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MOIS EUROPテ右N DE LA PHOTOGRAPHIE LUXEMBOURG 2011


Mois EuropĂŠen de la Photographie Luxembourg 2011


Mois EuropéEn dE la PhotograPhie 2010 > 2011 bErlin braTislaVa luxeMbourG roME paris ViEnnE

coordination & direction générale paul di Felice, pierre stiwer (Café-Crème asbl)

en collaboration avec Carrérotondes, Casino luxembourg Forum d’art contemporain, le Centre national de l’audiovisuel & le Centre d’art nei liicht avec le soutien de Christine Faber nous tenons à remercier : nadine abel-Esslingen, stan berbec, bernard Ceysson, Marguy Conzemius, philippe dupont, Claude Frisoni, adriano giuliani, Erna hécey, danielle igniti, Monique Kieffer, sandra Kolten, Jo Kox, Enrico lunghi, steph Meyers, Christian Mosar, Kevin Muhlen, gosia nowara, Françoise pirovalli, Michel polfer, Françoise poos, alex reding, Marita ruiter, isabella sardo, lucien schweitzer, Christiane sietzen, dan Thill, Michèle Walerich (Tous luxembourg) Jean-François ramon & Michèle paradon (arsenal de Metz) Du Mois européen de la Photographie : Emiliano paoletti (rome), gunda achleitner, berthold Ecker, Thomas licek (Vienne), oliver baetz, Thomas Friedrich (berlin), Zuzanna lapitkova (bratislava), Jean-luc Monterosso, Jean-luc soret & barbara Wollfer (paris).

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Intro duction Cette troisième édition du Mois Européen de la Photographie regroupe cette année au Luxembourg vingt-quatre musées, institutions, espaces privés et galeries, lesquels composent un éventail quasi complet des lieux qui se consacrent à la photographie dans ce pays. Si la grande majorité des espaces et des musées connus se concentrent sur la capitale, il ne faut pas négliger nos partenaires fidèles de longue date comme le Centre d’Art Nei Liicht et le Centre national de l’audiovisuel de Dudelange. On peut dire que le mérite d’avoir fait accréditer la photographie comme activité artistique au Luxembourg revient substantiellement à ces deux institutions du sud du pays. Elles nous ont toujours soutenu dans nos initiatives, ce qui nous a permis de révéler au grand pu­blic la place que la photographie avait prise dans le champ des arts plastiques depuis ses origines mais particulièrement depuis les années 70 quand la pratique commençait à s’étendre à de nombreux autres champs artistiques. Plus près de nous, citons les initiatives de Clervaux - cité de l’image asbl qui fournit, pour la deuxième année de sa participation au Mois Européen de la Photographie des propositions originales dans le nord du pays. Quant à l’exposition The Family of Man dans la même ville de Clervaux, elle ne sera pas accessible cette année ; le lieu est fermé pour rénovation, victime de son succès. Certes, on peut regretter l’absence de tel ou tel lieu même s’ils ont été rares à avoir décliné notre invitation de participer à ce festival. Notre association bénéficie, pour la deuxième fois consécutive, de l’appui de la Ville de Luxembourg, de sorte que le Mois Européen de la Photo peut compter sur l’appui des maires de six capitales européennes, à savoir Berlin, Bratislava, Luxembourg, Paris, Rome et Vienne. L’initiative de créer un Mois Européen de la Photographie a été prise en 2004 sous l’impulsion de la Maison Européenne de la Photographie et de son directeur Jean-Luc Monterosso. Ont soutenu cette initiative, à son début, le Museumspädagogischer Dienst de Berlin et le département culturel de la Ville de Vienne. Ces trois villes ont été rejointes en 2005 par l’association Zone Attive pour la Ville de Rome, la Fotofo Society de Bratislava, la Maison de la Photographie de Moscou et par Café-Crème asbl pour le Luxembourg. Toutes ces institutions ou associations ont, dans le domaine de la photographie, une expérience de longue date, remontant pour la majorité d’entre elles à la fin des années soixante-dix ou au début des années quatre-vingts. Elles bénéficient également de l’appui de leurs municipalités respectives ainsi que du Ministère de la culture.

Actuellement, suite à des bouleversements politiques ou des perturbations économiques récentes, la ville de Moscou et la ville de Rome sont obligés de s’interroger sur leur contribution à nos initiatives. C’est pourquoi nous réfléchissons activement à la participation de la ville de Budapest et de Ljubljana qui ont posé leur candidature. La collaboration entre ces partenaires a fourni, en presque 6 ans maintenant, de nombreuses occasions pour réfléchir à l’impact de l’image dans la société contemporaine. Un cycle d’expositions, réalisé autour du constat que la photographie était actuellement soumise à de profonds bouleversements, a vu le jour entre 2006 et 2011 (Mutations 1, II et III) et a permis de montrer à quel point la production et la diffusion de l’image ont été affectées par les récents changements technologiques. À l’occasion des journées-clés du 14 et 15 mai, nous réunirons nos partenaires à Luxembourg pour évoquer le futur rôle de la photographie dans le domaine des arts plastiques. Nous profite­ rons de l’occasion pour établir une charte commune, laquelle devrait permettre un ancrage plus solide dans le contexte culturel européen actuel. Notre association, fondée en 1984, bénéficie depuis de longues années de la reconnaissance de nombreuses institutions, musées, galeries et artistes en Europe et nous sommes fiers de pouvoir présenter le Mois Européen de la Photographie au Luxembourg ensemble avec nos partenaires. Nous tenons particulièrement à remercier le Ministère de la Culture qui nous soutient dans le cadre d'une convention, ainsi que les villes, les institutions publiques, les galeries privées, banques ou collectionneurs au Luxembourg qui ont spontanément répondu à notre appel et nous ont accompagnés dans la mise en place de cet événement d’envergure européenne. Sans eux, cette manifestation n’aurait pas été possible. C’est ainsi que, pour la troisième fois consécutive, le grand public aura accès, sur une période de quelques semaines, à une offre très diversifiée de la création dans le domaine de la photographie. On doit se féliciter de pouvoir réunir sur ces quelques semaines les meilleures initiatives au Luxembourg dans le domaine de la photographie et des arts visuels en général.

Paul di Felice & Pierre Stiwer Pour Café-Crème asbl, Le 15 mars 2011


SOMMAIRE Centre National de L'audiovisuel........................................ 06 Lee Miller // Correspondances d'un no man's land. Luxembourg, Étape 1944. Centre d'Art Nei liicht...............................................................................10 Power&Ruins // Dan Dubowitz / Catherine Griss / Luca Zanier Centre d'Art Dominique Lang.......................................................14 Dominique Auerbacher // Kunst ist Waffe Clervaux – Cité de l'Image......................................................................16 Landscaping MUDAM Musée d'Art Moderne Grand-duc Jean................. 20 Suzanne Lafont // Situation comedy Arendt & Medernach.................................................................................... 22 Suzanne Lafont // Caractères Casino Luxembourg Forum d'Art Contemporain......................................................................... 24 Second lives // Jeux de masques et autres Je Université du Luxembourg............................................................... 34 Cristina Nuñez // The self-portrait experience CarréRotondes..................................................................................................... 36 Mutations III // Public Images – Private Views Musée National D'Histoire et d'Art.................................... 42 Braco Dimitrijevic / Souvenirs d'Égypte / Edward Steichen Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster......................................................................................... 48 Andrès Lejona // l'ancien Findel Fondation de l'Architecture et de l'ingénierie.................................................................................................. 54 Maja Weyermann // Chandigarh

Galerie Clairefontaine.......................................................................... 58 Michel Medinger / Alfred Seiland Galerie Schweitzer........................................................................................ 62 Patrick Bailly-Maître-Grand / Andrej Pirrwitz Nosbaum & Reding.............................................................................................. 66 Dominique Auerbacher & Holger Trülzsch / Geneviève Biwer / Yvon Lambert / Martin Linster / Gino Ricca Galerie Bernard Ceysson..................................................................... 72 Louise Bossut / Jean-Antoine Raveyre / Christian Mosar / Judith Walgenbach Bibliothèque Nationale.........................................................................76 Bruno Baltzer / Armand Quetsch Maison AK Artgentik.................................................................................... 80 Views // Samuel Bollendorff / Claude Colomer / Paolo Woods Banque de Luxembourg.......................................................................... 84 Marie Bovo / Sze Tsung Leong / Alfred Seiland Istituto Italiano di Cultura......................................................... 86 Giorgio Cutini // Transparences romaines Villa Vauban Musée d'art de la Ville de Luxembourg........................................... 88 Émotions // Reflets dans la peinture et la photographie Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg................................................................. 92 Portfolio Days Kiosk.......................................................................................................................................... 96 Mike Lamy // Déferlante Arsenal Metz................................................................................................................ 98 Modèles Danse


luxembourg dudElangE

6 mars 2011 > 2 oCTobrE 2011

Centre national de l'audiovisuel DISPLAY01

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1b, rue du Centenaire l-3475 dudElangE ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 22h00 www.cna.lu

Le Centre national de l’audiovisuel (Cna) est un institut culturel créé en 1989 et placé sous l’autorité du Ministère de la Culture. Ses missions sont la sauvegarde, la mise en valeur et la promotion du patrimoine audiovisuel luxembourgeois. depuis fin 2007, installé dans de nouveaux lieux, le Cna est devenu un espace d’exposition (dISPLaY01) et de découverte (dISPLaY02), un lieu de projections cinématographiques (CinéStarlight), de consultations de documents (Médiathèque), mais aussi un centre spécialisé regroupant archives, studios (son et prise de vue) et laboratoires photographiques. Cherchant à permettre au grand public de rencontrer des artistes, des styles et des « façons de voir » et de répondre aux besoins des professionnels et des créateurs du domaine de la photographie, le département Photographie du Cna produit régulièrement des expositions et des projections, organise des stages, des activités pédagogiques (VisionLab), des visites guidées et des rencontres, passe des commandes, met en place des programmes de soutien à la création et des résidences d’artistes, réalise des publications, lance des projets de recherche et gère un fonds de +/- 400 000 documents photographiques (documents historiques et contemporains) provenant de donations et/ou d’acquisitions.

aniMaTions auTour dE l'ExposiTion lee Miller conférence Katharina ahr Lee Millers Fotografien aus der Zeit des Zweiten Weltkriegs (en allemand) // le 26.05.2011 à 20h // Cinéstarlight

Waste Land produit par Fernando Meirelles, mélodies de Moby.. le film de lucy Walker se construit sur un projet de l’artiste brésilien Vik Muniz. // le16.06.2011 à 20h // Cinéstarlight

ProJection

benoît Majerus Lee Miller : Luxembourg 1944 - an appetizer (en français) // le 22.09.2011 à 20h // Cinéstarlight

conférence

vision lab activités pédagogiques & pratiques // intervenants : Christian Mosar & néckel scholtus

lEE miller

CorrEspondanCEs d’un no Man’S Land. luxeMbourG, étaPe 1944. Production : département photographie du Cna commissaires de l'exposition : Marguy Conzémius, Michèle Walerich

lee Miller est un personnage aux multiples facettes : mannequin d’abord, muse, artiste influencée par le milieu surréaliste, photographe de mode et correspondante de guerre… C’est cette dernière activité qui l’amène en 1944 au luxembourg, où elle réalise un reportage sur la libération du pays par les alliés, commandité par le magazine Vogue. les photographies réalisées au luxembourg sont pour la plupart inédites, bien qu’un choix restreint de quelques trois à quatre images ait été montré pendant l’année culturelle 1995 par le Cna. En 2008, avait lieu un premier contact entre le Cna et les archives lee Miller, qui sont dirigées par antony penrose, fils de lee Miller, qui gère également la collection roland penrose, son père. À l’occasion d’une visite à Farley Farm house, la résidence de lee Miller située à Chiddingly dans l’East sussex en angleterre, les documents faisant partie du fonds ‘luxembourg’ ont pu être identifiés et visualisés : les planches-contact présentant environ 350 vues, les manuscrits originaux des correspondances avec les éditeurs de Vogue revus par la censure, les légendes rédigées par lee Miller, les articles sur le luxembourg parus dans les éditions anglaise et américaine de Vogue, ainsi que quelques tirages d’époque. En 2010, une acquisition de 100 images par le Cna a permis d’engager un projet d’exposition et de publication. parallèlement, deux axes de recherche ont été développés. benoît Majerus, chargé de recherches au Fonds de recherche scientifique (Fnrs) auprès de l’université libre de bruxelles, thématise le côté ambivalent de l’« étape » de 1944, période incertaine de l’après-libération « où civils et soldats se rencontrent dans une sorte de no man’s land ». Katharina ahr, historienne d’art et commissaire d’art indépendante, ayant déjà consacré sa thèse à lee Miller en tant que correspondante de guerre en allemagne en 1945, analyse ici, à partir du matériau produit au luxembourg, « une lee Miller écartelée entre ses impressions personnelles et ce qu’elle fournit consciencieusement afin de remplir son rôle dans les années de guerre ». n’ayant jamais été sujet d’études approfondies – ni historiques, ni esthétiques – ce patrimoine fait l’objet d’une première analyse et valorisation, dont l’intérêt s’avère considérable pour mettre en lumière un épisode peu connu de la seconde guerre mondiale au luxembourg et de sa médiatisation visuelle.

plus d'informations sur www.cna.lu renseignements : mylene.carriere@cna.etat.lu

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Centre national de l'audiovisuel display01

en Lee Miller was a character of multiple facets. among them : a model, a muse, an artist influenced by the Surrealist milieu, a fashion photographer and a war correspondent…It was this latter activity that brought her to Luxembourg in 1944, where she did a reportage piece commissioned by Vogue magazine on the liberation of the country by the allies. The photographs she did in Luxembourg are for the most part unpublished, even though a limited selection of three or four pictures was exhibited by the Cna during the 1995 Cultural Year. In 2008, initial contact was established between the Cna and the Lee Miller archives, headed by Lee Miller's son, antony Penrose, who also manages the Roland Penrose collection, that of his father. In the course of a visit to Farley Farm House, Lee Miller's residence, located in Chiddingly in East Sussex in England, it was finally possible to view and identify the documents comprising the ‘Luxembourg’ collection : contact sheets featuring around 350 photos, the original manuscripts and correspondence with the Vogue editors annotated by the censor, the captions drafted by Lee Miller herself, articles on Luxembourg which appeared in British and american editions of Vogue, as well as some period prints. In 2010, the acquisition of 100 pictures by the Cna enabled the launch of an exhibition and publication project. In parallel, two lines of research were followed up. Benoît Majerus, research fellow at the FnRS (Fonds de la Recherche Scientifique) at the Free University of Brussels explored the ambivalent side of the 1944 "Étape" of the war, an uncertain period in the post liberation landscape "where civilians and soldiers meet in a kind of no man’s land". Katharina ahr, art historian and independent art curator, having already devoted her thesis to Lee Miller as war correspondent in Germany in 1945, here analyses, on the basis of material produced in Luxembourg "a Lee Miller torn between her personal impressions and what she conscientiously supplied in the aim of fulfilling her role during the war years". Having never been subject to in-depth study – neither historical, nor aesthetic –this legacy is henceforth the object of an initial analysis and valorisation, and is of considerable interest in terms of shedding light on a little known episode of the Second World War in Luxembourg and with regard to its visual mediatisation.


Lee Miller Ravitaillement à un carrefour. [Junglinster] © Lee Miller Archives, Angleterre 2010. Tous droits réservés.

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Lee Miller Scènes d’adieu à la gare de Luxembourg pour les soldats du détachement français. Jean Pages à l’avant-plan de 229. Le petit Jean Perier s’efforce de retenir ses larmes (il a douze ans). [Luxembourg]

Farewell scenes in Lux station of French attached soldiers. Jean Pages in foreground of 229. Little Jean Perier tried not to cry and only leaked one tear (he’s twelve). [Luxembourg]

© Lee Miller Archives, Angleterre 2010. Tous droits réservés.

© Lee Miller Archives, England 2010. All rights reserved.

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En haut à gauche

En haut à droite

En bas à droite

Lee Miller Évacuation de jeunes réfugiés.

Lee Miller Gamins transportant des boîtes de corned-beef. L’échange contre de la viande fraîche se fait à poids égal. [Consdorf ]

Lee Miller J’ai gardé ce négatif. Moi avec le plus petit et le plus grand.

© Lee Miller Archives, Angleterre 2010. Tous droits réservés.

Small refugee evacuees. © Lee Miller Archives, England 2010. All rights reserved.

© Lee Miller Archives, Angleterre 2010. Tous droits réservés.

Small boys carrying tins of corned (bully) beef. Exchange is made on equal weight for fresh meat. [Consdorf ] © Lee Miller Archives, England 2010. All rights reserved.

© Lee Miller Archives, Angleterre 2010. Tous droits réservés.

Kept negative here. Me with smallest and tallest [Sgt. Robert Burchfield, Lee Miller, Jean Peltier (Child)]. [Photographer unknown] © Lee Miller Archives, England 2010. All rights reserved.

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luxembourg dudElangE

8 mai 2011 > 11 Juin 2011

Centre d'art nei liiCht dudElangE 25, rue dominique lang l-3401 dudElangE ouvert du mardi au dimanche de 15h à19h direction : danielle igniti danielle.igniti@dudelange.lu www.centredart-dudelange.lu

Le Centre d’art nei Liicht, créé en 1982, fut pendant longtemps le seul et unique lieu au Luxembourg à être consacré exclusivement à la photographie. aujourd'hui la photographie a intégré le monde de l'art contemporain et n'est plus confinée dans un espace réservé aux seuls amateurs de photographie. ainsi le Centre d'art dominique Lang accueille lui aussi de plus en plus souvent les arts visuels – photographie et vidéos. Les centres d'art de la Ville de dudelange offrent un panorama représentatif de la photographie classique et moderne, luxembourgeoise et internationale. Une large place est réservée à la photographie plasticienne et aux concepts novateurs et originaux. Les centres d’art de la Ville de dudelange ont présentés les artistes qui ont été sélectionnés pour représenter le pays à la biennale de Venise comme Su Mei Tse, nadine et Gast Bouschet et récemment Martine Feipel et Jean Bechameil, preuve certaine qu’ils accomplissent leur travail de dénicheur de talent et de promoteur de l’art contemporain luxembourgeois. Les responsables ont aidé et soutenu des artistes émergeants pour monter leur première exposition personnelle et faire leur premiers pas dans le monde de l’art, citons comme exemple The Plug – assan Smati – Marcin Sobolev. Les centres accueillent des artistes de renommée internationale comme Rineke dijkstra, Yuki onodera, ola Kolehmainen. nei Liicht propose aussi des expositions communes qui rassemblent des artistes d’un pays (Tempi osceni – jeune photographie contemporaine italienne) au autour d’un thème ("xy, l’emprise du genre" – sur la representation masculine – "Comme ce pain est amer" – sur les migrations humaines)

Ci-ConTrE

Dan Dubowitz Monopoli di Stato

en The Centre d’art nei Liicht presents photographic works by Luca Zanier, Catherine Griss and dan dubowitz, who adopt strikingly different approaches to explore the concepts of power and ruins. Luca Zanier’s photographs capture the disturbing strangeness of nuclear and hydroelectric power stations, as well as the intimidating atmosphere of places where key political decisions are taken, such as the Un’s general assembly building. Catherine Griss focuses on architectural ruins in Cambodia and the ways in which they reflect the country’s dark history. dan dubowitz’s series Fascismo abbandonato explores the ruins that remain from the monumental propagandist architecture of the fascist era.

Power&ruins Power

dan Dubowitz • CaThErinE Griss • luCa zanier

dans le cadre de la 3ème édition du Mois Européen de la photographie au luxembourg, le Centre d’art nei liicht présente une exposition qui décline la thématique du privé et du public en confrontant l’image du pouvoir et l’image de la ruine tout en focalisant sur les rapports antinomiques entre intérieur et extérieur. Trois artistes de cultures et d’âges différents, choisis en fonction de leurs propositions artistiques complémentaires sont réunis dans cette exposition parce qu’ils explorent avec des démarches photographiques singulières des lieux insolites, fascinants et inquiétants. luca zanier, photographe suisse d’origine italienne, est fasciné par l’étrangeté déconcertante des lieux d’énergie comme les centrales nucléaires et hydroélectriques, mais aussi par l’esthétique intimidante des lieux où des décisions politiques importantes sont prises comme les intérieurs du Conseil de sécurité de l’onu ou l’assemblée générale de l’onu. dans ces photographies parfois très dépouillées, parfois très chargées, l’information en tant que telle laisse la place au langage plastique de la composition, des couleurs et des formes. de ces mondes étranges et artificiels, comme dit Zanier « émane une logique froide » que l’artiste rend visible à travers des photographies qui nous interpellent par leur froideur menaçante. À cette architecture inhumaine s’opposent les photographies des mutations architecturales et des traces de l’histoire encore assez récente du Cambodge de catherine Griss. ses photographies en noir et blanc d’intérieurs de villas coloniales abandonnées du fait de l’occupation des Khmers rouges montrent, tout en évoquant l’univers littéraire du passage indochinois de Marguerite duras, les stigmates de la guerre et de la dictature de pol pot.

En 2009, Catherine griss décrit ses premières impressions au Cambodge, qui l’ont inspirées à commencer cette série, de la façon suivante : « Je découvrais des portes ouvertes, d’autres fermées que je devais contourner et derrière la végétation luxuriante je trouvais d’autres carcasses, des douches, des cuisines, des piscines, et les inscriptions laissées par la guerre des Khmers rouges, les lignes brisées des destructions en cours et chaque jour les traces de lieux disparus, des traces infinies… » les traces d’une histoire plus proche de la nôtre s’affiche dans les œuvres photographiques de l’anglais Dan Dubowitz. avec les photographies de ruines dans la série Fascismo abbandonato, il s’attaque à l’image aujourd’hui déchue de la monumentalité architecturale notamment des immeubles modernistes propagandistes de l’endoctrinement fasciste des enfants (Colonie). paradoxalement, cette série qui s’inscrit dans la continuation de ses photographies précédentes sur les terrains vagues (Wasteland) nous plonge dans le dilemme d’une esthétisation de la ruine. Ce questionnement qui prolonge le débat d’une architecture formellement intéressante mais idéologiquement rejetable et qui relève le problème du patrimoine architectural détaché de son contexte idéologique est pertinemment mené par patrick duerden, qui a accompagné ce projet du point de vue théorique. pour lui, les ruines sont comme la métaphore de l’héritage fasciste, complexe et douloureux, qui a laissé des stigmates dans la conscience collective. plus que de documenter cet état de la ruine, les photographies de griss et de dubowitz déconstruisent et décontextualisent ces lieux en les ouvrant à un imaginaire au-delà de leur charge historiquement symbolique. C’est dans cette image équivoque de temporalité suspendue et de spatialité suggestive que se joue toute la beauté ambiguë de ces propositions artistiques. Paul di Felice

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Centre d'art nei liiCht dudElangE


Dan Dubowitz Riccione

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Catherine Griss Traces, Retour à Kep (2010) De la série « Les Villas Perdues du Pacifique #2 » Kep, Cambodge

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Centre d'art Nei Liicht Dudelange


Luca Zanier Centrale Nucléaire « Hardhof Lengg II » (2008) De la série « Lieux d'énergie » Fine Art Print Endura, contrecollé sur aluminium

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luxembourg dudElangE

8 mai 2011 > 11 Juin 2011

Centre d'art dominique lang dudElangE gare dudelange-Ville ouvert du mardi au dimanche de 15h à19h direction : danielle igniti danielle.igniti@dudelange.lu www.centredart-dudelange.lu

aujourd'hui la photographie a intégré le monde de l'art contemporain et n'est plus confinée dans un espace réservé aux seuls amateurs de photographie. ainsi le Centre d'art dominique Lang accueille lui aussi de plus en plus souvent les arts visuels – photographie et vidéos. Les centres d'art de la Ville de dudelange offrent un panorama représentatif de la photographie classique et moderne, luxembourgeoise et internationale. Une large place est réservée à la photographie plasticienne et aux concepts novateurs et originaux. Les centres d’art de la Ville de dudelange ont présentés les artistes qui ont été sélectionnés pour représenter le pays à la biennale de Venise comme Su Mei Tse, nadine et Gast Bouschet et récemment Martine Feipel et Jean Bechameil, preuve certaine qu’ils accomplissent leur travail de dénicheur de talent et de promoteur de l’art contemporain luxembourgeois. Les responsables ont aidé et soutenu des artistes émergeants pour monter leur première exposition personnelle et faire leur premiers pas dans le monde de l’art, citons comme exemple The Plug – assan Smati – Marcin Sobolev. Les centres accueillent des artistes de renommée internationale comme Rineke dijkstra, Yuki onodera, ola Kolehmainen. nei Liicht propose aussi des expositions communes qui rassemblent des artistes d’un pays (Tempi osceni – jeune photographie contemporaine italienne) au autour d’un thème ("xy, l’emprise du genre" – sur la representation masculine – "Comme ce pain est amer" – sur les migrations humaines)

doMiniQuE auerbaCher KunsT isT WaFFE l'art est une arMe

“ La vie d’un artiste

doit commencer par la flânerie. „

en The starting point of dominique auerbacher’s work Kunst ist Waffe is an article that German communist writer Friedrich Wolf published in 1928 to attack the “art for art’s sake” concept in bourgeois culture. In spring 2008, bus stops in Berlin were covered with the message ‘Kunst is Waffe, Friedrich Wolf 1928’, without any further information about the artist(s) or the rationale behind the intervention. auerbach is interested in the subtle beauty and aesthetic value of graffiti, tags and posters that shape and transform the urban landscape.

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Jacques Villeglé

À berlin, au printemps 2008, des vitres d’arrêts de bus étaient recouvertes d’un film adhésif transparent rouge sur lequel était inscrit en lettres blanches Kunst ist Waffe, Friedrich Wolf 1928. il n’y avait aucune indication sur la provenance de cet affichage, sur l’identité de son ou ses auteurs ; il pouvait aussi bien s’agir d’un affichage sauvage, d’une campagne publicitaire, d’un slogan politique, d’une intervention artistique… À l’origine, Kunst ist Waffe, est le titre d’un article publié en 1928, de l’écrivain juif allemand et communiste, Friedrich Wolf ; engagé dans la cause de la révolution prolétarienne, il dénonce l’art pour l’art de la culture bourgeoise. Je me suis demandée ce que signifie de nos jours Kunst ist Waffe. Ce même printemps 2008, le graffiteur pochoiriste blek the rat, pionnier du street art (l’art urbain) français, intitule sa première exposition personnelle dans une galerie de l.a, art is not Peace But War. blek the rat relie le titre et le concept de son exposition aux origines du street art en faisant référence à l’article de norman Mailer sur les graffitis new yorkais, publié en 1972 dans le new York Times. de nos jours, même si la plupart des graffiteurs continuent à œuvrer dans l’illégalité, la légitimité du street art en tant que mouvement de l’art contemporain est incontestable.par ailleurs,

Centre d'art dominique lang dudElangE

le graffiti est utilisé dans les campagnes publicitaires, depuis une dizaine d’années, des grandes sociétés comme nike, ibM, sony emploient des graffiteurs. l’art urbain à aussi tendance à se monumentaliser. les métropoles sont la scène de projets gigantesques commandités par des promoteurs à des collectifs (de graffiteurs, designers, photographes, pochoiristes), pour donner une plus-value artistique à leur immobilier. l’affichage Kunst ist Waffe est pour moi typique de berlin, de cette ville à la fois nostalgique et contemporaine, en chantiers et en devenir, végétale et sauvage, réactive et incontrôlable, couleur pierre et de toutes les couleurs… J’ai été fascinée, non pas tant par les murales spectaculaires, les œuvres des graffiteurs connus que par toutes ces formes d’inscriptions éphémères, ces petites interventions d’anonymes. l’accumulation de tags, graffitis, affiches, autocollants, grattages, transforment les murs, les vitres, les portes d’entrée, le mobilier urbain, jusque dans les endroits les plus insolites et inaccessibles, en de véritables œuvres collectives. leur beauté picturale n’est pas due qu’au hasard, mais à une composition réalisée en plusieurs étapes par des anonymes qui s’expriment et se répondent en plaçant leur propre intervention. À berlin, ces tribunes libres d’affichages sauvages et de tags sont, le plus souvent, des juxtapositions d’éléments qui me font penser à des collages dadaïstes entre autres de Kurt schwitters et d’hannah höch. À paris, les compositions sont plus anarchiques, leurs superpositions, recouvrements et arrachages, me rappellent les affiches lacérées de raymond hains et de Jacques Villeglé sur nommées par ce dernier, des Réalités collectives ; ce qui fera dire à pierre restany « Jacques Villeglé est de ceux pour qui le monde de la rue est un tableau permanent ». il y a aussi à berlin, les tags gravés, grattés dans les vitres des bus, des trams, du métro. les griffures des tags captent et diffractent les rayons de soleil et les éclairages de la nuit ; on dirait de la peinture gestuelle. alors qu’à paris, les vitres notamment les cabines téléphoniques, sont plutôt taggées avec de la peinture à l’aérosol. dans les vitres, se superposent et se mêlent tags, jeux de lumière, couleurs et morceaux de ville et parfois, mon reflet. Ces tags ont presque entièrement disparus. Fin 2008, la compagnie bVg des transports berlinois, pour éradiquer les tags, a recouvert les vitres d’un film adhésif imprimé d’un motif, le pictogramme de la porte de brandebourg.


Dominique Auerbacher Kunst ist Waffe (2008)

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luxembourg ClErVaux

9 avril 2011 > 29 Mai 2011

Clervaux CiTé dE l'iMagE ancien hôtel du parc, rue du parc, bp 52 l-9701 ClErVaux

info@clervauximage.lu tél. +352 26 90 34 96 ouvert du jeudi au dimanche de 11h à 18h www.clervauximage.lu

L’exposition permanente « The Family of Man », montrée au Château de Clervaux depuis 1994, a initié un projet culturel concentré sur le médium photographique. La collection de Steichen date de 1955 ; l’idée d’attirer parallèlement le regard sur la photographie contemporaine a été une conséquence logique. depuis septembre 2008, l’association met en évidence la localité en tant que cité de l’image. Elle propose différents projets culturels : des expositions temporaires, des installations photographiques à ciel ouvert et des ateliers. Les activités organisées interrogent le rôle de la photographie contemporaine dans le milieu artistique, social et rural. La collaboration avec la Commune de Clervaux, le Parc naturel de l’our et la collection The Family of Man intègre l’association dans une stratégie d’échange et de communication. au niveau international, une relation amicale s’est déjà établie avec la Emschergenossenschaft de la région de la Ruhr suite à l’intérêt commun porté à l’image photographique.

briDGes ProJect / intérieur stefan bayer, stefan becker & Christine steiner, Marita bullmann, Tania reinicke & Ekkehart bussenius, Christian diehl, Etta gerdes, annette Jonak, olga Kessler, brigitte Kraemer, Winfried labus, hendrik lietmann, Tomek Mzyk, Tania reinicke, nico schmitz, Frank schultze, Jens sundheim, gregor Theune, norbert Weke, henk Wittinghofer JarDins / extérieur Marc baruth, henning rogge, robert Voit

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Clervaux CiTé dE l'iMagE

landsCaPing landsCaP proJET En CollaboraTion aVEC briDGes fotoProJekt eMscher zukunft l’exposition présente deux projets culturels distincts qui illustrent des interprétations individuelles et diversifiées du paysage culturel contemporain comme il apparaît dans l’espace urbain, social et (post)industriel. Composée d’une part d’un ensemble de photographies issues de la collection briDGes fotoProJekt eMscher zukunft 1 et d’autre part de trois installations à ciel ouvert, faisant partie intégrante du projet JarDins 2 , l’exposition montre la relation ambiguë, parfois dérangée entre l’homme et son environnement qu’il façonne selon ses idéologies et ses motivations collectives ou personnelles. le terme landscaping se compose du mot anglais landscape et d’une terminaison qui suggère une action toujours en cours de réalisation. l’exposition reflète l’idée d’un paysage qui se définit à travers un changement constant, ses processus de transformations et ses mutations parfois incohérentes et paradoxes. « landscaping » n’est pas un recueil d’images photographiques thématisant le paysage traditionnel qui, souvent abordé par rapport à la picturalité du motif, fait partiellement référence à l’interprétation romantique du thème et qui aboutit à une contemplation méditative. par opposition, « landscaping » favorise un état d’âme beaucoup plus agité. puisque le paysage est ici défini sélectivement par rapport à sa situation variable et instable, l’approche prend un caractère interlocuteur, négociateur ou bien explorateur. la confrontation avec ces œuvres incite à une perception subjective, qui elle aussi peut déclencher des changements inédits transmis en temps et lieux sur le paysage réel suite à une conscience nouvelle et dynamique du spectateur. dans ce sens, « landscaping » ne se limite pas seulement au questionnement idéologique de l’espace, mais implique toute une dimension active d’intervention et d’interaction avec le paysage. l’image peut être interprétée comme une fenêtre ouverte sur le monde. il est également possible de la voir comme une projection mentale de l’artiste, c’est-à-dire une construction imaginaire qui prend pourtant une apparence réelle par l’intermédiaire du médium photographique. l’ensemble des clichés raconte une histoire de perception du paysage qui existe sur deux plans temporels : celle qui se forme suite à la confrontation du sujet au monde environnant actuel et celle qui anticipe la réalité contemporaine, puisqu’elle imagine ce que deviendra le paysage futur. l’exposition traite ainsi à la fois de la naissance et du déclin du paysage culturel, plus précisément de ses phases de transitions contradictoires : l’oscillation entre l’espace privé et public, entre l’abandon et la récupération, entre la construction et la déconstruction, entre le naturel et l’artificiel efface les frontières visibles entre les différents mondes paysagers. les lieux transitoires, avec leurs changements inhérents, racontent une histoire humaine et se transforment en cycles parallèles à notre propre évolution. annick Meyer 1. projet photographique initié par la Emschergenossenschaft dans le cadre de la transformation / renaturation du fleuve Emscher : www.bridges-projects.com et www.eglv.de 2. projet de Clervaux – cité de l’image asbl


EN The exhibition Landscaping presents two different projects that illustrate the contemporary cultural landscape in an urban, social and (post)industrial space. A selection of photographs of the Bridges Fotoprojekt Emscher Zukunft collection will be on display alongside three open-air installations that are part of the project Jardins. The exhibition reveals the ambiguous relationship between human beings and their environment, focusing on the ways in which man attempts to change and appropriate his environment according to his ideological thinking.

Marc Baruth Le Fils Prodigue : La Rentrée de la Récolte (2005) Exposé dans les Arcades II, Montée de l’église, Clervaux Projet JARDINS

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robert voit new Trees : norscot Sandton, South africa (2006) Exposé dans les arcades i, grand-rue, Clervaux projet Jardins

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Clervaux CiTé dE l'iMagE


Henning Rogge Schauinsland : Bastei, Sächsische Schweiz Exposé à l’Échappée Belle, Place du Marché, Clervaux Projet JARDINS

Etta Gerdes Renatur (2007) Collection BRIDGES Fotoprojekt Emscher Zukunft

Nico Schmitz Diorama Collection BRIDGES Fotoprojekt Emscher Zukunft 2009

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg VillE

17 Février 2011 > 22 Mai 2011

mudam luxembourg MuséE d’arT ModErnE grand-duC JEan 3, park draï Eechelen tél. +352 45 37 85 1 ouvert du mercredi au vendredi de 11h à 20h et du samedi au lundi de 11h à 18h. Fermé le mardi. www.mudam.lu

L’autofiction du travail de Cindy Sherman, l’écriture de l’histoire chez Hannah Collins, l’intuition politique chez Shirin neshat, les différentes visions documentaires de Bernd et Hilla Becher, Thomas Struth et nan Goldin, ces approches distinctes d’artistes majeurs du xxe siècle, autour d’un même médium, sont présentes dans la Collection Mudam. La photographie et surtout les photographes accompagnent l’aventure Mudam depuis les débuts et ce de manière active. Christian aschman, qui vient de la photographie de mode, a portraitisé le Grand duché à l’occasion de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union Européenne. dépassant la mission documentaire, Pierre-olivier deschamps de l’agence Vu, a travaillé pendant plusieurs années sur la mémoire photographique du bâtiment du musée (signé I.M. Pei) et ce, depuis le premier coup de pioche. Thomas demand, sculpteur de formation et connu pour ses photographies couleur de reconstitutions grandeur nature en papier, a produit une série spécifique au lieu. Venant du champ des arts, Valérie Belin, Charles Fréger et Joël Tettamanti ont été invités à réaliser un travail topologique sur la société et le paysage luxembourgeois ; travail qui a été présenté pour l’ouverture du musée, à l’occasion de la dernière édition du Mois de la Photo. Lié directement au programme d’expositions, de publications et de recherches, le travail de Mudam en matière de commande et de production d’œuvres photographiques varie et mélange visions, sensibilités et horizons. Claude Moyen

suZannE laFont situation CoMEdy FroM gEnEral idEa’s paMphlET“ManipulaTing ThE sElF”

l’installation Situation Comedy de suzanne lafont a pour point de départ Manipulating the Self : a Borderline Case [Manipulation de Soi : Un Cas Limite], Limite] un fascicule en noir et blanc publié en 1971 par le trio d’artistes canadien general idea. Manipulating the Self est le fruit d’un appel à photographies qu’avait lancé general idea, invitant les personnes qui répondraient à l’annonce à se photographier en suivant ces instructions : « la main est un miroir pour l’esprit – passez le bras au-dessus de la tête, le coude par derrière, et attrapez votre menton par la main. » l’annonce précisait qu’en accomplissant cette contorsion, l’interprète deviendrait à la fois « objet et sujet, vu et voyeur ». la publication rassemble 115 « situations images » de cette position, parmi lesquelles 99 sont légendées avec les noms ou les initiales des interprètes. En 1973, le projet donna également lieu à l’édition d’une affiche, pour laquelle un autre titre fut proposé – Manipulating the Scene [Manipulation de la scène]. dans Situation Comedy, suzanne lafont revisite, en opérant une série de déplacements, ce passage de la manipulation de « soi » à la manipulation de la « scène ». l’appropriation qu’elle fait de Manipulating the Self s’articule en premier lieu autour de la tension entre le spéculaire et le spectaculaire. alors que le projet de general idea jouait sur l’idée de la main comme « miroir pour l’esprit », Situation Comedy porte en quelque sorte Manipulating the Self sur scène, transpose la publication dans le champ du spectacle – mais un spectacle dans lequel le soi ne tiendrait qu’un second rôle. les 99 impressions qui composent la série Situation Comedy reprennent les 99 images légendées de la publication de general idea. pour 23 de ces tirages, les poses initiales ont été rejouées par un groupe d’étudiants en école d’art avec lequel l’artiste a travaillé sur le projet. les 76 images restantes sont au contraire vides : ce sont des fonds monochromes sans figures, portant simplement l’inscription ‘(not performed)’, [« (non interprété) »], annulant ainsi la relation symétrique qui existait dans les photographies originales entre « objet et sujet, vu et voyeur ». pour souligner le rôle que joue la question du spectacle dans la publication de general idea, Situation Comedy en transpose la totalité en utilisant l’expression la plus directe du langage visuel : un dégradé de couleurs, allant du mauve au vert en passant par

en Suzanne Lafont’s grid of coloured panels, entitled situation Co me dy, takes as its starting point the 1971 booklet Manipulating the self: a borderline Case produced by General Idea. For Manipulating the Self, the artists first issued a call for photographs whereby respondents were asked to follow these precise instructions: ‘The hand is a mirror for the mind - wrap your arm over your head, lodging your elbow behind and grabbing your chin with your hand.’ next, a booklet was produced featuring 115 ‘image situations’ of the prescribed gesture. Finally, in 1973, a poster was released, and the title was changed to Manipulating the scene.

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commissaire de l'exposition paul di Felice

mudam luxembourg MuséE d’arT ModErnE gr and-duC JEan

le rouge, le bleu et le jaune. la nature spectaculaire de Situation Comedy est assurée par un déplacement des caractéristiques formelles du projet de general idea – les images noir et blanc, le mode d’adresse de l’annonce, la combinaison texte-image – vers des références aux codes visuels de l’industrie du divertissement. a la place de l’esthétique amateur des autoportraits rassemblés dans Manipulating the Self, les tirages de lafont affichent des surfaces lisses et des silhouettes sans défauts, rappelant les présentateurs de télévision, les couleurs criardes des émissions de jeux, et l’environnement contrôlé des studios. un autre déplacement qu’opère suzanne lafont dans Situation Comedy vient cependant remettre en cause cette place donnée à la question du spectacle : l’artiste y utilise le langage, et plus précisément les noms, pour leur capacité à activer le vide laissé par l’absence des figures. Chaque tirage porte en effet, en plus du numéro correspondant à l’ordre d’apparition des personnages dans la publication de general idea, les noms de l’étudiant(e) et de l’interprète initial dont il ou elle reprend la pose. le fait que même les images sans figure portent les noms des deux groupes d’interprètes souligne le rôle central que jouent les noms dans l’installation de suzanne lafont. pour lafont, porter un nom, c’est comme endosser, ou changer, un vêtement : tout dépend de la situation et de l’effet recherché. dans Situation Comedy, l’action performative se situe précisément dans l’écart que l’œuvre établit entre les conventions scéniques – qu’elles soient celles de la télévision ou de la performance – et un système de référence linguistique. C’est lorsque la scène n’est pas interprétée que le nom peut prendre les devants de la scène, comme vecteur performatif. la comédie jouée par Situation Comedy serait ainsi de l’ordre de la transmission en différé, non en direct. les noms et les figures des acteurs (ceux de 1971 et de 2009) se renvoient la balle, qu’ils soient représentés physiquement ou non. on est bien ici dans le registre du ludique : tel l’accessoire théâtral ou le jeu de cartes, les images de Situation Comedy restent en suspens, prêtes à tout moment à être remises en circulation, ou en scène, lorsque la situation se prête au jeu. antony Hudek

suzanne lafont Situation Comedy, From General Idea's pamphlet Manipulating the Self (2010) Vue de l'exposition © photo : andrès lejona


suzanne lafont Situation Comedy, From General Idea's pamphlet Manipulating the Self (2010) Extraits de 99 planches de 80 x 60, 5 cm chacune impression encres pigmentaires sur papier Courtesy Erna hĂŠcey

mois euroPĂŠen de la PhotograPhie > luxEMbourg 2011

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luxembourg KirChbErg

16 Février 2011 > 16 sEpTEMbrE 2011

arendt & medernaCh luxEMbourg 14, rue Erasme luxembourg, Kirchberg tél. +352 40 78 78 1 ouvert les samedis.et dimanches de 9h00 à 18h00 www.arendt.com

L’architecture du bâtiment d’arendt & Medernach au Kirchberg a sûrement été un catalyseur pour l’émergence de la programmation d’expositions de photographie contemporaine au sein du cabinet. La collection d’œuvres d’art qui s’est constituée au cours des différentes propositions artistiques est avant tout le résultat d’une prise de conscience et d’un partage de nouveaux plaisirs esthétiques au niveau des arts visuels. Les œuvres de la collection acquises depuis 2003, n’ont aucunement la prétention de refléter de façon exhaustive les tendances actuelles de la photographie ni d’être représentatives pour un courant artistique et encore moins pour un corpus de photographies sélectionnées selon des critères spéculatifs. La collection témoigne au contraire d’une grande diversité d’expressions et de thèmes ainsi que d’une pluralité d’approches. Si la cohérence thématique n’est pas une condition sine qua non, on peut néanmoins y déceler des liens au niveau des contenus qui soulignent la prédilection pour le vivant et le bâti. Les œuvres se distinguent donc d’abord par leur singularité et puis par leur rapport à l’architecture, voire aux murs internes de l’étude, à leur capacité de faire vivre une photographie dans le contexte de l’environnement quotidien de l’étude arendt & Medernach.

Ci-ConTrE

suzanne lafont Grimaces I & II (1992) Tirages numériques sur bâches 250 × 198cm chacune Courtesy Erna hécey

en Suzanne Lafont’s exhibition at arendt&Medernach, which ties in with her installation situation Comedy at Mudam, reveals the artist’s interdisciplinary approach to photography. Theatrical, musical and textual references can be discerned in this series of photographs, where the atmosphere oscillates between hitchock-esque suspense and burlesque attitude. The characters, which appear in this series of images only as fleeting shadows, disrupt the stillness of the photographic image with their gestures.

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suZannE laFont caractères

Ce titre de l’exposition de suzanne lafont chez arendt & Medernach, qui a une certaine connivence avec Situation Comedy, du Mudam, exprime très bien les significations multiples de cette proposition artistique qui ouvre à des lectures interdisciplinaires et intermédiales de la photographie. dans ce sens, le mot « caractères » est pertinent puisqu’on l’utilise en psychologie pour définir la manière dont la personne va agir, au théâtre pour parler de traits physiques et psychologiques, ou en musique pour exprimer la façon d’interpréter une pièce ou même en typographie pour parler du dessin d’une lettre. Toutes ces significations participent à l’exploration allégorique de la situation où le jeu de la représentation prend des dimensions spéculaires et spectaculaires dans la combinaison photographique que suzanne lafont retient dans sa sélection. les œuvres photographiques réunies ainsi sous le nom de Caractères se déclinent comme des lettres détachées formant un ensemble qui revisite les anciennes séries et séquences d’images tout en apportant des éléments nouveaux. on retrouve dans ces photographies les connotations théâtrales, musicales, textuelles de leurs suites originales même si la narration s’articule davantage dans la fragmentation de la vision et du déplacement du spectateur. suzanne lafont ne cache pas ses intentions de procéder par décalage et déplacement tout en interférant sur la temporalité et la spatialité des figures qui défilent sur ses photographies. Ces constructions et fabrications d’images qui fixent un quotidien scénographié interagissent entre elles dans de nouveaux contextes d’exposition sans pour autant perdre de leur force esthétique. C’est justement dans le morcellement d’autant de différents présents suspendus que cette esthétique trouve de nouvelles formes qui évoluent librement contre toutes convention et représentation établies. la disposition scénographique de cette exposition qui regroupe des travaux plus anciens donne à voir de façon morcelée quatre ensembles importants dans l’œuvre de suzanne lafont.

arendt & medernaCh luxEMbourg

commissaire de l'exposition paul di Felice

le jeu du langage visuel et textuel anime toutes ses images qui se déploient comme des pages de livres ou s’affichent comme des imprimés qui impressionnent par leur texture graphique. dans la série intitulée Caractères, des personnages en taille presque humaine, défilent sous la seule présence de leur ombre. Entre état de suspens hitchcockien et attitude burlesque, les silhouettes s’activent dans ce dispositif sériel en inscrivant leur gestualité dans la fixité de l’image sérigraphique. À côté, dans un ensemble intitulé Embarras, un personnage se débat avec des chaises. parallèlement au motif, les vues s’imbriquent, d’une photo à l’autre, mettant le protagoniste comme le spectateur dans une situation qui se présente de façon ambiguë, entre résistance et emprisonnement et qui déclenche comme une mécanique de l’humour à la manière de Chaplin. les gestes quotidiens se mélangent au burlesque à travers des figures étranges, mouvementées, se dédoublant par la surexposition et défilant dans ce théâtre de la réalité comme dans une représentation où les acteurs auraient été abandonnés par son auteur. la série des Index interroge la relation entre image et texte dans une démarche qui juxtapose la photographie documentaire à des mots qui leur font arbitrairement correspondance. dans cet abécédaire en anglais et français, constituant une frise située à hauteur des yeux, les images sont regroupées dans l’esprit du mnémosyne warburgien. dans ce dispositif adapté au lieu, elles relèvent les tensions sémantiques des associations en opposant l’esthétique de l’archive à la beauté de l’exposition. Enfin les grands portraits, les Grimaces, qui de par leur emplacement ouvrent en quelque sorte l’exposition, témoignent aussi de la décontextualisation et de la déconstruction, récurrentes dans l’œuvre de suzanne lafont. l’ensemble en tant que reconstitution subtile de différents éléments révèle assez bien cette qualité de l’œuvre qui se définit par un perpétuel mouvement des sens et du sens. Paul di Felice


Suzanne Lafont Caractères II (2002) sérigraphie sur papier montée sur aluminium 200 x 140 cm

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luxembourg VillE

15 mai 2011 > 11 sEpTEMbrE 2011

Casino luxembourg ForuM d’arT ConTEMporain 41, rue notre-dame l-2013 luxEMbourg info@casino-luxembourg.lu tél. (+352) 22 50 45 horairEs d'ouVErTurE

lundi, mercredi, vendredi : 11h-19h Jeudi : 11h-20h samedi, dimanche et jours fériés : 11h-18h Fermé le mardi www.casino-luxembourg.lu

nul doute que la photographie occupe une place particulière dans l’art contemporain. Prenant principalement appui sur une jeune génération d’artistes, le Casino luxem bourg – Forum d’ar t Contem porain a exposé, dès ses débuts en 1996, à travers ses expositions monographiques et collectives, des photographes internationaux montrant ainsi l’infinie richesse des sujets abordés et une grande variété dans les techniques employées. allant d’une approche documentaire (par exemple les œuvres d’Hermine Bourgadier dans Ceci n’est pas un Ca si no, 2010) vers un parti pris résolument esthétique (l’exposition monographique de Pascal Grandmaison en 2011), en passant par les nouveaux médias (citons seulement les prises de vues des mondes virtuels de Marco Cadioli, exposition aFK – away From Key board, 2011), l’image photographique jalonne régulièrement la politique d’exposition du Casino luxembourg et livre un témoignage vibrant de l’art contemporain en ce début du 21e siècle.

en The exhibition explores a recent tendency of the noughties era, namely the multiplication of personalities via the Internet. plat forms such as Facebook, Twitter, Myspace and second life invite us to live several lives simultaneously. These social networks seem to offer us escape routes from a real life that seems morose compared to the possibilities offered by the virtual world. Taking on diverse approaches, the artists in the exhibition explore the implications that these multiple identities – virtual or real – have for our idea of self.

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SECOND LIVES

Jeux De MasQues & auTrEs JE artistes : art orienté objet, susan anderson, Christopher baker, hermine bourgadier, slater bradley, lucille Calmel, hsia-Fei Chang, danika dakic, hans Eijkelboom, Joan Fontcuberta, aneta grzeszykowska, anna hilti, Kaori Kinoshita & alain dellanegra, Joachim Koester, beryl Koltz, susi Krautgartner, andres lejona, lucy Mcrae & bart hess, Cristina nuñez, Jens pecho, dorothée smith, Catrine Val, yuan yanwu. commissaires de l'exposition : paul di Felice, Kevin Muhlen, pierre stiwer.

le masque est resté, depuis l’antiquité jusqu’à aujourd’hui, le or, la mise à distance du monde ou la mise en évidence des symbole de ce désir si particulièrement humain qui consiste à se procédés de manipulation ou de réorganisation de la vie indiprojeter dans le corps d’un autre et d’incarner, d’être, ne fût-ce viduelle ou sociétale reste une préoccupation majeure de nomque pour un moment, un autre personnage bien différent de breux artistes, même si parfois il s’articule sur le mode parodique. celui qu’on est dans la vie. prolongement moderne de la si shakeJean baudrillard affirme que la post-modernité peut être déspearienne conception du monde comme scène de théâtre, finie comme le passage à une hyper-réalité dans laquelle les simul’arrivée du site internet Second Live a donné une dimension nou- lacres ont remplacés le réel. velle à cette façon d’habiter le monde et le corps d’un autre. dans le contexte de notre monde obsédé par la réalitéCette deuxième vie, qu’autorisent aujourd’hui les technolo- spectacle et dominé par les représentations codifiées d’idéaux gies modernes, est vécue sur des modes très différents : ses mul- bâtis sur le jeunisme, l’argent et la célébrité, les photographies tiples aspects en disent long sur le besoin de l’homme moderne de susan anderson de la série High Glitz se caractérisent par un de se re-définir, voire même de se définir tout court, dans un regard détaillé et critique sur les concours de beauté pour enfant monde occidental dominé par les différents modèles de la socié- dont l’amérique raffole. té de consommation et du capitalisme triomphant mais si inquiet À l’inverse de la transfiguration vulgaire du portrait d’enfants sur son avenir. dans les photos d’anderson, l’image de l’enfance retrouve une depuis la lettre de rimbaud, envoyée en 1871 à paul demeny, certaine dignité dans les “autoportraits” sévères de l’artiste où figure le fameux « Je est un autre », la société moderne s’est chinoise yuan yanwu. a partir de son album de famille, l’artiste appliquée à déconstruire le sujet pensant en reniant le moi car- choisit des photographies que principalement son grand-père tésien pour mettre à sa place, à travers les notions de pulsion, a faites d’elle, en gommant tout ce qui entoure son visage. Ces de conscient et d’inconscient, la figure éclatée de l’individu. la nouvelles images qui retracent une période de sa vie où elle post-modernité est, selon Mikhaël Elbaz, « une ère de soup- vivait à shanghai chez ses grands-parents, ne montrent plus rien çon, une perte de confiance dans sa capacité de reconstruire la de son environnement, ni du contexte familial de l’époque, mais société-monde ». dans un monde qui a déconstruit toutes les nous parlentd’une quête étrange, peut-être absurde d’une idennotions traditionnelles de valeur, d’héritage culturel et de civilisa- tité chinoise qu’elle a partiellement refoulée. tion, le sentiment persistant est celui d’une non-appartenance, l’acte photographique comme libérateur d’un Moi élevé expression d’un télescopage entre recherche identitaire et mou- trouve toute sa splendeur dans la démarche de l’artiste catavement d’indépendance. la bi-sexualité, le travestissement ou lane cristina nuñez. En partant d’un concept simple de conl’homosexualité sous ses formes transgressives en sont une des signes qu’elle communique lors de ses workshops aux personnes manifestations multiples. susceptibles de faire l’expérience du « Higher Self », Cristina Face aussi à la marchandisation des valeurs restantes, l’échap- réalise avec la contribution du public des séries d’autoportraits patoire reste fragile. dans la psychologie de Carl gustav Jung, où chaque participant devient auteur, sujet et spectateur avec la le concept de « persona » définit cette part de personnalité qui complicité de l’artiste. organise le rapport de la personne à la société à travers un comles photographies de Dorothée smith nous transportent portement qui conduit l’individu à se prendre pour celui qu’il est dans un univers où il n’y a plus de frontière entre intérieur et aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement. dans extérieur, entre corps et esprit, entre identité et altérité, entre la société occidentale, la force de séduction des modèles du star féminin et masculin. Même si ce monde est sensible et apparemsystem est devenue telle que l’imitation des pas de danse de ment paisible – que la photographie au chromatisme mesuré et Michael Jackson, ou la reprise des tics et techniques des modèles à la composition équilibrée dévoile dans l’ensemble de la série du cat walk opèrent comme nouvelles sources d’inspiration pour – les correspondances entre images suggèrent paradoxalement de nombreuses personnes à la recherche d’un idéal à copier. en filigrane les passages difficiles des rapports entre individu et l’imitation, longtemps rejetée comme contraire au concept société. même de créateur dans la modernité récente, celle du 20e sièsi le nouveau rapport au corps et à la sexualité, comme il est cle, a laissé la place à ce qu’on pourrait appeler un nouvel aca- exprimé dans la photographie de smith est vécu au quotidien démisme qui cherche son modèle – ou contre-modèle – dans par les sujets qui composent ces images, la problématique transla publicité ou le star business. on peut se demander si cette genre est complètement artificielle dans la série Homme-Femme dévaluation ontologique dont l’art contemporain se fait écho de 2006, réalisée par andrès lejona. des personnalités du n’est pas au cœur même des recherches artis tiques d’aujourd’hui monde culturel et artistique luxembour geois y apparaissent en qui usent – et parfois abusent – de la citation, des références, diptyque, l’homme se déguisant en femme, la femme en homme. allusions et mise en abîme, au point de devenir entièrement paratexte dans certains cas.

Casino luxembourg ForuM d’arT ConTEMpor ain


Hermine Bourgadier Green Lantern (2010) Tirage argentique, 30 x 36, 5 cm Courtesy Galerie Schirman & de Beaucé

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Aneta Grzeszykowska & Jan Smaga Untitled Film Stills #3 (2006) C-Print

Aneta Grzeszykowska & Jan Smaga Untitled Film Stills #15 (2006) C-Print

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Si la photographie pour Lejona est surtout un moyen pour exprimer la réalité insolite des choses, chez Joan Fontcuberta l’art consiste à prouver continuellement que la photographie ne fait rien d’autre que mentir, car c’est dans la nature même de ce médium. Il se met en scène selon les schémas établis par les médias pour incarner un fictif Ben Laden. La démultiplication du propre visage et corps dans une mise en abîme de la représentation narcissique se référant aux Film Stills de Cindy Sherman prolonge chez Aneta Grzeszykowska ce processus de mutation de l’image de la femme à travers ce double jeu de miroir où la citation devient la réplique d’une autre citation. À l’inverse de cette série, l’œuvre Album montre un effacement de son image, éliminant sa présence dans ses photos autobiographiques. Dans la série d’images intitulée Uncanny Valley, Susi Kraut­ gartner, donne à l’autoportrait une dimension résolument posthumaine. Sa série est en référence à une théorie spéculative de l’ingénieur Masahiro Mori, qui l’a nommée ainsi en hommage au texte de Freud « Das Unheimliche » démontrant l’effet de résonance émotionnelle des figures artificielles en fonction du degré de ressemblance humaine. En partant de ses autoportraits, Susi Krautgartner applique cette théorie dans le sens inverse en gommant digitalement de plus en plus d’éléments humains pour s’approcher de la figure artificielle provocant la sensation de rejet auprès de l’autre. La fascination pour les technologies en rapport avec le corps humain et l’influence de l’émotion sur celles-ci apparaît aussi, mais de façon différente, chez Lucy McRae & Bart Hess. Dans leurs photographies de corps sculpturaux, la chair et le vêtement se fondent dans des déformations dont l’esthétique se situe en-

Casino LUXEMBOURG Forum d’art contempor ain

tre mode et monstruosité. L’évocation des mutations extrêmes de ces corps dont les prothèses sont volontairement low tech pose évidemment les questions cruciales des canons de beauté. Autrefois, les places publiques, les forums, permettaient de partager les idées et de se faire entendre. Internet s’est réapproprié ce rôle aujourd’hui, même si les échanges sont fondés fréquemment sur un contenu insignifiant. Christopher Baker présente dans son installation Hello World ! How I learned to stop listening and love the noise une multitude de tels messages personnels glanés sur Internet qui se fondent dans une masse imagée et sonore. La communication de l’individu s’annule dans cette installation laissant place au brouhaha des messages mêlés et à la musicalité qui en découle. Si technologie s’accorde à une certaine perte de l’individualité chez Baker, le duo d’artistes Kaori Kinoshita & Alain Della Negra tentent, à travers leurs vidéos, d’analyser comment le monde de Second Life et les expériences faites par des aficionados de cette « deuxième vie » peut se retranscrire dans le monde réel et comment s’opère le passage entre un monde et une vie créés de toutes pièces et le quotidien de ces personnes. Dans des interviews et rencontres, les artistes laissent transparaître un décalage entre images de la réalité quotidienne et un discours ancré dans un monde virtuel. Beryl Koltz s’est également intéressée à ce réseau social qu’est Second Life. Durant plusieurs semaines, elle a suivi Pit Vinandy (aka Cyberpiper) lorsque celui-ci partit à New York en vue d’y retrouver « sa femme ». Dans le monde virtuel, leurs avatars se sont mariés, ceci sans que les deux personnes ne se connaissent. La vidéaste retrace, dans son film, la première rencontre du couple.


Hans Eijkelboom Paris-New York-Shanghai (2007)

Là où certaines personnes sont à la recherche d’une autre Il y a des états physiques qui eux ne se laissent pas déceler au vie dans un monde parallèle et virtuel, d’autres n’hésitent pas simple regard. Les virus assiègent notre corps de l’intérieur et ne à s’emparer de leur propre corps pour en explorer les limites se manifestent pas toujours de manière visible. Avec sic(k)ness et les possibilités. Les artistes Art Orienté Objet s’intéressent, Lucille Calmel & Philippe Boisnard se sont intéressés aux dandans leur performance Que le cheval vive en moi, au processus gers de la pandémie. L’essor de la grippe aviaire ou de la grippe d’hybridation entre l’humain et l’animal. Art Orienté Objet ex- H1N1 ont fait naître une paranoïa généralisée et des mesures plore, à travers une injection de sang équin dans l’organisme de de surveillance aussi improbables qu’immorales. L’espace public Marion Laval-Jeantet, les réactions et effets de cette cohabita- est devenu un terrain d’expérimentations pour toute sorte de tion biologique. repérage et de localisation sous prétexte d’une sécurité accrue Si de telles expérimentations extrêmes ne peuvent se faire au détriment de toute sphère privée. Dans les salles d’exposition, sans une certaine préparation et un accompagnement spécialisé, les artistes filment les visiteurs, les soumettant malgré eux à un il y en a d’autres qui laissent cours à plus de spontanéité. Dans détecteur infrarouge de température corporelle. Toute anomasa vidéo Drunk, Annika Larsson invite un acteur à s’enivrer ; lie sera retenue. sur fond blanc et entièrement dénué de son, nous assistons à A Rock Hudson Dialogue de Jens Pecho reprend des extraits sa « métamorphose ». Dans un rythme ralenti, les expressions de films de cet acteur emblématique du cinéma américain des changeantes de son visage et la perte progressive de tout con- années 50 pour en dresser un portrait bien plus tragique que trôle physique apparaîssent à l’écran. ludique à la lumière de la double vie menée par l’acteur. Sous L’alter ego n’est pas forcément le produit d’un état second, forme de montage, l’artiste fait apparaître un dialogue séducteur mais se trouve plutôt au plus profond de soi. Ce sujet représente entre différents personnages interprétés par Rock Hudson à le point de départ des entretiens menés par Anna Hilti avec un l’écran. Durant toute sa carrière, Rock Hudson – homosexuel de ses amis proches. Celui-ci, ayant travaillé autrefois dans le mi- – incarna le mâle hétérosexuel adoré du public, majoritairement lieu du cirque et du spectacle, s’est créé au fil des années une féminin, et ses rôles étaient conçus de façon à contenter ce public. panoplie de personnalités parallèles qu’il intégrait dans son traUn autre exemple des effets de la célébrité sur la vie privée se vail et qui petit à petit ont fait irruption dans son quotidien, pour retrouve dans la vidéo de l’artiste américain Slater Bradley. Seul finalement devenir partie intégrante de son identité. dans une nature enneigée, un personnage déguisé en Michael Dans le film Tarantism de Joachim Koester, des personnes Jackson erre, masqué et vêtu de lunettes noires, comme à s’agitent frénétiquement, comme dépossédées de leurs corps. son habitude lors de ses apparitions publiques. Les paroles de Seuls des mouvements agités du corps permettraient de con- sa chanson Childhood viennent s’y mêler dans le style des films trecarrer les effets venimeux de cette morsure et ceci au rythme muets de l’époque. En arrière fond, une musique classique red’une musique bien spécifique : la tarantelle. tentit accompagnée de voix d’adultes et d’enfants. Au final, il se

Slater Bradley

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trouve seul, hanté par son passé et par un destin qu’il n’avait pas forcément choisi. Les souliers de Hsia-Fei Chang abordent le sujet de l’enfance trop vite abandonnée au profit d’une mimétique adulte. S’ins­pi­r ant de modèles de chaussures de grands de­si­gners, l’artiste crée une ligne spéciale pour enfants mais sans tenir compte des besoins de ceux-ci. Mais Hsia-Fei Chang s’est aussi intéressée à la perception qu’avaient les autres de son image. Comment se re­pré­ senter objectivement ? Ainsi elle s’est rendue Place du Tertre à Montmartre pour se faire dessiner le portrait à trente-deux reprises et chaque fois par un autre artiste. Elle apparaît différente dans chaque dessin, ce qui rend le choix de l’image la plus représentative d’elle-même quasiment impossible. Les attributs vestimentaires qui reflètent la personnalité sont complètement neutralisés par leur répétition systématique dans les photographies de Hans Eijkelboom. Dans sa série Paris-New York-Shanghai, il procède en ethnographe du contemporain en focalisant sur les polos d’hommes portés par différents types selon la ville. Ces frises, réalisées avec la rigueur typologique de l’école de Düsseldorf, analysent différents aspects de notre société de consommation et de globalisation. Catrine Val n’est jamais elle-même quand elle apparaît dans son travail. Bien qu’elle soit présente dans chacune des ses vidéos et photographies, elle y incarne à chaque fois un personnage différent, femme ou homme. L’image du corps, son instrumentalisation et le langage que celui-ci véhicule intéressent l’artiste et forment le corpus principal de son travail.

Le costume et le déguisement sont aussi au centre de préoccupations des photographies de Hermine Bourgadier. Le cosplay (costume playing) est une sous-culture où l’on se choisit un personnage de bande dessinée ou de jeu vidéo pour en adopter les attributs et l’attitude, ceci avec un souci du détail prononcé. La photographe a suivi certains de ces cosplayers à des conventions où ceux-ci présentent et défendent leur costume lors de concours. Pour sa vidéo Isola Bella, l’artiste Danika Dakic part également d’une scène. Sans script et sans contraintes, Danica Dakic a travaillé durant plusieurs semaines avec quarante résidents d’une institution pour personnes mentalement et physiquement handica­pées. Masqués, ils représentent à la fois l’audi­ence et les prota­gonistes, passant à tour de rôle sur scène. Le masque leur permet de s’exprimer librement et de laisser cours à leur imagination. La photographie, le cinéma, la télévision – et aujourd’hui l’Internet – ont donnés une nouvelle dimension à ces jeu de masques. Bon nombre de personnes ont fini par accepter leur double existence : acteurs de cinéma et acteur du show-business, animateurs des médias, les hommes politiques. Ils ont fini par accepter – par se plier – aux exigences des rôles multiples. La présence massive des médias dans la vie quotidienne projette dans des dimensions nouvelles, la rencontre de l’autre sous sa forme d’image. Les questions qui surgissent lors de ces rencontres avec l’autre ou avec nous-mêmes forment le thème de cette exposition.

Dorothée Smith Löyly (2009) tirages lambda 60x80cm

Paul di Felice, Kevin Muhlen, Pierre Stiwer Commissaires de l'exposition

En haut

Susi Krautgartner Uncanny Valley (2006-2011) C-Print

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Casino LUXEMBOURG Forum d’art contempor ain


Yanwu Yuan YOUTH SELF-PORTRAITS [part 1] Yanwu, 14 years old (2009) Ink jet edition, 110x110cm

Andrès Lejona Homme-Femme (2006)

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christopher baker Hello World! (2008) installation vidĂŠo (dĂŠtail)


Joachim Koester Tarantism (2007) Film 16 mm, n/b, muet, 6’30’’ Courtesy Jan Mot, Bruxelles / Galleri Nicolai Wallner, Copenhague

Annika Larsson Drunk (2010) vidéo

Art Orienté Objet Que le cheval vive en moi ! (2011) performance

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Casino LUXEMBOURG Forum d’art contempor ain


Joan Fontcuberta Manbaa Mokfhi, with a bodyguard, rests in the place while he waits for the magic carpet that will take him to the scene of the fighting (2004) De la série Deconstructing Osama 80 x 60 cm

Danica Dakic Isola Bella (2007-2008) Vidéo

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luxembourg WalFErdangE 14 mai 2011 > 25 oCTobrE 2011

université du luxembourg laboraToirE d'arTs VisuEls Faculté des lettres, des sciences humaines des arts et des sciences de l'éducation Campus Walferdange, route de diekirch, Walferdange installation à l'extérieur, entre bâtiment central et bâtiment Vi www.uni.lu

Le Laboratoire d’arts Visuels se consacre à l’analyse des produits du domaine des arts plastiques, dans la perspective des thèmes chers à l’UR IPSE, c’est-à-dire les identités, les politiques, les sociétés et les espaces. Il faut comprendre ces thèmes comme des dimensions dynamiques et extensibles : les oeuvres d’art ne sont pas vues en tant que phénomènes isolés, mais dans leur contexte sociétal et socioculturel. Entre les arts visuels et les quatre thèmes de choix, il existe des rapports actifs, complexes et réciproques qui sont, parmi d’autres, les objets de la recherche du laboratoire. Les recherches en arts Visuels se basent sur les questions de plasticité, de représentation, d’hybridation et de multiculturalité dans l’art contemporain. Elles s’articulent autour des problématiques qui se fondent sur la démarche artistique contemporaine internationale et permettent de questionner les approches singulières qu’apportent ces changements de paradigme visuel-post-visuel dans le contexte du phénomène actuel de la culture « glocale » (locale et globale). Les résultats de la recherche sont diffusés par le biais de séminaires adressés aux étudiants et dans des publications au Luxembourg et à l’étranger. Le Laboratoire (avant sous le nom de SEa) organise (en collaboration avec le Casino Luxembourg Forum d’art Contemporain) le cycle de conférences : « Les Mardis de l’art » et, depuis 1998, un séminaire pratique-théorique annuel, intitulé « artworkshop », consacré à la recherche et à l’échange. Les oeuvres qui sont réalisées pendant ce séminaire sont exposées et/ou publiées. Le Laboratoire d’arts Visuels propose un accompagnement scientifique sur les didactiques et les méthodologies dans la communication des arts visuels à l’école, de même qu’une participation au développement de la pédagogie muséale dans le cadre des institutions d’art contemporain au Luxembourg et dans la Grande Région.

the selF-Portrait ExpEriEnCE a WorKshop by cristina nuñez

cristina nuñez / the students The Self-Portrait Experience (2011) en In The self-por trait Experience we are, at the same time, author, subject and spectator. The dynamics of gazes between the three roles stimulate our unconscious to speak with the language of art. The self-portrait is the only possible image of the creator of that image, in the precise moment of the creation. Thus, the self-portrait is the portrait of our Creative self, of our higher self. Facing the camera lens can bring an opportunity for a unique experience and a deep non-verbal dialogue. Shot after shot, I live through all my different personas, looking for something I still do not know about myself. I might judge myself, or control my behaviour so that the image will be more acceptable to others. Whatever I do, I always succeed : my sheer humanity will always be expressed in the picture.on March 2011, in the frame of a workshop co-organized by the University of Luxembourg, Cristina nuñez placed a professional photo studio at the Casino Luxembourg, for individual self-portrait sessions. after listening to nuñez’s instructions on the expression of extreme emotions, such as rage, despair, terror and euphoria, each participant took, alone in the studio, a series of self-portraits. after individual selection the whole group worked together on the perception of the images, with the help of specific artistic criteria and storytelling. The five selected portraits for the exhibition at the campus are from different workshops including the Luxembourg student workshop.

website

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université du luxembourg labor aToirE d'arTs VisuEls


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luxembourg hollEriCh

carré rotondes EspaCE CulTurEl 1, rue de l’aciérie l-1112 luxEMbourg hollEriCh expo@rotondes.lu tél. (+352) 2662 2007

28 avril 2011 > 29 Mai 2011

exposition en partenariat avec Kulturprojekte berlin (oliver baetz & Thomas Friedrich), Central European house of photography bratislava (Zuzanna lapitkova), Maison Européenne de la photographie, paris (barbara Wolffer & Jean-luc soret), Zone attive, rome (Emiliano paoletti), Ville de Vienne, département de culture (berthold Ecker, gunda achleitner) ainsi que Thomas licek (Eyes-on). special thanks to Museum auf abruf ( Wien) and berlinische galerie ( berlin)

horairEs d'ouVErTurE

Jeudi : 14h00 – 22h00, Vendredi à dimanche : 14h00 -19h00 Fermé du lundi au mercredi www.rotondes.lu

Les origines du CarréRotondes remontent à « Luxembourg et Grande Région, Capitale européenne de la Culture 2007 ». de nombreuses initiatives nées en 2007 dans les Rotondes 1 et 2 à Luxembourg-Bonnevoie se poursuivent aujourd’hui dans leur nouveau camp de base, le « CarréRotondes », situé 1 rue de l’aciérie à Luxembourg-Hollerich. Fondé par le Ministère de la Culture et la Ville de Luxembourg, le CarréRotondes est opérationnel depuis la mi-septembre 2008 sa programmation culturelle se décline selon quatre volets : TRaFFo (arts de la scène), ExIT07 (musique), ExPo (expositions) et oPEn SPaCE (collaborations). Le CarréRotondes est un espace ouvert aux différents champs de la création contemporaine, à la jeune création, aux démarches artistiques innovantes et à de nouvelles pratiques culturelles et sociales. Il souhaite créer les conditions d’émergence de propositions nouvelles et de créations inédites cherchant à relier l’art, la culture et la société. Le CarréRotondes constitue aussi et surtout un lieu et un concept de préfiguration pour le futur Espace culturel des Rotondes, le temps de leur fermeture provisoire jusqu’en 2015 pour des travaux d’assainissement et de réhabilitation, et vers où migrera la programmation dès la finalisation des ouvrages.

en The exhibition explores our current "post-medium" era, characterized by the exploration of hybrid technology in which artists combine photography and video with a wide variety of other materials. Today, people constantly exhibit their lives as they put images of themselves and their environment on the Internet, thereby creating a network of participants that will eventually produce more images and address topics of social and political importance. artists or non-artists redefine the use of the image in post-modern society where the line between private issues and public images is increasingly blurred when the individual becomes an element of group dynamics.

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Carré rotondes EspaCE CulTurEl

mutations iii

Public iMagEs / Private ViEWs artistes : Edmund Clark, benjamin Cadon & Ewen Chardronnet, rob hornstra & arnold van bruggen, anders bojen & Kristoffer Ørum, simon bauer, hubert blanz, yveline loiseur, paula Muhr, susanne Wehr, ultranature.

Cette troisième édition du cycle Mutations prend pour thème accéder tout le monde aux contenus visibles de notre vie et de la fonction et la circulation de l’image sur internet et dans les ré- ses environnements. l’image et ses compléments audio-textuels seaux sociaux en particulier. donnent à voir – en même temps qu’ils créent – une nouvelle devant la multiplication des possibilités de « prendre » des réalité. images, de les montrer au monde entier, l’image photographique Mutations III s’inscrit donc dans cet passage où l’image intime aujourd’hui, d’essence digitale, a abandonné son statut d’œuvre. devient publique, où l’on passe de la production individuelle à la Elle est moins le moyen d’un artiste particulier mettant en évi- sphère publique et ses réseaux de circulation où le réel se condence la spécificité des choses et des êtres à travers une recher- struit d’après une multitude d’images particulières. che et un regard qui lui est propre. plusieurs artistes ont été retenus pour témoigner de cette apl’image aujourd’hui est apparition éphémère, fragmentaire, à proche des réalités où des technologies hybrides gèrent la prola limite de l’insignifiance. Elle témoigne souvent d’un quotidien duction et la diffusion des images. passe-partout, épiphanie futile des loisirs, fêtes, événements edmund clark a voulu créer une plateforme où il expose – à familiaux ou personnels dont il s’agit de témoigner rapidement travers des images d’intérieurs, à la fois ceux des gardiens que dans le moment et sans souci d’avenir. des détenus- le quotidien du camp de guantanamo. C’est un des on pourrait en déduire que de telles images n’ont pas leur paradoxes de cette démarche que de retrouver, dans ces phoplace dans une exposition ; effectivement, il y a comme un para- tographies, le style des natures mortes hollandaises, où se manidoxe que de vouloir en faire des objets d’exposition car elles festent, à travers les allégories du temps qui passe (objets de colviolent fréquemment l’idée même d’objet à contempler, dans le lection, fleurs fanées, chandelles etc), les préoccupations de ses silence d’un lieu de culte comme l’est un musée. résidents. le site est complété par des écrits d’avocats, de rapdu fait même du caractère transitoire de ce genre d’image, ports de psychologues, mais aussi du personnel de surveillance. du fait de leur présence massive aussi, tout accrochage qui aurait dans une démarche proche, benjamin cadon & ewen comme intention de souligner un aspect esthétique opérerait chardronnet abordent le phénomène des grandes villes à travcomme une volonté de contrebalancer voire de contrecarrer la ers une étude portant sur bengalore en inde. leur intention est forme et contenu brut de ce que l’image donne à voir et à com- de dessiner – à travers toutes sortes de procédés artistiques prendre surtout quand la visée est politique ou sociale. et techniques – une cartographie subjective d’une ville. la déC’est donc le constat de ce paradoxe qui a accompagné le marche intègre approche scientifique (analyse de la pollution choix des « œuvres » dont la plupart ont une existence pure- des eaux auprès de marchands ambulants) comme une sorte ment virtuelle même si, dans certains cas, il a été accordé à cer- de psychogramme subjectif où il s’agit d’explorer les différentes taines images le droit d’exister physiquement, d’être « accrocha- strates psycho-sociales des quartiers en interrogant habitants et bles » pour ainsi dire. experts. l’image, prisonnière de son existence digitale, est le produit C’est dans une optique similaire et pourtant bien particud’un appareil de prise de vue courant : téléphone portable, lière que anders bojen & kristoffer Ørum développent leur caméra digitale, webcam. Elle est ensuite véhiculée sur le net. projet Topographie de l’Insignifiant en retravaillant le territoire l’image, visionnée sur ces mêmes appareils, ou écran d’ordinateur, des villes qui appartiennent au réseau du Mois Européen de la de téléviseur, est comme liée à cet outil de production. Cette im- photographie. sur leur site web, l’utilisateur est en mesure de age pauvre réclame une technologie complexe pour apparaître. « zoomer » jusqu’à atteindre un niveau de pénétration qui révèle autre paradoxe de cette exposition. les plus infimes détails d’un trottoir, ces « insignifiants » qu’il s’agit s’il faut reconnaître que l’image cesse donc de vouloir séduire, d’atteindre et de mettre en évidence mais à partir desquels on se limitant à sa fonction de témoigner, il faut reconnaître qu’une peut rebondir pour élaborer avec architectes, urbanistes ou envisée esthétique – même si celle-ci reste discrète et comme en core des artistes un descriptif complexe pour repenser ludiqueretrait – n’est pas complètement absente. C’est le cas quand ment l’espace dans ses dimensions historiques ou sociales. l’image se substitue à l’ancien reportage photographique avec sa ron hornstra & arnold van bruggen – dans le sochi project dimension historique, politique ou sociale et qu’elle en assume – font un relevé cartographique du lieu russe qui accueillera les certaines qualités esthétiques. il reste que, pour la plupart des Jeux olympiques en 2014. Celui-ci est situé dans une région poliartistes qui ont contribué à cette exposition, c’est la visée sociale, tiquement fragile (s’y affrontent russes, Tchétchènes ou encore la fonction « témoin » de l’image dans un contexte plus large qui géorgiens). raison de plus d’explorer les villages et sites environprime à travers l’accumulation de clichés multiples. C’est à partir nants, notamment un village – Krasny Wostok – qui a gardé des de là que les images font sens et qu’émerge une certaine beauté structures héritées du 19e siècle et qui va être affecté profondéquand se construit une délicate ou subtile narration. ment par les Jeux. le projet fait éclater toutes les dimensions du autre phénomène contemporain, tout aussi complexe, c’est reportage traditionnel tel que l’on peut le voir à la télé ou dans la confusion, maintenant établie, entre l’ intime et le public. la les magazines et leurs suppléments du dimanche. sphère privée a sauté du fait de l’omniprésence des appareils Enfin, susanne wehr crée un site internet conçu comme une à enregistrer notre réalité quotidienne et la possibilité de faire plateforme interdisciplinaire qui vise à explorer le problème


hubert blanz public tracks 07 (2010) vue d'ensemble + dĂŠtail c-Print Diasec on Dibond 147 x 189 cm

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Paula Muhr Females under Tension (2010) vidéo n&b, sonore, 17'24", en boucle

identitaire tel qu’il se pose à partir des photos de famille ou de loisirs. C’est aussi une réflexion sur les clichés et archétypes que l’on retrouve dans ces images. Accompagnée dans sa démarche par Rainer Trotzki (spécialiste des médias) et Birgit Szepanski (écri­ vain et artiste), Susanne Wehr entre en dialogue fertile avec leurs points de vue et appréciations qui s’articulent en articles, essais et commentaires. Le site ouvre aussi sur Flickr et Google où on peut trouver un matériau similaire. Yveline Loiseur & Bureau L’Imprimante construisent un monde poétique à partir d’images récoltées un peu partout où dominent les tonalités blanches ou noires ainsi que des gris intermédiaires. L’œuvre, est inspirée par le journal de Marguerite Duras « La vie matérielle » où elle évoque « ces allers-retours entre moi et moi, entre vous et moi dans ce temps qui nous est commun ». Le site web est construit autour d’un texte d’Alfred Kubin ; en cliquant sur les mots, on commence un voyage à travers les instances de la mémoire et comme celle-ci, parfois les images deviennent insaisissables et s’évanouissent dans le noir. Le voyage auquel l’artiste autrichien Hubert Blanz nous invite à travers ses photographies abstraites n’est rien d’autre que la visualisation graphique des interconnexions d’un internaute actif grand utilisateur de Facebook (1483 amis). Les réseaux d’interactions sociales se réduisent dans sa série Public Tracks à des entrecroisements de lignes, de formes et de couleurs, détachés des événements réels. Les statistiques des noms des personnes connectées prennent des formes labyrinthiques où le détail informatique se dissout dans une sorte d’esthétique gestuelle.

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Carré rotondes Espace Culturel

Paula Muhr, quant à elle, s’intéresse à un autre type de représentation lié davantage à la problématique de l’image de la féminité, de la sexualité et du désir. Le travail vidéographique, photographique et infographique de Muhr propose un face à face entre les théories sur l’hystérie élaborées par Arthur McDonald à partir des rencontres qu’il a faites avec certaines femmes (suites aux annonces publiées dans des magazines), au début du 20e siècle et les mutations actuelles des représentations de la femme et des enjeux que le net a apporté dans les comportements sexuels et les rapports à l’autre. A côté de la réinterprétation des images (vidéo et photos) médicales et scientifiques historiques trouvées dans des archives Paula Muhr présente une œuvre sonore constituée d’une voix féminine retravaillée sur ordinateur lisant onze lettres de femmes (choix de l’artiste suite à une annonce sur internet) qui témoignent des relations amoureuses et sexuelles d’aujourd’hui. La question de respect et de normalité, de privé et de public, est au cœur du débat quand il s’agit de diffuser et de gérer les images sur Internet. Sommes-nous encore à même de nous positionner librement et de façon critique aux choix politiques de cette nouvelle économie des images ? En partant de la plateforme culturelle flash007, le duo d’artistes Ultranature s’est confronté à ce type de problème en réinjectant les spams d’annonces porno que leur firewall avait soigneusement éliminé. Le dispositif choisi pour l’exposition révèle les contradictions des dérives et des limites dans l’exploration des situations controversées entre public et privé.


Rob Hornstra & Arnold Van Bruggen Extraits de la série The Sochi Project Krasny Vostok, Russia (2010)

Edmund Clark Extraits de la série Guantanamo : If the light goes out (2010)

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ultranature Ultranature 6

MaybE ThaT is you? i hopE you WiTh undErsTanding Will ConCErn To My lETTEr grEETings i haVE dECidEd To WriTE To you i WaiT For your lETTEr VEry MuCh grEETings My FriEnd yours FaiThFully, olga hEllo hEllo hi! i ChEErFul WoMan grEETings My nEW FriEnd My naME is yulia i aM looKing For Man hi niCE To MEET you i looKEd your sTruCTurE i WanT To bECoME your FriEnd hEllo you bEauTiFul ThE Man My naME is Marina My FriEnds say ThaT i VEry FriEndly hEllo WiE gEhT Es ihnEn? MEinE FrEundE habEn ihrEr EMail gEgEbEn

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Carré rotondes EspaCE CulTurEl


Yveline Loiseur & Bureau l'Imprimante La vie matérielle (2010)

Suzanne Wehr images extraites de la série personal-views

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luxembourg VillE

18 mars 2011 > 28 aoûT 2011

musée national d'histoire et d'art luxEMbourg Marché-aux-poissons l- 2345 luxEMbourg tél. +352 47 93 30 1 ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h le jeudi de 10h à 20h Fermé le lundi www.mnha.lu

Les fonds photographiques principaux du MnHa sont constitués par le fonds historique (de 1860 à 1939), le fonds documentaire (de 1940 à nos jours) et la collection de photographies d'art. Chacun de ces fonds se compose de plusieurs collections. L’essentiel du fonds historique est constitué par : - des vues du Grand-duché : Luxembourg ville (la forteresse, les bâtiments, les rues, etc.) et les autres centres habités du Grand-duché - des portraits : ce sont des tirages sur papier et quelques exemples de daguerréotype - des albums : il s’agit de souvenirs de voyages, de campagnes militaires, etc. - des diapositives en noir et blanc et des négatifs sur plaque de verre. Le fonds documentaire regroupe essentiellement des inventaires photographiques. Ce fonds est constitué par des vues du Grand-duché ; des photographies de fouilles archéologiques ; l’inventaire des objets des différentes sections du MnHa. La collection de photos d’art regroupe des photographies d’Edward Steichen : 148 tirages offerts au MnHa en 1985 par la George Eastman House, International Museum of Photography and Film, Rochester et Madame Joanna Steichen. Les sujets représentent principalement des portraits de célébrités, à côté de natures mortes et de paysages. La collection comporte également des artistes luxembour geois et étrangers comme andres Ser rano, Mikka Heinonen, Christian Mosar, Bert Theis, Roger Wagner, etc.

en The MnHa presents three photographic exhibitions for the ‘European Month of Photography 2011’. as one of the pioneers of conceptual art, Braco dimitrijevic questions whether a photographic image can be considered a valid historical representation. dimitrijevic’s exhibition will focus on key works in the artist’s career, as well as on new works produced especially for the ‘European Month of Photography 2011’. The second exhibition at the MnHa explores documentary photography in 19th century Egypt. The show, which will include around 130 photographic images, investigates the photograph’s role in conveying accurate information and in constructing a common European identity. The third exhibition is dedicated to Edward Steichen’s portrait series from the museum’s collection.

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dans lE CadrE du Mois euroPéen De la PhotoGraPhie 2011, lE Musée national D’histoire et D’art présEnTE trois exPositions : « BRaCo dIMITRIJEVIC », « SoUVEnIRS d'ÉGYPTE » ET « EdWaRd STEICHEn (1879-1973) ».

braCo dimitriJeviC Du 18 Mars au 28 aoûT

À partir de son idée de post-histoire, braco dimitrijevic, l’un des pionniers de l’art conceptuel, développe une œuvre qui questionne les représentations historiques et les valeurs véhiculées par l'image photographique. l’exposition au Musée national d’histoire et d’art luxembourg comprendra des œuvres-phare de la carrière de l’artiste ainsi que des créations originales réalisées dans le cadre du Mois Européen de la photographie 2011. né à sarajevo en 1948, braco dimitrijevic vit et travaille aujourd'hui à paris. l'artiste grandit dans un atelier d’artistes, éprouvant un besoin constant de s'exprimer à travers des messages visuels. il abandonne rapidement la peinture pour créer des œuvres qui se sont révélées très tôt être de l’art conceptuel. En 1963, il réalise The Flag of the World (Le drapeau du Monde), une de ses premières œuvres conceptuelles. le travail fait référence au fait que chaque bateau est censé avoir un drapeau national, mais selon l'artiste, l’obligation de changer de drapeau lors du franchissement des eaux territoriales est absurde. Essayant de trouver un signe universel, il remplace le drapeau national par un chiffon servant à nettoyer les pinceaux, le drapeau de l’artiste. braco dimitrijevic commence sa formation artistique à l’académie des beaux-arts de Zagreb (1968-1971) pour la poursuivre à la st Martin’s school of art à londres (1971-1973). dès le début des années 1970, il gagne une reconnaissance internationale avec ses séries Casual Passer-By (Passant ordinaire), d’immenses portraits photographiques d’inconnus placardés sur des façades proéminentes et des panneaux dans des villes d’Europe et des états-unis. l'artiste veut créer une œuvre d'art qui analyse le comportement humain. les photographies de Casual Passer-By renvoient à un certain comportement selon lequel le public identifie automatiquement les sujets de ces grands portraits en tant que figures importantes du monde politique ou des médias, alors qu’ils ne le sont pas. dans les galeries, dimitrijevic présente des versions réduites de ces portraits, indiquant qu’il s’agit de passants ordinaires. il démontre ainsi le jugement erroné des spectateurs face aux portraits présentés à grande échelle. dimitrijevic imite également d’autres manières pour rendre hommage aux personnalités importantes en construisant des monuments à la mémoire de passants et en installant des plaques en l’honneur de citoyens anonymes. grâce à ses parents, l'artiste a eu l’occasion de rencontrer un certain nombre de personnalités célèbres. pourtant, ses parents avaient une attitude très ouverte et ils lui parlaient d’autres aspects, permettant à l'artiste de constater que les personnes qui n'étaient pas des personnalités célèbres ou publiques pouvaient être tout aussi intéressantes. l’artiste interroge dans son travail le mécanisme qui favorise certaines idées ou personnes en les rendant célèbres, tandis que d'autres demeurent anonymes.

musée national d'histoire et d'art luxEMbourg

pour dimitrijevic « l’histoire donne une image très mutilée et simplifiée du passé. » En 1976, dimitrijevic publie son Tractatus Post Historicus, manifeste dans lequel l’artiste réfléchit sur l'histoire et où il formule son concept de post-histoire, plate-forme d’une vision aux facettes multiples, où plusieurs vérités coexistent. pour dimitrijevic, le passé est beaucoup plus complexe que l'histoire enregistrée et exige une approche plus complexe. pour lui, « l'histoire en général n'est pas aussi riche qu'une seule seconde de post-histoire ». dès le milieu des années 1970, dimitrijevic commence à intégrer dans ses installations des peintures originales de grands maîtres, empruntées dans les collections des musées. Ces Triptychos Post Historicus, réalisés dans de nombreux musées à travers le monde, constituent une harmonieuse synthèse entre l’art, des objets du quotidien et des fruits. la déclaration de l’artiste « Louvre is my studio, street is my museum (le louvre est mon atelier, la rue est mon musée) » reflète bien la double nature dialectique et transgressive de son œuvre. la mémoire joue un rôle important dans l'œuvre de dimitrijevic. pour lui, nous possédons tous une sorte de mémoire génétique qui nous pousse à faire des choses au-delà du rationnel. il considère la mémoire humaine comme un de nos plus grands trésors et estime que la somme de souvenirs individuels mène vers un passé commun, une connaissance commune ou une expérience commune. l'idée de post-histoire est liée au respect de cette multitude de souvenirs, une multitude qui est à l’origine de la complexité de la civilisation. au début des années 1990, il commence un nouveau cycle d’installations, avec des portraits, non plus d’inconnus, mais d’artistes, de musiciens et de scientifiques célèbres. ses installations poétiques aux portraits d'artistes célèbres renvoient à la place de l'œuvre d'art et de son créateur dans l'histoire de l'art, proposant de nouvelles lectures ainsi que des interprétations créatives et libres. les visages de ces personnages illustres sont beaucoup moins connus que leurs exploits, ce qui rend leurs portraits presque aussi anonymes que ceux des passants ordinaires. Ces œuvres défendent la créativité individuelle, le talent et la liberté de penser contre les forces du pouvoir, du conformisme et de l’autorité de l’histoire. l’œuvre de braco dimitrijevic ainsi que son livre théorique Tractatus Post Historicus ont exercé d’importantes influences sur deux tendances qui dominent le discours artistique d’aujourd’hui : les pratiques critiques dans l’espace publique et les interventions dans les collections des musées. Paul di Felice, Gosia nowara & Gilles Zeimet Commissaires de l'exposition


Braco Dimitrijevic Vues de l'exposition Courtesy Musée National d'Histoire et d'Art / T. Lucas

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C. & G. Zangaki Louxor, pylône du temple avec les statues de Ramsès II et la mosquée Abu El Haggag à l’arrière-plan, vers 1880 © Bible Lands Museum, Jerusalem

Souvenirs d’Égypte Photographies anciennes, cartes & lithographies de la collection Dan Kyram, Jérusalem À l’exemple de l’Égypte ancienne, l’exposition s’intéresse à l’Histoire de la Photographie et notamment son rôle comme vecteur d’informations scientifiques et d’un imaginaire collectif en construction. Le projet met aussi en évidence les relations complexes que la photographie entretient à ses débuts avec les techniques traditionnelles de reproduction d’images, qui – telles la lithographie – l’influencent considérablement et lui feront encore longtemps concurrence. La redécouverte des trésors culturels de l’époque pharao­nique au début du 19ème siècle entraîne en Europe une véritable « égyptomanie ». La photographie va avoir un impact rapide et important sur la perception de l’Égypte par le public européen. Dès 1840, les premiers pionniers de la photographie s’y rendent pour documenter les pyramides et les temples, mais aussi la vie quotidienne. Comme les conditions de voyage s’améliorent sans cesse, un flot de voyageurs se met à explorer le pays. L’Égypte devient ainsi l’une des premières destinations lointaines du tou­r is­me international, ce qui crée rapidement un marché pour des photographies de souvenir.

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du 18 mars au 28 août

Conçue en collaboration avec le Bible Lands Museum de Jéusalem et le Winckelmann-Museum de Stendal, l’exposition présente environ 130 œuvres, en grande majorité des photographies de la deuxième moitié du 19ème siècle. La mise en contraste avec des lithographies contemporaines met en évidence les interférences entre les médias. Elle montre que les dessinateurs aussi bien que les photographes livrent souvent au public une vue occidentale sur l’Égypte, influencée par le romantisme et l’engouement du public pour l’exotisme. Mais en même temps, ces premières photographies véhiculent aussi des informations historiques importantes sur l’Égypte du 19ème siècle à l’aube du tourisme de masse, sur son patrimoine antique et ses habitants. Elles témoignent ainsi d’une culture très riche, aujourd’hui largement perdue.

Musée National d'Histoire et d'Art Luxembourg

Michel Polfer & Gilles Zeimet Commissaires de l'exposition


C. & G. Zangaki Gizeh, la Pyramide de Mykérinos, vers 1875 © Bible Lands Museum, Jerusalem

Photographe inconnu Femmes bédouines, vers 1880 © Bible Lands Museum, Jerusalem

Photographe inconnu Femme vêtue d’un habit turc fumant un narguilé, vers 1880 © Bible Lands Museum, Jerusalem

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Edward Steichen Carl Liebknecht Gelatin Silver Collection Musée National d'Histoire et d'Art, Courtesy of the Estate of Edward Steichen

Edward Steichen (1879-1973) Les Portraits Edward Steichen est à juste titre considéré comme l’un des meilleurs photographes portraitistes du 20e siècle. Son travail dans ce domaine s’étend sur une période de trente ans, des images picturales – sensuelles et floues – publiées dans le magazine Camera Work aux portraits détaillés, nets et précis réalisés pour Vogue et Vanity Fair. A travers l’œuvre de Steichen, il est ainsi possible de suivre l’évolution du portrait photographique d’un outil documentaire vers une forme d’art indépendante.

Tout au long de sa carrière exceptionnellement variée et longue, Steichen a toujours été à la recherche de l’élément humain, possédant cette capacité à fusionner l’individualité humaine et la représentation visuelle en une parfaite image tout en tissant des liens solides entre ses œuvres et le spectateur. L’exposition donne un aperçu de cet aspect particulier de l’œuvre de Steichen en présentant une soixantaine de portraits sélectionnés dans la collection du musée. Gosia Nowara & Gilles Zeimet Commissaires de l'exposition

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Musée National d'Histoire et d'Art Luxembourg

du 29 avril au 28 août


à Gauche

à Droite (haut)

à droite (Bas)

Edward Steichen Mrs Conde Nast

Edward Steichen Thomas Mann (1934)

Edward Steichen Mrs Letellier (1924)

Gelatin Silver Collection Musée National d'Histoire et d'Art, Courtesy of the Estate of Edward Steichen

Gelatin Silver (toned) Collection Musée National d'Histoire et d'Art, Courtesy of the Estate of Edward Steichen

Gelatin Silver Collection Musée National d'Histoire et d'Art, Courtesy of the Estate of Edward Steichen

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luxembourg VillE

17 avril 2011 > 17 Mai 2011

Centre Culturel de renContre abbayE dE nEüMunsTEr 28, rue Münster l-2160 luxEMbourg tél. +352 26 20 52 1 www.ccrn.lu

Le Centre Culturel de Rencontre abbaye de neumünster (CCRn) inauguré en mai 2004 après dix années de travaux, est situé au coeur des vieux quartiers, sur un itinéraire classé patrimoine mondial de l’Unesco. Bénéficiant d’un décor spectaculaire, cet ensemble architectural a connu 4 siècles d’histoire mouvementée : abbaye bénédictine pendant les xVII e et xVIII e siècles, prison et caserne après la Révolution française, orphelinat en 1805, hôpital militaire des troupes de la Confédération germanique à partir de 1815, à nouveau prison après le départ des troupes prussiennes en 1867, pendant l’occupation nazie, et jusqu’en 1985. Le site a ainsi connu des modifications nombreuses avec la construction du « Criminel » l’actuel bâtiment Bruch pendant la période prussienne, puis du « Tutesall », aujourd’hui salle Robert Krieps dévolue au spectacle vivant et cette année cimaise en plein air pour le Mois Européen de la Photographie. associant le charme des vieilles pierres aux équipementsles plus sophistiqués, le CCRn, dévolu aux projets culturels, est en même temps un mer veilleux lieu pour de grands événements. Sur ses 12 000 m2, ils sont près de 700 à y être organisés chaque année dans ce lieu ouvert à tous qui se veut espace de rencontres permettant « le dialogue des cultures et la culture du dialogue ». La photographie, sous des formes diverses, y tient depuis 5 ans une place importante. Jürgen Schadeberg, James nachtwey, Malick Sidibé… y ont ainsi exposé, mais les artistes de Photomeetings ou du Mois Européen de la Photographie y sont également accueillis.

andrès leJona l'ancien FindEl depuis la révélation de l’esthétique des new Topographics et des approches typologiques et objectives de l’école de düsseldorf, dans les années 70, la photographie du paysage naturel et urbain – à laquelle on peut associer les extérieurs et les intérieurs – s’inscrit dans une logique qui est au confluent du documentaire et de la démarche plasticienne conceptuelle. Cette réinterprétation du genre qui revalorise le document en lui donnant une place importante dans l’art contemporain se traduit par un dispositif rigoureux basé sur la frontalité, la sérialité, l’objectivité et la neutralité. Venant plutôt du champ photographique que des arts plastiques, andrès lejona s’est posé tout au long de ses séries cette question de l’antinomie entre art et document. Certaines de ses séries précédentes comme KESaRTE et ses paysages insolites témoigne de cette réflexion pertinente sur le rapport entre la photographie documentaire et l’art contemporain. avec les frontières de plus en plus abolies, l’exploration photographique insolente du quotidien se démarque chez lui par l’étrange dans le banal et par une sorte de hiatus visuel répertorié et fixé artistiquement par l’œil du photographe. réalisée entre 2009 et 2010, à titre personnel dans l’idée de garder une trace des lieux avant la démolition, la série L'ancien Findel montre avec une grande qualité photographique comment cet espace, désormais dépourvu de toute fonctionnalité, ouvre de nouvelles perspectives plastiques. initialement les objectifs de ce projet du Findel étaient d’ordre purement documentaire car ils focalisaient surtout sur l’enregistrement frénétique d’un état des lieux abandonnés, juste avant la démolition finale. au fur et à mesure de l’investigation artistique, ce choix d’images s’est concrétisé afin de contribuer à créer une série d’une beauté dérangeante dont les références esthétiques s’apparentent de la poésie équivoque du vide d’un Walker Evans, d’un robert Frank ou d’un lewis baltz.

dans cette série de lejona, les photographies froides, reflétant la solitude des lieux et l’absence des gens, accentuent la fragmentation de l’architecture d’intérieur et nous montrent une autre vision des lieux. les images de la signalétique, des différents décors et détails de bureaux sont hors contexte mais deviennent esthétiquement accessibles par la démarche photographique de lejona. l’absence de l’homme dans ses photographies, qui nous frappe dans un premier temps, est cependant comblée par d’autres éléments qui sont liés à l’humain comme les inscriptions ou les autocollants dans les bureaux mais aussi par les machines comme les scanners qui renvoient à l’image personnelle publique et privée de ce lieu de mémoire. ainsi l’ancienne aérogare du Findel, avec ses espaces vides et ses bâtiments abandonnés et délabrés devient-elle, le temps de la photo, l’espace silencieux où le temps s’est arrêté, voire le théâtre d’une mémoire collective où les traces chargées du passé de ces lieux aux innombrables passages sont fixées dans la matière photographique. la perception bafouée par les tensions entre démolition et abandon, entre détail et ensemble ouvre la lecture de l’image, comme une sorte de palimpseste, à de nouvelles perspectives multi-dimensionnelles. pourtant, même si chaque vue détaillée de ces pièces en déconstruction évoque une histoire et si les objets décontex tualisés restent rattachés à la symbolique des changements d’une époque, ces photographies, aux compositions recherchées, ont une force plastique telle à nous faire oublier leur référent. Chaque photographie nous emporte, au-delà de la charge mélancolique du motif, vers une représentation artistique où la structure fragmentaire s’articule dans un jeu de formes, de couleurs et de lumière. d’image en image, cette série du Findel apporte une densité visuelle à ces architectures abandonnées et silencieuses qui nous transporte au-delà de la photographie documentaire vers de nouvelles destinations aussi picturales que photographiques. Paul di Felice

en In his photographs, andrès Lejona explores the complicated status of the document, which has come to play an increasingly important role in contemporary art since the 1970s. The unsettling beauty of the works by Lejona presented at the abbeye de neumünster bring to mind the poetic emptiness of Walker Evans’s photographs, as well as the aesthetics of Robert Frank and Lewis Baltz. Lejona manages to capture the solitude and absence of spaces (such as the now abandoned Findel airport), thereby offering us new perspectives on these environments and emphasizing the importance of the spaces’ interior architecture.

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Centre Culturel de renContre abbayE dE nEüMunsTEr


andrès lejona L'ancien Findel (2009-2010)

mois euroPéen de la PhotograPhie > luxEMbourg 2011

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Centre culturel de rencontre Abbaye de Ne端munster


Andrès Lejona L'ancien Findel (2009-2010)

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Centre culturel de rencontre Abbaye de Ne端munster


Du 3 mai 2011 au 31 juillet 2011

Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster Façade de la Salle Robert Krieps Bâches imprimées (simulation) Crédits Photos (de gauche à droite) : Edmund Clark, Luca Zanier, Yuan Yanwu, Tina Merandon, Aneta Grzeszykowska

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luxembourg hollEriCh

28 avril 2011 > 4 Juin 2011

Fondation de l'arChiteCture et de l'ingénierie luxEMbourg 1, rue de l’aciérie l-1112 luxEMbourg hollEriCh tél. (+352) 42 75 55 ouvert du mardi au vendredi de 9h à 13h et de 14h à 18h le samedi de 11h à 15h www.fondarch.lu

Créée en 1992 en tant qu¹organisation non gouvernementale à but non lucratif et reconnue en tant qu¹établissement d¹utilité publique, la Fondation de l¹architecture et de l¹Ingénierie au Luxembourg est une institution culturelle ouverte au public, principalement financée par des moyens privés. La Fondation vise à introduire la qualité de l¹environnement bâti comme valeur essentielle de notre société. Plateforme d¹échange et de rencontre, elle organise, entre autres, expositions, conférences, publications, visites et débats. Par son action, la Fondation de l¹architecture et de l¹Ingénierie au Luxembourg éveille la responsabilité des citoyens, des décideurs et des professionnels. de par sa situation internationale géopolitique, elle s'adresse à son pays au sein de la Grande-Région.

MaJa weyermann Chandigarh

chanDiGarh in licht unD schatten Maja weyermann Maison des Péons #2 (2007)

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Im Rahmen des „Mois Européen de la Photographie 2011“ zeigt die Fondation de l’architecture et de l’Ingénierie, unter der Schirmherrschaft der Botschaft der Schweiz in Luxemburg, vom 28. april bis zum 4. Juni 2011 die ausstellung „Chandigarh“ der Schweizerin Maja Weyermann (*1962, Hüttwill, CH, lebt und arbeitet in Berlin). die arbeiten der Künstlerin beschäftigen sich mit Bauten der vom Schweizer architekten Le Corbusier geplanten indischen Stadt Chandigarh. dort spürte Maja Weyermann den Widersprüchen und Konflikten nach, die sich aus dem aufeinandertreffen der in Europa geprägten räumlichen Vorstellungen des Schweizer architekten mit fremden klimatischen und kulturellen Bedingungen ergeben. Le Corbusier hat mit seiner Idee der modernen Stadt, die eine klare räumliche Trennung vom Wohnen, arbeit und Freizeit vorsah, viele Kontroversen ausgelöst. Seine meist monumentale Bauweise wurde dennoch international geschätzt. So erhielt der architekt 1951 die aufgabe, die Stadt Chandigarh zu bauen. obwohl er sich auf seine art mit Indien auseinandergesetzt hat, gehen seine Entwürfe von einer europäischen Raumkonzeption aus.

Mittels 3d-Simultationen ausgesuchter Gebäude und Räume von Chandigarh sowie Interviews und Text thematisiert Weyermann die unterschiedlichen Codes und den unterschiedlichen kulturellen Kontext von Raumwahrnehmung und Raumkonzeption. aus Basis der 3d-Simultationen entstanden multiperspektivische Renderings, die sowohl das Vokabular der Fotografie als auch von Malerei nutzen, um Erinnerungsfragmente und Raumvorstellungen mit der Rekonstruktion der originalpläne zu verbinden. Interviews mit indischen Stadtplanern, architekten und Bewohnern sowie Textfragmente aus diesen Interviews sind weitere Elemente dieser multimedialen Collage. Maja Weyermanns auf hintergründige Weise verwirrende darstellungen sind ausdruck ihrer philosophischen Reflexion und ihrer profunden auseinandersetzung mit einer Stadt, die sowohl europäisch als auch indisch ist.

Eine Zusammenarbeit der galerie nosbaum & reding und der Fondation de l’architecture et de l’ingénierie im Rahmen des Mois Européen de la photographie 2011, unter der Schirmherrschaft der botschaft der schweiz in luxemburg. die ausstellung wird unterstützt von swiss re.

en on the occasion of the ‘European Month of Photography 2011’, the Fondation de l’architecture de de l’Ingénierie, with the support of the Swiss Embassy in Luxembourg, presents the exhibition Chandigarh by Swiss artist Maja Weyermann. Weyermann chose the buildings that Swiss architect Le Corbusier conceived for the Indian city Chandigarh as the subject for this series of works. She explores the contradictions and conflicts that arise as the European mindset of the Swiss architect collides with the cultural and climatic ‘otherness’ of India.

Fondation de l'arChiteCture et de l'ingénierie luxEMbourg


Maja Weyermann Architecture College #1 (2007)

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Maja Weyermann Chandigarh (2007) Sector 4-HZ-1, #2 (Livingroom 2)

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Fondation de l'architecture et de l'ingĂŠnierie Luxembourg


Maja Weyermann Chandigarh (2007) Sector 4, HZ-1, #1

Mois EuropĂŠen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg VillE

MiChEl medinger 26 mars 2011 > 14 Mai 2011

alFrEd seiland 10 Février 2011 > 14 Mai 2011

galerie ClaireFontaine esPace 1 7, place de Clairefontaine l-1341 luxEMbourg esPace 2 21, rue du st-Esprit l-1475 luxEMbourg tél. +352 47 23 24 ÖFFnungsZEiTEn

dienstag- Freitag : 14h30 – 18h30 samstag : 10h – 12h & 14h – 17h www.galerie-clairefontaine.lu Galerie Clairefontaine, Espace 1, wurde 1988 von dr. Marita Ruiter gegründet und begann mit österreichischen klassisch modernen Malern wie oscar Kokoschka, Gustav Klimt und Egon Schiele. In der Folge ging sie dazu über, in erster Linie internationale zeitgenössische Malerei, Bildhauerei und Fotografie zu zeigen. 1997 wurde Galerie Clairefontaine, Espace 2, ein zweiter ausstellungsraum eröffnet, in dem vor allem Fotografie und Cutting-Edge-Positionen in zeitgenössischer Kunst gezeigt und gefördert werden. Parallel zu den ausstellungsprogrammen hat dr. Marita Ruiter verschiedene Langzeitprojekte ins Leben gerufen, z.B. – das jährliche Fotografiefestival, bekannt unter dem namen “photomeetings luxembourg”, – die laufende Fotoserie einer Gruppe von Luxemburgern “Luxembourg portraits", – und betreut auch das Malereiprojekt “The portrait society von Roland Schauls". die Galerie hat bis zum heutigen Zeitpunkt mehrere fotografische Sammlungen über spezifische Themen zusammengestellt, wie z.B. "Portraits und Reportagen von Gisèle Freund", “die ersten Luftaufnahmen von Berlin", “Fidel Castro und die revolutionäre Bewegung in Kuba 1959/60" usw., die in internationalen Museen und Kultureinrichtungen gezeigt werden. die Galerie hat an zahlreichen internationalen Kunstmessen teilgenommen wie art Basel, art Cologne, aRCo, aIPad new York, dFoTo, art Brussels, FIaC, Miami Beach artPhotoExpo, Paris Photo, etc. Künstler, die von der Galerie vertreten werden, sind u.a : dieter appelt, nobuyoshi araki, Gabriele Basilico, Stéphane Couturier, Roland Fischer, Franco Fontana, Gisèle Freund, Horst P.Horst, James nachtwey, Edward Steichen, Hiroshi Sugimoto, Marie Taillefer, Massimo Vitali, etc.

Michel Medinger Extraits de la série Les Pompes à essence (1980-1990)

en Michel Medinger’s exhibition review/preview at the Espace 2 of the Galerie Clairefontaine presents both past and current photographic series by the Luxembourgish photographer. His gas-station series is on display, as is his most recent body of work, which focuses on sports equipment by Luxembourgish athletes, skilfully captured like relics by the artist’s lens. The gallery also shows shows alfred Seiland’s East Coast – West Coast series. Taken during extended trips in the U.S., these photographs transform seemingly mundane and ordinary features of the american landscape into beautiful and poetic motifs.

MiChEl medinger review/prEViEW review

Du 26 Mars au 14 Mai EspaCE 1

Michel Medinger hat seit seinem 800m-lauf auf der „a World apart“ hieß seine erste ausstellung in der galerie olympiade in Tokio 1964 die disziplin gewechselt und seit- Clairefontaine im herbst 1997, welche mit einem gehörigen her in der Fotografie einen wahren Marathon zurückgelegt ! schuss von schwarzem humor lustvoll zelebrierte Totenreigen anfangs interessierte er sich mehr für den technischen aspekt, zeigte : morbide, voller Wehmut und dekadenter poesie einerFotoapparate an sich, ab 1978 faszinierte ihn zunehmend der seits, erotisch beflügelte und surreal vergeistigte „Kreationen“ kreative bereich der Fotografie. Was wir heute rückblickend als andererseits, welche er in aufwändiger arbeit komponierte und seine dokumentarphase bezeichnen, begann in den frühen 80er fotografierte. die bis zum 15. april 2011 laufende ausstellung Jahren mit einer serie von Tankstellen und baubuden, welche er in „review/preview“ in der galerie Clairefontaine, Espace 2, zeigt seiner Freizeit ablichtete, und als selbst-entwickelte Cibachrome- die Tankstellen serie, sowie seine neuesten photographien, abzüge ausstellte. diese fotografische print-Technik, wie auch in denen er seine eigenen, sowie die „sport-utensilien“ seidie sujets jener Epoche, sind inzwischen geschichte. Während ner landesmänner bildnerisch in szene setzt, und ihnen heutige betrachter beim anblick dieser Farbfotografien dem „reliquienstatus“ verleiht. reiz des nostalgischen erliegen und das Verschwinden der Michel Medinger hat viele Etappen der Fotografie durchlauporträtierten objekte wie auch dieser Technik bedauern, sind fen, um seinen persönlichen stil zu entwickeln. Er beherrscht die andere begeistert von der Modernität ihrer darstellungsweise klassischen wie alternativen drucktechniken und liebt es, expeim sinne der „straight photography“. sie ziehen ob ihres seri- rimentierend neue technische Möglichkeiten auszuloten. Eine ellen Charakters und der strikten Frontalität der abbildung große puppenserie entstand mit der „Magnum-Polaroid-Kamera“ eine parallele zu dem dokumentarischen Werk bernd und hilla in prag und er versuchte sich erfolgreich an polaroid-Transfer bechers. auf einer der wichtigsten internationalen Fotomessen prints. 2007 stellte Michel Medinger seine Masterprints in peking paris phoTo fand Medingers erste Werkgruppe liebhaber, aus welche seine aufnahmen der Zapfsäulen mit denen großer ameseineWerkesindweltweitinEinzel-undgruppenausstellungen rikanischer Vorbilder verglichen. zu sehen, wie z.b. in den usa, in dänemark, russland, polen, ab 1986 begann Michel Medinger, sich für schwarz-Weiß- Japan, etc. sowie in der "Polaroid Collection". Ein langer Weg seit Fotografie zu interessieren und diese auch selbst zu entwickeln. seiner olympia-beteiligung in Tokio 1964. Er komponierte stilleben mit Zutaten aus dem Fundus seines unerschöpflichen „Kuriositätenkabinetts“, welches jedem renaissancefürsten zur Ehre gereicht hätte : schaurig-schöne inszenierungen mit ramponierten puppen, halbverwelkten blumen und vertrockneten Früchten, skeletten von Vögeln und insekten, präparierten Fischen, metallischen schellen und Trichtern. pagE dE droiTE

Michel Medinger Extrait de la série Les Pompes à essence (1980-1990)

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galerie ClaireFontaine luxEMbourg


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Alfred Seiland Hochhaus #1 (1998) Los Angeles, Kalifornien

Alfred Seiland East Coast West coast du 10 février au 14 mai sous les arcades, rue de l'Eau (vitrines de l'ex-Dresdner Bank)

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Galerie Clairefontaine Luxembourg

EN The Austrian freelance photographer Alfred Seiland Alfred Seiland suchte auf seinen ausgedehnten has specialized in color photography since 1977. From 1989 Fahrten entlang der amerikanischen Ost- und Westküste zwischen 1979 und 1986 während insgesamt mehr als 12 – 1999 he worked for GEO, the New York Times, for Stern Monaten primär nach dem scheinbar Gewöhnlichen, der and Merian. He won numerous prestigious awards like the Rupertinum Alltagslandschaft, und transformierte diese durch seine Wahl des Ausschnittes und des Aufnahmemomentes Photography Award, Gold Awards at Montreux and gold in Bilder Aktueller Schönheit, erfüllt mit Stimmung Medals at New York Festivals, the Pro Prize, Epicad'Or, Paris, the London international Advertising Reward, medals from und Atmosphäre und diffizil gepaart mit spezifisch the Art Director's Club in New York, the Lead Award in Amerikanischem. Im Verlaufe der letzen 30 Jahre seines photogra- Hamburg, and a silver medal from ADC Germany in Berlin. Since 1997 he has been Professor of Photo­graphy at the phischen Schaffens setzte sich Alfred Seiland intensiv mit der Farbe auseinander, besonders in den rezenten State Academy of Design in Stuttgart. He has published Bildern. Farbe interessiert ihn heute mehr als Substrat several books : "East Coast – West Coast", "Prague", "Kluge der Bildsprache, denn als Inhalt ; wie alle anderen Köpfe" und "Bilder aus Österreich" Bildelemente ist sie der Bildidee untergeordnet. EAST COAST – WEST COAST belegt in eindrucksvoller Weise sein Können, Realien auf allen Ebenen photographisch virtuos umzusetzen. Er ist imstande, ungewöhnliche Stimmungen und Situationen optisch zu lesen, sie als Phänomene zu schätzen, die keiner Korrektur bedürfen, und mit der Handschrift des distanzierten Beobachters in ungemein beeindruckende Abbilder der modernen Welt umzusetzen.


Alfred Seiland Times Square, New York (2000) New York

Mois EuropĂŠen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg VillE

8 avril 2011 > 14 Mai 2011

luCien sChweitzer galEriE & édiTions 24, avenue Monterey l-2163 luxEMbourg tél. (+352) 23 616-56 ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h

au xViiie siècle, alembert et diderot définissaient le milieu comme « un espace matériel dans lequel un corps est placé ». pour Patrick bailly-Maître-Grand et andrej Pirrwitz, tous les deux diplômés en sciences physiques, l’élément « corps », avec toutes ses ambivalences et ramifications, constitue une notion centrale.

la fascination pour les contraires – matière et néant, mentalisé et instinctif, concret et volatile – caractérise l’œuvre de ces deux physiciens. la passion pour la science fait d’eux de véritables magiciens d’images, des architectes d’espaces et de lieux.

www.lucienschweitzer.lu

Inaugurée en 1989 et située au cœur de la ville de Luxembourg, la galerie Lucien Schweitzer vient tout juste de fêter ses vingt ans. La programmation de la galerie se dessine autour de différents axes : peinture, photographie, design et sculpture. Une place importante est également accordée à la photographie plasticienne. La galerie présente régulièrement les travaux de Jacques Bosser, Tom drahos, Patrick BaillyMaître-Grand, Laurence demaison ou Pascal Kern : des artistes aux démarches singulières, exposés seuls ou collectivement autour d’un axe de réflexion prédéterminé. Parallèlement, Lucien Schweitzer s’engage auprès d’artistes qui pratiquent l’installation et utilisent le medium photographique pour fixer leurs recherches. Une importante commande a ainsi été passée au photographeplasticien Georges Rousse en 2005 (Esch-Belval). depuis juin 2010 la galerie a élargi son champ de programmation et consacre une grande exposition au design : Memphis backstage. outre le travail d’exposition et de promotion qu’elle s’est fixée, la galerie Lucien Schweitzer mène une importante activité d’édition de livres, catalogues d’exposition et de livres d’artistes. Ce dernier volet de recherche répond à une double volonté : d’une part soutenir durablement le travail des artistes ; d’autre part leur apporter, par la collaboration avec des critiques et des écrivains, la possibilité d’un éclairage conceptuel. Enfin, la galerie s’engage auprès de jeunes artistes en leur offrant leur première exposition à Luxembourg. C’est le cas notamment de Léopoldine Roux, dont le travail a été présenté en avant-première à art Paris cette année. La galerie Lucien Schweitzer est membre du Comité Professionnel des Galeries d’art

paTriCK bailly-maÎtre-grand l’alchiMiste dE l’iMagE

Patrick bailly-Maître-Grand Morphées 1 (2005) daguerréotypes monotypes 13 x 10 cm

en For the ‘European Month of Photography 2011’, the Lucien Schweitzer gallery presents photographic works by Patrick Bailly-Maître-Grand and andrej Pirrwitz. Both artists have a background in physics and explore the concept of the body in their work. dualities such as matter and the immaterial, the concrete and the fleeting are important ideas in the oeuvre of both Bailly-Maître-Grand and Pirrwitz. Sharing a passion for scientific phenomena, the two artists need to be seen as magicians of the photographic image, architects of spaces.

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À l’instar des alchimistes des temps passés, patrick baillyMaître-grand s’est fabriqué une véritable recette de fabrication. Tout en associant les technologies complexes à une rigueur formelle (toutes les images de bMg sont strictement analogiques), il est expert dans la manipulation matérielle : daguerréotype, périphotographie, strobophotographie, virages chimiques, colorisations, monotypes directs, rayogrammes. l’art de bMg relève de ce qui a de plus noble dans la photographie : ses images sont fondamentalement chimiques. se basant entièrement sur l’imago de la réalité, bMg, magicien, diable ou alchimiste, modèle la réalité et construit des espaces épurés, condensés comme des haïkus. son œuvre vise à dire l'évanescence des choses. Elle est une métaphore poétique des corps dans l’espace.

luCien sChweitzer galEriE & édiTions

« Les images de Patrick Bailly-Maître-Grand n’ont rien d’artificiel, au sens virtuel du mot, elles sont fondamentalement chimiques, retrouvant le sens grec qui signifie « magie noire ». on pourrait même dire qu’elles sont au cœur même du médium photographique, de sa nature matérielle première, de ses réactions, de ses humeurs et de ses surprises. » philippe piguet dans PBMG, Éloge de la Révélation (2007) petites Cosmogonies, éditions Mardaga

la série Les Véroniques, puis celle des Morphées, témoignent une autre fois du goût obscur et sombre qui caractérise si bien l’esthétisme raffiné de bMg. une série de masques mortuaires, muets et silencieux, couverte d’une épaisse couche de cire, nous fait voir un monde anesthésié et pétrifié en une froideur absolue.


Patrick Bailly-Maître-Grand Les Véroniques (1991-1994) Série de 20 monotypes directs 40 x 40 cm

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Andrej Pirrwitz Incarnation (2006) C-Print 120x96cm © Andrej Pirrwitz

Andrej Pirrwitz Gas Cap Landscape (2005)

ANDREJ PIRRWITZ LE pHOTO­ GRAPHE DE LA TRACE

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LUCIEN SCHWEITZER GALERIE & ÉDITIONS

C-Print 100x80cm © Andrej Pirrwitz

Une vraie dévotion à l’architecture et à la matière définit l’approche de l’artiste allemand Andrej Pirrwitz : texture des murs, friches abandonnées, matériaux de rebus, débris et déchets peuplent ses œuvres. De temps à autre s’y faufile un corps, une expression, une ombre, dont on ne sait deviner si elle s’efface ou s’affirme. « (…) on trouve des traces en abondance. Traces d’un usage antérieur des lieux, traces des usagers de ces lieux, traces de la fonction de ces lieux par le passé, traces aussi des questions qui se sont posées en terme de conception lors de la question. » Klaus Honnef, Les temps dans l’image – sur les traces d’Andrej Pirrwitz, catalogue Andrej Pirrwitz Photographie, p.7, Éditions Braus (2010).

Les espaces de Pirrwitz sont transcendants, presque méta­physiques. L’homme n’y est plus que poussière et ombre, généré et effacé par un éternel cycle. « On croit parfois se connaître dans le temps, alors qu’on ne connaît qu’une suite de fixations dans des espaces de la stabilité de l’être, d’un être qui ne veut pas s’écouler, qui, dans le passé même quand il s’en va à la recherche du temps perdu, veut "suspendre" le vol du temps. Dans ses milles alvéoles, l’espace tient du temps comprimé. L’espace sert à ça. » Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, p.27 Paris Presses Universitaires de France (1957)


Andrej Pirrwitz Gehweg (2007) C-Print 164x131cm © Andrej Pirrwitz

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg VillE

gino riCCa 28 avril 11 > 14 Mai 2011

gEnEVièVE biwer 28 avril 2011 > 28 Mai 2011

MarTin linster 17 mai 2011 > 28 Mai 2011

yVon lambert 31 mai 2011 > 18 Juin 2011

doMiniQuE auerbaCher & holgEr trÜlzsCh 31 mai 2011 > 18 Juin 2011

nosbaum & reding galEriE 4, rue Wiltheim l-2733 luxEMbourg tél. (+352) 26 19 05 55 ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h www.nosbaumreding.lu

la galerie nosbaum & reding, située dans le centre historique de Luxembourg-Ville, dispose de deux espaces distincts lui permettant de présenter simultanément deux expositions. Un espace côté rue, dans un bel immeuble du 17e siècle, dévoilant des accrochages intimistes ; un autre espace, plus grand et dégagé, où sont montrés des projections, installations, œuvres de grand format, performances… depuis sa création en 2001, nosbaum & reding représente et soutient de jeunes artistes émergents venant du Luxembourg et des pays voisins. Elle représente aussi des artistes de renommée internationale comme Yoshitaka amano, Stephan Balkenhol, Sylvie Blocher, Manuel ocampo, Le programme de la galerie est fortement axé sur la peinture figurative et conceptuelle ; il touche aussi à la sculpture, à l’installation et à la photographie.

doMiniQuE auerbaCher & holgEr trÜlzsCh • gEnEVièVE biwer • yVon lambert • MarTin linster • gino riCCa

yvon lambert Tokyo (2010)

yVon laMbert en during the ‘European Month of Photography 2011’, the gallery presents five different shows featuring national and international artists from different generations. The first three exhibitions in the “Marché-aux-poissons” space are dedicated to black and white street art photography by Luxembourgish photographers Gino Ricca, Yvon Lambert, Martin Linster. The first show in the “Corniche” space focuses on Exil, a series of photographs by Geneviève Biwer documenting Victor Hugo’s house on Guernsey Island.

il se trouve que j’étais au Japon à ce moment-là. ni mise en scène, ni calcul préalable, simplement s’ouvrir aux choses, être disponible pour ce qui se présente devant moi, des instants tels quels, épris par l’émotion due aux rencontres et à la vue des détails du quotidien. des photographies toutes simples, épurées, qui naissent au fil des jours, un peu comme ces poèmes classiques japonais qui, en quelques syllabes, vous font sentir les choses de la vie.

Et puis, quelque chose de nouveau pour moi, de temps en temps je chargeais mon boîtier d’un rouleau de film couleur, pour me changer les idées, me reposer de temps à autre, et je m’y suis pris au jeu. Mais je vous rassure, je n’en suis pas devenu accroc. le noir & blanc en photographie reste pour moi la manière la plus directe d’aller à l’essentiel des choses, même si aujourd’hui cela n’est certainement pas à la mode. Yvon Lambert

avec le soutien de The Japan Foundation, l'ambassade du Luxembourg à Tokyo et la Fondation Indépendance pagE dE droiTE

yvon lambert Tokyo (2010)

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nosbaum & reding galEriE


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Geneviève Biwer Exil

LUXEMBOURG

Avec l'aimable soutien de l’Institut français du Luxembourg

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Nosbaum & reding Galerie

Au printemps 2008, Geneviève Biwer, née en 1958 à Vannes (fr), a réalisé une série photographique lors d’un voyage sur l’île de Guernesey. Intitulée Exil, cette séquence explore Hauteville House, la maison habitée pendant quatorze ans par Victor Hugo après son départ de France au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851. Cette ancienne demeure de corsaire avait la réputation d’être hantée par l’esprit d’une femme qui s’y était suicidée – une anecdote qui renvoie en creux aux expériences de spiritisme que l’écrivain, chagriné par la mort de sa fille Léopoldine, avait entrepris quelque temps auparavant et qu’il restitue dans Les Tables tournantes de Jersey. Plutôt qu’une reconstitution factuelle des lieux, les photographies de Geneviève Biwer créent une atmosphère ambiguë, proche du rêve, qui fait appel à l’imaginaire du spectateur.


Geneviève Biwer Exil (n°1-10) (2008) Photographies analogues C-Print 88 cm x 117 cm

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Dominique Auerbacher & Holger Trülzsch Nachtstücke Morceaux de nuit La nuit à Berlin, s'aventurer dans des lieux désertés où l'on pressent que quelque chose peut se passer à tout moment. S’avancer à l'aveuglette dans les endroits les plus sombres et s’empêtrer dans des broussailles. Dans l’obscurité, les ombres hybrides figurent le Unheimliche, au moindre craquement, tressaillir de peur d’une peur ancienne, toujours prête à resurgir. Les vocalises printanières des étourneaux imitent les bruits de la ville, les moteurs de voiture, les sonneries de portables… Des guérilleros jardiniers, dans le faisceau de leur lampe de poche, creusent furtivement des trous pour leurs plantations. Discerner des contours et des reliefs, prendre des images, des morceaux de nuit. Les éclairs du flash révèlent ce qui est là, juste à quelques mètres, devant soi. L'installation « Nachtstücke – Morceaux de nuits » s'est cons­trui­te à partir de nos errances nocturnes. Environ 160 images photographiques couleur, format A4, sont collées sur deux murs en angle. Les images sont systématiquement distribuées irrégulièrement pour éviter tout parallélisme.

Dominique Auerbacher & Holger Trülzsch

Nachtstücke – Morceaux de nuit (2011) Croquis de l'installation et extrait-image

Les deux murs ont été préalablement recouverts d'une peinture phosphorescente blanche. La salle d'exposition est dans l'obscurité, toutes les 30 secondes, un stroboscope, à l'aide d'un relais tempo­r isé, déclenche 2 éclairs par seconde pendant 10 secondes. L’instant de l’éclair, le visiteur, selon son déplacement dans l'espace et l'orientation de son regard, entrevoit quelques-unes des images qui l'entourent. Quand la rafale d’éclairs s'arrête, la salle retombe dans l'obscurité, au fur et à mesure que les murs deviennent phosphorescents, les images réapparaissent sous la forme de rectangles noirs. Après un temps d'accoutumance, les yeux perçoivent une grille irrégulière de rectangles noirs dans une lumière phosphorescence. Le visiteur se retrouve dans un espace immatériel.

EN Nosbaum & Reding gallery also presents the installation Nachtstücke –Morceaux de nuits, which is inspired by our nocturnal wanderings. About 160 photographic images cover the gallery walls, which are painted in a phosphorescent white. The exhibition space is drowned in darkness, only to be interrupted by a stroboscope every 30 seconds. The images on the walls thus become visible to the visitor only for a brief moment, before darkness takes over again. The phosphorescent walls gradually illuminate the space, transforming the photographs into dark rectangular shapes. The visitor is immersed in an immaterial space.

Dominique Auerbacher & Holger Trülzsch

Avec l'aimable soutien de l’Institut français du Luxembourg

LUXEMBOURG

Gino Ricca Underground models of the sixties

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Figure incontournable de la vie nocturne luxembourgeoise, Gino Ricca est d’abord connu des couche-tard pour son X-Non-Magazine, mensuel hétéroclite dans la plus pure tradition des fanzines photocopiés, publié entre 1984 et le milieu des années 2000. Or, avant de poser ses bagages à Luxembourg, cet artiste d’origine napolitaine a traîné ses baskets dans toutes les capitales subculturelles d’Europe, de Londres à Berlin en passant par Paris. Pour le Mois de la Photo, il a pioché dans ses archives pour présenter une sélection de photographies issues de la série Underground Models of the 60's, des portraits de « mannequins de rue » dans le Saint-Germain-des-Prés des années beatnik, transies d’un esprit que leur auteur qualifie d’« anglais victorien ».

Exposition organisée en coopération avec "Désirs - Luxembourg, Tendances, Culture" 70

Nosbaum & reding Galerie


Martin Linster Sans titre (2010) Tirage photographique 30 x 40 cm

Martin Linster Entre les lignes Le photographe de presse Martin Linster (né en 1956 à Boende, Congo Belge) présente une sélection de séries photographiques réalisées au cours des trois dernières années. Baroudeur dans l’âme, comme en témoignent notamment ses projets dans Sara­jevo occu­pée et, plus ré­cem­ment, au Mala­wi, le photographe attitré de l’hebdomadaire d’Lëtzebuerger Land quitte ici le contexte de la photographie d’illustration pour proposer une vision plus personnelle des sujets qui le passionnent. Mêlant portraits, paysages urbains et compositions abstraites, le travail de Martin Linster reste néanmoins au plus près de la réalité quotidienne, sur laquelle il porte un regard incisif et souvent teinté d’ironie.

Gino Ricca St-Germain-des-Prés, Sally (1967) Tirage photographique

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg VillE

28 avril 2011 > 18 Juin 2011

galerie bernard Ceysson luxEMbourg 2, rue Wiltheim, l-2733 luxEMbourg tél. (+352) 26 262 208 ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h www.bernardceysson.com

La galerie Bernard Ceysson représente de jeunes artistes européens et internationaux. Fidèle à ses principes et ses convictions, elle défend les oeuvres des artistes des années Supports / Surfaces. La galerie Bernard Ceysson est présente à Luxembourg, Paris et Saint-Étienne (France).

en The Galerie Bernard Ceysson presents photographic work by four artists in the context of the ‘European Month of Photography 2011’. Louise Bossut engages with the paintings of the old masters, appropriating their pictorial language and translating it to the photographic medium. Her photographs thus question and explore the idea of a cultural and artistic history and heritage. Jean-antoine Raveyre plays with the formal conventions and characteristics of painting, giving special attention to the composition and the use of light and colour in his photographs. Christian Mosar’s simple yet haunting portraits invite the spectator to scan the surfaces of these faces, whilst their interior lives remain unknown. Judith Walgenbach applies considerations of scientific theory to the sphere of art, thus creating a hybrid artistic practice that transcends traditional definitions.

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louisE bossut ChrisTian mosar JEan-anToinE raveyre JudiTh walgenbaCh

Jean-antoine raveyre La Capital du Monde (2010)

Jean-antoine raveyre agnus dei (2010)

prise de vue argentique Tirage Fine-art, 45 x 45 cm

prise de vue argentique Tirage Fine-art, 45 x 45 cm

Charles baudelaire, poète et critique d’art, théoricien puis praticien de la Modernité, est l’auteur des plus sévères jugements sur la photographie. la chronique du salon de 1859, qu’il tient pour la revue française, est l’occasion pour lui de condamner « la sottise de la multitude » et de louer l’idéalisme contre le « goût exclusif du Vrai ». admirateur d’Eugène delacroix, il voit dans l’entreprise mécanique « le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études ». la sentence repose sur la crainte romantique de voir les photographes revendiquer le nom d’artiste. si l’art bascule du savoir-faire au faire, ou du texte à l’action, la figure idéelle du mélancolique tombe aux mains de tous les narcisses. le cauchemar de baudelaire est-il devenu réalité ? a l’ère de la photographie numérique, les passions ordinaires se sont émancipées et l’amateur, s’il n’a pas forcément le tempérament d’artiste, peut expérimenter ses créations à domicile. la frontière entre le photographe et le public contemporain s’estompe, mais elle n’a pas disparu pour autant. Contre les réseaux, le tout-image et le do it yourself, la photographie d’art revendique un temps long, une méthode, un dessein. la galerie bernard Ceysson présente à luxembourg quatre photographes formellement différents qui ont tous en commun l’anti-philosophie de l’instant décisif. Jean-antoine raveyre est le premier d’entre eux. artiste anesthésiste, il presse le déclencheur pour endormir la réalité et non la reproduire. ses œuvres sont littérature. Elles n’arrivent pas d’un clic, mais naissent dans le vertige d’une page blanche. raveyre écrit, dessine, construit puis met en scène avant d’appréhender son appareil : il ne singe pas mais songe.

À ses côtés, louise bossut se révèle comme photographe de la morbidezza. partisane rubéniste, elle détourne la mécanique en faisant feu de toute chair. l’artiste traite le fond de ses portraits réalistes comme de pures abstractions et semble faire une typologie des poses. dans ses images, les corps tiennent des positions inspirées des maîtres renaissants, mais évoluent comme des icônes à la surface de monochromes. des portraits à distance raisonnable, on passe à l’univers frontal de christian Mosar, dont les figures cannibalisent le regard du spectateur. l’artiste luxembourgeois propose des clichés saturés de vie, des visages anonymes sur lesquels on peut chercher, comme aux origines de la photographie l’expression des passions. synthèse de lumière et de miroirs, son travail permet de lire sur les corps les « signes du langage muet de l’âme 1. » Enfin, bernard Ceysson présente à luxembourg les photomontages de Judith walgenbach. ses combinaisons d’images semblent avoir les vertus optiques d’une lunette ou d’un appareil photographique. En assemblant des lambeaux de réels en formes fantasmagoriques, l’artiste allemande porte la vue « beaucoup plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination 2 . »

galerie bernard Ceysson luxEMbourg

1. guillaume b. duchenne de boulogne, in La Photographie, Entre document et art Contemporain, par andré rouillé, éditions gallimard, paris, « Folio essais », 2005, p.136 . 2. rené descartes, La dioptrique, « de la lumière », discours premier, (1637), gallimard, « Folio Essais », 1991.


Jean-Antoine Raveyre Sans titre 2 (2006) Prise de vue argentique Tirage Fine-art 115 x 115 cm

Mois EuropĂŠen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Louise Bossut Madones

Christian Mosar Sarah 1 & 2

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Galerie Bernard Ceysson Luxembourg


Judith Walgenbach Locus Politicus 75


luxembourg VillE

4 mai 2011 > 11 Juin 2011

bibliothèque nationale dE luxEMbourg 37 bvd. F. d. roosevelt l-2450 luxEMbourg tél. (+352) 22 97 55 1 ouvert du mardi au vendredi de 10h30 à 18h30 Et le samedi de 9h à 12h www.bnl.lu

La médiathèque offre plus de 13.000 médias non imprimés : films, documentaires, livres audio et méthodes de langue.Tous les documents sont disponibles pour le prêt à domicile et la consultation sur place. : Une grande sélection de films de fiction en version originale par des réalisateurs classiques et contemporains, des films primés dans les grands festivals internationaux (Cannes, Venise, Berlin…), une large sélection d’adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires classiques et contemporaines, des pièces de théâtre (Ibsen, Beckett, arthur Miller, Brecht, etc) ainsi que des mises en scène de pièces classiques (Molière, Shakespeare, Goethe), un grand choix de documentaires couvrant des disciplines très variées (histoire, littérature, beaux-arts, musique, sciences politiques, sciences économiques, sciences sociales, géographie…) ainsi qu'un fonds de documents sonores parlés comprenant des œuvres classiques de la littérature mondiale, des témoignages et biographies des grandes personnalités du xxe siècle ainsi que des enregistrements inédits sur l’histoire, la philosophie, le cinéma, l’astronomie… réalisés par des spécialistes de premier plan, des méthodes audiovisuelles d’apprentissage pour plus de quarante-cinq langues. dans son coin lecture, la médiathèque offre une sélection de livres de photographie et de cinéma, issus de la grande collection que possède la Bibliothèque nationale. Les documents de la médiathèque sont répertoriés dans le catalogue bibnet.lu. Pour faciliter la recherche, consultez le catalogue partiel.

en The Bibliothèque nationale presents recent works by armand Quetsch and Bruno Baltzer, who both use the medium of photography to explore the opposing concepts of the private and the public. Combining various artistic genres like the portrait, the still life and landscape art, Quetsch appropriates and reconstructs fragmented imagery from a collective memory. Like armand Quetsch, Bruno Baltzer is interested in reinventing and defamiliarising reality. His photographic series after Midnight captures the eery stillness of the popular ‘Schueberfouer’ fun-fair during night-time over a period of 4 years. Baltzer merges multiple viewpoints in one image, thereby creating a strangely disorienting effect.

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arMand quetsCh

alors que l’exposition Lost Memories à la Maison du luxembourg de l’ambassade du luxembourg à berlin, dans le cadre du Mois Européen de la photographie (Europäischer Monat der photographie) en novembre 2010 avait réuni les oeuvres de bruno baltzer et d’armand Quetsch sous le thème de la mémoire, la bibliothèque nationale du luxembourg présente des œuvres qui confrontent le privé et le public dans un choix de photographies issu de différentes séries récentes des deux artistes. armand Quetsch, dans ses séries Ephemera et nickla explore les lieux d’une mémoire familiale en combinant les différents genres artistiques comme le portrait, la nature morte et le paysage dans une optique de présentation participative pouvant éveiller de nouvelles correspondances visuelles et cognitives auprès du spectateur. l’évocation plus que la révélation d’un privé, d’un quotidien passé, d’une intimité abandonnée trouve sa forme visuelle dans un langage plastique personnel. Caractérisée d’un côté par des images sombres, parfois flous, aux subtilités

bibliothèque nationale dE luxEMbourg

bruno baltzer

extrêmes aussi bien au niveau des nuances chromatiques que du rendu formel et de l’autre par une objectivité acerbe focalisant sur le détail d’un objet banal, la photographie de Quetsch s’approprie des représentations visuelles qui se reconstruisent à partir d’un lieu de mémoire familial fragmenté. la fragmentation des images participe à cette démarche synesthésique que l’artiste recherche en rompant la narration qui émane de l’image singulière. l’histoire personnelle source d’inspiration devient alors un prétexte pour dépasser photographiquement et artistiquement la trame d’un documentaire vécu.


Armand Quetsch Sans titre Extraits de la série Ephemera

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Face à ces images empathiques et expressives, les photos de Bruno Baltzer font partie davantage d’une démarche conceptuelle même si les deux partent d’un réel qui s’ouvre à l’imaginaire. Le titre de la série After Midnight, de Bruno Baltzer, sonne comme un morceau de jazz be bob des années 60. Commencée en 2004, les photographies ont en effet été réalisées après minuit lors des quatre éditions de la traditionnelle foire luxembourgeoise Schouberfoer. Alors qu’on s’attend à une atmosphère noire, au rythme de blues, dans une nuit énigmatique, on découvre des images sérielles et structurées, qui sont loin d’être improvisées. Construites systématiquement sur le principe de la fusion de deux ou plusieurs prises de vues, assemblées de sorte à brouiller légèrement la frontalité photographique, les photographies se présentent comme série qui rappelle, quoique dans un esprit postmoderne, la typologie des photographes conceptuels. Même si la répétition monotone du dispositif est contrecarrée par la richesse plastique et chromatique qui émerge de chaque objet, ces photographies révèlent la dichotomie recherchée entre présence et absence, entre plénitude et solitude.

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Bibliothèque nationale De Luxembourg

Le silence de la nuit inhabitée remplit l’image photographique d’autres éléments que la réalité d’une visite diurne ne fait que suggérer. Plutôt que de retracer l’ambiance foraine en focalisant sur les foules, les mouvements er les déplacements l’artiste cherche la confrontation formelle, la métonymie. Vu sous cet angle le thème de la foire, dans cette série, ne serait-il pas un prétexte pour l’artiste de « re-construire » un lieu où se projettent d’innombrables images personnelles et publiques que la photographie ne peut révéler que si elle s’inscrit dans une démarche qui soit à la fois cognitive et sensible. Ainsi les deux artistes créent chacun dans leur style personnel un nouveau potentiel d’ouverture à l’imaginaire en partant d’un réel fragmenté, d’images publiques et privées, permettant de recréer une nouvelle représentation du quotidien à travers des dispositifs photographiques singuliers. Paul di Felice


Bruno Baltzer Reconstruction_0508230 (2008) tirage lambda, finition diasec et châssis rentrant, 120x220cm, épreuve 1/3

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luxembourg bonnEVoiE

7 mai 2011 > 3 JuillET 2011

maison aK arTgEnTiK 14, rue Tony dutreux l-1429 luxEMbourg ouvert tous les premiers jeudis du mois de 18h à 22h Tous les samedis de 14h à 18h Et sur rendez-vous www.artgentik.lu

Créée au printemps 2010, l’asbl aK* artgentiK a pour objectif de promouvoir et de diffuser la photographie d’auteur au Luxembourg. La Maison aK* s’adresse aux photographes auteurs désireux de donner vie à leurs projets, de discuter des dernières idées de création, des problèmes rencontrés, de trouver des solutions, de débattre, de regarder… La Maison aK* s'adresse aussi aux passionnés, aux curieux, aux collectionneurs, à tous ceux qui souhaitent découvrir, débattre, rêver, acheter, comprendre la photographie…

views

saMuEl bollenDorff / ClaudE coloMer / paolo wooDs

dans cette maison, il y a trois espaces d’expositions, un coin café avec bibliothèque, une librairie, une print room, un bureau, bientôt rejoints par un laboratoire et un espace de travail.

samuel bollendorff & Mehdi ahoudig À l’abri de rien – une enquête sur le mal-logement en France web-documentaire produit par bddp unlimited avec la Fondation abbé pierre

2 147 438 647 images disponibles dans Yahoo ! Images en avril 2011. 368 millions en avril 2007. L’an 2000 a marqué l’entrée de notre société dans le règne des images. Désormais, on croit, on apprend, on informe par l’image. Porté par le développement du Web, chaque citoyen est confronté quotidiennement à un flux ininterrompu d’images. Le développement des nouvelles technologies de l’image a invité les amateurs dans l’écriture photographique de l’image. La profession de photographe et plus particulièrement dans les domaines de l’actualité et du documentaire est malmenée. Dans cette dématérialisation des images, de la presse et de l’actualité en général, qu’elle est la place de l’information, le pouvoir des amateurs et les nouveaux médias proposés ? en VIEWS takes a closer look at various forms of press photography that exist today. The three participating artists deal – albeit in very different ways – with the constant flux of images in the technological age. Claude Colomer covers a space of artgentiK with countless front-page photographs of the International Herald Tribune, thereby creating a haunting portrait of our times. Samuel Bollendorff, considered to be one of the founders of the recently emerged photographic genre ‘web documentary’, shows how photographers today can use the Internet to explore new photographic narrative techniques. Paolo Woods presents and comments on a selection of impressive amateur photos from the web, documenting the political and social turmoil in Iran in 2009.

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maison aK arTgEnTiK

l’exposition ViEWs vous propose trois regards sur la photographie de presse. il aura fallu des centaines de premières pages du quotidien international herald Tribune à claude colomer pour transformer, le temps du Mois Européen de la photographie, une pièce de la Maison aK* en un cube noir et or criblé d’innombrables fragments de photographies de presse témoignant de l’actualité du moment. Ces unes font partie d’un travail de longue durée intitulé oh Happy day ! samuel bollendorff, photographe de presse indépendant, membre de l’agence Œil public de 1999 à 2010, propose depuis 2008 une nouvelle forme de narration photographique à travers la forme du web-documentaire. il est considéré comme un des « pères » de ce nouveau genre apparu sur internet. il permet aux photographes de développer une nouvelle forme de création quand les médias « traditionnels » n’accordent plus de place aux histoires photographiques. Cette nouvelle forme d’information

place le spectateur au cœur du reportage, l’invitant à devenir acteur de l’actualité. samuel bollendorff présente son dernier web-documentaire, À l’abri de rien, réalisé en collaboration avec Mehdi ahoudig. En parallèle, une image, de sa série IKEaLand, La vie mode d’emploi. Paolo woods est un photographe professionnel qui a couvert les évènements en iran en 2009, avant et après l’élection présidentielle contestée, ses manifestations et sa révolte. il a été aussi fasciné par la richesse des photos prises par des amateurs pendant ces évènements, qui les diffusaient largement sur le Web et les réseaux sociaux. il présente ici un diaporama de photographies citoyennes tirées du Web, qu’il commente. paolo Woods nous présente ici le complément et l’enrichissement que représente le journalisme citoyen aux côtés des professionnels. la révolution de Jasmin, en Tunisie, a démontré le pouvoir des nouveaux médias, des réseaux sociaux et du Web dans l’actualité.


Claude Colomer Oh Happy Days ! (2011) détails

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Samuel Bollendorff IKEALAND

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Maison AK Artgentik


Paolo Woods Iran (2009)

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luxembourg VillE

À parTir du 12 mai 2011 >

banque de luxembourg CollECTion Espace accueil du siège 14, boulevard royal l- 2449 luxEMbourg tél. +352 49 92 41 ouvert du lundi au vendredi de 9h00 à 16h30 www.banquedeluxembourg.com

La Banque de Luxembourg a toujours porté un intérêt particulier à l'art contemporain. En témoignent, le soutien historique qu'elle a apporté au MUdaM, ainsi que les œuvres ornant les murs de ses différentes implantations. La politique d'acquisition reflète les intérêts divers des dirigeants successifs de la Banque et leur ouverture sur leur époque. Il ne s'agit ainsi pas tant d’une collection homogène que d’un ensemble de pièces acquises au gré des années, des envies, des opportunités et des rencontres avec des artistes et galeristes partageant ce même regard sur notre société. L'ensemble, récemment ouvert sur la photographie – outre les œuvres reprises dans ce catalogue, la Banque possède notamment des tirages de dennis adams, Marie-Jo Lafontaine, Georges Rousse, Patrick Bailly Maître-Grand et ola Kolehmainen – forme un dialogue judicieux avec l'architecture résolument contemporaine de ses différentes implantations.

MariE bovo sZE Tsung leong alFrEd seiland

Marie bovo Cour intérieure 28 septembre 2008

en Recent photographic acquisitions at the Banque de Luxembourg reveal a special interest for architecture and urbanism. The compositions of these large-scale photographs by renowned artists such as Marie Bovo, Sze Tsung Leong and alfred Seiland illustrate the particular aspects of space and time in photography.

les acquisitions photographiques récentes pour la collection de la de luxembourg montrent un intérêt particulier pour l’architecture et l’urbanisme. parmi ces photographies de grand format où le bâti est caractérisé par une certaine conception du point de vue et de la temporalité photographiques, la série des Cours Intérieures de Marie bovo nous frappe par sa pictorialité. ses contre-plongées du ciel, photographiées au milieu d’une cour intérieure à différents moments de la journée, deviennent par cet angle de vue particulier des compositions presque abstraites. dans un autre registre, la série Horizons de l’artiste sze tsung leong joue aussi sur le point de vue en privilégiant l’horizontalité de l’image tout en mettant en relation le plein et le vide, le proche

alfred seiland Ferienhäuser (2003) Mono Lake, Kalifornien

et le lointain. avec son esthétique presque picturale, la photographie Garonne exprime photographiquement ce que Walter benjamin appelle le “si proche, si loin” de l’aura. À travers la distanciation objective du photo-reporter, alfred seiland révèle aussi une spatialité étrange. Tout en faisant émerger des représentations cinématographiques et littéraires de ces photographies à l’ambiance de road movie, il réussit à exprimer cette réalité sous un aspect formel plus plasticien que réaliste. l’exposition montre trois propositions d’artistes et d’œuvres qui s’inscrivent dans les nouvelles recherches et les thématiques actuelles autour du paysage urbain. Paul di Felice

pagE dE droiTE (hauT)

sze tsung leong Squam Lake, new Hampshire (2010) pagE dE droiTE (bas)

sze tsung leong Garonne, Bordeaux (2009) 84

banque de luxembourg CollECTion


Mois EuropĂŠen de la Photographie > Luxembourg 2011

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luxembourg grund

13 mai 2011 > 31 Mai 2011

istituto italiano di CulTura bibliothèque de l'istituto 15, rue st ulric l-2651 luxEMbourg grund tél. (+352) 25 22 741 ouvert du mardi au vendredi de 11h à 13h et de 14h à 18h le samedi de 14h à 18h www.iiclussemburgo.esteri.it

L'Istituto Italiano di Cultura (Institut Italien de Culture) de Luxembourg fait partie du réseau de quatre-vingt instituts italiens présents dans les pays du monde. Les Istituti Italiani di Cultura sont des institutions officielles de l’état italien qui dépendent du Ministère des affaires étrangères. Leur vocation est de défendre et faire connaître le patrimoine culturel italien dans le pays où ils opèrent. dans sa bibliothèque, l'Istituto Italiano di Cultura propose des manifestations ouvertes au public comme des conférences et des expositions et c’est là aussi où ont lieu les nombreux cours de langue et de culture italiennes. Par ailleurs la bibliothèque instaure une riche collection de livres de photographie, d’art et d’archéologie.

giorgio Cutini transParences roMainEs

commissaire de l'exposition isabella sardo

L’Istituto Italiano di Cultura propose tout au long de l’année une dense activité culturelle qui va des arts visuels au théâtre, des sciences à la mode et qui est orchestré indépendamment ou en tandem avec les principales institutions luxembourgeoises.

Giorgio cutini de la série Roma

en In his photographs, Giorgio Cutini presents a melancholic and almost surrealist vision of Rome, which appears as a metaphysical city of dreams. The black and white images offer a kaleidoscope of grey shades, in which the familiar silhouettes of the city subtly take shape. The exhibition invites the visitor to consider the inherent contradictory nature of photography: whilst the photograph has the ability to capture and stop the flow of time, it becomes obvious that what it presents is necessarily only the ghost of a moment that has long since gone, a time forever lost.

À des années-lumière de la rome radieuse, triomphante, souriante sous un soleil béni des païens et du Campidoglio auxquels nous sommes habitués et vers lesquels nous nous tournons avec regret dans nos rêves de globe-trotter, la rome visitée dans ces photographies est une cité fantasmagorique et mélancolique, voilée par un brouillard plus intérieur que météorologique. giorgio Cutini, l’oeil derrière la caméra, qui a pris ces photographies floutées presque surréalistes, insiste, comme déjà dans le passé, sur le choix du noir et blanc qui se fonde dans un gris de fond ; à travers les variations imperceptibles de mille gris divers prennent formes les silhouettes d’une ville aimée et rêvée. il s’agit, et c’est cela qui fascine dans cette série, d’une rome qui a perdu la réalité de ses contours, pour devenir pure intériorisation : c’est une ville métaphysique, capitale du rêve. Ce n’est pas par hasard que nous lisons ces photos comme un livre du xxe

siècle et ce livre a au moins deux références illustres : Mort à Venise de Thomas Mann et Quaderni di Serafino Gubbio operatore de luigi pirandello. En effet, deux œuvres, qui de manières différentes et de forces incomparables, ont proposé à travers l’image d’une ville qui est lieu et non-lieu, des frontières entre vie et mort entre être et disparaître. l’exposition Transparences Romaines propose une vision artistique basée sur un oxymore évident : à l’idée de la photographie comme moyen de capturer et d'arrêter le flux du temps s’oppose une autre qui représente un temps déjà usé, la dissolution quasi totale de l’image en tant que représentation et sa substitution avec une image qui est essentiellement état d’âme. Isabella Sardo traduit de l’italien par paul di Felice

pagE dE droiTE

Giorgio cutini de la série Roma

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istituto italiano di CulTur a


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luxembourg VillE

À parTir du 6 mai 2011 >

villa vauban MuséE d’arT dE la VillE dE luxEMbourg 18, avenue émile reuter l-2090 luxEMbourg ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 10h à 18h, jusqu'à 21h le vendredi www.villavauban.lu

La Villa Vauban tient son nom d’un fort de l’ancienne forteresse de Luxembourg construit par Sébastien Le Prestre Vauban (1633-1707), architecte militaire de Louis xIV. Cette fortification a servi de fondation lors de la construction de la villa. aujourd’hui, une partie de l’impressionnante enveloppe du fort (18e siècle) peut être admirée dans les sous-sols du musée. L’extension contemporaine de 2010 noue un dialogue passionnant avec l’architecture de l’ancien bâtiment, une villa urbaine datant de 1873. ainsi, le nouveau musée reflète le caractère historique de ses collections, un ensemble d’œuvres d’art réunies par des particuliers fortunés aux 18e et 19e siècles. Les expositions organisées à la Villa Vauban puisent dans les collections de la Ville de Luxembourg, qui sont constituées en grande partie d’œuvres néerlandaises de l’Âge d’or (17e siècle) d’une part, et de peintures d’histoire et de paysage françaises du 19e siècle d’autre part. des tableaux, sculptures et gravures d’artistes européens du 17e au 19e siècle complètent l’ensemble. La Villa Vauban présente les collec tions de la Ville de Luxembourg en privilégiant les formats d’exposition variables. Les œuvres sont ainsi mises en valeur au moyen de présentations permettant de les explorer sous différents aspects.

émotions reflets Dans la Peinture ET la phoTographiE

À gauChE

eva bertram (*1964) Barricades, d – 8, 2003 impression numérique programme de soutien à la création, programme mosaïque, Cna, 1996-2003 À droiTE

carl von steuben (1788-1856) La prière huile sur toile Collection Jean-pierre pescatore © Villa Vauban – Musée d’art de la Ville de luxembourg en The exhibition émotions not only focuses on the ways in which an artwork can convey a specific emotion, but also its ability to trigger emotional responses in the viewer. It brings together historical paintings from the three collections of the Villa Vauban, ranging from the 17th to the 19th century, and contemporary photographic work from the collection of the Cna. By showing historical works of art alongside photographs by contemporary artists, the exhibition invites the visitor to discover intriguing contrasts and similarities between these works of different periods.

les œuvres d’art sont chargées d’émotions et sont ainsi susceptibles de susciter chez celui qui les contemple des réactions révélatrices de son propre état affectif. l’exposition Émotions encourage le spectateur à entamer un dialogue avec un ensemble de tableaux historiques et de photographies récentes, associés selon le principe d’une mise en perspective. pour ce faire, elle réunit une sélection de peintures du 17e au 19e siècle issues des trois collections de la Villa Vauban et une série d’œuvres photographiques du tournant du 21e siècle provenant de la collection du Centre national de l’audiovisuel (Cna). la mise en rapport de ces deux supports, à travers leurs différents modes de représentation, points de vue et formats, permet aux visiteurs de l’exposition d’apprécier les chefs-d’œuvre historiques sous une lumière nouvelle.

En collaboration avec le centre national de l'audiovisuel

Pantone 2935c

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villa vauban MuséE d’arT dE la VillE dE luxEMbourg

l’art, en s’intéressant aux questions existentielles, répond à une préoccupation éternelle de l’homme. or, chaque époque a connu ses propres conventions de représentation. En suivant le parcours d’exposition, le spectateur aura l’occasion d’interroger ses propres sentiments au gré des œuvres, tout en découvrant des aspects passionnants de l’histoire de la peinture. les œuvres choisies pour cette exposition, parmi lesquelles des tableaux de Jan steen, giovanni antonio Canal, dit Canaletto, paul delaroche et alexandre Calame, représentent les principaux genres picturaux : portrait, paysage et peinture de genre ou d’histoire. Elles ont été regroupées par sujets, ce qui permet notamment de refléter la diversité des collections de la Villa Vauban. les photographies contemporaines émanent quant à elles de projets que le Cna a réalisés en collaboration avec de jeunes artistes luxembourgeois et internationaux. Émotions occupe la partie historique de la Villa Vauban et sera montrée parallèlement aux prochaines expositions temporaires.


en Haut

Justine Blau (*1977) The Circumference of the Cumanán Cactus (2010) tirage Duratrans Bourse CNA – Aide à la création et à la diffusion en photographie, 2009 en bas

Alexandre Calame (1810-1864) Vue du Lac de Genève (1849) huile sur bois Collection Jean-Pierre Pescatore © Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de Luxembourg

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Jacques Edmond Leman (1829-1899) Le baiser d’adieu (1856) huile sur toile Collection Leo Lippmann © Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de Luxembourg

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Villa Vauban Musée d’Art de la Ville de Luxembourg


Thierry Frisch (*1974) Chubs and Chasers (1998) impression numérique Programme de soutien à la création Découvertes Jeunes Talents, CNA, 2001

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luxembourg VillE

6 mai 2011 > 22 Mai 2011

musée d'histoire dE la VillE dE luxEMbourg

Christian Aschman - Lucius

14, rue du saint-Esprit l-2090 luxEMbourg ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, jusqu’à 20h le jeudi Fermé le lundi www.mhvl.lu

Le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, inauguré en 1996, se situe au cœur de la vieille ville. Une grande exposition permanente ainsi que des expositions temporaires illustrent de façon originale l’histoire plus que millénaire de la capitale du Grand-duché. Le site retenu pour abriter le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg est un ensemble restauré de quatre anciennes maisons bourgeoises datant des 17e, 18e et 19e siècles et comprenant des vestiges remontant jusqu’au Moyen Âge. L’architecture du musée frappe par sa verticalité, reflet de la configuration de la ville caractérisée par le contraste entre ville haute et ville basse. Cette verticalité est transposée dans la structure même du musée qui comporte 8 niveaux, dont 6 sont ouverts au public. avec ses 18 m2, l’ascenseur est une salle en soi, orientée sur les faubourgs, et qui peut accueillir jusqu’à 65 personnes. Grâce aux parois intérieures vitrées et à la vitesse réduite, le visiteur pourra admirer la roche apparente dans les étages enterrés et profiter du panorama du Grund et du plateau du Rham dans les niveaux supérieurs. En prenant l’ascenseur, toute la stratification urbaine de la Ville de Luxembourg s’offre au visiteur, lui faisant traverser 1000 ans en quelques minutes. À l’instar de la ville dont il est le miroir, le musée est lui-même composé de deux parties : tandis que les étages (0, 1 et 2) situés en dessous de l’entrée de la rue du SaintEsprit relatent l’évolution urbanistique, sociale, économique et politique de la cité, les étages supérieurs (3, 4 et 5) sont réservés à des expositions temporaires dans lesquelles le musée traite des sujets sociétaux qui répondent aux préoccupations actuelles de son public multiculturel, local et étranger.

PortFolio days

Julien Becker - Cry Baby

Claire Barthelemy - Endings

christian aschman Lucius (2007) Extraits

Julien becker Ritratti di famiglie (2008) Extraits

claire barthelemy Endings (2010) Extraits

artistes : Christian aschman, Claire barthelemy, Tim battin, Julien becker, Mike bourscheid, Eric Chenal, Claude dernoeden, sophie Feyder, Marielle haas, sophie Jung, Véronique Kolber, Carine et Elisabeth Krecké, Fabrizio Maltese, philippe Matsas.

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dans le cadre du Mois Européen de la photographie, le Cna, Café Crème édition&médiation et le Musée d’histoire de la Ville proposent sur le modèle de la Portfolio night, une projection des photographies de 14 photographes luxembourgeois (ou travaillant ou vivant au luxembourg), sélectionnés en fonction du thème générique de public / privé. l’expérience positive de la promotion de la jeune scène photographique luxembourgeoise initiée par le Cna est ainsi prolongée dans le contexte diurne d’une manifestation biennale qui offre une plateforme d’échange et de confrontation avec les autres expositions et présentations programmées. les travaux de ces quatorze photographes sont projetés en boucle sur le grand écran de l’auditoire du Musée d’histoire de la Ville pendant quinze jours lors du Mois de la photo en mai.

musée d'histoire dE la VillE dE luxEMbourg

en For the occasion of the ‘European Month of Photography 2011’, the Cna, Café Crème édition&médiation and the Musée d’histoire de la Ville present por tfolio days, a projection of photographs by 14 photographers living and/or working in Luxembourg. dealing with the theme Public / private, the photographs are projected in a loop on a large screen in the auditorium of the Musée d’Histoire de la Ville. Portfolio days aims to continue the Cna’s mission to promote and support Luxembourgish photographers, as well as to offer an interesting platform for artistic exchange.


Mike Bourscheid - Feldgänger

Tim Battin Demandeurs d’avenir (2006-2007) Extraits

Mike Bourscheid Feldgänger (2010)

Eric Chenal - out of breath

Claude Dernoeden - Postcards from Roumania

Extraits

Eric Chenal Out of Breath (2008-2009) Extraits

Claude Dernoeden Postcards from Romania (2009) Extraits

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Sophie Jung - Kobalt

Sophie Feyder Fragments (2008-2009)

Marielle Haas - Les éphémères

Extraits

Marielle Haas Les éphémères (2009-201) Extraits

Sophie Jung Kobalt (2010)

Véronique Kolber - Portraits with a mirror

Extraits

Véronique Kolber Portraits with a mirror (2009) Extraits

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MUsée d'Histoire de la Ville de Luxembourg


Carine et Elisabeth KreckĂŠ Prisoner of war camp #334 (2010) Extraits

Philippe Matsas - Portraits

Fabrizio Maltese Palais de Justice (2009) Extraits

Philippe Matsas Portraits (2010) Extraits

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luxembourg VillE

29 avril 2011 > 12 Juin 2011

KiosK EspaCE d'ExposiTion place de bruxelles l-2132 luxEMbourg www.aica-luxembourg.lu

Le projet Kiosk fonctionne comme un étal – et le lieu, ce kiosque à journaux désaffecté, en plein centre-ville, s’y prête à merveille. Chaque membre d’aica luxembourg* choisit un ou une artiste qu’il parraine le temps d’une exposition de quelques semaines. Le concept est évolutif, s’étale dans le temps et donnera, a posteriori, un bon aperçu de l’art d’aujourd’hui. Kiosk est un projet modeste, qui n’entend ni faire de l’ombre, ni de la concurrence aux institutions existantes, mais qui complète ce paysage de l’art contemporain au Luxembourg par une micro-structure où de jeunes artistes ont la possibilité de se montrer en plein centre-ville.

MiKE lamy déFErlanTE

* association internationale des Critiques d’ar t luxembourg

Déferlante rEndrE l’iMaginaTion possiblE Mike lamy déferlante (2011) simulation / document de travail pour aiCa luxembourg

en Mike Lamy’s project for the KIoSK focuses on both the exhibition space itself as well as on its location on the place de Bruxelles. The glass cage of the KIoSK is here presented as a kind of aquarium in the buzzing centre of the city, flooded with people and cars. Lamy shows a wave in the midst of the urban environment, threatening to break free of its artificial cage at any moment. The spectator is invited to consider the ambiguous nature of the installation.

C’est un cas inquiétant où la réalité dépasse la fiction. les préparatifs pour la nouvelle installation au KiosK, place de bruxelles, allaient bon train. les photographies étaient prises, approuvées, digitalisées. la collaboration entre l’artiste, Mike lamy, photographe plasticien, et la commissaire, fraîchement élue membre de l’aiCa, était sans accrocs, stimulante et fluide, et ceci dès le début. il ne nous restait qu’à peaufiner les détails, quand frappa la nouvelle du séisme au Japon et du tsunami dévastateur. le monde entier regardait horrifié une vague noire s’abattre sur tout un pays, engloutissant maisons, villages et paysages et ne laissant derrière elle que chaos et désolation sans nom. Quelques jours auparavant, Mike m’avait envoyé par email les premières simulations graphiques de son projet pour l’ancien kiosk à journaux : déferlante – une vague bouillonnante au milieu de la ville. Mike lamy s’intéresse aux objets, à leur volume, leur nature, mais aussi aux lieux dont il aime explorer le sens et la raison d’être. il a conçu son installation pour le KiosK de l’aiCa à la fois comme une interaction visuelle avec l’espace d’exposition et avec son emplacement, place de bruxelles. de cet objet vitré, une cage en verre, Mike lamy retient l’idée « d’aquarium », alors qu’il voit dans le lieu, l’embouchure du pont adolphe avec son flux constant de voitures et de passants, un des centres névralgiques de la ville. de l’intersection de ces deux pensées résulte l’idée d’une vague en plein centre urbain ; – une déferlante contenue par un écrin de verre, prête à déborder à tout moment et à faire exploser son cadre artificiel. au Japon, même les digues protectrices n’ont pas su retenir les forces déchaînées de la nature. Elles ont été tout simplement effacées. En comparaison avec le soulèvement marin devant le littoral de l’île nipponne, le rouleau pétillant que Mike lamy a capturé aux bords de l’atlantique pour le transposer à luxembourg

L’exposition est rendue possible grâce au soutien du Fonds Culturel national, de la Ville de Luxembourg et de la Fondation Indépendance.

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KiosK EspaCE d'ExposiTion

semble, certes, peu menaçant. avec son vert bleuté et son écume joyeuse, il invite même à des digressions rêveuses, rappelant les plaisirs balnéaires de vacances passées ou anticipant les beaux jours à venir. la déferlante du pont adolphe est-elle pour autant docile, apprivoisée ? rien ne semble moins sûr. Même le calme le plus plat peut être signe d’une colère sombre qui commence à gronder au loin, comme en témoigne de manière si tragique l’actualité japonaise. les aparences restent trompeuses et Mike lamy laisse volontairement planer le doute. le travail que propose le jeune plasticien ne s’arrête pas à la surface. il fait preuve d’un esprit synthétique conséquent que l’on a pu voir à l’œuvre dès les premières expositions. de Trésors (2007), une série « d’objets » trouvés stylisés, des assemblages fortuits de fils, de cordes et de brindilles rencontrés au hasard de promenades, jusqu’à son rendu élégant et quasi abstrait d’ustensiles de la vie quotidienne, Mike lamy offre une vue en profondeur des choses sans rien pour autant enlever à leur mystère et à leur poésie. déferlante présente les mêmes caractéristiques : un traîtement visuel attrayant – elle « saute » aux yeux, cette vague mousseuse ! – augmenté d’une dimension réfléchie et poétique. l’image se construit ainsi calmement pour se déployer avec toute sa force connotative. Elle devient allégorie, non seulement du mouvement de va et vient de la circulation à cet endroit, mais, de manière plus symbolique, de l’irruption de l’art dans la vie quotidienne. l’art stimule (la vue et l’esprit), éperonne les discussions, titille les sens, avec ses excès et ses provocations fait tâche ou éclaboussure dans une société bien pensante et surtout, comme un puissant rouleau déferlant, l’art ne saurait être arrêté. il y a, depuis plusieures années, cette « nouvelle vague » d’artistes à luxembourg, dont Mike lamy fait partie. issus d’universités et d’écoles de tous les coins de l’Europe, forts pour la plupart d’un diplôme de master -en art, en photographie ou encore en communication visuelle- ce sont de jeunes professionnels débordant d’idées. non seulement ont-ils les compétences nécessaires pour développer et réaliser leurs projets, ils sont également libres de tout complexe lié à l’exiguïté d’un territoire ou à l’étroitesse des esprits. ils sont basés à luxembourg, mais ils ont le regard tourné vers le monde. Encore faudrait-il leur donner la possibilité d’être apréciés par le public local, national et international. « rendre l’imagination possible, la rendre visible pour tout le monde », voilà comment le photographe japonais hiroshi sugimoto définit la tâche de l’artiste. la goutte creuse la pierre, dit-on, et la déferlante de Mike lamy pourrait bien briser le verre qui tente de la contenir. Françoise Poos Commissaire de l'exposition


Mike Lamy DĂŠferlante (2011)

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FranCe METZ

23 mars 2011 > 29 Mai 2011

arsenal METZ 3, avenue ney 57000 METZ [fr] tél. + 33(0) 387 399 200

ouverture du mardi au dimanche de 14h à 19h Et jusqu’à 20h les soirs de spectacle. www.arsenal-metz.fr

Si l’arsenal est avant tout connu pour proposer tout le spectre de la musique (baroque, symphonique, ancienne et nouvelle, ou encore le jazz et les musiques du monde) et de la danse contemporaine, sa Galerie d’Exposition est également un haut lieu messin des arts visuels, et plus particulièrement de la photographie. Gilbert Garcin, Jean Luc Tartarin, attila durak, Eric didym, les collections issues des fonds du FRaC-Lorraine ou encore les lauréats du prix HSBC pour la photographie sont quelques uns des artistes que cette Galerie a exposés ces dernières années. dans le cadre du Mois Européen de la Photographie au Luxembourg, l’arsenal a confié à Christian Gattinoni le soin d’imaginer une exposition sur mesure pour la Galerie d’Exposition de l’arsenal, conjuguant la photographie à la danse. Christian Gattinoni a ainsi sélectionné, pour Modèles danse, les artistes denis darzacq, Gabriel desplanque, Robert Flynt, Isabelle Grosse, Edouard Levé, anja Manfredi, Tina Merandon, arsen Savadov et Patrizia Zelano qui tous proposent une représentation du corps dans l’espace, très proche d’un regard chorégraphique. Là, le corps se fait danse. Cette exposition concentre toute l’ambition de l’arsenal, transcendant les catégories pour offrir au public une palette artistique complète, transdisciplinaire.

modèles dansE dEnis DarzacQ / gabriEl DesPlanQue / robErT flynt / isabEllE Grosse / édouard levé / anJa ManfreDi / Tina MeranDon / arsEn savaDov / paTriZia zelano commissaire de l'exposition : Christian gattinoni

solituDes & PartaGes DynaMiQues Des « MoDèles Danse » par Christian Gattinoni

De la trahison des modèles à d’autres modélisations la danse contemporaine dans sa diversité, parce qu’elle est au cœur des arts de la scène, influence différentes pratiques de mise en représentation du corps par l’image. la photographie et la vidéo se voient encore le plus souvent, face au spectacle vivant dévolu le rôle « d’humbles servantes des sciences et des arts » envisagé par baudelaire. Quand la danse du fait de son caractère d’unicité reste souvent l’archétype singulier de « celle qui échappe » la tâche de faiseuses de traces et de pourvoyeuses d’archives semble apprêtée pour les pratiques images. Celles-ci ont cependant opéré leur révolution esthétique depuis longtemps. Et il n’est pas jusqu’aux pratiques documentaires qui ne se trouvent aujourd’hui mâtinées de fiction. dès lors les liens imaginaires entre danse et photographie se complexifient et ne restent plus unilatéraux. dans la décennie précédente, nous avions pu avec Café Crème inaugurer les semaines Européennes de l’image entre le havre et luxembourg en démontrant en œuvres que de nombreux photographes et artistes dits plasticiens opéraient différentes « Trahisons des modèles ». si cette tendance reste significative notre époque marquée par une pluralité des pratiques artistiques, jusqu’à assumer une dimension opératique des arts, n’a pu que constater la grande vitalité des pratiques chorégraphiques. notamment dans le domaine privé des relations humaines, la danse offre d’autres modèles comportementaux et relationnels à des situations complexes que les artistes plasticiens mettent en œuvre pour leur donner visibilité. si des « Modèles danse » se font actuellement jour dans le domaine de la création plastique, elles sont le fait d’artistes dont le corps reste l’enjeu principal.

Du corps singulier à l’intermédialité du corps choral la modernité en danse s’est affirmée d’abord à la charnière des xix° et xx° siècles par des individualités qui ont affirmé des corps manifestes, ainsi loïe Fuller et sa « danse serpentine » dont le mixte de draperies et de projecteurs créait à la fin des années 1880 un corps de lumière, isadora duncan retrouvait, elle, la liber té aux pieds nus d’un corps sensuellement féminin à la mode de l’antiquité, et nijinsky affirmait les mêmes qualités scandaleusement révolutionnaires pour un corps masculin dans la mythologie de L’après midi d’un faune en 1912. C’était encore Mary Wigman s’affirmant sorcière et prophétesse pour son Hexentanz deux ans plus tard. il ne manquait plus que la reconnaissance d’un corps résolument autre, dans sa différence. si les premières appréhensions occidentales de ces phénomènes culturels eurent lieu à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889 où le public français découvrit les danses d’inde, d’asie et d’afrique la reconnaissance générale dut attendre l’exubérance érotique de Joséphine baker qui éclata en 1925. En dehors de ces figures singulières de la modernité, c’est parallèlement une aventure collective qui se joua un peu avant la première guerre mondiale à ascona avec l’expérience communautaire de Monte Verita. là dans une recherche collective de l’expressivité des gestes se développent à la fois des danses à vocation chorale et du fait de la présence de rudolf von laban une approche plus scientifique de la notation avec la cinétographie qu’il mettra au point à partir de 1928. la photographie dans sa maturité moderne et le cinéma naissant accompagnent cette aventure collective au sein de la nature. la personnalité du notateur resta ambigüe à la fois par ses sympathies politiques et du fait que ses recherches sur la gestualité aboutirent aussi au taylorisme et à son formatage idéologique. Ce sont ces deux axes d’une définition individuelle identitaire et d’une approche plus collective y compris prenant en compte la dimension historique qui structurent aussi l’exposition Modèles danse.

en The exhibition Modèles-danse investigates how an image can capture and represent the body in movement. The diverse forms of contemporary dance, which is at the very heart of the performative arts, challenges artists to find new ways of transferring this gestural energy to the photographic image. Whilst some of the participating artists chose a single frame to encapsulate the complexities of contemporary dance, others prefer to represent the body in movement in a series of images.

isabelle Grosse 98

arsenal METZ


Arsen Savadov Collective Red II (1999) Photographie couleur sur aluminium 7 ĂŠditions, 122 x 154 cm

Mois EuropĂŠen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Tina Merandon Nu n째6 (2010)

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Édouard Levé Fiction, Sans titre (2006) Courtesy Succession Edouard Levé & Galerie Loevenbruck, Paris

Du corps atmosphérique au corps identitaire La dématérialisation dans la série Evanesenze de Patrizia Zelano est à la fois significative d’une époque où le virtuel généralisé atteint également le corps, mais c’est peut être aussi l’ultime descendante de La Sylphide de 1832 où Marie Taglioni interprète cette féminité éthérée, dé-sexualisée. Dans l’œuvre de la photographe italienne, c’est encore le contrepoint absolu de son travail sur la viande « in carne ed ossa ». Par cette opposition autant que dans cette esthétique de couleurs désaturées, elle semble vouloir accompagner le chorégraphe et critique d’art Daniel Dobbels quand il déclare « La photo est un pan de lumière où le corps ne meurt pas. » Cet enjeu essentiel prend son sens grâce à cette légèreté atmosphérique du corps sportif devenu sur la surface sensible du tirage corps vecteur d’une énergie ludique qui rappelle celle de Georges Pomiès lorsqu’il écrivait en 1939 dans son livre Danser c’est vivre : « Danser ce n’est pas glorifier son corps ou s’y soumettre, c’est en faire un instrument hypersensible et sans exigences, c’est le rendre fluide ; en faire un lieu géométrique de mouvement… Danser c’est diluer son corps dans le mouvement, c’est le plus sûrement du monde travailler à sa désincarnation. » Comme le titre de sa vidéo le suggère, Gabriel Desplanque s’inquiète des Uniformes qui recouvrent le corps, tentent de le formater et nuisent à sa liberté fondamentale, celle de sa gestuelle, des initiatives de ses mouvements. Son souci du vêtement et de son rapport normatif à la nudité rejoint cette pièce historique d’Anna Halprin Parades and Changes (1965). Comme Anne Collod l’a fait sur scène en 2004, l’artiste semble reprendre en photos et vidéo le Replay de ce spectacle qui resta victime de la censure pendant quarante ans aux États-Unis. Aujourd’hui, l’aspect ludique retire tout caractère provocateur à cet ensemble de joyeuses figures en parade. L’influence de la ville sur le corps traverse les productions de Denis Darzacq, sans insister sur son aspect négatif ou contraignant. Tout au contraire, il se sert de l’énergie de ses modèles amateurs des banlieues ou des professionnels du hip-hop pour montrer des états de résistance. Dans l’espace public de l’agora comme dans celui semi-privé des hypermarchés, il apporte cette présence humaine en action qui prend le pas sur les échanges marchands. Contrairement à l’aspect superficiel que peuvent dégager les suspensions du mouvement à son acmé dans les photos de studio façon white cube de Loïs Greenfield, la présence

de la marchandise derrière les performers atteste de leur inscription sociale. Un chorégraphe comme Gilles Jobin dans Steak House tente le même rapport individuel. Pour Robert Flynt, le corps identitaire doit se définir dans une suite de confrontations entre faces photographiées et illustrations corporelles trouvées. Il ré-imagine ainsi le corps humain, approchant ce que Daniel Sibony appelle votre « Autre-corps » au travers d’un dialogue entre la science et le ressenti, le physique et le psychique. Ces pôles de tension contraires s’expriment aussi bien dans ses titres où les Memorials s’opposent à la froideur des Bodyscan. Boris Charmatz dans son ouvrage Je suis une école (Éditions Les Prairies Ordinaires, 2009) revendiquait une même démarche : « Nous faisons de l’auto-archéologie, moins pour trouver en nous des gestes à transmettre aux autres, que pour comprendre comment le corps est constitué de couches déjà éduquées dont la mise au jour est une nouvelle éducation. » De l’entre deux du corps étreint aux rites de passage

Robert Flynt & Nicolas Spinosa Tandem (2009) Tirage jet d'encre 30 x 40 cm

Dans une autre histoire où se « Danse l’étreinte » j’écrivais à celle qui échappe : « La danse commence au deux de toi ». Tina Merandon exerce depuis longtemps son regard sur ces forces qui travaillent la partition du pouvoir et du désir. Dans ses Petits lutteurs comme dans ses Nus récents elle questionne les forces antagonistes de l’attirance et de la contrainte. La nudité et l’effort marquent la chair d’un rougissement évocateur que Wim van De Keybus a sensuellement scénographié comme Blush. Elle pourrait assumer le programme de Jean-Claude Gallotta ainsi énoncé pour ses 99 duos de 2002 : « Pour dire les incalculables variations du deux, avaient été convoqués, autour des interprètes, des gens, aperçu d’humanité, de tous âges, de toutes corpulences, de toutes différences et tous, couple après couple, puis ensemble, déroulèrent leurs duos sur la scène, comme un écheveau qu’on achève pas. » Dans ses mises en scènes de rêves ou de situations sociales détournées des Unes des journaux, Édouard Levé produit dans sa « boîte noire » ses Fictions selon ce qu’Erving Goffman évoque comme des « arrangements de visibilités ritualisés ». Ses liens à la chorégraphie contemporaine apparaissent si évidents que ses Pornographies ont été reprises par des danseurs. Comme chez Christian Rizzo, les portés aboutissent à des Dépositions.Dans un

Mois Européen de la Photographie > Luxembourg 2011

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Gabriel Desplanque Le k-way (2010)

Anja Manfredi

de ses opéras récents, le chorégraphe plasticien pose la question qui travaille aussi l’artiste dans ses photographies comme dans ses écrits « Comment dire ici ». Dans ce jeu de ritualisation, certains danseurs ont expérimenté le terrain des incertitudes sexuelles notamment les danseurs du suédois Matts Elk dans leur interprétation hilarante du Lac des Cygnes. Le ballet Trockadero constitué uniquement d’hommes revisite avec beaucoup d’humour le répertoire classique de type Giselle. Sur pointes et en tutu, ils remettent en question les rôles que le genre attribue de façon réductrice aux femmes et aux hommes. Ils rejoignent en cela les combats des militants homosexuels et les artistes qu’aux États-Unis on range sous la bannière des gender studies. Le travail d’Arsen Savadov Donbass-chocolat est plus proche dans sa haute densité dramatique d’un solo de Dominique Mercy. Le danseur donnait dans son tutu mal attaché le contrepoint classique aux figures dérivées du tango que Pina Bausch détournait pour le café salle de boxe de Bandonéon. Pour l’artiste ukrainien cet aspect parodique rejoint la Love story d’une danse intime amorcée dans le désordre d’une bibliothèque ou les cérémonies de nostalgiques du communisme en pleine confusion des temps comme des espaces dédiés ou non. Du formatage collectif à la réappropriation critique Isabelle Grosse s’attache aux mouvements de foule, aux inter­actions des individus dans des espaces partagés, plages, rues et boulevards, passages piétonniers. Elle intervient par le dessin assisté par ordinateur sur des photos et des vidéos 3D et interactives y montrant l’effet de Streaming qui se joue entre les

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Arsenal Metz

acteurs d’une socialité en mouvement. Autour de chacun d’eux, elle détermine l’espace minimum d’une possible action physique comme le notateur Rudolf von Laban le premier l’avait fait en parlant de kinésphère. Si l’on en croit la définition de Christian Rizzo, elle agit en chorégraphe « je peux dire que je fais de la chorégraphie puisque j’écris du corps dans l’espace ». Mais, en contrepoint, la vidéo Shaping réduit les seuls mouvements qui peuvent subsister à ceux d’une caméra de télévision qui lors d’émissions très populaires assistent à la manipulation physique des spectateurs par des chauffeurs de salle.Toujours l’idéologie menace la liberté de danser. Dans une attitude plus joyeuse, Anja Manfredi grâce à son positionnement critique transhistorique inverse la relation du privé et du public. Se fondant sur une vue publique de célèbres danseuses telles Isadora Duncan, Anna Pavlova ou Grete Wiesenthal, elle en contamine l’aura historique par l’appropriation privée, à l’époque contemporaine, de leurs attitudes chorégraphiques qu’elle fait ré-activer pour son usage personnel par un de ses modèles. La danse contemporaine propose de nouveaux horizons où le corps solitaire atmosphérique ou manifeste, trouve avec son espace désirant, ses dimensions les plus vivaces, quant aux corps de l’entre-deux, ceux qui recherchent l’unisson d’une critique sociale ou une inscription dans l’histoire des arts retravaillés par l’influence des modèles danse ils envahissent la scène publique. Christian Gattinoni Commissaire de l'exposition


Denis Darzacq Hyper 24 (2010) Courtesy Galerie VU', Paris

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auTrEs Publications

EurOPEaN MONTh OF photoGrAphY 2010 / 2011

MUtAtIONs III pUbLIc IMAGes — prIVAte VIews

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mois euroPéen de la PhotograPhie luxeMbourG 2009 isbn 2-9599886-8-x

http://www.issuu.com/emopmember/docs/ moisphotolux_2009_cata

mutations iii Public iMaGes – Private views

mutations ii MovinG stills

mutations i –

dans le cadre du Mois Européen de la Photographie 2010/2011

dans le cadre du Mois Européen de la Photographie 2008/2009

dans le cadre du Mois Européen de la Photographie 2006/2007

isbn 978-99959-674-0-6

isbn 978-287978074-0

isbn 978-88-6965-024-6

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CaFé-Crème asbl Directeurs paul di Felice & pierre stiwer bp 2655 l-1026 luxEMbourg tél. +352 691 44 68 56 tél. +352 691 50 78 78 bureau@cafecreme-art.lu www.cafecreme-art.lu

Catalogue du mois euroPéen de la PhotograPhie luxEMbourg 2011 conception graphique Clément bec-Karkamaz www. cbk-lab.com

En collaboration avec Paul di Felice & Pierre Stiwer

Imprimé au Luxembourg par l'Imprimerie Centrale avril 2011 isbn 978-99959-674-1-3

En CouVErTurE

aneta Grzeszykowska & Jan smaga Untitled Film Stills #3 (2006) C-print


ISBN 978-99959-674-1-3

www.emoplux.lu

Mois européen de la photo 2011 Luxembourg  

Catalogue du Mois européen de la photographie, Luxembourg 2011

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