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CERCLE LUXEMBOURG | 1909-2010

Depuis plus de cent ans, le Cercle, situé au cœur même de la ville, joue un rôle principal dans la vie des Luxembourgeois.


[ Le hall d’entrée du nouveau Cercle avec le grand escalier d’honneur © photo inconnue, Photothèque VdL ]


CERCLE LUXEMBOURG | 1909-2010

Le so m m a i re [06-07] La Préface [08-09] Le Cercle centenaire

LUX E M B OU R G , V I L L E OU V E RT E p.10-15

[10] Vers une ville moderne [11] Développement des services publics [11] Un Contexte politique compliqué [12] Une Vie culturelle riche [13] Des Temples de loisirs et des muses

L’A N C I E N C E R C L E p.16-21

[16] Le Cercle littéraire [16-17] Le Siège social [18-19] L’Acquisition par la ville [19-20] Les Opérettes de Dicks [20] Le Restaurant Beim Gréitchen [21] Le Cercle revient à la ville

L E N O U V E AU C E R C L E p.22-41

[23] L’Ancienne Garde [25] Le Programme [26-29] Le Concours d'architectes [30-31] Une Entreprise luxembourgeoise [32-38] La Célébration de la municipalité [39-41] Un Démarrage difficile

S I L E C E R C L E P O U VA I T PA R L E R … p.42-83

[43-57] Les Concerts [58-63] Les Bals [64-65] Les Bazars [66-69] Les Loteries [70-78] Les Expositions [79-82] Les Foires [83] Le Sport à l’honneur


L E S OMMA IR E

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CECA

p.114-117

L E BÂT I M E N T A D M I N I S T R AT I F p.118-131

[118-120] Les Services communaux [120-125] Les Locataires [126-127] Les Travaux de restauration

CINÉ CITÉ p.128-131

LE CERCLE OFFICIEL p.84-101

[85] La Fête de la lumière [86-89] Le Centenaire de l’Indépendance [89-90] En l’honneur du Grand-Duc [90-97] Les Visites d’État [98-101] Les Congrès et conférences

LE CERCLE CITÉ p.132-137

BIBLIOGRAPHIE p.138-141

NOTES p.144-149

LES GUERRES p.102-113

[102-103] La Première Guerre mondiale [103-105] La Seconde Guerre mondiale [106-113] La Libération


CERCLE LUXEMBOURG | 1909-2010

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p ré f ac e Comme peu d’autres édifices à Luxembourg, le Cercle est le témoin privilégié du développement historique, urbanistique et social de la Ville de Luxembourg depuis le début du 20e siècle, car sa vocation a toujours été et continue à être celle d’un lieu de rencontre et de convivialité, au centre de la vie sociétale de la capitale du GrandDuché. C’est dans le cadre élégant et prestigieux du Cercle qu’ont eu lieu toutes sortes de réjouissances et de célébrations qui, en plus de cent ans, l’ont rendu cher au cœur des Luxembourgeois.

— C’est dans le cadre élégant et prestigieux du Cercle qu’ont eu lieu toutes sortes de réjouissances et de célébrations qui, en plus de cent ans, l’ont rendu cher au cœur des Luxembourgeois. — Mais le Cercle a également été le témoin direct des moments sombres de l’Occupation nazie, mais il a aussi été le lieu où on a célébré la Libération en 1944 et où furent accueillis les Luxembourgeois de retour dans la patrie. Dans les années 1950 le destin du Cercle était étroitement lié à celui de la Haute Autorité de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, l’ancêtre de l’Union Européenne, dont le tribunal siègeait au Cercle et en même temps les locaux accueillaient des services municipaux ainsi que le Syndicat d’initiative et de Tourisme, devenu en 1995 le Luxembourg City Tourist Office. Fermé pour rénovation en 2005, le Cercle a fait peau neuve et a rouvert en 2011 sous le nom de Cercle Cité pour reprendre son rôle de toujours, à savoir un lieu de rencontre prestigieux en plein centre-ville, mais surtout un lieu ouvert qui accueille associations, artistes, résidents et visiteurs de la Ville, sans distinction, et en même temps un lieu de culture qui contribue à compléter l’offre culturelle en ville et qui propose en plus un centre de conférences de premier ordre.


L A PR É FA CE

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Grâce à de nombreuses photos, dont la plupart issues des collections de la Photothèque de la Ville, le présent ouvrage rend la part belle aux visiteurs prestigieux qui ont foulé les marches du Cercle : de l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié à Elisabeth II, reine d’Angleterre au président François Mitterrand en compagnie de la garde républicaine en passant par Margaret Thatcher et Willy Brandt, mais un de mes plus beaux souvenirs resteront les festivités des 25 ans de règne du Grand-Duc Jean en 1989. C’est pour faire revivre ce passé impressionnant, que nous avons confié à Jean Reitz la tâche de confectionner l’ouvrage historique que vous tenez entre les mains. Au nom du collège échevinal je tiens à remercier Jean Reitz pour sa recherche exhaustive, ainsi que tous ceux qui l’ont aidé dans sa tâche, particulièrement Anouk Wies et toute l’équipe du Cercle Cité et de l’Agence Luxembourgeoise d’Action Culturelle et je vous souhaite beaucoup de plaisir à feuilleter cet ouvrage et à découvrir la riche histoire et le glorieux passé du Cercle.

LY DIE P OL F E R

— Bourgmestre de la Ville de Luxembourg Présidente du comité de gérance du Cercle Cité


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Le Cerc le c e nte na i re D

epuis plus de cent ans, le Cercle, situé au cœur même de la ville, joue un rôle principal dans la vie des Luxembourgeois. Symbole bien visible de la municipalité, lieu de fête et de commémoration, lieu de cérémonie et de recueil, lieu de travail et de réflexion, le Cercle n’est pas seulement le théâtre privilégié de la vie sociétale de la capitale, mais il est aussi un lieu de mémoire de l’histoire nationale et européenne, notamment pour les commémorations du centenaire de l’Indépendance et après la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que dans les années 1950, au moment du démarrage de l’entreprise européenne. Le cinquième anniversaire de sa réouverture, après cinq années de restauration intensive, semble être une occasion idéale pour raconter l’histoire de cet immeuble, témoin de la vie politique et associative de la Ville de Luxembourg. Il s’avère impossible de reprendre tous les événements, manifestations, cérémonies, congrès, bals, concerts, bazars et autres événements exceptionnels, vu l’ampleur de la vie du palais municipal. De 1909 à 2005, quelque 1.200 événements on pu être retrouvés et la liste n’est pas exhaustive. En 1938, le Cercle a vu neuf concerts, six bals, deux bazars de charité, quatre expositions, quatre congrès internationaux, trois conférences, une fête d’indépendance des étudiants luxembourgeois, la remise des diplômes de maîtrise et le tirage d’une tranche de la loterie nationale. La présente publication se limite à donner un aperçu, une idée globale du rôle du Cercle. L’histoire du Cercle actuel ne commence pas seulement au début du XIXe siècle avec la décision du

collège échevinal en 1901 de construire un nouveau Cercle à l’emplacement de l’ancien corps de garde principal et de l’ancien Cercle littéraire qui lui donnera son nom. Mais l’histoire commence bien avant avec la pose de la première pierre du Cercle littéraire en mai 1830. À part le volet officiel avec visites d’État et commémorations nationales, la vie de l’ancien Cercle littéraire ressemblait beaucoup à celui de son successeur avec des bals, dîners, concerts, etc. Le démantèlement de la forteresse prévu par le traité de Londres de 1867 avait permis à la Ville de Luxembourg de se défaire de son carcan militaire, d’entamer une période d’extension et de développement économique et de s’affirmer comme une capitale moderne avec des parcs, des boulevards et des réalisations architecturales prestigieuses. Le nouveau bâtiment avait une double fonction : lieu représentatif de la ville pour des concerts, bals, fêtes et des réceptions officielles et lieu de travail avec des bureaux pour l’administration de l’architecte, des salles de réunion pour les commissions, une permanence des pompiers et un poste de police. Le projet d’inspiration française de Pierre Funck (1840-1932) et Paul Funck (1875-1939), père et fils, s’est imposé dans le concours d’architecture lancé en 1902. Le gros œuvre de la construction s’est achevé en 1907 et trois ans plus tard, en juin 1909, les premiers services municipaux s’y installaient. Le 5 septembre 1909, les chorales Les Amateurs de Huy et Les Enfants du Luxembourg donnaient le premier concert.


L E CE R CL E CE N TE N A IR E

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fallait attendre les années 1970 et le regroupement des institutions européennes au Kirchberg pour que le Cercle s’ouvre à nouveau au public.

[ Le hall d’entrée du nouveau Cercle avec le grand escalier d’honneur © photo inconnue, Photothèque VdL ]

Le Cercle symbolise la fierté de la ville en pleine expansion. Les armoiries de la ville, celles de l’époque, celles du XVe siècle et la frise de Jean-Pierre Federspiel - montrant la remise de la charte d’affranchissement par la comtesse Ermesinde à la ville en 1244 - rappellent la longue histoire de l’indépendance de la capitale luxembourgeoise. Tout au long de son histoire, le Cercle a été le théâtre d’importants événements historiques. Cela ne l’empêchera pas de devenir le lieu de rencontre privilégié des Luxembourgeois, qui s’y retrouvaient à l’occasion de bals, de bazars ou encore du tirage de la loterie nationale. Le Cercle accueillait les manifestations les plus diverses, voire incongrues : concours national de la Fédération des coiffeurs, foire gastronomique de 1934, tournoi international de tennis de table en 1939, des rencontres de boxe entre le Luxembourg et la Belgique en 1945 ou encore la présentation de la nouvelle Renault Dauphine en 1956. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le cercle devenait un haut lieu de la commémoration : le 10 septembre 1944, le prince Félix s’adressa à la foule depuis son balcon, le premier anniversaire de la libération y a été fêté sous forme d’un concert de gala et les urnes et cercueils des patriotes luxembourgeois décédés en Allemagne y étaient présentés afin que tout le Luxembourg puisse se recueillir. Dans les années 1950 et 1960, le Cercle rentrait dans l’histoire européenne et accueillait des séances du Conseil spécial des ministres et du tribunal de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Il

Enfin, le Cercle prêtait volontiers son cadre prestigieux aux visites d’État. La première de ce qui devint une longue liste de visites de chefs d’État et de têtes couronnées, fut celle de Son Altesse Royale et Impériale le Ras Tafari d’Éthiopie en 1924. La famille grand-ducale était aussi régulièrement accueillie au Cercle, que ce soit pour l’ouverture du bazar de la Croix-Rouge ou pour des occasions plus officielles. En 1939, la Grande-Duchesse Charlotte y inaugura les festivités du centenaire de l’Indépendance. En 1989, le Grand-Duc Jean y fêtait le 25e anniversaire de son avènement au trône puis, l’année suivante, le centenaire de la dynastie y était commémoré en présence de la reine Beatrix des Pays-Bas. Longtemps, la salle des fêtes du Cercle était l’unique salle de cette envergure. Ce qui explique la grande panoplie d’événements qui s’y tenaient. Avec le temps, de nouvelles infrastructures spécifiques et mieux adaptées aux exigences des différents domaines ont vu le jour. C’est notamment le cas des halles d’exposition au Limpertsberg construites en 1935, de l’aménagement d’une salle de concert avec studio d’enregistrement dans la Villa Louvigny en 1950, de l’inauguration du nouveau théâtre en octobre 1963 et du nouveau conservatoire en 1984, mais aussi des centres culturels dans les différents quartiers de la capitale. Depuis 1909, la vie riche et intensive du Cercle a laissé ses traces. À plusieurs reprises des travaux de restauration ont été entrepris. En 1952, la grande salle a été aménagée pour accueillir le tribunal de la CECA, puis a été remise en état en 1970. En 1989, le Cercle faisait peau neuve à l’occasion du centenaire de la dynastie et, finalement, entre 2005 et 2010, le bâtiment a été adapté aux exigences techniques et de sécurité d’aujourd’hui, pour rouvrir ses portes au public le 30 avril 2011.


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Lu xe m b ou rg, v i l l e ouverte VERS UNE VILLE MODERNE En 1867, un an après la fin de la Confédération germanique et à la suite d’une crise apparue entre la France de Napoléon III et la Prusse menée par le chancelier Otto von Bismarck, la neutralité du Luxembourg a été proclamée par les puissances européennes réunies en conférence à Londres. La garnison prussienne devait se retirer et la forteresse de Luxembourg devait être démantelée, Luxembourg devenait une ville ouverte. Débarrassée de sa ceinture de fortifications, elle pouvait commencer son extension. Avant 1867, la présence de la garnison faisait barrage au développement économique de la ville, bien qu’il existât plusieurs entreprises artisanales et quelques manufactures dans le textile, la ganterie, l’imprimerie, la bonneterie, la fabrication de chicorée et du tabac. Faute de place dans la forteresse, l’industrie sidérurgique, alimentaire et textile s’implantait dans une ceinture autour de la capitale, qui disposait de l’espace nécessaire et du raccordement au chemin de fer.1 La ville se muait en une ville moderne avec de grands boulevards, des nouveaux quartiers, des parcs à l’emplacement des ravins de la forteresse ainsi que toute l’infrastructure nécessaire à la vie citadine. Maintenant la ville pouvait respirer, s’épandre, se développer et elle avait clairement la volonté de le faire.

[ © Charles Bernhoeft, Photothèque VdL ]

C’est notamment la commune de Hollerich qui en profita. Dans les alentours de la gare de Luxembourg, un vrai quartier se développait avec des commerces. Des industries s’y installaient, le fabricant de tabac Heintz van Landewyck (1867), la Société des forges et laminoirs (1870), la chaudronnerie Müller-Bück (1870), la fonderie Woll & Biwer (1877), le fabricant de lits en fer Bert & Cie (1883) et la fabrique de champagne Mercier (1886).2 La population de l’ancienne ville forteresse augmentait de 26.303 à 39.488 habitants entre 1871 et 1900, soit un accroissement de 48 %. Cela vaut aussi pour Hollerich, Eich, Rollingergrund et Hamm, Hollerich par exemple doublant sa population entre 1860 et 1890. Le nouveau type d’économie voyait la croissance de la classe ouvrière et l’apparition d’une nouvelle couche sociale, celle des employés.


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DÉVELOPPEMENT DES SERVICES ET BÂTIMENTS PUBLICS Les services publics se développaient aux niveaux national et communal. En 1869, le ministre d’État installa ses bureaux dans la résidence désaffectée du gouverneur militaire, ancien refuge St. Maximin. Les nouveaux services publics à caractère national s’installaient à la périphérie de la capitale : le laboratoire bactériologique, la Caisse d’Épargne de l’État, les Assurances sociales et l’École industrielle. Le nouveau pont Adolphe qui enjambait la vallée de la Pétrusse permettait l’accès direct au plateau Bourbon et à la gare. C’est également l’époque des grandes constructions municipales : l’école Aldringen (1881), les bains municipaux, l’école de musique dans l’ancienne maison Pescatore. La construction de l’usine électrique permettait l’électrification de l’éclairage public et du tram (1908).3 La fonction publique passait de 1.050 fonctionnaires en 1889, à 1.400 en 1906 et 3.436 en 1913.4 Le corps des fonctionnaires communaux s’agrandissait aussi. Les services communaux commençaient à se spécifier et avaient besoin d’espace. Ils occupaient les anciens locaux de la forteresse, mais il fallait des immeubles modernes et adaptés. L’hôtel de ville, partiellement occupé par la justice de paix, était devenu trop exigu. L’idée a été évoquée de céder l’ancien hôtel de ville à l’État pour y installer le nouveau musée et de construire un nouvel hôtel de ville à la place d’Armes. La ville avait besoin d’un bâtiment représentatif avec des espaces administratifs et des espaces festifs.5

UN CONTEXTE POLITIQUE COMPLIQUÉ Les luttes politiques s’intensifiaient sous l’influence de ce qui se passait dans les pays voisins, notamment en France : l’apparition du socialisme, le regroupement des libéraux, la formation de véritables partis politiques ainsi que le rapprochement entre libéraux et socialistes. Dès 1904, socialistes et jeunes libéraux formaient un cartel pour les élections municipales : le bourgmestre et brasseur Emile Mousel, initiateur de la construction du Cercle, dut céder la place à l’ingénieur et homme politique libéral Jean-Pierre Alphonse Munchen. La première décennie du XXe siècle se déroulait dans une véritable atmosphère de Kulturkampf. Partout naissaient des mouvements rivaux. En 1904, les catholiques fondèrent l’Université populaire catholique (Katholische Volkshochschule), en 1908 la gauche créa les centres culturels populaires (Volksbildungsvereine). En 1910, les étudiants catholiques se regroupaient dans l’A.V. (Akademiker Verband), deux ans plus tard les étudiants de gauche fondaient l’Assoss (Association générale des étudiants luxembourgeois). Il y avait deux associations d’instituteurs et deux fédérations de scoutisme, de droite et de gauche, qui s’opposaient farouchement. C’est dans ce contexte politique que se place la construction du nouveau Cercle.


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UNE VIE CULTURELLE RICHE Le développement de la société impliquait aussi celui de la vie associative et la bourgeoisie manifestait un besoin en salons, en lieux pour se célébrer, se rencontrer et fêter. La vie culturelle de la petite ville de garnison était assez riche et se basait surtout sur les acteurs locaux. Le domaine musical était des plus actifs. Beaucoup d’associations musicales et chorales ont été créées au cours du XIXe siècle souvent sous l’impulsion des musiciens prussiens de la garnison, mais pas exclusivement. En 1851, des bourgeois et des militaires ont fondé le Cercle musical de Luxembourg qui se vouait à la pratique musicale, vocale et instrumentale. Ses statuts prévoyaient quatre concerts par saison. En 1856, il comptait 243 membres, dont 47 officiers de la garnison.6 En 1852, l’orchestre Harmonie est fondé au Grund et placé sous la direction de J.A. Zinnen. La même année, les sapeurs pompiers de Clausen se dotaient d’une fanfare. À partir de 1877, la Société philharmonique créa un orchestre symphonique qui figurait aussi comme orchestre du théâtre jusqu’en 1881. En 1887, les membres du Cercle musical ont été intégrés dans la Société philharmonique, qui devenait alors un des principaux acteurs de la vie musicale en ville. En octobre, la fanfare de Bonnevoie a été fondée. La majorité de ses 20 musiciens travaillaient dans la fabrique de champagne Mercier et étaient aussi membres de la Mercier’s Musek.

[ La Maison du peuple, coll. Jean Reitz ]

Au milieu du XIXe siècle, les chorales paroissiales obtenaient de la concurrence des chorales profanes. L’instituteur Adam Ecker et Laurent Menager ont fondé le Sang a Klang le 29 juin 1857 au Pfaffenthal. En 1859, c’était le tour du Sängerbond, première chorale profane de la Ville-Haute, qui deviendra la chorale Harmonie en 1864.7 En 1863, la création du Allgemeiner Musikverein témoigne de l’activité musicale dans tout le pays. Il regroupait 26 associations. La fédération était reprise en 1891 par l’Union Grand-Duc Adolphe, rassemblant 116 associations musicales et de gymnastique.8 Le 7 février 1885, l’orchestre symphonique de la Société de musique donnait son premier concert sous la direction de Henri Weber, ancien professeur au conservatoire de Gent. Les concerts « à la Strauss », qui se donnaient dans la Villa Louvigny pendant la saison estivale étaient très appréciés par le public luxembourgeois. Un autre acteur principal dans la vie culturelle de la ville était la Société de gymnastique, communément appelée d’Gym ou Den Turn. Créée en 1849 sous l’impulsion de Nicolas Martha, son premier président, elle entrete-


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nait de bonnes relations avec la garnison et avait une section théâtrale très active. À l’occasion des représentations théâtrales, il se pouvait que les portes de la forteresse restent ouvertes plus longtemps que d’ordinaire. À côté de ces associations plutôt ouvertes, les membres de la bourgeoisie de la ville se rencontraient dans des cercles fermés comme le Cercle littéraire (1826) ou la Société du casino bourgeois (1858). Ils y passaient leurs loisirs ensemble et s’adonnaient à des activités culturelles et sociétales. La vie culturelle ne se limitait pas aux associations locales. Des compagnies de théâtre et des orchestres qui étaient en tournée s’arrêtaient au Luxembourg. Ils venaient de Trèves, Coblence, Saarlouis, Cologne, Worms, Metz, Toul, Namur …9 Des solistes arrivaient des grandes capitales européennes, la cantatrice parisienne Nanny Buchkoltz et Cattinka de Dietz, pianiste des reines de Bavière et de France (1845 et 1846), Edouard Lyon, baryton à l’opéra de Paris (1852), la pianiste parisienne Marie Trautmann (1864), l’harpiste belge Félix Godefroid (1866) ou encore le violoniste tchèque Florian Zajic (1901 et 1904). Les chemins de fer reliant le Luxembourg aux réseaux des pays voisins à partir de 1859 permettaient aux artistes et solistes étrangers d’accepter plus aisément une invitation au Luxembourg.10

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DES TEMPLES DE LOISIRS ET DES MUSES Il fallait donc des lieux de spectacles, des salles et des scènes pour accueillir les concerts et spectacles locaux et étrangers. Différentes salles privées dans des hôtels, dans des cafés prenaient cette fonction. Des concerts et représentations de théâtre avaient lieu dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville, qui pouvait accueillir jusqu’à 500 personnes, dans le hall de l’Athénée, dans la salle Strock au Marché aux herbes avec une capacité de 280 places, à l’Hôtel français (Schrobildgen), dans la salle Hastert (Hôtel de Luxembourg) située dans la rue de l’eau ou encore au Cercle littéraire, dont la salle pouvait recevoir jusqu’à 200 personnes. Le Thalia Theater au boulevard Prince Henri disposait d’une salle de danse et de théâtre de 745 m2. Il existait des lieux d’amusement populaires comme le cirque Renquin avec une capacité de 2.000 spectateurs, l’Apollo Theater à la gare, la Villa Louvigny et la Villa Amberg dans les parcs de la ville, le Rathskeller/Vieux Luxembourg, le Café Chierici, le Café Mohr, l’Hôtel Brosius ou le Kölnischer Hof. 11 La Villa Louvigny proposait en 1894 un jardin d’acclimatation et d’élevage, avec oiseaux exotiques indigènes et singes. Elle a été transformée en salle des fêtes avec scène éclairée à l’électricité.12 La musique militaire invitait à des concerts d’abonnements à l’Hôtel de Luxembourg. L’Hôtel Brosius, construit en 1878, invitait chaque semaine des artistes de variété et louait la salle à des associations locales. En 1910, le Pôle Nord a été construit à l’emplacement de l’hôtel, la salle des fêtes mesurait 2.400 m2. Le Casino bourgeois et la Maison du peuple servaient de lieux de fête pour la bourgeoise, c’étaient des cercles fermés qui n’acceptaient guère de tierces personnes. 13 En 1880, la société Casino bourgeois se constituait en société anonyme Casino de Luxembourg et faisait construire par l’architecte Pierre Funck un lieu de rencontre entre le boulevard F.D. Roosevelt et la rue NotreDame. Le Casino ouvrait ses portes en 1882 et offrait à ses membres un restaurant, des salles de lecture et de jeux, un jeu de quille et, au premier étage, une salle des fêtes au décor de style Louis XVI polychrome d’une hauteur de deux étages.

[ LW 14.08.1871 ]


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[ Un banquet au Casino bourgeois © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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Si le Casino bourgeois reflétait le monde des affaires, la Maison du peuple représentait le monde politique et religieux.14 Pour combattre une société de plus en plus sous l’emprise du libéralisme et du socialisme naissant, les associations catholiques se sont regroupées au sein d’un siège central, la Maison du peuple (Volkshaus, Vollekshaus). La maison corporatiste catholique en style néo-renaissance avec sa façade monumentale en briques rouges et pierres jaunes, construite en 1910, était l’œuvre de l’architecte Jean-Pierre König.15 La pièce maîtresse était la salle des fêtes au premier étage avec une scène et une galerie pouvant recevoir 1.000 personnes. La salle de lecture et la bibliothèque de la société de lecture étaient installées au premier étage. Le deuxième étage était occupé par le cercle d’étudiants. Une salle de billard et un jeu de quilles se trouvaient dans les sous-sols. En 1869, la ville se dotait d’un théâtre, l’unique théâtre du pays avec 367 places. L’État avait cédé l’ancienne église du couvent des Capucins à la ville pour y installer une salle de théâtre. La ville confia l’exploitation de la nouvelle salle pour une durée de cinquante années à la Gym, qui avait acquis une certaine réputation avec la présentation des opérettes de Dicks

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en patois luxembourgeois. La Gym s’engageait à aménager la salle à ses propres frais dans un délai de six mois, à subvenir aux frais de fonctionnement, et à rendre les représentations publiques.16 Il existait donc dans la ville différentes salles privées dans des hôtels, dans des cafés ou dans des cercles fermés comme le Casino, plus au moins grandes qui s’apprêtaient à recevoir des spectacles et concerts. Cependant, la ville avait besoin d’une salle des fêtes publique, neutre, d’une certaine envergure et accessible à toute la population. Le gouvernement et la municipalité avaient prévu d’intégrer une salle des fêtes dans le nouveau musée à construire, mais assez vite l’idée d’une grande salle a été sortie du concept muséal.

[ La grande salle de la Maison du peuple © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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L’An c ie n Ce rc le LE CERCLE LITTÉRAIRE

LE SIÈGE SOCIAL

La dénomination Cercle trouve son origine dans l’ancienne société Cercle littéraire qui a été fondée le 19 novembre 1826 par des bourgeois de la ville de Luxembourg. Elle prenait la relève de la Société du casino qui fut dissoute une semaine plus tôt.

Les membres du nouveau Cercle littéraire se réunissaient d’abord au restaurant Schrobildgen, sis dans la rue de l’eau. En 1827, la société fit l’acquisition de trois maisons ayant appartenu à la famille Metz, situées dans la rue Genistre, séparées de la place d’Armes seulement par la garde principale, pour les abolir et construire leur futur siège. La conception de celui-ci fut confiée à l’architecte de la ville Dagobert Chauchet. Mais les ambitions étaient trop grandes et la période trouble des années 1830 fit le reste. Le nouveau siège, dont la première pierre avait été posée solennellement le 30 mai 1830, ne pouvait pas être terminé faute de capitaux. Pour les 23 membres solidaires du Cercle, la construction de l’édifice fut un cauchemar. La société s’était surendettée, elle avait dépensé 34.715 florins18, dont seulement deux tiers avaient été payés aux artisans.

La Société du casino a été fondée en 1818 pour privilégier les rapports entre officiers de la garnison prussienne et bourgeois de la ville. L’entente entre civils et militaires n’était que de courte durée, car les militaires voulaient s’emparer de la gestion de la société. Un duel entre deux voyageurs de commerce belges et deux officiers, membres de l’association, provoquait la dissolution de la société en 1826 et réanimait les ressentiments des bourgeois contre les militaires.17 La nouvelle société prévoyait l’affiliation de militaires uniquement comme « membres agrégés ». Les premiers administrateurs étaient tous des civils, en quelque sorte l’élite du Grand-Duché : le bourgmestre François Scheffer (directeur-président), François Couturier (directeur trésorier), Théodore de la Fontaine, membre des États provinciaux, F.-J. De Moor, Emmanuel Tesch et le greffier des États, Jean-Baptiste Gellé. Il s’agissait en grande partie de personnes politiquement engagées de l’opposition libérale ouverte à des réformes.

Pour générer des recettes et combler les dettes, la société endettée mettait la salle des fêtes tant bien que mal aménagée en salle de spectacle en location pour des fêtes, concerts et représentations théâtrales. Ainsi, en 1844, le sieur Martin y montrait son diaporama de Paris19 et la compagnie de M. Defranck, directeur d’une société d’artistes dramatiques allemands, y proposait des spectacles de théâtre20. L’année suivante, Mme Martin-Pepé, artiste du Conservatoire national de Paris21, et Melle Elodie Vaillant, lauréate du Conservatoire de Paris22 invitaient à leurs concerts au Cercle. Le 23 mai 1845, il a été procédé à la vente publique des biensmeubles appartenant aux membres de l’ancienne société, dite du Cercle littéraire23.


L ’A N CIE N CE R CL E

L’inventaire donne une idée des activités et des ambitions du Cercle littéraire. C’était une société de lecture et de loisirs, le cabinet de lecture montre une ouverture au monde et un intérêt aux actualités politiques, l’inventaire des vins montre la qualité de la cave :

«

MEUBLES Un billard avec tous les accessoires, quinquets, glaces, 125 chaises, 4 fourneaux, 23 tables de jeu et autres de toutes dimensions, un comptoir, 241 vol. de journaux reliés, 25 vol. de l’encyclopédie moderne, 10 vol. de l’encyclopédie du 19e siècle, 45 vol. de la revue britannique, une grande quantité de journaux non reliés, 15 tonneaux vides, une grande quantité de bouteilles.

17

Effectivement, des membres du Cercle faisaient partie du gouvernement, du conseil communal de Luxembourg et de la magistrature et étaient dans une situation de conflit d’intérêts. En 1853, les bâtiments du Cercle littéraire ont été mis en vente publique. Faute de candidats, la date annoncée pour janvier 1854 est reportée à plusieurs reprises au 21 octobre 185428, puis au 27 janvier 185529, au 28 juillet 185530 et enfin au 10 novembre 185531.

VINS

»

Environs 500 litres de vin blanc (Dreiborn), 250 bouteilles de Wormeldange, 17 bouteilles vin du Rhin, 730 bouteilles de Bourgogne, 370 bouteilles de Bordeaux et 35 bouteilles de Champagne mousseux. Tous ces vins sont de l’année 1834.

La société commençait à louer des parties de l’immeuble. À partir de 1846, l’imprimeur et lithographe M. Behrens s'installait dans une partie du deuxième étage.24 En 1851, la Société du conservatoire louait des locaux pour installer le bureau du directeur et des salles de classe25. Les journaux ne parlaient plus du Cercle littéraire, mais de Cercle musical (ancien cercle littéraire)26. Finalement, en 1848, la faillite du Cercle littéraire est devenue une affaire d’État, car les ouvriers créanciers de 18.000 florins dans le chef de la construction du Cercle, ont adressé une pétition à l’Assemblée des États. L’assemblée conclut qu’ « Ils ont vainement depuis 15 ans cherché justice devant les tribunaux du pays, ces tribunaux n’ont pu se composer à raison de l’intérêt direct ou indirect des magistrats dans ce débat, et que cette situation consacre en réalité un déni de justice le plus flagrant, déni de justice dont la responsabilité morale retombe sur le pays entier » et pria le gouvernement d’ « intervenir sérieusement dans cette affaire du Cercle littéraire afin qu’elle puisse obtenir une prompte solution ».27

[ Vente publique de biens meubles appartenant à la société du Cercle littéraire. Courrier 7.05.1845 ]


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L’ACQUISITION PAR LA VILLE Finalement, le bourgmestre Heldenstein, qui voulait solder les ouvriers, acquit le Cercle pour la somme de 60.000 francs32 et l’association du Cercle littéraire put enfin être dissoute. Il réagissait à la demande générale des citoyens qui voulaient que la ville se dote d’une vraie salle de théâtre et en même temps il scellait la destinée culturelle de la maison. Par contre, la ville n’avait pas les moyens nécessaires pour acquitter le paiement. Le 1er décembre 1858, deux années après l’acte d’acquisition, le tribunal d’arrondissement a établi l’ordre de paiement aux ayants droit. Le paiement était prévu à partir du 15 août 1859.33 En 1863, la ville empruntait finalement la somme de 70.000 francs sur les fonds de la Fondation Pescatore, pour pouvoir solder le prix d’acquisition du bâtiment, ainsi que les intérêts échus.34 La ville terminait les travaux du bâtiment non achevé. Elle y installa des services publics, l’école de musique et une école gardienne. L’école de musique, une initiative privée de 1822, a été reprise par la municipalité en 1844 et fonctionna jusqu’en 1881. En 1845, quelque 105 élèves suivaient les cours de l’école qui était placée sous la direction de Henri Cornely. En 1956, J.A. Zinnen reprit la direction de l’école.35 Les salles de classe et le bureau du directeur se trouvaient au deuxième étage du Cercle. Tous les concours publics et les remises des prix annuelles se tenaient dans la grande salle du Cercle. Le Cercle n’est pas seulement un des principaux édifices de la ville. Ferré, qui vantait les atouts du Luxembourg pour les futurs voyageurs du chemin de fer36, énumérait dans sa liste des principaux édifices le Cercle littéraire tout de suite après l’hôtel du gouvernement (ancien hôtel de ville), le palais de justice, l’hôtel du gouverneur de la forteresse et le séminaire.

[ Clara Schumann-Wieck, 1857 https://de.wikipedia.org/wiki/Clara_Schumann ]

Le Cercle évoluait vers un des hauts lieux de la culture. La ville mettait la salle à disposition des associations chorales, Sang a Klang, le chœur d’hommes Harmonie, la Réunion lyrique et la section dramatique de la Gym, qui proposaient des concerts au profit de l’œuvre sociale de la ville. En février, les citoyens allaient aux bals du mardi gras et du week-end de carnaval. Des grands banquets se tenaient au Cercle rassemblant jusqu’à 175 convives. L’inauguration du chemin de fer en 1859 rapprochait le Luxembourg de la capitale française et facilitait la venue de compagnies françaises. Ainsi, la ville louait la grande salle à la compagnie de théâtre de Jules de Reichenstein, qui se com-


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posait de « 20 artistes bien connus de Paris  ». Reichenstein investit dans la salle et réalisa de nouveaux décors. La Ville faisait construire des loges selon les plans de l’architecte Hartmann « pour que le Cercle présente au public toutes les aisances possibles ».37 Le Théâtre de la Polonaise affichait en 1862 huit représentations d’une comédie-vaudeville avec 35 artistes dramatiques et acrobates sur scène. Parmi les grands noms de musiciens qui sont passés au Cercle, il faut citer Clara Schumann-Wieck. Clara Schumann avait déménagé en 1863 à Baden-Baden et s’était fait une réputation lors de grandes tournées en Europe. Le 23 avril 1863, elle se produisait avec la chorale Sang a Klang. Au programme de la soirée : Beethoven, Bach, Scarlotti, Chopin, Mendelsohn et quelques pièces de fantaisie de Robert Schumann, décédé en 1856, ainsi que deux chansons présentées par le Sang a Klang.

[ Annonce du concert de Clara Schumann. L’Union, 24.04.1863 ]

LES OPÉRETTES DE DICKS Le 25 février 1855, à six heures, une page d’histoire théâtrale luxembourgeoise a été écrite. La société de gymnastique a été fondée en 1849 par le professeur Nicolas Martha, Mathias Mullendorf, Michel Lentz, Michel et Auguste Fendus, des jeunes gens inspirés par les idées libérales de 1848 et du mouvement gymnastique allemand. La Gym avait une section dramatique très active qui présentait De Scholtschéin, la première pièce en langue luxembourgeoise, paroles et musique de Dicks, alias Edmond de la Fontaine (1823-1891). Différents chansons sont devenues des rengaines, Ech sinn e groußen Hexemeeschter, Et wor emol e Kanonéeier. Michel Lentz et Nicolas Martha étaient responsables de la mise en scène, les acteurs étaient tous de genre masculin, conformément à la coutume de l’époque, il s’agissait de Victor Hoffmann, Jean-Pierre Küntgen, Franz et Albert Poncin. Après la première très réussie, la Gym fêtait le succès au Cercle avec rôti de veau, salade et dessert. Il paraît que quatre hommes forts, membres de la société, ont porté triomphalement Dicks à travers la salle. La Gym avait trouvé un arrangement avec les autorités de la forteresse pour que les portes de la ville restent ouvertes plus longtemps que d’habitude, ainsi personne n'était pressé de rentrer.

[ Courrier du Grand-Duché de Luxembourg. 24.02.1855 ]


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La presse était pleine d’éloges pour la pièce de Dicks. Philipp Funck38 écrivait dans le Courrier du Grand-Duché « en sortant de la salle, j’ai éprouvé en moi un véritable petit bonheur national, dont je leur suis sincèrement reconnaissant » et il parle d’une progression de la littérature luxembourgeoise : « M. de la Fontaine (…) a fait faire un grand pas à notre jeune littérature  ; un dialogue clair, léger et vif, une intrigue peut-être un peu simple, mais intéressante jusqu’au dernier moment, des caractères bien soutenus et aussi naturels que la langue, ce qui présentait la plus grande difficulté, le tout émaillé de spirituels couplets  ; de délicieuses chansons, ne laisse qu’une chose à désirer  ; c’est de voir l’auteur faire bientôt un nouvel appel à son talent musical et poétique ».

D’autres productions suivirent dans la même année, De Koséng oder Schwârz oder Blont (22.04.1855), D’Mum Se’s oder de Gêscht (11.011.1855), ainsi qu’une reprise du De Scholtschéin (16.01.1863)39. C’est seulement en 1863, après une pause créative de quelques années, que Dicks finissait De Ramplassang. La ville avait transformé la salle de spectacles en salle de concerts et de bal en 1862 et il fallait une dérogation spéciale pour une représentation théâtrale que la ville accordait volontiers. La première eut lieu le 22 novembre 186340, trois années plus tard Dicks présentait Op der Juôcht.

LE RESTAURANT BEIM GRÉITCHEN La Ville avait crucialement besoin de ressources financières, car l’exercice budgétaire de l’année 1864 s’était soldé avec un déficit de 54.084,06 francs41. L’idée a émergé de vendre le bâtiment du Cercle pour équilibrer le budget42, les recettes de la vente étaient estimées à 61.000 francs. Il paraît que le bâtiment était dans un piteux état et que des réparations « énormes » s’avéraient nécessaires.43 Après le démantèlement de la fortification et le départ des troupes prussiennes, le conservatoire et la crèche ont déménagé dans l’ancienne caserne de l’artillerie. La Gym utilisait l’ancien monastère des Capucins, qui avait été transformé en boulangerie de la garnison, comme salle de théâtre. L’inauguration officielle avait lieu le 15 février 1869. La Ville n’ayant pas un besoin direct pour l’immeuble du Cercle littéraire, elle pouvait s’en séparer. Cependant, la Ville ne trouvait pas de preneur. Après avoir proposé la vente de l’immeuble en mars 186744, en décembre45 elle essayait de le mettre en location pour dix ans, puis elle laissait le choix entre location et vente en janvier 186846. [ LW 11.01.1868 ]

Finalement, c’est Melle Marguerite Faber qui prenait le Cercle en location pour dix ans contre le paiement d’un loyer annuel de 4.000 francs. Elle ouvrait son restaurant pour Pâques 1868, qui devenait vite une des premières adresses de la ville. 47 En 1877, Marguerite Faber fit l’acquisition de l’immeuble. La Ville avait vendu en même temps le passage couvert entre la rue du Curé et la place Guillaume (46.000 frs.) et le Cercle (75.000 frs.). 48 Jean Lenz, l’héritier de Marguerite Faber, rajouta un troisième étage et fit de la salle des fêtes un des hauts lieux culturels et sociétaux de la capitale. Les concerts d’abonnements de la musique militaire et les concerts d’artistes internationaux, les bals, notamment du carnaval, attiraient grand monde. L’édition 1895 du Guide Hachette le prônait comme le meilleur restaurant en vogue.49


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[ Le restaurant Faber derrière le corps de garde © Camille Aschmann, Photohèque VDL ]

LE CERCLE REVIENT À LA VILLE

[ LW 14.04.1868 ]

La Ville avait crucialement besoin de locaux pour l’administration communale et notamment pour les nouveaux services municipaux ainsi que pour l’école de musique qui était projetée. La ville n’avait pas de salle des fêtes appropriée. En 1901, le collège échevinal discutait du rachat du Cercle, le bourgmestre Emile Mousel regrettait la vente du bâtiment dans les années 1870, laquelle, selon lui, avait été une erreur50. À l’époque, la vente avait rapporté 75.000 francs, par contre en 1902 la Ville a dû dépenser 185.000 francs pour racheter le Cercle, soit trois fois plus que la valeur de 1855. Le conseil communal a voté l’acquisition du Cercle avec l’abstention de Luc Housse et Heinz et l’opposition de Xavier Brasseur.51


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Le Nouveau Ce rc le I

nitialement, la Ville avait prévu de rénover l’ancien Cercle, mais l’idée a vite été rejetée pour faire place à une nouvelle construction au même endroit afin de tenir compte des exigences de l’époque. Pour que sa propriété ait pignon sur rue et aussi pour donner un caractère moins belligérant à la place, la Ville devrait faire l’acquisition de la garde principale. Le corps de garde était devenu un sujet de discorde entre le gouvernement et la Ville.52 En 1888, il existait déjà des plans pour démolir le corps de garde, agrandir la place et céder une partie au propriétaire du restaurant Faber.53

Il existait une certaine rivalité entre le gouvernement, l’église catholique et la ville pour la réutilisation des terrains libérés par les militaires et pour afficher leurs pouvoirs par le biais de constructions imposantes. L’Église catholique avait déjà construit le Convict épiscopal, ouvert en 1872 et agrandi en 1882/83, le seul édifice monumental construit pendant le démantèlement de la forteresse. En 1901, elle envisageait la construction d’une nouvelle cathédrale au Glacis. Comme le projet n'aboutissait pas, l’agrandissement de la cathédrale existante a été projeté en 1906.54

Le gouvernement avait agrandi le palais de justice et l’avait muni d’une façade néo-Renaissance. Il projetait la construction d’un nouveau laboratoire de l’État, la fondation d’une école artisanale, l’édification d’une nouvelle école industrielle et rêvait d’un musée national. Le gouvernement songeait à valoriser la place d’Armes, comme toute la ville d’ailleurs, afin d’attirer des investisseurs nécessaires au développement de l’économie luxembourgeoise. Il souhaitait un agrandissement de la place en utilisant l’espace libéré par l’ancienne garde. La Ville, par contre, aspirait à une meilleure représentation du pouvoir municipal et soulignait le caractère principal de la place d’Armes. Elle s’imaginait la construction d’un édifice représentatif et imposant au centre-ville, avec les symboles du pouvoir municipal : les armoiries, la frise historique, la tour emblème de la ville-même (Stadtturm) et l’horloge laïque en contestation des cloches catholiques de la cathédrale.


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L’ANCIENNE GARDE La garde, qui se situait à l’est de la place d’Armes, était une construction de style néoclassique de 1827, qui remplaçait la garde de l’époque française (1685-1690). Après le démantèlement de la fortification, une grande partie des dépôts et casernes revenaient au gouvernement luxembourgeois, qui les convertit en manufactures, écoles, hospices et administrations. Le bataillon des chasseurs s’installa dans le corps de garde et y resta jusqu’en 1881. En janvier 1890, Nicolas Muller, commandant-instructeur des pompiers volontaires de la Ville-Haute, demandait la création d’un poste de garde pour les pompiers de la ville.55 En 1891, la ville sollicitait auprès de l’État la jouissance du poste de garde dans le but d’y installer un poste de police jour et nuit et un poste de pompiers la nuit. La cessation provisoire s'est faite à partir du 30 décembre 189156. Après de longues et difficiles négociations, un accord a été trouvé en février 1902. Le gouvernement était d’accord pour céder le terrain de 4,8 ares de la garde, sous différentes conditions. La Ville devait mettre à disposition un terrain pour la construction de l’école industrielle et commerciale et participer financièrement à la construction de l’école (100.000 francs) et du musée national (200.000 francs).57 La Ville avait effectivement un intérêt à placer ses collections artistiques dans ce nouveau musée. Trois mois plus tard, l’entrepreneur Jean Ledrut, qui avait remporté la soumission pour la démolition de l’ancien Cercle et de la garde pour la somme de 10.500 francs, commença les travaux de démolition.58 Par ailleurs, Joseph Heintz-Michaelis avait acquis les pierres pour reconstruire la garde dans le parc de la manufacture de tabac Heintz van Landewijk à Hollerich. 59 Heintz trouvait que la garnison prussienne avait été le garant de l’indépendance luxembourgeoise et voulait absolument sauvegarder ce témoin de l’époque prussienne.

[ Le corps de garde juste avant sa démolition, 1902 © Charles Bernhoeft, Photothèque VdL ]


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[ Le démantèlement du corps de garde, 1902 © Batty Fischer, Photothèque VdL ]


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[ Le corps de garde, 1902 © Batty Fischer, Photothèque VdL ]

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[ Archives VdL : LU Imp IV / 2: 0187 ]

LE PROGRAMME Les membres du conseil communal s'accordaient sur le besoin en espaces supplémentaires pour l’administration communale et sur la nécessité d'une salle des fêtes publique. Mais, dans les détails, ils se contredisaient. Quels services y installer, l’école de musique, les archives ? Les uns voulaient réserver quelques salles à la bourse commerciale, d’autres voulaient installer une chambre froide pour les bouchers de la ville ou intégrer un kiosque dans l’entrée du Cercle, tourné vers la place d’Armes.60 Lors de la séance du conseil communal du 10 septembre 1904, M. Bellion s’opposait à la construction du Cercle qui se faisait au détriment de la place d’Armes. « Unnütz auch einen schönen Festsaal zu bauen, welcher so vieles Geld kosten würde. Man habe ja im Stadthause einen schönen Saal ; man könnte ja den zu erbauenden Saal nicht jedem x-beliebigen Pompierskorps überlassen, infolge dessen stände der Saal 11 Monate im Jahr hindurch leer.  … Nach Herr Bellion braucht die Stadt keinen Festsaal, damit die kleinen Leute nicht drin kommen ! … »61

Le collège échevinal avait retenu pour la construction du palais municipal « un beau style à caractère communal »  ou encore «  un caractère plus original  62», mais sans prescrire aucune référence à un style particulier, par contre le budget était fixé à 750.000 francs63. Dans d’autres cas, notamment pour la construction de la nouvelle gare, le ministre d’État avait demandé de construire celle-ci dans un style régional, qui se trouve entre Nancy et Coblence, soit un style, que l’architecte Joseph Jüsgen a défini comme baroque mosellan.64 Pour le développement de la ville, le recours à l’expérience d’architectes étrangers était monnaie courante. L’architecte français Oscar Bélanger dessinait les grands boulevards, l’urbaniste allemand Joseph Stübben développait le plan d’aménagement de la ville et le paysagiste Edouard André dressait les plans pour le nouveau parc de la municipalité. Toutefois, pour la construction du Cercle, le collège échevinal misait sur des architectes luxembourgeois et limitait le concours à ceux-ci.


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LE CONCOURS D'ARCHITECTES L’architecte de la ville Antoine Luja avait établi un avant-projet et un concours d’architectes a été lancé la même année. Selon le bordereau, le programme définitif65 pour le concours prévoyait les locaux suivants :

à l’étage des caves les fosses, citernes, caves à vin, caves à provisions

commissions des hospices, des écoles et du bureau de bienfaisance.

au sous-sol

premier étage

une grande salle de débit, dite « taverne », la cuisine et ses dépendances, la soute à charbon, des cabinets séparés pour les deux sexes, un local pour le matériel du service de secours en cas d’incendie, un local contigu pour la garde de nuit des pompiers, un local pour la voiture d’ambulance, un local pour la police locale et un local contigu pour servir de violon

grande salle des fêtes mesurant au moins 400 m2, avec orchestre pouvant contenir 160 chanteurs, les locaux accessoires, le buffet avec pièces accessoires, les cabinets pour les deux sexes

deuxième étage service de l’école de musique

rez-de-chaussée grand vestibule, escalier d’honneur, des bureaux et archives pour la police, des bureaux pour les services de l’architecte et de l’ingénieur de la ville, des salles et des bureaux pour les

En effet, la municipalité voulait se doter de nouveau d’une école de musique. Les premières démarches ont été faites en 1897, en 1902 le gouvernement donnait son accord pour un financement paritaire. Au même moment, Madame Eugénie Dutreux, veuve de Joseph Pescatore, faisait un legs à la ville sous condition d'investir l'argent dans l’enseignement musical. L’école de musique a été ensuite sortie du projet et installée dans trois maisons de Mme Dutreux, rue de la Trinité.66 Le concours s’adressait exclusivement à des architectes luxembourgeois et se faisait à deux tours. Ils devaient introduire leur projet budgétisé dans un délai de quatre mois. Quelques archi-

Mansardes archives et autres services à venir.

tectes de réputation s’adressaient à la Ville pour demander un sursis d’un mois et pour manifester leurs craintes que les architectes étrangers puissent participer via un homme de paille.67 Le jury international siègea seulement en août 1903, il se composait du bourgmestre Emile Mousel, de l’ingénieur Tony Dutreux et, sur recommandation du ministre d’État Eyschen, de trois architectes étrangers. Il s’agissait de Joseph-Antoine Bouvard, directeur des Services d’architecture, promenades et plantations de la Ville de Paris, Friedrich von Thiersch, professeur d’architecture à l’Université de Munich, et Ernest Acker, architecte à Bruxelles.


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Dans la séance du 3 août 1903, le jury analysait les douze projets déposés68 et en retenait quatre pour la deuxième étape du concours avec la recommandation suivante :

« Le jury exprime le vœu que dans leurs études définitives des façades et de décoration intérieure les auteurs des projets primés adoptent un style d’architecture … qui soit en rapport avec le caractère pittoresque de la cité luxembourgeoise.  »

[ Projet Municipal II de Pierre et Paul Funck, 1904. Archives VdL, reproduction Photothèque VdL ]

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[ Projet Municipal II de Pierre et Paul Funck, 1904. Archives VdL, reproduction Photothèque VdL ]


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Les plans des différents projets de la première épreuve ont été exposés dans le hall de l’Athénée,69 ceux de la deuxième épreuve ont été présentés au public dans la salle des séances à l’hôtel de ville du 27 février au 3 mars 1904.70 On peut en déduire l’importance de l’opération, mais aussi l’intérêt des citadins pour leur nouveau Cercle. Quatre mois plus tard, en février 1904, le jury se réunit pour délibérer des quatre projets retenus. Le professeur Thiersch, qui était absent, fut remplacé par l’architecte d’État français Alfred Vaudoyer, qui d’ailleurs était aussi l’auteur du pavillon luxembourgeois à l’exposition universelle de Paris. Notons que Tony Dutreux en était le commissaire. Le premier prix a été attribué au projet Coq II, dont la grande tour à la Viollet-le-Duc répondait le mieux aux désirs du jury. Le projet Coq II émanait des architectes Paul Funck et Pierre Funck, père et fils, qui avaient aussi déposé le projet Municipal.71 Les deux autres projets ont été déposés par Jos Nouveau, un jeune étudiant en architecture de 20 ans, et Nicolas Petit, qui occupait par la suite le poste d’architecte de la Ville de Luxembourg de 1909 à 1945.

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Les plans des Funck ont encore subi de notables changements. La tour en beffroi fut remplacée par une tourelle qui allait partir en encorbellement du premier étage, genre bretèche, ainsi l’aspect pittoresque de l’immeuble a pu être conservé. La salle des fêtes a été mise en valeur par l’agencement de trois grandes fenêtres donnant sur une terrasse. Celle-ci formait une sorte de loge recouverte au rez-de-chaussée permettant aux visiteurs une descente à couvert de leurs calèches. Un dallage en bois devait absorber le bruit des attelages, comme dans l’entrée du palais grand-ducal. À l’intérieur la modification la plus importante était l’agrandissement de la salle des fêtes et l’aménagement d’une tribune pour orchestre. Le jury tenait à l’emploi de matériaux nouveaux comme le béton armé, et à un dôme éclairant le foyer du premier étage.73

Le style différait d’un projet à l’autre. « Le projet néoclassique de Joseph Nouveau ne répondait pas suffisamment à la demande du jury, pour qui la mise en valeur de la salle des fêtes fut déterminante ». Les façades de style néo-Renaissance allemand de Nicolas Petit étaient jugées comme « intéressantes et originales, agréables et séduisantes », toutefois leurs plans manquaient de clarté. Le projet Municipal de style des Beaux-Arts de Pierre et Paul Funck n’a pas su convaincre le jury, « la clarté du plan était l’unique argument en faveur du projet ». Le style historicisant du projet Coq mélangeait librement et de façon éclectique des éléments médiévaux, Renaissance et baroques. Le style de historiciste était idéal pour sortir la monumentalité du bâtiment et mettre en valeur la réussite politique, sociale et économique.72 De grandes entreprises luxembourgeoises ont recouru à ce style pour la construction de leurs sièges sociaux  : l’ARBED, la Banque internationale à Luxembourg, la Caisse d’Épargne de l’État, et la société de chemin de fer Guillaume Luxembourg. [ Le projet Coq II de Pierre et Paul Funck a remporté le premier prix. Archives VdL ]


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UNE ENTREPRISE LUXEMBOURGEOISE Dans sa réunion du 10 septembre 1904, le conseil communal approuvait le premier lot, à savoir l’excavation des fondations, en tout 44.000 m3 et le chantier démarrait. La Ville avait tenu à ce que ce nouveau palais municipal mette en valeur l’artisanat et les matériaux luxembourgeois. L’entrepreneur Ledrut a été chargé des travaux de cimenterie.74 La menuiserie a été confiée en mars 1906 aux entreprises Kolbach, Feller, Hentzen, Feller et Linster. En juillet, la Ville a chargé les entreprises J. B. Schiltz, Welker & Scharpegge, Fr. Burkel und Nik. Beicht d'effectuer les travaux de peinture. Jacques Bradké a livré les 28 miroirs et a exécuté les

travaux de vitrage. L’entreprise luxembourgeoise NouveauPrintz a livré la cuisine, Jacquemart le marbre et les carrelages dans la partie publique et Michael Funck a posé les mosaïques et les carrelages dans la partie administrative.75 Uniquement pour des fournitures très spéciales, la Ville avait recours à des entreprises étrangères. L’entreprise de l’architecte Wilhelm Maus de Francfort a livré les 88 lustres en bronze et en cristal. Le chauffage central a été réalisé par l’entreprise Möllering de Hanovre. L’entreprise Bembé de Maïence, qui avait déjà travaillé au palais grand-ducal, était en charge des parquets.76 Vu l’importance du chantier, la presse le suivait de près, chaque fait divers était l’occasion d’une brève dans les quotidiens, particulièrement lorsqu’il s’agissait d’actions exceptionnelles comme l’arrivée des grandes pierres pour la taille. Le Luxemburger Wort le commentait de la façon suivante : «  Wärend eines Unwetters brachten die Knechte des Unternehmers Ledrut einen Stein von 20.000 kilogr. auf einem eigens dazu angefertigten Wagen mit 20 Pferden bespannt aus Fels bis in die Bädergasse, alswo sie ausspannten. Man glaubte eine Bataillon Artillerie zu sehen. Der Stein soll bei dem Cercle-Gebäude gebraucht werden. »77 La presse annonçait régulièrement la progression du chantier, pour satisfaire la curiosité des citadins, qui attendaient impatiemment l’ouverture du nouveau Cercle :« Am neuen Cercle-Gebäude auf dem Paradeplatz schreiten die Arbeiten immer weiter. Bereits ist der aus drei Bogen bestehende Eingang fertig. Man kann wieder am Bauplatz einen gewaltigen Steinblock sehen, der in dem kolossalen Gebäude Platz finden wird. »78

[ Pierre Federspiel travaille la frise de la façade principale, 1905 © photo inconnue, Photothèque VdL ]

« Neues Cercle-Gebäude. Am neuen Cercle-Gebäude sind bereits das Zifferblatt und die Zeiger der neuen großen Uhr angebracht ? Vom Paradeplatz sehen sie sich hübsch an. Hr. Bildhauer Federspiel ist ebenfalls schon mit der Ausführung des historischen Reliefs, das vor acht Tagen in unserem Blatte vom Jesuitenpater Beissel besprochen wurde, beschäftigt. »79 « Seit gestern Morgen hat man am Cercle-Gebäude eine großen Teil des Gerüstes entfernt und man kann nunmehr den Fries "Huldigung der Landstände an Gräfin Ermesinde" betrachten. »80


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[ Bar-Foyer vers 1920 © photo inconnue, Phothothèque VdL ]

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LA CÉLÉBRATION DE LA MUNICIPALITÉ La Ville tenait à se représenter sur l’immeuble. Bien qu’elle ne l’ait pas fait pour l’école Aldringen et le passage entre la place d’Armes et la place Guillaume, les bains municipaux de 1875 portaient sur leur façade principale les armoiries de la Ville et le chronogramme « CIVICUS SEMPER ELUENS HAEC UNDA PROFICIAT »81. La façade du théâtre en style néo-Renaissance ne portait pas non plus les armoiries de la ville, peut-être y avait-on renoncé parce que le théâtre était exploité par la Gym. Si l’hôtel de ville de 1830-38 ne présentait aucun décor permettant de la reconnaître comme tel, sur le nouveau palais municipal, la Ville se représentait dans toute sa splendeur. Libérée des contraintes militaires qui pesaient sur la ville depuis plus de 900 années, la municipalité voulait célébrer cette « nouvelle indépendance » en rappelant les deux événements qui ont été décisifs pour le sort de la ville, à savoir la liberté gagnée en 1244 et le départ de la dernière garnison étrangère en 1867. À ceci se rajoutaient une certaine fierté et la prise de conscience du sentiment national. Le conseil communal désirait voir sur la façade principale un relief représentant la remise de la charte d’affranchissement de 1244, les armoiries de la ville au XVe siècle et les armoiries de l’époque ainsi que l’épisode du démantèlement de la fortification sur les vitraux d’art du grand escalier d’honneur. Dans les décors de stuc, la Ville faisait intégrer le symbole de la rose, en l'honneur des jardiniers rosiéristes luxembourgeois qui avaient une réputation mondiale.

LE CONCOURS D U 1 er F É V R I E R 1 9 0 7 Le 20 octobre 1906, la Ville a lancé un concours pour la sculpture de la grande frise de la façade principale et le vitrail de l’escalier d’honneur qui s’adressait à « des artistes luxembourgeois, des personnes apparentées à des Luxembourgeois et aux étrangers habitant le pays depuis un certain nombre d’années »82. L’argumentaire83 pour le concours a été écrit par l’éminent historien de l’époque, Nicolas Van Werveke. Pourquoi le choix de ces motifs ? Van Werveke comparait les deux événements qui, pour lui ont eu un effet très positif sur la ville. La remise des lettres de franchise par la comtesse Ermesinde fut pour les habitants de la ville un événement capital d’une importance exceptionnelle, par lequel ils sortaient pour toujours de la servitude. Le démantèlement de la forteresse a permis à la ville de se défaire du joug militaire, qui était devenu très contraignant pour les citoyens et ne permettait pas de développement économique de la ville. Il recommandait aux sculpteurs de s’inspirer pour les costumes de l’ouvrage sur les costumes médiévaux de Germain Demay, 84 et pour l’architecture des ouvrages de Viollet-le-Duc ou de Harak85. Le jury se composait du ministre d’État Paul Eyschen, du bourgmestre Alphonse München, de Tony Dutreux, de l’échevin Luc House, de l’architecte Paul Funck et de deux membres élus par les concurrents (en l’occurrence un des deux était Antoine Hirsch, directeur de l’École des artisans). Pierre Federspiel a remporté le premier prix.


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[ Le parvis du Cercle avec son dallage décoratif, 1910 © Th. Wirol, Photothèque VdL ]

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L E BA S - R E L I E F D E PIERRE FEDERSPIEL Pierre Federspiel (1864-1924) s’était déjà fait une certaine réputation au Luxembourg. Après un apprentissage chez le sculpteur Mergen à Luxembourg-Limpertsberg, Federspiel avait fait des études à l’Académie des Beaux-Arts à Munich chez le professeur Wilhelm von Rümann, à l’Académie Julian à Paris et à l’Académie d’art de Berlin. À partir de 1907, il enseignait la sculpture à l’École des artisans à Luxembourg, aujourd’hui Lycée technique des arts et métiers. En tant que sculpteur, il avait réalisé un grand nombre de portraits, dont le buste de Hippolyte Troyanne et celui d’Emmanuel Servais à l’hôtel de ville, le monument Dicks-Lentz au square Jan Palach (1903), les 15 portraits à la façade principale de la gare de Luxembourg, dont la Comtesse Ermesinde, mais aussi le chef de gare Joseph Junck (1907-1909). Il avait participé au premier salon du CAL en 1894 avec une sculpture d’une jeune femme peintre norvégienne.86

Le choix se faisait sur base de maquettes introduites. Federspiel a dû présenter, pour le 1er février 1907, une maquette au cinquième de l’exécution et des maquettes de plus petite échelle pour les armoiries. Avant de passer à l’exécution de l’œuvre, il a dû présenter une maquette à mi-échelle avec simple rejet des masses montrant les divers plans du modelage. Il a entamé les travaux en septembre 190787 pour les terminer en avril 1908.88 Federspiel travaillait sur le site, à une hauteur de quelque huit mètres, il ciselait les cinq blocs de pierre qui étaient intégrés dans la façade du Cercle. Pour se protéger contre les intempéries, les échafaudages étaient fermés par des planches en bois, et couverts par des tôles avec quelques ouvertures pour laisser passer la lumière du jour. Il a touché un cachet de 13.000 francs pour la réalisation de la frise et des deux écussons, qui comprenait aussi bien les travaux préparatoires, l’exécution que les échafaudages. Federspiel a représenté à droite de la frise la comtesse Ermesinde, assise sur une espèce d’estrade devant son siège remettant la charte d’affranchissement aux nouveaux bourgeois de la ville. Elle est entourée de ses deux fils, Henri et Gérard, de deux dames d’honneur, d'un page et de cinq chevaliers sur les 42 chevaliers présents. À gauche du relief, les bourgeois, échevins et le justicier précédant les citoyens de la ville, ainsi que les artisans des faubourgs qui montaient des villes basses du Grund et du Pfaffenthal. Devant la plus grande des cinq portes de la ville, la porte de l’Acht, le regard d’un jeune garçon est attiré par des mendiants, un aveugle et un lépreux. Il créa également les deux panneaux des avant-corps, l’un illustrant les armoiries octroyées à la ville par Philippe le Bon, Duc de Bourgogne au XVe siècle, et l’autre les armoiries de l’époque avec le lion sur burelles.


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L E S V I T R AU X D ’A R T Les conditions du concours pour le vitrail de l’escalier d’honneur laissaient le choix du sujet à l’artiste, qui devrait toutefois « s’inspirer le plus possible des moments ou faits relatifs à l‘histoire et au développement de la ville de Luxembourg ». Selon le programme de Nicolas van Werveke, l’œuvre devrait représenter « le démantèlement de la forteresse, qui était aussi un acte d’affranchissement » afin de « donner une image fidèle du 11 mai 1867 ».89 Van Werveke rajoute : «  la bourgeoisie fut enfin libérée du joug qui pesait sur elle depuis près de neuf cents ans ; les remparts tombèrent, les routes furent ouvertes de tous côtés, les communications si difficiles furent bientôt des plus faciles ».90 Le jury eut cette instruction : « Le génie de la liberté passant par la première brèche que la pioche du démolisseur vient de faire dans l’enceinte guerrière de la ville. Et, pendant que la population en joie pousse des cris d’allégresse en acclamant avec enthousiasme l’apparition de la liberté qui lui assure la paix et la justice, l’on voit disparaître à l’horizon les dernières baïonnettes des troupes étrangères quittant la ville pour toujours. » L’entreprise de vitriers Linster Frères de Mondorf sortit première du concours. Pierre Linster avait fait des études d’art et l’apprentissage de vitrier d’art dans le célèbre atelier Champigneulle à Paris avant d’ouvrir son atelier à Mondorf-les-Bains en 1891. Il se forgea vite une réputation et reçut de nombreuses décorations, entre autres à l’exposition mondiale de Paris en 1900 et aussi à Lille en 1902. À sa mort en 1906, ses fils Sylvère et Jean, les frères Linster, prirent la relève. Seulement, le vitrail ne fut pas exécuté en raison du prix élevé du projet.91 À part la prime du premier prix qui se chiffrait à 400 francs, la Ville avait effectivement prévu un forfait de 1.750 francs comprenant les travaux préparatoires, l’échafaudage, le vitrage, la fenêtre en fonte ou en fer et la pose, un forfait beaucoup trop bas. [ Bar-Foyer 2011© Christof Weber ]


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[ La frise de Pierre Federspiel représentant la remise de la lettre de franchise à la ville de Luxembourg par la comtesse Ermesinde en 1244 © Andres Lejona, 2015 ]


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LE MOTIF DE LA ROSE Autour de 1900, les roses cultivées sur les champs de la ville de Luxembourg et de ses alentours étaient exportées dans le monde entier. Jusqu’à 10 millions de plantes quittaient chaque année les roseraies luxembourgeoises pour aller fleurir, entre autres, les parcs princiers, royaux et présidentiels. De nombreuses variétés de l’époque portaient des noms de têtes couronnées, de présidents d’État ou de célébrités de la vie publique. Plus de 100 hectares étaient exploités au Limpertsberg, mais aussi à Beggen, Dommeldange, Walferdange et Strassen. Les entreprises de roses les plus connues étaient Soupert et Notting, Ketten Frères, Gemen et Bourg.92 À cette époque, la rose représentait un facteur économique national. Les cultivateurs de roses étaient de véritables pionniers de l’industrie rosière. Leur engagement a valu au Luxembourg notoriété et devises. La municipalité a insisté pour que le motif de la rose soit intégré dans les décors du nouveau Cercle, notamment à l’étage noble. La rose est stylisée dans les ornements du promenoir, aussi bien qu’au bar foyer. Ici le motif de la rose est omniprésent. Les décorations en stuc des plafonds présentent des banderoles de roses ou des bouquets de roses aux quatre coins des caissons ou des cornes d’abondance dont poussent des rosiers

[ Les chapiteaux au bar-foyer © Jean Reitz, 2016 ]

dans les écoinçons. Sur les murs, le motif des roses se répète sous forme de gerbes au-dessus des linteaux et sur les chambranles des portes. Des chapiteaux des colonnes pendent des grappes et des branches de roses. Les décorations au-dessus des battants des portes reprennent le même motif. Au-dessus de l’entrée principale de la salle des fêtes, les armoiries de la ville rappellent le propriétaire de l’immeuble.93 La vocation de la grande salle est représentée sur les écoinçons de son plafond qui affichent des emblèmes d’instruments de musique, le cor de chasse et le violon. Le décor célébrait à la fois la fonction et le propriétaire.

[ Décoration florale au plafond du bar-foyer © Jean Reitz, 2016 ]


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UN DÉMARRAGE DIFFICILE D É PA S S E M E N T B U D G É TA I R E Dans le rapport administratif de l’exercice 1908 de la Ville, le Cercle était de loin le bâtiment le plus important, il est noté avec une valeur de 1.000.000 francs par rapport à la mairie 300.000 francs et les bains et lavoirs 350.000 francs.94 L’architecte de la ville Nicolas Petit présenta le décompte de la construction du Cercle au conseil communal. Le coût total se chiffrait à 1.058.331,42 francs par rapport à un devis de 745.000 francs. Ce qui représentait un dépassement de 313.331 francs, soit 42 % du montant initial. Un budget séparé de 250.000 francs avait été prévu pour le premier équipement. Ce montant n’a pas été dépensé intégralement, de sorte que le dépassement global se chiffrait à plus ou moins 150.000 francs. Le collège échevinal a refusé aux architectes les honoraires de 5% sur le dépassement.95 Au conseil communal, une discussion s’ouvrait autour de la question du personnel à affecter au Cercle. Le conseil était d’accord d’engager un concierge, avec un salaire de 1.000 francs et un logement de service. Par contre l’engagement de personnel supplémentaire, un huissier et un garçon de course, était sujet à discussion. Un poste budgétaire de 200 francs était prévu pour le nettoyage, le même montant que pour le nettoyage d’une école.96

[ Annonce du premier concert au nouveau Cercle. LW 3.09.1909 ]

U N E OU V E RT U R E DISCRÈTE L’ouverture du Cercle s’est faite en toute discrétion. Aucune trace ne se trouve ni dans la presse, ni dans des documents d’archives quant à une inauguration officielle. En octobre 1908, le bourgmestre München avait fait allusion à la présence d’une délégation du conseil communal de Paris à l’occasion du vernissage du Cercle, sans mentionner de date possible97. La Luxemburger Zeitung ironisait sur l’inauguration officielle dans un article cynique qui l’annonçait avec celle des Bains municipaux en 1917.98 Les services municipaux

prenaient possession de leurs nouveaux bureaux au Cercle à partir de juillet 1909. La presse signalait en juin la préparation des services communaux au déménagement. 99 La commission scolaire signifiait l’ouverture de ses bureaux au deuxième étage du Cercle le 9 septembre 1909.100 Pour la grande fête internationale de gymnastique organisée par la fédération à Luxembourg du 31 juillet au 3 août 1909, le Cercle n’était pas encore prêt pour recevoir le congrès. La Ville a dû mettre à la disposition de la fédération le vestibule et la


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salle de séance de l’hôtel de ville101. Par contre, les délégués internationaux avaient l’honneur de visiter le Cercle et d’assister au concert de l’harmonie Concordia au kiosque de la place d’Armes à partir du balcon du Cercle.102

Dans la nouvelle salle des fêtes, qui pouvait accueillir jusqu’à 700 spectateurs104 (25 chaises dans 28 rangées), les 220 exécutants des deux sociétés réunies présentaient à la fin du concert deux pièces pour chœur double, à savoir l’Hymne au Drapeau de J. Berleur et l’Hymne final de la nuit du Sabbat de A. Thomas.

Le premier événement dans la grande salle des fêtes du nouveau Cercle mentionné dans la presse locale était le grand concert avec 220 exécutants donné par les chorales Les Amateurs de Huy et Les Enfants du Luxembourg le 5 septembre 1909.103

Avec les premiers événements, les premières critiques se faisaient aussi entendre. Le Luxemburger Wort ne donnait pas une appréciation très positive de la salle lors du premier concert 105:

« Gestern nachmittag öffnete der neue Cercle zum zweiten Mal seine Tore (resp. die eine Hälfte seines mittleren Vordertores), um den zahlreichen Besuchern des angekündigten « Monsterkonzertes » Aufnahme zu gewähren. Durch das massiwe Treppenhaus mit seinem steilen Aufstieg gelangten wir in den architektonisch schönen Festsaal, der allerdings noch etwas den Eindruck des Unfertigen macht. Wer dort einmal hinter den ersten Stuhlreihen Platz genommen, konnte nur noch still in sich versunken Alles über sich ergehen lassen, da die in das Ensemble hinein passenden Damenhüte und das viel zu niedriege Podium jeden Auf- und Ausblick unmöglich machten. Höchstens konnte man über das Podium hinaus durch die hohen Saalfenster die öden Schieferdächer der Nachbarschaft bewundern, wo ein Hiddigeigei106 sich um einen Schornstein herumdrückte und das ungewohnte Schauspiel von vis-à-vis betrachtete  »


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Le loyer appliqué était aussi source de polémique. Le Luxemburger Wort attaquait le collège échevinal libéral et social. Il citait un article de la Luxemburger Volkszeitung, porte-parole du partie communiste qui était irrité par la politique d’attribution de la nouvelle salle des fêtes. Il reprochait au collège communal de privilégier la « haute volée (donc un grand nombre d’étrangers, qui ne paient pas un denier d’impôts)  », et de les accueillir au Cercle à titre gratuit, tandis que d’autres devaient payer un loyer de 500 francs. La Ville avait accordé la gratuité pour le bal de l’Alliance française, pour la fête en l’honneur de

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Schiller du Volksbildungsverein et pour le concert de musique de chambre du conservatoire. La ville demandait un loyer complet pour l’assemblée générale constituante de la jeune association des fonctionnaires d'État, la Musique militaire qui voulait transférer ses concerts du dimanche du kiosque de la place d’Armes à la salle des fêtes du Cercle, ainsi que pour la soirée de bienfaisance du Sang a Klang en faveur des crèches (Kinderhort).107

PA L A I S M U N I C I PA L OU CERCLE La municipalité a seulement pris une décision concernant la dénomination du Cercle en 1910. L’idée principale de la Ville était de construire un nouveau Cercle. Lors des réunions du conseil communal et dans les appels à candidatures, il est fait référence aux termes de « reconstruction du bâtiment du Cercle »108 ou « nouveau Cercle »109 . C’est seulement dans sa séance du 12 septembre 1910, donc bien après l’achèvement des travaux, que le collège des bourgmestre et échevins retenait la dénomination officielle Palais municipal. La désignation Palais municipal n’a pas réussi à s’imposer. Elle était utilisée dans des annonces, dans des textes et invitations officiels, mais les Luxembourgeois gardaient l’ancienne appellation Cercle. Dans les années 1960, le Cercle portait la dénomination officielle Cercle municipal.

[ L'ancien kiosque et le nouveau Cercle © Coll. Jean Reitz ]


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Si l e C e rc le pouva i t pa rl e r… L

a vie du Cercle était très riche, plusieurs milliers d’évènements ont pris place entre 1909 et 2010. Il est impossible de les faire revivre tous dans cette publication. Tout au plus peuton rendre l’atmosphère du Cercle centenaire en évoquant des manifestations qui sortaient de l’ordinaire ou qui étaient une constante pendant un certain moment, celles qui ont fait couler beaucoup d’encre ou qui sont restées dans la mémoire collective vu leur caractère exceptionnel ou leur importance historique.

Batty Weber110 avait raison quand il dénonçait l’usage fait par la Ville du Cercle, qui selon lui le réduisait aux concerts du conservatoire. Effectivement, jusqu’au début des années 1920, les manifestations publiques au Cercle étaient rares, la programmation se limitait aux concerts du conservatoire, à des concerts de bienfaisance des fanfares locales et de la musique militaire, une exposition photographique, une exposition historique et une exposition de machines volantes, quelques bals, des réunions et assemblées générales. Une des raisons était assurément l’état de guerre dans lequel le Luxembourg se trouvait de 1914 à 1918. C’est seulement dans les années 1920 que le Cercle trouvait sa vitesse de croisière avec en moyenne entre 20 et 30 manifestations par saison et un premier point d’orgue avec les festivités de l’Indépendance en 1939. L’invasion du Luxembourg par les troupes nazies en mai 1940 mettait un terme à toutes les activités de loisirs et avec la prolongation de l’occupation, les manifestations se faisaient de plus en plus rares. L’apogée du Cercle se situait dans les années d’après-guerre avec un grand nombre de manifestations patriotiques, le retour de la joie de vivre et la reprise d’une vie normale. De 1953 à 1976, la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier avait pris en location la grande salle du Cercle, de sorte que les manifestations sociétales et de bienfaisance étaient restreintes aux quinze jours autour de Noël et du carnaval.


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LES CONCERTS Jusque dans les années 1950, le Cercle disposait de la plus grande salle pouvant accueillir des grands orchestres et un public nombreux. Dans les années 1920, il arrivait que plus de 700 personnes s’entassent dans la salle des fêtes pour suivre des concerts avec 90 ou 220 exécutants. Ce n’est donc pas étonnant que le Cercle soit, à cette époque, le haut lieu de la musique tout court pour les ensembles luxembourgeois et encore davantage pour les ensembles étrangers. En 1925, Tony Dutreux avait même proposé d’installer un orgue dans la grande salle du Cercle111 pour satisfaire les besoins du conservatoire qui y donnait régulièrement des concerts symphoniques. Mais l’idée est restée lettre morte et en cas de besoin d’un orgue, il fallait installer un petit orgue transportable. Pour la présentation de la Passion selon Saint-Jean en 1939, la manufacture d’orgue Haupt de Lintgen mit à disposition un orgue Hammond.112 La palette des concerts offerts était très colorée, des ensembles luxembourgeois, des chœurs, orchestres et solistes étrangers se partageaient la scène du Cercle. Toutefois, quelques institutions étaient des « clients fidèles  » et présentaient de vraies saisons musicales au Cercle. Le conservatoire recourait au Cercle pour ses concerts, ses auditions, ses concours et ses remises de prix. À partir de 1929, Les Amis de la musique étaient un des grands organisateurs qui invitaient les meilleurs ensembles et solistes de l’Europe. Les concerts de cette association étaient le couronnement de la saison. Dans les années 1930, l’orchestre de Radio Luxembourg devenait un hôte bienvenu du Cercle, car les concerts diffusés par la radio ont porté le nom du Luxembourg et du Cercle loin au-delà des frontières. Après la Deuxième Guerre mondiale, les concerts des Jeunesses musicales ont attiré un public jeune et intéressé dans la salle des fêtes du Cercle.

Une grande constante du Cercle était les concerts de bienfaisance. Des ensembles vocaux, des orchestres amateurs et professionnels ont joué pour la bonne cause et ont cédé les recettes à des œuvres sociales. Presque tous les ensembles musicaux de la ville sont passés au Cercle, de la fanfare du Grund à l’Harmonie municipale, du Sang a Klang à l’Orphéon, de l’Union des sociétés de musique de la ville de Luxembourg à l’Union Grand-Duc Adolphe. Quelques concerts sont sortis de l’ordinaire : la fête en l’honneur de Menager (13.02.1935), celle en l’honneur de Fernand Mertens (10.12.1945), les concerts de la Chorale des instituteurs dans les années 1930 et surtout les concerts patriotiques en 1939 et en 1945 après la libération. Faute de billetterie, car le Cercle n’avait pas de structure administrative, les organisateurs des concerts ont dû recourir à d’autres moyens de vente. Les billets des concerts du conservatoire se vendaient au secrétariat de celui-ci, à partir des années 1920, les réservations pouvaient se faire par téléphone. Souvent les libraires de la ville, les agences de voyages ou d’autres magasins assumaient le service de billetterie.

[ Concert patriotique au Cercle © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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L E S C O N C E RT S D U C O N S E RVAT O I R E Le Conservatoire de musique de la Ville de Luxembourg fut fondé en 1906 grâce à la générosité de Madame Pescatore-Dutreux. Dès 1907, l’orchestre symphonique, placé sous la direction du directeur Victor Vreuls (1906-1926), composé de professeurs et d’élèves, se présentait au public luxembourgeois. À partir de l’ouverture du Cercle, les concerts symphoniques, les concerts de musique de chambre et les concours publics des élèves, ainsi que les remises de prix se tenaient dans la grande salle et dans la « salle boisée  » (salle bleue). Le 19 décembre 1909, l’orchestre symphonique du conservatoire jouait son premier concert de la saison au Cercle. L’orchestre présenta entre autres, la Symphonie no 8 de Beethoven, le Concerto en la majeur pour clarinette de Mozart avec comme soliste le professeur Josef Dublié. Les quatre concerts d'abonnements du Cercle étaient un rendez-vous fixe sans interruption jusqu’en 1940. Le dernier concert avait lieu juste avant l’invasion, il avait au programme le Requiem de Verdi pour soli, chœur et orchestre. En 1947, le conservatoire reprenait timidement la tradition des concerts d'abonnements avec un unique concert pour la saison 1947, le dimanche des Rameaux. Le programme comprenait le bel oratorio de Haydn La Création pour soli, chœurs et orchestre.

L’orchestre du conservatoire produisait aussi des concerts en l’honneur de l’anniversaire de la Grande-Duchesse en janvier. À différents moments, des concerts de bienfaisance de l’orchestre permettaient de collecter des fonds pour des institutions sociales comme l’Œuvre Saint-Nicolas (1924), le combat contre le cancer (1926), Caritas (1939) ou pour des personnes en besoin, tels les inondés de Paris (1910), les légionnaires luxembourgeois (1920) ou les victimes de la Deuxième Guerre mondiale (1945). L’orchestre, qui était assez réduit à ses débuts, vit grossir ses rangs avec l’arrivée du nouveau directeur Lucien Lambotte (1927-1953) pour former un ensemble de 70 musiciens, composé des enseignants, élèves, anciens élèves et en renfort quelques musiciens militaires. L’orchestre attaquait depuis sa fondation les grandes œuvres du répertoire classique, romantique et moderne : les concertos de Bach, Haydn, Haendel, Mozart, Beethoven, Schumann, Brahms, les symphonies de Beethoven, Haydn, Mozart, Schubert, Mendelsohn, Schumann, Franck, D’Indy, Chausson, Dukas, Berlioz, Liszt, les poèmes symphoniques de Franck, D’Indy, St. Saëns, Vreuls, Chausson, Duparc, Richard Strauss, etc. 113 [ Les Concerts du conservatoire, programme du troisième concert, 6.04.1952 ]


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De nombreux solistes et chanteurs internationaux de renom ont été invités. Les pianistes français Geneviève Dehelly (18851970), Robert Casadesus (1899-1972) et Marcel Ciampi (18911980), les pianistes belges Mit Scapus (1892-1989), François Scharrés, les violonistes belges Mathieu Crickboom (18711947), Hector Clockers (1901-1965), et français André Asselin (1895-1993). Dans le domaine du chant, nous avons le basse belge Lucien Van Obbergh (1887-1959), la contralto suisse Lina Falk (1898-1943). 114 À partir des années 1930, la chorale mixte du conservatoire, créée en 1926, s’associait à l’orchestre pour la production de grandes œuvres ; La Damnation de Faust d’Hector Berlioz (1930), Les Saisons de Haydn (1932), Le Requiem de Gabriel Fauré (1932), la Passion selon Saint-Mathieu (1939), La Création de Haydn (1947) ou encore La Passion selon Saint-Jean de Bach115 (1950) à l’occasion du 200e anniversaire du décès du compositeur. Parmi les solistes se trouvaient aussi des chanteurs et musiciens luxembourgeois, Victor Jaans, basse, dans le rôle de Jésus, et Camille Felgen, baryton, qui venait juste de terminer sa formation de chanteur d’opéra, dans celui de Pilate, René Eiffes à la viole d’amour, Jean Join au violoncelle, Victor Fenigstein au clavecin et Jean-Pierre Kemmer aux orgues.116

[ Le basse belge Lucien Van Obbergh. https://www.flickr.com/photos/ historical_opera_singers/3795672542 ]

[Les Concerts du conservatoire, programme du premier concert, 26.11.1950]

[ Distribution de prix, 1937 ]


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L’ O R C H E S T R E D E RADIO LUXEMBOURG En 1933, la Compagnie luxembourgeoise de radiodiffusion a chargé Henri Pensis, premier violon du Westdeutschen Rundfunkorchester, de la création d’un orchestre. Le 15 juillet 1933, les vingt musiciens de l’orchestre se présentaient une première fois aux auditeurs de Radio Luxembourg. Bien que les débuts ont été modestes et difficiles, sous la compétence du premier chef permanent Pensis, l’orchestre se développait rapidement. Il avait recours à des renforts venant de la musique militaire ou des conservatoires d’Esch-sur-Alzette et de Luxembourg. L’émission Musique du XXe siècle présentait à partir de novembre 1935 des compositeurs contemporains : Darius Milhaud (La Création du Monde), Francis Poulenc (Concerto champêtre), Henri Tomasi (Cyrnos, poème symphonique pour piano et orchestre), Bela Bartok (Concerto pour piano no 2, sonates pour deux pianos et percussion). L’orchestre a joué en première Ragtime, Concerto pour violon et le Concerto pour piano d'Igor Stravinsky, ainsi que le Concerto philharmonique de Paul Hindemith. À côté d'un travail comme orchestre de radio, Pensis et ses musiciens proposaient deux concerts publics par semaine, qui étaient transmis en direct soit du Casino, soit du Cercle. Ce qui donnait au public du Cercle l’occasion de rencontrer les solistes les plus mémorables de l’époque, le violoncelliste américain Gregor Piatigorsky (21.12.1934), le pianiste Robert Casadesus (12.03.1938) ou les violonistes français Jacques Thibaud (12.03.1935), Robert Kitain (15.12.1949) et Arthur Grumiaux (7.04.1949 et 23.03.1950). Après la Deuxième Guerre mondiale, l’orchestre avait un rendez-vous fixe au Cercle, les Concerts du jeudi. Il arrivait que l’orchestre enregistrait un double concert par soirée. C’était le cas le 26 octobre 1950, le premier concert avec la cantatrice algérienne Bella ben Sedira commençait à 20.15 heures et le deuxième avec le pianiste américain Shura Cherkassy à 21.30 heures.

[ Henri Pensis © programme Les Amis de la musique, 17.02.1938 ]

En 1958, la nouvelle aile de la Villa Louvigny, avec auditorium et studio destiné à la production des émissions, était inaugurée. Dès lors, l’orchestre se présentait exclusivement dans sa propre salle, puis après octobre 1963 également au Nouveau Théâtre, notamment pour les concerts des Jeunesses musicales.117 Seulement à deux exceptions, l’orchestre revint au Cercle, le 12 juillet 1974, pour un concert dans le cadre de l’été musical, sous la baguette de Jaroslaw Opela. Au programme Le Barbier de Séville de Rossini, Le Grand Duo pour violine et contrebasse (Henri Roquet et Jean Poppe) et La Symphonie du nouveau monde de Dvorak.118 Le 26 juin 1977, l’orchestre se produit une dernière fois sous la direction de Pierre Cao avec un programme proposant Reznicek, Brahms, Gounod, Chabrier, Johann Strauss, Loewe.119


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[ Jacques Thibaud. Library of Congress LC-DIG-ggbain-29948 ]

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LES JEUNESSES M US I C A L E S Les Jeunesses musicales avaient comme but de faire découvrir la musique classique aux jeunes, en leur apprenant à écouter la musique, en éveillant leur sensibilité musicale et en développant leur faculté de jugement musical. Le vendredi 18 octobre 1946, le premier concert des Jeunesses musicales au Cercle avec l’orchestre symphonique de Radio Luxembourg sous la direction de Henri Pensis avait fait salle comble. Le public était composé essentiellement de jeunes gens qui avaient suivi l’invitation des Jeunesses musicales, le prince Charles et la princesse Marie-Gabrielle ont honoré l’initiative des Jeunesses musicales par leur présence. C’était le premier d’une longue série de concerts assurés par l’orchestre de Radio Luxembourg, qui se suivaient à un rythme mensuel d’octobre à avril, dans les premières années majoritairement au Cercle, mais occasionnellement au théâtre. Deux années après leur création, la section luxembourgeoise a invité au congrès international du mouvement des Jeunesses musicales, grâce à l’initiative du président annuel de la Fédération internationale, René-Louis Peulvey, directeur général de Radio Luxembourg. Le congrès, qui se tenait dans la salle des séances de l’hôtel de ville et qui était placé sous la présidence de la princesse Marie-Gabrielle et du prince Charles, était marqué par d’importantes manifestations musicales : la Chorale Sainte-Cécile à la Cathédrale, un concert de la musique de la Garde Grand-Ducale à la place d’Armes, l’Orphéon au château de Vianden, un récital de musique de chambre dans la Villa Louvigny et deux concerts au Cercle. [ La princesse Marie-Gabrielle accueillie devant le Cercle © Coll. Jeunesses musicales Luxembourg, reproduction Photothèque VdL ]

[ L’orchestre de Radio Luxembourg, Premier concert des Jeunesses musicales © Coll. Jeunesses musicales Luxembourg, reproduction Photothèque VdL ]

Le grand gala symphonique du samedi soir au Cercle était dédié à Georges Enesco. Ce célèbre violoniste, compositeur et chef d’orchestre roumain n’était plus retourné dans sa patrie après une tournée en Amérique en 1946. Il a interprété comme soliste le Concerto en mi majeur pour violon et orchestre de Johann Sebastian Bach et il a dirigé sa IIe Suite pour orchestre. Le journaliste du Tageblatt120 n’avait que des éloges pour Enesco : « L’étonnant génie musical du maître, entrevu dans l’interprétation en soliste de Bach, ce Bach qu’il a choisi pour modèle, trouve sa plus profonde expression dans sa propre création ». Le deuxième concert de l’orchestre de Radio Luxembourg faisait redécouvrir une jeune pianiste française, Nicole Henriot. Après avoir obtenu son premier prix de piano en 1938, à l’âge de treize ans, elle avait remporté en 1939 le troisième prix du concours Gabriel Fauré qui se tenait au Cercle. Elle a su montrer ses qualités de virtuose et sa grande musicalité en interprétant le Concerto pour piano et orchestre de Schumann.


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LES AMIS D E L A M US I QU E Les Amis de la musique, une association créée en 1928 par quelques mélomanes, enrichissaient la scène culturelle du Luxembourg en général et celle du Cercle en particulier. À partir de 1929, l’association invitait les meilleurs ensembles d’Europe au Cercle. Tous les critiques louaient les efforts de l’association et la qualité des concerts. Ainsi à l’occasion du concert de Pierre Monteur et l’orchestre symphonique de Paris, le Luxemburger Wort notait en 1930 : « Nicht nur in der Natur, sondern auch in der Kunst, besonders in Opern und Konzerten herrschte bisher ein auffallend milder Winter, der in seinem Verlauf in Opernaufführungen niemals, im Konzertleben selten durch stärkere Impulse unterbrochen wurde. Diese kamen von außen, durch Künstler, die uns die Amis de la Musique auf das Cercle-Podium verschrieben.121 »

le Tageblatt écrivait : « Wir sind in Luxemburg längst gewöhnt, die Konzerte die die Musikfreunde organisieren, als künstleriche Höhepunkte zu betrachten, und wirklich wurden wir auch noch niemals hierin enttäuscht. »122

[ Programme Les Amis de la musique, 27.03.1931 ]

Entre 1929 et 1966, à l’exception des années de guerre, les Amis de la musique ont organisé quelque 90 concerts de très haut niveau.123 Selon les statuts la société avait pour objet entre autres de regrouper les amateurs de la musique et d’inviter, avec la collaboration et sous la direction des grands maîtres, à des concerts symphoniques. Des grands chefs d’orchestre ont fait le déplacement jusqu’au Luxembourg: Wilhelm Furtwängler et l’Orchestre symphonique de Berlin (2.05.1929), Hermann Abendroth et l’Orchestre de chambre de Cologne (15.01.1931), l’Orchestre national de Belgique sous la direction de Stéphane Candael (21.01.1938 - avec l’Union royale belge - et 18.02.1946124), la Société des concerts de Paris (14.01.1949) ou encore la Garde républicaine de Paris (4 .01.1935).

[ Programme Les Amis de la musique, 5.11.1949 ]

Le récital de piano d'Alfred Corot était le premier concert des Amis de la musique (23 décembre 1928), d’autres solistes suivaient: Lotte Lehrmann, soliste à l’opéra de Vienne (4.11.1929), le pianiste russe Alexander Brailowsky, grand interprète de Chopin (6.11.1931), le pianiste allemand Walter Gieseking dont le jeu clair, différencié et unique faisait de lui une des figures de proue en Europe (27.03.1931), le pianiste suisse Edwin Fischer, grand spécialiste de Bach et Beethoven (4.12.1931), Georges Kulenkampff (4. 12/1931), etc. Jusqu’en 1940, la majorité des concerts étaient donnés au Cercle, occasionnellement au Casino bourgeois et exceptionnellement dans la cathédrale. Après la guerre, trois concerts avaient encore lieu au Cercle, l’Orchestre national de Belgique (18.02.1945 et 8.01.1951), l’Orchestre de Radio Luxembourg avec comme soliste le violoniste Isaac Stern (5.11.1949). Dans les années suivantes, les Amis de la musique ont dû se contenter du théâtre, le Cercle étant occupé par les instances de la CECA.

[ Programme Les Amis de la musique ]


CERCLE LUXEMBOURG | 1909-2010

L A M US I QU E M I L I TA I R E Avant 1867, le contingent luxembourgeois comprenait deux bataillons, le premier était stationné à Echternach, le deuxième à Diekirch. Chacun avait un corps de de musique comprenant entre 25 et 29 musiciens. FranzFerdinand Hoebich était chef de musique au 1er bataillon créé en 1842 et J.A. Zinnen celui du 2e bataillon créé en 1847.125 En 1867, le contingent luxembourgeois prenait garnison à Luxembourg et les deux musiques fusionnaient. Le premier concert annoncé dans le Luxemburger Wort était celui du jeudi soir, 24 juin 1880, avec au programme des œuvres de Gounod, Auber, Rosenkranz, Johann Strauss et Lecocq.126 Longtemps, les concerts au kiosque de la place d’Armes étaient la seule occasion pour la majorité des citoyens d’écouter de la musique. Ainsi, les concerts du dimanche matin et du mercredi soir attiraient toujours une grande foule. L’ensemble à cordes de la musique militaire jouait aussi des concerts d’abonnements à l’ancien Cercle, c.-à-d. au restaurant Faber pendant les mois d’hiver. Gustav Kahnt se produisait en tant que soliste lors d’un concert au Cercle le l5 janvier 1882. Les concerts d’hiver au Cercle pendant la saison 1893/94 avaient lieu tous les dimanches après-midi du 26 novembre jusqu’en février. En 1901, l’orchestre dispersait ses concerts d’abonnements, certainement pour essayer d’autres salles. Il se présentait au théâtre, au casino de la gare, au restaurant A. Niedler ou encore à l’Hôtel de l’Europe. À partir de la saison 1901/02 les concerts d’abonnements étaient transférés à l’Hôtel de l’Europe, la salle du Cercle n’étant plus disponible.

[ Le saxophoniste François Daneels et la Musique militaire grand-ducale. Coll. Musique militaire grand-ducale, reproduction Photothèque VdL ]

Avec l’ouverture du nouveau Cercle, l’orchestre de la musique militaire y revenait pour des concerts symphoniques ou pour des concerts de bienfaisance. Le 11 février 1912, l’orchestre invitait à une fête en l’honneur de Richard Wagner. Les concerts symphoniques se jouaient alternativement au Cercle et à l’hôtel Kölnischer Hof. En 1914, la musique militaire se mettait à plusieurs reprises au service d’œuvres sociales, la soupe populaire et la crèche, en 1916 pour l’œuvre de la protection de l’enfance, de même en 1917, en 1922 et 1923 pour les colonies de vacances et la crèche. Après la libération, la musique militaire ne revenait au Cercle que pour des concerts occasionnels. En 1945, l’orchestre donnait un concert en l’honneur de la ligue Ons Jongen (28 mai) et pour les étudiants victimes de la guerre (13 juin). En 1950, elle jouait un concert de bienfaisance pour l'Œuvre des pupilles de la nation. (9 et 12 mars). Deux années plus tard, la musique militaire honorait son ancien chef Pol Albrecht à l’occasion de son 80e anniversaire (23 mai).127

[ L’orchestre symphonique de la musique militaire, vers 1912. Coll. Musique militaire grand-ducale, reproduction Photothèque VdL ]


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Dans les années 1970, l’orchestre présentait de nouveau ses concerts d’hiver au Cercle, les concerts du mercredi et des concerts du big band. En 1972, le commandant Désiré Dondeyne, chef de la Musique des gardiens de la paix de Paris, dirigeait la musique militaire au Cercle (12 janvier). L’orchestre symphonique de la musique militaire s’était associé au Madrigal et au C.W. Post College Choir de Brookville pour un concert de bienfaisance (2 février). En grande mémoire restait aussi le concert dédié au compositeur René Hemmer le 7 février de l’année suivante. En 1975, l’orchestre,

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sous la direction d’Albert Häberling, accompagnait Pierre Nimax au piano. On a l’impression qu’en 1976 la musique militaire était l’orchestre de la maison avec cinq prestations : le concert d’hiver (28 janvier), un concert de gala avec le soliste Ellie Apper de Bruxelles, au programme la Ballade de A. Reed et le Concertante de C. Grundmann, (11 février), le concert avec la pianiste japonaise Ikuyo Kamiya (24 mars), le concert à l’occasion du 50e anniversaire de l'Union des sociétés de chants de la ville de Luxembourg (3 avril) et le concert dédié à l’opéra italien (3 décembre).128

[ Le big band sous la direction de Paul Dahms © Coll. Musique militaire grand-ducale, reproduction Photothèque VdL ]


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L A C H O R A L E D E S I N S T I T U T E U R S LUXEMBOURGEOIS Des instituteurs luxembourgeois se sont réunis le 6 décembre 1934 pour fonder leur propre chorale dans le but de cultiver la bonne chanson et la collégialité professionnelle. Dans les dernières années avant la guerre, la chorale des instituteurs luxembourgeois s’assurait le concours d’un grand orchestre et de solistes pour les grands concerts annuels au Cercle. Lors du grand concert symphonique et vocal du 6 mars 1938, la chorale sous la direction de Michel Hulseman était accompagnée par des membres de l’orchestre de Radio Luxembourg.129 En 1939, le concert du 5 février présentait les solistes madame A. Schaus-Erend, melle A. Peffer, Paul Sontag et Josy Zinnen, le Lëtzebuerger Männerquartett, accompagnés par l’orchestre militaire (5 février). 130 Le grand concert de bienfaisance du 17 mars 1940 annonçait comme solistes mme Schaus-Arend, A. Peffer, Paul Sontag, Josy Zinnen, les enfants de la chorale de Hulsemann, les élèves des instituteurs Edouard Kayser de Hobscheid, Henri Parries de Beaufort, Georges Rech de Schifflange, Léon Useldinger de Canach et Joseph Wallers de Reisdorf. [ Programme du concert, 1938 ]

Bien qu’au début de la guerre, le comité de la Chorale des instituteurs luxembourgeois ait décidé de ne pas donner de concert pendant la durée des hostilités, il a révisé sa décision pour prester un concert placé sous la maxime de la Paix.131

D E S C O N C E RT S MÉMORABLES Parmi les centaines de concerts qui se donnaient au Cercle, quelques-uns sortaient de l’ordinaire et restaient des rencontres mémorables pour la qualité de la prestation ou pour leur valeur historique ou sentimentale. Les deux concerts du grand pianiste hongrois Franz Liszt font partie des moments musicaux mémorables du XIXe siècle, il s'agit du concert qu’il a donné à l’Hôtel de Luxembourg le 24 novembre 1845 ainsi que de sa dernière apparition publique le 19 juillet 1886 au Casino bourgeois. Le concert en l’honneur

de Liszt était initialement prévu le 21 juillet dans l’ancien Cercle à la place d’Armes. C’est seulement en raison des travaux de restauration que le concert a été délocalisé au Casino. Le nouveau Cercle, ouvert depuis 1909, avait l’honneur d’accueillir des musiciens de renom.132


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W I L H E L M F U R T WÄ N G L E R E T L’ O R C H E S T R E SYMPHONIQUE DE BERLIN L’apogée de la vie musicale des années 1920 était assurément le concert que l’Orchestre philharmonique de Berlin a donné au Cercle le 2 mai 1929 sous la direction de Wilhelm Furtwängler. L’orchestre, qui avait été créé en mai 1882, était à l’époque le seul orchestre indépendant en Allemagne. Sous ses chefs successifs, Hans von Bülow, Arthur Nikisch et Furtwängler, l’orchestre s’était forgé une réputation mondiale. Les Amis de la musique avaient réussi à faire venir l’orchestre au Luxembourg - il faut dire que la veille il jouait à Trèves. La programmation, entièrement allemande, présentait entre autres la Symphonie en mi-b majeur de Mozart, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner et Thill Eulenspiegel de Strauss, une pièce maîtresse que l’orchestre avait dans son répertoire depuis 1896. Un grand concert au Cercle pouvait attirer jusqu’à 500 auditeurs, presque 800 personnes sont venues pour écouter l’ensemble berlinois. La presse luxembourgeoise, le Tageblatt et le Luxemburger Wort étaient pleins d’éloges à l'égard de cette soirée exceptionnelle. 133

TAGEBLATT :

[ Wilhelm Furtwängler, © Programme Les Amis de la musique, 2.05.1929 ]

« So wie Furtwängler uns die Berliner Philharmoniker zeigte, ist diese Institution eine Weltnorm für orchestrale Wertung überhaupt. Von unserer Warte aus gesehen, hat er die Vollkommenheit erreicht. Selten noch hat eine Dirigent an unsere Zuhörer derartige Forderungen gestellt. Aber diesmal wurden sie mit seltener Teilnahme und Dankbarkeit entgegengenommen. Wenn ich in der luxemburgischen Musikgeschichte Bescheid weiß : Niemand hat jemals noch wird jemals in unserer musikalischen Welt einen besseren Eindruck hinterlassen als Furtwängler mit seiner Berliner Philharmonie. »

LUXEMBURGER WORT : « Schon die ersten Takte faszinierten das ganze Haus. Nach dem Vortrag der Symphonie übertönten die begeisterten Zurufe das Klatschen der Hände. Der Beifall steigerte sich schließlich zu einer Ovation, die umso bemerkenswerter ist, da ja bei uns Luxemburgern das Bedürfnis für laute Gefühlsausbrüche nur mäßig ausgebildet ist. » La famille grand-ducale se faisait représenter par le grand maréchal de la cour Colnet, elle ne pouvait pas assister officiellement au concert pour une raison de deuil. Il paraît que le jeune grand-duc Jean, âgé de huit ans, et son père, le prince Félix, ont tout de même suivi le concert à partir du balcon de la grande salle, en toute clandestinité, cachés de la vue du public.

[ Programme Les Amis de la musique, 2.05.1929 ]


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R I C H A R D S T R AU S S , P R É S I D E N T D U C O N C O U R S I N T E R N AT I O N A L G A B R I E L FAU R É Du 7 au 9 mai 1939, le Cercle accueillait le concours international pour piano Gabriel Fauré. Ce concours avait été organisé par Radio Luxembourg, sous le protectorat de la Grande-Duchesse et sous les auspices du gouvernement. Le jury qui se composait d’experts internationaux, dont Gustave Doret (Suisse), Marcel Poot (Belgique), Louis Aubert (France) et Henri Pensis pour le Luxembourg, était présidé par Richard Strauss. 62 candidats de quatorze nationalités différentes se présentaient au jury. Ils passaient les éliminatoires le dimanche et le lundi avec la Nocturne et le 2e Impromptu de Gabriel Fauré. Les quatre finalistes présentaient la Ballade pour piano et orchestre le mardi soir accompagnés par l’orchestre de RTL. Les éliminatoires et les finales étaient ouvertes au public et transmises sur les ondes de RTL. Le pianiste hongrois Farago s’était imposé devant les pianistes suisse Jacqueline Blanchard et françaises Ginette Doyen et Nicole Henriot et avait remporté le premier prix doté de 20.000 francs. Dans le cadre du concours, l’orchestre de RTL présentait un concert de gala en l’honneur du président du jury Richard Strauss. Le programme du lundi soir était exclusivement réservé aux grandes compositions du maître, les œuvres Tod und Verklärung, Till Eulenspiegel, Don Juan et Die Tageszeiten. Le maître prenait la direction de l’orchestre de Radio Luxembourg pour une partie de ses compositions.134

[ Richard Strauss. http://www.bfz.hu/en/ biographies/strauss-richard-4/ ]h

L E C O N C E RT D E GA L A L AU R E N T M E N A G E R En février 1935, l’Union des sociétés de chant de la ville de Luxembourg fêtait le centenaire de la naissance de Laurent Menager. Elle invitait à un concert de gala patriotique en l'honneur de ce compositeur, organiste et pédagogue de musique. Après des études musicales à Cologne, Menager était revenu à Luxembourg en 1856 et enseignait dans une école de musique. En 1857, il prit la direction de la chorale Sang a Klang. De 1861 jusqu’à sa mort, il était organiste attitré de l’église du Pfaffenthal et enseignait dans différentes écoles de la ville. En 1863, il fonda avec J. A. Zinnern, le Allgemeiner Luxemburger Musikverein, prédécesseur de l’Union Grand-Duc Adolphe. En tant que compositeur, Menager laissait une œuvre intéressante pour chœur, orchestre d’harmonie, orchestre symphonique, de musique de chambre, d’opérettes, de messes et de chansons.

[ Couverture du programme ]

Le grand concert du 1er février était placé sous le haut patronage de la GrandeDuchesse Charlotte et du prince Félix. La présidence d’honneur de la manifestation se lisait comme le Tout-Luxembourg, il y avait là le président de la Chambre des députés Emile Reuter, le ministre d’État Joseph Bech, le grand maréchal de la Cour Franz de Colnet-d’Huart, le président du Conseil d’État Ernest Hamilius, l’évêque du Luxembourg Pierre Nommesch, le bourgmestre Gaston Diderich et le conseiller d’État JeanBaptiste Sax.


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[ Concert en mémoire de Laurent Menager, 01.02.1935 © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

Le concert était placé sous la direction d’Henri Pensis et de François Werthesen, directeur de l’Union des sociétés de chant de la Ville de Luxembourg. Le programme donnait une idée de la diversité et de la densité de l’œuvre de Laurent Menager. Il comprenait l’ouverture de son opérette Den Här an d’Madame Tullepant, le Gloria de la grand-messe pour chœur, soli et orchestre, les Festmarch et le quatuor à cordes, des chansons interprétées par la chorale réunie de l’Union et par les solistes Venant Pauké et Victor Jaans, deux chanteurs professionnels luxembourgeois qui étaient engagés à l’Opéra-comique de Paris, respectivement au Capitole de Toulouse.135 Le concert se terminait sur une note patriotique avec Mir wëlle bleiwen wat mir sin ! pour chœur et orchestre et l’hymne national.

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L E S C O N C E RT S D E B I E N FA I S A N C E Le 3 décembre 1912, la chorale Sang a Klang organisait le premier concert de bienfaisance au Cercle, le premier d’une longue série qui allait suivre. Jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, les bénéficiaires de ces concerts étaient généralement les œuvres sociales de la ville, la Vollekskichen (la soupe populaire), la crèche municipale, le Kinderhort, une œuvre ayant comme but d’offrir le goûter aux enfants pauvres de la ville et des faubourgs et de les surveiller pendant les heures d’études le soir. Les initiateurs et les prestataires étaient soit des ensembles musicaux comme le Sang a Klang (3.12.1911), l’Union dramatique avec le concours de la musique militaire (4.12.1913), la musique militaire136 (27.01.1913), mais aussi des classes du conservatoire de madame Cornevin (4.06.1912, 16.11.1917), Jules Krüger et Marguerite Ihns, en novembre 1919. Les Enfants du Luxembourg et l’Harmonie Mercier collectèrent ainsi des fonds pour les victimes des grandes inondations de Paris (13.11.1910). Les concerts de bienfaisance présentaient au public généralement des programmes sélects comme le festival Richard Wagner en novembre 1913. Le concert avait été organisé sur l’initiative privée de mademoiselle Eydt, madame Dr Ruppert-Jonas, monsieur Nathan-Reuter et l’avocat August Thorn. Soixante musiciens, des membres de la musique militaire et de l’orchestre du théâtre de Trèves, placés sous la direction de Fernand Mertens et de Heinz Tietjen, présentaient les ouvertures de Rienzi et Tannhäuser, des extraits de Lohengrin et du Vaisseau fantôme et la scène finale du Crépuscule des dieux, avec le concours de Laurenz Hofer, ténor à l’opéra de Cologne, Gustav Simon, professeur au conservatoire de Luxembourg, et Johanna Tietjen-Steyer, épouse du directeur et sopraniste au théâtre de Trèves, spécialisée dans les rôles wagnériens. Heinz Tietjen faisait par la suite une grande carrière wagnérienne, Winnifred Wagner lui confiait en 1931 la direction artistique du festival de Bayreuth, qu’il dirigeait avec Winnifred Wagner de 1931 à 1944. Il dirigeait l’orchestre à Bayreuth de 1933 à 1941 et signait la mise en scène de six opéras.137

Dans l’entre-deux-guerres les bénéficiaires se diversifiaient. À part la soupe populaire, ces concerts profitaient aux colonies de vacances, à la Ligue contre la tuberculose, l’Œuvre Saint-Nicolas et la Caritas ou même aux légionnaires luxembourgeois. Après la Libération, les victimes de la guerre étaient à l’honneur, notamment par le biais de l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte, ainsi que les habitants sinistrés de Kautebach, les victimes des inondations de la Moselle. Les organisateurs et prestataires étaient très disparates, de l’Athénée grand-ducal au Syndicat d’initiative et de tourisme, de l’Union des sociétés de chant de la ville de Luxembourg à la musique militaire luxembourgeoise. Souvent, à ces occasions, la salle affichait complet à l’avantage des œuvres caritatives bénéficiaires. Le concert du 14 décembre 1913, par exemple, rapportait au Kinderhort la somme de 1.708 francs. Hélas la salle restait parfois vide, comme pour le concert de bienfaisance du conservatoire en 1920. La presse avait noté 40 auditeurs et commentait ce concert « à huis clos » : « … Aber ebenso uninteressant war dessen Ausführung. Kaum das Niveau mitteler Hausmansmusik. Schuld daran tragen vielleicht die gähnenden Stuhlreihen ».138 L’Athénée grand-ducal du Luxembourg invitait à un grand concert vocal et symphonique au profit des Pupilles de la Nation, qui avait lieu au Cercle en forme de matinée réservée aux élèves le 9 mars et de concert public le 12 mars 1950. Les chorales réunies de l’Athénée sous la direction de Michel Hulsemann étaient accompagnées par l’orchestre symphonique de la Garde grand-ducale sous la direction d’Albert Thorn avec trois solistes professeurs au conservatoire, madame S. Heinz, mademoiselle A. Peffer et Nic Schuh. En présence de la Grande-Duchesse Charlotte, ils interprétaient entre autres l’Hymne de la nuit de J.-Ph. Rameau, l’Alleluia de l’oratorio Le Messie de G.F. Haendel et Das Lied von der Glocke de A. Romberg, un arrangement pour grand chœur à quatre voix mixtes basé sur le texte de Schiller.139


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D E S VA L S E S E T DU M US I C - H A L L Bien que la majorité des concerts puisait dans les répertoires de la musique classique, dans les années 1930 la musique légère faisait son entrée au Cercle. Des valses viennoises de Johann Strauss au fox trot, du jazz à la chanson française, les Luxembourgeois étaient gâtés par la qualité des ensembles invités. En mars 1932, Johann Strauss, ancien maître de chapelle à la cour de l’empereur autrichien, invitait à une soirée viennoise, Ein Abend in Wien. Son orchestre viennois proposait ses propres compositions: valses viennoises, opérettes et chansons.140 « Ray Ventura et ses collégiens étaient de véritables rois de l’humour, et des virtuoses consommés, chanteurs, danseurs, mimes, humoristes, etc. Aussi cette soirée passée en leur compagnie laissera-t-elle à tous une impression d’art, de naturel, et de bonne humeur qu’il est très rare de trouver dans tous autres spectacles  »141. C’est ainsi que l’orchestre de jazz de Ray Ventura a été présenté au public luxembourgeois. Ventura avait enregistré son premier disque en 1929. À partir de 1931, il donnait des concerts et des tournées, pour s’arrêter aussi au Cercle à Luxembourg. 142

[ https://guidowachter.files.wordpress.com/2008/11/ comedians2.jpg]

Les Comedian Harmonists143 avaient seulement besoin d’une petite annonce mentionnant leur nom, le lieu et la date du concert, tellement l’ensemble était connu. Créé en 1928, l'ensemble composé de six chanteurs a vite gagné en popularité, ses tubes étaient chantés partout. En 1932, la Philharmonie de Berlin était d’accord de les présenter à son public plutôt conservateur. 2.700 spectateurs sont venus, la musique des Comedians Harmonists a été anoblie et toutes les grandes scènes les invitaient. Lors d’une de leurs tournées, ils ont fait un arrêt au Cercle en décembre de la même année. Jacques Hélian144, ancien musicien de l’orchestre de Ray Ventura, avait créé la plus prestigieuse formation d’après-guerre qui atteignit son apogée au début des années cinquante avec jusqu’à vingt-cinq artistes sur scène. Entre 1945 et 1949, il enregistrait avec son orchestre plus de soixante chansons pour Columbia, dont C’est si bon, Maître Pierre, Soleil levant ou Chica !Chico !. Son indicatif Fleur de Paris faisait figure d’hymne de la Libération. Jacques Hélian multipliait les émissions de radio, les concerts et les tournées. En mai 1948, l’orchestre se présenta une première fois au Cercle, pour revenir en février 1949 sur invitation de Radio Luxembourg. Il a enregistré deux émissions avant de se présenter en live au public luxembourgeois à l’École industrielle à Esch-sur-Alzette et au Cercle à Luxembourg.

[ http://www.priceminister.com/offer/buy/113740950/ fiche-le-camp-jack-romeo-ah-les-filles-ay-que-calor-jacques-helian-son-orchestre-les-helianes-et-leschoeurs-45-tours.html ]


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LES BALS Dans la conception de la salle des fêtes, la célébration de grands bals avait été prévue. Le grand balcon au-dessus de la porte principale de la salle pouvait accueillir un orchestre de bal complet et les quatre battants des portes pouvaient s’ouvrir pour donner place à la fameuse polonaise dansée par les débutantes, ouvrant traditionnellement les bals viennois. Mais les architectes n’avaient assurément pas imaginé qu’un bal au Cercle pouvait occuper toutes les pièces, un grand orchestre dans la grande salle et un orchestre musette au salon bleu du bel étage ou dans le hall d’entrée, un toboggan qui facilitait la descente du bel étage au péristyle, ou de celui-ci au hall d’entrée, comme c’était le cas aux redoutes de l’Assoss.

Il y avait des périodes privilégiées pour les bals. C’était d’abord à la fin de l’année, la période des grands bals en décembre avec comme apogée le bal de la Saint-Sylvestre, ensuite la période du carnaval pendant laquelle les masques envahissaient le Cercle pour le week-end de carnaval, mais aussi à la mi-carême. Mais aussi en dehors de ces saisons principales, les Luxembourgeois organisaient des bals. Le bal de l’Alliance française en septembre 1909 était le premier grand bal au Cercle. La mise à disposition à l’Alliance française (créée en 1905) de la salle avait fait des vagues dans la presse. Il faut aussi dire que Luc Housse, échevin de

[ Bal des Avovats, 20.12.1958 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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la ville, était membre du comité de l’Alliance, dans lequel siégeaient aussi Édouard Simonis, président, Marcel Noppeney et J. B. Fischer. Fin des années 1920, différents bals sont devenus des rendez-vous fixes annuels, les avocats et la magistrature se retrouvaient au bal du jeune barreau, les amateurs de musique au bal de l’Orphéon. Après les années d’occupation, les Luxembourgeois avaient besoin de se défouler. Rien qu’en 1946, le Cercle a accueilli sept bals : celui du jeune barreau, du Club Saint-Hubert, des Maquisards, des Amitiés françaises, des anciens militaires, le grand bal de la garnison à l’occasion de l’anniversaire de la Grande-Duchesse et un grand bal artistique. Les grands bals ont continué jusqu’à la fermeture du Cercle en 2005, avec le bal de l’Union commerciale, des avocats, des officiers, du Cercle suisse, des Marins, jusqu’au Gala de presse en 2004. [ T. 31.12.1931 ]

L A S A I N T - S Y LV E S T R E L’Orphéon était le premier à inviter au bal de la Saint-Sylvestre en 1926, il accordait un prix d'entrée réduit à ses membres et à ceux de la Fanfare royale grand-ducale la Concordia. L’année suivante, l’organisation incombait à la Concordia et après la fusion de la Concordia avec la Luxembourgeoise, pour créer l’Harmonie municipale en 1932, le bal de la Saint-Sylvestre devenait un rendez-vous fixe pour les musiciens de l’harmonie et leurs invités, avec une interruption pendant les années de guerre.

Le Tageblatt commentait la Saint-Sylvestre de la façon suivante : «  Sylvester und Neujahrgetriebe. Sylvester ist hierzulande der grosse Festtag ? Darum war es gar nicht verwunderlich, wenn am Sylvester die Lokale ganz gleich ob es sich um erstklassiche Hotels oder um kleinere und einfachere Etablissements handelt; überfüllt waren u. man kaum noch einen Platz finden konnte, wenn in den meisten Lokale die Tische reserviert waren. …. Natürlich floß an diesem Abend und in dieser Nacht der Sekt und Wein in Strömen, denn schließlich einmal im Jahr gönnt sich jeder einmal etwas Gutes. Im Cercle fand ein Ball statt. Um 12 Uhr gingen wie auf einen Schlag die Lichter aus. Das obligatorische Gratulieren und Armarmen setze ein u. dann blieb man froh und vergnügt bis in die ersten Stunden des neuen Jahres hinein zusammen …. »145 Après la guerre, les plus grands orchestres de danse luxembourgeois et étrangers animaient le bal. On vit là Tommy Dallimore, The Charrivarians d’Amsterdam, Luc Claudien et son ensemble, les neuf joyeux Lurons de France ou encore l’orchestre Antinori avec la chanteuse Lyne France.


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L E C A R N AVA L En 1915, la Luxemburger Bürger-Zeitung146 regrettait le carnaval du siècle passé. Pour elle , le Carnaval de Venise se distinguait par la mer, les gondoles et les lampions, celui de Cologne par ses grandes parades carnavalesques avec les chars en carton-pâte richement décorés et celui de Luxembourg par le Cercle, beim Gréitchen, et depuis la fermeture du restaurant, le carnaval avait perdu son attrait, était mort. C’est seulement dans les années 1920, que l’Orphéon, l’Automobil Club, le Swimming, la Spora-Escrime, et notamment l’Assoss faisaient revivre au Cercle cette tradition chère aux Luxembourgeois. L’Orphéon, dès sa création, organisait une redoute de 1920 jusqu’en 1939. Le Tageblatt prétendait même que le bal de la mi-carême de l’Orphéon était un acte de démocratisation du Cercle et rappelait le vieux temps, quand tout le monde était le bienvenu à l’ancien Cercle. « Der neue Cercle hat diese alte Tradition aus der Welt geschafft. Alle möglichen Veranstaltungen wurden in den Festsälen abgehalten, Wohltätigkeitsfeste, Konzerte, amerikanische Bälle, die sich meistens nur an bestimmte Kreise wandten und den gewöhnlich Sterblichen nicht gut zugängig waren. Der Cercle der hauptsächlich den Festen der Demokratie dienen sollte,

[ Décoration de la scène pour le bal du Nouvel Automobile-Club Luxembourg © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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war auf diese Weise seinem eigentlichen Zwecke entrückt. »147 De 1934 à 1937 et en 1947, le Nouvel Automobile-Club invitait à ses bals masqués. Jusqu’à trois orchestres animaient ces bals. En 1936, l’orchestre authentique des Rote Funcken du Gürzenich mettait le Cercle dans l’ambiance du carnaval de Cologne. En 1937, The Packay's Swinging Academy de Londres était annoncée, le big band du musicien bruxellois Peter Packay, de même que Le Club des accordéonistes et les « dix artistes trépidants et débordants » du The Nicky’s band. Le bal de carnaval au Cercle devenait un des hauts lieux de cette période de folâtrerie. Les publicités vantaient les orchestres «d’élite » et l’accordéoniste A. Debressing en 1931, les attractions et décors illuminés, les cadeaux pour les dames, la tombola gratuite de la redoute Bissextile de 1936. En 1938, l’Orphéon invitait à son Härenowend traditionnel le 26 février et à la Côte d’Azur ensoleillée pour la redoute Folies de Verdure le 5 mars. L’Assoss148, appelée à ses débuts GEL (Association générale des étudiants), et fondée en 1912, regroupait des étudiants à la sensibilité de gauche. Déjà en janvier 1922, l’Assoss invitait tous les étudiants du Luxembourg à un bal au Cercle. À partir de 1924, les redoutes masquées de l’Assoss devenaient un événement festif incontournable du lundi de carnaval, ensuite de la mi-carême jusqu’en 1969. Les animateurs soumettaient le Cercle à une transformation radicale pour placer la soirée sous un thème fantaisiste qui changeait d’une année à l’autre, la redoute «  qui flamboyait de jaune et de vert  » (1926), Oasis (1928), la redoute maritime et terrestre (1929), le Cirque (1930), Montmartre (1937) Hollywood (1938), 600 Joer Schueberfouer (1939). Tout de suite après la guerre, en 1946, les thèmes s’inspiraient de la France, Frou-Frou (1948), Estudiants et sans-culottes (1952), Saint-Germain des Près (1953), Bouillabaise (1956) ou encore Fauxculs et faux-cols (1957).

[ Bal de l’Assoss, 1956 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

Les redoutes de l’Assoss se distinguaient des autres bals par la décoration féerique du Cercle, les affiches captivantes et le fameux toboggan installé une première fois en 1933. Le Luxemburger Wort du 28.03.1933, scandalisé, boycottait depuis lors les manifestations de l’Assoss.318


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E I N E P R O V O K AT I O N

«

Eine Provokation für die Religion, die Kirche und die Sitte war des Assoss-Bal der in Luxemburg am letzten Samstag Abend bis in den Sonntag Morgen hinein gehalten wurde.

Schon die Ankündigung in der Linkspresse ließen manches erwarten ; was der Ball aber selbst brachte und was die Oeffentlichkeit in den Sonntags-Morgenstunden leider Gottes fesstellen mußte, übertraff die Grenzen ? Wir können aus Achtung von unseren Lesern nicht in Einzelheiten eingehen, sehen uns aber zu dem entschiedensten Protest verpflichtet.

….Ganz besonders eindringlich machen wir aber die katholischen Eltern und die Mitglieder des katholischen Akademikerverbandes darauf aufmerksam, daß ihre Uerberzeugungen in keinerlei Hinsicht mit dem in Einklang gebracht werden können, was auf dem « Assoss »-Ball geboten wurde. Die Selbstachtung legt Pflichten auf….

»

Que s’était-il passé ? Selon les souvenirs de Henri Koch-Kent319, une grand toboggan avait été installé dans la grande salle du Cercle, qui «  remportait un grand succès, surtout auprès des masques féminins. Parfois une jolie fille courte vêtue descendit maladroitement l’échafaudage. Ceux qui se trouvèrent au pied de la tour eurent alors le privilège d’admirer des charmantes rondeurs. À l’occasion, il y eut aussi un sein, que Rodin n’aurait pas refusé de sculpter, qui s’échappa, l’espace d’un éclair, du corsage d’une danseuse trépidante ». Avec son appel au boycottage du bal, le Luxemburger Wort voulait s'en prendre à la recette principale de l’Assoss, qui finançait une grande partie de ses activités. L’article était en effet une grande publicité pour le bal, car le nombre des entrées payantes était passé de 1.500 en 1933 à 2.000 l’année suivante. Après avoir été oublié pendant des années, le toboggan a été remis en service dans les années 1960. Les affiches des redoutes étaient signées par Félix Gratz jusqu’en 1952, puis

par Lex Weyer, son fils Pit Weyer et Leo Reuter. En 1969, la dernière redoute avec le titre significatif de Bal des vampires, clôturait ce qui avait enchanté les jeunes et les moins jeunes pendant plus de cinquante ans. En 1989, Pierre Dillenburg et Roland Hübsch avaient convié à une soirée sur le thème du Carnaval de Venise. Les invités, revêtus de costumes opulents et originaux, ont fait de ce bal un événement mondain exceptionnel. En novembre 2003, le conseil de presse a relancé le Gala de la presse au Cercle. Les spectacles d’ouverture intitulés Esprit du temps et Carrousel avaient été conçus par la maîtresse de cérémonie Helma Werner et exécutés par le groupe de danse du Gala des masques, ainsi que par les classes de danse classique du conservatoire sous la direction de Christiane Eiffes et de Michèle Négre. Le bénéfice de la soirée était dédié aux associations luxembourgeoises s'engageant pour les personnes handicapées.


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[ Le fameux toboggan qui faisait enrager le Luxemburger Wort, 1957 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

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LES BAZARS Le Cercle accueillait depuis le début des années 1920 des manifestations de bienfaisance, des concerts, des bals, des loteries, mais aussi des bazars. De l’ouvroir national installé après la Grande Guerre, à l’Union des femmes françaises qui s’était associée à l’Œuvre des colonies de vacances, en passant par l’Œuvre Saint-Nicolas et la crèche, l’Œuvre nationale Grande-Duchesse Charlotte et le bazar de la Croix-Rouge d’aprèsguerre, ces manifestations avaient un côté humanitaire, la collecte de fonds, et un côté divertissant. C’est ce mélange qui a fait leur succès : s’amuser pour une bonne cause. Pendant la Grande Guerre, beaucoup de villages français et belges avaient été totalement détruits et leur population souffrait encore des séquelles de la guerre. Des dames se sont regroupées dans l’ouvroir national149 pour collecter des dons, des vêtements ou pour œuvrer elles-mêmes à la confection de vêtements  pour les pauvres des régions dévastées. Chaque mercredi après-midi, elles se réunissaient au Cercle, gracieusement mis à leur disposition par la Ville. Les colis ont été envoyés dans les villages détruits autour de Noviant-aux-Prés en Meurthe et Moselle et à Rossignol en Belgique. Village pauvre avant la guerre, Rossignol a été incendié le 22 août 1914, 112 hommes ont été passés par les armes à Arlon, laissant à leur triste sort plus de 60 veuves et plus de 140 orphelins.

[ Les princes et princesses au bazar © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

[ Les princes et princesses au bazar © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

En 1922, la colonie de vacances de la Ville de Luxembourg et l’Union des femmes de France ont fait cause commune pour organiser une fête de charité dans la salle des fêtes du Cercle, elles ont mis en place une kermesse luxembourgeoise et lorraine, avec des chansons, danses, groupe de jazz, tombola et stands de vente. Les lots de la loterie comprenaient des vases de Sèvres, une peinture de Prouvé, des bijoux, etc. L’action publicitaire pour ce nouvel événement était aussi exceptionnelle que le bazar lui-même. Deux avions ont survolé la capitale et les bourgs industriels du bassin minier et ont lâché des tracts qui invitaient les habitants au bazar de charité. 150 Avec les années, le bazar prenait sa configuration unique. Le dimanche de carnaval, les enfants déguisés étaient invités à un bal masqué. Après un concours qui primait les meilleurs masques, les enfants costumés défilaient dans la grande salle. Des guignols, projections de films, jeux de pêche et magiciens divertissaient les petits masques pour le reste de l’après-midi. 151 La scène de la grande salle servait de bar-café, la salle même accueillait la tombola et la piste de danse pour les adolescents. Au foyer, des stands de tartes et sandwichs, d’articles de carnaval, de fleurs et de jouets attendaient les visiteurs. Pour l’année de la célébration


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de l’Indépendance, le bal était placé sous le signe du costume folklorique patriarcal. Une couturière était à la disposition des enfants au Café de Paris pour la découpe des costumes, un stand présentait des produits du terroir.152 Le bénéfice de la manifestation permettait à une centaine d’enfants de passer un séjour dans la colonie de vacances à Mondorf.153 En 1939, les recettes du bazar se chiffraient à 32.000 francs.154 À différentes occasions, la famille grand-ducale visitait le bazar. Le bazar organisé par l’Association des Girl-Guides Luxembourgeois en 1945 a rapporté 53.000 francs à l’Œuvre nationale Grande-Duchesse Charlotte155. Ces manifestations étaient donc des ressources essentielles pour les différentes œuvres de charité.

[ Bazar de la Croix-Rouge, 1950 © photo inconnue, Photothèque VdL ]

Autour des fêtes de fin d'année, deux autres bazars attiraient la foule. Le bazar en faveur de la crèche de la Ville de Luxembourg qui s’organisait pendant les années 1920 et 1930 et celui de l’Œuvre Saint-Nicolas, qui collectait des dons pour distribuer des vêtements et du linge de corps aux enfants démunis de la ville. Le bazar de charité de la Croix-Rouge au Cercle est certainement encore dans la mémoire d’une majorité de Luxembourgeois. Cette manifestation philanthropique par excellence attirait tellement de monde que le déplacement était difficile et seulement possible en se laissant porter par la foule. Le buffet installé dans la grande salle satisfaisait tous les désirs, la piste de danse était aussi peuplée que le reste du Cercle. Dans l’après-midi, les princes et princesses luxembourgeois faisaient leur tour obligatoire des stands et prenaient leur café sur la scène de la grande salle. En 1947, deux orchestres, Tommy Dallimore et Loberty Bell, invitaient à la danse.156 Dans les années suivantes, l’orchestre Johny Glesener assurait les rythmes modernes appréciés par la jeunesse dansante.157 [ Le bazar italien, 1962 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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LES LOTERIES Après les hécatombes des deux guerres qui ont marqué le XXe siècle, des associations se sont créées partout pour venir en aide aux victimes de guerre et de leurs familles. Elles collectaient des fonds par le biais de quêtes, mais surtout par l’organisation de loteries. Après la Première Guerre mondiale, trois associations ont vu le jour au Luxembourg pour soutenir et commémorer les légionnaires luxembourgeois, l’Aide aux légionnaires, veuves et orphelins de guerre (A.L.V.O.), le Souvenir français et l’Œuvre nationale pour l’érection d’un monument en souvenir des soldats luxembourgeois ayant servi dans les armées de l’Entente. Ces associations luxembourgeoises disparaissaient assez vite, contrairement aux associations françaises et belges qui œuvraient encore dans les années 1930. Ainsi en 1934, la loterie Sweepstake a été lancée, le Luxembourg était représenté par la Croix-Rouge qui prit le rôle de chef de file du Sweepstake. En 1945, juste après la Deuxième Guerre mondiale, la Grand-Duchesse Charlotte a initié les premières actions pour venir en aide aux Luxembourgeois victimes de la guerre. Pour pérenniser et structurer ses initiatives, l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte décida de réanimer la Loterie nationale.

L E S W E E P S TA K E D E L A C R O I X- R OUG E En mars 1934, le Cercle devenait le théâtre du tirage de la première loterie Sweepstake158 de la Croix-Rouge luxembourgeoise. Cette loterie était liée à une course hippique, le Prix du président de la République qui avait lieu à Auteuil le 1er avril 1934. Dans cette loterie à deux degrés, le premier tirage au sort servait à désigner les billets qui se partageaient les lots, la course elle-même en deuxième degré servait à attribuer les différents lots aux chevaux. Les associations bénéficiaires se répartissaient entre elles vingt pour cent des recettes. Après avoir enlevé les frais, le solde était affecté aux lots, prix et primes. Il était divisé en tranches de douze millions de francs. Pour chaque tranche, le billet qui correspondait au cheval gagnant touchait quatre millions, au cheval placé deuxième un million et demi et au troisième un million. Une somme de deux millions se répartissait entre les autres chevaux participants, trois millions étaient réservés aux prix de consolation et un million et demi se distribuait comme primes aux souscripteurs ou collecteurs d’un carnet entier. Les billets se vendaient au Luxembourg, en France, en Belgique et aux Pays-Bas au bénéfice d’œuvres caritatives, la Croix-Rouge luxembourgeoise et les associations françaises et belges des victimes de la Grande Guerre : l’Union des blessés de la face (gueules cassées), l’Union des aveugles de guerre et la Fédération nationale des amputés de guerre en France, l’Œuvre nationale des invalides de la guerre à Bruxelles. [ Sweepstake de la Croix-Rouge, brochure 1934 ]


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[ Premier tirage de la loterie Sweepstake, 26.03.1934 © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

Bien avant le tirage de la loterie, la machinerie lourde avait été installée dans la grande salle : l’appareil de brassage sous forme d’un convertisseur d’aciérie d’une hauteur de quatre mètres et d’un diamètre d'un mètre et demi, le grand tambour, un énorme récipient cylindrique long de 5 m, ainsi que le petit tambour en cuivre poli aux proportions plus modestes qui servait au tirage des noms des chevaux engagés dans la course. L’opération de tirage prenait toute une semaine. Pendant trois jours, les billets étaient brassés, d’abord dans la machine de brassage, ensuite dans le grand tambour rotatif. Le lundi 26 mars, jour de tirage public, une foule énorme s’était amassée place d’Armes en attendant l’ouverture des portes. À seize heures pile, elle se bousculait dans la salle des fêtes trop petite à cette occasion. Une grande partie des détenteurs de billets ne réussit pas à entrer dans la salle et resta bloquée dans le bar-foyer, l’escalier jusque devant les portes du Cercle. La musique militaire jouait quelque airs pour accueillir les spectateurs, les invalides de guerre et le comité de garantie composé des représentants des associations bénéficiaires de la loterie  : la princesse Jean de Merode, Aline Mayrisch-de Saint-Hubert, le colonel Picot, G. Scapini et Lucien Salentiny.

Quatre infirmières des Croix-Rouge luxembourgeoise, belge et française procédaient au tirage des principaux lots par les quatre hublots du grand tambour. Le soir même, à partir de vingt-trois heures, Radio Luxembourg diffusait les numéros des lots gagnants. Le tirage des lots de consolation continuait du mardi au jeudi et c’est seulement la course du dimanche 1er avril qui déterminait le nom des gagnants. Le premier Sweepstake connaissait un franc succès, 184.386 carnets de billets vendus représentant une recette de 46.096.500 francs luxembourgeois. Deux tranches de douze millions ont été tirées, dont les premier, deuxième et troisième prix, ainsi que les prix de consolation répartis sur les 53 autres chevaux en course étaient doublés. Sur les 112 billets gagnants, seulement quatre restaient au Luxembourg, les numéros F 77.592 (cheval Ordre


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du jour) à Rodange, B 141.639 (Badras) à Reckangesur-Mess, B 056.907 (Very Fast) et B 131.212 (Jean Victor) à Luxembourg-ville. La plus grande partie des lots gagnants étaient payés en France, quelques-uns en Belgique et aux Pays-Bas.159 Le Sweepstake de la Croix-Rouge a connu deux autres tranches, tirées à l’occasion du Grand Prix de la Ville de Nice du 20 janvier 1935160 et pour le Prix du président de la République à Auteuil, le 17 avril 1935.161

[ Le grand tambour et l’appareil de brassage © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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LA LOTERIE N AT I O N A L E La Loterie nationale existait avant la Deuxième Guerre mondiale. Le tirage de la première tranche en février 1939 et 1940162 se faisait au Cercle. Des jeunes gens des Girl-Guides et des Boy Scouts faisaient tourner les cinq roues de la fortune, un conférencier et des musiciens assuraient le programme cadre. Le premier lot gagnant touchait 200.000 francs, ce n'était plus les fortunes à gagner de la Sweepstake. Le bénéfice de la loterie était distribué entre différentes associations caritatives : la Croix-Rouge, la Ligue de la tuberculose, Caritas et les bureaux de bienfaisance des communes luxembourgeoises. En 1941163, elle devient Landeslotterie, l’occupant détournait les recettes vers le WHW (Winterhilfswerk). Ce n’est qu’en 1945, que la Loterie nationale devenait de nouveau active. Le 10 octobre, le tirage de la première tranche d’après-guerre, la tranche de la Résistance, se faisait au Cercle, comme tous les événements de caractère national après-guerre. La musique militaire sous la direction d’Albert Thorn proposait un pot-pourri d’airs populaires et Venant Paucké interprétait Lëtzebuerg de Lëtzebuerger et l’hymne national, avant que les cinq roues tournent et arrêtent les lots gagnants parmi les 120.000 lots vendus.164

[ Annonce Tageblatt 8.10.1945 ]

La création de l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte ainsi que celle de la Loterie nationale ont découlé de la nécessité de venir en aide aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Nombreuses ont été les personnes qui ont profité de cette aide par le biais de secours uniques ou mensuels. Ces derniers ayant dépassé dans les années 1950 le nombre de 5.000. Le bénéfice était partagé entre l’Œuvre Grande-Duchesse Charlotte et les autres institutions sociales. La Loterie nationale tournait dans tout le GrandDuché pour le tirage des différentes tranches. Le programme cadre s’améliorait et présentait des chanteurs accompagnés par un orchestre restreint, des artistes de cabaret, acrobates et contorsionnistes. En 1963, la Loterie nationale faisait étape au parvis du Cercle. Les roues étaient installées sur un podium sous les arcades de l’entrée principale. Devant celles-ci, les officiels avaient pris place derrière une longue table, avec un public nombreux dans le dos. [ Loterie nationale 1963 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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LES EXPOSITIONS Expositions historiques, artistiques, photographiques, patriotiques et touristiques, présentations de modèles d’avion en 1910 et de trains miniatures en 1978, expositions d’affiches et d’œuvres d’art pour les bourses modestes et chefs-d’œuvre originaux de Picasso ou Degas, Leistungsschau du nazisme, des cristaux de Val-Saint-Lambert aux céramiques chinoises, des arrangements Ikebana à l’évolution du sport, des gagnants du concours de la Sécurité routière aux dessins d’enfants russes, le Cercle a tout vu.

Le Cercle avait été conçu comme lieu de fête avec une grande salle dédiée aux concerts et aux bals. Il fallait donc faire de grands efforts et avoir beaucoup d’imagination pour présenter une exposition dignement. Il manquait des cimaises, des lieux spécialement équipés, une illumination adéquate. Hélas il n’y avait pas d’alternative. En 1921, les organisateurs ont voilé les lampes avec du papier d’emballage pour créer un peu d’atmosphère. Le Tageblatt165 écrivait :

L’envergure variait. Les unes occupaient le salon bleu ou le hall d’entrée, les autres utilisaient la grande salle où s‘étalaient dans tout le Cercle. La durée variait d’un jour, un week-end, ou deux semaines à deux mois. Les investissements étaient aussi sujets à de grandes variations. Les expositions les plus modestes se satisfaisaient de quelques cimaises placées au hasard dans la salle. Les plus grandes expositions, comme l’exposition historique de 1912 ou celle de 1939, présentaient les objets dans des mises en scène sophistiquées et coûteuses. À l’exception de l’exposition historique de 1912, les grandes expositions historiques et artistiques se tenaient dans les années 1930. La fête de la lumière enchantait la population luxembourgeoise en proposant des installations lumineuses dans les lieux phares de la ville et un salon de la lumière au Cercle. La même année, la fédération des associations de l’éducation populaire a réussi à réunir la crème de la crème des plasticiens français. Le Cercle n’échappait pas non plus aux festivités du Centenaire de l’Indépendance. L’exposition Sâchen aus der âler Stât rappelait les racines historiques de la ville et du pays. Les éditeurs et la presse luxembourgeoise montraient leurs publications historiques et contemporaines. Après la guerre, la reconstruction du pays et le redémarrage ne permettaient pas un grand investissement dans des expositions et entre 1953 et 1969, le tribunal de la CECA occupait la grande salle du Cercle, et les expositions étaient reléguées au hall d’entrée. L’exiguïté de l’espace ne permettait que de petites expositions individuelles, l’accrochage se faisait souvent dans deux à trois rangées une au-dessus de l’autre. Ainsi les artistes luxembourgeois y présentaient leurs nouvelles créations, Mars Schmit (1962,1963), Mathis Wildanger (1963, 1973) le Groupe 63 (1965, 1967), Lucienne Cruchten (1965) ou encore Guy Michels (1975).

« Sonntagnachmittag. In der Kunstausstellung im Cercle. Kunstvoll durch Packpapier gedaempftes Daemmerlicht. Der Aufseher doest in seiner fürchterlichen Langeweile vor sich hin und gaehnt wie ein Loewe im zoologischen Garten. Der grosse Cerclesaal ist mit Papierwaenden in mehrere Abteilunge getrennt wie ein Kaninchenstall. Unbeweglich, taubstumm, traumversunken, einzelne Gestalten. Ich habe den peinlichen Eindruck mich in ein verzaubertes Dornroeschenschloss verirrt zu haben. …  » Dans le Tageblatt du 5 novembre 1937 on pouvait lire :

« Eine Kunstausstellung mit vielen selekten Sachen kam nicht voll zur Geltung, weil für solche Dinge die Beleuchtung im Cercle, dem einzig möglichen Ausstellungsraum des Landes, denkbar schlecht ist.  » Quelques expositions sortaient de l’ordinaire par la qualité des objets exposés, par l’impact sur le public ou le cadre historique dans lequel elles se plaçaient. Elles donnaient aussi une idée de la richesse et de la diversité qui étaient proposées au public de la ville, du pays et d’ailleurs.


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[ Exposition historique et documentaire, 1912 © Pierre Batty Fischer, Photothèque VdL ]

EXPOSITION HISTORIQUE E T D O C U M E N TA I R E En 1912, le Cercle luxembourgeois d’amateurs-photographes (CLAP) présentait une belle rétrospective sur l’évolution de la ville et de la forteresse, les différentes phases de construction, notamment sous Vauban dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les derniers travaux du milieu du XIXe siècle, mais aussi le démantèlement. La charte d’affranchissement de la ville de Luxembourg par Ermesinde de 1244, l’acte de la constitution de la foire par Jean l’Aveugle en 1340, et d’autres trésors avaient été sortis des archives de la Ville de Luxembourg. Des archives, des musées et autres institutions à l’étranger avaient mis à disposition des plans et des documents, complétés par des photographies réalisées par le CLAP. En tout 231 objets, dont la pièce maîtresse était la maquette de la forteresse en 1867, de quatre mètres sur cinq, réalisée par le capitaine Wendert. L’exposition prévue du 24 août au 7 septembre avait été prolongée jusqu’au

16 septembre et rouverte pendant le week-end du 22 septembre, tellement l’afflux était grand. Pendant la première quinzaine, 5.000 personnes sont passées au Cercle et ont payé le droit d’entrée de 5 sous (25 centimes).166


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L E S SA L O N S DU C E R C L E A RT I ST I QU E ET LA SÉCESSION Le Cercle artistique de Luxembourg, créé en 1893 par des artistes et des amateurs d’art, présentait une première exposition d’art, Lorraine-Luxembourg, au palais municipal du 22 septembre au 20 octobre 1921. L’exposition placée sous le haut patronage des municipalités de Luxembourg et de Nancy avec ses 432 œuvres, peintures, sculptures et art appliqué, donnait un aperçu de la créativité luxembourgeoise et lorraine. Le Luxembourg était représenté par Jean-Pierre Beckius, Pierre Blanc, Nico Klopp, Eugène Mousset, Jean Schaak, Frantz Seimetz et Auguste Trémont qui montrait des croquis. La section lorraine pouvait recourir entre autres aux œuvres du sculpteur parisien Just Bachelet, de Jacques Majorelle, et de Victor Prouvé directeur de l’Ecole des Beaux-Arts et Arts appliqués de Nancy. La section des arts appliqués était forcément la plus attractive avec les cristaux d’art de la Cristallerie de Nancy, les travaux des frères Daum, les meubles et cristaux d’art de Gallé et les meubles, lampadaires, verreries ferronnières de Louis Majorelle.167

[ Sainte-Thérèse de Claus Cito © Roger Wagner, 2010 ]

Après une première exposition dans la salle des fêtes du palais municipal, qui se tenait du 16 au 30 juillet 1922, le CAL restait fidèle au Cercle et son salon devenait LE rendez-vous de la scène artistique luxembourgeoise pendant des années.168 À partir de 1920, les jeunes membres du CAL, qui avaient tous été formés à l’étranger, à Munich, Cologne ou Bruxelles, commençaient à se rebeller. En mai 1927, ils étaient au nombre de dix pour quitter le CAL et organiser la première exposition de la Sécession à l’hôtel de ville : Nicolas Ries, Claus Cito, Michel Haagen, Lou Hammerel, Michel Heintz, Nico Klopp, Joseph Kutter, Jemp Michels, Harry Rabinger et August Trémont169. Deux années plus tard, la deuxième édition de la Sécession se tenait au Cercle du 29 juin au 15 juillet 1929.

[ Catalogue Sécession, 1929 ]

[ Catalogue Cercle, 1922 ]

Le Cercle artistique et la Sécession se sont rapprochés pour organiser une exposition commune au Cercle du 17 mai au 11 juin 1930, exposition commune, mais salles séparées. La Sécession était représentée par neuf artistes avec 90 œuvres, le CAL par 27 artistes avec 127 œuvres. Le Tageblatt170 concluait que, en dehors de l’exposition commune, le groupe de la Sécession continuait à exister en tant que groupe indépendant, que les circonstances qui avaient fait sortir les sécessionnistes existaient toujours et qu’il n’y avait pas de rapprochement visible en perspective. Le mouvement de la Sécession disparaissait avec le décès de leur mentor, le peintre mosellan Nico Klopp.


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DE MANET À NOS JOURS En 1931, les Luxembourgeois ont pu découvrir trois cents reproductions de gravures et estampes émanant des Musées du Louvre, du Prado et de la Chalcographie royale de Rome.172 Dans les années suivantes, des œuvres originales étaient présentées au Cercle. L’exposition Jeune France, organisée par Paul de Montaignac dans la salle des fêtes du palais municipal, 173 donnait un premier aperçu de la création française contemporaine en 1936. Par contre, l’exposition organisée en 1937 éblouissait tous les amateurs d’art. Si une exposition a fait couler de l’encre et connaissait un succès jamais vu, c’était l’exposition La Peinture française contemporaine, de Manet à nos jours qui se tenait au Cercle du 10 au 25 avril 1937. À l’initiative de Robert Stümper et de la Fédération des associations d’éducation populaire, en collaboration avec le Cercle artistique de Luxembourg et la Société des amis du musée et avec l’appui de l’Action française d’expansion artistique à l’étranger, une exposition exceptionnelle présentait l’évolution de l’art en France de la fin du XIXe siècle jusque dans les années vingt, une centaine d‘œuvres des soixante-six meilleurs peintres que la France connaissait. Toutes les tendances étaient représentées, les impressionnistes Monet, Sisley, Pissaro, Degas, Renoir, Toulouse Lautrec, Gauguin, Cézanne, van Gogh, les pointillistes Seurat, Signac, Les fauves Matisse, Vlaminck, ainsi que les cubistes Bracque, Léger, Lhote, Picasso, Dufy, Modigliano et Chagall. Cette aventure a été rendue possible grâce à l’appui d’un grand nombre d’artistes qui composaient le comité technique d’art: Jos Kutter (président), V. Engels, F. Glatz, M. Haagen. H. Rabinger, J. Schaack174, mais aussi grâce à la bonne volonté des gouvernements luxembourgeois et français et à l’engagement des présidents d’honneur du comité d’organisation, madame A. Mayrisch-de Saint-Hubert, Paul Wigreux, président du Cercle artistique, Jos Tockert, secrétaire général de la Société des amis des musées, et Robert Stümper, président d’honneur de l’Association d’éducation populaire, Luxembourg. Aline Mayrisch-de Saint-Hubert mettait à la disposition de l'exposition des œuvres de sa collection privée à Colpach, et avec l’appui de son gendre Pierre Vienot-Mayrisch, secrétaire d’État adjoint au ministère des Affaires étrangères français, elle a su résoudre tous les problèmes organisationnels et ouvrir des portes dans les milieux parisiens. Le directeur de l’usine

[ L’exposition de Manet à nos jours. A-Z 18.04.1937 ]

textile de la Schleifmühle, Erich Goeritz-Sternberger, prêtait un Monet et un Manet de sa collection personnelle et s’entremettait auprès de ses connaissances pour avoir des Cézanne, van Gogh et Gauguin. Claude Roger-Marx, critique d’art parisien, qui entre autres avait été inspecteur des Travaux d’Art pour l’Exposition 1937 à Paris, assumait le commissariat de l’exposition.175 Robert Stümper, président du comité d’organisation, était bien conscient de la valeur exceptionnelle de l’exposition lorsqu'il écrivait dans la préface du catalogue : « Tout fait prévoir que, tant par le choix et la renommée des peintres représentés que par les œuvres maîtresses rassemblées, cette exposition constituera un événement rare dans un petit pays comme le nôtre ».176


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LES EXPOSITIONS PHOTOGRAPHIQUES En octobre 1910, le Photo-Club luxembourgeois invitait à la première exposition photographique au Cercle. Des photographes amateurs du Luxembourg et de l’étranger présentaient leurs meilleures photos au Ratskeller.177 En 1935, le Photo-Club organisait le concours national de photographie au Cercle. Dans le cadre de ce concours national de photographie, 414 images présentées par les associations de Bettembourg, Differdange, Dudelange, Echternach, Mersch et Luxembourg étaient en compétition.178 Dans les années 1930, l’Union photographique Luxembourg était très active, que ce soit pour des expositions thématiques, individuelles ou collectives ou encore internationales. L’exposition Die Luxemburger Kirche im Landschaftsbild en décembre 1933 présentait sur quelque 200 photos la richesse des plus belles églises luxembourgeoises, des chapelles et des croix de chemin.179 En 1936, Nic Siebenaler, photographe amateur luxembourgeois consacré, montrait une cinquantaine de photos sur la croissance des vignes et le travail du vigneron au hall du Cercle.180 Par contre, les expositions internationales bisannuelles, lors desquelles les photographes amateurs luxembourgeois se mesuraient à la concurrence internationale, occupaient toutes les salles du Cercle. Après la guerre, Camera Luxembourg avait choisi la grande salle du Cercle pour l’organisation du Salon international d’art photographique, à partir de 1956 le salon avait lieu au Musée

[ L’exposition du Photo-Club Luxembourg, 1927. L’Illustré luxembourgeois, 14.10.1927 ]

[ Concours national de photographie, Photo-Club luxembourgeois, 1935 ]

[ L’Église dans le cadre du paysage, Union photographique Luxembourg, 1933 ]

d’État. Le salon international de Camera Luxembourg était bien connu au-delà des frontières. Chaque année, le jury avait la lourde tâche de choisir parmi les mille images envoyées les trois cents retenues pour l’exposition. En 1950, pour le IVe Salon international d’art photographique, 36 pays étaient représentés, de l'Allemagne à la Yougoslavie, 305 photos étaient admises de 207 exposants et 106 diapositifs admis de 48 exposants.181 De 1986 à 1994, la Photothèque de la Ville de Luxembourg présentait les expositions La Ville de Luxembourg et son passé récent, au début au hall de l’hôtel de ville et à partir de 1991 au hall d’entrée du Cercle. L’exposition présentait pendant les mois d’été d’anciens clichés pris dans la ville, des débuts de la photographie au passé très récent. Ces vieilles photos trouvaient l’intérêt aussi bien des touristes nombreux dans la ville que des Luxembourgeois qui rêvaient des temps passés ou qui cherchaient des connaissances sur les photos. En 1995, les photos de Tony Vaccaro prises en 1944/45 remémoraient les années de la Libération. Vaccaro, éclaireur de la 83e division d’infanterie de l’armée américaine, avait assez de loisir pour retenir sur pellicule l’avancement de l’armée américaine, du d'embarquement à l'Allemagne, en passant par le Luxembourg. En 1997, la photothèque se mettait Sur les traces de Vauban et de Wenceslas et présentait les vestiges de l’ancienne ville fortifiée. Par la suite et jusqu’à la fermeture du Cercle en 2005, les grands photographes étaient à l’honneur dans des expositions rétrospectives, notamment Pol Aschmann (2000), Théo Mey (2002) et Marcel Schroeder (2004).


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[ Autoportrait de Tony Vaccaro, 1945/1946 © Photothèque VdL ]

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LES EXPOSITIONS P H I L AT É L I Q U E S De 1922 à 1936, les philatélistes luxembourgeois et étrangers se donnaient souvent rendez-vous au Cercle lors d’expositions et de congrès. L’Union des timbrophiles de Luxembourg, fondée en 1890 par cinq jeunes collectionneurs, comptait en 1922 déjà 450 membres. La fièvre collectionneuse touchait toutes les classes sociales et d’âge. L’exposition internationale de timbres-poste organisée dans le « Grand Palais municipal » du 27 au 31 août 1922182 était un événement d’envergure. Elle était placée sous le protectorat du prince Félix, le comité d’honneur se composait de cinq membres du gouvernement, du bourgmestre et du directeur de la poste. Les différentes collections étaient exposées dans une rangée double de cimaises dans la grande salle. Dans une des autres salles, le courtier Gelli étalait les timbres qu’il vendait aux enchères. Son catalogue à lui seul présentait sur 31 pages les timbres mis aux enchères pour une valeur de catalogue de 80.000 francs. L’exposition était un plein succès. L’afflux du public dépassait toutes les attentes, déjà le premier jour le stock des billets d’entrée était épuisé. Du point de vue financier, c’était la même réussite. Les recettes des entrées du lundi se chiffraient à 11.909 francs, celles du mardi à 4.999 francs. La vente aux enchères de timbres utilisés de la Poste à l’Athénée a rapporté 30.000 francs. Parallèlement à l’exposition, les représentants des mouvements philatéliques du Luxembourg ont discuté dans un congrès de la création d’une ligue internationale des associations philatéliques.

[ Série spéciale éditée à l’occasion du 11e Congrès F.I.P. en 1936 ]

En 1936, le congrès international des philatélistes devait se tenir à Rome. À cause de la situation politique très sensible, il était préférable de choisir un pays neutre, comme la Suisse, le Luxembourg ou les Pays-Bas. La fédération luxembourgeoise, sûre de l’appui du gouvernement et de la Ville, accueillait le XIe congrès international au Luxembourg du 26 août au 2 septembre 1936. En parallèle du congrès des philatélistes, les éditeurs de littérature et journaux philatélistes se réunissaient également au Luxembourg. 17 délégations étrangères étaient attendues. Dans le cadre de ce congrès, la fédération luxembourgeoise a présenté des collections luxembourgeoises. Les marchands de timbres avaient installé leurs stands au bar-foyer. L’administration de la poste éditait une série spéciale de timbres avec l’inscription 11e congrès F.I.P. 1936 qui montraient l’hôtel de ville et le Cercle. 183 Après la grande exposition en 1936, le Cercle fut délaissé par les philatélistes luxembourgeois. Entre 1937 et 1975, deux exceptions confirmaient la règle : l’exposition nationale philatélique et numismatique à l’occasion du 60e anniversaire de l’Union des timbrophiles en 1950 et l’exposition de la jeunesse philatélique en 1954. Après, les expositions reprirent. En 1976 et 1980, Adolphe Frank exposait sa grande collection de timbres-poste spéciaux et commémoratifs de la République populaire de Chine dans la grande salle. En 1977, les Friends of Japan présentaient leur collection dans le péristyle et en 1980 la Philcolux organisait dans le cadre de son 25e anniversaire une exposition de timbres thématique et d’histoire sociale.184


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GOLGOTHA DE M I H Á LY M U N K Á C S Y Depuis 1982, les visiteurs du Cercle pouvaient admirer une esquisse de Golgotha, le deuxième tableau de Mihály Munkácsy d’une trilogie de grands tableaux monumentaux bibliques qui comprend le Christ devant Pilate (1880/81, 417 x 636 cm), Golgotha (1882/84, 460 x 712 cm) et Ecce Homo (1896, 403 x 650 cm), qui sont aujourd’hui réunis tous les trois au musée Déri à Debrecen en Pologne.

En 1882, Munkácsy travaillait dans son atelier de la rue de la Montage à Paris à son calvaire Golgotha. Il avait fait monter une grande croix et avait attaché son modèle nu. À certains moments, lorsque celui-ci refusa de continuer « la douloureuse épreuve, ce fut Munkácsy en personne qui se fit crucifier et photographier pour s’inspirer des spasmes de sa propre chair souffrante ».

Habitué à représenter des grandes scènes de la bourgeoisie aisée, Munkácsy commença la triologie biblique sur incitation de son galeriste, le marchand d’art Charles Sedelmeyer qui voulait des œuvres qui « s’exposaient toutes seules ».

Le tableau fut achevé en 1884. Sedelmeyer fit construire dans son jardin une galerie de 25 m pour exposer conjointement le Calvaire et le Christ devant Pilate. Charles Koeping fut chargé de réaliser une gravure de l’œuvre, qui se vendait très bien.

Sedelmeyer, qui d’ailleurs, s’était assuré les droits des tableaux de Munkácsy sur dix ans, exposa le Christ devant Pilate dans une salle spécialement construite dans son jardin, au no 6 de la rue de la Rochefoucauld. Il paraît que pendant les trois premières semaines 500 voitures passaient quotidiennement et plus de 5.000 visiteurs étaient comptés.

Comme le Christ devant Pilate, Golgotha faisait aussi une tournée en Europe, en passant par Budapest, Vienne et Londres, avant d’être amené aux États-Unis. Il a été vendu au millionnaire John Wanamaker, qui avait déjà acheté le premier tableau de la trilogie pour la somme de 100.000 dollars, à l’époque un prix exorbitant pour un tableau contemporain. Wanamaker prêta le Pilate et le Calvaire pour l’Exposition universelle de Paris. Le Musée de Dresde possédait une réplique de la partie centrale du tableau, qui présente le groupe autour des croix avec toutes les saintes femmes, que le peintre avait brossé pour l’exposition de Budapest en 1884. En 1886, la réplique du Calvaire fut mise à la disposition des autorités luxembourgeoises pour être exposée au profit de l’orphelinat de Rodange. Les droits d’entrée de l’exposition qui dura du 26 janvier au 16 février 1886 rapportaient la somme de 2.000 francs. Madame de Munkácsy fit don à sa ville natale d’un grand carton dessiné au fusain, une étude de composition de 280 x 400 cm représentant le calvaire. C’est l’étude qui se rapproche le plus de l’œuvre originale, différents éléments sont très bien réussis, et sortent mieux sur le carton que dans le tableau à l'huile, notamment l’obscurcissement du soleil couchant, les traits des visages de quelques personnages et les contrastes qui sont accentués par le fond jaunâtre.185 Pendant des années, elle décorait la salle des séances de l’hôtel de ville, avant d’être restaurée en 1982 et accrochée dans le salon bleu du Cercle.186

[ Mihály Munkácsy dans son atelier parisien ]


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Mihály Munkácsy, de son vrai nom Lieb, est né le 20.02.1844 à Munkács au pied des Carpates. Il a fait des études à Budapest et Vienne pour s’installer à Munich, Paris, puis à Düsseldorf où il fait la connaissance du baron de Marches et de son épouse Cécile Papier, issue de la bourgeoisie luxembourgeoise. Dorénavant, les de Marches soutenaient le jeune peintre hongrois. Après la mort du baron, il épousait Cécile Papier187 à Ell en 1874. Le couple de Munkácsy, le peintre a été anobli en 1880, partageait sa vie entre Paris et Colpach. À Paris, les de Munkácsy tenaient un hôtel particulier, rue Legendre, que Liszt avait

trouvé princier et qui recevait des hôtes prestigieux : les Doré, les Türr, de Lesseps, Jules Massenet, Gounod, Taine, Dumas le jeune, les maris successifs de Cosima Liszt, Hans von Bülow et Richard Wagner, etc. Les Munkácsy venaient au château de Colpach, leur résidence d’été, pour se reposer. C’est ici que pendant une vingtaine d’années le peintre a conçu tous ses grands tableaux. Il ne se lassait pas de reproduire les alentours du château, des paysages, scènes du parc, clairières, natures mortes et les habitants du village. En résultaient de beaux tableaux, comme Paysage avec soleil couchant (1882), Paysage de Colpach avec laveuses (1883), Parc de Colpach (1886), Allée de Colpach (1886), Entrée du parc à Colpach (1886) ou encore L’École villageoise de Colpach (1882). Ces éléments se retrouvaient aussi dans quantité d’ébauches, esquisses et dessins, qu’il intégrait dans ses grandes compositions historiques et mises en scène religieuses réalisées dans son atelier parisien, au 54 de l’avenue des Villers. 188 C’est à Cécile Munkácsy que nous devons la deuxième visite de Liszt au Luxembourg. Liszt, qui avait déjà été au Luxembourg en 1845 pour donner un concert à l’Hôtel de Luxembourg, devait arriver en visite le 5 juillet 1886 à la gare de Luxembourg. Il fut reçu en tout honneur, même la Concordia, l’harmonie municipale, avait été mobilisée. Sauf que Liszt avait raté son train, il arrivait une heure et demie en retard, passa une heure à la salle d’attente avec son secrétaire Stavenhagen, Charles Papier et le chef de gare Joseph Junck avant de prendre le train pour Arlon. Il assistait au concert de la Philharmonie organisé par la Société de musique. Le concert prévu le 21 juillet au Cercle littéraire fut avancé au 19 à la demande du maître et se tenait au Casino. Après le concert, Liszt se dirigea vers le piano à queue et interpréta ses propres compositions, Rêve d’amour et Chant polonais, ainsi que Soirée de Vienne no 6 de Schubert. Il passa la nuit à l’hôtel de Cologne pour repartir le lendemain à Bayreuth. Le 31 du même mois, il succomba à une pneumonie. 189

[ Golgotha, extrait de l'esquisse au fusain ]


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LES FOIRES Au début du XIXe siècle, les foires au Luxembourg restaient modestes et se limitaient à la présentation de la création nationale et des nouveautés dans le secteur agricole et horticole, industriel et artistique ou, tout au plus, à des foires d’échantillons. La vocation du Luxembourg en tant que stimulant économique permit en 1922 l’organisation d’une première grande foire internationale précédant la fondation des Foires internationales de Luxembourg (F.I.L.). En 1935, les premiers halls d’exposition furent érigés au Limpertsberg et un vaste hall supplémentaire fut ajouté en 1955. Pour des foires de moindre envergure, le Cercle seul ou en combinaison avec les locaux de l’école Aldringen était un lieu idéal en centre-ville. Dans les années trente, la foire internationale de la radio faisait étape chaque année, la foire gastronomique revenait à un rythme bisannuel.

L E SA L O N DE LA RADIO La transmission sans fil (T.S.F.) avait fait des progrès énormes pendant la guerre. Dans les années vingt, son utilisation ne restait pas limitée aux usages militaire et maritime, des stations de radio commençaient à diffuser quotidiennement des émissions publiques. Radio Tour Eiffel diffusa le premier concert en 1921, la BBC fut fondée en 1927. En 1933, avec la création de Radio Luxembourg, le Luxembourg se rangeait parmi les autres villes, Paris, New York, Stockholm, Moscou, Rennes et Toulouse sur le cadran des petites boîtes en bois qui trouvaient leur place dans le salon ou sur le buffet comme signe de prospérité. En juillet 1930, l’Association Radio-Luxembourg invitait à la première exposition de radios au Cercle qui durait une semaine entière, deux éditions suivaient en 1931 et 1932.190 Pour la troisième Exposition internationale de T.S.F. et des industries annexes qui était placée sous le haut patronage du prince Félix, la Fédération nationale des associations radiophiles avait organisé une exposition des amateurs-bricoleurs. La mise en service prochaine du poste puissant d’émission de Radio Luxembourg conférait à l’exposition une certaine actualité.

[ Catalogue de la IIIe Exposition T.S. F., 1932 ]


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[ Salon de la radio, 1932 © Pierre Pertogne, Photothèque de la VdL ]

Les premiers stands dans le hall présentaient des accumulateurs Safac et Tudor, source d’énergie pour les postes de radio. Les différents revendeurs et marques s’étaient installés dans la grande salle, Philipps Radio Belge occupait sept stands, la Société belge de radio-électrique et Telefunken quatre, d’autres comme Loewe, Saba, Owin ou Bell se contentaient d’un simple stand. La Compagnie luxembourgeoise de radio-diffusion proposait des vues du nouveau poste émetteur. Quinze magazines qui présentaient les programmes diffusés étaient présents. Les stands des amateurs-bricoleurs et radio-clubs luxembourgeois occupaient la salle flamande. 191

L’intérêt des Luxembourgeois pour cette nouvelle technologie devait avoir été très appréciable, car en 1936, deux salons de radio avaient lieu dans la même semaine à la Maison du peuple et au Cercle. Bien que le Luxembourg ne comptait que 100.000 auditeurs, il fallait réagir. Les fabricants et les grossistes se sont mis d’accord et la Sepralux (Société des expositions et de la propagande de la radio au Luxembourg) a été fondée en 1936. Elle organisait un dernier salon de la radio-diffusion au Cercle en août 1937. En 1938, la séance d’ouverture du salon se tenait au Cercle, encadrée musicalement par l’orchestre de Radio Luxembourg. L’exposition qui nécessitait des lieux plus spacieux, vu son succès, avait déménagé dans les halles d’exposition et l’École industrielle au Limpertsberg.192


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L’ E X P O S I T I O N GASTRONOMIQUE L’exposition gastronomique de 1932 se répartissait entre le Cercle et l’école Aldringen sur plus de 3.000 m2 et accueillait presque 150 exposants luxembourgeois et étrangers. Tandis que le Cercle était réservé à des producteurs qui briguaient la vente de leurs produits et qui invitaient à la dégustation presque toujours gratuite, l’art culinaire et pâtissier, les arts de la table et les écoles de cuisine, dont l’école pâtissière Coba de Bâle, l'attraction du salon, se retrouvaient dans l’école Aldringen. Les cuisiniers des meilleurs restaurants luxembourgeois présentaient leurs plats, notamment les deux chefs Strauss et Kahn du Casino, et la brigade de l’Hôtel du Commerce à la gare. Au Ratskeller, la Coopérative des vignerons de Stadtbredimus faisait déguster les nouveaux crus de la Moselle. L’exposition attirait même les professionnels des régions voisines, les hôteliers et cafetiers de Thionville venaient en groupe, de même que les hôteliers, restaurateurs de Metz et Nancy.193 L’exposition du syndicat des aubergistes, hôteliers et cafetiers se répartissait en 1938 entre le Cercle, au centre-ville, les halles d’exposition et l’École industrielle au Limpertsberg. L’afflux des visiteurs a été comparé à celui du dimanche de l’octave.194 Au Cercle, le service du contrôle sanitaire de la police donnait un aperçu de son travail, la ferme de Simmern faisait déguster des thés cultivés dans la vallée de l’Eich, mais aussi les produits de sa distillerie, la Menthe et la Liqueur de la vallée des sept châteaux. Dans la grande salle, les gastronomes de la ville, les hôtels Kons, Brasseur, Alpha avaient dressé des

[ Présentation de la nouvelle Renault 1956 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

tables avec grand style et l’École ménagère et professionnelle proposait quelques délicatesses. Le public pouvait juger la qualité des vins de la Moselle, du vin de table corsé aux vins nobles et mousseux. L’exposition se terminait par une journée belgo-franco-luxembourgeoise avec cortège folklorique imposant qui partait devant le siège de l’ARBED pour sillonner les rues de la capitale jusqu’à la place d’Armes, un rallye organisé par la Motor-Union, un concert monstre par l’harmonie de la Fédération des sociétés musicales de Moselle et Meurthe-et-Moselle, forte de 140 musiciens, et un banquet pour 200 convives au Grand Hôtel Brasseur.195 Une dernière grande foire, celle de l’industrie textile nationale en 1939, attirait plus de 3.000 visiteurs, 700 personnes seulement le dimanche. Les événements commerciaux devenaient rares après la guerre. Quelques défilés de mode et des salons de coiffure présentaient les dernières créations de mode et de coiffure aux dames. Tandis que la nouvelle Renault Dauphine, présentée au hall d’entrée du Cercle en 1956, était plutôt l’affaire d’un public masculin.

[ Le Gala Nina Ricci, 1991 © François Buny, Photothèque VdL ]


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[ Défilé de mode, 1958 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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LE SPORT À L’HONNEUR Le banquet du Comité olympique en 1914, la cérémonie du 25e anniversaire de l’Union des sociétés luxembourgeoises de gymnastique en juillet 1924, les bals et redoutes de l’Escrime et l’exposition L’Évolution du sport de Josiane Ney en mai 1995 étaient des moments où le monde sportif se donnait rendez-vous au Cercle pour des banquets, séances académiques, bals et expositions. Mais le Cercle connaissait aussi des moments sportifs plus insolites pour lui, à savoir de vraies compétitions sportives. Ainsi en 1939, la Fédération nationale de tennis de table invitait des équipes françaises, néerlandaises, polonaises à un grand tournoi international, la Coupe du Centenaire, qui se disputait le week-end des 8 et 9 août.196 Après la guerre, la boxe s’est réorganisée dans la capitale. Le Boxing Club Luxembourg et le Central Punching Club Luxembourg ont fusionné en janvier 1945, sous la dénomination Central Boxing Club Luxembourg. Quelques pugilistes ont entamé des carrières professionnelles. Le champion luxembourgeois Georges Schiltz débuta sa carrière par une victoire aux points contre Al Berry en mai 1945. Jim Graser et Jäng Serres passaient dans le champ des professionnels en 1946.197 Faute de lieu propre pour les matchs publics, le club montait le ring aux halles d’exposition du Limpertsberg, dans la Maison du peuple ou encore dans la grande salle du Cercle. Le 18 novembre 1945, une rencontre entre les boxeurs luxembourgeois et liégeois se tenait dans la grande salle en présence de l’ambassadeur belge, le vicomte Joe Berryer, et les ministres luxembourgeois Marx et Bodson, le dernier dans sa fonction de président de la Fédération de boxe luxembourgeoise. Le public pouvait suivre un combat professionnel, cinq combats d’amateurs internationaux et quatre combats nationaux. Le champion luxembourgeois Georges Schiltz a mis son adversaire Barthélemy sur le tapis au quatrième round.198 Lors d’une deuxième rencontre en janvier 1946, le public était gâté, deux matchs nationaux pour échauffer la salle, un match professionnel et six matchs d’amateurs entre des boxeurs du Luxembourg et de Charleroi. Georges Schiltz et le coming man du poids moyen belge De Ruyder faisaient match nul après huit rounds.199

[ Match de boxe, 1956 © Théo Mey, Photothèque VdL ]


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Le Cerc le o f fic ie l L

e Cercle avec son architecture prestigieuse, son escalier d’honneur paré d’un tapis rouge pour les grandes occasions, sa grande salle et ses salons richement décorés fournissait le cadre idéal pour de grands événements officiels, dîners, commémorations nationales, fêtes patriotiques, visites d’État, accueil d’hôtes de prestige ou encore des institutions européennes. La grande salle pouvait accueillir jusqu’à 250 convives pour des dîners organisés à l’occasion de l’anniversaire de la Grande-Duchesse en 1921, pour l’inauguration du Mausolée en 1924, la réunion du cartel de l’acier en 1934 ou encore le dîner officiel de l’inauguration de la capitale culturelle en 1995. Des événements exceptionnels demandent un cadre exceptionnel. Ainsi, l’Union des sociétés de musique de la ville de Luxembourg fêtait son 25e anniversaire au Cercle (1924), les médecins vétérinaires leur bicentenaire (1992), le corps des pompiers professionnels son 75e anniversaire (1997) et une exposition historique célébrait le 50e anniversaire de la Libération (1994).

La Grande-Duchesse Charlotte, le prince Félix, de même que le Grand-Duc Jean et la GrandeDuchesse Joséphine-Charlotte séjournaient souvent au Cercle pour des concerts de gala, des actes de commémoration nationale, comme invités de la CECA. La famille grand-ducale était aussi un visiteur régulier des bazars de charité et des concerts de bienfaisance. C’étaient des moments où elle était proche de la population luxembourgeoise qui lui témoignait une grande affectation. La municipalité avait même fait installer une loge grand-ducale, afin que la Grande-Duchesse puisse se retirer pour se rafraîchir. À notre connaissance, la loge n'a été utilisée qu'une seule fois. D’autres événements ont été organisés en l’honneur de la famille grande-ducale, comme l’anniversaire de la Grande-Duchesse qui en 1937, avec la semaine de la lumière, a connu des dimensions jamais vues, la commémoration de l’Indépendance en 1939 ou le 25e anniversaire de l’avènement au trône du Grand-Duc Jean en 1989 et le centenaire de la dynastie luxembourgeoise l’année suivante.


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LA FÊTE DE LA LUMIÈRE Du 21 au 31 janvier 1937, à l’occasion de l’anniversaire de la Grande-Duchesse, toute la ville, et le Cercle en particulier, était sous le signe de la lumière. La semaine de la lumière était une démonstration de l’efficacité de la lumière électrique et en même temps permettait de présenter la ville de Luxembourg sous une autre lumière au moment de la fête nationale. La nouvelle avenue, le pont Adolphe, les bâtiments officiels et les monuments étaient illuminés. Les maisons pavoisées étaient en concurrence avec les vitrines de magasins illuminées et décorées aux couleurs nationales. L’inauguration officielle de la semaine des lumières a eu lieu au Cercle en présence du prince Félix. La salle resplendissait sous une lumière indirecte. Une jeune femme dansait sur la scène illuminée par une lumière ultraviolette qui faisait briller sa robe et ses bijoux dans toutes les couleurs. Le même soir, un grand banquet rassemblait le Tout-Luxembourg. Le bazar de charité de la Croix-Rouge, qui se tenait le lendemain, était intégré à la fête.

Le salon de la lumière, au Cercle, révélait des nouveautés et des curiosités du monde électrique. Au bar-foyer, le stand de Philips était installé près d’une vraie fontaine actionnée par une pompe électrique. Dans la salle boisée, Siemens montrait une maison miniature illuminée, la plus petite ampoule électrique du monde et Osram un projecteur de 20.000 watts. D’autres marques étaient présentes, la reconstruction d’un atelier et d’une salle de classe montrait l’effet d’une lumière adéquate. 200 Tous les jours, des attractions attendaient les visiteurs. Thés dansants, défilés de mode, projections de films, des jeux de lumière et des danses fluorescentes attiraient quotidiennement quelques centaines de personnes. Les conférences scientifiques sur l’illumination de la maison, la technique et la fabrication des verres d’éclairage ou l’effet de la lumière des lieux de travail sur la rentabilité de l’entreprise avaient moins de succès. 201

[ La Grande-Duchesse à la fête de la lumière, 1937 © photo inconnue, Photothèque VdL ]


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LE CENTENAIRE DE L’INDÉPENDANCE Avec le recul, la date de 1839 est apparue aux Luxembourgeois comme l’acte de naissance du Luxembourg indépendant. « Ce qu’ils ont fêté au printemps 1939, n’était pas le partage, mais la naissance d’une vraie patrie. L’imminence de la Seconde Guerre mondiale explique sans doute la ferveur des foules accourues aux festivités de 1939 ».202 Lors des festivités du centenaire de l’Indépendance, le Cercle était au cœur des manifestations en accueillant la cérémonie officielle dans l’après-midi et, le soir, le bal de l’Indépendance organisé par la même commission qui avait été responsable de la fête des lumières et des deux grandes expositions. [ Les Luxembourgeois attendent l’arrivée du carrosse grand-ducal, 1937 © G. Fournelle, Photothèque VdL ]

LA CÉRÉMONIE OFFICIELLE Le 23 janvier, un nombre impressionnant de patriotes attendait le passage de la famille grand-ducale qui traversait toute la ville dans un beau carrosse d’apparat, accompagnée de gendarmes à cheval. Le cortège partait du palais grand-ducal pour traverser la passerelle et descendre jusqu’ à l’hôtel Star, à la gare. Il remontait l’avenue de la Liberté, prenait le boulevard Royal et la Grand-Rue jusqu’au Cercle, où le ministre d’État Pierre Dupong s’adressait à la Grande-Duchesse devant le corps diplomatique, le gouvernement et les autorités publiques.203 Parmi les maintes manifestations célébrant le centenaire de l’Indépendance du pays, les cérémonies officielles, les grands cortèges historiques, les soirées patriotiques, les expositions à Liège, New York, Echternach et Esch-sur-Alzette, il faut aussi citer les deux grandes expositions au Cercle. L’exposition Sâchen aus der âler Stât se tenait du dimanche de Pentecôte, le 28 mai, au 11 juin 1939 et l’Exposition nationale du livre et de la presse suivait, du 15 juin au 30 juin 1939. Ce qui ne laissait que trois jours pour le démontage de l’ancienne exposition et le montage de la nouvelle.

[ La Grande-Duchesse à la sortie du Cercle, 1937 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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S Â C H E N AU S D E R Â L E R S TÂT Sous la direction du juriste Lambert Schaus, membre du conseil communal, le comité d’organisation avait rassemblé 650 objets d’art et de souvenir pour faire revivre la vieille ville de Luxembourg fidèle à son image du XIXe siècle. Les institutions officielles comme le Musée national, les Archives de l’État et de la Ville, l’Église catholique et des collectionneurs privés ont participé à la réussite de cette exposition que 5 .920 personnes ont visitée, dont les 415 invités du vernissage officiel et 1.262 élèves des écoles primaires de la ville. 1.500 catalogues ont été vendus. 204 Dans le hall d’entrée des sculptures en pierre, dont l’Homme sauvage, accueillaient les visiteurs. Des plans et des souvenirs de la forteresse racontaient l’histoire militaire de la ville. Les archives de la Ville présentaient leurs trésors, dont la charte d’affranchissement de 1244 et les recensements de la population de 1482. La vie des corporations et des confréries était représentée dans le salon bleu par des enseignes, des statuettes et des calices cérémoniels richement ornés. L’exposition donnait aussi un aperçu de la vie associative et de l’habitat. D’anciens meubles, des porcelaines et de la faïence recréaient dans la grande salle du Cercle l’atmosphère et l’ambiance des maisons bourgeoises du siècle passé. 205

[ Sâchen aus der âler Stât © Photothèque VdL ]

[ Sâchen aus der âler Stât. BNL, affiche ]

[ A-Z 11.06.193 ]


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L’ E X P O S I T I O N N AT I O N A L E D E LA PRESSE ET DU LIVRE LUXEMBOURGEOIS L’exposition s’est ouverte le jeudi 15 juin en présence du couple grand-ducal. Elle relatait l’évolution de la littérature et des sciences, de l’édition et de la presse du Grand-Duché. Mathias Tresch, président de l’Association des professeurs de l’enseignement supérieur et moyen et cofondateur de l’Association pour l’éducation populaire en 1918 et de la SELF en 1943, était l’homme idéal pour présider le comité d’organisation qui se composait de professeurs et d’auteurs : J.P. Erpelding, Pierre Frieden, Alphonse Foos, Josy Imdahl, Alex Kinn, Jérôme Anders, Paul Bastian, Eugène Ewert, Pierre Grégoire, Louis Knaff, Paul Muller, Marel Noppeney, Nic. Ries et Batty Weber. Déjà, en mars le comité avait lancé un appel public à la recherche d’ouvrages, journaux et périodiques luxembourgeois, le 12 avril il commençait avec le classement et le tri des publications.206 L’exposition « dressait un inventaire à peu près complet du travail intellectuel de nos compatriotes depuis un siècle »207, pour reprendre les mots de Mathias Tresch qu’il adressa au ministre Margue. L’exposition comportait dix-neuf sections, les deux premières étant consacrées à la presse, aux revues et périodiques, les autres aux livres. Les éditions comprenaient les ouvrages les plus caractéristiques du point de vue bibliophile et typographe publiés soit par des auteurs luxembourgeois, soit par des auteurs étrangers édités au Luxembourg. Des livres édités et des manuscrits retraçaient l’histoire de la littérature, des sciences, des arts, de la musique du siècle dernier. Parmi les journaux, périodiques et revues, il y avait aussi bien le fameux Clef du cabinet des princes édité par André Chevalier à partir de 1717 et lu par des Cours européennes et des ministères étrangers, que les périodiques qui, pendant des décennies, ont marqué l’évolution culturelle luxembourgeoise, Floréal, La Voix des Jeunes, Les Cahiers Luxembourgeois, etc.208 La presse et la majorité des livres occupaient la grande salle, tandis que le salon des dames était réservé aux femmes auteurs - le nom oblige -, la salle flamande aux sciences naturelles et médicales, à l’agriculture et aux sciences physiques, mathématiques et techniques. Dans la salle boisée (salon bleu), la Conférence du jeune barreau avait mis en place le volet droit, d’un côté les publications juridiques luxembourgeoises et, de l’autre côté, l’économie politique avec les conventions internationales que le Luxembourg avait signées. Dans le hall

[ L'exposition nationale de la presse et du livre luxembourgeois. © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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de l’escalier des vues, plans et cartes géographiques étaient exposés et le public pouvait suivre la reproduction de vieux textes luxembourgeois sur une presse à main.

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mots résument parfaitement le ressenti des Luxembourgeois : « Depuis un certain nombre d’années, nous assistons à un mouvement qu’on pourrait qualifier de  renouveau national ».

Citons une dernière fois Mathias Tresch qui dans son discours d’inauguration, s’adressait au couple grand-ducal et dont les

EN L’HONNEUR DU GRAND-DUC L’histoire de la dynastie se confond avec celle du Luxembourg. En 1815, les rois des Pays-Bas devenaient aussi souverains du Luxembourg. C’est seulement avec la succession d’Adolphe, Duc de Nassau, au roi Guillaume III en 1890 qu’une véritable dynastie luxembourgeoise est née. Les cérémonies de l’Indépendance en 1939 et la Deuxième Guerre mondiale ont montré comment la Grande-Duchesse Charlotte était devenue le symbole même de l’indépendance du pays.

L E 2 5 e A N N I V E R S A I R E D E L’AV È N E M E N T AU T R Ô N E D U G R A N D - D U C J E A N Le 12 novembre 1964, la Grande-Duchesse Charlotte signa son acte d’abdication et son fils Jean devint le huitième souverain du Luxembourg depuis la création du Grand-Duché en 1815. Vingt-cinq années plus tard, l’anniversaire de son avènement au trône a été fêté dignement. Dans la salle des séances de la Chambre des députés, tous les députés, le gouvernement, le corps diplomatique, les représentants des institutions européennes, la présidente de la chambre, Erna Hennicot-Schoepges, et le Premier ministre Jacques Santer ont félicité le Grand-Duc Jean qui a dressé un bilan de son règne. Une cérémonie religieuse suivait dans la cathédrale. La Ville de Luxembourg a honoré le Grand-Duc par une cérémonie sympathique au Cercle et une fête populaire de grand style sur la place d’Armes et dans les rues de la capitale. Pour clôturer les festivités, les représentants élus de toutes les communes luxembourgeoises ont honoré le Grand-Duc lors d’un dîner à la Halle Victor Hugo. Le Cercle s’avérait trop petit pour la cérémonie organisée par la ville. Les écoliers de la ville formaient une haie d’honneur dans le grand escalier pour recevoir la famille grand-ducale. L’encadrement musical était assuré par des classes des écoles primaires et l’orchestre des élèves du conservatoire qui présentait un pot-pourri de mélodies luxembourgeoises.

[ Le Grand-Duc Jean coupant le gâteau d’anniversaire, 14.11.1989 © Jochen Herling, Photothèque VdL ]

Dans son discours, la bourgmestre Lydie Polfer évoquait les liens profonds qui existent entre la population et la famille grand-ducale et retraçait les dernières vingt-cinq années du règne, pendant lesquelles la personnalité du Grand-duc et ses facultés humaines ont donné au pays la stabilité et la sécurité nécessaires pour affronter les années de bouleversement économique. Après un chaleureux Happy Birthday, au son du Wilhelmus le Grand-Duc a coupé le grand gâteau d’anniversaire avec un sabre que les officiers de l’armée luxembourgeoise lui avaient offert.


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L E C E N T E NA I R E D E L A DY NA ST I E Un an plus tard, le Luxembourg fêtait le centenaire de sa dynastie. Après une séance solennelle dans la Chambre des députés et un Te Deum à la cathédrale, tous les invités de la famille grand-ducale ont suivi une cérémonie au nouveau théâtre, qui était encadrée par l’orchestre symphonique de RTL. La ville avait invité à un dîner de gala au Cercle, restauré pour l’occasion. La bourgmestre Lydie Polfer et les échevins ont reçu le GrandDuc Jean, la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte, le Grand-Duc héritier et la Grande-Duchesse héritière, le prince Guillaume, ainsi que la Reine Beatrix des Pays-Bas et le prince Claus, représentants de la famille OrangeNassau.209 La ville a gâté ses invités de marque par un menu et des vins exquis, un émincé de homard breton accompagné d’un pinot gris luxembourgeois et des noisettes de chevreuil arrosées d’un Margaux 1981. L’encadrement musical a été assuré par les élèves et les professeurs du Conservatoire de musique de la ville de Luxembourg.

LES VISITES D’ÉTAT

[ La bourgmestre Lydie Polfer s’adressant au Grand-Duc Jean, 9.12.1990 © François Buny Photothèque VdL ]

Ce n’est pas tous les jours que le Luxembourg a le privilège de souhaiter la bienvenue à un souverain d’un pays voisin ou lointain. Avant la Deuxième Guerre mondiale, le roi et la reine des Belges ont honoré le Luxembourg par une visite officielle en 1914 et le Luxembourg est tombé sous le charme du roi et empereur d’Éthiopie en 1924. C’est seulement dans les années 1950 et 1960 que les visites d’État, des visites de travail et de courtoisie ont repris, pour s’amplifier dans les années 1970 (12 visites), 1980 (9 visites) et 1990 (17 visites). En 1976, la visite d’État de la reine Elisabeth II d’Angleterre (8-12 novembre) et le séjour privé de Marguerite du Danemark (22-22 novembre) se faisaient dans l’espace d’une quinzaine. C’est donc dans les années d’après-guerre, avec la création de la CECA, que le Luxembourg a commençé à développer des ambitions internationales et à assumer ses responsabilités en tant que membre fondateur de l’Union économique européenne et siège provisoire de la CECA. Le président français René Coty venait ainsi au Luxembourg en juin 1957 pour rencontrer la Haute Autorité de la CECA. Le Luxembourg recevait les souverains et chefs de gouvernement des pays voisins, dont les familles royales étaient liées. Les souverains belges sont venus à quatre reprises, Albert Ie en 1914 et 1930, Baudouin, qui était le frère aîné de la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte, en 1959 et

[ La reine Juliana des Pays-Bas suivie de son époux le prince Bernard et la Grande-Duchesse Charlotte © Pol Aschmann, Photothèque VdL ]


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D’autres ont fait des voyages plus longs pour rencontrer le GrandDuc et le gouvernement du Luxembourg. Le roi et la reine de Thaïlande se sont déplacés au Luxembourg en 1960, le président tunisien Habib Bourguida l‘année suivante. Le Luxembourg a également reçu Léopold Sédor Senghor, président de la République du Sénégal (1970), le roi et la reine de Jordanie (1985), le colonel Jean-Baptiste Bagaz, président du Burgundi en visite de travail (1986), Li Xiannian, président de la République populaire de Chine (1987), Violeta Barrios de Chamorro, présidente du Nicaragua (1994) ou encore l’Empereur Akahito et l’Impératrice Michkito du Japon en visite privée (1997).

[ Perle Mesta, l’Ambassadrice américaine lors de la réception en honneur de la reine Juliana, 1951 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

Albert II, son frère cadet, une année après son avènement au trône en 1994. Les reines des Pays-Bas sont aussi venues à plusieurs reprises, la Reine Juliana et le prince Bernard en juin 1951 et en juillet 1971, sa fille la Reine Beatrix et le prince Claus étaient en visite officielle en mars 1881 et ont assisté aux festivités du centenaire de la dynastie luxembourgeoise en 1990.

[ Le roi Bhumibol Adulyadej et la reine Sirikit de Thaïlande, 1960 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

À différentes occasions, la Ville de Luxembourg recevait les hôtes étrangers dans le cadre prestigieux du Cercle et y organisait un concert ou une réception en leur honneur. Le protocole de ces visites qui duraient entre deux et trois jours ne changeait guère et était bien chargé : des réunions de travail avec le gouvernement, la prise de contact avec le monde de l’économie et la visite des sites industriels, du patrimoine culturel et d’institutions sociales. Le Grand-Duc invitait les hôtes à un dîner au palais grand-ducal, la ville donnait une réception et l’hôte invitait de son côté les autorités luxembourgeoises à un dîner ou un événement culturel avant de repartir. Parfois, le Cercle était le cadre pour ce dîner. C’était le cas lors de la visite du roi de Thaïlande, la Communauté européenne du charbon et de l’acier qui avait pris en location le Cercle était d’accord de le mettre à disposition. Le président irlandais Patrick Hillary, lors de sa visite en 1973, était reçu par la Ville au palais municipal, de même que le président de la République d’Autriche en juillet 1975.

[ Les invités attendant l’arrivée du couple royal de Thaïlande, 1960 © Théo Ney, Photothèque VdL ]


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LES ROIS DES BELGES Le Roi Albert Ier avait pris la succession de son oncle le Roi Léopold II en 1909. En 1913, quand la tension augmenta, le roi Albert se rendit en avril en France et en novembre en Allemagne pour insister sur la neutralité de la Belgique et pour les prévenir qu’en cas de violation du territoire belge, le pays se défendrait. C’est dans ce contexte qu’il faut voir la visite du roi Albert et de la reine Élisabeth au Luxembourg du 27 au 29 avril 1914, quelques mois avant l’éclatement de la Grande Guerre. Le programme des festivités210 prévoyait, à la fin de l’après-midi du 27 avril, l’accueil à la gare avec honneurs militaires par la compagnie des volontaires et son orchestre militaire, un cortège jusqu’au palais grand-ducal avec une réception pour le corps diplomatique et un dîner de gala. Dans la soirée, la Ville de Luxembourg recevait le couple royal au Cercle, à partir du balcon, il assistait à la fête populaire et à la retraite aux flambeaux. Le lendemain, après une réception chez l’ambassadeur belge, un petit déjeuner offert par le roi aux autorités luxembourgeois et un dîner au palais grand-ducal, le roi et la reine revenaient au Cercle pour assister à un concert du Conservatoire du musique de la ville de Luxembourg. Le 29 avril, le retour à Bruxelles était prévu à 11 heures à la gare de Luxembourg. À l’occasion de la visite royale, la ville s’était parée. Sur la place de Metz, qui était sur le trajet du cortège, un ange de la paix avait été installé sur une stèle haute de seize mètres, signe symbolique de vœu pieux devant la menace de guerre. La

place d’Armes et le Cercle ont été illuminés avec plus de 2.000 ampoules dont les couleurs alternaient du rouge et blanc au orange et blanc. Déjà, les travaux préparatoires ont attiré une foule devant le Cercle selon le Luxemburger Wort: « Die Illuminationsarbeiten am Paradeplatz und am CercleGebäude schreiten rasch voran ; An letzterem Gebäude ist das montieren von etwa 2.000 Lampen, abwechselnd rot und weiß, sowie orange und weiss, fertiggestellt, es bleiben nur noch farbige Blumen um die weißen Lampen anzubringen. Besonders gefährlich war das Verlegen der Kabel am Turmhelm. Hunderte von Zuschauern sahen gestern und vorgestern dieser Akrobatenleistung mit Spannung zu. In feenhaftem Glanz wird nun die Silhouette der Haupttfassade des mächtigen Gebäudes in die Nacht traciert werden, der Turm von allen Seiten weithin sichtbar. Dies glänzende Farbenspiel wird indes noch ergänzt, bereichert werden. An den beiden Enden des Balkons über dem Eingang werden reich verzierte drei Meter hohe Motive ausgestellt, deren Kopfende eine Intensiv-Lampe von 600 Kerzen krönt. Die Motive selbst werden rot, blau und orange illuminiert…. »211 Pour la deuxième visite du roi Albert Ier en avril 1930, la réception de la Ville de Luxembourg au Cercle était encadrée par les ensembles du conservatoire. Les 300 exécutants de l’orchestre et de la chorale mixte sous la direction du directeur Lucien Lambotte présentaient un programme exquis, avec entre autres, l’ouverture de Léonore de Beethoven, l’ouverture du Roi d’Ys de Lola et de La Damnation de Faust de Berlioz, le Chœur des gnomes et des sylphes, le Chœur de soldats et d’étudiants.212 Après l’abdication du roi Albert en 1950, son fils Baudouin devenait le cinquième roi des Belges à l’âge de vingt ans. Lors de sa visite en juin 1959, le roi Baudouin était reçu au Cercle le 18 juin par la Communauté européenne du charbon et de l’acier.

[ Acceuil du couple royal belge, 1930. Coll. Valentin Dupont ]

À la mort de Baudouin, son frère cadet Albert II prit sa succession en 1990. Quatre années plus tard, le roi Albert et la reine Fabiola étaient les invités du Grand-Duc Jean et de la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte, dont il était le frère cadet. Cette fois-ci le Cercle avait aussi l’honneur d’accueillir les couples royal et grand-ducal.


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[ Roi Baudouin sortant du Cercle. 1959 © Mirgain, Photothèque VdL ]

[ Le roi Albert II et la reine Fabiola avec le couple grand-ducal au Cercle, 1994 © Raymond Faber Photothèque VdL ]

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L E R O I E T E M P E R E U R R A S TA FA R I D’ÉTHIOPIE tiens »213. «Der feierliche fast kirchenartige Ernst des Aufzuges hinterliess einen eigenartigen Eindruck und lässt sich durch die orientalische Bekleidung der hohen Besucher mit keinem anderen Fürstenbesuch vergleichen. Prinz Tafari war wie seine Begleiter ohne Kopfbedeckung. Er trug einen elfenbeinfarbigen, pelerinartigen Ueberwurf und eine seidene enganliegende Hose .… Der Prinz hat eine kleine schmächtige Gestalt. Aus seinem feinen, bronzefarbigem Gesichte, das von einem tiefschwarzen Barte eingerahmt war, blicken zwei intelligente Augen.»214 Après un déjeuner offert au palais grand-ducal, le Ras Tafari assistait à un concert au Cercle. [ Le discours du bourgmestre Gaston Diderich au Cercle, au premier rang : M. Altwies, président de la Chambre des députés, le comte de Laubespin, ambassadeur belge, Mgr. Micara, nonce du Pape, le Ras Tafari, le prince Félix, Arnaud Mollard ambassadeur de France et le Marquis de Brichanteau, ambassadeur d’Italie © ANLux PG9_0782 ]

L’Éthiopie avait adhéré à la Société des nations en 1923 et le prince régent Ras Tafari voulait moderniser son pays en s’inspirant des États européens. En 1924, il faisait un voyage de prospection en Europe à la recherche de nouvelles collaborations. En mai, il était de passage au Luxembourg, avant de continuer son voyage en Belgique, Angleterre, Suisse et Grèce. Le régent allait être couronné empereur de l’Éthiopie en 1930 sous le nom de Haile Selassie Ier. Pour la visite du prince régent éthiopien en 1924, la ville avait été décorée aux couleurs nationales de l’Éthiopie : rouge, jaune et vert. Le caractère exotique du personnage et la légende tissée autour de ce descendant de la reine de Saba avaient excité au plus haut degré la curiosité du public luxembourgeois. Stoïquement, il a bravé la pluie pour jeter un œil sur ce jeune prince qui a été reçu à la gare par le prince Félix représentant la Grande-Duchesse qu’un heureux événement avait retenue au château de Colmar-Berg. L’apparence du jeune prince et sa suite, dont faisaient partie quatre rois, a frappé les citoyens et la presse luxembourgeoise. « De petite taille, vêtu de blanc, un simple manteau blanc soutaché d’or sur les épaules, le teint basané », le Ras Tafari rappelait «  ces fresques que l’on voit au Musée du Louvre et qui représentent des pharaons égyp-

L’orchestre du conservatoire interprétait quatre pièces de musique dont Airs de ballet de l’opéra comique Les Indes galantes de Rameau. Le service d’ordre devant le Cercle était assuré par la gendarmerie à cheval et la police municipale. Après le concert, le prince éthiopien a déposé une gerbe au pied du Monument du souvenir à la place de la Constitution. Le Ras Tafari avait remis au bourgmestre la somme de 20.000 francs français à des buts philanthropiques. En guise de remerciement, la ville avait entièrement fleuri le wagon-salon occupé par le prince et sa suite. Le gouvernement a offert un dîner qui a été pris dans le train durant le trajet jusqu’à Bruxelles.


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L E S R E I N E S D E G R A N D E - B R E TA G N E E T DU DA N E M A R K E N 1 976 En 1976, le Cercle a eu l’honneur d’accueillir deux reines dans un intervalle de quinze jours. La reine Elisabeth II et le duc d’Edimbourg avaient répondu à une invitation du Grand-Duc Jean et firent une visite officielle au Luxembourg du 8 au 12 novembre 1976215. C’était la première visite d’un monarque britannique au Grand-Duché. Partout dans le pays, tant à Luxembourg-ville qu’à Esch-sur-Alzette, Differdange, Echternach et Vianden, la reine fut spontanément et très chaleureusement acclamée par une foule en liesse. Pendant la journée du 8 novembre, après avoir déposé une couronne faite de coquelicots des Flandres fabriquée par les mutilés de guerre britanniques, la reine se rendit à pied au Cercle pour assister à la réception offerte par la municipalité. Dans son allocution, la bourgmestre Colette Flesch avait trouvé les mots justes pour qualifier l’enthousiasme que la présence de la reine Elisabeth avait suscité auprès des Luxembourgeois : «  Ever since your visit was announced, there has been excitement in the air. It is thus with feelings of joy and deep respect, of true friendship and affection that I say how happy we are to welcome You in our midst ».216 Quinze jours plus tard, la municipalité recevait la reine Margrete II du Danemark et le prince consort. Le 22 novembre à 15 heures, la bourgmestre Collette Flesch et les échevins de la ville ont salué le couple royal devant le Cercle217. Dans la

[ La reine Elisabeth, 1976 © Marcel Tockert, Photothèque VdL ]

[ La reine Margrete du Danemark, 1976 © photo inconnue, Photothèque VdL ]

grande salle, l’Union des sociétés de musique de la ville de Luxembourg exécutait les deux hymnes nationaux, avant que Collette Flesch et la reine ne prennent la parole. Après s’être inscrite dans le livre d’or de la ville, la reine visita une exposition d’art danois présentée au Ratskeller en présence du ministre Robert Krieps. Il faut dire que la reine Margrete est fortement intéressée par l’art et qu’elle se consacre à de nombreuses activités artistiques, comme la peinture, l’aquarelle, le dessin, la scénographie ou la broderie.

[ Le couple royal danois au Cercle, 1983 © Victor Fischbach, Photothèque VdL ]


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L E C E R C L E À L’ H E U R E D E L’ É LY S É E La visite du président de la République française François Mitterrand en janvier 1992 a permis d’approfondir les relations bilatérales des deux nations amies de longue date. Écrivain intéressé par le passé, François Mitterrand a visité le Musée national d’histoire et d’art pour découvrir le cercle littéraire des Mayrisch au château de Colpach et les dialogues européens animés notamment par André Gide. Il se devait aussi de visiter la maison de Robert Schuman, homme d’État français exceptionnel et auteur du plan de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. La réception de la ville eut lieu dans la salle des séances de l’hôtel de ville. Le président français donna un dîner en l’honneur du couple grand-ducal au Cercle, mis gracieusement à sa disposition. Un événement qui a marqué les 150 invités qui ont été salués par dix-huit cavaliers à pied du régiment de cavalerie de la Garde républicaine, sabre à la main. Ils faisaient la haie d’honneur dans le grand escalier menant au bel étage et portaient la grande tenue de service, culotte blanche, casque de cavalerie de cuirassier du Premier Empire avec la crinière en crin naturel. L’équipe de l’Élysée avait déployé dans la grande salle toute la splendeur de l’art culinaire français. Des tables et des chaises dorées, des assiettes de Limoges avec les armoiries de la République, des verres de cristal, de l’argenterie en argent massif et un menu recherché plein de délicatesses digne de la cuisine française, petits homards bretons, langoustines, cailles farcies arrosés par un Meursault-Charles 1985, un Château Léoville Las Cases 1978 et une cuvée Louise Pommerey 1985.218

[ François Mitterrand devant les cavaliers de la Garde républicaine, 1992 © Raymont Faber, Photothèque VdL ]


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[ La haie d’honneur formée par les cavaliers de la Garde républicaine, 1992 © Raymont Faber, Photothèque VdL ]

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LES CONGRÈS ET CONFÉRENCES

D ’AU G U S T E P I C C A R D À W I L LY B R A N D T

La Grande Salle du Cercle a vu un grand nombre de conférenciers, des personnalités de marque du monde scientifique ou politique, des hommes de l’art et de la littérature ainsi que des défenseurs d’idées nouvelles et utopistes. Les Luxembourgeois s’intéressaient fortement aux questions politiques européennes dans les années 1930, mais surtout dans les années d’après-guerre. Avides de connaissances scientifiques et culturelles, ils fréquentaient volontiers les conférences organisées au Cercle, dont les initiateurs venaient souvent du monde associatif comme le Volksbildungsverein, l’Union belge ou les Amitiés françaises. Des conférenciers étrangers alternaient avec des orateurs luxembourgeois, à l’exemple de Frantz Clement219, qui abordait en 1931 la question franco-allemande (Das deutsch-französche Problem Brücken über den Rhein) ou le bourgmestre Emile Hamilius220 qui, en 1947, parlait de la crise politique et de la formation du gouvernement.

[ Auguste Piccard, 1932. Bundesarchiv ]

Le 27 mai 1931, le physicien Auguste Piccard, professeur à l’Université libre de Bruxelles depuis 1922, avait réalisé son deuxième vol stratosphérique en ballon libre. Auguste Piccard et son coéquipier Paul Kipfer étaient montés à une hauteur de 15.781 mètres. Ils étaient les premiers hommes dans la stratosphère et les premiers à voir la sphère de notre planète. En janvier 1932, Piccard est venu au Luxembourg pour partager son expérience avec le public luxembourgeois. Le 27 janvier 1928, le comte Coudenhove-Kalergi référait sur le rapprochement des peuples d’Europe.221 Précurseur de l’idée européenne, il avait publié son livre programmatique Pan Europa et créé l’Union paneuropéenne, le plus ancien mouvement pour l’union européenne. Des adhérents de renom, des personnalités adhéraient à son mouvement comme Albert Einstein, Thomas Man, mais aussi des dirigeants politiques, Konrad Adenauer, Aristide Briand, lauréat du prix Nobel, le ministre des Affaires étrangères tchèque, Edvard Beneš, ou encore le Premier ministre français, Edouard Herriot. En 1929, le député et bourgmestre d’Anvers van Cauwelaert était l’invité de l’Union belge pour une conférence sur le port d’Anvers.222 [ Jean de Lattre de Tassigny, 1946. https://de.wikipedia.org/wiki/Jean_de_ Lattre_de_Tassigny#/media/File:Jean_ de_Lattre_de_Tassigny_(1946).jpg


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Après la guerre, les Amitiés françaises invitaient systématiquement des conférenciers français. En 1945, le célèbre écrivain Maurice Bedel, dont le deuxième roman, Jérôme 60° latitude nord, avait remporté le prix Goncourt en 1927, s’adressait au public luxembourgeois pour retracer l’histoire de l’occupation en Touraine.223 Un mois plus tard, René Huyghe, historien d’art et conservateur des peintures au Musée du Luxembourg, faisait un exposé sur « Baudelaire et Delacroix ».224

[ Margaret Thatcher au Cercle, 1979 © Marcel Tockert, Photothèque VdL ]

En 1948, le général français Jean de Lattre de Tassigny, commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale, qui avait participé à la libération du Grand-Duché, venait au Cercle pour évoquer le Maréchal Foch. Il a été reçu avec les honneurs militaires et a déposé une gerbe au monument aux morts la veille de la conférence. 225 En tant que petit pays, le Luxembourg restait très intéressé par les questions européennes et internationales. Sur invitation de l’Union royale belge, le ministre d’État Frans van Cauweleart présentait en 1947 ses vues sur une union atlantique, qui s’opposait à l’idée d’une fédération européenne de Winston Churchill.226 L’année suivante le premier ministre belge Henri Spaak avait accepté de venir au Luxembourg pour une conférence sur la situation internationale.227 Des hommes et des femmes politiques venaient présenter leur point de vue sur l’Europe. En octobre 1979, Margaret Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni et présidente du parti de la droite, donnait une conférence sur le processus d’intégration européen. Sur invitation du parti socialiste luxembourgeois, l’ancien chancelier allemand et président de l’Internationale Willy Brandt prononçait son dernier grand discours au Cercle le 4 mai 1992 au sujet de l’architecture européenne. En tant que bourgmestre de Berlin-Ouest dans les années 1960 et chancelier et ministre des Affaires étrangers de 1966 à 1974, Brandt avait combattu pour le rapprochement entre l’Ouest et l’Est.228


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LES CONGRÈS La neutralité et la petitesse du Grand-Duché combinées à la volonté du gouvernement et de la Ville de Luxembourg d’assumer leur rôle international et de marquer la présence du Luxembourg dans les grands mouvements européens de paix, syndicalistes et fédérateurs étaient assurément les raisons qui ont poussé des fédérations internationales à se rencontrer au Grand-Duché ou même à se constituer. L’Office international du coin de terre et des jardins ouvriers s’est constitué au Luxembourg en 1926 et le premier congrès international de la presse catholique s’est tenu au Cercle en 1930. 200 délégués ont suivi l’invitation de l’Union des associations pour la lutte contre le chômage pour se réunir au Luxembourg en 1923229, l’association internationale des hôteliers s’est réunie en 1932230. [ Inscription au hall d'entrée du Cercle ]

Les syndicalistes internationaux avaient retenu le Cercle comme lieu de travail : les mineurs à l’occasion du 33e congrès

international des mineurs en 1938, et du 35e en 1951, ainsi que les ouvriers du transport en 1938.

L’A B B É L E M I R E E T L E S JA R D I N S O U V R I E R S L’abbé Jules-Auguste Lemire, ecclésiastique et homme politique français, député du Nord réélu pendant 35 années et maire d'Hazebrouck, bourg industriel dans le Pas-de-Calais, fut à l’origine du développement des jardins ouvriers en France, il fonda en 1896 la Ligue française du coin de terre et du foyer. En 1926, des délégués de France, Belgique, Angleterre, Autriche et Suisse ont suivi l’invitation de l’abbé Lemire au Cercle à Luxembourg pour fédérer les mouvements de jardins ouvriers au niveau international. Les Pays-Bas, l’Italie, l’Écosse et le Danemark n’étaient pas représentés, mais avaient donné leur accord. L’Office international des jardins ouvriers a été créé le 3 octobre 1926, l’abbé Lemire a été élu président de la nouvelle fédération, l’instituteur luxembourgeois Flick a été chargé du secrétariat. Le ministre d’État Joseph Bech a reçu les délégués et a remis à l’abbé Lemire l’insigne de commandeur de l’ordre de la Couronne de chêne. Après un concert de gala offert par la musique militaire, l’abbé Lemire donna une conférence au sujet de la portée sociale des jardins ouvriers qui attira grand monde au Cercle.231 Le mouvement garda un contact intensif avec le Luxembourg et siégea à différentes reprises au Cercle, en 1932, 1951 et 1967.

[ Les délégués du congrès international du Coin de terre et du foyer 1967 © Tonx Mey, Photothèque VdL ]

D’autres mouvements catholiques utilisaient le Cercle comme théâtre de leurs réunions, à l’occasion du congrès mondial de la presse catholique (1930), du troisième congrès de l’enseignement catholique (1936), des congrès internationaux des étudiants catholiques (1933, 1949) ou pour le 25e anniversaire de l’A.V. (Akademiker Verband, 1935).


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LES MOUVEMENTS PA C I F I S T E S Les mouvements pacifistes se sont rassemblés aussi bien après la Grande Guerre qu’après la Seconde Guerre mondiale. Le congrès universel de la paix s'est tenu en août 1921232, le congrès interconfessionnel démocratique de la paix en 1935233, mais aussi le congrès international des femmes pour la paix et la liberté234, le congrès international des fédéralistes avec quelque 60 délégués de douze pays, en 1946, la réunion du Mouvement européen en 1952235 ou encore le congrès atlantique des jeunes en mai 1968. Le XXIe Congrès universel de la paix s'est tenu du 10 au 13 août 1921 au palais municipal.236 Le conseil du bureau de Berne avait décidé d’organiser une manifestation de grande envergure en 1921, dans une ville d’un pays neutre. La ville de Luxembourg répondait à ces desiderata, bien qu’aucune société de la paix n’existât au Grand-Duché. Le Luxembourg a vite constitué un comité d’organisation sous la présidence de Gaston Diderich, bourgmestre de la ville, Funck, conseiller du gouvernement et Joseph Junck, chef de gare en retraite. Gaston Diderich voulait lier le nom de la ville aux importants travaux des sociétés de paix dans le but d’accroître la renommée « du petit peuple pacifique et hospitalier ».

[La Grande-Duchesse à la réunion du Mouvement européen le 23 mai 1952 © Mirgain, Photothèque VdL]

L E S F É D É R AT I O N S LUXEMBOURGEOISES Les fédérations nationales appréciaient aussi le cadre du Cercle pour leurs réunions, congrès nationaux et assemblées générales : les syndicats libres (1923), les mutualités (1929), les classes moyennes (1929), les victimes de la Grande Guerre (1934), les jardiniers rosiéristes (1936), les employés privés (1950), la fédération des bouchers (1961), les médecins vétérinaires (1992) et d’autres encore. En 1945/1946, les fédérations, partis politiques, syndicats et autres associations nationales reprenaient leurs activités, se réorganisaient et se réunissaient au Cercle, le LAV (Lëtzebuerger Arbechterverband), le LCGB (Lëtzebuerger Chrëchtlesche Gewerkschafts Bond), les fonctionnaires communaux, la fédération nationale des éclaireurs luxembourgeois, la Centrale paysanne, etc. Ils insistaient sur la reprise des activités

[ Le mouvement européen, 1952 © Mirgain, Photothèque VdL ]

en parlant de Congrès de la Libération, première assemblée d’après-guerre ou encore assemblée extraordinaire. Toutes les associations patriotiques et de résistance se rassemblaient au Cercle, comme le LFB (Lëtzebuerger Freiheets-Bond, 4 mars 1945) ou le comité central de la LPPD (Ligue luxembourgeoise des prisonniers et déportés politiques, assemblée générale juin 1945 et réunions mensuelles).


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Les Gue r re s LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE L’occupation du Luxembourg par des troupes allemandes en 1914 a eu des conséquences directes pour les habitants. L’isolement du pays, la présence des troupes allemandes et la baisse de la production céréalière ont créé une situation de grande pénurie. Les aliments devenaient rares et étaient rationnés, comme le beurre, les céréales. La ville de Luxembourg avait installé des dépôts de produits alimentaires, dont un au Cercle. Les habitants étaient appelés par quartier et par numéro de carte alimentaire à se présenter aux différents dépôts pour s’approvisionner. Ainsi, une certaine quantité de semoule était distribuée aux éleveurs de cochons ou encore du son aux propriétaires de menu et gros bétail.237 Dans le dépôt du Cercle se trouvaient aussi des stocks d’amidon, de savon ordinaire et de savon noir, de cuir et de farine d’avoine. L’association des consommateurs a dénonçé des irrégularités dans le service de ravitaillement de la ville, entre autres que soixante-dix pour cent du lard stocké au Cercle aurait dépéri.238 En juillet 1920, la municipalité a liquidé les dernières réserves de saindoux, riz et cacao du dépôt au Cercle, par contre les ventes de pommes de terre et de boîtes de sardines sont encore signalées en 1923. 239 Après les bombardements de Bonnevoie et du quartier de la gare par l’aviation allemande, la municipalité avait installé une sirène électrique sur la tourelle du Cercle pour avertir la population de la Ville-Haute des attaques. Les habitants des autres quartiers étaient alertés par les sirènes des usines qui utilisaient des chaudières à vapeur, les brasseries Mousel à Clausen et Funck-Bricher au Grund, la chaudronnerie et l’usine Paul Würth à Hollerich. Le premier essai de l’alarme a été effectué le 17 novembre à quatre heures de l’après-midi.240 Le démontage de la sirène par les services de la poste ne sonnait pas le glas des activités guerrières. Le Cercle devenait le théâtre des victimes de cette guerre. En 1919, la directrice générale de l’œuvre française des mutilés de guerre donnait une conférence dans la grande salle241, la réception à l’occasion de l’inauguration du Monument du souvenir en 1923 se tenait au Cercle, ainsi que le dîner officiel de l’inauguration du Mausolée en 1924.


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En 1925, le Luxembourg faisait honneur aux mutilés et invalides de guerre belges qui séjournaient à Luxembourg du 16 au 18 août. À cette occasion l’orchestre du premier régiment de grenadiers jouait un concert au kiosque de la place d’Armes, puis un concert de bienfaisance au Cercle au bénéfice des légionnaires luxembourgeois. Le lendemain, la Ville de Luxembourg offrait un buffet froid aux anciens soldats belges au Cercle.242 Deux années plus tard, une délégation d’une vingtaine d’invalides de guerre italiens faisait escale au Luxembourg, le 13 et 14 mai 1927, après avoir visité leurs collègues

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belges. Le deuxième jour de leur visite, ils se sont rendus à Esch-sur-Alzette, un haut lieu de l’immigration italienne. À leur retour, ils étaient reçus par la municipalité au Cercle pour assister ensuite à un défilé des associations luxembourgeoises et italiennes avant de reprendre le train de nuit pour Bâle.243 Il faudra aussi mentionner les Sweepstake loteries de la CroixRouge au Cercle, dont les bénéfices étaient en grande partie destinés aux victimes de la Grande Guerre.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE L E S P R É PA R AT I O N S À LA GUERRE Vu les tensions internationales, lha ville de Luxembourg se préparait à une situation de guerre en 1939. Un commissariat municipal de la protection antiaérienne avait été mis sur pied. À douze emplacements, des sirènes ont été installées pour la Ville-Haute, il s’agissait du Cercle, de l’hôtel Alpha et de l’école primaire de Hollerich. Quelque 60 abris antiaériens ont été aménagés dans les casemates souterraines, mais aussi dans des bâtiments publics comme le Cercle, l’Athénée et chez les Rédemptoristes. Au Cercle et dans les caves Mercier, des postes sanitaires ont été aménagés avec les installations adéquates pour l’aération, l’illumination et la protection contre les gaz et les éclats.244 Le 31 mars, la première réunion d’information pour les habitants de la ville avait lieu dans la grande salle du Cercle.245 En 1939, le bureau des passeports installé au Cercle a accusé un nombre croissant de clients qui voulaient régler leur départ.

[ La foule devant le bureau des passeports au Cercle 7.09.1939 © Marcel Schreuder, Photothèque VdL ]


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LE CERCLE, U N C E N T R E D ’A C C U E I L L’invasion du 10 mai 1940 a fait fuir une grande partie de la population du bassin minier. Des milliers de personnes ont été évacuées vers la France, dans le Languedoc-Roussillon, d’autres se sont repliées à Luxembourg-ville et dans les Ardennes. Des centres d’évacuation et des hôpitaux ont été installés dans la capitale : Sainte-Sophie, Saint-Joseph, le séminaire, les homes du Christ roi au Rollingergrund et à Belair, le pensionnat Fieldgen, le cloître à Bonnevoie, le cloître des carmélites à Neudorf, le centre des sourds-muets, le château Pescatore, la maternité au Pfaffenthal, la maternité Charlotte, la crèche, les bains municipaux, le foyer d’enfants au Limpertsberg, les auberges de la jeunesse dans des écoles et aussi le Cercle.246

Des personnes évacuées vivaient et dormaient au Cercle, comme en témoignent les listes des disparus publiées par la Croix-Rouge luxembourgeoise. Le centre d’accueil au Cercle fonctionnait jusqu'à début août.247 Les villes du bassin minier (Dudelange, Differdange, Esch-surAlzette) avaient transféré leurs secrétariats communaux au premier étage du Cercle. La ville de Rumelange a convoqué ses citoyens évacués à une réunion d’information au Cercle le 6 juin.248 En hiver 1944/45, les communes des cantons de Grevenmacher et d’Echternach entretenaient des bureaux au Cercle, avant que les bureaux d’accueil soient transférés dans l’ancienne administration du séquestre dans l’avenue Monterey fin janvier 1945.249

P E N DA N T L’ O C C U PAT I O N L’administration nationale-socialiste occupait le Luxembourg et aussi le Cercle. Les concerts et conférences continuaient avec une grande différence, pendant quatre années la programmation se cantonnait à des auteurs ariens, les grands maîtres de la musique allemande étaient célébrés, les autres bannis. On ne peut pas nier la grande qualité des intervenants, mais les manifestations culturelles avaient un arrière-goût amer, car elles étaient au service de la germanisation des Luxembourgeois. La célèbre pianiste Elly Ney jouait dans le cadre des Journées de Beethoven luxembourgeoises (14-17 mai 1942 et 23-30 mai 1943)250, Norbert Jacques, lors des tournées de lecture organisées par la GEBERIT (Gesellschaft für Kunst und Literatur), donnait une lecture de ses œuvres au Cercle (7 novembre 1940). Sur invitation de Radio Luxembourg l’orchestre philharmonique de Munich se produisait au Cercle le 16 avril 1941. En mars 1944, la GEBERIT, débaptisée Kunstkreis Luxemburg fêtait le dixième anniversaire de sa fondation avec de grandes manifestations culturelles. Lors de la cérémonie de commémoration le Gaupropagandaleiter Albert Urmes prit la parole

ainsi que Damian Kratzenberg, président honoraire de l’association. L’orchestre symphonique du Luxembourg présentait des œuvres de Brahms, Bach et Bruckner. Les manifestations se terminaient par un concert du chœur d’hommes de Cologne. L’occupant utilisait le Städtisches Festhaus, nouvelle dénomination pour le Cercle, également pour ses manifestations politiques. La majorité des grands rassemblements (Großkundgebung) se tenait aux halles d’exposition du Limpertsberg qui pouvaient accueillir quelques milliers de personnes. La VDB (Volksdeutsche Bewegung) invitait des orateurs du Reich au Cercle pour endoctriner les Luxembourgeois, Marius Didesch et Karl Dennemeyr (31 août 1941), le Gauleiter Dr. Alfred Meyer (15 octobre) et le Reichshauptamtsleiter Prof. Dr. Walter Groß, (30 octobre).251 Le 29 octobre 1940, le Reichserziehungsminister Rust s’adressait au corps des enseignants luxembourgeois, le Gaujägermeister Wetter prit la parole devant mille chasseurs luxembourgeois en novembre, une réunion des camarades rassemblait les cheminots. Reichsstatthalter Fritz Sauckel de Thüringen était l’orateur de la quatrième grande manifestation de la VDB.


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[ Une parade militaire à la place d’Armes, 1942 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

Les Kreistage de la NSDAP qui se tenaient au Cercle de 1942 à 1944 étaient des événements exceptionnels. La grande salle a été mise dans les couleurs nationales-socialistes, un grand aigle allemand trônait au-dessus de l’estrade érigée pour mettre en évidence les différents intervenants. Dans toute la ville, les bâtiments officiels étaient pavoisés de la croix gammée, les habitants ont été forcés de faire de même pour les maisons particulières. Ainsi, en 1943, l’ouverture du Kreistag, qui durait quelques jours, se faisait le 24 juillet sous forme d’une cérémonie officielle au Cercle. Deux jours plus tard, le parti national-socialiste avait invité à une manifestation en l'honneur des soldats luxembourgeois au front de l’Est. Le 28 du mois, le Reichsleiter responsable de la politique communale et le bourgmestre de Munich Fiehler prit la parole, le 31 Dr. Walter Groß s’adressait de nouveau aux enseignants. Le Kreistag se terminait le 1er août par une manifestation des femmes nationales-socialistes.

[ ANLux ]

[ ANLux ]


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LA LIBÉRATION Avec le départ des derniers soldats allemands et l’arrivée des premiers chars américains, le Luxembourg regagnait sa liberté qu’il avait regrettée pendant les quatre dernières années. Le Cercle devenait le noyau de la réorganisation du Luxembourg et son symbole de la libération. C’est du balcon du Cercle que le premier membre de la famille grand-ducale, de retour au pays, saluait le peuple du Luxembourg. Le Cercle était à la fois centre d’accueil pour les expatriés, centre névralgique de la réorganisation de la société civile, lieu de rassemblement pour les associations de résistance qui commençaient à s’organiser pour les années de paix et lieu de deuil national.

L E P R I N C E F É L I X AU BA L C O N D U C E R C L E En novembre 1942, le prince Félix et son fils Jean rejoignirent l’armée britannique. Le prince Félix fut nommé officier de liaison du Northern Command à Londres. À la fin du mois de juin 1944, le prince Félix fut attaché au 12e groupe d’armée américain, commandé par le général Bradley. Ensuite, il fut attaché au quartier général de la 5e division blindée du 5e corps américain à qui fut confiée la tâche de la libération du Luxembourg. Le 10 septembre 1944, les premiers chars américains s’approchent de la ville par la route de Merl et la route de Longwy. Une voiture particulière sort de la colonne, sur le pare-chocs un gendarme luxembourgeois en uniforme, à l’intérieur le Prince Félix. La nouvelle de son arrivée se répandit vite, les Luxembourgeois suivirent la voiture jusqu’à la poste. Le Prince Félix se déplaçait à pied jusqu’au Cercle, rapidement la place d’Armes se remplissait et le Prince Félix était littéralement porté par la foule jusqu’au parvis du palais municipal. Il se présenta au balcon, dans son uniforme d’officier de l’armée anglaise, à côté du général américain Oliver et du bourgmestre Gaston Diderich et s’adressa aux Luxembourgeois. Faute de microphone, il mettait les mains devant sa bouche pour amplifier sa voix et annoncer que le Luxembourg était libéré. L’enthousiasme des citoyens fut énorme, ils entamèrent spontanément

[ Le Prince Félix au balcon du Cercle, 10.09.1944 © P. Rouster/ LW ]

l’hymne national. Dans le courant de l’après-midi, le Prince Jean avait rejoint son père à l’hôtel de ville. Les deux se présentaient à plusieurs reprises à la fenêtre pour recevoir l’ovation de la population luxembourgeoise, le prince Félix tenait le drapeau luxembourgeois dans ses mains.252


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L’A C C U E I L D E S R A PAT R I É S En mars 1945, les premiers transports automobiles de Luxembourgeois et d’étrangers libérés en Allemagne arrivaient au Luxembourg et le 31 mars, un centre d’accueil fut établi au Cercle municipal pour les Luxembourgeois, le centre d’accueil de la rue de la Congrégation (ancienne école normale des instituteurs) étant réservé aux étrangers. Les Luxembourgeois se rassemblaient à Trèves et étaient transportés par des camions américains à Luxembourg où ils étaient reçus au Cercle. Après une collation, ils subissaient un bref interrogatoire par la police

et ils recevaient leur carte de D.P. (displaced person). Quatre à cinq médecins procédaient à un examen médical des rapatriés qui devaient passer par une salle de désinfection installée au péristyle. Du 12 au 31 mars, 890 Luxembourgeois sont passés par le centre d’accueil. Pendant de longues heures, les parents et les amis des déportés attendaient leur arrivée devant le Cercle, et c’est avec un « enthousiasme et une ferveur sans bornes » que chaque nouveau convoi était attendu.253

[ La famille grand-ducale au balcon du Cercle lors de la journée de l’Union, 1945 © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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L E S A S S O C I AT I O N S D E L A R É S I S TA N C E Le bilan de la guerre était lourd pour les Luxembourgeois : 1.200 familles déportées, 4.000 prisonniers enfermés pendant 1,3 million de jours dans les camps de concentration et 1.000 fusillés, décapités, asphyxiés, battus à morts. Le vécu les avait marqués, mais aussi soudés. Au moment de la libération, il fallait faire le bilan, s’organiser pour échanger, s’entraider, défendre ses intérêts et se fédérer. Le Cercle était devenu le lieu de rassemblement de tous ces mouvements. Le 19 juin 1945, toutes les personnes qui avaient été internées dans les camps de concentration de Hinzert, Natzweiler, Buchenwald, Dachau, Ausschwitz, Sachsenhausen, Bergen-Belsen, Lublin, Groß-Rosen, Mauthausen, les camps annexes et prisons étaient au Cercle pour une assemblée constituante des prisonniers politiques.254 Quinze jours plus tard, la section luxembourgeoise de la L.P.P.D. (Ligue vun de lêtzebuerger Politesch Prisonéier an Deportéiert)255est née. Le comité de l’association s’est constitué le 22 juillet 1945, ce comité siégeait au Cercle tous les mardis après-midi.256

Le Letzebuerger Freihéts-Bond (L.F.B.) a invité les représentants des différentes sections afin d'élire un nouveau comité central.257 Le 28 juillet 1945, les parents dont le fils était prisonnier de guerre se sont rassemblés au Cercle pour désigner un comité définitif.258 En novembre, la ligue Ons Jongen avait invité toutes les personnes qui étaient revenues de Tambow à une petite fête au Cercle.259 La ligue a présenté au Cercle les photos des 3.000 Luxembourgeois disparus, dans l’espoir d’avoir des nouvelles sur le sort de l’un ou l’autre. Pendant l’exposition, 544 informations sur des jeunes disparus ont pu être enregistrées. Des projections des photos se faisaient dans les principales localités du pays, à la caserne de Bitbourg, mais aussi dans les villes de Metz, Thionville, Strasbourg, Mulhouse, Malmédy et Saint-Vith, ce qui a permis de retrouver des traces de quelque 400 jeunes déclarés disparus.260

LES FÊTES C O M M É M O R AT I V E S L’Union a célébré la Grande-Duchesse le 10 mai 1945 par une grande fête patriotique rappelant le jour de l’invasion en mai 1940. Toutes les sections se sont rassemblées dans l’avenue de la Liberté pour défiler dans les rues de la ville. La journée culminait dans une ovation faite à la Grande-Duchesse Charlotte au Cercle. En septembre, l’Union a commémoré le premier anniversaire de la libération avec une manifestation au Cercle.261 Le Luxembourg a commémoré le troisième anniversaire de la grève générale le 1er septembre 1945. La journée Ons Jongen, la jeunesse luxembourgeoise recrutée dans l’armée allemande,


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[ Commémoration nationale, 1945 © Bertogne Pierre, Photothèque VdL ]

commençait le matin par un office dans la cathédrale, le dépôt de fleurs auprès du monument aux morts, suivi d’une réception à la mairie. L’après-midi un cortège imposant est parti de la gare pour arriver à la place d’Armes. Au Cercle, la journée se terminait par une cérémonie officielle. Vu l’affluence, une grande partie de la jeunesse luxembourgeoise a dû suivre la manifestation à partir de la place écoutant les discours diffusés par des haut-parleurs.262 Le groupement indépendant des maquisards avait choisi les dates du 28 et 29 septembre 1945 pour organiser les Journées des maquisards, une date qui coïncidait avec l’anniversaire du prince Félix et la première manifestation de masse le 28 septembre 1940 qui rassemblait tout le Gau Moselland pendant laquelle le Gauleiter Simon avait déclaré l’appartenance du Luxembourg à l’Allemagne. La veille de cette manifestation patriotique l’Entente

de sociétés de Luxembourg-Grund avait illuminé les lieux historiques de la ville basse, elle avait organisé une retraite aux flambeaux avec le concours des sociétés du Grund et différentes manifestations en plein air. La journée du 28 septembre suivait le même rythme : réception des délégués étrangers à la gare, défilé dans les rues de la capitale, réception à l’hôtel de ville avec remise du nouveau drapeau par le prince Félix, office religieux dans la cathédrale, cérémonie au Cercle et conférence du Dr. Charles Marx, membre du comité central médical de la Résistance, suivie d’une soirée dansante. Le lendemain, c’était au tour de la Ville d’Esch-sur-Alzette de commémorer ses maquisards.263 Les années suivantes ces fêtes commémoratives se répétaient avec plus ou moins le même programme, le Cercle restant toujours le lieu privilégié pour les séances officielles.


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LA JOURNÉE D E D E U I L N AT I O N A L Lors de la Journée de deuil national du 9 mars 1946, des cérémonies avaient lieu à Esch-sur-Alzette et Wiltz, les villes où les grèves avaient éclaté et à Luxembourg. Les dépouilles des Luxembourgeois morts pour la patrie en Allemagne ont été rapatriées dans une cérémonie grandiose. Le portail du Cercle avait été couvert d’une tenture funéraire. Le péristyle du Cercle avait été transformé en funérarium, en mausolée, enrobé dans une draperie mortuaire noire. Les 45 cercueils et les 22 urnes attendaient dans deux rangées les Luxembourgeois qui venaient s’incliner une dernière fois devant leurs fils, frères, amis, connaissances pour faire leurs adieux. Il s’agissait des victimes de la grève du 1er septembre fusillées à Hinzert en septembre 1942, des victimes du massacre de Hinzert le 25 février 1944, des victimes décédées au camp de concentration de Hinzert, de celles exécutées à Klingelpüt, près de Cologne, et à Francfort/Main en 1944, ainsi que des victimes tombées lors d’un bombardement le 19 décembre 1944. À trois heures, les douze camions décorés aux couleurs nationales avec les dépouilles arrivaient à la frontière de Wasserbillig accompagnés par deux motards de la police militaire française. Ensuite, le cortège se mettait en route vers la capitale, les rues étaient bordées de citoyens qui venaient saluer le cortège de passage. Place d’Armes, un détachement de l’armée et la musique militaire s’étaient alignés, à gauche et à droite de l’entrée du Cercle les rescapés des camps de concentration, la plupart dans leur uniforme à rayures de bagnard, et les familles des victimes attendaient l’arrivée du cortège. Un silence absolu régnait à l’arrivée du premier camion vers quatorze heures trente. Les anciens des camps de concentration portaient les cercueils dans le Cercle, le hall d’entrée et le péristyle succombaient sous le nombre des gerbes et couronnes de fleurs. Le cercueil anonyme symbolisant les victimes dont les dépouilles n’avaient pas été retrouvées était placé sur un catafalque à l’aboutissement de l’escalier. Une veillée d’honneur était assurée à tour de rôle par

[ Le portail du Cercle couvert d’une tenture funéraire, 9.03.1946 © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

des prisonniers politiques, du conseil communal de la Ville de Luxembourg, des enfants de la ville, des invalides de guerre, de l’ancienne compagnie des volontaires, des maquisards et de la batterie, des scouts, des anciens combattants 1914-18, des réfractaires, de l’Armée luxembourgeoise, de la Résistance luxembourgeoise, des élèves arrêtés dans le cadre de la grève en 1942, des femmes prisonnières politiques et du comité central de la L.P.P.D. Après les autorités et les membres des familles, le grand public avait accès au Cercle de samedi vingt heures à dimanche neuf heures. Quelque 25.000 citoyens ont tenu à rendre un dernier hommage à ces héros. Le lendemain, après un office à la cathédrale, la Grande-Duchesse Charlotte, accompagnée du prince Félix et de tous ses enfants, a déposé une gerbe devant le catafalque et s’est inclinée devant ces jeunes gens morts pour la patrie.264


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[ La Grande-Duchesse est venue se recueillir devant les Luxembourgeois morts pour la Patrie, 10.03.1946 © Tony Krier, Photothèque VdL ]

[ Les rescapés des camps de concentration devant le Cercle, 9.03.1946 © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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L’ E X P O S I T I O N CRIMES HITLÉRIENS Du 14 au 28 avril 1946, l’exposition Les crimes hitlériens a été présentée au Cercle. L’exposition organisée par la L.P.P.D. et la Ligue Ons Jongen à l’initiative de l’Office luxembourgeois de tourisme était placée sous les auspices du ministère français de l’Information et du ministère de la Justice luxembourgeois. Le jeudi 11 avril 1946, en amorce de l’exposition, le film Jéricho, visions de la bataille des patriotes français a été présenté au Ciné Marivaux en présence de la Grande-Duchesse Charlotte. Le film raconte l’histoire de 200 à 300 patriotes qui avaient été internés dans une prison à Amiens et qui ont pu se sauver grâce au bombardement des murs de la prison par la Royal Air Force. Dans les rôles principaux figuraient Pierre Brasseur et Pierre Larguey. L’exposition du souvenir montrait, à base de photos et de reproductions d’objets de torture, la réalité des camps de concentration. Au bar-foyer, les visiteurs étaient confrontés à une colonne Moris portant les affiches nationales-socialistes annonçant la loi martiale et les arrêts de mort. Face à l’entrée de la grande salle des fêtes était dressé un catafalque à la mémoire des victimes de la guerre avec l’inscription « Luxembourgeois, souviens-toi de tes héros ».

[ Exposition Crimes hitlériens,1946. ANLux,1946 DCO 2-2-80 ]

La majorité des pièces d’exposition avaient été mises à disposition par la France. Des premières victimes, Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Walter Rathenau, des autodafés de livres aux camps d’extermination, l’histoire du mouvement national-socialiste a été documentée. La section luxembourgeoise occupait la partie gauche de la salle et montrait, entre autres, une maquette du camp de concentration de Hinzert, du matériel photographique, des documents de l’administration allemande. Les mouvements de résistance exposaient leur journaux et tracts clandestins et deux postes émetteurs. Le nœud coulant au moyen duquel le Gauleiter s’était suicidé, sa veste, les photos des principaux criminels de guerre allemands étaient aussi présentés. Dans une des salles adjacentes, le film Les Camps de la mort, tourné par les troupes alliées les premiers jours après la libération, montrait les conditions horribles qui régnaient dans ces camps. L’exposition attira quelque 8.000 personnes et le bénéfice de l’exposition fut destiné à l’Œuvre du monument national des victimes luxembourgeoises de la guerre.265


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LE REDÉMARRAGE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE La société luxembourgeoise devait se réorganiser. Beaucoup de fédérations et de syndicats se rassemblaient au Cercle pour une première assemblée d’après-guerre. Le comité provisoire de l’Association des fonctionnaires et employés communaux de la Ville de Luxembourg invita tous ses membres à une assemblée extraordinaire le vendredi le 13 avril 1945. 266 Le Letzebuerger Arbechter-Verband (LAV) siégeait pendant deux jours au Cercle, le dimanche 20 mai et le lundi 21 mai 1945. Pour les membres des syndicats affiliés, c’était un événement exceptionnel du point de vue social, économique et politique. Une grande partie des représentants rassemblés au Cercle avaient subi les horreurs des camps de concentration, notamment les orateurs, Jules Schreiner, Jängi Forhmann et Jängi Gallion. Le Premier ministre Pierre Dupong, dans une lettre, se félicitait du congrès et lui souhaitait, au nom du gouvernement un grand succès. C’était la première fois que des membres du gouvernement participaient officiellement à un congrès du LAV. Étaient présents le ministre du Travail Pierre Krier, le ministre

de la Justice, Victor Bodson, et Jean Schroeder, commissaire général à la reconstruction. Après deux jours de travail, le LAV a arrêté son programme de travail sous le slogan « L’Homme au-dessus de tout, porté par le travail ».267

— Après deux jours de travail, le LAV a arrêté son programme de travail sous le slogan « L’Homme au-dessus de tout, porté par le travail » —

Le Letzebuerger Chreschtleche Gewerkschaftsbond (LCGB) avait organisé une journée syndicale extraordinaire. Le dimanche matin du 29 juillet, les délégués de 50 sections se rassemblaient au Cercle dès huit heures pour siéger jusqu’à l’heure de midi. L’après-midi était réservé à une assemblée festive en l’honneur des membres qui revenaient des camps de concentration et de la déportation.268 Le congrès avait tiré les mêmes conclusions que celles du LAV, à savoir que le Luxembourg avait besoin d’une paix sociale pour garantir la reconstruction du pays. La manifestation de la Centrale paysanne luxembourgeoise du 16 septembre 1945 avait dépassé toutes les attentes. Une heure avant l’ouverture officielle des assises, la grande salle du Cercle bondait d’agriculteurs venus tous azimuts du Grand-Duché pour défendre leurs intérêts. Quelques milliers d'entre eux durent rester sur la place d’Armes et écouter les discours de la salle via des haut-parleurs.269

[ Exposition Crimes hitlériens,1946. ANLux,1946 DCO 2-2-80 ]


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près l’interminable conférence des ministres des Affaires étrangères des six membres de la CECA à Paris, qui durait du 23 juillet à 16 heures au 25 juillet cinq heures du matin, Joseph Bech a réussi, avec la complicité d’Adenauer, à ce que la ville de Luxembourg devienne la capitale « précaire » de la CECA et à ce que « les organes de la Communauté commencèrent leurs travaux à Luxembourg ».270 La Haute Autorité et la Cour de justice de la Communauté commençaient leurs activités le 10 août à Luxembourg, l’Assemblée parlementaire se réunissait à Strasbourg, qui était aussi le siège du Conseil de l’Europe.

Le Luxembourg n’étant pas préparé à recevoir la Haute Autorité et les fonctionnaires européens, le gouvernement et la ville débloquèrent des bâtiments pour accueillir les institutions. La Haute Autorité s’installa dans le bâtiment des chemins de fer, place de Metz, et la Cour de justice dans la Villa Vauban. Le conseil des ministres se tenait d’abord dans la salle de séance de l’hôtel de ville, pour se réunir ensuite dans la grande salle du Cercle271.

[ Robert Schuman visitant une exposition sur les institutions européennes au Cercle, 1954 © Tony Krier,Photothèque VdL ]


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LE SIÈGE DE LA COUR D E J UST I C E D E L A C E C A La Cour de justice de la Communauté européenne du charbon et de l’acier ne disposait pas de salle d’audience dans la Villa Vauban même, qui lui servait de siège. Elle tenait ses séances dans la grande salle du Cercle municipal de 1953 à 1969. La Haute Autorité de la CECA prenait en location différents locaux du Cercle : la grande salle des fêtes, le vestibule, la salle flamande comme petite salle d’attente, ainsi que les locaux du vestiaire. La Haute Autorité payait un loyer mensuel de 25.000 francs, chauffage et éclairage compris. La Ville s’était réservé dans l’article 6 du contrat de location272 de 1953 le droit d’utiliser la grande salle et le vestiaire pendant les vacances de Noël et de carnaval pour les mettre à disposition « des sociétés de son choix pour y organiser des fêtes de toute sorte ». La Haute Autorité transforma à ses propres frais la grande salle en salle de séance pour le tribunal et en salle de « récréation ». Une construction en boiserie monotone délimitait la grande salle et en cachait tout aspect décoratif du style historicisant.

[ Première séance de la Cour de justice, 18.10.2954 © Théo Mey, Photothèque VdL ]

La première audience de la Cour de justice de la Ceca eut lieu le 28 octobre 1954 dans la salle d’audience du Cercle. Les juges en place étaient Petrus Josephus Serviatus Serrarens (Pays-Bas), Massimo Pilotti (Italie), Charles-Léon Hammes (Luxembourg), Jacques Rueff (France), Eelco Nicolaas Van Kleffens (Pays-Bas), Otto Riese (Allemagne), Maurice Lagrange (France) et Karl Roemer (Allemagne).

LA VISITE DU PRÉSIDENT FRANÇAIS RENÉ COTY Le 21 juin 1957, le président de la Haute Autorité de la CECA et ancien Premier ministre français René Mayer avait l’honneur de recevoir au Cercle deux chefs d’État, le président de la République française René Coty et la Grande-Duchesse Charlotte, qui était accompagnée par le prince Jean. René Coty profitait de sa visite officielle au Grand-Duché pour marquer son intérêt dans le travail de la Haute Autorité.273 Les deux chefs d’État étaient accueillis à l’entrée du Cercle par les élèves de l’École européenne qui chantaient un canon de bienvenue dans les quatre langues officielles de la Communauté.

[ Le président français René Coty et la Grande-Duchesse sont accueillis par les élèves de l’École européenne, 21 juin 1957 © Mirgain, Photothèque VdL ]


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LE CONSEIL DES MINISTRES ET L E C O M I T É C O N S U LTAT I F Le Conseil spécial des ministres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier a tenu sa première réunion à l’hôtel de ville de Luxembourg du 8 au 10 septembre 1952. Afin de débloquer la salle de séance du conseil communal, ces réunions étaient transférées au Cercle. Lors d’une de ces séances, la canicule de l’été avait tellement chauffé la grande salle qu’il était impossible d’y siéger sans aérer la salle en ouvrant tous les battants des fenêtres. Au moment où la séance allait commencer, une fanfare locale défilait de la rue du Curé vers la place d’Armes au son des clairons et tambours pour y donner un concert. Dès les premières notes du concert, il s'avérait que la séance ne pouvait pas continuer à cause de la nuisance acoustique. Un fonctionnaire est descendu pour négocier une trêve. La fanfare a exécuté deux marches dans le but de toucher tout de même le cachet pour le concert, puis les musiciens se sont retirés au Café du Commerce pour dépenser le don généreux de 600 francs de la part de la CECA. Comme quoi les intérêts européens l’emportent sur les locaux.274

Le comité consultatif siégeait également au Cercle. Ce comité était la première représentation internationale des consommateurs de l’histoire, ses membres étaient répartis équitablement entre producteurs, travailleurs, consommateurs et négociants dans le secteur du charbon et de l’acier. Le comité consultatif existait jusqu’à l’expiration du traité en 2002.

[ Réunion du comité consultatif au Cercle, 6.03.1965 © Théo Mey, Photothèque VdL ]

LA COUR SUPÉRIEUR D E J UST I C E Dans le Traité de Rome du 25 mars 1957, les six pays membres de la CECA ont arrêté la fondation de la Communauté économique européenne (CEE) et de la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom) en vue de créer une union douanière et de coopérer étroitement dans le domaine de l’énergie atomique. Ces deux nouvelles institutions partageaient l’Assemblée européenne et la Cour de justice avec la CECA. La séance inaugurale de la Cour supérieure de justice se tenait au Cercle le 7 octobre 1958 en présence du Grand-Duc héritier Jean et de la Grande-Duchesse héritière Joséphine-Charlotte, du ministre des Affaires étrangères de la République fédérale allemande von Brentano, du président de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier

[ Séance inaugurale de la Cour supérieure de justice, 7.10.1958 © Tony Mey, photothèque VdL ]


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Paul Finet, de Lambert Schaus et Paul van Grot, membres des Commissions du Marché commun et de l’Euratom, et du ministre d’État luxembourgeois Pierre Frieden. Après la prestation du sermon par les juges et les deux avocats généraux et différents discours, le président Donner déclara la première séance ouverte.275

PAU L FINET Paul Finet276, syndicaliste belge, fils d’ouvrier de haut-fourneau, était secrétaire général de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) et de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Il faisait partie du premier collège formant la Haute Autorité dès 1952 sous la présidence de Jean Monnet. Son mandat fut reconduit à plusieurs reprises. Du 13 janvier 1958 au 14 septembre 1959, il succédait à René Mayer comme président de la Haute Autorité. Il est décédé le 16 mai 1965 au courant de son quatrième mandat, chargé des problèmes sociaux, des finances et investissements, de la politique économique et du développement industriel. Sa dépouille a été exposée dans le péristyle du Cercle, flanquée de chaque côté par une rangée de sidérurgistes qui se relayaient dans la veillée d’honneur.

[ Dernière réunion des commissions du Comité exécutif © Huberty, Photothèque VdL ]

L’ E X P I R AT I O N DU TRAITÉ Le 23 juillet 2002, la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier expirait après cinquante années, comme prévu dans le traité. Les commissions du comité exécutif se sont rassemblées une dernière fois dans la Grande Salle du Cercle le 25 juin, le comité consultatif CECA a tenu sa dernière session ordinaire le lendemain. Le 27 juin, le bureau du comité consultatif était accueilli en audience par le Grand-Duc Jean et la Grande-Duchesse Charlotte avant de tenir une dernière séance solennelle au Centre européen du Kirchberg. Le Luxembourg commémorait cette date historique en bonne et due forme. Une exposition Métaphores d’Europe au Konschthaus beim Engel retraçait l’évolution de l’aventure européenne depuis 1950. Muse, Indochine, Dandy Wharhols, Nina Hagen, Rhinoceros, Ezio et Zap Zop enthousiasmaient le public luxembourgeois aux friches industrielles d’Esch/Belval lors du concert « Steelworx ». Pendant tout le week-end, des chœurs et fanfares de mineurs se sont relayés au kiosque de la place d’Armes et Arcelor a parrainé un concert de l’orchestre philharmonique du Luxembourg au conservatoire.277

[ Enterrement de Paul Finet, 1959 © Tony Krier, Photothèque VdL ]


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Le bât i m e nt ad m i n i s trat i f L

e Cercle n’était pas seulement conçu comme une salle des fêtes avec des salons adjacents. Mais il avait une double fonction : salons représentatifs et bâtiment administratif.

LES SERVICES COMMUNAUX Dès son ouverture en 1909, le bâtiment a accueilli différents services municipaux, des salles pour les commissions de surveillance, comme celles des hospices, des écoles ou du bureau de bienfaisance. Il abritait aussi le service des sapeurs-pompiers et un commissariat de police. Le logement du concierge se trouvait au premier étage, derrière l’accueil et les salles techniques. Le grenier était prévu pour recevoir les archives, comme dans toutes les administrations gouvernementales. Parmi les services communaux se trouvaient diverses divisions techniques du service de l’architecte et de l’ingénieur de la ville : topographie, voirie, canalisation, police des bâtisses, biens communaux, etc. La caisse centrale fonctionnait au Cercle jusqu’en 1937, le coffrefort dans un des bureaux témoigne encore de cette activité. En 1937, la ville faisait installer une centrale téléphonique au Cercle, à laquelle 120 appareils des différents services étaient connectés, ce qui permettait de les joindre sous un numéro central de la ville. Malheureusement, les écoles et le service d’incendie n’étaient pas reliés à la centrale.278 Après les travaux de rénovation des années 70, un grand déménagement était à l’ordre du jour. Le logement du concierge occupant à ce moment-là le troisième étage, le service de l’urbanisme (Bauamt) a déménagé à l’entresol, côté rue du Curé, le service des biens s'est établi dans les anciens bureaux des agents de la zone bleue.279 En 1978, les services de l’architecte, des travaux, de la topographie et des biens communaux se sont établis dans le nouveau Centre Hamilius à la place Aldringen. Ils étaient logés au Cercle depuis 1909. Les derniers bureaux au service de l’architecte ont déménagé dans le nouveau bâtiment administratif à la Rocade de Bonnevoie en 2005.


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LA POLICE ET LES POMPIERS Lorsqu’en 1881 les chasseurs luxembourgeois ont libéré la garde principale, la police municipale s’y est installée. Le corps de la police municipale avait toujours été très réduit, car les soldats de la garnison agissaient comme auxiliaires de police : ils assuraient la garde des prisonniers et pouvaient être réquisitionnés pour des arrestations. Le corps de police s’était renforcé en 1882 et comptait un commissaire, un commissaire adjoint et dix sergents. Au début de la Première Guerre mondiale, huit auxiliaires ont été recrutés. C’est seulement avec l’intégration des anciennes communes de Hollerich et Eich dans la ville de Luxembourg en 1920 que la police municipale a atteint un effectif total de 33 policiers.280 Les pompiers volontaires de la Ville-Haute tenaient un poste de garde de nuit dans l’ancienne garde depuis janvier 1892, en situation centrale qui permettait d’atteindre tout le quartier dans les meilleurs délais. Après la démolition de la garde et la construction du nouveau Cercle, le commissariat de police fut installé dans l’aile gauche du Cercle, les pompiers dans les locaux situés à droite de l’entrée principale.

Il est apparu que les pompiers ne rangeaient pas toujours leurs affaires qu’ils laissaient traîner dans le hall d’entrée du Cercle, la grande demoiselle, des tuyaux et autres matériels, ce que Batty Weber prit comme prétexte pour s’irriter contre les pompiers dans son Abreißkalender du 12 mai 1921 282 : « Kein Bauer wird seine Pflüge in seiner guten Stube unterstellen. Unser Cercle ist unsere gute Stube. Die besten Architekten haben die Köpfe zusammengesteckt, um ihrer Vaterstadt würdige und vornehme Repräsentationsräume zu schaffen. Daraus wurde der Neue Cercle, auf den jeder Luxemburger stolz ist. (...) Aber die Stadt weiß mit dieser Kostbarkeit nichts anzufangen. (...) Im Krieg musste der Cercle als Mehl- und Erbsenmagazin herhalten. Das ließ sich einigermaßen entschuldigen. Aber wenn jetzt der Cercle als Spritzenhaus gerade gut genug sein soll, so fahre der Henker drein. Es sind schon aus geringeren Anlässen Revolutionen entstanden. » Ce n’est qu’en 1929 que le corps des sapeurs-pompiers professionnels et le service ambulancier, créé en janvier 1922, ont quitté leur siège au Cercle pour s’établir dans la périphérie de la ville.283 Le commissariat a déménagé au même moment, ses bureaux se trouvaient dans la rue Genistre à partir des années 1930.

La police occupait des bureaux et un local contigu qui servait de violon. Les pompiers avaient à leur disposition un local pour le matériel du service de secours en cas d’incendie, un local contigu pour la garde de nuit des pompiers et un local pour la voiture d’ambulance. Deux anecdotes de l’époque. En août 1920, les pompiers municipaux ont fait la grève pour faire aboutir leurs revendications salariales. Dans la nuit du 3 août, un incendie est survenu dans une boucherie de la rue des Capucins. Les policiers ont réquisitionné le matériel des pompiers et, sous la direction du bourgmestre Housse et du commissaire de police, ils ont attaqué le feu à la place des pompiers, avant qu’une section des pompiers volontaires soit sur place.281

[ Le corps de police de la Ville de Luxembourg pose pour la fête nationale © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]


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P E N DA N T L’ O C C U PAT I O N Entre 1941 et 1942, l’administration allemande entreprenait une redistribution des localités du Stadthaus 284 pour y installer une nouvelle centrale téléphonique, ce qui nous permet de recenser tous les services communaux qui s’y trouvent à ce moment:

a Sous-sol

a 2e étage

Syndicat d’initiative et de tourisme, archives, bibliothèque

Le bureau du Hauptbetriebsobmann, le service financier et le service du contrôle financier qui déménagera dans l’Hôtel Ettinger

a R.-d.-ch. Centrale téléphonique, Quartieramt (rue Genistre), commissariat de police (rue du Curé), cuisine et arrière-cuisine, service des courriers

a Entresol État civil et salle de mariage qui déménagera au 2e étage, dans la salle flamande

a Combles Le service scolaire et le service de médecine scolaire avec deux salles d’attente, un cabinet médical et un cabinet dentaire, ainsi que le service photographique, et dans l’autre aile, le bureau des contributions et l’État civil.

a 1e étage Bureaux du commissariat, cuisine, chambre et loge du concierge, service culturel, service de l’approvisionnement

LES LOCATAIRES Tout au long de sa vie, le Cercle avait des locataires, qui restaient pour une période plus au moins longue, des associations luxembourgeoises comme l’Orphéon, le Photo-club, le syndicat de tourisme, ou encore l’association de l’éducation populaire. Déjà, dans les années 1920, le Photo-club avait aménagé un studio avec chambre noire au Cercle et tenait des séances de travail tous les jeudis à 20.00 heures.285 Dans les années 1950, Caméra Luxembourg disposait d’une salle de travail. En 1947, la société d’aviation belge Sabena avait pris en location des bureaux au rez-de-chaussée du Cercle, qui donnaient directement sur la place d’Armes. Sabena payait un loyer mensuel de 3.000 francs.286


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LE LCTO En 1933, quelques personnes dévouées à la cause du tourisme se sont regroupées et ont fondé le Syndicat de Luxembourg (SIT) avec l’intention « de faire de la capitale un vrai centre touristique ». Le comité de direction avait établi un programme dont la pièce maîtresse était un bureau d’information touristique à la place d’Armes. Le bureau a ouvert ses portes en mars 1934 dans les anciens locaux des pompiers réaménagés. Bien placé, en plein centre-ville, les touristes commençaient à affluer, en 1938 le bureau comptait 5.067 touristes.

— Le 2 octobre 2006 le LCTO fermait définitivement ses guichets au Cercle pour s’installer dans ses nouveaux locaux place Guillaume. — Pendant les années d’occupation, le Verkehrsamt était sous tutelle de l’administration allemande. À la veille de Pâques, le 20 avril 1945, le bureau de la place d’Armes a rouvert ses portes pour devenir un point d’information de plus en plus sollicité : 11.246 personnes en 1946, 43.289 personnes en 1962, pour atteindre 277.003 personnes en 2002. Les travaux de réaménagement réalisés en 1973-74 ont permis d’agrandir l’espace de bureau du SIT et d’adapter l’espace d’accueil. Au fur et à mesure de nouveaux services ont vu le jour : dans les années 1970, le service pour l’organisation d’événements culturels, en 1989, le Luxembourg Convention Bureau, département spécialisé en matière d’organisation MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions). Le LCTO (Luxembourg City Tourist Office), le nom du syndicat depuis 1995, occupait tout le rez-de-chaussée, à gauche et à droite de l’entrée principale. Le 2 octobre 2006, le LCTO fermait définitivement ses guichets au Cercle pour s’installer dans ses nouveaux locaux place Guillaume. De 1953 à 2006, plus de six millions de clients étrangers et luxembourgeois ont profité du bureau de renseignement au Cercle à la recherche d’une chambre d’hôtel, d’un plan de la ville, de brochures et de renseignements.287

[ Le pupitre improvisé, 1956 © Batty Fischer, Photothèque VdL ]

L’ancien Ratskeller, qui fonctionnait en tant que salle d’exposition de la ville depuis 1976, accueillait en 1981 une copie de la maquette de la ville fortifiée réalisée par les militaires français entre 1802 et 1805. L’original de la maquette se trouve à l’Hôtel des Invalides à Paris, la copie a été réalisée par l’entreprise parisienne Maquettes EPI. Le modèle a pu être visité en spectacle son et lumière jusqu’à son transfert dans le musée d’histoire de la ville en 1996.


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LE R AT S K E L L E R La ville avait équipé le Ratskeller d’une cuisine d’une valeur de 25.000 francs dans l’optique de le mettre en bail à un concessionnaire et d’y exploiter un débit de bière ou de vin.288 Les conditions du bail prévoyaient que la brasserie soit tranquille, exemplaire et digne de la maison qui l’accueille. Il était stipulé de servir des vins, de la bière et d’autres alcools fins, des boisons chaudes, de l’eau minérale, des plats chauds et froids. Le choix de la bière et des vins incombait au locataire, seule condition, la carte devait mentionner au moins une bière et un vin de fabrication luxembourgeoise. Les vins devaient être de qualité et le nom des producteurs devait figurer sur la carte.

[ Le bal masqué © Pierre Bertogne, Photothèque VdL ]

La municipalité se gardait le droit d’utiliser les locaux, sans que le locataire soit indemnisé, et elle prévoyait de recourir en général aux services du locataire pour les manifestations qu’elle organisait au Cercle. Le 14 août 1910, la ville mettait en bail les localités par une mise aux enchères publiques. Le marché a été attribué aux frères Treinen du marché aux Poissons. Malheureusement, l’administration des contributions refusa la concession de débit et le contrat de bail devint désuet.289 Batty Weber prétendit que le conseil municipal n’avait pas installé de débit par crainte des taverniers de la place d’Armes qui y voyaient une concurrence.290


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L’ O R P H É O N

N’ayant pas d’utilisation directe pour le Ratskeller, la Ville le donnait en location à la société chorale L’Orphéon de Luxembourg en 1924 pour un loyer annuel de 500 francs. La Ville se réservait le droit de pouvoir disposer de la salle à titre exceptionnel pour ses besoins propres et pour la mise à disposition à des tiers.291

L E C O M M E N T A I R E D E B A T T Y W E B E R 2 9 2 : «  Der Ratskeller wurde nie eröffnet, weil man den Zorn der Paradeplatz-Wirte fürchtete ! Als ob gerade die von einem gesteigerten Verkehr vor ihren Türen nicht den größten Vorteil gehabt hätten ! Die Prachtküche wird heute nur noch als altes Eisen zu verwerten sein. Im Lokal das die Grundlage des neuen Betriebs hätte bilden sollen, hält ein Männergesangverein seine Proben und wird sie wahrscheinlich noch lange halten, denn wer hat den Mut ihm zu kündigen ?  »

Batty Weber allait avoir raison, car l’Orphéon tenait ses répétitions au Ratskeller et le louait aussi à des tiers jusqu’au début des années 1970. La Ville reprit possession du Ratskeller pour le mettre dorénavant à disposition pour des réceptions, conférences et expositions.293 L’Orphéon de Luxembourg est né de la fusion de deux sociétés chorales, l’Union dramatique et les Enfants du Luxembourg, le 3 janvier 1920.294 Des pourparlers de fusion avaient eu lieu depuis 1918 et une première manifestation commune, un concert monstre avec le concours de la fanfare du Grund au profit du Monument du souvenir, eut lieu le 27 avril 1919 à la salle des fêtes du Cercle municipal. Sous ses directeurs successifs J. A. Muller (1920-30), A. Kowalsky (1931- 50) et Nicolas Schuk (1950 - ), l’Orphéon donnait des impulsions à la vie culturelle de la capitale. En octobre 1933, il devenait municipal, en 1939, il créa une chorale enfantine et, en 1951 il se constituait en chœur mixte. Les concerts et bals de l’Orphéon étaient réputés.

Depuis 1930, l’Orphéon organisait dans sa salle une fête pour les enfants de ses membres. En 1939, l’association décida d’ouvrir la fête de Noël à tous les enfants de la ville. Le gala eut lieu dans la grande salle et non au Ratskeller et présentait le nouveau chœur de garçons De’ kleng Orpheonisten, la chorale Minuit Chrétien, des soli de Flore Ritter, un jeune prodige à l’accordéon, des déclamations, des sketches et des projections de films.295 Ce gala, dont le bénéfice revenait à l’Œuvre Saint-Nicolas, eut un tel succès qu’il connut une deuxième édition en 1940. Les concerts de l’Orphéon attiraient toujours beaucoup de monde, comme en 1952, lorsque les 120 chanteurs de l’Orphéon présentaient un concert en honneur de leur ancien directeur et compositeur A. Kowalsky, et l’ancien membre honoraire le poète Willy Goergen.296


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L A B I B L I O T H È Q U E D E L’A S S O C I AT I O N D ’ É D U C AT I O N P O P U L A I R E L’idée de créer une association qui se destine à l’éducation populaire venait des milieux intellectuels libéraux de la capitale. Le 29 novembre 1908 les initiateurs Mathias Adam, instituteur primaire supérieur, Robert Brasseur, député libéral, JeanPierre Probst, député socialiste, Mathias Tresch et Nic Van Werveke, professeurs, avaient invité à une réunion publique à l’Hôtel de Cologne. Plus de cent membres se sont inscrits, c’était la naissance de la première association d’éducation populaire (Volksbildungsverein) au Luxembourg. De Luxembourg, le mouvement se repandit dans tout le pays, notamment dans le bassin minier, de façon à ce que le 31 juillet 1910 la fédération des associations d’éducation populaire fut fondée. Le Mouvement agissait par deux moyens, les conférences et les bibliothèques. Bibliothèques qui proposaient majoritairement une littérature divertissante en allemand, les bibliothèques des grandes localités avaient élargi la palette avec des livres en français, en anglais et en luxembourgeois.297 En 1819, la bibliothèque communale avait repris la bibliothèque de l‘ancien collège des jésuites. Elle était surtout fréquentée par des professeurs et des élèves. Au milieu du siècle, l’État repris la bibliothèque et la ville ne disposait plus de bibliothèque publique jusqu’en 1967. En 1905, le bourgmestre de Hollerich Julius Fischer mit ses propres livres à disposition pour créer une bibliothèque municipale. Le Volksbildungsverein Hollerich créa des bibliothèques à Bonnevoie et Hollerich Gare qui profitaient d’une subvention communale annuelle de 150 francs. Une deuxième bibliothèque populaire a été instaurée dans la commune de Eich, subventionnée de 1.000 francs.

En 1909, le Volksbildungsverein de Luxembourg-ville ouvrit sa bibliothèque298. La ville accordait une salle dans l’école Nilles, puis dans le nouveau Cercle, mais refusait une subvention financière. Parmi les membres d’honneur299 figuraient des industriels (Andrée Duchscher, Tony Dutreux, Emil Mayrisch), des députés (Emil Bastian, Robert Brasseur, Léon Metzler, Edmond Müller, le bourgmestre Alphonse München), hauts fonctionnaires, notaires et rentiers. Le catalogue de 1909 reprenait 671 livres, la majeure partie de la littérature générale en allemand. Souvent ces bibliothèques étaient animées et gérées par des instituteurs, qui guidaient les lecteurs vers une « bonne littérature » et des livres formateurs.300 En 1926, il existait 42 associations, dont 21 géraient une bibliothèque propre, 20 une bibliothèque ambulante. La plus grande était celle de Luxembourg, elle disposait de 2.800 volumes301.

— La Ville créa l’actuelle bibliothèque en 1968 — Après la Seconde Guerre mondiale, le centre culturel et d’éducation populaire de Luxembourg-ville avait pu sauver une partie de sa bibliothèque. Les occupants avaient confisqué quantité de livres, d’autres avaient été gardés par des membres du Volksbildungsverein, pour les rendre après la guerre. Sur les 5.800 volumes de 1940, plus de la moitié avaient disparu. La bibliothèque fonctionnait jusqu’au milieu des années 1970.302 En 1968, elle comptait 7.000 livres et c’était pendant longtemps « la seule bibliothèque non confessionnelle. ». La Ville créa l’actuelle bibliothèque en 1968. Les livres de la bibliothèque du Cercle ont été intégrés dans la bibliothèque scolaire du Lycée des Garçons du Limpertsberg. Certaines éditions particulièrement intéressantes ont été intégrées dans la bibliothèque du Centre universitaire.303


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L A L O C AT I O N D E S SA L L E S Dès l’ouverture du nouveau Cercle, la municipalité fut la cible des journaux qui critiquaient sa politique de mise à disposition des salles du nouveau bâtiment.304 Elle a réagi en arrêtant les conditions de location des salles des fêtes du Cercle municipal. Les tarifs305 variaient selon la durée de la manifestation et la consommation d’électricité :

CONCERTS MATINÉE, CONFÉRENCES, ASSEMBLÉES SANS ILLUMINATIONS, D’UNE DURÉE MAXIMALE DE TROIS HEURES a 150 FRANCS

CONCERTS DU SOIR, CONFÉRENCES, ASSEMBLÉES AVEC ILLUMINATIONS, D’UNE DURÉE MAXIMALE DE QUATRE HEURES a 250 FRANCS

BALS, BANQUETS ET AUTRES MANIFESTATIONS AVEC ILLUMINATION FESTIVE, D’UNE DURÉE MAXIMALE DE 7 HEURES a 400 FRANCS.

Aucune réduction n’était prévue pour les associations de la ville qui devaient, en plus du loyer, payer trois pompiers et trouver un « représentant solvable qui se portait garant à titre personnel » vis-à-vis de la municipalité. Dans son Abreißkalender306 du 28 septembre 1929, Batty Weber s’intéressait, comme il l'écrit lui-même, « de nouveau » au Cercle et dénonçait en général l’utilisation que la municipalité en faisait et en particulier les conditions de location. Il proposa une solution radicale, ne plus louer le Cercle aux associations :

« Mein Schreibpapier kommt mir in diesem Augenblick vor, wie ein Wespennest, in das ich mit meiner Füllfeder hineinzustechen mich anschicke. Aber es muß wieder sein. Also der Cerclesaal. Die Wirte reiten eine Attacke gegen die angeblich unverschämt hohen Saalmieten, die den städtischen Vereinen für Feste im Cercle abverlangt werden. Es gibt ein Mittel, solchen Reklamationen ein Ende zu machen. Man soll den Saal überhaupt nicht mehr an Vereine vermieten. Denn : Wird der Kursaal in Ostende, wird das Kurhaus in Wiesbaden, werden die Spielsäle in Monte Carlo jemals an Vereine vermietet. » Batty Weber plaidait pour une utilisation du Cercle comme maison de cure au service de l’industrie touristique, sa destination première selon lui. Le membre du conseil communal Leick307, dans son intervention lors de la séance du 29 avril 1936, constatait que le loyer de la grande salle du Cercle avait rapporté 30.000 francs et concluait que seulement trois associations municipales pouvaient se permettre de louer la salle à ce prix. Il proposait de changer le règlement et de demander aux associations de ne pas payer de taxe de location, mais une sorte de garantie qui serait remboursée dans le cas où aucun dégât ne pouvait être constaté. Le règlement d’ordre intérieur du 25 juin 1974, complété le 12 juin 1975, réglait la mise à disposition des salles, le tarif journalier, les règles de sécurité à respecter, les assurances à contracter, le nettoyage, l’usage du mobilier, l’exploitation du vestiaire, etc. Le tarif normal de location pour l’ensemble des locaux était fixé à 25.000 francs pour les expositions de peintres et sculpteurs, les ventes expositions, les conférences à recrutement de membres, les concerts payants, les défilés de mode et les bals. Le tarif pour les manifestations à but lucratif, les expositions, les conférences à but culturel, les séances académiques, les concerts gratuits, les réceptions cocktails, les congrès et banquets était arrêté à 18.000 francs.308


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LES TRAVAUX DE RESTAURATION Le Cercle était un lieu vivant. Même si le public respectait les lieux, l’usage laissait des traces et des coups de peinture étaient nécessaires à un rythme régulier pour remettre à neuf les salons. Ainsi, en 1934, les travaux de peinture du bel étage, de la grande salle et des salles annexes prenaient tous les mois de juillet et août. À un rythme plus espacé, des travaux de restauration et de mise en état s’avéraient nécessaires. Le palais municipal fut mis à la disposition de la CECA en 1952. Pour la réunion du Conseil spécial des Ministres et pour les séances du tribunal, la CECA a entreprit des travaux de transformation. La grande salle fut divisée en trois unités, une salle de séances au milieu et deux petites salles latérales. Le cloisonnement se faisait par des grands panneaux en bois, qui cachaient tous les éléments décoratifs. La porte centrale de la grande salle était condamnée, l’entrée se faisait par les deux salles latérales, dont les portes avaient été réduites.309

[ La cour intérieure avant la restauration du Cercle, 2006 © Charles Soubry, Photothèque VdL ]

un monte-charge fut installé sous la grande salle. Le plafond de celle-ci fut pourvu d’un enduit rustique Caparol pour améliorer l’acoustique de la salle.312

Des travaux d’urgence au chauffage central et différents travaux d’étanchéité s’avéraient nécessaires en 1969. Après le départ de la CECA, la salle fut remise dans son état d’origine. Les travaux de restauration s’étiraient de 1972 à 1976, car le bâtiment devait rester partiellement opérationnel.310

Au début des années 1980, quelques travaux de mise en état furent réalisés. Les travaux les plus marquants étaient assurément l’enlèvement des lanterneaux (clochetons) qui se faisait dans un souci de sécurisation du bâtiment, mais qui eut un effet néfaste sur les proportions élégantes de ce bâtiment.

Michel Heinz, architecte à Diekirch, était chargé des travaux. Il présenta un programme de restauration et de rénovation en 1972 qui se chiffrait à 26,2 millions de francs luxembourgeois (649.500 euros). L’ancien chauffage central fut remplacé pour 600.000 francs, une nouvelle cuisine installée pour 850.000 francs. Les travaux dans les locaux du Syndicat d’Initiative et de Tourisme, qui s’y trouvait depuis 1934 ont coûté 250.000 francs. Pour donner plus d’espace au SIT, le logement du concierge au premier étage fut relié par un escalier en colimaçon aux guichets du rez-de-chaussée. Le concierge déménagea au troisième étage. L’accueil du SIT fut adapté aux exigences d’une clientèle touristique de plus en plus nombreuse.311

De cette époque date aussi l’installation de l’esquisse préparatoire au fusain de l’œuvre monumentale « Golgotha  » du maître hongrois Mihály Munkácsy au salon bleu. L’œuvre réalisée en 1884 avait connu le succès en Europe et en Amérique. L’épouse luxembourgeoise du peintre, Cécile Papier, fit cadeau de l’esquisse à la ville de Luxembourg. Longtemps l’esquisse décorait la salle des séances de l’hôtel de ville, avant d’être restaurée en 1982 et de trouver sa place définitive au Cercle.313

Les salles ouvertes au public furent embellies. Le revêtement de sol en granit fut remplacé dans le péristyle, le promenoir et le foyer par du travertin et des marches d’escalier en marbre. L’artiste Michel Heintz réalisa des vitraux d’art dans le Ratskeller et le foyer. Les installations électriques furent renouvelées,

Les festivités du centenaire de la dynastie exigeaient un cadre fastueux digne de l’événement. Les boiseries richement décorées furent libérées des différentes couches de couleurs, les salons représentatifs furent mis en peinture, de façon que la gradation des couleurs mît en valeur le riche décor, les frises, les plafonds en stuc, les colonnes et l’ornementation murale. Les colonnes au bar-foyer furent peintes en trompe-l’œil style marbré, la parquet fut nouvellement vitrifié. Le Cercle était de nouveau prêt pour accueillir des visites d’État, dîners de gala, séances académiques, colloques, bals et concerts.314


L E B Â TIME N T A DM IN IS TR A TIF

[ La cage de l’escalier de service, 2006 © Charles Soubry, Photothèque VdL ]

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Le Ci né Ci té L

e Ciné Cité a ouvert ses portes le 23 octobre 1958 en présence du Grand-Duc héritier Jean et de la Grande-Duchesse héritière Joséphine-Charlotte et d’autres honorabilités, dont le président de la Chambre Emile Reuter, le ministre d’État Pierre Frieden, les ministres Werner et Bodson. Pour l’ouverture officielle, The Bridge on the River Kwai de David Lean était programmé. En avant-programme, le documentaire Luxembourg 1958 de Philip Schneider était projeté. Conçu selon les plans de Robert Lenz, ce palais cinématographique pouvait accueillir jusqu'à 760 personnes. Les décors intérieurs étaient réalisés par les artistes luxembourgeois Frantz Kinnen – la frise en verre au-dessus de l’écran – et Lou Theisen – la peinture murale abstraite de 11 x 5 mètres Le Bateau des mirages au foyer du premier étage. Le Cité avait été construit à l’apogée du cinéma au Luxembourg, 4,8 millions de visiteurs en 1958, sur une population de 315.000 habitants. Le déclin des cinémas commençait rapidement, dès les années 1960. Le Ciné Cité, seul cinéma de programmation en centre ville – les autres se trouvaient dans le quartier de la gare – avec son infrastructure moderne et une programmation de qualité, souffrait moins de cette crise.

— Le Cité avait été construit à l’apogée du cinéma au Luxembourg, 4,8 millions de visiteurs en 1958, sur une population de 315.000 habitants. —

En 1963, le cinéma fut équipé d’un système spécial permettant la projection des films en format 70 mm, en 1975, du système Sensurround. Le Ciné Cité a présenté des films populaires de qualité, les grandes productions hollywoodiennes, comme Cleopatra (1963), My Fair Lady (1964) The Dirty Dozen (1967), Doctor Doolittle (1967), One Flew over the Cuckoo’s Nest (1975) ou encore Grease (1979), mais aussi les productions françaises de Jacques Tati, Claude Chabrol, Bernard Blier, François Truffaut et les productions italiennes de Vittorio De Sica, Federico Fellini, Ettore Scola, etc. À partir de 1967, tous les nouveaux films de James Bond étaient présentés exclusivement au Ciné-Cité. Les années 50 et 60 étaient aussi l’époque des grands galas, sous le patronage de différentes associations et en présence de représentants de la Cour grand-ducale et du gouvernement, le bénéfice revenait à des œuvres caritatives.


L E CIN É CITÉ

[ Le Ciné Cité, 1958 © Charles Soubry, Photothèque VdL ]

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Lors d’une soirée de gala en 1959, en présence du ministre de la Culture et des Sciences Pierre Werner, Johanna Matz et Karl-Heinz Böhm présentaient leur film Das Dreimäderlhaus (Ernst Marischka, 1958) au Cité et au Victory. Ils furent accueillis avec un grand enthousiasme par le public luxembourgeois. À l’occasion de la représentation du film El Cid d’Anthony Mann, le couple grand-ducal se voyait offrir l’épée originale utilisée par Charlton Heston dans cette épopée historique. À trois occasions, des producteurs français présentaient leurs réalisations à la presse luxembourgeoise. Ainsi en 1963 Yves Robert présenta son film La Guerre des boutons, Pierre Étaix Le Soupirant et en 1978, dans le cadre du premier festival du film, Bertrand Tavernier introduisait son œuvre Le Juge et l’assassin. Dans l’histoire du Cité, les scandales ne faisaient pas défaut. La production américaine The Green Berets de John Wayne, un film de propagande en faveur de la guerre au Vietnam, provoqua des manifestations en janvier 1969, organisées par des associations de jeunesse contre la guerre. Les jeunes bloquèrent la rue devant le cinéma en agitant des affiches, distribuant des tracts, quelques-uns réussirent à s’infiltrer dans la salle et jetèrent des boules puantes. Fin avril 1973, le film érotique Ultimo tango a Parigi fit scandale. Le film fut confisqué par les autorités et Isidore Thill, propriétaire du Cité, était accusé d’avoir agi contre l’article 383 du code pénal. Beaucoup de Luxembourgeois se déplacèrent à Athus, Trèves ou Bastogne pour le voir et contourner la proscription. C’est seulement en avril 1974 que le film fut admis officiellement au Grand-Duché. Le même sort attendait le film érotique Histoire d’O, les autorités le confisquèrent en 1976. L’opposition venait de deux bords diamétralement opposés. Pour le Luxemburger Wort et la droite le film réduisait la femme à un objet de désir, tandis que la gauche et les féministes protestaient contre la violence en général contre les femmes. En réaction à la baisse des visiteurs en 1982, le Ciné Cité fut subdivisé en quatre salles plus petites de tailles différentes et devenait le Ciné-Center Cité. La grande salle était séparée entre le balcon et le parterre (346 et 230 places), tandis que deux salles de 74 et 84 places furent aménagées en sous-sol. Tandis que d’autres cinémas en ville fermaient leurs portes, l’Eldorado et l’Europe en 1988 et le Victory en 1992, le Ciné-Center Cité continua son activité jusqu’au 27 novembre

[ Le Ciné Cité, ouverture 23.10.1958, brochure ]

1997. Le cinéma n’était plus rentable vis-à-vis de la concurrence du cinéma multiplex Utopolis au Kirchberg. En 1999, la Ville faisait l’acquisition de l’immeuble pour la somme de 180 millions de francs, dans le but de le démolir et de construire un centre culturel multifonctionnel, accueillant la bibliothèque municipale et une médiathèque315. En attendant que les travaux commencent, la Ville avait confié la gestion du cinéma au groupe Utopia. Les deux salles d’en haut furent restaurées et équipées de nouveaux fauteuils confortables, d’un système sonore digital et de nouveaux haut-parleurs. Pendant deux ans et demi, le groupe Utopia exploita le cinéma avec ses deux salles, du 4 août 2000 au 29 janvier 2004. Mais le nouveau complexe ne réussit pas à attirer un public assez nombreux, le nombre de visiteurs passait de 75.074 en 2001 à 56.757 en 2002 et 44.000 en 2003. Le cinéma ferma ses portes avec le dernier film projeté, Après vous de Pierre Salvadori.316


L E CIN É CITÉ

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[ Le Bateau des mirages de Lou Theisen au foyer © Pol Aschmann, Photothèque VdL ]

[ La frise en verre de Frantz Kinnen © Pol Aschmann, Photothèque VdL ]


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Le

C e rc le C i té L

’idée d’un centre socioculturel en plein centre-ville qui pouvait héberger une bibliothèque, une médiathèque et une salle de projection est née à la suite de l’année culturelle 1995. Quand en 1998 la ville eut la possibilité d’acquérir le Ciné Cité, elle saisit l’occasion de devenir propriétaire de cette parcelle en vis-à-vis du Cercle. La construction d’une passerelle permit de relier les deux bâtiments et de créer un centre de conférences en plein cœur de la ville. La riche vie du Cercle, avec ses bals, conférences, bazars, concerts, avait laissé des traces dans cet immeuble centenaire, une restauration de fond en comble s’imposait. En plus le Cercle ne répondait plus aux normes en vigueur concernant la sécurité, l’accès aux personnes à mobilité réduite et la gestion durable.

LE PROJET DE L’AT E L I E R B E N G La Ville lança un concours d’architecte qui fut remporté par l’Atelier Beng d’Esch-sur-Alzette. La conception architecturale du nouvel ensemble se voulait à la fois novatrice et accueillante, jouant sur le contraste entre l’architecture historique et monumentale du Cercle, d’une part, et l’aspect moderne, voire futuriste, du Cité, d’autre part. « Le Cité, nouvel espace socioculturel au cœur de la ville, abrite une bibliothèque-médiathèque avec un espace internet, un auditorium et un restaurant. Lieu de rencontre, il se veut aussi un lieu de réflexion et de contemplation. Cette double vocation se reflète au niveau de l’architecture, qui met en scène différents types d’ambiance : introvertie pour les espaces de lecture et de consultation, extravertie pour les espaces de transition, qui s’ouvrent à

la vie urbaine et soulignent ainsi l’accessibilité du bâtiment. » La Cité-bibliothèque occupe le rez-de-chaussée et les deux étages au sous-sol. L’apport de la lumière est assuré par un patio, un plan d’eau au fond du patio réfléchit la lumière du soleil. Les étages supérieurs du bâtiment sont réservés à l’auditorium, qui se présente sous forme d’une grande bulle métallique, suspendue librement au-dessus de l’espace restaurant. En avril 2004, le conseil communal approuva le projet et un an plus tard les travaux pour la construction du nouveau centre socioculturel commencèrent. L’ouverture se fit du 11 au 13 décembre 2009.


L E CE R CL E CITÉ

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[ La bibliothèque vue de l’atrium, 2010 © Christof Weber ]

[ La façade du nouveau Cité, 2010 © Andres Lejona ]

[ L’auditorium, 2010 © Christof Weber ]


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[ La pose du parquet dans la grande salle, 2010 © Jean Reitz ]

[ La construction métallique de l’auditorium, 2008/09 © Beng, Architectes associés, Esch-sur-Alzette ]


L E CE R CL E CITÉ

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L A R E S TAU R AT I O N DU CERCLE Les grands travaux317 s’étalèrent sur six années et se firent en deux phases, la première de fin 2005 à début 2009 et la deuxième de septembre 2008 à avril 2011. Ils comprenaient aussi bien la restauration des salons, l’installation du centre de conférences et d’un espace d’exposition, que le réaménagement du backstage. Les salons furent remis dans leur état d’origine : les murs et les plafonds furent rafraîchis, les salles dotées de lustres restaurés et de nouveaux rideaux, et le parquet de la grande salle fut refait à l’ancienne. L’insertion des nouvelles technologies, qui assurent confort et qualité, fut réalisée de manière discrète. L’ensemble bénéficiait en outre d’une correction acoustique au niveau du plafond de la grande salle et du bar-foyer. Les vitraux d’art sur châssis métalliques ou en bois ont quant à eux été restaurés et incorporés dans des montants à double vitrage. Depuis la fin des ces travaux, le nouveau centre de conférences qui occupe pour l’essentiel le cinquième étage, comprend quatre salles de conférences et un auditorium d’une capacité de 48 places, équipés d’installations multimédia. L’ancien Ratskeller et ses annexes sont en conformité et réaménagés en salle d’exposition. La galerie d’art est reliée à la place d’Armes par le hall principal et bénéficie d’ailleurs d’un accès direct situé rue du Curé. Tous les espaces publics

sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. L’entrée principale est équipée d’une rampe permettant l’accès aux chaises roulantes. Des ascenseurs mènent au centre de conférences et au bel étage, tandis que l’espace d’exposition est accessible au moyen d’une plateforme hydraulique. Les espaces non accessibles au public sont réaménagés de manière à répondre aux normes et aux besoins actuels. La cour intérieure est condamnée pour dégager des surfaces supplémentaires sur tous les étages. La cuisine et ses dépendances sont agrandies et équipées pour répondre aux besoins des professionnels. Des vestiaires et des douches ont été aménagés au rez-de-chaussée pour le personnel de cuisine, les agents de nettoyage et des artistes qui se produisent dans le kiosque de la place d’Armes. La chaufferie existante et le poste de transformation électrique sont mis en conformité. Les voûtes au-dessus de la grande salle ont été consolidées au moyen d’un système de suspension au niveau du grenier. Des espaces accueillent les bureaux du coordinateur culturel de la Ville de Luxembourg, l’administration du Cercle-Cité, l’administration de la Cité-Bibliothèque, et de l’Agence luxembourgeoise d’action culturelle. Enfin le logement de service de l’agent de gestion permanent a aussi été réaménagé. Les anciens locaux du LCTO sont occupés par la vitrine commerciale de l’Union commerciale de la Ville de Luxembourg et le bureau Enfance et jeunesse, installé dans le cadre du plan communal enfance (PACE). Après cinq années de travaux et un investissement de 21,1 millions d’euros, le Cercle se présente de nouveau dans toute sa splendeur, prêt à accueillir les grands événements, bals, concerts, réceptions, mariages et visites d’État pour les années à venir. La réouverture solennelle a été fêtée par deux journées portes ouvertes le 30 avril et le 1er mai 2011.

[ Le Ratskeller accueillant les œuvres de Joseph Probst, 2011 © Christof Weber ]


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[ Le Cercle, 1965 © Edouard Kutter, Photothèque VdL ]


L E CE R CL E CITÉ

[ Le Cercle, 2011 © Roger Wagner ]

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Bi bl io g rap h ie ABRÉVIATIONS ANLux AVL BBZ Courrier LW LZ OMZ T

a Archives nationales du Luxembourg a Archives de la Ville de Luxembourg a Bürger- und Beamten-Zeitung a Courrier du Grand-Duché de Luxembourg a Luxemburger Wort a Luxemburger Zeitung a Obermosel Zeitung a Tageblatt

Tous les articles de presse ont été numérisés par la Bibliothèque nationale de Luxembourg, www.eluxemburgensia.lu

[ Le Cercle Cité, 2011 © Christof Weber ]


B IB L IOGR A PH IE

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[ 2011 © Christof Weber ]


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R e m e rc ie m e nt s Jean Reitz tient à remercier Lydie Polfer, bourgmestre de la Ville de Luxembourg et les services municipaux, en particulier Christiane Sietzen, Thierry Kuffer, Eva-Marie Bangé, Martine Theisen et Carlo Foeteler et toute l’équipe de la Photothèque, Anouk Wies et Saskia Raux du Cercle Cité pour leur soutien, Dunja Bredimus pour ses recherches aux archives, les historiens Guy May, Roland Pinnel et Robert Philippart pour leurs conseils, Annick Kieffer et toutes les autres personnes qui d’une façon ou d’une autre ont contribué à cette publication.

Colo p h o n © Cercle Cité - Agence luxembourgeoise d’action culturelle 2016 Le Cercle Cité est soutenu par la Ville de Luxembourg Cercle Cité Place d’Armes B.P.267 L-2012 Luxembourg www.cerclecite.lu

RECHERCHES HISTORIQUES Jean Reitz Dunja Bredimus TEXTES Jean Reitz COORDINATION Jean Reitz, Saskia Raux RELECTURES Emmanuelle Ravets

CONCEPTION GRAPHIQUE Studio Polenta, Luxembourg IMPRESSION reka TIRAGE 1000 exemplaires ISBN 978-99959-911-8-0

Ce livre a été édité à l’occasion des 5 ans du Cercle Cité Luxembourg.


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[ Grande Salle, 2011 © Christof Weber ]


NOTES 1. Dr. Robert L. Philippart, Luxembourg, de l’historicisme au modernisme, de la ville forteresse à la capitale nationale, Louvain-la-Neuve-Luxembourg, 2006, Editions Ilôts, Imprimerie Kremer Muller, p. 257 2. Nobert Etringer, Hollerich, vom Dorf zur Industriegemeinde, in : Ons Stad, 14/1983 3. Philippart, op. cit., p. 681-682 4.  Ibid., p. 259-260 5.  ANLux, travaux publics n° 20 6.  Guy May, Kultur und Gesellschaft in der Bundesfestung und der Stadt Luxem- burg, Esch-sur-Alzette, Ed. Schortgen, 2013, p. 32 7. May, op. cit., p. 34 8. Philippart, op. cit., p. 265 9. May, op. cit., p. 63 et ss. 10. Ibid., p. 73 et ss. 11. May, op. cit., p. 66 et ss. 12. Philippart op. cit., p. 780 13. Ibid., tome 2, p. 776 et ss. 14. Ibid., 781-782. Robert L. Philippart, Il y a 135 ans : création de la Société du Casino de Luxembourg, in : Die Warte n° 2481 17.09. 2015, p. 2-3, ill. 15. Robert L. Philippart, La Maison du peuple aura 100 ans, in : 1910-2010 ALUC, Livre du Centenaire, pp. 57-64 16. Philippart, op. cit., p. 275 . J.-P . Koltz, Baugeschichte der Stadt und Festung Luxemburg, Bd III. p. 95-97 17. Simone Baldauff-Beck, Un duel à l’origine du Cercle, in : Ons Stad, 37/1991, p. 14-16 18. 1 florin = 2,12 francs-or 19. LZ 10.11.1844 20. Courrier 4.12.1844 21. Courrier 7.02.1849 22. Courrier 27.11.1851 23. Courrier 7.05.1845 24. Courrier 15.08.1846 25. LW 5.10.1851 et Courrier 29.10.1851

26. Courrier 27.12.1851 27. Session des États du Grand-Duché, séance du 21 juin 1848, in : Courrier 8.07.1848 28. Courrier 5.08.1854 29. Courrier 28.09.1854 30. Courrier 13.06.1855 31. Courrier 13.10.1855 32. LW 14.11.1855 33. LW 11.08.1859 34. Conseil communal de la Ville de Luxembourg, séance du 22.08.1863, in: L’Union 29.08.1863 35. Jean-Pierre Koltz, op. cit., III., p. 81 36. Ferré, La Ville de Luxembourg, Inauguration des chemins de fer Guillaume Luxembourg, in : Courrier 3.11.1859 37. Courrier 31.08.1859 38. Courrier 28.02.1855 39. Courrier 15.01.1864 40. L’Union 22.11.1863 41. LW 2.0.1866 42. Conseil communal de la Ville de Luxembourg, séance du 28.06.1865, in : L’Union, 5.07.1865 43. Conseil communal de la Ville de Luxembourg, séance du 27.07.1864, in : L’Union, 5.08.1864 44. LW 24.03.1867, L’Union 17.03.1867 45. LW 21.12.1867 46. LW 11.01.1868 47. Archives VDL : LU11-III200, Acte de vente entre la Ville de Luxembourg et Mlle Marguerite Faber 48. Conseil communal de la Ville de Luxembourg, séance du 3.3.1877, in : LW 01.03.1865 49. 125 Joër Stadmusek, in : LW 17.06.1988, p. 40-42 50. LW 3.06.1901 51. LW 1.04.1902 52. Archives VdL, Bulletin communal 1901, pp. 112-120, 126-139

53. LW 8.05.1888 54. Philippart, op. cit., p. 273 55. Archives VdL, LU IV/2, 1287, Lettre de Nicolas Muller au Bourgmestre du 9.01.1890, No 148/90, 56. Archives VdL, LU IV/2, 1287, lettre de Thorn, directeur général des travaux public à la ville du 30.12.1891. 57. ANlux, Travaux publics, no 12. Archives VdL, LU11 IV/2, No 1529. VdL, Bulletin communal no 9, Luxembourg, 1901, p. 142 58. Archives VdL, Bulletin communal 1902, p. 126 ss, p.234 . Archives VdL LU imp. IV/2-643 59. Eric Netgen, Quand c’est parti, c’est parti, que deviendra la garde principale de la place d’Armes, in : Le Jeudi 34 /20 août 2009, p.10 60. Philippart, op. cit., p. 860 61. Hautstädtisches. Gemeinderatsitzung vom 10.09.1904, in : Armer Teufel 18.09.1904 62. Archives, VdL, Bulletin communal 1901 p. 138 et p. 142 63. AVL LU IV/2 D 952-953 et 643-647 64. Philippart, Nos Cahiers, op. cit., p. 88 65. ANLUX AE-02329, Jury international pour le concours d’architecture du cercle municipal, 1902 66. Guy Jourdain, L’enseignement musical au Luxembourg, in : Conservatoire de Musique de la Ville de Luxembourg, Soixante-quinzième anniversaire, Luxembourg, 1981, Imprimerie Saint-Paul, p. 236, pp. 47 et ss. 67. Archives VdL, LU 11 IV/2 - 643 68. Chronik der Hauptstadt. Gemeinde ratsitzung, in : BBZ 04.08.1903 et Ar- chives VdL, Bulletin communal 1904, p. 53 et ss. 69. Lokal-Neuigkeiten, Cercle-Gebäude, in : LW 6.08.1903 70. Lokal-Neuigkeiten, in : LW 26.02.1904 71. Archives VdL, LU PIV/2B 200-203, 204, 237-239, C 741-749


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72. Robert L. Philippart, Den Historismus an der Architektur vun der Stad Lëtzebuerg, in : Nos cahiers, 2/1988, p. 83 et ss 73. Archives VdL, LU 11 IV/2 - 643 74. AVL, Bulletin communal, 8.05.1905 75. Archives VdL, LU11 IV/2 no 954 76. Archives VdL, LU11 IV/2 no 954 77. LW 12.09.1905 78. LW 10.10.1905 79. LW 16.09.1907 80. Chronik aus der Hauptstadt, in : BBZ 23.04.1908 81. Philippart, op. cit., p. 988 82. Archives VdL, LU60.1.1 :73, Construction du Nouveau Cercle, Concours, 20.10.1906 83. Archives VdL, LU IV/2 643, Construction du Nouveau Cercle à Luxembourg, Concours du 1er février 1907, Argument, novembre 1906, 18 p. 84. Gerlai Demay, Le costume au Moyen-Âge d’après les sceaux, Paris, Dumoulin, 1880, p. 496 85. Harak, Die romanische und die gotische Baukunst, Stuttgart, 1902 86. http//lb.wikipedia.org/wiki/Pierre_ Federspiel 87. LW 16.09.1907 88. BBZ 23.04.1908 89. Ons Haaptwuecht, 175 Onofhängeg, Landewyck Group 90. Philippart, op. cit., p. 989 91. Exposition maximaphile Luxembourg Belgique du 11 au 13 septembre 1981 au Palais municipal Luxembourg 92. http://patrimoine-roses-pour-le luxembourg.lu/index.php/historique 93. Philippart, op. cit., p. 989 94. Archives VdL, Bulletin communal 1909, p. 93, Rapport administratif, p. 67 95. LW 3.01.1910 96. Archives VdL, Bulletin communal 1909, séance du 10.07.1909 , Pp. 58 97. LW 13.11.1905 . BBZ, 14.11.1905 98. LW 21.07.1909

99. Hauptstädtische Angelegenheiten, in : LW 9.06.1909 100. LW 10.09.1909 101. LW 21.07.1909 102. Internationales Turnfest, in : LBZ, 31.07.1909 , 3.08.1909 et LW 21.07.1909 103. LW 3.09.1909 104. Guy May, op. cit., p. 67 105. LW 06.09.1909 106. Hiddigeigei ist der Kater in Joseph Viktor von Scheffels Versepos Der Trompeter von Säckingen 107. Der neue Cercle - Ein Schmerzenskind, in : LW 8.01.1910 108. Archives Vdl, Bulletin communal, 1906, p. 48a, 109. Archives VdL, Bulletin communal, 1908 Budget de la Ville 1908 110. Batty Weber, Abreißkalender 12.05.1921 111. Archives VdL, LU 52.1., no 33 112. T 21.03.1939 113. Conservatoire de musique, in : Jonghemecht, 5/6/7 Juli 1930, p. 152-53, Esch-Alzette Concerts du conservatoire de musique de Luxembourg, troisième concert, 6.04.1952, Luxembourg, Imprimerie P. Linden, 1952 114. Conservatoire de musique, in : Jonghemecht, op. cit. 115. Johannes-Passion in : T 17.03.1950 116. Concerts du conservatoire de musique de Luxembourg, Troisième concert, 26.04.1950, programme, Imprimerie P. Linden, Luxembourg 117. Loll Weber, Das RTL-Stymphonie Orchster von 1958 bis 1996, Les Amis de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Leudelange, Imprimerie Quatena, 2008, p. 160 118. Ibid., p. 185 119. Ibid., p. 215 120. G.G., Congrès 1948 des Jeunesses Musicales, in : T 20.05.1948

121. Chorale mixte, in : LW 18.02.1930 122. Pierre Monteur im Cercle am 9. Avril 1932, in : T. 11.04.1932 123. Léon Blasen, Fast schon vergessen… « Les Amis de la Musique », in : Nos Cahiers, 3/1992, pp. 77-91 124. Les Amis de la Musique Luxembourg, L’Orchestre national de Belgique, 18.02.1946, programme 125. Quelques notices historiques sur la musique militaire du Luxembourg, in : Jonghemecht, op. cit. p. 145-147 126. LW. 23.06.1880 127. Commandement de l’Armée luxembourgeoise, 135e anniversaire de la Musique Militaire Grand-Ducale, Luxembourg, imprimerie Saint-Paul, 1977, p. 140 et p. 166 128. Ibid. p. 351 et ss. 129. Société chorale des instituteurs luxembourgeois, Grand Concert symphonique et vocal, le dimanche 6 mars 1938, Luxembourg, P. Linden, 1938, 16 p. 130. Société chorale des instituteurs luxembourgeois, Grand Concert patriotique, le dimanche 5 février 1939, Luxembourg, P. Linden, 1939, 18 p. 131. Chorale des instituteurs luxembourgeois, Grand Concert de bienfaisance, 17.03.1940, Luxembourg, Imprimerie P. Linden, 1940, 2 p. 132. Guy May, Franz Liszt Luxembourg und die Munkácsys, Luxembourg, Imprimerie Saint-Paul, 2011, p. 41-60 133. Die Berliner Philharmonie in : T. 3.05.1939. LW 3.05.1929 134. Internationaler Klavierwettbewerb Gabriel Fauré, T. 6.05.1939 135. Union des sociétés de chant de la Ville de Luxembourg, Concert de gala patriotique, 13.02.1935, programme, Luxembourg, 14 p. 136. Konzert zum besten der Volksküche


CERCLE LUXEMBOURG | 1909-2010

In : LW, 1913.01.27 137. Lokales, Ein Richard Wagner-Fest, In : LW 17.10.1913 . LW11.11.1913 138. LW 12.09.1920 139. Athénée grand-ducal de Luxembourg, Grand concert vocal et symphonique au profit des Pupilles de la Nation, programme, Luxembourg, Imprimerie P. Linden, 1950, 12 p. 140. LW 23.02.1932 141. LW 24.10.1932 142. T 22.10.1932 143. LW 2.12.1933 144. T 19.02.1949 145. T 2.01.1934 146. Fastnacht, in : LBZ 13.02.1915 147. T 11.03.1920 148. Ben Fayot, Le Bal de L’Assoss au Cercle Municipal, in : Ons Stad 96/2011, p. 34-39. 149. LW 11.08.1919, 20.02.1920, 31.03.1920 150. T 09.02.1922. LW 15.02.1922, 23.02.1922 151. LW 5.03.1924, 152. LW 6.02.1939 153. T 27.01.1937 154. LW 22.02.1939 155. T 13.12.1945 156. T 19.12.1947 157. T 04.12.1948 158. Loterie-Sweepstake organisée par la Croix-Rouge Luxembourgeoise à l’occasion du Prix du Président de la République, tirage à Luxembourg le 26 mars 1934, course à Auteuil le 1er avril 1 934, programme (Ed.) West Continentale S.A., 1934 159. Eröffnung der Sweepstake-Ziehung, in : OMZ 27.03.1927 160. 2e Sweepstake organisé par la Croix Rouge Luxembourgeoise à l’occasion du Grand prix de la ville de Nice 1935 : tirage 15 janvier 1935 Luxembourg, West Continentale (éd.) 161. Troisième sweepstake de la Croix-Rouge luxembourgeoise : organisé à l’occasion

du Prix du Président de la République : tirage public Luxembourg 17 avril 1935. Croix-Rouge Luxembourg, Imprimerie V. Buck, 48 p. 162. OMZ 11.02.1939. T 10.02.1939. LW 25.01.1940 163. OMZ 4.04.1941 164. Die Ziehung der ersten Tranche der Loterie Nationale, in : T 11.10.1945 165. Coktail, in : T 6.10.1921 166. Cercle luxembourgeois d’amateurs photographes, Exposition historique et documentaire de la Ville de Luxembourg, août-septembre 1912, catalogue, Luxembourg, Imprimerie de la Cour Victor Bück, 1912 . LW 22.08.1912, 26.08.1912, 20.09.1912. OMZ 14.08.1912 167. CAL, Exposition d’Art Lorraine Luxembourg, Palais municipal, Luxembourg, 22.09.-20.10 1921, catalogue, 36 p. 168. CAL, Exposition du Cercle artistique 1922, salle des fêtes du palais municipal, place d’Armes, catalogue d’exposition, Imprimerie Victor Buck, Luxembourg, 1922, 16 p. 169. Palais municipal de Luxembourg, Salon de la Sécession du 29 juin au 15 juillet 1929, catalogue d’exposition, Imprimerie Bourg-Bourger, 1929 170. T 25.01.1930 171. http://www.luxemburgensia.bnl.lu/ cgi/luxonline1_2.pl?action=fv&sid=azil lust&year=1937&issue=16& page=6&zoom=3 172. T 7.07.1931 173. Exposition Jeune France, salle des fêtes du Palais municipal, Uccle Bruxelles, Imprimerie Van Dijk, 1936 174. La peinture française contemporaine, de Manet à nos jours sous le patronage des gouvernements français et luxem bourgeois, Palais municipal Luxembourg du 10 au 25 avril 1937, catalogue, Luxembourg, Imprimerie V. Bück, 1937

175. Armand Logelin-Simon, Die Zeit zwischen den Weltkriegen. I. Volksbil dungsvereine in der Klemme, in : Galerie, 6/1988, no 5, pp. 533-544. Guy May, Manet Van Gogh, Cézanne, Renoir Matisse Picasso & Co, in : Ons Stad 93/1993, pp. 41-43 176. La peinture française contemporaine, op. cit. 177. LW 1.10.1910 178. Photo-Club Luxembourgeois, Exposition Photographie, 8-18.08.1935, 16 p. 179. Union photographique Luxembourg, Exposition 1933, Luxembourg, Imprimerie Linden & Hansen, 1933, 16 p. 180. T 2.12.1936 181. Camera Luxembourg, IVe Salon international de la photographie, Luxembourg, septembre 1950, catalogue, Luxembourg, Imprimerie St.-Paul, 36 p. 182. Exposition internationale de timbres poste organisée par l’Union timbrophile de Luxembourg du 27 au 31 août 1922 au Grand Palais municipal à Luxembourg, guide-catalogue général, Luxembourg Imprimerie V. Buck, 1922, p. 61 et 31. LW 11.04.1922 183. Fédération des Sociétés philatéliques du Grand-Duché de Luxembourg, 1er Exposition fédérale de Timbres-poste à caractère international Sophilefé du 26 août au 2 septembre 1936, guide catalogue général, Luxembourg, Imprimerie V. Buck,, 1936, p. 62. T 25.05.1936 et 06.08.1936 184. Exposition maximaphile, op cit. 185. Joseph Kohnen, Munkácsy und Luxemburg, Luxembourg, Imprimerie Saint-Paul, 1984, p. 83 et ss. 186. Robert L. Philippart, Cercle und Cité : ein neues kulturelles Zentrum in : Ons Stad, 96/2011 187. Jules Mersch, Madame de Munkacsy,


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in : Biographie nationale, Luxembourg, 1954, p. 460 188. Joseph Kohnen, ibid., p. 68 et ss. 189. Joseph Kohnen, ibid., p. 43 et ss. 190. LW 23.04.1930, 31.08.1931, 27.08.1932, 191. Association Radio-Luxembourg, IIIe Expositiion internationale de T.S.F. et des industries annexes et exposition nationale des amateurs-bricoleurs, du 4 au 11 septembre 1932, Luxembourg, p. 32 192. OMZ 31.08.1937. LW 26.08.1937, 30.08.1937, 14.04.1938 193. LW 15.03.1932, 28.03.1932 194. T 26.04.1938 195. T 26.04.1938 196. T 5.08.1939 197. Pierre Back, La Boxe au Grand-Duché de Luxembourg, 1998, Luxembourg, Imprimerie Schlimé, p. 33-34 198. Boxmeeting in Luxemburg, in : T 19.11.1945. Internationales Boxmeeting, in : LW 14.11.1945 199. G. Schiltz ringt De Ridder eine Unentschieden ab, in : T 21.01.1946 200. OMZ 23.01.1937 201. LW 26.01.1937, OMZ 29.01.1937 202. Gilbert Trausch, Le Luxembourg à l’époque contemporaine, T IV, Editions Bourg-Bourger, Luxembourg, 1981, p. 17 203. LW 21.04.1939 204. OMZ 17.07.1939 205. T 35.05.1939. OMZ 24.05.1939. A-Z, 24 1939, p. 2-6 206. Exposition nationale du livre et de la presse, Luxembourg, Palais municipal, 15-30.06.1939, catalogue, Luxembourg Imprimerie Luja-Beffort, 24p. T 4.03.1939 et 11.03.1939 207. LW 30.06.1939 208. E.F.,Rückblick auf die Presse, in : T 24.06.1924 209. LW 10.12.1990 210. LW 3.04.1914 211. LW, 22.04.1914 212. Concert offert par la Ville de Luxembourg à LL.MM. le Roi et la Reine

des Belges, 19.04.1930, programme, Imprimerie Victor Buck, Luxembourg 213. Le Prince-Régent d’Ethiopie à Luxem bourg, in : L’Indépendance luxembourgeoise, 24 et 25 mai 1924 214. T 26.05.1924 215. Service Information et Presse, bulletin de documentation 8/1976 216. Ibid. 217. ANLux ICO-3-2-53, programme de la visite d’État de sa Majesté la Reine de Danemark 218. LW 15.01.1992 219. LW 20.10.1931 220. T 1.04.1947 221. LW 20.01.1928 222. LW 12.12.1929 223. T 28.05.1945 224. T 8.06.1945 225. T 9.12.1948 226. LW 3.02.1947 227. T 1.03.1948 228. Ben Fayot, Willy Brandt im Cercle, in : Ons Stad 96/2011 229. LW 7.09.1923 230. T 14.09.1932 231. LW 4.10.1926 232. T 10.08.1921 233. Katholischer Pazifismus, in : LW 9.09.1925 234. T 23.07.1946 235. T 14.10.1946, 16.10.1946 236. Bureau international de la Paix, XXIe Congrès universel de la Paix, Luxembourg, 10-13.août 1921, Bulletin officiel, Dole, Imprimerie Charles Vuillaume, 56 p. 237. LW 17.12.1915. LW 10.10.1916 238. OMZ 18.09.1917 239. LW 19200706. LW 23.01.1923 240. LW 15.11.1915 241. LW 28.11.1919 242. LW 25.08.1925 243. LW 27.04.1927 244. Die Organisierung des kommunalen Luftschutzes in der Stadt Luxemburg,

LW 9.08.1939 245. LW 30.03.1939 246. LW 19.06.1940 247. LW 14.08.1940 248. LW 5.06.1940 249. LW 25.01.1945 250. Guy May, Le Cercle un haut-lieu de la vie musicale, in : Ons Stad, 96/2001, p. 14-19 251. Paul Dostert, Der Cercle während der deutschen Besetzung 1940-1944, in: Ons Stad 96/2011, p. 41-47 252. LW 10.09.1944, 11.09.1944 253. Accueil des rapatriés au Cercle municipal, Bulletin d’Information, 4/1945 C.R. 254. LW 14.06.1945 255. LW 21.06.1946 256. T 30.07.1945 257. T 24.02.1945 258. T 27.07.1945 259. OMZ 27.11.1945 260. T 29.08.1946 261. OMZ 18.09.1945 262. LW 3.09.1945. LW 10.08.1945 263. LW 26.09.1945 264. T 11.03.1946. OMZ 9.03.1946. LW 11.03.1946 265. Bulletin d’information, 4/30 avril 1946, p. 12-13. OMZ 10.04.1946 266. T 12.04.1945 267. Zum Kongreß des « Letzebuerger Arbechter-Verband », in : T 23.05.1945 268. LW 28.07.1948 269. LW 17.09.1945 270. Gilbert Trausch, Comment la CECA a choisi le Luxembourg, in : La Ville de Luxembourg, 1994, p. 374-385. Jean Monnet, Mémoires, Paris Fayot, 1976, p. 432-434 271. www.ena.lu 272. Archives VdL, LU 32.2-724 273. Service Information Presse, bulletin 6/1957 274. Propos de Pit Rikje, ancien


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292. ANLux, BW-AK-017-4057, Abreißkalender 28.09.1929 293. Archives VdL, LU11 IV/4, no 1011 294. Michel Hemmer, Rétrospective, in : Orphéon municipal, 35e anniversaire, p. 8-13. 295. OMZ 21.12.1939. T 28.12.1939 296. Orphéon municipal de la Ville de Luxembourg, Grand Concert de Gala samedi 12.01.1952, 297. Jacques Maas, Les Associations pour l’Éducation Populaire (1908-1918), in. Galerie, no 4 1988, pp. 505-513 298. Bücherverzeichnis der Bibliothek des Volksbildungsvereins Luxemburg, Hofbuchdruckerei V. Bück, Luxembourg, 1909, 29 p. 299. Pour devenir membre d’honneur, il faut soit payer une cotisation annuelle de 20 Marks, soit une cotisation unique de 200 Marks. 300. Evamaria Bange, Erkenntnisse zur Entwicklung des kommunalen Bibliothekswesen, in: Ons Stad, No 89/ 2008, pp. 48-52 301. Fayot, toute la vie pour apprendre, pp. 134 et ss. Armand Logelin-Simon, II Das Streben der Volksbildungsvereine im Zeitraffer, pp. 543 et ss 302. Archives VdL, LU11 IV/4, no 1011 303. Ben Fayot, idem, p. 255 304. Confère le chapitre : Un démarrage difficile page 37 305. Archives VdL, Reglement betreffend die mietweise Ueberlassung der Festsäle im städtischen Cercle, 21.05.1010 306. ANLux, BW-AK-017-4057, Abreißkalender 28.09.1929 307. Gemeinderatsitzung Großluxem burg Mittwoch den 29. April 1936, in : T 30.04.1936 308. Gaston Holzmacher, Exposition maximaphile, Luxembourg, 23.07.1981 309. Ibid. 310. Archives VdL, LU11 IV/14, no 1011 et LUIV/D, no 1011

311. Archives VdL, LU11 IV/4, no 1011 312. Archives VdL, LU11 IV/4 no 931 313. Jules Mersch, Madame de Munkácsy, in : Biographie nationale, Luxembourg, 1954, p. 480 Joseph Kohnen, Munkácsy und Luxemburg, 2008, p. 103. 314. Elisabeth Vermast, Der Cercle Ein Stück Stadtgeschichte, in : ons stadt, No 37/1991 315. Rapport analytique du conseil communal de la Ville de Luxembourg N1/1999, séance du 8.02.1997 316. Paul Lesch, D’Stater Kinoen, Eine Kinogeschichte der Stadt Luxemburg, 2003, Editions Guy Binsfeld, Luxembourg, Ciné Cité pp. 222 -240 317. Le Cercle-Cité, Luxembourg, Luxembourg, Imprimerie Centrale, 2011 318. Eine Provokation, in : LW 28.03.1933 319. Henri Koch-Kent, Vu et entendu, souvenirs d’une époque controversée 1912-1940, Luxembourg, Imprimerie Hermann, 1983, p. 107-109


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Après cinq années de travaux, le Cercle se présente de nouveau dans toute sa splendeur, prêt à accueillir les grands événements, bals, concerts, réceptions, mariages et visites d’État pour les années à venir.


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Cercle Luxembourg |1909 - 2010  

Cercle Cité, 2016 Tirage : 1000 exemplaires Graphisme : Studio Polenta N° ISBN : 978-99959-911-8-0

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