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MOIS EUROPÉEN DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG 2017


EDITOR / PUBLISHER Paul di Felice, Pierre Stiwer Café­-Crème asbl ORGANISATION DU MOIS EUROPÉEN DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG / EVENT MANAGER OF EMOP LUXEMBOURG Paul di Felice, Pierre Stiwer (directeurs Café-Crème asbl) COMMUNICATION PRESSE ET CATALOGUE / RELATIONS AND CATALOGUE Céline Schall, Claire Büchler COORDINATION INVITÉS / GUEST RELATIONS

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Assia Jarmouni RÉVÉLATION(S) - PORTFOLIO Cristina Dias de Magalhães Café-Crème asbl TRADUCTIONS / TRANSLATIONS Céline Schall, Pierre Stiwer, Simon Welch CONCEPTION GRAPHIQUE / GRAPHIC DESIGN Virág Bogyó, Zoltan Szmolka Budapest DROITS / CREDITS All pictures if not otherwise stated : courtesy the artist No part of this publication may be reproduced or transmitted in any form or by any means, electronic or mechanical, including photocopy, recording or any other information storage and retrieval system, without prior permission in writing from the publisher. IMPRIMÉ / PRINTED Budapest, Hongrie ISBN 978 - 99959 - 674 - 5 - 1 PHOTO DE LA COUVERTURE / COVER PHOTO courtesy and ©: Valentín Vallhonrat


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SOMMAIRE

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Arendt House – European Month of Photography Arendt Award

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Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain – Looking for the Clouds / Contemporary Photography in Times of Conflict.

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Blackbox – Looking for the Clouds / video in times of conflict 44

Musée National d’Histoire et d’Art (MNHA) – Portraits sous surveillance

60

Cercle Cité – Ratskeller espace d’exposition – Borderlines

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Musée d’art moderne Grand-Duc Jean (Mudam) – Samuel Gratacap – Empire

78

Villa Vauban - Musée d’Art de la Ville de Luxembourg – Sven Johne – Cycle grec

82

Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster (Neimënster) – Shifts

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Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster (Neimënster) – Christian Gattinoni: Deuxième génération - La mémoire contre tous les fascismes

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Centre d’Art Nei Liicht – Bruno Baltzer & Leonora Bisagno - Y’a pas photo

98

Centre d’art Dominique Lang – Esther Hovers - “False positives” / Structures du pouvoir

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Espace CNA display 01 Dudelange – Armand Quetsch - Dystopian circles / fragments ... all along

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The Steichen Collections (Château de Clervaux) – The Family of Man

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The Steichen Collections, CNA Dudelange – The Bitter Years

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Clervaux - Cité de l’image – Contes d’images - 5 installations photographiques à ciel ouvert

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Centre des Arts Pluriels Ettelbruck – Displacement / Péripéties


Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte – Commande photographique

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Rotondes – Street Photography Festival

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Camões - Centre Culturel Portugais Luxembourg – Augusto Alves da Silva, Cielo

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Wild Project Gallery – Cédric Delsaux - Dark Celebration

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Galerie Clairefontaine – Ryuji Taira - Vicissitudes

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Galerie Clairefontaine – Raoul Ries - 36 vues du Mont Fuji

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Galerie Sofronis Arts – Serge Ecker - Do clouds listen?

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Université du Luxembourg, Campus Belval – Tendre - La jeune photographie Tchèque, Slovaque et Polonaise

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Smets – Edouard Janssens - Windows to the Soul & Stratos-Sphere

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Portfolios review – Révélation(s) Portfolio - Plateforme

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Archives nationales de Luxembourg – Onse béier - La culture de la bière au Luxembourg

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Index des artistes

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Informations pratiques

186 Remerciements 188 Partenaires

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MOIS EUROPÉEN DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG 2017

AVANT-PROPOS

FOREWORD

UNE 6 e ÉDITION DANS UN CONTEXTE SOCIAL ET POLITIQUE AGITÉ

A 6th EDITION IN A TROUBLED SOCIAL AND POLITICAL CONTEXT

Cette 6e édition du Mois européen de la photographie Luxembourg nous conforte dans notre impression que la photographie – ou du moins les arts de l’image – figure maintenant en bonne place dans le paysage culturel luxembourgeois. D’une part, la participation de presque toutes les institutions et galeries du Luxembourg ayant établi un rapport à la photographie le montre et, d’autre part, l’intérêt du grand public pour la photographie n’a cessé de se développer sur tous les plans. Mais cette version 2017 du Mois européen de la photographie (EMoPLux) s’inscrit dans un contexte politique, social et culturel particulier. On serait tenté de faire référence à The Bitter years d’Edward Steichen et – à sa suite – d’évoquer The Family of Man, tant on trouverait matière à réflexion dans un rapprochement de ces deux expositions avec ce qui se passe aujourd’hui. Au travail curatorial d’Edward Steichen – hymne à la tolérance et l’entente des peuples – on ajoutera évidemment le point d’interrogation que nous avions déjà accolé au titre, en 1997, de notre première intervention comme commissaires de l’exposition photo au Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain : The 90’s: A Family of Man? 2016 a été, pour beaucoup, une année agitée et même tragique. On a vu ainsi l’enlisement au ProcheOrient, les attaques terroristes en Europe ou encore les polémiques autour de la place des immigrés dans la société occidentale. Le continent, par ailleurs, a été particulièrement ébranlé par la montée de courants identitaires nationaux mettant en cause l’idée même d’une Union européenne. L’avenir d’une société démocratique avec ses valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre est sous la menace.

This 6th edition of the European Month of Photography Luxembourg confirms our confidence in photography – or let’s call it photography as part of the visual arts – as a major player in the Luxembourg cultural landscape. The participation of almost all the institutions and galleries of Luxembourg involved in some relationship with visual expression is a fact. The interest of the general public in photography has continued to develop on all levels. But this 2017 edition of the European Month of Photography (Emoplux) has to be seen in a particular political, social and cultural context. One is tempted to refer to The Bitter Years by Edward Steichen and – even more so – to The Family of Man, so much one would find food for reflection in a rapprochement of these two exhibitions with what is happening today. To the curatorial work of Edward Steichen, we will of course add the question mark that we had already attached to the title of our exhibition in 1997 as curators at Casino Luxembourg - Forum of Contemporary Art in a show called The 90’s: a Family of Man? 2016 was, for many, a troubled and even tragic year. We have seen the continuation of the war in the Middle East, the terrorist attacks in Europe and the quarrels over the fate of immigrants. The continent, moreover, has been particularly shaken by the rise of national identity currents calling into question the very idea of ​​a European Union. The future of a democratic society with its values of ​​ tolerance and openness to others is under threat. The media in particular have been at the centre of controversy. Journalists have been criticized for their role in communicating events and their way of making a spectacle of a whole series of tragic or sometimes even burlesque events. In particular, their role in reshaping


7 Sinje Dillenkofer, Placeholder 3, from the Series Placeholder 1-59, papier vergé sur aluminium, 32 × 40 cm, tiré de Vue plongeante sur Ground Zero 2015 (Aufsicht auf Ground Zero 2015), 2015.

Les médias en particulier sont au centre des polémiques. Les journalistes ont été pris à partie quant à leur rôle dans la communication de ces événements et leur façon de les transformer en spectacle, les uns tragiques, les autres burlesques. Notamment leur rôle dans cette spectacularisation, leur manière de redéfinir la fonction des images ou des commentaires les accompagnant, ont été plus d’une fois dénoncés. Les discussions autour de la liberté d’expression et les interrogations sur le rôle des médias dans la société

information and establishing new relationships between images or comments accompanying them were more than once denounced. Discussions about freedom of expression and questions about the role of the media in society – above all about images – whether they are true or fake (“alternative


– à travers notamment les images, vraies ou fausses (« alternatives » comme les a récemment appelées le porte-parole de la Maison Blanche) ont contribué à semer le doute et à préparer le terrain de toutes les dérives possibles.

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QUESTIONNER LE STATUT DE LA PHOTOGRAPHIE… Quand la caméra, ou l’image qu’elle produit, sert de preuve ou d’anti-preuve, d’argument ou de contre-argument, on s’installera tôt ou tard dans un débat qui accompagne nécessairement une critique du discours, auquel la photographie n’échappera pas car son statut, est par définition incertain. Au Luxembourg, la récente démission du directeur du Mudam peut ainsi être vue comme l’expression du malaise entourant la production et la diffusion des images, de télévision dans ce cas. Mais en même temps, on est obligé d’y détecter un malaise, plus profond encore, lié à la crise identitaire nationale ou européenne. Le fragile édifice de l’art contemporain semble ébranlé au milieu de puissants courants souterrains qui naissent dans des environnements instables, hantés par le doute et la peur. Autant d’événements que l’art – et la photographie en particulier – dans le passé comme aujourd’hui, articule à sa manière, soit en se réfugiant dans le cocooning, en revenant aux modes, traditions et académismes des temps passés, soit en s’engageant sur de nouveaux chemins. Ces thèmes particuliers génèrent de nouveaux modes de présentation. Le souci principal du photographe / artiste n’est pas dès lors la « belle » image mais plutôt l’image-document ou l’image-information. Fréquemment aussi, il s’inscrit en faux contre les images « dominantes » ou tente d’établir une contre-narration dans un monde soumis aux conventions et au consensus mou. Si les formes de contestation ouverte et radicale, telles qu’on les a connues dans les années soixante, sont devenues plus rares, les connotations politiques n’ont pas disparu pour autant dans les travaux des artistes / photographes aujourd’hui. La photographie s’interroge sur elle-même, et ceci non seulement depuis que le digital a remplacé l’image analogique. Elle questionne la création artistique, son propre mode de fonctionnement, son mode de diffusion, son impact social et politique et de façon générale, son rapport à la vérité. Il est fort à parier que jamais une société n’a produit autant d’images. Ce qui surprendra peut-être plus : la majorité des photos prises aujourd’hui ne le sont plus par d’innocents touristes – et plutôt rarement encore par des professionnels dont c’est le métier de prendre des photos – ce sont les caméras de surveillance qui multiplient à l’in-

facts” as they were recently called by a White House spokesman) contributed to put into question nearly everything and to prepare the ground for all possible abuse.

QUESTIONING THE STATUS OF PHOTOGRAPHY... When the camera, through the image it captures, serves as proof or anti-proof, argument or counterargument, one finds oneself in a debate that necessarily leads to the questioning of any discourse, and photography will certainly not escape this debate. In Luxembourg, the recent resignation of the director of Mudam can thus be seen as an expression of the uneasiness surrounding the production and distribution of images, in this case TV images. But at the same time, we are forced to detect a malaise, even more profound, linked to the national identity crisis that can be extended to the European Union. The fragile edifice of contemporary art seems to be shaken amidst powerful underground currents that are born in unstable environments, haunted by doubt and fear. These aspects are taken into consideration by artists – and photographers in particular – today as they were in the past, leading to specific expressions in their own way, either by taking refuge in cocooning by returning to the fashions, traditions and academics of past times, or venturing out on new paths. In that case, our specific themes generate new modes of presentation. The main concern of the photographer / artist is therefore not the “beautiful” image but rather the image as document or information. Frequently, too, s/he takes issue with “mainstream” images or attempts to establish a counter narrative in a world subjected to soft consensus and conformism.


LOOKING FOR THE CLOUDS ? Un événement culturel comme le Mois européen de la photographie reprend – dans certaines de ses expositions – ces grands thèmes politiques. Quelques mots d’explication s’imposent, quant au thème général qui sous-tend en particulier les expositions au Mudam, au Casino, au Cercle et au MNHA, et qui se cristallise dans ce titre un peu énigmatique : Looking for the Clouds. « Chacun peut se servir des nuages » écrivait Alfred Stieglitz en 1923, après avoir commencé sa série de nuages intitulée Equivalents en 1922. Ces photographies presque abstraites, que le photographe américain voyait comme une approche démocratique de la photographie, sont considérées, aujourd’hui encore, comme la référence photographique de cette double nature de la photographie, c’est-à-dire la fusion potentielle de l’objectivité et de la subjectivité.

While the forms of open protest, as they were known in the 1960s, have become less frequent, the political connotations have not disappeared in the work of artists / photographers today. Photography is questioning itself, and not only since the digital has replaced the analogue image. It questions artistic creation, its own mode of operation, its mode of dissemination, its social and political impact and, in general, its relation to the truth. It is a safe bet that no society has ever produced so many images, but there is another fact that may surprise some: the majority of photos today are no longer taken by innocent tourists - and even less so by a professional whose job is to take pictures – but by the surveillance cameras that multiply to infinity the recording of our daily reality. Whether these cameras record the weather, the state of roads, road traffic or the movements of individuals, whether the images are taken as testimonies, as proof – if they are not dismissed as insignificant – it is a fact that contemporary society has – in its relation to the real world – a very different approach from previous generations. The artist today, more than ever, appropriates these new devices, deviates their spirit to better isolate the images from this flow of unconscious images by shifting them to a new critical aesthetic dimension. The hyper-information technology and its impact on society is thus transformed through artistic appropriation into a committed narrative, a poetic-political vision or media-artistic icon.

LOOKING FOR THE CLOUDS? A cultural event such as the European Month of Photo­ graphy addresses – in some of its exhibitions – these major political themes. A few words of explanation are necessary regarding the general theme that underlies in particular the exhibitions at Mudam, Casino Luxembourg Art Forum, Cercle exhibition space and MNHA, and which is crystallized in the somewhat enigmatic title: Looking for the Clouds. “Everyone can use clouds” wrote Alfred Stieglitz in 1923, after starting his series of clouds entitled Equi­ valents in 1922. These almost abstract photographs, which the American photographer saw as a democratic approach to photography, are still considered today to be an expression of the dual nature of photography, that is to say the potential fusion of objectivity and subjectivity. The clouds symbolize movement, the fugitive and the enigmatic. They pass through the sky while becoming figures of imagination and projection. Pierre Delain, commenting on The Theory of Cloud - For a History of Painting (Hubert Damisch, 1972) evokes the cloud as “wavy, nebulous and

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fini l’enregistrement de notre réalité quotidienne. Les caméras enregistrent la météo, l’état des routes, la circulation des voitures ou des individus... Ces images sont considérées comme des témoignages, comme preuves même, à moins d’être écartées parce que insignifiantes. C’est un fait que notre époque – dans son rapport à la réalité – a une toute autre approche que les générations précédentes. L’artiste aujourd’hui, plus que jamais, s’empare de ces nouveaux dispositifs, les dévie pour mieux les isoler de ce flux d’images inconscientes en leur apportant une dimension esthétique critique nouvelle. L’hyper-technologie de l’information et ses conséquences sociétales se transforment ainsi par le biais du détournement artistique en narration engagée, en visuels poético-­ politiques ou en icônes médiatico-­ artistiques.


James Bridle, Drone Shadow

Les nuages symbolisent le mouvement, le fugitif et l’énigmatique. Ils défilent dans le ciel tout en devenant des figures d’imagination et de projection. Pierre Delain, en commentant La théorie du Nuage - Pour une histoire de la peinture (Hubert Damisch, 1972) évoque le nuage comme « ondoyant, nébuleux et plastique, qui séduit et inquiète ».  Traditionnellement enfin, interroger le mouvement des nuages ou le vol des oiseaux permet de prédire l’avenir. Sous ce titre, nous avons voulu regrouper des thèmes bien différents qui sont d’actualité depuis les fameux événements du 11 septembre 2001 où le World Trade Center a été la cible d’une attaque terroriste d’une envergure jusqu’alors inconnue. Depuis cette date, le monde a radicalement changé. La métaphore du nuage comme porteur de changement, de turbulences et d’espoir est donc à l’origine du titre Looking for the Clouds que nous avons choisi pour cette édition. Il désigne, d’un côté, l’inquiétude de ceux qui scrutent le ciel hanté par les drones et autres engins de surveillance ou de destruction. D’un autre côté, il suggère aussi l’inquiétude de ceux qui sont à la recherche d’une vie meilleure, les migrants en particulier.

plastic, appealing and disturbing”. Traditionally, questioning the movement of clouds or the flight of birds makes it possible to predict the future. Under this heading, we wanted to group very different themes that have been current since the famous events of September 11, 2001 when the World Trade Center was the target of a terrorist attack of unprecedented proportions. Since then, the world has changed radically. The metaphor of the cloud as the bearer of change, turbulence and hope is therefore at the origin of the title Looking for the Clouds that we chose for this edition. On the one hand, it refers to the anxiety of those who scan the sky haunted by drones and other devices of surveillance or destruction. On the other hand, it also suggests the anxiety of those who are looking for a better life, especially migrants. Some artists have made it their favourite theme that is to be found in the main exhibitions of this 2017 edition. This 6th edition, like the previous ones, is however also a platform for exchange and understanding. Meeting with renowned artists and curators of photography, exchanging ideas and concepts with visual artists from many European countries is today a feature of any festival that has the ambition of being international.


11 Certains artistes en ont fait leur thème privilégié que nous retrouvons dans les expositions principales de cette édition 2017. Cette 6e édition, comme les précédentes, est cependant aussi une plateforme d’échange et d’entente. La rencontre avec des personnalités du monde de la photographie et la présence des artistes photographes de nombreux pays européens sont aujourd’hui les caractéristiques d’un festival international. Les expositions sont le produit d’une collaboration internationale du Luxembourg avec Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Paris et Vienne. Au Luxembourg, le soutien du ministère de la Culture, le patronage de la Ville de Luxembourg et avant tout les apports de tous nos partenaires institutionnels constituent les fondements mêmes d’un événement culturel comme le Mois européen de la photographie. Que tous nos partenaires, qui continuent à contribuer au succès grandissant de ce festival, en soient ici remerciés ! Paul di Felice & Pierre Stiwer (directeurs du Mois européen de la photographie, Luxembourg)

The exhibitions are the product of an international collaboration between Luxembourg and Athens, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Paris and Vienna. In Luxembourg, the support of the Ministry of Culture, the patronage of the City of Luxembourg and above all the contributions of all our institutional partners constitute the very foundations of a cultural event such as the European Month of Photography. Many thanks to all our partners who continue to contribute to the growing success of this festival! Paul di Felice & Pierre Stiwer (directors of the European Photography Month, Luxembourg)


EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY ARENDT AWARD

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.ARENDT.LU

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ARENDT HOUSE

ARTISTES LAURÉATS PRÉSÉLECTIONNÉS POUR LE PRIX / PRE-SELECTED ARTISTS FOR THE AWARD: SAMUEL GRATACAP, JURE KASTELIC, DANIEL MAYRIT, AIDA SILVESTRI, PANOS TSAGARIS COMMISSAIRES / CURATORS: CAFÉ-CRÈME ASBL (PAUL DI FELICE, PIERRE STIWER)

Arendt & Medernach est un cabinet d’avocats indépendant basé à Luxembourg, avec des bureaux à Dubaï, Hong Kong, Londres, Moscou, New York et Paris. Considérant l’art comme un mode de communication unique avec un impact à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise, Arendt & Medernach s’engage pour l’art contemporain (Steichen Award, Mudam) et pour la photographie (Café Crème et Emop) en particulier. Fidèle à sa passion, l’étude Arendt & Medernach souhaite encourager l’ouverture d’esprit, la diversité et le partage des émotions. Depuis 2013, Arendt & Medernach est affilié au Mois européen de la photographie en sponsorisant le prix EMOP qui offre une plateforme à cinq artistes émergents présélectionnés, choisis parmi le pool d’artistes invités aux expositions communes du réseau européen EMOP. En récompensant un jeune lauréat et en participant aux expositions d’EMOP, Arendt & Medernach soutient l’art de la photographie et cherche ainsi à éveiller la curiosité et la volonté d’échanger.

Arendt & Medernach is an independent law firm based in Luxembourg, with offices in Dubai, Hong Kong, London, Moscow, New York and Paris. Arendt & Medernach is committed to contemporary art (Steichen Award, Mudam) and especially photography (Café Crème and Emop). Faithful to its passion, the law firm Arendt & Medernach wishes to encourage openness, diversity and the sharing of emotions. Since 2013, Arendt & Medernach has been affiliated with the European Photography Month through the sponsorship of the EMOP Award, which offers

Panos Tsagaris, For Between the Light and the Darkness we Stand, Installation View: 4th Thessaloniki Biennale, Greece. 12 b&w archival inkjet prints, 36 × 28 cm each, Irene Panagopoulos Collection. Courtesy Kalfayan Galleries, Athens, Thessaloniki, 2011.


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L’édition 2017 du Prix du Mois européen de la pho­ tographie Arendt présente le travail de cinq jeunes artistes, interprétant chacun dans son style les thèmes politiques abordés sous le titre de Looking for the clouds. Le jeune Français Samuel Gratacap, plasticien de formation, s’intéresse aux problèmes liés à la migration et des lieux de transits qui en sont la conséquence. Sa démarche à la fois sensible et objective est à la croisée du photojournalisme et de l’art contemporain. En se démarquant des clichés médiatiques et en explorant différentes techniques photographiques (moyen format, polaroïds…) et artistiques contemporaines (dessin, vidéo, écritures…), il réussit à travers un dispositif bien élaboré à créer un nouveau rapport au temps et à l’espace de l’actualité. L’artiste slovène Jure Kastelic intervient aussi sur la temporalité de l’image. Dans sa série Death Reporters, photographies réalisées à partir de stills télévisuels, il focalise l’image sur les visages de présentateur au moment où ils annoncent le nombre de victimes lors d’événements catastrophiques dans le monde. Il déconstruit ainsi les stratégies de communication médiatiques. C’est aussi le cas du travail de Daniel Mayrit, qui à travers ses portraits flous (sorte de portraits-robots qui évoquent la culpabilité de personnes parmi les plus influentes de Londres) contredit l’image « glamour » et de pouvoir de ces personnalités, qui deviennent du coup la cible de caméras de surveillance exactement comme les criminels qu’on surveille.

a platform to five pre-selected emerging artists chosen from the pool of artists invited to the exhibitions of the European EMOP network. By rewarding young laureates and participating in EMOP exhibitions, Arendt & Medernach supports the art of photography and thus seeks to awaken curiosity and the willingness to exchange. The 2017 edition of the European Arendt Photography Month Prize presents the work of five young artists, each of whom has interpreted the political themes under the title Looking for the Clouds. The young French citizen Samuel Gratacap is a visual artist. He is interested in problems related to migration and the resulting places of transit. His work, which is both sensitive and objective, stands at the crossroads of photojournalism and contemporary art. Departing from media clichés and exploring a range of photographic techniques (medium format, polaroids, etc.) and contemporary artistic techniques (drawing, video, writing, etc.), he has created a new relationship between time and topicality via an effectively constructed artistic discourse. The Slovenian artist Jure Kastelic also deals with the temporality of the image. In his series Death Reporters, which comprises photographs created from television stills, he focuses the image on the faces of presenters at the moment that they announce the number of victims during catastrophic events worldwide. In this way, he deconstructs media communications strategies.


15 Daniel Mayrit, Performer n. 15, from the series Authorised Images, 2016.


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Jure Kastelic, From the series Death reporters, 3 images mounted on foam board, archival baryta paper, wooden frame, 2014


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Samuel Gratacap, Dans une maison de passeur, Zarzis (Tunisie), Courtesy Samuel Gratacap et Galerie les filles du calvaire (Paris), 2012.

Dans la série des Unes de Libération intitulée For Between the Light and the Darkness We Stand, l’artiste grec Panos Tsagaris interrompt le flux médiatique de l’actualité en le remplaçant par un travail symbolique sur ce que l’artiste appelle « la déconnexion progressive de la matérialité et le lent réveil de la conscience supérieure. » Dans un tout autre registre, l’œuvre d’Aida Silvestri, originaire d’Erythrée, s’inscrit dans une quête personnelle et altruiste sur le sort de réfugiés africains qu’elle présente sous forme de portraits floutés et de traces de parcours brodées directement sur ses photographies. Des poèmes, sur les questions d’identités, de déplacement, de masse et d’individu, accompagnent ce travail politique et humain. Les cinq propositions très singulières de ces artistes émergents de nationalités différentes reprennent chacune avec pertinence et originalité les sous-thèmes de Looking for the clouds - Contemporary Photography in Times of Conflicts.

This is also the case in the work of Daniel Mayrit, who through his hazy portraits (robot portraits of sorts that evoke the guilt of some of the most influential people in London) contradicts the “glamorous” image of these personalities, who are suddenly the target of surveillance cameras, exactly like criminals. In the series of Libération magazine covers entitled For Between the Light and the Darkness We Stand, the Greek artist Panos Tsagaris interrupts the flow of news by replacing it with a symbolic work reflecting what he calls “the gradual disconnection from materiality and the slow awakening of higher consciousness.” In a completely different way, the work of Aida Silvestri, originally from Eritrea, is part of a personal and altruistic quest focused on the fate of African refugees, which she presents in the form of blurred portraits and with the traces of their routes embroidered directly onto the photographs. Poems on the themes of collective and individual identity and displacement accompany this political and human work. The five very singular proposals of these emerging artists of different nationalities each take with relevance and originality the sub-themes of Looking For the Clouds Contemporary Photography in Times of Conflicts.


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←  Aida Silvestri, Samuel, Eritrea to London on foot, by car, lorry, boat and train. Giclée print on fine art paper and red stitching, Unique, Portrait, framed 87.5 x 63 cm, Poem, framed 25 × 17.7 cm, 2013. →  Aida Silvestri, Samrawit, Eritrea to London by car, boat, on foot and aeroplane, from the series Even This Will Pass, 2013.

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↓  Aida Silvestri, The Journeys of the Brave, Sketched on the wall, with threads and nails. Size: Varies as required, 2013.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.CASINO-LUXEMBOURG.LU

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CASINO LUXEMBOURG – F O R U M D ’A R T C O N T E M P O R A I N

LOOKING FOR THE CLOUDS CONTEMPORARY PHOTOGRAPHY IN TIMES OF CONFLICT

ARTISTES / ARTISTS: ANUSH HAMZEHIAN / VITTORIO MORTAROTTI, DAVID BIRKIN, JAMES BRIDLE, SINJE DILLENKOFER, RICHARD DREW, OMER FAST, HANS-PETER FELDMANN, CARINE & ELISABETH KRECKÉ, AUDE MOREAU, SWEN RENAULT, VALENTÍN VALLHONRAT, WOLFGANG REICHMANN COMMISSAIRES / CURATORS: PAUL DI FELICE, PIERRE STIWER (CAFÉ-CRÈME ASBL) & KEVIN MUHLEN (DIRECTEUR ARTISTIQUE DU CASINO LUXEMBOURG FORUM D’ART CONTEMPORAIN)

L’exposition présente des œuvres photographiques et vidéos d’artistes et de photojournalistes internationaux, qui se sont penchés sur les événements qui ont suivi l’effondrement des tours du World Trade Center, jusqu’à la crise actuelle des réfugiés. Quoique volontairement éclectique, le choix des œuvres sélectionnées pour l’exposition au Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain trouve sa cohérence esthétique dans le dialogue des œuvres entre elles. Ainsi, le parcours de l’exposition commence avec des juxtapositions et des prises de position scénographiques radicales autour du 9/11. L’image emblématique du Falling Man du reporter Richard Drew, publiée dans le journal The Herald, le 12 septembre 2001 et aujourd’hui complètement retirée des médias, dialogue avec l’œuvre conceptuelle 9/12 Front page de l’artiste allemand Hans-Peter Feldmann. Celle-ci présente 160 Unes de quotidiens internationaux parues le lendemain de l’explosion et de l’effondrement des deux tours du World Trade Center de New York. Le soir des attaques, l’artiste Feldmann a eu l’idée de collectionner un grand nombre de journaux internationaux qu’il voulait intégrer dans un futur travail artistique conceptuel. En 2008, sept ans après les parutions, il expose 151 Unes à l’IPC (International Center of Photography) de New York en créant un espace choc, témoignant à la fois de la destruction et de la souffrance, tout en questionnant la démultiplication systématique de la même image – comme celle de la fumée s’élevant au-dessus des tours, pratiquement reproduites par tous les journaux.

The exhibition presents photographic works and videos by international artists and photojournalists who have focused their attention on events that followed the collapse of the Twin Towers of the World Trade Center up to the current refugee crisis. Though deliberately eclectic, the aesthetic coherency underpinning the choice of works selected for the exhibition at the Casino Luxembourg – Forum d’Art Contemporain is revealed in the dialogue between the works. Hence, the exhibition visit begins with radical juxtapositions and layout approaches around the subject of 9/11. The iconic image of The Falling Man (2001) by reporter Richard Drew published in The Herald on 12 September 2001 and now completely eradicated from the media, is in dialogue with the conceptual work 9/12 Frontpage (2001) by artist Hans-Peter Feldmann. The latter presents 160 front pages of international newspapers published the day after the explosion and collapse of the World Trade Center’s Twin Towers in New York. On the evening of the attacks, Feldmann had the idea of collecting a large number of international newspapers, which he wanted to incorporate into a future conceptual artistic work. In 2008, seven years after their publication, he exhibited 151 front pages at the International Center of Photography (ICP) in New York, as part of a collective show called Archive Fever, by creating a space of shock and awe, testifying to the destruction and suffering while questioning the systematic replication of the same image such as that of the smoke rising above the Towers, practically reproduced by every newspaper.


23 Richard Drew, The Falling Man (Attacks World Trade Center), Š Associated Press / AP Images, 2001.


↑  Swen Renault, 11”, © Swen Renault. 90 × 98cm, 11 photographies contrecollées. 20 × 30cm, Tirage C-Print. 1 photographie 13 × 18cm, Encadrée, 2014. →→  Swen Renault, Gaza été, 16 photographies, 130 × 130 cm, 2014.


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Anush Hamzehian & Vittorio Mortarotti, Eden, Untitled, inkjet print on Hahnemuhle PhotoRag Baryta, 141 × 180 cm, van Der Gallery, Bolzano (I)

Dans son commentaire de Diplopie : l’image photo­ graphique à l’ère des médias globalisés. Essai sur le 11 sep­ tembre 2001 de Clément Chéroux et publié dans Critique d’art, Olivier Belon, se réfère aux 400 Unes analysées par Chéroux. Il parle de la couverture médiatique des attentats comme d’une « influence de la vision hollywoodienne d’une mémoire collective toujours plus idéalisée par l’industrie du divertissement. » Clément Chéroux appelle cela le « paradoxe du 11 septembre : une profusion d’images et la sensation de voir toujours la même chose. » Toujours en dialogue avec la série de Feldmann, les deux séries 11 et Gaza de Swen Renault, posent aussi la question de la réception de l’image, particulièrement après la médiatisation spectaculaire des attentats de New York. Devant 11, série de onze photographies réalisées en 2014 à New York, les spectateurs se remémorent ces événements – les plus tragiques de l’histoire des États-Unis – en observant dans la psychose, les avions qui empruntent toujours le couloir aérien. Dans l’autre série, intitulée Gaza, les nuages – des images récupérées sur Internet et complètement décontextualisées par l’artiste – renvoient à un autre événement marquant : la guerre de Gaza en été 2014. La représentation re-médiatisée prend un tout autre caractère chez Sinje Dillenkofer qui présente avec sa série de 59 photographies, intitulée Placeholders, les marques des

In his commentary, published in Critique d’art, on Diplopie. L’image photographique à l’ère des médi­ as globalisés. Essai sur le 11 septembre 2001 by Clément Chéroux, Olivier Belon, referring to the 400 front pages analysed by Chéroux, speaks of the media coverage of the attacks as the ‘influence of a Hollywood-style vision of a collective memory always more idealised by the entertainment industry.’ Clément Chéroux calls this the ‘paradox of September 11: a profusion of images and the sensation of always seeing the same thing’. Still in dialogue with Feldmann’s series, the two series 11 (2014) and Gaza, Summer 2014 (2014) by Swen Renault also question the way images are received, particularly after the spectacular media coverage of the New York attacks. When gazing at 11, a series of eleven photographs taken in 2014 in New York, spectators recall these events – some of the most tragic in recent history – by observing, possibly in a state of fear, that planes continue to take the same flight path as that used by the attackers in 2001. In Gaza, Summer 2014, the beauty and power of clouds – images found on the Internet and completely decontextualised by the artist – confront us with another major event: the Gaza war in the summer of 2014. Representation given a new media angle takes on a whole other character in the work of Sinje Dillenkofer, who,


28 poutres au sol des tours effondrées du World Trade Center. D’après Dillenkofer, cette série de photographies prises au Memorial Museum de New York montre les traces des attentats comme si elles étaient « des cicatrices, des reliques ou […] des mémoriaux, voire des témoins muets d’évènements cruels figés dans l’acier et le béton. » Face aux répétitions systématiques des unes de Feldmann, l’abstraction géométrique de la série de Dillenkofer contribue à faire resurgir les contradictions factuelles et fictionnelles de l’image, entre absence et présence. Nous retrouvons ce paradoxe dans la série Scènes de chasse, du photographe espagnol Valentín Vallhonrat. Dans ces photographies, la transformation des machines de guerre (avions, missiles, drones…) en objets ornementaux devant des paysages contemplatifs engage une stratégie visuelle de la déconstruction et de la re-contextualisation de l’image. L’installation vidéo d’Omer Fast, 5000 Feet is the Best relate sa rencontre avec un pilote de drones dans une chambre d’hôtel du Nevada en 2010. Fast fait appel à des acteurs pour rejouer cette interview et illustrer les scènes

in her series of fifty-nine photographs titled Place Holder 1–59 (2016), presents the marks of girders on the ground of the collapsed Twin Towers of the World Trade Center. According to Dillenkofer, this series of photographs taken at the National September 11 Memorial and Museum shows the traces like ‘scars, relics or memorials, indeed silent witnesses to cruel events frozen in concrete and steel.’ Confronted by the systematic repetition of Feldmann’s front pages, the geometrical abstraction of Dillenkofer’s series contributes to making the image re-emerge in its factual and fictional contradictions, between absence and presence. We find this paradox again in the Hunting Scenes (2016) series by Spanish photographer Valentín Vallhonrat. In these photographs, the transformation of war machines (planes, missiles, drones, etc.) into ornamental objects in front contemplative landscapes engages a visual strategy of the deconstruction and recontextualisation of the image. In the video installation by Omer Fast, 5000 Feet is the Best (2011), the play between artefact and truth is subtle. The film is based on the encounter with one drone


29 Valentín Vallhonrat, Escenas de caza, #073, 80 × 136 cm, tirage de 90 × 146 cm, 2014. Valentín Vallhonrat, Fotografía ornamental. #113, 100 × 136 cm, tirage de 110 × 146 cm, 2015.

dont il parle : son quotidien de pilote, mais aussi les erreurs commises par les drones. En mélangeant documentaire et fiction, la démarche de Fast fait aussi penser à ce que Charles Darwent appelle, dans Visual art review: 5000 Feet is the Best - How truth and fiction became blurred, publié dans The Independent, le « truisme du 11 septembre », c’est-à-dire le fait que « les images télévisées d’avions volant dans des tours semblaient irréelles, parce qu’elles ressemblaient à des effets spéciaux de film catastrophe. » Darwent nous rappelle aussi que la mort, pour les pilotes de drones assis devant leurs écrans, peut sembler lointaine. David Birkin, avec ses essais d’« écriture » dans le ciel de New York (intitulés Severe Clear: The Shadow of a Doubt et Severe Clear: Existence or Non-Existence), réinterprète l’absence de position de la CIA face aux enquêtes de l’American Civil Liberties Union.

pilot in a hotel room in Nevada in 2010. Fast calls upon actors to restage the situations. The drone pilot is commenting his everyday job but also his errors. By mixing document and fiction, Omer Fast’s approach also makes us think of what Charles Darwent calls, in his article 5,000 Feet is the Best – How truth and fiction became blurred published in The Independent, ‘[the phenomenon] that became a truism of 9/11 that TV footage of planes flying into towers felt unreal because it looked like disaster movie special effects.’ Darwent also reminds us that death is a very distant thing for the drone pilots sitting in front of their screens. While with his “skywriting” actions, David Birkin reinterprets the CIA’s rejection of the American Civil Liberties Union’s Freedom of Information request for documents, Drone Shadow, Luxembourg (2017) by James Bridle (1987, London; lives and works in London), from a series of


Wolfgang Reichmann, NYC 2002_08_22/23, impression jet d’encre à base de pigments sur panneau sandwich en aluminium, 30 éléments de 60 × 60 cm, ensemble 184 × 618 cm, courtesy the artist, 2002.


←  Panos Tsagaris, September 12 2001, gold leaf on archival inkjet print, 150 × 90 cm, Courtesy Kalfayan Galleries, Athens – Thessaloniki, 2016.

→→  Hans-Peter Feldmann, Installation view Musa Wien, 2016.

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→↓  Hans-Peter Feldmann, 9/12 Front Page, impression numérique de pages des journaux internationaux sur papier, 150 pages de 62 × 43,4 cm, courtesy the artist, 2001.

Drone Shadow de James Bridle matérialise, à l’échelle, les ombres de drones de guerre sur l’asphalte d’une rue ou d’une place, et fait resurgir les menaces d’attaque dans des villes qui sont normalement éloignées des zones de guerre. Par une approche plus distanciée des situations géopolitiques médiatisées, le Viennois Wolfgang Reichmann et la Montréalaise Aude Moreau – avec leurs images de la skyline de New York – évoquent la surveillance et l’observation politisée. Dans sa vidéo The End, Moreau nous plonge dans une ambiance apocalyptique où la bande sonore issue des génériques de films catastrophes se mêlent aux images prises de l’hélicoptère au-dessus de Los Angeles.

outlines of war drones painted to 1:1 scale on the asphalt of urban spaces (in this instance, in the courtyard of Neumünster Abbey), makes the threat of an attack in cities, which are normally far removed from targets, resurface. By an even more distanced approach to headline-grabbing geopolitical situations, with their images of the New York skyline, Wolfgang Reichmann and Aude Moreau evoke surveillance and observation for political reasons. In her video The End, shown at Casino Luxembourg during her The Political Nightfall exhibition in September 2016, Moreau plunged us into an apocalyptic atmosphere where the soundtrack consisted of generic endings of disaster films mixed with images taken from a helicopter flying over Los Angeles.


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↓  David Birkin, Severe Clear: Existence or Nonexistence, Courtesy the artist and a/political, 2014. →→  David Birkin, Severe Clear: The Shadow of a Doubt, Courtesy the artist and a/political, 2014.


↑  James Bridle, Global Hawk Drone Shadow (montage / digital simulation) Neimënster, Luxembourg


→  Carine & Elisabeth Krecké, 404 NOT FOUND, navigation poems, courtesy the artists & Centre National de l’Audiovisuel Luxembourg (© photo Romain Girtgen, 2016), 2016, collection Mudam.

While the video Reconstruction (2012) shown here (a location scouting film for a future project called The Blue Line) refers to the absence of the Twin Towers in the New York skyline, the panoramic photographs and blow ups of window details by Reichmann confront us with our own voyeurism. The Looking for the Clouds Contemporary Photography in Times of Conflict exhibition not only raises questions about the way tragic events are dealt with by the media, but also shows, through a metaphorical language, the violence of the human condition in the border regions where the fate of refugees is played out. Eden (2014) an installation by Vittorio Mortarotti and Anush Hamzehian – Hamzehian is the son of Iranian refugees who fled the Islamic Revolution in 1979 – traces the stories of men and women living at the border between Armenia and Iran. According to the artists, Eden is the result ‘of an inquiry into the claustrophobia and violence of this border town as a metaphor for all borders’.

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Alors que la vidéo Reconstruction, une sorte de repérage pour un futur projet intitulé La ligne Bleue, renvoie à l’absence dans la skyline de New York des Twin Towers, les photos panoramiques et les agrandissements de Reichmann nous confrontent à notre propre voyeurisme. L’exposition Looking for the clouds - Photographie contemporaine en temps de conflits ne soulève pas seulement des interrogations sur le traitement médiatique des événements tragiques du 11 septembre, mais montre aussi, à travers un langage métaphorique, la violence de la situation des réfugiés aux frontières, là où se joue leur destin. L’installation Eden de l’Italien Vittorio Mortarotti et de l’Iranien Anush Hamzehian (fils de réfugié iranien ayant fui la révolution islamique) trace l’histoire des hommes et des femmes habitant à la frontière de l’Arménie et de l’Iran. Elle est, comme ils disent, le résultat « d’une enquête sur la claustrophobie et la violence de cette ville frontalière comme métaphore de toutes les frontières. »


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Sinje Dillenkofer, from the series Placeholder 1-59, 2017, papier vergé sur aluminium, 32 × 40cm. Vue plongeante sur Ground Zero 2015.


The exhibition, which presents different visual representations, ends with the conceptual work 404 NOT FOUND (2016) by sisters Carine and Elisabeth Krecké. The title refers to an http error code indicating the absence of a resource. Through various apparatus, this exploration of the images of Google Street View, whose legal distribution outside Google’s platform is prohibited (only a LED installation features in the exhibition), intervenes in the process of information dissemination. Hence, poems (poetic descriptions of absent images), which replace the photographs while questioning their meaning through the conceptual path of writing, scroll past visitors so as to allow the latter to recompose, from these freely roaming words, their own images. The golden blotting out of newspaper texts in the Golden Newspapers series by Panos Tsagaris is a way of subverting the violence of news images. The series, of which September 12, 2001 is a part, questions the relationship between the real world and the unconscious, between sociopolitical reality and symbolism. By covering over columns of texts with gold leaf and by thus framing the central image of a newspaper’s front page, Tsagaris lends the work a sacred and reliquary character contrasting with the ephemeral nature of the media. At the end of this complex exhibition, the liberty to make use of these images, by reaching beyond their simple testimony and by recognising their potential for intertextual re-elaboration, ultimately falls back to the spectator.

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L’exposition, qui met en scène différentes représentations visuelles, se termine avec le travail conceptuel des sœurs Carine et Elisabeth Krecké. 404 NOT FOUND se réfère au code d’erreur http pour signaler l’absence du fichier ou de la page demandés. Il s’agit d’un travail réalisé sur les images de Google Street View mais dont la diffusion légale en dehors de Google est interdite. Ainsi, des poèmes (description poétique des images absentes), remplacent ces photographies tout en questionnant leur sens par la voie conceptuelle de l’écriture. Ils défilent dans un dispositif LED devant le spectateur, qui peut alors recomposer, à partir de ces mots en liberté, ses propres images. Les recouvrements dorés des textes de journaux dans le travail de Panos Tsagaris sont une façon de subvertir la violence des images d’actualité. Sa série intitulée Golden Newspaper, dont fait partie September 12, 2001, questionne la relation entre le réel et l’inconscient, entre la réalité socio-politique et la symbolique. En recouvrant les textes de feuilles d’or, encadrant ainsi l’image centrale de la Une de journal, il donne à l’œuvre un caractère sacral et reliquaire qui contraste avec le caractère éphémère du média. Au terme de ce parcours complexe, c’est finalement au spectateur que revient la liberté de se servir de ces images en dépassant leur simple témoignage et en leur reconnaissant leur potentiel de réélaboration intertextuelle.


BLACKBOX – LOOKING FOR THE CLOUDS CONTEMPORARY VIDEOS IN TIMES OF CONFLICT

ARTISTES / ARTISTS: ANUSH HAMZEHIAN & VITTORIO MORTAROTTI, IBRO HASANOVIĆ, SVEN JOHNE

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COMMISSAIRES / CURATORS: PAUL DI FELICE & PIERRE STIWER

Les trois vidéos sélectionnées reprennent le thème de l’exposition Looking for the Clouds - la photographie contemporaine en temps de guerre, en interprétant à leur façon les événements qui ont pris leur origine dans l’attaque du 11 septembre. Dans The Long Way Home, Sven Johne évoque la tragédie du 9/11 en montrant un homme au volant, roulant la nuit dans une grande ville, harcelé par une voix qui décrit minutieusement les horreurs de l’attentat. Note on multitude, la vidéo d’Ibro Hasanović est aussi basée sur une approche émotionnelle et violente, mais ici, il s’agit du drame du départ et de l’avenir incertain des réfugiés. Dans Eden, Anush Hamzehian et Vittorio Mortarotti témoignent, à travers des images captivantes, de la claustrophobie et de la violence régnant aux abords des frontières. Trois positions personnelles, trois métaphores qui trouvent leur écho dans l’exposition du même titre.

The three videos selected for the Blackbox fit within the theme of Looking for the Clouds. In The Long Way Home, Sven Johne evokes the tragedy of 9/11 by showing a man behind the wheel of his car, driving at night in the city, harassed by a voice that describes the horrors of various events or situations in minute detail (the text is based on captions of World Press Photographs). Note on Multitude, the video by Ibro Hasanović, is also based on an emotional and violent approach, but here, it is a question of the drama of leaving and saying goodbye and of the uncertain future that awaits refugees. In Eden, Anush Hamzehian (the son of Iranian refugees) and Vittorio Mortarotti offer an account, through gripping images, of the claustrophobia and violence of borders. Three personal standpoints, three metaphors that find their echo in the Looking for the Clouds exhibition presented on the first floor of the Casino Luxembourg.

→↑  Anush Hamzehian & Vittorio Mortarotti, Eden, video, HD 16:9, loop 8’18’’, courtesy Van Der Gallery, 2014. →→  Ibro Hasanovic, Note on multitude, 7’ 43”, 2015. →↓  Sven Johne, The long way home, HD video, 10’19”, 2016.


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42 Omer Fast, 5000 Feet is the Best, film numĂŠrique, 30 minutes, courtesy Omer Fast et gb agency, Paris, 2011.


L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration in­ ternationale de Café-Crème asbl sous le titre de Looking for the Clouds, exposition du réseau EMOP (European Month of photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxem­ bourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg à travers quatre volets au Mnha, Mudam, Casino, Cercle Cité - Ratskeller espace d’exposition ainsi qu’à la Villa Vauban.

Aude Moreau, Reconstruction (video)

The exhibition has been produced within the context of an international Café-Crème collaboration with the title Looking for the Clouds, an exhibition of the EMOP (European Month of Photography) network, bringing together institutions of eight European capitals (Athens, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris and Vienna) dedicated to photography. It is presented in Luxembourg in four parts at the Musée National d’Art et d’Histoire, Mudam Luxembourg, Casino Luxembourg, Cercle Cité – Ratskeller exhibition space, as well as at the Villa Vauban.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.MNHA.LU

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M U S É E N AT I O N A L D ’A R T ET D’HISTOIRE - MNHA

PORTRAITS SOUS SURVEILLANCE ARTISTES / ARTISTS: TAMI NOTSANI & LAURENT MARESCHAL, MARCO GODINHO, JURE KASTELIC, JULES SPINATSCH, PAOLO CIRIO, AIDA SILVESTRI, DANIEL MAYRIT COMMISSAIRES / CURATORS: PAUL DI FELICE, PIERRE STIWER & GOSIA NOWARA

Portraits sous surveillance présente le travail de 7 artistes / photographes qui répondent, chacun à leur façon, à des questions d’actualité : de quelle manière un individu est-il aujourd’hui « représenté » alors que les caméras de surveillance, les appareils de détection en tout genre font partie de notre quotidien ? Qu’est-ce qu’un portrait aujourd’hui quand s’opposent les selfies sympathiques et ingénus aux « machines à produire des images » et que les ordinateurs ont pris la place du photographe de studio et se substituent au portrait d’apparat ? Partant des événements dramatiques du 9/11 à New York en 2001, les commissaires de l’exposition se sont interrogés sur l’évolution de la photographie depuis l’attaque du World Trade Center. On pourra évoquer au premier plan notamment les mesures prises par les autorités politiques et leurs organes d’exécution (police, service secrets) pour lutter contre le terrorisme. Cela concerne notamment les modes de surveillance et de contrôle touchant aux réseaux informatiques ou téléphoniques mais également les réseaux sociaux. Par extension ou effet indirect de cette surveillance : les polices et services de surveillance contrôlent les mouvements de tout citoyen, soupçonné – ou non – d’actes d’agression. Des procédés photographiques et vidéographiques – classiques ou digitales – sont combinés à un vaste archivage de tous types de données touchant l’individu dans sa pratique quotidienne (déplacements, achats, relations). Tout lieu public est aujourd’hui sous vidéo-­surveillance particulièrement les aéroports, gares, grands magasins, mais aussi les lieux culturels. Sur le plan militaire et civil, les drones mobilisent des caméras haute-résolution pour procéder à la reconnaissance des visages. L’identification des individus et leur classification font partie aujourd’hui des tâches quotidiennes des organes de l’État comme des officines d’entreprises privées.

Portraits under surveillance presents the work of 7 artists / photographers who respond to current issues in their own way: how is an individual “represented” today when surveillance cameras and detection devices of any kind are part of our everyday life? What is a portrait today when self-indulgent and naive selfies are confronted with “machine engineered images” and computers have taken the place of the studio photographer and the portrait as a status image? Starting from the dramatic events of 9/11 in New York in 2001, the curators of the exhibition question the evolution of photography since the attack on the World Trade Center. We can mention in particular the measures taken by the political authorities and their executive bodies (police, secret service) to combat terrorism. This particularly concerns monitoring and control methods affecting computer and telephone networks but also social networks. By extension or indirect effect of this surveillance: the police and surveillance services control the movements of any citizen, under suspicion – or not – of committing acts of aggression. Photographic and videographic processing – analogical or digital – are combined with extensive archiving of all types of data affecting the individual in his / her daily practice (travel, shopping, relationships). Every public place is today under video surveillance, especially airports, stations and department stores, but also art institutions. On the military and civil level, drones mobilize high-resolution cameras to identify faces. The identification of individuals and their classification are today part of the day-to-day tasks of the state organs, as well as private companies.

Daniel Mayrit, picture out of You Haven’t seen their Faces, 100 photos 40 × 30cm each, 2016.


46 Les œuvres de l’exposition reprennent sur différents modes cette façon nouvelle de procéder à la « prise de vue » photographique, à la gestion informatisée des données concernant l’individu, réduit à sa forme digitale souvent. Générant une esthétique particulière, ces prises photographiques se distinguent des canons classiques de la beauté ou de l’expressivité propre à chaque individu – recherchée notamment par la photographie humaniste – par leur mode distant, réducteur, l’objectif étant de classer la personne, de schématiser les traits avec l’intention de le modéliser. Au-delà de l’esthétique particulière de ces photographies, il y a bien sûr des enjeux sociaux, culturels, politiques qui se déclarent dans ces images.

The artworks in the exhibition take up, in different modes, this new way of taking photographic images, and how computers manage visual data concerning the individual, often reduced to its digital form. The particular aesthetics of these photographic takes distinguish themselves from the classical canons of beauty or expressiveness proper to each individual – sought in particular by humanist photography – by their distant, reductivist mode, the aim being to categorizing the person, simplifying distinctive features with the intention of standardization. Beyond the particular aesthetics of these photographs, there are of course social, cultural and political issues at stake in the way such images are generated.


47 Jure Kastelic, From the series Death reporters, 3 images mounted on foam board, archival baryta paper, wooden frame, 2014.

Dans la série de photographies Présentateurs de la mort (Death Reporters), Jure Kastelic met l’accent sur les stratégies de communication des médias de masse. Se penchant sur les nouvelles de la télévision du monde entier, il a systématiquement capturé des images fixes de l’écran de télévision au moment où le présentateur s’exprimait sur différentes catastrophes et sur le nombre de victimes. Les portraits figés des présentateurs vedette de la télévision qui suivent toujours le protocole prescrit sont strictement formels. Mais ici, ils se transforment en une métaphore du monde moderne avec ses informations standardisées qui requièrent une faible durée d’attention et se fondent sur une mémoire historique paralysée.

In his series Death Reporters, Jure Kastelic focuses on mass media communication strategies. Taking a look at television news from around the world, he systematically captures still images of the television screen as the presenter speaks about various disasters and the number of casualties. The frozen portraits of famous news presenters who always follow the prescribed protocol are strictly formal. But here they turn into a metaphor of the modern world with its standardized information processing that requires a short attention span and is based on a paralyzed historical memory.


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↓  Paolo Cirio, Mugshots.com. N.5, Archival inkjet on paper, 84 × 105 cm, courtesy Galerie Nome, Berlin, 2016.

←←  Paolo Cirio, Overexposed: James Comey, acrylic paint on photographic paper, 91 × 106 cm, courtesy Galerie Nome, Berlin 2015.


50 Le travail Mues de Tami Notsani & Laurent Mareschal interroge l’identité individuelle et collective, à travers une collection d’autoportraits sonores retravaillés par un Identikit. Les Identikits sont des archives de traits génériques faciaux utilisés par les forces de police pour aider à créer une image composite pour identifier les gens d’après des descriptions que donnent les témoins... Ce procédé a été appliqué à des groupes d’adolescents de France, d’Israël et de Palestine. L’image ainsi générée ressemble au premier portrait, mais s’en écarte également. La personne a subi une « mue » caractéristique du monde animal où certaines espèces perdent leur carapace à certains moments de leur existence. Néanmoins, à la différence de l’usage qu’en font les forces de police, Notsani & Mareschal utilisent l’identikit comme un outil subjectif, comme un zoom focalisant sur le moi unique. La personnalité ne peut être réduite à des traits génériques.

The artwork Moult or Mutations by Tami Notsani and Laurent Mareschal questions individual and collective identity, through a collection of self-portraits reworked by an Identikit. Identikits are an archive of generic facial features used by police forces to help create a composite image to identify people based on descriptions given by witnesses... This procedure was applied to groups of adolescents from France, Israel and Palestine. The resulting image resembles the first portrait, but also deviates from it. The person has undergone a “moult” characteristic of the animal world in which certain species lose their carapace at certain moments of their existence. Nevertheless, unlike its use by police forces, Notsani & Mareschal use the identikit as a subjective tool, like a zoom focusing on the single self. Personality cannot be reduced to generic traits.


←↖  Aida Silvestri, Kidan, Eritrea to London on foot, by car, lorry, boat, train and aeroplane, 2013, Giclée print on fine art paper and burgundy stitching, Unique, 87.5 × 63 cm, 2013. ←↑  Aida Silvestri, Biniam, Eritrea to London by car, boat, lorry, train and aeroplane, 2013, Giclée print on fine art paper and light green stitching, Unique, 013, 87.5 × 63 cm, 2013. ↑  Aida Silvestri, Rehsom, Eritrea to London on foot, Űby car, lorry, boat and train, 2013, Giclée print on fine art paper and grey stitching, Unique, 87.5 × 63 cm, 2013. ↗  Aida Silvestri, Bereket, Eritrea to London on foot, by car, lorry and aeroplane, 2013, Giclée print on fine art paper and brown stitching, Unique, 87.5 × 63 cm, 2013. →  Aida Silvestri, Dawit, Eritrea to London on foot, by car, lorry, boat and train, 2013, Giclée print on fine art paper and green stitching, Unique, 87.5 × 63 cm, 2013.


←  Tami Notsani & Laurent Mareschal, 12 portraits robot, 40 × 59 cm, imprimé sur du papier ordinaire, 2007.

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→  Tami Notsani & Laurent Mareschal, 12 portraits, 40 × 59 cm, imprimé sur du papier photo argentique, 2007.


←  Tami Notsani & Laurent Mareschal, 12 portraits robot, 40 × 59 cm, imprimé sur du papier ordinaire, 2007. →  Tami Notsani & Laurent Mareschal, 12 portraits, 40 × 59 cm, imprimé sur du papier photo argentique, 2007.


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Paolo Cirio explore les fondements émotionnels des informations personnelles peu flatteuses et de la réputation qui circulent sur internet. Il questionne les cadres juridiques entourant les politiques publiques sur la vie privée et le profilage des citoyens et engage le public dans un débat à leur sujet. Overexposed est une série de neuf photos non-autorisées des autorités du service d’Intelligence EU de la NSA, CIA, NI et du FBI, reliées aux révélations d’Edward Snowden. L’œuvre est une satire de l’ère de la surveillance omniprésente et l’hypermédiatisation de politiques. Obscurity est une sélection de mugshots (on appelle ainsi aux États-Unis le portrait pris par la police d’un individu qui vient de se faire arrêter) que l’artiste s’est approprié à partir d’internet et a manipulé par un algorithme sur mesure pour rendre les individus méconnaissables en utilisant un effet visuel unique. Quant au travail du Luxembourgeois d’origine portugaise Marco Godinho, il présente une réflexion sur le rôle de la photo d’identité dans les ambassades et autres lieux d’enregistrement du citoyen. Godinho expose, sur tout un mur, des centaines de photos de passeports d’immigrés portugais qui se sont installés au Luxembourg et ont obtenu une carte de résident. La partie essentielle, à savoir le portrait lui-même, a été enlevé. Cette partie manquante figure dans le passeport comme pièce d’identité et on peut y voir le visage de la personne. Ce sont les déchets, cependant, qui racontent la vraie histoire car on peut y lire – dans ce rectangle blanc – la césure qu’est une immigration, la rupture avec les traditions et les habitudes. Le blanc qui subsiste est ainsi un témoin en négatif de la coupure que représente un départ vers un pays inconnu.

Paolo Cirio explores the emotional foundations of unflattering personal information and reputation that circulate on the internet. He questions the legal frameworks surrounding public policy on privacy and citizen profiling and engages the public in a debate about them. Over­ exposed is a series of nine unauthorized photos of high-ranking U.S. intelligence officials from the NSA, the CIA, the NI and the FBI linked to the Edward Snowden revelations. Obscu­ rity is a selection of mugshots that the artist appropriates from the internet and manipulates by a tailored algorithm to make individuals unrecognizable by using a unique visual effect. The work of the Luxembourger of Portuguese origin Marco Godinho is a reflection on the role of the ID photo in embassies and other places where citizens are registered. Godinho presents hundreds of photographs of passports of Portuguese immigrants who have settled in Luxembourg and obtained a resident’s card. The essential part, namely the portrait itself, has been removed. This missing part is in the passport as an identity document and you can see the face of the person. It is the missing part, however, that tells the true story because in this blank rectangle you can read the rift caused by immigration, the break with traditions and habits. The blank rectangle which remains is thus a witness in negative of the rupture represented by a departure to an unknown country.

Marco Godinho, Remember (what is missing), 2010-2017.


L’œuvre d’Aida Silvestri, originaire d’Érythrée, s’inscrit dans une veine plus dramatique, voire tragique ; elle présente des photos – floutées – des réfugiés originaires de cette région de l’Afrique. Elle associe à ces images leur parcours qui est brodé sur la photographie en un mince fil qui trace le chemin parcouru par l’individu à la recherche d’un monde meilleur. Ces portraits ne donnent pas à voir le vrai visage puisque, dans de nombreux cas, ces personnes ont peur des conséquences si leur origine et leur parcours sont connus et retracés. Le travail de Daniel Mayrit procède d’une prise de position nettement plus politique et d’un engagement radical en faveur du citoyen lambda. Il procède à un captage métaphorique des caméras de surveillance et leur fait faire un mouvement de 180 degrés. Seront ainsi présentés les portraits-robots (on assume toujours qu’il s’agit de coupables) de personnes considérées comme principalement responsables de la situation économique actuelle.

The work of Aida Silvestri, a native of Eritrea, is part of a more dramatic and even tragic vein; it presents photos – blurred – of refugees from this region of Africa. She links these images to their journey which is embroidered on the photograph in a thin thread which traces each individual’s path in search of a better world. These portraits do not show the real face, since in many cases these people are afraid of the consequences if their origin and their journey are known and traced. The work of Daniel Mayrit clearly adopts a more political position and a radical commitment in favour of the average citizen. He carries out a metaphorical capture of surveillance cameras and makes them undertake a turnaround of 180 degrees. He shows surveillance camera portraits or mugshots (forms normally associated with guilt) of individuals considered to be primarily responsible for the current economic situation. The faces displayed are those of the 100 most powerful people in the City of London,


Les visages représentés seront dès lors ceux des cent personnes les plus puissantes de la ville de Londres, selon le magazine Square Mile. L’artiste a parcouru internet à la recherche de ces personnes « les plus recherchées » – mais aussi les plus invisibles souvent. Ceci renverse la structure classique de l’exercice du pouvoir. L’image – dans un système de surveillance classique – est toujours celui d’un « criminel », quelqu’un « d’en bas », assez rarement un homme influent « d’en haut ».

according to Square Mile magazine. The artist has scoured the internet in search of these “most wanted” people – most of whom are particularly invisible. This reverses the classical structure of the exercise of power. The image – in a classic surveillance system – is always that of a “criminal”, someone “from below”, rarely an influential man “from above”.

Jules Spinatsch, Vienna MMIX - Plan B - Bloc Les Illustres, Surveillance Panorama Project n. 4; The Vienna Opera Ball - Portrait of a society, 120 tirages jet d’encre sur papier coton, avec cadre : 31,5 × 40 cm, Courtesy The artist and Pictet foundation, 2011. Installation view Galerie Blancpain, Genève, 2010. Jules Spinatsch is represented by Christophe Guye, Zurich.


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En 2009, Jules Spinatsch a suspendu deux caméras numériques de réseau interactif au centre de l’Opéra de Vienne lors du fameux Wiener Opernball un must pour toute la société respectable de la capitale. Une image a été enregistrée toutes les trois secondes entre le début du bal à 8h32 et sa conclusion à 5h10 ; ce qui représente 10.008 photos au total. Beaucoup de spectateurs ont leur téléphone portable en main. Ils se photographient. Peut-être n’y a-t-il rien de tout nouveau à cela : la caméra d’un téléphone mobile est l’extension des lunettes d’opéra. Mais ce qui est étendu, c’est la portée symbolique de l’événement, au-delà du spectacle qu’offre l’opéra et porté dans l’espace virtualisé des télécommunications et de l’internet et de ses réseaux sociaux. L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Looking for the Clouds, exposition du réseau EMOP (Euro­ pean Month of photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales euro­ péennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg à travers quatre volets au Mnha, Mudam, Casino, Cercle Cité - Ratskeller espace d’exposition ainsi qu’à la Villa Vauban.

In 2009, Jules Spinatsch suspended two interactive digital network cameras at the Vienna Opera House at the famous Wiener Opernball, a must for the entire respectable society of the capital. An image was recorded every three seconds between the start of the ball at 8:32 and its conclusion at 5:10 am; a grand total of 10008 photos. Many spectators are holding their mobile phones. They take pictures. Perhaps there is nothing new in this: the mobile phone camera is the extension of opera glasses. But what is extended is the symbolic significance of the event, beyond the show offered by the event and carried into the virtualized space of telecommunications and the Internet and its social networks. The exhibition was organized as part of an inter­ national collaboration by the non-profitmaking structure Café-Crème, under the title Looking for the Clouds, an exhibition of the EMOP (the non-profitmaking structure European Month of Photography) network of institutions devoted to the photography of eight European capitals (Athens, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxem­ bourg, Paris and Vienna). The five parts of Looking for the Clouds can be seen in Luxembourg at Mnha, Mudam, Casino Luxembourg Art Forum, the Cercle Cité - Ratskeller exhibition space and the Villa Vauban.

Jules Spinatsch, Vienna MMIX - Plan B - Bloc Les Illustres, Surveillance Panorama Project n. 4; The Vienna Opera Ball - Portrait of a society, 120 tirages jet d’encre sur papier coton, avec cadre : 31,5 × 40 cm, Courtesy The artist and Pictet foundation, 2011. Jules Spinatsch is represented by Christophe Guye, Zurich.


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C E R C L E C I T É - R AT S K E L L E R E S PAC E D ’ E X P O S I T I O N

BORDERLINES ARTISTES / ARTISTS: DIMITRIS MICHALAKIS, BALÁZS DEIM, PATRICK GALBATS, MARTIN KOLLAR, FLORIAN RAINER, JULIAN RÖDER COMMISSAIRES / CURATORS: PAUL DI FELICE & PIERRE STIWER

L’exposition Borderlines présente des photographes qui abordent sous un angle très personnel la crise actuelle et ses différentes composantes. Borderlines doit se lire comme l’expression d’une crise qui atteint son paroxysme et comme une réflexion sur les limites, les frontières – tant dans son sens premier que son expression métaphorique. Les réflexes de rejet lors de la crise des réfugiés, le repli sur soi, la résignation ou l’agressivité que le chaos économique engendre dans certains pays, la méfiance généralisée devant l’étranger – d’où la nécessité de le surveiller – tous ces aspects sous-tendent les discours des divers acteurs actuels et les orientent vers une violence encore contenue mais de plus en plus visible. Le travail de Dimitris Michalakis fait voir les effets de la crise qui frappe la Grèce actuellement. Depuis 2009, une grande partie du peuple grec a été confrontée aux conséquences d’une grave crise financière et économique. Des milliers de personnes, des chômeurs de longue durée aux commerçants qui ont perdu leurs magasins, dépendent des soupes populaires pour survivre. Le nombre de personnes qui se sont suicidées à cause de la crise dépasse les 4000. Les rues d’Athènes et d’autres villes grecques se remplissent parfois de milliers de manifestants. L’insécurité, la peur, le fatalisme, la résignation, la rage et la colère l’emportent sur l’organisation, le collectif et la solidarité.

The exhibition Borderlines presents photographers who take a very personal approach to the current crisis and its various components. Borderlines should be read as an expression of a crisis reaching its climax as well as a reflection on boundaries. The rejection of the refugee, the identity crisis, the resignation or aggressiveness that economic chaos creates in certain countries, the generalized mistrust of the foreigner – hence the need to monitor him or her – all these aspects are part of discourses by various actors and direct them towards a violence that is still contained but more and more visible. The work of Dimitris Michalakis shows the effects of the current crisis in Greece. Since 2009, a large part of the Greek population has been confronted with the consequences of a serious financial and economic crisis. Thousands of people, from the long-term unemployed to shopkeepers who have lost their shops, depend on soup kitchens to survive. More than 4000 people have committed suicide because of the crisis. The streets of Athens and other Greek cities are sometimes crowded with thousands of demonstrators. Insecurity, fear, fatalism, resignation, rage and anger outweigh organization, collective action and solidarity.


Dimitris Michalakis, Burnout, 6 Fotos, Fine Art paper, 50 × 75 cm, black wooden frame each, courtesy the artiste et Hellenic Centre for Photography (Athènes), 2010-2013.


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Retournant régulièrement en Hongrie, le photographe luxembourgeois Patrick Galbats poursuit sa quête biographique sur ses ancêtres hongrois. Son immersion dans cette partie de sa famille qui n’a jamais quitté la Hongrie, le confronte à l’histoire actuelle mais aussi au passé nazi de la Hongrie, au renouveau du nationalisme visible lors de la récente crise causée par le refus d’accepter les réfugiés sur son territoire. Sa photographie montre des signes et symboles qui déstabilisent la narration autobiographique en révélant, dans les paysages ou intérieurs en apparence bien innocents, la nostalgie nationaliste et le renouveau fasciste. Balázs Deim, artiste-photographe hongrois, se penche sur la société urbaine d’aujourd’hui et ses caméras de surveillance, ces « instances » invisibles de contrôle, signes d’une nouvelle réalité. Deim installe dans l’espace public des cameras obscuras aux endroits mêmes où se trouvent les caméras de surveillance, pour capter les mouvements des passants. En raison d’un temps d’exposition très long (plusieurs semaines), les personnes et les véhicules en mouvement disparurent de la surface des photographies, ne laissant que des places vides. Les images produites s’inscrivent dans la négation des caméras de surveillance des autorités – lesquelles se concentrent sur les personnes et l’action.

Returning regularly to Hungary, the Luxembourg photographer Patrick Galbats continues the biographical quest of his Hungarian ancestors. His immersion in this part of his family, which never left Hungary, confronts him with current events but also with the Nazi past of Hungary, with the renewal of nationalism visible in the recent crisis caused by the refusal to accept refugees on its territory. His photograph shows signs and symbols that destabilize the autobiographical narrative by revealing nationalist nostalgia and fascist revivalism in seemingly innocent landscapes or interiors. Hungarian photographer Balázs Deim looks at today’s urban society and its surveillance cameras, those invisible “instances” of control, signs of a new reality. Deim installs a “camera obscura” in public space, in the very places where surveillance cameras are installed, to catch the movements of the passers-by. Due to a very long exposure time (several weeks), people or moving vehicles disappeared from the photo surface leaving only empty spaces. The images produced are part of the negation of the surveillance cameras of the authorities, which focus on people and action.


←←  Dimitris Michalakis, Burnout, 6 Fotos, Fine Art paper, 50 × 75 cm, black wooden frame each, courtesy the artiste et Hellenic Centre for Photography (Athènes), 2010-2013.

Florian Rainer, Fluchtwege (also publication), color photographs, 35 × 45cm, 2015 courtesy (Collection of the Department for Cultural Affairs of the City of Vienna – MUSA).


Julian Röder, World of Warfare, C-prints, various sizes, © Julian Röder, courtesy Gallery Russi Klenner, Berlin, 2011.

Martin Kollar a passé quelque temps en Israël. Ses photos rendent compte d’une expérience qu’il décrit lui-même comme quasi paranoïaque. Ses déplacements dans le pays et les contrôles fréquents dont il a été l’objet lui ont rappelé les souvenirs de son enfance qu’il a passé derrière le rideau de fer pendant la « normalisation » de la Tchécoslovaquie communiste. D’une certaine manière, écrit-il, je me retrouvais dans mon passé psychique où – comme sous le régime communiste – la police de sécurité israélienne enregistrait mes mouvements, inspectait mon ordinateur, vérifiait mes papiers. Les photographies de Kollar doivent donc se lire comme miroir de ses tensions et angoisses qui se projettent sur les objets et décors captés par l’objectif de sa caméra. Le malaise est visible, palpable au-delà de ce qui est montré.

Martin Kollar spent some time in Israel. His pictures reflect an experience he describes as almost paranoid. His travels in the country and the frequent checks he has been subjected to remind him of the memories of his childhood which he passed behind the Iron Curtain during the “normalization” of communist Czechoslovakia. In a certain way, he writes, I found myself in my psychic past – under the Communist regime – where police recorded my movements, inspected my computer, checked my papers. Only this time it was Israeli security! Kollar’s photograph can therefore be read as a mirror of his tensions and anxieties projected onto the objects and decors captured by the lens of his camera. The discomfort is visible and palpable beyond what is shown.


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Le travail photographique de Florian Rainer se penche sur l’année 2015 et la crise que la contestation de l’accueil généreux des réfugiés a généré en Allemagne. Les photo­ graphies de Fluchtwege (Chemins de fuite) ont été prises dans l’intention de montrer sous un autre angle esthétique les mouvements migratoires transcontinentaux. Plutôt que de montrer des scènes de masse – des tableaux dramatiques de personnes arrivant en Europe et luttant pour passer les frontière et les barrages mis en place par les États – le photographe montre des images fréquemment plus sereines d’êtres humains qui attei­ gnent le premier pays qui peut leur offrir l’asile. Un livre accompagne ce travail composé d’essais et d’articles d’écrivains et journalistes autrichiens renommés et couvrant les événements de l’automne 2015.

The photographic work of Florian Rainer examines the year 2015 and the crisis that the rejection of the German government’s strategy to generously welcome refugees generated in the country. The photographs of Fluchtwege (Escape Routes) were taken with the aim of showing transcontinental migratory movements from another aesthetic point of view. Rather than showing mass scenes – dramatic pictures of people arriving in Europe and struggling to cross the borders and checkpoints set up by the states – the photographer frequently shows more serene images of human beings reaching the first country willing to offer them asylum. A book accompanies this work consisting of essays and articles by renowned Austrian writers and journalists – working for free – covering the events of autumn 2015.


Patrick Galbats, Hungary, avec le soutien du CNA, 2016.


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Patrick Galbats, Hungary, avec le soutien du CNA, 2016.

Julian Röder a travaillé comme photographe d’agence. Son esthétique refuse le sensationnalisme courant et prend plutôt politiquement position à travers un style documentaire esthétiquement engagé. Son travail met en évidence les dessous sombres des sociétés néolibérales et les enchevêtrements fatals du pouvoir et de l’économie. Ainsi en est-il des photos couvrant le Salon international de la Défense à Abu Dhabi où l’industrie militaire présente des technologies de défense de pointe. Röder donne un aperçu convaincant, ironique et affligeant à la fois, d’un monde où le commerce vigoureux transforme même la machinerie lourde du meurtre en marchandises brillantes (série World of Warfare, 2011). L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une col­ laboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Looking for the Clouds, exposition du réseau EMOP (European Month of photography asbl) regroupant les insti­ tutions dédiées à la photographie de 8 capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxem­ bourg, Paris et Vienne. Quatre autres volets de Looking for the Clouds peuvent être vus au Luxembourg au Mudam, au Casino, au Mnha ainsi qu’à la Villa Vauban.

Julian Röder worked as an agency photographer. His aesthetic approach rejects current sensationalism and instead takes a political position through an aesthetically pleasing documentary style. His work highlights the dark underbelly of neoliberal societies and the fatal entanglement of power and the economy. Thus in the photos covering the International Defence Exhibition in Abu Dhabi where the arms industry presents advanced defence technologies. Röder gives a convincing, ironic, and distressing insight into a world where vigorous commerce transforms even the heavy machinery of murder into shiny merchandise (World of Warfare Series, 2011). The exhibition is the outcome of an international collaboration between the non-profitmaking structure Café-Crème and the EMOP (European Month of photogra­ phy non-profitmaking structure) network under the title Looking for the Clouds. Four additional exhibitions of this project can be seen in Luxembourg at Mudam, the Casino, the Mnha and the Villa Vauban.


70 Martin Kollar, Untitled, courtesy the artist & Hellenic Centre for Photography (Athens), from Field trip series, Israel, 2009-2011.


Balázs Deim, From the series Surveillance, Camera Obscura, 80 × 80 cm, 6 photos de 80 × 80 cm ou 80 × 84 cm, courtesy The artist, 2010-2011.


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M U S É E D ’A R T M O D E R N E G R A N D - D U C J E A N ( M U DA M )

SAMUEL GRATACAP – EMPIRE COMMISSAIRES / CURATORS: PAUL DI FELICE, PIERRE STIWER (CAFÉ-CRÈME ASBL) ET CHRISTOPHE GALLOIS (MUDAM)

Photographe dont le travail s’inscrit à la fois dans le champ des arts visuels et celui du photojournalisme, Samuel Gratacap s’intéresse aux phénomènes de migration et aux lieux de transit générés par les conflits contemporains. Ses projets sont le fruit de longues périodes d’immersion, un temps nécessaire pour comprendre la complexité des situations et restituer ce qui, au-delà des nombres, des flux, des cartes, des données géopolitiques et de l’actualité médiatique, en constitue le cœur : des trajectoires et des expériences personnelles. Son ambitieux projet Empire résulte de plusieurs séjours qu’il a faits entre 2012 et 2014 dans le camp de réfugiés de Choucha, situé en Tunisie, à quelques kilomètres de la frontière libyenne. Pendant plusieurs années, à partir de février 2011, ce camp créé dans l’urgence par le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) a vu transiter des centaines de milliers de personnes fuyant les conflits de la Libye voisine, mais aussi ceux de l’Afrique de l’Ouest et de la Corne d’Afrique. S’il a officiellement fermé en juin 2013, plusieurs centaines de réfugiés et demandeurs d’asile ont continué à y vivre, dans un abandon de plus en plus grand.

As a photographer whose work belongs both in the field of visual arts and photojournalism, Samuel Gratacap is interested in the phenomena of migration and transit areas generated by contemporary conflicts. His projects are the result of long periods of immersion, the time needed to understand the complexity of situations and to restore what, beyond numbers, flows, maps, geopolitical data, and media news, constitutes the heart: trajectories and personal experiences. His ambitious Empire project is the result of several visits he made to the Choucha refugee camp, located in Tunisia, a few kilometres from the Libyan border, between 2012 and 2014. For several years (as of February 2011), this UNHCR (United Nations High Commissioner for Refugees) emergency camp received hundreds of thousands of people f leeing conflicts in neighbouring Libya, as well as those in West Africa and the Horn of Africa. Although it officially closed in June 2013, several hundred refugees and asylum-seekers have continued to live there, in a state of growing abandonment.


Samuel Gratacap, Camp de réfugiés de Choucha, 25 tirages C-print sur châssis, différentes dimensions, Production LE BAL, Paris, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris, 2012-2014.


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Samuel Gratacap, Camp de réfugiés de Choucha, 25 tirages C-print sur châssis, différentes dimensions, Production LE BAL, Paris, Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris, 2012-2014.

Les images qui composent Empire rendent compte de moments de vie, d’adaptation à l’hostilité de l’environnement, mais aussi d’engagement. Elles figurent des visages, des gestes, des morceaux de désert, des constructions de fortune, des messages de revendication, des « âmes errantes » sillonnant le camp. Ensemble, elles esquissent les contours d’une situation en suspens : « Mon travail, précise l’artiste, rend compte de l’espace-temps particulier de ce lieu de vie marqué par l’attente. L’attente liée aux différentes étapes des demandes d’asile déposées par les réfugiés qui se mêle à la tension de ces destins suspendus dans un lieu temporaire, devenu pérenne par la force des choses, pour finalement disparaître. » Marquées par une temporalité qui contraste avec celle des images dont s’alimentent les médias, les photographies de Samuel Gratacap relèvent aussi d’une recherche de formes tout entière portée par le souhait de donner corps, avec justesse, à des expériences singulières.

The images that make up Empire ref lect moments of life, adaptation to the hostility of the environment, but also commitment. They include faces, gestures, pieces of desert, makeshift constructions, protest messages, “wandering souls” criss-crossing the camp. Together they sketch the outlines of a situation in suspense: “My work,” says the artist, “reflects the space-time specificities of this living place shaped by wait. Wait due to the different stages of asylum applications for refugees, combined with the tension of those suspended destinies in a same temporary site that became perennial by circumstances, to finally disappear.” Stamped with a temporality that contrasts with that of the images on which the media feeds, Samuel Gratacap’s photographs also relate to a search for forms entirely driven by the desire to give substance, with accuracy, to singular experiences.


Aux tirages photographiques de différents formats s’ajoutent des séries de polaroïds, un ensemble d’images apposé au mur, la transcription de témoignages, un plan dessiné par l’artiste, des séquences vidéo. Comme s’il s’agissait, à travers ces multiples éclats, d’essayer de restituer la singularité des voix de Choucha : « Il n’y a pas une histoire de Choucha, dit Samuel Gratacap, mais autant d’histoires que le nombre de personnes qui y ont vécu. »

Photographic prints in various formats are joined by series of polaroids, a set of images pasted directly to the wall, the transcription of testimonies, a map drawn by the artist, and video sequences. It is as though it were a question of trying to restore the singularity of Choucha’s voices through these multiple bursts: “There is not one story of Choucha,” says Gratacap, “but as many stories as the number of people who have lived there.”


Samuel Gratacap, Camp de réfugiés de Choucha, 25 tirages C-print sur châssis, différentes dimensions, Production LE BAL, Paris, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris, 2012-2014.


The exhibition Empire of Samuel Gratacap is pre­ sented in association with Café-Crème asbl as part of the 6th edition of the European Photography Month in Luxembourg. It was originally produced by LE BAL (Paris), where it was presented in autumn 2015. It was supported by Adagp, Private Copy, SFR, Endowment Fund Agnès b., Cnap, FNAGP and Hugues Aubry.

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L’exposition Empire de Samuel Gratacap est orga­ nisée en collaboration avec Café-Crème asbl dans le cadre de la 6e édition du Mois européen de la photographie au Luxembourg. Elle a été initialement produite par LE BAL (Paris), où elle a été présentée en automne 2015. À cette occasion, elle a bénéficié du soutien de l’Adagp, de Copie Privée, de SFR, du Fonds de dotation agnès b., du Cnap, de la FNAGP et de Hugues Aubry.


V I L L A VAU B A N - M U S É E D ’A R T DE LA VILLE DE LUXEMBOURG

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GREECE SERIES / CYCLE GREC SVEN JOHNE

COMMISSAIRES / CURATORS: GABRIELE GRAWE (VILLA VAUBAN) EN COLLABORATION AVEC CAFÉ-CRÈME / EMOP ASBL

« Les œuvres de Sven Johne jouent pleinement avec nos habitudes de représentation et de lecture. En combinant des prises de vue d’une grande simplicité avec des récits sobres et narratifs, il met en œuvre des éléments fictifs , qui prennent alors sens au-delà du pur document. Il génère un espace pour des associations essentielles à l’accomplissement de son but : créer des métaphores de l’existence et concevoir des mythes alternatifs au moment où les bouleversements planétaires et leurs impacts pénètrent la vie de chaque individu. [...] L’écart entre les faits et leur représentation est un aspect essentiel de l’œuvre de Johne, et il se manifeste dans les 37 pièces de son Griechenland-Zyklus (Cycle grec). La séquence de photos montre les cieux étoilés de lieux tels que Delphes, Olympie et Santorin. L’artiste les a pris lors de sa visite dans ce pays, qui est pour beaucoup, le bouc émissaire de la crise de l’euro. Les commentaires qui accompagnent ces prises de vue ressemblent aux extraits d’un carnet de voyage. Ou bien, sont-ils des témoignages de la population locale ? Comme c’est souvent le cas dans les œuvres de Johne, l’élément fictif intervient et « les frontières entre l’individu et le social, le document et la prédiction deviennent floues ». [Extrait du texte d’exposition Sven Johne: Der Weg nach Eldorado, Klemm’s, Berlin 2013] Dans le cadre du Mois européen de la photographie (EMOP), la Villa Vauban présente un extrait du Cycle grec et, de ce fait, propose un dialogue entre l’art ancien et l’art nouveau, entre le passé et le présent. Parallèlement, sont exposées jusqu’au 15 avril 2018, dans le bâtiment le plus ancien du musée, 44 photographies d’Edward Steichen (1879-1973), qui font partie du fonds de la photothèque de la Ville de Luxembourg. L’exposition présente cet ensemble avec une sélection de peintures et sculptures datant de la fin du XIXe siècle aux années 1940, et créées par des contemporains luxembourgeois du photographe.

Johne’s works playfully act on the accustomed manner of representation and readability. By combining takings of spheric simplicity with sober and reportlike narratives he implements fictional elements in his works, taking their meaning beyond the purely documentary. He hereby generates space for associations that are quintessential in fulfilling his aim: creating metaphors of being and conceiving alternative myths in times when global change and its impacts are penetrating the life of every individual. […] The discrepancy between facts and their conveyance is a pivotal aspect of Johne’s work, and it manifests itself also in the 37 pieces of his Griechenland-Zyklus (Greece series). The sequence of pictures shows the star-spattered sky over such places as Delphi, Olympia and Santorini. The artist took them during his visit to this country, which appears to many to be the scapegoat of the Euro crisis. The comments below resemble excerpts of a travelogue. Or are they reports from locals? As so often in Johne’s œuvres, the fictional element comes into effect and the boundaries between individual case and society in total, document and prediction become blurred. [Extract from the exhibition text: „Sven Johne: Der Weg nach Eldorado”, Klemm’s, Berlin 2013] Within the framework of the European Month of Photography (EMOP), Villa Vauban is presenting an extract from the Greece series and, in so doing, is once again consciously entering into a dialogue between old and new art, between past and present. At the same time, on display until 15 April 2018 in the older building of the museum are 44 photographs by Edward Steichen (1879-1973), which form part of the portfolio held by the photographic library of the City of Luxembourg. The exhibition is showing this ensemble together with selected paintings and sculptures from the late 19th century to the 1940s by Luxembourg contemporaries of the photographer.


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Sven Johne, Ithaka, Serie Griechenland Zyklus, archival pigment print, screenprint on glass, 110 × 72 cm, framed, VG Bild Kunst Bonn, 2017, courtesy the artist and KLEMM`S, Berlin, 2013.

Alors qu’Edward Steichen appartenait à la génération des artistes qui visaient à élever au rang d’art à part entière la photographie à ses débuts et qui avaient rejeté l’idée qu’elle était simplement une forme d’enregistrement du réel, Sven Johne considère comme central, le rapport entre document photographique, textes, informations, récits et histoire. Dans ses œuvres, il aborde systématiquement la relation entre ce qui peut être expérimenté et appris d’une chose et ce qui peut être montré et véhiculé à propos de cette chose. Au cours de ce processus, il devient clair que les photographies documentaires ne sont pas exclusivement un élément du visible, mais qu’elles dépendent du mot et de la connaissance.  (trad. Céline Schall)

Edward Steichen belonged to the generation of artists who aimed to elevate to the rank of a fully fledged art a photography in its early stages, which had been so far dismissed as being merely a form of record. In Sven Johne’s photography documentation and its linking with texts, information, narratives and history play a central role. In his works, he systematically addresses the relationship between what can be experienced and learnt and what can be shown and conveyed about it. In the process, it becomes clear that documentary photographs are not exclusively an element of the visible, but that they are dependent on the word and knowledge.


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Sven Johne, Kalavryta, Serie Griechenland Zyklus, archival pigment print, screenprint on glass, 110 × 72 cm, framed, VG Bild Kunst Bonn, courtesy the artist and KLEMM`S, Berlin, 2013.


81 Sven Johne, Samos, Serie Griechenland Zyklus, archival pigment print, screenprint on glass, 110 × 72 cm, VG Bild Kunst Bonn, courtesy the artist and KLEMM`S, Berlin, 2013.


C E N T R E C U LT U R E L D E R E N C O N T R E A B B AY E D E N E U M Ü N S T E R ( N E I M Ë N S T E R )

82 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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SHIFTS ARTISTES / ARTISTS: DUCCIO DORETTI, STEFANO PARRINI, BÄRBEL REINHARD, ROCCO RORANDELLI COMMISSAIRES / CURATORS: ALESSANDRA CAPODACQUA & PAUL DI FELICE

Bien que le travail de ces quatre artistes soit très personnel, il recoupe certains aspects de la thématique qui est celle de l’édition 2017 du Mois européen de la photographie, Looking for the Clouds. Artistes de l’intime et du quotidien, ils se penchent sur des modes d’existence où le familier se définit dans un cadre plus vaste, qui est celui d’une aspiration à un dépassement, à plus d’humanité notamment, où l’espoir et le désir prennent leur vraie place. Dans son projet Trans Europe Migration – sur la trace des réfugiés entre la Grèce et l’Allemagne, Rocco Rorandelli présente un condensé de l’humanité sous forme de fragments, de détails, qui peuvent être observés au fur et à mesure que l’on se rapproche du terrain. En zoomant sur ces images, on découvre un répertoire complet de l’humanité. Les bagages de ces réfugiés sont témoins de la partie malheureuse de leur voyage, et de ce que cela signifie d’être déraciné en laissant tout derrière soi. Les bouteilles en plastique qui jonchent le sol le long des routes de transit captent l’ampleur de cette tragédie. Le sourire sur le visages des enfants, l’espoir aux yeux de leurs parents, offrent un aperçu de l’endurance de ceux qui ont fait ce voyage difficile. L’homme

Although the work of these four artists is very personal, it overlaps with certain aspects of the theme of the 2017 edition of the European Month of Photography, Looking for the Clouds. Being artists of the intimate and the everyday, they look at modes of existence where the familiar is defined in the larger framework of an aspiration to a transcendental existence, in which the virtues of humanity and hope and desire take their true place. In his project Trans Europe Migration - on the track of refugees between Greece and Germany, Rocco Rorandelli presents mankind in the form of fragments, of details which can be observed as one moves closer to the object. By zooming in on these images, one discovers a complete repertoire of humanity. The baggage of these refugees bears witness of the unhappy part of their journey, and what it means to be uprooted and leave everything behind. The plastic bottles that litter the ground along the transit routes capture the magnitude of this tragedy. The smile on the faces of the children, hope in the eyes of their parents, offer a glimpse of the endurance of those who made this difficult journey. The man who


↑  Rocco Rorandelli, Refugees rest in an Austrian reception camp, Spielfeld, Austria, 2015. ↗  Rocco Rorandelli, Walking hand in hand, Preševo, Serbia, 2015.

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↓  Rocco Rorandelli, Entering the reception center of Idomeni, Idomeni, Greece, 2015.


84 qui aide une femme à traverser un ruisseau boueux et les volontaires distribuant des provisions parlent d’un trait inhérent à l’humanité – la compassion. Le couple se tenant par les mains dévoile un moment d’intimité autrement difficile à retrouver dans un abri bondé. Et finalement, les caméras, pointées vers ceux qui se reposent, montrent que beaucoup de questions restent encore sans réponse, notamment celle concernant le sort de l’Europe et la manière dont ces immigrés vont façonner son avenir lors des prochaines décennies. Rorandelli est très intéressé par les questions liées aux migrations. Venant d’une famille interculturelle – père italien et mère américaine – et sa femme venant de l’Inde, il se porte témoin d’un monde qu’il découvre plus lié et plus fraternel quand on fait fi des barrières physiques. Dans son travail, Duccio Doretti développe une méditation sur l’humanité, qui est capable d’inventer la bombe atomique et en même temps d’explorer l’espace et de repousser les frontières du possible. Si la première révèle la formidable capacité de destruction qui est inhérente à l’histoire de l’homme, la deuxième reflète le rêve, l’aspiration au dépassement. Doretti associe deux dates, l’explosion de la première bombe atomique en 1945 et les premiers pas

helps a woman through a muddy stream and volunteers handing out provisions speak of a trait inherent in humanity - compassion. The couple holding hands reveals a discrete moment of intimacy mostly quite difficult to find in a crowded shelter. And finally, when the cameras are pointed at those who are resting they suggest that many questions remain unanswered, notably those concerning the fate of Europe and how these immigrants will shape its future in the coming decades. Rorandelli is very interested in issues related to migration. Coming from an intercultural family – with an Italian father, an American mother and his wife being Indian – he bears testimony to a world that he reveals to be more intimate and charitable when we are able to ignore physical barriers. In his work Duccio Doretti develops a meditation on a humanity that is capable of inventing the atomic bomb and at the same time exploring space and pushing beyond the boundaries of existence. If the former reveals the formidable capacity of destruction which is inherent in the history of man, the latter reflects the dream, the aspiration to transcend. Doretti links two dates, the explosion


←↖  Duccio Doretti, Involution, human man is the father of all of us monkeys, 2014. ←↗  Duccio Doretti, Unknown, who am I? where I came from?, 2015.

↗  Duccio Doretti, Nature, and then we destroyed what create us, 2014. ↓   Duccio Doretti, Annihilation, look that amazing light, is it god?, 2015. ↘  Duccio Doretti, Violence, bomb explodes approximately at 100 mt high. They killed the sky, 2015.


sur la lune de Buzz Aldrin en 1969 (1969 est aussi sa date naissance). Son œuvre met en évidence la fragilité de l’espèce humaine, voire la futilité de l’existence. Vue de la lune, la terre apparaît comme une minuscule planète perdue dans l’espace ; sa nature délicate menacée de destruction. As above so below de Bärbel Reinhard est une sorte de journal évoquant une familiarité étrange avec les objets, s’ouvrant à l’idée hermétique de correspondances pas toujours évidentes. Elle établit une sorte de carte fondée sur une mise en rapport spontanée et instinctive d’objets et d’expériences dans une constellation qui vise à créer une archive personnelle. En principe, la société repose sur un ensemble de codes fondamentaux qui définissent l’a priori de toute culture et imposent un ordre à notre expérience. Or ces catégories peuvent sembler vagues et fragmentaires. Plutôt que de créer un inventaire définitif – illusion de possession ou de contrôle – Reinhard propose une « combinatoire » laquelle révèle en même temps la dissociation et le lien qui s’établit entre signifiant et signifié. Home de Stefano Parrini est un projet consistant en une série d’images qui donnent l’impression de surgir du plus profond de l’espace. Elles donnent à voir un autre monde, comme à travers les hublots d’un navire ou l’objectif d’un télescope – le monde personnel et domestique de l’artiste. Ce sont des planètes, des nébuleuses, des constellations du quotidien méticuleusement choisies. Parrini utilise de vieux rouleaux de film, en prenant des fragments d’images sélectionnés en conséquence, par exemple la fin des rouleaux ou les premiers segments du film. Il se peut aussi que ce soit l’image d’une lampe LED domestique. Ce sont des images qui sont répertoriées et codées en fonction de leur emplacement – emplacement qui sera marqué sur une carte, chacun avec une initiale. Naît ainsi un cosmos concentré, un mini cosmos qui se retrouve dans le macrocosme qui est notre maison à nous tous.

of the first atomic bomb in 1945 and the first steps on the moon of Buzz Aldrin in 1969 which is also his birthday. His work highlights the fragility of the human species, even the futility of existence. Seen from the the moon, the earth appears as a tiny planet lost in space. Its delicate nature threatened with destruction. As above so below by Bärbel Reinhard is a sort of notebook suggesting a strange familiarity with objects, opening up to the hermetic idea of a​​ not always obvious correspondence. She maps objects and personal experience establishing spontaneous and instinctive connections which result in a personal archive. Usually a civilization relies on a set of fundamental codes that define all culture a priori and impose an order on our experience. These categories may seem vague and fragmentary. Rather than creating a finite inventory – providing the illusion of possession or control – Bärbel Reinhard proposes sets which reveal simultaneously the dissociative character as well as the associative character existing between signifier and signified. Home by Stefano Parrini is a project consisting of a series of images that seem to emerge from the depths of space, which are like the portholes of a ship or the lens of a telescope that allow us to have a glimpse of another universe – in this case the personal and domestic universe of the artist. These are planets, nebulae, meticulously chosen constellations of everyday life. Parrini uses old rolls of film, taking fragments of images selected accordingly, for example the end of the rolls or the first segments of the film. It may also be the image of a domestic LED lamp. These images are then listed and coded according to their location marked on a map, each with an initial. Thus a mini cosmos is created reflecting the macrocosm that is home to us all.

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Bärbel Reinhard, Untitled # (1, 2, 3…) , from the series As above so below, 2013-2015.


88 ↑  Stefano Parrini, The peak of Orizaba, also called Citlaltépetl (upstream of the Star) on the planet Ganzo (198),in an image of the probe boars. In particular, the leakage of gaseous material during the eruptive phase during the month of May. →→  Stefano Parrini, HA-123/pav Region of space-time with gravitational field training phase of the black hole HA-333, in evidence is the gravitational collapse and disruption of relative density of the celestial body.


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C E N T R E C U LT U R E L D E R E N C O N T R E A B B AY E D E N E U M Ü N S T E R ( N E I M Ë N S T E R )

90 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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DEUXIÈME GÉNÉRATION : LA MÉMOIRE CONTRE TOUS LES FASCISMES SECOND GENERATION: MEMORY AGAINST ALL FASCISMS CHRISTIAN GATTINONI

Cette exposition est dédiée à Pierre Gattinoni, déporté résistant, arrêté par la Gestapo française, et envoyé au camp de concentration de Mauthausen où il a été interné pendant 26 mois suite au décret d’Hitler Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard). Alors que les survivants juifs, résistants, tziganes et homosexuels de la barbarie nazie sont de moins en moins nombreux, les défenseurs de cette idéologie qui les a exterminés essaient de se « dé-diaboliser » pour prendre le pouvoir légalement dans le monde entier. Les décrets Nuit et Brouillard permettent aujourd’hui que se noient les migrants tandis que les succur­s ales de Daesch viennent ensanglanter nos concerts, nos humoristes et nos fêtes nationales. Cette exposition réunit différentes séries produites entre 1987 et 2008 dont la forme et la finalisation varient pour mieux toucher des publics de diverses générations. La série Trains rappelle les conditions inhumaines des transports vers les camps. Les Albums offrent le cadre d’un livre mémoriel. Les boîtes des « Plans-films » montrent comment les images témoignages sont devenues invisibles, quasi obscènes.

This exhibition is dedicated to Pierre Gattinoni, a French Résistance member and deportee, arrested by the French Gestapo and sent to the Mauthausen concentration camp where he was interned for 26 months following Hitler’s Nacht und Nebel (Night and Fog) decree. While Jewish, resistance, gypsy and homosexual survivors of Nazi barbarism are becoming fewer and fewer, the defenders of this ideology that exterminated them are trying to “de-demonize” themselves and legally take power around the world. The Night and Fog decrees contribute today to the drowning of migrants from beyond the Mediterranean while the European branches of Daesch wreak havoc among concert spectators, kill our humourists and spill the blood of innocent visitors during Bastille Day. This exhibition brings together different series produced between 1987 and 2008, while the form and structure of it varies to better reach audiences of various generations. The Train series recalls the inhuman conditions of the deportation to the concentration camps. The Albums provide the framework for a memorial book. The Plansfilms boxes show how testimonial images of what happened have become invisible, almost obscene.


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93 Les Masques inscrivent ces victimes raciales et politiques dans l’ensemble des morts civils connus ou anonymes qui ont endeuillé le XXe siècle. Les Chaconnes résonnent de ces corps martyrisés qu’on respectait moins que des viandes. Notre siècle dorénavant voit les mêmes formes historiques et d’autres fascismes nous menacer, que les apprentis bourreaux de tous ordres sachent que « non, le sang ne sèche pas vite en entrant dans l’histoire », la deuxième génération, nos enfants et petits enfants se battent pour cette mémoire là, pour cette liberté là, qui n’a pas de prix.  Christian Gattinoni

The Masks contextualises these racial and political victims by listing them among the many civilian dead that have been mourned during the twentieth century. Chaconnes echoes the destiny of these martyrs whose bodies were less respected than vulgar meat. The beginning of this century has seen the revival of the same historical forms while new forms of fascism threaten us. Nevertheless, apprentices of the killing business should know that “blood does not dry quickly as its enters history”; the second generation, our children and grandchildren, are fighting to preserve this memory, are fighting for our freedom that is priceless.  Christian Gattinoni


Y’A PAS PHOTO

BRUNO BALTZER & LEONORA BISAGNO

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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C E N T R E D ’A R T N E I L I I C H T

ARTISTES / ARTISTS: BALTZER BRUNO & BISAGNO LEONORA COMMISSAIRE / CURATOR: DANIELLE IGNITI

Y’a pas photo est une exploration de l’image à l’ère de la post-vérité. L’exposition propose une lecture différée de l’actualité et de l’information en pointant des images et des faits touchant à différentes déclinaisons du politique. D’un côté, c’est la représentativité du corps politique dans le temps qui est mise sous observation à travers des images ultra-médiatisées et manipulées. De l’autre côté, ce sont les technologies contemporaines, voire anciennes, ou alors certains dispositifs scientifiques qui, par leur application singulière et protocolaire, permettent d’interroger les sujets montrés : analysés, agrandis, détournés, retournés jusqu’en révéler une différente matière iconique. De son éligibilité à son officialisation, de son apparition à sa persistance, l’image du chef est centrale en termes d’auto-­ référentialité et légitimation, devenant expression de politiques d’ouverture ou tournant vers des régimes dictatoriaux. De l’autre côté, c’est l’existence de contre-pouvoirs qui, grâce à l’action individuelle et collective, modifient petit à petit les rapports de forces, autant économiques que militaires ou juridiques, qui sont en train de miner démocratie et liberté. Mis en relation sensible, pouvoir et principes égalitaires s’opposent manifestement ou se confondent indistinctement dans le chaos médiatique. Les œuvres explorent l’état de tension extrême dans lequel les sociétés contemporaines se trouvent. L’exposition présente ainsi par la complexité des éléments qui la composent et les réflexions qui la construisent, les sentiments contrastants et divergents de notre temps.

Y’a pas photo is about how images function in the post-truth era. The exhibition proposes a deferred reading of news and information by pointing at images and facts relating to different modes of expression of the political sphere. On one hand, the works are scrutinizing the ways in which politicians or political statements are presented. Images are manipulated and transformed through contemporary technological or scientific devices which, by their singular behaviour and protocol, are able to question the image content which is analyzed, enlarged, diverted, transformed into a different iconic matter. Within this framework the image of the leader chosen among many, selected, legitimated - is central in terms of self-referentiality and legitimation, becoming an expression of either political openness or of dictatorship. Additionally, it is the existence of opposition groups which, through individual and collective action, gradually modify the balance of power, both economic, military and legal, which are undermining democracy and freedom. Taken in a sensitive relationship, authoritarian behaviour and egalitarian principles are opposing each other radically or are indiscriminately confused in media chaos. The works explore the state of extreme tension in which contemporary societies find themselves. The exhibition thus presents by the complex implementation of the elements that compose it and its underlying ideas, the contrasting and divergent feelings of our time.


←↖  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Téléchauve, 2017. ↑  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, #Mao_087, 2016.


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↑  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, LEF, 2015. ↖  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Corps célestes_04, 2016.


←  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, 1:1 #081_H8, 2016. →  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, 1:1 #031_L14-M14-L15-M15, 2016. ↓  Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Corps célestes_03, 2015.

Y’a pas photo se montre métonymie visuelle d’un corps, plus que fragmenté, où signes et traces d’existence se mêlent de façon illisible dans un monde atomisé et polarisé par la société de données à systèmes de crédibi­ lité variables. Y’a pas photo interroge par son processus, les modes de représentation actuels, les effets de la médiatisation sur la compréhension de la réalité et les mutations perceptives en acte. Y’a pas photo, au centre d’art Nei Liicht de Dudelange, présente photographies, sculptures et installations.

Y’a pas photo is a visual metonymy of a more than fragmented body, in which signs and traces of existence connect on a sometimes invisible level in an atomized world under the dome of a data society where different levels of truth and authenticity co-exist. Y’a pas photo’s artistic structure questions current modes of representation and reflects on the effects of our understanding of reality following media coverage of events and on the mutations of perceptual behaviour. The exhibition is built around photos, sculptures and installations.  (trsl Pierre Stiwer)


C E N T R E D ’A R T D O M I N I Q U E L A N G

98 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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“FALSE POSITIVES” / STRUCTURES DU POUVOIR ESTHER HOVERS

ARTISTE / ARTIST: ESTHER HOVERS COMMISSAIRE / CURATOR: DANIELLE IGNITI

« Le projet False Positives traite des systèmes de surveillance intelligents. Ce sont des caméras capables de détecter les comportements déviants dans l’espace public. False Positives met en scène la question de ce que serait un comportement « normal », en explorant huit « anomalies » différentes. Ces soi-disant anomalies sont des signes, dans le langage corporel et le mouvement, qui pourraient indiquer une intention criminelle. C’est à travers ces anomalies que les algorithmes sont construits et que les caméras sont capables de détecter un comportement déviant. Les huit différentes anomalies m’ont été signalées par plusieurs experts en surveillance intelligente, avec lesquels j’ai collaboré pour ce projet. Le travail se décline à travers plusieurs approches, photographies et dessins de motifs. Ensemble, ils forment une analyse de différents établissements du quartier d’affaires de Bruxelles et de ses alentours. Les huit anomalies peuvent être trouvées dans les images. Le spectateur est mis au défi d’agir comme le ferait un système de surveillance intelligente et de questionner le comportement des différentes personnes photographiées. Chaque photographie est une accumulation de plusieurs moments, un montage. Les intervals de temps mentionnés pour chaque photographie correspondent au nombre de minutes passées à attendre qu’un contraste s’établisse entre un comportement « déviant » et un comportement « normal ». Grâce à cette méthode, je tente de relier mes photos à l’utilisation du film, puisque que le système de vidéosurveillance (CCTV) est fortement dépendants d’images en mouvement. En outre, cette méthode de travail m’a donné l’occasion de me concentrer sur des schémas de mouvement sur de longues périodes. »  Esther Hovers  (trad. Céline Schall)

“The project False Positives is about intelligent surveillance systems. These are camera’s that are able to detect deviant behaviour within public space. False Positives is set around the question of normal behaviour. It aims to raise this question by basing the project on eight different ‘anomalies’. These so-called anomalies are signs in body language and movement that could indicate criminal intent. It is through these anomalies the algorithms are built and cameras are able to detect deviant behaviour. The eight different anomalies were pointed out to me by several intelligent surveillance experts with whom I collaborated for this project. The work consists out of several approaches; photographs and pattern drawings. Altogether these form an analysis of different settings in and around the business district of the European capital: Brussels. The eight anomalies can be found within the images. The viewer is challenged to act as an intelligent surveillance system does and question the behaviour of the different people within the photographs. Each photograph is a build-up of several moments; a montage. The timeframes mentioned in relation to each photograph indicate the minutes spent waiting for a contrast to arise between deviant and ‘normal’ behaviour. With the use of this method, I aim to relate my photographs to the use of film, considering CCTV (Closed-Circuit Television) and surveillance are strongly related to moving images. Furthermore, this working method has given me the opportunity to concentrate on patterns of movement within bigger timeslots.” 

Esther Hovers


Esther Hovers , False Positives, 04 min 26, 2015. Regular pattern of movement ‘C’ Anomaly 1, Standing Still Overview C, Timeframe: 04 min 26


100 Esther Hovers, False Positives, 0 min 04, 2015. Regular pattern of movement ‘B’ Anomaly 5, Clusters Breaking Apart Overview B, Timeframe: 0 min 04


Esther Hovers , False Positives, 04 min 35, 2015. Regular pattern of movement ‘D’ Anomaly 6, Synchronized movements Overview D, Timeframe: 04 min 35


E S PAC E C N A D I S P L AY 0 1 D U D E L A N G E

102 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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DYSTOPIAN CIRCLES /FRAGMENTS ... ALL ALONG ARMAND QUETSCH

COMMISSAIRE / CURATOR: MICHÈLE WALERICH

Le point de départ de Dystopian circles / fragments ... all along est un voyage menant de Bruxelles, épicentre politique de l’Europe, vers les rivages de ses extrémités à Lampedusa, petite île aux abords de l’Italie, devenue synonyme du point d’entrée pour les réfugiés et immigrés clandestins à bord d’embarcations de fortune. Alors qu’initialement, ce périple portait sur le sujet des réfugiés, Armand Quetsch, en cours de route, déplace son regard vers le paysage européen, en ce qu’il peut être révélateur de la tension et du malaise de son époque. Son itinéraire en zigzag le conduit en Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, puis en Grèce, à Athènes, en Albanie, dans la région des Balkans, à la rencontre d’endroits emblématiques, zones de conflits, monuments, indices, symboles, et décors. L’histoire et la dimension européenne sont omniprésentes dans le façonnage du territoire et la mémoire du paysage. L’exposition Dystopian circles / fragments ... all along est un récit ouvert conçu en tant que dispositif dynamique et engageant. À travers un riche répertoire visuel et formel, il offre une expérience immersive, multistrate, faite d’un jeu de correspondances et de confrontations : un puzzle où chaque image sollicite le public à reconstituer un ensemble à partir de sa propre compréhension, son imaginaire, son vécu. Armand Quetsch nous invite à partager un bout de chemin de son odyssée contemplative. Sans court-circuiter et sur fond d’une cartographie européenne contemporaine, il s’attache à défier le médium photographique, explorer les limites de la représentation, tout en poursuivant sa quête personnelle de l’appréhension du monde.

The starting point for Dystopian circles/fragments ... all along was a journey leading from Brussels, the political epicentre of Europe, to the far-flung shores of Lampedusa, Italy’s southernmost island in the Mediterranean Sea which has gained notoriety as a key point of entry for refugees and illegal immigrants aboard makeshift boats. While the initial goal of this trip was to address the refugee issue, along the way Armand Quetsch shifted his gaze to the European landscape and the extent to which it was revealing of the tensions and malaise of his time. His zig-zag itinerary took him to Germany, Austria, Liechtenstein, to Athens in Greece and then on to Albania and around the Balkans region in search of emblematic places, zones of conflict, monuments, clues, symbols and settings. History and the European dimension are omnipresent in how the territory and the memory of the landscape have been shaped. The Dystopian circles/fragments ... all along… exhibition is an open narrative conceived as a dynamic and engaging event. By way of a rich visual and formal repertoire it offers a multi-layered immersive experience made up of a play of correspondences and confrontations: a puzzle in which each image calls upon the viewer to recreate a whole from out of their own understanding, imagination and experience. Armand Quetsch invites us to be fellow travellers in his contemplative odyssey. Without any short-cuts and against a backdrop of a mapping of Europe that is highly contemporary, he strives to challenge the photographic medium and explore the limits of representation while pursuing his own personal quest to apprehend the world.


Armand Quetsch, Sans titre. Dystopian circles / fragments‌ all along, 2008-2016.


Armand Quetsch, Sans titre. Dystopian circles / fragments‌ all along, 2008-2016.


STEICHEN COLLECTIONS CNA

106 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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STEICHEN COLLECTIONS CNA – COLLECTIONS PERMANENTES

Les Steichen Collections au Grand-Duché de Luxembourg rassemblent le patrimoine lié à Edward J. Steichen (1879-1973). La longue carrière de cet artiste américain mondialement connu et d’origine luxembourgeoise a surtout été marquée par la photographie : il a travaillé, d’une part en tant que photographe prolifique, et de l’autre comme directeur au département photographie du Museum of Modern Art (MoMA) à New York, où son travail de commissariat d’exposition a trouvé une résonance internationale. Le fonds des Collections Steichen du CNA met en lumière la carrière de curateur de Steichen au MoMA via la réinterprétation de ses deux expositions emblématiques et désormais historiques : The Family of Man (1955) et The Bitter Years (1962). Elles forment aujourd’hui deux ensembles iconiques de la photographie humaniste et documentaire du XXe siècle.

↗  “The Family of Man”, Château de Clervaux, 2017 © CNA/Girtgen Romain →  Cold War Atomic Testing, Operation Ivy, 1952. Bettmann/Contributor Getty ImagesScan de la photographie originale historique de la collection itinérante.

The Steichen Collections of the Grand-Duchy of Luxembourg assemble works that are connected to the heritage of Edward J. Steichen (1879-1973). The American artist of Luxembourgish ascent is world famous for his remarkably long and fruitful career related to photography. Not only was Edward Steichen a very prolific photographer, he was also director of the photography department at the Museum of Modern Art (MoMA) in New York, where his work as curator of photographic exhibitions was acclaimed worldwide. The two Steichen Collections on display at the CNA highlight Steichen’s curatorial career at the MoMA through the reinterpretation of his two emblematic and now historic exhibitions, The Family of Man (1955) and The Bitter Years (1962). Today they form two iconic ensembles of the humanist and documentary photography of the 20th century.


Ralph Crane, 1950, Time & Life © Getty ImagesScan de la photographie originale historique de la collection itinérante.

Le thème de cette édition du Mois européen de la pho­ tographie résonne de manière étrange et familière avec l’histoire et le contexte de conception de l’exposition The Family of Man. Conçue en 1955, en pleine guerre froide, par Edward Steichen pour le Museum of Modern Art (MoMA) de New York. The Family of Man est pensée comme un panorama humaniste et un miroir de l’humanité visant à tisser des liens entre les peuples via le pouvoir de communication de l’image. Steichen dessine une image rassurante, incluant tensions et espoirs, sur le fond d’un contexte historique agité représenté dans l’exposition par le grand nuage d’une bombe à hydrogène… 503 images de 273 auteurs de 68 pays sont sélectionnées pour composer un manifeste pour la paix et l’égalité fondamentale des hommes. Les photographies d’auteurs tels que Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Dorothea Lange, Robert Doisneau, August Sander, Ansel Adams, … y sont mises en scène d’une manière moderniste et spectaculaire. Entrée dans l’histoire comme un projet hors pair et légendaire par son ambition, son itinérance et sa réception, la collection fait aujourd’hui partie de la Mémoire du Monde de l’UNESCO. The Family of Man a été léguée au Grand-Duché de Luxembourg au milieu des années 1960 et est exposée comme collection permanente entièrement restaurée dans les salles du Château de Clervaux, selon une interprétation contemporaine au respect de son histoire.

This edition’s theme of the European Month of Photography echoes in a strange and familiar way with the history and context of creation of The Family of Man. Compiled by Edward Steichen for the New York Museum of Modern Art (MoMA) in 1955, in the middle of the Cold War, The Family of Man was conceived as a humanist panorama and a mirror of humanity aimed at forging closer links between people, helped by the communicative power of photography. Steichen draws a reassuring image, including tensions and hopes, against the backdrop of an agitated historical context represented in the exhibition by a large cloud of a hydrogen bomb... 503 images from 273 photographers from 68 countries are selected to compose a manifesto for peace and the fundamental equality of mankind. It staged images by artists such as Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Dorothea Lange, Robert Doisneau, August Sander, Ansel Adams, etc. in a modernist and spectacular manner. The exhibition entered history as a legendary project for its ambition, its itinerancy and its reception; today it is part of UNESCO’s Memory of the World register. The Family of Man was bequeathed to the Grand Duchy of Luxembourg in the middle of the 1960ies and is housed today as a permanent collection, entirely restored, in the renovated rooms of Clervaux Castle, combining a contemporary approach and interpretation with a reverence for its history.

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THE FAMILY OF MAN, MÉMOIRE DU MONDE DE L’UNESCO


STEICHEN COLLECTIONS THE BITTER YEARS (DUDELANGE)

108 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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EDWARD STEICHEN - THE BITTER YEARS - RURAL AMERICA AS SEEN BY THE PHOTOGRAPHERS OF THE FARM SECURITY ADMINISTRATION The Bitter Years est la dernière exposition réalisée par Edward Steichen en conclusion de sa carrière comme directeur du département de la photographie au sein du Museum of Modern Art (MoMA) à New York. Conçue en 1962, elle est un hommage à la photographie documentaire, rassemblant plus de 200 images issues d’un des plus grands projets collectifs de l’histoire de la photographie, à savoir la documentation réalisée entre 1935 et 1943 par la Farm Security Administration (FSA) sur l’Amérique rurale lors de la Grande Dépression. Sous la direction de Roy Stryker, des photographes aujourd’hui mondialement connus, tels que Walker Evans, Dorothea Lange, Russell Lee et Arthur Rothstein, ont sillonné leur pays pour constituer un imagier bouleversant de l’Amérique en crise. Plus de 200.000 négatifs sont issus de cette commande gouvernementale dont le but était de soutenir la politique du New Deal sous F.D. Roosevelt. Ils sont aujourd’hui conservés par la Library of Congress et font partie de la mémoire collective américaine. Steichen lui-même les considérait comme « les documents humains les plus remarquables jamais rendus en images ». The Bitter Years circule d’abord aux États-Unis, puis en Europe. Lorsque l’exposition arrive en fin d’itinérance, en 1967, Steichen, en hommage à son pays natal, exprime le souhait de l’envoyer à Luxembourg, pour qu’elle puisse y être conservée. Les photographies sont montrées une première fois en 1968 par le Musée National d’Histoire et d’Art du Luxembourg (MNHA). Plus tard, elles rejoignent les collections du Centre National de l’Audiovisuel (CNA) fondé en 1989 avec les missions de préserver et de valoriser le patrimoine filmique, photographique et sonore du Luxembourg.

Walker Evans & Floyd Burroughs, Cotton sharecropper, Hale County, Alabama, 1935 or 1936.

The Bitter Years is the last exhibition Edward Steichen organized as director of the photography department at the Museum of Modern Art (MoMA) in New York. It was created in 1962 and pays tribute to documentary photography, featuring over 200 images from one of the greatest collective projects in the history of photography: the documentation of rural America during the Great Depression, which was carried out between 1935 and 1943 by the Farm Security Administration (FSA). The project was supervised by Roy Stryker and involved a number of now world-renowned photographers, such as Walker Evans, Dorothea Lange, Russell Lee and Arthur Rothstein. They travelled the length and breadth of their country to create a shattering collection of images depicting America in crisis. The result of this Government commission, which aimed to support F.D. Roosevelt’s New Deal policy, consists of more than 200,000 negatives. Today these negatives are housed at the Library of Congress and are part of the American collective memory. Steichen himself considered the images “the most remarkable human documents ever rendered in pictures.” The Bitter Years first travelled around the United States before heading to Europe. When the exhibition finished touring in 1967, Edward Steichen, as a tribute to his birth country, requested that this collection be bequeathed to the Luxembourg Government in 1967. The photographs were exhibited for the first time in Luxembourg by the Musée National d’Histoire et d’Art Luxembourg (MNHA) in 1968. They subsequently joined the collections of the CNA, which was established in 1989 and whose mission is the preservation, development and access to Luxembourg’s moving image, photography and sound heritage.


↖  Dorothea Lange, Home of rural rehabilitation client, Tulare County, California, November, 1938. ↗  Walker Evans, A corner of the kitchen in Floyd Burrough’s cabin, Hale County, Alabama, 1935 or 1936.

↙  Walker Evans, Lucille Burroughs, The daughter of a cotton cropper, Hale County, Alabama. 1935 or 1936. ↘  Walker Evans, The home of Bud Fields, Alabama sharecropper, Hale County, 1935 or 1936.

Au CNA, les tirages originaux de la collection The Bitter Years sont soigneusement restaurés et digitalisés. Une sélection thématique est installée, depuis septembre 2012, à Dudelange, sur le terrain d’une friche industrielle, dans l’étonnante galerie du Waassertuerm, un ancien château d’eau, datant de 1928 et reconverti en espace d’exposition, près du CNA. Actuellement, la présentation se trouve dans sa deuxième rotation et regroupe les thèmes des Field Workers (travailleurs de champs), Jobless (sans travail), Tents (tentes), Houses (maisons) et Schools (écoles) dans le socle et le grand chapitre des Sharecroppers (métayers) est montré dans la cuve du Château d’eau.

At the CNA, The Bitter Years underwent careful restoration and was digitalized. In September 2012, The Bitter Years found a new home in Dudelange, in the gallery of the Waassertuerm, an old water tower, built in 1928 and located on industrial wasteland near the CNA. The thematic selection of images from the historic collection enters now its second rotation, which features the themes of Field Workers, Jobless, Tents, Houses and Schools in the base of the water tower, while the monumental Sharecrop­ pers chapter is displayed in the former water tank.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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C L E RVA U X – C I T É D E L’ I M AG E

CONTES D’IMAGES IMAGE NARRATIVES

– 5 INSTALLATIONS PHOTOGRAPHIQUES À CIEL OUVERT ARTISTES / ARTISTS: CORINNE MERCADIER, TAMÁS DEZSŐ, CHRISTIAN TAGLIAVINI, JANNE LEHTINEN, VINCENT FOURNIER COMMISSAIRE / CURATOR: ANNICK MEYER

L’ensemble des travaux de cette saison engage un discours varié sur la narration dans l’image. Les photos puisent dans un potentiel à la fois imaginaire et réel. L’œuvre est dissociée de toute logique rationnelle et prédéfinie. La photographie témoigne de plusieurs réalités qui encouragent le travail individuel et subjectif. La dimension narrative célèbre la différence ambivalente, le non-fini, le flou, le vaste, le surréaliste, enfin toute aventure visuelle. Des mondes convergent dans son rayonnement. La documentation rencontre la fiction dans les étendues paysagères d’après Vincent Fournier ; les souvenirs et émotions se complètent par la pensée philosophique de Corinne Mercadier et de Janne Lehtinen ; l’illustration s’associe à la pensée surréaliste à l’intérieur du cadre des images de Tamás Dezső ; un hommage à la science se déclare citation poétique et référence littéraire dans les visions plastiques et ingénieuses de Christian Tagliavini. Ces images disposent d’une autonomie par rapport au monde et au temps réel. Toute subversion suspectée évolue vers une force positive qui construit et invente, qui diversifie sans classifier pour autant, qui raconte tout simplement.

The season Contes d’images opens a diversified discourse on storytelling in images. The photos draw on both imaginary and real potential. The work might be dissociated from all rational and predefined logic. Photography reflects several realities that encourage individual and subjective work. The narrative power celebrates the ambi­ valent difference, the unfinished, the blur, the vast, and the surreal, finally any visual adventure. Worlds converge in its radiance: Documentation meets fiction in the vast landscapes according to Vincent Fournier. The memories and emotions are complemented by the philosophical thought of Corinne Mercadier and Janne Lehtinen. The sober illustration is associated with a surrealist dimension within the framework of the images by Tamás Dezső. A tribute to science identifies itself as a poetic quotation and literary reference in the ingenious visions of Christian Tagliavini. These images keep autonomy with respect to the world and the real time. Any suspected subversion evolves into a positive force that builds and invents, which diversifies without classifying, which simply tells its own stories.


↗  L’Ovomachiniste Christian Tagliavini, L’Ovomachiniste, Voyages extraordinaires, 2014. ↓  Christian Tagliavini, La Topophoniste, Voyages extraordinaires, 2014.

En se basant sur trois romans de Jules Verne « Voyage au centre de la Terre », « De la Terre à la Lune » et « 20 000 lieues sous les mers », le photographe développe les récits romanesques en créant des person­ nages inexistants dans la narration d’origine.

Drawing on Jules Verne’s three novels “Journey To The Centre Of The Earth”, “From The Earth To The Moon” and “Twenty Thousand Leagues Under The Sea”, the photog­ rapher further develops the stories by creating characters that did not appear in the original narratives.


Corinne Mercadier, Une fois et pas plus, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.


“Une fois et pas plus” is a met­ aphor of the finiteness of all things and living creatures. Corinne Mercadier expresses what is a categorical fact, the universally acknowledged inescapable principle of life: the beginning of every story inexorably leads to its end.

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“Une fois et pas plus” se lit comme métaphore pour la finitude de toute chose réelle et de tout être animé. Corinne Mercadier rend visible le fait absolu, le principe universel et inévitable : le commencement de chaque histoire mène infailliblement à sa fin.


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Le photographe finlandais Janne Lehtinen illustre dans ses images le rêve individuel et humain de toujours vouloir dépasser ses limites. Différentes constructions et machines conçues pour le vol et imaginées par l’auteur entrent en jeu dans sa série Sacred Bird.

In his images, Finnish photog­ rapher Janne Lehtinen captures the individual and human aspiration of continuously wanting to push one’s boundaries. Sacred Bird showcases various flight contraptions designed by the author himself.


←←  Janne Lehtinen, Sacred Bird, Brittany Horizons. ↑  Janne Lehtinen, Sacred Bird, Umbrellas II.


Mêlant histoire et fiction, Vincent Fournier retrace la conquête de l’espace, mettant en avant la charge imaginaire de ces sites scientifiques.

Blending history with fiction, Vincent Fournier retraces the conquest of space, showcasing the imaginary missions of these scientific sites.


117 ←↖  Vincent Fournier, Space Project - Moon Valley, Atacama desert, Lunar Robotic Research (Nasa), Chile, 2007. ↗  Vincent Fournier, Space Project - Ergol#3, Arianespace, Guiana Space Center (CGS), Kourou, French Guiana, 2007.


↑  Tamás Dezső, Curtain (House of Culture, Petroșani), Notes for an Epilogue, 2014. →↘  Tamás Dezső, Petru (Vintu de Jos), Notes for an Epilogue, 2014.


Tamás Dezső traces a sum­ marizing portrait of a contemporary Romania. The country is only recov­ ering with difficulty from its political past which radiates on the tangible and intangible heritage in rural areas. This fragile situation threatens to engulf a whole cultural world. At the same time, it lends a surrealist and narrative face to the photographs.

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Tamás Dezső trace le portrait récapitulatif d’une Roumanie contem­ poraine. Le pays ne se rétablit que difficilement de son passé politique qui rayonne sur le patrimoine matériel et immatériel en milieu rural. Cette situa­ tion fragile menace d’engouffrer tout un monde culturel. Parallèlement elle prête un visage surréaliste et narratif aux photographies.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.CAPE.LU

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CENTRE DES ARTS PLURIELS ETTELBRUCK

« DISPLACEMENT » /PÉRIPÉTIES “DISPLACEMENT”/PEREGRINATION ARTISTES / ARTISTS: CARINE & ELISABETH KRECKÉ, PHOTOGRAPHIE, VIDÉO, TEXTES ANN SOPHIE LINDSTRÖM, PHOTOGRAPHIE COMMISSAIRE / CURATOR: PAUL DI FELICE

Les œuvres de Carine et Elisabeth Krecké et d’Ann Sophie Lindström s’inscrivent chacune de façon différente dans la thématique de la photographie post 9/11 et les sousthèmes Surveillance et Réfugiés choisis par Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne pour leur projet commun. Dans les dernières séries des soeurs Krecké, le thème de la surveillance est exprimé de façon originale, en révélant les images de Google Street View les plus insolites. En parcourant l’Amérique à travers ce service de navigation virtuelle, elles ont trouvé par hasard, dans une ville du Dakota du Sud, une image inattendue, celle d’un homme armé d’une Kalashnikov qui traversait la rue en regardant droit dans l’objectif des caméras du véhicule de Google. Le travail d’enquête visuelle des artistes nous parle des déplacements de l’espace numérique vers l’espace physique réel, et des relations existant entre temps de la visualisation des choses, temps virtuel et temps réel pour questionner nos systèmes ambivalents qui cherchent à tout contrôler, à tout visualiser, mais aussi à tout cacher.

The works of the Krecké sisters and those of Ann Sophie Lindström express a very personal interpretation of the post 9/11 topic and its subthemes Surveillance and Refugees. Chosen by the eight partner cities of the European Months of photography (Athens, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris and Vienna) under the title Looking for the Clouds it considers modern conflict through contemporary photography more than fifteen years after the event. In the latest series of the Krecké sisters, the topic of surveillance is conveyed in an original way, by revealing the most unusual Google Street View images. As they traveled across America with the help of this virtual navigation service, they found by chance in a South Dakota town an unexpected image of a man armed with a Kalashnikov crossing the street looking straight into the lens of a Google street view camera. Their work of visual inquiry speaks of the distortions of the virtual space in relation to the physical space, and of the relation between visual transcription of virtual and real time experiences. They question our ambivalent systems which seek to control everything, to visualize everything but also to hide everything.


DISPLACEMENT | KRECKÉ

Carine & Elisabeth Krecké, Google Street View, 508 7th Street Rapid City, SD, 2007, © Google, 2014.


↓  Carine & Elisabeth Krecké, Pine Ridge Indian Reservation, SD, Dakotagate, 2010-2012. →↗  Carine & Elisabeth Krecké, Siege of Wounded Knee 1973 / Press Document featuring Dick Wilson and the GOONS, Ink on paper 112 × 85 cm, Trails + Trials / Dakotagate, 2011. →→  Carine & Elisabeth Krecké, Wall, SD, Dakotagate, 2010-2012. →↘  Carine & Elisabeth Krecké, Found document (handwritten note on paper / author unknown / filed by the FBI in 1973), Dakotagate, 2010-2012.


DISPLACEMENT | KRECKÉ

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PÉRIPÉTIES / PEREGRINATIONS : LINDSTRÖM

Unlike the conceptual work of the Krecké, the documentary impetus of Ann Sophie Lindström points to the issue of displacement and peregrination in relation to the refugee issue in Luxembourg; she photographed the refugees with great commitment and dignity within the mateneen National Relief program Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte. Her pictures address issues of identity and culture, of individuality and group coherence, while creating rich and contrasting atmospheres. The life of these men and women, the uncertainty they live in, but also the positive and encouraging encounters with them when they speak about their journey, the mix of anxiety and hope define the photographs of Ann Sophie Lindström.

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À l’opposé du travail conceptuel des Krecké, Ann Sophie Lindström, dans sa verve documentaire, rapproche le thème du Displacement / Péripéties de la question des réfugiés au Luxembourg, qu’elle a posée photographiquement avec beaucoup d’engagement et de dignité dans le cadre du programme mateneen de l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte. En s’insérant dans leurs parcours, elle aborde les questions d’identité et de culture, d’individu et de groupe, tout en créant des atmosphères riches et contrastées. L’attente vécue dans l’incertitude, mais aussi la rencontre positive et encourageante avec ces hommes et femmes qui racontent les souvenirs touchant à leur périple et la cohabitation inquiète mêlée d’espoir définissent le parcours photographique d’Ann Sophie Lindström de façon saisissante.

Courtesy all pictures : Ann Sophie Lindström. Photographies réalisées dans le cadre de la commande photographique mateneen de Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte, 2016-2017.


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ΠU V R E N AT I O N A L E D E S E C O U R S G R A N D E- D U C H E S S E C H A R L O T T E

126 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.OEUVRE.LU

COMMANDE PHOTOGRAPHIQUE MATENEEN / PHOTO PROJECT MATENEEN ANN SOPHIE LINDSTRÖM, PATRICK GALBATS

Dans le contexte de la crise migratoire en Europe, l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte a lancé en 2015 le programme mateneen. Un des objectifs majeurs de mateneen (« mateneen » en luxembourgeois signifie « ensemble ») est de soutenir des projets favorisant la rencontre entre les résidents, les demandeurs de protection internationale et les bénéficiaires de protection internationale et d’œuvrer ainsi en faveur de la cohésion sociale au Grand-Duché. Pendant une année, le programme mateneen est documenté par les photographes luxembourgeois Ann Sophie Lindström et Patrick Galbats. L’objectif de ce projet artistique est de témoigner des multiples facettes de la vie sociale des demandeurs et bénéficiaires de protection internationale au Luxembourg. A travers le regard de deux photographes indépendants, cette documentation vise à proposer de nouveaux angles d’approche au public, en réponse à la question : « Que signifie mateneen dans le contexte de la migration actuelle ? » L’intégralité des travaux d’Ann Sophie Lindström et Patrick Galbats sera présentée l’année prochaine.

L’Œuvre Nationale de Secours GrandeDuchesse Charlotte est un établissement public qui gère la Loterie Nationale au Luxembourg. Elle a pour mission de promouvoir la philanthropie dans le pays. Son objectif initial qui consistait à venir en aide aux victimes de la Deuxième Guerre mondiale, a été élargi au fil des années pour soutenir les multiples activités philanthropiques et projets menés par des organisations relevant des domaines du social, de la culture, de la protection de l’environnement et du sport.

In the context of the migration crisis in Europe, the Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte started the program mateneen in 2015. One of mateneen’s (‘mateneen’ is Luxembourgish for “together”) most important goals is promote the creation of projects that encourage the face-to-face encounters of residents, asylum seekers and those who have already been granted asylum. Thus, the program strives for social cohesion in the Grand Duchy. During one year, the program mateneen is being documented by the Luxembourgish photographers Ann Sophie Lindström and Patrick Galbats. The goal of this artistic project is to show the multiple aspects of social life of asylum seekers and those who have been granted asylum. Through the eyes of two independent photographers, this documentation aims to propose new perspectives for the public by trying to answer the question: “What does mateneen mean in the context of the present migration period?” The entire work of Ann Sophie Lindström and Patrick Galbats will be shown next year.

L’Œuvre Nationale de Secours GrandeDuchesse Charlotte is a public institution that runs and organises the National Lottery. Its mission is to promote philanthropy in Luxembourg. Its initial purpose of aiding victims of World War II has been broadened over the years to support the many philanthropic activities and projects conducted by organisations in the fields of social issues, culture, environmental protection and sport.

Ann Sophie Lindström


Ann Sophie Lindstrรถm

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Patrick Galbats


LUXEMBOURG STREET PHOTOGRAPHY FESTIVAL

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.ROTONDES.LU

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R O TO N D E S

ARTISTES / ARTISTS: PAUL BINTNER, VÉRONIQUE FIXMER, PAULO LOBO, DIRK MEVIS, CHRISTOPHE VAN BIESEN, JEFF MOUTON, DAVID PHILLIPS, GIULIA THINNES, TOM WEIS, CATALIN BURLACU, OLIVIER REMERA

Le collectif Street Photographer Luxembourg a été créé en mars 2013 afin de donner une plus grande visibilité à cette forme de reportage qui privilégie les images prises sur le vif et les atmosphères de rue. La photographie de rue est aussi ancienne que la photographie elle-même et elle a été magnifiée par des auteurs mythiques tels que Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Sabine Weiss en France, ou Saul Leiter, Vivian Maier et Gary Winogrand aux USA. Avec l’explosion du numérique et d’Internet, la discipline connaît depuis plusieurs années un essor mondial extraordinaire. Pour la première fois cette année, le collectif participe au Mois Européen de la Photographie, ce qui, outre une diffusion élargie de l’événement, lui permettra d’approfondir sa réflexion sur la pratique de la photographie urbaine dans la société contemporaine. « La Street Photography, c'est comme le jazz, l'union de rigueur formelle et d'improvisation », écrit Alex Cogue. Ce qui compte pour le Street Photographer, c’est d’être sensible aux pulsations de la rue, de saisir ces mille petits instants fugaces qui se trouvent à la conjonction de la lumière, de l’architecture, des citadins et leurs mouvements. En faisant entrer en résonance son monde intérieur avec les vibrations de l’espace urbain, le photographe donne à voir les émotions profondes qui irriguent la société. Les images captées, très souvent dérobées, sont autant d’instantanés bruts, parfois poétiques, parfois empathiques, parfois rageurs, qui témoignent de l’atmosphère d’un lieu ou d’une situation inopinée. Pour cette édition 2017, le collectif Street Photography Luxembourg Asbl (SPL) invite le public à sa cinquième Slide Night, durant laquelle il peut découvrir les diaporamas des douze photographes membres de SPL. Les slideshows durent chacun maximum 5 minutes et proposent un regard à chaque fois particulier sur les espaces urbains les plus divers. Approche graphique, humaniste, ironique, poétique… les points de vue sont divers mais toujours empreints de respect, de réflexion et d’amour pour tout ce qui se passe dans les rues de Luxembourg.

The collective SPL was created in March 2013 to give greater visibility to this form of reporting which favours snapshots and street atmosphere. Street photography is as old as photography itself and has been magnified by famous authors from France such as Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau and Sabine Weiss or from the U.S.A. Saul Leiter, Vivian Maier and Gary Winogrand. Today, considering the widespread popularity of digital photography and the internet, this genre has been subject to an extraordinary boom worldwide. This year, for the first time, the collective participates in the European Month of Photography, which, besides reaching a broader audience, will allow them to deepen their reflection on the practice of street photography in contemporary society. “Street Photography is like Jazz, a union of formal rigor and improvisation” writes Alex Cogue. For the Street Photographer it is important to react emotionally to the pulsation of the street, catching the many short-lived moments that arise when light, architecture, passers-by and movements combine. The photographer shows society’s emotions through the fusion of his inner world with the urban space. The images can be rough, sometimes poetic, empathic or furious, or reflect the atmosphere of a place or an unexpected situation. For this 2017 edition, the collective Street Photo­ graphy Luxembourg Asbl (SPL) organises its 5th Slide Night during which the public will discover the works of the 12 SPL members. Each slideshow takes up to 5 minutes and provides a unique perspective on candid photography and urban spaces: classical, graphic, ironic, poetic... the points of view are manyfold but always full of respect, consideration and love for everything that happens on the streets of Luxembourg.


Catalin Burlacu

Cristophe van Biesen

Paul Bintner


Olivier Remera

Jeff Mouton


David Phillips

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Paul Bintner


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Véro Spako

Paolo Lobo

Dirk Mevis


Giulia Thinnes

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Tom Weis


CIELO

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.INSTITUTO-CAMOES.PT

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C A M Õ E S – C E N T R E C U LT U R E L PORTUGAIS LUXEMBOURG

AUGUSTO ALVES DA SILVA

Lorsque Augusto Alves da Silva a réalisé Road Works en juillet 1997, dans les Pics de l’Europe, il a découvert une route non goudronnée, qui l’a conduit à se demander s’il serait possible de traverser la péninsule Ibérique sans conduire sur l’asphalte. Au cours des années suivantes, il a parcouru l’Espagne en cherchant des itinéraires sur un GPS. Il pouvait y voir les routes asphaltées (qu’il essayait d’éviter), tout en cherchant dans le paysage les routes non goudronnées qu’il imaginait exister. Il raconte : « J’ai quitté Cadix tôt le matin, le 19 décembre 2007, accompagné de mon chien Jet, et nous avons parcouru 5.000 km jusqu’à ce que notre voyage soit bloqué par la neige, le 7 janvier 2008, près de Curavacas (Montaña Palentina), endroit où l’idée de ce voyage avait émergée dix ans auparavant. Le voyage a été fait du Sud au Nord, dans un véhicule à quatre roues motrices, dans lequel j’ai adapté une caméra, qui m’a permis de photographier en conduisant, à une vitesse moyenne de 40 km par heure. Sur un total de 10.131 photos, j’en ai choisi 5.148 pour les projeter en vidéo sur un grand écran, dans une séquence aléatoire et en boucle, au son des stations de radio espagnoles en direct, diffusées via Internet. La série Iberia a été présentée pour la première fois lors de Sans issue : Un essai sur l’optimisme, une exposition personnelle au Musée de Serralves, à Porto, en 2009. Les 91 photographies de Cielo ont été choisies à partir d’Iberia et séquencées pour être publiées dans un livre (qui n’est pas encore édité). Je l’ai fait parce que je ressens maintenant le besoin de contempler ces images longuement et dans le silence. Ce faisant, je m’identifie encore plus aux personnes et animaux qui apparaissent sur le bord de la route, et pour qui je ressens une affection particulière. »  (trad. Céline Schall)

When I made Road Works in July 1997, in the Picos de Europa, I discovered an unsurfaced road that led me to wonder whether it would be possible to cross the Iberian Peninsula without driving on asphalt. Over the following years I travelled around Spain looking for routes that I recorded on a GPS device, on which I could see the asphalt roads that I was trying to avoid, while searching in the landscape for the unsurfaced roads that I imagin­ ed possible to exist. I left Cádiz early in the morning on the 19th December 2007, accompanied by my dog Jet, and we travelled around 3,000 miles until our journey was blocked by snow, on the 7th of January 2008, near Curavacas (Montaña Palentina), close to the spot where the idea had occurred ten years before. The journey was made from south to north, in a four-wheel drive vehicle, in which I adapted a camera that allowed me to photograph while driving, at an average speed of 25 miles per hour. From a total of 10,131 photographs, I chose 5,148 to be projected as a video on a large screen, in a random and endless sequence, to the sound of live spanish radio stations, broadcasted via the internet. Iberia was presented for the first time at Dead End / An Essay on Optimism, a solo exhibition at the Museu de Serralves, in Porto, in 2009. The 91 photographs of Cielo were chosen from Iberia and sequenced in order to be published in a book that still does not exist. I did it because I now feel the need to contemplate these images for an indefinite period of time, and in silence. In doing so, I identify even more with the people and animals that appear at the roadside, and for whom I feel a particular affection.

Augusto Alves da Silva, Cielo, Ninety one photographs, colour, digital prints, 17 × 37 cm and 28 × 37 cm, courtesy the artist, 2015.


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137 Augusto Alves da Silva, Cielo, Ninety one photographs, colour, digital prints, 17 × 37 cm and 28 × 37 cm, courtesy the artist, 2015.


DARK CELEBRATION CÉDRIC DELSAUX

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.WILDPROJECTGALLERY.COM

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W I L D P R O J E C T G A L L E RY

COMMISSAIRE / CURATOR: RENAUD BERGONZO

Loin des images rassurantes et de leurs consolations illusoires, Cédric Delsaux s’emploie, série après série, à mettre en lumière la beauté vénéneuse des ténèbres, tapie au cœur de notre imaginaire autant que de notre quotidien. Qu’il parle de démesures industrielles, de délires de grandeur ou de rêves incertains, il élabore le catalogue raisonné de notre déraison en ayant recours à des dispositifs singuliers mêlant fausse réalité et véritable fiction. Inspirée par le cinéma et la litté­rature, son œuvre convoque, à parts égales, l’extraordinaire et le banal, le fantastique et le quotidien, pour rendre visible le pouvoir fictionnel des images et le potentiel fantasmatique de la réalité. À la série Nous resterons sur terre (2006-2008), panorama mondial et subjectif des relations entre l’homme et la nature à l’ère post-moderne, répond Dark Lens (à partir de 2004), suite photographique de « nonlieux » urbains habités par les héros de la saga Star Wars, qui a connu un succès planétaire. Dans la série Zone de Repli (2011-2014), il s’intéresse au cas de Jean-Claude Romand, ce père de famille sans emploi qui, après s’être inventé pendant dix-huit ans une vie de médecin et chercheur réputé, assassine toute sa famille en 1993, au moment d’être démasqué. L’alternance de visions floues et de détails très précis rend palpable les interminables errances monotones de l’affabulateur, créant un univers claustrophobe où chacun peut projeter ses propres peurs, sentiments ou explications.

Instead of dealing in reassuring images and their illusory consolations, Cédric Delsaux prefers to reveal the poisonous beauty of darkness, hidden in our imagination as much as in our daily life. Whether he speaks about industrial excesses, delusions of grandeur or uncertain dreams, he elaborates the catalogue raisonné of our rational madness using singular devices to combine false reality and true fiction. Inspired by cinema and literature, his work combines, in equal parts, the extraordinary and the banal, the fantastic and the down to earth to highlight the fictional power of images and the phantasmatic potential of reality. The series Nous resterons sur terre (2006-2008) portrays both a universal and subjective panorama of relationship between man and nature in the post-modern era. In addition to this series, Dark Lens (2004-) is a photographic suite of urban interchangeable places inhabited by the heroes of the Star Wars saga, which has had a worldwide success. In the series Zone de Repli (2011-2014), Cédric Delsaux is interested in the case of Jean-Claude Romand, an unemployed father who, after pretending for eighteen years to be a medical doctor and researcher, murdered his entire family in 1993 when he was about to be exposed. The alternation of blurry visions and very precise details makes palpable the endless monotonous shiftings of the impostor, creating a claustrophobic universe where everyone can project their own fears, feelings or explanations.

↑  Cédric Delsaux, Underground Society, Sans titre 8, caisson lumineux, 136 × 102 cm, courtesy Wild Project Gallery. →↗  Cédric Delsaux, Underground Society, Sans titre 6, tirage Fine Art, 136 × 102 cm, courtesy Wild Project Gallery.


Dans le cadre du Mois Européen de la photographie à Luxembourg, la Wild Project Gallery présente une des dernières séries de Cédric Delsaux sous le titre de Dark Cele­ bration. La série Underground Society (2013-2015), inédite à ce jour, poursuit son exploration des angoisses récurrentes de l’Humanité en plongeant les lieux comme les personnages de la série dans une troublante obscurité. Naufragés, abandonnés à leur sort, les survivants de l’Underground Society rendent visibles les hantises actuelles faites de devenirs apocalyptiques où catastrophes, tragédies et effondrements se succèdent sans répit. Mais, après tout, l’Underground Society n’est peut-être qu’une sensation, un état de sidération et de suffocation, une présence latente sur le point d’advenir, ou encore une peur lointaine, aussi vieille que cette fin du monde qu’on nous promet pour bientôt et qui tarde encore à venir.

During the European month of photography, Wild Project Gallery is eager to present one of the last series of Cédric Delsaux under the exhibition title Dark Celebration. The Series Underground Society (2013-2015) continues his exploration of recurring anxieties of humanity by plunging places and figures in a troubling obscurity. Shipwrecked and abandoned to their fate, the survivors of the Underground Society unveil current fears and obsessions made up of apocalyptic visions where catastrophes, tragedies and breakdowns follow each other without respite. But, after all, it could be that the Underground Society is perhaps only a feeling, an elusive state of mute astonishment and suffocation, a latent presence about to break out or a distant fear as ancient as the end of the world that we were promised for soon, but is still late to come.


140 ↑  Cédric Delsaux, Underground Society, Sans titre 10, tirage Fine Art, 136 × 102 cm, courtesy Wild Project Gallery. ↘  Cédric Delsaux, Underground Society, Sans titre 1, tirage Fine Art, 136 × 102 cm, courtesy Wild Project Gallery. →→  Cédric Delsaux, Underground Society, Sans titre 2, caisson lumineux, 136 × 102 cm, courtesy Wild Project Gallery.


RYUJI TAIRA

COMMISSAIRE / CURATOR: MARITA RUITER

Les natures mortes photographiques qui sont exposées à la galerie Clairefontaine au Luxembourg sont un véritable régal pour les yeux. Nées de la concentration et de la paix intérieure, ces platinotypies sont imprimées sur un papier Gampi de haute qualité.

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.GALERIE-­C LAIREFONTAINE.LU

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G A L E R I E C L A I R E F O N TA I N E E X P O 1

VICISSITUDES

↘  Ryuji Taira, Tanpopo#1, Platinum Palladium Print, 20,4 × 25,4 cm, 2004. →↗  Ryuji Taira, Cadence II, Platinum Palladium Print on Japanese Gambi tissue, 20,3 × 25,4 cm, 2014.

A true treat for the eyes is currently on view at the Clairefontaine gallery in Luxembourg: still life photographs from concentration and inner peace, which are printed with precious platinum palladium on a high quality Gampi paper.


Ryuji Taira est un observateur tranquille qui aime la nature et la solitude. Il explique que, pendant ses randonnées, les plantes fanées ou les insectes morts le fascinent souvent. Une nature éphémère qui s’exprime à travers eux, pousse l’artiste à chercher un nouveau départ. Il veut immortaliser la fragile beauté de ces créations sur des tirages au platinum palladium qui donnent un caractère éternel à leur existence, en réalisant une projection esthétique située entre la vie et la mort. Même les duvets du Dent-de-Lion (ou pissenlit), emportés par le souffle du vent, méritent d’être soigneusement travaillés, reproduits sur un papier d’excellente qualité avec le meilleur métal et transformés en une œuvre d’art vouée à la conservation et la contemplation éternelles.

Ryuji Taira is a quiet observer, he loves nature and loneliness. He explains that, during hikes, faded plants or dead insects often fascinate him. An ephemeral nature expressed through them inspires the artist to seek a new beginning. He wants to immortalize the fragile beauty of these creations on platinum palladium prints. Giving an eternal character to their lives, their aesthetic appearance between life and death. Even dandelion clocks, which are poised to be blown away by the next blast of wind, are worth being worked carefully, crafted on an excellent quality paper with the best metal, and be turned into a piece of art for everlasting preservation and contemplation.


G A L E R I E C L A I R E F O N TA I N E E X P O 2

144 BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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36 VUES DU MONT FUJI RAOUL RIES

Ces photographies de Raoul Ries sont inspirées par le célèbre ensemble d’estampes Trente-six vues du mont Fuji, de Katsushika Hokusai, produit entre 1830 et 1832. En dépit de la grande variété de scènes montrées, la plupart des copies en couleurs de Hokusai partagent une structure commune. Au premier plan, les gens vaquent à leurs affaires quotidiennes, le milieu se réfère à une échelle de temps différente comme les saisons ou des choses en décomposition, et enfin un aperçu du mont Fuji suggère des changements trop lents pour être perçus au cours d’une vie humaine. Les gravures sur bois d’Hokusai font partie d’un genre appelé ukiyo-e, qui signifie « images d’un monde flottant », flottant à la fois dans le temps et dans l’espace. Ils sont clairement composés en différentes couches, laissant le Mont Fuji planer au-dessus ou à côté du monde des humains. Souvent, la civilisation s’introduit graphiquement dans l’espace sacré du Fuji. Les arbres ou les poteaux coupés dans la silhouette de la montagne, les toits de maison et d’autres constructions imitent son profil triangulaire.

These photographs are inspired by the famous set of woodcuts Thirty-six Views of Mount Fuji Katsushika Hokusai produced between 1830 and 1832. Despite the wide variety of shown scenes, most of Hokusai’s colour prints share a common structure. In the foreground people are going about their daily business, the middle ground refers to a different time-scale like seasons or things decaying, and finally a glimpse of mount Fuji hints at changes too slow to be perceived during a human life. Hokusai’s woodcuts are part of a genre called ukiyo-e, which means ‘images from a floating world’, floating both in time and in space. They are clearly composed in different layers, letting Mount Fuji hover above or next to the world of humans. Often civilisation intrudes graphically into Fuji’s sacred space. Trees or posts cut into the mountain’s silhouette, house roofs and other constructions imitate its triangular profile.

Raoul Ries, Thirty-Six Views of Mount Fuji 16 (Azagawa, Kawaguchi), 42 × 59,5 cm, 2015-2016.


Les tirages d’Hokusai partagent plusieurs éléments avec des photographies : ils représentent des moments fugaces, ils créent un souvenir d’événements simples et la relation des gens avec le temps est un sujet majeur dans ces images. Tout comme les photographies, les tirages sont mécaniquement reproductibles et abordables et ne sont pas considérés comme de l’art au sens noble du terme. Cette série concerne le temps, les moments, les saisons, les années, le temps de vie.  (trad. Céline Schall)

Hokusai’s prints share several elements with photographs: they represent fleeting moments, they create a memory of simple events and people’s relationship with time is a major subject in the images. Just as photographs the prints are mechanically reproducible and they were affordable and not considered high-brow art. This series is about time, about moments, seasons, years, lifetimes. Thirty-six Views of Mount Fuji was made possible through

Thirty-six Views of Mount Fuji a été soutenu avec la Bourse CNA – Soutien à la Création et Diffusion en Photographie.

a CNA grant in support of the promotion of creative photography.


↑  Raoul Ries, Thirty-Six Views of Mount Fuji 28 (Suzukawa-higashichou, Suzukawahigashichou), 42 × 59,5 cm, 2015-2016. →↗  Raoul Ries, Thirty-Six Views of Mount Fuji 35 (Minokuchi, Kamijou), 42 × 59,5 cm, 2015-2016. →↘  Raoul Ries, Thirty-Six Views of Mount Fuji 31 (Yamanaka-ko, Yamanaka), 42 × 59,5 cm, 2015-2016.


DO CLOUDS LISTEN? / LES NUAGES ÉCOUTENT-ILS ?

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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GALERIE SOFRONIS ARTS

SERGE ECKER

Les nuages écoutent-ils ? C’est la question que pose Serge Ecker à travers son projet Do clouds listen? « J’ai choisi d’adopter un point de vue en élévation, comme lorsque je m’interroge sur les frontières, l’espace transitoire et l’entre-deux. » Première exposition consacrée essentiellement à des photographies, il propose « une vision propre et non transformée de la réalité ». Le point de départ est déclenché par les drones et la surveillance dans les zones de conflits. « Aujourd’hui, les gens ne regardent plus le ciel pour savoir s’il va pleuvoir, mais pour se prémunir d’une attaque imminente. Les drones volent en permanence, ainsi le doute et le danger sont constants. Les nuages deviennent une protection pour l’homme ». Il photographie des ciels, entre autres, en Lituanie où dans l’un d’eux, des hauts-parleurs suggèrent le son d’une sirène, ou la voix de l’endoctrinement émis par une instance supérieure invisible. Dans Ciels menaçants, des oiseaux préfigurent le calme avant la tempête, où une ombre flotte dans l’espace, comme si un danger imminent allait surgir. Sur une plage à 200 mètres de la Russie, zone interdite contrôlée par les deux pays, il photographie une frontière, une installation virtuelle et dérisoire qu’il a construit avec des branchages. On peut la contourner, traverser le no man’s land et se diriger vers la Zone...

Do clouds listen? It’s the question that Serge Ecker is asking. “I chose to adopt an elevated point of view, like interrogating myself about borders, the transitory space and the in-between.” In the first exhibition entirely dedicated to photography, he proposes “an unfiltered and un-transformed view on reality”, by choosing drones and surveillance in conflict zones as a theme. “Today, people don’t look at the sky for rain, but to prepare for the possibility of an imminent attack. Drones fly permanently, thus doubt and danger are omnipresent. Clouds become a protection for people.” He shot pictures of skies and in one of them, in Lithuania, loudspeakers can suggest the sound of an alarm, or the voice of indoctrination broadcasted by an invisible authority. In the Threatening skies, birds precede the calm before the storm, as a shadow above glides through the sky as if an imminent danger is about to hit. On a beach, 200m from Russia, in the threshold controlled by two countries, he frames a virtual and absurd border delimitation/installation, which he constructed out of wood. You can bypass it, traverse the no-man’s land and walk into the Zone…


←↑  Serge Ecker, Threatening skies, C-print diasec, 40 × 60 cm, courtesy the artist, 2016. ←  Serge Ecker, Roundabout approach, C-print diasec, 80 × 60 cm, courtesy the artist, 2014. ↗  Serge Ecker, Do clouds listen?, lightbox c-print on perspex, 60 × 90 cm, courtesy the artist, 2016.


150 L’absence dans ses paysages délabrés, architectures brutalisées en ruine, aux allures post-apocalyptiques, est assourdissante. Elle crée la texture et la structure, tout comme l’effet du temps dans l’espace construit. Comme dans l’eau d’une piscine abandonnée se reflètent le ciel et ses nuages. L’installation Borderhopping, frontière fictive faite de fil barbelé, symbolise une frontière pouvant être transgressée… Le ciel est aussi bien connexion avec le monde, fiction, artifice, dans l’approche multidimensionnelle de Serge Ecker. 

Didier Damiani, critique et historien de l’art

Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent le ciel.

The absence in these wastelands, architecturally brutalized and in ruins, with a post-apocalyptic appearance is numbing. It is creating the texture and structure rendering the effect of time in constructed space. In the same vein as the water of an abandoned swimming pool reflects the sky with its clouds. The installation Borderhopping, a fictive border made of razor wire, symbolizes the barrier that can be trespassed… The sky is at the same time the connection with the world, a fiction, an artefact in the multidimensional approach of Serge Ecker. 

Didier Damiani, art historian and critic

We are all in the gutter but some of us are looking at the sky.


←←  Serge Ecker, ERA, C-print diasec, 80 × 60 cm, courtesy of the artist, 2014. ↗  Serge Ecker, Is there a sound when no-one listens?, C-print diasec 120 × 80 cm, courtesy the artist, 2016. ↓  Serge Ecker, where clouds are made..., C-print diasec, 120 × 80 cm, courtesy of the artist.


UNIVERSITÉ DU LUXEMBOURG, C A M P U S B E LVA L

TENDRE – LA JEUNE PHOTOGRAPHIE TCHÈQUE, SLOVAQUE ET POLONAISE TENDER – YOUNG CZECH, SLOVAK AND POLISH PHOTOGRAPHY INSTITUTE OF CREATIVE PHOTOGRAPHY, SILESIAN UNIVERSITY IN OPAVA (CZ)

ARTISTES / ARTISTS: LENKA BLÁHOVÁ, JAN BRYKCZYŃSKI, MARTA CIEŚLIKOWSKA, KRYSTYNA DUL, JANA HABALOVÁ, ZUZANA HALÁNOVÁ, ARKADIUSZ GOLA, KRZYSZTOF GOŁUCH, ANNA GRZELEWSKA, RENATÁ MIA KÖHLEROVÁ, JAN LANGER, OLDŘICH MALACHTA, KONSTANCJA NOWINA-KONOPKA, DITA PEPE, DANIEL POLÁČEK, MARCIN PŁONKA, KAMA ROKICKA, ALEKSANDRA ŚMIGIELSKA, PETR TOMAN, TOMASZ TYNDYK, TEREZA VLČKOVÁ ET D’AUTRES...

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWWFR.UNI.LU

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COMMISSAIRES / CURATORS: VLADIMÍR BIRGUS, KRYSTYNA DUL, JOSEF MOUCHA

Les photographes de cette exposition captent la sensibilité de l’individu et son spectre universel d’expériences au-delà de toutes les différences et particularités culturelles. Tout en réfléchissant sur notre vie quotidienne, notre force ainsi que notre vulnérabilité, les photographes révèlent la nature complexe des hommes. Tender signifie « sensibilité à la douleur » ou « blessure mentale », le point névralgique inévitablement présent dans la vie humaine qui ne peut être guéri que par la bonté et la douceur de quelqu’un d’autre. Dans ce contexte, les photographes questionnent le sentiment d’identité qui grandit peu à peu, l’incroyable transformation mentale au cours de la vie, le passage du temps, la perte d’êtres chers, l’isolement et la solitude dans une société moderne, ainsi que l’amour inconditionnel, la compassion et le sacrifice. En exposant la fragilité, ils révèlent l’endurance du genre humain et sa persistance.

The photographs of this exhibition capture the emotions of individual human beings and the universal spectrum of experiences beyond all cultural differences and particularities. While reflecting on our daily life, our enormous strength as well as our vulnerability, the photographers reveal the complex nature of mankind. Tender stands for response to pain or mental impairment, to a kind of weak spot that cannot be avoided in human life; that can be healed only by kindness and gentleness from someone else. In this context the photographers raise questions about identity, youth and adulthood, the considerable mental transformation during a lifetime, the passage of time, personal loss, isolation and solitude in a modern society, as well as unconditioned love, great compassion and sacrifice. By exposing the fragility, they reveal the endurance and perseverance of mankind.


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Tereza Vlčková, Two, 2008.


←  Jan Langer, Hundred-year-old Czechs - Marie Burešová, 2012. ↓  Jan Brykczyński, Boiko, 2014.


Konstancja Nowina Konopka, 1001 Bad Deeds, 2014.

The exhibition of the Institute of Creative Photography of the Faculty of Arts and Sciences, Silesian University in Opava, Czech Republic, presents works of its current students, recent graduates, and also alumni who have already made their mark on the international scene. A large catalogue in Czech and English 25 Years of the Institute of Creative Photography is available. The Institute of Creative Photography is the second oldest university institution specialized in photography in the Czech Republic (and the third oldest in all European countries from Central and East Europe). It provides more than 200 students with instruction in a wide range of fields, training them for work as art photographers, commercial photographers, teachers at art schools, curators in museums and galleries. The exhibition presents a broad range of contemporary trends in photography, particularly Czech, Slovak, and Polish.

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L’exposition de l’Institut de Photographie Créative de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Silésie à Opava (République Tchèque) présente les travaux de ses étudiants actuels, de récents diplômés et d’anciens élèves qui ont déjà fait leur marque sur la scène internationale. Un grand catalogue en tchèque et en anglais 25 Years of the Institute of Creative Photography est disponible. L’Institut de la Photographie Créative est la deuxième plus ancienne université spécialisée dans la photographie de République Tchèque (et la troisième plus ancienne dans tous les pays européens d’Europe centrale et orientale). Il offre à plus de 200 étudiants un enseignement dans un large éventail de domaines, en les formant pour le travail en tant que photographes d’art, photographes commerciaux, enseignants dans les écoles d’art, les conservateurs dans les musées et les galeries. L’exposition présente un large éventail de tendances contemporaines de la photographie, en particulier le tchèque, le slovaque et le polonais.


↖  Marta Cieslikowska, This Tooth Won’t Grow Back, 2013. →  Tomasz Tyndyk, Vniřní krajina, Internal Landscape, 2015.


Kama Rokicka, First Person Singular, 2013.


OldrĚŒich Malachta, Behind a Wall of Mountains, 2015.


→  Anna Grzelewska, Julia Wannabe, 2015.

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↓  Dita Pepe, Marie, from Self-portraits with Men & Women, 2000.


WINDOWS TO THE SOUL & STRATOS-SPHERE

BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.SMETS.LU

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SMETS LUXEMBOURG

EDOUARD JANSSENS

Edouard Janssens, artiste photographe belge, fait en sorte que les hasards de la vie lui ressemblent. Ce sont les circonstances qui nourrissent ses expériences et sa réflexion artistique. Du plus petit au plus grand. De l’intime à l’infini. De 33 cm en contact avec notre visage à 33 km au-dessus de nos têtes, il se plaît à extraire les choses du réel. Son intérêt premier pour la composition graphique a exacerbé sa rigueur technique et sa quête esthétique tandis que le temps qui court ne cesse de le galvaniser. Ses créations photographiques sont faites de mémoire et d’intuition, un peu comme une histoire qu’il aimerait raconter. En cela, Edouard Janssens est un artiste de talent. Window to the Soul. Tout concourait à ce qu’un jour, Edouard Janssens, photographe de portrait et d’art, fixe son objectif dans nos iris, à 33 cm de notre visage, pour les agrandir 10.000 fois et en faire des clichés envoûtants qui palpitent de mille couleurs et donnent des envies de plongée dans l’inconnu. Si c’est au hasard d’un agrandissement que le motif de l’iris est apparu à l’écran du photographe, il y avait déjà dans cet « iris », la somme des interrogations de l’artiste. Stratos-Sphere. L’envie de partir à la découverte d’un univers complet a entraîné Edouard Janssens dans le lancement de ballons sondes, là-haut, pour prendre des clichés de la courbure de la Terre. Le résultat, atterri dans un champ de maïs, s’est avéré stupéfiant. Le photographe le reçoit comme un message fort. Ses photos comme des tableaux apparaissent toutes avec un angle sombre, noir, absent de vie, opposé à l’autre côté où l’on aperçoit la Terre, sa végétation, ses routes, ses habitations, notre vie de tous les jours.

Edouard Janssens, a Belgian photographic artist, ensures that life’s ups and downs are a reflection of himself. It is circumstances that inspire his experiences and artistic process. From the minor to the major; the intimate to the infinite; from a face-brushing distance of 33 cm to 33 km above our heads, he delights in extracting things from reality. His technical exactness and search for beauty was honed by his early interest in graphic composition with the passing of time only serving to galvanise him. His photographic creations are made from memory and intuition, a bit like a tale that he would like to tell. In this, Edouard Janssens is a talented artist. Window to the Soul. Everything conspired so that Edouard Janssens, a fine art and portrait photographer, would one day focus his lens on our irises, 33 cm from our face, enlarging them 10,000 times to turn them into captivating pictures pulsating with thousands of colours that tempt you to dive into the unknown. While it was a chance enlargement that caused the motif of the iris to be displayed on the photographer’s screen, this “iris” already encompassed the sum of the artist’s questioning. Stratos-Sphere. It was his desire to explore a complete universe that led Edouard Janssens to launch weather balloons into the heavens to take photos of the curvature of the Earth. The result, after touching down in a cornfield, has proved to be astounding. The photographer is taking it as a strong message. His painting-like photographs all depict a dark and sombre perspective, devoid of life, contrasted with the other side where the Earth, its vegetation, its homes, our everyday existence can be seen.


161 ←↖  Edouard Janssens, Window to the Soul #155 - Manoëlle, diamètre 100 cm, 2016. ↑  Edouard Janssens, Window to the Soul #187 - Simon, diamètre 75 cm, 2016.


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←↖  Edouard Janssens, Stratos-Sphere “Luck”, 150 × 100 cm, tirage 4ème sur 9, 2011. ←↓  Edouard Janssens, Stratos-Sphere “Sea”, 150 × 100 cm, tirage 4ème sur 9, 2011. ↗  Edouard Janssens, Stratos-Sphere “Everything”, 150 × 100 cm, tirage 4ème sur 9, 2011.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

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PORTFOLIOS REVIEW

RÉVÉLATION(S) PORTFOLIO PLATEFORME

CARTE BLANCHE AUX ARTISTESPHOTOGRAPHES DE 2015 CARTE BLANCHE FOR THE 2015 PARTICIPANTS

ARTISTES / ARTISTS: BRUNO BALTZER & LEONORA BISAGNO, LAURIANNE BIXHAIN, BLAU JUSTINE, ERIC CHENAL, SÉBASTIEN CUVELIER, SERGE ECKER, PAUL GAFFNEY, CARINE & ELISABETH KRECKÉ, ANNA KRIEPS, NECKEL SCHOLTUS

Cette section présente les artistes-photographes qui avaient été sélectionnées lors du Mois européen de la photographie 2015. Les lauréats de l’édition de 2015 ont été invités à présenter dans ce catalogue un de leurs travaux qui se rapproche le plus de l’une des thématiques de cette édition du Mois européen de la Photographie Luxembourg 2017 à savoir Contemporary Photography in Times of Conflict. Créée par Café-Crème Asbl et l’Université du Luxembourg dans le cadre du Mois européen de la Photographie au Luxembourg, la première édition de Révélation(s) - Portfolio Plateforme a eu lieu en avril 2015 au Centre de Rencontre Neimünster (CCR Abbaye de Neumunster). Le concept est simple : après appel à candidature, les organisateurs invitent 10 artistes-photographes à expliquer leurs projets photographiques à des experts internationaux de l’image (présentation Powerpoint en anglais et en 10 minutes). À l’issue des présentations, les participants peuvent commenter sur une table individuelle leurs photos, leur publication ou autre documentation et échanger individuellement avec les experts présents. Le concept de ce portfolio review a été élaboré par Cristina Dias de Magalhães dans le cadre de sa collaboration avec Café-Crème asbl. La plateforme de rencontre Révélation(s) créée des opportunités pour les artistes-photographes luxembourgeois et pour ceux qui ont déjà exposés au Luxembourg : leur rencontre avec des experts internationaux de renommée peut aboutir à de futurs projets d’expositions ou de publications pour les participants.

This section presents the artists-photographers of the 2015 edition of the European Month of Photography. Artists were asked to present a personal portfolio more or less related to the 2017 topic Looking for the Clouds, photography in times of conflict. Initiated by Café-Crème Asbl and the University of Luxembourg as part of the European Month of Photography in Luxembourg, the first edition of Révélation (s) Portfolio Platform took place in April 2015 at the Neimünster Meeting Center (CCR Abbaye de Neumunster). The concept is simple: after calling for applications, the organizers invite 10 artists-photographers to explain their photographic projects to international image experts. (a 10-minute Powerpoint presentation in English). At the end of all presentations, the participants can comment on their pictures, their publication or other documentation in direct contact with the experts separately and take advice. The concept of this portfolio review was developed by Cristina Dias de Magalhães as part of its collaboration with Café-Crème asbl. The meeting platform Revelation (s) creates opportunities for Luxembourg-based artists and photographers and for those who have already exhibited in Luxembourg: their meeting with internationally renowned experts can lead to future exhibition projects or publications for the participants . In 2015, the panel was composed of Thomas Licek, director of Eyes On and Monat der Fotografie Vienna; Frank Wagner (* 2016), curator of the Monat der Foto­ grafie Berlin; Michaela Bosáková, curator at the Central


↑  1 / Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Corps célestes_02, tirage jet d’encre, 90 × 90 cm, caisse américaine, édition de 3 exemplaires+1AP, 2015.

En 2015, le groupe d’experts était composé de Thomas Licek, directeur de Eyes On et Monat der Fotografie Vienne ; Frank Wagner (*2016), curateur du Monat der Fo­ tografie de Berlin ; Michaela Bosáková, curatrice au Central European House of Photography à Bratislava ; Gabriella Uhl, curatrice indépendante à Budapest et membre du comité de Fotohonap - Hungarian Month of Photography ; Jean-Luc Soret, commissaire d’exposition à la Maison européenne de la photographie Paris ; Christian Gattinoni, enseignant à l’ENSP d’Arles, rédacteur en chef de lacritique.org, critique d’art ; Rui Prata, fondateur et ancien directeur du Museu da Imagem, Porto.

1 / BRUNO BALTZER & LEONORA BISAGNO CORPS CÉLESTES Corps Célestes est une série d’images réalisée lors et autour de la visite du Président de la République française, François Hollande, à Luxembourg le 6 mars 2015. Le passage du Président a été capté à l’aide d’un télescope réflecteur, un outil scientifique qui permet d’amplifier la luminosité et la taille d’un objet lointain. La disproportion de cet outil d’optique pour la prise de vue d’un événement terrestre questionne le sujet, le mettant sous observation. Suivre le mouvement rapide d’un événement officiel et documenté

European House of Photography in Bratislava; Gabriella Uhl, independent curator in Budapest and member of the committee of Fotohonap - Hungarian Month of Photo­ graphy; Jean-Luc Soret, exhibition curator at the Maison européenne de la photographie, Paris; Christian Gattinoni, teacher at the ENSP of Arles, editor of lacritique.org, art critic; Rui Prata, founder and former director of the Museu da Imagem, Porto.

1 / BRUNO BALTZER & LEONORA BISAGNO CELESTIAL BODIES Corps Célestes is a series of images taken during and around the visit of the President of the French Republic, François Hollande, to Luxembourg on March 6th 2015. The President’s passage was captured by a ref lective telescope, A scientific tool that amplifies the brightness and size of a distant object. The disproportion of this optical tool for shooting a terrestrial event questions the subject, putting it under scrutiny. Following the rapid movement of an official event and documented by the press with a static tool and not adapted to such proximity, reveals at the same time the tensions and concerns that surround us.

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↗  1 / Bruno Baltzer & Leonora Bisagno, Corps célestes_01, tirage jet d’encre, 90 × 90 cm, caisse américaine, édition de 3 exemplaires+1AP, 2015.


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2 / Justine Blau, Atlas, Livre, Brochure avec 12 motifs de broderies de points de croix, 30 × 22 cm, 2013.

par la presse avec un outil statique et non adapté à une telle proximité, révèle du même coup des tensions et des inquiétudes qui nous entourent.

2 / JUSTINE BLAU OÙ EST LA FRONTIÈRE, OÙ EST LA SURFACE, OÙ EST LE PAYS ? Des photos tirées de vues de peaux humaines (dermes et épidermes) placées sous microscope ont été retravaillées pour composer une série de douze motifs de broderies au point de croix. Le quadrillage, la grille, la numérisation, ainsi que la légende des couleurs se rapportent au vocabulaire utilisé dans la cartographie. Cet espace, que nous est propre, pourrait être tout autant des surfaces vues du ciel de la terre ou même des formations météorologiques. L’espace infiniment petit et l’espace infiniment large semblent étrangement se côtoyer. Les motifs sont schématisés et abstraits, mais il est possible au propriétaire du fascicule de leur donner forme et texture simplement en les reprenant sur tissu et en insérant une aiguille avec un fil de coton, cellule après cellule.

3 / LAURIANNE BIXHAIN M (2016) La teneur politique – la circonscription des parcs de bureaux, les axes de transport, la sectorisation, la gérance administrative de la ville et le conditionnement des comportements des usagers, entre autres – se situe dans la relation entre les différentes photographies. Au moment d’une vue à

2 / JUSTINE BLAU WHERE IS THE FRONTIER, WHERE IS THE SURFACE, WHERE IS THE COUNTRY? Photographs taken from the views of human skins (dermis and epidermis) placed under a microscope have been reworked to form a series of twelve cross stitch patterns. Grid pattern, outline, digitization, and color table refer to the vocabulary used in geographical mapping. This spatial surface, which is our own, could be just as much a surface seen from the sky above or even meteorological weather shapes. microcosm and macrocosm seem strangely to rub shoulders with each other. The patterns are schematic and abstract, but it is possible for the owner of the book to give them shape and texture simply by taking them on cloth and inserting a needle with a cotton thread, cell after cell.

3 / LAURIANNE BIXHAIN M (2016) The political content – the demarcation of business parks, compartmentalising, transport ways, administrative management of the city and the conditioning of users’ behavior, among others – is expressed in the relationship between the various photographs. At a certain moment in time where a remote view of a significant set is given, relationships are established between details: a window, video surveillance screen, scaffolding, tower (Beetham Tower), palisade, sign, (MD Motors - Specialist in vehicle body repair work), tank, tubing and radiator grille of a car, to name but a few items, places and objects.


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3 / Laurianne Bixhain, M, Photo-lithogravure sur papier Arches 100% coton, 26,25 Ă— 17,5 cm, 2016.


4 / Eric Chenal, Sans titre, 2010-2013.


5 / Sébastien Cuvelier, Au loin, le faux village nord-coréen de propagande Kijong-dong et son drapeau hissé sur un mât de 160 mètres, résultat d’une course folle entre les deux pays à qui aura le plus haut drapeau. Si les 100 000 touristes annuels sont les bienvenus à la DMZ, ils sont néanmoins priés de se tenir derrière la ligne jaune pour pouvoir prendre des photos du voisin du nord.


This series shows contemporary art spaces in between two exhibitions. These rooms of retreat and contemplation are shown are deprived of their functional dimension, left to their own architectural reality, in almost nudity.

4 / ERIC CHENAL WHITE INSIDE #1 (2010-2013)

5 / SÉBASTIEN CUVELIER THE YELLOW LINE, 2010

Cette série donne à voir des lieux dédiés à l’art contemporain entre deux temps d’exposition. Ces espaces de retrait et de contemplation sont montrés en dehors de leur dimension fonctionnelle, pour leur réalité architecturale, dans une presque nudité.

The Korean Demilitarized Zone (DMZ) is a buffer zone between North Korea and South Korea, mined and constantly monitored by more than one million soldiers, not only from both sides but also from the United States. This surrealistic place, an unlikely sanctuary for the conservation of several animal species and paradoxically heavily militarized despite its name, is one of the rare vestiges of the Cold War. Since no peace treaty was signed between the two countries at the Panmunjeom armistice in 1953, the two Koreas are therefore theoretically still at war, justifying the American military contingent. A permanent tension exists between the two countries, frequently finding its expression in provocations, threats and firings of missiles. One wonders what will result from the explosive cocktail of a communist dictatorship protected by China, seeking to acquire nuclear weapons, in a world of post-truth and alternative facts orchestrated by the Trump administration.

5 / SÉBASTIEN CUVELIER LA LIGNE JAUNE, 2010

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4 / ERIC CHENAL WHITE INSIDE #1 (2010-2013)

distance d’un ensemble succinct, s’élaborent des formes de correspondances entre les détails : vitrage, écran vidéo surveillance échafaudage, tour (Beetham Tower), palissade, enseigne, (MD Motors – Specialist in vehicle body repair work), réservoir, tubulure et calandre de voiture, pour ne citer que quelques motifs, lieux et objets.

La Zone Démilitarisée Coréenne (DMZ en anglais) est une bande tampon entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, minée et constamment surveillée par plus d’un million de soldats non seulement des deux camps mais aussi américains. Cet endroit surréaliste, sanctuaire improbable pour la conservation de plusieurs espèces animales et paradoxalement lourdement militarisé malgré son nom, est un des rares vestiges de la guerre froide. Aucun traité de paix n’ayant été signé entre les deux pays lors de l’armistice de Panmunjeom (1953), les deux Corées sont donc théoriquement toujours en guerre, justifiant le contingent militaire américain. Une tension permanente existe entre les deux pays, concrétisée fréquemment par des provocations, des menaces et des tirs de missiles. On peut se demander ce que réserve le cocktail explosif d’une dictature communiste protégée par la Chine, cherchant à acquérir l’arme nucléaire, dans un monde de post-vérité et de faits alternatifs orchestrés par l’administration Trump.

6 / SERGE ECKER ON EST EN TRAIN DE VIVRE, DE FAIRE L’EXPÉRIENCE DE L’HISTOIRE [...] ; « Ce qu’on voit, c’est l’environnement de l’homme dévasté, des fabriques à demi-vides, les machines qui se défont, les rayons des magasins vides à demi. [...] L’expérience qu’on est en train de faire, en termes psychanalytiques, on pourrait la caractériser d’inertie du réel. Une présence muette, au-delà de toute signification [...]. Peut-être pourrait-on dire que sans cet instant artistique de passivité authentique, rien de neuf ne peut émerger. »   Slavoj Žižek

6 / SERGE ECKER WE EXPERIENCE HISTORY […] “We see the devastated human environment, half empty factories, Machines falling apart, half empty stores […]. What we experience at this moment, the psychoanalytic term for this might have been inertia of the real. This mute presence, beyond meaning […]. Maybe without this properly artistic moment of authentic passivity nothing new can emerge”.  Slavoj Žižek

7 / PAUL GAFFNEY MOONLIGHT Moonlight washes away the forest’s familiar forms and colours, leaving shadows in their place. In the forest at night where even the dimmest pools of light beckon like torches, Gaffney’s camera sees more than his eyes do. The act of photographing – no longer simply a matter of organising the visible world into a familiar pattern – is shaped by different decisions, guided by different circumstances. And the resulting images reveal a space


7 / PAUL GAFFNEY CLAIR DE LUNE Moonlight (Clair de lune) lave les formes et les couleurs familières de la forêt, laissant des ombres à leur place. Dans la forêt, de nuit, où même les plus sombres mares de lumière s’allument comme des torches, la caméra de Gaffney voit plus que ses yeux. L’acte de photographier – non plus simplement l’organisation du monde visible dans un modèle familier – est façonné par des décisions différentes, guidées par des circonstances différentes. Et les images qui en résultent révèlent un espace dense et désordonné, peu disposé à abandonner ses secrets à l’œil rationnel. Tirées d’une lumière qui est à peine perceptible à l’œil, les photographies de Gaffney émergent de l’intuition, de

that is dense and disordered, unwilling to give up its secrets to the rational eye. Drawn with light that is barely perceptible to the eye, Gaffney’s photographs emerge out of intuition, coincidence, and an underlying longing for connection and stillness. And although it’s tempting to call them landscapes, they are created through different ways of knowing a place – ways that acknowledge the moving, feeling body, rather than the distanced and distancing eye, as the foundation of our experience.  (Excerpt from an essay by Eugenie Shinkle, January 2016)

8 / CARINE & ELISABETH KRECKÉ STATE OF EMERGENCY How does the “climate of diluted insecurity”, which is highlighted by the French media after the Paris bombings of November 2015, expresses itself on a daily basis and how can it be figured out as part of an artistic practice? How can we grasp the significance of events, when they have just occurred and we are still largely under the inf luence of emotions? The photographs of the series

7 / Paul Gaffney, Perigee#7, archival pigment print, 2015.


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la coïncidence et d’un désir profond “état(s) d’urgence” result from an immersion in a city of de connexion et d’immobilité. Et Paris after the attacks. They were taken in metros at busy bien qu’il soit tentant de les appeler times, on the go, offering an opaque and grainy vision of des paysages, elles existent à travers the confined space in which people move. Rather than une manière différente d’explorer un “represent” the state of emergency, it was a question of endroit – des manières qui sont plus grasping a general feeling, an atmosphere, in the context en accord avec le mouvement, l’expéof a photographic approach which is akin to a form of rience sensorielle du corps – et moins wandering rather than a methodical search for marks par l’œil qui crée de la distance ou est or indices of the events in question. distancé, comme fondement de notre expérience. 9 / ANNA KRIEPS  (Extrait d’un essai de HEAD TO TAIL (KOPF ÜBER)  Eugenie Shinkle, janvier 2016). “The world is a stage and all men and women are actors” In my work, I refer to Shakespeare’s famous sentence. I give people a mask that shows their true identity. In a picture of 8 / CARINE the Salzburg police, you can see them covering their face & ELISABETH KRECKÉ with a noble white flower (Edelweiß) which is the symbol for ÉTAT(S) D’URGENCE the Austrian identity; usually it is white and pure, a symbol Comment se manifeste au quotidien of innocence in this case, however, it is black by the dirt that le « climat d’insécurité dilué », tant clings to it when you think of the country’s nazi past during souligné par les médias français après les attentats de Paris de novembre 2015, the Second World War which weighs on the Austrian people who, unlike the Germans, have never worked out their histoet comment le restituer dans le cadre ry and tried come to terms with it. Untarnished fascism can d’une pratique artistique ? Comment be felt today in everyday politics as in everyday life. With my saisir la portée d’événements, alors sister, who is an actress, I create fictional series of pictures; qu’ils viennent de se produire et que they show someone whose intimacy finds no place in the nous les abordons encore largement outside world and can not follow the pace of modern life, sous le coup de l’émotion ? Les photofree and without a goal, she feels lost. graphies de la série « état(s) d’urgence » résultent d’une immersion dans le

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6 / Serge Ecker, inertia of the real, C-print diasec / courtesy the artist, 2014 “I don’t know what’s going on here in the absence of people, but the moment someone shows up, everything comes into motion.“


↑  8 / Carine & Elisabeth Krecké, État(s) d’urgence 2, C-print sur Diasec, 90 × 45 cm, Paris, octobre-décembre 2016. ↗  8 / Carine & Elisabeth Krecké, État(s) d’urgence 1, C-print sur Diasec, 90 × 45 cm, Paris, octobre-décembre 2016.


9 / Anna Krieps, EdelweiĂ&#x; Polizei (Police EdelweiĂ&#x;), 2m2 sur papier affiche, 2m2,20 sur aluminium avec verre acrylique, 2009.


Paris post-attentats. Elles ont été prises dans les métros aux heures de grande affluence, sur le vif, offrant une vision opaque et granuleuse de l’espace confiné dans lequel les gens se déplacent. Plutôt que de « représenter » l’état d’urgence, il s’agissait de saisir un sentiment général, une ambiance, dans le cadre d’une démarche photographique qui s’apparente à une forme d’errance plutôt que de recherche méthodique de traces ou d’indices des événements dont il est question.

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9 / ANNA KRIEPS TÊTE BÊCHE (KOPF ÜBER) « Le monde est une scène et tous les hommes et toutes les femmes y sont des acteurs ». Dans mon travail, je me réfère à la fameuse phrase de Shakespeare. Je fais porter un masque aux gens, ce qui montre leur véritable identité. L’image des policiers de Salzbourg les montre couvrant leur visage d’une noble fleur blanche (Edelweiß), qui est le symbole de l’identité autrichienne. Cette fleur est blanche, pure, symbole d’innocence ; cependant, ici, elle est noire du fait de la saleté qui s’y accroche quand vous pensez aux sympathies du pays pendant la Seconde Guerre mondiale pour le nazisme. Ceci continue de peser sur les Autrichiens qui, contrairement aux Allemands, n’ont jamais voulu se pencher sur leur passé nazi et essayé de s’en défaire. Un fascisme diffus se manifeste aujourd’hui dans la vie politique comme dans la vie quotidienne. Avec ma sœur, qui est actrice, je crée des photos de fiction ; elles montrent une personne dont la vie intime est en décalage avec le monde extérieur, qui ne peut pas suivre le rythme de la vie moderne ; libre et sans but, elle se sent perdue. “A borrowed camera and a borrowed eye from my grandfather lent me sight hidden faces are the roles that never lie the world is the stage covert in light”

“A borrowed camera and a borrowed eye from my grandfather lent me sight hidden faces are the roles that never lie the world is the stage covert in light”

10 / NECKEL SCHOLTUS INSTANT COMPOSING

10 / NECKEL SCHOLTUS INSTANT COMPOSING

La série Instant composing (extrait) en noir et blanc, une enquête poétique de la mort, nous confronte au mystère et l’onirisme. Les photographies prises lors de déplacements reflètent mon ancrage à la nature. Elles témoignent d’une nature plus noire, crue, voire mortifère et évoque en nous une histoire sombre – sombre référence à la violence de l’homme ainsi qu’à la mort, associée à l’évasion et l’expulsion. Les archives que je glane au gré des rencontres et des déplacements détiennent les clefs de destins individuels.

The series Instant composing (excerpt) in black and white, a poetic investigation of death, confronts us with mystery and onirism… The photographs taken when traveling reflect the way I am anchored into nature. They bear witness to a darker, cruder, even mortifying nature and evoke in us a dark, gloomy history referring to the violence of man as well as to death, associated with escape and eviction. The archives that I collect following random encounters and travelling hold the keys of individual destinies.


10 / Neckel Scholtus, Instant Composing (extrait de 14 photos), 120 × 80 cm et 20 × 30 cm, tirage Hahnemühle photorag 308gr, 2008-2016.


BIOGRAPHIES P. 182. INFORMATIONS P. 184.

WWW.ANLUX.LU

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A R C H I V E S N AT I O N A L E S DE LUXEMBOURG

« ONSE BÉIER ! »

LA CULTURE DE LA BIÈRE AU LUXEMBOURG THE CULTURE OF BEER IN LUXEMBOURG

L’art brassicole s’inscrit de longue date dans la tradition luxembourgeoise. C’est dès la seconde moitié du XIXe siècle que les brasseries connaissent un réel essor dans notre pays. Autrefois considérée comme un aliment à part entière, la bière ne se résume toujours pas aujourd’hui à un pur produit de consommation. Elle constitue bien plus un élément indispensable de la vie sociale et joue un rôle important dans de nombreux aspects du quotidien. Par ailleurs, on observe que certains développements économiques et sociaux du pays sont étroitement imbriqués à l’évolution de l’industrie brassicole et interagissent avec celle-ci de manière constante. L’exposition Onse Béier illustre la relation des Luxembourgeois à « leur » bière, de la révolution industrielle à nos jours en traitant de son impact sur nos vies, d’un point de vue économique, social et culturel. À l’occasion du Mois européen de la photographie, une exposition photographique sur le même sujet, composée de photographies des Archives et du CNA (Centre national de l’Audiovisuel), est proposée aux visiteurs des Archives nationales.

Beer brewing is well in the tradition of Luxembourg and during the second half of the 19th century, the country recorded a real boom. Originally, beer was even considered to be part of daily food consumption and so it can be assumed that the role of this drink today is not limited to consumption “for pleasure”. On the contrary, beer is an indispensable part of social life and plays an important role in many aspects of everyday life. Luxembourg’s relationship to “their” beer can be observed economically, socially and culturally. Moreover, some economic and social developments in the country are related to the evolution of the beer industry and both interact with each other. The exhibition Onse Béier (Our Beer) describes these developments starting from the industrial revolution until today and illustrates them through numerous documents and historical objects. On the occasion of the European Photography Month the National Archives exhibit a series of photographs on the same subject out of their collection or coming from the CNA (Centre national de l’Audiovisuel)


181 ANLux, ICO-3-1-06428 Brasserie Henri Funck, les installations techniques, pas de date indiquĂŠe. Photographe : Edouard Kutter.


INDEX DES ARTISTES Augusto Alves da Silva *1963 (Portugal) vit et travaille à Tremez, Santarém, Portugal www.augustoalvesdasilva.blogspot.com

Dezso Tamas *1978 (Hongrie) vit et travaille à Budapest, Hongrie www.tamas-dezso.com

Baltzer Bruno *1965 (France) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.ultranatureproject.net

Dillenkofer Sinje *1959 (Allemagne) Vit et travaille à Berlin et Stuttgart, Allemagne www.dillenkofer.de

Bisagno Leonora *1977 (Italie) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.leonorabisagno.com www.ultranatureproject.net

Doretti Duccio *1991 (Italie) vit et travaille à Sienne, Italie

Birkin David *1977 (Royaume­-Uni) vit et travaille à New-­York, États-Unis et à Londres, Royaume­-Uni www.davidbirkin.net

Drew Richard *1946 (États-Unis) vit et travaille à New-York, États-Unis Ecker Serge *1982 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.luxartcontemporary.lu/category/serge-ecker

182

Bixhain Laurianne *1987 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.lauriannebixhain.com Blau Justine *1977 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.justineblau.com Bridle James *1980 (Royaume-Uni) vit et travaille à Athènes, Grèce www.booktwo.org/james-bridle/ Cirio Paolo *1979 (Italie) vit et travaille à New York, États-Unis, à Londres, Royaume-Uni, et à Turin, Italie www.paolocirio.net Chenal Eric *1966 (France) vit et travaille en Lorraine, France et à Luxembourg, Luxembourg www.ericchenal.com Cuvelier Sébastien *1975 (Belgique) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.sebweb.org Deim Balázs *1987 (Hungary) vit et travaille à Szentendre, Hongrie www.facebook.com/deimbalu/ Delsaux Cédric *1974 (France) vit et travaille à Paris, France www.cedricdelsaux.com

Fast Omer *1972 (Israël) vit et travaille à Berlin, Allemagne www.gbagency.fr/fr/32/Omer-Fast/ Fournier Vincent *1970 (Burkina Faso) vit et travaille à Paris, France www.vincentfournier.co.uk Feldmann Hans-Peter *1941 (Allemagne) vit et travaille à Düsseldorf, Allemagne

Hamzehian Anush *1980 (Italie) vit et travaille à Paris, France www.hamzehianmortarotti.com/ www.facebook.com/anush.hamzehian Hasanović Ibro *1981 (Yougoslavie) vit et travaille à Bruxelles, Belgique www.ibrohasanovic.com Hovers Esther *1991 (Pays-Bas) vit et travaille à La Haye, Pays-Bas www.estherhovers.com Janssens Edouard *1961 (Belgique) vit et travail à Lasne, Belgique www.edouardjanssens.com Johne Sven *1976 (Allemagne) vit et travaille à Berlin, Allemagne www.svenjohne.com Kastelic Jure *1982 (Slovénie) vit et travaille à Londres, Royaume-Uni www.jurekastelic.com Kollar Martin *1971 (Slovaquie), vit et travaille à Bratislava (Slovaquie) www.martinkollar.com/

Gaffney Paul *1979 (Irlande) vit et travaille en Irlande www.paulgaffneyphotography.com

Krecké Elisabeth & Carine *1965 (Luxembourg) vivent et travaillent à Aix-en-Provence, France et à Luxembourg, Luxembourg www.carinekrecke.wixsite.com/kreckesisters

Galbats Patrick *1978 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg www.patrickgalbats.com

Krieps Anna *1986 (Luxembourg) vit et travaille à Berlin, Allemagne www.annakrieps.com

Gattinoni Christian *1950 (France) Vit et travaille à Arles, France www.christiangattinoni.fr

Lehtinen Janne *1970 (Finlande) vit et travaille à Loviisa, Finlande www.helsinkischool.fi

Godinho Marco *1978 (Portugal) vit et travaille à Paris, France et à Luxembourg, Luxembourg www.marcogodinho.com

Lindström Ann Sophie vit et travaille à Luxembourg, Luxembourg et à Hanovre, Allemagne www.annsophielindstroem.com

Gratacap Samuel *1982 (France) vit et travaille à Paris, France www.le-bal.fr/biographies/samuel-gratacap

Mareschal Laurent *1975 (France) vit et travaille à Paris, France www.l.mareschal.free.fr


Quetsch Armand *1980 (Luxembourg) vit et travail à Luxembourg, Luxembourg www.photography-now.com/artist/armand-quetsch

Mercadier Corinne *1955 (France) vit et travaille à Paris, France www.corinnemercadier.com

Rainer Florian *1982 (Autriche) vit et travaille à Vienne, Autriche www.florianrainer.com

Mevis Dirk *1978 (Luxembourg) vit et travaille à Helmsange, Luxembourg www.dirk.mevis.net

Reichmann Wolfgang *1962 (Autriche) vit et travaille à Vienne, Autriche www.reichmann.cx

Street art photographers Luxembourg Bintner Paul Burlacu Catalin Fixmer Véronique Lobo Paulo Mevis Dirk Mouton Jeff Phillips David Remera Olivier Thinnes Giulia Van Biesen Christophe Weis Tom www.streetphoto.lu www.facebook.com/StreetPhotographyLux

Michalakis Dimitris *1977 (Grèce) www.dimitrismichalakis.com

Reinhard Bärbel *1977 (Allemagne) vit et travaille à Pistola et Florence, Italie www.baerbelreinhard.com

Tagliavini Christian *1971 (Suisse) vit et travaille à Lugano, Suisse www.christiantagliavini.com

Remera Olivier *1981 (Rwanda) vit et travaille au Luxembourg www.artworkcircle.lu/remera

Taira Ryuji *1960 (Japon) vit et travaille à Tokyo, Japon www.ryujitaira.com

Renault Swen *1990 (France) vit et travaille à Paris, France www.swen-renault.com

The Bitter Years Walker Evans Dorothea Lange Arthur Rothstein Russell Lee …

Moreau Aude * 1969 (France) vit et travaille à Montréal, Canada www.audemoreau.net Mortarotti Vittorio *1982 (Italie) vit et travaille à Turin, Italie www.hamzehianmortarotti.com/ Notsani Tami *1972 (Israël) vit et travaille à Paris, France et en Israël www.tamin.free.fr Opava Université (Czech Republic) Lenka Bláhová Jan Brykczyński | www.janbrykczynski.com Marta Cieślikowska Krystyna Dul | www.krystynadul.com Jana Habalová Zuzanna Halanova | www.halanovalaurinc.com Arkadiusz Gola | www.arekgola.com Krzysztof Gołuch | www.krzysztofgoluch.blogspot.com Anna Grzelewska | www.annagrzelewska.com Renata Mia Köhlerová | www.miakohlerova.com Jan Langer | www.janlanger.net Oldřich Malachta | www.malachta.com Konstancja Nowina-Konopka | www.konstancjanowinakonopka.com Dita Pepe | www.ditapepe.cz Daniel Poláček | www.danielpolacek.wix.com/prezentace Marcin Płonka | www.marcinplonka.net Kama Rokicka Aleksandra Śmigielska Petr Toman | www.petrtoman.eu Tomasz Tyndyk Tereza Vlčková | www.terezavlckova.com Parrini Stefano *1965 (Italie) vit et travaille à Poggibonsi, Italie www.stefanoparrini.it

Ries Raoul *1968 (Luxembourg) vit et travaille à Londres, Royaume-Uni et au Luxembourg www.raoulries.com Röder Julian *1981 (Allemagne) vit et travaille à Berlin, Allemagne www.julianroeder.com Rorandelli Rocco *1973 (Italie) vit et travaille à Rome, Italie terraproject.net/photographers/rocco-rorandelli Scholtus Neckel *1982 (Luxembourg) vit et travaille au Luxembourg www.neckelscholtus.com Silvestri Aida * 1978 (Erythrée) vit et travaille au Royaume-Uni www.aidasilvestri.com Spinatsch Jules *1964 (Suisse) vit et travaille à Zurich, Suisse www.jules-spinatsch.ch

The Family of Man Robert Capa Henri Cartier-Bresson Dorothea Lange Robert Doisneau August Sander Ansel Adams ... Tsagaris Panos *1979 (Grèce) vit et travaille à New York et Los Angeles, États-Unis www.panostsagaris.com Valhonrat Valentín *1956 (Espagne) vit et travaille à Madrid et à Pampelune en Espagne www.cadadiaunfotografo.com/2016/03/ valentin-vallhonrat.html

183

Mayrit Daniel *1985 (Espagne) vit et travaille à Madrid, Espagne www.danielmayrit.com


LIEUX D’EXPOSITION / VENUES LUXEMBOURG

Galerie Clairefontaine espace 1

Archives nationales de Luxembourg

7 pl. de Clairefontaine, 1341 Luxembourg

Plateau du Saint Esprit

Tél : (+352) 47 23 24

L-1475 Luxembourg

www.galerie-­clairefontaine.lu

Tél : (+352) 24 78 66 60

Ryuji Taira - Vicissitudes

www.anlux.lu

09.03 > 15.04.2017

Onse Béier - La culture de la bière au

Raoul Ries - Thirty-six Views

Luxembourg / Luxemburger Bierkultur

of Mount Fuji

16.06 > 06.10.2017

27.04 > 27.05.2017

Arendt & Medernach

Galerie Sofronis Arts

41 A, Avenue J. F. Kennedy,

12, rue Munster, L-2160 Luxembourg

L-2082 Luxembourg

Tél. : (+352) 20 60 01 98

Tél : (+352) 40 78 78 1

www.sofronisarts.lu

www.arendt.com

Serge Ecker - Do clouds listen?

EMoP Arendt Award remise du prix

04.04 > 28.04.2017

26.04.2017

184

EMoP Selection 27.04 > 15.09.2017

Camões - Centre Culturel Portugais Luxembourg 4, Place Joseph Thorn,

Casino Luxembourg ­

L-2637 Luxembourg

- Forum d’art contemporain

Tél : (+352) 46 33 71-1

41, rue Notre­-Dame L­-2240 Luxembourg

www.instituto-camoes.pt

Tél : (+352) 22 50 45

Augusto Alves da Silva - Cielo

www.casino­-luxembourg.lu

26.04 > 22.06.2017

Looking for the clouds - Contemporary Photography in Times of Conflict

Musée d’Art Moderne

28.04 > 11.06.2017

Grand­-Duc Jean (Mudam)

Blackbox : Post Nine Eleven

3, Park Dräi Eechelen, L­-1499

- Contemporary Photography

Luxembourg-­Kirchberg

and Video in Times of Conflict

Tél : (+352) 45 37 85 1

05.04 > 29.05.2017

www.mudam.lu Samuel Gratacap - Empire

Cercle Cité - Espace d’exposition

11.02 > 14.05.2017

- Ratskeller Place d’Armes 2, rue Genistre,

Musée national d’histoire

L­-1623 Luxembourg

et d’art Luxembourg (MNHA)

Tél : (+352) 46 49 46

Marché-aux-Poissons,

www.cerclecite.lu

L-­2345 Luxembourg

Looking for the clouds - Borderlines

Tél : (+352) 47 93 30 ­1

28.04 > 25.06.2017

www.mnha.lu

Révélation(s) Portfolio - Plateforme

Portraits sous surveillance

26.04.2017

05.04 > 17.09.2017


Neimënster (Centre de

Contes d’images :

Centre national de l’audiovisuel (CNA)

rencontre Abbaye de Neumünster)

Corinne Mercadier, Série Une fois

1b, rue du Centenaire, L-­3475

28, rue Münster, L-­2160 Luxembourg

et pas plus, Jardin du Bra’haus II

Dudelange

Tél: (+352) 26 20 52 1

Montée du Château,

Tél : (+352) 52 24 24 1

www.neimenster.lu

30.09.2016 > 29.09.2017

www.cna.lu

Shifts

Tamas Dezso, Série Notes for

The Bitter Years

28.04 > 25.06.2017

an Epilogue, Schlassgaart, Montée

01.03 > 31.12.2017

Deuxième génération :

du Château

Armand Quetsch - dystopian

la mémoire contre tous les fascismes

31.03.2017 > 30.03.2018

circles / fragments ... all along

28.04 > 11.06.2017

Christian Tagliavini, Série Voyages

04.03 > 14.05.2017

Rotondes

30.09.2016 > 29.09.2017

ETTELBRUCK

4, Rue de la Rotonde,

Janne Lehtinen, Série Sacred Bird,

Centre des Arts Pluriels (CAPE)

L-2448 Luxembourg

Arcades II, Montée de l’église

1, Place Marie-Adélaïde,

Tél. : (+352) 26 62 20 07

19.09.2016 > 18.09.2017

L-9063 Ettelbruck

www.rotondes.lu

Vincent Fournier, Série Space Project,

www.cape.lu

Street photography slide night

Echappée belle, Place du marché,

Tél. : (+352) 26 81 21 1

21.04 > 19.05.2017

30.09.2016 > 29.09.2017

Displacement

Conférence et Slide Night 21.04.2017 Villa Vauban - Musée d’Art

11.05 > 02.06.2017 Steichen Collections CNA The Family of Man

ESCH-BELVAL

Château de Clervaux

Université du Luxembourg

de la Ville de Luxembourg

L-9712 Clervaux

(Campus Belval)

18, Avenue Emile Reuter,

Tél.: +352 92 96 57

Faculté des Lettres, des Sciences

L­-2420 Luxembourg

www.steichencollections-cna.lu

Humaines, des Arts et des Sciences

Tél : (+352) 47 96 49 00

The Family of Man

de l’Éducation

www.villavauban.lu

01.03 > 31.12.2017

1, Avenue du Rock’n’Roll,

28.04 > 10.09.2017

DUDELANGE

wwwfr.uni.lu/

Centre d’Art Nei Liicht

Tél.: (+352) 46 66 44 1

Wild Project Gallery

25, Rue Dominique Lang,

Tender - Young Czech, Slovak

Greece Cycle

L-4361 Esch-sur-Alzette

22, Rue Louvigny, L-1946 Luxembourg

L-3505 Dudelange

and Polish Photography

Tél. : (+352) 26 20 38 92

Tél. : (+352) 51 61 21 292

17.05 > 05.07.2017

www.wildprojectgallery.com

www.centredart­-dudelange.lu

Cédric Delsaux : Dark Celebration

Bruno Baltzer & Leonora Bisagno

25.03 > 13.05.2017

- Y’a pas photo

Smets Luxembourg

06.05 > 09.06.2017

262, Route d’Arlon, L-8010 Strassen

CLERVAUX

STRASSEN

Tél. : (+352) 31 07 71

Clervaux - Cité de l’image asbl

Centre d’Art Dominique Lang

www.smets.lu

Maison du Tourisme et de la Culture,

Gare de Dudelange-Ville

Edouard Janssens - Windows

11 Grande Rue, L-­9710 Clervaux

L - 3590 Dudelange

to the Soul & Stratos-Sphere

Tél : (+352) 26 90 34 96

Tél. : (+352) 51 61 21 292

27.04 > 17.05.2017

www.clervauximage.lu

www.centredart­-dudelange.lu

Pop up studio

Esther Hovers - Structures of Power

12.05 > 13.05.2017

06.05 > 09.06.2017

185

extraordinaires, Arcades I, Grand-rue,


186

REMERCIEMENTS / THANKS TO Le Mois européen de la Photographie

M Steph Meyers, directeur des Rotondes

Luxembourg s’honore du haut

M Joaquim Prazeres, Centre culturel

patronage de

portugais (Instituto Camoes)

ATHÈNES

M Carlos Pereira Marques, Ambassadeur

Kalfayan Galleries

Les galeries suivantes:

M le Premier Ministre Xavier Bettel,

du Portugal au Luxembourg

en sa fonction de Ministre de la Culture

M Gregor Schusterschitz, Ambassadeur

BERLIN

M Guy Arendt, secrétaire d’Etat à la Culture

de l’Autriche au Luxembourg

Nome art gallery

Mme Danielle Igniti, directrice du

Galerie Russi Klenner

Mme Lydie Polfer Maire de

Centre culturel et des centres d’art

la Ville de Luxembourg

visuel de la ​Ville de Dudelange

BOLZANO

M Paul Lesch, directeur du Centre

Van Der Gallery

Mme Christiane Sietzen, responsable

national de l’audiovisuel (Cna)

des services culturels de la Ville de

Mme Marguy Conzémius, commissaire

PARIS

Luxembourg

d’exposition au Cna

Galerie Les Filles du Calvaire

Mme Danièle Wagner, directrice des

Michèle Walerich, commissaire

gb Agency

Musées de la Ville de Luxembourg

d’exposition au Cna

Mme Gabriele Grawe, conservatrice

Mme Anke Reitz, responsable de

ESPAGNE

des Musées de la Ville de Luxembourg

la collection Edward Steichen au Cna

Chantal Grande Forum Tarragona

M. Boris Fuge, communication des

M Philippe Dupont, associé Etude

Musées de la Ville de Luxembourg

Arendt & Medernach

VIENNE

Mme Anouk Wies, coordinatrice du Cercle

Mme S.E. Rossella Franchini Sherifis,

Musa / Kulturabteilung der Stadt Wien

Cité / Ratskeller espace d’exposition

ambassadeur d’Italie

M Michel Polfer, directeur du Musée

Mme Rita Vullo, attachée commerciale

national d’histoire et d’art Luxembourg

auprès de l’Ambassade d’Italie

(Mnha)

Mme Annick Meyer, directrice

Mme Gosia Nowara, conservatrice

Clervaux ­Cité de l’Image

du Mnha Luxembourg

M Pierre Bley, Président de l’Oeuvre

M Gilles Zeimet, assistant scientifique

nationale de secours

au Mnha Luxembourg

Grande-Duchesse Charlotte

M Clément Minighetti, curateur

Mme Florence Ahlborn et Mme Sarah

en chef du Musée d’art moderne

Braun (attachées de direction)

Grand-Duc Jean (Mudam)

Prof.Dr. Rainer Klump, Recteur de

M Christophe Gallois, commissaire

l'Université du Luxembourg

d’exposition du Mudam

Prof. Dr. Georg Mein, Doyen de la Faculté

M Kevin Muhlen, directeur du Casino

des Lettres, des Sciences Humaines,

Luxembourg Forum d’art contemporain

des Arts et des Sciences de l'éducation,

Mme Nancy Braun, administrateur du

Université du Luxembourg

Casino Luxembourg Forum d’art

M. François Carbon, Coordinateur

contemporain

Espace Culture, Université du Luxembourg

Mme Ainhoa Achutegui directrice du

Prof. PhDr. Vladimir Birgus, Institute of

CCR Neimënster

Creative Photography, University Opava

M Minelli Claudio, responsable

Mme Iva Mrazkova, Consul honoraire

des expositions CCR Neimënster

de la République Tchèque au

Mme Josée Kirps, directrice des

Grand-Duché de Luxembourg

Archives nationales de Luxembourg


RÉSEAU EMOP / THE EMOP NETWORK ATHENS

LJUBLJANA

City of Athens

Dejan Sluga, director of Photon –

Hellenic Ministry of Culture and Sports

Centre for Contemporary Photography

Benaki Museum Athens

and Month of Photography, Ljubljana

Photo Festival Hellenic Centre

as well as Miha Colner, Michaela

for Photography

Bosakova (curators)

curators: Stavros Moresopoulos, Manolis Moresopoulos

LUXEMBOURG City of Luxembourg

BERLIN

Café Crème asbl, Paul di Felice,

City of Berlin

Pierre Stiwer, directors

Tim Renner (Permanent Secretary for Cultural Affairs)

PARIS

Moritz van Dülmen (director

Jean-­Luc Monterosso, director of

of Kulturprojekte Berlin)

Maison Européenne de la Photographie

EMOP Berlin – European Month of

as well as Jean­-Luc Soret, curator

between Berlin photo institutions

VIENNA

and Kulturprojekte Berlin

Dr. Berthold Ecker, director of the Fine arts department of the City of Vienna;

BRATISLAVA

Mag. Gunda Achleitner, chief curator

City of Bratislava

of Musa Vienna;

Central European House of

Thomas Licek, director of Eyes-On

Photography: Vaclav Majek, director Bohunka Koklesova (freelance curator for the Looking for the Clouds exhibition) BUDAPEST Association of Hungarian Photographers Péter Baki, president Gabriella Uhl, curator

187

Photography 2016 is a collaboration


asbl

188

founded 1984


Profile for pierre PST

Emoplux 2017  

Catalogue of the European Month of Photography Luxembourg 2017 festival

Emoplux 2017  

Catalogue of the European Month of Photography Luxembourg 2017 festival

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