Bijoux d'artistes, de Picasso à Koons. La collection idéale de Diane Venet

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Kapoor Anish

Two Sided Ring 2005

Léger Fernand

Sans titre 1950 s

Man Ray

Le Trou 1970

Morellet François

Trames 1971

Nevelson Louise

Sans titre 1985-1986

OR

King Phillip

Liaisons amoureuses 2017

Lévêque Claude

Venin 2014

Man Ray

Sans titre 1970

Morellet François

D’après réflexion 2012

Noble Tim Webster Sue

Fucking Beautiful 2004

Pal Mi

Koons Jeff

Rabbit Necklace 2005-2009

Lichtenstein Roy

Modern Head 1968

Martin Jason

Sans titre 2014

Mori Mariko

Planets Earrings 2013

Oka Donner Michele

Thalasa’s Reef 2011

Pao Giu

Kounellis Jannis

Sans titre (Labbra) 2012

Lipchitz Jacques

Jerusalem 1970

Mathieu Georges

Hommage à Odoacre 1959

Myers Forrest

Wire Bracelet 2008

Ono Yoko

Imagine Peace 2004

Pen Giu

Kusama Yayoi

Sans titre 1962 (circa)

Man Ray

Optic Topic 1974

Matta Roberto

Totem, Séville 1990 s

Nahon Brigitte

Diane 2008

Oppenheim Meret

Tête de poète 1967

Per Gr

Le Parc Julio

M-5-R 2010

Man Ray

Hommage 1973

Melotti Fausto

Moon 1971

Nesbitt Lowell

Lily 1972

Oppenheim Meret

Clip tournant 2003

Pic Pab

CERCLE CITÉ LUXEMBOURG


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CERCLE CITÉ LUXEMBOURG


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CETTE PUBLICATION ACCOMPAGNE L’EXPOSITION « BIJOUX D’ARTISTES, DE PICASSO À KOONS. LA COLLECTION IDÉALE DE DIANE VENET » PRÉSENTÉE AU CERCLE CITÉ DU 23 OCTOBRE 2021 AU 23 JANVIER 2022. THIS PUBLICATION ACCOMPANIES THE EXHIBITION ‘ARTISTS’ JEWELLERY, FROM PICASSO TO KOONS: THE IDEAL COLLECTION OF DIANE VENET’ PRESENTED AT CERCLE CITÉ FROM 23 OCTOBER 2021 TO 23 JANUARY 2022.


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Je dédie cette exposition à Giancarlo Montebello, mon ami, notre ami à nous tous qui défendons avec passion le bijou d’artiste. Pendant 10 ans, de 1967 à 1976, sous l’appellation GEM, il a édité les bijoux des plus grands peintres ou sculpteurs internationaux, des frères Pomodoro à Sonia Delaunay, Lucio Fontana, Man Ray, Niki de Saint Phalle, Jesús Rafael Soto, Pol Bury, César et tant d’autres. Il m’a soutenue tout au long de mes expositions et son enseignement, son analyse, son sens critique, son immense connaissance, tant comme artiste lui-même que comme « traducteur » des souhaits des plus fameux, demeurent, avec ma reconnaissance, dans ma mémoire, fidèlement.

I dedicate this exhibition to Giancarlo Montebello, my friend, and a friend to all of us who are passionate about artists’ jewellery. For ten years, from 1967 to 1976, operating under the name GEM, he edited the jewels of the most renowned painters and sculptors worldwide, from the Pomodoro brothers to Sonia Delaunay, Lucio Fontana, Man Ray, Niki de Saint Phalle, Jesús Rafael Soto, Pol Bury, César and so many others. He supported me in all my exhibitions, and his teaching, his analysis, his critical sense and his tremendous knowledge, both as an artist himself and as ‘translator’ of the most famous of his colleagues, remain forever faithful in my memory, with my deepest gratitude.

Diane Venet


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Pablo Picasso

Visage aux taches 1972 Photo: Sherry Griffin

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Diamètre : 5 cm

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Jeff Koons

Rabbit Necklace 2005-2009 Photo: Sherry Griffin

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7.5 cm

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César

Compression 1960 Photo: Damian Noszkowicz

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150 % de la taille réelle 8 x 6 x 0.5 cm

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PRÉFACE Lydie Polfer Bourgmestre de la Ville de Luxembourg Présidente du comité de gérance du Cercle Cité

Selon la définition du Petit Robert, un bijou est « un petit objet ouvragé, précieux par la matière ou par le travail et servant à la parure ». Depuis plus de trente ans, Diane Venet collectionne des bijoux qui ont encore une autre caractéristique, à savoir qu’ils ont été pensés et créés par les plus grands artistes de notre temps. La collection idéale de Diane Venet est un extraordinaire musée miniature qui a été accueilli par les institutions d’art moderne et contemporain les plus prestigieuses du monde. La Ville de Luxembourg est fière d’accueillir cette extraordinaire collection dans ce véritable écrin qu’est le Cercle Cité. Depuis sa réouverture il y a de cela bientôt dix ans, le Cercle Cité a accueilli de prestigieuses expositions, dont celles dédiées à Jean Cocteau et à Pablo Picasso, deux créateurs de génie qui font partie de cette formidable collection, tout autant que d’autres artistes mondialement connus dont les œuvres ornent l’espace public de notre ville, à l’image de Niki de Saint Phalle, Frank Stella et Bernar Venet, l’époux de Diane. L’exposition au Ratskeller est une occasion unique pour admirer des œuvres qui révèlent un côté inattendu d’artistes dont on croyait tout connaître – c’est un véritable voyage dans l’histoire de l’art moderne et contemporain qui attend le visiteur. En outre, l’on pourra y entrevoir le travail de conception et de création de ces objets très personnels, qui reflètent le processus créatif de l’artiste associé au savoir-faire de l’orfèvre. Le duo d’artistes Martine Feipel et Jean Bechameil a d’ailleurs relevé le défi et créé une bague qui fera partie de la collection de Diane Venet et que le public luxembourgeois sera le premier à découvrir. Je tiens à exprimer nos très sincères remerciements à Diane Venet pour nous avoir fait l’honneur de nous confier une partie de son étonnante collection le temps de cette exposition et de nous faire participer ainsi à sa passion de collectionneuse. Il me tient également à cœur de remercier l’Agence luxembourgeoise d’action culturelle et Anouk Wies et toute l’équipe du Cercle Cité, de même que Bernard Ceysson et les auteurs de la présente publication pour leur contribution à cette exposition. Je suis convaincue que la collection de Diane Venet attirera de nombreux visiteurs – je leur souhaite à toutes et à tous une visite pleine de découvertes et d’émerveillement.

Lydie Polfer Mayor of the City of Luxembourg President of the Cercle Cité Steering Committee

According to Merriam Webster’s dictionary, a jewel is “an ornament of precious metal often set with stones or decorated with enamel and worn as an accessory of dress”. For over thirty years, Diane Venet has been collecting jewels that share yet another characteristic, namely, they have been designed and created by the greatest artists of our time. Diane Venet’s ideal collection is an extraordinary miniature museum, which has in turn been hosted by some of the most prestigious modern and contemporary art institutions around the world. The City of Luxembourg is proud to welcome this extraordinary collection in the dainty setting of the Cercle Cité. Since its relaunch nearly a decade ago, the Cercle Cité has hosted a number of prestigious exhibitions, including solo shows dedicated to Jean Cocteau and Pablo Picasso, two creative geniuses who also feature in this formidable collection, alongside other world-famous artists whose works adorn the public spaces of our city, such as Niki de Saint Phalle, Frank Stella and Bernar Venet, Diane’s husband. The exhibition in the Ratskeller represents a unique opportunity to admire works of art that reveal an unexpected facet of artists we thought had

no more secrets for us – an eye-opening journey through the history of modern and contemporary art indeed awaits visitors. They will furthermore get a glimpse of the design and production processes behind these highly personal objects, which combine the artist’s creative mind with the goldsmith’s technical skills. Inspired by this cooperative relationship, the Luxembourgish artist duo Martine Feipel and Jean Bechameil took up the challenge and created a ring that will become part of Diane Venet’s collection, and that local audiences will be the first to discover. I would like to express our sincere thanks to Diane Venet for entrusting us with part of her stunning collection for the duration of this exhibition and thus sharing her passion as a collector with us. I would also like to thank the Agence luxembourgeoise d’action culturelle and Anouk Wies, as well as the whole Cercle Cité team, Bernard Ceysson, and the authors of this publication for their contribution to the exhibition. I have no doubt that Diane Venet’s collection will attract many visitors – I wish them all an amazing visit full of discoveries.


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INTRODUCTION Anouk Wies

Il y a une trentaine d’années, l’artiste Bernar Venet enroulait une fine baguette d’argent autour du doigt de celle qui allait devenir sa femme… C’est ce geste émouvant et spontané qui marquera à jamais Diane Venet et fera naître chez elle une passion pour la collection de bijoux d’artistes, rares et riches en charge symbolique. Cette impressionnante collection de petits objets d’art a séduit le public dans plusieurs musées à travers le monde et c’est au tour de la Ville de Luxembourg d’accueillir une sélection de pièces d’une centaine d’artistes internationaux dans une nouvelle exposition conçue par l’équipe du Cercle Cité, sous le commissariat de Diane Venet. Le Cercle Cité propose ainsi un parcours chronologique et thématique dans une scénographie spécialement élaborée pour les œuvres miniatures créées par des artistes phares de l’avant-garde (Georges Braque, les frères Pomodoro, Alexander Calder), du surréalisme (Hans Arp, Salvador Dalí, Man Ray), du Pop Art (Roy Lichtenstein, Robert Indiana), du minimalisme (Frank Stella, Lucio Fontana) et de l’art contemporain (Kader Attia, ORLAN ou encore Anish Kapoor). Après avoir eu le privilège d’exposer de grandes œuvres de collections privées par le passé – on pense en particulier à Pablo Picasso et Jean Cocteau qui ont marqué les esprits avec, respectivement, leurs œuvres céramiques et leurs œuvres graphiques – le Cercle Cité donne à voir cette fois au public luxembourgeois la diversité de la création d’œuvres-parures, exercice souvent méconnu auquel se sont également prêtés des artistes tels que Max Ernst et Frank Stella dont plusieurs sculptures rythment le parcours et illustrent l’idée du bijou comme prolongement de l’œuvre originale. Pour un plasticien, le bijou n’est pas un support naturel d’expression ; les petites dimensions et le poids obligent à travailler de manière différente. À l’exception d’Alexander Calder, pour qui le bijou est un medium à part entière, pour la plupart des artistes, réaliser une œuvre portable représente un défi, avec toutes les contraintes que cela comporte, car il ne s’agit pas d’une simple réduction en taille. La force du bijou réside clairement dans son lien au corps. Il prend en effet tout son sens lorsqu’il est porté, exhibé. Les pièces de Pol Bury et Julio Le Parc, par exemple, « s’animent » avec le mouvement de la personne

Anouk Wies

Thirty years ago, the artist Bernar Venet wrapped a thin rod of silver around the finger of the woman who would become his wife… It was this touching, spontaneous gesture that would forever mark Diane Venet and instil in her a passion for the collection of artists’ jewellery, rare and rich in symbolic power. This impressive collection of small works of art has seduced audiences in several museums around the world, and it is now the turn of the City of Luxembourg to welcome a selection of pieces from one hundred international artists in a new exhibition conceived by the team of the Cercle Cité team and curated by Diane Venet. The exhibition at Cercle Cité takes visitors on a chronological and thematic journey through a display specifically designed to accommodate these miniature works created by leading avant-garde artists (Georges Braque, the Pomodoro brothers, Alexander Calder), Surrealists (Hans Arp, Salvador Dalí, Man Ray), Pop artists (Roy Lichtenstein, Robert Indiana), Minimalists (Frank Stella, Lucio Fontana) and contemporary artists (Kader Attia, ORLAN, Anish Kapoor)

Having in the past enjoyed the privilege of exhibiting great works from private collections – I am thinking in particular of Pablo Picasso and Jean Cocteau whose ceramic works and drawings, respectively, left a lasting impression on visitors – the Cercle Cité now lets the Luxembourgish public appreciate the incredible diversity of artists’ jewellery, an often overlooked genre that also attracted the interest of the likes of Max Ernst and Frank Stella whose sculptures punctuate the exhibition and illustrate the idea of the jewel as an extension of an artist’s body of work. For visual artists, jewellery is by no means a natural means of expression, as its minute dimensions and weight call for a different kind of approach. With the exception of Alexander Calder, for whom jewellery was a medium in its own right, most artists would consider creating a wearable work of art a genuine challenge that comes with numerous constraints other than a mere reduction in size. Jewellery draws its power from its connection to the body. It takes on its full meaning when worn, when put on public display. The pieces by Pol Bury and Julio Le Parc, for instance, “come alive” through the wearer’s movements. Unlike “classic” works of art,


13 qui les porte. Contrairement aux œuvres d’art « classiques », le bijou d’artiste est « activé » au contact du corps humain. Il sollicite la participation de son destinataire qui, à son tour, gagne en éclat aux yeux de son interlocuteur, attiré et intrigué. À l’exemple de Peggy Guggenheim, grande mécène qui arborait des créations exubérantes lors de ses soirées, le bijou témoigne à la fois de l’indépendance et du sens esthétique du porteur. Pour Diane Venet, le bijou doit en effet dégager une émotion : « Je ne porte pas de bijoux, je porte de l’Art ! » Que ce soit une pièce unique ou des petites éditions, que le matériau soit noble ou pauvre (parfois de la récupération), les hiérarchies sont abolies – sous le regard de la collectionneuse passionnée qui « les aime tous » et pour qui l’histoire et surtout la rencontre comptent. La valeur ne réside pas dans le côté précieux d’une pierre ou d’un métal, mais dans le travail de réalisation, dans le geste intime ainsi que dans la notoriété de l’artiste. L’artiste en tant que joaillier explore les frontières entre l’art, le design et l’artisanat. La rencontre d’orfèvres, de leur savoir-faire et des techniques, joue un rôle déterminant dès les années 1950. Diane Venet sera d’ailleurs fortement marquée et encouragée par sa rencontre avec l’éditeur milanais GianCarlo Montebello, beau-frère de Giò et Arnaldo Pomodoro. Connu pour sa qualité de fabrication et ayant collaboré entre autres avec Lucio Fontana, Niki de Saint Phalle, Man Ray, Jesús Rafael Soto et Meret Oppenheim, Montebello a œuvré inconditionnellement pour la reconnaissance du bijou d’artiste. Le visiteur de l’exposition pourra en apprendre plus sur sa démarche ou encore sur celle de quelques artistes à travers des entretiens filmés. Dans la petite salle du Ratskeller, le processus de création d’un bijou est présenté au travers de la bague élaborée spécialement pour cette exposition par le duo d’artistes franco-luxembourgeois Martine Feipel & Jean Bechameil. Le premier bijou des représentants du Luxembourg à la 54e Biennale de Venise, dans un style moderniste accompagnant le langage plastique de leurs travaux les plus récents, intègre ainsi la collection prestigieuse de Diane Venet. Dans ce musée miniature, la création relève souvent du geste vers l’autre, de l’intention d’offrir à une personne chère, ce qui ajoute une certaine intimité et poésie. L’exposition au Cercle Cité rend hommage à la créativité des artistes et invite le visiteur à se connecter à sa propre sensibilité, ainsi qu’à celle de l’artiste dont le regard – parfois critique, parfois ludique – et le travail ingénieux nous accompagnent en toutes circonstances et continueront, encore, à apporter une part de rêve dans notre quotidien. artists’ jewellery is ‘activated’ when put in contact with the human body. They call for the recipient’s participation who, in turn, shines brighter in the eyes of the simultaneously attracted and intrigued beholder. As with the exuberant Peggy Guggenheim, a great patron of the arts who was known for wearing extraordinary jewellery at her parties, jewels bear witness to the wearer’s sense of independence and aesthetic alike. For Diane Venet, jewellery must indeed convey emotion: ‘I don’t wear jewellery; I wear Art!’ Whether it is a unique piece or a small edition, whether the material is precious or poor (sometimes even salvaged) does not really matter for this passionate collector who ‘loves them all’ and who is attentive to the history and, even more so, to the personal encounter with each of these objects. Their value does not reside in the precious nature of a given stone or a metal, but in the realisation, the intimate gesture and the notoriety of the artist. The artist as a jewellery maker explores the boundaries between art, design and craftsmanship, and the encounter with goldsmiths, with their know-how and techniques, has played a key role since the 1950s. Diane Venet has also been deeply marked and encouraged by her meeting with the Milanese jeweller GianCarlo Montebello, brother-in-law of Giò and Arnaldo Pomodoro. Known for his high stand-

ards, Montebello has collaborated with numerous artists including Lucio Fontana, Niki de Saint Phalle, Man Ray, Jesús Rafael Soto and Meret Oppenheim, working relentlessly for the recognition of artists’ jewellery. Through a series of filmed interviews, visitors of the exhibition will be able to learn more about his approach as well as that of various artists. The smaller Ratskeller space spotlights the ring developed especially for this exhibition by the Franco-Luxembourgish artist duo Martine Feipel & Jean Bechameil in order to detail the work process that leads to a jewel, from sketch to production. The first jewel made by the two artists, who represented Luxembourg at the 54th Venice Biennale, is in keeping with the modernist-inspired visual vocabulary of their most recent works and will enter the prestigious collection of Diane Venet. In this miniature museum, creation often results from gesture towards the other, from an intention to gift a loved one, adding a touch of intimacy and poetry. The exhibition at the Cercle Cité pays tribute to the creativity of artists, inviting visitors to connect with their own sensitivity as well as with that of the artists, whose perspective – at times critical, at others playful – and ingenious work accompany us in all circumstances and will continue, again and again, to introduce an element of dream into our daily lives.


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Louise Bourgeois

Barre de métal 1998 Photo: Gregory Favre

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50 % de la taille réelle 17.5 x 18 cm

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Man Ray

Pendentif-Pendant 1970 Photo: Philippe Gontier

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Longueur : 14 cm Diamètre : 2.5 cm

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DIANE VENET

Diane Venet

8 Arcs in Disorder Bernar Venet Photo: Yann Delacour


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Issue d’une famille de collectionneurs, Diane Venet baigne dans le monde de l’art dès son plus jeune âge. (Son père, Jacques Segard, assure par ailleurs la présidence de la Société des Amis du Musée d’art moderne de Paris pendant plusieurs années.) De 1967 à 1976, elle est journaliste à la radio et à la télévision, où elle co-présente entre autres l’émission culturelle hebdomadaire « Samedi Soir ». Elle épouse alors un diplomate français, avec qui elle a deux filles, Esther et Bérénice. Esther fondera la Galerie MiniMasterpiece à Paris, où elle produit et expose des bijoux d’artistes, alors que Bérénice travaille dans la communication et le luxe. À la fin des années 1980, Diane s’installe à New York avec son deuxième mari, le sculpteur Bernar Venet, qu’elle assiste dans l’organisation de ses expositions à travers le monde. En tant que collectionneuse férue d’art et de bijoux d’artistes, elle organise en 2008 l’exposition Bijoux Sculptures à La Piscine – Musée d’Art et d’Industrie André Diligent à Roubaix, pour laquelle elle emprunte de nombreuses œuvres et passe commande de pièces inédites à plusieurs sculpteurs et peintres majeurs du XIXe siècle. L’exposition compte 170 œuvres de 75 artistes provenant de 35 collections privées et est accompagnée d’un ouvrage publié par Gallimard, avec des introductions de Venet et d’autres critiques d’art renommés. Accueillant plus de 30 000 visiteurs, elle est unanimement saluée par la presse française et européenne. Le succès de cette première expérience donnera lieu à une série d’expositions itinérantes rebaptisées Picasso to Jeff Koons: The Artist as Jeweler et présentées au Museum of Arts and Design à New York en 2011 et au Benaki Museum à Athènes en 2012, puis à l’IVAM à Valence, au Bass Museum à Miami, au Hangaram Design Museum à Seoul, au Palazzo Nani Mocenigo à Venise et au Musée National de Riga. La collection idéale de Diane Venet, une version agrémentée de prêts importants, est présentée au MAD, Musée des Arts Décoratifs, à Paris en 2018. Born into a family of collectors, Diane Venet was immersed in the art world from a very early age. (Her father Jacques Segard also acted as the President of the Friends of the Musée national d’art moderne in Paris for several years.) From 1967 to 1976, she worked as a radio and television journalist, among others co-hosting the weekly culture programme ‘Samedi Soir’ on French public TV. Her first husband was a French diplomat with whom she has two daughters, Esther and Bérénice. Esther founded Galerie MiniMasterpiece in Paris, where she produces and exhibits artists’ jewellery, while Bérénice works in communications and the luxury industry. In the late 1980s Diane moved to New York with her second husband, sculptor Bernar Venet, and assisted him in organising exhibitions throughout the world. A passionate collector of art as well as jewellery by artists, she organised the highly acclaimed exhibition Bijoux Sculptures at La Piscine – Musée d’Art et d’Industrie André Diligent in Roubaix in the spring of

2008, for which she secured major loans and commissioned several pieces from some of the most prominent sculptors and painters of the twentieth and twenty-first century. The exhibition included 170 works by 75 artists, loaned by 35 private collections, and was accompanied by a catalogue, published by Gallimard, with introductions by Venet and renowned art critics. The show attracted more than 30,000 visitors and received unequivocally positive reviews in specialist publications in France and beyond. The success in Roubaix led to expanded iterations of the exhibition, rebaptised From Picasso to Koons: The Artist as Jeweler, at the Museum of Arts and Design in New York in 2011 and the Benaki Museum in Athens in 2012, followed by IVAM in Valencia, Bass Museum in Miami, Hangaram Design Museum in Seoul, Palazzo Nani Mocenigo in Venice, and National Museum in Riga. La collection idéale de Diane Venet, an extended version of the show with important works on loan, was shown at MAD, Musée des Arts Décoratifs in Paris in 2018.


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ENTRETIEN AVEC DIANE VENET

Marie-Amélie zu Salm-Salm

Chère Diane, vous collectionnez les bijoux d’artistes depuis une trentaine d’années. Quelle était la première pièce qui a marqué le début de votre collection ?

En 1985, j’ai rencontré un jeune sculpteur qui s’appelait Bernar Venet, dans le sud de la France après un vernissage à la Fondation Maeght. Je suis très vite partie le rejoindre à New York. À notre premier anniversaire, il m’a offert une bague, non pas un diamant mais beaucoup mieux à mes yeux. Il a pris une barre d’argent qu’il a enroulée autour de mon doigt pour en faire une alliance. L’année suivante, il m’a donné deux « Inclusions » de son ami Arman, puis un bijou de son ami César – une « Compression » en or faite de mes bijoux d’enfant –, ensuite un très beau bracelet de Lucio Fontana. Ce fut comme une petite graine semée chez moi et qui a très vite poussé. Immédiatement convaincue de l’intérêt du sujet, j’ai commencé à chercher, à apprendre, à rencontrer des collectionneuses et à le devenir moi-même.

Qu’est-ce qui vous a tellement fascinée dans l’idée de collectionner des bijoux d’artistes ?

Le sujet m’a d’autant plus intéressée lorsque j’ai réalisé qu’on ne savait pas que de nombreux artistes depuis les années 1930 avaient réalisé des bijoux, des œuvres miniatures conçues pour un être aimé. Presque toujours confidentielles, ces réalisations étaient méconnues : Calder pour sa petite sœur, Picasso qui gravait déjà des galets pour Dora Maar, Giacometti pour son amie Elsa Schiaparelli, Sol LeWitt pour ses filles, Roberto Matta pour sa femme et tant d’autres ! Cet aspect intime m’a passionnée et les anecdotes que j’ai découvertes m’ont infiniment touchée.

Est-ce que la plupart des bijoux d’artistes ont été réalisés par des hommes pour des femmes ? Avezvous aussi des bijoux réalisés par des femmes ? Si oui, ont-ils été réalisés pour hommes ou pour femmes ? Voyez-vous une différence dans l’approche ?

Il y a beaucoup plus d’artistes hommes que d’artistes femmes dans l’histoire de l’art, c’est un fait. Mais dans ma collection, je compte plus d’une douzaine de femmes qui ont réalisé des bijoux : Lynda Benglis, Pierrette Bloch, Marisol, Leonor Fini, Jenny Holtzer, Meret Oppenheim, ORLAN, Kiki Smith, Sheila Concari ou Sofia Vari, pour n’en citer que quelques-unes. Niki de Saint Phalle a-t-elle fait des bijoux pour Tinguely ? Je ne pense pas, mais de nombreux bijoux peuvent être portés par des hommes ! C’est en voyant Bob Rauschenberg porter un bijou de sa création que j’ai eu l’idée de lui en demander un. Les artistes hommes ont souvent fait cadeau d’un bijou issu de leur imagination comme preuve d’amour à une femme à leurs côtés. Les femmes ont peut-être fait des bijoux pour l’amour du bijou…


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Quels sont pour vous les critères pour qu’un bijou entre dans votre collection ?

Mon respect et mon amour de l’artiste, de son art.

Je constate une grande diversité de bijoux dans votre collection. Il y a des bijoux d’artistes du début du XXe siècle que vous achetez, des bijoux offerts par vos amis artistes ainsi que des bijoux de jeunes artistes contemporains qui ont été créés spécialement pour votre collection.

Oui, tout à fait. L’approche peut être différente mais le choix reste toujours très subjectif. J’ai acheté au début ceux que j’appelle les grands maîtres en songeant peut-être intuitivement que je voulais une histoire de l’art à travers le bijou ! Quand j’expose la collection dans un musée, je respecte toujours une chronologie pour la plus simple compréhension du visiteur… Difficile de montrer un bijou de Man Ray ou de Giacometti à côté d’un bijou de Lawrence Weiner ou de Kusama.

Êtes-vous la seule à juger si un bijou entre ou non dans votre collection ? Est-ce que l’avis d’une autre personne compte pour vous ?

Non, c’est mon choix. J’en parle souvent à Bernar mais pas toujours ! J’accepte toutes les idées et les critiques car je pense qu’une collection, in fine, se doit d’être partagée et qui dit partage, dit discussion. Je reste toujours fidèle à mon idée initiale : ne rentrent dans la collection que des bijoux d’artistes plasticiens, peintres ou sculpteurs et d’artistes dont j’aime le travail.

Est-ce qu’au fil des années, vous avez pu observer que le fait de créer un bijou avait une répercussion sur l’œuvre d’un artiste ?

La question est très intéressante, mais non. Je constate que le challenge pour un artiste se pose en termes de changement d’échelle. Il ne suffit pas de faire en miniature ce qu’il réalise en « grand ». D’ailleurs, certains ne sont pas parvenus à trouver la bonne équation et puis de surcroît, qui pense bijou, pense « portabilité » et ceci aussi est une difficulté à surmonter. Mais songer à une répercussion, je ne pense pas.

Votre collection est très liée à vos choix personnels. En quelle mesure votre passion et votre engagement pour les bijoux d’artistes sont-ils directement liés à votre personnalité ?

On choisit ses amis, n’est-ce pas ? Je revendique mes choix tout à fait subjectifs ! Mes amis d’hier sont toujours ceux d’aujourd’hui. Je suis fidèle et je ne renie pas des choix antérieurs, même si mon goût a évolué au fil du temps.

Tout collectionneur a des critères qui lui sont propres. Il existe différents types de collectionneurs : le passionné, le chasseur, le spécialiste, le découvreur de talents, le mécène ou l’accumulateur. Lequel êtes-vous ?

Je suis un peu de tout cela. Passionnée et chasseresse, si heureuse quand je « tombe » sur un bijou dont je rêvais. J’ai pu acquérir récemment les fameuses boucles d’oreilles de Man Ray portées par Catherine Deneuve ! Spécialiste, non, en ce sens qu’il me reste tant à apprendre. Découvreuse de talent, peut-être, lorsque j’insiste auprès d’un artiste, convaincue avant lui parfois ! Accumulateur, un peu sûrement, car je ne vends ni n’échange rien.


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Pour quelle raison Frank Stella a-t-il d’abord refusé de faire un bijou ?

Il disait qu’il n’avait pas le temps, qu’il faisait des « grandes choses ». « Ce n’est pas mon truc, Bernar, non », répétait-il – jusqu’au jour où, par amitié, il a cédé. Nous dînions chez lui et Bernar l’a « piqué » : « C’est dommage que tu ne fasses pas un bijou pour Diane. John Chamberlain vient de lui en faire un... » – « Ah ! John a fait un bijou ? ». Il s’est retourné et a ouvert un tiroir d’où il a sorti, mal emballé dans un vieux journal, ce collier fantastique : « C’est un cadeau pour Diane ! ».

Quelle est votre pièce préférée de la collection ?

Les bijoux que Bernar m’a donnés au fil du temps. J’ai des broches, des bracelets, des pendentifs correspondant à chaque fois à de nouvelles créations dans le contexte de son travail, mais je les aime tous, mes bijoux d’artistes, car je les ai cherchés, découverts, achetés ou ils m’ont été donnés ! Ils sont le musée intime que je peux emporter avec moi. Ils me rappellent tous l’histoire de notre rencontre.

Y a-t-il une pièce que vous aspirez encore à avoir ?

J’aurais adoré avoir un bijou de Brancusi. À ma connaissance, il n’en a pas fait mais j’imagine ce que cela aurait pu être… Des boucles d’oreilles de Tanguy, comme celles que portait Peggy Guggenheim à Venise, un bijou de Malevitch, ou de Moore ! J’aimerais approcher Anselm Kiefer (mais je sais que pour le moment ça ne l’intéresse pas). Ce n’est pas l’envie qui me manque !

Est-ce qu’au fil des années l’accent de votre collection s’est modifié ?

J’ai un peu ralenti. Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de travailler avec de jeunes artistes directement. J’ai travaillé récemment avec Pablo Reinoso, Faust Cardinali… Je réfléchis à collaborer avec Laurent Grasso. C’est passionnant.

Pourriez-vous nous parler du bijou de Dalí ?

J’ai aimé, puis acheté ce bijou de Dalí surréaliste et plein d’humour : une petite cuillère à porter en broche. Son manche est un peigne et la cuillère à proprement dit est une montre. Pas de pierres précieuses – ce n’est pas du tout ce que je privilégie. Claude Viallat, par exemple, m’a offert un collier sensible et merveilleux fait en corde peinte en jaune !

Cela rappelle la période Supports / Surfaces de Viallat. Ce n’est pas simplement une sculpture en miniature. C’est encore un autre degré de réflexion. C’est penser le bijou à partir de son expérience d’artiste.

Absolument, et puis sentir la main de l’artiste est très émouvant. Le matériau pauvre me plaît tout autant que le matériau riche. Les grands maîtres ont fait réaliser des bijoux en or. C’était ainsi que travaillaient Picasso, Max Ernst et Man Ray avec François Hugo à Aix-en-Provence, mais depuis, les artistes s’autorisent aussi beaucoup de matériaux différents et ça me va très bien.


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Arman

Inclusion 1972 Photo: Courtesy Didier Antiques Ltd, London

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5.1 x 4.5 x 1 cm

Est-ce que la portabilité d’un bijou compte pour vous ?

Ces bijoux sont conçus pour être portés, même si certains sont éphémères ou très délicats, ou même très lourds ou importants ! Je les porte tous. Lorsque j’en choisis un dans ma collection pour une occasion particulière, je suis toujours extrêmement sensible à la relation d’intimité que j’établis avec l’artiste dont je me fais un peu le porte-flambeau. En portant son bijou, je disparais, je l’offre au regard des autres…

Y a-t-il encore quelque chose qui vous tienne à cœur et que nous n’aurions pas évoqué ?

Ce qui me tient à cœur, c’est ce que je propose, à savoir un regard nouveau sur la création de certains des plus grands artistes depuis le début du XXe siècle jusqu’à ce jour, parce que ces mini-sculptures racontent une autre histoire de l’art faite d’exclusivité et de passion.

Propos recueillis à Luxembourg.


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INTERWIEW WITH DIANE VENET

Marie-Amélie zu Salm-Salm

Dear Diane, you have been collecting artists’ jewellery for over thirty years. What was the first piece that marked the start of your collection?

In 1985, I met a young sculptor called Bernar Venet in the south of France, after an opening at the Fondation Maeght. Very soon afterwards I joined him in New York. On our first anniversary he gave me a ring – not a diamond but something much better, in my view. He took a little silver rod and wrapped it around my finger as an engagement ring. The following year he gave me two “Inclusions” by his friend Arman, then a piece of jewellery by his friend César – a gold “Compression” made from my childhood jewellery – and then a very beautiful bracelet by Lucio Fontana. It was as if he had sown a small seed in me, which grew very quickly. I was immediately convinced that the subject was worthy of interest and so I began to search, to learn, to meet collectors and to become one myself.

What has fascinated you so much about collecting artists’ jewellery?

I got even more interested when I realised that people didn’t know that so many artists since the 1930s had at some point made jewels, miniature works designed for someone they loved. These works were almost always confidential and therefore little-known to the public: Calder for his little sister, Picasso engraving pebbles for Dora Maar, Giacometti for his friend Elsa Schiaparelli, Sol LeWitt for his daughters, Roberto Matta for his wife, and many others! This intimate aspect captivated me, and the anecdotes I unearthed touched me immensely.

Were most artists’ jewels made by men for women? Do you also have jewels made by women? If so, are they destined for men or for women? Do you see a difference in the approach?

There are many more male artists than female artists in the history of art. That’s a fact. But in my collection, there are more than a dozen women who produced jewellery: Lynda Benglis, Pierrette Bloch, Marisol, Leonor Fini, Jenny Holtzer, Meret Oppenheim, ORLAN, Kiki Smith, Sheila Concari or Sofia Vari, to name but a few. Did Niki de Saint Phalle make jewels for Tinguely? I don’t think so, but many of the jewels can be worn by men! It was when I saw Bob Rauschenberg wearing a jewel of his own making that I had the idea to ask him for one! Male artists have often gifted self-designed jewels as a proof of love to the woman by their side. Maybe women made jewellery out of love for jewellery?


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ORLAN

Tête de fou 2010 Photo: Sherry Griffin

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8.5 x 10.5 x 3 cm

What would you say are the criteria for an item of jewellery to enter your collection?

My respect and love for the artist, for their art.

I notice a great diversity of jewels in your collection. There are jewels from the early twentieth century, jewels donated to you by artist friends and jewels by young contemporary artists that were created specifically for your collection.

Yes, that’s right. The approach might differ but the choice is always very subjective! Initially, I bought what I call the great masters, perhaps intuitively thinking that I wanted to tell art history through jewellery! When I exhibit the collection in museums, I always respect the chronology for better understanding… It’s difficult to show a jewel by Man Ray or Giacometti next to a jewel by Lawrence Weiner or Kusama!

Are you the sole judge when it comes to deciding whether or not a piece of jewellery enters your collection? Do other people’s opinions matter to you?

No, it’s my choice. I often talk to Bernar about it, but not always! I accept all kinds of ideas and criticisms because I believe that a collection, ultimately, should be shared, and sharing implies discussing! I always stay true to my initial idea: I only collect jewellery by visual artists – painters or sculptors – and by artists whose work I love!


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Over the years, have you been able to observe that, occasionally, creating a piece of jewellery had an impact on an artist’s work?

The question is very interesting, but no. I would say that the challenge for artists lies in the change of scale. They cannot simply make miniature versions of their ‘big’ work. Besides, some artists fail to find the right equation, and not least, jewels mean ‘wearability’, which is another issue to deal with. But as far as having an impact on their work, I don’t think so.

Your collection is very much a matter of personal choices. To what extent is your passion and commitment to artists’ jewellery directly linked to your personality?

We choose our friends, don’t we? I take full responsibility for my entirely subjective choices! My friends from the old days are still the same today! I’m faithful and I don’t renege on previous choices, even if my taste has evolved over time.

Every collector has their own criteria. There are different types of collectors: the enthusiast, the hunter, the specialist, the talent scout, the patron, the hoarder. Which type are you?

I’m a bit of all of this! I’m an enthusiast and huntress, because I’m happy when I ‘come across’ a piece of jewellery that I’ve been dreaming of! I was recently able to acquire the famous Man Ray earrings worn by Catherine Deneuve! I’m not a specialist in the sense that I still have so much to learn! A talent scout, maybe, as I can be insistent with certain artists, sometimes because I’m convinced before they are! A bit of a hoarder, surely, as I don’t sell or exchange anything!

Why did Frank Stella initially refuse to make a piece of jewellery?

He said he didn’t have time, he was busy doing “big things”! He kept saying, “No, it’s not my thing, Bernar”, until the day when, out of friendship, he caved in! We were having dinner at his place and Bernar “stung” him: “It’s a shame you don’t make a piece of jewellery for Diane. John Chamberlain just made her one…” – “Ah! John made a jewel?” He turned round and opened a drawer from which he took out this fantastic necklace loosely wrapped in an old newspaper: “It’s a present for Diane!”

What is your favourite piece from the collection?

The jewels Bernar has given me over the years. I have brooches, bracelets, pendants, each corresponding to new creations in the context of his work, but I love them all, my artists’ jewels, because I’ve searched for them, discovered them and bought them or they were given to me! They are an intimate museum that I can take with me! They each remind me of the story of our meeting!


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Is there a piece you still aspire to own?

I would have loved to have a jewel by Brancusi! To my knowledge, he hasn’t made any, but I can imagine what it could have looked like… Earrings by Tanguy, like the ones Peggy Guggenheim wore in Venice, a jewel by Malevich, or Moore! I would like to approach Anselm Kiefer (but I know he’s not interested at the moment). I’m never short of ambition, though.

Has the focus of your collection changed over the years?

I slowed down a bit. What interests me now is working with young artists directly. I recently worked with Pablo Reinoso, Faust Cardinali… I’m considering collaborating with Laurent Grasso. It’s exciting!

Can you talk to me about Dalí’s jewel?

I fell in love with this surreal jewel full of humour by Dalí, and so I bought it. It’s a small spoon to be worn as a brooch. The handle is a comb and the spoon itself is a watch! No gems – that’s not what I’m looking for. Claude Viallat for instance gave me a delicate, wonderful necklace made of yellow painted rope!

This reminds me of Viallat’s Supports/ Surfaces period. It’s not just a miniature sculpture. It involves another level of reflection. He’s considering jewellery based on his experience as an artist.

Absolutely, and feeling the artist’s hand is very moving. I like poor materials just as much as rich ones. The great masters had their jewellery made in gold. Picasso, Max Ernst and Man Ray, for instance, worked with François Hugo in Aix-en-Provence, but since that time, artists have taken the liberty of using many different materials, and that suits me very well.

Does the wearability of a piece of jewellery matter to you?

These pieces of jewellery are designed to be worn, even though some are ephemeral or very delicate, or even very heavy or important! I wear them all. When I choose one from my collection for a particular occasion, I’m always very attentive to the intimate relationship I establish with the artist, for whom I’m a bit of a standard-bearer! By wearing their jewellery, I disappear, I offer it to the gaze of the others…

Is there something important for you that we haven’t mentioned?

What is important for me is what I propose to do, namely, to take a fresh look at the work of some of the greatest artists from the beginning of the twentieth century to today, because these mini-sculptures tell another story of art marked by exclusivity and passion.

The interview was conducted in Luxembourg.


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LIGNES DE VIE OU L’INVISIBLE SENSIBLE

Alexander Calder

Sans titre 1940s Photo: Sherry Griffin

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11.7 x 11.4 cm

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Florence Lehmann

Tracer des lignes, délimiter des contours, des surfaces, des volumes. Quelle différence entre peindre, sculpter et faire un bijou ? Comment passer du dessin linéaire et graphique sur une surface à un dessin dans l’espace, à une ligne tridimensionnelle ? N’est-ce qu’une question de gestes et d’échelle ? Alexander Calder passait d’un médium à l’autre avec la même sensibilité, c’était un artiste bricoleur qui se promenait toujours avec une paire de pinces et un rouleau de fil de métal dans la poche¹. « Le bricolage est la pratique artistique qui correspond le mieux, en outre, à la définition de Tim Ingold de l’habileté comme créativité dans l’acte de production lui-même. En effet, contrairement aux artistes ou aux designers qui planifient en amont leur œuvre et demandent à des techniciens de la réaliser, sans autre forme de collaboration ou d’expérimentation, l’artiste bricoleur crée dans l’écart entre son idée de départ et le résultat final. Cet écart est produit par la contingence des matériaux qu’il récupère. Ainsi le bricolage chez un artiste, qui utilise souvent des matériaux pauvres, de récupération, n’a rien à voir avec un « mal fait » involontaire, un manque de technique : c’est encore un choix technique, celui de faire avec les moyens du bord. Parfois il n’est même plus besoin d’assembler les éléments, mais simplement les disposer d’une certaine manière suffit à produire du sens². » – Thomas Golsenne Il s’agit pour les artistes de la collection de capter, de marquer ce nouvel espace qu’est le corps.

1

lexander Calder, A Autobiographie, 1972, Paris, Maeght Éditeur, p. 68.

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homas Golsenne, « Du T mode technique d’existence des objets artistiques » [en ligne], Motifs, 21 avril 2013, https://motifs.hypotheses. org/415#more-415

LIFELINES, OR THE INVISIBLE SENSITIVE Florence Lehmann

Pour faire un bijou, l’un des moyens les plus intuitifs n’est-il pas, depuis sa genèse, de nouer un fil, un cordon de chanvre, de papyrus, de roseaux ou de jonc végétal directement sur le corps, autour du doigt, du poignet, de la cheville, du torse, du ventre ou de la tête ? La ligne vient alors s’enrouler, souligner le contour et séparer symboliquement les parties du corps les plus sensibles. Bienveillante, elle entoure, protège et pare à toutes les attaques. Protecteur de la destinée commune, un cordon en coton circulaire est noué à chacun des poignets des mariés en Inde, marquant affiliation, alliance et reliant deux êtres par un lien sacré.

Lignes spiralées En Occident, la ligne amoureuse matérialisée par une alliance scelle l’union entre deux personnes. Deux artistes, Alexander Calder en 1931 et Bernar Venet en 1985, ont chacun enroulé autour du doigt de leur bien-aimée un fil d’argent. Comme si elles avaient été réalisées dans l’urgence, peu avant le rendez-vous amoureux, Drawing lines, delimiting outlines, surfaces, volumes. What difference is there between painting, sculpting and making a piece of jewellery? How do you shift from a linear and graphic drawing on a surface to a drawing in space, a three-dimensional line? Is it merely a question of gestures and scale? Alexander Calder moved from one medium to another with the same sensitivity, a bricoleur artist who always carried a pair of pliers and a roll of wire in his pocket.¹ ‘Bricolage, moreover, is the artistic practice that best reflects Tim Ingold’s definition of skill as creativity in the act of making itself. Indeed, unlike artists or designers, who plan their work beforehand and ask technicians to produce it, without any other form of collaboration or experimentation, the bricoleur artist creates in the gap between his initial idea and the final result.

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lexander Calder, A Autobiographie (Paris: Maeght Éditeur, 1972), 68.

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homas Golsenne, ‘Du T mode technique d’existence des objets artistiques’, 21 April 2013, https://motifs. hypotheses.org/415#more-415.

This gap is produced by the contingency of the materials he collects. Bricolage in the practice of an artist who often uses poor, salvaged materials has nothing to do with unintentional “poor execution” or lack of technique: it is still a technical choice, which consists of making do with what is at hand. Sometimes the elements do not even have to be assembled – just arranging them in a certain way is enough to make sense.’2 – Thomas Golsenne

The challenge for the artists in the collection is to capture or mark a new space: the body. Has not one of the most intuitive ways, since the dawn of time, to make a piece a jewellery been to tie a thread, a cord made of hemp, papyrus, reeds or rush directly onto the body, around the finger, wrist, ankle, torso, stomach or head? The line then winds around, emphasises the contours and symbolically separates the body’s most sensitive parts. It gently surrounds, protects and shields against all attacks. As a protector of their common destiny, a circular cotton cord is tied to the wrists of bride and groom in India, marking affiliation and alliance while connecting two beings through a sacred bond.

Spiral lines In the West, the love line materialised by the wedding ring seals the union of two people. Two artists, Alexander Calder in 1931 and Bernar Venet in 1985, each wrapped a little silver rod around the finger of their beloved. As if made in a hurry, shortly before the date, neither of these two creations is closed by the soldering joint that usually connects the two ends of a ring. Like an irregular spiral twist, a thick square thread folds three times around Diane Venet’s finger, wrapping it in an Indeterminate Line. In Louisa


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aucune des deux bagues n’est fermée par l’habituelle soudure qui joint les deux extrémités d’un anneau. Comme une cannetille irrégulière étirée en spirale, un épais fil carré fait trois fois le tour du doigt de Diane Venet, l’entourant d’une Ligne indéterminée. Pour la bague de Louisa Calder, un fil d’or carré passe également trois fois autour du doigt, mais se termine en spirale d’Archimède à trois tours sur le dessus de la main³. Pour assurer plus de confort à l’annulaire, le corps de bague est aplati au marteau. Cela modifie la forme finale de la bague, écrase le ruban de métal, dont la largeur devient inégale et la surface irrégulière, imprimée de petits impacts martelés. Cette intervention adoucit les angles et durcit le métal, lui donnant le ressort nécessaire pour lui éviter de se déformer dans le temps. « J’avais connu un petit bijoutier à Paris, Bucci, et il m’avait aidé à faire une bague en or – le premier de toute une série à venir de bijoux familiaux – avec une spirale sur le dessus et un hélicoïde pour le doigt. Je pensais que cela ferait bien office de bague de mariage. Mais Louisa dit que celle-là n’était que sa bague de “fiançailles” et nous avons dû aller chez Waltham, non loin, pour y acheter une bague de mariage à 2 dollars4. » – Alexander Calder Les élans du cœur seraient-ils le guide de la main pour se confronter à l’échelle du bijou ? Chacun de ces deux artistes a matérialisé ses sentiments par une ligne spiralée tridimensionnelle. Comment sont-ils arrivés à une semblable réponse formelle pour sceller leur vie commune ? 3

a bague ne se trouve pas dans L l’exposition.

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lexander Calder, A Autobiographie, ibid.

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lvarez Aurélien, « Bernar Venet, A de l’art et des mathématiques. Un entretien avec Philippe Piguet, critique d’art » [en ligne], CNRS Images des mathématiques, 20 août 2012, https://images.math.cnrs.fr/ Bernar-Venet-de-l-art-et-des. html

Semblant passer avec beaucoup d’aisance d’une dimension à une autre, Bernar Venet se réfère aux théories mathématiques « du chaos, des catastrophes ou à la science de la complexité5 ». Depuis 1976, la ligne est l’un des sujets majeurs développé dans son travail de sculpteur. Ses Lignes indéterminées réalisées en miniatures à l’échelle du corps s’inscrivent dans la droite ligne de sa démarche singulière d’artiste. Ces bagues sont-elles la transposition en fil d’argent d’études pour ses sculptures monumentales en acier ? Sont-elles une manière d’observer à petite échelle les qualités spatiales et aléatoires du fil carré qui se torsade en s’enroulant ? Ces petits accidents volontaires font de chacune de ces lignes uniques une écriture différente dans la matière. Geste direct, libre et sculptural. Geste-signe, signature. Les anneaux spiralés de Calder et de Venet n’enferment jamais, mais ils engagent, relient et partagent d’autant qu’ils passent directement de la main qui les a créés au doigt de l’être aimé auquel ils sont destinés. Offrir un anneau n’est-ce pas rendre l’invisible visible ? Marquer une présence, en l’absence de l’autre ? Calder’s ring, a square gold thread also wraps itself three times around the finger, but it ends in a triple Archimedean spiral on the back of the hand.³ For more comfort when worn, the body of the ring was flattened with a hammer. This changes its final shape as the metal band is crushed, its width becoming uneven and its surface irregular, bearing the imprint of small hammered impacts. This intervention softens the angles and hardens the metal, lending it the necessary spring to prevent it from deforming over time. ‘I had known a little jeweler in Paris, Bucci, and he had helped me make a gold ring – forerunner of an array of family jewelry – with a spiral on top and a helix for the finger. I thought this would do for her wedding ring. But Louisa merely called this one her “engagement” ring and we had to go to Waltham, nearby, and purchase a wedding ring for two dollars.’4 – Alexander Calder

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he ring is not part of the T exhibition.

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Calder, Autobiographie, 68.

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urélien Alvarez, ‘Bernar Venet. A De l’art et des mathématiques. Un entretien avec Philippe Piquet, critique d’art’, 20 August 2012, https://images.math.cnrs. fr/Bernar-Venet-de-l-art-et-des. html?lang=fr.

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Calder, Autobiographie, 111.

Do the desires of the heart guide the hand when it confronts the scale of the jewel? Each of these two artists materialised their feelings as a three-dimensional spiral line. How come they reached a similar formal conclusion when trying to substantiate their relationship? Bernar Venet, who seems to pass with great ease from one dimension to another, refers to ‘the math-

ematical theories of chaos, catastrophes, or the science of complexity’.5 Since 1976, the line has been one of the major themes in his work as a sculptor. His miniature Indeterminate Lines at body scale are in keeping with his singular artistic approach. Are these rings a transposition into silver wire of studies for his monumental sculptures in steel? Are they a means to observe on a small scale the spatial qualities and random twists of square wire as it winds? These small deliberate accidents turn each of these unique lines into a different inscription in the material. A direct, free and sculptural gesture. A signing gesture, a signature. Calder’s and Venet’s spiral rings never enclose but engage, connect and share to the extent that they pass directly from the hand that created them to the finger of the loved one for whom they were intended. Is offering a ring not about making the invisible visible? About marking a presence, in the absence of the other? ‘[I] got rather excited making them as small as my so-called clumsy hands could make them,’6 explained Alexander Calder, who produced nearly 1,800 spontaneously designed linear jewels, often taking the form of a spiral that acts simultaneously as motif and fastening system. An engineer by training, he was perfectly familiar with the physical and mechanical qualities of various metals. From


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« Excité de faire aussi petit que le peuvent mes mains, prétendument maladroites6 », disait Alexander Calder, qui réalisa près de 1 800 bijoux linéaires au dessin spontané, prenant souvent la forme d’une spirale tant comme motif que comme système d’attache. Ingénieur de formation, il connaissait parfaitement les qualités physiques et mécaniques des différents métaux. Il vrille le fil de fer en spirale dès ses premières sculptures linéaires, reliant les fils entre eux à la manière d’un rameau de vigne s’enroulant au fil de fer du palissage lorsqu’il pousse. La spirale de la couronne de fil semble se dérouler depuis l’épaule de l’artiste pour se transformer dans ses mains à travers son esprit. La boucle de ceinture/pendentif présentée dans la collection a été réalisée vers 1940 et offerte par l’artiste à Susy Lelong vers 19707. Admirable de complexité, cette boucle est composée d’un fil unique, où motif et forme sont inextricablement liés sans commencement ni fin, tel un nœud celtique. Le cercle à quatre quartiers a été formé avec les moyens techniques les plus élémentaires, compensés par beaucoup d’ingéniosité. Pinces et fil non précieux dessinent l’objet depuis le centre de la croix, avant que le marteau sur l’enclume n’écrase le motif pour rigidifier l’ensemble. Dans le prolongement de cet entrelacs, réseau formé de fils, de branches, de croix et de spirales se croisant les uns les autres, la boucle s’attache à la ceinture – symbole de fécondité – pour y faire corps avec la personne qui porte le bijou et entrer en résonance avec les croyances qui se rattachent à ses différents motifs. Renouant avec l’archaïsme des premiers bijoux dans le lignage de ses racines écossaises et le patrimoine ethnique de l’Amérique primitive de son enfance et influencé par la découverte des arts premiers d’Afrique et d’Océanie, Calder ouvrit, dès les années 1940, un nouveau champ dans l’art du bijou. Par l’approche anticonformiste de sa vision d’artiste, il se relie à sa propre histoire, à l’autre, au monde et au cosmos avec un simple fil. La ligne spiralée, à la fois rudimentaire et subtile, est vectrice de ce caractère cyclique de l’évolution d’une forme, d’un état et d’une énergie. 6

lexander Calder, A Autobiographie, op. cit., p. 111.

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oir notice du lot 211, Post-War V and Contemporary Art Day Action, cat. Christie’s Londres, 1er juillet 2009 [en ligne], https://www.christies.com/ lotfinder/Lot/alexander-calder1898-1976-untitled-belt-buckle5221496-details.aspx

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hristie’s, ‘Post-War and C Contemporary Art Day Action’, 1 July 2009, Lot 211, https:// www.christies.com/lotfinder/ Lot/alexander-calder-18981976-untitled-belt-buckle5221496-details.aspx.

Une histoire de relations, deux lignes plus une Cette même énergie et un intérêt commun pour les arts premiers se retrouvent dans le collier Barre de métal en argent de Louise Bourgeois. Ces deux lignes tendues en arc rigide et fermées peuvent se révéler oppressantes, enfermant le sujet au centre de l’objet. Si les deux artistes précédents sont des hommes ayant réalisé des bijoux pour des femmes en signe de complicité amoureuse ou d’appartenance mutuelle, Louise Bourgeois a réalisé ce bijou pour elle-même. Fait singulier dans cette collection, ces deux lignes réunissent his first linear sculptures, he twisted the wire into a spiral, connecting the wires in the manner of a vine twig twisting around the wire of the trellis as it grows. The spiral of the coil of wire seems to unwind from the artist’s shoulder to be transformed in his hands through his mind. The belt buckle/pendant presented in the collection was made around 1940 and offered by the artist to Susy Lelong around 1970.7 This admirably complex buckle is composed of a single thread, where pattern and form are inextricably linked without beginning or end, like a Celtic knot. The four-quarter circle was formed with the most basic technical means, compensated by tremendous ingenuity. Pliers and non-precious wire draw the object from the centre of the cross before the hammer on the anvil flattens the pattern so as to stiffen the whole. As an extension of this interlacing – a network of intersecting threads, branches, crosses and spirals – the buckle attaches to the belt – a symbol of fertility – to become one with the person wearing the jewel and resonate with the beliefs associated with its different patterns. Reconnecting with the archaism of his first jewels, inspired by his Scottish roots, and with the ethnic heritage of the primitive America of his childhood, and influenced by the discovery of the primitive arts of Africa and Oceania, Calder opened a new field in the art of jewellery as early as the 1940s. Through the anti-conformist approach of his

vision as an artist, he connects himself to his own history, the other, the world and the universe with a single thread. The spiral line, at once rudimentary and subtle, is a vector of this cyclical character of the evolution of a form, a state and an energy.

A story of relationships, two lines plus one The same energy and a shared interest in the primitive arts are found in Louise Bourgeois’ Silver Metal Bar necklace. These two lines, bent into a rigid arch and closed, can prove oppressive, locking the wearer in the centre of the object. While the two previous artists were men who made jewellery for women as a sign of amorous complicity or mutual belonging, Bourgeois made this piece of jewellery for herself. A unique occurrence in this collection, the two lines bring together the artist who made the object and the artist who wears it. It would seem that this was the only piece of jewellery she made during this period, her sensitivity at that time expressing itself mainly through sculptures of totemic figures in wood – as substitutes for her close ones – that she arranged in relation to each other, as in Listening One of 1947 and in various other pictorial forms such the Woman House series from 1945–47. What pressing need does the making of this necklace around 1948 address? Is there a prepara-


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l’artiste qui a réalisé l’objet et l’artiste qui le porte. Il semblerait que ce soit l’unique bijou réalisé à cette période, sa sensibilité s’exprimant alors essentiellement par la sculpture de figures totémiques en bois – substituts de ses proches – mises en relation comme dans Listening One de 1947 et sous diverses autres formes picturales comme la série des Femme-Maison de 1945-1947. À quelle impérieuse nécessité correspond la réalisation de ce collier vers 1948 ? Existe-t-il un dessin préparatoire de ce bijou antérieur à la gravure de 1999 ? Quelle pouvait être sa source d’inspiration ? Avait-elle pu voir les bijoux d’Alexander Calder exposés dès 1938 chez Marian Willard, Peggy Guggenheim ou au Museum of Modern Art de New York, où elle vivait depuis 1937 ? Possédait-elle l’outillage et la technique nécessaires pour cintrer ces deux barres d’argent de près de dix millimètres ?

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omparer la photo du collier C porté en 1948 par Louise Bourgeois et le collier présenté lors de l’exposition itinérante Jewelry by Contemporary Painters and Sculptors au MoMA, New York, du 3 au 5 octobre 1967, puis dans d’autres institutions aux ÉtatsUnis ainsi qu’à Darmstadt et à Rotterdam. hus Burés, « À la charnière C de l’art et du bijou », in Bijoux d’artistes, une collection [Clo Fleiss], cat. exp. Galerie du Crédit Municipal de Paris, Milan, Silvana Editoriale, 2012, p.154.

e chiffre cinq est présent dans 10 L son œuvre au moins depuis sa sculpture Quarantania I (19471953, MoMA) et plus tard dans la série de gravures Tous les Cinque (2004).

Elle porte le collier sur la photo où elle se trouve avec son père dans le night-club Leon & Eddie’s sur la 52nd Street à New York le 8 juin 19488. Pourquoi choisir d’arborer ce bijou lors de ce tête-à-tête ? Sa présence juste en dessous de son visage ne peut que contraindre l’autre à le voir et le regarder. Quel aspect d’ellemême voulait-elle souligner ? Que voulait-elle signifier ? Marquer une séparation entre la tête et le reste de son corps ? Pouvoir être parée à toutes les attaques et ainsi tenir tête à son père ? On ne sait que peu de choses de l’original de ce collier. Le premier exemplaire, constitué de deux parties dépendantes l’une de l’autre, semble être réalisé dans une barre de fil carré ou rectangulaire dont chacun des deux éléments se termine à l’une de ses extrémités par une boucle et à l’autre par un crochet, afin de permettre son ouverture/fermeture. Suspendu autour du cou qu’il épouse, il repose sur les épaules, son fermoir placé sur la clavicule. On peut distinguer cinq petits trous sur la ligne mobile. Rien n’y est suspendu. Que s’est-il passé entre l’original et les deux différentes versions éditées à la fin des années 1990 ? Pourquoi y avoir ajouté un troisième élément ? Le designer éditeur madrilène Chus Burés9 précise que l’édition du collier a été produite à l’occasion de sa rétrospective Memoria y arquitectura au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid (novembre 1999 - février 2000) et que Louise ne lui a jamais vraiment répondu sur l’origine de ces cinq trous10, auxquels il lui avait proposé de suspendre des larmes de rubis et de diamants. Elle a préféré qu’y soit attachée une « rivière de quatorze diamants ». Six des trente-neuf colliers, dont celui de Diane Venet, sont prolongés par ce troisième élément, appendice amovible, ligne sinueuse comme un serpent dont la souplesse lumineuse se tory drawing of this jewel that predates the 1999 engraving? What could be its source of inspiration? Did Bourgeois see Alexander Calder’s jewellery, which was exhibited as early as 1938 at Marian Willard’s, Peggy Guggenheim’s or the Museum of Modern Art in New York, where she had been living since 1937? Did she have the tools and the technique required to bend these two, almost ten-millimetre-thick silver bars?

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ompare the necklace worn by C Bourgeois on the photograph from 1948 to the one presented in the itinerant exhibition Jewelry by Contemporary Painters and Sculptors, 3–5 October 1967, MoMA, New York, and subsequently in other venues in the US, in Darmstadt and in Rotterdam. Chus Burés, ‘À la charnière de l’art et du bijou’, in Bijoux d’artistes, une collection (Clo Fleiss), Galerie du crédit Municipal de Paris, exh. cat. (Milan: Silvana Editoriale, 2012), 154.

he number 5 is present 10 T in her work at least since her sculpture Quarantania (1947–53, MoMA) and later in the series of engravings titled Tous les Cinque (2004).

She wears the necklace in the photo where she is with her father at Leon & Eddie’s, a nightclub on Fifty-Second Street in New York City, on 8 June 1948.8 Why choose to wear this piece of jewellery during this tête-à-tête? Its presence just below her face cannot be ignored, compelling the person opposite to stare at it. What aspect of herself did she want to highlight? What did she mean to say? Did she want to mark a separation between the head and the rest of her body? Did she want to be prepared for all kinds of attacks and stand up to her father? Little is known about the original of this necklace. The first copy, consisting of two interdependent parts, seems to have been made from a square or rectangular bar of wire, each of the two elements ending in a loop at one end, and in a hook at the other, allowing it to be opened and closed. Suspended around the neck, espousing its forms, it

rests on the shoulders, its clasp placed on the collarbone. One can make out five small holes on the moving line. Nothing is suspended from it. What happened between the original and the two different versions released in the late 1990s? Why was a third element added? The Madrid designer and jewellery editor Chus Burés9 points out that the edition of the necklace was produced on the occasion of his retrospective Memoria y arquitectura at the Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía in Madrid (November 1999–February 2000) and that Louise never really expanded on the origin of these five holes,¹0 from which he suggested to suspend tears of rubies and diamonds. But she preferred to have a ‘river of fourteen diamonds’ attached to it. Six of the thirty-nine necklaces, including Diane Venet’s, are extended by this third element, a removable appendix, a sinuous line like a snake whose luminous flexibility slides freely between the two breasts and opposes the angular stiffness of the two curves: the articulation of the two rigid elements is not easy, there is friction. The binary antagonism becomes a triangle, the circle becomes a shackle, a slave collar. One hundred and forty grams. The female wearer is clapped in irons. Her organic flesh contrasts with the rigidity of the metal and the geometry of this ambivalent form: a protective


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Bernar Venet

Ligne indéterminée 1985 Photo: Alain LePrince

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150 % de la taille réelle 3.5 x 5 cm

glisse librement entre les deux seins et vient s’opposer à la raideur anguleuse des deux courbes : l’articulation des deux éléments rigides n’est pas aisée, il y a friction. L’antagonisme binaire se fait triangle, le cercle entrave, collier d’esclave. Cent quarante grammes. La femme est lourdement ferrée, sa chair organique opposée à la rigidité du métal et à la géométrie de cette forme ambivalente : objet protecteur ou désir de s’en extirper ? Métaphores de la femme, noyau de la structure familiale au centre du foyer domestique ? De l’enfermement dans une vie familiale conventionnelle ? D’un équilibre menacé ? Puisant dans ce que les instincts et les émotions humaines ont de moteur, ce collier semble exprimer sous une forme physique une force psychique et sublimer avec grâce et brutalité les obsessions qui travaillent son auteure. Exorcisme ? Ces lignes restent à décoder. « Je ne connais pas le pourquoi. Et je n’ai pas besoin de connaître le pourquoi pour faire mon travail. Et je ne dois le pourquoi à personne. Personne11. » – Louise Bourgeois 11 R obert Storr, Louise Bourgeois. Géométries intimes, Paris, Hazan, 2016, p. 30 et p. 771, note 37.

Ligne complice, libre et sculpturale, ligne signature à l’écriture singulière, ligne de transmission, ligne force qui relie ou qui sépare, ligne en mouvement, le corps habite ces bijoux et les anime. Ils introduisent l’art au centre de la vie, la vie au centre de l’art. object or something one wants to extricate oneself from? A metaphor for women as the nucleus of the family structure at the centre of the home? A feeling of being imprisoned in conventional family life? A threatened balance?

11 R obert Storr, Louise Bourgeois. Géométries intimes (Paris: Hazan, 2016), 30, 771 (fn 37).

Drawing on what drives human instincts and emotions, this necklace seems to express a psychic force in a physical form and to sublimate with grace and brutality the obsessions that haunt its author. Exorcism? These lines remain to be decoded.

‘I don’t know the reason. And I don’t need to know the reason to do my job. And I don’t owe a reason to anyone. Anyone.’¹¹ – Louise Bourgeois A complicit, free and sculptural line, a signature line of singular writing, a transmission line, a line of force that connects or separates, a line in motion, the body inhabits these jewels and brings them to life. They put art in the centre of life, and life in the centre of art.


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MARTINE FEIPEL ET JEAN BECHAMEIL. ÉTERNITÉ D’HISTOIRES

Martine Feipel & Jean Bechameil

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Believer 2020 Photo: Mathieu Tessier

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4 x 3.3 x 2.2 cm

Marie-Anne Lorgé

Les plasticiens franco-luxembourgeois Martine Feipel et Jean Bechameil, tandem artistique mais aussi couple dans la vie – représentant notamment du Luxembourg à la Biennale de Venise en 2011 – réinterprètent leur langage plastique sur un support inattendu. À savoir : un objet. Un petit objet ouvragé en ceci singulier qu’il s’agit d’un bijou. Sachant que dans ce projet spécial – qui, du reste, correspond à l’intérêt manifeste des deux plasticiens pour les projets décalés –, ce qui les stimule, c’est une approche autre du bijou d’artiste, c’est de rompre avec les codes du genre – genre au demeurant méconnu, sinon confidentiel – et c’est surtout de relever un défi. Relever un défi est clairement leur marque de fabrique. Pour Martine et Jean, ces artistes décloisonneurs qui allient de nombreux savoir-faire – dont le dessin, la sculpture, la mise en scène et le décor –, ce défi consiste à intégrer leur propre univers dans un format miniature et dans une matière qui leur est inhabituelle, sinon insolite, l’or, ce métal de précieuse réputation qui habille les parures corporelles depuis l’Antiquité – époque

MARTINE FEIPEL & JEAN BECHAMEIL: ETERNITY OF STORIES Marie-Anne Lorgé

The Franco-Luxembourgish visual artists Martine Feipel & Jean Bechameil, an artist duo but also a couple in real life – who, among other things, represented Luxembourg at the Venice Biennale in 2011 – reinterpret their visual language on an unexpected medium, namely, an object. A small ornate object that has the singularity of being a jewel. What motivated the two artists to accept this unconventional proposition – apart from the fact that it appealed to their interest in atypical projects – was to adopt a different approach to artists’ jewellery, to break with the codes of the genre – a genre still largely unknown – and, not least, to

take up a challenge. Taking up challenges is clearly a hallmark of their work. For the two cross-disciplinary artists who combine numerous skills – including drawing, sculpture, stage sets and décors – the challenge here consisted of transposing their own artistic vocabulary into a miniature format and an unfamiliar, unusual material: gold, this precious metal that has been used in body adornments since Antiquity, the time of the first great gold discovery; adornments which, across the millennia, have never ceased to endorse various functions, including spiritual, iden-


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de la grande découverte aurifère –, parures qui, au fil des millénaires, n’ont eu de cesse d’endosser diverses fonctions, dont spirituelle, identitaire, sentimentale et bien sûr, sociale. En tout cas, dans leur vision d’artistes, le bijou est bien autre chose qu’un luxe. Ou alors, c’est que l’art en serait un. Pour Martine et Jean, le plaisir de créer est urgent, tout comme l’est, pour chacun, le droit de rêver. Alors, pourquoi ne pas réenchanter ? Toujours est-il que le bijou des créateurs Feipel et Bechameil est une bague – c’est l’intime péché mignon de Martine – de préférence au bracelet ou à tout autre pendentif. Une bague sculpturale qui a l’heur d’être parfaitement portable. Dans cette pièce unique, dupliquée en édition limitée (huit exemplaires), point de gemme – donc, pas de joaillerie – mais un travail d’orfèvre dévolu à un bijoutier grec. Du lot des tentatives et des échecs propres à tout processus de création a résulté un florilège de modèles, dont quatre ont émergé d’une première sélection, puis deux, après affinage des formes et du regard, pour finalement isoler le prototype qui matérialise au mieux le fruit d’un long travail de recherche(s). C’est le plus épuré, un tantinet anthropomorphe, au potentiel narratif, voire dramaturgique – avec une minuscule boule suggérant à la fois une tête stylisée, aveugle et un cabochon, ce réservoir à poison complice des contes ou des royales intrigues d’antan – sauf que le vocabulaire qui y percole est une hybridation de géométrie et d’architecture. Il est difficile, peu pertinent en tous les cas, de parler du bijou Feipel & Bechameil en faisant abstraction de ce qui fonde leur pratique, laquelle assimile les codes de l’esthétique moderniste, celle-là qui recourt au matériau brut, à l’absence d’ornements et à la répétition ; matière et formes visant à réconcilier industrialisme et nature en vue d’accoucher de l’utopie citoyenne qu’est l’habitat collectif. La preuve avec les fours à pain participatifs récemment installés à Nantes, deux fours en béton recouvert de pierre de lave émaillée, deux monumentales sculptures géométriques, abstraites, mais fonctionnelles, mises à la disposition des habitants du quartier et baptisées Les Brutalistes par référence au terme « brutalisme » employé par Le Corbusier, séduit par le caractère brut du béton, par son « aspect sauvage, naturel et primitif » – un aspect qui précisément caractérise le bijou Feipel & Bechameil. On y ajoutera une allusion à la rébellion, grâce à cet élément tribal qu’est le feu et un clin d’œil à la fois industriel et robotique, grâce aux cheminées des fours, hormis un goût pour le ludique. tity, sentimental and, of course, social ones. Be that as it may, in the artists’ vision, the jewel becomes something else than an object of luxury. Unless art should be considered one. For Martine and Jean, the pleasure of creating is a matter of urgency, as is the right to dream for each and all of us. So, why not re-enchant? As a matter of fact, the jewel conceived by the two creators is a ring – Martine’s little guilty pleasure – rather than a bracelet or other pendant. A sculptural ring that has the advantage of being perfectly wearable. This unique piece, produced in a limited edition (of eight duplicates), holds no gem, therefore requiring no jeweller’s craft but the work of a goldsmith entrusted to a Greek jeweller. The bulk of attempts and failures specific to any creative process resulted in a string of models, four of which emerged from a first selection, then two, after honing the form and the gaze, finally to isolate the prototype that best materialises the outcome of this long research. It is the most pareddown, a tad anthropomorphic version that holds narrative, even dramaturgical potential – with a tiny ball evoking both a stylised, faceless head and a cabochon, a recipient for poison that is complicit to the tales and royal intrigues of yesteryear – ex-

cept that the vocabulary that shines through here is a hybridisation of geometry and architecture. It is difficult, and irrelevant in any case, to speak of the jewel designed by Feipel & Bechameil without considering what lies at the heart of their practice, which assimilates the codes of the modernist aesthetic – an aesthetic that relies on raw material, absence of ornament and repetition; the material and forms of their work aiming to reconcile industrialism and nature in order to give birth to the citizen utopia of collective housing. This is demonstrated by the participatory bread ovens they recently installed in Nantes, two concrete ovens covered with enamelled lava stone, two monumental geometric sculptures, abstract but functional, made available to local inhabitants and called Les Brutalistes, in reference to the term ‘Brutalism’ employed by Le Corbusier, who was attracted by the raw nature of concrete, its ‘wild, natural and primitive appearance’ – the very appearance that also characterises the jewel of Feipel & Bechameil. Add to that an allusion to rebellion through the tribal element of fire, and a nod to both industry and robotics via the ovens’ chimneys, notwithstanding a taste for the playful. The better future towards which Feipel & Bechameil


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Martine Feipel & Jean Bechameil

Preparatory research for the ring 2020 Photo: Feipel & Bechameil

Martine Feipel & Jean Bechameil

Les Brutalistes, Le voyage à Nantes 2020 Photo: Martin Argyroglo

L’avenir meilleur auquel œuvre le duo Feipel & Bechameil est sociétal, donc aussi écologique. La preuve, aussi, avec cet habitat naturel qu’est le nid, un projet céramique dévolu à la sauvegarde du martinet noir, pour la cause appelé Cité d’urgences – Apus apus, qui a valu au duo de décrocher en 2018 un Prix COAL spécial. Pour engagée que soit l’œuvre, elle ne boude jamais la poésie, ni la délicatesse – fût-ce par les tons pastels privilégiés –, témoignant de la grande sensibilité des artistes « à la théâtralité du monde, à ses beautés aussi ». Quant au bijou Feipel & Bechameil, il fait partie de ce tout, un tout où ce qui est en partage, c’est une forme – précisément dans l’esprit des « brutalistes » de Nantes et des nids – et ce sont des histoires. Et celle que raconte la bague Feipel & Bechameil nous vient du fond des âges. Voire même d’un temps cosmique. L’or, cette matière première extractive que l’on ne peut fabriquer, malgré les délires alchimistes, l’or, donc, nous vient des… étoiles – il proviendrait, selon les astrophysiciens, d’une violente collision entre deux étoiles à neutrons, un cataclysme vieux de plusieurs milliards d’années. are working is societal, and therefore also ecological. This is underlined by Cité d’urgences – Apus apus, their ceramic project around the natural habitat of the nest aimed at protecting the black swift, which earned the duo a special COAL Prize in 2018. Committed as their work may be, it never shuns poetry or delicacy – if need be through the pastel shades it favours – testifying to the great sensitivity of artists for ‘the theatricality of the world, and its beauties too’.

As for their jewel, it forms part of the whole, a whole where what is shared is a form – precisely in the spirit of the ‘Brutalists’ of Nantes and the nests – and stories. And the story told by their ring comes to us from the depth of time. A cosmic time even. Gold, this extractive raw material that cannot be manufactured, despite the delusions of alchemists; gold, in other words, comes to us from... the stars: according to astrophysicists, it results from a violent collision between two neutron stars, a billionyear-old cataclysm.


35 Martine Feipel & Jean Bechameil

Sans titre 2020 Photo: Mathieu Tessier

Plus communément, si l’or fascine depuis la nuit des temps, c’est par sa propriété inaltérable. Indissociable du gage d’immuabilité qu’incarne le bijou, qui reste un symbole transmissible tout autant qu’un existentiel marqueur. Dans les fabuleuses histoires que Martine et Jean glanent sur les différents sites qu’ils arpentent au cours de leurs étranges recherches, le bijou en or est celui-là qui orne les tombes des Gitans dans le cimetière de Romainville. Retour formel à la bague. À l’alliance idéale d’un matériau pur avec une forme pure, dont la gestation transite par le dessin, puis les maquettes - des étapes constitutives du classique processus créatif de Martine et Jean, mais, pour la cause, assujetti au changement d’échelle. À l’idée aussi d’être portable, au doigt, fût-ce occasionnellement, raccord avec la notion de plaisir que le duo trimbale en bandoulière. Partant des maquettes, suit le modelage. D’abord en plastiline, très fragile, pour créer une première famille de quatre modèles, tous sculpturalement aboutis, héritiers d’un impératif géométrique, architectural aussi, avec un côté « habitat primitif » qu’évoque notamment une sorte d’éperon pyramidal. Quant aux deux modèles restant en lice, en époxy, plus figuratifs – mais toujours simplifiés, archétypaux et ambivalents (ni masculins ni féminins) –, ils affirment la précision chirurgicale du travail, à la fine lime. L’épure distingue la version finalement retenue, celle-là qui sera transposée en or, dans ce noble métal garant pour l’éternité d’histoires parfois empoisonnées, souvent fourbes, à hauteur de notre humaine condition. Mais avec juste ce qu’il faut de léger sourire en coin, pour ne pas oublier de réenchanter. More down to earth, if gold has fascinated us since the dawn of time, it is because of its unalterable property. Inseparable from the pledge of unchanging love embodied by the jewel, which remains a transmissible symbol as much as an existential marker. In the fabulous stories that Martine and Jean glean from the various sites they survey during their curious research, the gold jewel refers to the one that adorns the graves of Gypsy families in the cemetery of Romainville. A formal return to the ring. To the ideal alliance of a pure material with a pure form, whose development passes through drawings, then maquettes – constitutive stages in the artists’ traditional creative process but, in this case, subjected to a change in scale. And to the idea of being wearable, on the finger, albeit occasionally, in keeping with the idea of pleasure that the duo holds dear.

After the maquettes came the modelling. First in plasticine, a very fragile material, so as to create a first family of four models, all sculpturally accomplished, heirs to a geometric as well as architectural imperative, with a hunch of ‘primitive habitat’ suggested in particular by a kind of pyramidal spur. As for the two models that remained in competition, made of epoxy and more figurative in form – though still simplified, archetypal and ambivalent (neither masculine nor feminine) – they affirm the surgical precision of the finely polished work. Minimalist reduction distinguishes the version that was finally chosen and transposed into gold, into this noble metal, eternal guarantor of stories that are sometimes poisoned, often deceitful, but always echoing our human condition. But with just a hint of a smirk, so as not to forget to re-enchant.


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BIOGRAPHIES

Robert Rauschenberg

Sans titre 1990 Photo: Philippe Gontier

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FLORENCE LEHMANN Artiste diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui Haute école des arts du Rhin), Florence Lehmann y est coresponsable de l’atelier Bijou depuis 2005. S’exprimant principalement par le bijou contemporain, elle participe à de nombreuses expositions collectives et personnelles, notamment dans les galeries Hélène Porée et Naïla de Monbrison à Paris. Membre fondatrice du groupe Corpus, elle collabore également comme designer aux Cahiers Influences du Comité Francéclat. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées, dont le Fonds National d’Art Contemporain, le Musée des Arts Décoratifs de Paris, la collection Alice and Louis Koch au Musée national de Zurich et la collection Helen Drutt à Philadelphie. An artist who graduated from the École supérieure des Arts décoratifs in Strasbourg (now Haute école des arts du Rhin), Florence Lehmann has been co-heading the university’s Jewellery Department since 2005. Working mainly in contemporary jewellery, she has participated in numerous group and personal exhibitions, among others, at Galerie Hélène Porée and Galerie Naïla de Monbrison in Paris. A founding

member of the Corpus group, she also collaborates as a designer with Cahiers Influences published by Comité Francéclat. Her works can be found in numerous public and private collections, including Fonds national d’art contemporain, Musée des Arts Décoratifs in Paris, Alice and Louis Koch Collection at the Swiss National Museum in Zurich, and Helen Drutt Collection in Philadelphia.

MARIE-AMÉLIE ZU SALM-SALM Docteur en histoire de l’art, Marie-Amélie zu Salm-Salm est l’auteure de plusieurs publications sur l’art du XIXe au XXIe siècle. En tant que commissaire, elle a conçu et organisé de nombreuses expositions monographiques et thématiques en Europe, notamment Vienne 1900 et Lovis Corinth au Musée d’Orsay à Paris, Max Liebermann à la Bundeskunsthalle à Bonn, Arts & Textiles et Imi Knoebel au Kunstmuseum Wolfsburg, Manet, Cézanne, Van Gogh à la Kunsthalle Mannheim et Günter Umberg à XF Proyectos à Madrid. Passionnée par la médiation artistique, elle enseigne aussi les arts plastiques et travaille avec des personnes en situation de handicap mental. Elle préside le conseil universitaire de l’Académie des Beaux-Arts de Karlsruhe. A doctor of art history, Marie-Amélie zu Salm-Salm is the author of several publications on art from the nineteenth to the twenty-first century. As a curator, she has conceived and organised numerous monographic and thematic exhibitions in Europe, including Vienna 1900 and Lovis Corinth at Musée d’Orsay in Paris, Max Liebermann at Bundeskunsthalle in Bonn, Arts & Textiles and Imi Knoebel

at Kunstmuseum Wolfsburg, Manet, Cézanne, Van Gogh at Kunsthalle Mannheim, and Günter Umberg at XF Proyectos in Madrid. She is passionate about artistic outreach, and besides teaching visual arts also works with people with mental disabilities. She chairs the university council of the Academy of Fine Arts Karlsruhe.

MARIE-ANNE LORGÉ Licenciée agrégée en histoire contemporaine de l’Université catholique de Louvain, Marie-Anne Lorgé est critique d’art (membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art depuis 2016), journaliste culturelle et comédienne (Premier Prix de Conservatoire à Bruxelles et à Luxembourg). Rédactrice en chef culture du Jeudi, hebdomadaire luxembourgeois de langue française, de 1996 à 2019, elle est aujourd’hui indépendante, au service des arts et des artistes via son blog marie-anne-lorge.com. A graduate in contemporary history from the Catholic University of Louvain, Marie-Anne Lorgé is an art critic (member of the International Association of Art Critics AICA since 2016), cultural journalist and actress (first prize from the Brussels and Luxem-

bourg conservatories). Working as the editor-in-chief of culture at Le Jeudi, a Luxembourgish French-language weekly, from 1996 to 2019, she now serves the arts and artists as an independent writer through her blog marie-anne-lorge.com.


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LA COLLECTION A

Bury Pol

Sans titre 1968

C

Dalí Salvador

Montre petite cuillère 1957

Haring Keith

Crawling Baby 1989

De Chirico Giorgio

Gli archeologi 1972 (circa)

Hirst Damien

Phil Charm Bracelet 2004

Abdessemed Adel

Game 2016

Appel Karel

Clown with Diamond Eyes 1980

Cabrita Reis Pedro

B2 2015

De Jong Jacqueline

Pomme de Jong 2017

Honegger Gottfried

Sans titre 1998

Arman

Inclusion 1972

Calder Alexander

Sans titre 1940 s

De Saint-Phalle Niki

L’Œil 1991

Horn Rebecca

Medusa 2011

Arman

Accumulation de clous et vis 1967

Calder Alexander

Sans titre 1950 s

De Saint-Phalle Niki

Nana Ange 1991

Arp Jean (Hans)

Pique 1967

Cardinali Faust

Pesce fuor d’acqua 2019-2020

Delvoye Wim

Sans titre 2011

Indiana Robert

Arp Jean (Hans)

Tête de bouteille et moustache 1960

Caro Anthony

BB-7 2008

Derain André

Grande tête ronde 1952

Attia Kader

Castellani Enrico

Superficie 2012

E

J

Menottes 2007

César

Petite compression 1980 s

Ernst Max

Tête triangle 1959

Ernst Max

Sans titre 1935

B Balla Giacomo

Fibule 1992

César

Compression 1960 s

Barceló Miquel

Hameçon et Appât 2009

Chamberlain John

Sans titre 1998

Bell Larry

Luxite (Beach Glass) Stone 2021

Chapman Dinos

Wingnut and Bolt Choker, Jubilee Clip 2010

Falkenstein Claire

Benglis Lynda

Brooch 2000

Chevalier Miguel

Mini-Cubes 2011

Bloch Pierrette

Sans titre 2010

Chia Sandro

Boël Delphine

The Golden blabla Ring 2012

Bourgeois Louise

I Johnson Rashid

Love 1967

Gold Signet Ring (from ‘Anxious Men’) 2020

K Kapoor Anish

Water Pendant 2008

Kapoor Anish

Two Sided Ring 2005

Sans titre 1955 (circa)

King Phillip

Liaisons amoureuses 2017

Feipel Martine Bechameil Jean

Believer 2020

Koons Jeff

Rabbit Necklace 2005-2009

Sans titre 2012

Fontana Lucio

Concetto spaziale 1950 (circa)

Kounellis Jannis

Sans titre (Labbra) 2012

Cocteau Jean

Madame 1960 s

Fontana Lucio

Elisse Concetto spaziale 1967

Kusama Yayoi

Sans titre 1962 (circa)

Barre de métal 1998

Concari Sheila

Pink and Black Medusa 2018

Braque Georges

Asteria 1963

Corneille

L’Oiseau bariolé 1994/2005

Giacometti Alberto

La Sirène 1935 (circa)

Le Parc Julio

M-5-R 2010

Braque Georges

Ciré 1962

Craig-Martin Michael

Light Bulb 2007

Gormley Antony

Sans titre 2003

Léger Fernand

Sans titre 1950 s

Braque Georges

Hera 1960 s

Cruz-Diez Carlos

Chromo-interférence 2013

Lichtenstein Roy

Modern Head 1968

Buffe Nicolas

Shoot’em up 2018

Lipchitz Jacques

Jerusalem 1970

D

F

L

G H Hains Raymond

Seita 1 2000


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Longo Robert

Bullet Hole Ring 2020

M

Oppenheim Meret

Clip tournant 2003

Rondinone Ugo

Monday 2012

Vari Sophia

Ulysse 2012-2013

ORLAN

Tête de fou 2010

Rotella Mimmo

Affiche lacérée 1993

Vasarely Victor

Jolie 1985 (circa)

Vasarely Victor

Jolie 1985 (circa)

Man Ray

Optic Topic 1974

P

Man Ray

Hommage 1973

Paladino Mimmo

Sans titre 1984-2004

Serrano Andres

Crucifix Ring 2015

Vasconcelos Joana

Emblem of Fundação Joana Vasconcelos 1990

Man Ray

Le Trou 1970

Paolini Giulio

Atena Lemnia 2016

Severini Gino

Sans titre 1940 s

Venet Bernar

Grib 2012

Man Ray

Sans titre 1970

Penone Giuseppe

Foglia (Feuille) 2011

Sierra Santiago

Diamond Traffic Kills 2006

Venet Bernar

8 Arcs In Disorder 2005

Martin Jason

Sans titre 2014

Perry Grayson

Doll Pendant 2008

Sodi Bosco

Sans titre 2017

Venet Bernar

Effondrement : 7 Angles 2016

Mathieu Georges

Hommage à Odoacre 1959

Picasso Pablo

Visage rond 1972

Soto Jesús Rafael

Sans titre 1968

Venet Bernar

Ligne indéterminée 1985

Matta Roberto

Totem, Séville 1990 s

Picasso Pablo

Visage aux taches 1972

Soto Jesús Rafael

Baléares 2004

Viallat Claude

Sans titre 2016

Matta Roberto

Pour Germana Undated

Picasso Pablo

Le Grand Faune 1973

Spoerri Daniel

Grenouille à la pince 1998

Villeglé Jacques

Yes 2008

Melotti Fausto

Moon 1971

Plensa Jaume

One Thought Fills Immensity 2009

Stella Frank

Sans titre 2010

Morellet François

Trames 1971

Plensa Jaume

Twins 2014

Stella Frank

Sans titre 2009

Wang Keping

Eclipse 2021

Morellet François

D’après réflexion 2012

Pomodoro Arnaldo

Sans titre 1989

Sugimoto Hiroshi

Oculist Witness 2015

Warhol Andy

Times 5 1988

Pomodoro Arnaldo

Collana con sfera 1963

Weiner Lawrence

Human Rights Adornment 2014

Pomodoro Giò

Sans titre 1967

Wurm Erwin

Cucumber 2014

N

S

T

Nahon Brigitte

Diane 2008

Nesbitt Lowell

Lily 1972

Q

Nevelson Louise

Sans titre 1985-1986

Quinn Marc

Nikolaidis Alexandros

Roxanne 2020

R

Noble Tim Webster Sue

Fucking Beautiful 2004

Ramette Philippe

Bague pour prendre toujours la bonne direction 2021

Rauschenberg Robert

Sans titre 1990

Uecker Günther

Sans titre 2010-2011

Ufan Lee

Sans titre 2012

O

Orchid Ring, Large 2009

Oka Donner Michele

Thalasa’s Reef 2011

Reinoso Pablo

Hula Hoop 2017

Ono Yoko

Imagine Peace 2004

Revich Yury

Infinite Sound Ware 2020

Oppenheim Meret

Tête de poète 1967

Rickey George

Two Lines with Spirals 1975

Takis Vassilakis

Sans titre 1970

Takis Vassilakis

Sans titre Circa 1980

Tanning Dorothea

Miss Octopus 1966

Toguo Barthélémy

Carpe diem 2013

U V Valentine DeWain

For Diane 1987

W

X Y Z


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A

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Diamètre : 7.5 cm Chaine : 100 cm

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Abdessemed Adel

Game 2016

Appel Karel

Clown with Diamond Eyes 1980

Arman

Inclusion 1972

Arman

Accumulation de clous et vis 1967

Arp Jean (Hans)

Pique 1967

Arp Jean (Hans)

Tête de bouteille et moustache 1960

Attia Kader

Menottes 2007


B Balla Giacomo

Fibule 1992

Barceló Miquel

Hameçon et Appât 2009

Bell Larry

Luxite (Beach Glass) Stone 2021

Benglis Lynda

Brooch 2000

Bloch Pierrette

Sans titre 2010

Boël Delphine

The Golden blabla Ring 2012

Bourgeois Louise

Barre de métal 1998

Braque Georges

Asteria 1963

Braque Georges

Ciré 1962

Braque Georges

Hera 1960 s

Buffe Nicolas

Shoot’em up

Bury Pol

Sans titre 1968

41

2018

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10.5 x 10 cm

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C Cabrita Reis Pedro

B2 2015

Calder Alexander

Sans titre 1940 s

Calder Alexander

Sans titre 1950 s

Cardinali Faust

Pesce fuor d’acqua 2019-2020

Caro Anthony

BB-7 2008

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8 x 6 x 0.5 cm

Castellani Enrico

Superficie 2012

César

Petite compression 1980 s

César

Compression 1960 s

Chamberlain John

Sans titre 1998

Chapman Dinos

Wingnut and Bolt Choker, Jubilee Clip 2010

Cocteau Jean

Madame 1960 s

Chevalier Miguel

Mini-Cubes 2011

Concari Sheila

Pink and Black Medusa 2018

Chia Sandro

Sans titre 2012

Corneille

L’Oiseau bariolé 1994/2005

Craig-Martin Michael

Light Bulb 2007

Cruz-Diez Carlos

Chromo-interférence 2013

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D Dalí Salvador

Montre petite cuillère 1957

De Chirico Giorgio

Gli archeologi 1972 (circa)

De Jong Jacqueline

Pomme de Jong 2017

De Saint-Phalle Niki

L’Œil 1991

De Saint-Phalle Niki

Nana Ange 1991

Delvoye Wim

Sans titre 2011

Derain André

Grande tête ronde 1952

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150 % de la taille réelle 11.2 x 2.5 cm

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Ernst Max

Tête triangle 1959

Ernst Max

Sans titre 1935


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F Falkenstein Claire

Sans titre 1955 (circa)

Feipel Martine Bechameil Jean

Believer 2020

Fontana Lucio

Concetto spaziale 1950 (circa)

Fontana Lucio

Elisse Concetto spaziale 1967

0

1

2

150 % de la taille réelle 16 x 6 x 17 cm

3

4

5


G

46

0

1

18 x 1.5 cm

2

3

4

5

6

Giacometti Alberto

La Sirène 1935 (circa)

Gormley Antony

Sans titre 2003

7

8

9


47

H Hains Raymond

Seita 1 2000

Haring Keith

Crawling Baby 1989

Hirst Damien

Phil Charm Bracelet 2004

Honegger Gottfried

Sans titre 1998

Horn Rebecca

Medusa 2011

0

1

5.5 x 5.5 cm

2

3

4

5

6


48

I Indiana Robert

0

1

2

200 % de la taille réelle 2.9 x 2.5 x 1.9 cm

3

Love 1967


J Johnson Rashid

49

Gold Signet Ring (from ‘Anxious Men’) 2020

K Kapoor Anish

Water Pendant 2008

Kapoor Anish

Two Sided Ring 2005

King Phillip

Liaisons amoureuses 2017

Koons Jeff

Rabbit Necklace 2005-2009

Kounellis Jannis

Sans titre (Labbra) 2012

Kusama Yayoi

Sans titre 1962 (circa)

0

1

2

8.8 x 6.9 x 4.7 cm

3

4

5

6

7


50

L

0

1

7.8 x 5.8 cm

2

3

4

5

6

Le Parc Julio

M-5-R 2010

Léger Fernand

Sans titre 1950 s

Lichtenstein Roy

Modern Head 1968

Lipchitz Jacques

Jerusalem 1970

Longo Robert

Bullet Hole Ring 2020


51

M Man Ray

Optic Topic 1974

Man Ray

Hommage 1973

Man Ray

Le Trou 1970

Man Ray

Pendentif-Pendant 1970

Martin Jason

Sans titre 2014

Mathieu Georges

Hommage à Odoacre 1959

Matta Roberto

Totem, Séville 1990 s

Matta Roberto

Pour Germana Undated 0

Melotti Fausto

Moon 1971

Morellet François

Trames 1971

Morellet François

D’après réflexion 2012

1

9 x 6.4 cm

2

3

4

5

6

7


52

N

0

1

2

15.2 x 6.4 x 5.1 cm

3

4

5

6

7

Nahon Brigitte

Diane 2008

Nesbitt Lowell

Lily 1972

Nevelson Louise

Sans titre 1985-1986

Nikolaidis Alexandros

Roxanne 2020

Noble Tim Webster Sue

Fucking Beautiful 2004


53

O Oka Donner Michele

Thalasa’s Reef 2011

Ono Yoko

Imagine Peace 2004

Oppenheim Meret

Tête de poète 1967

Oppenheim Meret

Clip tournant 2003

ORLAN

Tête de fou 2010

0

1

2

75 % de la taille réelle 10 x 12.8 cm

3

4

5

6

7

8

9

10


54

P

0

1

2

50 % de la taille réelle 20 x 11.5 cm

3

4

5

6

7

8

9

10

Paladino Mimmo

Sans titre 1984-2004

Paolini Giulio

Atena Lemnia 2016

Penone Giuseppe

Foglia (Feuille) 2011

Perry Grayson

Doll Pendant 2008

Picasso Pablo

Visage rond 1972

Picasso Pablo

Visage aux taches 1972

Picasso Pablo

Le Grand Faune 1973

Plensa Jaume

One Thought Fills Immensity 2009

Plensa Jaume

Twins 2014

Pomodoro Arnaldo

Sans titre 1989

Pomodoro Arnaldo

Collana con sfera 1963

Pomodoro Giò

Sans titre 1967


55

Q Quinn Marc

Orchid Ring, Large 2009

0

1

1.9 x 5 cm

2

3

4

5


56

0

1

2

150 % de la taille réelle 5 x 5 cm

3

4

5

6

7

R Ramette Philippe

Bague pour prendre toujours la bonne direction 2021

Rauschenberg Robert

Sans titre 1990

Reinoso Pablo

Hula Hoop 2017

Revich Yury

Infinite Sound Ware 2020

Rickey George

Two Lines with Spirals 1975

Rondinone Ugo

Monday 2012

Rotella Mimmo

Affiche lacérée 1993


57

S Serrano Andres

Crucifix Ring 2015

Severini Gino

Sans titre 1940 s

Sierra Santiago

Diamond Traffic Kills 2006

Sodi Bosco

Sans titre 2017

Soto Jesús Rafael

Sans titre 1968

Soto Jesús Rafael

Baléares 2004

Spoerri Daniel

Grenouille à la pince 1998

Stella Frank

Sans titre 2010

Stella Frank

Sans titre 2009

Sugimoto Hiroshi

Oculist Witness 2015

0

1

2

4.4 x 8.2 x 5 cm

3

4

5


58

T 0

1

2

150 % de la taille réelle 5.9 x 5.6 cm

3

4

5

6

Takis Vassilakis

Sans titre 1970

Takis Vassilakis

Sans titre Circa 1980

Tanning Dorothea

Miss Octopus 1966

Toguo Barthélémy

Carpe Diem 2013


59

U Uecker Günther

Sans titre 2010-2011

Ufan Lee

Sans titre 2012

0

1

2

4.8 x 2.5 x 1.5 cm

3

4

5

6


60

V 0

1

36 cm

2

3

4

5

6

7

Valentine DeWain

For Diane 1987

Vari Sophia

Ulysse 2012-2013

Vasarely Victor

Jolie 1985 (circa)

Vasarely Victor

Jolie 1985 (circa)

Vasconcelos Joana

Emblem of Fundação Joana Vasconcelos 1990

Venet Bernar

GRIB 2012

Venet Bernar

8 Arcs In Disorder 2005

Venet Bernar

Effondrement : 7 Angles 2016

Venet Bernar

Ligne indéterminée 1985

Viallat Claude

Sans titre 2016

Villeglé Jacques

Yes 2008

8


61

W Wang Keping

Eclipse 2021

Warhol Andy

Times 5 1988

Weiner Lawrence

Human Rights Adornment 2014

Wurm Erwin

Cucumber 2014

0

1

2

4 x 4 cm (chaque pièce)

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18


62

COLOPHON


63

Editeur / Publisher

Cercle Cité Agence luxembourgeoise d’action culturelle

Réalisation graphique / Graphic design

Rose de Claire, Design.

Photographies / Photographs

Didier Antiques Ltd, Martin Argyroglo, Yann Delacour, Gregory Favre, Martine Feipel & Jean Bechameil, Philippe Gontier, Sherry Griffin, Louisa Guinness, Xinyi Hu, Alain LePrince, Brian Moghadam, Damian Noszkowicz, Philippe Servent, Mathieu Tessier

Textes / Texts

Florence Lehmann, Marie-Anne Lorgé, Lydie Polfer, Diane Venet, Anouk Wies, Marie-Amélie zu Salm-Salm

Relecture et traductions / Proofreading and translations

Patrick (Boris) Kremer

Typographies / Typefaces

Canela, Roboto, Frutiger LT Std

Impression / Print

Imprimerie centrale

Scénographie / Exhibition design

NJOY

Partenaires / Partners

Institut Français Association Victor Hugo Ambassade de France

Remerciements / Acknowledgements

Nous aimerions exprimer notre gratitude aux partenaires, prestataires et à toutes les personnes ayant contribué à la réalisation de l’exposition et de cette publication, en particulier Bruno Perdu, Laurence Lochu ; Nathalie Jacoby, Maria Barrales ; ALIPA Group ; Fred Reckinger, Christoph Reckinger, Antonio Reis ; Bernard Ceysson, François Ceysson, Loïc Bénétière, Alexandre Brugière, Arlette Klein ; Jacki Mansfield ; Laurène Him, Iyoshi Kreutz, Saskia Raux, Marion Vergin, Anouk Wies. ISBN 978-2-9199438-4-5 © Cercle Cité – Agence luxembourgeoise d’action culturelle, Luxembourg, 2021 Le Cercle Cité est soutenu par la Ville de Luxembourg


te mpression 0s

Cocteau Jean

Madame 1960 s

Cucchi Enzo

Storm 1991

Del Pezzo Lucio

Sans titre 1968

Feipel Martine Bechameil Jean

Believer 2020

Haring Keith

Crawling Bab 1989

mpression 0s

Concari Sheila

Pink and Black Medusa 2018

Dalí Salvador

Montre petite cuillère 1957

Delvoye Wim

Sans titre 2011

Fontana Lucio

Concetto spaziale 1950 (circa)

Hirst Damien

Phil Charm Bracelet 2004

s titre 8

Corneille

L’Oiseau bariolé 1994/2005

De Chirico Giorgio

Gli archeologi 1972 (circa)

Derain André

Grande tête ronde 1952

Fontana Lucio

Elisse Concetto spaziale 1967

Honegger Gottfried

Sans titre 1998

gnut and Choker, ilee Clip 0

Coulentianos Costa

Sans titre 1990 s

De Jong Jacqueline

Pomme de Jong 2017

Ernst Max

Tête triangle 1959

Giacometti Alberto

La Sirène 1935 (circa)

Horn Rebecca

Medusa 2011

i-Cubes 1

Craig-Martin Michael

Light Bulb 2007

De Saint-Phalle Niki

L’Œil 1991

Ernst Max

Sans titre 1935

Gormley Antony

Sans titre 2003

Indiana Robert

Love 1967

s titre 2

Cruz-Diez Carlos

Chromointerférence 2013

De Saint-Phalle Niki

Nana Ange 1991

Falkenstein Claire

Sans titre 1955 (circa)

Hains Raymond

Seita 1 2000

Kapoor Anish

Water Pendan 2008