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Luxembourg 2006

Mois europĂŠen de la photographie


Mois Européen de la Photographie

Berlin, Bratislava,Luxembourg, Paris, Vienne 2006 Rome, Moscou 2007

Mois Européen de la Photographie Luxembourg Coordination et direction générale: Paul di Felice, Pierre Stiwer ( Café-Crème asbl ) Direction de la communication : Sneja Dobrosavljevic en collaboration avec la Galerie Nei Liicht, le Centre national de l’audiovisuel et Christian Gattinoni

Nous tenons à remercier: Nadine Abel-Esslingen, Stan Berbec, Nicolas Buck, Marie-Claude Beaud, Boy Bofferding, Gabriel Boissanté, Marguy Conzemius, Philippe Dupont, Claude Frisoni, Robert Hornung, Danielle Igniti, Enrico Lunghi, Monique Kieffer, Jo Kox, Christian Mosar, Claude Moyen, Marthe Noesen, Françoise Pirovalli, Michel Polfer, Monica Portillo, Alex Reding, Marita Ruiter, Martine Schneider, Romain Schuman, Lucien Schweitzer, Edmond Thill, Gérard Tournier, Michèle Walerich ( tous Luxembourg ) Hans van Beeck ( Bruxelles ), Margherita Brancolini (Rome ), Christine Fain, Frédéric Valentin (Paris) Les artistes suivants pour un engagement particulier: Olivo Barbieri, Jacques Bosser, Christophe Clark, Nina Dick, Alain Fleischer, Eva Frapiccini, Nicolas Moulin, Jorma Puranen, Gary Schneider, Ola Kolehmainen, Elisabeth & Carine Krecké, Patrick Raynaud, Virginie Pougnaud,....l Les institutions ou galeries suivantes; Le domaine de Chamarande ( France ), la collection Lhoist ( Belgique ), Galerie Brancolini Grimaldi ( Florence ) ,Galerie Chez Valentin, Galerie Xippas ( Paris ), Galerie Hans Knoll ( Vienne ), Moscow House of Photography , Maison européenne de la photographie. Du Mois Européen de la Photographie: Anna Gianesini et Emiliano Paoletti ( Rome ) Gunda Achleitner, Berthold Ecker, Marie Gouriano, Thomas Licek ( Vienne ) Oliver Baetz, Thomas Friedrich, Kathrin Kohle ( Berlin ), Zuzanna Lapitkova, ( Bratislava), Olga Sviblova, Michael Krasnov ( Moscou ), Jean Luc Monterosso, Pascal Hoël, Carole Prat, Sophie Robnard, Barbara Wollfer ( Paris )

avec le soutien de :


Le Mois européen de la photographie - Luxembourg Présentation Le Mois européen de la photographie regroupe, au sein d’un réseau, les 7 festivals photographiques de Berlin, Bratislava, Luxembourg, Moscou, Paris, Rome et Vienne. En 2004, sous l’impulsion de la Maison européenne de la photographie et de son directeur Jean-Luc Monterosso, le Museumpädagogischer Dienst de Berlin et le département culturel de la Ville de Vienne décident de travailler ensemble pour promouvoir la photographie en Europe. Ces trois villes sont rejointes en 2005 par l’association Zone Attive pour la Ville de Rome, la Fotofo Society de Bratislava, la Maison de la Photographie de Moscou et par CaféCrème asbl pour le Luxembourg. Toutes ces institutions ou associations ont, dans le domaine de la photographie, une expérience de longue date, remontant pour la majorité d’entre elles à la fin des années soixante-dix ou au début des années quatre-vingts. Elles bénéficient également de l’appui de leur municipalité respectivement de leur Ministère de la culture. L’objectif premier était de définir des structures de collaboration et de diversifier les activités en suivant de près l’évolution de la photographie et de l’image dans son contexte contemporain sans négliger son histoire. Par ailleurs, il s’agissait d’échanger les compétences, de développer une programmation commune en co-produisant des expositions, des conférences et en favorisant la recherche académique. Dans un premier temps, les partenaires se sont engagés sur trois ans, de 2006 à 2009. De façon générale, c’est le souhait des organisateurs de convaincre tant les institutions, les professionnels, les artistes et le public au sens large, qu’il est dans l’intérêt de tous de développer des synergies en Europe pour promouvoir un art qui a déjà une longue histoire et qui est actuellement pris dans les bouleversements technologiques extraordinaires dont les retombées ne sont pas encore complètement saisies et dont il faut rendre compte. Notre association, fondée en 1984, bénéficie depuis de longues années de la reconnaissance de nombreuses institutions, musées, galeries et artistes en Europe et nous sommes fiers de pouvoir présenter le Mois européen de la photographie au Luxembourg ensemble avec nos partenaires dont certains nous soutiennent depuis longtemps. Nous tenons également à remercier les institutions publiques, les galeries privées, banques ou collectionneurs au Luxembourg qui ont spontanément répondu à notre appel et nous ont accompagnés dans la mise en place de cet événement d’envergure européenne. Sans eux, cette manifestation n’aurait pas été possible. C’est ainsi que, pour la première fois, le grand public aura accès, sur une période de quelques semaines, à une offre très diversifiée de la création dans le domaine de la photographie. Il pourra également, à l’occasion d’un déplacement cet automne / hiver à Berlin, Bratislava, Paris ou Vienne, continuer son parcours photographique en attendant le printemps où l’attendent Rome ou Moscou avec d’autres expositions et événements.

Galerie Nei Liicht Dudelange

beaumontpublic +königbloc

pour Café-Crème asbl Paul di Felice & Pierre Stiwer




Table des matières bibliothèque nationale de luxembourg

4

La photographie en image: Livres et magazines musée nationale d’histoire et d’art

8

Un tableau peut en cacher un autre O. Barbieri, Bosser, Clark&Pougnaud, C. Colvin, A. Fleischer, J. Puranen, P. Raynaud casino luxembourg, forum d’art contemporain

16

Mutation 1 Ph. Ramette, AES&F chapelle du rham

20

« Mutation 1 » N. Dick, E. Frapiccini, B. Gütschow, E&C Krecké, M. Kvetan mudam

24

Ch. Freger, V. Belin, J. Tettamanti galerie nei liicht dudelange

28

Refocusing Realities: O. Barbieri, N. Dick, N. Moulin, G. Schneider centre national de l’audiovisuel

/ fondation des architectes

32

Give me your image: B. van Manen et la collection photographique du CNA ccr abbaye de neumünster

& centre aldringen

38

Robert Hornung, « Sunflowers Roadmovie » beaumontpublic

+ königblock

42

Ellen Kooi, Pavel Wolberg galerie clairefontaine

Espace 1 « Cyber Cities »

46 Giacomo Costa, City(E)scapes Act II

Espace 2 « Reflexiones intimas » L. Velasco, C. M Diaz, E. M. M. Tamayo galerie nosbaum

& reding

50

V. Weisgerber, E, & C. Krecké, G. Biwer, R. Wagner galerie lucien schweitzer

54

Réel-Virtuel: Georges Rousse banque et caisse d’epargne de l’etat

( galerie am tunnel )

58

Histoire(s) de voir ( La collection de la banque ) arendt

& medernach

62

Une collection: B. Baltzer, Nanna H. O. Kolehmainen, Ch. Mosar, A. Puntari, St. Reusse, S. Wolf fortis banque luxembourg

Man Ray : The Photographic Image



66


Olivio Barbieri, Site Specific-Las Vegas, Courtesy BrancoliniGrimaldi di Arte Contemporanea




Bibliothèque nationale de Luxembourg La photographie en image 37, boulevard Roosevelt L-2450 Luxembourg Tél. 22 97 55 – 1 www.bnl.lu

la médiathèque

Ouverture Mardi - vendredi : 10h30 – 18h30 Samedi: 9h00-12h00 La médiathèque de la BnL offre une sélection de médias non imprimés, soit en consultation sur place soit en prêt à domicile: - une grande sélection de films de fiction en version originale par des réalisateurs classiques, comme Fellini, Fassbinder, Tarkovski, Truffaut, Satyajit Ray, Kazan, et contemporains, tels Spike Lee, Kusturica, Wong Kar Wai, Almodovar, Lars von Trier; des pièces de théâtre d’Ibsen, Beckett, Arthur Miller, Brecht etc., ainsi que des mises en scène de

pièces d’auteurs classiques comme Molière, Shakespeare, Goethe ou Pirandello - des films documentaires en provenance du monde entier et recouvrant toutes les disciplines : sciences pures, sciences humaines, photographie, peinture, architecture, géographie … En plus, des inédits tels les documentaires de Jean Rouch, Depardon, Wiseman, Michael Moore ainsi que des documentaires sur des personnalités comme Leonard Bernstein, Claude Levi-Strauss, Béjart, Bacon, Sartre etc. 

des zones livresques d’expérimentation temporaire

9.10 - 18.11. 2006

La revue a toujours été dans l’art moderne et contemporain, comme dans l’Histoire de la photographie un espace temporaire de débats et d’expériences au service de la création d’une époque, contre ses présupposés et ses académismes. Souvent limitées dans leur production comme dans leur diffusion, les revues visent une approche qualitative. L’influence de ce ces publications se voit donc liée à leur exigence et à leur originalité et non pas à leur audience qui peut rester élitiste. Une étude quelque peu rétrospective de leur action dans la création contemporaine ne peut que réévaluer leur importance. l’ère des militantismes

Au temps des pictorialistes les revues des cercles amateurs européens diffusent les images à côté des Salons et expositions. A l’époque moderne elles sont intimement proches de l’aventure des avant-gardes, dadaïsme, surréalisme, lettrisme leur donnent les formes théoriques et expérimentales les plus audacieuses. Ainsi le mouvement d’André Breton est indissoluble de l’action de Littérature (1919-1924), de la « Révolution surréaliste » (1925-1929) et enfin de « Le surréalisme au service de la révolution » (1929-1933).Et entre les deux guerres la presse illustrée fait l’apologie auprès du plus grand public de la Nouvelle Vision . Comme l’écrit Alain Fleig dans « Naissance de la photographie comme média » : « Les rédactions des agences et des grands magazines parisiens sont de véritables creusets où l’art, la société et l’histoire en train de se faire bouillonnent dans une ambiance des plus cosmopolites où frontières et langues semblent ne plus créer d’obstacles. » Ainsi à partir de 1928 « Vu » de Lucien Vogel, « Jazz » de Carlo Rim mais aussi les suppléments annuels de « Arts et métiers graphiques » (1930-1939) mais encore des supports plus inattendus comme « La revue du Médecin » ou « Art et Médecine » développent ces nouvelles créations. Si aujourd’hui la situation est plus complexe et le rôle des revues amoindri, on constate des situations qui trouve leur origine dans ces périodes modernes.


un partage graphique

Au début des années 70 toute une génération se forge avec « Zoom » une culture visuelle à caractère international qui ouvre pareillement sur les champs du graphisme et de la photographie. Il s’agit d’une revue de grand format qui regroupe, études courtes, critiques d’ouvrages et dont le corps principal est constitué de portfolios . Cette tradition ne s’est pas prolongée, du fait que la défense du photographique dans ses nouvelles formes à suscité dès les années 80 une spécialisation des publications. Le modèle économique est alors celui des grands groupes éditoriaux qui verront la publication de « Photo Magazine », « Newsreporter » et « Photo » la seule à rester active aujourd’hui. Leur vocation est de toucher un très grand public. L’outsider de l’époque est « Contrejour » qui défend la jeune création, française et européenne. Une revue plus spécialisée comme Etapes Graphiques n’a pas négligé la présence de la photographie et s’est d’ailleurs renommée « Etapes » pour marquer son ouverture. Le premier numéro de Aman Iman, co-publié par Filigranes, en 2005 semble renouer à part égale les liens photographisme en abordant le thème des « Appartenances » aussi bien par des projets images que par des portfolio mixtes à l’initiative de deux créateurs, graphiste et artiste. Ce premier ensemble paraît prouver que la photographie a d’abord revendiqué sa proximité aux arts graphiques, avant d’affirmer sa spécificité, puis d’accepter les champs de recherche communs.

- un fonds de documents sonores parlés comprenant des œuvres classiques de la littérature mondiale, des témoignages d’acteurs éminents de l’histoire du XXe siècle ainsi que des biographies et des interviews de personnalités hors du commun du monde politique et artistique, des méthodes audiovisuelles d’apprentissage des langues et un choix de cassettes et CD de musique luxembourgeoise. Dans son coin de lecture, la médiathèque offre une sélection de livres de photographie et de cinéma en rapport avec l’actualité.

la reconnaissance comme arts plastiques

A partir du cent cinquantième anniversaire de la naissance de la photographie en 1989, le mouvement de reconnaissance de la photographie comme art à part entière, entamée dans la décennie précédente, se matérialise dans tous les domaines, institutions, marché de l’art, édition. De nombreuses revues d’art engagent des critiques spécialisés Régis Durand ou Dominique Baqué pour Art Press, Natcha Wolinski pour Beaux Arts ou plus récemment Damien Sausset pour l’Oeil. Travaillant sur le mode de l’article d’humeur, de l’exposé thématique ou de la monographie illustrée. Les grandes occasions comme le Mois de la Photo où le Salon Paris Photo donnent lieu à des bilans qui contribuent à établir la photographie comme un art non seulement reconnu, mais bientôt, au début des an


nées 2000, un art officiel. Les grands courants européens et internationaux et leurs suiveurs français sont systématiquement mis en avant. Les écoles comme Dusseldorf avec les Becher ou celle de Vancouver autour de Jeff Wall y sont systématiquement publiés. Ces revues relaient aussi les tenants de l’école française appelée après Jean François Chevrier « Une autre objectivité ». Par ailleurs ces publications se dotent de numéros spéciaux dirigés par un des membres de l’équipe et faisant appel à de nombreux spécialistes, ce fut le cas à plusieurs reprises d’Art Press dont en 90 le numéro sur «  l’intime et le public » et plus récemment de Beaux Arts avec en 2005 « Qu’est ce que la photographie aujourd’hui ».Une revue pour les amateurs comme « Réponses Photo, elle aussi dépendant d’un grand groupe récemment racheté par Berlusconi n’hésite pas non plus à publier d’importants dossiers sur la création contemporaine. Depuis près de deux ans « Connaissance des arts » publie même un trimestriel « Spécial photographie » avec une rédaction indépendante. Cette reconnaissance peut se faire à l’échelle de tout un continent avec la « Revue noire » qui a diffusé et publié aussi en ouvrages les créations visuelles et plastiques issues des artistes africains. Elle a relayé aussi l’action dans le domaine photo des « Rencontres de Bamako qui ont montré la vitalité et l’originalité de ces pays neufs. Dans le cadre d’une reconnaissance internationale , mais dans une grande ouverture théorique, la revue « Dits » émanation du Musée d’Art Contemporain le Grand Hornu en Belgique développe une réflexion active avec des collaborations photographiques originales. Sous titrée « Petites pièces traitant d’un sujet familier ou d’actualité » Dits travaille par thèmes « Rock » ou « L’hybride » . Dans « Violences » elle réunit ainsi dans une iconographie riche et variée, les images ambigües de Patrick Everaert à côté des éléments d’archives reconstituées par l’Atlas Group de Whalid Raad, en contrepoint des mises en scènes au glamour morbide de Izima Kaoru pour ses « Belles à mort ». Revenant sur l’éditorial de 1990 de Régis Durand nous pouvons y lire : « Ni bilan historique, ni simple aperçu de la création contemporaine, ce numéro souhaite plutôt faire un double constat.(…) Et sans doute ne pouvait il qu’en être ainsi, puisque nous ne faisons que figer un instant une situation mouvante. ». ce caractère momentané concerne pareillement toutes les revues. des galeries temporaires

De nombreuses publications européennes à partir des années 80 , conscientes que la diversité des pratiques plas


Café-Crème Magazine Café-Crème Magazine, fondé en 1984 au Luxembourg, est resté, jusqu’à sa disparition en 1997, la seule publication luxembourgeoise consacrée exclusivement à la photographie et aux manifestations contemporaines des arts plastiques utilisant des supports visuels. A ses origines, Café-Crème Magazine a été un support glamour dans la veine des coffee-table  magazines accordant autant de place à une publicité savante et visuellement forte qu’au contenu proprement dit. Mais dès la deuxième année, le magazine sut accompagner les manifestations les plus contemporaines de la photographie en publiant des numéros sur New York, Barcelone, Rome et sa jeune création ( textes en français et anglais). Ainsi furent publiés, dès le milieu des années 80, des noms aussi connus aujourd’hui que Mapplethorpe et Prince du côté américain, Struth et Gursky pour l’Allemagne, Fleischer et Raynaud pour la France, Xavier Vallhonrat ou encore Oukelele pour l’Espagne, Gioli pour l’Italie. De parution irrégulière, le magazine eut, malgré des difficultés considérables dans la distribution d’un support resté confidentiel et connu essentiellement par le public expert des galeries et des musées, une diffusion internationale pendant plus de 10 ans dans les librairies spécialisées d’Amsterdam à San Francisco. Reconnu pour la qualité de sa mise en page et son choix judicieux d’artistes-photographes innovateurs, le magazine est resté dans la mémoire comme un support ayant joué un rôle important dans l’instauration de la photographie comme pratique des arts plastiques. Ayant toujours bénéficié de la reconnaissance de ses pairs, le magazine est considéré aujourd’hui comme support historique incontournable de langue française dans le domaine de la photographie. Il a été retenu récemment parmi les revues photos importantes des années 80 du monde francophone et a figuré dans l’exposition « En français sous l’image » à l’Espace Electra de Paris. Les fondateurs de la revue ont organisé en 1997 l’exposition «The 90’s, A Family of Man ? » au Casino Luxembourg, Forum d’art contemporain; ils continuent actuellement leur activité éditoriale en publiant des catalogues d’exposition.

Café-crème Magazine a été fondé en 1984 par Paul Bretz, Paul di Felice et Pierre Stiwer. Après le départ de Paul Bretz , l’équipe fut complétée par Robert Theisen dès 1986.




ticiennes, co-existant avec de nouvelles lectures des pratiques plus spécifiques ne sont pas encore assez relayées par le monde du livre et par les centres d’art, choisissent l’outil éditorial de la réunion de portfolios. Il s’agit d’Aperture aux Etats Unis , de Camera Austria, ou Eikon en Autriche, de Photofiction en Espagne, et de European Photography en Allemagne. On peut y ajouter récemment NextLevel en Grande Bretagne, Portfolio en Ecosse, Eyemazing aux Pays Bas ou Images de l’association Objectif Image et Photos Nouvelles en France. Elles n’échappent pas toujours à l’influence de la mode et des groupes de pression idéologique, dans une sorte d’effet d’époque. Mais l’ensemble de leurs parutions constitue des ensembles d’une vraie cohérence. European Photography parie sur des directions thématiques , « La nouvelle photo chinoise », « Qu’est ce que la photo concrète » ou « Le document entre fait et fiction ». Si le dernier numéro publie comme tant de revues d’art les vues chinoises grand format d’Edward Burtinsky, elle contrebalance la majesté de ces prises par un dialogue avec celles intimes et sensuelles de la japonaise Aoi Sora, ses portraits nus contredisant l’esthétique froide et désincarnée des « jeunes filles à la caméra » mise en place par Hiromix à partir des années 90. Une ouverture semblable se manifeste au sein de Photos Nouvelles qui met en valeur aussi bien les productions des récents collectifs de jeunes créateurs comme Tendance Floue ou le Bar Floréal, les nouveaux documentaristes et photoreporters que les tenants d’une poésie visuelle du quotidien. des zones théoriques temporaires

Dans un petit ouvrage important pour la pensée sociale de la création contemporaine « TAZ zone autonome temporaire » Ed. L’Eclat 1997 Rachid Bey affirme « Nous recherchons des espaces (géographiques, sociaux, culturels, imaginaires) capables de s’épanouir en zones autonomes et des espaces-temps durant lesquels ces zones sont relativement ouvertes ». Dans le domaine d’une critique spécifique « Les cahiers de la photographie » autour de Gilles Mora tentent de copier leur grand frère du cinéma pour aborder une réflexion tout à fait radicale, les illustrations y sont moins importantes que le texte pour la fondation d’une pensée du médium.Au début des années 90 deux revues se disputent ce champ théorique.Elles sont le fait d’une initiative individuelle relayée par institution. Le premier Jean François Chevrier réussit à convaincre le Ministère de la Culture du financement d’une publication régulière, historique et critique « Photographie ». André Rouillé, assisté de Emmanuel Hermange emporte l’adhésion de Jean Luc Monterosso et de la future Maison Européenne de la 

photo pour sponsoriser « la recherche photographique ». L’ensemble de leurs parutions ont constitué un corpus irremplaçable sur les sources historiques de la contemporanéité comme sur la création vivante. Cette tradition a été reprise par « Etudes photographiques » organe de la Société Française de Photographie, qui à côté de son Bulletin fait les liens entre histoire du medium et actualité. Le mode opératoire de telles publications entre livre et projet personnel se veut transversal dans une action dialectique. Elle rejoint les initiatives d’autres disciplines de la pensée humaine, sociologie, sémiotique, philosophie qui prennent momentanément un corpus ou une orientation photographique comme objet de leur propre avancée. Ainsi « Horizons philosophiques » consacre son n° 1 volume II à l’interrogation sur « L’amodernité de la photographie » qui mêle des approches aussi étonnantes que celle de l’internationale de la pauvreté  Sebastiaô Salgado avec celle de Ludwig Wittgenstein. « Communications », publie son numéro 71 en 2001 (Edition du Seuil) sur le thème « Le parti pris du document » un des champs importants de la recherche actuelle. Quant à « Visio », la revue de l’association Internationale de sémiotique visuelle,elle s’engage dans son n° 1 de 1999 à explorer la « Post photographie ». Une nouvelle discipline se développe depuis 10 ans grâce à Régis Debray et son équipe éditoriale, avec entre autres Daniel Bougnoux ou Louise Merzeau, des « Cahiers de médiologie ». Ils entretiennent des réflexions aussi diverses que « Qu’est ce qu’une route » ou « La querelle du spectacle ». Ces préoccupations particulières à caractère scientifique rejoignent les interrogations de la critique d’art contemporaine telle que les développe par exemple la revue canadienne « ETC Montréal ». Ses avancées se font dans des domaines très divers ainsi dans « Entre flux et excès, la fable contrariée », on trouve des études abondamment imagées d’œuvres d’Alain Fleischer, Sophie Calle mais aussi Tony Hoursler ou Ann Hamilton. Ils exploitent aussi l’évolution du médium dans « Du pigment au pixel, l’image revisitée ». Dans le numéro de l’été 2006 les « Chantiers s’appuient sur les projets iconiques de la canadienne Karen Linke, mais aussi sur ceux des français Stéphane Couturier ou Claire Chevrier. des corpus livresques

Explorant les effets d’archive certaines publications constituent des corpus dont l’homogénéité n’est pas toujours immédiatement lisible. L’une des plus exemplaires au début des années 90 est « L’Observatoire » créé à Marseille par Laurent Malone et Francine Zubeil. Le numéro 1 s’intitulait


« Point zéro » il accueillait des collaborations aussi diverses que celle de Claude Lévèque, Tom Drahos et Corine Mercadier. Ils développent ensuite une réflexion originale sur des thématiques comme « Les lieux du passage », « Pas d’original » ou « La fondation anon ». L’ensemble des cahiers se constituent avec très peu de texte comme des corpus autonomes qui développent une pensée de l’image. Sur le même modèle « L’inventaire », à parution irrégulière entre 1993 et 2005 , crée des ensembles qui constituent ces zones temporaires , dans leur texte introductif de ce premier numéro ils en théorisent ainsi la construction : « La photographie documentaire, à partir de la réalité anonyme dont elle se nourrit peut générer un espace public existant en dehors des adiscours fonctionnalistes sociaux ou politiques et instaurer l’image mentale d’une ville contemporaine. Sa forme reste alors à être investie et redéfinie. ». La réflexion sur l’image anonyme qui a nourri des œuvres comme celle de Joachim Schmid, a suscité des publications souvent sans aucune indication textuelle qui ont trouvé un aboutissement dans la revue de Maurizio Cattelan « Permanent food ».publiée par les Presses du réel qui regroupe des images de provenance, d’époque et de statut très différents qui constituent notre imaginaire mental dans une société du tout-à-l’image en une sorte de digest des magazines du monde entier.

des zones de chantiers créatifs

Dans l’exposition du Centre Georges Pompidou sur Los Angeles « 1945-1965 » on était accueilli par les œuvres trop méconnues de Wallace Bermann, une vitrine présentait divers numéros de sa revue « Sémina » (1955-1964). Elle recueillait dans une sorte de couverture des documents, des images sans légende, des collages de diverses tailles qui se voulaient comme les pièces d’un dossier à reconstituer par le lecteur. Cela correspond bien entendu à cette théorie de l’œuvre ouverte, du work in progress qui trouve dans l’espace revue une finalisation momentanée. Les responsables rochelais de la revue Orbe construisent chaque numéro en étroite collaboration avec un artiste qui s’approprie l’espace , la matière du papier, la couverture pour un projet éditorial proche du livre d’artiste. Une collaboration semblable est mise en place par l’agence d’événements culturels Mouvement Arts Plastique avec sa revue pliée MAP qui donne un espace au projet personnel d’un artiste. Une publication irrégulière de grand format fait de même depuis 1991 sous l’intitulé « L’insensé » en rendant compte par de nombreux portfolios d’une situation

géographique nationale en cours, le Japon ou la Hollande ont été ainsi explorés via leurs créateurs les plus radicaux. Cette idée de la revue comme chantier en lien à une action de réflexion et de création a été portée à son apogée par Jean-François Chevrier , ses invités artistes et ses étudiants pour son séminaire de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Art de Paris. La publication étagée sur plus d’un an et quatre numéro a suivi l’évolution de cette recherche à propos « des territoires en revue ». Elle a été réunie dans un emboitage pour trouver un autre marché de diffusion. De même le caractère temporaire d’une revue aussi radicale et essentielle que « Provoke » pour la reconnaissance de la recherche photographique au Japon a trouvé un nouveau destin commercial en 2001 grâce aux éditions Steidl avec « The japanese box : provoke n°1 ». .D’autres écoles d’art se sont dotées d’un outil de communication régulier, ainsi l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles coproduit depuis 2005 avec Actes Sud une revue annuelle au format livre « Inframince » qui garde un juste équilibre entre portfolios et textes théoriques, dont un certain nombre sont traduits pour la première fois en français. Les numéros à venir questionnent les champs de l’existence de l’image avec « Un , personne et cent mille » et le prochain numéro se demande comment « Voir avec son temps ». Un programme que pourrait revendiquer toutes les publications abordées dans ce court panorama qui permet de comprendre comment les revues de photographie demeurent aujourd’hui le sismographe de la création contemporaine et de la pensée de l’image, elles pallient leur caractère apparemment limité dans le temps et l’espace par la création et la défense de zones livresques d’expérimentation temporaire qui restent irremplaçables. Christian Gattinoni




Musée national d’histoire et d’art

Un tableau peut en cacher un autre Positions « photographiques » sur le thème de la peinture

Tél. : +352 47 93 30-1 Fax : 47 93 30-271 musee@mnha.etat.lu www.mnha.public.lu

14.10 - 26.11. 2006

Heures d’ouverture : mardi-dim.10h00 à 18h00 jeudi 10h00 à 20h00 fermé le lundi

pougnaud, patrick raynaud

exposition avec le soutien de: Istituto italiano di cultura & Fortis Banque

les fonds photographiques

Les fonds photographiques principaux du MNHA sont constitués par le fonds historique (de 1860 à 1939) et le fonds documentaire (de 1940 à nos jours). Chacun de ces fonds se compose de plusieurs collections. L’essentiel du fonds historique est constitué par : - des vues du Grand-Duché : Luxembourg ville (la forteresse, les bâtiments, les rues, etc.) et les autres centres habités du Grand-Duché - des portraits : ce sont des tirages sur papier et quelques exemples de daguerréotype - des albums : il s’agit de souvenirs de voyages, de campagnes militaires, etc. - des diapositives en noir et blanc et de négatifs sur plaque de verre Le fonds documentaire regroupe essentiellement des inventaires photographiques. Ce fonds est constitué par : des vues du Grand-Duché; des photographies de fouilles archéologiques; 10

olivo barbieri, jacques bosser, calum colvin, alain fleischer, jorma puranen, clark

&

Commissaires : Paul di Felice, Pierre Stiwer

La question de dématérialisation de l’oeuvre et de la représentation dans la photographie plasticienne depuis le début des années 80 est au centre de la recherche de la génération d’artistes qui a utilisé le médium photographique à la fois comme démarche conceptuelle et comme œuvre « auratique.» Si « l’après peinture » est marquée par le questionnement ontologique de l’œuvre, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre d’artistes se sont servis de la chambre photographique pour explorer les qualités du tableau photographique en utilisant et en détournant les modèles de l’histoire de l’art. Cette recherche ne se limite pas à imiter la peinture ou à réaliser des photographies « d’après peinture ». Au contraire, la démarche pratiquée, avec beaucoup de succès, depuis vingt ans par de grands artistes contemporains travaillant l’image photographique, met en scène une approche complexe qui « re-contextualise » les différentes représentations historiques, artistiques et culturelles. Des « Museumsbilder » de Thomas Struth dont trois œuvres font partie de la collection du MUDAM au grand

Alain Fleischer, Fenêtre sur Cour, courtesy Maison européenne de la photographie, Paris

Marché-aux-Poissons L - 2345 Luxembourg


11


« Untitled VI » de Gursky, représentant un tableau de Pollock, les exemples sont nombreux où les artistes de la génération de «l ’école des Becher » utilisent le dispositif performant de la reproduction mécanique pour exalter l’esthétique de la peinture à travers une espèce de « fétichisme photographique ». L’Italien Olivo Barbieri montre très bien dans sa série intitulée “Paintings” l’ambiguïté du propos. En choisissant ce titre équivoque en confrontation avec la photographie, il détermine bien l’objet photographié mais en même temps il pose le problème de l’œuvre en terme ontologique. Le travail photographique en jouant sur la mise au point et le flou met à l’épreuve les qualités esthétiques des grands maîtres pour en révéler de nouvelles sensations chromatiques et formelles. Comme chez Barbieri, les œuvres photographiques de Jorma Puranen de la série « shadows » créent la surprise chez le spectateur par le dépaysement et la distanciation de l’image. Plutôt que de reproduire un tableau de maître, Jorma Puranen met en avant la complexité de la perception jusqu’à faire disparaître par un travail purement photographique le portrait pictural. L’idée de conservation, de pérennité et de transport de l’œuvre domine dans les pièces de Patrick Raynaud des années 80. Ses « flight cases » simulant le transport d’œuvres en se transformant en caisson lumineux sont à la fois un hommage aux grands peintres du 19e siècle qui accompagnent le début de la photographie et une appropriation critique qui relativise l’aura du tableau. Très différent est le travail d’Alain Fleischer qui dans une série photographique intitulée Fenêtre sur cour (1990) juxtapose ingénieusement l’espace privé aseptisé d’intérieur banal et le corps exhibé de la Grande Odalisque d’Ingres projeté sur

Calum Colvin, Narcissus, 1987, collection privée

Jorma Puranen, Shadows, Reflections and all that sort of Thing, n°16, collect. privée

l’inventaire des objets des différentes sections du MNHA; La collection de photos d’art regroupe des photographies d’Edward Steichen : 148 tirages offerts au MNHA en 1985 par la George Eastman House, International Museum of Photography and Film, Rochester et Madame Joanna Steichen. Les sujets représentent principalement des portraits de célébrités, à côté de natures mortes et de paysages. La collection comporte également des artistes luxembourgeois et étrangers comme Andres Serrano , Mikka Heinonen, Christian Mosar, Bert Theis, Roger Wagner, etc..

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Jorma Puranen, Shadows, Reflections and all that sort of Thing, n°20, collection privée, Luxembourg

8

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Jacques Bosser, Onoe, 120x120cm

Jacques Bosser, Kayaga


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Olivio Barbieri, Tavola VI, 120x150cm, edition of 6, BrancoliniGrimaldi- Arte Contemporanea


les murs d’une cour. L’effet est saisissant avec des images aux lumières bleutées qui viennent perturber la relation entre espaces intérieur et extérieur, entre réalité quotidienne et illusion. En empruntant à la peinture et au cinema des fragments d’images, Alain Fleischer met en scène la culture de l’image en l’interrogeant constamment. La culture japonaise du Kabuki, mais aussi la tradition picturale d’un Hokusai, apparaît dans les portraits de Jacques Bosser. Le modèle Sue Tilley, qu’on associe à Lucian Freud et à la scène londonienne, devient ici le sujet et le support d’un tableau photographique qui en cache d’autres. Plusieurs degrés de lecture se superposent dans ces photographies où le photographe se découvre aussi peintre. Chez Calum Colvin, la magie de la peinture investit tout le processus photographique. Il pose son trépied devant un ensemble d’objets trouvés sur lesquels il peint des figures mythologiques qui ne s’assemblent que grâce à la perspective de la caméra. Ainsi le corps de son « Narcisse » se prolonge au-delà de la table sur les papiers peints du mur de fond et n’est visible réellement qu’à travers la trace photographique. Le couple Clark&Pougnaud, un photographe et un peintre, quant à eux, travaillent ensemble la photographie mise en scène en intégrant de véritables personnages “solitaires” dans des décors virtuels souvent inspirés d’Edward Hopper. Conçue en tant que participation au « Mois européen de la photographie » l’exposition « Un tableau peut en cacher un autre » au MNHA regroupe une sélection non exhaustive d’œuvres des deux dernières décennies. Elle s’articule autour des problématiques qui se fondent sur la spécificité photographique et sur la notion d’œuvre. Ces quelques exemples singuliers sur le thème de la peinture et sur le « photographique » montrent aussi comment certaines de ces positions ont déterminé la place qu’occupe la photographie au sein de l’art contemporain. Paul di Felice

P. Raynaud, Manet’s suit-case: Le fifre, 1990 Dimensions (fermé): 170x110x8Ocm. Flight-case, cibachrome, plexiglass, tubes fluorescents - Collection Christine Fain , Paris P. Raynaud, Monet’s tub n°3, 1991 Dimensions diamètre 73xH43cm Tôle galvanisé, cibachrome sous plexiglass (Diasec) tubes fluorescents - Collection de l’artiste.

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Clark&Pougnaud, Kathy, 142 X 180 cm ĂŠpaisseur 8 cm Clark&Pougnaud, Corinne


Casino Luxembourg, Forum d’art contemporain

Mutations 1

e-mail: info@casino-luxembourg.lu www.casino-luxembourg.lu

14.10 - 19.11.2006

Ouvert tous les jours de 11h00 – 19h00, le jeudi de 11h00 – 20h00, sam. et dim. 11h00 – 18h00 fermé le mardi et le 1er novembre

Commissaires: Mois Européen de la photo

La photographie est utilisée ou associée, d’une manière ou d’une autre, à la plupart des pratiques artistiques contemporaines. Ainsi, elle est régulièrement présente dans les projets du Casino Luxembourg depuis ses débuts, dans des expositions de groupe (Jeff Wall dans Arrêts sur images, Louise Lawler dans Open House, Lucinda Devlin dans Power...) ou des monographies (Sam Samore, Marc Trivier, Michael Light, Zbigniew Libera...). Des expositions thématiques ont également exploré les dimensions plasticiennes ou critiques de la photographie ainsi que ses liens avec la peinture (Photopeintries en 1996, The Nineties : A Family of Man ? en 1997, Veronica’s Revenge en 1999...), sans compter les présentations de démarches artistiques où la photographie intervient de manière fondamentale (Didier Bay, Jim Shaw, Jacques Charlier...). Enrico Lunghi

avec le soutien de

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philippe ramette, groupe aesf

&f

Dans le cadre du Mois européen de la Photographie (Paris, Berlin, Vienne, Rome, Bratislava, Moscou et Luxembourg) le Casino Luxembourg présente les œuvres du Français Philippe Ramette et du collectif russe AES&F. Cette sélection fait partie d’un choix commun des divers commissaires d’exposition d’artistes représentant les sept capitales européennes. Les oeuvres des autres artistes sélectionnés sont exposées à la Chapelle du  Rham.  (B.  Gütschow,   Berlin, M.Kvetan, Bratislava, C.&E. Krecké, Luxembourg, E. Frapiccini, Rome, N.Dick, Vienne). Sous le titre de « Mutation 1» chaque ville propose une sélection d’œuvres différentes à partir des sept lauréats qui posent les questions du paradigme de la photographie à travers des attitudes « photographiques » et des démarches qui s’émancipent des règles préétablies et qui s’ouvrent à toutes sortes de pratiques liées à l’image. De la photographie, les tendances actuelles gardent l’attitude, la démarche, le processus ou les moyens plastiques. Mais la photographie aujourd’hui joue de la lumière inscrite chimiquement ou recréée chiffre à chiffre sur une surface sensible.Elle intervient comme marquage dans le flux temporel, mais s’est débarrassé

Philippe Ramette, Balcon 2, Hong-Kong

41, rue Notre-Dame L-2013 Luxembourg Tél. (+352) 22 50 45 Fax. (+352) 22 95 95

de son fardeau de représentation. Le thème de mutation est aussi fortement lié à la question de la post-photographie qui se veut aussi quitte des effets séduisants des logiciels que du devoir de rendre décisifs des instants électifs. C’est certainement le cas du groupe moscovite AES&F (Tatiana Arzamasova, Lev Evzovich, Evgeny Svyatsky et Vladimir Fridkes) qui présente des photographies de très grand format sur lesquelles des enfants habillés en blanc, au regard figé, dominent la scène dans une attitude « fashion-fascistoïde ». Leur apparence immaculée, entre ange et mutant, est en décalage avec leurs gestes manipulant des armes qui dépassent largement le registre des jouets d’enfants. La séduction de l’apparente beauté de l’image est en décalage avec la représentation dichotomique.


Philippe Ramette, Hommage Ă la Mafia courtesy Galerie Xippas, Paris

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D’autres contradictions de notre monde actuel, où le réel et le virtuel se côtoient en permanence, l’artiste français Philippe Ramette les développe à travers un travail de sculpteur et de photographe autour de la notion d’apesanteur. Impliqué personnellement dans chacune de ses photographies-actions, il invente des objets, des dispositifs et des situations à partir desquelles il questionne nos schèmes de pensée et de perception. A contre-courant des tendances digitales ses photographies analogues deviennent le prétexte à toutes expérimentations physiques et mises à l’épreuve de l’artiste dans des situations extrêmes. Ces mises en scène de son propre corps et de ses objets fabriqués à cette occasion, malgré l’intervention réelle vérifiable, sèment toujours le doute chez le spectateur non averti. L’interrogation d’un réel réinterprété et « photographiquement » décliné se fait dans l’ensemble des propositions choisies pour illustrer cette première édition de mutation. Les artistes envisagés ne se veulent d’aucune école, leur rapprochement tente de montrer ce que le caractère singulier de leur démarche peut dessiner comme prospective artistique de l’image contemporaine.

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courtesy Moscow House of Photography série: Action Half Life 3

série: Action Half Life 3; courtesy Moscow House of Photography, Galerie Knoll Vienna

Paul di Felice


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Chapelle du Rham 2eme partie de l’exposition au casino luxembourg, forum d’art contemporain Plateau du Rham Rue de Trèves / montée du Rham Luxembourg – Cents L-2427 Luxembourg dans l’enceinte de la CIPA

Mutations 1 14.10 - 19.11. 2006 nina dick, eva frapiccini, beate gütschow, elisabeth

& carine krecké, marek kvetan Commissaires : Mois européen de la photographie / Paul di Felice & Pierre Stiwer

pour toute information, s’adresser au: Casino Luxembourg, Forum d’Art Contemporain Tél.: +352 22 50 45 e-mail: info@casino-luxembourg.lu

Avec l’apparition des nouvelles technologies, les jeunes artistes d’aujourd’hui réagissent singulièrement à la prolifération des moyens de travailler l’image en utilisant l’analogue et le numérique à travers toute sorte d’outil « photographique » sans privilégier le grand format et en s’ouvrant à d’autres pratiques de l’image comme la vidéo, et les installations. Ces « mutations » apparaissent autant dans les thèmes abordés que dans la manière de les exprimer. Ces nouvelles attitudes dans le processus artistique libèrent le photographe d’une catégorisation trop technologique et ouvrent de nouvelles perspectives critiques dans la construction de l’image contemporaine. L’artiste viennoise Nina Dick procède par une démarche conceptuelle qui explore „visuellement“ les notions de „compression“ et de „cartographie“ aussi bien rationellement que physiquement en analysant l’espace urbain mathématiquement et en l’expérimentant avec son propre corps. Ses photographies, ses vidéos, ses dessins et ses installations sont des interventions critiques et poétiques sur le flux d’informations véhiculées à travers les médias sur le thème de l’espace urbain et du paysage. Proche dans la conceptualisation du travail de Nina Dick le Slovaque Marek Kvetán utilise aussi la compression d’images en partant de différents films de

Elisabeth & Carine Krecké, Ludwig

Heures d’ouverture: Ouvert tous les jours de 13:30-18:30 samedi et dimanche de fermé le mardi, le 1er novembre

Exposition présentée sous le haut patronage de : Bertrand DELANOË, Maire de Paris, Andrej ĎURKOVSKY, Maire de Bratislava, Michael HÄUPL, Maire et Gouverneur de Vienne, Youri LOUJKOV, Maire de Moscou, Octavie MODERT, Secrétaire d’Etat à la Culture, à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche du Luxembourg, Walter VELTRONI, Maire de Rome, Klaus WOWEREIT, Maire et Gouverneur de Berlin.

avec le soutien de

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culte qu’il réduit à une seule image fixe et qu’il présente sous forme de grand tirage photographique. Ainsi ces photographies qui contiennent une masse d’informations semblent réduites à des compositions verticales et horizontales abstraites qui rendent


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Beate G端tschow, LS 7


Eva Frapiccini, Muri di piombo

l’analyse hermétique. Dans la série „Muri di piombo“ la jeune Italienne Eva Frapiccini fixe des lieux de mémoire qui, dans la prise de vue contemporaine, ne révèlent plus aucun signe de l’évènement historique. Comme chez Nina Dick, mais dans un autre registre, les informations sont réduites à tel point que l’image semble s’évider du vrai contenu. Le titre qui est un jeu de mot sur les années de plomb en Italie nous indique la piste du sujet qui est la perte des traces concernant ces actes de terrorisme dans les années 70. Les photographies, silencieuses et impuissantes, deviennent elle-mêmes des murs de plombs. Avec ses « collages électroniques » subtiles de paysage mi-fictif, mi-réel, Beate Gütschow montre à sa façon comment selon Leonardo da Vinci « le paysage est une chose mentale ». Plus qu’un enregistrement la photographie devient une construction de la réalité, et finalement quand on voit les grands tirages de cette artiste on se demande si justement le paysage n’est rien d’autre que cette nouvelle réalité subtilement assemblée. Un autre type de jonction entre réalité et fiction nous est donné par les sœurs jumelles Carine & Elisabeth Krecké qui fabriquent des images à caractère photographique mais sans utiliser les moyens du photographe. La démarche, combinant dessin au crayon et traitement numérique n’a rien de « photographique » au sens premier du terme: il n’y a pas de prise de vue, pas d’utilisation d’un procédé photographique et même pas de modèle photographique comme point de départ. Les personnages stéréotypés et glamour inspirés des scénarios de films faisant référence au mythe hollywoodien sont de pures inventions. Produites à partir de diverses étapes de « mutations », leurs images hybrides font éclater nos schémas de représentation et de perception et interpellent notre mémoire visuelle. Ce sont probablement ces aspects post-photographiques de la distanciation représentative qui marquent le tournant de la photographie du début de ce nouveau millénaire. Paul di Felice

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Marek Kvetan, Vidoc 05

Nina Dick, Brache

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MUDAM

« pour bien regarder, il ne faut pas trop voir » régis debray 3, Parc Dräi Eechelen L-1499 Luxembourg Tél. +352 45 37 85 1 info@mudam.lu / www.mudam.lu Ouv. ts les jours de 11:00 à 18:00 nocturne le mercredi jusqu’à 20:00 fermé le mardi

Convoquer le regard de trois photographes étrangers pour dresser un portrait du Luxembourg – fût-il parcellaire – dans le cadre de l’ouverture du Mudam en juillet dernier ne consistait pas en une simple commande. Au-delà des qualités plastiques et de la pertinence des travaux qu’ont fournis Valérie Belin, Charles Fréger et Joël Tettamanti, il s’agissait surtout de provoquer la rencontre entre l’artiste et ses sujets, d’éprouver le territoire grandducal dans ses particularités géographiques, sociales, linguistiques et communautaires qui lui confèrent ce statut tout à fait passionnant de microcosme singulier, champ d’étude rêvé de l’artiste. Ainsi, tous trois sont passés par une phase d’immersion – parfois longue –, mais indispensable pour mieux appréhender ce contexte. En mettant en place ce projet, nous étions convaincus d’apporter notre pierre à l’édifice auquel travaillent déjà depuis de nombreuses années la Galerie Nei Liicht, Café-Crème et le CNA. Il consiste en effet à proposer au Luxembourg un fonds hétéroclite d’images rendant compte de réalités à la fois communes à nos voisins européens – et plus largement à un monde globalisé, mais qui dans le même temps revêtent ici, au Luxembourg, des formes tout à fait originales. 26

Regards distanciés sur le Luxembourg exposition

14.10 - 20.11 ( valérie belin, joël tattamanti )

les expériences photographiques de valérie belin, charles fréger et joël tattamanti

Le choix porté sur trois photographes contemporains pour le projet « Portraits du Luxembourg » que le Mudam a initié en 2002, semble au premier abord plutôt fortuit. Néanmoins le résultat de ces études frappe par la complémentarité et la cohérence des démarches. En effet, malgré leurs différences stylistiques, toutes les œuvres de cette commande répondent à un travail de conceptualisation autour des notions de réel et d’apparence. A l’opposé de l’immédiateté de ce qu’on a tendance à appeler la photographie documentaire, ces images montrent plutôt le processus de déconstructionreconstruction avec lequel les artistes réussissent une espèce d’extraction du réel que chacun remet en scène selon ses propres dispositifs stylistiques. Dans la série des portraits de jeunes Luxembourgeois de Charles Fréger comme dans les vitrines de Valérie Belin ou les paysages post-industriels de Joël Tettamanti, on sent manifestement un certain degré de distanciatio. Valérie Belin choisit son sujet afin de recomposer un réel, qui se situe dans l’intervalle du « ça a été » barthien et le « devenir image ». A travers cette mise en abyme, où se confondent décontextualisation, intérêt pour le sériel et l’abstraction, elle pose la question de l’ontologie de l’image photographique. Comme elle l’exprime dans une interview avec Michel Poivert, elle pense que le rôle de la photographie n’est pas uniquement de « …représenter et de décrire mais transmettre une forme d’existentialisme des choses ». La série « vitrines » Luxembourg 2003 est composée de sept vitrines photographiées dans la ville de Luxembourg qui se présentent sous forme de grands tirages en noir et blanc aux nuances de gris d’une grande qualité plastique. Les vêtements démodés et les décorations et aménagements de vitrines désuets participent d’une force métaphorique qui émane des objets que nous regardons à travers des photos-vitrines. Les reflets qui semblent hanter le sujet photographié se mélangent à la réalité pour combler l’absence de l’être. Les artéfacts qui décrivent notre quotidien témoignent de notre rencontre avec les choses et les événements. En adaptant la série de portraits photographiques et uniformes commencée en 1999 à la situation luxembourgeoise, Charles Fréger réussit à développer sa recherche sur l’individuel et le collectif à travers l’inventaire des groupes sportifs et professionnels. Sous le titre de « Lux », il rassemble une quantité d’images réalisées tout au long des trois années auprès des majorettes, des nageurs, des footballeurs, des cavaliers, des choristes et des militaires. Cette


Charles FrĂŠger - SĂŠrie LUX 2002-2004 C-Print sur aluminium Mudam collection

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démarche typologique, dans la tradition de la photographie allemande d’un August Sander, révèle des détails significatifs qui font resurgir l’identité singulière de personnes qui souvent ne sont perçues qu’à travers l’uniformisation et la neutralité du groupe. Avec les photographies de paysages industriels du Luxembourg de Joël Tettamanti, on passe du sociologique à l’archéologique. Ses études de lieux et non-lieux traduisent l’idée de palimpseste et nous poussent à réagir face au vide, au déconstruit d’un territoire abandonné. Tout en Valérie Belin Vitrines Luxembourg, 2003 Série de 7 photographies noir et blanc Tirage au gélatino bromure d’argent sur papier à support barité © photo : Valérie Belin

nous confrontant aux problèmes de l’environnement, ces états des lieux rendent aussi hommage à une région active dans le passé qui aujourd’hui n’est plus « regardée » qu’à travers l’œil du photographe. De même ces sites en ruines, aux formes et couleurs étonnantes qui composent ces photographies parfois étranges, nous incitent à développer notre regard créatif. Ainsi les travaux de Joël Tettamanti mais aussi ceux de Valérie Belin et de Charles Fréger nous obligent à regarder 28


ce qui n’est pas toujours dans notre champ de vision et à participer de façon critique à leur vision détachée d’une certaine réalité luxembourgeoise. Leurs photographies analysent les aspects cachés de l’identité du pays et constituent comme chez Eugène Atget « une leçon d’un imagier qui fait œuvre de ce qu’on ne regarde pas. » Paul di Felice

Joël Tettamanti, LUX, 2005 C-Print sur aluminium Mudam collection

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Galerie Nei Liicht Dudelange

tél. : +352 516121-292 fax + 352 516121-291 e-mail: danielle.igniti@dudelange.lu ouverture : de 15.00 à 19.00 heures tous les jours sauf le lundi Rien a priori ne destinait cette petite ville frontalière, jadis dominée par l’industrie lourde, à devenir un lieu privilégié d’action culturelle dans le sud du pays. Aujourd’hui pourtant, parallèlement à un développement économique favorable et l’accroissement progressif de sa population, les activités culturelles se sont multipliées ces dernières années à Dudelange. La Galerie Nei Liicht ,créée en 1982, fut pendant longtemps la seule et unique galerie au Luxembourg à être consacrée exclusivement à l’art photographique. Au fil des années, elle a su offrir un panorama représentatif de la photographie classique et moderne, luxembourgeoise et internationale. Suivant de près l’évolution récente, ses responsables ont fait une place importante à la photographie plasticienne et contribué à son essor au Luxembourg. Son espace d’exposition considérablement élargi, la GNL a pu accueillir e.a. des œuvres de Barbara &Michael Leisgen, Rineke Dijkstra, Vladimir Zidlicky, Dominique Auerbacher, Holger Trülzsch ainsi que les ressortissants luxembourgeois Gast Bouschet, Roger Wagner, Luc Ewen, Véronique Kolber. N’hésitant pas à l’occasion d’élaborer leur propres concepts, les gestionnaires de la galerie ont pu présenter, dans le cadre de « 1995 - Luxembourg, capitale européenne de la culture «  , la 30

Refocusing Realities 14.10 - 30.11.2006 artistes : olivo barbieri, nina dick, nicolas moulin, gary schneider

Commissaires : Paul Felice, Pierre Stiwer

L’image qu’elle soit photographique ou vidéographique nous permet souvent de prendre conscience de faits, de réalités et d’idées dans un espace–temps déterminé. Cependant quand nous parlons de photographie contemporaine les motifs abordés par les photographes démontrent que l’image, aujourd’hui, se nourrit d’un travail conceptuel qui va au-delà de l’information véhiculée normalement par les medias. Les recherches menées depuis l’émergence du numérique questionnent souvent les transformations que subit la photographie aujourd’hui : du simple miroir de la réalité au développement complexe de la réalité virtuelle qui a bouleversé notre sens de la perception et de l’esthétique. Dans “refocusing realities” les artistes choisis proposent de façon singulière leur travail sur les notions de réalité et de fiction en plaçant le sujet issu de la “réalité” sous des points de vue inhabituels voire « irréels ». C’est le cas chez Gary Schneider qui à travers ses photographies de grands nus réalise des œuvres magiques qui sont le produit d’une performance interrelationnelle entre le modèle et l’artiste. En manipulant des petits flashs ponctuels sur les corps exposés dans un lieu complètement obscurci il photographie en tournant autour avec une gestualité rituelle. Le résultat est stupéfiant : la frontalité des personnages grandeur nature gisant devant nous en sortant du noir par fragments corporels éclairés crée une relation ambiguë avec le spectateur qui se situe entre réel et fiction, voire entre être et non-être. Les photographies de Nicolas Moulin de la série Novomonde abordent aussi le thème du passage du réel au fictif. En s’inspirant des architectures modernistes du Nord de la France il crée des points de vues étranges d’espaces vides aux tons bleus qui symbolisent en quelque sorte un monde à venir où le présent se définit plus par l’absence que par la présence. Dans les vidéos « Site specific Las Vegas ou Rome » d’Olivo Barbieri les distorsions d’échelle, la technique spécifique de mise au point et les détails parfaits nous enduisent en erreur de sorte à croire que ces villes ont été filmés d’après

Nina Dick, Kurzstreckengrenze

L’unique galerie publique d’arts audivisuels du Luxembourg. Expositions régulières 25, rue Dominique Lang Dudelange


création originale « Dudelange : 24 heures dans la vie d’une ville » constituée sur base de son importante mémoire collective audiovisuelle et comprenant entre autres commandes, les sténopés de Christine Felten et Véronique Massinger, le portfolio « Nocturne » de Marie-Françoise Plissart et les travaux réalisés avec la caméra polaroïd 50x60 de Jan Hnizdo. Aujourd’hui, la Galerie Nei Liicht fait partie du paysage de l’art contemporain luxembourgeois. Elle veille, d’une part, à réserver une place importante à la jeune création photographique luxembourgeoise et transfrontalière en produisant des expositions individuelles de jeunes artistes émergents. En témoigne la récente exposition « Regards intimes – visions publiques », Éléments de la jeune photographie contemporaine au Luxembourg . En cela, elle est aussi fidèle à la mission qui doit être celle d’une institution publique. De l’autre côté, en invitant des artistes de renommée internationale pour des expositions et installations individuelles - Marylène Negro, Jean-Luc Moulène, Ola Kolehmainen, Hsia-Fei Chang - elle a su se construire une réputation d’excellence qui dépasse les frontières.

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maquette. L’absence d’imperfection, les rues dégagées, la nature qui semble artificielle contribuent à ce que ces villes apparaissent d’après Barbieri comme « les avatars » d’elles-mêmes. La jeune artiste autrichienne Nina Dick intervient aussi sur la « remise au point » de la réalité à travers la vidéo et la photographie. Si ces photographies fixent les informations en les retranscrivant dans un langage numérique qui questionne notre perception, ses vidéos interpellent souvent notre manière de voir l’environnement urbain en perturbant la spécificité du médium. Les langages photographiques et vidéographiques utilisés, qu’ils soient analogues ou numériques, explorent les différents genres et thèmes (paysage urbain, corps, paysage) en tenant compte des nouvelles représentations de notre environnement auxquelles nous sommes confrontées quotidiennement. En intervenant de façon créative sur la mise au point du sujet, en utilisant le flou et en jouant sur les effets de lumières et les temps de pose ou en brouillant les perspectives, toutes ces images provoquent chez nous le doute du regard et nous obligent à une vérification des notions de réalité représentée. Paul di Felice Nicolas Moulin, série Novomonde

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Olivo Barbieri, Site Specific - Las Vegas Olivo Barbieri, Site Specific - Rome


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Gary Schneider, Jeanne, 2004


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Gary Schneider, Trevor, 2004


Centre national de l’audiovisuel

5, route de Zoufftgen L-3598 Dudelange Tél. : +352 52 24 24 – 1 Email : info@cna.etat.lu www.cna.lu Exposition dans les locaux de la Fondation de l’Architecture et de l’Ingénierie 1, rue de l’Aciérie / Luxembourg-Hollerich

Les archives photographiques du CNA invitent...

Le Centre national de l’audiovisuel (CNA) est un institut culturel créé en 1989 et placé sous l’autorité du Ministère de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il s’est vu attribuer les missions de sauvegarde, de mise en valeur et de promotion du patrimoine audiovisuel luxembourgeois. Afin de répondre à ces missions, le Département photographie du CNA a initié d’importants projets de sauvegarde : la restauration, la digitalisation, la conservation et le traitement documentaire de tous ses fonds photographiques, voire 350.000 documents historiques et contemporains. Outre la sauvegarde à long terme, il importe de garantir la diffusion du patrimoine photographique au Luxembourg et à l’étranger par des voies multiples et diversifiées. Dans ce sens a été installée en 1994 au Château de Clervaux / Luxembourg la dernière version encore existante de la célèbre exposition The Family of Man, ont été organisées des expositions, des projections audiovisuelles et des commandes. A part la promotion et la valorisation du patrimoine, il importe d’encourager la création photographique à travers des aides à la création (Programme Mosaïque, Découverte Jeunes Talents) et des résidences d’artistes (Pépinières européennes pour jeunes artistes (PEJA)). Et en organisant des projets impliquant la photographie internationale, des stages et des conférences, le Département photographie du CNA permet au public local de rencontrer d’autres artistes, styles et «façons de voir».

10.10 - 03.11.2006

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Bertien van Manen : Give Me Your Image

vernissage 11.10 à 18:00 h

Auteur inconnu, Fonds Norbert Theis, Coll. CNA

Ernest Groff, Fonds Groff, Collection CNA

Cette exposition à deux volets a été élaborée par le Département photographie du CNA en collaboration avec l’archiviste-documentaliste  Claire Lathuille. Le premier volet mettra en valeur le patrimoine photographique luxembourgeois, plus précisément, le portrait. En entrant aux archives, ces images perdent toute notion privée. Elles deviennent des documents publics et dès lors, leur intérêt est de caractère historique, sociologique, esthétique et technique. Leur sauvegarde, archivage et valorisation ont pour conséquence des traitements tels que la restauration, la digitalisation, l’intégration dans une base de données, la mise à disposition pour des recherches et la présentation dans des publications et des expositions, telle que présentée ici lors du Mois européen de la Photographie. Le deuxième volet prévoit une confrontation et une mise en dialogue des portraits archivés au CNA avec la photographie artistique contemporaine, qui a comme sujet ce même genre


Bertien van Manen, Novokuznetsk 1991

nement privé et intime. Tout en définissant des cadrages et des mises en scène précises, Bertien van Manen nous fait découvrir cet univers de souvenirs, d’émotions et l’importance qu’ils ont dans la vie quotidienne de chacun.

Bertien van Manen, Tirana 2003

de photographies. Pour ce faire, le CNA a choisi de collaborer avec la photographe néerlandaise Bertien van Manen et d’exposer son travail photographique Give Me Your Image. Le point central de cette série sont des portraits de famille, d’amis, de célébrités qu’elle a découvert dans un environ-

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bertien van manen: give me your image Give Me Your Image est issu d’une commande de la part du Ministère des Affaires étrangères suisse sur les immigrants dans les banlieues de Paris. Très vite, Bertien van Manen décide d’élargir le sujet. Entre 2002 et 2005, elle voyage à travers l’Europe (la Lituanie, la Grèce, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la France, la Bulgarie, la Moldavie etc.) afin de rencontrer des familles pour documenter comment elles présentent des photographies personnelles dans leurs lieux de vie. Elle a trouvé des images dans des albums (qu’elle arrangeait dans l’espace en accord avec les propriétaires), sur les murs, dans des vitrines et parmi tout genre d’objets. Le fait de voir chez des immigrants des photographies rappelant leur pays natal, chez d’autres des moments de leur histoire de famille, des souvenirs de vacances, l’adoration d’idoles politiques l’intriguait. Give Me Your Image est ainsi devenu une documentation intime sur la mise en espace et la valorisation de portraits dans le domaine privé et attire en même temps l’attention sur la guerre, l’oppression, des moments de bonheur, de tristesse ou de joie de vivre.

Bertien van Manen, Sofia 2002

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Bertien van Manen : Give Me Your Image

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le portrait dans les collections photographiques du cna

Avec le soutien de : la Fondation de l’Architecture et de l’Ingénierie du Luxembourg ( www.fondarch.lu )

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Cosi Wolff, Fonds Famille Wolff Delvaux, Collection CNA

Les images d’archives présentées lors de l’exposition ont été sélectionnées dans les fonds photographiques du CNA. De provenance privée, ces derniers sont constitués d’œuvres de photographes professionnels ou amateurs. Les portraits, souvent classiques, et les photographies intimes, sont liés à un support et à un format variant avec leur époque de réalisation et leur finalité. Daguerréotypes, ambrotypes, tirages, photographies peintes, présentées dans des albums, sur des bijoux ou aux murs, ces souvenirs de proches, d’inconnus ou de célébrités ont entretenu chacun un rapport particulier de cohabitation avec des personnes privées. Par la suite, ces œuvres ont suivi différents parcours avant leur arrivée au CNA. Pour cette exposition, des œuvres ont été choisies dans différents fonds ayant un intérêt spécifique selon leur provenance. La sélection finale dans ces différents fonds a été réalisée en collaboration avec Bertien van Manen, photographe auteur du travail exposé. Ainsi, le CNA rend visible et valorise ses archives par ce regard contemporain.


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CCR Abbaye de Neumünster & Centre Aldringen

28, rue Münster L-2160 Luxembourg Tél : +352 26 20 52 1 Fax: +352 26 20 19 80 E-mail: contact@ccrn.lu URL: www.ccrn.lu

Qu’est ce qui est vrai? - qu’est ce qui ne l’est pas ? mouvement, ombre et lumière, souvenirs et réalité se rencontrent, se croisent, se mêlent et se démêlent.

1.10 - 15.10. 2006 installation aldringen:

Le Centre Cultuel de Rencontre Abbaye de Neumünster avait de bonnes raisons de s’associer au Mois européen de la photographie. D’une part dès sa création, il a accordé une place importante au médium photo, qu’elle soit documentaire, historique, contemporaine, classique. Et les photographes accueillis, les projets organisés, par, avec ou à l’abbaye, sont déjà nombreux, de l’exposition de Réza aux Photomeetings, en passant par la présentation des travaux de Jürgen Schadeberg. D’autre part l’ouverture des anciennes Semaines européennes de l’image à d’autres pays, les collaborations nouvelles établies avec Paris, Bratislava, Berlin, Moscou, Vienne et Rome, faisaient entrer de plein pied le projet de Café-Crème, dans une sphère plus large, plus diversifiée, amplifiant encore, cette fois par la pratique photographique, le dialogue culturel cher au CCRN. Enfin le projet “Sunflowers Roadmovie” du Luxembourgeois Robert Hornung, auquel le CCRN a donné carte blanche, s’inscrivait parfaitement dans le projet “Mutations” de ce nouveau réseau dont l’objet est de brosser un panorama de la jeune création photographique européenne privilégiant les mutations technologiques et artistiques.

avec le soutien de la Ville de Luxembourg 42

12.10 - 20.11. 2006

En mélangeant habilement les images capturées par l’appareil photo le plus répandu et le plus populaire, celui se trouvant au dos de nos téléphones portables et un travail plus précis plus brossé sur la figure naturelle du tournesol Robert Hornung livre avec Sunflowers Roadmovie un travail original, sincère, spirituel. Le récit du livre se constitue de photos décolorées et hyper pixellisées. Un récit peuplé de blancs, de vides, de marges, d’images parfois méconnaissables, opérant une dramatisation et une déformation du réel. C’est sur cette trame asymétrique, que se dessine donc ce Roadmovie délirant, auquel le spectateur essaye de se raccrocher, d’y associer les éléments, de comprendre, pour finalement se couper, accepter de se perdre, d’abandonner l’idée de suivre le sens. De se laisser aller dans une succession d’images de personnes de lieux inconnus et dégageant paradoxalement une familiarité profonde. Ces moments intimes, flous et tremblants font face à une série de portraits de tournesols, symboliques et lumineux. Protagonistes principaux de l’image, ces fleurs, se dressent ici tels des tours, observant le monde, complétant le récit de manière statique et figée, à l’instar de gardiens du jardin, dans lequel tout existe. Formant une boucle au récit, renvoyant sans cesse à ce qui se trouve sur la page d’en face, va-et-vient incessant, insufflant la fermeture d’un circuit. Les souvenirs s’en trouvent continuellement reflétés et se mettent en mouvement, devenant insaisissables et impalpables, sans récepteur stable, ni destination finale. Pour l’exposition des tirages lambda grand format ont été réalisés. Mais au lieu d’un montage en diptyque comme dans le livre, les tournesols investissent cette fois le centre de l’image, le cœur de la scène. Cette nouvelle position donne inévitablement une nouvelle dimension au travail de Robert Hornung. Que cache alors le tournesol ? Où est l’important? Est-ce la fleur qui est mis en avant ou bien les éléments assemblés du récit ? La réponse est elle dans le livre ? C’est dans cette incessante alternance de questions et d’interrogations que prend corps le travail du photographe. Continuer de remettre en question : « La relativité « absolue » de nos convictions… »


Robert Hornung, diptyque Paddy-smile

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Installation Aldringen 12 octobre - 20 novembre 2006 Sunflower Downtown *Parce que c’est dans l’ombre que l’on voit le mieux la lumière

Robert Hornung, Sehan

Sunflowers Roamovie 2005, qu’évoque ce titre pour vous ? Comme pour chacun de mes livres, une histoire d’amour avant tout, mais particulièrement intense pour celui-ci. Peut être parce que le résultat est plus abouti ou parce que j’ai l’impression d’avoir mis plus de moi dans ce travail. Sunflower c’est une réflexion autour du « beau », de sa quête, de la vie. Pourquoi chercher le beau ? Oui pourquoi le chercher alors qu’il est là, tout autour de nous. L’opposition de ces photos de tournesol à celles pixellisées, dramatisées, de scènes quotidiennes nous renvoie à une idée simple : ouvrons tous les yeux, sur la simplicité de l’accès à ce beau, qui peut paraître si élitaire par moment. C’est pour cette raison, que vous vouliez faire « sortir » vos photos au travers de l’installation à l’Aldringen ? Exposer mes photos de manière « conventionnelle » dans le cadre du mois de la photo était évident, et la chapelle de Neumünster est un cadre prestigieux, parfaitement adapté. Mais pourquoi ne pas aller à la rencontre des gens, du monde en investissant le cœur de la ville de Luxembourg, en créant une installation où nous deviendrions tous acteurs et spectateurs d’une page vivante de ce Roadmovie. Avez vous choisi le site de l’Aldringen pour une raison particulière Ce qui me tenait à cœur dans le lancement de ce projet était d’y rattacher les gens en leur faisant profiter d’une installation originale, vivante, où chacun y trouverait sa propre lecture. Il fallait un lieu de vie urbain, dégageant une atmosphère particulière, contrastant avec la dimension naturelle des tournesols. Un endroit souterrain, bétonné, hors du temps, où le décalage y serait le plus grand, l’effet le plus vrai. De plus j’aime profondément la ville, ma ville alors mélangez tous ces facteurs et l’Aldringen s’impose comme le choix idéal.

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Robert Hornung, Catalona


beaumontpublic + königbloc 21A av. Gaston Diderich L-1420 Luxembourg www.beaumontpublic.com Heures d’ouverture : mardi – samedi : 12h00-18h00 Tél: (+352) 46 23 43 Fax: (+352) 46 39 37 beaumontpublic@vonet.lu ellen kooi

& pavel wolberg

17.10 - 25.11. 2006

Ellen Kooi Née en 1962, l’artiste néerlandaise Ellen Kooi trouve son inspiration dans le paysage hollandais, par essence instable de par sa géographie maritime. En constants mouvements, ces scènes se déroulent comme une pièce de théâtre entre ciel et terre. Inconscience et subconscience se superposent, en éternel mouvement, reliant ainsi le paysage psychologique de notre société à ces «vedute» où l’horizon est la seule orientation réelle. Par la manipulation numérique, l’artiste crée une palette presque surréaliste qui vient rompre l’harmonie, choquant le paysage sinon parfait. Ayant débuté son métier de photographe dans le milieu du théâtre, tel un metteur en scène, l’artiste utilise ses modèles comme des acteurs.

beaumontpublic est née suite à la galerie Beaumont, fondée en 1984 avec une orientation plus près du public, offrant des expositions de haut niveau aussi bien que des conférences, débats, des séances de films, une librairie avec le support de Walther Koenig de Cologne, des échanges de projets avec des institutions ou galeries, des visites guidées, des voyages ainsi que des expositions hors lieu. Toujours à l’affût de nouveaux talents, la galerie propose ses lieux aussi bien à de jeunes artistes moins connus qu’à des artistes de très grande renommée. Très près des artistes qu’elle expose, elle soutient leurs productions autant que leurs projets hors galerie. N’excluant aucune discipline depuis 1984, elle privilégie les oeuvres véhiculant une forte charge humaniste.

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Ellen Kooi, Amsterdam-the Dogs 2006

Ellen Kooi, Amsterdam - Silodam, 2005

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Né à Leningrad en 1966, immigré en Israël en 1973, Pavel Wolberg couvre les conflits de guerre de cette région si cruellement malmenée. A travers sa lentille les scènes violentes deviennent des paysages proustiens. On y ressent comme une fuite pathologique du réel. Les photos de Wolberg ont la lumière du crépuscule, hésitant entre nuit et jour et créant une multitude d’ombres. Au moment même d’une explosion, il se concentre sur le silence qui suit en marge de la catastrophe, vers l’absurde beauté de la tragédie, vers l’acrobatie virtuose inhérente au mouvement du corps au moment culminant d’un geste cruel ou de la vue embarrassante de la compassion qui accompagne l’hostilité.

Pavel Wolberg, Evacuation of Mitzpe Yiyzhar, 2004

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Pavel Wolberg, Arafat’s Funeral, 2004

Pavel Wolberg


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Galerie Clairefontaine Nouvelle photographie cubaine

Tél : +352-47 23 24 Fax : +352-47 25 24 galerie.clairefontaine@pt.lu Ouv.ert mardi - vendr. :14:30 - 18:30 sam. : 10:00 -12:00 / 14:00 - 17:00 C’est en 1988 que la galerie ouvre son premier lieu d’exposition, l’Espace 1, avec une programmation diversifiée qui comprend des artistes contemporains, des grands classiques, mais aussi de jeunes artistes luxembourgeois et étrangers. En 1997 est inauguré l’Espace 2, situé à quelques mètres du premier espace, où est montré principalement la photographie classique, la photographie plasticienne ainsi que l’art conceptuel. Le concept des deux espaces consiste à confronter d’une part des œuvres traditionnelles et établies et d’autre part un art jeune et provocateur. La galeriste Dr. Marita Ruiter a, en plus, lancé quelques projets à long terme, comme le festival de photographie « photomeetings luxembourg » dont la troisième édition aura lieu en 2007. En 1997 et 2002, la série des « Portraits de Luxembourgeois » a été produite et éditée. Cette étude de la société luxembourgeoise, reprise tous les 5 ans, sera également poursuivie en 2007. En collaboration avec des instituts culturels, la galerie fait voyager dans le monde entier des collections de photographies comme «Gisèle Freund, portraits d’artistes et d’écrivains», «Hugo Ernst vom Hagen, Prises de vue aériennes de Berlin», «Fidel Castro et la Révolution cubaine 1959/60». La Galerie Clairefontaine participe régulièrement aux foires telles que ArtBasel, Art Cologne, Paris Photo, Art Brussels, FIAC, AIPAD New York, Artissima Turin, ARCO Madrid, DFOTO San Sebastián, etc. 50

Reflexiones intimas: Elsa Maria Mora Tamayo. Cirenaica Moreira Diaz, Liudmila Velasco

Les petits navires en papier dans la série “Silencios” de Liudmila Velasco, datant de 1995, symbolisent le voyage vers un avenir plus prometteur. En 1994, donc un an avant la réalisation de la série photographique, a eu lieu une énorme vague d’émigrations de Cubains vers la Floride, provoquée par l’effondrement des pays de l’Est et la désintégration de l’URSS. Sur la côte cubaine, on verra fuir des milliers de Cubains sur des barques et des navires bricolés et construits de leurs propres mains. Cet événement marquera toute une génération d’artistes cubains. Ce qui importe dans l’oeuvre photographique de Liudmila ce n’est pas seulement le choix du sujet mais également celui du matériel. Elle utilisera la pellicule en couleur, bien que consciente que les

Cirenaica Moreira Diaz.

Espace1 7, Place de Clairefontaine Espace2 21, rue du St-Esprit


Espace2 Reflexiones intimas: 21.9. – 28.10.2006 vernissage: jeudi, 21, 18-20 hrs

tirages sur papier ne se feront que beaucoup plus tard. Et ce n’est que 10 ans après la prise, que seront réalisés les premiers tirages en couleur. Les produits chimiques faisant constamment défaut dans un pays qui connaît la pénurie, cette réalisation ne se fera pas sans grandes difficultés techniques, situation qui se fera d’ailleurs ressentir à travers la qualité technique de la photo. Contrairement à d’autres artistes, Elsa Mora touche à la quasi totalité des formes d’expression artistique. Dans ses œuvres hybrides, conceptuelles, elle aborde fréquemment

Elsa M. Mora Tamayo, Perda do Sentido

Liudmila Velasco, Silencios, 1995

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Giacomo Costa

des sujets religieux et les rites de la Santeria. L’utilisation d’éléments typographiques dans ses photos expriment sur un mode léger mais parfois aussi plus grave une réflexion ouverte à des interprétations multiples, comme dans l’œuvre “Perda do Sentido”. Dans l’œuvre de Cirenaica M. Diaz, la douleur physique et mentale forme le thème principal. Se servant de son propre corps, elle jouit d’abord de sa position dominante et privilégiée en tant qu’auteur qui oriente et détermine. Puis cette situation est renversée lorsque ce même corps ( ou encore l’auteur ) devient objet ou partie de l’œuvre d’art, remettant ainsi la position initiale « de dominer » en question et provoquant des décalages dans les rapports entre les différents éléments. Dans tout ceci sont intégrés habilement la littérature, des éléments propres à Santaria ainsi que son vécu personnel.

Espace1 9.11. – 23.12.2006 City(E)scapes Act II vernissage: jeudi, 9.11, 18:00 - 20:00

Cirenaica M. Diaz.

Cyber Cities

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Depuis dix ans, Giacomo Costa analyse la ville en la représentant sur un mode décontextualisé et déstructuré, montrant l’espace urbain comme une sorte d’organisme qui se reproduit selon des schémas indépendants de l’action humaine. La métropole bouge et se réplique elle-même, animée peut-être par un code génétique propre qui en détermine le développement. Avec le temps, cette conception de concevoir la ville a éloigné G. Costa de l’image photographique de ses premiers travaux élaborée électroniquement et il est passé au 3D ainsi qu’à des techniques utilisées au cinéma. A la Biennale de l’Architecture de Venise, Costa présentera trois caissons lumineux extraits de la dernière

série de ses “vedute” ( vues ). Dans ses images de cités gigantesques prises en vue plongeante, les artères de la ville sont traversées par des éléments curieux et inquiétants qui font de ces métropoles une entité hybride hésitant entre super-architecture et projection métaphysique.

La galerie représente: Dieter Appelt, Gabriele Basilico, Peter Bialobrzeski, Jean-Marie Biwer, Daniele Buetti, Giacomo Costa, Stéphane Couturier, Otto Ehrhardt, Roland Fischer, Franco Fontana, Gisèle Freund, Daniel & Geo Fuchs, Jochen Gerz, Horst P. Horst, Mimmo Jodice, Yvon Lambert, Tung-Wen Margue, Michel Medinger, James Nachtwey, Michael Najjar, Max Neumann, Helmut Newton, August Sander, Roland Schauls, Edward Steichen, Hiroshi Sugimoto, Massimo Vitali, Hugo vom Hagen, Thea Warnke

Giacomo Costa, City(E)scapes Act II, Veduta 22

Giacomo Costa, City(E)scapes Act II, Veduta 21

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Nosbaum & Reding

4, rue Wiltheim L-2733 Luxembourg Tel.: +352 26 19 05 55 Fax +352 26 19 05 56 www.artcontemporain.lu reding@artcontemporain.lu mardi-samedi: 11h00-18h00 28.09 - 18.11.2006

Fondée en 2001 par Véronique Nosbaum et Alex Reding, la galerie Nosbaum & Reding – Art Contemporain (auparavant appelée Alimentation Générale car aménagée dans une ancienne épicerie) aura déménagé en septembre 2006 dans ses nouveaux locaux situés dans le prestigieux centre historique de la ville de Luxembourg. Depuis ses débuts, la galerie s’est concentrée sur de jeunes et émergents artistes venant du Luxembourg et des pays voisins, occasionnellement se tournant vers d’autres pays européens comme la Suisse, la Slovénie et la Pologne. Son programme est fortement axé sur la peinture figurative et conceptuelle, en alternant avec de la sculpture, de la photographie et des installations. En confrontant son public avec de nouveaux talents, Nosbaum & Reding – Art Contemporain a toujours aimé privilégier la création en stimulant les artistes à produire de nouvelles œuvres pour leurs expositions. La galerie représente Yoshitaka Amano, Marcel Berlanger, Karina Bisch, Aline Bouvy / John Gillis, Valentin Carron, Nicolas Chardon, Gaston Damag, Damien Deroubaix, Günther Förg, Tina Gillen, Claude Lévêque,Myriam Mechita, Jean-Luc Moerman, Manuel Ocampo, Jan Stieding, Wawrzyniec Tokarski, Roger Wagner, Maja Weyermann et Jens Wolf. 54

Vera Weisgerber, 2006 - Composition de tirages photographiques avec interventions graphiques

Vera Weisgerber Vera Weisgerber pousse à l’extrême l’utilisation du cliché photographique en cadrant dans l’immatérialité du ciel. Elle fige les nuages, corps sans surface ne se laissant pas décrire, ni ramener aux coordonnés d’un jeu d’assemblage qui ne retiendrai des objets que le profil nettement délinéé sous lequel les appréhende un observateur placé en un point donné. Le classement et l’observation minutieuse du matériel recueilli permet à Vera Weisgerber d’unifier les vues instantanées en une image composée, donnant accès à une rêverie sur le mouvement. Le redoublement des éléments constitutifs et l’association de leurs états variables en dehors des contraintes temporelles et d’échelle, aboutissent à une multitude de soleils existants. Sur ce fond se greffent des interventions graphiques perceptibles de manières variables interférant avec les principes contemplatifs de la décortication des images. Dans la composition où fond et objet se confondent, s’inscrivent des trajectoires d’oiseaux migrateurs libres sans obstacles fixes ni hiérarchie, contrastant avec les lignes organisées des déplacements d’aéronefs, garantes de l’optimisation de la sécurité et de l’efficience d’un trafic aérien en pleine expansion. Ces manipulations, au premier abord poétiques, renvoient à la peinture et à l’histoire de l’art et miroitent, comme souvent le font les œuvres de Vera Weisgerber, mille et une traces des multitudes de l’existence.


Elisabeth & Carine Krecké Le travail paradoxal des sœurs Krecké est de soumettre, [...] dans un geste de pastiche amoureux, nullement vindicatif, la ressemblance à la semblance. Pareille démarche est éminemment artistique, qui réunit dans et par leur écart la réalité et l’illusion. Avec cette particularité que la réalité, en l’espèce, est déjà une image : ces visages spectraux à la beauté un peu inquiétante, semi-hallucinés, n’appartiennent ni au monde perçu ni même à un film ou à un type particulier de cinéma ; ce sont des photogrammes d’un film quelconque. Nous sommes sensibles à la véracité qui accompagne cette fascinante simulation, et cependant nous ne nous sentons pas tenus de reconnaître la figure, le cadre, la situation etc. Ambigus, androgynes, en bascule entre l’émotion extrême, brute et le plus subtil des sentiments capables de modeler une bouche, les visages de Elisabeth et Carine Krecké finissent par ressembler à ce qu’ils semblent. Ils ne représentent pas des visages de (ou au) cinéma, ils représentent le cinéma comme tel - ou plutôt le photographique qu’il y a dans le cinéma, et, au-delà, le photographique qui, comme l’avait vu Walter Benjamin existe désormais en tout art, y compris le dessin ; et que ce dernier, patron des arts comme voulait Vasari, retourne plaisamment, non point contre mais vers la photographie.

Elisabeth & Carine Krecké / Untitled # 33 / Evoking Fellini, 2006 / Dessin numérique.

Les photos de Geneviève Biwer Texte: David Coupret

Dans ses travaux récents - Série bleue - , Geneviève Biwer revient à ce qu’il convient d’appeler la photo-photo, tout autrement qu’il y a dix ans. Tous ses acquis de la période des superpositions, ce savoir de l’image «double» est bien là, à tout moment, mais cette fois-ci sans le détour du dédoublement par les moyens techniques, de façon immédiate: le monde EST double, en permanence et de fait. Bonheurs éphémères, espoirs et angoisses, rêve et réalité, vie et mort sont traduits dans des œuvres d’une grande sonorité, d’une grande beauté dans le meilleur sens du terme.

Extrait de « Il semble » de Michel Guérin.

Geneviève Biwer, Série bleue – 2, 2006

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Roger Wagner Texte: Boris Kremer

Dans la droite lignée du regard objectiviste de la nouvelle photographie allemande, les photographies de Roger Wagner dissèquent notre environnement avec une précision redoutable. À l’affût des plus insignifiants détails, elles donnent à voir une réalité implacable, recelant tantôt une poésie insoupçonnée, tantôt les indices d’une aliénation vertigineuse. Pour sa série intitulée de façon ambiguë «Lieux communs», Wagner a braqué son objectif sur des locaux à la réputation douteuse, dont un bar de nuit et un stand de tir. (...) Shooting Range - I montre la froideur toute calculée de l’architecture d’un stand de tir. Tout en rendant compte d’esthétiques distinctes, les enregistrements placides de Roger Wagner laissent entrevoir un aspect commun aux différents endroits, qui est celui d’une fonctionnalité à toute épreuve.

Roger Wagner, Shooting Range - 1 de la série Common places, 2005; C - print / Diasec 180x255x5 cm

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Galerie Lucien Schweitzer Réel - Virtuel Georges Rousse

24, avenue Monterey L-2163 Luxembourg du mardi au samedi de 10h à 18h www.lucien-schweitzer.lu Email: galerie@lucien-schweitzer.lu Tél.: +352 23 61 656 Fax: +352 46 90 54

La galerie Lucien Schweitzer se consacre depuis 1989 à la promotion d’artistes peintres et sculpteurs, tout en proposant des manifestations diverses et variées consacrées, par exemple, aux livres d’artistes. Lucien Schweitzer évolue dans un univers artistique aussi bien national, qu’international. En 2001, la rencontre avec l’artiste français Patrick Bailly-Maître-Grand introduira, pour la première fois, la photographie dans la galerie. Et cette première exposition sera le prolongement de la ligne de conduite, qui est « la recherche de la Plasticité ». Ici univers étranges et nouvelles techniques se côtoient pour vous faire découvrir des chefs d’oeuvres à part entière. Depuis 2001, se sont succédé des artistes de renommée internationale tels Patrick Bailly-Maître-Grand, Laurence Demaison, Tom Drahos, Pascal Kern, Joël Leick et Andrej Pirrwitz et de jeunes espoirs luxembourgeois tel Didier Sylvestre. Aujourd’hui, la galerie vous propose un tournant photographique avec George Rousse qui se détermine sur la trace des grands maîtres du Land Art, pour une pratique artistique d’intervention dans l’espace photographique. 58

« … A première vue, les images que les photographies de Georges Rousse offrent à voir semblent procéder d’une savante manipulation. Comme si elles étaient composées de la superposition de deux plans distincts, l’un ayant été plaqué sur l’autre. Comme si elles étaient faites d’un fond sur lequel l’artiste aurait reproduit en surface – voire incrusté par on ne sait quel procédé - une figure destinée à le parasiter. Le regard qui s’y porte ne peut en effet s’empêcher de les appréhender autrement que dans l’intelligence d’un trafic à la fabrication, exploitant les ressources des technologies nouvelles. Si tel a priori n’est pas complètement dépourvu de bon sens, c’est que les fabricants d’images contemporaines y ont volontiers recours. Depuis l’époque moderne, l’avènement du photomontage les a instruits de la force d’impact de ce genre de création et ils en ont multiplié les possibles. En revanche, face aux images de Georges Rousse dès lors que le regard s’y attarde, quelque chose de plus complexe y apparaît à l’œuvre qui les désigne à l’ordre d’un tout autre champ d’application. La première vue est très vite battue en brèche, de même l’idée d’une quelconque superposition d’images, par la complexité évidente que celles-ci affichent. De fait, la figure inscrite en surface ne s’avère pas simplement superficielle mais semble faire bel et bien partie intégrante du fond sur lequel elle se détache. Comme si elle en épousait tous les événements formels, voire les accidents, qui le constituent. C’est dire si elle paraît dès lors échapper à tout entendement rationnel. C’est justement de cela dont il s’agit : les œuvres de Georges Rousse ont cela de particulier qu’elles nous fascinent et nous déroutent tout à la fois. Ce qu’elles nous donnent à voir nous enchantent par une force poétique inédite, un aspect merveilleux et magique qui est le propre de l’art, tout en même temps qu’elles nous déstabilisent parce qu’elles rudoient nos bonnes vieilles habitudes culturelles et perceptives.… » Philippe Piguet

G. Rousse, Cologne

12.10 - 25.11. 2006


G. Rousse, Memory

G. Rousse, Vitre

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G. Rousse, Grand Moulin

« Je suis dessinateur du projet, peintre dans le lieu, architecte par mon interprétation de l’espace et la construction q u e j ’ y o r g a n is e , enfin photographe pour rassembler toutes ces actions. » G.Rousse


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Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat Une collection 2.10.2006 - 14.01.2007

Galerie d’Art Contemporain “Am Tunnel”, BCEE (Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat) Lieu d’exposition: BCEE Bâtiment Rousegaertchen 16, rue Zithe, Luxembourg Ville Tél: +352 4015-1 www.bcee.lu Ouverture lundi - vendredi de 9h00 à 17h30 et les dimanches de 14h à 18h. Visites guidées les dimanches à 15h00

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Depuis de nombreuses années, la BCEE a conduit une vaste politique de mécénat à Luxembourg, employant des ressources à la réalisation d’une importante collection internationale de photographie, rassemblant les auteurs les plus renommés de cette discipline. En 1993, lorsque l’idée du projet vit le jour, la photographie, comme médium d’expression artistique, suscita encore peu d’intérêt à Luxembourg. Or, la passion exprimée par le projet d’une telle collection à la BCEE, soutenue rapidement par l’enthousiasme du public, nous avait confortés dans l’idée de poursuivre cette belle aventure jusqu’à aujourd’hui. Profitant de la Galerie d’Art Contemporain « Am Tunnel », devenue depuis lors un forum culturel de premier rang, la collection dispose d’une place privilégiée pour faire partager avec son public des valeurs culturelles d’avenir à partir de ses acquisitions artistiques. Riche aujourd’hui de 1054 œuvres photographiques, la collection occupe une place importante parmi les autres initiatives internationales consacrées à cette même discipline. La valeur culturelle de ce patrimoine a également servi à renforcer la reconnaissance internationale de l’œuvre du photographe d’origine luxembourgeoise Edward Steichen, dont 182 œuvres forment partie de la collection BCEE. Conséquence anecdotique mais également moment de fierté nationale, le travail de promotion et de communication conduit par la Galerie d’Art Contemporain « Am Tunnel » a joué un rôle important pour la reconnaissance des origines luxembourgeoises d’Edward Steichen qui était trop souvent considéré comme un artiste purement américain. Inscrite dans la ligne directe des quatre expositions antérieures en rapport avec la collection, l’exposition actuelle présente quelques 140


Sam Samore, the Eye

œuvres dont nombre d’entre elles ont été acquises après 2001 et qui n’ont pas encore été montrées dans le cadre de la banque. Cette exposition offre ainsi au visiteur accès à des œuvres dont la présentation dans un cadre luxembourgeois est inédite et qui, ensemble avec toute la collection Steichen de la BCEE, revêtent une importance culturelle de premier rang. 63


Thomas Florschutz, Encolure IV

HISTOIRE(S) DE VOIR commissaire d’exposition : Christian Mosar

Le principe selon lequel a été constitué la collection photographique de la BCEE peut être ramené au terme de «panorama ». En effet, cette archive d’images a un caractère esthétique aussi disparate que prolifique. A la visite des archives de la collection on se trouve confronté à une espèce de «Wunderkammer», de cabinet photographique de curiosités. Un peu comme la « Kunstkammer » de Pierre le Grand qui avait pour vocation de « conserver des curiosités et des rarités issues de la nature et de l’activité humaine ». Le but est maintenant de montrer une partie de cette collection photographique de la BCEE en essayant par le choix de créer de nouvelles possibilités de voir ou de revoir des images qui font, pour bon nombre d’elles, partie d’une sorte de mémoire collective visuelle de la fin du 19ème et de la totalité du 20ème siècle. « Histoire(s) de voir » proposera une iconologie alternative, qui s’articulera par le dialogue et la confrontation d’images dont la faculté narrative sera remise en question par un accrochage à la recherche de correspondances et de comparaisons autres que celles des classifications chronologiques et stylistiques. Christian Mosar

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Candida Höfer, Trésor

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Arendt & Medernach bruno baltzer, nanna h.

14, rue Erasme B.P. 39 L-2010 Luxembourg Tél.: (+352) 40 78 78 205 Fax: (+352) 40 78 04 685 www.arendt-medernach.com

La jeune collection d’art de l’étude Arendt & Medernach n’est pas le produit d’un simple calcul spéculatif, mais elle est avant tout le fruit d’une passion commune des associés fondateurs. Progressivement constituée autour du thème de la photographie contemporaine, elle se caractérise par son esprit d’ouverture.

Nanna H.

Ouverture d’abord par la coexistence de la collection permanente de l’étude et d’un espace d’expositions temporaires organisées par Café Crème a.s.b.l. Ouverture ensuite en ce qu’au sein de la collection, des œuvres d’artistes confirmés côtoient celles de jeunes artistes prometteurs. 66

, ola kolehmainen, christian

mosar, anja puntari, stefan reusse, silvio wolf

Une collection 14.10 - 24.12 2006 L’image de marque véhiculée à travers les œuvres photographiques contemporaines est en symbiose avec la philosophie de l’étude qui se reflète d’ailleurs aussi à travers son architecture . Le choix des œuvres correspond à une esthétique qui sans exclure la photographie dite documentaire est plus proche d’une démarche plasticienne que de la photographie pure. La jonction entre la peinture et la photographie à travers des œuvres photographiques à la limite de l’abstraction a été déterminante pour rassembler dans le cadre du Mois Européen de la Photographie quelques œuvres sous le titre de « transForm ». Parmi les artistes de renom, se démarquent plus particulièrement Ola Kolehmainen et Nanna H. de l’Ecole de Helsinki ainsi que l’Italien Silvio Wolf dont les travaux récents excellent de façon singulière dans ce processus de conceptualisation formaliste. Sans pour autant être éclectique la collection témoigne néanmoins d’une grande ouverture par la diversité des origines des œuvres et la variété des sujets abordés. Parmi les talents émergents étrangers on peut citer Denis Darzacq et Xavier Padros alors que parmi les artistes luxembourgeois on notera plus particulièrement les œuvres de Carole Chaine et de Roger Wagner. Exposées en permanence dans les salles de conférence qui ne portent pas par hasard les noms de grands musées toutes les photographies de la collection sont accessibles au public par un système de rotation d’accrochage. Ainsi chaque nouvelle mise en place ou confrontation d’œuvres participe à la construction d’une collection toujours en évolution.


Ola Kolehmainen.

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SCREENS AND MIRRORS de Silvio WOLF Double représentation « Screens and mirrors » de l’artiste italien Silvio Wolf est une pièce d’une série intitulée « Scala zero » réalisée dans la Scala de Milan entre 1999 et 2004. Elle fait partie de la collection Arendt & Medernach. Ce travail qui initialement a été une commande du renommé opéra est devenu à fur et à mesure un parcours engagé dans le sens « artistique » le plus pur. Ses expérimentations conceptuelles et visuelles dans ce lieu mythique témoignent à la fois d’une certaine légèreté poétique et d’une recherche profonde sur la représentation photographique. En jouant sur l’idée d’écrans et de miroirs il dégage toute la problématique de l’équivoque. Mais le double n’est pas seulement du côté du sujet, l’objet renvoie à la re-présentation (en deux mots). Le lieu d’expérimentation est luimême connoté de fictions. Déjà le titre du cycle en dit longuement sur ce double questionnement. « Scala Zero », jeu de mot entre le nom de l’opéra et sa signification première qui veut dire « échelle », donc ici à la fois scala zéro et échelle zéro. Où sommes-nous par rapport à l’espace-temps représenté. De quel degré zéro s’agit-il ? Sommes-nous encore dans le tangible, sensible ou sommes-nous déjà dans le virtuel ? Ce que nous voyons sur les images ou ne devraiton pas dire ce que nous essayons de regarder, va au-delà de la réalité du théâtre pour devenir en quelque sorte le théâtre même de la réalité. Les photographies de Silvio Wolf de ce cycle témoignent toutes de cette déconstruction-reconstruction, toujours recommencée, comme au théâtre. L’enregistrement de ce décorum aux couleurs dominantes rouges et dorées est guidé par une forte démarche conceptuelle qui semble mettre en doute la photographie de son point de vue ontologique. Plutôt que de traces photographiques ne parlons-nous pas d’images mentales où l’écran remplace le palimpseste pour y graver ses reflets éphémères ? Degré zéro de la photographie ? D’une certaine photographie, sans doute, celle qui se limite au documentaire pour retracer une réalité objective. L’approche post-photographique a permis à l’artiste d’aller au-delà des choses afin d’en dégager les faces cachées en jouant sur le double et l’absence. Voilà donc que se dessine cette autre dimension du thème : dimension zéro - l’absence dans la machinerie du spectacle comme les fauteuils sur lesquels nous sommes assis, les écrans de surveillance, les claviers de commandes des 68

lumières, les corridors miroités… Quand la critique italienne Roberta Valtorta parle d’une « autre dimension » dans la série « Scala Zero » elle pense à un « espace élastique, plastique…un lieu spécial de la vision qui se crée lui-même et qui se définit comme un espace d’ interrogation de nature métaphysique. » Chaque image nous interpelle sur l’ambiguïté de la perception et la complexité de la vision. Mais le plaisir n’est pas seulement rétinien. Les images de Silvio Wolf sont sensibles et intelligibles à la fois. Elles contribuent à « abstraire », disons « à tirer » davantage de la réalité, que l’habituel cadrage photographique, pour nous


rappeler dans d’autres mots ce que Hiraclite avait pensé quand il affirmait qu’un dessin « invisible », aujourd’hui nous dirons abstrait, « est plus harmonieux que celui qui est visible. » Il y a quelque chose de « sublime » malévitchien dans cette série photographique a-temporelle et a-spatiale. Plus que jamais, et en cherchant la double nature du théâtre, Silvio Wolf a su tourner le miroir sur sa propre création en élaborant plastiquement un langage réfléchi sur la complexité de la représentation. Il ne suffit pas de voir, il faut regarder.

© Silvio Wolf

Paul di Felice

© Silvio Wolf

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Fortis Banque Luxembourg The Photographic Image 27, avenue Monterey L-2951 Luxembourg Téléphone: (+352) 4242-1 www.fortis.lu

Man Ray jusqu’ au

10 novembre 2006

Coordination: M. Toto Bergamo Rossi Venetian Heritage & La première édition de cette exposition date de 1976 et a été réalisée par le département des Arts visuels et d’Architecture de la Biennale de Venise. Constituée de 160 photographies en noir et blanc, elle témoigne de l’activité de Man Ray du début de sa carrière en 1917 jusqu’à sa fin en 1971. L’exposition est un événement artistique mais également une contribution critique importante pour la compréhension de l’œuvre de Man Ray. Bien que déjà considérablement affecté dans sa santé et dans l’impossibilité de voyager, Man Ray avait suivi de près la mise en place de l’exposition et s’était pris d’une telle ferveur pour la tâche qu’il avait lui-même réalisé les tirages à partir de négatifs originaux, de livres, catalogues ou publications sur lui ou en se servant de tirages personnels. L’exposition explore les diverses façons qu’avait Man Ray de travailler avec le médium photographique, procédés qui ont permis l’émancipation de la photographie et de devenir un art ayant sa spécificité propre, une expression artistique autonome. L’exposition inclut des photographies d’objets trouvés, de nombreux « rayographies » et d’extraordinaires portraits des personnalités les plus connues des milieu artistiques et culturels de l’époque ainsi qu’une merveilleuse série de portraits de femme dans un style surprenant, subtil et érotique. Les photographies font partie d’une donation de l’artiste aux Archives de la Biennale de Venise. 70

Né le 27 août 1890 à Philadelphie, Emmanuel Radnitzky, peintre, designer et réalisateur de films d’avantgarde, est plus connu sous le nom de Man Ray et comme photographe surréaliste. C’est en 1915 qu’il rencontre à New York - où il vit - Marcel Duchamp ce qui permet de former une sorte de branche américaine du mouvement Dada, né en Europe par rejet de l’art traditionnel. Après quelques expériences artistiques infructueuses, et notamment une publication sur le Dada new-yorkais en 1920, Man Ray conclut que « Dada ne peut pas vivre à New York », et il s’établit à Paris, dans le quartier de Montparnasse, pour y vivre et travailler. C’est là qu’il fera la rencontre de la fameuse chanteuse et danseuse Kiki de Montparnasse qui allait devenir l’égérie du mouvement Dada. Avec Jean Arp, Max Ernst, André Masson, Joan Miró et Pablo Picasso, il présente ses œuvres à la première exposition surréaliste de la galerie Pierre à Paris en 1925. Durant trente ans à Montparnasse, Man Ray révolutionne l’art photographique. Les grands artistes de son temps posent sous son objectif, comme James Joyce, Gertrude Stein ou Jean Cocteau. Il contribue à valoriser l’œuvre d’Eugène Atget, qu’il fait découvrir aux surréalistes. En 1934, Meret Oppenheim pose pour Man

Man Ray, L’Occhio

Ouvert lundi-vendredi 9:00 - 16:30 h


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Ray; cette série de photos de nus devient la plus célèbre de leur auteur. Plus tard, Man Ray revient aux États-Unis, pour vivre à Los Angeles mais décide de retourner à son domicile parisien où il meurt le 18 novembre 1976. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse où on peut lire son épitaphe : Unconcerned, but not indifferent.

Man Ray, le Violon d’Ingres

Man Ray, Nera & Bianca

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Charles Bernhoeft L’exposition consacrée au printemps dernier à Charles Bernhoeft au Musée national d’histoire et d’art avait permis de découvrir une importante figure de la photographie luxembourgeoise à ses origines. Cette première rétrospective sur son œuvre photographique avait permis de combler un vide dans l’histoire de la photographie luxembourgeoise. Si l’on ne sait que peu de choses sur la vie privée de Charles Bernhoeft, sa production d’images photographiques jouit d’une grande reconnaissance, entre autres dans le milieu des collectionneurs de cartes postales anciennes. Entre 1887 et 1910, il réalisa une production presque industrielle de prises de vue photographiques et leur diffusion à travers les médias populaires de son temps. Albums de luxe réalisés avec la technique onéreuse de la phototypie, revues illustrées et, surtout, toute une suite de séries de cartes postales illustrées. Charles Bernhoeft s’était forgé, dès ses débuts, une solide réputation de portraitiste et son commerce de portraits individuels et de groupe s’est développé en conséquence. Comme dans toutes les capitales européennes, il était de bon ton, essentiellement parmi les membres

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de la bourgeoisie, de se faire photographier en format « carte de visite » ou alors « cabinet », et l’échange ainsi que la collection de ces images sont rapidement devenus une activité à la mode. Charles Bernhoeft est un photographe tout à fait typique de son époque. Un professionnel de l’image qui réalise des clichés photographiques bien dans le style et les conventions esthétiques de son temps et qui, en même temps, a réussi à commercialiser avec succès le produit de cette activité prolifique. L’exposition fut préparée par Paul Reiles et Edmond Thill, qui ont également mis à profit leurs recherches sur Charles Bernhoeft pour faire publier prochainement une monographie. Texte ( extrait ) : Christian Mosar

Le Ministère de la Culture, de l’enseignement supérieur et de la Recherche publiera, dans le cadre du Mois européen de la photographie, un ouvrage sur le photographe. Ce livre, richement illustré, replace le photographe dans son époque historique. Format fermé 245x320 cm / 420 pages en quadrichromie


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Berlin www.mdf-berlin.de

museum ephraim-palais- stiftung stadtmuseum berlin

20.10.2006 -7.1.2007 camera berolinensis

Das Berliner Album des Fotografen F. Albert Schwartz (1836-1906)

fotomuseum

/ helmut newton stiftung

4. 6. - 19. 11. 2006 helmut newton: yellow press

/ playboy projections

Helmut Newton arbeitete bekanntlich nicht nur für viele Mode- und Publikumszeitschriften, er photographierte seit den Siebzigerjahren auch regelmäßig für den «Playboy». Mit seiner unnachahmlichen Bildsprache hat er auch in diesem Bereich bestehende Tabu-Grenzen erweitet, jenseits der herkömmlichen Centerfold-Ästhetik.

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martin-gropius-bau

3.11 - 7.1.2007 fotoklub

, «berühmt»

Wer oder was ist eigentlich berühmt, wer möchte es sein, oder: wie sieht die moderne Ruhmeshalle aus? Der Eifelturm, das Schweizer Armee Messer, die Currywurst, Jesus oder ist heutzutage jeder für 15 Minuten ein Superstar, wie Warhol vermutete? 73 Fotografen/innen aus den unterschiedlichsten Genres wie Mode, Still-Life, Porträt, Werbung, Journalismus und Kunst, sind der Einladung .von klubfoto gefolgt und zeigen ihre Antworten.


Paris www.mep-fr.org

galerie azzedine alaïa

10.11. - 17.12.2006 tout goude

La galerie présentera les documents originaux, les photographies,

passage de retz

25.10.2006 - 3.12.2006 photomontages soviétiques

1917-1953

une arme visuelle

L’exposition présente l’évolution du photomontage russe en écho à la transformation du système politique et de la vie en Union Soviétique.

les peintures et les découpages qui ont participé à la notoriété de jeanPaul Goude.

bibliothèque nationale de france

/ site richelieu

31.10.2006 - 28.01.2007 boubat, doisneau, ronis et les autres:

musée de la publicité

jeu de paume, site sully

08.11.2006 - 25.03.2007

3.10.2006 - 24.12.2006

une histoire de la photographie publicitaire en france

de Man Ray à Jean-Paul Goude

joel meyerowitz

cette exposition, la première en Europe consacrée au travail en couleurs du photographe new-yorkais Joel Meyerowitz, propose une sélection d’images prises entre 1970 et 1980, période de changement radical dans son oeuvre, un retour sur dix années de questionnement du médium, de recherche esthétique et d’élaboration d’un nouveau style de photographie .

La photographie humaniste (1945-1968 ) Cette exposition, outre des tirages d’époques de photographes devenus célèbres, présente les oeuvres d’auteurs moins connus mais tout aussi prolifiques, talentueux et représentatifs de ce courant. maison européenne de la photographie

2.11.2006 - 25.02.2007 regarder

VU

magazine photographique 1928-1940 Rétrospective de l’hebdomadaire illustré VU - qui grâce à son audace éditoriale -fut à la tête de la révolution médiatique des années 1920.

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Vienne www.monatderfotografie.at Dorotheum land in Sicht 4.11.2006 - 14.11.2007 Eine Gruppe von acht in Wien lebenden FotografInnen werden Mitglieder von b-sides zum Thema „land in Sicht – acht fotografische Positionen zur heimat“ ausstellen.

leopold museum

13.10.2006 - 13.01.2007 erich lessing: budapest

1956

Die Ungarische Revolution begann mit einer ersten Massen-Demonstration in Budapest am 23. Oktober 1956. Sie wurde von sowjetischen Panzern und Artillerie, nach Tagen der Straßenkämpfe niedergeschlagen.

wien museum

16.11.2006 - 28.01.2007 barbara pflaum. eine bildjournalistin aus wien

Niemand vor Pflaum hatte es gewagt, mächtige Politiker so respektlos zu fotografieren. Ihre eigentlichen «Lieblinge» waren jedoch die einfachen Leute,

kunsthalle

3.11.2006 - 4.02.2007 americans meisterwerke amerikanischer fotografie von

1950 bis heute

Diane Arbus, Robert Frank, Lee Freedlander, Richard Avedon, Pieter Hugo, Marry Ellen Mark, Larry Fink, Helen Lewitt, Steven Shore, Larry Clark Ein gesellschaftskritischen, analytischen bis dokumentarischen Blick auf die amerikanische Gesellschaft.

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Bratislava www.sedf.sk FOTOFO, the main organizer of the Mesiac fotografie Bratislava, is curating and commissioning 35 exhibitions around dual themes – Central and Eastern European Photography and From the East to the East for the 16th edition of the festival.

dom umenia

opening 2.11. 2006 jana ilková, yvonne and naemi

About the fading away of social roles and identities.

dom umenia

opening 2. 11. 2006 romualdas pozerskis, hill of crosses

from the series “Lithuanian Pilgrimages»

Moscou ( 2007 ) www.mdf.ru

galeria mesta bratislavy

opening 31. 10. 2006 jiri david, zdena

3 & zdena 4

Rome ( 2007 ) www.fotografiafestival.it

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Café-Crème asbl 2 rue Alphonse Munchen, L-212 Luxembourg www.cafecreme-art.lu bureau @ cafecreme-art.lu tel.: +352 691 44 68 56 tel.: +352 691 50 78 78 Imprimé au Luxembourg par l’imprimerie Victor Buck octobre 2006

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Month of photography Luxembourg 2006  

Luxembourg's Month of photography catalogue 2006

Month of photography Luxembourg 2006  

Luxembourg's Month of photography catalogue 2006

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