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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019


Sommaire

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

SMITH, Spectographie #01, 2014, Courtesy of Galerie Les filles du calvaire, Paris

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SOMMAIRE

PAGE 04 Avant-propos / Foreword 06

Arendt & Art, Bodyfiction(s): European Month of Photography Arendt Award

12 Musée National d’Histoire et d’Art (MNHA), Bodyfiction(s) 1 22 Cercle Cité – Ratskeller espace d’exposition, Bodyfiction(s) 2 28 Casino Luxembourg - Forum d’art comtemporain, Bodyfiction(s) 3 30 Casino Luxembourg - Forum d’art comtemporain, Fever 32 Villa Vauban – Musée d'Art de la Ville de Luxembourg, Elina Brotherus 38 neimënster, Cristina Dias de Magalhães – L’autre-portrait & Embody 42 neimënster, Corinne Mariaud – FAKE i REAL ME 46 neimënster, Pierre Coulibeuf – Les Guerriers de la Beauté 48 neimënster, Boris Loder – Particles 50 neimënster, Regards sans limites 54 Centre national de l’audiovisuel (CNA) - Display 01, Ezio D’Agostino – NEOs 60 The Family of Man (Clervaux), Mémoire du Monde de l’UNESCO 62 CNA Dudelange - Waassertuerm, Edward Steichen – The Bitter Years 64 Clervaux - cité de l’image, 6 installations photographiques à ciel ouvert 70 Mudam Luxembourg, LaToya Ruby Frazier 74 Mudam Luxembourg, Figures sensibles – La collection photographique 78 LUCA, Fondation de l’Architecture et de l’Ingénierie, État des lieux 82 Galerie Clairefontaine, Ruth Stoltenberg – Schengen 86 Centre Culturel Portugais - Camões, Jorge Molder – Malgré lui 90 MOB-ART studio, Manon Moret & Florence Iff 94 Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg 104

Index des artistes

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Informations pratiques

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Avant-propos FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

La septième édition du Mois européen de la photographie au Luxembourg s’est donné comme fil conducteur le corps dans la photographie. Les arts visuels et particulièrement la photographie exploitent le sujet depuis longtemps, mais l’évolution récente des mœurs et des sciences a considérablement modifié les approches artistiques. Du côté des mœurs, le féminisme a changé la donne en contestant le point de vue masculin du corps, particulièrement celui de la femme. Du côté de la science, les possibilités offertes par la chirurgie plastique ou encore les interventions dans le code génétique ont remanié notre manière de considérer le vivant et sa matière. Les modes de représentation du corps en image en ont été bouleversés. Ainsi, une nouvelle génération d’artistes embrasse maintenant une approche multi-forme de la représentation, et des techniques hybrides composent une nouvelle image de l’homme et de la femme. Si la photographie classique tient toujours une place importante, les démarches qui visent une représentation plus plasticienne gagnent du terrain : la chorégraphie, la vidéo, la réalité virtuelle – à côté des modifications que peuvent apporter des interventions dans le code digital de l’image – déterminent maintenant les modes de représentation. Comme pour les éditions précédentes, le Mois de la photographie repose sur une collaboration internationale entre plusieurs institutions qui se consacrent à la photographie. Ainsi, l’objectif premier des commissaires d’exposition des six villes partenaires du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) – avec comme membres les Kulturprojekte Berlin, la Maison Européenne de la Photographie à Paris, le Musée de la photographie hongroise, la Maison de la photographie de l’Europe Centrale de Bratislava, le Kunst Haus de Vienne et notre association – est de réunir un nombre de projets significatifs autour de ce qui fait débat, à savoir la question du genre, celle de l’hybridation du corps et les problèmes relatifs à la représentation et perception du corps, notamment celui de la femme dans les médias. Sur un portefeuille comptant à l’origine plus de cent photographes, le jury du Mois européen de la photographie – composé à l’occasion de six hommes et d’une seule femme – a retenu en sélection finale trente artistes femmes et seulement cinq artistes hommes. À une époque où les débats sur les quotas et l’égalité des sexes occupent les esprits, ce résultat interroge. À l’évidence, il n’était pas dans les intentions du jury de vérifier systématiquement le genre des artistes sélectionnés. La question était plutôt : quelles œuvres reflètent le mieux les actuels débats sur le corps, et quelle photographie se montre à même de traiter le sujet d’une façon intelligente et esthétiquement parlante. Cette

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nette domination féminine soulève donc a posteriori de nouvelles questions qui ont étoffé le sujet. Les positions artistiques de cette nouvelle génération de photographes – pour la plupart des femmes, donc – divergent des représentations traditionnelles par une absence quasi totale de nus classiques (pas même de nus masculins) et une très faible présence d’une photo esthétisante ou glamour. Cette dernière semble être condamnée – en quoi cette approche se distingue d’une période allant des années 60 aux années 80 (citons Bourdieu, Newton, Sief, Bettina Rheims…) – au nom probablement d’une attitude critique d’un certain féminisme radical qui combat “la domination du regard masculin”. Une fois le voile de cette vision masculine levé, la photographie qui se présente à notre regard est caractérisée par la fragmentation et la dislocation du corps. Le sujet, parfois traité de façon si obsessionnelle, semble refléter un malaise persistant avec les rôles de genre et remet en question parfois radicalement les fonctions vitales et naturelles du corps. Certaines images reflètent également les mutations biotechnologiques de notre société où la transformation ou l'hybridation du corps fait désormais partie de la vie quotidienne des humains. Tatouage, chirurgie plastique ou encore robotisation du corps : les thèmes sont nombreux. Si les images retenues se distancient des représentations esthétisantes du corps, la photographie véhiculée par les médias – notamment les médias sociaux comme Facebook ou Instagram – fournit tout de même un terrain fertile à la


AVANT-PROPOS

création. De la publicité aux selfies des “influencers” du web, les œuvres hésitent parfois entre un narcissisme avoué et sa dénonciation même. Abordé fréquemment avec humour et ironie, le sujet reflète le paradoxe de notre société qui célèbre l’apparence, le look, le spectacle, tout en protestant contre ses effets pervers. On pense notamment aux exigences de la société de consommation en matière de beauté et ses contraintes qu’elle exerce sur les femmes. Il n’est pas étonnant, dès lors, que certaines images reprennent aussi le thème classique de la vanité de toutes les choses, de la déchéance inévitable des corps. Il est fort possible que les femmes photographes soient davantage sensibilisées à ces questions, hypothèse qui expliquerait la quasi absence de photographes masculins dans notre choix final. La photographie nous apparaît alors comme un moyen de questionner l’individu et la personne humaine dans la société et ses jeux. Au travers des clichés, toutes sortes de fictions de soi se construisent. Ces images et projections de soi que l’on offre au regard de la société y déterminent aussi notre position, dans une sorte de je suis ce que je montre, et je montre ce que je veux. De là découle le titre de “fictions corporelles” – Bodyfiction(s) – que nous avons choisi pour couvrir un large éventail de thèmes où la photographie se penche sur le corps. Les expositions au Cercle, à la Villa Vauban, au MNHA, à l’Abbaye de Neumünster, au Casino Luxembourg et Arendt House déclinent le thème selon l’esprit du lieu d’exposition. D’autres reprennent le thème en le modulant différemment, comme certaines expositions à l’Abbaye de Neumünster. Ces expositions n’ont pas la prétention d’être le résultat d’une recherche exhaustive autour des questions que soulève un sujet aussi complexe, mais plutôt un instantané d'un état d'esprit qui caractérise actuellement le travail de nombreux artistes-photographes en Europe et particulièrement dans les villes partenaires.

de l’Audiovisuel, notamment à travers des lieux incontournables pour qui aime la photographie : le Waassertuerm à Dudelange (The Bitter Years d’E. Steichen) et le Château de Clervaux (The Family of Man). Clervaux, par ailleurs, souhaite construire son identité culturelle autour de l'image photographique – en particulier dans l’espace public – et accorde donc une place importante aux meilleurs photographes contemporains. Qu’il nous soit permis de regretter le départ à la retraite de Mme Danielle Igniti, militante pour une photographie contemporaine de qualité internationale dans la ville de Dudelange et ceci dès les années 80. À notre grand regret, les deux lieux – Nei Liicht et Dominique Lang – ne figurent donc pas dans la programmation du Mois de la photographie 2019. Les quelques galeries luxembourgeoises qui présentent des photographes – Clairefontaine, Nosbaum & Reding, Mob-Art – sont de la partie tout comme l’Institut français et l’Institut Camões. Le Mudam montre pour la première fois sa collection photographique en parallèle à une exposition en prise avec les réalités sociales, politiques et économiques aux États-Unis. Également proche des réalités sociales, le LUCA consacre son espace à la photographie luxembourgeoise qui se penche sur l’environnement urbain et domestique. Rappelons enfin que l’étude Arendt récompense le meilleur jeune photographe de la sélection internationale lors de la cérémonie d’ouverture et que la remise du prix est désormais un événement incontournable dans le paysage culturel luxembourgeois.

Le Mois européen de la photographie au Luxembourg est toujours aussi l’occasion de souligner le travail de conservation et d’exploration de nos institutions comme le Centre National

Paul di Felice et Pierre Stiwer (Café-Crème asbl) organisateurs de EMoPLUX 2019 (European Month of Photography Luxembourg).

Nous remercions pour cette édition le Ministère de la Culture, la Ville de Luxembourg et plus particulièrement nos partenaires institutionnels ainsi que ceux du privé sans lesquels une manifestation comme celle-ci ne serait pas possible. Leur engagement constitue le fondement même d’un événement culturel comme le Mois européen de la photographie.

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Matthieu Gafsou, 1.9, série H+ (2015-2018), Courtesy of Galerie C and galerie Eric Mouchet

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ARENDT & ART • BODYFICTION(S)

Arendt & Art FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

BODY FI C T I ON(S ) EU R OPE A N M ON T H OF PHOT OG R A PHY A R E N DT AWA R D

ARTISTE S L AURÉ ATS PRÉSÉLECTIONNÉS POUR LE PRIX Alix Marie, Carina Brandes, Weronika Gęsicka, Matthieu Gafsou, SMITH

Le European Month of Photography Arendt Award est un prix prestigieux récompensant tous les deux ans les artistes visuels émergents qui proposent un travail artistique innovant et pertinent par rapport à la thématique choisie par le réseau EMoP (European Month of Photography) dont l’association du même nom a son siège au Luxembourg. Depuis 2013, Arendt, cabinet d’avocat indépendant, basé à Luxembourg avec des bureaux à Dubaï, Hong Kong, Londres, Moscou, New York et Paris est affilié au Mois Européen de la

Photographie au Luxembourg. À travers le parrainage du Prix EMoP, Arendt offre une plateforme à cinq artistes présélectionnés choisis parmi ceux invités aux expositions du réseau EMoP. En récompensant les jeunes lauréats et en participant aux expositions du Mois européen de la photographie au Luxembourg, Arendt soutient l’art de la photographie et cherche ainsi à éveiller la curiosité et l’envie d’échanger. Pour marquer l’échange au sein du réseau EMoP, les cinq artistes présélectionnés ont également pu montrer leurs œuvres à Bratislava et Vienne avant Luxembourg où le lauréat 2019 est annoncé officiellement dans Arendt House.

COMMISSAIRE D E L’ E X P O S I T I O N Café-Crème asbl

LE JUR Y É TAI T C OMP O SÉ DE CINQ MEMBRE S DU BURE AU DE S C OMMI S S AIRE S DU MOI S EUR OPÉEN DE L A PHOTO GR APHIE :

Paul di Felice (Luxembourg), Verena Kaspar-Eisert (Vienne), Jean-Luc Soret (Paris), Branislav Stepanek (Bratislava), Balázs Zoltán Tóth (Budapest).

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Carina Brandes, Sans titre, 2017, Courtesy of Galerie BQ, Berlin

BODYFICTION(S) L’édition 2019 du European Month of Photography Arendt Award présente le travail de cinq jeunes artistes autour des notions de corps et fiction sous le titre générique de Bodyfiction(s). SMITH, selon les périodes Bogdan ou Dorothée, plonge le spectateur dans son univers particulier à travers ses séries photographiques où l’effacement des genres est volontairement accentué et où l’apparition et la disparition voire l’abandon du corps est un élément récurrent. Dans sa série Spectrographies, l’image, réalisée à partir de thermogrammes, directement imprimée sur aluminium, se présente comme une trace “spectrale” des corps, entre la mort et le vivant, entre le dédoublé et le revenant, entre l’invisible et le visible. Le travail photographique en noir et blanc de l’artiste allemande Carina Brandes prend son essor dans l’insolite

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gestualité du quotidien à partir de situations insensées où l’artiste en autoreprésentation croise des figures de l’histoire de la photographie et de l’art ainsi que des animaux dans des lieux abandonnés parfois improbables mais souvent prosaïques. Des motifs allégoriques, des symboles classiques et des archétypes définissent l’univers de l’artiste et les fragments de son inconscient deviennent les constituants de notre propre imaginaire et monde émotionnel. La jeune artiste polonaise Weronika Gęsicka construit son imaginaire à partir de recherches et stratégies d’exploration des mécanismes de la mémoire et les représentations familiales d’autres époques. Sa photographie à partir de l’archive – tendance très répandue parmi les jeunes artistes – revisite et déconstruit les différentes sources historiques en apportant de la dérision et du monstrueux aux images “sages” originales. Ses déformations visuelles dénoncent avec causticité les destinations populaires, propagandistes et publicitaires décalées de ces photographies.


ARENDT & ART • BODYFICTION(S)

Weronika Gęsicka, Sans titre #22, de la série series Traces, Courtesy of the artist et Jednostka Gallery, Varsovie. Les collages sont réalisés à partir de photos vintage achetées à une banque d’images.

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SMITH, Saturnium #004, (2017), Courtesy of galerie Les filles du calvaire, Paris

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ARENDT & ART • BODYFICTION(S)

Alix Marie de la série STRETCH (2019), Courtesy of the artist et Roman Road

L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Bodyfiction(s) du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg en plusieurs volets complémentaires également au MNHA (Musée National d’Art et d’Histoire), Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, Cercle Cité – Ratskeller.

La photographie chez l’artiste française Alix Marie sort du cadre bidimensionnel pour devenir sculpture, relief, objet et installation. Son sujet de prédilection est la relation que nous avons avec notre propre corps mais aussi notre attitude par rapport à ses représentations à travers des processus d’objectivation, de magnification et d’accumulation. Même s’il ne s’agit pas toujours d’autoportrait au sens traditionnel, la dimension autobiographique joue un rôle important dans les fictions qui émanent des assemblages parfois très crus et suggestifs d’Alix Marie. À l’inverse des préoccupations intérieures, introspectives et intimistes, le photographe suisse Matthieu Gafsou observe et analyse l’évolution tout aussi inquiétante de notre société en prenant comme perspective les enjeux du “transhumanisme”. Ses séries qui regroupent des images parfois paradoxales documentent avec l’objectivité acerbe du détail les processus de mutation dans notre société liés à la question du “corps augmenté”, qui aujourd’hui n’est plus de l’ordre de la fiction. Ses photographies, formellement très bien construites, trouvent leur inspiration aussi bien dans l’art classique que contemporain. Cinq positions bien différentes qui se rejoignent dans les questionnements pertinents autour du thème fédérateur de cette édition, les nouveaux paradigmes de représentations et de fictions du corps.

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Maisie Cousins Big dick (2017), Courtesy: TJ BOULTING

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MNHA - MU SÉE NAT IONAL D ’HI S TOIRE E T D ’AR T • B ODYF IC TION(S) 1

MNHA

Musée National d’Histoire et d’Art FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

BODY FI C T I ON(S ) 1

ARTISTES Mike Bourscheid, Juno Calypso, Maisie Cousins, Weronika Gęsicka, Caroline Heider, Claudia Huidobro, Mira Loew, Izumi Miyazaki, Eva Schlegel, SMITH, Eva Stenram, Annelie Vandendael COMMISSAIRES

Paul di Felice, Pierre Stiwer & Gosia Nowara

La représentation du corps (masculin ou féminin) dans les arts – en peinture, sculpture ou photographie – est un thème récurrent et quasi incontournable tant le genre est présent dans la production de la plupart des artistes. L’art célèbre le plus souvent la beauté du corps, plus rarement sa déchéance si l’on excepte la représentation de la souffrance et de la mort dans la peinture et sculpture religieuse. Or, il faut bien le constater, le genre a été fondamentalement bouleversé ces dernières décennies, notamment sous l’influence des courants féministes. Non seulement ces femmes photographes se sont radicalement éloignées des critères traditionnels qui caractérisent le genre, mais elles ont occupé le terrain en le redessinant – pour ainsi dire en creux. Le corps s’est transformé sous l’œil des photographes, devenant objet d’exploration chirurgicale, surface de projection parfois délirante. Revu sous tous les angles, exploré, creusé dans son intimité la plus profonde, fantasmé ou mis à distance, le corps passe par tous les états. Et ceci d’autant plus que l’on s’est écarté des représentations traditionnelles par un recours décontracté à une multitude de techniques et manières – pas seulement photographique – pour aborder et traiter la question du corps, féminin en l’occurrence. Cette photographie se caractérise fréquemment par une absence flagrante de nus traditionnels (même masculins) pas plus qu’on n’y trouve de prises de vue glamour et esthétisantes sauf, peut-être, à en faire un objet de dérision. Le beau n’est plus un sujet de la photographie contemporaine et se réserve

un territoire d’existence dans les magazines de mode et les revues populaires. Ces derniers, pour l’artiste contemporain, servent fréquemment de modèle ou de matière première, mais alors seulement pour être récupérés au profit d’une démarche personnelle où le questionnement de nos façons de voir et d’apprécier une image reste une priorité aux dépens de la chose représentée. La photographie devient alors un jeu avec les apparences où la mise à distance, sur un mode plaisant, critique, ironique, reflète comme dans un miroir déformant les conventions et clichés de notre époque. C’est ainsi que se constituent dans ces images de nouvelles fictions personnelles construites autour du statut propre de l’artiste, de sa perception des attitudes, modèles et rôles correspondant fréquemment au sexe, genre, ce qui définit la féminité ou virilité. D’où le titre de “fictions corporelles” qui couvre un large éventail d’aspects de ce que l’on peut comprendre par une photographie qui représente le corps. Cette figuration esthétique semble refléter un malaise persistant avec les rôles de genre et, partant, une remise en question du corps par rapport à son aspect fonctionnel, sexuel, social, culturel. Si certaines œuvres expriment parfois un état psychotique, on ne peut nier qu’un détachement ironique et une forme d’humour tragique cohabitent, notamment quand il s’agit de définir le rôle de la femme dans la société ainsi que sa représentation dans les publicités ou magazines glamour.

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Izumi Miyazaki Tomato

Weronika Gęsicka Untitled #54, série Traces, Courtesy of the artist and Jednostka Gallery. The collages are made out of vintage photographs purchased from an image bank

C’est ainsi que Maisie Cousins s’intéresse particulièrement à la beauté féminine dans le contexte de l’environnement social et culturel d’aujourd’hui – à dominante érotique ou consumériste – où les clichés habituels sur la féminité et la séduction sont contestés. Tout en reconnaissant qu’on devient facilement une “fashion victim”, elle est en mesure de jouer sur les deux tableaux, celui de la séduction et celui de la répulsion. Ses images sont visuellement fortes et vivent du contraste entre une stylisation hyperbolique du corps de la femme et une symbolique de la dégénérescence aux multiples clins d’œil érotiques. Les œuvres de Juno Calypso se situent dans le prolongement de celles de Cousins. Le décor qui nous est montré est celui d’un film noir alors même que c’est la couleur rose qui domine. L’artifice est omniprésent et le corps de la femme est comme saisi dans une multitude de miroirs, ou étouffe sous un masque de beauté qui fait penser à l’assassin du Silence des Agneaux. « Certains jours, écrit-elle, on se regarde dans un miroir et on ne voit qu’une chimère. Nous voyons réellement un monstre. Et nous passons des heures dans la salle de bain à essayer de nous débarrasser de cette horreur, de nous raser et de nous laver pour pouvoir enfin révéler notre véritable “belle” personne. » On, ne peut, par ailleurs, éviter d’être ému par un profond sentiment sous-jacent de “vanitas” et de solitude.

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La Japonaise Izumi Miyazaki, hésitant entre l’humour glacial de réalisateurs comme Alfred Hitchcock ou celui plus macabre de David Lynch, nous propose des images de jeunes filles à la fois mignonnes et cruelles dans des situations dangereuses où elles risquent de perdre la tête au sens propre comme figuré. Comme dans les images des artistes précédentes, les couleurs vives dominent et créent un monde de rêve et de délire coloré où le pastel bonbon confronte le rouge-sang et où les massacres avec couteau ou ciseaux ne sont jamais très loin. Dans un autre registre – mais toujours dans un monde de bizarreries inquiétantes contrebalancées par la critique des clichés habituels de la publicité véhiculant les modèles de la femme parfaite et heureuse – les images de Weronika Gęsicka détournent les photographies des années 1950 et 1960. Celles-ci montrent souvent des scènes de famille pittoresques dont l’harmonie totale est presque insupportable. Principalement originaires des États-Unis, ces images stéréotypées d’un monde idéal décrivent les femmes comme étant de parfaites mères et ménagères et les hommes des maris rassurants. Retravaillés par l’artiste, les personnages de ces images perdent leurs caractéristiques individuelles, les corps deviennent de simples surfaces et on glisse dans le surréel et l’étrange. On est ainsi obligé de remettre en question les mondes idéalisés que sont ceux de la publicité ou encore ceux de nos albums de famille où le photographe cristallise un instant parfait.


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LE CORPS S’EST TRANSFORMÉ SOUS L’ŒIL DES PHOTOGRAPHES, DEVENANT OBJET D’EXPLORATION QUASI CHIRURGICALE, SURFACE DE PROJECTION PARFOIS DÉLIRANTE.

Juno Calypso Massage Mask, Courtesy: TJ BOULTING

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Claudia Huidobro Sans titre 005, série Tout contre, Courtesy: Arendt & Medernach SA

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Eva Schlegel trouve souvent des idées pour ses œuvres dans les images des magazines de mode, des journaux. Elle les agrandit, les copie ou les re-photographie, brouille le sens initial pour ne laisser que les traces indistinctes d’une mémoire évanescente. Elle réduit ainsi à dessein le contenu informationnel des images, adoucit les motifs et les abandonne à leurs contours schématiques. Les portraits de femmes floues ne laissent paraître aucune émotion, aucun détail ne permet de définir les personnes qui habitent un espace incertain, sortes de fantômes élégants d’un monde sans contours. L’œuvre devient ainsi une espèce de distanciation analytique et critique de la représentation photographique de la femme dans les médias.

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Caroline Heider examine notre rapport à l’image. En pliant manuellement des photographies tirées de magazines, elle modifie leurs formes, leurs contenus et leurs messages. Le pli dévore une partie des informations de l’image – des parties du corps telles que la tête, le torse ou les jambes disparaissent dans la fissure. Sont ainsi revues et modifiées des œuvres phares de l’histoire de la photographie (les photos de mode d’Edward Steichen ou de Dora Kallmus) dont la représentation du corps féminin peut sembler conventionnelle au regard des normes actuelles. L’intervention de Heider dans le pliage irrite ; elle remet en question le regard sur le corps féminin et révèle en même temps une caractéristique entièrement nouvelle de ces photographies. Elle montre le corps photographié comme un fragment de notre réalité.


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SMITH Hear Us Marching Up Slowly #37, 2015, Courtesy: Galerie Les filles du calvaire

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Eva Schlegel Untitled 142, 2007, Courtesy: Marie-Therese Harnoncourt-Fuchs and Galerie Krinzinger, Vienna

Caroline Heider WW-204264 (série d´Ora-Benda), 2016, Courtesy: Caroline Heider, unttld-contemporary

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Annelie Vandendael série ’Sois belle’, Australia 2010, Courtesy: Annelie Vandendael

Eva Stenram Drape I, Courtesy: Eva Stenram

Avec humour et une nette volonté de prendre ses distances avec l’image érotique, la suédoise Eva Stenram reprend le thème de la séduction et du désir en retravaillant les images des magazines des années 50 ou 60 et des images d’archives. Les pin-up magazines de l’époque donnaient à voir ce qui, en principe, devait rester pudiquement dérobé au regard des hommes. Par modification digitale ou analogique, l’artiste intervient sur ces images pour de nouveau cacher l’objet du désir, ne faisant apparaître qu’une jambe derrière un rideau, un bras posé sur une commode, en jouant sur tout un registre de la séduction qui se fonde non pas sur la présence mais sur l’absence.

Dans Faceless Dark and Bright, l’Autrichienne Mira Loew représente des jeunes femmes dont la chevelure a remplacé le visage. Négation du portrait traditionnel, ces anti-portraits nous apparaissent comme un mauvais rêve car l’artiste élimine le visage, la bouche, les yeux ; disparaissent les signes qui nous permettent d’identifier une personne – le regard surtout – pour ne laisser subsister que les éléments d’identification secondaires comme une certaine coupe de cheveux, le boutonnage de la robe – blanche ou noire – toute une symbolique en retenue même si la toison domine et dévore le sujet.

Bien qu’Annelie Vandendael soit une photographe de mode et que son travail figure dans des magazines comme Elle, son approche de la femme est teintée d’une distanciation amusée. L’image reste belle et la femme séduisante, mais la configuration du décor, le choix des lieux, et l’angle de prise de vue créent un décalage parfois comique, parfois aussi plus inquiétant. Les personnages féminins disparaissent derrière des cactus, rivalisent avec des flamants roses, leur tête plonge dans l’eau d’une piscine comme s’il s’agissait d’une noyée : un monde quelque peu délirant s’ouvre à notre regard où dominent l’élégance et la couleur.

Claudia Huidobro vient également de la mode – elle a été mannequin – et se met en scène dans une série appelée Tout contre (titre à multiples interprétations) sans laisser voir sa tête et donnant la parole exclusivement au corps, aux jambes, aux mains, qui occupent un espace nu, abandonné ou en rénovation. Quelques objets rares, comme un cadre vide ou un miroir quasi aveugle redéfinissent la pièce aux murs raides, au carrelage brut. Le corps explore les limites de l’espace en y ajoutant une composante érotique et chorégraphique qui contraste avec l’austérité du lieu.

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Mira Loew Faceless Terezka, Courtesy: Mira Loew

Mike Bourscheid, You inherited that from your father! We dance our name, 2016

Avec SMITH on entre dans un univers bien différent. Ici, le moi érotique se voit confronté à une réalité émotionnelle parfois onirique parfois bien cruellement tangible. La caractéristique sous-jacente de ce sujet est l’ambiguïté ou l’état binaire de l’esprit et du corps, l’hésitation entre les genres masculin et féminin. Un sentiment de perte et d’abandon dans l’espace et dans le temps accompagne des moments de tendresse et d’abandon. Des titres comme Desideration – un jeu de mots combinant désir et état de paralysie – ou Traum (rêve) et traumatisme définissent l’état émotionnel et ces images qui sont l’expression d’une recherche artistique qui se fonde sur l’exploration du Moi et de sa relation à autrui. Mike Bourscheid n’est pas un photographe à proprement parler. Touchant à tous les métiers et techniques comme un artiste de la Renaissance, ses photographies sont l’illustration de performances et l’expression d’une vision multiforme du

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corps qui se prête à toutes les mises en scène. En explorant tous les registres, du clownesque au tragique, l’artiste se prête aux déguisements les plus absurdes, en jouant sur la scène d’un théâtre fictif les cowboys mélancoliques, les inventeurs fous ou les anti-héros burlesques tout en imposant son “grand” corps aux situations les plus fragiles. Pierre Stiwer L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Bodyfiction(s) du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg en plusieurs volets complémentaires au Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, Cercle Cité – Ratskeller et Arendt House.


MNHA - MU SÉE NAT IONAL D ’HI S TOIRE E T D ’AR T • B ODYF IC TION(S) 1

Mike Bourscheid, You inherited that from your father! We dance our name, 2016

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Alix Marie, Lip Wax, Courtesy of the artist and Roman Road

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CERCLE CITÉ – RATSKELLER E SPACE D ’E XPOSITION • BODYFIC TION(S) 2

Cercle Cité Ratskeller espace d’exposition FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

BODY FI C T I ON(S ) 2

ARTISTES Carina Brandes, Arvida Byström, Katrin Freisager, Alix Marie, ORLAN COMMISSAIRES

Paul di Felice & Pierre Stiwer

Tout comme la peinture et la sculpture, la photographie se réclame d’une longue tradition où la représentation du corps – de l’homme et de la femme – tient une place importante. Aux cours de ces dernières décennies, la critique de la représentation du corps, surtout féminin, a occupé une position centrale dans les débats notamment sous l’impulsion d’artistes dans la mouvance des revendications féministes. Cible d’attaques répétées, entre autres parce que la représentation du corps de la femme obéissait souvent à certains clichés et conventions esthétiques considérés comme dépassés, la photo esthétisante comme le porno ont été vus comme un domaine purement masculin caricaturant la réalité et l’univers féminin. Certains mouvements féministes y ont vu une atteinte à la dignité de la femme. Les interventions se sont multipliées et les catalogues des musées ont été soumis à un examen méticuleux. Avec un constat attendu : les nus féminins dominent largement les cimaises en comparaison avec les nus masculins, et ce alors que les œuvres d’artistes-femmes sont peu présentes dans les collections. La question du genre ayant maintenant priorité, des groupes de militantes en ont déduit qu’il était temps de changer de paradigme et que la domination du “regard masculin” devait prendre fin. Divers mouvements féministes se sont attaqués aux clichés et fantasmes véhiculés par les magazines ou par le cinéma. L’éventail était large : il couvrait la représentation érotisante de la femme tout comme son statut social. L’objectif était de

“libérer” à la fois la femme de la “tradition” et de lui permettre un autre regard sur son corps. Dans les années 60 et 70, cette contestation dans le milieu artistique avait une composante politique très affirmée. S’opposer au regard masculin impliquait d’abord une libération de l’emprise des autorités religieuses et la revendication d’une sexualité propre, souvent en opposition au désir masculin. Cela impliquait une lutte à la fois contre l’idéalisation du corps de la femme – dans les arts, entre autres – et en même temps une lutte contre l’image véhiculée par l’industrie pornographique aux producteurs essentiellement masculins. Quelque cinquante ans plus tard, si la contestation des modèles et des clichés continue à être présente dans la production artistique, les approches ont bien changé. Un premier constat : l’idéalisation du corps de la femme a été définitivement abandonnée. Deuxième constat : si certaines œuvres créées par des femmes relèvent encore de ce qu’on pourrait considérer comme la manifestation d’une sensibilité qu’on disait jadis “féminine” – la délicatesse, la modération, la retenue – ces sentiments ont été remplacés le plus souvent par des images d’une violence visuelle parfois extrême. Plus proche de l’art contemporain, héritière du Body Art et de la photographie mise en scène, la génération de jeunes photographes aujourd’hui, plutôt que de parler de nu, revendique la notion de corps sous toutes ses représentations, des plus monstrueuses aux plus esthétiques. Objet de fantasmes et de projections multiples, le corps devient alors un miroir où se retrouvent les fictions de notre société. D’où le titre de « fictions corporelles », Bodyfiction(s), donné à cette exposition. 23


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Carina Brandes, Sans titre (2017), Courtesy of BQ, Berlin

La pratique d’une artiste comme Alix Marie se situe au croisement de plusieurs techniques. Son travail affiche une réelle tridimensionnalité et implique la photographie tout comme des éléments sculpturaux. Dans sa façon de représenter l’intimité du corps, l’artiste scrute chaque détail de la peau, des lèvres, de la bouche et pénètre pour ainsi dire dans le tissu même du corps. « Il y a, écrit-elle, dans mon travail, une approche du corps qui, d’une certaine manière, sollicite plus la bouche que l’œil. Il y a quelque chose de cannibale dans la nature de l’amour, un désir d’incorporation ». L’œuvre ici est une enquête sur la façon de représenter l’intimité, ces moments où le corps de l’autre est hypertrophié par l’œil de la caméra, par la proximité où apparaît chaque détail de la peau. Une approche qui réunit la sensibilité de la peau à la sensibilité de la pellicule photographique.

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Le monde de Carina Brandes est magique et habité d’une autre manière. Si on rencontre dans son monde des fées au comportement quelque peu surprenant, on y trébuche aussi sur des corps éventrés, des figures cauchemardesques, et on pénètre ainsi dans un monde entre chien et loup. Des femmes nues sont poursuivies par des monstres, mais elles-mêmes sont en fait des louves ou autres animaux sortis de mondes mythologiques. Quelle danse étrange qui est exécutée devant la caméra avec animaux, accessoires et figurants ! Souvent la nuit noire couvre des agissements curieux de femmes explorant et implorant l’espace. Cela nous rappelle les mondes magiques, les terrains de jeux de notre enfance, hantés par des êtres curieux, cela évoque encore le monde d’Alice au pays des merveilles où l’innocence rencontre l’absurde.


CERCLE CITÉ – RATSKELLER E SPACE D ’E XPOSITION • BODYFIC TION(S) 2

ORLAN, Self-Hybridation Précolombienne no 1, 1998, Courtesy of Ceysson & Bénétière and the artist

LA GÉNÉRATION DE JEUNES PHOTOGRAPHES AUJOURD’HUI, PLUTÔT QUE DE PARLER DE NU, REVENDIQUE LA NOTION DE CORPS SOUS TOUTES SES REPRÉSENTATIONS, DES PLUS MONSTRUEUSES AUX PLUS ESTHÉTIQUES.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Avec le travail photographique de Katrin Freisager exposé ici, on pénètre dans un univers bien moins baroque mais qui, sous des apparences innocentes, n’expose pas moins une sensualité étrange. L’artiste s’est faite connaître dans les années 90 avec une série photographique de femmes allongées sur des matelas. Les silhouettes de jeunes femmes en sous-vêtements ou à moitié nues avaient irrité de nombreux visiteurs en raison d’un étrange mélange de vulnérabilité et d’une tension érotique d’une grande retenue. Ici, dans l’enchevêtrement sensuel et parfois sauvage des bras et des

jambes, on découvre à la fois un monde où les couleurs pastel atténuent la dynamique des contorsions et où la composition étudiée semble vouloir faire oublier le frôlement érotique des corps. Les collants, les jambières ou autres bandages emprisonnent les membres, tout comme ils figurent aussi une sorte de protection contre des agressions possibles. Il est permis de voir en ces images une allusion à des forêts hantées de nos contes, aux arbustes et branches qui se saisissent de celui qui s’aventure dans leurs parages.

Arvida Byström, Upskirt, 2018, Courtesy of the artist

Arvida Byström, Cherries

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Katrin Freisager, Sans titre (01), 2002, Courtesy of the artist

CERCLE CITÉ – RATSKELLER E SPACE D ’E XPOSITION • BODYFIC TION(S) 2

Connue dès les années 80 pour avoir bouleversé tous les canons de beauté, ORLAN fait partie de cette première génération de femmes qui n’ont vu dans le corps qu’un habitacle et qu’il était permis de le transformer à volonté pour le faire correspondre à ses désirs, parfois en le changeant radicalement. Le travail exposé ici se situe dans la continuité de la série sur l’hybridation, dans laquelle, par un truquage numérique, l’artiste mélange les traits de son visage avec ceux d’une tête précolombienne ou africaine. Inspirées des masques de l’opéra de Pékin, les photographies sont des autoportraits de l’artiste où le masque joue un rôle particulier. Elle écrit : « Je souhaitais ôter le masque de l’inné qui nous est imposé dès la naissance. On a un visage qu’on ne s’est pas fabriqué et qu’on ne s’est pas inventé. Donc, les opérations chirurgicales étaient une tentative de s’inventer soi-même, de se sculpter soi-même et de trouver une des figures possibles de soi-même. Rien à voir avec ce qui se fait habituellement en chirurgie esthétique. » Chaque vague de féminisme et chaque génération apporte de nouvelles priorités et les nouveaux médias ont ouvert de nouveaux sujets de discussion. Internet et les médias sociaux ont relancé le débat sur la sexualité et l’identité et les artistes féminines ont répondu à ce débat par une esthétique hyper-féminine allant du féminin agressif au joliment mignon.

Star d’Instagram, Arvida Byström joue et se joue de son propre rôle et de sa célébrité en caricaturant – tout en restant dans un rose dominant très féminin – certains clichés érotiques qui accompagnent les idées que se font – hommes et femmes – de la féminité et de la séduction. Cette nouvelle génération d’artistes a recours aux stratégies de l’autoreprésentation tout en restant consciente de ses a priori et de ses effets. En fait, loin de véhiculer une dénonciation pure que réclame un féminisme austère et puritain, les images se plaisent dans la mise en scène d’une féminité délicate et délicieuse que les magazines de mode ne renieraient pas, tout en se moquant de ses possibles exagérations. Élégance et distance : je ris de me voir si belle en ce miroir ! Pierre Stiwer L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Bodyfiction(s) du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg en plusieurs volets complémentaires au MNHA, Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain et Arendt House.

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SMITH, Spectrographies Durée : 59 min Langue : Français

ORLAN - La Liberté en écorchée / 2013 / Vidéo. Durée : 57,46’’

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C A SINO LUX EMB OUR G - F ORUM D ’AR T C ON T EMP OR AIN • B ODYF IC TION(S) 3

Yuri Ancarani (ITALY), DA VINCI / 2012 / Video: Italy, 25 min, colours, no dialogues / Da Vinci is an episode of the series The Malady of Iron which is also composed by: Piattaforma Luna, Il Capo

Casino Luxembourg Forum d’art contemporain FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

ARTISTES Yuri Ancarani, ORLAN, SMITH COMMISSAIRES

Paul di Felice & Pierre Stiwer

BODY FI C T I ON(S ) 3 La BlackBox du Casino – Forum d’art contemporain présente trois vidéos d’artistes de sensibilités différentes. Ils consacrent leur travail artistique aux questions concernant la mutation du corps contemporain dans une société post-humaine. En complément aux thèmes abordés photographiquement autour des « fictions du corps » de l’édition 2019 du Mois européen de la photographie, les vidéos de Yuri Ancarani, d’ORLAN et de SMITH nous parlent, à travers des langages singuliers, du dépassement des réalités, qu’elles soient augmentées, hybridées ou ritualisées. Avec Da Vinci – le nom fait référence au chevalier automate conçu par Léonard de Vinci, considéré comme le premier projet d’un robot – Yuri Ancarani, cinéaste artiste, nous fait pénétrer dans un corps humain, où le sang rouge est remplacé par des tons bleus évoquant la Grotta Azzura, grotte mythique de Capri. La dimension chorégraphique de ce ballet des machines s’oppose à l’environnement déshumanisé en magnifiant l’intelligence humaine. Le travail artistique d’ORLAN, qu’il soit photographique, vidéographique ou cross-médiatique, est centré sur les questions de corps et de genre depuis ses premières actions dans les années 1960. Elle fait de son propre corps le médium, la matière première et le support visuel de son travail. Dans cet autoportrait en 3D intitulé La liberté en écorchée, inspiré de la médecine

anatomique de la Renaissance, ORLAN se montre complètement ouverte, comme aucune opération chirurgicale ne lui a jamais permis de le faire. Spectographies de SMITH nous plonge dans une atmosphère sombre et onirique peuplée de fantômes et de spectres qui semblent conjurer les souvenirs et combler le manque de l’autre. En utilisant une caméra thermique, l’artiste nous montre ce que nous nous ne pouvons voir mais ce que nous percevons comme simple chaleur dégagée par les êtres. Ainsi, derrière cette promenade du protagoniste qui rencontre des personnages de fiction et des philosophes décédés dans des lieux abandonnés, il y a comme l’évoque l’artiste, « cette idée de communications un peu télépathiques avec différents fantômes contemporains, lieux hantés et territoires atopiques». Paul di Felice L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème asbl sous le titre de Bodyfiction(s), exposition du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne). Elle est présentée au Luxembourg en plusieurs volets complémentaires au MNHA (Musée National d’Histoire et d’Art), Cercle Cité – Ratskeller et Arendt House.

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Karolina Markiewicz et Pascal Piron, Fever

Karolina Markiewicz et Pascal Piron, Fever

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C A SINO LUX EMB OUR G - F ORUM D ’AR T C ON T EMP OR AIN • F E VER

FEVER SE RAPPORTE À CES HALLUCINATIONS BRÈVES QUI IMPLIQUENT D’UNE MANIÈRE MÉTAPHORIQUE LA CONSCIENCE DE SON PROPRE CORPS, DE L’ENVIRONNEMENT AINSI QUE DES CORPS ENVIRONNANTS.

Casino Luxembourg Forum d’art contemporain FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

F E V E R KA R OL I N A MA R KI E WI C Z & PA S C A L PI RO N

FEVER est une expérience interactive en réalité virtuelle, installée.

ARTISTES Karolina Markiewicz et Pascal Piron en collaboration avec Fabrizio Palmas, Antoine Thiry et Stefan Laimer COMMISSAIRE

Paul di Felice (Café-Crème asbl)

Elle thématise l’état de forte fièvre dans lequel on peut se trouver, malade. Les enfants mais aussi les adultes ayant une forte fièvre peuvent avoir de brèves hallucinations - principalement visuelles et auditives. Ces hallucinations peuvent également apparaître dans les rêves. L’expérience fait référence à ce genre de brèves hallucinations qui impliquent de manière métaphysique la prise de conscience de son propre corps en lien avec son environnement ainsi qu’en lien avec d’autres corps. Pour FEVER, différentes mains de différents corps ont été photographiées et recréées en tant que modèles 3D. Elles forment un spectre qui flotte lentement autour du

visiteur. En fonction des mouvements et de la vitesse du visiteur, l’ensemble du spectre s’approche de celui-ci, se suspend ou se transforme radicalement. FEVER est écrit et créé par Karolina Markiewicz et Pascal Piron (L), en collaboration technique avec Fabrizio Palmas, Antoine Thiry et Stefan Laimer (D). La musique est créée par Kevin Muhlen (L), en collaboration avec Ásta Fanney Sigurdardottir (IS) et d’Elisabet Johannesdottir (L / IS), pour la voix et la narration, proposant ainsi une interprétation poétique de l’expérience. Pour l’installation, une série de photographies est associée à l’expérience. FEVER est soutenu par Film Fund Luxembourg.

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Elina Brotherus, Model Study 6 (2004), from the series Model Studies

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VILL A VAUB AN – MU SÉE D ’AR T DE L A VILLE DE LUX EMB OUR G • ELINA BR OTHERU S

Villa Vauban Musée d’Art de la Ville de Luxembourg FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

E L I N A B R OT HE RU S

ARTISTE

« Quand je me photographie, c’est moi, mais en même temps ce n’est pas moi. C’est la condition humaine que j’essaie de décrire. » Elina Brotherus

Elina Brotherus COMMISSAIRE

Gabriele Grawe (Villa Vauban) en collaboration avec Café-Crème asbl

Dans le cadre de la septième édition du Mois européen de la photographie sous le titre de Bodyfiction(s), il était opportun d’intégrer des œuvres de l’artiste finlandaise Elina Brotherus, dont le travail autobiographique sur le corps a donné de véritables icônes à la photographie contemporaine. Cette exposition à la Villa Vauban regroupe des œuvres majeures de différentes séries des deux dernières décennies. C’est la première exposition monographique de l’artiste au Luxembourg, même si certaines de ses œuvres ont été exposées

auparavant, à Luxembourg et à Dudelange, respectivement dans le contexte des Semaines européennes de l’image et du Mois européen de la photographie à la Galerie Nei Liicht (2002, 2009), et au CNA en 2007 ainsi qu’au Casino Luxembourg Forum d’art contemporain (2001, 2007). Connue pour ses autoportraits dans des lieux intérieurs et extérieurs, affrontant avec élégance des situations quotidiennes, Elina Brotherus confronte la photographie à l’esthétique picturale en se référant avec distance et attachement aux grands thèmes de l’histoire de l’art.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

ELLE RECHERCHE AVEC L’IMPLICATION DE SON PROPRE CORPS COMME TÉMOIGNAGE SENSIBLE, LE DÉPASSEMENT DE LA NATURE DE SES PROPRES ÉMOTIONS AFIN DE SAISIR L’UNIVERSALITÉ DES SENTIMENTS HUMAINS.

Elina Brotherus, Green Lake (2007) from the series Artist and her model

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VILL A VAUB AN – MU SÉE D ’AR T DE L A VILLE DE LUX EMB OUR G • ELINA BR OTHERU S

Elina Brotherus, L’Etang (2012) from the series 12 ans après

Loin d’une simple mise en scène esthétisante, elle recherche à travers le genre du paysage ou du nu, toujours avec l’implication de son propre corps comme témoignage sensible, le dépassement de la nature de ses propres émotions afin de saisir l’universalité des sentiments humains. Avec sa série The New Painting (2000-2004) – titre qui évoque le nouveau rôle de la photographie au 19e siècle face à la peinture – elle développe son rapport à l’art pictural en empruntant aux grands maîtres les mêmes valeurs de

composition, de forme et de couleur tout en contextualisant ses thèmes dans la contemporanéité du quotidien. Que ce soit à travers ses magnifiques vues de dos dans la beauté panthéiste des paysages nordiques ou ses infiltrations dans les ateliers de dessin de nu à travers sa série Model Studies (2002-2008) et Études d’après modèle, danseurs, (2007), Elina Brotherus crée des “photographies-tableaux” tout en cherchant le dialogue entre le flux de la vie et l’intemporalité de l’art.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Elina Brotherus, Tournus (2013) from the series 12 ans après

En procédant par séries bien structurées, elle parcourt les différents thèmes récurrents à son œuvre : le paysage, la maison, le peintre et son modèle… Ceux-ci sont alimentés par les éléments autobiographiques et la présence statique de l’artiste dans la situation photographiée. L’acte et le geste de l’artiste qui sont figés dans la photographie s’inscrivent parfois dans un jeu de langage visuel où l’humour rejoint l’allégorie picturale. C’est le cas de sa série Règle du jeu (2017) qui est née en collaboration avec son amie Véra Nevanlinna, avec laquelle elle crée des saynètes à partir de scénarios empruntés aux artistes Fluxus.

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La démarche de l’artiste est conséquente et le corpus de son œuvre est important. Elle crée des séries qui se succèdent et se complètent dans leurs différences et cohérences formelles et thématiques. Ainsi, en construisant l’image à partir de l’isolement du personnage et le dépouillement de la scène, souvent comme trace d’une démarche performative minimaliste, Elina Brotherus conçoit, dans son déterminisme et sa fragilité, un espace de narration subjectif où l’interprétation reste ouverte. Paul di Felice


Elina Brotherus, Artists at Work 9 (2009) from the series Artists at Work

Elina Brotherus, Drip Music (2017), from the series Règle du jeu

VILL A VAUB AN – MU SÉE D ’AR T DE L A VILLE DE LUX EMB OUR G • ELINA BR OTHERU S

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Cristina Dias de Magalhães, Embody: Wanderlust, 2019

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N E I M Ë N S T E R • L’ A U T R E - P O R T R A I T & E M B O D Y

LES LIEUX HABITÉS PAR CETTE PRÉSENCE ÉPHÉMÈRE PARLENT DES ORIGINES DE L’ARTISTE, DE LA DÉCOUVERTE DE SON CORPS, DE SON ÉMANCIPATION, DU DÉSIR DE SÉDUIRE, ET ENFIN DE SON DEVENIR-FEMME.

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L’AUT R E - P ORT R A I T & E M B O DY CR I ST I N A D I A S D E MAG A L HÃ E S

ARTISTE Cristina Dias de Magalhães ORGANISATEUR S

Café-Crème asbl, neimënster

« De face je suis, de dos je subis. Mon visage, mes mains, mes gestes me donnent tant de possibilités d’exprimer ma joie, mon bonheur, ma tristesse, ma douleur. Mon dos reste stoïque, invité du moment présent, géant de chair qui silencieusement accumule sur lui les souvenirs d’une vie. Embody se lit comme les notes de chevet, dévoilant un jeu entre l’ombre et la lumière, l’intime et le dévoilé, le présent et l’absent. » Cristina Dias de Magalhães présente dans la Chapelle de l’Abbaye de Neumünster (Neimënster) les séries L’autre-portrait et Embody, résultat d’une quête photographique et philosophique sur la face cachée de l’identité et du corps.

L’autre-portrait confronte l’observateur au portrait sans visage. Chaque modèle exprime à sa façon la face cachée de son identité par la vue de dos, et fait face à ses désirs intimes, ses sentiments enfouis ou ses cicatrices cachées. Le résultat illustre la médiation entre l’harmonie visuelle et le tourment intérieur. L’artiste interpelle ainsi l’observateur sur l’entièreté de l’être en tant qu’individu et en tant que corps en communication perpétuelle entre ce que nous exprimons et ce que nous dévoilons, ce que nous taisons et ce que nous oublions. Tel que son titre l’évoque, L’autre-portrait est un portrait détourné qui s’inspire de l’autoportrait, un portrait qui parle de soi, de l’être, du conscient et de l’inconscient.

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Cristina Dias de Magalhães, Embody: Presence, 2019

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N E I M Ë N S T E R • L’ A U T R E - P O R T R A I T & E M B O D Y

Cristina Dias de Magalhães, Embody: Sturm & Drang, 2019

Dans Embody, qui se traduit par le faire corps, l’artiste déambule à travers différents espaces-temps pour faire dialoguer visuellement et émotionnellement le corps et son environnement. En superposant ses autoportraits de dos à des lieux intérieurs et extérieurs issus de ses propres archives, elle fait corps avec les émotions vécues en ces lieux et leurs séquelles. Les lieux habités par cette présence éphémère se transforment en réverbération d’une période de vie, parlant des origines de l’artiste, de la découverte de son corps, de son émancipation, du désir de séduire, et enfin du devenir femme. Embody témoigne ainsi de la recherche du kairos, l’instant propice, où le corps vient se mêler à son environnement pour nous faire réaliser que nous n’existons pleinement qu’à travers ce(ux) qui nous entoure(nt). Par un jeu habile entre légèreté et profondeur, instantanéité et perpétuité, présence et absence de l’identité de dos, l’artiste incite l’observateur à une introspection subconsciente contribuant à l’épanouissement de l’être.

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Corinne Mariaud, FAKE i REAL ME

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NEIMËNSTER • FAKE I REAL ME

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FA K E I R E A L ME COR I N N E MA R I AU D

ARTISTE Corinne Mariaud ORGANISATEUR S

Institut français du Luxembourg, Café-Crème asbl, neimënster

Corinne Mariaud s’intéresse exclusivement à la représentation des corps et son travail de photographe se concentre sur des fictions narratives qui s’expriment à travers la position des corps qu’elle met littéralement en scène, ou bien sur les expressions des visages qu’elle capture en imposant des performances extrêmes à ses modèles. La fiction des corps ou le corps-fiction est son sujet, qu’elle a déjà pu déployer à travers un grand nombre de séries (Trophées, I Try So Hard, Désordre…), des histoires décalées en général, traitées avec humour, un humour grinçant, parfois glaçant. Corinne Mariaud questionne avec habileté les codes sociaux, le paraître, la féminité, la place de la femme dans la société… Sa série FAKE i REAL ME réalisée en Asie (Singapour, Séoul, Tokyo), est basée sur des portraits de jeunes femmes ayant eu recours à la chirurgie esthétique et utilisant maquillage, lentilles de contact, coloration de cheveux pour ressembler à leur idéal de beauté, et des portraits de jeunes hommes

dénommés “Flower Beauty Boys”, se maquillant et se donnant une apparence androgyne. Chaque modèle regarde l’objectif bien en face, et exprime une forte conscience de son apparence et de sa représentativité. Contrairement à ses séries précédentes, ce n’est plus l’artiste qui fictionnalise le corps dans l’espace, mais ce sont ses modèles qui incarnent, par la recherche élaborée, perfectionniste, de leur apparence, la fiction même. Le parti pris de la photographe a été de réaliser des portraits individuels frontaux, rapprochés, cadrés de façon très classique, avec un fond neutre (souvent pastel) pour que la narration se concentre sur les traits des visages, les yeux, et le style de chacun. C’est cette fois le modèle-même qui est la fiction ; chacun raconte cette recherche de la beauté parfaite, et en même temps, on le perçoit, ce plaisir d’être représenté, capturé, photographié. Le choix d’utiliser la boîte lumineuse pour présenter certains de ces clichés renforce encore cette quête de perfection, de préciosité de l’image.

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Corinne Mariaud saisit ce phénomène social très fort en Asie qu’est la place du paraître et de la chirurgie esthétique dans la société. En Corée, une femme sur cinq y a recours pour atteindre une forme de beauté idéale, parce que c’est le moyen de trouver un meilleur emploi, un conjoint, et de se plaire certainement à soi-même aussi. Même si les critères de beauté se rejoignent et correspondent toujours aux mêmes références esthétiques, les modèles de cette série semblent pourtant également souhaiter se créer un nouveau moi, une nouvelle apparence, qui leur corresponde vraiment intérieurement, même si on semble se rapprocher parfois d’un personnage de manga… En outre, à travers ses derniers portraits de jeunes hommes s’ajoute la question de genre, car la féminisation par le maquillage, les vêtements et parfois la chirurgie, apporte à ces garçons une beauté androgyne troublante, que Corinne Mariaud a su renforcer en les saisissant dans des poses qui floutent encore plus les frontières et l’identité sexuelle. Enfin, sur le plan de l’histoire de l’art, FAKE i REAL ME questionne certainement aussi l’acte de la représentation, le portrait, la place du selfie dans notre société aujourd’hui, et donc aussi le rôle de la photographie comme outil de communication quotidien, comme nouveau langage, comme nouvelle langue de dialogue même, où chacun se créée une image, une apparence et se met en scène. Cette nouvelle utilisation de l’autoportrait, et des prises de vue avec son smartphone en général, déplace le rôle du photographe professionnel, mais sans le désacraliser, au contraire, car il y a chez chacun une plus grande conscience de l’image, de son importance, et de son utilité. Le portrait “professionnel” sera d’autant plus diffusé, démultiplié sur les réseaux sociaux, et valorisé. Et d’ailleurs en miroir, on peut souligner que Corinne Mariaud explique qu’elle a trouvé ses modèles via les réseaux sociaux : ils ont donc délibérément choisi de participer à la représentation de leur quête de beauté, de poser, de se présenter comme s’ils exposaient leur œuvre. La boucle est bouclée, dans FAKE i REAL ME, le corps incarne la fiction. Laurence Lochu, Directrice de l’Institut français du Luxembourg

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Corinne Mariaud, FAKE i REAL ME


NEIMËNSTER • FAKE I REAL ME

Corinne Mariaud, FAKE i REAL ME

CE N’EST PLUS L’ARTISTE QUI FICTIONNALISE LE CORPS DANS L’ESPACE, MAIS CE SONT SES MODÈLES QUI INCARNENT, PAR LA RECHERCHE ÉLABORÉE, PERFECTIONNISTE, DE LEUR APPARENCE, LA FICTION MÊME.

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Pierre Coulibeuf, The Warriors of Beauty (2002-2006)

Pierre Coulibeuf, The Warriors of Beauty (2002-2006)

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NEIMËNSTER • LES GUERRIERS DE LA BEAUTÉ

L’ŒUVRE EST UN SIMULACRE : ELLE PRÉLÈVE UN ÉLÉMENT ESSENTIEL DE L’UNIVERS QUI L’INSPIRE ET LE RÉPÈTE SANS CESSE.

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L E S GUE R R I E R S DE L A B E AU T É PI E R R E COU L I BEU F

ARTISTE Pierre Coulibeuf COMMISSAIRES

Alex Reding & Laurence Lochu (avec le soutien de la Galerie Nosbaum Reding, l’Institut français du Luxembourg et neimënster)

Cinéaste d’avant-garde et plasticien, Pierre Coulibeuf développe un projet artistique transdisciplinaire : il réalise des fictions expérimentales qui investissent le champ de l’art, et où les changements d’identité affectent les univers et les artistes qui inspirent ses œuvres. Ses films, tournés en Super 16 ou 35mm, ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux de cinéma comme Locarno ou Rotterdam ainsi que recomposés sous forme d’installations vidéo-photo dans les musées du monde entier. Les Guerriers de la Beauté est une réécriture du monde théâtral de Jan Fabre pour un cinéma de genre : le cinéma fantastique où les personnages ici sont des individus qui s’adonnent à des rituels étranges et absurdes (est-ce que ce sont des fous ?) dans un labyrinthe de murs (est-ce un asile ?). Ces rituels sont traduits par des mouvements chorégraphiques en boucle, sans fin. « Mais pourquoi les fous ne se fatiguent-ils donc jamais ? », dit un personnage du film (Ariane en robe de mariée). L’œuvre filmique est une réinterprétation du monde de Jan Fabre ; c’est une projection dans une autre dimension, fictionnelle, dans un autre monde, énigmatique, inspiré par un mythe grec. L’œuvre filmique n’est pas une imitation, la copie d’un original au sens d’une simple reproduction garantie par la ressemblance. L’œuvre est un simulacre : elle prélève un élément essentiel de l’univers qui l’inspire et le répète sans cesse. La petite image en mouvement de l’installation, une boucle

avec un individu qui essaie de s’envoler et ainsi d’échapper à ce labyrinthe, fait référence également à la mythologie : à la fois Thésée et Icare – une figure double qui résonne avec Ariane (la mariée) perdue dans le film-labyrinthe. Formellement, cette image en mouvement, muette, est une image conceptuelle ; elle conjugue dans une seule action les deux concepts qui structurent et animent la première image en mouvement : la répétition et la différence. En outre, la répétition a également ici une valeur rythmique. Pour le regardeur, la verticalité de l’action répétée à l’infini, comme un motif, casse l’horizontalité de la plupart des actions de la première image. Cette action est reprise en écho plusieurs fois dans la première image en mouvement de l’installation. En outre, en plus de l’installation vidéo, huit photogrammes de film isolent et cristallisent plusieurs séquences significatives du film. Comme dans d’autres œuvres de Coulibeuf, la confrontation – à la fois interne et externe du film (espace d’exposition) – entre le cinéma et la photographie constitue un moment de réflexion sur l’entre-deux, ou encore sur le passage d’un support à l’autre (ici le théâtre, le cinéma et la photographie), ce qui soulève une question philosophique plus complexe sur le rapport entre l’immobilité et le mouvement, l’existence et le destin. Les corps en mouvement, inspirés par l’univers théâtral de Jan Fabre, incarnent une fiction fantastique, le récit est une boucle : sans début ni fin.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

CHAQUE CUBE DE LA SÉRIE CONTIENT DES OBJETS QUE J’AI RASSEMBLÉS DANS DES ENDROITS SPÉCIFIQUES DU LUXEMBOURG TELS QUE DES PARKINGS, DES TERRAINS DE JEUX OU DES FRICHES.

Boris Loder - Junkie Hideout, Luxembourg-Hollerich, 2017, 60 x 84 cm

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NEIMËNSTER • PARTICLES

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PA RT I CL E S BOR I S LOD E R

ARTISTE Boris Loder ORGANISATEUR neimënster

Dans le domaine des études littéraires, le thème de la recherche identitaire est bien établi. Ma série actuelle, Particles, interroge ce concept à travers la photographie considérée comme sculpture, laquelle questionne les identités sociales et géographiques. De qualité sculpturale, semblable aux compressions de César Baldaccini, chaque cube de la série contient des objets que j’ai rassemblés dans des endroits spécifiques du Luxembourg tels que des parkings, des terrains de jeux ou des friches. Plutôt que de représenter l’endroit par une photographie grand angle, mon choix d’opter pour la forme des cubes permet de fournir un aperçu détaillé de son caractère sous un aspect fortement comprimé. La forme stricte et normalisée avec un arrière-plan neutre permet de comparer les différents lieux représentés. Pour créer la forme, les objets sont comprimés dans des cubes de verre acrylique, une substance normalement utilisée pour préserver les artefacts dans les musées. Ici, ils sont utilisés pour conserver les artefacts urbains modernes, ce qui en fait des sujets de recherche archéologique à l’époque de l’Anthropocène. Sur place, ces éléments sont généralement si dispersés qu’ils deviennent invisibles. Cependant, ils racontent l’histoire d’un lieu donné à travers son matériau organique ou inorganique

ou les différentes traces de consommation et d’usage, qui contrastent souvent avec la fonction originelle du lieu. Bien que la série puisse être vue comme une étude de type environnementaliste, l’accent est mis sur son aspect sociogéographique, en ce sens qu’il met au défi les clichés que nous avons de lieux spécifiques. Pour une majorité de gens, le cliché le plus commun qui circule au sujet du paysage urbain du Luxembourg c’est que la propreté y domine ; et même dans la population luxembourgeoise, ces clichés persistent et sont associés aux différents quartiers de la capitale. C’est surtout vrai pour mon quartier, celui de la Gare, alors qu’il jouit d’une très mauvaise réputation en raison du trafic de drogue et de la prostitution. Dans ce domaine particulier, le projet a débuté sous la forme d’une enquête visant à déterminer dans quelle mesure ces préjugés étaient contestables ou, au contraire, pouvaient être confirmés. Qu’il s’agisse d’ustensiles de drogue sur un terrain de jeu, de restauration rapide sur un terrain de sport, de préservatifs à côté d’une église ou d’un squat de drogués près d’une banque prestigieuse, le contraste entre la fonction première du lieu et les préjugés des gens est frappant et permet parfois de constater que certains stéréotypes se vérifient. Boris Loder

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Thilo Seidel

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NEIMËNSTER • REGARDS SANS LIMITES

neimënster FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

R EG A R DS S A N S L I M I TE S

ARTISTES Sylvie Felgueiras, Florian Glaubitz, Thilo Seidel ORGANISATEUR S

Centre Malraux, Saarländisches Künstlerhaus, neimënster

L’exposition s’inscrit dans le cadre de la bourse d’aide à la création en faveur de la Jeune Photographie dans la Grande Région transfrontalière (Lorraine, Luxembourg, Rhénanie-Palatinat, Sarre et Wallonie) en partenariat avec le centre Neimënster. Sélectionnés par un jury transrégional de professionnels, parmi une trentaine de projets d’artistes allemands, luxembourgeois, belges et français, les artistes Sylvie Felgueiras, Florian Glaubitz et Thilo Seidel se sont distingués par la qualité des projets particuliers dépassant de façon singulière la démarche photographique traditionnelle. L’expérimentation photographique chez Sylvie Felgueiras est souvent l’objectif d’une confrontation avec la nature humaine

et l’espace intérieur dans un dialogue “flouté” avec la mémoire. Son travail photographique questionne les nouveaux comportements face à l’image à l’ère du numérique et des réseaux sociaux. Le projet Partagez vos souvenirs montre que cette conduite indépendamment de l’âge ou de la nationalité est en train de changer grâce aux smartphones qui bouleversent la démarche photographique aussi bien au niveau de la prise de vue que du visionnage sur écran. Par rapport à la situation juridique actuelle qui a imposé la protection de l’image de soi, Felgueiras a invité une centaine de personnes à partager leurs souvenirs avec elle. Seulement 10 % des personnes étaient prêts à jouer ce jeu du partage que l’artiste a mis en scène en montrant les images de la mémoire et les gestes des mains associés à cet acte de montrer, en nous laissant toute liberté d’interprétations personnelles.

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Sylvie Felgueiras

Le thème de la mémoire est au centre aussi du travail de Florian Glaubitz. En poursuivant et approfondissant ses recherches sur l’artiste du Bauhaus Margarete Heymann-Loebenstein, il crée un portrait spécifique qui place la reconstruction d’une histoire de l’exil sous le Troisième Reich dans un nouveau champ élargi de la narration documentaire – tout en reflétant de manière critique certains aspects du racisme et des rôles de genre. À travers ce dialogue avec les archives photographiques existantes, il raconte l’histoire de Margarete Heymann-Loebenstein en utilisant différents médias et niveaux de narration qu’il confronte à notre société contemporaine et aux structures dans lesquelles nous vivons. À travers une approche conceptuelle et un sens particulier du graphisme et de la forme, Florian Glaubitz crée des photographies qui interpellent le spectateur par des situations parfois insolites. L’approche artistique du jeune Thilo Seidel, lauréat du Prix d’art Robert Schuman en 2018, membre fondateur et initiateur

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de projets artistiques pour le collectif Tjurip, est aussi marquée par la recherche plastique et conceptuelle de la photographie. En tant qu’artiste, il utilise la caméra photographique et vidéographique non pas pour fixer des moments immédiats, mais plutôt pour explorer l’environnement à travers un questionnement de la perception et de la représentation de la réalité. En déconstruisant les techniques et approches avec la caméra, il s’intéresse davantage à l’absence qu’à la présence, au doute plutôt qu’à la certitude, à la déconstruction plutôt qu’à l’enregistrement. Il aime franchir les espaces, y faire des recherches afin de pouvoir les redécouvrir artistiquement. Ainsi cette édition de Regards sans limites a permis de nouvelles confrontations avec l’image en déconstruisant les genres que les artistes réinterprètent dans leur processus créatif en jouant sur la dichotomie “distanciation / implication”. Paul di Felice


NEIMËNSTER • REGARDS SANS LIMITES

Florian Glaubitz

LES TROIS PHOTOGRAPHES SE SONT DISTINGUÉS PAR LA QUALITÉ DES PROJETS PARTICULIERS DÉPASSANT DE FAÇON SINGULIÈRE LA DÉMARCHE PHOTOGRAPHIQUE TRADITIONNELLE.

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Ezio D’Agostino

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C E N T R E N AT I O N A L D E L’A U D I O V I S U E L ( C N A ) - D I S P L AY 0 1 • N E O s

Centre national de l’audiovisuel (CNA) Display 01 FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

N EO s E ZI O D ’AG OST I N O

ARTISTE Ezio D’Agostino COMMISSAIRE Michèle Walerich

« NEOs se conçoit comme une hypothèse visuelle sur “l’espace capitaliste” qui s’annonce à partir des vestiges visibles de notre ère, un objet trop proche de la Terre pour être vu à la bonne distance. » Ezio D’Agostino Au cours d’une résidence d’artiste de plusieurs semaines au Luxembourg, de 2017 à 2018, Ezio D’Agostino a mené ses recherches autour de l’histoire économique et technologique du Luxembourg, pour interroger l’idée même de développement et de progrès à partir d’un contexte donné. Dans la suite de ses projets antérieurs, Ezio D’Agostino trouve son point d’entrée dans la collaboration avec le paysage. Il part à la recherche des histoires qui le produisent, navigue à travers ses strates et temporalités, pour déconstruire et reconstruire au moyen de l’image. Il visite les lieux symboliques et structurels dans l’histoire du développement du pays, les explore à travers le prisme des différentes phases temporelles : le passé avec l’industrie sidérurgique, le présent avec les services et transactions de sa place financière et le futur avec son programme spatial SpaceResources, visant à donner le cadre à l’étude et l’exploitation minière d’objets célestes à proximité de la Terre.

Ainsi Ezio D’Agostino photographie le détail du plan des galeries dans l’ancienne mine d’Oberkorn, le flambage de l’acier en fusion dans le four à arc électrique de l’aciérie d’Esch-Belval, une boîte pour stocker et cataloguer des métaux rares au Musée national d’histoire naturelle, une collection de gemmes provenant du Zimbabwe sur un marché aux puces, le Radar parabolique au siège principal de la Société européenne des satellites (SES), la tour centrale de la façade de l’immeuble de la Deutsche Bank dans le quartier de Kirchberg, un capteur de fréquence cardiaque dans le hall d’entrée des marchandises au Freeport, un réservoir d’eau dans un centre de données de LuxConnect, un spectromètre de masse à l’Institut de science et technologie du Luxembourg (LIST). Au fil d’un catalogage rigoureux, Ezio D’Agostino retrace l’évolution de la richesse vers plus ou moins de visibilité. Alors que l’exploitation minière a produit une richesse éminemment tangible et a visiblement modelé le paysage, la conversion au secteur financier génère une richesse de plus en plus immatérielle et va de pair avec un paysage de bâtisses en verre et en acier, des matières réfléchissantes qui évoquent la transparence.

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Ezio D’Agostino

L’UNIVERS VISUEL QU’IL DÉVELOPPE EMPRUNTE À L’ABSTRACTION D’UN LANGAGE FAIT DE SIGNES ET DE FORMES.

Avec l’entrée en jeu des SpaceResources, cette idée de dématérialisation connaît un développement ultérieur pour atteindre quelque chose d’encore plus abstrait et invisible, dont seuls les systèmes d’observation et de surveillance hyper-technologiques, voire les spectres de demain pourront nous donner les représentations. Se pose alors la question de savoir comment en rendre compte, comment raconter ce qui n’existe pas encore. Ezio D’Agostino relève le défi en adoptant une démarche qui déjoue les limites de cette représentabilité en opérant dans l’espace ambigu de la valeur objective de l’image même. Il part d’un contexte documentaire pour mettre en scène quelque chose d’inexistant à partir de petites pièces, de restes et de traces du monde actuel. À la recherche d’éléments évocateurs de l’épopée scientifique et spatiale, Ezio D’Agostino laisse entrer l’imaginaire.

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L’univers visuel qu’il développe emprunte à l’abstraction d’un langage fait de signes et de formes, se compose astucieusement à partir d’un répertoire formel élémentaire photographique : choix du noir et blanc, jeu de contrastes, profondeurs, cadrages et échelles. Dans ce récit ouvert, le lien entre l’objet et sa représentation perd graduellement sa signification et son évidence. À une distance relative, des objets familiers entrent en décalage à l’égard d’objets proches de la Terre. NEOs nous sollicite dans notre propre espace de lecture et nous amène image par image, à travers une constellation dynamique tissée de science et de fiction, à nous interroger sur la trajectoire de l’avancement, dans un futur plus ou moins lointain.


C E N T R E N AT I O N A L D E L’A U D I O V I S U E L ( C N A ) - D I S P L AY 0 1 • N E O s

Ezio D’Agostino

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David Seymour © Magnum Photos / Scan de la photographie originale historique de la collection itinérante

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STEICHEN COLLECTIONS

Steichen Collections FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

COL L EC T I ON S PE R MA N E N T E S

Les Steichen Collections au Grand-Duché de Luxembourg rassemblent le patrimoine lié à Edward J. Steichen (1879-1973). La longue carrière de cet artiste américain mondialement connu et d’origine luxembourgeoise a surtout été marquée par la photographie : d’une part, il travaille en tant que photographe prolifique, de l’autre comme directeur au département photographie du Museum of Modern Art (MoMA) à New York, où son travail de commissariat d’exposition a trouvé une résonance internationale.

Plusieurs collections témoignent de son travail créateur au Luxembourg : celles du Musée National d’Histoire et d’Art (MNHA), de la Ville de Luxembourg et du Centre national de l’audiovisuel. Le fonds des Steichen Collections du CNA met en lumière la carrière de curateur de Steichen au MoMA via la réinterprétation de ses deux expositions emblématiques et désormais historiques : The Family of Man (1955) et The Bitter Years (1962). Elles forment aujourd’hui deux ensembles iconiques de la photographie humaniste et documentaire du 20e siècle.

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STEICHEN SAISIT L’ESPRIT DU TEMPS ET DESSINE UNE IMAGE RASSURANTE, INCLUANT TENSIONS ET ESPOIRS, SUR LE FOND DU CONTEXTE HISTORIQUE AGITÉ DE LA GUERRE FROIDE.

The Family of Man, Château de Clervaux, 2019 © CNA / Girtgen Romain

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Dorothea Lange, McDonald Street, 1942. © The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California. Gift of Paul S. Taylor. Scan de la photographie originale historique de la collection itinérante

STEICHEN COLLECTIONS

CNA Clervaux FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

The Family of Man Mémoire du Monde de l’UNESCO Château de Clervaux

T HE FA MI LY OF MA N

En 1955, Edward Steichen conçoit The Family of Man pour le 25e anniversaire du Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Une exposition qui attirera le monde au musée et qui entrera dans l’histoire de la photographie, par son ambition, son succès international et sa réception enthousiaste et controversée à la fois. L’exposition est pensée comme un panorama humaniste visant à tisser des liens entre les peuples via le pouvoir de communication de l’image. Steichen saisit l’esprit du temps et dessine une image rassurante, incluant tensions et espoirs, sur le fond du contexte historique agité de la guerre froide.

Doisneau, August Sander, Ansel Adams… y sont mises en scène d’une manière moderniste et spectaculaire.

503 images de 273 auteurs de 68 pays sont ici sélectionnées pour composer un manifeste pour la paix et l’égalité fondamentale des hommes. Les images d’auteurs tels que Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Dorothea Lange, Robert

Nouvelle publication : The Family of Man Revisited: Photography in a Global Age, Gerd Hurm, Anke Reitz et Shamoon Zamir (ed.), London: Tauris, 2018.

Après une itinérance internationale et décennale, la collection est léguée au Grand-Duché de Luxembourg dans les années 1960. Entrées dans les archives du CNA au moment de sa création en 1989, les photographies originales y sont restaurées et préparées à l’exposition permanente au Château de Clervaux – lieu choisi par Steichen lui-même. Aujourd’hui, la collection fait partie de la Mémoire du Monde de l’UNESCO et est présentée selon une interprétation contemporaine au respect de son histoire.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

STEICHEN LUI-MÊME CONSIDÉRAIT LES BITTER YEARS COMME UN DOCUMENT HUMAIN PARMI LES PLUS REMARQUABLES JAMAIS RENDU EN IMAGES.

John Vachon, Ozark Mountain farmer and family, Missouri, May 1940. Library of Congress, FSAOWI Collection

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CNA Dudelange FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

Walker Evans, Washstand in the dog run and kitchen of Floyd Burroughs’ cabin, Hale County, Alabama, Summer 1935. Library of Congress, FSAOWI Collection

STEICHEN COLLECTIONS

T HE BI T T E R Y E A R S

Edward Steichen – The Bitter Years 1935-1941 Rural America as seen by the Photographers of the Farm Security Administration

The Bitter Years est la dernière exposition réalisée par Edward Steichen en conclusion de sa carrière comme directeur du département de la photographie au sein du Museum of Modern Art (MoMA) à New York. Conçue en 1962, elle est un hommage à la photographie documentaire, rassemblant plus de 200 images issues d’un des plus grands projets collectifs de l’histoire de la photographie, à savoir la documentation réalisée entre 1935 et 1943 par la Farm Security Administration (FSA) sur l’Amérique rurale lors de la Grande Dépression. Sous la direction de Roy Stryker, des photographes aujourd’hui mondialement connus, tels que Walker Evans, Dorothea Lange, Russell Lee et Arthur Rothstein, ont sillonné leur pays pour constituer un imagier bouleversant de l’Amérique en crise. Plus de 200 000 négatifs sont issus de cette commande gouvernementale dont le but était de soutenir la politique du New Deal sous F.D. Roosevelt. Ils sont aujourd’hui conservés par la Library of Congress et font partie de la mémoire collective américaine. Steichen lui-même les considérait comme « les documents humains les plus remarquables jamais rendus en images ». The Bitter Years circule d’abord aux États-Unis, puis en Europe. Lorsque l’exposition

arrive en fin d’itinérance, en 1967, Steichen, en hommage à son pays natal, exprime le souhait de l’envoyer à Luxembourg pour qu’elle puisse y être conservée. Les photographies sont montrées une première fois en 1968 par le Musée National d’Histoire et d’Art du Luxembourg (MNHA). En 1989, elles rejoignent les collections du Centre National de l’Audiovisuel (CNA) fondé en 1989 avec les missions de préserver et de valoriser le patrimoine filmique, photographique et sonore du Luxembourg. Au CNA, les tirages originaux de la collection The Bitter Years sont soigneusement restaurés et digitalisés. Depuis septembre 2012, une sélection thématique est installée à Dudelange, sur le terrain d’une friche industrielle près du CNA, dans l’étonnante galerie du Waassertuerm, un ancien château d’eau datant de 1928 et reconverti en espace d’exposition. Actuellement, la présentation se trouve dans sa deuxième rotation et regroupe les thèmes des Field Workers (travailleurs de champs), Jobless (sans travail), Tents (tentes), Houses (maisons) et Schools (écoles) dans le socle, et le grand chapitre des Sharecroppers (métayers) est montré dans la cuve du Château d’eau. Une prochaine rotation est prévue pour 2021.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Kasedori, Yamagata, Japon. De la série YOKAINOSHIMA © Charles Fréger 2013-2015

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C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • P O R T R A I T, H O R S C A D R E

Clervaux cité de l’image FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

P ORT R A I T, HOR S C A D R E S I X I N STA L L AT I ON S PHOT OG R A PH I Q UE S À CI E L OU V E RT

ARTISTES Susan Barnett, Peter Bialobrzeski, Denis Dailleux, Charles Fréger, Isabelle Graeff, David Spero

Le sujet explore les différentes formes du portrait dans la photographie contemporaine et permet certaines interprétations et libertés dans sa définition, ainsi que dans sa sélection d’images. D’un point de vue formel, l’analyse se réfère peu aux règles traditionnelles du genre. Le concept s’élargit et se retrouve, par exemple, dans la représentation d’une philosophie humaine ou dans la transmission visuelle d’une mémoire subjective, mais aussi dans la description d’actualités mondiales, ou peut-être dans un cliché paysager.

YOKAINOSHIMA – ISLAND OF MONSTERS Charles Fréger Ogres, esprits, fantômes ou bien démons. Sur l’archipel japonais des mythes et des histoires folkloriques ont survécu depuis les temps anciens jusqu’à notre époque. Toute créature fantastique ou surnaturelle est attribuée à la famille désignée par le terme de “yōkai”. Par la constitution géologique de sa patrie le peuple japonais est très exposé aux forces créatrices et destructrices des

L’extension délibérée de la signification du “portrait” permet des réflexions supplémentaires, pourquoi pas en faveur du paysage culturel et de son interprétation ? Cependant, la transcription extensive du genre ne supprime pas ses caractéristiques distinctives. L’ensemble des images exposées dessine un portrait subtil de la société de nos jours et montre divers points de vue : personnels, culturels, fictifs, transitoires.

éléments naturels. La population suit intensément le rythme de la nature et a ainsi conservé des liens spécifiques avec les forces primaires. La croyance en des phénomènes mythiques et irrationnels nourrit l’enfance de l’homme depuis des siècles. Le photographe français Charles Fréger s’intéresse à leur effigie. Pour faire leur portrait, il les place dans un décor inédit qui correspond à son imagination : un paysage spécialement choisi pour soutenir une posture expressive et des gestes chorégraphiés. C’est ainsi qu’il explore tout le potentiel visuel de ses motifs.

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HEIMAT & DIE ZWEITE HEIMAT Peter Bialobrzeski La tentative d’expliquer Heimat par une forme visuelle, évoque le romantisme allemand et ses paradigmes. Le mot provoque une polémique située entre son appropriation dans le contexte privé et son abus sur la scène publique et politique. La dualité est impressionnante : l’aspiration à l’idylle et à l’idéal se trouve confrontée à la peur de la perte et à l’intolérance. Peter Bialobrzeski fait face à cette brisance. Avec son travail Die zweite Heimat (La deuxième Patrie), il complète le discours par une vision actuelle et sobre.

Die zweite Heimat © Peter Bialobrzeski

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C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • P O R T R A I T, H O R S C A D R E

Settlements, The big hut, Tir Ysbrydol, Brithdir Mawr, Pembrokeshire, October 2004. Roundwood timber-frame hut with cob-rendered straw bale walls and turf-covered reciprocal frame roof. Constructed by Tao 2000 © David Spero

SETTLEMENTS David Spero Les Settlements de David Spero dressent le portrait de communautés individuelles en Angleterre qui se sont partiellement séparées de la société dite traditionnelle pour des raisons écologiques.

Dans un langage documentaire, Spero expose le potentiel créatif et l’esprit pionnier de ces groupements à la recherche de nouveaux modes de vie. Il présente des chemins alternatifs soutenus par des initiatives personnelles et une conscience collective. Il décrit des individus engagés dans l’utilisation rationnelle des ressources naturelles, leur restauration et leur protection à long terme.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

NOT IN YOUR FACE Susan Barnett Not In Your Face de Susan Barnett est une collection d’images photographiques qui traite du portrait de façon peu conventionnelle. La série de la photographe américaine est basée sur le motif de la figure vue de dos. Un dos anonyme couvert d’un vêtement illustratif et voyant s’adresse à l’observateur. La communication s’est décalée jusqu’au niveau de la poitrine, voire au dos. Le t-shirt porte un message efficace et direct. Dans l’anonymat protégé de la rue il devient appel indirect. La quête de l’identité est devenue une philosophie qui se confond en idéologie et qui se porte finalement sur les épaules.

Lizard Point, EXIT © Isabelle Graeff

Not In Your Face © Susan Barnett

EXIT Isabelle Graeff Isabelle Graeff part vers l’Angleterre après un décès dans sa famille. Ces antécédents personnels la rendent sensible à l’atmosphère spécifique d’une nation proche du Brexit. Avec ses clichés instantanés Isabelle Graeff semble dessiner un portrait du pays. Tout comme le changement de saison déclenche un changement d’humeur et introduit une transformation atmosphérique, son inventaire pictural évoque des changements. Peut-être ce ne sont que des impressions subjectives qui, rétrospectivement, amènent le travail photographique en relation avec le Brexit et donnent ainsi le titre.

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C L E R V A U X C I T É D E L’ I M A G E • P O R T R A I T, H O R S C A D R E

Tante Juliette © Denis Dailleux / Agence VU’

TANTE JULIETTE Denis Dailleux Dans la série Tante Juliette le regard de Denis Dailleux est renvoyé de façon ludique et unique par celui de sa grand-tante. Le dialogue entre les deux personnages est en constante alternance, la série apparaît comme un rapport de force.

Cette tante Juliette est un fort caractère : elle joue la reine, pose en fermière, paraît comme grand-mère, défie l’âge qui la montre fragile, mais par son regard elle se révolte. Elle confronte le photographe et revendique le champ visuel comme étant son territoire. Quel portrait ! La dame du jeu.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

LaToya Ruby Frazier, Mr. Yerby and Mom’s foot, 2005, de la série The Notion Of Family, Épreuve gélatino-argentique, 50,8 x 40,6 cm, Collection Pinault, © LaToya Ruby Frazier

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MUDAM LUX EMB OUR G – MU SÉE D ’AR T MODERNE GR AND -DUC JE AN • L ATOYA RUBY F R A ZIER

Mudam Luxembourg Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

L AT OYA RUBY FR A ZI E R

ARTISTE LaToya Ruby Frazier COMMISSAIRE Christophe Gallois

Depuis le début des années 2000, LaToya Ruby Frazier développe une pratique photographique à la fois personnelle et militante, en prise avec les réalités sociales, politiques et économiques qui traversent les sociétés contemporaines. Se faisant le porte-voix d’une classe ouvrière laissée pour compte et traitant de sujets tels que la désindustrialisation, la justice environnementale, l’inégalité d’accès aux soins ou les discriminations raciales, son œuvre rend visible des personnes, des lieux et des enjeux qui demeurent habituellement dans l’ombre : « L’activisme prend place quand des images de quelque

chose qui n’était pas visible deviennent disponibles », affirme l’artiste. Creuset d’influences variées, son œuvre renouvelle l’approche documentaire en l’envisageant du point de vue de l’intime. Réalisée entre 2001 et 2014, l’ambitieuse série qui l’a faite connaître, The Notion Of Family, témoigne ainsi du déclin de sa ville natale, Braddock, ancienne capitale de l’acier de la banlieue de Pittsburgh en Pennsylvanie, à travers l’expérience de trois générations de femmes : sa grand-mère, sa mère et elle-même. À partir de parcours personnels, l’artiste fait émerger une histoire collective et des problématiques de portée universelle. « Braddock est partout », dit-elle.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

LaToya Ruby Frazier, Mom Making an Image Of Me, 2008, de la série The Notion Of Family, Tirage gélatino-argentique, 50,8 x 61 cm, Collection Solange et Michel Rein, © LaToya Ruby Frazier

L’exposition de LaToya Ruby Frazier au Mudam Luxembourg réunit, autour d’un groupe d’images de la série The Notion Of Family, deux ensembles photographiques mettant en avant la cohérence de son œuvre tout autant que la richesse des dynamiques qui l’animent entre l’objectivité du document et la subjectivité du regard, entre intimité et altérité, entre vie personnelle et histoire sociale. Présenté pour la première fois en Europe, On the Making of Steel Genesis: Sandra Gould Ford (2017) est le fruit d’une collaboration avec Sandra Gould Ford, photographe et écrivaine, qui fut employée de la Jones & Laughlin Steel Company à Pittsburgh et documenta de multiples manières la vie dans les usines et

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leur fermeture. Il associe des portraits de Sandra Gould Ford à des reproductions de documents décrivant les conditions de travail dans les usines. La série Et des terrils un arbre s’élèvera (2016-2017) résulte quant à elle d’un ambitieux projet réalisé dans le Borinage, près de Mons, en Belgique – une région qui fut l’un des principaux sites de production de charbon au 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle. Elle combine des photographies grand format dépeignant les paysages façonnés par cette histoire industrielle et ouvrière, dont plusieurs prises d’un point de vue aérien, avec des séquences d’images issues de rencontres avec d’anciens mineurs et leurs familles.


MUDAM LUX EMB OUR G – MU SÉE D ’AR T MODERNE GR AND -DUC JE AN • L ATOYA RUBY F R A ZIER

À PARTIR DE PARCOURS PERSONNELS, L’ARTISTE FAIT ÉMERGER UNE HISTOIRE COLLECTIVE ET DES PROBLÉMATIQUES DE PORTÉE UNIVERSELLE.

LaToya Ruby Frazier, Mom and Her Boyfriend, Mr. Art, 2005, de la série The Notion Of Family, Tirage gélatino-argentique, 40,6 x 50,8 cm, Collection Hoche Partners Luxembourg, © LaToya Ruby Frazier

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Valérie Belin, Vitrines Luxembourg, 2003, Tirage au gélatino bromure d’argent sur papier à support baryté, 150 x 125 cm, Collection Mudam Luxembourg, Commande 2004 © Valérie Belin

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MUDAM LUX EMB OUR G – MU SÉE D ’AR T MODERNE GR AND -DUC JE AN • F IGUR E S SENSIBLE S

FIGURES SENSIBLES OFFRE UNE RÉFLEXION SUR LE MÉDIUM À TRAVERS LA QUESTION DE LA REPRÉSENTATION ET DE LA FAÇON DONT LES EFFETS DE L’IMAGE INFLUENCENT NOTRE APPROCHE DU RÉEL.

Mudam Luxembourg Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

F I GUR E S S E N S I BL E S PHOT OG R A PHI E S D E L A COL L ECTI O N M UDA M

ARTISTES Bernd et Hilla Becher, Valérie Belin, Sophie Calle, Roland Fischer, Nan Goldin, Shirin Neshat, Martin Parr, Pasha Rafiy, Mitra Tabrizian, Wolfgang Tillmans, Kyoichi Tsuzuki

Dès les débuts de la collection du Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean au milieu des années 1990, la photographie, aux côtés de la peinture et de la sculpture, a constitué un des axes forts de la politique d’acquisition. Le premier ensemble, constitué de 23 photographies et acheté sous l’égide du Fonds culturel national (FOCUNA), n’a par la suite jamais cessé de s’étoffer et, avec l’ouverture du Mudam en 2006, son évolution reflète à maints égards la dynamique de la collection elle-même, résolument ancrée dans la période contemporaine.

La présentation Figures sensibles dévoile une sélection d’œuvres majeures issues de ce fonds photographique. Elle offre une réflexion sur le médium à travers la question de la représentation et de la façon dont les effets de l’image influencent notre approche du réel. Articulée autour des notions de territoire et de figure au sens large du terme, elle explore différents aspects de la pratique photographique contemporaine et rassemble douze artistes originaires d’Europe, d’A sie, du Moyen-Orient et d’Amérique du Nord, parmi lesquels certains ont ouvert la voie aux expressions photographiques d’aujourd’hui et marqué plusieurs générations d’artistes.

COMMISSAIRES

Lisa Baldelli, Marie-Noëlle Farcy

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Bernd & Hilla Becher, 18 Hauts Fourneaux, 1969-1986, 172 x 282,5 cm, Collection Mudam Luxembourg , Apport Focuna – Acquisition 1996 Vue de l’exposition Figures sensibles, photographies de la Collection Mudam, Mudam Luxembourg, 31.01.2019 – 22.09.2019 © Photo : Rémi Villaggi / Mudam Luxembourg

C’est notamment le cas de Bernd et Hilla Becher (1931-2007 / 1934-2015) qui, s’inscrivant dans la tradition de la photographie documentaire du début du 20e siècle, ont inventorié un monde industriel en voie de disparition. Les images des hauts-fourneaux prises en Lorraine, en Wallonie et dans le sud du Luxembourg témoignent d’une ère révolue et, en filigrane, des mutations qui l’ont suivie. C’est là l’un des aspects de la collection photographique du Mudam qui, par le biais de commandes spécifiques, offre une articulation inédite entre le territoire dans lequel elle s’inscrit et la création contemporaine : Valérie Belin (*1968) photographie ainsi les vitrines de la capitale luxembourgeoise cependant que Martin Parr (*1952) illustre avec humour certaines des caractéristiques de la vie sociale au Grand-Duché.

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Le regard des artistes présentés dans Figures sensibles révèle aussi la complexité et la richesse du rapport qu’ils entretiennent avec le réel. Oscillant entre enquête et fiction, Sophie Calle (*1953) ou Pasha Rafiy (*1980) exploitent, dans leurs périples respectifs à travers Venise et New York, le potentiel narratif des images, tandis que les mises en scène immersives d’inconnus passionnés de mode par Kyoichi Tsuzuki (*1956) recomposent une réalité nouvelle. Ses clichés révèlent pourtant en creux, de manière sensible, autant de personnalités, et trouvent un écho dans l’atmosphère intimiste des images de Nan Goldin (*1953) et l’univers foisonnant de Wolfgang Tillmans (*1968) dont les portraits puisent par ailleurs dans la tradition picturale.


MUDAM LUX EMB OUR G – MU SÉE D ’AR T MODERNE GR AND -DUC JE AN • F IGUR E S SENSIBLE S

Kyoichi Tsuzuki, Happy Victims : Paul & Joe, 2001/2002, Photographie couleur, 80 x 102 cm, Collection Mudam, Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Acquisition 2003 © Kyoichi Tsuzuki

Wolfgang Tillmans, 22 portraits, 2000 – 2018, Impression chromogène et impression jet d’encre, 150 x 742 cm, Collection Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Acquisition 2018 Kyoichi Tsuzuki, Happy Victims : Paul & Joe, 2001/2002, Photographie couleur, 80 x 102 cm, Collection Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Acquisition 2003 Vue de l’exposition Figures sensibles, photographies de la Collection Mudam, Mudam Luxembourg, 31.01.2019 – 22.09.2019 © Photo : Rémi Villaggi / Mudam Luxembourg

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Daniel Wagener, Sans titre, 2018

Sébastien Cuvelier, Eunma Town #1

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Raoul Ries, Stevenage, 2018


LUC A LUXEMB OURG CENTER FOR ARCHITE C TURE • É TAT DE S LIEUX

LES BÂTIMENTS CONSTRUITS PAR L’HOMME DEVIENNENT LES INDICES RÉVÉLATEURS D’UN MONDE QUI S’OUVRE À NOUS : CELUI DE L’HUMAIN ET DE SON ENVIRONNEMENT.

LUCA

Luxembourg Center for Architecture FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

É TAT DE S L I EUX

ARTISTES Éric Chenal, Sébastien Cuvelier, Serge Ecker, Andrés Lejona, Raoul Ries, Daniel Wagener COMMISSAIRE

Cristina Dias de Magalhães

Le LUCA Luxembourg Center for Architecture a le plaisir d’accueillir les six artistes-photographes Éric Chenal, Sébastien Cuvelier, Serge Ecker, Andrés Lejona, Raoul Ries et Daniel Wagener. Figurant parmi les lauréats des éditions précédentes de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg, ils invitent l’observateur à découvrir l’espace urbain et architectural selon leurs différentes approches et pratiques photographiques. Marqués par l’histoire, les traces laissées par le temps, la nature et leurs habitants, les bâtiments construits par l’homme pour l’homme sont autant de reflets d’une société. Ils attestent d’une manière de penser et de vivre le monde, tout en divulguant les comportements d’une communauté. Ces prélèvements dans le réel forment un “état des lieux” et demandent à être questionnés, analysés et interprétés. Ils deviennent ainsi les indices révélateurs d’un monde qui s’ouvre à nous : celui de l’humain et de son environnement. Eunma Town de Sébastien Cuvelier raconte l’histoire des rêves successifs de tout un pays, la Corée du Sud, vus à travers

le prisme d’un grand ensemble symbolique construit en 1979, juste avant le renouveau économique coréen. Trois générations à la poursuite d’une vie meilleure se sont succédées dans ces murs aujourd’hui fissurés et désuets, mais loués à prix d’or en raison de la localisation d’Eunma Town au sein du quartier de l’éducation privée, industrie florissante dans ce pays obsédé par la réussite. Les New Towns (Villes Nouvelles) photographiées par Raoul Ries ont été planifiées et construites après la Seconde Guerre mondiale pour reloger les populations britanniques ayant perdu leurs maisons. Elles ont été conçues pour promouvoir le logement unifamilial et leurs quartiers visent à imiter une structure de village. Les premières New Towns ont été conçues et construites entre 1946 et 1950. Cette série de photos explore l’évolution au cours des décennies de huit d’entre elles, toutes situées dans un périmètre d’une heure autour de Londres. Bien que quelques traces des idées originales soient encore visibles, les villes nouvelles actuelles montrent comment une grande majorité de la population vit en Angleterre aujourd’hui.

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Andrés Lejona, Relax, Zorrotzaurre

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Par son travail Serge Ecker illustre le fait que l’architecture est créée par l’homme pour l’homme, et que les ruines sont les vestiges de cette architecture et infrastructure d’origine humaine. Les ruines sont définies et générées par l’absence de l’homme et de fonction des constructions qui sont à leur origine. Son travail examine et explore la relation entre le dur et le mou en retranscrivant et traduisant des textures issues de lieux perdus et déserts, de bâtiments abandonnés et de non-lieux. Éric Chenal découvre au printemps 2013 la maison Wolfers, une commande privée réalisée à Ixelles en 1929-30 par Henry Van de Velde, occupée depuis 1977 par le médecin-radiologue et collectionneur d’art conceptuel Herman Daled. Plusieurs visites suivent pour permettre de présenter des dialogues noués autour de cette demeure singulière et des images qui “partent” de l’histoire.

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À travers 5 photographies extraites d’un projet plus large, Andrés Lejona met en lumière des bâtiments qui sortent de l’ordinaire. Les architectures illustrées ne sont pas toujours belles ou grandioses, mais surprennent par leur originalité et leur utilité. Ces bâtiments ont un côté surprenant, un peu ironique et parfois surréaliste, qui les rendent dignes d’être photographiés et de les prendre au sérieux. Le travail de Daniel Wagener se situe entre graphisme, mise en scène et urbanisme. À travers ses photographies, il met l’accent sur les objets et les paysages urbains qui lui sont familiers, et à travers lesquels il peut transgresser en prenant des clichés isolés de la réalité. Il documente ainsi les traces laissées accidentellement par les humains et l’absurde normalité de la mise en scène du quotidien.


LUC A LUXEMB OURG CENTER FOR ARCHITE C TURE • É TAT DE S LIEUX

Serge Ecker, Gren Fallout Texture for 3D-Displacement

Éric Chenal, Sans Titre, prise de vue numérique 26 février 2014, impression grand format (la technique et les dimensions sont à l’étude)

Serge Ecker, HTD 49°31’21.0”N 5°53’38.6”E, 2015, 70 x 150 cm, knitted wool

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Ruth Stoltenberg, Apach, Frankreich, 2014

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

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GALERIE CLAIREFONTAINE • SCHENGEN

Galerie Clairefontaine FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

S CHE NGE N U N E ŒU V R E PHOT OG R A PHI QU E DE RUTH ST O LTE N B E RG

ARTISTE Ruth Stoltenberg COMMISSAIRE

Marita Ruiter

Schengen est un petit village viticole luxembourgeois qui partage une frontière avec la Sarre allemande et la Lorraine française. C’est ici que l’accord visant à éliminer les contrôles aux frontières intra-européennes (l’espace Schengen) a été signé. Et pourtant, cet accord, symbole de la compréhension internationale et de la coexistence réussie de différentes cultures et nationalités s’est heurté, au sens le plus vrai du terme, à un mur. La photographe Ruth Stoltenberg a grandi dans ce triangle frontalier dans les années 1960 et 1970 et s’est occupée durant trente ans à explorer les conséquences de l’ouverture des frontières sur les différentes cultures et modes de vie des habitants de ces trois régions. En se référant au modèle Schengen, elle s’est demandé : l’identité nationale est-elle visible ? Y a-t-il visuellement des

différences entre les villages de ces trois régions, par exemple dans l’habitat, les jardins, les rues ou espaces verts, qui vous permettent de dire dans quel pays vous êtes ? Ou alors la région, façonnée par la culture du vin et de l’agriculture, a-t-elle un caractère unique et transnational ? Ruth Stoltenberg se concentre sur les petites choses de la vie quotidienne dans principalement trois communes, Schengen au Grand-Duché de Luxembourg, Perl en Allemagne et Apach en France ainsi que sur les petits villages à proximité immédiate. Dans sa photographie, elle se concentre sur les objets, tout en permettant au plus petit détail de parler de lui-même, dans un langage très formel. Quant à la question de savoir en quel endroit les images ont été prises, la photographe reste volontairement muette – ce n’est que dans l’index respectif que le lieu de prise de vue est révélé.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

QUANT À LA QUESTION DE SAVOIR EN QUEL ENDROIT LES IMAGES ONT ÉTÉ PRISES, LA PHOTOGRAPHE RESTE VOLONTAIREMENT MUETTE.

Ruth Stoltenberg, Schengen-Remerschen, Luxemburg, 2015

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GALERIE CLAIREFONTAINE • SCHENGEN

Ruth Stoltenberg, Kirsch-les-Sierck, Frankreich, 2015

Wolfgang Zurborn a déclaré : « C’est un grand défi de ne pas succomber au poids d’un sujet si complexe comme l’Europe, où la situation est devenue très explosive devant le populisme et le nationalisme émergents. Heureusement, Ruth Stoltenberg ne cherche pas de sujets illustrant la politique et, ce faisant, met en valeur les différences entre les différentes identités nationales dans les villages du triangle frontalier. Au contraire, elle s’appuie sur ses images intérieures, marquées par l’enfance et les souvenirs, ce qui lui permet d’entrer dans un curieux dialogue avec l’aspect contemporain de ces villages. Son regard est plein d’empathie pour les gens qui y vivent, mais elle a aussi suffisamment de distance pour porter un regard clairvoyant sur les absurdités de la vie quotidienne avec un grand sens de l’humour. C’est précisément l’entrelacement d’une subjectivité très personnelle avec une approche analytique du contexte politique qui constitue la particularité et la qualité de ce travail photographique. »

Schengen a été récompensé par des prix nationaux et internationaux et a été publié sous forme de livre en octobre 2018 par le Kehrer Verlag. Le livre fait partie de la collection Martin Parr à la Tate Modern de Londres et une série de photographies fait partie de la collection photographique du CNA (Centre National de l’Audiovisuel) à Luxembourg. À propos du photographe Ruth Stoltenberg (*1962) a suivi une formation de photographe à la Neue Schule für Fotografie à Berlin ainsi qu’à la Lichtblick School de Cologne, après avoir travaillé comme rédactrice de télévision. Elle développa rapidement sa propre signature artistique et a réalisé de nombreux projets à long terme. Le travail de l’artiste est principalement axé sur un intérêt prononcé pour des lieux façonnés, abandonnés ou chamboulés par l’histoire. Son travail est entré dans un certain nombre de collections, bénéficie d’une belle exposition et est reconnu et publié sur un plan national et international.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Jorge Molder, de la série Malgré lui, 2019

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CEN TRE CULTUREL P ORTUG AIS - C AMÕE S • MALGR É LUI

C e n t r e C u l t u r e l Portugais - Camões FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

MA LGR É LUI JOR G E M OL D E R

ARTISTE Jorge Molder

Tape-le fort sur la tête ! Encore plus fort ! Tu vas voir que ça s’arrête de bouger. C’est toujours comme ça.

attendait le client avec le plateau métallique placé comme un porte-documents sous le bras de son smoking funèbre.

Évidemment déconcertante et presque à point de rupture, cette phrase me semble être une bonne porte d’entrée à ce recueil d’images que j’ai décidé d’appeler Malgré lui, sans bien encore connaître tous les tenants de ce choix.

Étant ami des patrons, j’ai été autorisé à prendre les photographies dans le café fermé, en bénéficiant de la collaboration des serveurs qui n’attendaient évidemment aucune commande d’aucun client. Il faut dire au passage qu’ils ont trouvé certains de mes caprices très étranges. Celui du plateau est exemplaire : j’ai fait d’innombrables images de cette situation, des images que j’ai interrogées toujours avec une grande attention, me demandant sans cesse lequel de mes clichés rendait le geste plus parlant. J’en ai conclu que la lisibilité que je cherchais se trouvait dans l’une des images où le temps avait légèrement traîné et où la netteté était moindre.

Il y a quelques jours, je parlais à un ami de certaines photos que j’ai prises il y a un peu plus de trente ans dans un café de Lisbonne, peut-être le plus ancien. J’avais passé quelques jours à observer les serveurs, leurs mouvements, leurs pauses, leurs façons de préparer le service et, surtout, leur attente. À cette époque, Lisbonne était une ville plus paisible, et il était naturel d’attendre les clients. Alors le serveur, cet homme patient,

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Jorge Molder, de la série Malgré lui, 2019

JE ME RENDS COMPTE QUE FINALEMENT J’AI TOUJOURS TRAVAILLÉ EN FONCTION DES INNOMBRABLES STRATAGÈMES DU TEMPS, DE SES TRANSFORMATIONS ET DE SES PETITS ET GRANDS ACCIDENTS IMPOSSIBLES À ÉNUMÉRER.

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CEN TRE CULTUREL P ORTUG AIS - C AMÕE S • MALGR É LUI

Jorge Molder, de la série Malgré lui, 2019

Cette remémoration m’a conduit à la série que j’expose maintenant, où la vie se mêle tant à la mort. Comme les serveurs que j’ai appelés « Waiters » – vu que le mot anglais permet de mieux voir cette pause et cette anticipation – ici, dans Malgré lui, il y a aussi un mouvement d’approche et d’attente de quelque chose d’ultime qui se produira un jour.

stratagèmes, ses façons qui nous surprennent lorsque nous en percevons les signes, ses transformations et tant d’autres petits et grands accidents impossibles à énumérer. Le temps réunit aussi, il fait grandir et même nous fait l’affront de donner du sens à tout ce qui tôt ou tard est condamné à disparaître.

En attendant, nous pouvons anticiper une infinité de masques auxquels nous pouvons attribuer les caractéristiques les plus diverses dont celle où ils cessent un jour de bouger, si tant est qu’ils aient jamais bougé.

C’est pourquoi je pense qu’il est inévitable de frapper, de frapper fort, de frapper avec conviction, même s’il s’agit seulement d’un de ces désirs qui passent, qui finissent par disparaître comme tout le reste d’ailleurs.

Mais en réfléchissant au temps, je me rends compte que finalement j’ai toujours travaillé en fonction de ses innombrables

Jorge Molder

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Florence Iff, Adele

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

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Florence Iff, Memoryscape

MOB-ART STUDIO • FLORENCE IFF

MOB-ART studio FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

F LOR E NCE I FF

ARTISTES Florence Iff, Manon Moret

J’ai commencé à prendre des photos avec l’appareil photo de mon grand-père quand j’avais douze ans, développé et imprimé dans le laboratoire en autodidacte, expérimenté beaucoup aussi durant les cours à l’École des arts et au PCI, et je continue à avoir du plaisir à faire de la photographie mon médium principal. Pour cette raison, je me considère plus comme une artiste qu’une photographe. Et puisque j’enseigne la photographie, j’apprends encore de nouvelles manières de percevoir les choses avec mes étudiants, ce qui est aussi très inspirant.

ginaire en associant des photographies trouvées sur internet avec des images de magazines que je découpais et scannais, des photographies d’imagerie médicale et des images analogiques, images sorties de mes propres archives ou trouvées aux marchés aux puces.

Mon approche de la photographie n’est pas exclusivement classique, je m’intéresse surtout à ce qui se cache derrière la surface d’une image plane, ce qui habite la photographie comme moyen, d’explorer ses possibilités et ses limites. J’ai souvent mélangé les médias et exploré les limites de l’ima-

Mon inspiration provient de sources à la fois philosophiques, politiques, scientifiques et culturelles. Cela me prend habituellement plusieurs années pour explorer un sujet dans toute son étendue et complexité et réaliser une série selon un thème donné.

Certaines séries sont composées à partir de photographies ordinaires selon un concept contextuel et qui donc apparaissent souvent comme si elles étaient numériquement manipulées, mais ne le sont pas.

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Manon Moret, Corps #13

EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

MANO N M OR E T ME S MOT S

On y parle de performance, d’écriture et de photographie. C’est un jeu entre la réalité matérielle et la réalité psychique par la juxtaposition des mots écrits sur les corps, supports vivants et mémoires éphémères d’un échange en liberté. C’est un exutoire spirituel, une parenthèse intime de deux à quatre jours entre le modèle et l’artiste où le modèle s’abandonne et brave ses pudeurs intimes.

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C’est un moment suspendu, hors du tumulte quotidien, des agendas et de ses activités, où le rapport à la peau, à sa texture, à son odeur est complet et en dialogue constant. C’est un travail d’introspection, sur le rapport entre le corps et le mot, visant à approcher une part de vérité, à retrouver et à déverser les pensées qui encombrent l’esprit tant du modèle que de Manon Moret. Chaque photo immortalise ainsi le fruit privilégié d’une rencontre forte et complice.


Manon Moret, Corps #6

MOB-ART STUDIO • MANON MORET

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Krystyna Dul, Pube, 2017

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P ORTFOLIO RE VIE W ÉDITION 2 01 7 • RÉ VÉL ATION(S)

Portfolio Review Edition 2017 FOR ENGLISH TEXT SEE THE SUPPLEMENT

R É V É L AT I ON (S ) PORTFOLIO – PL ATEFORME – LUXEMBOURG ÉDITION 2017 CARTE BLANCHE AUX ARTISTES-PHOTOGRAPHES SÉLECTIONNÉS EN 2017

ARTISTES Sven Becker, Krystyna Dul, Robert Frankle, Sylvie Guillaume, Andrés Lejona, Ann Sophie Lindström, Boris Loder, Raoul Ries, Daniel Wagener

Les pages suivantes sont dédiées aux neuf lauréats qui ont présenté leurs portfolios lors de la deuxième édition de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg en 2017. Afin de faire découvrir leur démarche et leur univers photographique au lecteur, les lauréats de l’édition 2017 ont ainsi été invités à présenter une série photographique dans le catalogue du Mois européen de la photographie 2019. Créée par Café-Crème asbl et l’Université du Luxembourg dans le cadre du Mois européen de la photographie au Luxembourg et élaboré par Cristina Dias de Magalhães, la première édition de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme a eu lieu en avril 2015 à l’Abbaye Neumünster (Neimënster) à Luxembourg. La deuxième édition a eu lieu le 26 avril 2017 au Cercle Cité à Luxembourg. Pour cette édition 2017, les lauréats ont été invités à expliquer leurs projets photographiques (présentation de dix minutes en anglais) devant le public et un jury d’experts internationaux de l’image composé par Thomas Licek, directeur de Eyes On – Monat der Fotografie (Vienne, Autriche), Jean-Luc Soret, commissaire d’exposition à la Maison Européenne de la Photographie (Paris, France), Christian Gattinoni, professeur à l’école nationale supérieure de photographie à Arles et rédacteur en chef de lacritique.org (Arles, France), Alessandra Capodacqua, curatrice (Florence, Italie), Nathalie Herschdorfer, directrice du Musée des Beaux-Arts de Le Locle (Le Locle, Suisse), Marion Hislen, directrice du festival Circulation(s) (Paris, France) et Gabriella Uhl, curatrice indépendante et membre du comité de Fotohonap – Hungarian Month of Photography (Budapest, Hongrie). À l’issue des présentations, les participants ont pu commenter à une table individuelle leurs photos, leur publica-

tion ou autre documentation et échanger individuellement avec les experts présents. Le but de Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg est de créer des opportunités pour les artistes-photographes luxembourgeois et pour ceux qui ont déjà exposé au Luxembourg : leur rencontre avec des experts internationaux de renommée peut aboutir à de futurs projets d’expositions ou de publications pour les participants. Ainsi Boris Loder a été invité par le membre de notre jury d’expert, Marion Hislen, à montrer son travail photographique Particles lors du Festival Circulation(s) 2018 à Paris. Il a aussi exposé cette série au Musée d’art contemporain Benaki lors du Athens Photo Festival 2018. Daniel Wagener a reçu le prix Edward Steichen Luxembourg Resident in NY en 2017. La même année, il devient aussi le lauréat du 1er stART-up Studio, soutenu par le fonds stART-up de l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte et a présenté son Riso Printshop durant les Rencontres d’Arles 2017. Krystyna Dul a obtenu la bourse de création CNA 2017 pour son projet photographique Résonance. Ce même projet a été sélectionné cette année par l’association Lët’z Arles et investira la nef latérale droite de la Chapelle de la Charité lors des Rencontres d’Arles 2019. Ce projet est également soutenu par le programme stART-up de l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte. En 2018, Raoul Ries a reçu la bourse de création CNA 2018 pour son projet photographique The New Towns, et Ann Sophie Lindström, également lauréate de la bourse de création CNA 2017, a obtenu le prestigieux prix Goldene Lola – Deutscher Kurzfilmpreis 2018 (Gold, German Shortfilm Award) pour son documentaire The Bitter with the Sweet.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

KRYSTYNA DUL – RÉSONANCE

Sven Becker, Terminus is an option – 10, 2018

On peut définir “résonance” comme « un son puissant, clair et persistant ». Le terme fait également référence à « une qualité qui donne une signification personnelle ou importante à une personne ». Je crois que les sons et les histoires peuvent résonner à travers le temps, l’espace et la matière. Cela ne dépend que de notre perception et de notre faculté de les capturer. Résonance raconte la solitude d’un homme âgé et évoque les femmes qu’il continue de désirer. C’est l’histoire d’une jeunesse qui n’est plus, victime du temps impitoyable, d’une imagination débordante qui dompte la réalité insupportable et enfin d’une activité créative comme antidote à la solitude. Mon idée de départ était de documenter en image une vieille maison à laquelle j’ai eu accès. Cependant, de photo en photo, j’ai senti en ce lieu, imprégné d’érotisme, la présence d’une énergie fortement masculine. J’ai découvert des magazines pornographiques couverts de poussière, des images de femmes nues détourées en silhouettes en présence d’hommes vêtus, désireux de posséder et de s’approprier les corps de ces

jeunes femmes par le geste ou un regard. On avait trouvé une collection de vieilles photos d’anciennes amies, des extraits de journaux montrant des femmes, leur corps emprisonné dans des cadres-photo et des albums. L’ancien propriétaire s’était approprié tout cela, avait photographié, multiplié et encadré sans répit… Pour finir, il est devenu le héros de ma série, bien que l’occasion de le rencontrer ne fût jamais donnée. Je voulais me glisser dans sa peau, comprendre la démarche de mon protagoniste. En découvrant les recoins de son domicile, j’ai essayé de pénétrer son esprit, de reconstruire les associations qu’il avait eues et de suivre ses modes de perception. Ces images empruntées aux magazines pornos à la trame prononcée saisissent la réalité dans un filet dense d’allusions sexuelles, elles effacent la perception que nous avons de cet espace et profanent son innocence, son aspect digne. Les photos d’archives – comme dans un kaléidoscope – vibrent de souvenirs confus. Le côté ordinaire des intérieurs exposés ici est bouleversé, suscite l’anxiété et nous alarme. Les rêves deviennent discrètement matière et les sensations éclatent de manière compulsive dans la mémoire. L’air vibre de désir.

Sven Becker, Terminus is an option – 5, 2018

SVEN BECKER – TERMINUS IS AN OPTION Terminus is an option est une série de photos révélant l’état que suscite un conflit mental. S’y exprime le sentiment que beaucoup de choses ne sont pas claires ; c’est une tentative de voir par-delà ou à travers les choses, ce vers quoi l'esprit et le corps devraient tendre. C’est une vision abstraite d’une mise en relation, d’une dissimulation, la présence d’obstacles, la façon de s’échapper ou de ce qu’il est impossible d’atteindre, une expérience que les gens font au cours de leur vie. C'est un questionnement personnel que le projet tente d’exposer en filigrane à travers cette série de paysages et de situations.

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P ORTFOLIO RE VIE W ÉDITION 2 01 7 • RÉ VÉL ATION(S)

ROBERT FRANKLE Ce travail se résume en une série d'autoportraits pris pendant les premiers instants après le réveil pendant un certain nombre de jours. Il se compose à la fois de photos et d'une vidéo. Les images illustrent un moment intime et vulnérable pendant lequel on échappe aux regards des autres. Ce n’est pas seulement un moment où, normalement, l’on ne s’expose pas au monde, mais également un moment pendant lequel beaucoup de gens se regardent à peine. L’intention à la base était de faire des photos pendant les premiers instants après le réveil de sorte à obtenir des images d'un moment où l'on ne pose pas devant la caméra. Ironiquement, le résultat véhicule un fort sens de théâtralité. Les images photographiques, des images fixes, transmettent une partie du mouvement de cet instant, tandis que la vidéo, des images en mouvement, reflète le fait que le mouvement au réveil est souvent un peu ralenti et pas encore tout à fait conscient.

Robert Frankle, First Gaze, 2011, installation avec vidéo HD (4’ 41”) et photo (60 x 40 cm)

Robert Frankle, First Gaze, 2011, installation avec vidéo HD (4’ 41”) et photo (60 x 40 cm)

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Guillaume Sylvie , « Sans titre » – 2014 – 30 x 25 cm – Tirage Hahnemühle 305g Sylvie Guillaume, « Sans titre » – 2016

SYLVIE GUILLAUME – PLANTER DANS TES YEUX CLAIRS LA CLÉ DE LA FUNESTE DISPARITION Planter dans tes yeux clairs la clé de la funeste disparition est un travail réalisé à partir d’illustrations redécouvertes dans certains livres pour enfants de la propagande jéhoviste que j’étais tenue d’étudier plus jeune au sein de ma famille. Avec pour accomplissement la vie éternelle sur une terre transformée en paradis et débarrassée du “présent système de choses”, l’étude intensive de ces croyances entraîne un détachement progressif du réel, dans le but de s’établir dans l’univers symbolique du sacré et du divin. Jadis partagée entre l’extase d’échapper à la mort et l’effroi de la fin imminente, je me tiens aujourd’hui, face à ces représentations fondatrices, dans une relation perturbée qui semble m’empêcher de trouver refuge et consolation.

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P ORTFOLIO RE VIE W ÉDITION 2 01 7 • RÉ VÉL ATION(S)

Andrés Lejona, Portrait de Mme. Odile Simon, directrice du “Cube 521” Centre Culturel à Marnach, 2018

Andrés Lejona, M.Wagner l’habitant le plus agé de Clervaux et grand passionné de la pêche, 2018

ANDRÉS LEJONA Ces images font partie d’un ensemble plus large réalisé dans le cadre d’un travail commandité par Clervaux, cité de l’image. Ma proposition consistait à effectuer une recherche à partir d’histoires hors du commun qui circulaient parmi les habitants de la région de Clervaux. Cette région est connue comme une importante destination touristique du pays. Le projet essaye de montrer ce qui se cache au regard ordinaire. L’objectif principal est de révéler bon nombre d’histoires personnelles ou familiales pour mettre en valeur les habitants, leur côté humain.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Ann Sophie Lindström, The Bitter with the Sweet

ANN SOPHIE LINDSTRÖM – CONTEUR VISUEL Ann Sophie Lindström est une “narratrice visuelle” basée à Luxembourg et à Hanovre (Allemagne). Elle travaille avec des images fixes et animées pour créer une vision intime des personnes et des lieux qu’elle documente. The Bitter with the Sweet raconte l'histoire d'amour de Ricky, 62 ans, et de Gretchen, 55 ans. Marquée par des blessures du passé, leur relation est un véritable parcours émotionnel entre dépendance et amour. Néanmoins, Ricky et Gretchen essaient de vieillir ensemble, car ils ne peuvent pas maîtriser la dure vie quotidienne dans la banlieue nord de Philadelphie l'un sans l'autre. Le documentaire intime emmène le spectateur dans une folle course pleine d’émotions exposant tant le ressentiment que l'amour profond, les moments tendres que la rage totale, nous obligeant à réfléchir à nos propres relations et émotions. En 2015, Lindström a lancé The Bitter with the Sweet comme projet multimédia et a finalement publié un documentaire de 24 minutes en 2018. Le film a été projeté dans de nombreux festivals et a été récompensé par le prix du meilleur court-métrage allemand en novembre 2018.

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Ann Sophie Lindström, The Bitter with the Sweet


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BORIS LODER

Boris Loder, Chloroplastics - Cotyledon orbiculata, 2017, 35 x 30cm, giclee print

Les chloroplastes sont des sous-unités cellulaires dans les plantes à l’origine de la photosynthèse. Les plantes artificielles ne sont pas soumises à la photosynthèse et restent donc vertes. On les considère comme des objets de décoration dans la maison familiale ou dans une entreprise nécessitant peu d’entretien. Pourtant, elles changent d'aspect dans le temps. Le projet en cours Chloroplastics s’inspire d’illustrations botaniques classiques du 18e siècle. Les dessins de Ferdinand Bauer, dont Flora Graeca et les Illustrationes Florae Novae Hollandiae, ont exercé une influence majeure sur la série. À travers Chloroplastics, l'acte d'étudier un spécimen de plante naturelle en détail et d'en créer une représentation visuelle est appliqué aux fleurs en plastique, qui sont déjà des représentations. Plutôt que de simplement répertorier les fausses plantes individuellement dans un herbier photographique, le projet étudie les éventuels signes de flétrissement, tels que la décoloration, l’abrasion ou le dépôt de poussière. Pour ce faire, la série s’éloigne de la représentation neutre des illustrations classiques en ce sens que les spécimens sont directement exposés au flash de l’appareil, substitut du soleil, rappel de l’aspect artificiel des plantes. Cette reconstitution de la lumière solaire crée de forts contrastes, lesquels, en partie, cachent, mais révèlent aussi, le caractère artificiel des plantes. De cette manière, les formes de vieillissement susmentionnées deviennent visibles, telles que les verts qui virent parfois au turquoise et au bleu. Outre cette analyse étroite et plutôt visuelle, le projet fait également référence à l’environnement dans lequel sont placées ces plantes, en s’interrogeant sur la raison qui font que les gens préfèrent le substitut plutôt que la beauté éphémère de l'original.

Boris Loder, Chloroplastics – Calamagrostis, 2017, 30 x 35 cm, giclee print

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

RAOUL RIES – THE NEW TOWNS The New Towns furent un projet d’urbanisation conçu en Angleterre après 1946 pour accueillir les personnes qui avaient perdu leurs maisons pendant les bombardements de la guerre. Inspirée par les conceptions du début du 20e siècle, l’architecture a été conçue pour la vie moderne, notamment les maisons, les magasins, les institutions culturelles et les espaces verts. Il semble que l'objectif idéaliste de créer un espace de vie répondant à ces besoins n'ait été atteint que partiellement. Je voulais savoir comment un concept du milieu du 20e siècle avait vieilli en soixante-dix ans. L'architecture rend visibles les idées politiques changeantes et le climat économique. Je souhaitais montrer comment les villes avaient évolué indépendamment les unes des autres et quels types de foyers et d’activités elles offrent aujourd’hui. Le projet comprend les villes nouvelles de la première vague de villes de banlieue près de Londres : Basildon, Bracknell, Crawley, Harlow, Hemel Hempstead, Stevenage, Welwyn Garden City et Hatfield.

Raoul Ries, Harlow 5, 2018

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Raoul Ries, Harlow 2, 2018


Daniel Wagener, Table et décor étrange, 2015

P ORTFOLIO RE VIE W ÉDITION 2 01 7 • RÉ VÉL ATION(S)

Daniel Wagener, Tv et palmier, 2016

DANIEL WAGENER Je photographie rarement des humains, je photographie plutôt les traces qu’ils laissent sans le vouloir. Mes photos évoquent l’absurdité de la normalité et du quotidien prévisible et planifié dans le moindre détail alors que cet entourage peut basculer à tout moment dans le chaos. Ce qui est important pour moi, ce ne sont pas les éléments naturels mais plutôt les éléments artificiels. Je compare les arrangements que je trouve dehors avec des peintures de natures mortes. On pourrait aussi dire que j'explore les “arrangements ridicules” de la vie quotidienne, la beauté qu’on peut détecter dans la dégradation de l'artifice et dans les éléments dits utiles mais qui se révèlent obsolètes. J'aime penser mes images comme une esthétique “d’actes manqués” visuellement réussis.

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

D’Agostino Ezio *1979 (Italie) vit et travaille à Marseille, France www.eziodagostino.com Ancarani Yuri *1972 (Italie) vit et travaille à Milan www.yuriancarani.com Barnett Susan *1951 (États-Unis) vit et travaille à New York www.notinyourface.com Becker Sven *1979 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg atelierimages.cargocollective.com

Becher Bernd & Hilla *1931-2007 & *1934-2015 ont vécu et travaillé en Allemagne Belin Valérie *1964 (France) vit et travaille à Paris www.valeriebelin.com Bialobrzeski Peter *1961 (Allemagne) vit et travaille à Hambourg www.bialobrzeski.de Bourscheid Mike *1984 (Luxembourg) vit et travaille à Vancouver, Canada www.mikebourscheid.com

Brandes Carina *1982 (Allemagne) vit et travaille à Berlin teamgal.com/artists/carina_brandes

Calypso Juno *1989 (Royaume-Uni) vit et travaille à Londres www.junocalypso.com

Brotherus Elina *1972 (Finlande) vit et travaille à Helsinki, Finlande et Avallon, France www.elinabrotherus.com

Chenal Éric *1966 (France) vit et travaille en Lorraine, France et à Luxembourg www.ericchenal.com

Byström Arvida *1991 (Suède) vit et travaille à Stockholm instagram.com/arvidabystrom

Coulibeuf Pierre *1949 (France) vit et travaille à Paris

Calle Sophie *1953 (France) vit et travaille à Malakoff, France www.perrotin.com/fr/artists/Sophie_Calle

Cousins Maisie *1992 (Royaume-Uni) vit et travaille à Londres www.maisiecousins.com

Index des artistes Cuvelier Sébastien *1975 (Belgique) vit et travaille à Luxembourg www.sebweb.org

Ecker Serge *1982 (Luxembourg) vit et travaille au Luxembourg www.sergeecker.com

Frankle Robert *1965 (États-Unis) vit et travaille à Luxembourg et Venise www.robertfrankle.com

Dailleux Denis *1958 (France) vit et travaille au Caire, Égypte www.denisdailleux.com

Felgueiras Sylvie *1982 (Allemagne) vit et travaille à Sarrebruck et Trèves, Allemagne www.sylviefelgueiras.net

Fréger Charles *1975 (France) vit et travaille à Rouen, France www.charlesfreger.com

Dias de Magalhães Cristina *1979 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg www.cristina-dias.com Dul Krystyna *1986 (Pologne) vit et travaille au Luxembourg depuis 2011 www.krystynadul.com

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Fischer Roland *1958 (Allemagne) vit et travaille à Munich et Pékin www.rolandfischer.com Fournier Vincent *1970 (Burkina Faso) vit et travaille à Paris www.vincentfournier.co.uk

Frazier LaToya Ruby *1982 (États-Unis) vit et travaille à Chicago www.latoyarubyfrazier.com Freisager Katrin *1960 (Suisse) vit et travaille à Zurich et New York

Gafsou Matthieu *1981 (Suisse) vit et travaille à Lausanne, Suisse www.gafsou.ch Gęsicka Weronika *1984 (Pologne) vit et travaille à Varsovie, Pologne www.weronikagesicka.com Glaubitz Florian *1985 (Allemagne) vit et travaille à Mainz et Leipzig, Allemagne www.flux4art.de/kuenstler-innen/florian-glaubitz Goldin Nan *1953 (États-Unis) vit et travaille à Londres et Paris


INDEX DES ARTISTES

Graeff Isabelle *1977 (Allemagne) vit et travaille à Londres www.editionexit.com

Markiewicz Karolina / Pascal Piron *1976 (Luxembourg) / *1981 (Luxembourg) vivent et travaillent à Luxembourg www.markiewicz-piron.com

Spero David *1963 (Royaume-Uni) vit et travaille à Londres www.davidspero.co.uk

Guillaume Sylvie *1980 (France) vit et travaille à Nancy, France www.sylvieguillaume.com

Molder Jorge *1947 (Portugal) vit et travaille à Lisbonne, Portugal

Stenram Eva *1976 (Suède) vit et travaille à Londres et Berlin www.evastenram.co.uk

Heider Caroline *1978 (Allemagne) vit et travaille à Vienne www.carolineheider.com Huidobro Claudia *1963 (France) vit et travaille à Paris www.claudiahuidobro.com Iff Florence Née à Baden (Suisse) vit et travaille à Zurich http://www.florence-iff.ch Lejona Andrés *1962 (Espagne) vit et travaille à Luxembourg www.andreslejona.com www.memoiresentransitions.lu Lindström Ann Sophie *1984 (Luxembourg) vit et travaille à Luxembourg et à Hanovre, Allemagne www.annsophielindstroem.com Loder Boris *1982 (Allemagne) vit et travaille à Luxembourg www.borisloder.com Loew Mira *1984 (Autriche) vit et travaille à Londres www.miraloew.com Mariaud Corinne *1964 (France) vit et travaille à Paris www.corinnemariaud.com Marie Alix *1989 (France) vit et travaille à Paris et à Londres www.alixmarie.com

Moret Manon Née à Bois-Bernard (France) vit et travaille à Douai, France www.manon-moret.webnode.fr Miyazaki Izumi *1994 (Japon) vit et travaille à Tokyo izumimiyazaki.tumblr.com Neshat Shirin *1957 (Iran) vit et travaille à New York ORLAN *1947 (France) vit et travaille à Paris et Los Angeles www.orlan.eu Parr Martin *1952 (Royaume-Uni) vit et travaille à Liverpool www.martinparr.com Rafiy Pasha *1980 (Iran) vit et travaille à Vienne www.pasharafiy.com Ries Raoul *1968 (Luxembourg) vit et travaille à Londres et à Luxembourg www.raoulries.com Schlegel Eva *1960 (Autriche) vit et travaille à Vienne www.evaschlegel.com Seidel Thilo *1987 (Allemagne) Vit et travaille à Sarrebruck SMITH (Bogdan/Dorothée Smith) *1985 (France) vit et travaille à Paris www.smith.pictures

Stoltenberg Ruth *1962 (Allemagne) vit et travaille à Hambourg www.ruthstoltenberg.de Tabrizian Mitra *1954 (Iran) vit et travaille à Londres www.mitratabrizian.com Tillmans Wolfgang *1968 (Allemagne) vit et travaille à Berlin et à Londres www.tillmans.co.uk Tsuzuki Kyoichi *1956 (Japon) vit et travaille à Tokyo Vandendael Annelie *1987 (Belgique) vit et travaille en France et en Belgique www.annelievandendael.com Wagener Daniel *1988 (Luxembourg) vit et travaille à Bruxelles et à Luxembourg danielwagener.org Photographes des Steichen Collections The Bitter Years Walker Evans Dorothea Lange Arthur Rothstein John Vachon The Family of Man Dorothea Lange David Seymour …

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

INFORMATIONS PRATIQUE S Lieux d’exposition / venues and exhibitions LUXEMBOURG Arendt House 41A, Avenue J. F. Kennedy, L-2082 Luxembourg Tél : (+352) 40 78 78 1 www.arendt.com EMoP Arendt Award – Remise du prix 15.05.2019 EMoP Selection 15.05 – 27.09.2019 Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain 41, rue Notre-Dame L-2240 Luxembourg Tél : (+352) 22 50 45 www.casino-luxembourg.lu Bodyfiction(s) 3 BlackBox: ORLAN, SMITH, Yuri Ancarani – Contemporary Photography & Video 01.05 > 24.06.2019 Fever (Virtual Reality): Karolina Markiewicz & Pascal Piron 17.05 > 24.06.2019 Cercle Cité Place d’Armes, Entrée rue du Curé, L-2012 Luxembourg Tél : (+352) 47 96 51 33 www.cerclecite.lu Bodyfiction(s) 2 – 18.05 > 30.06.2019 Révélation(s) / Portfolio – Plateforme – Luxembourg – édition 2019 – 15.05.2019 Galerie Clairefontaine Espace 1 21, rue du St. Esprit, L-1475 Luxembourg Tél : (+352) 47 23 24 www.galerie-clairefontaine.lu Ruth Stoltenberg – Schengen MOB-ART studio Grand Rue 56 (passage Grand Rue / Beaumont), L-1660 Luxembourg Tél. : 691 109 645 www.mob-artstudio.lu Florence Iff et Manon Moret, 03.05 > 15.06.2019 Galerie Nosbaum & Reding 4 Rue Wiltheim, 2733 Luxembourg Tél : (+352) 26 19 05 55 http://www.nosbaumreding.lu/ extra muros, voir Abbaye de Neumünster Centre Culturel Portugais - Camões 4, Place Joseph Thorn, L-2637 Luxembourg Tél : (+352) 46 33 71-1 http://www.instituto-camoes.pt Jorge Molder – Malgré lui, 17.05 > 08.07.2019

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CLERVAUX LUCA 1 Rue de l’Aciérie, 1112 Luxembourg Tél : (+352) 42 75 55 www.luca.lu État des lieux 06.05 > 26.07.2019 Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean 3, Park Dräi Eechelen, L-1499 Luxembourg-Kirchberg Tél : (+352) 45 37 85 1 www.mudam.com LaToya Ruby Frazier 27.04 > 22.09.2019 Figures sensibles : Photographies de la Collection du Mudam 31.01 > 22.09.2019 Musée National d’Histoire et d’Art Luxembourg (MNHA) Marché-aux-Poissons, L-2345 Luxembourg Tél : (+352) 47 93 30 1 www.mnha.lu Bodyfiction(s) 1 – 18.05 > 29.09.2019 neimënster 28, rue Münster, L-2160 Luxembourg Tél: (+352) 26 20 52 1 www.neimenster.lu Cristina Dias de Magalhães – L’autre-portrait & Embody 16.05 > 16.06.2019 Florian Glaubitz, Thilo Seidel, Sylvie Felgueiras – Regards sans limites / Blicke ohne Grenzen 11.05 > 16.06.2019 Corinne Mariaud (Institut français) – FAKE i REAL ME 23.05 > 16.06.2019 Pierre Coulibeuf – Les guerriers de la Beauté 23.05 > 16.06.2019 Boris Loder – Particles 21.06 > 08.09.2019 Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de Luxembourg 18, Avenue Emile Reuter, L-2420 Luxembourg Tél : (+352) 47 96 49 00 www.villavauban.lu Elina Brotherus 17.05 > 13.10.2019

Clervaux – Cité de l’image asbl Maison du Tourisme et de la Culture, 11 Grande Rue, L-9710 Clervaux Tél : (+352) 26 90 34 96 www.clervauximage.lu Portrait, hors cadre – Six installations photographiques à ciel ouvert Peter Bialobrzeski (18.09.18 > 17.09.19), Susan Barnett (28.09.18 > 27.09.19), Isabelle Graeff, (28.09.18 > 27.09.19), Charles Fréger (25.10.18 > 24.10.19), David Spero (29.03.19 > 27.03.20), Denis Dailleux (12.04.19 > 10.04.20) Centre National de l'Audiovisuel (CNA) – Château de Clervaux 31, Montée du Château, L-9710 Clervaux Tél.: +352 92 96 57 www.steichencollections.lu The Family of Man 01.03 > 30.12.2019 DUDELANGE Centre National de l’Audiovisuel (CNA) 1b, rue du Centenaire, L-3475 Dudelange Tél : (+352) 52 24 24 1 www.cna.lu Waassertuerm / The Bitter Years 01.03 > 30.12.2019 Display01 / Ezio D’Agostino – NEOs 16.03 > 09.06.2019


INFORMATIONS PRATIQUE S • REMERCIEMENTS / THANK S

REMERCIEMENTS / THANKS Mme Sam Tanson, Ministre de la Culture Mme Lydie Polfer, Maire de la Ville de Luxembourg Mme Christiane Sietzen, responsable des services culturels de la Ville de Luxembourg Mme Anouk Wies, coordinatrice générale et responsable programmation du Cercle Cité M. Guy Thewes, directeur les 2 musées de la Ville de Luxembourg Mme Gabriele Grawe, conservatrice à la Villa Vauban M. Michel Polfer, directeur du Musée National d’Histoire et d’Art Luxembourg (MNHA) Mme Gosia Nowara, conservatrice du MNHA Luxembourg Mme Suzanne Cotter, directrice du Mudam Luxembourg M. Christophe Gallois, commissaire d’exposition au Mudam Luxembourg M. Kevin Muhlen, directeur du Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain Mme Stilbé Schroeber, commissaire d’exposition au Casino Mme Ainhoa Achutegui, directrice du neimënster M. Claudio Minelli, responsable des expositions neimënster M. António Gamito, Ambassadeur du Portugal au Luxembourg Mme Adília Martins de Carvalho, directrice du Centre Culturel Portugais - Camões M. Bruno Perdu, Ambassadeur de France, Luxembourg Mme Laurence Lochu, Directrice de l’Institut français du Luxembourg M. Paul Lesch, directeur du Centre National de l’Audiovisuel (CNA) Mme Michèle Walerich, commissaires d’exposition au CNA Mme Anke Reitz, responsable de la collection Edward Steichen au CNA M. Philippe Dupont, Partner chez Arendt Mme Annick Meyer, directrice Clervaux - cité de l’image M. Guy Daleiden, directeur Film Fund Luxembourg Mme Andrea Rumpf, directrice du LUCA Luxembourg Center for Architecture LES GALERIES SUIVANTES / THE FOLLOWING GALLERIES: AMSTERDAM The Ravestijn Gallery Westerdok 824 1013 BV Amsterdam www.theravestijngallery.com

LUXEMBOURG Galerie Ceysson & Bénétière 13-15, rue d'Arlon, Wandhaff L-8399 Koerich www.ceyssonbenetiere.com

BERLIN BQ Galerie Weydingerstr. 10 10178 Berlin-Mitte www.bqberlin.de

Galerie Nosbaum & Reding 2 + 4, rue Wiltheim L-2733 Luxembourg www.nosbaumreding.lu

Isabella Bortolozzi Gallery Schöneberger Ufer 61 10785 Berlin bortolozzi.com

Galerie Clairefontaine Espace 1 7, place de Clairefontaine L-1341 Luxembourg www.galerie-clairefontaine.lu

MILAN Ancarani Studio Corso Garibaldi 42 20121 Milan

MOB-ART Studio Grand Rue 56 (passage Grand Rue / Beaumont) L-1660 Luxembourg www.mob-artstudio.lu

PARIS Galerie Les Filles du Calvaire 17, rue des Filles du Calvaire 75003 Paris www.fillesducalvaire.com

VIENNE Galerie Krinzinger Seilerstätte 16 1010 Vienne www.galerie-krinzinger.at

Galerie Ceysson & Bénétière 23, rue du Renard 75004 Paris

VARSOVIE Jednostka Gallery Andersa 13 00-159 Varsovie, Pologne www.jednostka.com

gb agency 18, rue des quatre fils 75003 Paris www.gbagency.fr LONDRES TJ Boulting Gallery 59 Riding House St, Fitzrovia W1W 7EG Londres www.tjboulting.com

Special thanks to: Foto Leutner Wien for its important contribution to the Month of Photography Luxembourg and the Emoplux projects in general

THE EMOP NETWORK: ATHENS Hellenic Centre for Photography Directors: Stavros Moresopoulos, Manolis Moresopoulos

LJUBLJANA Dejan Sluga, director of Photon – Centre for Contemporary Photography and Month of Photography, Ljubljana

BERLIN City of Berlin Tim Renner (Permanent Secretary for Cultural Affairs) Moritz van Dülmen (director of Kulturprojekte Berlin) Oliver Baetz, manager of Kulturprojekte Berlin and the European Month of Photography Berlin

LUXEMBOURG City of Luxembourg Café-Crème asbl, Paul di Felice, Pierre Stiwer, directors PARIS Simon Baker, director of Maison Européenne de la Photographie, Paris Jean-Luc Soret, curator

BRATISLAVA Central European House of Photography: Vaclav Majek, director Branislav Stepanek (curator of the Bodyfiction(s) exhibition)

VIENNA Dr. Bettina Leidl, director of Kunst Haus Vienna Verena Kaspar-Eisert, curator at Kunst Haus, Vienna

BUDAPEST Péter Baki, president of the Association of Hungarian Photographers Balázs Zoltán Tóth: curator at the Hungarian Museum of Photography, Kecskemét Gabriella Uhl, curator of the Hungarian Month of Photography

Thomas Licek, Honorary President of the EMOP network

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EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG 2019

Colophon EDITEUR / PUBLISHER

Café­-Crème asbl Paul di Felice, Pierre Stiwer

RÉVÉLATION(S) / PORTFOLIO – PLATEFORME – LUXEMBOURG

Cristina Dias de Magalhães & Café-Crème asbl CONCEPTION GRAPHIQUE / GRAPHIC DESIGN

ORGANISATION DU MOIS EUROPÉEN DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG / EUROPEAN MONTH OF PHOTOGRAPHY LUXEMBOURG MANAGERS

Agnieszka Ostrowska, Maciek Jencz (hitchhikermag.com)

Paul di Felice, Pierre Stiwer (directeurs)

DROITS / CREDITS

ASSISTANTE PRINCIPALE / MAIN ASSISTANT

Krystyna Dul COMMUNICATION PRESSE / PUBLIC RELATIONS

All pictures if not otherwise stated: © and courtesy of the artist No part of this publication may be reproduced or transmitted in any form or by any means, electronic or mechanical, including photocopy, recording or any other information storage and retrieval system, without prior permission in writing from the publisher.

Clémence Galot assisté par Assia Jarmouni IMPRIMÉ / PRINTED SUIVI DU CATALOGUE / CATALOGUE SUPERVISION

Clémence Galot TRADUCTIONS VERS L’A NGLAIS DES TEXTES À L’EXCLUSION DE CEUX FOURNIS PAR LES ARTISTES OU GALERIES / TRANSLATIONS FROM FRENCH OR GERMAN UNLESS PROVIDED BY THE ARTIST OR GALLERY.

Pierre Stiwer & Simon Welch

Chromapress, Varsovie, Pologne ISBN 978 - 99959 - 674 - 6 - 8 PHOTO DE LA COUVERTURE / COVER PHOTO

Juno Calypso ©

NOSBAUM & REDING ART CONTEMPORAIN

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BODYFICTION(S)

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emoplux 2019  

Catalogue du Mois européen de la photographie Luxembourg 2019 ; European Month of photography Luxembourg 2019 catalogue

emoplux 2019  

Catalogue du Mois européen de la photographie Luxembourg 2019 ; European Month of photography Luxembourg 2019 catalogue

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