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Mois européen de la photographie Luxembourg 2015

photographie et mémoire


photographie et mémoire

Mois européen de la photographie Luxembourg 2015


Editeurs Paul di Felice, Pierre Stiwer Café-Crème asbl Organisation Paul di Felice, Pierre Stiwer, Cristina Dias de Magalhães Presse et Communication Beryl Koltz Coordination de la publication Claire Buchler Relecture, traductions Claire Buchler, Cristina Dias de Magalhães, Françoise Poos Conception graphique Virág Bogyó, Zoltán Szmolka Droits Toutes les images, sauf indication contraire: © et courtesy de l’artiste.

Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans l’autorisation écrite de son auteur. Imprimé Győr, Hongrie ISBN 978-99959-674-4-4 Photo de la couverture Vee Speers - Untitled #5 (Discus Thrower), de la série Bulletproof, 2013


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Sommair e

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Introduction

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EMoP Arendt Award Arendt & Medernach

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Memory Lab I - Photography challenges History : Ré-écritures Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (Mudam)

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Memory Lab II - Photography challenges History : Le passé du présent Musée national d’histoire et d’art Luxembourg (MNHA)

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Memory Lab III - Photography challenges History : Traces Cercle Cité - Ratskeller

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Memory Lab IV - Photography challenges History : Transit Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain

46

M + M - 7 Tage Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain

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Worst Day of My Whole Life Centre d’Art Nei Liicht

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Illumination is the New Interior Sensation AICA KIOSK

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Apprendre à dormir la nuit

Chapitre premier : Les fondations du rêve Luxembourg Center for Architecture (LUCA)

60 Involvement Clervaux - Cité de l’Image 66

Disparition(s) Arsenal Metz

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Avoir Lieu Société Générale - Institut Français

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Personne ne croit que je suis vivant

Dalston Anatomy

Family of Man

The Bitter Years Centre National de l’Audiovisuel (CNA)


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Tony Dutreux: Voyage en Orient Bibliothèque nationale de Luxembourg

88

August Sander / Michael Somoroff - Absence of Subject Villa Vauban - Musée d’art de la ville de Luxembourg

92

La projection du passé Archives nationales de Luxembourg

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Giostra Galerie Nosbaum & Reding

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Konstellation Benjamin

Là s’en vont les seigneuries Galerie du Curé

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Lieux d’être(s) Lucien Schweitzer Galerie & Editions

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Andrea Pichl in dialogue with Zoe Leonard Krome Gallery

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Giacomo Costa - Persistent Time Galerie Clairefontaine

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Atlas Italiae Mémoires en transitions Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster (Neimënster)

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Passé - Présent / Transformations Université du Luxembourg

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EMoP Highlights Abbaye de Neumunster

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Biographies

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Informations pratiques

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Remerciements

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Partenaires


Mois européen de la Photographie Luxembourg 2015 Cinquième Édition

Au fil des trente dernières années, la photographie s’est imposée aux yeux du grand public comme expression artistique à part entière au même titre que les autres arts. Les débats qui ont agité les esprits dans le passé, quant à savoir si on pouvait voir en la photographie une rivale de la peinture ou si elle pouvait échapper à son rôle d’outil de documentation, se sont évanouis. Elle connaît aujourd’hui bien d’autres défis. Les grandes capitales de l’Europe, comme Paris, Berlin ou encore Vienne ont leur festival consacré à la photographie - pour certaines depuis des décennies - souvent avec plus de cent expositions par capitale, dans les lieux les plus divers. Fréquemment, on enregistre une affluence record pour certaines expositions qui présentent des photographes de renommée mondiale. Les « petites » capitales de l’Union européenne ont emboîté le pas : Bratislava, Ljubljana et bien sûr la ville de Luxembourg ont leur festival. Le nôtre connaît en 2015 sa cinquième édition, si on ne compte que les manifestations organisées conjointement avec les partenaires du réseau « European Month of Photography », un réseau international de huit capitales européennes. Dès 2000, notre association avait cherché à donner une nouvelle dimension aux contacts internationaux qu’elle entretenait depuis sa fondation en 1984; on avait ainsi pu organiser une série d’expositions à la Chapelle du Rham en collaboration avec le Centre Culturel Français, l’Ecole supérieure d’art du Havre et l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, initiative appuyée par la Ville de Dudelange. Depuis 2005, notre association est membre du Mois européen de la Photographie et c’est avec ce réseau et dans ce réseau qu’elle présente aujourd’hui ses expositions. Depuis 2006, ce groupe s’est créé des structures toujours plus solides au point de se doter de statuts et de s’engager, encore plus que dans le passé, dans la mise en place de grands projets européens autour de la photographie. Entre 2006 et 2012, quatre expositions internationales ont vu le jour qui évoquaient toutes le délicat statut de la photographie dans un monde bouleversé quasi annuellement par l’arrivée de nouvelles technologies et l’hybridation des médias. Plus récemment, les réseaux sociaux ont également contribué à renouveler la place de la photographie dans tous les contextes sociaux et culturels. La circulation de la photographie sur Internet, la crise des médias, ont, de nouveau, changé notre façon de voir et de documenter notre environnement. Elle modifie également la pratique de l’artiste - photographe qui ne peut rester indifférent à son rôle, à sa fonction de porteur de message, notamment dans un contexte politique troublé.


L’édition de 2015 est ainsi placée sous le signe de la mémoire et de l’histoire. Cette thématique a permis d’intégrer certains événements-clés de l’histoire de l’Europe, notamment les grandes guerres du XXème siècle tout comme des conflits plus récents. Même si le thème directeur n’est en aucun cas imposé aux participants, il permet de s’orienter et de se retrouver dans cet ensemble d’expositions autour de la photographie et de la mémoire. Le Luxembourg a toujours eu le privilège de pouvoir associer, sur un territoire exigu, différents partenaires : le Ministère de la Culture, la Ville de Luxembourg, les musées nationaux, les institutions des communes, les galeries privées ou les institutions financières se complètent quand il s’agit de mettre en place un événement comme celui du Mois européen de la Photographie. La Ville de Luxembourg a ainsi confirmé son soutien à cette initiative et participe à travers des expositions au Cercle Cité - Ratskeller et à la Villa Vauban. Un axe principal est développé au Mudam, au MNHA, au Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain et au Cercle Cité sous une thématique commune : la photographie dans sa relation à la mémoire (sous le titre de Memory Lab - Photography challenges History). On sait qu’à partir des années 90, le CNA a ouvert le chemin à la photographie en attirant l’attention sur une figure emblématique de l’histoire de la photographie : Edward Steichen, né Luxembourgeois. La ville de Dudelange est ainsi devenue - à travers le CNA, mais aussi particulièrement grâce à son Centre d’Art Nei Liicht - un précurseur de la photographie. Aujourd’hui, Clervaux - où est installée maintenant la Family of Man - a emboîté le pas en soutenant des initiatives dans le domaine de la photographie contemporaine à travers le projet « Clervaux - Cité de l’Image ». On est heureux de pouvoir accueillir des initiatives lancées par le privé comme les galeries Clairefontaine, Nosbaum & Reding, Schweitzer ou encore la galerie du Curé ou Krome Gallery. Mentionnons bien évidemment la collection de photographie contemporaine de Arendt & Medernach qui s’est constituée au fil des ans en collaboration avec Café-Crème asbl et qui apporte un soutien important à nos initiatives notamment par la création du prix Arendt & Medernach pour le Mois européen de la Photographie (European Month of Photography Arendt Award). Lors de la remise de ce prix d’une dimension internationale, les partenaires des huit capitales ainsi que les artistes candidats seront présents. La Bibliothèque nationale et les Archives nationales reprennent cette année leur partenariat après rénovation de leurs lieux d’exposition. Le CCR Neimënster à proximité, fidèle soutien de notre initiative depuis ses débuts, prolonge le parcours des promeneurs avec trois expositions dans ses locaux. On peut ainsi se féliciter de pouvoir réunir de nouveau, sur plusieurs semaines, un bel éventail d’expositions au Luxembourg dans le domaine de la photographie et des arts visuels en général. 

Paul di Felice & Pierre Stiwer



pour Café-Crème asbl, mars 2015

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www.arendt.com

A r e ndt & M e d e rnach

biographies p. 126-127 informations p. 128-129

European Month of Photography Arendt Award Marcell Esterházy, Andreas Mühe, Borut Peterlin, Lina Scheynius, Tatiana Lecomte (Lauréate )

Commissaire d’exposition : Paul di Felice


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Pour la deuxième édition du Prix « European Month of Photography Arendt Award », l’étude Arendt & Medernach présente les œuvres d’artistes émergents qui ont été préselectionnées parmi les oeuvres du projet commun Memory Lab - Photography challenges History des huit capitales d’EMoP (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Le thème qui se décline en plusieurs parties aborde des sujets liés à la réinterprétation du document historique, la réutilisation artistique de l’archive, la juxtaposition de réalité et de fiction ainsi qu’à l’approche transhistorique. Qu’elle soit en rapport avec l’histoire autour de la deuxième guerre mondiale, qu’elle s’inspire de l’histoire des conflits plus récents ou qu’elle soit simplement reliée à la mémoire par l’approche biographique, la photographie de ces cinq

double page : Tatiana Lecomte - B. B. (Bergen-Belsen), 2006 120 × 160 cm, C-prints


artistes témoigne d’une nouvelle conscience politique des artistes photographes

tiana Lecomte elle est souvent plus dans

aujourd’hui. Elle révèle aussi des positions artistiques qui permettent de dé-

l’absence que dans la présence. C’est en

construire les représentations schématiques qui constituent notre mémoire col-

obstruant notre regard qu’elle parvient

lective.

à nous montrer ce qui est caché derrière

Dans sa série Obersalzberg, l’artiste allemand Andreas Mühe s’inspire de l’esthé-

les choses.

tique qui renvoie à l’image du nazisme comme elle a été véhiculée à l’époque par

Une approche de l’histoire sous un angle

le photographe Walter Frentz. A travers ses mises en scène décalées dans les-

plus social et individuel nous est mon-

quelles interviennent des amis acteurs en uniforme, il provoque cette ambiguïté

trée par l’artiste suédoise Lina Scheynius.

du message qui, dans sa connotation historique, se décline en images fascinantes,

En substituant ses photographies per-

ironiques et distanciées à la fois.

sonnelles, réalisées en 2009 comme un

A l’opposé de l’approche artistique d’un Mühe, Tatiana Lecomte, artiste fran-

journal intime aux images entrées dans

co-autrichienne, lauréate du EMoP-Arendt Award 2015, parle de cette même

notre mémoire collective de cette ville

époque en prenant comme thème récurrent les camps de concentration. Que

de Sarajevo détruite par la guerre, elle

ce soit à travers les séries Zement, Oradour ou B.B. (Bergen-Belsen), elle s’inté-

a voulu donner une nouvelle vision de

resse plus à la difficulté de représenter ces lieux qu’à la vision directe. Pour cela

cette ville. En mélangeant les vues de

elle utilise différentes techniques comme l’image trouvée qu’elle agrandit (Ora-

la ville avec ses autoportraits et les si-

dour) ou la photographie faite par elle-même mais où elle cache une partie en

tuations avec son ami, elle raconte son

posant une feuille sur la photo pendant le développement (Zement). Le sujet est

histoire personnelle tout en faisant indi-

évoqué par le titre, mais la vision est perturbée et les lieux ne sont plus recon-

rectement référence à la mémoire et

naissables, voire identifiables. Dans B.B., un autre camp de concentration où les

à l’histoire de Sarajevo.

baraques avaient été brûlées, Tatiana Lecomte gratte la couche photographique

Dans la série The Great Depression du

comme si paradoxalement cet acte iconoclaste puisse faire ressortir la mémoire

Slovène Borut Peterlin, le rapport à l’his-

du lieu. En faisant apparaître ainsi des taches orange qui ressemblent au feu, elle

toire nous est donné par le titre comme

fait référence à l’histoire du lieu en procédant par une espèce de hors-champ

par la réalisation d’une technique an-

photographique. Contrairement à ce qu’on pense généralement de la photogra-

cienne : le procédé au collodion. Prises

phie, en la considérant comme le médium de l’enregistrement du réel, pour Ta-

entre 2012 et 2014 et réalisées dans un

page de gauche : Borut Peterlin - Great Depression 1912-13 50 × 70 cm, ambrotype page de droite: Andreas Mühe - Doenitz 43 I, de la série Obersalzberg, 2012 140 × 110 cm, C-print courtesy l’artiste et Carlier I Gebauer, Berlin


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12 style Vintage, pour rappeler d’autres crises historiques, ces photographies de paysages industriels déserts et de lieux de travail abandonnés, représentent la crise économique des dernières années en Europe. Avec The End of the Long March, l’artiste hongrois Marcell Esterházy utilise la métaphore du cerf pour questionner l’histoire. Animal mythique, majestueux avec sa ramure qui est le symbole de la fertilité, de la mort et de la renaissance, ce gibier noble est souvent représenté dans l’art. L’œuvre magnifique de Marcell Esterházy réalisée en 2011 est basée sur une photographie d’album de famille, prise par son grand-père en 1935. D’après les documents trouvés, cet animal aurait été abattu par l’archiduc Joseph August, prince de Hongrie et de Bohème. La nuit de chasse correspondrait au dernier jour de la longue marche de Mao Zedong durant la guerre civile chinoise, le 19 octobre 1935. Ainsi, cette photographie fait allusion à deux endroits et situations antagoniques réunis en quelque sorte par le titre. En lui donnant une conception contemporaine, Esterházy, en opposant le cerf abattu au ciel bleuté étoilé (transfert positif de moisissures et de larmes à partir du négatif), réussit à exprimer le drame humain dans toute sa complexité. L’histoire apparaît différemment selon les perspectives que les artistes ont tracées. Chaque œuvre dans cette sélection est une tentative de défier la mémoire selon l’angle personnel du photographe. Finalement, ce sera l’attention du spectateur qui sera déterminante dans l’interprétation de ces œuvres qui témoignent toutes d’un décalage historique et d’une distanciation esthétique qu’il ne faudra pas négliger. 

Paul di Felice

page de gauche : Marcell Esterházy - The End of the Long March, 2011 110 × 65 cm, D-print page de droite : Lina Scheynius - Untitled (Sarajevo), 2009 80 × 53 cm, C-print courtesy l’artiste et Christophe Guye Galerie, Zurich


www.mudam.lu biographies p. 126-127 informations p. 128-129

M usé e d ’art mod e rn e G rand - D uc J e an ( M udam )

Memory Lab I Photography challenges History Ré-écritures David Birkin, Broomberg & Chanarin, Antony Cairns, Tatiana Lecomte, Gabor Ősz, Vera Frenkel

Commissaires d’exposition : Paul di Felice et Pierre Stiwer La photographie contemporaine, surtout dans son développement post-photographique, fait émerger des artistes qui questionnent l’image en tant que médium. Plutôt que d’inventer de nouvelles images, ces artistes se servent de la photographie pour «  ré-écrire  » et /ou «  re-présenter  » (présenter autrement) les événements historiques et politiques en s’appuyant souvent sur des représentations existantes, tout en y faisant apparaître des traces personnelles. Parfois, leur commentaire visuel est captivant, voire caustique ou déroutant. Les images ainsi réinterprétées, qu’elles soient photographiques ou vidéographiques, mettent volontairement le spectateur sous tension. Par le jeu de fascination et de distanciation occasionné par les nouveaux formats présentés dans le cadre muséal, l’artiste arrive à changer le message. Ainsi, il intervient sur le flux de la communication, déconstruit la narration originale de l’image et confère aux photographies et aux vidéos une nouvelle dimension esthétique.

page de gauche : David Birkin - Iconographies, 2013 Ayatollah 103 × 73 cm, C-print courtesy l’artiste et Sumarria Lunn Gallery, Londres page de droite : David Birkin - Iconographies, 2013 Pompidou 103 × 73 cm, C-print courtesy l’artiste et Sumarria Lunn Gallery, Londres


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Avec sa série Iconographies (2013) (7 portraits de « leaders » politiques, militaires et religieux de l’ère de la Guerre froide), David Birkin revisite la photographie de presse. En ouvrant la porte du musée à ces images dont la destination était une toute autre, il dénonce en quelque sorte le déclin du journalisme. Sélectionnées à partir d’une archive de plus de cinq cents mille clichés, ces images de planchecontact ont été agrandies et « dé-légendées », tout en gardant les retouches et annotations de l’éditeur. La source d’inspiration chez Broomberg & Chanarin est aussi souvent l’archive. Leur livre Holy Bible et la série de photographies qui s’y rattache sont inspirés du carnet de notes de Bertolt Brecht, qui était en fait sa bible personnelle dans laquelle il collait des images, soulignait, biffait et écrivait des phrases au quotidien. Dans la série Divine Violence ils combinent des images provenant de The Archive of Modern Conflict avec des phrases de la bible soulignées en rouge. L’histoire et l’actualité sont réécrites à travers une démarche qui lie le privé et le public, les faits et leurs interprétations.

Broomberg & Chanarin - Psalms, Divine Violence, King James Bible, 2013 209 × 187,5 cm, D-print sur papier Hahnemühle courtesy l’artiste et Lisson Gallery, Londres


page de gauche : Antony Cairns - LDN_027, LDN, 2012 épreuve à la gelatine argentique sur aluminium Antony Cairns - LDN_021, LDN, 2012 épreuve à la gelatine argentique sur aluminium page de droite : Antony Cairns - LDN_062, LDN, 2012 épreuve à la gelatine argentique sur aluminium


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L’installation vidéo The Blue Train de l’artiste canadienne Vera Frenkel, qui rassemble des vidéos, des images fixes et des textes, raconte le voyage de la mère de l’artiste fuyant l’Allemagne nazie pour se rendre à Paris. Inspirée par des images de Black Star Archive et le fond Werner Wolff de l’université Ryerson, cette installation mélange le document et la fiction, le privé et le public et crée, par la multiplication des perspectives, une narration à la fois sereine et émotive. Dans la série LDN d’Antony Cairns, la narration est perturbée par une temporalité décalée qui la rend très mystérieuse. En utilisant le film 35 mm et la solarisation, ses « urban scapes » semblent évoluer hors du temps. Comme figées entre présence et absence, entre passé et futur, ses vues urbaines nous racontent une histoire apocalyptique à partir d’un réel défiguré par le procédé photographique.

double-page : Tatiana Lecomte - Zement (Ebensee), 2006 120 × 160 cm, C-print


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Dans l’ensemble de l’exposition cette démarche photographique, qui prend une dimension politique par la mise en abyme du sujet, est accentuée par la juxtaposition entre des images qui s’opposent ou qui se correspondent entre elles, tout en activant la mémoire collective. Avec Zement de Tatiana Lecomte, le lieu, qui se limite visuellement à l’emplacement de la marie-louise, devient presque abstrait. Le nom de la série provient du code militaire et politique qui indiquait l’emplacement des camps de concentration à Ebensee, devenu une cité après la guerre. Comme souvent chez Lecomte, la photographie, qu’elle soit trouvée ou réalisée par l’artiste, témoigne des traces historiques des lieux qu’elle repère et qui se révèlent fragmentés au spectateur comme une espèce d’acte photographique iconoclaste.


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L’importance de la construction visuelle dans ces œuvres comme l’incitation à un regard critique sur les représentations se manifestent aussi à travers l’installation vidéo Das Fenster de Gàbor Ősz. Le paysage enchanteur n’est rien d’autre que la montagne Obersalzberg, un lieu très chargé historiquement qui dégage une aura mystique et inquiétante, cela depuis le Moyen Age jusqu’au siècle dernier (Hitler y avait sa résidence d’été). Ainsi, l’ensemble des œuvres exposées, que ce soit par le détournement médiatique et plastique ou la réappropriation d’iconographies historiques et religieuses, ouvre de nouvelles voies à l’interprétation du champ de l’actualité en référence directe ou sublimée au passé. 

Paul di Felice / Pierre Stiwer

page de gauche : Vera Frenkel - The Blue train, 2012 installation à écrans multiples, vidéo, photo, texte courtesy l’artiste avec l’aimable soutien de Ryerson Image Centre, Toronto Vue de l’exposition Memory Lab I - Photography Challenges History : Ré-Écritures, 07.03.2015 - 31.05.2015, Mudam Luxembourg @ Photos : Rémi Villaggi / Mudam Luxembourg Vera Frenkel - The Blue Train, 2012 installation à écrans multiples, vidéo, photo, texte courtesy l’artiste avec l’aimable soutien de Ryerson Image Centre, Toronto page de droite: Vera Frenkel - The Blue train, 2012 installation à écrans multiples, vidéo, photo, texte courtesy l’artiste avec l’aimable soutien de Ryerson Image Centre, Toronto


Gabor Ősz - Das Fenster (La Fenêtre), 2012 installation vidéo, projections analogues et HD courtesy l’artiste et Galerie Loevenbruck, Paris


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www.mnha.lu biographies p. 126-127 informations p. 128-129

M usé e national d ’ histoir e e t d ’art Lux e mbourg ( M N H A )

Memory Lab II Photography challenges History Le passé du présent Antoine d’Agata, Erwin Olaf, Andreas Mühe, Adrien Pezennec, Bettina Rheims, Lina Scheynius, Vee Speers, Gábor Gerhes, Silvio Galassi

Commissaires d’exposition : Paul di Felice et Pierre Stiwer Le regard que la photographie contemporaine porte sur les événements du passé - guerres du siècle dernier et conflits ou tensions plus récents - n’est pas celui du journaliste ou de l’historien. Elle a, de la deuxième guerre mondiale ou de la période d’avant-guerre, une vision qui combine à la fois fascination et mise à  distance. Sur l’histoire récente, celle des Balkans notamment, elle porte le regard du voyageur impromptu qui est parti à la rencontre de l’histoire. Celle-ci fournit la scène, le cadre, où se joue maintenant une autre pièce de théâtre qui, elle, évoque plus notre époque qu’un passé, pour certains, déjà lointain. Derrière l’élégance et le sublime de certaines images se profilent des angoisses. C’est ainsi que la photographie, tout en faisant référence au passé, ou même sans s’en donner l’air, parfois même sur un mode enjoué, décline un registre de sentiments très personnels où se mélangent références historiques, destin personnel et pensée prémonitoire. Le portrait, fréquemment, en est le miroir inconditionnel. La photographie d’Erwin Olaf dans Berlin (2012) repose sur la mise en scène; il en montre les endroits historiques, emblématiques ou accueillants sur un mode très personnel, voire ambigu. La ville qu’il évoque est bien entendu hors du temps, mais rappelle avec évidence le Berlin d’avant-guerre. Attitudes, vêtements et références symboliques font penser à l’esthétique des années trente. Au sujet de ce travail, il écrit : « Il y a des endroits à Berlin, on se croirait dans l’œil d’un cyclone. Partout ceux qui visitent la ville voient directement l’opulence des riches, mais parfois aussi un passé lugubre. J’ai repris le thème du pouvoir qui me fascine depuis le début de mon travail en le projetant sur des photos d’adultes mais aussi d’enfants. » Dans son travail Obersalzberg (2011/12), Andreas Mühe reconstruit sur un mode analytique des photos qui relèvent de l’histoire de l’Allemagne et qui ont disparu


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page de gauche : Antoine d’Agata - Phnom Penh, 2006 80 × 60 cm, lambda print courtesy l’artiste et Galerie Les Filles du Calvaire, Paris page de droite : Antoine d’Agata - Oświęcim, 2002 205 × 130 cm, lambda print polyptique courtesy l’artiste et Galerie Les Filles du Calvaire, Paris


28 de la mémoire collective. Le Obersalzberg était la résidence d’été d’Adolf Hitler et de nombreuses décisions concernant le Reich ont été prises en cet endroit. La personne à laquelle il fait référence est le photographe Walter Frentz qui contribua considérablement à asseoir la réputation et l’image d’Adolf Hitler dans l’esprit des Allemands et du monde, tout comme Heinrich Hoffmann, autre photographe officiel de l’entourage direct d’Hitler. Andreas Mühe s’applique à styliser ses modèles. Ses images peuvent être raccordées à l’esthétique nazie, mais nécessitent un deuxième regard qui détectera une approche plus nuancée : un officier en train de pisser devant un paysage grandiose, un autre privé de son uniforme, nu, ce qui ré-équilibre différemment le sens de ces images. Dans sa série Neue Ordnung (Ordre nouveau, 2013), Gábor Gerhes plonge dans ce qui détermine les rapports entre pouvoir et individu. Il nous introduit dans le

page de gauche : Vee Speers - Untitled #5 (Discus thrower), de la série Bulletproof, 2013 96 × 120 cm, C-print page de droite : Erwin Olaf - Portrait 01, 22nd of April, de la série Berlin, 2012 120 × 90 cm, C-print courtesy l’artiste et Galerie Wagner + Partner, Berlin


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30 monde des sociétés secrètes et de la conspiration. Les membres de ses sociétés - qui sont les produits de son imagination - peuvent être les Jésuites, les Illuminati, les Francs-Maçons, les communistes ou même des extraterrestres. L’artiste développe le sujet à sa manière et selon une méthode analytique qui lui est propre pour donner vie dans la photographie, aux théories du complot et à leurs procédés rhétoriques qui défendent l’idée qu’il existe une structure secrète planétaire qui dépasse les Etats et leurs gouvernements. Sarajevo (2009) de Lina Scheynius est un élément d’un journal intime. Pendant trois semaines elle se baladait dans la ville, parlait aux gens, essayait de comprendre ce qui s’était passé et comment la vie se déroulait aujourd’hui. C’était une façon personnelle de nouer une relation intime avec une ville. Lina Scheynius représente une catégorie de jeunes artistes dont la relation avec le passé douloureux n’est pas ancrée dans une expérience personnelle directe. Les photos qu’elle produit sont nées spontanément et sont le miroir d’une vision personnelle des choses où le conflit est présent sur un mode symbolique, comme sous-jacent au monde de l’image. Almost History d’Adrien Pezennec est un travail où le photographe donne à voir un cimetière, une piste de bobsleigh, des rails, un plongeur, un carré d’herbes, un stade, un bus, un touriste, un ventilateur, un taxi, un pont… Ces images évoquent

page de gauche : Gábor Gerhes - New Order, 2013 56 × 70 cm, lambda-print courtesy l’artiste et acb Galéria, Budapest page de droite : Andreas Mühe - Stephan, de la série Obersalzberg, 2012 140 × 110 cm, C-print courtesy l’artiste et Galerie Carlier Andreas Mühe, Walter Frentz I, de la série Obersalzberg, 2011 180 × 240 cm, C-print courtesy l’artiste et Carlier | Gebauer, Berlin


indirectement l’histoire ou essayent de raconter une histoire, de construire une narration ne serait-ce que d’une tranche d’histoire, d’inventer un récit, de le formuler en des mots. Ce travail est une tentative de reconstruire l’histoire à travers le récit des gens. Pour le touriste, l’histoire ne surgit que dans les explications des dépliants. Ce qui reste du passé, souvent, n’est que ruine et objets trouvés ou des photos. Il y quatre ans, Bettina Rheims lançait un appel sur Facebook pour que se manifestent des jeunes gens – hommes ou femmes – qui se sentaient « différents » ou «  particuliers ». Le but du travail Gender Studies consistait à donner à ces


personnes une voix, à travailler à leur reconnaissance. Ils avaient le courage d’interroger leur identité à un degré tel qu’ils étaient disposés à en changer. Etant donné les débats tendus qui existent aujourd’hui dans nos sociétés sur l’acceptation ou le rejet de l’homosexualité et leur condamnation par certaines religions, il n’était que naturel d’inclure ses images. Elles ne pointent pas directement vers le passé, mais prennent racine dans une époque qui considérait les homosexuels comme appartenant à une « race inférieure ». Les photographies de Vee Speers se situent au point de convergence - très caractéristique pour notre époque - des désirs intemporels, idéaux et de formes qui ont envahi les esprits d’une société de consommation sous l’emprise des médias et des nouvelles technologies qui déterminent sa culture. Les immortels est un ensemble de photos qui montrent des individus bien réels, jeunes et beaux, mais comme isolés, exposés et vulnérables. Dans Birthday Party, la photographe saisit en certaines images l’étrange et le fragile, la beauté des jeunes enfants à qui on donne une arme. Ces images sont également l’écho des canons de beauté de la société occidentale.

page de gauche : Silvio Galassi - Spectres (Ghosts), 2013-14 51 × 41 cm, D-print page de droite: Bettina Rheims - Pierre B., de la série Gender Studies, juin, Paris, 2011 111,4 × 87,5 cm, C-print


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Pour Antoine d’Agata, la photographie est une arme. Elle permet de faire face à la réalité. Les fêtes barbares de la chair se dissolvent dans la réalité du crime ou de la perversion. Toute morale est niée ; l’expérimentation prime sur l’ordre  ; la volonté de risquer la contamination affronte l’obsession de rester préservé  ; la promiscuité contre la frustration organisée  ; la violence contre la brutalité du pouvoir. La photographie se rattache à une expérience personnelle et elle révèle sans concession la société dans toute sa brutalité et cruauté. Entre souffrance réelle et sexualité débridée, les frontières sont floues quand on considère les images hors contexte, surtout quand ce contexte est historique. La série Spectres de Silvio Galassi est particulière en ce sens que l’artiste ne prend pas des photos, il les fabrique. Comme dans son travail précédent sur les paysages, il choisit des images ou négatifs dans un archive personnel acheté au marché aux puces. D’où proviennent ces images que l’on ré-interprète ou recontextualise ? Cela importe peu ! Ce qui compte pour Silvio Galassi, ce n’est pas l’identification d’un individu dans la photo, mais la révélation d’autres réalités à travers la figure humaine sur qui le temps a laissé ses traces. Ces images retracent un destin qui restera à jamais inconnu, mais nous devons légitimement conclure que la mort clôt toute existence. En ce sens, face à ces images, on essayera de figurer quelle fut la vie de ces personnes, mais formellement on ne pourra conclure qu’elles sont toutes mortes dans l’anonymat. Les images floues et maculées de Galassi, du fond desquelles émergent des visages mystérieux, installent un doute auprès du regardeur qui ne sait plus ce qu’il voit réellement et ce qu’il imagine. 

Paul di Felice / Pierre Stiwer


page de gauche : Adrien Pezennec - Almost History, 2010 50 × 50 cm (each), piezo prints courtesy l’artiste et ENSP Arles page de droite : Lina Scheynius - Untitled (Sarajevo), 2009 formats variables, C-print courtesy l’artiste et Christophe Guye Galerie, Zurich


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C e rcl e C ité – R atsk e ll e r

Memory Lab III Photography challenges History Traces Henning Rogge, Attila Floszmann, Sarah Schönfeld, Tanja Boukal, Jonathan Olley, Tatiana Lecomte Commissaires d’exposition : Paul di Felice et Pierre Stiwer Les photographies qu’on peut voir dans cette exposition se réfèrent historiquement à des conflits très divers : pour Jonathan Olley, les tranchés de la 1ère guerre mondiale forment le sujet de ses photographies, pour Henning Rogge, ce sont les cratères de la deuxième guerre mondiale. Ce que ces travaux ont de commun avec le travail de Tatiana Lecomte et Sarah Schönfeld, c’est que les événements y sont comme absents. Rien n’y évoque plus la barbarie de la guerre, sauf si on sollicite sa mémoire… ou quand on a des connaissances historiques. Même l’histoire récente, à travers les photos d’Attila Floszmann (le conflit en Lybie) ou les tableaux «  tricotés  » de Tania Boukal qui évoquent les soulèvements dans les pays arabes ou le sort des immigrés ou réfugiés de guerre, ne retiennent des événements que des images qui sont autant des traces de ce qui s’est véritablement passé. C’est l’émotion que produisent ces images, qui appelle à réagir à défaut de pouvoir nous positionner sur la connaissance de ce qui s’est véritablement passé. Nous associons volontairement, dans nos régions, la laine ou le tricot au bien-être, à la chaleur que fournit un environnement protégé. La tapisserie est présente dans nos sociétés depuis l’antiquité, on en garnissait les murs, pas seulement pour qu’elle nous préserve du froid et du bruit, mais aussi pour documenter ou éduquer moralement ses habitants. Alors que les tapisseries du Moyen Age mettaient fréquemment en image le paradis, les œuvres de Tania Boukal renvoient à la réalité des immigrants quand ils se décident de venir s’installer chez nous et se retrouvent dans ce qui est bien souvent tout le contraire d’un environnement paradisiaque. Les images montrent des êtres qui vivent en marge de la société. Ils luttent pour préserver leur dignité, aspirent à une vie meilleure pour eux-mêmes ou leur famille et se résignent, en échange, à la prostitution ou la haine de l’étranger.

page de gauche : Jonathan Olley - The Forbidden Forest, 2009 photographies page de droite : Henning Rogge - #41 Rotterbach und Hacksiefen, 2010 C-print Henning Rogge - #45 Bulau, 2013 C-print


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page de gauche: Tatiana Lecomte - Oradour, 2007–2009 126 × 122 cm, C-print Tatiana Lecomte - Oradour, 2007–2009 126 × 122 cm, C-print page de droite : Attila Floszmann - Silence after the Revolution, 2011 14 × 14 cm, polaroid Attila Floszmann - Silence after the Revolution, 2011 14 × 14 cm, polaroid

Le travail photographique de Jonathan Olley relève de la photographie docu-

au passé. Equipé de son appareil pho-

mentaire. Olley donne à voir la réalité, présente les choses « telles qu’elles sont ».

tographique, de guides ou de GPS,

Bien qu’il soit en mesure d’aller au-delà de la pure photographie de reportage

il parcourt les provinces allemandes,

à travers le choix du motif et de son regard personnel, il devient évident que son

traverse prairies et forêts. En prenant ap-

approche esthétique est particulière. Olley considère toujours aussi la topogra-

pui sur des photos aériennes, il est à la

phie ; son travail s’inscrit dans le temps, étant donné qu’il explore le contexte tant

recherche de ces endroits où bombes

historique, social et culturel des endroits ou environnements qu’il a choisis.

et grenades ont creusé la terre. Sa pho-

La Forêt interdite (2009) expose les effets à long terme de la guerre. Les images

tographie est silencieuse, rien n’y bouge,

montrent la bataille de Verdun, dans le nord-est de la France, une zone d’envi-

elle véhicule l’aura des temps passés. En

ron 1200 km2 et dont l’accès reste interdit à la majorité des gens et ceci depuis

prenant en photo un paysage d’une ap-

l’armistice de 1919. Pendant la guerre de 14-18, cette zone a été soumise à un

parente banalité, il leur rend une dignité

bombardement constant, d’une intensité jamais connue avant et jamais repro-

insoupçonnée. Son approche relève

duite depuis. La vieille forêt de hêtres a vu une des plus féroces batailles de la

d’une grande rigueur formelle. Le spec-

guerre ; pas moins de 150 obus sont tombés ici par m2 sur ce champ de bataille.

tateur plane au-dessus de la scène et ne

Ce ne fut pas seulement la plus longue bataille de la Grande Guerre, ce fut aussi

peut ni avancer ni reculer.

- parmi d’autres ignominies - le premier champ d’expérimentation du massacre à l’échelle industrielle. Le travail photographique de Henning Rogge, 70 ans après la 2eme guerre mondiale, apporte la preuve que les traumatismes de la guerre n’appartiennent pas


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La série Le silence après la révolution (2011) d’Attila Floszmann consiste en 24 images prises avec un vieux Polaroid SX-70 ou Polaroid 600 et qui réagissent de manière particulière aux conditions météorologiques qui règnent dans le désert. L’aspect quelque peu plat de l’image et le grain du film construisent une sorte d’intimité qu’il fallait - selon le photographe - absolument préserver vu qu’elles étaient prises dans un environnement où les blessures de l’âme n’avaient pas eu le temps de cicatriser. Pour cette raison aussi les images ne reflètent pas le fait que le photographe a risqué sa vie pour prendre ces images dans des territoires où des factions rivales continuaient à s’affronter. C’est ainsi que seul son passeport hongrois lui a permis d’échapper de justesse à une exécution sur le champ. Dans la série Envoie-moi une carte postale, Sarah Schönfeld présente des photos qui la montrent comme touriste à Auschwitz (2003). Elle commente ce travail de façon très personnelle dans un e-mail. « Personne ne peut vraiment parler d’Auschwitz; toute approche se révélera comme inappropriée ou grotesque. Et elle soulève une question essentielle par rapport au tourisme qui touche aux sites historiques. Y a-t-il une obligation morale à préserver Auschwitz de la profanation par les touristes, de considérer comme totalement inacceptable l’idée de la rénovation du site, la reconstruction même du camp de concentration ? Ou est-ce un ulcère que l’on ne saura faire disparaître de sorte que tout le monde puisse continuer à aller le contempler ? En installant des stands de hot-dogs ou des chiottes amovibles, on affaiblit le côté menaçant, sa puissance. Le monstre est apprivoisé, ce qui, finalement, nous permettra de voir le côté obscur de l’existence humaine. »

page de gauche : Sarah Schönfeld - Send me a Postcard (détails), 2003 cartes postales, tirages jet d’encre page de droite : Tania Boukal - All that Glitter and Gold (détails) tableau tricoté sur cadre


Le travail photographique de Tatiana Lecomte est traversé par une préoccupation fondamentale. Dans quelle mesure la photographie est-elle capable de donner à lire un événement historique ? Elle remet en question la prétention de la photographie à être une évidence et soumet à notre réflexion critique le rôle du document qu’est une photo. De quelle manière cette image participe-t-elle à la constitution de la narration historique, dans quelle mesure permet-elle la construction de l’histoire ? Elle part très souvent d’images trouvées ou d’images d’archive. Elle se rend aussi sur les lieux - dans notre cas Oradour - où la Gestapo, vers la fin de la guerre, a brûlé tout un village, ses habitants enfermés dans l’église – pour « photographiquement » partir à la recherche des traces qui pointent vers le comportement criminel. Le flou de la photo ou l’élimination de référents précis oblige le spectateur à s’investir autrement, au point que l’émotion suscitée par l’image contribue davantage à l’effet de mémoire que la photographie documentaire peut exprimer. 

Paul di Felice / Pierre Stiwer


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C asino Lux e mbourg F orum d ’art cont e mporain

Memory Lab IV Photography challenges History Transit Vladimir Nikolić, Adrian Paci, Aura Rosenberg

Commissaires d’exposition : Paul di Felice et Pierre Stiwer Les vidéos et photographies de Memory Lab IV - Photography challenges History : Transit au Casino montrent comment « passé et présent » sont traversés par une iconographie dialectique qui met le spectateur en « transit » par une recontextualisation de l’expérience personnelle et de l’histoire collective. La vidéo The First Murder de Vladimir Nikolić retrace par exemple le chemin de l’assassinat du roi yougoslave Alexander Ier à la Canebière de Marseille en juxtaposant le film de 1934 avec les prises de vues de 2004 (en replaçant les caméras aux mêmes endroits). La rue n’a que très peu changé en soixante-dix ans, mais dans la version contemporaine il n’y a pas d’assassinat. Selon l’artiste, cette absence est une façon de questionner la médiatisation d’événements tragiques dans le contexte de la banalisation de l’image d’aujourd’hui.

page de gauche : Vladimir Nikolić - The First Murder, 2008 installation vidéo à double projection, 2’25’’ page de droite : Aura Rosenberg - The Angel of History, 2013 captures d’écran HR courtesy l’artiste et Martos Gallery, New York


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page de gauche : Adrian Paci - Lives in Transit vidéo

De même, l’histoire personnelle et l’histoire collective sont au centre de beaucoup de projets d’Adrian Paci, artiste albanais vivant à Milan. Ces œuvres comme Lives in Transit (2013) ou Home to go (2001) parlent de situations conflictuelles et de conditionnements identitaires dans des contextes socioéconomiques. Fuyant les violentes émeutes dans son pays en 1997, Paci développe en Italie sa sensibilité artistique particulière qu’il exprime avec force visuelle en liant problématiques biographiques et politiques. Pour Aura Rosenberg, qui se réfère à Walter Benjamin, la série The Angel of History (2013) fait revivre « les ruines et les progrès de l’histoire » dans une compilation postmoderne qui entraîne le spectateur dans un véritable tourbillon de l’histoire. Comprimé en cinq minutes, le film, provenant d’images d’internet, retrace l’évolution du monde et l’histoire de l’humanité, de la formation des planètes aux constructions et ruines de l’histoire tout en questionnant la relation du présent et du passé. Au-delà de la volonté de faire renaître l’histoire dans la dialectique du présent, les propositions artistiques de Memory Lab IV - Photography challenges History constituent des moments de tensions où l’image re-présentée se distancie du flux médiatique comme du document archivé. 

Paul di Felice / Pierre Stiwer

page de droite : Adrian Paci - Home to go, 2001 C-print courtesy l’artiste et Kaufmann Repetto Galleria, Milan


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C asino Lux e mbourg F orum d ’art cont e mporain

M+M - 7 Tage Commissaire d’exposition : Kevin Muhlen L’exposition est soutenue par IFA L’exposition 7 Tage (7 jours) au Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain clôt le cycle de vidéos éponyme du duo d’artistes M+M (Marc Weis et Martin De Mattia). La série comprend sept installations réalisées successivement depuis 2009, sur une durée de presque sept ans. L’exposition au Casino Luxembourg a permis aux artistes de compléter les deux derniers épisodes et réunit pour la première fois l’ensemble de la série dans une présentation monographique. Tout au long du parcours d’exposition, le visiteur retrouve le même protagoniste, joué par l’acteur Christoph Luser, dans des situations apparemment banales et pourtant contradictoires, chacune révélant un autre aspect de sa personnalité ambivalente, parfois mélancolique, parfois menaçante. Le spectateur découvre ainsi, au fil de ces « sept jours », un kaléidoscope filmique des différentes facettes d’un personnage, de rencontres entre individus et de situations empreintes d’une tension sous-jacente. Les sept installations filmiques se réfèrent chacune à une scène clé d’un long métrage connu tel que le film d’horreur Tenebre de Dario Argento ou le film de danse Saturday Night Fever (La fièvre du samedi soir) de John Badham. Les versions de M+M s’éloignent de leurs modèles de manière à infléchir la lecture de l’histoire racontée. L’effet produit par la réduction et la simplification des dialogues serait banal si ce n’était que les nouvelles séquences de film recèlent une grande tension et suggèrent des significations nouvelles. Chaque installation se compose de deux projections parallèles correspondant aux deux nouvelles mises en scène, qui défilent de manière synchrone mais s’opposent en termes d’inflexion émotionnelle. Le protagoniste rencontre ainsi simultanément deux personnages différents dans deux scènes jumelles : interlocuteur, maîtresse imaginaire, victime d’un meurtre… Dans Montag (Lundi), par exemple, le même dialogue se noue entre un homme et sa femme et, parallèlement, entre l’homme et sa fille. Dans Samstag (Samedi), le protagoniste principal danse en même temps avec une fille et un jeune homme. Toute attribution claire (familiale ou érotique) se brouille au profit de nuances émotionnelles, tandis que les actions et les cadrages des deux variations se répondent image par image, de sorte à tisser un réseau complexe de paroles, de gestes et de musique. Les dialogues et actions quasiment identiques se mettent à osciller. Le dénominateur commun dans 7 Tage est un état de crise latent, un moment de basculement ou de flottement où le protagoniste, conscient ou non, se trouve à un tournant – en amant, en danseur ou en meurtrier.

page de droite: M+M - 7 Tage (Dienstag, 2015) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg M+M - 7 Tage (Donnerstag, 2011) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg


Un des principaux critères de sélection des séquences de film est la nature des relations humaines et la dimension psychologique qui leur est propre. M+M s’approprient le langage cinématographique pour explorer un sujet au cœur de la société : la construction et la dissolution de l’identité – celle de l’individu, du collectif ou du couple. La perception de l’identité, qu’elle soit supposée ou projetée, passe nécessairement par le langage, les expressions du visage, le langage corporel et les relations entre individus, produisant une multitude d’interactions, de relations et de tensions complexes. Le parallélisme des doubles projections – plus précisément la simultanéité de deux situations légèrement décalées – met en évidence les failles et les contradictions inhérentes à la personnalité du protagoniste principal, qui deviennent plus apparentes encore au fil des « sept jours ». L’identité de ce protagoniste semble incertaine et nomade. Elle se compose de revirements soudains, qui dépendent de nouvelles rencontres et du contexte, mais aussi – à un autre niveau sémantique – des genres cinématographiques auxquels les différentes situations sont empruntées.

page de gauche : M+M - 7 Tage (Samstag, 2012) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg page de droite: M+M - 7 Tage (Freitag, 2015) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg M+M - 7 Tage (Montag, 2009) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg M+M - 7 Tage (Sonntag,2009 ) installation vidéo, vue d’exposition photo: Olivier Minaire courtesy Casino Luxembourg


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C e ntr e d ’A rt N e i L iicht

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Worst day of my whole life Hsia-Fei Chang L’air de rien. Notes de lecture* (…) Toute la finesse de la démarche est dans cet « air de rien du tout », cette impression de légèreté girly qui a vite fait d’exprimer une violence terrible et triviale – la lourdeur de l’ennui, le ridicule de nos habitudes, et, surtout, l’angoisse de la solitude, la peur, l’amour, le mensonge, la trahison, le regret. Et cette violence d’être à son tour détournée par un humour qui n’a rien de cynique ou d’ironique, au contraire : c’est drôle, tendre et humble. L’artiste ne juge pas et surtout, elle ne laisse aucun sentimentalisme facile transpercer son travail. Des émotions, oui, vraies, puissantes et surtout : immédiatement identifiables et absorbantes. Absorbantes comme ces belles photographies qui font écho au fait divers relaté, à l’histoire racontée ou au néon qui nous guide dans le cheminement de l’artiste. Autre particularité, Hsia-Fei Chang, qui a habitué son public à des performances décalées et un peu trash, tout aussi jouissives qu’étranges, en apparence naïves et profondément critiques de la culture de masse en réalité, propose ici au spectateur de devenir lui-même performeur. Cette exposition ressemble en effet à une déambulation dans un roman d’artiste : il faut lire. Et si les distractions populaires de la Société du spectacle sont un peu moins présentes, en parlant de sa vie privée ou d’un « simple » meurtre parmi tant d’autres aux Etats-Unis, l’artiste sort de la singularité et touche à des sentiments universels, elle efface ainsi les distances entre ce qu’elle raconte et son public. Et c’est bouleversant. (…) Extrait du texte de Sofia Eliza Bouratsis


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page de gauche : vue de l’installation I miss you... de Hsia-Fei Chang au Centre d’Art Nei Liicht, 2015 page de droite: Hsia-Fei Chang - Le chat de l’hôtel, 2014 92 × 140 cm, photographie Hsia-Fei Chang - Lovelorn eyes, vidéo, 1h38


Hsia-Fei Chang - Bracelet chat, 2015 40 × 60 cm, photographie


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Hsia-Fei Chang - Lovelorn eyes vidĂŠo, 1h38


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K iosk A ica

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Illumination Is The New Interior Sensation Laurianne Bixhain

Commissaire d’exposition: Karolina Markiewicz Pendant la 5e édition du Mois européen de la Photographie, Laurianne Bixhain va investir le nouveau Kiosk de l’Association internationale des critiques d’art de Luxembourg. Celui-ci dans son PVC blanc immaculé se situe au milieu du carrefour de la place de Bruxelles, un endroit central et décalé à la fois, car sorti d’un

page de droite et pages suivantes : Laurianne Bixhain - GOING TO THE 6TH FLOOR LIBRARY, 2014 D-prints

contexte muséal habituel. Ce qui en soi correspond parfaitement à la démarche de l’artiste, qui travaille sur les objets, les endroits, les formes et les matières en les plaçant dans une ambiguïté certaine, de par le cadrage, la composition ou le traitement de l’image. Comme résultat de son voyage de recherche à Chicago et sa résidence à Istanbul, elle propose ici une installation émanant des photographies qu’elles y a prises - un assemblage et des amalgames abstraits d’observations dans leur ensemble, proposant des formes, des couleurs, des intensités de lumière et de matières émanant de signifiants pourtant concrets. L’observateur a la liberté de constituer les liens, de redéfinir d’autres trames et des dramaturgies qui lui sont propres. Le projet pour le Kiosk permettra un aperçu de la délicatesse maîtrisée avec laquelle l’artiste observe elle-même les éléments qui l’entourent et comment elle en joue. A travers un filtre d’une certaine poésie, elle maintient les signifiés dans une certaine construction. On y découvre les éléments non pas comment ils existent mais l’effet qu’ils produisent, isolés ou en assemblage.

Le voyage à Chicago a été soutenu par le Centre National de l’Audiovisuel et la résidence à Istanbul par le Ministère de la Culture du Luxembourg. La production est soutenue par l’AICA.


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Lux e mbourg C e nt e r for A rchit ectur e ( LU C A )

Apprendre à dormir la nuit Chapitre premier : Les fondations du rêve Carole Melchior

Commissaire d’exposition : Laurianne Bixhain Des parcelles de temps et des captations d’écrans constellent les pans de mur. Des surfaces tramées émettent un bruit blanc, ça vibre et ondule comme pleins de vaguelettes, de petits plis. Les images que nous voyons viennent d’ailleurs. Leur territoire est inconnu. Elles nous invitent à basculer dans l’imaginaire, à explorer les fondations du rêve, comme attirés par le mouvement de flottement des baigneuses qui semblent être peintes, diluées à l’eau. Apprendre à dormir la nuit nous parle de la métamorphose des images, de la fabrique des souvenirs, de la création d’une durée psychique et tente d’interroger ce qui produit du réel. Robert Bresson : « J'ai rêvé de mon film se faisant au fur et à mesure sous le regard, comme une toile de peintre éternellement fraîche. »

double-page : Carole Melchior - Apprendre à dormir la nuit, 2009-2015 D-prints


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C l e rvaux - C ité d e l’ I mag e

INVOLVEMENT Sept installations à ciel ouvert proposent une implication écologique, sociale ou poétique. Elles évoquent les procédés techniques mélangeant les réalités concrètes et virtuelles. Leurs recherches se situent à une échelle urbaine, questionnent le paysage, rayonnent de la passion de son auteur ou s’engagent dans un discours à échelle européenne jusqu’à adopter une vision globale. Par ailleurs, elles admettent une approche supplémentaire, à savoir la contemplation sensible s’opposant à l’intellectualisme. La photographie implique l’être humain de façon inattendue et magique. En dehors de tous ces concepts elle réussit à atteindre son contemplateur. Par association elle se fixe dans la conscience de l’homme pour faire partie de sa mémoire.

Identity

Catherine Balet Catherine Balet est partie à la rencontre de l’adolescence où la question de l’identité décrit peut-être les rayonnements les plus prononcés. La photographe réussit à tracer un portrait illustrant à la fois l’impact du caractère individuel et la manifestation de l’esprit d’époque : l’image subjective et unique de l’individu se confond à la mémoire collective aux traits répétitifs et globaux.

All Ladies – Kühe in Europa

Ursula Böhmer La vache en habit violet est populaire, tout comme celle qui rit - on la garde la plupart du temps au réfrigérateur, quoiqu’en morceaux seulement... Tandis que dans des pays et cultures lointains, la vache est vénérée, la plupart des Européens ne pensent qu’à la nourriture en la voyant. Ursula Böhmer a créé un portrait d’une objectivité digne en racontant l’histoire simple et fascinante des « vaches en Europe ». page de droite : Catherine Balet - Identity, Whitney, Paris D-print


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The World We Live In

Daniel Gebhart de Koekkoek Daniel Gebhart de Koekkoek nous propose une image franche, non sans humour de l’époque contemporaine. Le monde dans lequel nous vivons est un portrait coloré, romantique, voire culturel, fonctionnel, discipliné et varié, fier, quelque peu surchargé et séduisant. Partiellement fossilisé, intime, sauvage, libre, géométriquement poussiéreux, décorativement ornemental, inhumain : terrible. Ah oui, à ne pas oublier  – froid, marrant, dangereusement onéreux, merveilleusement insolent, vigoureux, mais également adorable, quelque peu – duveteux ? Vivant quoi ! Que veux-tu ?

Urban Housebold

Julia Willms Le regard glisse sur la surface du lac, aux bords duquel se dressent des arbres et des maisons dont les fenêtres sont tournées vers l’autre rive, jusqu’au bord de la baignoire... Dans les collages numériques de Julia Willms, le paysage ouvert remplit l’espace fermé. La substance architecturale enserre la nature paisiblement. Le paysage dans la maison devient la contre-culture de l’habituel, le cadre architectural l’habitat d’un autre univers pourtant familier.

page de gauche : Ursula Böhmer - Dølafe, Norvège, Gudbrandsdalen, 2008 D-print page de droite : Daniel Gebhart de Koekkoek - The World We Live In D-print Julia Willms - Urban Household D-print


Enosim – Âmes guerrières

Thierry Konarzewski Quand l’homme manque de conscience et que l’insouciance s’installe à sa place, les détritus de l’industrie se retrouvent jetés à la mer ! La mer rend tout ce qu’elle a accueilli, ainsi le rebut remonte à la surface. Naguère abandonné par l’homme, les débris attendent le moment pour confronter leur créateur. L’œuvre de Thierry Konarzewski incite à un face à face spectaculaire : L’un se voit étonné, car il croit reconnaître un visage familier ? L’autre est souverain, à la fois inerte, il demeure sans commentaire.

Middle Class Utopia

Klaus Pichler Klaus Pichler élabore l’analyse de jardins familiaux associatifs. Le microcosme du jardinet se caractérise par une morphologie spécifique. Le travail décrit comment l’utopie prend des traits réels dans la périphérie de grandes métropoles. Le photographe redessine avec humour les contours du formalisme parfois grotesque qui résulte d’une domestication légèrement pédantesque de la nature, mais toujours avec amour et compétence.

page de gauche : Klaus Pichler - Middle Class Utopia D-print Thierry Konarzewski - Canto Irochese, Enosim - Âmes Guerrières D-print page de droite : Laurent Chéhère - Flying Houses, Le linge qui sèche D-print


Flying Houses

Laurent Chéhère My home is my castle dit une maxime populaire attribuée au Britannique Sir Edward Coke. Par sa comparaison aux châteaux, la maison acquiert un caractère stable. Cette réflexion ne correspond pas aux visions de Laurent Chéhère. Il fait décoller les maisons comme des cerfs-volants attachés par des ficelles filigranes et les arrache à leur état statique et à leur contexte réel, qui se recouvre avec les 19e et 20e arrondissements de Paris.


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A rs e nal M e tz

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DISPARITION(S) Cédric Delsaux, Anush Hamzehian et Vittorio Mortarotti, Léna Mauger et Stéphane Remael

Commissaire d’exposition : Jean-Luc Soret DISPARITION(S) rassemble des œuvres qui explorent les frontières entre réalité et fiction, qui sillonnent les différentes stratégies de survie que nous pouvons être amenés à déployer quand la réalité est insoutenable ou trop dure à affronter. Qu’elle soit physique ou sociale, volontaire ou fortuite, une disparition a souvent

en bas à gauche : Stéphane Remael - Bain à Vapeur, Tokyo en bas à droite : Stéphane Remael - Tsuyoshi Miyamoto, baie de Tokyo

partie liée avec la douleur, l’indicible, le vertigineux, le mystère. ZONE DE REPLI, de Cédric Delsaux, propose une plongée subjective et troublante dans la vie d’un homme qui a fait du mensonge la charpente de sa vie, de la fiction un mode de contournement du réel ; imposture qui l’a conduit au meurtre de ses proches, c’est-à-dire au pire. C’est la géographie de cette existence gangrénée par « une vision affaiblie du réel » - ayant fait l’objet d’une adaptation littéraire et cinématographique -, que l’auteur nous propose de parcourir avec lui, interrogeant par ricochet l’intensité des secrets ou des fictions que nous portons tous en nous, à des degrés divers. Dans MUKASHI MUKASHI, de Anush Hamzehian et Vittorio Mortarotti, au contraire, la mort est première, accidentelle, initiatique, et la fiction salvatrice. La perte du frère aîné, point de départ de l’œuvre, donne lieu à une quête où se mêlent passé et présent contrefactuel, histoire singulière et histoire collective. Voyage choral dans lequel la disparition porte en elle l’acceptation d’un deuil et les nécessaires germes d’une reconstruction de soi. L’enquête LES ÉVAPORES DU JAPON menée par la journaliste Léna Mauger et le photographe Stéphane Remael aborde, quant à elle, la stupéfiante réalité des disparus volontaires au Japon. Pour diverses raisons liées le plus souvent à la pression sociale ou à celle de l’endettement, des milliers de japonais organisent chaque année leur disparition, sans jamais se retourner sur leur passé. Ici, la disparition peut renvoyer tour à tour à la réalité concrète de l’effacement social, du suicide ou à la métaphore des « évaporés », expression courante ancrée dans l’histoire du Japon depuis l’époque féodale, et qui désigne aujourd’hui ceux qui se sont exilés de leur propre vie, portant en eux le deuil de ce qu’ils furent mais aussi l’espoir de renaître. DISPARITION(S) est organisée en écho à Memory Lab, série thématique d’expositions présentée dans le cadre du Mois européen de la Photographie (EMoP) au Luxembourg autour d’une approche polysémique de la notion de mémoire.

DISPARITION(S) est organisée en écho à Memory Lab, série thématique d’expositions présentée dans le cadre du Mois européen de la Photographie (EMoP) au Luxembourg autour d’une approche polysémique de la notion de mémoire.


67 LES EVAPORÉS DU JAPON

Léna Mauger et Stéphane Remael Photographies, 2008 - 2014 « Mon fils était à l’école. Je suis sortie en laissant la maison ouverte. Abandonner son fils : peut-on faire pire ? J’ai fait cela. Je savais où j’allais. Partir, repartir à zéro. Etre prête à tout… » Ayae, évaporée depuis 21 ans S’évaporer, tout recommencer. Des milliers de Japonais décident chaque année de disparaître. Pour fuir le déshonneur, ils abandonnent une famille, un métier, une vie ordonnée, et choisissent de s’effacer, d’échapper aux radars, de vivre en passagers clandestins de l’archipel. Ce n’est pas tout à fait mourir, ce n’est pas sauter de la falaise comme d’autres l’osent. C’est rester vivant dans un monde parallèle. Devenir l’ombre de soi-même, un autre, un ailleurs, un inconnu. Boris Vian disait : « Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c’est bon pour un robinet. » Au Japon, la philosophie s’inverse. Le courage, le panache, c’est de se dérober avec la honte. De l’emporter avec soi dans les recoins sombres de l’archipel puis d’essayer de renaître avec une nouvelle peau. Sans faire de bruit, les évaporés réalisent cette idée enfouie de changer de vie. S’évaporer, pour tout recommencer. Et se réconcilier avec son ombre. Les évaporés du Japon, éditions Les Arènes, 2014.


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MUKASHI MUKASHI

Anush Hamzehian et Vittorio Mortarotti Photographies - Film, 2013 - 2014 double-page : Vittorio Mortarotti, photographies, 2013-14 courtesy l’artiste et Van Der Gallery, Turin

Le matin du 6 août 1945 l’officier Claude Eatherly, avec une heure d’avance sur Enola Gay, l’avion qui transportait la bombe atomique, vola sur Hiroshima avec la tâche de faire un rapport sur les conditions du ciel. Dans d’autres villes, des milliers de gens survécurent parce que ce jour-là il pleuvait. Dans la nuit entre le 8 et le 9 juillet 1999 mon père et mon frère sont morts dans un accident de voiture. Le 11 mars 2011 les préfectures de Miyagi et Iwate au Japon furent frappées par un terrible séisme et par la suite par un tsunami qui causa la mort de 25000 personnes et la destruction de 475000 logements. Le point de départ de ce projet est un paquet de lettres que j’ai retrouvé l’hiver 2012. Les lettres, datées de 1999, sont la correspondance adolescente de mon frère et de sa petite amie japonaise. Kaori écrivit et envoya des photos et des cartes postales pendant des mois après l’accident. La quête de Kaori est le prétexte pour traverser le Japon et rencontrer des histoires de perte et de reconstruction.


page de gauche : Cédric Delsaux - Zone de repli, Contrôle technique agréé, rue de l’Artisanat, Thoiry


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ZONE DE REPLI

Cédric Delsaux Photographies, 2012 Pendant près de 18 ans, dans le pays de Gex, Jean-Claude Romand, s’est fait passer pour ce qu’il n’était pas : un médecin chercheur à la carrière internationale. Il partait tous les matins en voiture et errait dans les alentours sans exercer la moindre activité. Ce territoire constituait pour lui une vaste zone de repli dans laquelle il attendait, solitaire, la fin tragique de ses mensonges. Pour toute délivrance, il n’a pas pu trouver d’autre remède que l’assassinat de toute sa famille. J’ai décidé de revenir, à mon tour, sur ses pas, de parcourir une région par le biais unique de ce spectre lancinant. Les experts psychiatres, lors de son procès, ont déclaré qu’il avait une vision affaiblie du réel, qu’il n’était ni tout à fait sain d’esprit, ni tout à fait fou - un demi-fou - oubliant par là que nous avons tous une vision altérée du réel et que par conséquent, en suivant leur logique, nous sommes tous des demi-fous. Zone de repli, éditions Xavier Barral, 2014

Cédric Delsaux - Zone de repli, La Petite Chaumière, RN5, col de la Faucille


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institut fran ç ais du lux e mbourg / société général e bank & trust

Avoir lieu Laurence Aëgerter, Renaud Auguste-Dormeuil, Joël Bartoloméo, Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Guillaume Janot

Postulant que toute mémoire visuelle est relative, personnelle ou historique, l’exposition avoir lieu porte sur le concept de mémoire pour images prévoyantes. Elle se déroule comme un parcours à double sens qui évoque l’histoire et l’actualité, à rebours et à venir, tout en étant toujours en cours. Un court-circuit s’y crée : matériel documentaire et d’archive, photographies d’un réel qui existe déjà en tant que mémoire photographique, reconstructions virtuelles d’un état des lieux et collages profonds qui percent la mémoire des moments collectivement vécus se relient entre eux. Entre signes d’un temps passé et d’un futur proche imaginaire, se créent des passages circulaires et inspirés. Dans le travail d’Auguste-Dormeuil, ce n’est pas une re-vision mentale du jour même ou du jour après, mais c’est le jour qui précède une date historique ou un fait d’importance qui intéresse l’artiste. Ainsi, il nous montre par exemple une reconstitution numérique de l’état du ciel avant le 11 septembre 2001. Normalement observés comme cadre de lecture d’un avenir, ses ciels étoilés vus en rétrospective se chargent d’une inquiétude absolue. Laurence Aëgerter détourne l’image documentaire irrémédiablement figée dans les pages des textes encyclopédiques pour en restituer une expérience


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page de gauche : Joël Bartoloméo - Fragment #1, Journal du dedans et du dehors series, 2010-2012 vidéo, 4’04’’ courtesy l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris page de droite : Laurence Aëgerter - Le Louvre, INV. 3197-0803040946 (Chardin), 2008 98 × 126 cm, C-print


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personnelle et circonstanciée. Le document photographique qui fixe la reconnaissance visuelle de notre savoir général ou plus spécifiquement de l’histoire de l’art comme dans Catalogue des chefs d’œuvre du Musée du Louvre, évoque, une fois substitué par l’artiste, une réinterprétation sans fin. Bruno Baltzer et Leonora Bisagno réaliseront une nouvelle production pour l’exposition Avoir Lieu. Leur projet interroge le sens même et la fragilité de ce qui a lieu. La médiatisation matérielle du monde qui se réalise dans le jeu du double des parcs d’attractions, style monde en miniature, est enregistrée poétiquement par Guillaume Janot. Dans ses images, les reproductions de ces lieux laissent à la photographie et au temps la véracité de leur existence. Joël Bartoloméo présente des vidéos où l’histoire a la même raison d’être que l’Histoire. A travers le temps, il nous pousse à relire les images.

page de gauche: Guillaume Janot - Ecostream, World Park Pékin, hiver 2007, 2009 83 × 56 cm, photographie en couleur courtesy l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris Bruno Baltzer, Leonora Bisagno Corps célestes 01, 2015 D-print page de droite: Renaud Auguste-Dormeuil - The Day Before_Star System, Hiroshima August 05, 1945 - 23h59, 2004 170 × 150 cm, impression jet d’encre marouflée sur aluminium et encadrée


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C e ntr e N ational d e l’Audiovisu e l (C N A ) display 0 1

Personne ne croit que je suis vivant Alexandra Catiere

Dans ce travail, Alexandra Catiere se confronte à l’absence, à une présence qui ne peut plus être, dans un état d’instabilité où les temps se superposent, se confondent, s’entremêlent. Ses photographies n’ont pas de présent, elles nous invitent à mettre à distance notre quotidien qui devient soudain trivial et trop convenu. Et, ce qui est au-delà de nos certitudes, réaffirmées jour après jour dans nos univers si bien agencés, prend soudain le visage d’une humanité dérangeante parce que refoulée. Jour après jour « nous passons notre chemin », pour ne pas nous laisser « corrompre » par ce qui n’est pas de notre entendement.  Jusqu’à ce que le hasard, le destin, l’impromptu viennent mettre à bas notre bel échafaudage. Alors nos yeux peuvent de nouveau percevoir la complexité, la précarité, la fragilité de ce par quoi nous existons. La force du travail d’Alexandra Catiere est de nous mettre face à nous même, à l’autre, dans une altérité qui ne se veut ni obligeante, ni péremptoire. Elle nous confie son regard, comme une invitation à ne plus détourner les yeux.

page de droite : Alexandra Catiere - Tree, 2014 Alexandra Catiere - Yuri, 2006 Alexandra Catiere - Crow, 2014 ci-dessous : Alexandra Catiere - Sand, 2014

Exposition présentée en partenariat avec le Centre d’Art GwinZegal


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C e ntr e N ational d e l’Audiovisu e l (C N A ) pomhous e

Dalston Anatomy Lorenzo Vitturi

Dalston Anatony est une ode visuelle à Dalston et à la singularité de ce quartier où différentes cultures s’entremêlent dans une célébration de la vie, de la diversité et d’une irréfrénable énergie. J’ai ressenti le besoin de capturer cet endroit dans son état le plus cru et le plus beau, avec toutes ses failles et ses odeurs avant qu’il ne soit transformé lui aussi et totalement submergé par le temps qui passe. Dalston Anatomy est un projet à multiples facettes mêlant photographie, sculpture, installation et performance. Démarré il y a trois ans et présenté initialement sous la forme d’un livre photographique, Dalston Anatomy est centré sur le marché de Ridley Road dans l’Est de Londres à l’époque d’une grande mutation. Le projet jaillit de mon besoin irrépressible de sauvegarder et de saisir la nature caractéristique de ce quartier avant que la gentrification ne le rende méconnaissable. Les débris que je ramassais dans le marché de Ridley Road pour produire mes sculptures n’étaient pas des détritus ordinaires, c’était en fait ce qui restait en partie de ces anciens logements, des gens qui y vivaient, de ces intérieurs en cours de rénovation avant l’arrivée d’une nouvelle classe d’individus. Au lieu de critiquer la gentrification, j’ai voulu visualiser les effets ultérieurs d’un tel processus de transformation. Bientôt on ne verra plus que des souvenirs et des vestiges appartenant à un temps perdu. J’ai voulu figer Dalston avec son mélange de cultures et de couleurs juste avant que le quartier ne change complètement d’aspect. A mon avis, la réalité d’aujourd’hui est trop complexe pour être représentée par une série de photos encadrées et accrochées sur un mur blanc. Il faudrait donc que les expositions soient des expériences totalisantes où l’espace fusionne avec l’œuvre d’art et vice versa.

Lorenzo Vitturi - Multicolor #6, de la série Dalston Anatomy, 2013 Lorenzo Vitturi - Yellow #1, de la série Dalston Anatomy, 2013


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C’est pourquoi j’ai besoin de créer une exposition sur plusieurs strates, où les images jouent avec l’espace, avec les objets, avec les matériaux bruts, la poussière et les peluches. Dans mes expositions précédentes, j’ai essayé de recréer physiquement la magie de la rencontre entre la réalité sociale extérieure du projet et mes visions les plus intimes et les plus personnelles. 

Lorenzo Vitturi

Lorenzo Vitturi - Purple, de la série Dalston Anatomy, 2013


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STEICHEN COLLECTIONS Collections permanentes Les Steichen Collections au Grand-Duché de Luxembourg rassemblent le patrimoine lié à Edward J. Steichen (1879-1973). La longue carrière de cet artiste américain mondialement connu et d’origine luxembourgeoise a surtout été marquée par la photographie : d’une part, il travaille en tant que photographe prolifique, de l’autre comme directeur au département photographie du Museum of Modern Art (MoMA) à New York, où son travail de commissariat d’exposition a trouvé une résonance internationale. Le fonds des Steichen Collections du CNA met en lumière la carrière de curateur de Steichen au MoMA via la réinterprétation de ses deux expositions emblématiques et désormais historiques : The Family of Man (1955) et The Bitter Years (1962). Elles forment aujourd’hui deux ensembles iconiques de la photographie humaniste et documentaire du XXème siècle.

page de gauche : Homer Page (1918-1985) Edward Steichen travaillant sur l’exposition “The Family of Man”, 1955, New York, Museum of Modern Art (MoMA) © 2012. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala Florence Essai nucléaire pendant la Guerre froide, opération Ivy, 1952. Atomic Energy Commission (scan de la photographie originale historique de la collection itinérante) page de droite : Nina Leen : Quatre générations d’une famille de fermiers d’Ozark posent devant des portraits de la cinquieme generation; Time & Life, © Getty Images (scan de la photographie originale historique de la collection itinérante)


C e ntr e N ational d e l’Audiovisu e l (C N A ) C h ât e au d e C l e rvaux

THE FAMILY OF MAN Mémoire du Monde de l’UNESCO Exposition tant célébrée que controversée par le grand public, les artistes et critiques, The Family of Man est aujourd’hui légendaire dans l’histoire de la photographie. Pensée par Edward Steichen comme un miroir de l’humanité visant à tisser des liens entre les peuples, la photographie de l’après-guerre est ici véhicule d’un message humaniste. Pour son projet ambitieux, Steichen rassemble 4 millions de photographies pour en sélectionner 503 de 273 auteurs originaires de 68 pays. Avec ceux-ci, il compose un manifeste pour la paix et l’égalité fondamentale des hommes. Les images d’auteurs tels que Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Dorothea Lange, Robert Doisneau, August Sander, Ansel Adams,… sont mises en scène d’une manière moderniste et spectaculaire. Montrée pour la première fois en 1955 au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, l’exposition attire près de 10 millions de visiteurs lors de son périple international, après lequel elle est léguée au Grand-Duché de Luxembourg. Aujourd’hui exposition historique et patrimoine photographique, la collection entièrement restaurée est montrée dans les salles rénovées du Château de Clervaux, alliant une approche et une interprétation contemporaine au respect de son histoire.


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C e ntr e N ational d e l’Audiovisu e l (C N A ) waass e rtu e rm

THE BITTER YEARS, USA 1935-1941 The Bitter Years est la dernière exposition qu’Edward Steichen a organisée en tant que Directeur du Département de la photographie au MoMA. Réalisée en 1962, c’est un hommage à la photographie documentaire, rassemblant plus de 200 images issues d’un des plus grands projets collectifs de l’histoire de la photographie : la documentation de l’Amérique rurale lors de la Grande Dépression par la FSA. Sous la direction de Roy Stryker, des photographes aujourd’hui mondialement connus, tels que Walker Evans, Dorothea Lange, Arthur Rothstein ou Russell Lee, ont sillonné leur pays pour constituer un imagier bouleversant de l’Amérique en crise. Plus de 170 000 négatifs sont issus de cette commande gouvernementale dont le but était de soutenir la politique du New Deal de Franklin D. Roosevelt. Ils sont aujourd’hui conservés par la Library of Congress, et font partie de la mémoire collective américaine. Steichen, lui-même, les considérait comme « les documents humains les plus remarquables jamais rendus en images ». Cinquante ans après son exposition au MoMA, The Bitter Years s’ouvre à nouveau au public au château d’eau à Dudelange. Les images n’ont rien perdu de leur force et restent des documents saisissants de la condition humaine.

page de droite en haut / à gauche : Dorothea Lange - Une jeune famille sans le sou fait du stop sur la U.S. Highway 99 en Californie. Le père, vingt-quatre ans et la mère, dix-sept ans, sont arrivés de West Salem, Caroline du Nord, au début de 1935. Leur bébé est né dans l’Imperial Valley, en Californie, où ils travaillaient comme ouvriers agricoles, Novembre 1936 Library of Congress, Prints and Photographs, Collection FSA/OWI


page de droite / en haut à droite : Dorothea Lange © Collection Dorothea Lange, The Oakland Museum of California, City of Oakland Donated by Paul S. Taylor à gauche : Arthur Rothstein - Sol craquelé par la sécheresse dans les Bad Lands du Dakota du Sud, Mai 1936 Library of Congress, Prints and Photographs, Collection FSA/OWI page de droite / en bas : Arthur Rothstein - Farmer and sons walking in the face of a dust storm, Cimarron County, Oklahoma, April 1936


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B iblioth è qu e national e d e Lux e mbourg

Tony Dutreux : voyage en orient Les débuts de la pratique de la photographie amateur au Luxembourg sont incertains. Mis à part quelques rares daguerréotypes, à notre connaissance, les photographies les plus anciennes réalisées au Luxembourg, datent de la seconde moitié du 19e siècle. Ce n’est qu’en 1894 que le Cercle luxembourgeois d’amateurs photographes voit le jour. Ce cercle est présent à l’exposition universelle de 1900 à Paris. Tony Dutreux expose, entre autre, à côté de l’ingénieur Ernest Barblé et de l’architecte Pierre Funck. L’association remporte une médaille d’argent à cette grande exposition internationale. Tony Dutreux, né Jean-Pierre Auguste Antoine, à Luxembourg le 3 mai 1838, est le fils d’Auguste Dutreux, receveur général et d’Elisabeth (Lily) Pescatore. En 1859, il obtient le diplôme d’ingénieur de la prestigieuse Ecole centrale des arts et manufactures de Paris et réalise par la suite les dessins d’architecture de la Fondation Pescatore, construite à l’aide des fonds du legs de Jean-Pierre Pescatore, son grand-oncle. En janvier 1867, Tony Dutreux, alors âgé de 28 ans, effectue un voyage en Orient. Il visite à cette occasion l’Egypte et la Palestine. La copie manuscrite des lettres de Dutreux sera léguée à la Bibliothèque nationale de Luxembourg (BnL) par son fils. Les tirages présentés à la BnL proviennent de l’album de photos relatif au même voyage. Son compagnon de voyage, Louis Tribert, est mentionné dans la correspondance. La première lettre est datée du 18 janvier 1867. Les dernières datent de la seconde moitié d’avril de la même année. Il se trouve à Suez à l’époque du

page de droite : Tony Dutreux lors de son voyage


percement de l’isthme et rencontre Ferdinand de Lesseps, le constructeur du canal. Dutreux, de par sa formation d’ingénieur, est enthousiaste: « figurez-vous bien les moyens de transport et de travail des terres employés à la fois et dans le plus pittoresque désordre. Voici quelques éléments du tableau: des bandes d’ouvriers de toutes les nations, bédouins, grecs, italiens, nègres, allemands, qui travaillent aux berges du canal, à côté d’eux d’immenses dragues qui creusent le fond avec une régularité irrésistible et versent le sable dans de longs trains, qu’enlèvent les locomotives. D’autres wagons sont traînés par des chameaux. » 
Son voyage est facilité par ses contacts: « Tous les consuls se mettent en quatre pour moi. Mon titre me sert d’autant mieux qu’il est si vague et si inconnu ». (Secrétaire de S.M. le Roi des Pays-Bas pour les Affaires du Grand-Duché de Luxembourg). Il n’est fait mention de photographie qu’une seule fois: lorsque Tony Dutreux prend le site de Petra en photo, Tribert lui fait remarquer « qu’on peut avoir les photographies à Paris ». Là-dessus, Dutreux lui répond: « je n’ai pas la prétention de leur faire concurrence ». À Jérusalem, il déplore que « tous ces endroits révérés sont naturellement l’objet de querelles incessantes, de haines mortelles entre les diverses sectes. Je suis persuadé que si les Turcs n’étaient pas ici pour maintenir l’ordre, le sang coulerait bien souvent ». Tout au long de son voyage, il lit la Bible et observe qu’elle « se comprend bien mieux quand on a vu l’Orient. On peut dire qu’aux mœurs rien n’est changé depuis Moïse ». Le succès du voyage de Dutreux se lit dans les lignes suivantes: «Je trouve qu’aujourd’hui tout homme qui a le bonheur d’appartenir aux classes instruites de la société, et à qui ses moyens, et sa santé le permettent, doit avoir vu les pays dans lesquels se sont passés les événements les plus importants de notre histoire religieuse, et qui par-là sont devenus le berceau de notre civilisation.» 
Les photographies de ce voyage racontent l’Orient, son étrange altérité et son impressionnante diversité.
Elles procurent un aperçu de la diversité culturelle et ethnique de cette région au 19e siècle. 
De ce fait, elles constituent une source documentaire dont la valeur historique va bien au-delà du texte.

Tony Dutreux (1838-1933) siègera à la Chambre des députés de 1881 à 1886, sera nommé commissaire général du gouvernement luxembourgeois aux Expositions universelles de Paris de 1867, 1878, 1889 et 1900 et participera activement à la vie économique et industrielle du Luxembourg. Louis Tribert (1819-1899) sera l’un des 116 sénateurs inamovibles de la Troisième République de 1875 à 1899. Bibliographie :
Tony Dutreux, Voyage en Orient 1867 - correspondance et journal, Réserve précieuse de la Bibliothèque nationale de Luxembourg, MS. 286. Mersch, Jules, Biographie nationale du pays de Luxembourg depuis ses origines jusqu’à nos jours, fascicule 2, Luxembourg, éd. J. Mersch, 1949.
 Wehenkel, Antoine, Chronique de la Famille Pescatore, Luxembourg, Association luxembourgeoise de généalogie et d’héraldique, 2002.
 Weber, Josiane, Familien der Oberschicht in Luxemburg: Elitenbildung & Lebenswelten: 1850-1900, Luxemburg, éd. Binsfeld, 2013.
 Thill, Edmond, Charles Bernhoeft: photographe de la Belle Époque, Luxembourg, Musée national d’histoire et d’art, 2014.

photographies : © et courtesy Bibliothèque nationale de Luxembourg


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V I L L A VAU B A N - M U S É E D ’A RT D E L A V I L L E D E LU X E M B O U R G

page de droite : August Sander - Dentiste, c. 1930 © Die Photographische Sammlung/SK-Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Köln – VG-Bild Kunst, Bonn, 2011

Absence of Subject

Michael Somoroff - Dentist, 2007 D-print

August Sander / Michael Somoroff

August Sander - Soldat, c.1940 © Die Photographische Sammlung/SK-Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Köln – VG-Bild Kunst, Bonn, 2011 Michael Somoroff - Soldier, 2007, D-print

Commissaires d’expositions : Diana Edkins et Julian Sander Organisation par Admira, Milan en collaboration avec Feroz Gallery, Bonn Absence of Subject par Michael Somoroff (*1957) est un hommage émouvant à  l’oeuvre monumentale Hommes du XXe siècle du célèbre photographe alle-

pages suivantes / à gauche : August Sander - Enfant de paysan, 1919 © Die Photographische Sammlung/SK-Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Köln – VG-Bild Kunst, Bonn, 2011 à droite : Michael Somoroff - Farmer’s Child, 2007 D-print

mand August Sander (1876-1964). Il s’agit d’une méditation pensive et passionnée sur les souvenirs, l’imagination, la force humaine et la créativité - présentée pour la première fois lors de la Biennale de Venise 2011. A travers Absence of Subject, le visiteur peut revivre l’oeuvre diversifiée d’August Sander. Dans chacune des photographies historiques de Sander, Michael Somoroff a digitalement enlevé le sujet, en l’occurrence l’être humain, en préservant uniquement l’arrière-plan. Cet élément figuratif, jadis peu important, devient le sujet principal. Ce qui paraît simple à première vue, s’avère finalement être une oeuvre complexe et ambitieuse, en 40 photos, 7 animations et 40 photographies originales d’August Sander. Dans les animations vidéo, Somoroff se base sur la nouvelle image à laquelle il ajoute des éléments au lieu d’en supprimer. Dans chacun de ses court-métrages, l’artiste surprend son public grâce à l’ajout de minuscules mouvements inexplicables, créant ainsi des drames envoûtants sur le temps et l’espace - infinis et pourtant éphémères. L’exposition est un exercice d’équilibre entre l’alchimie et la recherche. Conceptuelle et humaniste à la fois, chaque image de Somoroff fait preuve du grand pouvoir de persuasion et de l’esthétique dans l’oeuvre d’August Sander, malgré l’absence du sujet humain. Ce genre de photographies sort des sentiers battus dans le sens d’une créativité imaginée. À travers sa création, Somoroff insiste sur le fait que l’art postmoderne n’est pas dénué de fondements, mais dispose bel et bien de racines, de traditions et de continuité.

Catalogue : Absence of subject. The images of Michael Somoroff and August Sander, New York 2011, 112 pages, ISBN 978-0-9836156-0-6


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A rchiv e s national e s d e Lux e mbourg

LA PROJECTION DU PASSÉ Andrés Lejona

Les Archives nationales de Luxembourg réalisent un énorme travail de récupération, de classement et de sauvegarde de la mémoire nationale. Sans elles, le passé du Luxembourg resterait dans l’ombre et son histoire ne pourrait être écrite. Une fois à l’intérieur de leur bâtiment, au milieu des millions de documents historiques originaux, on ne peut éviter la curiosité et le profond respect ressenti face à l’envergure de ce trésor. Me trouvant devant toutes ces étagères et armoires remplies de boîtes, d’enveloppes et autres, tels des anciens tubes métalliques, je pensais à tout ce que ces innombrables contenants nous cachent, à tout ce dont nous n’avons pas accès à simple vue. Se posait alors la question de savoir comment montrer dans une seule image ces deux réalités, celle qui se dévoile à première vue et celle qui la transcende ?


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page de gauche : Andrés Lejona - photo inspirée par le document ANLux Arbed-PV-0001 Andrés Lejona - photo inspirée par le document ANLux Arbed-PV-0296 page de droite : Andrés Lejona - photo inspirée par le document ANLux Arbed-PV-0058


page de gauche : Andrés Lejona - photo inspirée par le document ANLux Arbed-PV-0131

Pour le présent travail, j’ai choisi quelques documents d’archives et décidé de les laisser apparaître à travers les salles et les espaces du bâtiment, comme des esprits du passé qui se montrent au public. A l’aide de vidéoprojecteurs, j’ai fusionné les images de ces documents avec les murs, boîtes et autres contenants d’archives, pour finalement photographier ces mises en scène. Avec leur étrange présence transformée par l’espace et les objets, les documents sont devenus rapidement protagonistes, prenant les formes d’une intrigante nouvelle réalité. 

Andrés Lejona



Luxembourg, 22 février 2015

page de droite : Andrés Lejona - photo inspirée par le document ANLux Arbed-PV-0052


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www.nosbaumreding.lu

G al e ri e N osbaum & R e ding

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Giostra Maja Weyermann

page de gauche : Maja Weyermann - Giostra #4, de la série “Giostra”, 2013 100 × 135 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique

La série Giostra (de l’italien carrousel, manège) de Maja Weyermann est étroitement liée à la série The Miller House ainsi qu’aux oeuvres TMBD de l’artiste, elle leur fait directement suite. L’artiste perpétue son travail sur les espaces de mémoire culturelle et se concentre avec la série Giostra sur la relation de l’origine et de l’enracinement de ces espaces dans notre mémoire. La fonction de l’architecture choisie, tout comme le style, joue aussi un rôle. En complément de ses images sur l’atelier (Atelier 1999, Taller 1 et Taller 2, 2004), l’artiste se réfère avec Giostra à un espace d’exposition et ouvre ainsi une intrigue à suspense entre intimité et espace public, entre création et représentation ainsi qu’entre conception et histoire. L’espace d’exposition est défini par des éléments qui proviennent de la tradition de l’architecture moderniste internationale, comme par exemple un plan ouvert et fluide, un toit plat, de grandes parois de verre. L’espace, bien que nouvellement construit, se réfère à un langage architectural des années 1950 et ‘60, encore aujourd’hui utilisé.

page de droite : Maja Weyermann - Giostra #3, de la série “Giostra”, 2013 100 × 89 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique


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Weyermann confronte cet espace architectural avec des scènes de films de La Dolce Vita (Fellini, 1960), L’Avventura (Antonioni, 1960) et Shadows (Cassavetes, 1959). Ces trois films, qui ont recours à de nouvelles techniques narratives, furent des renouveaux radicaux et, aux yeux du public de l’époque, ont été perçus comme choquants à cause de leur manque de compromis, et parfois ont été fortement repoussés, mais aujourd’hui ils comptent parmi les classiques modernes de l’histoire du cinéma. Les icônes citées de l’histoire de l’architecture et du film - jadis avant-garde, aujourd’hui partie constituante de notre compréhension culturelle – font référence à la connexion entre la puissance de la représentation et l’idéal d’un art autonome. L’espace architectural et les scènes de films sont imbriqués dans le modèle virtuel conçu par Weyermann. Le jeu avec les distorsions et les doublements détache les figures du plan narratif et se réfère à un espace qui se développe grâce au mouvement et dans le temps.

page de gauche : Maja Weyermann - Giostra #13, de la série “Giostra”, 2013 112,5 × 200 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique page de droite : Maja Weyermann - Giostra #9, de la série “Giostra”, 2013 100 × 160 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique Maja Weyermann - Giostra #7, de la série “Giostra”,2013 100 × 133 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique Maja Weyermann- Giostra #6, de la série “Giostra”, 2013 84 × 80 cm, rendus numériques (rendering), exposition au laser, sous verre acrylique


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G al e ri e du C uré

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Konstellation Benjamin Arno Gisinger

Arno Gisinger développe depuis les années 1990 une pratique artistique pluridisciplinaire qui lie photographie et historiographie. Inspirés par la pensée allemande de l’entre-deux-guerres et les méthodologies de la Nouvelle Histoire, ses projets proposent une relecture contemporaine de la construction historique des lieux ou des non-lieux de mémoire. Son travail met à l’épreuve la représentation visuelle du passé à travers ses différentes formes et figures : témoins, objets, lieux ou images. La fonction de l’archive, le statut du document et la dimension littéraire de la parole sont au cœur de ses préoccupations artistiques. Son travail Konstellation Benjamin, construit en collaboration avec la philosophe et historienne Nathalie Raoux comme un work in progress, retrace l’exil européen du philosophe allemand Walter Benjamin (1892-1940). Arno Gisinger y donne à voir

page de gauche : Konstellation Benjamin, The Kosova Art Gallery,  Prishtina (Kosovo), 2012 tirages jet d’encre courtesy The Kosovo Art Gallery, Prishtina, Kosovo page de droite : Arno Gisinger, Konstellation Benjamin formats variables, tirages jet d’encre

des images de lieux précis que l’homme de lettres a fréquentés, superposées à la correspondance que Benjamin entretient à l’époque. Konstellation Benjamin est une constellation du présent et du passé, de la photographie et de la recherche historique, du texte et de l’image. Elle pose la question comment rendre justice, à la Benjamin, au penseur de la perte d’aura et de la politisation de l’esthétique. L’installation du travail est faite sur mesure pour chaque lieu d’exposition et porte un caractère éphémère de par ses moyens de production : il s’agit de tirages jet d’encre collés directement sur les murs de la galerie.

courtesy The Kosovo Art Gallery, Prishtina, Kosovo


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G al e ri e du C uré

Là s’en vont les seigneuries Emmanuel Rioufol

Là s’en vont les seigneuries est né d’un souvenir de l’écrivain Alice Becker-Ho. Été 1970, un voyage dans l’Espagne franquiste vers un rendez-vous qui conduit deux couples à un singulier périple en Vieille Castille, dans la province de Soria. Quelque part, au bout d’une piste sans fin se dresse Rello, ancienne forteresse dont le nom a disparu des cartes et dont l’origine reste un mystère. Le magnétisme de Rello retient ceux qui y sont arrivés par hasard... Aller là-bas, c’était risquer de ne rien retrouver d’un souvenir. Ce lieu exerce une attraction difficile à nommer, quelque chose d’intrinsèque à une disparition qui ne parviendrait pas à s’achever encore tout à fait, une grâce de l’abandon soudain dont les pierres auraient gardé la mémoire comme elles détiennent celle des siècles passés. Et puis, il y avait en filigrane la présence de ceux par qui j’étais venu jusqu’ici. Habitées par la substance minérale spécifique à cette région, les images traitées en laboratoire avec un procédé qui leur apporte une pigmentation et un grain particuliers, confèrent aux matières et aux surfaces qu’elles explorent, une dimension abstraite et sensitive. La série fait écho à la dramaturgie du récit d’Alice Becker-Ho, les sujets sont peu à peu détournés de leur identité première, de leur condition réelle pour finalement leur retirer toute connotation temporelle. La ligne d’horizon devient alors un noir profond, une issue impénétrable et pourtant inévitable, où se révèle le sens des Stances sur la mort de son père du poète Castillan Jorge Manrique (1477) et de sa traduction par Guy Debord, l’un de ceux qui découvrit Rello en cet été 1970. Une variation autour de la mort, de la persistance du souvenir et de la résonance de l’écrit sur l’acte photographique.

page de droite : Emmanuel Rioufol - Là s’en vont les seigneuries 50 × 60 cm, tirages digigraphiques


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Luci e n S chw e itz e r G al e ri e & Editions

page de gauche : François Méchain - Sixième continent, Festival Téciverdi et Centre d’Art Contemporain Photographique, Niort (France), 2014 193 × 113 cm, photographie couleur sur Dibond In situ, planisphère flottant sur l’eau, déchets issus d’une usine de traitement, bois et cadre de bois doré : 990 × 500 cm François Méchain - L’Invention de la Normandie, Festival « A ciel ouvert », Abbaye de Jumièges, France, 2013 350 × 113 cm, triptyque photographique couleur sur Dibond In situ, osier, bois, terre et herbe de la prairie, (collaboration atelier Joël Rouillé, osiériculteur),

Lieux d’être(s) François Méchain

Le titre de l’exposition décline en deux mots l’objet des travaux de François Méchain. Il est donc question d’espace et d’humain. Les deux se conjuguent dans la confrontation qui se joue à chaque fois à travers l’in situ et les contingences de la commande. L’artiste ne répète jamais ses formes ; sur chaque site, il remet en jeu, son regard, sa démarche et sa posture artistique en acceptant le défi du lieu à considérer, de son histoire, de ses strates et de sa matérialité pour nous donner à voir une forme nouvelle à chaque fois, une sorte d’expérience plastique totale du sens. La photographie, trace du travail (sculpture, installation…) devient oeuvre à son tour : les grands formats, à travers un point de vue précis et le choix de leur accrochage, rendent compte de la façon dont le lieu a été mis à l’oeuvre ; ils ont précisément lieu d’être tout autant que l’intervention artistique in situ elle-même. 

Nicole Vitré, janvier 2015

page de droite : François Méchain - La chambre d’écoute, Digne-les-Bains, France, 2003-2004, 115 × 115 cm, photographie noir et blanc sur Dibond In situ, sculpture éphémère, feuilles de platane, bouleau blanc et odeurs fortes: 695 × 485 × 280 cm François Méchain - Grand Ecran, Deschambault, Canada, 2007 275 × 145 cm, triptyque photo noir et blanc sur Dibond In situ, sculpture éphémère, lin, fauteuil de théâtre et le Saint-Laurent, dimensions : celles de votre imaginaire


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K rom e G all e ry

Andrea Pichl in dialogue with Zoe Leonard Andrea Pichl

Les architectes ne conçoivent pas que des maisons, mais aussi « des relations, des contacts entre leurs habitants, un ordre social ». Depuis plusieurs années déjà, l’artiste berlinoise Andrea Pichl s’intéresse à la production en série en architecture - assez fréquemment méprisée - et sa place dans une histoire de l’architecture et des mentalités. Son travail artistique se construit autour d’une collection de photographies d’architectures évoluant en permanence et qu’elle prend dans les villes-dortoirs du monde entier. Mélange étrange qui tient de la réserve d’images digitales et de l’archive, cette collection devient le lieu d’une véritable condensation des sens. Pour choisir ses motifs, l’artiste se réfère toujours à la modernité - l’art et l’architecture du début du 20ème siècle - et s’interroge sur l’évolution qu’a prise ce langage formel. A travers ces formes, elle s’intéresse tout particulièrement au potentiel utopique de la modernité.

page de gauche : Andrea Pichl - Untitled, Archive Andrea Pichl

Dans le cadre d’une exposition, la présentation des images met sur un pied d’égalité le principe de la confrontation autour de combinaisons surprenantes et le classement systématique d’après des critères de forme ou de motif. Les fils de l’argumentation évoluent, notamment du fait de l’évolution de la narratrice elle-même. Ainsi surgissent devant nos yeux des conglomérats image-photo-objet complexes, toujours nouveaux, qui défont l’ordre des choses et qui, reclassés, créent des analogies inattendues. Manifestement, ce que recherche l’artiste, ce n’est ni l’apothéose de styles architecturaux ou de systèmes économiques, ni leur damnation. Son travail laisse voir plutôt l’évolution des choses dans un contexte de transposition. Pichl essaie de comprendre ce que signifie pour un objet d’être détaché de son contexte absurde et replacé dans le contexte non moins étrange d’une exposition. Ce faisant, délicatement, par la petite porte presque, elle introduit une voie propre de la re-construction qui naît de son intérêt artistique pour la dimension relationnelle des choses, leurs rapports, leurs liens mutuels et changeants, tout en manipulant en passant la mémoire de l’entourage connu.

transcription d’après un texte de Susanne Prinz


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page de droite: Andrea Pichl - Unterkunft Freiheit, Panneaux d’agglomérés, satin imprimé, verre acrylique, vue d’exposition. Andrea Pichl - Untitled, Archive Andrea Pichl


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G al e ri e C lair e fontain e

biographies p. 126-127 informations p. 128-129

Persistent Time Giacomo Costa

Giacomo Costa utilise la technologie digitale pour générer des paysages urbains futuristes. Les images à la fois fantastiques et apocalyptiques qui en résultent, puisent leur esthétique dans le domaine de la science-fiction où l’architecture joue un rôle fondamental. Des paysages pulvérisés et des structures détachées abritant des villes anonymes sont des sujets récurrents dans les séries de l’artiste – une métaphore de la « dépersonnalisation » à laquelle on fait face aujourd’hui dans les grandes métropoles contemporaines. Ces paysages postmodernes, presque surréalistes, qui jouent sur une richesse de détails et des étendues infinies, se distinguent par leur caractère éphémère et la dégradation. Dans certaines images, le rappel du constructivisme renforce cette impression. Le spectateur est doublement averti : s’il ne veut pas se perdre dans les compositions irréelles de l’artiste, il doit décrypter les éléments qui se présentent à lui. En plus, il est amené à repenser le monde d’aujourd’hui, tout en étant conscient de l’influence du comportement humain sur l’environnement et les conséquences qui peuvent en découler. Les travaux des séries Scena et Veduta mettent clairement en avant cette idée, tandis que Secret Garden thématise la nature qui reprend ses droits sur une architecture façonnée par l’homme. A chaque fois, la symbiose entre beauté et dégradation fascine et provoque. Dans son œuvre actuel Traces, Giacomo Costa repart sur ces mêmes idées, mais il intègre aussi des lettres et des phrases qui représentent et complètent la disposition des structures architecturales. Ces citations peuvent être interprétées comme les dernières « traces » de l’homme, l’héritage de l’humanité à une planète déjà désertée. La série obéit à un même schéma : toutes les images sont divisées par une ligne horizontale très marquée. Ce dualisme partage à la fois lumière et ombre, réalité et chaos et crée cette atmosphère typique de l’œuvre de Costa : c’est le jeu entre décadence, esthétisme et exigence intellectuelle qui définit son art.

page de droite : Giacomo Costa - Ground 1, 2013 120 × 160 cm, C-print Giacomo Costa - Plant 2, 2010 100 × 200 cm, C-print


C e ntr e C ultur e l d e R e ncontr e A bbay e d e N e um ü nst e r ( N e im ë nst e r )

l’espace fantôme Silvia Camporesi Commissaire d’exposition: Marinella Paderni Atlas Italiae est un voyage photographique de deux ans dans un monde qui n’existe plus, une géographie de lieux fantômes qui résident dans une Italie invisible et éloignée de la chronique. On y trouve des bourgs inhabités depuis des décennies qui ne semblent même pas exister sur les cartes - une archéologie moderne qui paraît embaumée dans le temps du “ne plus” - qui nous racontent une Italie qui résiste et survit à elle-même. Des lieux qui nous parlent d’une absence qui remplace la négligence humaine tout en dotant les choses d’une différente mais grande beauté, et qui, par effet de contrejour révèlent l’âme puissante du paysage italien. Silvia Camporesi nous fait entrer dans un temps disparu dans lequel nous faisons l’expérience de la vacuité que l’homme a produit en perdant le sens original des lieux. Ce sont des espaces et des objets qui ne sont plus caractérisés par ceux qui les ont vécu et qui ont changé de nature; formes ouvertes au temps et à son potentiel d’existence, au raisonnement avec les sens et dans lesquelles vous pouvez percevoir ce que Marcel Proust a essayé de transmettre avec sa recherche du temps perdu - l’écho du passé comme la continuité du temps. Dans la mémoire involontaire des choses laissées dans un état fantôme, nous pouvons découvrir la beauté du temps retrouvé. “Vos jambes, vos bras sont pleins de souvenirs engourdis”, écrit Proust dans Le Temps retrouvé , le dernier chapitre de la Recherche. Objets abandonnés et laissés en place, comme si c’était hier, le délabrement des murs et les taches de moisissure du plâtre, les squelettes de l’architecture privés de leur fonction, sont ces souvenirs engourdis que les endroits ont conservé dans leur structure, qui

page de gauche : Silvia Camporesi - Pianosa 16 × 24 cm, impression numérique en noir et blanc sur papier Archival mat, coloriée à la main, encadrée (40 × 48 cm) © Silvia Camporesi, courtesy Fotografia Europea, Reggio Emilia page de droite : Silvia Camporesi - Pianosa Il Letto 26 × 40 cm, impression numérique en noir et blanc sur papier Archival mat, coloriée à la main, encadrée (60 × 75,5 cm) © Silvia Camporesi, courtesy Fotografia Europea, Reggio Emilia Silvia Camporesi - Istituto Luraschi 16 × 24 cm, impression numérique en noir et blanc sur papier Archival mat, coloriée à la main, encadrée (40 × 48 cm) © Silvia Camporesi, courtesy Z2O | Sara Zanin Gallery, Rome


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échappent à toute forme de contrôle ou d’aliénation, et qui constituent l’épine dorsale de notre corps et du monde selon le grand écrivain français. Dans les photographies de l’artiste, l’image de l’abandon offre une perspective différente sur la réalité. Les ruines de notre modernité tombent nécessairement loin de l’œil du public parce que nous craignons rien d’autre de plus que de devoir nous mesurer avec notre finitude. En laissant les choses périr loin de la « vue quotidienne  », l’homme du XXIe siècle peut retarder l’idée même de sa disparition en se concentrant plutôt sur la « télé-présence » éternelle que lui offre le monde numérique aujourd’hui. Imprégnée de la métaphysique du sublime, la photographie de Silvia Camporesi capte l’essence des espaces fantômes non pas comme une mort annoncée, mais comme une promesse d’une nouvelle vie. A travers ses recherches sur le temps et une réinvention de ses processus formels, elle explore le regard photographique dans la construction de la mémoire col-

page de gauche : Silvia Camporesi - Poretta Terme 16 × 24 cm, impression numérique en noir et blanc sur papier Archival mat, coloriée à la main, encadrée (40 × 48 cm) © Silvia Camporesi, courtesy Z2O | Sara Zanin Gallery, Rome


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lective. La coloration à la main des photographies, préalablement imprimées en noir et blanc, rappelle la patine du temps qui ne s’arrête pas dans le passé mais continue d’exister dans la poussière du présent. Les pigments naturels ajoutent quelque chose de plus, une véritable beauté que la photographie numérique ne peut toujours pas imiter. En outre, en utilisant une ancienne pratique japonaise de pliage de papier, appelé le kirigami, Silvia Camporesi donne plus de corps physique à la réalité de l’image. Ses photographies sont coupées magiquement, se décomposent en une nouvelle tridimensionnalité qui fait allusion à la physicalité des lieux et des choses que nous regardons. Dans ce travail, non seulement le sens de la vue est renforcé mais aussi la tactilité et la sensorialité épidermique, offrant ainsi une texture plus authentique du monde. 

Marinella Paderni (traduit de l’italien par Paul di Felice)

page de droite : Silvia Camporesi - Romagnano al Monte 26 × 40 cm, impression numérique en noir et blanc sur papier Archival mat, coloriée à la main, encadrée (60 × 75,5 cm) © Silvia Camporesi, courtesy Z2O | Sara Zanin Gallery, Rome


C e ntr e C ultur e l d e R e ncontr e A bbay e d e N e um ü nst e r ( N e im ë nst e r )

Mémoires en transitions Andrés Lejona

Commissaires d’exposition : Marguy Conzémius et Andrés Lejona Le projet explore la mémoire collective du secteur primaire du Luxembourg pour y extraire et en préserver les histoires extraordinaires que certaines fermes ont générées et que leurs habitants y ont vécues. Le but est de donner à ces moments vécus une voix, une forme et une matérialité durable à travers une approche scientifique et des démarches artistiques. Un travail de recherche a en vue de rassembler et de faire apparaître dans une archive spécialement conçue pour l’occasion un matériel très varié, mélangeant messages envoyés, pensées et souvenirs fixés sur papier, objets collectionnés au fil du temps, documents émis, anecdotes et traditions transmises de génération en génération. Cet inventaire servira à (re)construire et (ré)interpréter les histoires des familles par des oeuvres photographiques et des narrations orales permettant de nouvelles ouvertures et des approches individuelles pour diffuser, valoriser, sauvegarder et ramener au présent cet amalgame de témoignages et de traces d’une collectivité définie. Le dialogue entre d’un côté la recherche et l’archivage de ce patrimoine et de l’autre les diverses démarches artistiques appliquées crée des strates multiples desquels se dessinent non seulement la mémoire d’une certaine communauté,

page de droite : Birelerhof, Sandweiler © Andrés Lejona, Marguy Conzémius, 2015

mais dont surgissent - de manière subtile et presque un peu en marge - aussi des sujets tels que la migration, la guerre, la vie quotidienne à la ferme, le rôle de la femme dans le monde agricole et d’autres encore à découvrir. Ces passages graduels du privé vers le public et du formel vers l’artistique, ces transitions des histoires et mémoires ainsi que les sujets y ressortissants permettent de proposer aussi bien aux scientifiques qu’à tout autre public de se plonger dans ce qui définit la mémoire collective des familles agricoles et d’attirer l’attention sur l’urgence et l’importance de sauvegarder la mémoire de ces familles pour mieux comprendre leur passé et leur présent. Leur Histoire.

En collaboration avec l’artiste-conteuse Betsy Dentzer Réalisé avec le concours du Fonds culturel national Luxembourg, Norbert Brakonier S.A., Fondation ETE, Service des sites et monuments nationaux


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biographies p. 126-127 informations p. 128-129

U niv e rsité du Lux e mbourg (C ampus Walf e rdang e ) *

Passé-présent / Transformations Yvon Lambert

Souvent rattaché à la photographie humaniste, le photographe luxembourgeois Yvon Lambert a représenté pendant longtemps, à travers ses photographies analogues et en noir et blanc, une certaine mélancolie de la vie dans le sud du Luxembourg. Des séries comme Differdange – à la rencontre d’un lieu, réalisées entre 2003 et 2005 montrent comment il réussit à travers son approche personnelle de la photographie « lente » à créer des ambiances particulières où le temps semble s’être arrêté.

page de droite : Yvon Lambert - Haut-Fourneau B; Belval, 2000 photographie n/b

La série Derniers feux, commandée par la Ville d’Esch-sur-Alzette, retraçant les derniers jours d’activité du Haut-Fourneau B d’Esch-Belval en 1997, est un autre exemple de cette démarche esthétique qui correspond à un langage photographique qui se construit lentement à partir d’une déambulation face au motif. Avec son style particulier qui se nourrit de poésie formelle, de jeu de lumières, de richesse du détail, Yvon Lambert sait exprimer la force du lieu et l’exaltation d’un monde du travail révolu. La composition souvent fragmentaire et malgré un certain flou voulu, nous fait découvrir d’innombrables détails d’objets et de machines qui font un avec l’homme. La lumière qui contraste avec les fonds noirs, le clair-obscur dans les halles de coulée dans lequel baignent ces ouvriers confèrent une dimension presque sacrée au lieu.

* Faculté des Lettres, des Sciences Humaines, des Arts et des Sciences de l‘Education


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Au-delà de l’hommage au Bassin Minier, l’artiste qui connaît bien cette région du Sud, pour y avoir vécu depuis son enfance, a certainement voulu rendre intemporelle des lieux qui l’ont marqué personnellement mais qui sont toujours ancrés dans la mémoire collective de la société luxembourgeoise du XXe et XXIe siècle. Il était d’autant plus normal qu’Yvon Lambert retourne sur ces lieux pour défier la transformation de ce site qui se prépare pour accueillir les étudiants de l’Université du Luxembourg. Pour cela il a choisi la couleur, des angles décalés et des perspectives futuristes. De l’ambiance parfois éthérée des photographies en noir et blanc, Lambert passe à une vision plus géométrique dans sa série plus récente en couleur.

page de gauche : Yvon Lambert - Friches; Belval, 2000 photographie n/b page de droite : Yvon Lambert - Belval 2014 photographie couleur


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page de gauche : Yvon Lambert, Haut-Fourneau B; Belval, 1997 photographie n/b page de droite : Yvon Lambert - Belval 2014 photographie couleur


Ici, comme dans sa pratique précédente, son regard sait capter ce rapport de l’homme avec le lieu. De même, les éléments formels en mutation marquant la nouvelle approche photographique de Lambert soulignent en quelque sorte les changements qu’a subis ce lieu. Ainsi, en confrontant le passé et le présent, le noir et blanc et la couleur, l’artiste a voulu, à travers l’installation au Campus Walferdange, témoigner photographiquement et esthétiquement de ce processus de transformation. 

Paul di Felice


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C e ntr e C ultur e l d e R e ncontr e A bbay e d e N e um Ăź nst e r ( N e im ĂŤ nst e r )


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I nd e x d e s artist e s Aëgerter Laurence, *1972 (France), vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas www.laurenceaegerter.com

Delsaux Cédric, *1974 (France), vit et travaille à Paris, France www.cedricdelsaux.com

D’Agata Antoine, *1961 (France), vit et travaille à Marseille et Paris, France

Dutreux Tony, 1838 - 1933 (Luxembourg), ingénieur et politicien luxembourgeois, photographe amateur

August-Dormeuil Renaud *1968 (France), vit et travaille à Paris, France Balet Catherine, *1959 (France), vit et travaille entre Paris, France et Brighton, Royaume-Uni www.catherinebalet.com Baltzer Bruno – Bisagno Leonora Baltzer Bruno *1965 (France), Bisagno Leonora *1977 (Italie), vivent et travaillent à Luxembourg, Luxembourg www.leonorabisagno.com www.bruno-baltzer.net Bartoloméo Joël, *1957 (France), vit et travaille entre Paris, France et Berlin, Allemagne Birkin David, *1977 (Royaume-Uni), vit et travaille à New-York, Etats-Unis et Londres, Royaume-Uni www.davidbirkin.net

Esterházy Marcell, *1977 (Hongrie), vit et travaille à Paris, France www.esterhazymarcell.net Floszmann Attila, *1982 (Hongrie), vit et travaille à Budapest, Hongrie Frenkel Vera, *1938 (Tchécoslovaquie), vit et travaille à Toronto, Canada www.verafrenkel.com Galassi Silvio, *1959 (Luxembourg), vit et travaille entre Luxembourg et France www.silviogalassiphotoart.com Gebhart de Koekkoek Daniel, *1982 (Autriche), vit et travaille entre Vienne, Autriche, Berlin, Allemagne et Rotterdam, Pays-Bas www.gebhart.dk

Bixhain Laurianne, *1987 (Luxembourg), vit et travaille au Luxembourg et à Leipzig, Allemagne www.lauriannebixhain.com

Gerhes Gábor, *1962 (Hongrie), vit et travaille à Budapest, Hongrie

Böhmer Ursula, *1965 (Allemagne), vit et travaille à Berlin, Allemagne www.ursulaboehmer.de

Gisinger Arno, *1964 (Autriche), vit et travaille à Paris, France www.arnogisinger.com

Boukal Tanja, *1976 (Autriche), vit et travaille à Vienne, Autriche www.boukal.at

Hamzehian Anush, *1980 (Italie), réalisateur italien

Broomberg & Chanarin Adam Broomberg, *1970 (Afrique du Sud) & Oliver Chanarin, *1971 (Royaume-Uni), vivent et travaillent à Londres, Royaume-Uni www.broombergchanarin.com Cairns Antony, *1980 (Royaume-Uni), vit et travaille à Londres, Royaume-Uni www.antony-cairns.co.uk

Janot Guillaume, *1966 (France), vit et travaille à Lyon www.guillaumejanot.com Konarzewski Thierry, *1960 (Afrique), vit et travaille à Paris, France et en Italie www.thierrykonarzewski.com Lambert Yvon, *1955 (Luxembourg), grand voyageur, il réalise ses projets surtout en dehors des frontières luxembourgeoises

Camporesi Silvia, *1973 (Italie), vit et travaille en Italie www.silviacamporesi.it

Lange Dorothea, 1895 - 1965 (Etats-Unis), photographe allemande

Catiere Alexandra, *1978 (Biélorussie), vit et travaille à Paris, France www.alexandracatiere.com

Lecomte Tatiana, *1971 (France), vit et travaille à Vienne, Autriche www.lecomte.mur.at

Chang Hsia-Fei, *1973 (Taïwan), vit et travaille à Paris, France www.hsia-fei.com

Leen Nina, (1909/1914 – 1995), photographe américaine d’origine russe

Chéhère Laurent, *1972 (France), vit et travaille à Paris, France www.laurentchehere.com Costa Giacomo, *1970 (Italie), vit et travaille à Florence, Italie www.giacomocosta.com

Lejona Andrés, *1962 (Espagne), vit et travaille au Luxembourg www.andreslejona.com M+M Marc Weis, *1965 (Allemagne) et Martin De Mattia, *1963 (Allemagne), vivent et travaillent à Munich, Allemagne www.mm-art.de


125 Mauger Léna, *1983 (France), journaliste française Méchain François, *1948 (France), vit et travaille en Charente, France www.francoismechain.com Melchior Carole, *1972 (Belgique), vit et travaille au Luxembourg et en Belgique

Rioufol Emmanuel, *1966 (France), vit et travaille à Paris, France www.rioufol.com Rosenberg Aura, *1949 (Etats-Unis), vit et travaille à NY, Etats-Unis et Berlin, Allemagne www.aurarosenberg.com Rothstein Arthur, 1915 - 1985 (Etats-Unis), photographe américain

Mortarotti Vittorio, *1982 (Italie), vit et travaille à Turin, Italie www.vittoriomortarotti.com

Sander August, 1876 - 1964 (Allemagne), photographe allemand

Mühe Andreas, *1979 (RDA), vit et travaille à Berlin, Allemagne www.andreasmuehe.com

Scheynius Lina, *1981 (Suède), vit et travaille à Londres, Royaume-Uni www.linascheynius.com

Nikolić Vladimir, *1974 (Roumanie), vit et travaille à Belgrad, Serbie www.vladimir-nicolic.com

Schönfeld Sarah, *1979 (Allemagne), vit et travaille à Berlin, Allemagne www.sarahschoenfeld.de

Olaf Erwin, *1959 (les Pays-Bas), vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas www.erwinolaf.com

Somoroff Michael, *1957 (Etats-Unis), vit et travaille à NY, Etats-Unis www.michaelsomoroff.com

Olley Jonathan, *1967 (Royaume-Uni), vit et travaille à Londres, Royaume-Uni www.jonathanolley.com

Speers Vee, *1962 (Australie), vit et travaille à Paris, France www.veespeers.com

Ősz Gábor, *1962 (Hongrie), vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas www.gaborosz.com

Steichen Edward, 1879 (Luxembourg) - 1973 (Etats-Unis), photographe d’origine luxembourgeoise

Paci Adrian, *1969 (Albania), vit et travaille à Milan, Italie

Vitturi Lorenzo, *1980 (Italie), vit et travaille à Londres, Royaume-Uni, et Milan, Italie www.lorenzovitturi.com

Page Homer, 1918 - 1985 (Etats-Unis), photographe américain

Weyermann Maja, *1962 (Suisse), vit et travaille à Berlin, Allemagne

Peterlin Borut, *1974 (Slovenie), vit et travaille à Novo Mesto, Slovénie www.borutpeterlin.com

Willms Julia, *1974 (Allemagne), vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas www.willmsworks.net

Pezennec Adrien, *1982 (France), vit et travaille à Arles, France adrienpezennec.tumblr.com Pichl Andrea, * 1964 (Allemagne), vit et travaille à Berlin, Allemagne Pichler Klaus, *1977 (Autriche), vit et travaille à Vienne, Autriche www.kpic.at Remael Stéphane, *1971 (France), vit et travaille à Paris, France www.stephaneremael.com Rogge Henning, *1977 (Allemagne), vit et travaille en Allemagne www.henningrogge.de Rheims Bettina, *1952 (France), vit et travaille à Paris, France www.bettinarheims.com


L i e ux d ’ e xposition

Informations pratiques

Luxembourg

Cercle Cité

Kiosk - AICA

Espace d’exposition le Ratskeller

Angle Place de Bruxelles /

Archives nationales de Luxembourg

Rue du Curé

Pont Adolphe (NeiBreck)

Plateau du Saint-Esprit

L-1368 Luxembourg

www.aica-luxembourg.lu

Luxembourg

Tél : (+352) 47 96 51 33

Illumination is the New Interior Sensation

Tél : (+352) 24 78 66 60

www.cerclecite.lu

04.04 > 31.05.2015

www.anlux.lu

Memory Lab III

La projection du passé

- Photography challenges History : Traces

Krome Gallery

14.04 > 31.05.2015

25.04 > 05.07.2015

21A, Avenue Gaston Diderich

Arendt & Medernach

Galerie Clairefontaine

www.krome-gallery.com

14, rue Erasme

Espace 2

Andrea Pichl in dialogue

L-1468 Luxembourg-Kirchberg

21, rue du St-Esprit

with Zoe Leonard

Tél : (+352) 40 78 78 1

L-1475 Luxembourg

28.03 > 09.05.2015

www.arendt.com

Tél : (+352) 47 23 24

EMoP Arendt Award

www.galerie-clairefontaine.lu

Lucien Schweitzer Galerie & Editions

L-1420 Luxembourg

remise du prix : 22.04.2015

Giacomo Costa - Persistent Time

4, rue des Joncs - Bâtiment 10

23.04 > 20.09.2015

23.04 > 30.05.2015

L-1818 Howald

Bibliothèque nationale

Galerie du Curé

de Luxembourg

26, rue du Curé

Lieux d’être(s)

37 bd F-D Roosevelt

L-1368 Luxembourg

27.03 > 31.05.2015

Tél : (+352) 23 61 656

L-2450 Luxembourg

www.galerieducure.com

Tél : (+352) 22 97 55 1

Konstellation Benjamin

www.lucienschweitzer.lu

Luxembourg Center

www.bnl.lu

Là s’en vont les seigneuries

for Architecture (LUCA)

Tony Dutreux : Voyage en Orient

22.04 > 24.05.2015

1, rue de l’Aciérie

22.04 > 04.07.2015 Casino Luxembourg

L-1112 Luxembourg Galerie Nosbaum & Reding

Tél : (+352) 42 75 55

4, rue Wiltheim

www.luca.lu

– Forum d’art contemporain

L-2733 Luxembourg

Apprendre à dormir la nuit

41, rue Notre-Dame

Tél : (+352) 26 19 05 55

– Chapitre premier :

L-2240 Luxembourg

www.nosbaumreding.lu

Les Fondations du rêve

Tél : (+352) 22 50 45

Giostra

21.04 > 30.05.2015

www.casino-luxembourg.lu

12.03 > 09.05.2015 Musée d’Art Moderne

Memory Lab IV - Photography challenges History : Transit

Institut français du Luxembourg

Grand-Duc Jean (Mudam)

25.04 > 06.09.2015

2012, Avenue Montery

3, Park Dräi Eechelen

M+M - 7 Tage

Luxembourg

L-1499 Luxembourg-Kirchberg

24.01 > 03.05.2015

Tél : (+352) 46 21 66

Tél : (+352) 45 37 85 1

www.institutfrancaisluxembourg.lu

www.mudam.lu

Avoir lieu

Memory Lab I – Photography

22.05 > 15.05.2015

challenges History : Ré-écritures

( locaux de la Société Générale

07.03 > 31.05.2015

Bank & Trust )


127 Walferdange

Musée national d’histoire

Château de Clervaux

et d’art Luxembourg (MNHA)

L-9712 Clervaux

Marché-aux-Poissons

Tél: +352 92 96 57

Université du Luxembourg

L-2345 Luxembourg

www.steichencollections.lu

Faculté des Lettres, des Sciences

Tél : (+352) 47 93 30 - 1

The Family of Man

Humaines, des Arts et des Sciences

www.mnha.lu

Steichencollections (CNA)

de l‘Education

Memory Lab II - Photography chal-

Exposition permanente

Route de Diekirch

lenges History : Le passé du présent

01.03 > 01.01.

24.04 > 13.09.2015

L-7220 Walferdange Passé - Présent / Transformations

Dudelange

01.04 > 30.09.2015

de Rencontre Abbaye

Centre d’Art Nei Liicht

Metz

de Neumünster (Neimënster)

25, rue Dominique Lang

28, rue Münster

L-3505 Dudelange

Arsenal Metz

L-2160 Luxembourg

www.centredart-dudelange.lu

3, Avenue Ney

Tél: (+352) 26 20 52 1

Worst Day of my whole Life

F- 57000 Metz

www.neimenster.lu

07.03 > 25.04.2015

Tél : (+33) 3 87 39 92 00

Centre Culturel

Atlas Italiae

www.arsenal-metz.fr

02.04 > 24.04.2015

Centre national

Disparition(s)

Mémoires en transitions

de l’audiovisuel (CNA)

24.04 > 14.06.2015

20.04 > 21.06.2015

Waassertuerm+Pomhouse

Memory Lab Highlights

1b, rue du Centenaire

01.04 > 30.06.2015

L-3475 Dudelange Tél : (+352) 52 24 24 1

Villa Vauban - Musée d’art

www.cna.lu

de la ville de Luxembourg

Dalston Anatomy

18, Avenue Emile Reuter

25.04 > 21.06.2015

L-2420 Luxembourg

Personne ne croit que je suis vivant

Tél : (+352) 47 96 45 52

25.04 > 6.09.2015

www.villavauban.lu

The Bitter Years

August Sander / Michael Somoroff

Steichencollections (CNA)

– Absence of Subject

exposition permanente

24.04 > 13.09.2015

www.steichencollections.lu 01.03 > 01.01.

Clervaux Clervaux - Cité de l’image asbl Maison du Tourisme et de la Culture B.P. 52 L-9701 Clervaux info@clervauximage.lu Tél : (+352) 26 90 34 96 www.clervauximage.lu Involvement 17.09.2014 > 17.05.2016


Luxembourg 2015 REMERCIEMENTS Le Mois européen de la Photographie Luxembourg s’honore du haut patronage du Ministère de la Culture Mme Maggy Nagel, Ministre de la Culture et de la Ville de Luxembourg à travers Mme Lydie Polfer, Maire de la Ville de Luxembourg Nous remercions particulièrement M. Bob Krieps, Premier Conseiller de Gouvernement, Ministère de la Culture Mme Danièle Kohn-Stoffels, Conseiller de gouvernement 1ère classe Mme Christiane Sietzen, responsable des services culturels de la Ville de Luxembourg M. Jean Reitz de l’Agence luxembourgeoise d’action culturelle Mme Anouk Wies, coordinatrice du Cercle Cité M. Michel Polfer, directeur du Musée National d’Histoire et d’Art Mme Gosia Nowara, conservatrice du Musée National d’Histoire et d’Art M. Gilles Zeimet, assistant scientifique M. Jean Back, directeur du Centre national de l’audiovisuel Mme Marguy Conzémius et Michèle Walerich, commissaires d’exposition Mme Anke Reitz, curatrice et conservatrice de l’exposition Family of Man Mme Ainhoa Achutegui, directrice du CCR Neimënster Mme Françoise Pirovalli, chef de service, responsable presse et relations publiques M. Claudio Minelli, responsable des expositions Mme Monique Kieffer, directrice de la Bibliothèque nationale de Luxembourg Mme Nadine Esslingen, département media Mme Josée Kirps, directrice des Archives nationales de Luxembourg M. Romain Schroeder, relations publiques & service éducatif M. Enrico Lunghi, directeur du Mudam M. Christophe Gallois, curateur M. Kevin Muhlen, directeur artistique du Casino Luxembourg M. Jo Kox, directeur administratif du Casino Luxembourg Mme Danièle Wagner, directrice des Musées de la Ville de Luxembourg Mme Gabriele Grawe, conservatrice des Musées de la Ville de Luxembourg


129 M. Boris Fuge, communication des Musées de la Ville de Luxembourg M. Franceso Neri, attaché culturel de l’Ambassade d’Italie Mme Danielle Igniti, directrice du Centre d’art Nei Liicht Ville de Dudelange Mme Meyer Annick, directrice Clervaux - Cité de l’Image M. Philippe Dupont, avocat associé de l’étude Arendt & Medernach Mme Sophie Cuny, Marketing and Communication Manager Mme Carole Pellegrini, Junior Event Officer Les galeries et centres d’art suivants Galerie Nosbaum & Reding (Luxembourg), Lucien Schweitzer Galerie & Editions (Luxembourg), Galerie Clairefontaine (Luxembourg), Krome Gallery (Luxembourg + Berlin), Galerie du Curé (Luxembourg) Metz M. Jean-François Ramon, directeur de l’Arsenal Metz Mme Michèle Paradon, déléguée artistique Remerciements particuliers à Studio Bettina Rheims, Paris Studio Erwin Olaf, Amsterdam Galerie Wagner + Partner, Berlin Carlier | Gebauer, Berlin Galerie Christophe Guye, Zurich Galerie Kaufmann Repetto, Milan Galerie Les Filles du Calvaire, Paris Dr. Dirk Kössendrup, Berlin Chantale Benjamin, Berlin Valentin Rothmaler, Lübeck Marcelo de Souza Campos Granja, Berlin Enrica Viganò, Admira, Milan ACB Galeria, Budapest Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, Arles Centre d’art GwinZegal, Guingamp Feroz Gallery, Bonn Pour la collaboration sur l’exposition de Memory Lab au Luxembourg Gunda Achleitner, Vienne Gabriella Uhl, Budapest Oliver Baetz & Frank Wagner, Berlin


En part e nariat av ec l e rés e au E M o P

Partenaires du mois européen de la photographie Athènes Manolis & Stavros Moresopoulos Hellenic Center for Photography Berlin Oliver Baetz, directeur administratif de Kulturprojekte Berlin ainsi que Frank Wagner, commissaire d’exposition Bratislava Vaclav Majek, directeur de la Maison de la photographie de l’Europe Centrale ainsi que Michaela Bosakova, Bohunka Koklesova, commissaires d’exposition Budapest President of Association of Hungarian Photographers ainsi que Gabriella Uhl, commissaire d’exposition Ljubljana Miha Colner et Sluga Dejan, Association Photon Paris Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison Européenne de la Photographie ainsi que Jean-Luc Soret, commissaire d’exposition Vienne Dr. Berthold Ecker, directeur du département Beaux-Arts de la ville de Vienne, Mag. Gunda Achleitner, conservatrice du MUSA Vienne, Thomas Licek, directeur de Eyes-on


NOSBAUM & REDING ART CONTEMPORAIN


Profile for pierre PST

Emoplux2015 catalogue  

Catalogue: European Month of Photography, Luxembourg 2015

Emoplux2015 catalogue  

Catalogue: European Month of Photography, Luxembourg 2015

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