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GESTION
ROBOTISATION ET AUTOMATISATION EN PHARMACIE
De plus en plus incontournables
La robotisation et l’automatisation sont implantées depuis plusieurs décennies en pharmacie. Dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre, elles revêtent une importance capitale.
CATHERINE COUTURIER
«La pharmacie est probablement une des professions où il y a des robots depuis le plus longtemps», estime Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec. En effet, ce n’est pas d’hier que le pharmacien se fait assister pour compter les médicaments, préparer les piluliers, ensacher les doses, autant en pharmacie communautaire qu’à l’hôpital. Selon lui, «ce n’est pas un acquis qu’on peut laisser aller, ça va se poursuivre».
Efficacité
Co-inventeur du Sécurdose (l’ancêtre du Dispill), le pharmacien propriétaire Jean Provost a toujours misé sur l’innovation. Dans sa pharmacie trône un Dispill, qui récupère les comprimés avec ses pailles et les transfère dans la case des piluliers. Il utilise aussi un ScriptPro, qui compte et étiquette les fioles.
«Aujourd’hui, une pharmacie qui n’est pas robotisée ni automatisée, elle est dans le trouble», croit-il. Alors que le pharmacien est appelé à jouer un plus grand rôle sur l’échiquier de la santé, et que la pénurie de main-d’œuvre s’accentue, les pharmaciens doivent utiliser tous les outils à leur disposition pour servir au mieux la population. «À 2000 à 2500 prescriptions par jour, ça nous a forcés à sortir des sentiers battus, notamment à automatiser», relate Jean Provost, qui est copropriétaire de sa pharmacie, à Granby, avec sa fille Maxime Provost et un autre pharmacien.
Pénurie de main-d’œuvre, et au-delà
La robotisation apporte des avantages non négligeables: le robot, lui, n’est pas affecté par la fatigue ou le stress. «Si la machine est bien calibrée, elle fait toujours son travail de façon égale, elle n’a pas de mauvaise journée. On réduit le risque d’erreur», note Maxime Provost. «Le robot facilite le travail, améliore la cohésion de l’équipe et le processus, et sécurise les opérations», estime Jean-François Desgagné, propriétaire d’une pharmacie à Trois-Pistoles.
Les robots et l’automatisation libèrent aussi les pharmaciens des tâches routinières, afin qu’ils se concentrent davantage sur des tâches à valeur ajoutée, soit le service client. «Le pharmacien ne peut plus poser d’actes techniques. On doit le libérer de tout ce qui n’est pas un acte professionnel», insiste-t-il.
Le robot épargne aussi des tâches répétitives aux assistants techniques: «Sinon, un technicien passerait une journée complète à monter des piluliers. C’est inhumain», poursuit Jean-François Desgagné. Les emplois sont ainsi plus variés et stimulants. «Les techniciens se spécialisent en vérification, et les pharmaciens se concentrent sur les suivis et la prise en charge des patients», résume de son côté Maxime Provost.
Le personnel technique demeure néanmoins essentiel pour de multiples tâches: remplir le robot, récupérer les fioles, véri-
: COURTOISIE PHOTO
Jean Provost, pharmacien propriétaire
: COURTOISIE AQPP PHOTO
Jean-François Desgagné, pharmacien propriétaire
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Maxime Provost, pharmacienne propriétaire
LA ROBOTISATION CONCERNE LA PORTION PHYSIQUE DU TRAVAIL.
L’AUTOMATISATION EST UTILISÉE EN AMONT POUR TOUTE TÂCHE ENTOURANT LA PRÉPARATION DES MÉDICAMENTS.
fier le nombre de comprimés, préparer les magistrales, et surtout, effectuer la validation contenant-contenu. Par ailleurs, les machines ne peuvent traiter certains médicaments en raison de leur texture (trop poudreuse) ou de leur toxicité (cytotoxique). Le pharmacien, quant à lui, a toujours l’obligation de mettre en place des procédures d’opérationnalisation des robots. Sans protocole rigoureux, la qualité et la sécurité ne sont pas assurées.
Un investissement
Si la robotisation et l’automatisation permettent indéniablement de gagner en efficience, s’équiper représente un investissement conséquent, sans compter le besoin d’espace. Jean-François Desgagné a dépensé 80000 $ pour un seul robot,mais «il est robuste et efficace», précise-t-il. «Après 10 ans, je me réveille encore en me disant à quel point on l’aime», plaisante-til. Dans la pharmacie des Provost, à Granby, on a investi 1,3 million de dollars dans la robotisation et l’informatisation. «Pour nous, c’était un investissement afin de nous permettre de faire ce que j’aime le plus dans mon travail, soit d’aider les gens», remarque Maxime Provost.
L’acquisition d’une technologie doit faire l’objet d’une analyse de rentabilité propre à l’établissement. Le fabricant peut aider à effectuer ce calcul, mais il est avisé de faire affaire avec quelqu’un de neutre et de spécialisé dans la question, comme des consultants en pharmacie.
«Aujourd’hui, ça se démocratise ; les possibilités s’étendent à toutes sortes de pharmacies et de roulement », croit JeanFrançois Desgagné. Les pharmacies à petit ou à moyen volume peuvent faire appel à un centre de préparation des ordonnances, ou s’associer avec d’autres pharmacies pour acquérir un Dispill et amortir les coûts à plusieurs succursales. «Il y a quelque chose pour tout le monde», selon lui.
Plus d’automatisation
Outre les robots, déjà largement implantés dans les pharmacies, d’autres outils numériques et d’automatisation pourraient faciliter la vie des pharmaciens dans les prochaines années, amélioration à laquelle les
: OPQ PHOTO
Bertrand Bolduc, président de l’OPQ pharmaciens doivent participer, avance Jean Provost. Les trois pharmaciens interrogés étudient la possibilité d’utiliser une nouvelle application mobile qui compte instantanément les comprimés sur un plateau. «C’est très intéressant, surtout lors de l’inventaire des narcotiques. Ça accélère le processus et permet une traçabilité», explique Jean-François Desgagné. D’autres outils signalent les doublons ou les médicaments manquants dans un pilulier par une lumière.
La technologie continuera d’occuper une place importante, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui doit toutefois encore être adaptée aux besoins des pharmaciens. Le Québec devra aussi rattraper son retard dans l’implantation des prescriptions électroniques. «On espère enfin éliminer le papier, comme ailleurs», note le président de l’OPQ. Renouvellement en ligne, optimisation en amont des visites par un questionnaire en ligne… Plusieurs améliorations optimiseraient le passage en pharmacie. Des logiciels d’aide à la décision peuvent identifier les problèmes de disponibilité des produits et d’interactions entre les médicaments, accélérant le travail du pharmacien; les objets connectés, eux, aident les pharmaciens dans leurs suivis (patients diabétiques, etc.), et font gagner du temps.
Mais toute cette technologie devra se parler. C’est d’ailleurs un des principaux enjeux. «Si les systèmes ne se parlent pas, et que je dois effectuer une partie du travail manuellement, ça ne m’aide pas beaucoup», observe Jean-François Desgagné. n






