiter les lamentations et les cris d’angoisse, les lamenti, et les reproduire en une forme hautement stylisée, symbolique. Le type et le degré de formalisation des expressions vocales imitées dans la musique sont dictés par un système stylistique particulier dans lequel la musique est composée, mais le parallélisme formel entre l’expression vocale des émotions et des formes musicales particulières semble être une constante dans toute l’histoire de la musique. Le caractère expressif de la voix humaine peut être considéré par conséquent comme un résultat de la réponse à la qualité vocale et les chanteurs sont en effet capables de communiquer ou transmettre les émotions en utilisant un code acoustique dans l’expression vocale des émotions, code fondé sur le timbre, sur la qualité de la voix, sur la vitesse relative de la vocalisation.

Deux exemples de la recherche « émotion et voix » déjà, lors des premières productions du Xvie siècle, à l’époque de la Camerata florentine, les opéras avaient comme objectif premier d’exprimer les émotions. Comment les émotions sont-elles reproduites dans l’opéra  ? voilà une des fascinantes questions que les musicologues et toute personne intéressée par l’histoire de la musique et de l’art se posent. elle est aussi, actuellement, étudiée scientifiquement par des psychologues. Le chanteur interprète dans les récitals, les airs et autres partitions musicales, les émotions voulues par le compositeur. Toutefois, très vraisemblablement, un mélange complexe de divers facteurs allant de la personnalité du chanteur, de l’interprétation souhaitée par le directeur, à l’atmosphère générale le soir de la représentation vont déterminer la manière dont les chanteurs transmettront l’émotion. Trois questions sont, en général, analysées dans les recherches menées sur les expressions vocales des émotions en musique, à savoir : 1) Comment un état émotionnel, avec tous les effets physiologiques qui y sont liés, comme le rythme de la respiration, la phonétique et la manière d’articuler, se traduit par des changements systématiques dans les variations acoustiques de la voix ? 2) Comment l’auditeur peut déduire la nature de l’émotion reproduite (réelle ou jouée) en se basant uniquement sur les variations acoustiques de la voix ? 3) Quels sont les signaux acoustiques que l’auditeur prend en considération pour déduire l’émotion exprimée par la voix ? Lors d’une première expérience, nous avons utilisé le thème musical « ardon gli incensi » de l’opéra Lucia di Lammermoor de donizetti. nous avons fait écouter à des spécialistes de l’opéra cet extrait chanté par différents sopranos (Toti dal monte, maria Callas, renata Scotto, Joan Sutherland, edita gruberova), et leur avons demandé d’indiquer les émotions exprimées (tendre passion, peur de la mort, folie ou tristesse). La différence majeure porte sur l’interprétation de deux chanteuses : celle de la Callas a été perçue comme proche de la folie, alors que celle de gruberova a été ressentie plutôt comme une tendre passion, voire de la tristesse. Les analyses acoustiques numériques des échantillons des voix de chacun des chanteurs ont démontré que les jugements se sont basés sur deux dimensions acoustiques majeures : premièrement, le niveau et l’énergie de la fréquence fondamentale de la vibration des cordes vocales et, secondement, la relation entre l’énergie dans la région du spectre qui marque la résonance spécifique du chanteur et la région du spectre la plus haute. Lors d’une étude plus récente*, nous avons collaboré, en 2009, avec Thomas moser, le ténor mondialement connu et magnifique Florestan dans la production de Fidelio au grand Théâtre en 1989 (voir encadré). Lors d’un colloque, organisé par le Centre interfacultaire en Sciences affectives de l’université de genève (CiSa) sur “Le pouvoir émotionnel de la musique”, Thomas moser chanta et reprit, une phrase sans contenu significatif, en la déclinant par rapport à neuf émotions (admiration, colère, anxiété, désespoir, joie, peur, fierté, tristesse, tendresse). nous analysons encore actuellement, selon des méthodes sophistiquées liées à l’acoustique et la prosodie, comment Thomas moser module sa voix et son phrasé pour exprimer les neuf émotions sans se baser sur les instructions d’un livret. nous nous intéressons parallèlement aussi à mieux comprendre la manière dont les spécialistes de l’opéra reconnaissent les émotions chantées.

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afin de mesurer les réactions émotionnelles à la musique, le CiSa a élaboré une nouvelle méthode permettant d’évaluer l’émotion ressentie lors de l’écoute de morceaux de musique. Ci-dessous, à titre d’exemple, sont reprises la liste des émotions qui sont liées à la musique et utilisées dans le cadre de cette méthode : ENCHANTEMENT (émerveillé, enchanté, touché) TENDRESSE (tendre, affectueux, amoureux) NOSTALGIE (rêveur, nostalgique, songeur) DéTENTE (calme, détendu, serein) EXCITATION JOyEUSE (gai, vif, joyeux) EXCITATION NéGATIVE (agité, nerveux, tendu) TRISTESSE (déprimé, attristé, malheureux) SENTIMENTS DE PUISSANCE ( jubilant, dynamique, vigoureux) SENTIMENTS DE TRANSCENDANCE (pris d’un sens du sublime, de spiritualité) SENTIMENTS ESTHéTIqUES (pris d’un sens d’harmonie, du beau, de clarté d’esprit) SENTIMENTS LIéS à LA CONNAISSANCE (intéressé, étonné, sens de découverte) ENNUI (ennuyé, blasé, indifférent) ADMIRATION (fasciné, impressionné, ému)

La production, par le grand Théâtre, d’Elektra en novembre 2010 a été le point de départ du projet de collaboration avec

le CiSa. L’objectif était alors d’évaluer, dans un contexte réel, la pertinence de cette méthode d’évaluation pour mesurer les émotions des spectateurs. une quarantaine d’étudiants de l’université de genève ont ainsi été exceptionnellement et très chaleureusement accueillis par le grand Théâtre lors de la pré-générale d’Elektra le samedi 6 novembre 2010. Pendant cette répétition, les étudiants ont été invités à reporter l’intensité des émotions ressenties lors de la scène de la reconnaissance, par elektra, de son frère Orest. avant la représentation, ils ont été séparés en deux groupes. Chacun des groupes a reçu une introduction différente. Le premier s’est concentré sur la mise en scène de Christophe nel, tandis que le second a reçu un éclairage sur la musique et les chanteurs. Cette expérience comptait aussi une série de tests avant et après la pré-générale. Les résultats révèlent une réaction intéressante de ces jeunes spectateurs, pour la plupart des non-spécialistes de l’opéra. Par exemple, le groupe d’étudiants ayant entendu l’introduction à la mise en scène ont ressenti la scène avec plus de tendresse que le groupe qui avait suivi l’introduction sur la musique.

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Le grand Théâtre et le CiSa

La scène dans Elektra de la reconnaissance entre Elektra et son frère Oreste a été choisie pour illustrer la méthode d'évaluation de mesure des émotions pour une quarantaine d'étudiants en novembre dernier.

Thomas moser, fidèle Fidelio

Extrait du dialogue entre le psychologue Klaus Scherer et le baryton Thomas Moser en 2009 au Conservatoire de Musique de Genève. Texte complet sur www.affective-sciences.org/moser

préparé? Que s’est-il passé à ce moment-là? Thomas Moser il est très simple mais en même temps très difficile de vous répondre. Les spectateurs ne voyaient que ma tête et mes épaules. J’étais très concentré, debout sur une plate-forme me tenant solidement à un support. Je pouvais ainsi me mouvoir très confortablement sans que le public ne le voie. J’étais donc très présent physiquement. Le début de l’acte ii reproduit, à mon avis, l’évolution de la pensée de Florestan qui ne devient audible qu’au moment ou il dit « Gott  ». La raison pour laquelle j’ai chanté de cette façon est somme toute assez banale. il s’agissait de mon premier rôle dans Florestan. J’étais très soucieux, lors des répétitions, de ne pas trop pousser la voix. mais en même temps, je souhaitais la placer clairement chaque fois que j’en avais l’opportunité. ainsi, j’étais continuellement en conflit

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avec moi-même: allais-je chanter ou marquer ? Je suis monté sur scène avec l’intention de marquer et soudain j’ai pensé « vas-y et chante ». mais, j’ai manqué la préparation nécessaire à produire le crescendo al fortissimo, et ai senti que je n’y arriverais pas. J’ai ainsi opté pour un decrescendo. J’ai chanté le reste tel que je l’avais prévu, seule une note, un mot ont été, in fine, chantés différemment. à la fin de la représentation, le metteur en scène Johannes Schaaf vint dans ma loge et me dit «  Thomas, je ne sais pas comment tu as convaincu Jeffrey Tate (le chef d’orchestre), mais tu dois continuer à chanter ainsi. » il quitta ma loge et cinq minutes plus tard Jeffrey Tate entra et dit « Thomas, je ne sais pas comment nous allons pouvoir convaincre Johannes, mais il faut chanter comme tu l’as fait. » C’est pourquoi, j’ai chanté ce passage ainsi à genève en 1989. Plus tard, je reprenais le rôle de Flo-

restan avec horst Stein. Je lui ai demandé « Comment le voulez-vous? » étant très fier de pouvoir interpréter ce passage de plusieurs manières. il me répondit : « Que voulez-vous dire ? » Je reproduisis alors la version chantée à genève et

il me rétorqua : « absolument pas! » Je lui demandai « Pourquoi pas ? » et il répondit « Parce que vous ne cherchez pas à nous convaincre que vous souffrez, mais vous devez dévoiler vos sentiments et crier à l’intérieur. »

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Klaus Scherer il n’y a toujours pas de réponse au paradoxe du comédien posé par diderot, à savoir : est-ce qu’un chanteur ou un acteur doit-il ressentir les émotions ou doit-il simplement les reproduire professionnellement de sang froid ? Comment faites-vous ? J’ai un exemple concret pour illustrer mon propos : prenez Fidelio, l’opéra que vous avez chanté à genève en 1989. C’était un moment inoubliable, plus particulièrement la scène d’ouverture du second acte quand le rideau se lève et que vous êtes dans un trou. Seule votre tête est visible et vous chantez l’air de Florestan d’une manière très singulière. (Thomas Moser commence à chanter piano, augmente ensuite l’intensité de sa voix pour la diminuer à nouveau à la place du crescendo a fortissimo usuellement chanté). J’ai alors pensé que vous étiez dans un état de forte émotion et je me suis demandé si vous vous étiez

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Agenda

oPéras

baLLet

I Puritani

Nefés

Opéra en trois actes de vincenzo Bellini 26 | 29 janvier 2011 à 20 h 1 | 4 | 7 | 10 février 2011 à 20 h 13 février 2011 à 17 h direction musicale Jesús López Cobos mise en scène Francisco Negrin Orchestre de la Suisse romande Chœur du grand Théâtre Nouvelle production au Grand Théâtre de Genève en coproduction avec De Nederlandse Opera Amsterdam et le Greek National Opera Athènes L’affrontement entre les Puritains et les Stuart à l’époque d’Olivier Cromwell constitue une toile de fond invraisemblable au livret, qui offre au maître de Catane les ingrédients scéniques et poétiques pour composer un des bijoux du bel canto romantique, du canto spianato. Tout le génie mélodique s’exprime dans cette dernière œuvre de vincenzo Bellini. I Puritani contient la note la plus aiguë jamais écrite pour un ténor, le contre fa. L’usage de l’époque voulait que ces ouvrages soient écrits pour des interprètes célèbres. Le rôle d’elvira Walton, une soprano colorature, était écrit pour giulia grisi ; à genève, c’est diana damrau qui incarne l’héroïne qui sombre dans la folie en se croyant abandonnée par arturo.

Ballet de la Compagnie invitée Tanztheater Wuppertal - Pina Bausch 3 | 4 | 5 | 6 février 2011 à 20 h au BFm Production du Tanztheater Wuppertal en coproduction avec le Festival International de Théâtre d’Istanbul et la Fondation d’Istanbul pour la Culture et les Arts impressions de voyages en Turquie aux bords du Bosphore… une soirée aux bains turcs, au hammam, dans les rues et les ruelles d’istanbul. il s’agit d’un spectacle coproduit avec le Festival du Théâtre à istanbul en 2003 qui est né au cours d’un séjour de trois semaines de la compagnie dans la capitale ottomane. Comme souvent les images créées par Pina sont fantaisistes, elles sont puisées dans le quotidien et nous parlent des grandes questions que l’on retrouve souvent dans ses chorégraphies : l’amour, la solitude et la quête d’intimité, sans oublier l’humour et la fantaisie. Comme son titre l’indique, Nefés permet une bouffée d’air frais dans une époque troublée. « Je ne prétends pas expliquer istanbul, mais je me permets d’espérer que les spectateurs à travers le monde se trouveront une place dans ses images. » Pina Bausch

Conférence de présentation par gabriele Bucchi, en collaboration avec l’association genevoise des amis de l’Opéra et du Ballet, le 25 janvier 2011 à 18 h 15. Diffusion du spectacle sur espace 2, le samedi 12 mars 2011 à 20 h. réCitaL

Orphée et Eurydice

Tragédie opéra en trois actes de Christoph Willibald gluck version de Paris, revue par hector Berlioz 9 | 11 | 15 | 17 | 19 mars 2011 à 20 h 13 mars 2011 à 17 h direction musicale Jonathan Darlington mise en scène et chorégraphie mats Ek Orchestre de la Suisse romande Ballet du grand Théâtre Chœur du grand Théâtre de genève Production Opéra royal de Stockholm au Grand Théâtre grâce à la lyre que lui donna apollon, il attendrissait les bêtes féroces, charmait les arbres et les rochers. Personne n’a pu et ne peut résister à sa musique. arrivé aux enfers, il fit résonner sa lyre et toute cette vaste multitude, prise au charme, s’immobilisa. Le chien Cerbère relâcha sa garde, la roue d’ixion cessa de tourner, Sisyphe s’appuya sur sa pierre, Tantale oublia sa soif ; pour la première fois, les visages des Furies, déesses de l’épouvante, se couvrirent de larmes. Le maître du hadès et sa reine s’approchèrent afin de mieux entendre. réunis sous la direction du célèbre chorégraphe, mats ek, le Ballet et le Chœur du grand Théâtre nous font revivre les aventures de l’aède mythique, fils du roi Œagre et de la reine Calliope, et de son épouse, une nymphe des arbres, la dryade eurydice.

Anne Schwanewilms

12 février 2011 à 20h au Grand Théâtre de Genève Piano manuel LAnge anne Schwanewilms appartient à une lignée de sopranos presque oubliée aujourd’hui : une lignée qui remonte d’elisabeth grummer à Tiana Lemnitz, meta Seinemeyer et delia reinhardt. Comme ses devancières, elle rend les mélodies incandescentes, sans effet inutile. grâce à sa voix, elle révèle le pathétique et le poignant, tout devient fabuleux. désignée par le magazine allemand Opernwelt comme meilleure artiste lyrique de l’année, elle devient rapidement une des interprètes phares des héroïnes lyriques de richard Strauss. nul doute que vous serez séduits par son extraordinaire talent de communication.

Conférence de présentation par Xavier dayer, en collaboration avec l’association genevoise des amis de l’Opéra et du Ballet, le 8 mars 2011 à 18 h 15. Diffusion du spectacle sur espace 2, le samedi 16 avril 2011 à 20 h.

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Issue de la famille du célèbre compositeur allemand Helmut Lachenmann, Johanna Lachenmann, responsable du service Mécénat et Partenariats du Grand Théâtre depuis mai 2010, baigne depuis toute petite dans la grande musique. Fai-

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sons plus ample connaissance avec cette dynamique jeune femme, qui n'a même pas trente ans, en la suivant durant l'une

dans la vie de

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de ses journées.

Johanna Lachenmann

Son parcours Très jeune, elle apprend le piano sous le regard f ier de ses parents mélomanes. Puis, durant ses études universitaires, elle collabore durant trois années consécutives à l'Internationales Beethovenfest de Bonn. Sa licence en poche, elle quitte son pays natal et s'installe à Zurich. Là, elle développe un événement culturel pour de jeunes chanteurs lyriques en association avec des studios d'opéra internationaux. Toujours à la recherche de nouveaux challenges, elle décide de s'établir à Genève il y a moins d'un an.

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6 h 30 apparemment, c'est sans difficulté qu'elle se lève très tôt tous les matins. « il est très important pour moi de commencer la journée en mangeant un copieux petit déjeuner et en faisant un peu de sport,» nous glisse-t-elle, pleine d'énergie. 8 h 15 C'est dans son bureau avec vue sur les toits du quartier des banques qu'elle lit la presse du jour tout en buvant sa deuxième tasse de thé de la journée. Toujours à la recherche de nouveaux partenaires, les quotidiens sont des sources d'inspiration insoupçonnées dans ce domaine. Puis elle consulte son courrier électronique et passe en revue son agenda. Lors de son entrée en fonction en mai 2010, elle a pris soin de rencontrer tous les partenaires du théâtre afin d'évaluer leur degré de satisfaction et leurs besoins. Pour certains, elle a élaboré des plans de communication, pour d'autres elle a négocié l'élargissement des prestations. « C'est essentiel d'entretenir une relation privilégiée avec nos partenaires même lorsque les contrats sont signés. J'essaie donc toujours de leur apporter en main propre leur programmes et leurs invitations au spectacle.» ainsi la croiserez-vous souvent dans les rues de genève sur l'un de ses différents vélos, car Johanna les collectionne ! 10 h 30 en charge de l'organisation des soirées prestige, ce matin, elle doit rencontrer Jean-Yves Barallon, le directeur technique du grand Théâtre, afin de régler les détails liés aux disponibilités des foyers et aux besoins en matériel. Comme le projet sur lequel elle travaille en ce moment comprend un intermède musical, elle doit coordonner l'installation et l'accord du piano. « Je m'efforce à chaque fois de répondre aux attentes de nos partenaires en mettant sur pieds des événements sur mesure.» 11 h Johanna Lachenmann est de retour dans son bureau où elle a rendez-vous avec Carine Séchaye, l'un des membres de la troupe des jeunes solistes en résidence du grand Théâtre de genève. elle doit la préparer à l'interview que cette dernière va donner au journal interne de la banque BnP Paribas, dont la Fondation du même nom est partenaire fondateur de cette jeune troupe depuis sa création en 2009.

12h–13h visite privée des ateliers du grand Théâtre avec l'un des partenaires de l'institution. « Comme nos partenaires sont toujours très intéressés par l'envers du décor, nous leur proposons des visites de nos ateliers de SainteClotilde. » Bien que ce soit sa collègue Kathereen abhervé qui officie comme guide, elle essaie toujours, si son agenda le lui permet, d'accompagner les partenaires dans leur découverte de l'âme créative de la scène de neuve. 13h–14h Quand elle n'est pas en déjeuner d'affaires ou à la buvette du théâtre avec ses collègues, elle rentre chez elle pour repas de midi. 14 h elle a rendez-vous avec le responsable de la restauration du grand Théâtre avec qui elle doit discuter des derniers détails liés à la soirée prestige qui aura lieu dans quelques heures lors de la cinquième représentation d'Elektra. « Chaque soirée de ce type organisée autour d'un spectacle débute avec la présentation de l'œuvre par un musicologue dans l'un des foyers du théâtre transformé, pour l'occasion, en espace exclusif pour notre partenaire et ses invités. » 16 h 30 elle prend un café avec un client potentiel récemment rencontré lors d'un événement culturel. « Comme chaque entreprise a sa propre stratégie de sponsoring et de communication, nous nous devons de répondre au mieux à leurs attentes en proposant des partenariats sur mesure. Bien souvent, il s'écoule plusieurs mois entre la prise de contact et la signature. C'est un processus de longue haleine mais c'est un challenge qui me plaît et qui me fait avancer. » Parfaitement bilingue, elle parcourt la Suisse à la recherche de nouvelles synergies. « demain, je serai à zurich, » nous dit-elle avant de prendre un appel. 18 h 15 Profitant de la proximité de son domicile au grand Théâtre, Johanna Lachenmann s'éclipse pour se changer car dans moins d'une demi-heure les premiers invités de la soirée prestige arrivent. 23 h L'huissier la voit quitter le théâtre, le sourire aux lèvres. elle s'éclipse dans le silence de la nuit, avec la satisfaction de savoir que la soirée s'est déroulée avec succès et que la magie a une nouvelle fois opéré. >FL

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Journal du Cercle et du Grand Théatre de Genève N°5 Décembre 2010

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