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Enfants

Mars 2014

Rapport pour les marraines et parrains

Enfants à l’école : les petits entrepreneurs

Enfants des rues : se construire un avenir

Force de vie : faire face à la guerre


Sommaire 4 ■ Colombie La menuisière de Canoas 6 ■ Éthiopie Senait peut retourner à l’école 7 ■ Nicaragua « J’aimerais devenir entrepreneuse » 8 ■ Haïti « Maintenant, nous avons de nouveau une vraie école » 10 ■ Ouganda Transmettre le bonheur 11 ■ T chétchénie Kerim a retrouvé l’usage de la parole 12 ■ Bangladesh Des maçonnes et des couturiers 14 ■ Portrait d’un donateur « On m’a fait confiance » 15 ■ Bolivie Abandonné à la gare 16 ■ Rwanda Après la rue, un talent prometteur 18 ■ Brésil Une meilleure voie que la rue 20 ■ Interview « Il faut parfois une aide extérieure » 21 ■ Philippines Typhon, pauvreté, trafic d’enfants 22 ■ Cuba Quand les parents sont des experts 24 ■ Bolivie La mère de Cochabamba 26 ■ Palestine « Ma fille rit à nouveau » 28 ■ Colombie Violeta et la boîte à soucis lilas 30 ■ Tadjikistan Umed Nurmatov : champion olympique 32 ■ Questions des parrains – réponses des enfants 2  Caritas   «Enfants» 2014

Le monde vu par Braise Agaba, 10 ans, un enfant des rues du Rwanda.

Photo de couverture : Suane Melo Barreirinhas/PIAJ ; rédaction et mise en page : Caritas Suisse ; papier : Carisma Silk, 100 % recyclé


Un monde plus ju ste pa s à pa s Chère marraine, cher parrain, « Je suis si reconnaissante d’avoir à nouveau un avenir », assure Senait. Grâce à Caritas, cette jeune Éthiopienne peut aller à l’école au lieu de devoir se marier à quatorze ans. Donner un avenir aux enfants et contribuer à ce qu’ils puissent faire quelque chose de positif de leur vie, c’est, ni plus ni moins, le but des parrainages d’enfants de ­Caritas. Franciy de Colombie, Joselín du Nicaragua, ­Senait d’Éthiopie, Marie-Christella d’Haïti, Jacqueline d’Ouganda, Kerim de T chétchénie, Gualberto de Bolivie, Emmanuel du Rwanda, Flávio du Brésil, Gabriela de Cuba, Neama de Palestine, Umed du Tadjikistan sont tous les héros de nos rapports sur les parrainages d’enfants de Caritas partout dans le monde. Ils sont heureux d’aller à l’école, de recevoir de l’amour et de l’affection et de pouvoir tracer leur voie la tête haute, avec des personnes qui croient en eux. Malgré la pauvreté, le manque de soins, les traumatismes, les handicaps et la violence. « Si j’ai réussi ma vie, c’est notamment parce qu’il y a sans cesse eu des gens qui m’ont fait confiance », déclare August Flammer, parrain de Caritas. Ce professeur émérite de psychologie sait qu’un parrainage ne change pas le monde, mais produit un effet bien concret dans la vie de certains enfants. C’est merveilleux, chère marraine, cher parrain, que vous soyez de ceux qui font confiance aux enfants. Vous savez que l’avenir du monde est entre leurs mains. Et vous croyez qu’ils réussiront à le rendre meilleur. Je vous remercie de tout cœur de votre générosité. Pia Käch Parrainages d’enfants de Caritas

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Enfants à l’école  ■ Colombie

La m en uisière de Canoa s Franciy a quinze ans. Elle fréquente une école spéciale qui enseigne aussi l’agriculture et la culture de son peuple.

« Mon père est guérisseur. Il connaît bien la nature et sait comment soigner les gens et les animaux », explique Franciy Heliseth Guetio Puni avec une fierté évidente. Franciy veut apprendre tout ce qui a trait à sa culture et elle en connaît déjà un bon bout : par exemple l’art du tissage et des motifs traditionnels, ainsi que la danse. Elle aimerait mieux maîtriser la langue locale, afin de pouvoir plus tard la transmettre. Soigner des bœufs et construire des meubles

Franciy appartient à la tribu des Paez qui peuple la réserve de Canoa dans le Département du Cauca en Colombie. Les Paez se trouvent pris entre tous les fronts de la guerre civile ; leur survie est particulièrement menacée. Voici déjà cinq ans, la Cour constitutionnelle a averti que les hostilités risquaient d’entraîner la disparition complète de ce peuple. Franciy est consciente de la problématique : « Plus tard, j’aimerais faire partie du conseil indigène, afin de pouvoir défendre les intérêts de notre peuple. » La jeune fille prend le bon chemin pour réaliser ces rêves ambitieux. En lieu et place d’une école normale, elle fréquente l’école agricole de Juan Tama qui, en plus des matières habituelles, enseigne aussi la culture et la langue des Paez, l’artisanat d’art et l’agriculture durable. « En ce moment, nous étudions l’élevage : comment castrer un porc et aider à la naissance d’un porcelet ou comment soigner un bœuf blessé. J’apprends aussi la menuiserie et peux déjà fabriquer des meubles toute seule », rapporte Franciy avec enthousiasme.

Un gros investissement personnel

Pour acquérir ces connaissances, Franciy est prête à investir beaucoup de temps et d’énergie. Ses journées commencent à cinq heures du matin. Quand les cours débutent à sept heures moins le quart, Franciy a déjà une heure de marche derrière elle. Les branches sont variées : entre les leçons en classe, les élèves effectuent des tâches communautaires et s’occupent de projets agricoles. Une fois de retour à la maison le soir, Franciy aide encore ses parents, malgré la fatigue, dans les plantations de café et de maïs. Ce gros investissement personnel en vaut la peine : avec le diplôme délivré par Juan Tama, Franciy disposera d’un précieux certificat de l’école professionnelle nationale colombienne qui lui permettra de gagner sa vie dans l’agriculture ou d’accéder à une formation supérieure. Mais d’ici là, il y aura encore beaucoup d’efforts à fournir. ■

À côté des matières habituelles, Franciy, 15 ans, apprend aussi à castrer les porcelets et à construire des meubles.

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Texte : Dominique Schärer ; photo : Daniel Rueda


Colombie : votre part d’un monde plus juste

La main à l’ouvrage L’école professionnelle et agricole de Juan Tama dans le Département du Cauca propose, à côté d’un diplôme de fin d’études secondaires, une formation en éco-agriculture et en culture traditionnelle indigène. Les jeunes, pour la plupart indigènes, mais aussi blancs et afro-colombiens peuvent d’une part mettre directement en pratique ce qu’ils ont appris dans leur village d’origine, d’autre part accéder à l’Université. Par sa neutralité vis-à-vis des acteurs armés, l’école

constitue une sorte d’oasis dans la guerre civile ­colombienne.

Bon à savoir : – En 2013, 189 enfants et adolescents ont fréquenté l’école. –  Un porcelet coûte 190 francs. – 20 élèves ont obtenu leur maturité en 2013 et cinq d’entre eux ont commencé des études. ■ www.caritas.ch/enfants/colombie-ecole

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Enfants à l’école  ■ Éthiopie

Senait peut reto urner à l’éco le Pour des raisons financières et traditionnelles, beaucoup de filles sont mariées très jeunes en Éthiopie. Ce sort a été épargné à Senait Tesfa­ mariam. Cette adolescente de quatorze ans fréquente une école de Caritas et se réjouit de pouvoir bientôt pourvoir elle-même à ses besoins.

Senait aime l’école. Cette élève studieuse s’engage dans les clubs de l’école et a de grands projets d’avenir : « ­  J’aimerais devenir médecin  », déclare-t-elle en toute confiance. Voici peu, elle rêvait surtout de rester enfant. Car ses parents prévoyaient de la marier et l’avaient donc retirée de l’école, à l’âge de douze ans. La fillette était alors en quatrième année. La famille de Senait, qui compte huit enfants, peine à subvenir à ses besoins avec sa production agricole. Le père est parti Depuis qu’elle peut retourner à à l’étranger pour gagner de l’argent. Dans les rél’école, Senait, 14 ans, a un avenir. gions les plus pauvres d’Éthiopie, le mariage des filles représente toujours une charge financière en moins pour les parents. Mais c’est aussi une tradition. « Beaucoup de parents n’ont euxmêmes reçu aucune instruction, relève le directeur de l’école de Senait, Ato Berhe Kidane. Aussi est-il difficile de les convaincre de l’importance de l’école. » Rendues attentives au fait que Senait avait été retirée de l’école, l’association parents-enseignants et les autorités ont pressé la mère de renoncer à ce mariage et finalement réussi à la convaincre. Senait a maintenant retrouvé ses camarades. « Je suis si reconnaissante », déclare l’in6  Caritas   « Enfants » 2014

téressée qui n’a jamais voulu de ce mariage précoce. « J’ai de nouveau un avenir. » ■

Éthiopie : votre part d’un monde plus juste

L’école pour les enfants des campagnes Au nord et à l’est de l’Éthiopie, Caritas soutient des écoles dans les campagnes. Elle tient particulièrement à scolariser les filles ou à leur éviter d’interrompre leur scolarité. Les écoles se caractérisent par la qualité des cours. À côté des matières habituelles, elles transmettent des informations sur les droits humains, ainsi que sur les droits de la femme et de l’enfant. Il est notamment question d’excision, de mariage des filles et du VIH/sida. Bon à savoir : – Sur le haut plateau de Hararghe, 3000 enfants et adolescents ont accès à l’école primaire dans treize établissements scolaires. – Dans la région du Tigray au nord, trois écoles publiques réunissant en tout 600 élèves sont soutenues par Caritas. – La somme de 550 francs permet d’acheter des bancs d’écoles pour 20 enfants. ■ www.caritas.ch/enfants/ethiopie

Texte : Ulrike Seifart ; photos : ECC-ADCS, Andreas Schwaiger 


Enfants à l’école  ■ Nicaragua

« J’aim erais deve nir entrepre neuse » Joselín del Carmen Hernández Galeano, une jeune Nicaraguayenne de onze ans, va à l’école grâce à Caritas, malgré son pénible travail de vendeuse de rue. Elle rêve de devenir entrepreneuse.

De quoi sont faites tes journées, Joselín ?

Je me lève à six heures pour aider ma mère à préparer les bananes frites que je vends ensuite à l’arrêt de bus avec du fromage et du poulet. Puis je vais faire mes devoirs au cours d’appui. L’aprèsmidi, nous avons cours jusqu’à cinq heures et demie. Ensuite, je travaille à nouveau jusqu’à huit heures. J’arrive à la maison à huit heures et demie.

l’école. J’aime assumer des responsabilités et aider mon frère à faire ses devoirs. Qu’est-ce qui est particulièrement difficile pour toi ?

L’an passé, j’ai eu un accident en cuisant les bananes. La table était branlante et une casserole remplie d’eau chaude s’est renversée sur moi. Je me suis brûlé les deux jambes. C’était affreusement douloureux. Ma mère a appliqué une pommade qui m’a soulagée. Depuis, c’est elle qui s’occupe de la cuisson. As-tu un rêve pour l’avenir ?

J’aimerais devenir entrepreneuse, obtenir un diplôme en économie d’entreprise et avoir mon propre ordinateur. Comme ma tante. J’aimerais progresser à l’école et aider ma mère et mon frère. ■

Ce sont de très dures journées. Y a-t-il quelque chose qui te plaît particulièrement ?

Oui, j’aime apprendre et ma mère m’encourage à aller à

Nicaragua : votre part d’un monde plus juste

À l’école malgré le travail Dans les régions de San Lucas et Posoltega au Nicaragua, Caritas permet à des enfants qui travaillent d’aller à l’école. Beaucoup de familles sont si pauvres qu’elles dépendent du revenu des enfants. Caritas a pour but de limiter le travail des mineurs et de le rendre moins dangereux.

Texte : Dominique Schärer ; photos : Keyla Miranda Rodríguez, INPRHU

Bon à savoir : – Selon des estimations, entre 80 000 et 90 000 ­enfants travaillent au Nicaragua et ne vont que rarement ou pas du tout à l’école. – L’Instituto de Promoción Humana (INPRHU) et l’Asociación Los Quinchos, tous deux partenaires de Caritas, permettent à 800 enfants de bénéficier de cours d’appui. – Un set de base comportant des crayons, des ­cahiers et des cartables coûte environ 13 francs. ■ www.caritas.ch/enfants/nicaragua

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Haïti : votre part d’un monde plus juste

Un bon enseignement dans des bâtiments conformes aux normes antisismiques Dans la région située au sud de la capitale Portau-Prince, le programme de parrainages d’enfants de Caritas comporte désormais cinq nouvelles écoles construites selon les normes antisismiques. Cela ­garantit la qualité de l’enseignement dispensé dans les nouveaux bâtiments. Les parrains et marraines continuent à soutenir l’école qui accueille près de 1600 enfants du quartier pauvre de Trou Sable dans la ville des Gonaïves.

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Bon à savoir : – 1255 élèves de deuxième année ont reçu des livres de français et de mathématiques. – Les cinq nouvelles écoles proposent au total de la place pour 2500 enfants avides de connaissances. – 60 maîtres et maîtresses d’école primaire ont pu suivre une formation continue. ■ www.caritas.ch/enfants/haiti


Enfants à l’école  ■ Haïti

« Maintenant, no us avons de no uveau un e vraie école » Pendant plus de trois ans, les enfants de ­Gressier, Darbonne et Bolosse ont dû aller à l’école sous des abris en plastique. Maintenant, ils ont enfin de vrais bâtiments.

Marie-Christella est fière de sa nouvelle « vraie » école. Il s’agit de Saint Vincent de Paul à Gressier. Lorsqu’un séisme dévastateur a frappé Haïti en janvier 2010, cette fillette, aujourd’hui âgée de 13 ans, était en deuxième année. Par chance, elle et sa famille ont survécu à la catastrophe, mais l’école a été complètement détruite. Les deux années suivantes ont été très exigeantes. Les cours ont été dispensés sous des abris en plastique. Marie-­ Christella a participé à la fête d’inauguration de l’école avec ses camarades. Elle se réjouit de découvrir l’imposant bâtiment, construit selon les normes antisismiques, et les belles salles de classe. Mais un détail qui semble aller de soi lui fait particulièrement plaisir : des toilettes séparées pour garçons et filles. « Maintenant, nous n’avons plus besoin d’attendre d’être à la maison pour aller aux toilettes », relève-t-elle. Il y a des parents qui n’envoient plus leurs filles adolescentes à l’école quand il n’y a pas d’installations sanitaires.

En octobre 2013, 1640 élèves ont commencé les cours dans les trois nouvelles écoles de Gressier, Darbonne et Bolosse. Chacun de ces établissements compte quinze salles de classe équipées de bancs pour 40 élèves. Mais l’infrastructure ne fait pas tout. C’est pourquoi les parrains et marraines de Caritas assurent le bon fonctionnement des écoles : par un soutien technique et financier, par des outils didactiques, par une formation continue et par la mise en place de comités de parents. Au tour des élèves maintenant

Dans le cadre de son programme de reconstruction, ­Caritas Suisse terminera bientôt deux autres écoles dans les hameaux de Chauffard et Delatte. « Une nouvelle page s’écrit maintenant », déclare Grégory, un élève de neuvième. Et de préciser : « Dorénavant, ce sont nos résultats scolaires qui sont au centre. » ■

La qualité compte

L’inauguration marque aussi un tournant pour Alenise Massenat, membre du comité pour la reconstruction de l’école Saint Vincent de Paul : « Je suis très satisfaite du nouveau bâtiment, mais nous serons tous encore beaucoup plus satisfaits quand nous verrons les progrès scolaires de nos enfants. » Au-delà des locaux, les parrainages de Caritas veillent à la qualité de l’enseignement prodigué par les nouvelles écoles. Texte : Stefan Gribi ; photos : Peter Eppler, Caritas Suisse

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Enfants à l’école  ■ Ouganda

Transm ettre le bo nheu r École secondaire, gymnase, Université : le parcours de Jacqueline Kembabazi, 28 ans, ne va pas de soi. Il a fallu l’aide de Caritas et beaucoup d’ambition.

Jacqueline vient d’un village pauvre d’Ouganda. Son père est mort du sida en l’an 2000 et sa mère est porteuse de la maladie depuis des années. Sur les neuf enfants de la famille, quatre seulement ont pu aller à l’école. Lorsque le père est tombé malade, il n’y avait plus assez d’argent. Jacqueline avait été amèrement déçue. La petite fille a eu de la chance : Caritas et son organisation partenaire, les Sisters of Our Lady of Good Counsel ont pris en charge les coûts Jacqueline, 28 ans, aimerait de l’école et l’achat des bien redonner une part de ce livres. « Les deux organiqu’elle a reçu. sations m’ont permis de suivre une formation  ; elles ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui », assure Jacqueline. Sa préférence pour les chiffres et le rôle de comptable joué à l’école l’ont en outre motivée à passer un diplôme après l’école secondaire et à terminer ses études par un Bachelor en comptabilité. Aider les autres

Jacqueline est aujourd’hui mariée et mère d’un fils. Son travail de comptable chez les Sisters of Our Lady of Good Counsel la comble à plus d’un titre : elle peut ainsi redonner quelque chose à ceux qui l’ont aidée et perçoit un salaire suffisant pour aider sa mère, ainsi que ses frères et 10  Caritas   « Enfants » 2014

sœurs : « J’aimerais bien ouvrir un petit commerce avec d’autres orphelins et reverser une partie du bénéfice aux Sœurs. » ■

Ouganda : votre part d’un monde plus juste

Une chance pour les orphelins du sida Partenaires de Caritas, les Sisters of Our Lady of Good Counsel permettent aux orphelins du sida d’aller à l’école et de suivre une formation professionnelle. Les enfants comme les familles d’accueil sont suivis de près par des travailleurs sociaux. Bon à savoir : – 129 orphelins de père et/ou de mère peuvent aller à l’école et suivre une formation. – L’uniforme scolaire coûte quatre francs par ­enfant. – Avec huit francs, on peut fournir du matériel scolaire tel que livres, cahiers et crayons à un enfant pendant une année. ■ www.caritas.ch/enfants/ouganda

Texte : Ulrike Seifart ; photos : Joseph Kitsha Kyasi, Kathrin Wyss


Enfants à l’école  ■ Tchétchénie

Kerim a retrouvé l’usage de la paro le Avec le soutien des marraines et parrains, ­Caritas a ouvert en Tchétchénie des écoles maternelles pour les enfants traumatisés par la guerre. Le système scolaire tchétchène ­s’inspire aujourd’hui des jardins d’enfants de Caritas. Histoire d’une réussite.

Kerim était un enfant silencieux. Il ne parlait pas. Il ne jouait pas. Le petit garçon était anxieux et irritable lorsqu’il est entré au jardin d’enfants COBEC* de Caritas à l’âge de cinq ans. Kerim est aujourd’hui un garçon de dix ans, joyeux et plein d’entrain. Kerim est un enfant très affecté par les conséquences de la guerre, comme beaucoup d’autres en T chétchénie. Son mutisme était un symptôme de stress typique. En 2006, Caritas a lancé un programme visant à aider les enfants dans leur développement. L’œuvre d’entraide a volontairement commencé là où s’esquisse l’avenir des gens : durant la phase de formation précoce, au jardin d’enfants et à l’école maternelle. Des méthodes modernes

Les conditions en Tchétchénie se sont améliorées. Les enfants en bas âge ne sont plus marqués par les conséquences de la guerre. Mais les institutions de la COBEC restent nécessaires. Car les méthodes d’enseignement pratiquées dans les jardins d’enfants ont depuis fait école : l’environnement détendu et l’accès ludique à la connaissance portent leurs fruits. Les enfants qui sont passés par les institutions de la COBEC ont un parcours scolaire couronné de succès. C’est la raison pour laquelle le Ministère de l’éducation tchétchène reprend ces méthodes pour les établissements préscolaires publics. Un succès pour Caritas. Avec ses jardins d’enfants, l’œuvre d’entraide contribue au développement durable du pays. ■

Texte : Iwona Swietlik ; photo : Initiativa   * COBEC = Community Based Early Childhood Education

Tchétchénie : votre part d’un monde plus juste

Caritas fait école Caritas s’engage pour que les enfants tchétchènes soient éduqués d’après les principes de la pédagogie moderne et passent malgré tout par le cursus public. Une promotion intégrale des enfants en bas âge soutient le développement pacifique d’une société minée par la guerre. Les maîtresses d’école enfantine bénéficient d’une formation continue. Bon à savoir : – Dans quatre villages, 320 enfants socialement défavorisés peuvent actuellement fréquenter un jardin d’enfants de Caritas. – Depuis 2006, 1900 bambins ont passé par les jardins d’enfants de Caritas. – Durant l’année scolaire 2012/2013, 280 enseignantes ont suivi une formation continue développée par Caritas et la COBEC. ■ www.caritas.ch/enfants/tchetchenie

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Kinder in die Schule  ■  Bangladesh : votre part d’un monde plus juste

Une formation pour la vie Les parrainages d’enfants de Caritas soutiennent deux des 23 complexes scolaires du Centre for Mass Education in Science (CMES). Grâce à l’initiative du physicien Ibrahim Muhammad, quelque 20 000 élèves de milieux défavorisés ont aujourd’hui accès à une formation. Une filière unique en son genre leur dispense, à côté d’une formation scolaire de base, une formation pratique qui leur permet de développer leurs propres moyens de subsistance.

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Bon à savoir : – En 2013, 1100 enfants et adolescents ont reçu une formation dans les deux complexes scolaires soutenus par Caritas : Jaldhaka et Malgara. – Le matériel scolaire nécessaire pour une année d’école primaire coûte entre 90 et 150 francs pour 30 élèves. – Des pompes solaires ont été installées dans 7 écoles et 2500 enfants ont ainsi eu accès à l’eau potable. ■ www.caritas.ch/enfants/bangladesh


Enfants à l’école  ■ Bangladesh

De s maçonne s et de s co utur iers Bashu Dev Gosh est convaincu de la nécessité de préparer ses élèves à la vie active dès leur plus jeune âge. Car c’est, selon lui, par le biais d’une formation complète qu’on peut s’extraire de la pauvreté. Il enseigne à l’école de Malgara, l’un des établissements du Centre for Mass Education in Science (CMES) soutenus par les parrains et marraines de Caritas au Bangladesh.

Une formation complète pour les enfants issus des milieux les plus défavorisés : les compétences de base telles que lire, écrire et calculer ne sont-elles donc pas suffisantes ?

Non. Quand on est aussi pauvre que les habitants de Malgara au nord du Bangladesh, on est obligé de développer des capacités et des aptitudes très diverses pour pouvoir engranger un revenu et nourrir sa famille. C’est pourquoi il est utile d’enseigner la couture, la maçonnerie et la charpenterie, la culture de champignons et l’apiculture à mes élèves. Ce sera plus tard leurs moyens de subsistance. Par formation complète, vous entendez donc l’apprentissage de plusieurs aptitudes pratiques ?

Pas seulement. À côté du bengali, nous enseignons naturellement aussi l’anglais, les mathématiques, les sciences naturelles et des rudiments d’économie d’entreprise. Une formation complète inclut diverses aptitudes ; elle allie culture générale et compétences en matière d’organisation, d’artisanat et d’économie.

Des élèves sont préparés à la vie active dès l’âge de onze ans. Ne risque-t-on pas de favoriser ainsi le travail des mineurs ?

Nous sommes absolument conscients de ce problème. Nous y sensibilisons aussi notre personnel. Mais le fait est que ce sont justement les familles pauvres qui envoient souvent leurs enfants au travail. Beaucoup d’entreprises exploitent la pauvreté et la détresse de ces familles. Comment le programme protège-t-il les élèves contre l’exploitation ?

Nous sommes en contact aussi bien avec les familles qu’avec les chefs d’entreprises pour éviter le travail des mineurs et pour créer des conditions de travail sûres et équitables. Nous proposons en outre un service de conseil spécial pour les diplômés, afin de les renseigner sur leurs droits dans le contexte professionnel. Quelles sont les chances des diplômés de votre école sur le marché de l’emploi ?

Elles sont très bonnes. Comme les écoles publiques ne prévoient pas de formation pratique, nos élèves sont appréciés et recherchés par les employeurs. Mais nous sommes très satisfaits de voir que la plupart des diplômés se mettent à leur compte. Cela me conforte dans l’idée qu’une formation complète permet de s’extraire durablement de la pauvreté. Elle constitue pour ainsi dire le terreau du développement humain. ■

Il s’agit de renforcer la confiance en soi des filles pour leur permettre de s’épanouir. Texte : Iwona Swietlik ; photos : Pia Zanetti, Amrita Rozario

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« On m’a fait co nfiance »

Avec ses parrainages d’enfants, le professeur émérite de psychologie August Flammer veut s’inscrire dans la lignée de ceux qui comptent briser le cercle vicieux de la pauvreté. Quand August Flammer évoque ses parrainages, il s’exprime aussi en tant que psychologue du développement. « La formation des filles est un facteur clé pour l’avenir », déclare-t-il. Dans les pays en développement en particulier, la formation des filles est selon lui le seul moyen de briser le cercle vicieux de la pauvreté, de la maternité précoce, des enfants abandonnés sans formation et contraints de travailler. Un parrainage d’enfants de Caritas ne change peut-être pas la face du monde, mais peut tout à fait produire un effet ponctuel. Que ce soit en Suisse ou ailleurs : pour le bien-être de ses enfants, une société doit veiller au bien-être des parents et à l’intégration des familles qui doivent pouvoir déployer leur dynamique. Pas de temps pour les scouts

« Essayons au moins de créer un peu plus de justice à l’échelon local, par l’entraide entre voisins et l’amour du prochain, en somme par la solidarité », déclare August Flammer en regard de sa propre action. L’injustice est pour lui le « thème le plus douloureux de la vie ». Cet homme aujourd’hui âgé de 75 ans a grandi dans une petite ferme du canton de Saint-Gall avec « dix vaches, un cheval et sept bouches qui voulaient leur pitance ». Au village de son enfance, on vivait très pauvrement ; les en14  Caritas   «Enfants» 2014

fants devaient travailler du matin au soir : « Il n’y avait pas de place pour des après-midi chez les scouts ou pour des cours de musique. » Pour des raisons financières, August Flammer a d’abord choisi le métier d’enseignant et n’a entamé ses études de psychologie qu’à l’âge de 25 ans. Aujourd’hui, le professeur émérite tire le bilan d’une vie bien remplie et d’une carrière scientifique diversifiée.

« L’injustice est pour moi le thème le plus douloureux de la vie. » Trois fois grand-père, impliqué dans la vie sociale et ­politique de sa commune de Bolligen près de Berne, il s’adonne en outre à de nombreuses passions : la musique, la cuisine, le jardinage, le vélo. S’il a réussi sa vie malgré des conditions de départ difficiles, c’est notamment « parce qu’il y a sans cesse eu des gens qui m’ont fait confiance. » En tant que donateur, August Flammer a délibérément choisi Caritas et des organisations comparables : ce sont les grandes œuvres d’entraide professionnelles qui peuvent être contrôlées par le public. « J’attends d’elles qu’elles accomplissent leur travail à la base avec le plus de discernement possible et en parfaite connaissance de cause. » ■ Texte : Dominique Schärer ; photo : Andreas Schwaiger


Enfants des rues  ■ Bolivie

Abando nné à la gare Gualberto, 17 ans, a grandi à la campagne. À l’âge de dix ans, il s’est retrouvé dans les rues de La Paz – abandonné par sa famille, victime de la pauvreté.

Gualberto Ledezma Tola n’oubliera sans doute jamais le jour où, sept ans plus tôt, sa vie a changé d’un seul coup. Comme d’habitude, il s’était rendu avec son grand-père à la capitale La Paz pour y vendre des légumes. « Nous avons passé la nuit dans l’abri de la station de bus », raconte Gualberto à voix basse. «  Le lendemain, mon grand-père m’a dit de l’attendre un instant. J’ai attendu des heures. Il n’est jamais revenu. » Aujourd’hui, Gualberto, 17 ans, Si sa famille l’a abanva de nouveau à l’école. donné, c’est à cause de la misère et de la pauvreté : après le décès du père de Gualberto suite à un accident, sa famille a été chassée de la petite parcelle où elle cultivait de l’avoine, des haricots et des pommes de terre pour sa subsistance. Gualberto fait des projets d’avenir

C’est ainsi que le fils de paysans est devenu un enfant des rues. Gualberto n’a pas tardé à faire la connaissance d’autres camarades d’infortune qui l’ont fort heureusement amené à découvrir le programme de la Fundación La Paz, partenaire de Caritas. C’est grâce à cela que Gualberto va de nouveau à l’école. Le jeune homme a des objectifs clairs, mais aussi des rêves pour l’avenir : « Dans l’immédiat, j’aimerais m’acheter un DVD avec mes écoTexte : Dominique Schärer ; photos : Fundación La Paz

nomies, à moyen terme, terminer mon année scolaire avec de bonnes notes et, plus tard, étudier une fois à l’Université. » Gualberto rêve parfois de sa vie passée, quand il était berger, et des couchers de soleil qu’ils savouraient le soir en famille. ■

Bolivie : votre part d’un monde plus juste

Une chance pour les enfants des rues La Fundación La Paz, partenaire de Caritas, offre une perspective d’avenir aux enfants des rues, ainsi qu’aux enfants et adolescents qui travaillent. Elle dispose de crèches, d’établissements préscolaires et de logements où elle propose enseignement, développement et formation professionnelle. Bon à savoir : – Chaque année, une chance est offerte à 600 enfants et adolescents d’améliorer leur vie. – Seulement 30 % des enfants des rues rompent le contact avec le projet, malgré un suivi intensif. – Les soins médicaux d’un enfant des rues coûtent 90 francs par mois. ■ www.caritas.ch/enfants/bolivie-rue

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Kinder von der Strasse  ■ 

Rwanda : votre part d’un monde plus juste

Trouver protection et affection Au Rwanda, les enfants des rues travaillent dur, vivent à la rue, consomment des drogues et sont méprisés par la société : exactement le contraire de ce qu’il faudrait pour leur bon développement. L’organisation Abadacogora-Intwari, partenaire de Caritas, s’engage depuis des années en leur faveur. Elle tient trois centres ouverts pouvant accueillir 500 enfants des rues, offre un environnement aimant et la possibilité de réintégrer le cursus scolaire ou de suivre une formation professionnelle. Bon à savoir : – 40 filles et 68 garçons ont rattrapé leur retard et pu réintégrer l’école publique en 2013. – La somme de 360 francs permet d’acheter 30 uniformes d’école primaire. – Avec 140 francs, un enfant reçoit un repas chaud 240 jours par année. – 25 enfants terminent actuellement un apprentissage chez Abadacogora-Intwari. ■ www.caritas.ch/enfants/rwanda

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Enfants des rues  ■ Rwanda

Après la rue, un tale nt prom etteur Ancien enfant des rues, Emmanuel Ntigurirwa est aujourd’hui un artiste prometteur : joueur de cithare rwandaise traditionnelle, le jeune homme de 17 ans a gagné un prix national de musique. Un succès, aussi pour le projet de parrainages de Caritas au Rwanda.

Emmanuel a grandi dans les bidonvilles de Kigali. À six ans, il a perdu sa mère, morte d’une maladie à un âge encore très jeune. Luttant pour la survie de la famille, le père n’était pas en mesure de donner aux enfants la sécurité émotionnelle requise. Une situation qui a poussé ce garçon sensible à la rue où il a passé deux ans à consommer de l’alcool et des drogues. « La nuit, je dormais sur le trottoir ou dans des fossés », se souvient Emmanuel. Un jour, un collaborateur de l’organisation Abadacogora-Intwari, partenaire de Caritas Suisse, lui a parlé des parrainages d’enfants au Rwanda et Emmanuel, 17 ans, peut l’a encouragé à passer au centre de jour. Emaujourd’hui vivre de sa musique. manuel y a trouvé un toit, des repas chauds, d’autres enfants et des gens pour s’occuper de lui. Il est resté. Grâce aux cours d’appui, ce garçon assoiffé de connaissances a rapidement pu retourner sur les bancs d’école. Et il a aussi retrouvé son père. Trois centres pour enfants des rues proposent un environnement bienveillant et le retour à

Rétrospectivement, il reconnaît que l’accompagnement des collaborateurs du projet a joué un rôle très important. Ces derniers l’ont sans cesse encouragé à persévérer, même dans les moments d’abattement. « Il doit tout de même y avoir aussi de jeunes joueurs d’inanga ! »

Quand la discussion tourne autour de sa grande passion, le jeune homme timide a les yeux qui se mettent à briller. Il évoque la première fois qu’il a entendu la cithare rwandaise traditionnelle à la télévision et la fascination qu’il a d’emblée éprouvé pour cet instrument. « La plupart des joueurs d’inanga sont des personnes d’un certain âge. Je me suis dit : il doit pourtant y avoir aussi de jeunes joueurs ? » Et il a commencé à s’exercer consciencieusement. Aujourd’hui, il joue souvent à des mariages et peut vivre de sa musique. Il parvient même à financer la formation de secrétaire de sa sœur Pelagie. Emmanuel aimerait bien composer aussi pour les enfants des rues. Et que compte-t-il faire des 500 francs qu’il a gagnés au concours de musique ? « Tourner des clips vidéos comme les vraies stars », répond-il avec un sourire amusé. La violence au sein des familles

Au Rwanda, il y a encore beaucoup d’enfants qui vivent à la rue. Le gouvernement tente d’apporter des solutions et de les amener à réintégrer leurs familles. Mais c’est souvent là que réside la cause du problème. Beaucoup de parents sont encore traumatisés par les événements liés au génocide de 1994 ; la violence sévit au sein des familles et il arrive souvent que des mères abandonnent leurs enfants quand elles rencontrent un nouveau partenaire qui ne veut pas accepter les enfants d’un lit précédent. Certains signes indiquent pourtant que le nombre d’enfants des rues recule lentement, notamment grâce à des projets comme Abadacogora-Intwari. ■

l’école. Texte : Stefan Gribi ; photos : Joseph Kitsha Kyasi

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« Enfants » 2014   Caritas  


Enfants des rues  ■ Brésil

Un e m ei lleu re vo ie que la rue Flávio, Fabíola et Fabrício Souza avaient dû quitter l’école pour travailler. Aujourd’hui, les trois frères et sœur connaissent leurs droits et les expliquent même aux autres enfants et adolescents.

Ici les gains, là-bas la pauvreté

« Notre mère n’avait pas de temps à nous consacrer », rapportent Flávio, 14 ans, Fabíola, 13 ans et Fabrício, 12 ans. Elle devait faire vivre une famille de douze personnes en travaillant comme employée de maison. La famille était pourtant toujours à court d’argent. Le trio vit avec la mère, d’autres frères et sœurs et la famille de la sœur aînée dans une minuscule baraque en bois située dans un quartier pauvre de la ville de Cametá, au nord

Le Brésil a certes déjà enregistré quelques succès dans la lutte contre la pauvreté. Mais les inégalités sociales restent criantes et 12,6 millions de personnes vivent toujours avec moins d’un dollar par jour. Cette évolution se reflète aussi dans la région de Cametá : de nouvelles entreprises s’y sont implantées pour réaliser de juteux bénéfices avec les ressources naturelles présentes en abondance, notamment l’énergie hydraulique, le bois et les ressources minières. Mais l’environnement est pollué, les campagnes se vident de leur population et les villes ne

du Brésil. « Notre quartier est dangereux ; il y a beaucoup d’infractions et de personnes assassinées par des cambrioleurs », explique Flávio.

Ils connaissent leurs droits et les expliquent à d’autres enfants : Fabíola (à gauche), Fabrício (deuxième depuis la droite) et Flávio (à droite) avec leur mère et leurs cousins.

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Texte : Dominique Schärer ; photos : Esther Belliger, Suane Melo Barreirinhas/PIAJ


cessent de s’étendre. La paupérisation touche 78,2 % de la population de Cametá ; les enfants et adolescents sont particulièrement touchés par les problèmes sociaux. Des nettoyages dans une ferme aviaire

La fratrie de Cametá n’échappe pas à ces difficultés : « Avant, nous faisions des nettoyages dans une ferme aviaire. En échange, on nous donnait des poulets qui n’avaient pas été vendus », se souvient Fabíola. Elle et ses frères passaient leur temps libre à la rue. Même lorsque la plus jeune des sœurs s’est grièvement brûlée en préparant à manger, la mère a dû aller travailler. La famille a donc été d’autant plus heureuse de découvrir le programme de Caritas Brésil qui propose une structure d’accueil aux enfants et adolescents et les renseigne au sujet de leurs droits. Mieux qu’à la rue

L’offre de loisirs comprend notamment football, ludothèque et capœira. Flávio, Fabíola et Fabrício y ont participé avec beaucoup d’enthousiasme ; ils ont suivi les ateliers de protection contre les abus sexuels, le travail des mineurs et la violence domestique et veulent maintenant transmettre leurs connaissances fraîchement et rapidement acquises à d’autres enfants et adolescents. Quand il s’agit d’endosser une responsabilité dans les travaux de groupe du programme, les trois frères et sœur sont toujours parmi les premiers à se proposer. « Nous savons aujourd’hui qu’il est important d’aller à l’école si

« Nous sommes heureux de ne plus devoir passer notre temps libre à la rue. » on veut avoir une bonne formation et un avenir meilleur », relève Fabrício. Si le trio n’a plus besoin de travailler à la ferme aviaire, c’est aussi grâce aux repas équilibrés que Caritas Brésil sert aux adolescents. « Nous sommes heureux de ne plus devoir passer notre temps libre à la rue, de pouvoir nous instruire et améliorer la vie de notre famille avec nos nouvelles connaissances », déclarent les trois adolescents. ■

Brésil : votre part d’un monde plus juste

Les enfants apprennent à connaître leurs droits Au nord et au nord-est du pays, Caritas Suisse soutient le vaste programme PIAJ (Programa Infância, Adolescência e Juventude) de Caritas Brésil pour les enfants et adolescents menacés. Il s’agit notamment d’offrir une structure d’accueil aux enfants et de les prémunir contre le risque de finir à la rue. À Rio de Janeiro, Caritas Suisse protège les enfants des rues avec l’organisation São Martinho. Celle-ci assure une prise en charge dans la rue, un service de cantine, des cours d’appui, des activités récréatives et une formation professionnelle pour les adolescents des favelas de Rio. Bon à savoir : – En 2013, Caritas a soutenu 327 enfants et ­adolescents âgés de sept à quatorze ans par le biais du programme PIAJ. – Les avocates et avocats de São Martinho siègent dans huit conseils communaux, organisations et réseaux pour les droits des enfants. – Avec 30 francs, un enfant des rues peut recevoir un repas par jour pendant un mois. ■ www.caritas.ch/enfants/bresil

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«Enfants» 2014   Caritas  


« Il faut parfois un e ai de ­extér ieure  » L’histoire familiale de l’actrice Yangzom Brauen montre ­combien il est important de protéger les enfants. Yangzom Brauen, dans votre livre « Eisenvogel », vous racontez l’enfance de votre mère qui a fui le Tibet pour se réfugier en Inde et qui a dû travailler comme tailleuse de pierre. Comment s’est-elle libérée de cette situation ?

Grâce à une œuvre d’entraide, ma mère a pu être scolarisée en Inde. Cette formation a changé le cours de sa vie. Avec mon père, elle a réussi à assurer son avenir. Cette histoire familiale a-t-elle influencé votre propre enfance ?

Contrairement à ma mère, mon frère et moi avons grandi dans l’insouciance. Mes parents ont réussi à ne pas nous transmettre leurs mauvaises expériences, mais seulement le meilleur. C’est un bel exploit. Mais notre histoire familiale nous a sûrement enseigné la compassion. Comment cela se manifeste-t-il dans votre propre vie ?

Je soutiens par exemple des membres de notre famille au Tibet. Nous avons collecté de l’argent pour une douche communautaire ; les villageois perçoivent un revenu en la louant aux villages voisins. Comme le montre aussi le travail des œuvres d’entraide, il faut parfois une aide extérieure pour échapper à la pauvreté.

engagée pour les droits de l’homme au Tibet. ­Qu’apporte l’engagement des jeunes ?

Le monde sera un jour sous la responsabilité des jeunes d’aujourd’hui. C’est pourquoi il importe que l’école les sensibilise à des valeurs comme la solidarité. Moi-même, je n’oublierai jamais la fois où nous avons planté des arbres à l’école avec des enfants de réfugiés. Des actions de ce genre peuvent marquer les jeunes et déterminer leur engagement futur. Comment pouvons-nous agir pour un monde meilleur depuis la Suisse ?

En Suisse, nous allons si bien que nous avons la possibilité d’aider les autres. Nous pouvons manifester notre solidarité sous forme de dons et en aidant concrètement les gens autour de nous. Dans notre famille, nous avons ainsi toujours fêté Noël avec des gens qui seraient autrement restés tous seuls à la maison. ■

Yangzom Brauen

L’actrice et auteure Yangzom Brauen (née en 1980) a grandi à Berne. Fille d’une mère tibétaine et d’un père suisse, elle a joué dans des films suisses et des productions hollywoodiennes. Son livre « Eisenvogel » (en français : « J’ai franchi tant de montagnes. Trois

En tant que présidente de l’Association de la jeunesse tibétaine d’Europe, vous vous êtes beaucoup

20  Caritas   « Enfants » 2014

femmes tibétaines sur le chemin de liberté ») relate l’histoire de sa famille. Texte : Dominique Schärer ; photo : Marc Gruninger


Force de vie  ■ Philippines

Typhon, pauvreté, trafic d’enfants Après le passage dévastateur du typhon Haiyan en novembre 2013, le risque est encore plus grand pour les enfants des Philippines d’être pris dans les réseaux de prostitution et de trafic d’êtres humains. Les partenaires de Caritas contribuent à l’éviter.

« Ça me brise le cœur de voir des enfants en détresse », déclare Kaira Alburo de l’organisation A2D Project avec laquelle Caritas collabore aux Philippines. Après le passage du typhon Haiyan sur les Philippines en novembre 2013, elle a signalé 160 000 enfants sans protection qui attendaient de l’aide à la campagne. « Dans une pareille situation de chaos et de détresse, les enfants risquent tout particulièrement d’être victimes de trafic d’êtres humains, de prostitution, de violence et d’abus », souligne Kaira Alburo. C’est pourquoi les projets de parrainage à long terme importent tout autant que les secours d’urgence.

Comme les conditions de vie des pauvres se dégradent continuellement aux Philippines, de plus en plus d’enfants sont attirés dans les villes par les fausses promesses des bandes de passeurs criminels qui les destinent en réa­l ité à la prostitution, à la pornographie, au cybersexe ou au travail à l’usine où ils sont exploités. C’est notamment le cas quand pauvreté et tourisme se côtoient – par exemple à Cebu City, la capitale d’une île frappée avec une extrême violence par le typhon Haiyan. Caritas et ses partenaires y ont constitué un réseau d’entraide entre voisins qui signale immédiatement aux autorités les événements suspects dans le quartier. Parents et enfants sont en outre instruits et informés de leurs droits. Des mesures de promotion des revenus doivent améliorer la situation financière des parents. « C’est justement après une catastrophe naturelle qu’il faut renforcer les familles, pour qu’elles prennent conscience du risque de trafic d’enfants », souligne Kaira Alburo. ■

Philippines : votre part d’un monde plus juste

Protéger les enfants contre les abus Caritas a étendu son engagement contre le trafic d’enfants à de nouvelles régions. En collaboration avec Share With A Child Movement (SACMI), elle met en place à Cebu City un système d’alerte visant à prévenir le trafic d’enfants. FORGE, un deuxième partenaire, effectue pour sa part un travail de prévention dans le secteur des transports – un des centres névralgiques du trafic d’enfants. Quant à l’organisation Preda, partenaire de longue date de Caritas, elle ne dépend plus du soutien de la Suisse.

Texte : Dominique Schärer ; photo : Francis Abraham

Bon à savoir : – Caritas Suisse et SACMI mettent en place des réseaux d’entraide entre voisins dans huit quartiers de Cebu City. – À Cebu City, 23 000 parents et enfants doivent être informés des droits de l’enfant jusqu’en 2016. – Avec 50 francs, 3 personnes peuvent suivre une formation d’une journée sur la prévention du trafic d’enfants. ■ www.caritas.ch/enfants/philippines

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« Enfants » 2014   Caritas  


Force de vie  ■ Cuba

Quand le s pare nts so nt de s experts Les enfants handicapés souffrent particulièrement de la dégradation de la situation économique à Cuba. L’État n’a guère les moyens de financer des besoins particuliers. Des parents engagés pallient les manques, avec le soutien de Caritas.

Quiconque rend visite à la petite Gabriela, 8 ans, dans le salon clair de la famille Bello s’aperçoit que cette fillette éveillée est aimée autant que stimulée dans son développement. « Gabriela a beaucoup de volonté et prend les choses très précisément  », explique son père Loisel Bello. La tête blonde et bouclée cherche à égaler son frère David Alejandro, de deux ans son aîné, dans tous les domaines. Élève de deuxième année dans une école spéciale pour enfants handicapés, En dépit d’un syndrome rare, Gabriela aime montrer Gabriela (8 ans) a fait bien des aux gens qu’elle sait déjà progrès. écrire. Une compétence tout sauf évidente pour une enfant venue au monde avec le syndrome de Prader-Willi (PWS). À côté des problèmes cognitifs et moteurs, la fillette n’a pas de sentiment de satiété et prend déjà du poids avec 60 % de la quantité normale de calories. Elle est donc soumise à vie à un régime strict.

die rare et que le système de santé local manque d’informations, d’argent et de moyens techniques, le bien-être de l’enfant dépend en premier lieu des parents. Dans le meilleur des cas, ceux-ci deviennent des experts compétents pour leur enfant – mais il arrive aussi que la famille ne résiste pas à la charge. Gabriela a eu de la chance : ses parents ont constitué un réseau, afin de pouvoir soutenir au mieux leur fille dans son développement et aider ceux qui n’avaient pas autant de ressources qu’eux. « À Cuba, il doit y avoir entre 500 et 1500 enfants présentant le même syndrome », estiment les parents de Gabriela, tous deux professeurs à l’Université. Mais les possibilités techniques de le diagnostiquer font défaut sur cette île. Congrès et recherche

Les parents de Gabriela se sont employés à constituer un réseau qui rassemble déjà 20 familles. Sans le soutien de Caritas, leur projet n’aurait eu aucune chance de voir le jour car, à Cuba, même un professeur de médecine ne gagne que 15 à 25 dollars par mois. Les parents de Gabriela n’ont pas d’accès Internet et doivent se rendre personnellement chez les familles concernées – mais les trajets en bus ont aussi leur coût. Parallèlement, ils effectuent aussi un travail de lobbyisme auprès des hôpitaux et des autorités pour les rendre attentifs à ce syndrome rare. Avec succès : des reportages ont été consacrés à la maladie dans des émissions de télévision régionales ; le sujet a été intégré au programme de cours des enseignants spécialisés et des travaux de doctorat ont porté sur ce thème. Enfin, des congrès ont pour la première fois pu être organisés à La Havane en 2010 et 2012 sur ce syndrome. ■

Vingt familles s’entraident

Partout dans le monde, des parents sont confrontés à d’immenses défis, quand un enfant vient au monde avec un handicap. Mais quand il s’agit en prime d’une mala22  Caritas   « Enfants » 2014

Caritas Suisse soutient des enfants handicapés et leurs parents à Cuba. Texte : Dominique Schärer ; photos : Lea Breitner, Pia Zanetti


Lebensmut für Kinder  ■  Cuba : votre part d’un monde plus juste

Des parents s’entraident Dans onze diocèses de Cuba, Caritas soutient des enfants atteints de handicaps allant de l’autisme au syndrome de Down, en passant par des maladies rares. Les parents se regroupent pour pouvoir mieux répondre aux besoins de leurs enfants. Caritas permet en outre un accompagnement par des spécialistes, un suivi psychologique et des soins médicaux.

Bon à savoir : – Un trajet en bus pour aller visiter une famille à plus de 100 kilomètres coûte 36 francs. – Quelque 440 bénévoles participent au programme, dont beaucoup de spécialistes. – Grâce aux marraines et parrains de Caritas Suisse, 1700 enfants handicapés de Cuba peuvent être stimulés conformément à leurs besoins. ■ www.caritas.ch/enfants/cuba

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«Enfants» 2014   Caritas  


Force de vie  ■ Bolivie

La mère de Cochabamba Depuis 20 ans, Porfiria Torres, 67 ans, accueille des enfants pour l’organisation Infante, partenaire de Caritas. Plus de 80 enfants ont déjà bénéficié de la générosité de cette femme de Cochabamba.

Porfiria Torres, vous avez déjà accueilli 80 enfants – comment en êtes-vous venue à ce rôle ?

Étant moi-même l’avant-dernière de sept enfants, j’ai commencé très tôt à m’occuper de mes neveux et nièces. Trois d’entre eux ont même grandi chez moi pendant quelques années, jusqu’à ce que ma sœur les reprenne

après la naissance de ma fille. Tout au long de ma vie, je me suis réjouie et inquiétée pour les enfants. Pourquoi avez-vous rejoint Infante ?

Mes propres enfants ont grandi ; mon fils fréquentait une école à horaire continu et ma fille étudiait la médecine. Comme je me sentais seule à la maison, mon frère m’a proposé d’offrir mes services de mère nourricière. Notre famille a été choisie suite à des entretiens avec une psychologue et d’autres spécialistes. Cette étape a totalement changé ma vie et les nombreux enfants qui sont ensuite venus ont apporté beaucoup de joie dans notre maison.

Porfiria Torres au milieu de sa grande famille, dont ses deux propres enfants adultes, deux petits-enfants et deux enfants placés.

24  Caritas   « Enfants » 2014

Texte : Dominique Schärer ; photos : Infante


Comment cela se passe-t-il quand un nouvel enfant arrive chez vous ?

Ma famille me soutient complètement ; même les voisins et les parents éloignés proposent sans cesse leur aide. Quand j’arrive à la maison avec un enfant placé, ils attendent devant la porte pour nous souhaiter la bien­ venue. Beaucoup d’enfants sont dans un état désolant : sous-alimentés, le regard triste, quelques marques de mauvais traitements. C’est magnifique de les voir se rétablir, prendre du poids, commencer à rire, apprendre à marcher et à parler et pouvoir rire de nouveau de bon cœur. Vous souvenez-vous encore de tous les enfants ?

Nous en avons déjà accueilli plus de 80. Tous sont retournés dans leur propre famille ou chez des parents adoptifs. Ils s’appelaient Sergio, María, Pablo ; nous avons eu trois ou quatre Daniel. Quand ils repartaient, les adieux étaient souvent très difficiles. Avez-vous encore des contacts avec les enfants ?

Oui, parfois nous prenons des nouvelles et il arrive aussi que les parents adoptifs nous en donnent. Le père d’une fille que j’aimais beaucoup était plein d’attentions et nous envoyait tout le temps des photos de l’enfant. Visiblement, il nous apprécie et nous a parfois invités à une soirée grillades. Le plus beau est de savoir que les enfants ont trouvé une nouvelle famille où ils sont heureux. Il est si important que les enfants soient aimés. De mon côté, j’aimerais ne jamais devoir vivre sans enfants.  ■

Bolivie : votre part d’un monde plus juste

Trouver une famille L’organisation Infante, partenaire de Caritas, place des enfants abandonnés et négligés dans des familles d’accueil formées à cet effet pour leur éviter de se retrouver dans des foyers mal équipés et dotés de trop peu de ressources. S’ils ne peuvent pas retourner dans leurs familles, Infante soutient une adoption dans le pays même. L’organisation effectue en outre un travail de lobbyisme pour les droits des enfants. Bon à savoir : – Les soins médicaux d’un enfant coûtent en moyenne 43 francs par année. – En 2013, dix familles d’accueil ont reçu une ­formation. – Fin 2013, 25 enfants participaient au programme, dont 6 avaient pu réintégrer leur famille ­d’origine. ■ www.caritas.ch/enfants/bolivie-force

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«Enfants» 2014   Caritas  


Lebensmut für Kinder  ■ 

Palestine : votre part d’un monde plus juste

Surmonter le traumatisme Le YEC (Youth Empowerment Center) poursuit un programme de secours d’urgence pour les enfants traumatisés par la guerre à Gaza. Dans trois centres et trois unités scolaires ou préscolaires, la partenaire locale de Caritas aide les enfants à surmonter les traumatismes qu’ils ont vécus. Les familles sont associées au travail thérapeutique.

26  Caritas   «Enfants» 2014

Bon à savoir : – L’un des centres principaux du YEC reçoit près de 600 enfants par jour. Soit 187 000 visites par an. – Chaque année, le YEC encadre 7000 enfants et leurs familles. – En 2013, 364 filles et 393 garçons ont participé à des thérapies par le théâtre. – 4100 dessins ont été réalisés dans le cadre des thérapies par la peinture. ■ www.caritas.ch/enfants/palestine


Force de vie  ■ Palestine

« Ma fi lle ri t à no uveau » À onze ans, la petite Neama Maroof a vécu des choses que personne n’aimerait vivre. Elle a assisté impuissante au décès de son cousin après un bombardement. Sa mère Naima raconte les traumatismes que Neama a vécus et la manière dont elle a pu être aidée grâce à Caritas. Je ne veux pas repenser à la guerre. J’ai vu la mort de «  mes propres yeux. C’est toujours un cauchemar. C’était il y a six mois et, dehors, la guerre faisait rage.* Comme d’habitude, je priais le matin pour que cesse enfin cette absurde effusion de sang. Vers midi, nous avons reçu la visite d’Haytham, 13 ans, un fils de mon beau-frère, et nous avons mangé ensemble. Le bruit des bombes se rapprochait de plus en plus et les enfants étaient très excités. Neama, ma fille de onze ans, est grimpée sur le toit avec Haytham pour voir ce qui se passait. Mon beaufrère leur a ordonné de redescendre tout de suite. Peu après, une bombe est tombée dans notre maison. J’ai entendu ma fille crier : « Haytham, Haytham, réveille-toi ! Dis quelque chose ! » Mais Haytham ne réagissait plus. Il est mort sur le chemin de l’hôpital. Nous étions tous autour de lui. Quand nous l’avons vu partir, ça a été comme si notre propre vie nous quittait. Neama a été blessée aux jambes et aux pieds. Les blessures extérieures ont vite guéri, mais les blessures de l’âme sont restées. Assaillie de cauchemars, complètement apeurée, Neama a recommencé à mouiller son lit. Elle est devenue agressive et n’arrivait plus à se concentrer à l’école. Le projet de parrainage a

Quelques semaines après le terrible événement, nous avons reçu la visite d’une équipe de psychologues du Youth Empowerment Center. À l’époque, je ne connaissais pas ces gens. Ils ont observé Neama et les autres enfants, puis sont repartis en me laissant une brochure sur les traumatismes et quelques jouets. Et ils m’ont donné une recommandation pour le centre de Beth Lahiyah. Au début, j’étais très sceptique. Comment pourraient-ils nous aider ? Mais quand nous sommes allés làbas, j’ai vite remarqué combien il leur tenait à cœur d’aider Neama. Depuis, nous nous rendons au centre une fois par semaine. Neama suit des cours d’appui et participe à diverses activités. Elle dessine, joue et fait du sport – des choses qui la font rire et qui la rendent joyeuse. Nous allons ensemble aux séances thérapeutiques et aux ateliers de théâtre. Elle y apprend à surmonter les affreuses expériences. Je ne comprends pas grand-chose au travail psychologique, mais je vois bien l’effet positif du traitement sur la vie de Neama. Nous sommes suivis depuis quatre mois et je peux vraiment dire que ma fille est en train de redevenir une enfant normale. Ses résultats scolaires s’améliorent à nouveau ; depuis deux mois, elle ne mouille plus son lit ; ses craintes se dissipent peu à peu et elle reprend goût à la vie. Je n’ai pas assez de mots pour exprimer ma gratitude. Merci à vous tous !  ■

 »

ramené Neama Maroof, 11 ans, à la vie. Texte : Ulrike Seifart ; photo : Youth Empowerment Center   * Interview menée au printemps 2013

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« Enfants » 2014   Caritas  


Force de vie  ■ Colombie

Violeta et la boîte à so ucis lilas Les quartiers pauvres de Medellín sont pleins de dangers pour les enfants. Il faut une forte personnalité pour grandir sainement malgré la violence, les drogues et l’obligation de travailler dès le plus jeune âge. Combos, la partenaire de Caritas, s’occupe des enfants par de nouveaux moyens.

Quand Vianely Liseidy García Guerra, 10 ans, est triste, elle sait à qui elle peut se confier : une boîte à soucis couleur lilas portant le nom de « Violeta » est là exprès pour ça. Elle contient aussi un caillou brillant, une clé dorée, une bille et d’autres objets de valeur. C’est dans cette petite malle aux trésors que les filles du centre de l’organisation Combos, partenaire de Caritas, déposent jour

après jour leurs souhaits, leurs craintes et leurs expériences les plus intimes. Des choses qu’elles ne peuvent autrement raconter à personne. La dure vie de réfugiés

« J’aimerais tant avoir une chambre rien qu’à moi. S’ilte-plaît, Violeta, aide-nous, ma mère et moi », a une fois écrit Vianely dans une de ces lettres. Pour une fillette de dix ans, elle a déjà connu beaucoup d’épreuves. À cause de la guerre civile, sa famille a dû se réfugier dans un quartier pauvre de Medellín où la criminalité, le trafic de drogues et le travail des enfants sont florissants. Comme d’innombrables autres réfugiés de la campagne, la famille souffre là aussi de la violence des bandes armées. Dans cet environnement menaçant, la mère et le beau-père de Vianely ont beaucoup de peine à subvenir

Vianely, 10 ans, confie ses soucis et ses pensées les plus intimes à la boîte à soucis lilas.

28  Caritas   « Enfants » 2014

Texte : Dominique Schärer ; photos : Luca Zanetti, Daniel Rueda


aux besoins de leurs quatre enfants avec leur travail de vendeurs de rue. De la rue à l’école

Auparavant, Vianely les aidait tous les jours dans leur modeste gagne-pain. À force de travailler, elle n’avait plus le temps d’aller à l’école. Jusqu’à ce qu’elle rencontre l’organisation Combos qui propose des repas chauds et un cadre sécurisé aux enfants comme elle. Aujourd’hui, Vianely passe beaucoup de temps au centre de Combos et ne travaille plus que quelques heures dans la rue. Elle a trouvé un endroit où il y a une place pour les études et la réflexion et où elle peut jouer avec ses amies. Elle a aussi appris à lire et à écrire et peut de mieux en mieux exprimer ses idées. Trouver les mots pour exprimer les sentiments

« Les enfants qui grandissent dans un contexte aussi difficile ont justement besoin qu’on renforce leur estime de soi et qu’on leur apprenne à participer de façon constructive », déclare Nadja Buser, responsable de la Colombie chez Caritas Suisse. Pour les y aider, l’organisation Combos, partenaire locale de Caritas, a développé une approche pédagogique novatrice : la boîte à soucis lilas.

« Les enfants ont besoin qu’on renforce leur estime de soi. » C’est la boîte aux lettres de Violeta, une fille fictive à qui les enfants s’identifient. Lui écrire est un moyen de s’entraîner à exprimer ses sentiments et à donner libre cours à son imagination. Mais pas seulement. Les adolescentes apprennent aussi à défendre leurs droits et leurs besoins, une nécessité dans une société marquée par les abus sexuels et le machisme. Mais les lettres à Violeta ont encore un autre but, explique Nadja Buser : « Elles permettent d’identifier plus rapidement les dangers aigus. Par exemple quand des acteurs armés tentent de recruter des enfants. On peut alors réagir à temps, avec délicatesse et de façon ciblée. » Afin que les enfants deviennent des adultes autonomes plutôt que des enfants-soldats. ■

Colombie : votre part d’un monde plus juste

Rendre forts les enfants pauvres Dans les quartiers pauvres de Medellín dominés par la violence, l’organisation Combos s’efforce de protéger les enfants contre les acteurs armés et leur permet de terminer leur scolarité. À Bogotá, l’organisation Crear Jugando propose aux enfants un lieu sûr et des journées bien structurées pour leur éviter de passer leur temps libre exposés aux dangers de la rue. Bon à savoir : – Combos s’emploie à renforcer les compétences de 700 enfants et adolescents âgés de 7 à 14 ans, pour qu’ils ne se laissent pas recruter par les acteurs armés. – 150 enfants et adolescents fréquentent chaque jour le centre Crear Jugando à Bogotá. –  Un repas chaud coûte 1,80 franc par enfant. ■ www.caritas.ch/enfants/colombie-force

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«Enfants» 2014   Caritas  


Lebensmut für Kinder  ■ 

Tadjikistan : votre part d’un monde plus juste

Avancer dans la vie conscient de sa valeur Avec l’aide des parrains et marraines de Caritas, trois écoles et trois jardins d’enfants de la capitale tadjike Douchanbé intègrent des enfants handicapés à leurs classes « normales ». Une formation est dispensée à des enseignants, des travailleurs sociaux et des bénévoles pour assurer le bon fonctionnement d’une telle intégration. Un travail d’information ciblé aide à améliorer la situation des enfants handicapés.

30  Caritas   «Enfants» 2014

Bon à savoir : – En 2013, 140 enfants handicapés ont fréquenté des écoles et jardins d’enfants soutenus par Caritas. – La partenaire de Caritas Sitorai Umed emploie une logopédiste, une ergothérapeute, une psychologue et une enseignante spécialisée. – Une logopédiste gagne environ 500 francs par mois. ■ www.caritas.ch/enfants/tadjikistan


Force de vie  ■ Tadjikistan

Um ed Nu rmatov : champion olympique Les « Special Olympics » de 2013 dans la capitale tadjike Douchanbé ont donné naissance à un héros : Umed Nurmatov. Ce garçon de 6 ans présente des troubles du langage. Sa passion du football lui a valu une apparition télévisée. Mais elle fait surtout son bonheur.

Durant les dernières vacances d’été, Umed a expliqué à ses camarades toutes les finesses qui caractérisent un bon joueur de football. Pour ce faire, il s’est abondamment servi de ses pieds et de ses mains, gesticulant et courant dans tous les sens. Car sans les gestes et les démonstrations, il n’est pas facile de comprendre ce que dit Umed. Les mots sonnent bizarrement dans sa bouche et beaucoup sont des inventions personnelles. Mais pour une fois, ces gros troubles du langage sont passés au second plan : le garçon a finalement participé aux « Special Olympics » et fait parler de lui au journal télévisé. Il s’est ainsi fait remarquer par ses camarades, car qui n’aime pas briller à la lumière d’une star de la télévision ?

une organisation qui rend public un événement de ce genre. En effet, l’idée que les handicapés ont aussi droit à une place au sein de la société ne s’impose que lentement dans la société tadjike. Créer de l’assurance

« Beaucoup de parents ont honte que leur enfant ne soit pas normal. Ils le cachent ou le placent dans un foyer », déclare la mère de Umed. « Nous sommes heureux que notre fils puisse, grâce à Caritas, aller au jardin d’enfants où il côtoie des enfants parfaitement normaux et où la maîtresse lui apprend à parler correctement. Il a pris de l’assurance et je suis sûre que ça l’aide à rester en vie. Je n’aurais pas pensé qu’on en arriverait là un jour. Mais je sais maintenant comme c’est terrible pour un enfant handicapé d’être caché aux amis, aux voisins et même à la famille. » Des événements comme les « Special Olympics » contribuent pour beaucoup à un tel changement de conscience. Ils montrent aux parents et au grand public ce que les handicapés peuvent accomplir, quand la volonté de les encourager et de les accompagner sur leur chemin spécial est présente.

Les enfants handicapés sont normaux autrement

Ces journées resteront gravées dans la mémoire des 40 enfants handicapés qui ont pris part aux « Special Olympics » de Douchanbé du 18 au 20 mars 2013. Les participants se sont mesurés au football, au tennis et à une multitude d’autres jeux. Ce qui, pour nous autres Suisses, fait partie du programme normal des écoles de pédagogie spécialisée a fait sensation au Tadjikistan : des enfants handicapés qui participent à des compétitions sportives,

Raconter des histoires

Umed est maintenant en deuxième année d’école enfantine et se prépare à entrer en primaire. Avec ses camarades, il est certain d’y parvenir. En tout cas, il fait de grands progrès d’élocution. C’est important, car il parle toujours beaucoup des Jeux olympiques – et ses exploits sont plus impressionnants d’une fois à l’autre. Umed sait qu’un jour ou l’autre, ses pieds et ses mains ne suffiront plus à les relater. ■

Notamment grâce au football, Umed, 6 ans, a pris confiance en lui ; il est en bonne voie d’apprendre à parler correcte­ment. Texte : Jörg Arnold ; photo : Safargul Safarova

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« Enfants » 2014   Caritas  


Ques tions de s parrains – répo nses de s enfants Quel est ton plus grand souhait ?

La famille de Daniela Bosshard Züger, 52 ans, et Niklaus Züger-Bosshard, 59 ans, soutient trois projets de parrainage et aimerait savoir quel est le plus grand souhait des enfants.

Claudia Orlachea ­Naranjo, 13 ans, Cuba « Mon plus grand souhait est de me faire faire des mèches blondes dans les cheveux pour mes 15 ans. Ce jourlà, je porterai une robe lilas. »

Catherine Ainembabazi, 10 ans, Ouganda « Je rêve de devenir ­médecin et de sauver des vies. »

Mohamad Hatem Marrey, 11 ans, Palestine « J’aimerais bien vivre dans un monde pacifique, sûr et stable, où on peut voyager où on veut. Je serais un footballeur professionnel et je pourrais jouer dans d’autres pays avec notre équipe nationale. »

Qu’aimeriez-vous savoir à propos des enfants des projets de parrainage de Caritas ? Adressez vos questions par courriel à parrainages@caritas.ch ou envoyez-nous une carte postale. Caritas Suisse Parrainages Löwenstrasse 3, case postale CH-6002 Lucerne

Téléphone : + 41 41 419 22 22 Téléfax : + 41 41 419 24 24 Courriel : parrainages@ caritas.ch

Internet : www.caritas.ch Compte postal : 60-7000-4 IBAN : CH69 0900 0000 6000 7000 4

Magazine « Enfants » 2014 de Caritas Suisse  

Le magazine « Enfants » 2014 vous informe sur tous les projets de parrainages d’enfants de Caritas Suisse.

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