European Months of Photography Luxembourg catalogue

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021


S O M M A I R E

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Inka & Niclas, 4K Ultra HD I, 2018

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PAG E 04

Avant-propos

06

Arendt & Art, Rethinking Nature / Rethinking Landscape: European Month of Photography Arendt Award

12

Arendt & Art, Noémie Goudal

14

Musée National d’Histoire et d’Art (MNHA), Rethinking Landscape

22

Cercle Cité – Ratskeller espace d’exposition, Rethinking Nature

28

Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, Daphné Le Sergent - Silver Memories

32

Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, Slide Show: Rethinking Nature

34

Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de Luxembourg, Les paysages du Kairos

38

Mudam Luxembourg - Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Enfin seules. Photographies de la Collection

“ Archive of Modern Conflict “

42

neimënster, Land(E)scape - Lisa Kohl

46

neimënster, Les Contes sauvages - Marine Lanier

50

neimënster, Regards sans limites

54

Centre d’art Nei Liicht: Archipel - Marie Capesius: Heliopolis - Dans l’ombre bleue de la Cité du Soleil

58

Centre d’art Dominique Lang: Archipel - Rozafa Elshan: Synthèse d’une excursion

60

CNA Display 01, Archipel - Marie Sommer: l’Œil et la Glace

62

CNA Pomhouse, Landrush

64

CNA Waassertuerm: Collapsed mythologies

66

Clervaux, The Family of Man, Mémoire du Monde de l’UNESCO

68

Archives nationales, Yvon Lambert - Derniers Feux

72

Bibliothèque nationale du Luxembourg, Vues du Luxembourg et de « l’Orient » - Francis Frith, a Victorian photographer

76

Instituto Camões, Centre culturel portugais, Tito Mouraz: Fluvial

80

Galerie Nosbaum Reding, Daniel Reuter: Oversees

84

Fellner contemporary, Éric Poitevin

88

Valerius Gallery, Taming Nature - Helsinki School of Photography

92

MOB-ART studio, John Oesch

94

Parc de Merl, Instincts. Same but different : Cristina Dias de Magalhães

96

Konschthal Esch, Schaufenster 3: Armand Quetsch, Caecilia Tripp

100

Konschthal Esch, Lët’z Arles - Daniel Reuter: Providencia & Lisa Kohl: ERRE

104

Clervaux Cité de l’image, Nord: 6 Installations photographiques à ciel ouvert

110

Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg

120

Index des artistes

122

Informations pratiques

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Remerciements / Partenaires

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

AVA N T- P R O P O S SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

Pour la huitième édition du Mois européen de la photographie au Luxembourg, nous avons choisi le titre “Rethinking Nature / Rethinking Landscape”. Les thèmes qu’évoque ce titre sont évidemment liés aux questions actuelles concernant les relations humaines avec l’environnement et aux nouvelles

permet d’établir une plateforme de la création photographique européenne qui s’enrichit d’édition en édition par rapport au thème imposé et à partir de laquelle émergent des expositions thématiques de groupe et monographiques.

approches esthétiques du paysage, genre que la photographie a su mettre en valeur dès ses débuts.

Ainsi, avec Rethinking Nature / Rethinking Landscape EMoP poursuit ses recherches photographiques sur les changements politiques, écologiques et

Avec les positions plus radicales des artistes du mou-

artistiques de notre société, présentées notam-

vement des New Topographics dans les années 60, et

ment dans les expositions Mutations (2006-2011) et

l’arrivée du numérique dans les années 90, les codes

DistURBANces (2012-2013), en révélant de nouvelles

de représentation du paysage ont radicalement

positions photographiques face aux enjeux de la

changés de sorte à faire émerger aujourd’hui de nou-

mondialisation et du réchauffement climatique.

velles approches paysagères multi-médiales. Néanmoins, comme pour les éditions précéAlors que les transformations du système terrestre

dentes, la sélection n’est pas dogmatique et reflète

par l’homme laissent une empreinte indélébile, il

l’idée d’échange entre les partenaires européens et

est d’actualité de s’intéresser aux nouvelles façons

nationaux tout en privilégiant la création interna-

de voir ces phénomènes aussi bien du point de vue

tionale émergente. De la photographie-sculpture

sociétal, dans le contexte de l’Anthropocène, qu’ar-

et de la photographie-dessin aux installations, du

tistique dans un dispositif de photographie politique

noir&blanc sériel et conceptuel à l’image hyper coloré

et engagée.

déclinée sur les supports les plus variés, la photographie de paysage proposée dans cette édition n’est pas

Ancré dans un réseau européen de festivals de

lisse mais au contraire suscite des questionnements

la photographie, depuis 2006, avec une nouvelle

saillants sur notre rapport à la nature.

constellation comprenant Circulation(s) (Paris),

4

Imago Lisboa (Lisbonne), Foto Wien (Vienne) et

Cependant face à ce bouleversement planétaire,

Europäischer Monat der Fotografie (Berlin) - le

ces positions photographiques variées ne sont pas

Mois européen de la photographie au Luxembourg

alarmistes et catastrophistes mais le résultat de


R E T H I N K I N G N AT U R E / RETHINKING LANDSCAPE

différentes approches esthétiques entre écologie

Le Mois européen de la photographie au Luxembourg

éthique et résistance poético-philosophique.

est toujours l’occasion de célébrer la photographie sous ses formes les plus nouvelles comme celles du

En réfléchissant aujourd’hui aux représentations

passé. On peut ainsi redécouvrir notre patrimoine

photographiques de cette nature menacée, les

photographique à travers les collections comme

artistes nous invitent à repenser le genre du paysage

celle de The Family of Man ou à travers les exposi-

tout en lui donnant une dimension plus complexe

tions de la Bibliothèque nationale ou des Archives

où la beauté est aussi une question de sensibilité et

nationales.

de conscience de notre environnement. Les galeries luxembourgeoises comme Nosbaum Dans ce contexte thématique et à partir d’un

Reding, Valerius, Fellner contemporary, MOB-ART

ensemble d’une cinquantaine d’artistes, le jury

studio tout comme l’Institut français et l’Institut

d’EMoP (Berlin, Lisbonne, Luxembourg, Paris et

Camões défendent quant à eux un volet plus ancré

Vienne) a retenu cinq artistes en vue du prix Euro-

dans le contemporain. À cela s’ajoute la présence

pean Month of Photography Arendt Award dont une

incontournable de Lët’z Arles dans le paysage pho-

partie des œuvres sera montrée au Arendt House

tographique luxembourgeois.

parallèlement au Cercle Ratskeller et au Musée national d’Histoire et d’Art avec d’autres artistes pré-

Nous remercions pour cette édition le Ministère

sentés lors des échanges entre curateurs des festivals

de la Culture, la Ville de Luxembourg et plus par-

européens et co-sélectionnés avec les partenaires

ticulièrement nos partenaires institutionnels ainsi

luxembourgeois.

que ceux du privé sans lesquels une manifestation comme celle-ci ne serait pas possible. Leur engage-

Les expositions au Mudam, à la Villa Vauban

ment constitue le fondement même d’un événement

(installation au parc), au Casino Luxembourg, au

culturel comme le Mois européen de la photogra-

centre culturel neimënster mais aussi à la Cité

phie au Luxembourg.

de l’Image à Clervaux, au CNA à Dudelange, aux centres d’arts de Dudelange (Nei Liicht et Dominique Lang) et à la toute nouvelle Konschthal

Paul di Felice et Pierre Stiwer

Esch déclinent le thème en restant dans l’esprit de

(Café-Crème asbl) directeurs de EMoPLux 2021

leur programmation.

(European Month of Photography Luxembourg).

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Inka & Niclas, Vista Point VIII, 2014

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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A R E N DT & A R T • R E T H I N K I N G N AT U R E / R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E S

L AU R É ATS

P R É S É L E CTIO NNÉ S

PO U R

L E

P RIX

MARIA-MAGDALENA IANCHIS, INKA & NICLAS, VANJA BUČAN, ANASTASIA MIT YUKOVA, DANILA TKACHENKO

C O M M I S SAI R E

D E

L’ E X P O S I T I O N

PAUL DI FELICE POUR CAFÉ-CRÈME ASBL EN COLLABORATION AVEC LES PARTENAIRES D’EMOP

RETHINKING NATURE / RETHINKING LANDSCAPE EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY ARENDT AWARD 2021

ARENDT

& ART

SEE INSERT FOR

Le “European Month of Photography Arendt Award” est un prix prestigieux récompensant tous les deux ans les artistes visuels émergents qui proposent un travail artistique innovant et pertinent par rapport à la thématique choisie par le réseau EMoP (European Month of Photography) dont l’association du même nom a son siège au Luxembourg.

En choisissant Rethinking Nature / Rethinking Landscape comme thème de son projet commun, l’Association du Mois européen de la photographie

Depuis 2013, Arendt, cabinet d’avocat indépendant,

cherche à mobiliser le pouvoir du médium de la

basé à Luxembourg est affilié au Mois Européen de

photographie pour étendre le discours écologique

la Photographie au Luxembourg. À travers le par-

à travers de nouveaux regards émergents sur la

rainage du Prix EMoP, Arendt offre une plateforme

nature et le paysage.

à cinq artistes présélectionnés choisis parmi ceux invités aux expositions du réseau EMoP. En récom-

Le jury EMoP était composé de Paul di Felice (pré-

pensant les jeunes lauréats et en participant aux

sident / Luxembourg), Bettina Leidl (vice-présidente /

expositions du Mois européen de la photographie

Vienne) et des membres du comité Emmanuelle

au Luxembourg, Arendt soutient l’art de la photo-

Halkin (Paris), Verena Kaspar- Eisert (Vienne) et Rui

graphie depuis plus de 15 ans.

Prata (Lisbonne).

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Les cinq artistes présélectionnés s’intéressent à la

de Danila Tkachenko témoignent d’une époque his-

complexité de la corrélation entre l’homme et la

torique révolue. Chez Anastasia Mituykova comme

nature et réfléchissent chacun à sa façon sur les nou-

chez Maria Magdalena Ianchis, les représentations

velles représentations et fictions du paysage. Avec les

des icebergs et paysages de glace du Groënland se

photographies de Vanja Bučan nous entrons dans un

déclinent sous différentes formes d’images mentales

univers fantasmagorique et onirique illustrant un

et réelles qui se présentent dans des installations où

écosystème disposé de manière inhabituelle. Chez

l’archive et la mémoire tentent de représenter les

Inka & Niclas les visions perturbées du paysage sont

stigmates de l’Anthropocène et de combler le vide

de l’ordre de l’étrange et du sublime, alors que les

laissé par l’impossibilité de photographier la com-

photographies des villages ruraux russes en ruine

plexité de la nature.

Danila Tkachenko, Motherland, 2016

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A R E N DT & A R T • R E T H I N K I N G N AT U R E / R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

Vanja Bučan, Concrete flowers

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Anastasia Mityukova, Disappearing act, 2021

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A R E N DT & A R T • R E T H I N K I N G N AT U R E / R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

Maria-Magdalena Ianchis, Memories

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Noémie Goudal, Iceberg, 2012

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ARENDT & ART • NOÉMIE GOUDAL

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ARENDT

& ART

SEE INSERT FOR

ART I ST E NOÉMIE GOUDAL

CO M M I S SAI R E

D E

L’ E X P O S I T I O N

PAUL DI FELICE

NOÉMIE GOUDAL Le travail de Noémie Goudal explore le rapport de la nature à l’artificiel, de la science à l’imaginaire, du construit à l’inventé. À travers ses oeuvres, elle questionne le paysage sous différents angles, comme une édification du regard. Fascinée par la relation entre un paysage phy-

de toutes pièces et photographie in situ créant

sique et sa construction mentale, elle joue de ce

ainsi des « espaces autres », comme ceux décrits

qu’elle représente et de ce qu’elle a représenté

par le philosophe Michel Foucault. La réunion

historiquement dans l’imaginaire collectif. Une

d’espaces fictionnels et d’espaces géographiques

partie de l’oeuvre de l’artiste se compose de

fabrique des « hétérotopies », lieux concrets qui

larges installations et sculptures qu’elle fabrique

hébergent l’imaginaire.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Inka & Niclas, 4K Ultra HD II (Tropical), 2018

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M N H A – M U S É E N A T I O N A L D ’ H I S T O I R E E T D ’A R T • R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

ART I ST E S B R U N O B A LT Z E R / L E O N O R A B I S A G N O ( L U X B G . ) , I N K A & N I C L A S ( F I N / S U È D E ) , DOUGLAS MANDRY (SUISSE), DANIEL REUTER (LUXEMBOURG/ISLANDE), DANILA TKACHENKO (RUSSIE)

CO M M I S SAI R E S

D E

L’ E X P O S I T I O N

PAUL DI FELICE (POUR CAFÉ-CRÈME ASBL), RUUD PRIEM (POUR LE MUSÉE NATIONAL D’HISTORIE ER D’ART LUXEMBOURG)

MNHA

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

MUSÉE NATIONAL D’HISTOIRE ET D’ART

SEE INSERT FOR

RETHINKING LANDSCAPE Comme pour les éditions précédentes du Mois européen de la photographie, le thème générique “Rethinking Nature / Rethinking Landscape” se décline sous différentes formes et

Cette approche s’accompagnait déjà d’une prise de conscience du rapport de plus en plus déséquilibré

différents angles de vues, entre déconstruction du « paysage » et exploration artistique de la « nature ».

entre l’homme et la nature. Aujourd’hui, aux questions qui touchent à l’empreinte environnementale et le dépassement des capacités de la planète, les artistes répondent en

Les représentations paysagères ont une longue et

participant de plus en plus à l’éveil d’une nouvelle

riche histoire dans l’art et leurs transgressions aussi.

conscience écologique. Mais comment ces nou-

On pense notamment aux « marcheurs » anglais et

veaux constats se traduisent-ils visuellement ?

autres formes du Land art qui à partir des années

Rethinking Landscape propose cinq positions d’ar-

70 ont radicalement changé la représentation du

tistes portant un nouveau regard photographique

paysage. En devenant support, le paysage n’est plus

sur les représentations du paysage et montrant de

représenté par l’artiste en tant que sujet, mais tra-

nouvelles approches esthétiques très variées entre

versé physiquement comme expérience artistique.

fiction, sublimation et distanciation.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Inka & Niclas, Family portrait III Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Sur la pointe de l’iceberg (03)

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Douglas Mandry, Unseen Sights

M N H A – M U S É E N A T I O N A L D ’ H I S T O I R E E T D ’A R T • R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

C’est ainsi que Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, artistes franco-italiens qui vivent au Luxembourg, s’intéressent au paysage en continuant leur recherche artistique sur la poïétique de l’image,

Les œuvres d’Inka & Niclas, artistes scandinaves

l’acte

représentations

(finlandais et suédois) établis à Stockholm, s’ins-

visuelles. Les œuvres Si je me souviens et La pointe

crivent quant à elles plus dans une paraphrase des

de l’Iceberg déjouent le caractère mnémonique et

représentations romantiques du paysage que dans

indiciel de la trace photographique à travers une

un questionnement politique. Néanmoins, à tra-

certaine déconstruction de l’image symbolique de

vers leurs séries Family Portraits ou 4 K ULTRA HD,

la montagne. D’un côté, les inscriptions monumen-

ils jouent sur le rapport nature et homme dans un

tales sur le flanc d’une carrière oubliée à Montréal

contexte paradoxal de sublimation et de distan-

et de l’autre des images inversées des carrières de

ciation du réel. L’artificialité qu’ils rajoutent aux

Carrare. Dans l’une comme dans l’autre série, la

images est à la fois un élément fascinant et étrange

vision des artistes est celle d’une réinterprétation

qui questionne les représentations classiques du

iconographique du paysage dans une confronta-

paysage. Entre force presque sacrale et genius loci

tion historico-politique de l’image.

ou éco-symbolicité (Berque), le paysage selon Inka

photographique

et

les

& Niclas est autant une construction formelle qu’une matérialité photographique. 17


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

tographie encadrée se juxtaposent, ses œuvres de la série Unseen Sights renouent avec les représentations anciennes des cartes postales retouchées. Cependant par le découpage et le coloriage pop, ces nouveaux « paysages » nous invitent à visiter un territoire imaginaire où l’éclectisme postmoderne domine. L’idée du paysage qui émane de la série en noir&blanc Cercle, Square de Daniel Reuter, artiste luxembourgeois vivant en Islande, est marquée par une démarche conceptuelle. Comme l’indique le titre, ces paysages renvoient à une certaine typologie et une relation formelle où le rapport de force entre l’homme et la nature n’est pas défini. Comme des réminiscences visuelles de certaines installations des artistes du Land Art, ces photographies semblent se détacher de leur sujet initial pour mettre en jeu

Douglas Mandry, Unseen Sights

un langage visuel formaliste. Pas d’horizon, pas vraiment de point de vue central mais des fragmenChez l’artiste suisse Douglas Mandry, le paysage

tations et des jeux de texture et d’échelle dans ces

plutôt que d’être une représentation telle-quelle,

photographies qui paraissent comme une espèce de

devient une reconstruction, une composition en

modélisation du paysage naturel.

strates proche d’une démarche archéologique. À partir de photographies prises lors de ses voyages, il développe une approche plasticienne de la photographie en s’inspirant d’archives et en collant et coloriant les images. Présentées sous forme d’installation, où wallpaper photographique et pho-

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M N H A – M U S É E N A T I O N A L D ’ H I S T O I R E E T D ’A R T • R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

„RETHINKING LANDSCAPE” PROPOSE DE NOUVELLES APPROCHES ESTHÉTIQUES TRÈS VARIÉES ENTRE FICTION, SUBLIMATION ET DISTANCIATION.

Daniel Reuter, #1003583 (de la série Circle, Square), 2015

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Danila Tkachenko, #3 from the series Motherland, 2017

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M N H A – M U S É E N A T I O N A L D ’ H I S T O I R E E T D ’A R T • R E T H I N K I N G L A N D S C A P E

Les photographies de la série Motherland du photographe russe Danila Tkachenko traitent la question de l’abandon forcé des villages ruraux pendant la collectivisation de l’ère communiste entre 1928 et 1937. En brûlant les vestiges symboliques qui hantent ces paysages au fin fond des steppes soviétiques, l’artiste crée une espèce de rituel funéraire nocturne. Malgré leur beauté spectaculaire, ces images radicales nous font imaginer les tensions politiques et sociales dues à ces désertifications. L’action de purification qui s’inscrit dans le présent interagit avec les utopies échouées du passé afin de créer une attitude critique envers ce paysage politique post-soviétique en mutation.

L’exposition a été réalisée en partie dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Rethinking Nature / Rethinking Landscape du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de cinq capitales européennes (Berlin, Lisbonne, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg en plusieurs volets complémentaires au Cercle Cité – Ratskeller et Arendt House également.

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Vanja Bučan, Sans titre de la série „Sequences of Truth and Deception”

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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C E R C L E C I T É – R AT S K E L L E R E S PA C E D ’ E X P O S I T I O N • R E T H I N K I N G N AT U R E

CERCLE CITÉ

RATSKELLER

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E S MARIA-MAGDALENA IANCHIS, NICOLAS FLOC’H, JUSTINE BLAU, VANJA BUČAN, ANASTASIA MIT Y UKOVA

CO M M I S SAI R E

D E

L’ E X P O S I T I O N

PAUL DI FELICE, PIERRE STIWER (POUR CAFÉ-CRÈME ASBL)

RETHINKING NATURE Avec “Rethinking Nature” le thème générique de cette 8ème édition est décliné de façon à provoquer une rupture avec ce qu’on appelle le genre du paysage. Le point de vue et le cadrage n’obéissent plus à la perspective euclidienne séculaire de la peinture ou de la photographie de paysage classique. N’étant pas non plus assimilable au genre de la nature morte, ces représentations ouvrent de nouveaux espaces micro et macro sur la nature.

Plus que jamais, l’association avec d’autres disciplines artistiques et scientifiques permettent de nouvelles approches photographiques et vidéographiques interrogeant l’état actuel et contribuant à une prise de conscience écologique. Ces nouvelles démarches photographiques qui se nourrissent des connaissances scientifiques participent aussi à la

En plus, le dispositif de fabrication de l’image et

perception de la nature que nous avons aujourd’hui.

d’exposition participe à l’exploration artistique de

Ainsi, les images de crise de la situation actuelle sont

cette thématique. En conséquence, ces approches

véhiculées artistiquement par une photographie qui

artistiques photographiques se caractérisent par

se veut performative, multimédia et politique.

la dématérialisation, la déconstruction et la frag-

Complice d’une expérience esthétique nouvelle,

mentation signifiant la vulnérabilité de cette

le regardeur est interpellé par la mise en scène

nature et exprimant les conflits actuels dans son

et l’installation photographique s’ouvrant à des

rapport avec l’homme.

champs inexplorés.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

L’artiste roumaine Maria-Magdalena Ianchis vivant à Vienne, s’intéresse au changement climatique provoqué par l’homme. À travers ses recherches artistiques autour de trois glaciers islandais et autrichiens, elle montre d’un côté la vulnérabilité et l’impuissance de la nature et de l’autre la fragilité de l’homme. Son intérêt pour les icebergs elle l’exprime ainsi :

blir une connexion forte avec notre environnement.

« Lorsqu’un glacier fond, il saigne à mort, meurt et

Néanmoins son engagement artistique n’est pas

disparaît à jamais de la surface de notre planète. »

dogmatique mais ouvert à un imaginaire qui nous

Ses photographies, ses installations, ses vidéos pré-

transpose dans les profondeurs de l’humanité.

sentent sous le titre de Transition les tentatives

Avec ses paysages sous-marins, l’artiste français

presque vaines de ralentir la fonte des glaces et

Nicolas Floc’h nous plonge dans un univers fasci-

illustrent artistiquement les efforts illusoires d’éta-

nant des habitats marins immergés. Ses expéditions scientifiques et artistiques l’ont amené à étudier

Justine Blau, Manipulation (autoportrait)

les transformations dues au réchauffement climatiques et de voir comment en dehors de leur impact politique ses photographies trouvent des correspondances esthétiques en référence à la peinture et à d’autres représentations de paysages photographiques classiques. Pour l’artiste, celles-ci convoquent un ensemble d’époques et de recherches appartenant à un autre vocabulaire que celui du milieu sous-marin.

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C E R C L E C I T É – R AT S K E L L E R E S PA C E D ’ E X P O S I T I O N • R E T H I N K I N G N AT U R E

Nicolas Floc’h, paysages productifs, Initium Maris, Molene, 2019

De ses plongées dans l’obscurité des profondeurs où

nous transposent dans un monde entre réel et ima-

l’image se révèle davantage à posteriori, il collecte

ginaire à travers une quête scientifique-artistique.

des milliers de prises de vue. L’œuvre qui se présente

À partir de mises en scènes surréalistes et de théâ-

à nous est le résultat d’un choix rigoureux d’ordre

tralisations des artefacts, elle propose de repenser

plastique et esthétique, à partir d’un corpus impor-

la nature, en nous plongeant dans son univers

tant d’images. Outre la beauté des photographies et

fluide et ouvert tout en révélant les controverses

la qualité artistique du travail de Nicolas Floc’h, ces

qui alimentent son questionnement scientifique,

séries dévoilent une œuvre ouverte (Eco) où de mul-

artistique et philosophique.

tiples espaces se croisent. L’art et les sciences s’entrecroisent aussi chez l’ar-

Selon elle, le médium photographique, lui permet

tiste luxembourgeoise Justine Blau. Sur les traces

« par sa multitude de canaux d’utilisations et de réfé-

de Charles Darwin et la question d’extinction et de

rences et par quelques gestes de détournements, de

dés-extinction, elle crée des assemblages d’images

tenter d’une certaine manière, une mise en abyme

et des installations – photographies et vidéos- qui

de notre monde. »

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

COMPLICE D’UNE EXPÉRIENCE ESTHÉTIQUE NOUVELLE, LE REGARDEUR EST INTERPELLÉ PAR LA MISE EN SCÈNE ET L’INSTALLATION PHOTOGRAPHIQUE S’OUVRANT À DES CHAMPS INEXPLORÉS.

Maria-Magdalena Ianchis, Transition 13, video still

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C E R C L E C I T É – R AT S K E L L E R E S PA C E D ’ E X P O S I T I O N • R E T H I N K I N G N AT U R E

Anastasia Mityukova, Project Iceworm, ongoing project

L’artiste slovène vivant à Berlin Vanja Bučan quant

à Thulé et abandonnée par les Américains en

à elle, s’intéresse aux corrélations de l’homme avec

laissant les déchets enfouis dans le sol gelé du

la nature et aux questions liées aux écosystèmes.

Groenland. Un corpus de 6000 images accumulé

Inspirée des natures mortes et arrangements inso-

par l’artiste au courant des dernières années se

lites des surréalistes et dadaïstes, elle détourne

présente sous différentes formes évolutives et

des situations qui montrent ces relations entre

organiques créant une nouvelle narration en inte-

le végétal, l’animal et l’humain en reconstruisant

raction avec les visions du spectateur.

des environnements dans son studio. À travers

Paul di Felice

ses mises en scènes et arrangements absurdes, elle perturbe avec ironie et enchantement notre vision de la nature. Les photographies généralement de grand format sont captivantes et curieuses par

L’exposition a été réalisée en partie dans le cadre d’une

leur générosité chromatique et leur imbrication de

collaboration internationale de Café-Crème asbl sous

formes et de textures étranges.

le titre de Rethinking Landscape / Rethinking Nature

Fascinée depuis son jeune âge par les pôles nord et

du réseau EMoP (European Month of Photography

sud et lectrice des écrits de Jean Malaurie comme

asbl) regroupant les institutions dédiées à la photogra-

Les Rois de Thulé et de ses plaidoyers en faveur

phie de cinq capitales européennes (Berlin, Lisbonne,

des inuits, Anastasia Mityukova, artiste de Genève,

Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au

présente avec Iceworm Project un travail artis-

Luxembourg en plusieurs volets complémentaires au

tique complexe. Cette recherche photographique

MNHA, au Casino Forum d’art contemporain et Arendt

repose sur des archives de documents autour d’une

House également.

base militaire nucléaire expérimentale construite

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Daphné Le Sergent, photogramme extrait de la vidéo „L’image extractive”, 2021, vidéo HD noir et blanc/couleur, son, 20 min

Daphné Le Sergent, photogramme extrait de la vidéo „L’image extractive”, 2021, vidéo HD noir et blanc/couleur, son, 20 min

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C A S I N O L U X E M B O U R G – F O R U M D ’A R T C O N T E M P O R A I N • D A P H N É L E S E R G E N T : S I L V E R M E M O R I E S

CASINO LUXEMBOURG

FORUM D’ART CONTEMPORAIN

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E DAPHNÉ LE SERGENT

CO M M I S SAI R E PAUL DI FELICE (POUR CAFÉ-CRÈME ASBL) & L AU R E N C E L O C H U, DI R E C T R I C E DE L’ I N S T I T U T F R A N Ç A I S D U L U X E M B O U R G

E X P O S I T I O N R É A L I S É E AV E C L E S O U T I E N DE L’ I N S T I T U T F R A N Ç A I S D U L U X E M B O U R G

S I LV E R MEMORIES « Envisager la fin du minerai d’argent et poser son regard sur une photo argentique, cela pourrait-il être un regard

En partant de l’hypothèse que le minerai d’argent se raréfie, elle construit un narratif artistique

porté sur sa propre finitude ? »

hybride où la photographie argentique est au

Daphné Le Sergent

centre du questionnement des enjeux artistiques, économiques et écologiques. Sa proposition multimédia qui se présente, d’une

Dans le cadre de la 8e édition du Mois euro-

part, comme une projection vidéo et, de l’autre,

péen de la photographie sous le thème de

comme une installation composée de photo-

Rethinking Nature - Rethinking Landscape, Daphné

graphies et de photographies-dessins, créées

Le Sergent, artiste française d’origine coréenne,

spécialement pour l’espace du Casino Luxembourg,

présente avec Silver Memories un ensemble de pay-

montre de façon sensible la chaîne de production

sages réalisés en différents médias : photographie,

de la photographie argentique allant de l’extraction

dessin et vidéo.

minière aux fluctuations boursières.

29


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Dans ses dessins sur photographie, la mine de

image extractive vient « puiser dans les profondeurs

plomb semble se substituer à l’argentique et la trace

de la terre tout autant qu’arracher des informations

scripturale dominer l’index photographique. Le jeu

au réel ». Ici, une panoplie d’images, issues princi-

de l’échelle, le rapport du proche et du lointain

palement d’archives ainsi qu’ une voix off racontent

benjaminien, entre projection auratique dans les

cette péripétie à partir de la colonisation des terres

profondeurs de la matière et réflexion parodique

mexicaines au XVIe siècle jusqu’à l’extraction

émergeant des surfaces, est aussi un clin d’œil

minière récente en créant de façon poético-visuelle

à l’esthétique pictorialiste de la fin du XIXe siècle.

une réflexion sur la surexploitation des ressources

Aux « tableaux » photographiques ou faux

naturelles, sur les spéculations boursières, mais

daguerréotypes que Daphné Le Sergent compare

aussi sur la représentation photographique, voire

à des peintures de vanités, elle associe une vidéo,

même, comme l’exprime Daphné Le Sergent à tra-

l’image extractive, qui retrace l’histoire de la pho-

vers certains de ses titres sur « la préciosité du regard

tographie selon une perspective économique

et le désir des choses rares ».

et géopolitique spéculative liée à l’extraction et à la fabrication du métal. Ainsi selon l’artiste, cette

Paul di Felice

Daphné Le Sergent, La préciosité du regard et le désir des choses rares 4, 2021, 4 photo-dessins, vue d’installation, Casino Luxembourg

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C A S I N O L U X E M B O U R G – F O R U M D ’A R T C O N T E M P O R A I N • D A P H N É L E S E R G E N T : S I L V E R M E M O R I E S

Daphné Le Sergent, photogramme extrait de la vidéo „L’image extractive”, 2021, vidéo HD noir et blanc/couleur, son, 20 min

Daphné Le Sergent, photogramme extrait de la vidéo „L’image extractive”, 2021, vidéo HD noir et blanc/couleur, son, 20 min

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Britta Baumann

Claudia Fritz

Noemi Comi Nazanin Raissi

Anna Siggelkow

Kaveer Rai Sonia Mangiapane

Merve Terzi

Gesche WÅrfel

Elena Kristofor Calin Kruse

Seulki Ki

Phillipa Bloom

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C A S I N O L U X E M B O U R G – F O R U M D ’A R T C O N T E M P O R A I N • S L I D E S H O W - R E T H I N K I N G N A T U R E

ART I ST E S BRITTA BAUMANN, PHILLIPA BLOOM, NOEMI COMI, CLAUDIA FRITZ, SEULKI KI, ELENA KRISTOFOR , CALIN KRUSE, SONIA MANGIAPANE, KAVEER RAI, NAZANIN RAISSI, A N NA S IG G E L KO W, M E RV E T E R Z I , G E S C H E W Ü R F E L . . .

CO M M I S SAR I AT FOTO WIEN, IMAGO LISBOA, MOIS EUROPÉEN DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG (CAFÉ-CRÈME ASBL)

CASINO LUXEMBOURG

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

FORUM D’ART CONTEMPORAIN

SEE INSERT FOR

SLIDE SHOW RETHINKING NATURE Au début d’année, les festivals de photographie Foto Wien, le Mois européen de la photographie Luxembourg et Imago Lisboa ont lancé conjointement un appel à candidatures international sur le thème de “Repenser la nature”. Parmi 168 soumissions provenant de 74 pays, les œuvres d’environ 130 artistes ont été sélectionnées, puis éditées et organisées pour le diaporama “Rethinking Nature”.

tion environnementale et d’exploitation croissante. De même, la mise en abyme que la traduction artistique crée inévitablement permet de réfléchir aux multiples significations de la nature. De cette distanciation qui est à la base d’un potentiel particulier

Les photographes et artistes participants démontrent

émerge une qualité originale de la photographie

de manière impressionnante que le médium de la

de paysage. Les œuvres sélectionnées couvrent un

photographie a un rôle particulier à jouer dans l’ef-

champ de pensée artistique qui va de la réflexion

fort de compréhension de la relation actuelle entre

philosophique, de la mise en scène conceptuelle, du

l’homme et la nature. Le diaporama Rethinking

document neutre jusqu’aux nouveaux romantismes.

Nature rassemble une grande variété de points de

La compilation des différentes positions, en combi-

vue sur la nature qui illustrent, filtrent et analysent

naison avec la musique composée spécialement pour

l’ambivalence actuelle de notre compréhension de la

le diaporama, ouvre une expérience audiovisuelle

nature – d’une part la nature en tant que lieu de paix

à multiples facettes qui permet d’explorer les

et de nostalgie, d’autre part comme cible de destruc-

rapports subjectifs respectifs avec la nature.

CO N CE P T

A NIMATIO N

E T

RÉ DACTIO N

V E R E NA K A S PA R-E I S E RT, F O TO W I E N

PETER KOGER

M U S I Q U E

PHOTO G RA P HIES

© DAVID GERETSCHLÄGER

© LES PHOTOGRAPHES

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Dominique Auerbacher, Holger Trülzsch, détail, LES PAYSAGES DU KAIROS - Arcadia, 2021, 190 x 300 cm

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V I L L A V A U B A N – M U S É E D ’A R T D E L A V I L L E D E L U X E M B O U R G • L E S P A Y S A G E S D U K A I R O S

ART I ST E HOLGER TRÜLZSCH, DOMINIQUE AUERBACHER

CO M M I S SAI R E S PAUL DI FELICE (CAFÉ-CRÈME ASBL) EN COLLABORATION AVEC GABRIELE GRAWE (VILLA VAUBAN)

L E S PAYSAG E S DU KAIROS HOLGER TRÜLZSCH, DOMINIQUE AUERBACHER

Dominique Auerbacher et Holger Trülzsch poursuivent depuis plusieurs années une réflexion sur le paysage comme

VILLA VAUBAN

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

MUSÉE D’ART DE LA VILLE DE LUXEMBOURG

SEE INSERT FOR

en témoignent leurs œuvres respectives. Dans l’installation «Les paysages du Kairos», ils associent et font dialoguer leurs visions et évocations du paysage.

Paul di Felice : Créer une installation photographique pour le jardin/parc de la Villa Vauban dans le cadre de la 8e édition du Mois européen de la photographie dont le thème est Rethinking Nature/

« Les photographies de Holger saisissent l’apparition

Rethinking Landscape est certainement un défi

de paysages dans les traces du sol maculé de son ate-

comme chaque œuvre in situ mais en même temps

lier ou d’autres ateliers, ainsi que dans les coulures

n’est-ce pas une autre façon pour vous de penser la

fugaces des couleurs renversées. Par ailleurs, sur ses

représentation paysagère à partir d’une recherche

polaroïds peints (imprimés en grand format), les

artistique déjà bien entamée depuis des années.

traces de peinture évoquent les structures végétales

Les références artistiques, littéraires et philoso-

d’une nature luxuriante et ouvrent un autre espace,

phiques ne manquent pas dans vos « paysages

celui d’un paysage onirique » (D. A)

reconstruits » qui sont aussi une sorte de mise en

Les tableaux des entrelacs de phrases de la série

abyme et de distanciation du genre mais qui nous

«Reliefs» de D. Auerbacher, mêlent d’après la forme

transposent aussi dans un imaginaire surprenant.

littéraire du centon, des extraits de textes provenant d’origines diverses (littéraire, mythologique, eth-

Dominique Auerbacher : « Les paysages du Kairos »

nologique, scientifique, artistique…) pour former,

évoquent et d’une certaine manière convoquent la

à partir de reliefs (au sens de restes, de traces), un

Nature, le Paysage, et le Jardin dans leurs relations

ensemble d’images mentales du paysage.

aux beaux-arts, à la littérature, à la mythologie…

35


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

En l’occurrence, le petit dieu du Kairos, qu’on ne peut saisir que par les cheveux quand il passe à toute vitesse, est au rendez-vous. Il a incarné pour nous l’inattendu susceptible de surgir, l’instant fugitif et décisif d’un à-propos propice. Notre installation essaye de jouer avec la perception du proche et du lointain, de penser les lieux en fonction de l’agencement du jardin et des possibilités de déplacements et de haltes pour les visiteurs, ce qui nous ramène à l’interrogation de Henry Maldiney, Sommes-nous « devant » ou « dedans » le paysage ?

Esquisse pour LES PAYSAGES DU KAIROS, 2021

Il me semble qu’un jardin est à la fois ce lieu de la nature, de l’artifice et de la mythologie où on s’ima-

En partant de la peinture et de la gestualité d’un côté,

gine apercevoir des personnages des Métamorphoses

de la philosophie et de la littérature de l’autre, vos

d’Ovide sous la forme d’un rocher, d’un arbre ou

mises en image paysagères dépassent la photogra-

d’un animal.

phie pour devenir une installation voire sculpture

On retrouve dans cette installation, Arachné, la jeune

photographique dans le cadre du jardin/parc de la

mortelle de Lydie qui fut transformée en araignée

Villa Vauban.

par la déesse Minerve pour l’avoir défiée et surpassée dans l’art du tissage et surtout avoir osé représen-

H. Trülzsch : Quand le visiteur est assis ou allongé

ter sur sa tapisserie des dieux qui assouvissent leurs

sur la pelouse, il peut contempler les trois images

désirs en recourant à des métamorphoses pour abu-

(d’un format horizontal de 3m x 2m), qui sont cha-

ser de leurs victimes.

cune une photographie d’une apparence du paysage

Je pense à la phrase de Jean-Pierre Vernant « La

ou de la nature sur le sol d’un atelier : une averse,

mythologie, c’est une vision de soi face au monde,

un relief vallonné ressemblant à une gravure de Her-

elle marque une prise de distance par rapport à ce

cules Seghers, une formation liquide d’un éden.

qui, aujourd’hui, nous semble évident ».

En marchant autour de la pelouse, le visiteur découvre à l’arrière de chacune de ces trois images,

H. Trülzsch : Le jardin et le parc sont peut-être les

un centon composé des élements de Reliefs ( au sens

derniers refuges qui nous permettent de réfléchir

de restes) de la mémoire du paysage auquel est asso-

à la nature en tant que culture du paysage. Dans le

ciée une image agrandie d’un Polaroïd “overpainted”

jardin du musée Vauban, notre installation d’images

ou une photographie d’un sol taché de craies de cou-

et de textes s’organise sur trois lieux qui, situés sur le

leur qui évoque les paysages méditerranéens d’Albert

cercle de la pelouse centrale, forment un triangle. La

Camus dans Noces à Tipasa ou dans L’Eté.

déambulation circulaire semble être appropriée à la réflexion, à la méditation ; par exemple dans le parc

D. Auerbacher : Les images de textes sur le pay-

d’Ermenonville, le chemin (aujourd’hui partiellement

sage font partie d’une série intitulée Reliefs (au sens

disparu) tracé autour du lac où se trouve le cénotaphe

de restes, de traces). Les couleurs et les polices des

de Jean-Jacques Rousseau, passait aussi devant les

caractères composent un ensemble textuel pic-

ruines du temple, la maison du philosophe, le tom-

tural constitué de vers, de phrases et d’extraits de

beau du poète inconnu et la pyramide.

textes provenant de divers auteurs. J’utilise le genre

«Ce n’est donc ni en architecte, ni en jardinier, c’est

littéraire du centon pour re-contextualiser ces

en Poète et en Peintre qu’il faut composer les pay-

appropriations et ces détournements en les entre-

sages, afin d’intéresser tout à la fois l’œil et l’esprit».

laçant dans une trame polysémique du paysage.

Cette citation est de René-Louis de Girardin, ami

Il y a aussi les supercheries ingénieuses du centon

de Rousseau, seigneur d’Ermenonville et créateur de

comme celle de Blaise Cendrars qui révèle que les

ses jardins.

poèmes de son recueil Kodak (Documentaire) ont été « taillés à coups de ciseaux » dans le roman d’aven-

36

Paul di Felice : Plusieurs expressions se superposent

tures, Le Mystérieux docteur Cornélius, de son ami

dans ce travail très complexe où le paysage peut

Gustave Lerouge et qu’il s’agit d’un collage « monté

devenir une interface de démarches artistiques et

comme un court-métrage poétique » ; il écrira « ces

littéraires dont la visualisation conceptuelle est le

poèmes, que j’ai conçus comme des photographies

résultat d’une pensée sensible et intelligible.

verbales, forment un documentaire ».


V I L L A V A U B A N – M U S É E D ’A R T D E L A V I L L E D E L U X E M B O U R G • L E S P A Y S A G E S D U K A I R O S

Dominique Auerbacher, Holger Trülzsch, détail, LES PAYSAGES DU KAIROS, 2021, 190 x 300 cm

Quant au lettriste Gil J Wolman, il développera l’art

H. Trülzsch : Quand je prends une photo, dans

de la citation dans son Art scotch après l’avoir expé-

un premier temps, mon regard reste concentré

rimenté dans son récit détourné J’écris propre dont

sur l’écran LCD de l’appareil photo, j’examine les

il dira qu’il est écrit « aux ciseaux et à la colle » avec

structures du sol maculé d’un atelier… il arrive

des phrases découpées dans des livres et que le titre

qu’un détail se différencie dans des taches ou des

lui-même est un détournement du slogan publici-

traces liquides de peinture … à cet instant et à cet

taire pour le stylo Bic.

endroit là, le cadrage met en évidence ce que je

Les spolia dans l’architecture ont aussi quelque chose

reconnais comme un paysage. La surface laisse

du centon par leurs remplois dans une construction

apparaître le non-visible.

nouvelle de matériaux et d’œuvres d’art provenant

Il ne s’agit pas d’une peinture photographiée et pas

d’une construction ancienne ou de ruines. Ainsi de

non plus d’une peinture gestuelle.

nos jours, le couple d’architectes chinois Wang Shu

L’image qui se produit résulte de ce procédé de

et Lu Wenyu inscrivent le savoir-faire traditionnel

capture photographique sans lequel elle n’advien-

chinois dans la ville contemporaine notamment en

drait pas.

ayant recours à la technique millénaire dite « wa pan » qui utilise une mosaïque de matériaux de récupération pour reconstruire les murs des maisons détruites par les typhons.

Propos recueillis par Paul di Felice 37


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

José María Sert, Tree Study, c. 1910-1920, Silver gelatin print, Courtesy Archive of Modern Conflict

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MUDAM • ENFIN SEULES. PHOTOGRAPHIES DE LA COLLECTION ARCHIVE OF MODERN CONFLICT

C O N CE P T

D E

L’ E X P O S I T I O N

TIMOTHY PRUS (ARCHIVE OF MODERN CONFLICT)

C O M M I S SAI R E S TIMOTHY PRUS (ASSISTÉ DE ED JONES, LUCE LEBART, GIULIA SHAH ET MICHELLE WILSON) ET MICHELLE COTTON (ASSISTÉE DE SARAH BEAUMONT ET CHRISTOPHE GALLOIS)

S CÉ N O G R AP H I E POLARIS ARCHITECTS

AVE C

D E S

P H OTO G R AP H I E S

D E

ANNA ATKINS, BRASSAÏ, FRED PAYNE CLAT WORTHY, WILLIAM CRAVEN, HENRY JOHN ELWES, DM I T R I E R M A KOV, A M E L I A E L I Z A BE T H G I M I NG H A M , C ON R A D T H E OD OR E G R E E N, BE RT H A J AQ U E S, LEE MILLER , CHARLES NÈGRE, FERDINAND QUÉNISSET, WILLY RONIS, JOSÉ MARÍA SERT, FREDERICK CARL STØRMER , JOSEF SUDEK , GRAHAM SUTHERLAND, SHIKANOSUKE YAGAKI (SÉLECTION).

ENFIN SEULES. PHOTOGRAPHIES DE LA COLLECTION ARCHIVE OF MODERN CONFLICT

MUDAM

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

MUSÉE D’ART MODERNE GRAND-DUC JEAN

SEE INSERT FOR

“Enfin seules” présente une sélection de plus de deux cents images de la collection Archive of Modern Conflict. Fondée en 1992 à Londres, cette organisation se décrit comme étant « dépositaire des histoires perdues et oubliées que recèle la production photographique passée ». Initialement portée sur l’histoire des conflits, elle s’apparente aujourd’hui davantage à un laboratoire qu’à une archive traditionnelle, couvrant une multitude de genres.

déserté de toute vie humaine ou animale. La date et la raison de cette disparition, tout comme la manière dont elle se serait produite, ne sont pas précisées. Des images de la flore, de champignons, de troncs d’arbres, de fougères, de stalagmites ou d’aurores boréales investissent l’ensemble des murs de la

À travers un ensemble de photographies prove-

galerie. Ces panoramas de plantes, de roches et de

nant de tous les continents et couvrant une large

lumières servent de toile de fond à une sélection

période, du milieu du XIX siècle jusqu’aux années

de photographies historiques et récentes, aux tech-

1970, Enfin seules pose un regard inédit sur le monde

niques et procédés divers. Photographies d’artistes

végétal dans toute sa diversité. Conçue comme

de renom figurent aux côtés de celles de personna-

un environnement immersif articulé autour d’un

lités issues de différents champs disciplinaires - tels

espace central, assimilable à une « caverne », l’ex-

que la botanique, l’astronomie, les mathématiques

position dresse le portrait d’un monde fictionnel

ou la science, et d’images anonymes.

e

39


Dr. Conrad Theodore Green, Agaricus Sylvaticus (Blushing Wood Mushroom), before 1930, Courtesy Archive of Modern Conflict

Anna Atkins, Quercus, Portland U.S., c. 1843-1853, Cyanotype, Courtesy Archive of Modern Conflict

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

40


MUDAM • ENFIN SEULES. PHOTOGRAPHIES DE LA COLLECTION ARCHIVE OF MODERN CONFLICT

L’EXPOSITION DRESSE LE PORTRAIT D’UN MONDE FICTIONNEL DÉSERTÉ DE TOUTE VIE HUMAINE OU ANIMALE. LA DATE ET LA RAISON DE CETTE DISPARITION, TOUT COMME LA MANIÈRE DONT ELLE SE SERAIT PRODUITE, NE SONT PAS PRÉCISÉES.

Anonymous, Aurora Borealis, Alaska, c. 1940s, Real photo postcard, Courtesy Archive of Modern Conflict

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Lisa Kohl, LAND(E)SCAPE, Lesbos, 2016

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NEIMËNSTER • LAND(E)SCAPE - LISA KOHL

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E LISA KOHL

CO M M I S SAI R E DANIELLE IGNITI

LAND(E)SCAPE LISA KOHL LAND(E)SCAPE est une capture photographique de l’oubli. Des restes, porteurs de traces d’une vie perdue, constituent

NEIMËNSTER

SEE INSERT FOR

des nouveaux paysages qui incarnent l’absence, la disparition d’une personne. L’expérience de l’objet abandonné et retrouvé devient un moment de découverte et de témoignage d’un passé. Faire aujourd’hui de la photographie de paysage

Alors quand Lisa Kohl est arrivée en 2016 sur l’île

n’est pas une chose aisée pour une jeune artiste. Le

grecque de Lesbos, elle a été confrontée au paysage

paysage est pollué, par l’histoire ancienne et récente,

idyllique de l’île égéenne ou le ciel et la mer sont d’un

par nos excès de consommation, de production et

azur profond et onirique, mais aussi aux milliers de

d’exploitation et par le passage de l’Homme, passage

migrants arrivés de Turquie qui sont passés par là en

voulu ou contraint, libre ou obligé.

quête d’une vie acceptable et digne.

43


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Lisa Kohl, LAND(E)SCAPE, Lesbos, 2016

Dans la série de photographies LAND(E)SCAPE, l’artiste témoigne avec un langage plastique très subtile et sensible de cette tragédie humaine et du sort de ces hommes, femmes et enfants qui ont fui la terreur pour se retrouver dans un autre cauchemar, la fin de leur rêve de liberté et de paix. En photographiant les objets abandonnés, oubliés et perdus, l’artiste crée un nouveau paysage, un land(e) scape, qui par l’absence nous suggère la présence. Les objets sont élevés au statut d’icônes. En les découvrant un par un, le spectateur a accès à l’intimité des personnes, il les rencontre, il les voit et les entend. Il est pris d’émotion. L’oubli n’a pas lieu car l’histoire est écrite par le biais du langage photographique de Lisa Kohl. Danielle Igniti

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NEIMËNSTER • LAND(E)SCAPE - LISA KOHL

Lisa Kohl, LAND(E)SCAPE, Lesbos, 2016

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Marine Lanier, Eldorado

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N E I M Ë N ST E R • L E S C O N T E S SAU VAG E S - M A R I N E L A N I E R

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E MARINE LANIER

CO M M I S SAI R E L AU R E N C E L O C H U - DI R E C T R I C E DE L’ I N S T I T U T F R A N Ç A I S D U L U X E M B O U R G

LES CONTES SAUVAGES MARINE LANIER Repenser, réinventer les paysages extérieurs pour mieux explorer les paysages intérieurs, et raconter les liens qui nous unissent à la nature, à notre environnement : Marine Lanier nous entraîne dans «la dimension lyrique et primi-

NEIMËNSTER

SEE INSERT FOR

tive» de la nature, «pour questionner la puissance sauvage qui nous entoure». Elle nous immerge dans le végétal en particulier avec sa série de monochromes organiques Eldorado qui montre la flore épaisse d’une pépinière à l’abandon.

profondes des cascades, terre, glace, mais aussi la peau, le sang... Son univers est un monde sauvage, originel, qui renvoie les êtres à leurs pulsions primitives. Dans la série Le Soleil des loups, réalisée en Ardèche sur un territoire situé au-dessus d’un vol-

La nature est saisie dans son état brut, elle est per-

can, Marine Lanier montre deux enfants dont les

sonnifiée, et ses mystères nous happent, et nous

corps sont en symbiose avec cet espace rugueux et

échappent.

minéral. La photographe a suivi durant trois ans le

Les photos de Marine Lanier mettent en lumière

parcours de deux frères, un appareil argentique en

une végétation primaire, où les éléments surgissent

main : la nature rustre, indomptable, absorbe magis-

et dialoguent : pierres, roches des falaises, eaux

tralement les silhouettes de ces adolescents sans loi.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Leurs corps semblent des lianes ou des racines incrustées dans le paysage. C’est le cas aussi avec la série Les Contrebandiers, où les êtres semblent faire partie intégrante de leur environnement hostile, ils se fondent dans ces montagnes abruptes, ces territoires inaccessibles, impraticables, tout autant que sublimes. Les œuvres de Marine Lanier explorent différentes échelles, lointaines ou fragmentaires. Les paysages d’Arménie, extraits de la série Les Lointains sont de grands déserts calcinés de chaleur. Leurs contours dramatiques racontent les conflits et les massacres invisibles, comme un probable hors-champ. Les panoramas ont été réalisés depuis des surélévations, des promontoires, des falaises, d’où l’on peut embrasser les espaces environnants, prendre du recul, de la hauteur. Et surtout sentir la menace, la tension qui se jouent sur ces monts et ces gouffres, qui «accentuent l’impression de traque du visible, rendant soudainement inquiétant et opaque des paysages lunaires où seule affleure une géologie tourmentée». En regard, les gros plans, les close-up bouleversent notre perception de l’échelle. Dans

Marine Lanier, Le soleil des loups, Racines

la série Les Contrebandiers notamment, ils nous perdent dans la possibilité d’un ailleurs, en nous renvoyant à d’autres grands espaces invisibles.

son, Kieslowski ou Boorman et Laughton ; elle

L’utilisation des couleurs chez Marine Lanier

a d’ailleurs aussi étudié le cinéma avant d’intégrer

convoque la palette du peintre. Les couleurs

l’École nationale supérieure de la photographie

chaudes s’articulent avec les couleurs froides ou le

d’Arles. Son esthétique, en particulier en ce qui

noir et blanc, les tons chauds évoquent la brûlure

concerne son approche de la nature et des paysages,

du soleil, les tons froids «l’énergie de la nuit, de la

tisse des correspondances évidentes avec les lieux

neige, du repli». En travaillant sur la série Eldorado,

mystérieux et organiques filmés par Tarkovski, ces

l’artiste explique : «J’ai vu cette couleur de l’or qui

espaces indéterminés et habités, à la fois sensuels

filtrait à travers la bâche des serres. J’ai décliné cette

et étranges, familiers et menaçants.

teinte, elle résonnait avec cette idée de rêves per-

Les univers qu’elle met en scène semblent comme

dus». C’est ainsi qu’est née cette magnifique série

suspendus dans le temps : ils appartiennent tout

végétale de monochromes dorés.

autant au passé, au présent et au futur. Chaque

Pour les photos en noir et blanc de la série Le Soleil

série est empreinte d’intemporalité, et place aussi

des loups, la photographe commente : «Mon noir

le spectateur qui l’appréhende en dehors du temps,

et blanc est plutôt gris, comme une cendre qui se

parce que dans un espace souvent indéfini.

serait déposée sur la nature et sur les hommes, une

«Mon appréhension du temps questionne alors

sorte d’hommage au volcan». Les couleurs sont

les notions de limite, de transgression, et de méta-

aussi un langage, des symboles. Ainsi par exemple

morphose».

le mauve invoque un monde onirique, celui des

La nature est le miroir de lieux intimes, qui racontent

limbes, situé entre la vie et la mort.

des fictions de quêtes perpétuelles. «Le tout entre

«La couleur est ce qui reste. Elle est l’essence, le

en collision avec l’autobiographie, elle réverbère

souvenir, la sensation quand nous ne pouvons plus

alors quelque chose de plus large, de plus grand,

raconter», dit-elle aussi.

qui dépasse le particulier pour se tourner vers la

Marine Lanier aime citer des cinéastes qui l’ont

mémoire collective, transgénérationnelle, vers nos

marquée et ont influencé ses images, tels que Bres-

mythologies, nos peurs primaires, cosmos invisible.»

48


N E I M Ë N ST E R • L E S C O N T E S SAU VAG E S - M A R I N E L A N I E R

Marine Lanier, Les lointains #8

«Le mythe de l’Eldorado est nostalgie, rêve de

traux, qu’ils traitent des mystères du passage de

paradis perdu. Il décrit souvent un lieu d’inno-

la vie à la mort, ou des miracles impudiques de la

cence naturelle situé dans l’origine des temps. Ici

nature, nourrissent le travail de l’artiste.

l’imaginaire de l’île s’ouvre sur une nature sauvage,

Grâce à la force sauvage de ses photographies,

hostile, spontanée. L’Eldorado est une étape dans

Marine Lanier convoque en nous des émotions pro-

l’itinéraire, un monde où les valeurs sont inversées,

fondes, viscérales, touche des zones inconscientes

une traversée aveugle, un refuge temporaire, une

et sensibles, qui nous bouleversent. En démiurge,

contrée fabuleuse.»

elle nous emporte au royaume des ombres, laissant

Le cheminement de Marine Lanier questionne

planer un voile sur ses paysages larges ou fragmen-

inlassablement le réel, pour mieux le dépasser. Elle

taires, et en poétesse s’exprime par la métaphore et

ne cesse de tenter de saisir les mystères de la Nature,

l’oxymore visuel.

le miracle d’être en vie. Elle semble traquer les

S’opposant à l’attitude prométhéenne (l’homme

interstices de l’invisible, elle nous livre des contes

doit se rendre maître et possesseur de la nature),

fantastiques, recrée un monde à la fois subtil et ori-

et prônant résolument l’attitude orphique, c’est-à-

ginel, comme pour faire émerger l’irréalité du réel,

dire que seuls le poète et l’artiste sont en mesure de

la réalité de l’irréel. La photographe nous emporte

soulever le voile des mystères de la nature[1], Marine

dans les arcanes de l’imaginaire, pour déchiffrer les

Lanier photographie les hommes et les paysages en

signes et les symboles en éclosion au sein du pay-

voilant de sa fiction la réalité, pour mieux nous en

sage. L’aphorisme d’Héraclite n’est jamais très loin

dévoiler les secrets enfouis.

«La Nature aime à se cacher» : ces secrets ances-

[I]

Laurence Lochu

Le Voile d’Isis, Pierre Hadot (Éditions Gallimard)

49


Florian Glaubitz, Ohne Titel (Hvilft) / Untitled (Hvilft)

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

50


NEIMËNSTER • REGARDS SANS LIMITES

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E S ANNE-SOPHIE COSTENOBLE, PATRICK GALBATS, FLORIAN GLAUBITZ, THILO SEIDEL, ÉMILIE VIALET

CO M M I S SAR I AT

D E

L’ E X P O S I T I O N

NEIMËNSTER, CAFÉ-CRÈME ASBL, NOUVEL OBSERVATOIRE PHOTOGRAPHIQUE DU GRAND-EST, SAARLÄNDISCHES KÜNSTLERHAUS SAARBRÜCKEN E. V

REGARDS SANS LIMITES

NEIMËNSTER

SEE INSERT FOR

Que racontent du monde les photographes d’aujourd’hui? Cette interrogation sourd dans l’esprit du visiteur à chaque évènement photographique. Se posait-on - d’emblée - une telle question il y a 40 ou 60 ans ? Il est permis d’en douter.

C’est que ne sont plus en cause les seules évolutions d’idées et de mode de vie. L’échec patent des systèmes politiques à bout de souffle entraîne une sinistre ronde de corollaires : économie d’exclusion,

Si de toute époque chaque génération a ressenti que

violence sociale et dégâts écologiques irréversibles.

devenait révolu le monde qui l’avait pétrie, jamais

Nos conditions de vie physiques sont en jeu, doré-

ce sentiment vague où l’inquiétude le dispute à la

navant. Une telle constatation ne se borne pas

nostalgie ne s’est trouvé autant que maintenant jus-

à ébranler nos certitudes, elle les balaye pour en

tifié par une réalité tangible, corroborée, irréfutable.

affirmer une nouvelle : à l’évidence le monde ne sera

La langueur diffuse s’est muée en brutale certitude.

plus, ne pourra plus être, celui qu’il a été.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Qu’attendons-nous, alors, des photographes ? Un miracle, peut-être. Qu’ils fassent surgir l’espoir ténu que nous ne pouvons formuler, qui, enfoui derrière notre conscience désabusée, bien secrètement nous

ni code. Feraient-ils par leurs images se dessiner la

habite, l’espoir d’une espérance. L’urgence cepen-

carte du nouveau monde (qui, comme un legs tris-

dant les commande, et souvent confirment-ils

tement prospère des New Topographics, tend tout

les inquiétudes qui nous taraudent, lèvent-ils les

entier au non-lieu), nombre de photographes, loin

derniers doutes et déchirent-ils l’ultime souffle

de sacrifier au systématisme de la Nouvelle objec-

d’espoir. Arpenteurs de la terre bouleversée, cita-

tivité, alimentent cette géographie par des visions

dins en perpétuel transit à travers la froideur des

fortuites où hasard et poésie se mêlent, dans une

ensembles urbains, observateurs tout à la fois aler-

rugueuse tendresse parfois. Ils collectionnent plus

tés et distanciés, témoins intransigeants de nos (dis)

qu’ils n’inventorient. Avec une liberté de cadrage qui

fonctionnements, ils constatent, ils relatent. Sans

traduit la précarité des situations.

pathos, sans attiser le repentir collectif, sans professer quelque prétendu message. À la différence

Il est frappant de relever dans le corpus d’images

d’attitudes antérieures, bien des gestes photogra-

qui suit la quasi-éviction de la figure humaine, tout

phiques actuels ne portent plus, sur un réel d’ailleurs

au moins le désintérêt manifeste pour son indivi-

fluctuant, un regard renouvelé, mais laissent la nou-

dualité, instaurant par là une relation d’évitement,

veauté du monde directement émerger, sans filtre

pour reprendre à notre compte une terminologie ethnologique. À l’opposé des heures glorieuses de la photographie humaniste, la foi en l’homme semble s’être éteinte. S’attache à lui, oserions-nous

Emilie Vialet, “Fire along Columbia River, Wanapum“, L.A.C., 2018

Thilo Seidel, NeonForests, archival pigment print, 80x60cm, framed

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Anne Sophie Costenoble, série „des voix silencieuses” 001

NEIMËNSTER • REGARDS SANS LIMITES

avancer, une forme de culpabilité inhérente à son

qués, toujours la main de l’homme se devine-t-elle en

action (ou son inaction), voire à son essence-même,

hors-champ. Toujours se voit ainsi ravivé le sempi-

qui le condamne au bannissement de l’image,

ternel dialogue Nature/culture dont la permanence

comme après la révélation des camps de la mort

se teinte aujourd’hui d’une couleur rabattue.

il était, pour les peintres, devenu irreprésentable. Alors, il se tapit dans l’ombre des images. Nature

Et toujours, par les photographes, s’éveille en nous,

sans cesse remodelée par le travail, nature sauvage

à l’échelle tant singulière que commune, avec ce qu’il

paradoxalement contrainte par muséification, arro-

faut de drame pour la magnifier, la révélation de

gance urbaine, déchets de toutes sortes et en tout

notre appartenance au monde. Pierre van Tieghem

Patrick Galbats, 2019, Bruxelles. Perruches à collier.

lieu, faune sauvage « conservée », animaux domesti-

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© Marie Capesius

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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C E N T R E N A T I O N A L D E L’A U D I O V I S U E L & C E N T R E S D ’A R T D U D E L A N G E • A R C H I P E L

CENTRE NATIONAL DE L’AUDIOVISUEL & CENTRES D’ART DUDELANGE

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E S MARIE SOMMER, ROZAFA ELSHAN, MARIE CAPESIUS

C O M M I S SAI R E S MARLÈNE KREINS & MICHÈLE WALERICH

ARCHIPEL Dans le cadre du 8e Mois européen de la photographie (EMoPLux) au Luxembourg, les Centres d’Art de Dudelange et le Centre national de l’audiovisuel (CNA) s’associent pour présenter les trois expositions monographiques de Marie Capesius, Rozafa Elshan et Marie Sommer reliées sous le titre de « Archipel » : une île dont la cohabitation intrigante entre une communauté naturiste et un camp militaire défie l’idée-même de paradis, un appartement qui sert de point d’observation pour une étude expérimentale d’une fraction du quotidien capté au moyen d’un téléobjectif, un territoire dans la région arctique marqué par une ligne de radars, dont les vestiges évoluent au long des cycles de la fonte des glaces.

sin, le journal intime et imprimé, la performance, les images d’archives. « Archipel » nous parle d’un monde traversé par les

Les trois artistes explorent des territoires naturels,

courants et vagues, ses fragilités, beautés et para-

stratégiques et intimes, à travers leurs strates de

doxes, sous la lumière des relations changeantes

mémoire et d’idéologies, et proposent une mise en

entre l’homme et son environnement. « Archipel »

perspective à travers des langages très variés tels que

est aussi un observatoire du répertoire renouvelé de

la photographie, la vidéo, le son, la sculpture, le des-

l’image pour le raconter aujourd’hui.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

CENTRE D’ART

NEI LIICHT

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E MARIE CAPESIUS

C O M M I S SAI R E S MARLÈNE KREINS ET MICHÈLE WALERICH

MARIE CAPESIUS : HELIOPOLIS D A N S L’ O M B R E B L E U E DE LA CITÉ DU SOLEIL Au début des années 1930, « Héliopolis », le premier village naturiste en Europe, a été fondé sur l’île du Levant, en Méditerranée française. Les premiers adeptes du mouvement naturiste ont mis pied sur cette île sauvage, afin d’échapper à la vie de ville agitée et de vivre un mode de vie plus sain en accord avec la nature.

de missile. Un grillage sépare ces deux mondes opposés, qui cohabitent dans le même paysage. Intriguée par ces contrastes frappants, Marie Capesius documente avec sa caméra le quotidien d’Héliopolis et va

De simples bungalows et terrains de camping ont

à la rencontre de ses habitants pendant plus de trois

été aménagés, plus tard une école et une infrastruc-

ans. Une déclaration qu’elle a souvent entendue “Ici,

ture de village se sont construits. Le fait que ce

c’est le paradis” a provoqué sa réflexion sur la notion

n’est qu’en 1989 que Héliopolis a été raccordée

du paradis. Qu’est-ce que le paradis ? Qu’est-ce que

à l’électricité marque la détermination de la com-

cela pourrait être et a-t-il déjà existé ?

munauté naturiste à préserver leur philosophie et

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style de vie naturel. Dans les années 1950, la marine

Inspirée par l’histoire d’Adam et Eve, elle compose

française s’établit également sur l’île du Levant et

intuitivement avec ses photographies et ses notes

utilise jusqu’à aujourd’hui 90 % de la superficie de

furtives un conte ouvert, qui questionne les sen-

l’île comme base militaire et de test de lancement

timents subconscients liés au paradis et à l’enfer.


C E N T R E D ’A R T N E I L I I C H T • M A R I E C A P E S I U S : H E L I O P O L I S - D A N S L’ O M B R E B L E U E D E L A C I T É D U S O L E I L

© Marie Capesius

Elle vient à la conclusion que le paradis et l’enfer

d’étude à l’école « Ostkreuzschule für Fotografie

sont présents des deux côtés du grillage, que la pré-

» fin de l’année 2019. Dans une version plus éten-

sence de la vie et de la mort forme un ensemble,

due et avec une scénographie spécifique adapté

une évolution cyclique de la nature. Elle utilise des

au lieu d’exposition, notamment à la galerie

symboles qu’elle trouve dans la nature ; comme par

« Nei Liicht », elle invite les spectateurs à plonger

exemple le serpent et le scorpion, pour évoquer des

dans une vision plus intime des contrastes de pay-

références archaïques et souligner une interpréta-

sages intérieurs et extérieurs de son travail. Elle

tion métaphysique.

inclut l’affichage d’originaux extraits de ses cahiers de notes qu’elle a tenus pendant ses recherches sur

Pour le Mois européen de la photo au Luxem-

l’île, une projection photo où elle inclut des enregis-

bourg, dont le sujet est « Rethink Nature and

trements de sons de la nature sur l’île, une série de

Landscape », Marie Capesius présente sa série

photographie de nu et des représentations visuelles

en cours Heliopolis, qui a initialement été mon-

du côté militaire, qu’elle associe à la couleur bleue,

trée à Berlin, dans le cadre de son projet de fin

faisant de l’ombre à la cité du soleil.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

A RT I ST E ROZAFA ELSHAN

C O M M I S SAI R E S MARLÈNE KREINS ET MICHÈLE WALERICH

ROZAFA ELSHAN : SYNTHÈSE D’UNE EXCURSION

CENTRE D’ART

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

DOMINIQUE LANG

SEE INSERT FOR

À toi beaucoup t, (0000.....) 5fois infiniment fois n était exeloús [sic]. Tu désœuvrais ta démonstration, contenue dans une boîte

(Entre parenthèses : dans la gare de M. Reihl,

et tu la frottais à la peau de cet endroit de passage, pour (te)

constructeur de rails et de trains qui n’ont besoin

dépayser, mesurer l’espace, une durée (avec la précision d’un

drent sous le poids d’expositions et de clichés, on

sismographe), t’essayer à une forme un peu plus attentive du quotidien. Ce quotidien exeloús, de nos temps.

d’arriver nulle part et des palais de verre qui s’effonraconte qu’il continuait de regarder devant lui, monsieur Reihl, mais rien à faire. Il n’arrivait vraiment pas à comprendre. Impossible. Vraiment, il n’arrivait pas à le voir. De quel côté était la vie.) Dans l’attente, tu collectais des petits bouts de papier

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Démontrer, tu disais, en éprouvant un tas de trucs :

glanés entre les livres trouvés au Pêle-mêle et mani-

la trace photographique, la reproduction infinie

pulés par des mains inconnues et anonymes. De ces

par photocopie, l’étirement d’un instant dans sa

solid objets, qui nous regardent, tu retenais la mince

répétition, la distribution du temps en forme de

chance d’une rencontre, d’un retardement sur page.

tickets numérotés, la couleur rouge, le point de vue

Une érotique des écarts imprévisibles par rapport

caméra, les articulations hasardeuses d’une liste de

à la ligne droite. (0000.....)

films trouvée, le dispositif de vision formé par des

(…) la poésie des infinies potentialités imprévisibles

plaques de verre de différentes tailles, l’arpentage

de même que la poésie du vide naissent d’un poète

d’un espace et de ses contraintes, les bruits de leurs

qui n’a aucun doute quant à la nature physique du

désœuvrements. Démontrer pour éprouver et pour

monde. Cette pulvérisation de la réalité s’étend aussi

informer une recherche, la manifester possiblement,

aux aspects visibles, et c’est là qu’excelle la qualité

dans la salle d’attente d’une gare.

poétique de Lucrèce : les grains de poussière qui


C E N T R E D ’A R T D O M I N I Q U E L A N G • R O Z A F A E L S H A N : S Y N T H È S E D ’ U N E E X C U R S I O N

tourbillonnent dans un rayon de soleil au milieu d’une pièce sombre (II, 114-124) les toiles d’araignée qui nous enveloppent sans que nous nous en apercevions tandis que nous marchons (III, 381-390). Accordée à ces expériences qui se donnent en bordure de récit, tu t’approchais d’une sorte de point oméga, où (quand/comme) le temps bascule dans l’espace, l’horloge s’est arrêté à 11 :11 et l’on ne cherche plus à aligner les causes aux effets : tout donnait l’impression d’être réel, le rythme était réel, paradoxalement, des corps qui se mouvaient musicalement, des corps qui bougeaient à peine, une dodécaphonie, des choses qui se passaient à peine, cause et effet si radicalement séparés que tout lui paraissait réel, à la façon dont sont dites réelles toutes les choses du monde physique que nous ne comprenons pas. (…) Lumière et son, tonalité sans paroles, la suggestion d’une vie au-delà du film, l’étrange réalité criante qui respire et mange là-bas, cette chose qui n’est pas du cinéma. (22) Rester debout faisait partie de l’art, l’homme debout participe. (…) Mais il revenait toujours au mur pour un contact physique, faute duquel il risquait de se retrouver à faire quoi, il ne savait pas trop… (120) Ces moments abstraits, de toute forme et toute taille, le motif du tapis, le grain du plancher, qui maintiennent son œil comme son esprit en alerte absolue, et puis le palier, en plongée… (119) En contre-plongée du mur (écran) tu t’allongeais alors par terre et avec rigueur, sans bouger ni t’assouplir, tu essayais d’atteindre le plafond à l’aide d’une projection sur verre. Telle une écriture jouée infiniment sur un bout de papier de la taille de cette salle de passage : de l’univers clos au monde infini. Michela Sacchetto

Avec des extraits et des citations de : Alessandro © Rozafa Elshan

Baricco, Châteaux de la colère, Albin Michel, 1995 ; Italo Calvino, « Légèreté » dans Leçons américaines, Gallimard, 2017 ; Don Delillo, Point Oméga, Actes Sud, 2010 ; Émilie Hache (ed.), De l’Univers clos au monde infini, Éditions Dehors, 2014, Chris Marker, Le Tombeau d’Alexandre, 1992 ; échanges avec Rozafa Elshan ; marque page trouvé par Rozafa Elshan ; Virginia Woolf, Solid Objects, dans A Haunted House and Other Short Stories, Adelaide, 2009.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

DISPLAY01

CNA

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E MARIE SOMMER

C OM M I S SAI R E S MARLÈNE KREINS ET MICHÈLE WALERICH

MARIE SOMMER : L’ Œ I L E T L A G L A C E « L’Œil et la Glace » poursuit une recherche sur les lieux-archives de la guerre froide que Marie Sommer a amorcée en 2018 à la Stasi à Berlin. L’installation explore cette fois les vestiges de la DEW Line (Distant Early Warning Line), un système de défense mis en place dans le nord du Canada pour détecter toute éventuelle invasion de l’Amérique du Nord par les Soviétiques. Cette ligne de radar et de communication à longue portée trace une frontière magnétique sur l’ensemble du territoire arctique d’ouest en est.

géopolitiques déterminants de la guerre froide : la détection à distance (l’œil) et la conquête du Nord (la glace). Le film a été tourné aux environs de Tuktoyaktuk à quelques centaines de kilomètres de la station du nom de code BAR-3, située à une latitude de 69° 26’

60

Sur les nombreuses stations construites entre 1954 et

35” nord et une longitude de 132° 59’ 55” ouest. Ne

1956, la très grande majorité a été abandonnée, mais

pouvant accéder au site en raison d’une fonte pré-

sans avoir été démantelée. Dégradés par les effets du

maturée de la glace, Marie Sommer dirige sa caméra

temps, ces lieux constituent en soi une archive, dont

vers cette nature en transition et capte les effets de ce

l’historicité est circonscrite à l’intérieur d’un conflit

changement climatique sur l’environnement. Tourné

qui s’est joué à l’abri des regards.

en 16mm, le film n’est ni documentaire ni narratif. Il

L’installation se compose de trois parties : un film

est au contraire abstrait et affiche sa propre matéria-

projeté sur deux écrans, des photographies tirées

lité analogique : le montage des courtes séquences

de fonds d’archives canadiens et états-uniens

alterne entre des paysages et des prises de vue rappro-

imprimées avec les données cartographiques de

chées, qui donnent à voir la texture singulière de la

tous les sites et une table-objet qui reprend des élé-

glace, et laisse apparaître des entrées de lumière, qui

ments architecturaux des dispositifs de radar. Par

altèrent la pellicule. Le film semble ainsi sur le point

son titre, l’installation fait référence à deux enjeux

de se désagréger de lui-même.


D I S P L A Y 0 1 C N A D U D E L A N G E • M A R I E S O M M E R : L’ Œ I L E T L A G L A C E

Cette dématérialisation accentue la fonte de la glace et fait écho à la dégradation des sites militaires que montrent les images d’archives. La juxtaposition des photographies met en contraste deux temps du conflit : les lieux au moment de leur mise en opération, où se révèle la froideur de leur technologie, et les lieux désaffectés, où les vestiges divulguent la nature particulièrement précaire de leurs architectures. Conçues dans l’urgence de la menace et dans des conditions extrêmes, les stations radars de la Dew Line étaient vouées à l’obsolescence dès leur origine en raison de l’évolution extrêmement rapide des technologies de surveillance durant cette période critique de la guerre froide. Les dispositifs de radar s’imposent majestueusement dans plusieurs photographies, mais leur monumentalité a quelque chose de fantomatique, comme si le futur qu’ils préfiguraient s’était figé dans le passé. Dans cette atmosphère rétro-futuriste, que la comparaison des photographies laisse apparaître, on décèle encore l’idée du progrès malgré la désuétude qui y règne. Ces lieux-archives attesteraient ainsi d’une nouvelle temporalité que la Marie Sommer, 2021, photogramme extrait du film l’Œil et la Glace, double projection 16mm, environ 5’.

guerre froide introduit et que « L’Œil et la Glace » interroge : un temps anté-numérique, où se joue la transition entre une technologie de surveillance analogique, qui requiert la présence humaine, et une technologie numérique entièrement informatisée et opérationnelle à distance. Montrer la désuétude de ces architectures de la guerre froide, comme le fait « L’Œil et la Glace », ne vise pas à parler de la fin d’un conflit, mais à montrer l’obsolescence programmée dont ils sont les témoins matériels. Marie Fraser

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

© Eline Benjaminsen, 2021, Vampire Squid. An exploitative or monopolising entity. Often equated to Goldman Sachs post 2008. First appeared in 19th century newspaper illustration.

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P O M H O U S E & WA AS S E RT U E R M • C O L L A P S E D M Y T H O LO G I E S

POMHOUSE

CNA

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E ELINE BENJAMINSEN

C O M M I S SAI R E DANIELA DEL FABBRO

COLLAPSED MYTHOLOGIES : UNE ANNEXE AU LEXIQUE GÉO-FINANCIER ELINE BENJAMINSEN, 2021

On dit souvent que le jargon financier est délibérément obscur ; en contrefaisant la complexité, il égare l’opinion publique. En parcourant le dictionnaire des termes financiers du Financial Times, Sami Hammana a découvert qu’une grande partie du vocabulaire employé par “Collapsed Mythologies. An annex to the Geofinan-

les chroniqueurs financiers de ce quotidien se réfère au monde naturel.

cial Lexicon”. L’objectif de ce projet, créé durant sa résidence artistique au Centre national de l’audiovisuel au Luxembourg, est de formuler des plaidoyers visuels pour illustrer ces fictions financières et les

« S’il existe une telle convergence » entre la nature et

dégager de leur opacité tout en examinant leurs

le marché, soutient-il, « alors la violence du capita-

étymologies et leurs mythologies. En tant que ber-

lisme et la dégradation de l’environnement sont non

ceau mondial de la gigantesque industrie des fonds

seulement inséparables, mais suivent des logiques

d’investissement, le grand-duché de Luxembourg

similaires, sinon identiques, dans la définition de

a récemment créé un centre d’innovation dans le

stratégies d’émancipation. » (Hammana, The Geofi-

secteur des marchés verts et de la finance durable –

nancial Lexicon, 2018)

un cadre idéal pour cette recherche.

Follement inspirée par des termes tels que « esprits

Entre la signification de ces termes (comme les

animaux », « dead cat bounce », « ordres Iceberg »,

interactions financières habituellement évoquées

« jour des quatre sorcières » et « vampire des abys-

par des emprunts dérivés de l’écologie) et le monde

ses », Benjaminsen a décidé de mettre en images

naturel désigné par ces termes, gisent de riches

ces bizarreries viscérales dans son dernier travail

récits mythologiques.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

WAASSERTUERM

CNA

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E S FRAUKE HUBER & UWE H. MARTIN

C O M M I S SAI R E DANIELA DEL FABBRO

LANDRUSH : VENTURES INTO G L O B A L AG R I C U LT U R E FRAUKE HUBER & UWE H. MARTIN

“LandRush - Ventures into global agriculture” est une exploration artistique de l’impact social et environnemental de l’agriculture à travers le monde. L’agriculture accélère le dérèglement climatique, l’extinction, l’érosion et la raréfaction des ressources en eau. Elle monopolise environ 40% des terres émergées et plus de 70% de l’eau douce de la planète, asséchant les lits des rivières et tarissant les nappes phréatiques.

sols par épuisement, alors qu’au même moment les récoltes seront de plus en plus mauvaises en raison du dérèglement climatique. Les fertilisants déversés par les activités agricoles industrielles détraquent les écosystèmes des cours d’eau et des zones côtières, tandis que la déforestation et la transformation

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En raison de la surexploitation des sols et de l’in-

des prairies en terres cultivables causent l’érosion

tensification rapide du réchauffement climatique,

des sols et l’appauvrissement de la biodiversité. La

la désertification est une des plus lourdes menaces

nature décline globalement à un rythme sans pré-

pesant sur la vie sur terre. Tous les jours, à chaque

cédent dans l’histoire de l’humanité ; l’agriculture et

minute, l’avancée du désert détruit 23 hectares de

les changements dans l’utilisation des sols en sont

terres arables, tandis que la dégradation des sols

les principaux responsables et contribuent par ail-

réduit de 23% la productivité de l’ensemble de la sur-

leurs à l’émission d’un quart environ des gaz à effet

face terrestre mondiale.

de serre qui aggravent le dérèglement climatique.

La population mondiale devrait frôler les dix mil-

Plus que toute autre, l’agriculture est l’activité par

liards d’habitants d’ici 2048. L’évolution des régimes

laquelle l’espèce humaine transforme la planète,

alimentaires, plus riches en viande et en poisson, se

pourtant la plupart des gens ne mesurent pas

traduira par une demande accrue en nourriture avec

à quel point nos systèmes alimentaires sont fragiles

le risque d’une dégradation encore plus rapide des

en réalité.


P O M H O U S E & W A A S S E R T U E R M • L A N D R U S H : V E N T U R E S I N T O G L O B A L A G R I C U LT U R E

Frauke Huber et Uwe H. Martin documentent

dégrade les écosystèmes. De plus, le coton stimule

les conséquences sociales et environnementales

l’industrialisation mondiale de l’agriculture.

de l’agriculture mondiale depuis 2007. En adop-

Landrush (2011 – en cours) analyse l’impact des

tant une démarche de journalisme lent, ils nouent

investissements agricoles à grande échelle sur les

d’étroites relations sur place avec des agriculteurs,

économies rurales et les droits fonciers, l’essor des

des éleveurs, des pêcheurs et interviewent des

carburants renouvelables, la réaffectation des terres

responsables politiques, des activistes et des scien-

et l’avenir de l’agriculture à travers le monde, tout en

tifiques. Leurs projets se développent de manière

documentant l’accaparement néo-colonial des terres

organique, chapitre par chapitre, suivant un cycle

en Éthiopie, les méga compagnies industrielles au

constant de recherche, production et présentation.

Brésil, les fermes familiales florissantes grâce à la

Cette approche ouverte permet à leur travail de

production d’éthanol dans l’Iowa, et l’agriculture

faire surface au sein de contextes toujours nou-

biologique ainsi que les politiques d’aménagement

veaux, en jetant progressivement des ponts entre

du territoire en Allemagne orientale – parmi bien

publications dans des revues, films documentaires,

d’autres phénomènes.

Web-documentaires

applications

Dry West (2014 - en cours) documente la société

interactives jusqu’aux mises en espace dans des ins-

hydroélectrique et les paysages façonnés par

titutions culturelles.

l’homme de l’ouest américain, où les rivières coulent

White Gold (2007-2012) examine les effets sociaux

dans des berges en béton, à travers les montagnes et

et écologiques de la production mondiale de coton.

le désert, tout en rapportant de l’argent. Ce système,

Le coton entre dans la fabrication de nos vêtements,

qui a fait fleurir le désert et grandir des villes, est de

des billets de banques, des aliments pour animaux,

plus en plus déséquilibré. La région réclame plus

du dentifrice et des pellicules cinématographiques.

d’eau que ne peut en fournir la nature. Plus de 80%

Le commerce du coton a toujours été des plus

de l’eau est engloutie par un système agricole qui

inéquitables et sa réputation de produit naturel

a métamorphosé la moisson en opération minière ;

n’est rien de plus qu’une illusion. Le coton détruit

au lieu du cuivre, de l’or ou du pétrole, il extrait de

des régions entières par ses besoins excessifs en eau,

l’eau fortement subventionnée.

linéaires

et

© Uwe H. Martin

emploie plus de pesticides que d’autres cultures et

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“The Family of Man”, Château de Clervaux, 2021 © CNA / Girtgen Romain

Edward Steichen, Self-Portrait with Camera, c.1917 © 2021 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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THE STEICHEN COLLECTIONS CNA • COLLECTIONS PERMANENTES

THE STEICHEN COLLECTIONS

CNA

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

CO N S E RVAT R I CE ANKE REITZ

COLLECTIONS PERMANENTES Les “Steichen Collections” au Grand-Duché de Luxembourg rassemblent le patrimoine lié à Edward J. Steichen (1879-1973). La longue carrière de cet artiste américain mondialement connu et d’origine luxembourgeoise a surtout été marquée par la photographie : d’une part, il travaille en tant que photographe prolifique, de l’autre comme directeur au département photographie du Museum of Modern Art (MoMA) à New York, où son travail de commissariat d’exposition a trouvé une résonance internationale.

international et sa réception enthousiaste et controversée à la fois. L’exposition est pensée comme un panorama humaniste visant à tisser des liens entre les peuples via le pouvoir de communication de

Plusieurs collections témoignent de son tra-

l’image. Steichen saisit l’esprit du temps et dessine

vail créateur au Luxembourg : celles du Musée

une image rassurante, incluant tensions et espoirs,

national d’histoire et d’art (MNHA), de la ville de

sur le fond du contexte historique agité de la guerre

Luxembourg et du Centre national de l’audiovi-

froide.

suel (CNA). Le fonds des Steichen Collections du

503 images de 273 auteurs de 68 pays sont ici sélec-

CNA comprend les deux expositions embléma-

tionnées pour composer un manifeste pour la paix

tiques The Family of Man (1955) et The Bitter Years

et l’égalité fondamentale des hommes. Les images

(1962) que Steichen crée en tant que curateur au

d’auteurs tels que Robert Capa, Henri Cartier-Bres-

MoMA. Elles forment aujourd’hui deux ensembles

son, Dorothea Lange, Robert Doisneau, August

iconiques de la photographie humaniste et docu-

Sander, Ansel Adams, … y sont mises en scène d’une

mentaire du XXème siècle.

manière moderniste et spectaculaire. Après une itinérance internationale et décennale,

T H E F A M I LY O F M A N

la collection est léguée au Grand-Duché de Luxem-

MÉMOIRE DU MONDE

bourg dans les années 1960. Entrées dans les archives

D E L’ U N E S C O

du CNA au moment de sa création en 1989, les pho-

( C H ÂT E A U D E C L E R VA U X )

tographies originales y sont restaurées et préparées à l’exposition permanente au Château de Clervaux

En 1955, Edward Steichen conçoit The Family of Man

– lieu choisi par Steichen lui-même. Aujourd’hui, la

pour le 25ème anniversaire du Museum of Modern

collection fait partie de la Mémoire du Monde de

Art (MoMA) de New York. Une exposition qui atti-

l’UNESCO et est présentée selon une interprétation

rera le monde au musée et qui entrera dans l’histoire

contemporaine au respect de son histoire.

de la photographie, par son ambition, son succès

www.steichencollections.lu 67


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Yvon Lambert, Derniers Feux, Rigole basculante // Arbed, Esch-Belval, Haut-fourneau B, 1997

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A R C H I V E S N AT I O N A L E S D E L U X E M B O U R G • É TAT D E S L I E U X

ARCHIVES NATIONALES

DE LUXEMBOURG

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E YVON LAMBERT

DERNIERS FEUX L’extinction du dernier haut fourneau de l’usine sidérurgique d’Esch/Belval, un quartier d’Esch-sur-Alzette, marque la fin d’une époque importante dans l’histoire industrielle du Luxembourg. Avec sa série de photographies Derniers

Selon Roland Barthes « dans la Photographie, je ne

Feux, véritable monument à la mémoire du monde disparu

puis jamais nier que la chose a été là. Il y a double

des hauts fourneaux et usines sidérurgiques du Grand-

il a été absolument, irrécusablement présent, et

Duché, Yvon Lambert préserve de l’oubli cette partie de notre histoire.

position conjointe : de réalité et de passé. Ça-a-été ; cependant déjà différé ». Cette conception de la Photographie s’applique particulièrement à l’œuvre d’Yvon Lambert, sa pratique de la photographie argentique fondée sur des processus photochimiques qui transposent les traces lumineuses et temporelles

L’alliance entre l’homme, le feu et le fer est ancienne.

d’une réalité manifeste. De là, ce réalisme mélanco-

Si les premiers fours de fusion furent construits il

lique et poignant propre aux tirages d’Y. Lambert,

y a 3000 ans, le feu et le fer restent, aujourd’hui,

malgré la grande diversité des sujets et des lieux

des éléments essentiels, des éléments qui n’ont

qu’ils nous donnent à voir. Dans sa série Derniers

rien perdu de leur force symbolique. La fascination

Feux, cette réalité est celle du monde désormais his-

qu’inspirent ces éléments et leur transformation

torique de la sidérurgie, du travail des hommes, des

reste entière. Celui qui a eu l’occasion de visiter

infrastructures techniques et de l’atmosphère qui le

une usine sidérurgique ne peut ignorer l’aura de ces

caractérisent. En procédant ainsi, ses images vont

anciennes cathédrales industrielles.

bien au-delà d’un intérêt documentaire.

69


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Yvon Lambert, Derniers Feux, Rigole basculante / Arbed, Esch-Belval, Haut-fourneau B, 1997

« Un œil du photographe, grand ouvert, regarde à travers le viseur, l’autre, fermé, regarde à l’intérieur de sa propre âme », Henri Cartier-Bresson définit ainsi le caractère duel du regard du photographe à la fois extérieur et intérieur. Cette même démarche se retrouve chez Y. Lambert dans l’art d’aborder le sujet. Comme le démontrent ses autres séries photographiques, il est un observateur extrêmement fin et précis. Cependant, c’est par sa capacité à saisir des atmosphères et des ambiances, par son intérêt pour les gens, son empathie et sa curiosité intellectuelle qu’il va au-delà des images toutes faites pour rendre visible ce qui à première vue ne l’est pas. Dans ces photographies le spectateur reste parfois en arrêt devant la menace de gerbes d’étincelles. Force, dynamisme, concentration extrême sont nécessaires dans ces hauts et obscurs espaces qui ressemblent à de sombres cathédrales et dans lesquelles les hommes paraissent petits et perdus dans leur harassant travail quotidien. Eva-Maria Reuther

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A R C H I V E S N AT I O N A L E S D E L U X E M B O U R G • É TAT D E S L I E U X

CE TÉMOIGNAGE D’UNE ANCIENNE CULTURE INDUSTRIELLE EST AUSSI UN HOMMAGE À LA VIE ET AU TRAVAIL DES HOMMES QUI EN FURENT LES ACTEURS.

Yvon Lambert, Derniers Feux, Plancher de coulée / Arbed, Esch-Belval, Haut-fourneau B, 1997

71


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Luxembourg: 9717 Pfaffenthal, du jardin Pescatore

Luxembourg: 9723 Luxembourg du parc Mansfeld

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B I B L I O T H È Q U E N A T I O N A L E D U L U X E M B O U R G • V U E S D U L U X E M B O U R G E T D E « L’ O R I E N T »

ART I ST E FRANCIS FRITH

CO M M I S SAI R E BN L ( N A DI N E A BE L-E S S L I NG E N )

VUES DU LUXEMBOURG E T D E « L’ O R I E N T » FRANCIS FRITH, LE REGARD D’UN PHOTOGRAPHE D E L’ É P O Q U E V I C T O R I E N N E

Francis Frith (1822-1898) acquiert une énorme renommée en Grande-Bretagne durant la seconde moitié du 19e siècle,

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

DU LUXEMBOURG

SEE INSERT FOR

grâce aux photos ramenées de ses trois voyages en Orient entre 1856 et 1860. L’égyptomanie submerge la société victorienne, les fouilles archéologiques suscitent un grand intérêt et, en 1854, le public afflue pour voir l’Egyptian Court au Crystal Palace à Sydenham.

religieuse à la suite d’une dépression aux alentours de dix-neuf ans. Sa foi est alors devenue l’un des fondements de sa vie. Durant cette époque de mal-être, il voyage avec ses parents au Nord de l’Angleterre dans

Frith est un homme au tempérament passionné,

le Yorkshire, au Pays de Galles et en Écosse. Il décide

très religieux, érudit malgré le fait qu’il ait arrêté sa

ensuite de se lancer dans le commerce alimentaire

scolarité à l’âge de seize ans. Il relate dans son auto-

de gros avec un associé à Liverpool, qui est à cette

biographie que durant ses années d’apprentissage

époque une ville maritime en plein essor. Lorsqu’il

à Sheffield, il s’est plongé dans les écrits métaphy-

vend son commerce à trente-quatre ans, il a amassé

siques de John Locke, Dugald Stewart et Adam Smith.

une telle fortune qu’il peut vivre de ses rentes. C’est

Il aime aussi lire de la poésie, des récits de voyages et

à Liverpool qu’on trouve la trace de son intérêt pour

des biographies . La famille Frith fait partie du mou-

la photographie, il est un des membres fondateurs

vement des quakers et Francis a une illumination

de la Liverpool Photographic Society créée en 1853[II].

[I]

Douglas R. Nickel Francis Frith in Egypt and Palestine: a Victorian photographer abroad. Princeton : Princeton Univ. Press, 2004, notes p. 184 : extrait de Francis Frith

[I]

A true story of my life: a biographical, metaphysical, and religious history by Francis Frith (1884): un manuscrit non publié, qui est dans la famille de Frith et que son biographe principal Douglas R. Nickel a pu consulter et dont il cite de nombreux extraits [II]

Ibid., p. 29

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Celle-ci a sa propre revue, le Liverpool Photographic Journal, qui mentionne en 1856 que Frith a participé à l’exposition de la London Photographic Society et que « les meilleurs portraits sont ceux de notre membre, Mr. Frith, un amateur ».[III] Cette exposition présente quatorze photos de Frith, dont deux portraits et des photos de paysages du Pays de Galles, dont des vues stéréoscopiques, vendues par la société d’instruments d’optique Negretti and Zambra. Frith travaille avec le procédé au collodion humide, qui produit les négatifs les plus fiables et nets. Ce procédé au collodion humide sur verre inventé par l’anglais F. Scott Archer et rendu publique en 1851 s’avère difficile à maîtriser, d’une part « à cause de la fragilité du support verre, mais aussi parce que l’humidité de l’émulsion doit être maintenue de la prise de vue au fixage du négatif. Les opérateurs, en voyage surtout, devaient agir rapidement et développer sur-le-champ. »[IV] Notons aussi que Frith signe déjà ses négatifs en gravant son nom dans l’émulsion au collodion, pour contrecarrer le piratage[V]. Frith, qui déménage à Reigate après avoir vendu son affaire, se sent pourtant désœuvré. C’est alors qu’il décide de voyager: “ The very best thing that a young Egypt: Plate LXXXII : Colossal statue of Rameses, Abou Simbel, stereoscopic view

man of means and leisure can do, if he has not yet found another destiny.”[VI] C’est dans l’état d’esprit du Grand Tour en Orient, effectué par l’aristocratie ou la bourgeoisie aisée, qu’il se lance dans l’aventure égyp-

(200x250mm), un appareil à plaque mammouth (400 x 500 mm) et un petit

tienne.

appareil stéréoscopique[VIII]. Wenham dit dans ses mémoires que c’était les

En compagnie de son ami Francis Herbert Wenham,

débuts du procédé du collodion humide et qu’ils n’étaient pas optimistes

un ingénieur en optique et mécanique, il part en

quant au résultat, car ils étaient les premiers à tenter l’expérience dans

Égypte de septembre 1856 jusqu’en juillet de l’année

des « pays chauds »[IX].

suivante. Les deux compagnons se complètent par

Wenham étant le consultant optique de Zegretti and Zambra, cette firme

leur inventivité, Wenham avec un bateau à vapeur de

publie les premières vues stéréoscopiques en 1857, que Frith leur envoie

sa création qu’il amène en Égypte et Frith avec son

d’Égypte.[X] À leur retour, ils restent trois mois en Angleterre, le temps de se

chariot de travail couvert, en osier, utilisé comme

refournir en matériel pour repartir pour six mois, cette fois jusqu’en Pales-

chambre noire sur roues et occasionnellement

tine, via l’Égypte, de novembre 1857 à mai 1858. Ils se rendent à Jaffa par la

comme chambre à coucher. Les égyptiens spéculent

mer, puis ils vont à Jérusalem, Hebron, la mer morte, Nazareth, Damas, Baal-

qu’il transporte son harem dans son chariot, ce qui

bek et Beyrouth[XI].

lui vaut beaucoup de respect.[VII] Lors de ce premier

Après ce voyage, Frith est déjà une célébrité, il donne des conférences, expose

voyage, Frith remonte la Vallée du Nil jusqu’à Abou

ses tirages grands formats et supervise la publication de son premier ouvrage.

Simbel. Il a emporté trois appareils photographiques

C’est l’éditeur James S. Virtue qui publie Egypt and Palestine en deux volumes

de différents formats, un appareil à plaque standard

avec 76 photos, distribuées par souscription en 25 fascicules avec un tirage de

Ibid., p. 44 et p. 189 Liverpool Photographic Journal 3, no.27 (8 mars 1856)

[III] [IV]

François Brunet La naissance de l’idée de photographie. Paris : PUF, 2000 : p. 222

[V]

Douglas R. Nickel Francis Frith in Egypt and Palestine, p. 45

[VI]

Ibid. p. 29 extrait de: Francis Frith A true story of my life

[VII]

Ibid. p. 47 extrait de: Francis Frith Egypt and Palestine, vol. 2. London : James Virtue, 1858-60

[VIII]

John Hannavy (ed.) Encyclopedia of nineteenth century photography. New York : Routledge, 2008, p. 558

[IX]

Ibid. p. 48 extrait de : Francis Wenham A photographic tour: past and present (British journal of photography 45, no. 1997 (12 Aug. 1898)

[X]

Colin Osman Egypt caught in time. Reading : Garnet, 1997, p. 35

[XI]

Douglas R. Nickel Francis Frith in Egypt and Palestine, p. 29

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B I B L I O T H È Q U E N A T I O N A L E D U L U X E M B O U R G • V U E S D U L U X E M B O U R G E T D E « L’ O R I E N T »

tographique à Reigate, sous le nom de F. Frith & Co. Il publie son travail et celui d’autres photographes. Devinant l’essor du tourisme naissant, il s’emploie à photographier chaque ville, village et site en Grande-Bretagne. Il est assisté par d’autres photographes, qu’il forme au style photographique distinctif de la maison. Il élabore cette idée de génie en commissionnant des photographes pour aller aux quatre coins du globe. En Orient, un de ces photographes est Frank Mason Good (1839-1928), dont on retrouve des photos dans l’album du Luxembourgeois Tony Dutreux, qui effectue un voyage en Orient en 1867. Mason Good est commissionné par Frith entre 1866 et 1867 et certaines photos présentes dans l’album de Dutreux sont dans le catalogue Frith’s Photo-pictures, The Universal series (Sinai & Palestine). Elles étaient publiées sous le nom de Frith dans son livre F. Frith’s photo-pictures from the Lands of the Bible. Illustrated by scripture words. Au Luxembourg, « un anglais du nom de Simpson, qui travaille pour […] Francis Frith, prend onze vues de la capitale. […] On retrouve ces vues collées dans des livres illustrés mis en vente sous le titre Frith’s photographs, sans mention du nom de l’auteur des clichés. L’imprimeur-libraire luxembourgeois Pierre Bruck, les acquiert à son tour pour les vendre ensuite [soit] à l’unité, montées ou non sur carton Bristol, sous 3 formats différents […], 2000 exemplaires

, en 1858 et en 1859. À cette période germe en Frith l’idée

[soit] réunies dans un album, toujours sans indica-

que l’illustration photographique de livres sera le futur de l’imprimerie et il

tion du nom du photographe.»[XVI] Julia Skinner de la

s’associe à un marchand d’images londonien pour créer la firme Frith and

Francis Frith Collection pense que Simpson est soit

Hayward.

un photographe employé par la F. Frith & Co., soit

[XII]

[XIII]

En 1859, Frith entreprend son dernier voyage en Orient, qu’il considère

un photographe indépendant et que la F. Frith & Co.

comme « une prouesse, et peut-être une folie »

. Il va plus loin que n’im-

achète les droits pour publier et distribuer ces photos

porte quel photographe avant lui, presque jusqu’à la troisième cataracte et

ou que la F. Frith & Co. le commissionne spéciale-

atteint Soleb en Nubie. Ce périple est très éprouvant, il parcourt des kilo-

ment pour prendre ces photos pour leur compte.

mètres à dos de chameau. Il relate dans une lettre à la London Photographic

La Bibliothèque nationale du Luxembourg présente

Society du 7 août 1859: «[W]e were devoured by thousands of sandflies ; the

dans son exposition les photos du Luxembourg

water was bad, and the great heat. I worked hard, and took some fine pic-

extraites des deux albums qu’elle possède,[XVII] ainsi

tures… I imagine the temperature in my little tent could not be less than

que les photos orientales de Francis Frith tirées du

130° Fahrenheit; the developing solution was quite hot»

. Il re-photogra-

livre Egypt, Nubia, and Ethiopia / illustrated by one

phie certains sites notamment à cause de nouvelles excavations entreprises

hundred stereoscopic photographs, taken by Francis

depuis sa dernière visite et ajoute d’autres vues.

Frith.[XVIII]

[XIV]

[XV]

À son retour de voyage, il relocalise sa société d’impression et d’édition pho-

[XII]

Jean Vercoutter L’Égypte à la chambre noire: Francis Frith, photographe de l’Égypte retrouvée. Paris : Gallimard, 2002, p. 9

[XIII]

Nickel p. 78

Nadine Abel Esslingen

[XIV]

Nickel cite Francis Frith A true story of my life p. 59

[XV]

Nickel p. 59 Report of the collodion committee, ”Supplement to the photographic News”, no. 75 (10 Feb. 1860)

[XVI]

Edmond Thill et al. Charles Bernhoeft photographe de la Belle époque. Luxembourg : Musée national d’histoire et d’art, 2014, p. 81. « La Luxemburger Zeitung du 26 mai 1880, le signale dans ses colonnes p.2 »

[XVII]

[Francis Frith] Souvenir de Luxembourg Luxembourg : Pierre Bruck, [ca. 1880] : contient onze photos (17 x 11 cm) numérotées de 9715-9726, datées c.1877 dans les registres tenus à la Francis Frith collection [Francis Frith] Luxembourg Luxembourg : Pierre Bruck, [ca. 1880] : contient vingt photos (26 x 15 cm), par Frith numérotées comme suit: 9715-9720 ; 9722-9725 ; 11556-11560 ; 11562-11563 ; [s. n.: „Portail de la Cathédrale”] ; 11568 [renversé] ; 11571. Contient les 10 photos du 1er album, ainsi que d’autres vues, datées c.1879 dans la Francis Frith collection.

[XVIII]

Francis Frith Egypt, Nubia, and Ethiopia / illustrated by one hundred stereoscopic photographs, taken by Francis Frith for Messrs. Negretti and Zambra ; with descriptions and numerous wood engravings by Joseph Bonomi ; and notes by Samuel Sharpe. London : Smith, Elder and Co., 1862

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Tito Mouraz, untitled, project Fluvial, 2018

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I N S T I T U T O C A M Õ E S , C E N T R E C U LT U R E L P O R T U G A I S • T I T O M O U R A Z : F L U V I A L

INSTITUTO CAMÕES

CENTRE CULTUREL PORTUGAIS

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E TITO MOURAZ

TITO MOURAZ : FLUVIAL Deux épidémies photographiques plus ou moins inoffensives affectent respectivement les photographes de la nature et les photographes du territoire. L’un d’eux est, pour reprendre les termes de Lewis Baltz, l’« esthétique de la carte postale » ; le second, le regard anesthésié par l’ironie.

réinventer un paysage victime de conventions ? etc.

Bien que s’intéressant à la nature et se consacrant, il est vrai,

La solution trouvée par Tito Mouraz semble avoir

à un territoire délimité spécifique (les plages et les villages

ode au loisir - basée sur des gestes théâtraux et un

de l’intérieur nord et du centre du Portugal), Tito Mouraz est à l’abri des deux.

été la construction d’une ambiance de fiction - une regard qui abandonne le familier, à travers lesquels il conserve, pour ainsi dire presque paradoxalement, un sentiment d’appartenance intime et une empathie décomplexée. La série Fluvial tisse également une analogie

Photographiées entre 2011 et 2018, ces scènes fluviales

entre l’érosion et la vision, basée sur des analogies

révèlent une réflexion assez longue et patiente sur

visuelles entre les corps humains et d’autres corps

les manières décentes, sophistiquées et pertinentes

organiques et inorganiques. Tout comme les cou-

de traiter photographiquement une géographie

rants déforment les troncs d’arbres et façonnent

tombée visuellement dans la banalité. Il n’est pas

des blocs minéraux, qui émergent dans ces images

sans intérêt de se souvenir que c’est aussi de sa géo-

presque comme des sculptures de land art, la rela-

graphie personnelle qu’il s’agit qui est à l’origine de

tion de longue date avec un territoire a, dans cette

ce questionnement et des difficultés additionnelles

œuvre de Tito Mouraz, une fonction purifiante et

- photographiques mais pas exclusivement – à savoir

révélatrice, conduisant à voir ces figures humaines

comment traiter ses propres origines sans indul-

avant tout autre aspect, comme des formes analo-

gence mais aussi sans dureté excessive ? Comment

gues à celles-ci.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Tito Mouraz, untitled, project Fluvial, 2013

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Ce geste a un double effet. D’une part, il signale avec

à proprement parler où l’image réfléchie des corps

élégance les liens telluriques - ou, à proprement par-

immergés apparaît comme une métaphore où se

ler, fluviaux - entre certains corps et certains lieux.

diluent les formes habituelles du vacancier. Puis,

Mutatis mutandis, il nous met au défi, de manière

dans certains des portraits, la combinaison magis-

quelque peu provocante, en revanche, d’envisa-

trale du flash avec l’utilisation de grandes ouvertures,

ger dans une perspective presque inconcevable les

une combinaison qui ne produit pas tout à fait des

individus humains comme des œuvres de land art,

photographies de paysage mais plutôt des photo-

comme de simples formes naturelles. Figures aléa-

graphies d’images du paysage, comme des scénarios

toires d’une étude continue des formes, de la lumière

ouverts suivant lesquels se mettent en évidence des

et de la couleur, dans la géographie intime qui carac-

corps d’homme et où le photographe s’approprie la

térise l’œuvre de l’auteur au cours de la dernière

nature comme s’il s’agissait d’un grand studio privé.

décennie, le rôle de ces personnes n’est pas très dif-

Et enfin la manière dont - grâce à une utilisation

férent de celui des modèles en peinture, sauf qu’ils

affirmée de la lumière discontinue - les corps sont

se déplacent librement. Difficulté résolue ici par des

accentués dans des jeux d’ombre et de lumière et

principes de travail explicites, autour desquels est

où les référents ne se trouvent peut-être pas dans la

déclarée - intentionnellement ou non - l’inséparabi-

tradition photographique mais plutôt dans l’histoire

lité entre l’expertise technique et la pudeur envers

de la peinture, chez des maîtres comme Manet ou

un sujet.

Courbet. Réaliste et pourtant onirique, païen dans

Trois aspects en particulier, parmi d’autres, méritent

sa façon de considérer la nature et recréant l’am-

d’être signalés. Premièrement, le traitement de l’eau

biance d’un dimanche sans fin, Fluvial s’imprime

non seulement comme élément qui permet de flot-

dans la mémoire comme un rêve d’été portugais.

ter ( l’observateur face à l’irréductibilité de la forme

Humberto Brito

humaine), mais aussi comme instrument optique

( traduit du portugais par Pierre Stiwer )


I N S T I T U T O C A M Õ E S , C E N T R E C U LT U R E L P O R T U G A I S • T I T O M O U R A Z : F L U V I A L

LA SÉRIE „FLUVIAL” TISSE UNE ANALOGIE ENTRE L’ÉROSION ET LA VISION, BASÉE SUR DES ANALOGIES VISUELLES ENTRE LES CORPS HUMAINS ET D’AUTRES CORPS ORGANIQUES ET INORGANIQUES.

Tito Mouraz, untitled, project Fluvial, 2012

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Daniel Reuter, Sans titre (#36 de la série History of the Visit), 2013

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GALERIE NOSBAUM REDING • DANIEL REUTER: OVERSEES

GALERIE

NOSBAUM REDING

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E DANIEL REUTER

DANIEL REUTER : OVERSEES Les sujets photographiques sont généralement un élément de distraction. Si l’indexicalité de la photographie est son plus grand atout, elle lui permet également d’induire en erreur le spectateur en l’ entraînant vers des impasses sémantiques. Or, sujet et sens, bien que souvent distincts, sont la plupart du temps intimement liés. Ils nous donnent

de discrétion, ces images sombres et faiblement contrastées nous font traverser le paysage islandais, tout en évitant les vues spectaculaires et les

accès à l’image, tout en pointant vers un champ qui lui est extérieur, vers une possible évasion.

attractions touristiques. Branches cassées, hangars verrouillés, rochers et champs recouverts de mousse – tout est vu à travers un regard à la fois inquisiteur et distancié. Ces images de lichens, de roches et de

History of the Visit de Daniel Reuter semble docu-

prairies balayées par le vent rappellent le travail de

menter une visite en Islande, mais les apparences

Paul Caponigro et des photographes naturalistes,

sont trompeuses. Déployant un langage formel

tout en jouant sur un registre plus mélancolique,

rigoureux et concis, c’est un voyage vers l’inté-

voire sinistre. Si Minor White abandonnait les

rieur - une œuvre atmosphérique, empreinte d’une

enseignements de Gurdjieff et se mettait à écouter

forte tension psychologique qui finit par hanter le

Sunn O))) et Brian Eno, c’est probablement à cela

spectateur. Marquées par une forme de retenue et

que son travail ressemblerait.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Daniel Reuter, #1004336 (de la série Beachhead), 2017

Daniel Reuter, #1004451 (de la série Beachhead), 2017

Bien que détachées et d’apparence minimaliste, les images de Daniel Reuter, par leurs tons sombres et leurs sujets évoquant l’obscurcissement – portes fermées, cordes, parois rocheuses imposantes et

saient pas de nous montrer une version définitive du

broussailles infranchissables – renvoient à une inté-

pays - à supposer que cela soit possible. Mais comme

riorité insaisissable, hors de notre portée.

Roni Horn, qui a également choisi l’Islande pour

Au touriste occasionnel, il n’est guère donné de

explorer un territoire avant tout psychologique,

porter un regard plus approfondi sur le pays qu’il

Daniel Reuter sonde les profondeurs en portant son

découvre. Au mieux, il écume la surface, glanant ici

regard à la fois vers l’extérieur et l’intérieur. Notre

et là des impressions plus significatives. Les images

séjour en Islande au côté de l’artiste est certes court,

de Daniel Reuter semblent ainsi à première vue se

mais qui a dit qu’une visite devait durer pour affecter

contenter d’une vision limitée de l’Islande et n’es-

profondément celui qui l’effectue ? Adam Bell

( “History of the Visit” : version légèrement amendée d’un texte initialement publié dans “Paper Journal”, 27 mars 2014 ) L’exposition “Oversees” de Daniel Reuter chez Nosbaum Reding combine et recontextualise pour la première fois des œuvres des séries “History of the Visit” (2013) et “Beachhead” (2018) ainsi que des œuvres récentes liées aux voyages de l’artiste au Chili.

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GALERIE NOSBAUM REDING • DANIEL REUTER: OVERSEES

BIEN QUE DÉTACHÉES ET D’APPARENCE MINIMALISTE, LES IMAGES DE DANIEL REUTER, PAR LEURS TONS SOMBRES ET LEURS SUJETS ÉVOQUANT L’OBSCURCISSEMENT (... ) RENVOIENT À UNE INTÉRIORITÉ INSAISISSABLE, HORS DE NOTRE PORTÉE.

Daniel Reuter, No Pasar, 2016

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Éric Poitevin, Sans titre, 2018, Ed/5

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FELLNER CONTEMPORARY • ÉRIC POITEVIN

A RT I ST E ÉRIC POITEVIN

ÉRIC POITEVIN Si l’on s’attache au parcours et aux choix de vie d’Éric Poitevin, des clichés sont toujours possibles : l’enracinement lorrain et la campagne meusienne, la méritocratie des

FELLNER

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

CONTEMPORARY

SEE INSERT FOR

Beaux-Arts et la Villa Médicis, l’enseignement à Paris... Mais cette lecture de son parcours éclairerait mal les choix esthétiques et l’oeuvre de ce photographe talentueux, simple, inventif et toujours passionnant.

serre de beaucoup plus près son sujet pour saisir non pas un paysage (sauf au cap Corse) mais plutôt une architecture naturelle, tout ce qu’elle donne à découvrir derrière les entrelacs végétaux : la glaise, les tensions et une violence sourde. Violence

Pour mieux découvrir l’homme de 56 ans, mieux

mise à distance dans des photos de bêtes abattues,

vaut regarder ses photographies, dont certaines,

lors de parties de chasse auxquelles Éric Poitevin,

plus qu’une biographie documentée toujours

pêcheur en étang, ne va pas. Pour lui, pas d’idéo-

à écrire[1], parlent d’une forme d’apaisement et de

logie ancrée dans la vérité d’une terre meusienne

quelques certitudes, assez rares chez un artiste.

qu’il aime pourtant au point d’y vivre au long cours.

Commençons donc par ce qu’il montre de la nature

Mais d’abord une curiosité jamais rassasiée... Voilà

qui l’entoure, faune et flore confondues en gom-

qui n’en fait pas un grand voyageur et « même de

mant les ombres dans une lumière diffuse, un peu

moins en moins ». Il s’agit plutôt de creuser dans

comme le faisait le regretté Thibaut Cuisset. Leurs

son pré, d’approcher sans cesse. D’où cette compli-

oeuvres ne se ressemblent pas. Ici, le photographe

cité affichée avec l’écrivain Jean-Christophe Bailly.

[I]

Hors de la somme qui est consacrée à son parcours de photographe : Éric Poitevin. Photographies 1981/2014, de Mayeur, Éd. Toluca, 432 p.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

« Dans mon travail, j’ai misé sur le long terme. Pendant les années 1980 en photographie, il fallait être dans la répétition. Ça ne m’intéressait pas. D’une certaine façon, mes portraits d’anciens de la guerre 14-18 ont trop bien marché. Très vite, on m’a demandé de répéter le geste... J’ai alors choisi une stratégie de la rupture. J’ai pensé qu’à la fin de chaque travail, il fallait repartir de zéro.» En redistribuant les cartes. « D’où mon corpus assez hétéroclite qui m’a été reproché. Mais aujourd’hui,

à des collectionneurs qui achètent vos photos » et

ces écarts sont devenus comme le ciment de

des activités d’enseignant « vécues beaucoup plus

mon travail. » Il est donc possible de repérer des

comme une initiation qu’une transmission ». Les

ruptures formelles : d’étonnantes photos en cou-

portraits d’Éric Poitevin saisissent les êtres au point

leur d’une fanfare, de paysages en Corse qui l’ont

de les faire parler. Assez statiques, ils livrent dans

« libéré de beaucoup de choses ». « Je suis passé au

les regards et les esquisses de sourire, des rêves, des

grand format et je n’en suis jamais sorti. C’est une

attentes, une histoire. La démonstration était sans

construction. Elle demeure le chemin le plus court

doute plus facile à faire quand les sujets étaient les

entre l’image et vous. Le numérique offre plus de

combattants de 14-18. Plus compliquée peut-être

précision et moins de compréhension. Aujourd’hui,

avec des membres de la Curie romaine (travail à la

peut-être est-on en train de passer d’un oeil de

Villa Médicis). Moins évidente avec ces musiciens

bovin à un oeil de faucon ? De toute manière, il

de Longuyon, ville de Meurthe-et-Moselle où il

me faudra du temps pour passer au numérique. »

a grandi. Pourtant dans ses photographies, l’effet

Éric Poitevin refuse radicalement l’urgence. Com-

de vérité est saisissant, à mille lieues des images

ment vivre de son travail de photographe alors

mensongères ou - et publicitaires. Son travail au

que le soutien public s’érode et celui du privé se

Palais Galliera (« Anatomie d’une collection »)

négocie le plus souvent sous condition ? Ne pas

éloigne du faux glamour pour un étrange voyage

trop croire au mécénat et très rarement aux tra-

ethnologique dans la mode. C’est encore plus vrai

vaux de commande. « Trouver un équilibre grâce

pour ses nus remarquables qui le rapprochent du Patrice Chéreau d’Intimité ou de La Reine Margot. Densité, agilité et puissance des corps. La chair est là, vivante. Ce ne sont pas des natures mortes. Comme sont vivantes les plantes, son nouvel objectif de photographe. L’aventure se continuera aussi dans les Highlands, en Écosse, pour un retour aux paysages. par François Ernenwein

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FELLNER CONTEMPORARY • ÉRIC POITEVIN

[...] DANS SES PHOTOGRAPHIES, L’EFFET DE VÉRITÉ EST SAISISSANT, À MILLE LIEUES DES IMAGES MENSONGÈRES ET / OU PUBLICITAIRES.

Éric Poitevin, Sans titre, 2016, Ed/5

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Sandra Kantanen, Jellyfish #2, 2015, Pigment print on aluminum, framed, 128 x 108 cm, Courtesy of Persons Projects and Valerius Gallery

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VA L E R I U S G A L L E R Y • A P P R I V O I S E R L A N AT U R E

A RT I ST E S SANDRA KANTANEN, JAAKKO KAHILANIEMI, RIITTA PÄIVÄLÄINEN

C O M M I S SAI R E YASEMIN ELCI

APPRIVOISER LA NATURE Les artistes de l’École de Helsinki ont commencé à explorer

VALERIUS

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

GALLERY

SEE INSERT FOR

la nature à peu près au même moment où le chimiste atmosphérique Paul J. Crutzen, lauréat du prix Nobel, a popularisé

ou qui y ont participé. Présentée dans plus d’une

le terme «Anthropocène», terme utilisé aujourd’hui pour

centaine de publications et d’expositions interna-

désigner la période la plus récente de l’histoire de la Terre,

photographiques à avoir un impact durable et qui

où l’activité humaine a commencé à avoir un impact drastique sur l’écosystème.

tionales, elle est aussi un des rares mouvements s’est transformé en une marque internationale dans le monde de l’art. Chacun de ces artistes remet en question les frontières de la photographie par des associations avec d’autres disciplines et par des approches conceptuelles de sujets immatériels

Avec leur première exposition au Luxembourg,

tels que le temps et la mémoire. Les paysages oni-

les artistes de l’école d’Helsinki Sandra Kantanen,

riques de Sandra Kantanen oscillent entre passé et

Jaakko Kahilaniemi et Riitta Päiväläinen engagent

futur, réel et surréalisme, mais aussi entre les diffé-

de nouvelles discussions autour de la relation

rentes manières de voir la nature à l’est ou à l’ouest.

conflictuelle de l’humanité avec la nature à l’époque

Depuis qu’elle a découvert que les montagnes

de l’ Anthropocène, thème qui est cœur du Mois

sacrées qu’elle a étudiées dans la peinture de pay-

européen de la photographie, cette année.

sage chinoise étaient ruinées par les modes de vie

Par École de Helsinki on désigne six générations

«modernes», Kantanen a choisi de recréer «l’image

d’artistes photographes depuis les années 1990 qui

idéalisée», soit en surexposant, en superposant ou

ont été diplômés de l’Université Aalto de Helsinki

en déformant numériquement les images.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Son travail photographique montre le passage du temps comme si un peintre laissait des coups de pinceau denses sur l’image pour tenter de confiner une lumière fugitive. En recréant l’intervention

famille pendant des générations et son processus

humaine sur la nature, Kantanen construit une

de visualisation expérimental transforme les res-

mémoire intemporelle de paysages fictifs et trans-

sources collectives en déclaration personnelle.

cendants.

Tout comme Kahilaniemi, Ritta Päiväläinen ne

Alors que Sandra Kantanen cherche à raconter

considère pas le paysage uniquement comme un

une histoire commune, Jaakko Kahilaniemi se

phénomène objectif. Cependant, contrairement

concentre sur la sienne et de sa famille. La série

à Kahilaniemi, Päiväläinen observe la nature

«100 Hectares of Understanding» de Kahilaniemi

à travers les traces de la présence humaine. L’enche-

peut sembler à première vue dépourvue d’éléments

vêtrement de l’homme avec la nature est représenté

objectifs et scientifiques ; cependant, c’est bien à un

par ses «espaces sculpturaux» métaphoriques,

voyage personnel que l’artiste nous invite. En dis-

des installations de tissus dansant dans la nature.

séquant et en rassemblant cent hectares de forêt,

Ses images mises en scène représentent de rares

Kahilaniemi fait une première tentative pour établir

moments où l’inorganique et l’organique semblent

une relation avec son futur héritage. En conceptua-

exister en harmonie l’un avec l’autre. Finalement,

lisant des pièces documentaires, il se réapproprie

Päiväläinen souligne l’effort collectif de l’humanité

le récit autour de cette terre qui a appartenu à sa

pour domestiquer l’environnement. Par Yasemin Elçi (traduit de l’anglais par Paul di Felice)

Jaakko Kahilaniemi, 100 Planted Saviours of the Heritage, 2015 From the series 100 Hectares of Understanding, Pigment print, framed, 68 x 122 cm, Courtesy of Persons Projects and Valerius Gallery

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VA L E R I U S G A L L E R Y • A P P R I V O I S E R L A N AT U R E

LES ARTISTES DE L’ÉCOLE D’HELSINKI [...] ENGAGENT DE NOUVELLES DISCUSSIONS AUTOUR DE LA RELATION CONFLICTUELLE DE L’HUMANITÉ AVEC LA NATURE À L’ÉPOQUE DE L’ ANTHROPOCÈNE.

Riitta Päiväläinen, Crack Willow, 2019, From the series Shelter, Archival pigment print, Diasec, framed, 100 x 125 cm Edition 1 / 5 + 2AP, Courtesy of Persons Projects and Valerius Gallery

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

John Oesch, LOCKDOWN 2020 - Kirchberg

John Oesch, LOCKDOWN 2020 - Luxembourg Airport

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M O B -A RT ST U D I O • J O H N O E S C H

MOB-ART

STUDIO

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E JOHN OESCH

JOHN OESCH John Oesch, photographe professionnel basé au Luxembourg, joue avec ses objectifs comme un peintre avec ses couleurs. Il met soigneusement en place des scènes extraordinaires, impressionnantes voire poétiques. Ses images sont toujours construites avec le plus grand soin et travaillées dans le moindre détail.

Luxembourg, ville devenue fantôme, nous renvoie à l’impact de l’Homme sur son environnement, à sa trace laissée, à une certaine vanité peut-être. Des images exceptionnelles à la beauté interpel-

Les photographies présentées dans le cadre de

lante, reflets poétiques d’un instant fragile où

l’Emop ont valeur d’archives et de témoins d’un

tout a basculé, point de rupture de nos certitudes

événement qui nous a tous marqués en 2020: le

mégalomaniaques où la Nature prouve qu’elle peut

lockdown.

toujours reprendre le contrôle.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Simulation de l’installation dans le parc

Cristina Dias de Magalhães, Guardian, 2020

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PA R C D E M E R L • C R I S T I N A D I A S D E M A G A L H Ã E S - I N S T I N C T S . S A M E B U T D I F F E R E N T

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E CRISTINA DIAS DE MAGALHÃES

INSTINCTS. SAME BUT DIFFERENT

PARC DE MERL

SEE INSERT FOR

« La naissance de Victoria et Helena a tout changé. Rien n’est plus comme avant. Elles font partie de mon monde, de ma vie, de moi-même. Nous évoluons côte à côte, unies par un lien unique. J’ai commencé « Instincts. Same but different »

En incluant l’univers animal que ses filles aiment

comme silencieuse observatrice de leur dyade naissante, de

observer et analyser, elle établit un dialogue entre

leurs explorations et de leurs rencontres. Je sais désormais

En tant que mère, elle se projette dans la figure

que tout au long de ce projet, je me suis redéfinie comme femme, mère, et artiste.»

les images où l’instinct prévaut et nous guide. archétypale de l’animal, dotée de symbolisme et de caractéristiques humaines, qui accompagne ses filles au quotidien dans leur apprentissage. Ses diptyques dévoilent un lien silencieux créé par les moments partagés et ressentis vécus.

«Instincts. Same but different» se lit comme un

Cette rencontre physique, imaginaire et pourtant

journal intime dans lequel Cristina Dias de Magal-

authentique nous rappelle que nous sommes nés

hães décrypte visuellement et émotionnellement

dans un monde complexe où les instincts sont la

son environnement familial. Fascinée par le lien

base de la survie.

natif qui unit ses filles jumelles, elle s’est déta-

À travers la présentation de nos mondes infantiles

chée des autoportraits pour retrouver à travers

et instinctifs disparus, la série «Instincts. Same

leur regard les moments liés à la petite enfance :

but different» fait référence à la relation que nous

la joie de vivre, l’exploration de l’environnement, la

construisons avec les autres, notre environnement

découverte de soi et la construction d’une relation

et notre planète, tout en nous poussant à redéfinir

avec les autres.

notre propre humanité.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

“LIQUID EARTH” EST UNE EXPLORATION DE L’INVISIBLE ET DU TANGIBLE SUR DES TERRAINS MOUVANTS, LAISSANT DERRIÈRE ELLE DES MOBILES DE VÉRITÉS ET D’IDENTITÉS FIXES.

Caecilia Tripp, “Liquid Earth”, 170x120, Diasec, framed ED3+2AP, Caecilia Tripp 2018, Courtesy of the artist and Erna Hecey Gallery

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KO N S C H T H A L E S C H • S C H AU F E N ST E R 3

KONSCHTHAL ESCH

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E S C A E C I L I A T R I P P, A R M A N D Q U E T S C H

C O M M I S SAI R E S POUR ARMAND QUETSCH : CHRISTIAN MOSAR POUR CAECILIA TRIPP : CHRISTIAN MOSAR ( EN ASSOCIATION AVEC ERNA HÉCEY )

SCHAUFENSTER 3 : CAECILIA TRIPP : LIQUID EARTH A R M A N D Q U E T S C H : BY T H E S A M E PAT H S

LIQUID EARTH

collaboration avec le Musée royal de L’Afrique cen-

(FILM / PERFORMANCE 12’50 MIN)

trale (Belgique).

AV E C D E S E N R E G I S T R E M E N T S

Le Nyiragongo est également la source et la zone de

SUR LE TERRAIN ET DES IMAGES

conflit en raison de la précieuse matière première

FILMÉES DU VOLCAN NYIRAGONGO

qu’est le coltan, transformé dans les smartphones et

PA R C A E C I L I A T R I P P 2 0 1 8

les ordinateurs. Le cœur de la Terre, «Un tremblement ensemble»

“Liquid Earth” est une exploration de l’invisible et du

comme l’affirme Edouard Glissant, entre respiration

tangible sur des terrains mouvants, laissant derrière

et essoufflement, un souffle coupé. Un Prométhée qui

elle des mobiles de vérités et d’identités fixes. Liquid

vole le feu.

Earth construit une «poétique de la relation» et de la migration à travers la sismologie et les plaques

Filmé dans les ruines d’une usine sidérurgique abandon-

tectoniques, reliant les terrains locaux au volcan Nyi-

née, construite grâce à la migration. Réalisé par Georges

ragongo situé au Congo comme l’un des plus grands

Maikel Pires Monteiro, un jeune chorégraphe originaire

lacs actifs de lave volcanique au monde. Le volcan

de l’île volcanique du Cap-Vert.

est surveillé de près par le Centre européen de géodynamique et de sismologie du Luxembourg, en

(traduit de l’anglais par Paul di Felice)

Avec le soutien du ministère de la Culture du Luxembourg, en collaboration avec le Centre européen de géodynamique et de sismologie et le Musée royal de l’Afrique centrale (Belgique), remerciements particuliers à Nicolas d’Oreye et Marlène Kreins.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

LOIN DE TOUTE POSTURE ROMANTIQUE OU INTELLECTUALISANTE, LA DÉMARCHE EST PAUVRE, PRESQUE DÉNUÉE DE TOUTE INTENTION.

B Y T H E S A M E PAT H S ARMAND QUETSCH En noir et blanc, en positif ou en négatif, la série proposée nous emmène avant toute chose à suivre les pas d’une itinérance singulière. Les photographies d’Armand Quetsch, dans un flux

émanant de ses ritournelles. La lenteur du proces-

lent et répétitif, glanées d’un geste presque automa-

sus oeuvre dans un rite contemplatif ou il arrive que

tique à deux pas de son domicile, offrent une ode au

la lecture du négatif puisse suffire. Le médium pho-

regard. Loin de toute posture romantique ou intellec-

tographique est généreux et offre à profusion de

tualisante, la démarche est pauvre, presque dénuée de

subtils détails, des nuances infinies. Reste néanmoins

toute intention, sans concept préétabli, sans désirs. Et

la question de composition. À mains levées, les images

c’est justement là que son médium lui tend sa part de

sont prises avec la rigueur d’un géomètre et l’organi-

merveilleux.

sation d’un paysagiste. Pas ou peu de déchets. Vient

Dans un paysage d’une banalité presque aveu-

enfin, la sélection d’images qu’impose une grammaire

glante pour celui-ci, qui, prit de lassitude, refuse de

personnelle pour écrire une nouvelle, empreinte de

connaître encore et se contente de reconnaître. Les

minimalisme.

images reconnues, que l’on saisit par la suite, ne sont

Une méditation soutenue par un environnement

que les balises d’un quotidien ennuyeux et sans espoir.

proche, la contemplation des infinis du paysage, la

Quetsch le sait et, maintenant son rythme, s’oblige

réinvention du réel comme palliatif de nos tourments.

à rester disponible aux lumières et aux formes, aux

Armand Quetsch touche par le raffinement de ses

compositions et aux nuances.

images et l’élégance de son œuvre et par l’amplitude

Les pellicules, une fois développées, révèlent une

que prend son travail, en empruntant des sentiers

seconde fois, parfois des mois plus tard, la magie

similaires à celles d’un autre promeneur, Robert Walser: « Que tout était devenu beau, à présent, intime, dans la campagne qui sombrait dans la nuit. De braves prés verts filaient avec douceur, élégance et amitié devant moi des pensées de toutes sortes se bousculaient comme des chatons caressants sur mes talons. » François Goffin

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KO N S C H T H A L E S C H • S C H AU F E N ST E R 3

Armand Quetsch, Wald#1, excerpt from „by the same paths“ (2019 - ongoing)

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Daniel Reuter, Sans titre (de la série Providencia), 2019

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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KO N S C H T H A L E S C H • L Ë T ’ Z A R L E S 2 0 2 1

E N G L I S H T R A N S L AT I O N

A RT I ST E S DANIEL REUTER, LISA KOHL

C O M M I S SAI R E S MICHÈLE WALERICH, DANIELLE IGNITI

KONSCHTHAL ESCH

SEE INSERT FOR

LËT’Z ARLES 2021 : DANIEL REUTER : PROVIDENCIA LISA KOHL : ERRE

Pour sa 4ème participation aux Rencontres internationales de la photographie, Lët’z Arles présente, à l’été 2021 à Arles, deux artistes : Daniel Reuter et son projet Providencia ainsi que Lisa Kohl et son installation ERRE.

Mois Européen de la Photographie au sein duquel il était pertinent de leur donner à tous deux une place. Dans le sillage d’Arles, les deux expositions Providencia et ERRE seront montrées à la Konschthal

Leur sélection pour leurs expositions arlésiennes

d’Esch au moment de son ouverture, inscrivant

par un jury d’experts internationaux en photogra-

ainsi le medium photographique comme une des

phie a apporté un éclairage supplémentaire sur

disciplines majeures dans la programmation de ce

leurs travaux et a permis de tisser des liens avec le

nouvel espace d’art contemporain.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Daniel Reuter, Sans titre (de la série Providencia), 2020

PROVIDENCIA DANIEL REUTER Providencia - la providence - dans son sens biblique, décrit l’intervention de Dieu dans l’univers, une influence hors du contrôle humain. Le quartier Providencia, à Santiago du Chili, donne à la fois le cadre et le titre à cette nouvelle série de Daniel Reuter. Son regard explore les marques d’un contexte de divergence récemment porté à la surface, à partir d’une urbanité visuellement prosaïque : détails architecturaux, structures de fortune, arbres et feuillages, clôtures de chantier obstruant la vue. Au lendemain de manifestations civiles, nous rencontrons des protagonistes confinés dans la complexité de leur existence. Sous une couche superficielle du quotidien, nous sentons la dernière grande vague d’aspirations occidentales s’effondrer. Des figures apparaissent, réitération d’un narrateur ou de personnages évoluant dans un récit indéfini ? En résonance avec ses sujets de recherche tels que l’identité et la mémoire, l’artiste prend appui sur cette topographie chargée et traduit sa texture, son reflet et sa lumière. Se cristallise l’investigation d’un territoire plus profond et intériorisé, conjurant rêves et désenchantement d’un monde en mouvement.

A la Chapelle de la Charité ( Arles ), douze images de grand format entrent en conversation à travers un dispositif hexagonal inspiré d’un kiosque moderniste du quartier Providencia. Un ouvrage accompagne l’exposition et offre une exploration immersive de cette série, utilisant plusieurs papiers, jeux de transparences, opacités et matérialités.

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KO N S C H T H A L E S C H • L Ë T ’ Z A R L E S 2 0 2 1

ERRE L I SA KO H L

LES ŒUVRES DE LISA KOHL

Lisa Kohl s’intéresse à la relation entre la création

PARLENT DE FUITE, D’EXIL,

rain pour rencontrer des personnes qui vivent dans

DU NON-LIEU DE VIE OU

relations d’échange et de confiance. Les œuvres de

artistique et la réalité sociale. Elle se rend sur le terdes conditions précaires et elle établit avec eux des

DE SURVIE, D’INVISIBILITÉ

Lisa Kohl parlent de fuite, d’exil, du non-lieu de vie ou

ET D’ABSENCE.

réussit à lier le réel à la poésie.

de survie, d’invisibilité et d’absence. Avec audace, elle Son propos est social, il implique la protestation contre un état hostile et froid et, simultanément, il nous permet par l’esthétique poétique des images, de rêver d’un monde où tout pourrait être différent. Elle nous invite à la réflexion sur l’identité, la patrie, le passage des frontières, la futilité et l’espoir.

Son projet ERRE pour la nef latérale de la Chapelle de la Charité à Arles est une installation composée de trois œuvres inédites. La projection au plafond de son film HAVEN (2021) entre en dialogue avec deux séries de photographies : Shelter (2019) et Passage // 32°32’04.7’’N 117°07’26.3’’W (2019), présentées sur des supports rétro-éclairés. Le premier ouvrage de l’artiste, ERRE, accompagne l’exposition et prolonge l’exploration de ces thèmes par le biais de divers textes et par la présentation d’autres œuvres récentes de Lisa Kohl.

Lisa Kohl, Shelter, Série photographique, Los Angeles, États-Unis, 2019

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Christian Aschman, État des lieux, états d’un lieu; Clervaux

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • N O R D : S I X I N S T A L L A T I O N S P H O T O G R A P H I Q U E S À C I E L O U V E R T

CLERVAUX

CITÉ DE L’IMAGE

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E S EVGENIA ARBUGAEVA, CHRISTIAN ASCHMAN, JEROEN HOFMAN, SANTERI TUORI, DONOVAN WYLIE, PAOLO VERZONE

CO M M I S SAI R E ANNICK MEYER

NORD S I X I N STA L L AT I O N S P H OTO G R A P H I Q U E S À CIEL OUVERT

Ne raconte-t-on pas que le vent du nord apporte le changement ? Et la terre du Nord ? Est-ce qu’elle reflète le visage de ce vent tant redouté ? Dans toute bonne histoire, le protagoniste, errant dans son existence, ne s’orientet-il pas vers le Nord pour (re)trouver son chemin ? Mais quelles sont donc ces questions confuses ? Que le spectateur dirige simplement son regard vers ladite direction pour découvrir des perspectives nouvelles.

stratégie politique soutenue au niveau national. Tous les domaines de la vie sociale sont visés dans cette perspective de développement durable. L’accent est mis sur la qualité de vie, la culture, le tourisme, l’agriculture, l’industrie, la protection du

É TAT D E S L I E U X ,

patrimoine ...

E TAT S D ’ U N L I E U ; C L E R VAU X

Christian Aschman a observé ce changement durant

CHRISTIAN ASCHMAN

plus d’un an (fin 2018 - début 2020). Ses images montrent des compositions imbriquées de l’acti-

Clervaux se situe au nord du Luxembourg. Le nom

vité urbanistique. Contrastes forts, imbrications

désigne à la fois une localité et une commune.

harmonieuses, ajouts audacieux, constructions

La région rurale au Luxembourg fait partie d’une

fonctionnelles et pastorales.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

MAMMOTH HUNTERS E VG E N I A A R B U G A E VA La République russe de Sakha, ou Yakoutie, située

de mammouths. Ils parcourent la toundra gla-

dans le nord-est de la Sibérie, est le théâtre d’une his-

cée de Sibérie jusqu’à 18 heures par jour. Se saisir

toire qui n’a rien à envier à la plume d’un Jules Verne.

d’une défense peut prendre jusqu’à 24 heures d’ex-

Le pergélisol fond en raison du réchauffement cli-

cavations sans interruption. Les photographies

matique. Le sol libère ce qu’il recouvre depuis 4 000

montrent des scènes à caractère surréaliste. Une

ans : des restes de mammouth laineux.

certaine intensité dramatique se crée lorsque le

Evgenia Arbugaeva a accompagné des chasseurs

passé et le présent se croisent.

Evgenia Arbugaeva, Mammoth Hunters

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C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • N O R D : S I X I N S T A L L A T I O N S P H O T O G R A P H I Q U E S À C I E L O U V E R T

Jeroen Hofman, Saeftinghe Oyster, from the series ZEELAND

ZEELAND

C’est un paysage à multiples facettes qui représente

JEROEN HOFMAN

un pont entre le passé et le présent. La confrontation de ces forces opposées ne nuit

« Zeeland », la Zélande, est une destination

guère à l’harmonie optique du panorama. À ciel

populaire pour les touristes en général. Diverses

ouvert, toutes les tensions et les divergences

nationalités se rencontrent au bord de la mer du

semblent s’estomper dans le spectacle coloré des

Nord. Ce littoral conserve encore de fortes traces,

nuages gris et bleus.

dites naturelles, au milieu d’un paysage culturel,

Mais pas le souvenir, qui survit et impressionne

dans le sens que le terrain a été sculpté par deux

rétrospectivement, combiné à un goût légèrement

intervenants, la nature et l’homme.

salé, provenant du vent du nord.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Donovan Wylie, North Warning System

NORTH WARNING SYSTEM D O N OVA N W Y L I E

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Les progrès technologiques et le développement de

sonnel, construit aux frontières de la civilisation

bombardiers à longue portée ayant rendu les fron-

sur une chaîne de montagnes, et dont le rôle

tières arctiques du Canada vulnérables aux attaques

est de détecter des menaces invisibles, est len-

après la Seconde Guerre mondiale, le Canada et

tement visé en hélicoptère et stratégiquement

les États-Unis se sont vus obligés de construire un

contourné. Alors que la tour radar est toujours

réseau de stations radar le long des frontières nord

le point de mire, le paysage environnant change

du pays dans les années 1950. Ces systèmes ont fina-

constamment ; les nuages se déchirent et révèlent

lement été améliorés dans les années 1990, pour

des rochers, de la glace et des fjords glaciaires.

devenir le « Système d’alerte du Nord », jouant un

Le calme apparent au milieu de ce paysage blanc

rôle de plus en plus actif au fil des ans.

est cependant trompeur - l’œil vigilant de la sta-

Le voyage qu’entreprend Donovan Wylie suit un

tion militaire est dirigé vers nous et enregistre le

plan élaboré. Le poste de surveillance sans per-

moindre de nos mouvements.


C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • N O R D : S I X I N S T A L L A T I O N S P H O T O G R A P H I Q U E S À C I E L O U V E R T

ARCTIC ZERO PA O L O V E R Z O N E Le Svalbard est un archipel de l’Arctique. Son territoire est rattaché à la Norvège, mais, étant déclaré zone démilitarisée, il occupe un statut neutre. Dans la langue norvégienne, le nom « Svalbard » désigne un « littoral frais », une description qu’on peut prendre à la lettre, car la température moyenne est de -6° C. L’archipel nordique a le potentiel de toutes les narrations fantastiques ; son sol est peuplé d’une diversité des espèces étonnante. Ses paysages sont riches en surface et sous terre. Aujourd’hui, le Svalbard est un terrain d’action pour une dizaine de nations différentes se profilant dans la recherche scientifique. Entre réserve naturelle à accès réduit et zone de lancement de ballons-sondes scientifiques, cet archipel est fortement lié à notre époque et soumis au rythme du présent.

Paolo Verzone / Agence Vu, Arctic Zero

Santeri Tuori, Forest

SKY & FOREST SANTERI TUORI La série d’images « Forest » du photographe finlandais Santeri Tuori est basée sur des années d’observation de motifs et d’endroits identiques (2011-2019) et sur la représentation répétée de ceux-ci. La superposition de négatifs individuels donne naissance à de nouvelles images. Le pouvoir du « moment décisif » est annulé. Le moment n’est qu’une partie d’un tout, en somme, une nouvelle œuvre d’art complète est créée. L’effort pour définir la création artistique comme un processus se reflète également dans son travail « Sky ». Si l’on considère le ciel comme une surface de projection pour une variété infinie de formations nuageuses, leurs mouvements et leurs changements ne peuvent s’expliquer que par le phénomène du temps. Les photographies de Santeri Tuori font l’effet d’images d’un monde parallèle, d’un univers soumis à la loi du temps mais qui se meut et qui existe en dehors des paradigmes humains.

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Hartmann Jana, Isaac’s circle

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

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P O R T F O L I O S R E V I E W É D I T I O N 2 0 1 9 • R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O – P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G É D I T I O N 2 0 1 9

PORTFOLIOS REVIEW

ÉDITION 2019

SEE INSERT FOR E N G L I S H T R A N S L AT I O N

ART I ST E S KEVEN ERICKSON, PATRICK GALBATS, JANA HARTMANN, VÉRONIQUE KOLBER , CAROLE MELCHIOR, SÉVERINE PEIFFER, MARTINE PINNEL

R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G ÉDITION 2019 CARTE BLANCHE AUX ARTISTES-PHOTOGRAPHES SÉLECTIONNÉS EN 2019

Les pages suivantes sont dédiées aux sept lauréats qui ont présenté leurs portfolios lors de la troisième édition de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg le 15 mai 2019 dans l’auditorium du Cercle Cité. Nous proposons

public et un jury d’experts internationaux de l’image

traditionnellement quelques pages dans l’édition de l’année

On – Month of Photography (Autriche), Verena Kas-

suivante du Mois européen de la photographie pour documenter ce travail qui a été présenté au public.

composé par Thomas Licek, ancien directeur de Eyes par-Eisert, curatrice au Kunst Haus Wien (Vienna, Autriche) et de FotoWien, Christian Gattinoni, membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art, rédacteur en chef de la revue en ligne « www.lacritique.org » (France), Branislav Stepanek

Créée par Café-Crème asbl et l’Université du

curateur au Central European House of Photogra-

Luxembourg dans le cadre du Mois européen de la

phy (Bratislava, Slovaquie), Gabriela Uhl, curatrice

photographie au Luxembourg et élaboré par Cristina

et professeur à l’Université de Budapest (Hongrie),

Dias de Magalhães, la première édition de Révéla-

Angela Ferreira, artiste, curatrice ( Portugal), Maria

tion(s) / Portfolio – Plateforme a eu lieu en avril 2015

Livia Brunelli, curatrice, galeriste (Ferrare, Italie),

à l’Abbaye Neumünster (Neimënster) à Luxembourg.

Audrey Hoareau, curatrice, co-fondatrice et co-

Pour cette édition 2019, les lauréats avaient été

directrice de The Red Eye (France) et Anouk Wies,

invités à expliquer leurs projets photographiques

responsable programmation culturelle et directrice

(présentation de dix minutes en anglais) devant le

artistique, Cercle Cité (Luxembourg).

111


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

À l’issue des présentations, les participants ont pu commenter sur une table individuelle leurs photos, leur publication ou autre documentation et échanger individuellement avec les experts présents. Le but de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg est de créer des opportunités pour les artistes-photographes luxembourgeois et pour

CNA 2019 pour ce projet, qui paraîtra en 2021 aux

ceux qui ont déjà exposé au Luxembourg : leur

Gevaert Editions.

rencontre avec des experts internationaux de

Véronique Kolber, Patrick Galbats et Carole Mel-

renommée peut aboutir à de futurs projets d’expo-

chior sont trois des six photographes que le CNA

sitions ou de publications pour les participants.

a mandatés en 2020 pour témoigner de la

Ainsi Véronique Kolber a été invitée par le membre

pandémie actuelle.

de notre jury d’expert, Anouk Wies, à montrer Fic-

Séverine Peiffer continue sa série Transitions

titious location spotting for a non-existing movie au

qu’elle a montrée dans l’espace publique en 2020

Cercle Cité au Luxembourg-City. Patrick Galbats

sur la place Guillaume-II et en 2021 dans le parc de

a exposé Hit Me One More Time lors du festival

Merl à Luxembourg.

Imago Lisboa 2020. Carole Melchior a exposé

En 2019, Martine Pinnel a exposé Sea Dream Ave-

eleutheromania en septembre 2020 au Centre d’Art

nue au Salon artistique CAL (Luxembourg) et au

Nei Liicht et a obtenu la bourse de publication

Centre Culturel Niederanven et en 2020 à Art2Cure (Banque International Luxembourg). En 2021, Jana Hartmann exposera Mastering the elements à la Alfred Ehrhardt Stiftung (Allemagne) et son livre photographique correspondant sera publié

Galbats Patrick, Ancien cimetière juif à Legyesbenye

dans les éditions The Eriscay Connection.

112


P O R T F O L I O S R E V I E W É D I T I O N 2 0 1 9 • R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O – P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G É D I T I O N 2 0 1 9

Erickson Keven, unnamed

IMMOBILE

documents médicaux en relation avec les problèmes

KEVEN ERICKSON

qui peuvent en découler. Je saisis des mouvements qui ont changé en raison de l’utilisation du smartphone.

La série « Immobile » vient de ma fascination pour

Le rythme de la marche habituelle a été perturbé et

une attitude de plus en plus répandue qui veut que

s’est transformé en un mouvement aléatoire. Il semble

les individus sont de plus en plus isolés, enfermés,

que le monde physique se transforme en un monde

constamment accrochés à leur téléphone. Cela me

virtuel. Nous assistons à un processus qui génère une

dérange que nous choisissons de nous déconnecter

déformation de notre perception, menant à un aveu-

volontairement des autres alors que mon plus grand

glement où notre perception du monde extérieur est

défi dans la vie a toujours été de surmonter le fait

déviée vers le monde virtuel. Comme dans un jeu, je

d’être introverti.

joue avec les figurants, je les dispose sur une scène

Nous sommes tellement absorbés par les smartphones

soigneusement arrangée où leurs chemins se croisent

que nous oublions ce qui se passe autour de nous. Pire

et où je prévois des collisions inévitables. Cette danse

encore, en marchant et en fixant le smartphone, nous

erratique, j’en ai bien peur, ne connaîtra pas de fin

nous transformons en une sorte de zombie, présents

heureuse.

physiquement, absents mentalement. Je documente ce

Keven Erickson

phénomène en parallèle à mon exploration de divers

( traduction de l’anglais par Pierre Stiwer )

113


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Galbats Patrick, Chemin rural vers l’ancien Tiszaeszlar

A U PAY S D ’ E S Z T E R

corps. L’histoire est devenue connue au niveau inter-

U N E I N V E S T I G AT I O N

national sous le nom de l’Affaire de Tiszaeszlar et n’a

PHOTOGRAPHIQUE AUTOUR

fait que nourrir l’ambiance antisémite croissante de

D E L’ A F F A I R E D E T I S Z A E S Z L A R .

l’époque.

PAT R I C K G A L B AT S

L’acquittement et la libération des 15 prisonniers en août 1883 a déclenché une vague de violences contre

114

Un matin d’avril 1882, à Tiszaeszlár, dans la campagne

la population juive d’Europe.

hongroise, Eszter, une jeune fille de quatorze ans

Des décennies plus tard, l’Holocauste a causé presque

disparaît en allant faire les courses. Ce jour-là, une

600 000 victimes dans la communauté juive de

réunion se tient à la synagogue du village pour choisir

Hongrie. Après 1945, seulement quelques rescapés

un abatteur rituel parmi les candidats venus de toute

des camps de concentrations sont retournés dans la

la région. Très vite, la rumeur se répand : les juifs

région.

auraient enlevé et égorgé la jeune chrétienne pour

Aujourd’hui, à Tiszaeszlar et dans sa région, aucune

ajouter son sang au pain azyme de la pâque juive...

trace rappelle l’injustice faite contre les accusés d’an-

(extrait du roman L’affaire Eszter Solymosy de Gyula

tan. Seul le monument érigé en 1994 sur le cimetière

Krudy (1931) )

catholique de Tiszaeszlar en l’honneur d’Eszter Soly-

Ces fausses accusations menaient à un procès contre

mosi, nous laisse deviner que pour certains l’affaire

15 juifs au tribunal correctionnel de Nyireghaza (H),

n’est toujours pas close.

pour meurtre, complicité de crime et dissimulation de

Voici le point de départ de mon investigation.


P O R T F O L I O S R E V I E W É D I T I O N 2 0 1 9 • R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O – P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G É D I T I O N 2 0 1 9

MASTERING THE ELEMENTS (2017-21) JANA HARTMANN

Hartmann Jana, The wet and cold amalgamate

La nature «post-factuelle» de notre époque se manifeste également par une crise de crédibilité croissante de la science moderne. Néanmoins, nous vivons dans une phase de l’Anthropocène où la communauté mondiale dépend plus que jamais de l’autorité qui émane de solutions scientifiques solides afin d’affronter les risques complexes et existentiels du futur. Dans son travail Mastering the elements, l’artiste Jana Hartmann examine la conquête de notre monde par la science dans des photographies qui juxtaposent la vision holistique du monde de l’alchimie avec les pratiques de la recherche moderne. Le travail photographique qui porte sur la recherche scientifique ou les sciences naturelles trouve son complément dans une recherche sur des écrits d’alchimistes et des publications de notre époque. En les reliant ensemble contextuellement, Jana Hartmann interpelle le système de valeurs de la recherche scientifique des origines à nos jours et dessine le tableau d’une quête constante pour prolonger la vie humaine et augmenter la prospérité. Selon elle, ce que l’humanité moderne doit à l’alchimie se découvre dans une philosophie où l’homme et la nature, l’esprit et la matière sont étroitement liés. Jana Hartmann

Hartmann Jana, Cosmological formations

( traduction à partir de l’anglais par Pierre Stiwer )

115


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

F I C T I T I O U S LO C AT I O N S P OT T I N G

sionnelle en tant que photographe de plateaux de

FOR A NON-EXISTING MOVIE

tournages, le projet évolue pour aboutir à fictitious

V É R O N I Q U E KO L B E R

location spotting for a non-existing movie. Les photographies sont accompagnées par des extraits de

Marquée depuis son plus jeune âge par les livres de

scripts de David Lynch, des frères Coen, Christopher

H.P. Lovecraft, Edgar A. Poe et surtout Stephen King,

Nolan etc., revus par Véronique Kolber, qui réussit

Véronique Kolber a développé au fil des années une

par ces nouvelles associations à faire émerger – entre

attirance certaine pour l’étrange et les ambiances obs-

hommage et détournement des univers des maîtres –

cures de tension et de peur romantiques.

une autre narration.

Attirée par les histoires et les personnages de ces livres

L’artiste présente des images vraies, comme figées

et de leurs adaptations filmiques, ainsi que par les

dans le temps, en attente d’action et d’histoires

univers mystérieux et la face ordinaire et détraquée

à écrire : elle livre la toile de fond, le mirage améri-

de l’Amérique, elle entreprend plusieurs voyages aux

cain, et invite le spectateur à fournir la narration, pour

« States » pendant huit ans. Inspirée entre autres par

compléter la scène suivante.

Eggleston et Shore, elle réalise ainsi le projet American

En infiltrant la filmographie de réalisateurs américains

Diorama, une sélection de photographies personnelles

par des scripts qu’elle écrit elle-même, l’artiste rajoute

de son périple, de lieux inconnus, non identifiables et

une dimension qui instaure un glissement inverse de

sans présence humaine qui provoquent toutefois une

la réalité des scénarios à la fiction autobiographique

sensation de déjà-vu et déclenchent irrémédiable-

et instaure le flou entre existence réelle, apparence et

ment une vague d’associations auprès du spectateur,

imaginaire collectif.

comme un film qui se met automatiquement en route. En référence au cinéma et à son expérience profes-

Véronique Kolber, NY WINDOW, 2019, (5 + 2 EA)

116

Texte par Anouk Wies


P O R T F O L I O S R E V I E W É D I T I O N 2 0 1 9 • R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O – P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G É D I T I O N 2 0 1 9

Carole Melchior, untitled

Onze images ELEUTHEROMANIA

mère visage

CAROLE MELCHIOR

film d’archives terre éclipse

L’expérience des plis, accords et désaccords. L’idée d’une liberté excessive, ses possibles, ses dérives.

Touché électronique

C’est sensible, incertain.

bande magnétique

Quel est le voyage ?

temps écoute

L’envers du manège, doute et suspension, comme une pause, la

expérimentation

pensée.

monde en relation

De multiples narrations sont possibles. S’agit-il de la fabrication d’un territoire ayant une fin ouverte, d’un

S’émouvoir

pur présent à composer ?

penser devoir

Circulation ininterrompue, rencontres, coexistences.

voir entendre

Déplacement physique, psychique, intériorité et extériorité

penser écrire

conversent, des temporalités se tissent, de proche en proche, à

l’envers

travers des corps, des objets, l’intuition des mains, structure, l’idée d’images à venir.

Carole Melchior

117


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

Peiffer Séverine

TRANSITIONS

et particulièrement la photographie au collodion

SÉVERINE PEIFFER

humide, un procédé datant du 19e siècle, appréciée par la photographe pour ses qualités à créer des por-

118

Transitions est une série d’images réalisée par la

traits uniques et fascinants.

photographe luxembourgeoise Séverine Peiffer en

La série parle des émotions de ces jeunes face au

collaboration avec des élèves de l’enseignement

monde qui les entoure, atteste de leur présence au

secondaire au Luxembourg. Un projet à caractère

monde et propose un dialogue entre eux et le public

pédagogique soutenant une démarche autobiogra-

qui les regarde. C’est aussi l’occasion pour eux, de

phique comme outil à la construction identitaire.

prendre une respiration dans leur cursus scolaire et

Depuis son invention au milieu du 19e siècle, la

de prendre le temps de s’affirmer en tant qu’individu

photographie a permis à l’Homme de découvrir sa

dans la société actuelle.

propre image et d’explorer toutes les facettes de son

La crise sanitaire actuelle et les mesures de protection

être. Accompagnés par Séverine, les jeunes ont fait

introduites par le gouvernement ont profondément

l’expérience du langage artistique pour exprimer

impactées le système de l’éducation et la vie des jeunes.

leurs pensées, leurs peurs, leurs doutes, leurs identi-

Il est devenu primordial de se préoccuper de questions

tés et enfin, se révéler à eux-mêmes. Si certains ont

d’ordre émotionnel et psychologique concernant ces

choisi de montrer leur optimisme et leur détermi-

adultes en devenir. Quelles sont les difficultés aux-

nation, d’autres ont choisi la voie de la vulnérabilité

quelles ils sont confrontés en temps d’incertitude? Et,

et de la sensibilité, ou encore ont préféré garder une

que faisons-nous, en tant qu’adultes, pour les soutenir

part de secret. Tous ont relevé le défi d’affirmer leur

à faire face aux enjeux sociétaux engendrés par une

personnalité par le biais de la création artistique

telle crise?


P O R T F O L I O S R E V I E W É D I T I O N 2 0 1 9 • R É V É L AT I O N ( S ) / P O R T F O L I O – P L AT E F O R M E – LU X E M B O U R G É D I T I O N 2 0 1 9

S E A D R E A M AV E N U E

Mais après de nombreuses catastrophes - l’une a fait

MARTINE PINNEL

mourir des millions de poissons quotidiennement sur ses rives - et l’inondation des stations balnéaires

Salton Sea est un environnement surréel; avec sa

voisines dans les années 1990, provoquant le départ

superficie de mille kilomètres carrés, le lac - ou mer

des gens, la vallée se trouvait pratiquement oubliée.

intérieure - est situé sur la faille de San Andreas, dans

La sécheresse persistante en Californie, ainsi que la

l’un des endroits les plus chauds et les plus secs du sud

réduction des apports d’eau - en raison de change-

de la Californie.

ments conventionnels dans la répartition des eaux du

Au début du XXe siècle, le site a attiré des colons qui

Colorado - asséchait le lac.

en ont fait une zone agricole.

Les niveaux d’eau diminuaient et libéraient des pous-

Le lac tel que nous le connaissons aujourd’hui a été

sières toxiques et dangereuses pour les habitants de

créé accidentellement en 1905 lorsque de fortes crues

Salton Sea ainsi que pour toute la population du sud

du Colorado ont provoqué des inondations. Cela

de la Californie.

a provoqué la rupture d’un canal d’irrigation qui a ali-

Martine Pinnel vient à Salton Sea depuis 8 ans,

menté pendant deux ans le bassin asséché de Salton.

connaît l’endroit intimement et comprend ses

Au fur et à mesure que l’industrie agricole se

charmes et ses difficultés.

développait dans la vallée, de plus en plus d’eau, prin-

Au printemps 2018, elle a séjourné pendant

cipalement les eaux de ruissellement de l’agriculture,

semaines à Salton Sea avec l’artiste Melanie Planchard

se déversaient dans le bassin.

pour produire un court métrage et une série de pho-

A partir des années 20 du 20e siècle, il a été considéré

tographies. Des portraits intimistes permettent au

comme un puisard agricole. Même si le lac est une

spectateur d’avoir un aperçu de la vie des personnes

saline et l’eau de plus en plus salée, le lac est devenu

vivant autour de cette mère intérieure et de leur

un habitat pour de nombreuses espèces de poissons

manière d’affronter un avenir incertain. Ce projet,

et d’oiseaux.

intitulé « Sea Dream Avenue », présente un ensemble

Dans les années 60, Salton Sea était devenu une

d’œuvres qui documente la réalité visuelle de l’histoire

zone de loisirs animée, attirant de nombreuses célé-

moderne de Salton Sea.

six

brités comme Frank Sinatra, les Beach Boys et Jerry ( traduction de l’anglais par Pierre Stiwer )

Pinnel Martine, American Dreams (Desert Shores)

Lee Lewis.

119


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

ASCHMAN CHRISTIAN

DIAS DE MAGALHÃES CRISTINA

HUBER FRAUKE

*1966

*1979 Luxembourg

*1966

vit et travaille à Bruxelles & Luxembourg

vit et travaille à Luxembourg

vit et travaille à Hambourg

www.christian-aschman.com

www.cristina-dias.com

Allemagne www.landrushproject.com

ARBUGAEVA EVGENIA *1985 République de Yakoutie (Russie) vit et travaille à Londres www.evgeniaarbugaeva.com

AUERBACHER DOMINIQUE *1955 vit et travaille entre Paris, Strasbourg (France), Peterskirchen (Allemagne) et Berlin

BALTZER BRUNO *1965 vit et travaille entre Luxembourg et Greve in Chianti (Italie) www.bruno-baltzer.net

ELSHAN ROZAFA *1994 Vit et travaille à Bruxelles www.rozafaelshan.com

ERICKSON KEVEN *1979 Luxembourg vit et travaille au Luxembourg www.erickson-photo.com

FLOC’H NICOLAS *1970 Rennes (France) vit et travaille à Paris www.nicolasfloch.net

IANCHIS MARIA-MAGDALENA *1982 Roumanie vit et travaille entre Reykjavík, Islande et Vienne, Autriche www.maria-magdalenaianchis.at

INKA & NICLAS (LINDERGÅRD) *1985 Finlande & *1984 Suède vivent et travaillent à Stockholm, Suède www.inkaandniclas.com

KAHILANIEMI JAAKKO *1989 Finlande vit et travaille à Helsinki, Finlande www.jaakkokahilaniemi.com

BENJAMINSEN ELINE

FRITH FRANCIS

*1992 Norvège

*1882-1898 Chesterfield (Derbyshire, Angleterre);

KANTANEN SANDRA

vit et travaille aux Pays-Bas

mort à Cannes, France

*1974 Finlande

www.elinebenjaminsen.com

http://pic.nypl.org/constituents/1746

vit et travaille à Hanko, Finlande www.sandrakantanen.com

BISAGNO LEONORA

GALBATS PATRICK

*1977

*1978 Luxembourg

KOHL LISA

vit et travaille entre Luxembourg

vit et travaille au Luxembourg

*1988 Luxembourg

et Greve in Chianti (Italie)

www.patrickgalbats.com

vit et travaille au Luxembourg

www.leonorabisagno.com

www.lisa-kohl.com GLAUBITZ FLORIAN

BLAU JUSTINE *1977 vit et travaille à Luxembourg www.justineblau.com

BUČAN VANJA *1973 Nova Gorica, Slovenie vit et travaille à Berlin www.vanjabucan.com

CAPESIUS MARIE *1989

*1985 Allemagne vit et travaille à Maintz et Leipzig, Allemagne www.flux4art.de/kuenstler-innen/florian-glaubitz

GOUDAL NOÉMIE *1984 vit et travaille entre Paris et Londres www.noemiegoudal.com

HARTMANN JANA *1971 Allemagne

KOLBER VÉRONIQUE *1978 Luxembourg vit et travaille à Steinsel, Luxembourg www.veroniquekolber.com

LAMBERT YVON *1955 vit et travaille à Esch/Alzette (Luxembourg)

LANIER MARINE *1981 Valence (France)

Vit et travaille au Luxembourg

vit et travaille à Francfort-sur-le-Main, Allemagne

vit et travaille entre Crest et Lyon.

www.mariecapesius.com

www.janahartmann.eu

www.marinelanier.com

COSTENOBLE ANNE-SOPHIE

HOFMAN JEROEN

LE SERGENT DAPHNÉ

*1967

*1976

*1975 Corée du Sud

vit et travaille en Belgique

vit et travaille à Amsterdam

vit et travaille à Paris, France

www.ascostenoble.be

www.jeroenhofman.com

www.daphnelesergent.com

120


INDEX DES ARTISTES

*1989

*1980

vit et travaille à Zürich, Suisse

vit et travaille au Luxembourg

www.douglasmandry.com

www.armandquetsch.com

MARTIN UWE H. *1973 vit et travaille à Hambourg, Allemagne www.uwehmartin.de

MELCHIOR CAROLE *1972 Belgique

INDEX

QUETSCH ARMAND

DES ARTISTES

MANDRY DOUGLAS

REUTER DANIEL *1976 vit et travaille entre Luxembourg et Reykjavik, Islande www.danielreuter.net SEIDEL THILO *1987 vit et travaille à Sarrebruck, Allemagne

vit et travaille entre le Luxembourg et la Belgique

SOMMER MARIE

www.carolemelchior.com

*1984 Vit et travaille à Paris

MITYUKOVA ANASTASIA

www.mariesommer.com

*1992 vit et travaille à Genève, Suisse

TKACHENKO DANILA

www.anastasiamityukova.ch

*1989 vit et travaille à Moscou, Russie

MOURAZ TITO *1977 vit et travaille à Lisbonne, Portugal www.titomouraz.com

OESCH JOHN *1965 vit et travaille au Luxembourg www.vision.lu

www.danilatkachenko.com TRIPP CAECILIA *1968 nomade www.caeciliatripp.com TRÜLZSCH HOLGER

Artists of the Mudam exhibition

*1939

featured in the catalogue:

vit et travaille entre Peterskirchen (Allemagne ), Berlin et Paris

PÄIVÄLÄINEN RIITTA

GREEN CONRAD THEODOR

*1969

TUORI SANTERI

vit et travaille à Helsinki, Finlande

*1970 Finlande

www.riittapaivalainen.com

vit et travaille à Helsinki www.santerituori.com

vit et travaille à Luxembourg www.severinepeiffer.com

PINNEL MARTINE *1988 Luxembourg vit et travaille au Luxembourg www.martinepinnel.com

SERT JOSÉ MARÍA

Artists of the slide show «Rethinking Nature» featured in the catalogue:

PEIFFER SÉVERINE *1981 Luxembourg

ATKINS ANNA

VERZONE PAOLO *1967 Italie

BRITTA BAUMANN

vit et travaille en Italie et en Espagne

PHILLIPA BLOOM

www.paoloverzone.com

NOEMI COMI CLAUDIA FRITZ

VIALET ÉMILIE

SEULKI KI

*1980

ELENA KRISTOFOR

vit et travaille à Strasbourg, France

CALIN KRUSE

www.emilievialet.com

SONIA MANGIAPANE KAVEER RAI

POITEVIN ERIC

DONOVAN WYLIE

NAZANIN RAISSI

*1961 Longuyon

*1971 Irlande du Nord

ANNA SIGGELKOW

(France, Meurthe & Moselle)

vit et travaille à Belfast

MERVE TERZI

vit et travaille en France

www.donovanwylie.studio

GESCHE WÜRFEL

121


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

INFORMATIONS PRATIQUES LIEUX D’EXPOSITION / VENUES AND EXHIBITIONS LUXEMBOURG

DUDELANGE

Archives nationales de Luxembourg

Fellner contemporary

Neimënster (Abbaye de Neumunster)

Centre national de l’audiovisuel (CNA)

2 Plateau du Saint-Esprit, 1475

2a, Rue Wiltheim, L-2733 Luxembourg

28, rue Münster, L-­2160 Luxembourg

1b, rue du Centenaire, L-­3475 Dudelange

Tél : (+352) 24 78 66 60

www.fellnercontemporary.lu

Tél: (+352) 26 20 52 1

Tél : (+352) 52 24 24 1

E-mail : relations.publiques@an.etat.lu

Éric Poitevin > 17.06 - 28.08.2020

www.neimenster.lu

www.cna.lu

www.anlux.public.lu

Lisa Kohl – Land (E)scape > 29.04 -

Exposition Yvan Lambert,

MOB-ART studio

03.06.2021

Waassertuerm : Collapsed Mythologies /

Derniers Feux > 29.09.2021 – 30.04.2022

19a Avenue de la Porte-Neuve,

Regards sans limites, Patrick Galbats,

Une annexe au lexique géo-financier

(sous réserve)

L-2224 Luxembourg

Anne-Sophie Costenoble, Florian Glau-

d’ Eline Benjaminsen > 22.05 - 28.08.2021

Tél : (+352) 691 10 96 45

bitz, Thilo Seidel, Émilie Vialet > 29.04

Arendt & Art

www.mob-artstudio.lu

- 03.06.2021

Pomhouse : LandRush / Ventures into

41 A, Avenue J. F. Kennedy, L-2082

John Oesch > 21.04 - 22.05.2021

Marine Lanier / Les Contes sauvages >

global agriculture de Frauke Huber & Uwe

29.04 - 03.06.2021

H. Martin > 20.03 - 29.08.2021

Luxembourg Tél : (+352) 40 78 78 1

Galerie Nosbaum Reding

www.arendt.com

4 Rue Wiltheim, L-2733 Luxembourg

Parc de Merl – Luxembourg

Display 01 : Marie Sommer - L’Oeil et la

EMoP Arendt Award remise du prix

Tél : (+352) 26 19 05 55

Instincts. Same but different - Cristina Dias

Glace > 24.04. - 29.08.2021

02.06.2021

www.nosbaumreding.lu

de Magalhaes > 04.2021 - 09.2021

EMoP Selection > 09.05 - 12.09.2021

Daniel Reuter: Oversees > 22.04 -

Noémie Goudal > automne - hiver 2021

12.06.2021

Bibliothèque nationale du Luxembourg

Galerie Valerius

37d Avenue John F. Kennedy, 1855 Luxembourg

Centre d’Art Nei Liicht Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de

Rue Dominique Lang, 3505 Dudelange

Luxembourg

Tél : (+352) 51 61 21-292

18, Avenue Emile Reuter,

https://www.galeries-dudelange.lu/

1, Place de Theatre | L-2613 Luxembourg

L­-2420 Luxembourg

Marie Capesius - Heliopolis > 24.04. -

info@valeriusartgallery.com

Tél : (+352) 47 96 49 00

13.06.2021

Tél : (+352) 26 55 9-100

www.valeriusartgallery.com/

www.villavauban.lu

www.bnl.public.lu

Taming Nature > 26.05 - 26.06.2021

Holger Trülzsch / Dominique Auerba-

Centre d’Art Dominique Lang

cher: Les Paysages du Kairos > 27.04

Gare Dudelange-Ville

- 12.09.2021

Tél : (+352) 51 61 21-292

E-mail : info@bnl.etat.lu Views of Luxembourg and the “Orient”

Instituto Camões,

Francis Frith and Victorian Photography >

Centre culturel portugais

https://www.galeries-dudelange.lu/

06.05 - 26.06.2021

4, Place Joseph Thorn,

Rozafa Elshan - Synthèse d’une excursion

L-2637 Luxembourg

C L E RVAU X

Casino Luxembourg – ­ Forum d’art

Tél : (+352) 46 33 71-1

contemporain

www.instituto-camoes.pt

Clervaux – cité de l’image a.s.b.l.

41, rue Notre­-Dame L­-2240 Luxembourg

Tito Mouraz: Fluvial > 04.06 -16.07.2021

Maison du Tourisme et de la Culture

Tél : (+352) 22 50 45

> 24.04. - 13.06.2021

ESCH / ALZETTE

11, Grand-rue, L-9710 Clervaux

www.casino­-luxembourg.lu

Mudam Luxembourg – Musée d’Art

TEL : (+352) 26 90 34 96

Konschthal Esch

Daphné Le Sergent : Silver Memories

Moderne Grand-Duc Jean

www.clervauximage.lu

29-33 Bvd Prince Henri

(Rethinking Nature / Rethinking Land-

3, Park Dräi Eechelen, L­-1499

NORD – Six installations photographiques

L-4280 Esch-sur-Alzette

scape) > 03.04 - 06.06.2021

Luxembourg-­Kirchberg

à ciel ouvert

info@konschthal.lu

Slide Show: Rethinking Nature > 01.06. -

Tél : (+352) 45 37 85 1

Jeroen Hofman 16/09/2020 - 15/09/2021

www.konschthal.lu

07.06.2021

www.mudam.com

Christian Aschman 25/09/2020 -

Schaufenster 3 : Caecilia Tripp: Liquid

Révélation(s) / Portfolio – Plateforme –

Enfin seules. Photographies de la collec-

24/09/2021

Earth

Luxembourg – édition 2021 > 2.06.2021

tion Archive of Modern Conflict > 01.05

Paolo Verzone 25/09/2020 - 24/09/2021

Armand Quetsch: by the same paths >

– 19.09.2021

Evgenia Arbugaeva 23/10/2020 -

29.05. - 29.08.2021

Cercle Cité – Espace d’exposition

22/10/2021

Lët’z Arles - Daniel Reuter (Providencia)

Ratskeller

Musée National d’Histoire et d’Art

Santeri Tuori 26/03/2021 – 25/03/2022

et Lisa Kohl (ERRE) > automne / hiver

Place d’Armes 2, rue du Curé L-1368

Luxembourg (MNHA)

Donovan Wylie 09/04/2021 – 08/04/2022

2021-2022

Luxembourg

Marché-aux-Poissons,

Tél : (+352) 46 49 46 - 1

L-­2345 Luxembourg

The Family of Man - Steichen Collections

www.cerclecite.lu

Tél : (+352) 47 93 30 ­1

CNA – Château de Clervaux

Rethinking Nature ( V.Bučan, A.

www.mnha.lu

L-9710 Clervaux

Mituykova, M. Ianchis, J. Blau, N. Floc’h ) >

Rethinking Landscape: Inka & Niclas,

Tél.: +352 92 96 57

30.04 - 27.06.2021

Daniel Reuter, Douglas Mandry, Bruno

www.steichencollections-cna.lu

Baltzer & Leonora Bisagno, Danila

The Family of Man > 01.03.2021 -

Tkachenko > 07.05 - 17.10.2021

01.01.2022

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I N F O R M AT I O N S P R AT I Q U E S / R E M E R C I E M E N T S

REMERCIEMENTS / THANKS TO Mme Sam Tanson, Ministre de la Culture

L E S GA L E R I E S S U I VA N T E S / T H E F O L LOW I N G GA L L E R I E S

M. Jo Kox, premier conseiller de Gouvernement au Ministère de la Culture Mme Lydie Polfer, Maire de la Ville de Luxembourg

ANTWERP

LUXEMBOURG

NK Gallery Antwerp

Galerie Fellner contemporary

Mme Josée Kirps, directrice des Archives nationales de Luxembourg

Pourbusstraat 19,

2a Rue Wiltheim

Mme Sanja Simic, responsable communication des Archives nationales de Luxembourg

2000 Antwerp

L-2733 Luxembourg

M. Claude D. Conter, directeur de la Bibliothèque Nationale du Luxembourg

www.nkgallery.be

www.fellnercontemporary.lu

Mme Nadine Esslingen, responsable de la médiathèque de la BNL

M. Kevin Muhlen, directeur du Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain

BERLIN

Galerie Nosbaum & Reding

Mme Stella Arieti, commissaire d’exposition au Casino Luxembourg -

Dorothée Nilsson Gallery

2 + 4, rue Wiltheim

Forum d’art contemporain

Potsdamer Straße 65

L-2733 Luxembourg

M. Paul Lesch, directeur du Centre National de l’Audiovisuel

10785 Berlin

www.nosbaumreding.lu

Mme Michèle Walerich, responsable du département photo au CNA

www.dorotheenilsson.com

Mme Daniela Del Fabbro, commissaire d’exposition au CNA

MOB-ART Studio

Mme Anke Reitz, responsable de la collection Edward Steichen au CNA

PARIS

19a Avenue de la Porte-Neuve

Mme Suzanne Cotter, directrice du Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne

Galerie Les Filles du Calvaire

L-2224 Luxembourg

Grand-Duc Jean

17, rue des Filles du Calvaire

www.mob-artstudio.lu

Mme Michelle Cotton, chef de département, programmation artistique et contenu,

75003 Paris

Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean

www.fillesducalvaire.com

M. Christophe Gallois, curateur, responsable des expositions, Mudam Luxembourg –

Valerius Gallery 1, Place du Théâtre

Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean

Galerie Maubert

L-2613 Luxembourg

M. Michel Polfer, directeur du Musée National d’Histoire et d’Art Luxembourg

20 rue Saint-Gilles

www.valeriusartgallery.com

M. Timothy Prus, directeur de l’Archive of Modern Conflict, Mudam Luxembourg –

75003 Paris

Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean

www.galeriemaubert.com

M. Ruud Priem, conservateur du Musée National d’Histoire et d’Art Luxembourg Mme Ainhoa Achutegui, directrice du CCR Neimënster

ZÜRICH

M. Claudio Minelli, responsable des expositions CCR Neimënster

Bildhalle Galerie

Mme Christiane Sietzen, responsable des services culturels de la Ville de Luxembourg

Stauffacherquai 56

Mme Anouk Wies, directrice artistique du Cercle Cité – Ratskeller espace d’exposition

CH-8004 Zürich

Mme Vanessa Cum, coordinatrice culturelle de la Ville de Luxembourg

www.bildhalle.ch

M. Guy Thewes, directeur Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg Mme Gabriele Grawe, conservatrice à la Villa Vauban - Musée d’Art de la Ville de Luxembourg

BOURSE REGARDS SANS LIMITES / BLICKE OHNE GRENZEN

Mme Annick Meyer, directrice Clervaux Cité de l’Image

PA R T E N A I R E S / S O U T I E N S F I N A N C I E R S

Mme Marlène Kreins, directrice des centres d’art de la Ville de Dudelange

Nouvel Observatoire Photographique du Grand-Est

M. Christian Mosar, directeur artistique de la Konschthal Esch Mme Florence Reckinger-Taddeï, présidente de Lët’z Arles M. Bruno Perdu, ambassadeur de France, Luxembourg Mme Laurence Lochu, directrice de l’Institut français, Luxembourg M. António Gamito, ambassadeur du Portugal au Luxembourg Mme Adília Martins de Carvalho, directrice du Centre Culturel Portugais - Camões

Région Grand-Est Département de la Moselle Ministère de l’Education et de la Culture de la Sarre Saarländisches Künstlerhaus Saarbrücken e. V Abbaye de Neumunster

M. Philippe Dupont, associé Etude Arendt Mme Danielle Igniti, commissaire d’exposition M. Alex Reding, galeriste M. Luc Schroeder, galeriste M. Gerard Valerius, galeriste Mme Yasemin Elci, commissaire d’exposition

THE EMOP NETWORK BERLIN

LUXEMBOURG

City of Berlin

Café-Crème asbl, Paul di Felice,

Tim Renner

Pierre Stiwer, directors

(Permanent Secretary for Cultural Affairs) Moritz van Dülmen

PARIS

(director of Kulturprojekte Berlin)

Emmanuelle Halkin, commissaire membre

Oliver Baetz,

du Comité artistique du collectif FETART

manager of Kulturprojekte Berlin and the European Month

VIENNA

of Photography Berlin

Dr. Bettina Leidl, director of Kunst Haus Vienna

LISBONNE

Verena Kaspar-Eisert,

Imago Lisboa, Rui Prata

curator at Kunst Haus, Vienna

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2021

COLOPHON Editor / Publisher

Droits / Credits

Paul di Felice, Pierre Stiwer ( Café­-Crème asbl )

All pictures if not otherwise stated: courtesy and copyright The Artist No part of this publication may be reproduced or transmitted in any form or by

Organisation du Mois européen de la photographie Luxembourg /

any means, electronic or mechanical, including photocopy, recording or any other

Managers of EMoP Luxembourg

information storage and retrieval system, without prior permission in writing from

Paul di Felice, Pierre Stiwer (directeurs)

the publisher.

Assistante principale / Main assistant

Imprimé / Printed

Krystyna Dul

Offset Printing House KOPA, Vilnius, Lituanie

Traductions selon indications / Translations as indicated

ISBN 978-99959-674-8-2

Pierre Stiwer & Simon Welch; Claire di Felice photo de la couverture / cover photo Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg

Vanja Bučan ©

Cristina Dias de Magalhães & Café-Crème asbl Conception graphique / Graphic Design hyke.studio

BERLIN, LISBONNE, LUXEMBOURG, PARIS, VIENNE

NOSBAUM & REDING ART CONTEMPORAIN

Saarländisches Künstlerhaus Saarbrücken e.V.

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