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Strasbourg Automne 2021

Ensemble, c’est tout ?


1 artiste, 3 livres

À l’occasion des 40 ans de la sortie de Mythomane, le premier album d’Étienne Daho

Dahovision(s) Sébastien Monod

32 € | 388 pages | 14,5x21 cm Co-édité avec Médiapop En librairie le 19 novembre Un univers de références musicales, littéraires, artistiques et cinématographiques, plongée dans l’œuvre d’Etienne Daho

Variations Daho Christophe Lavergne

26 € | 40 pages | 29x39 cm

Hôtel des infidèles

Nicolas Comment 29 € | 52 pages 37 photos | 23,5x33,5 cm Déambulation photographique à l’Hôtel la Louisiane en compagnie d’Etienne Daho

chicmedias éditions

shop.chicmedias.com

Illustration : Christophe Lavergne

17 créations graphiques librement inspirées de la discographie de l’icône pop


édito Ensemble, c’est tout ? Par Sylvia Dubost

Faire ensemble, cela semble l’envie la plus communément partagée en ce moment. Un élan que l’on sent frissonner depuis longtemps et que ces temps de pandémie ont libéré, comme tant d’autres. Certes, nous avons été isolés et avons tous eu hâte de nous retrouver, mais plus profondément, l’on sent un besoin ­partagé de chaleur, sens commun, d’engagement et d’horizontalité. Et c’est comme si, ici et maintenant, se rejoignaient des v ­ aleurs humanistes enfin retrouvées et la volonté de devenir acteur, sinon de toute sa vie, du moins d’une partie. En même temps, et c’est sans doute une raison de ce mouvement, la société n’a jamais été aussi fracturée. Pour des raisons multiples que nous sommes bien incapables, à notre petit niveau, de détricoter et d’analyser. À notre petit niveau, par contre, on peut observer ce que l’on vit au quotidien. Constater à quel point (dans certains milieux, certes…), ce désir enfle ; à quel point aussi, on est perdu face à sa réalisation. Voire réticent, pour être honnête. Un peu comme sur les questions environnementales, où sur le fond on est (presque) tous d’accord, « faire ensemble » impliquera de renoncer à un certain confort et beaucoup d’habitudes. Il nous faudra plus d’écoute et de dialogue, il nous faudra nous former pour f­ ormer un avis éclairé, il nous faudra peut-être même privilégier le commun à l’individualité (la nôtre), il nous faudra nous battre pour ne plus sacrifier la réflexion à l’efficacité, il nous faudra avoir confiance en nous et en les autres. Pour tout cela, il nous faudra dégager du temps, pour réfléchir, apprendre, faire. Du temps dont nous manquons déjà cruellement. ­Aussi, pour que nos désirs ne se fracassent pas une fois de plus sur les récifs du système productif, il nous faudra beaucoup d’énergie. Et cela, nous n’en manquons pas. Ce n’est pas comme s’il y avait une autre voie.

Zut magazine

2021—22 Prochaines parutions

Haguenau et alentours n° 9 début novembre

Lorraine n° 27 fin novembre

Hors-série RCSA Une saison dans le vide début décembre

zut-magazine.com

Strasbourg n°48 début décembre


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Photo brokism + phi

Nos dernières publications 01— ZAP. Zone d’Architecture Possible - magazine pour l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg, #4 02— ZUT Strasbourg, magazine trimestriel lifestyle 100% local, #46 03— Niemand hat gesagt dass es bequem wird, un livre d’Alain Berizzi 04— Novo, le magazine culturel du Grand Est, #60 05— Carnet de Bains, en collaboration avec les éditions 2024 pour la SPL Deux-Rives, collection de trois carnets sur les Bains municipaux de Strasbourg

06— Tracer la route, un cahier de coloriage de l’artiste Christophe Meyer 07— ZUT hors-série, en partenariat avec l’Industrie Magnifique, #2 08— Brochure de saison 21/22 pour le Manège Maubeuge, scène nationale (conception, rédaction et direction artistique) 09— ZUT Haguenau et alentours, le journal trimestriel lifestyle de l’Alsace du Nord, #8 10— Les idoles, un livre de Michel Bedez


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Retrouvez toutes nos parutions à La Vitrine

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Zut team Directeur de la publication & de la rédaction Bruno Chibane Administration et gestion Gwenaëlle Lecointe Rédaction en chef Sylvia Dubost Rédaction en chef Cahier La Table Cécile Becker Directrice artistique et rédaction en chef Cahier Le Style Myriam Commot-Delon Directeur artistique brokism Graphisme Séverine Voegeli Directrice du développement Catherine Prompicai Chargée de projets & développement Léonor Anstett Chargée du développement digital & culture Adèle Augé Commercialisation Léonor Anstett 06 87 33 24 20 Bruno Chibane 06 08 07 99 45 Philippe Schweyer 06 22 44 68 67 Anne Walter 06 65 30 27 34 contact@chicmedias.com ou prenom.nom@chicmedias.com

Contributeurs Rédacteurs Cécile Becker, Valérie Bisson, Lucie Chevron, Myriam Commot-Delon, Sylvia Dubost, Caroline Lévy, Déborah Liss, JiBé Mathieu, Philippe Schweyer, Fabrice Voné Styliste Myriam Commot-Delon

Ce magazine trimestriel est édité par chicmedias 37, rue du Fossé des Treize 67000 Strasbourg +33 (0)3 67 08 20 87 www.chicmedias.com Sàrl au capital de 47 057 euros Tirage : 9000 exemplaires Dépôt légal : octobre 2021 SIRET : 509 169 280 00047 ISSN : 1969-0789

Photographes Jésus s. Baptista, Pascal Bastien, Klara Beck, Christoph de Barry, Alexis Delon / Preview, brokism, Vincent Muller, Christophe Urbain Illustratreur Laura Kientzler

Ce magazine est entièrement conçu, réalisé et imprimé en Alsace Impression Ott imprimeurs Parc d’activités « L es Pins » 67319 Wasselonne Cedex

Léonor Anstett Fabrice Voné

Diffusion Novéa 4, rue de Haguenau 67000 Strasbourg

Retouche numérique

Abonnements abonnement@chicmedias.com

Relectures

Emmanuel Van Hecke / Preview Mannequin Serena / Up Models www.upmodels.fr Théo | @theosenesane Coiffure Melissa Kuntzler / Avila avila-coiffure.com Make-up

Crédits couverture Veste et jupe Balenciaga (collection femme) chez Ultima Prêt-à-Porter et sneakers Balenciaga (collection homme) chez Ultima Homme. Photo Alexis Delon / Preview Réalisation Myriam Commot-Delon Mannequin Théo | @theosenesane Maquillage Sophie Renier Coiffure Alexandre Lesmes Post-prod Emmanuel Van Hecke / Preview

Sophie Renier Stagiaires Aurélie Catroux Ludovic Taesch

Studio Photo / Preview 28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen www.preview.fr


Photos Michel Gibert et Baptiste Le Quiniou, non contractuelles. Africa museum : www.africamuseum.be, sculpture : www.sophiebocher.com, TASCHEN, Ėditions Zulma.

Cette année, Roche Bobois célèbre les 50 ans du canapé Mah Jong, créé en 1971 par Hans Hopfer. Pour cet évènement, le Mah Jong s’habille de nouveaux tissus de créateurs et se pose sur d’élégantes plateformes qui subliment sa ligne et son confort. Un canapé ultra-modulable, avant-gardiste lors de sa création, iconique aujourd’hui.

Tissus dessinés par

Mah Jong. Canapé composable par éléments, design Hans Hopfer. Habillé de tissus dessinés par Kenzo Takada, collection Matsuri, version Umi. Plateformes en bois teinté, finition Pierre de Lune. STRASBOURG - 8 Rue de Chemin de Fer - 67450 Lampertheim French : français

French Art de Vivre


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12  Carte blanche Ensemble, c’est tout, par l’illustratrice Laura Kientzler 14  T’es de Stras toi ? Kaoutar Harchi 16  La sélection de la rédaction 18  Panier culture 20  L’actu — La boutique Marmelade — Des restos au théâtre 24  Strasbourg vu par — Anne-Sophie Barth — Julie Wilhelm — Nicolas Deprez — Antoine Milési — Wesh et Céline Petrovic — Sophie Dorn — Colette Audebert

35 La Cité 36  Philo Hommage à Jean-Luc Nancy Hommage à quatre voix à un philosophe singulier, qui aura marqué la pensée contemporaine et la ville. 36  Société Faire ensemble, ça s’apprend Après tous ces mois en « distanciel », on n’a jamais eu autant envie de projets et d’espaces collectifs. Tour d’horizon des lieux et des enjeux. 44  Scènes October Tone Le label strasbourgeois soutient un projet expérimental et collectif, porté par l’envie de tout faire ensemble. 46  Théâtre Stanislas Nordey Dans sa mise en scène d’un texte de Léonora Miano, se croisent les voix et les regards sur la question noire et la question blanche.

50  Le métier Les métiers de l’ombre #2 Ludovic Chauwin, régisseur aux Musées de Strasbourg 52  Culture Corps et âmes Où l’on explore le monde du dedans et celui du dehors : une sélection automnale tout en frictions et introspections. 60  L’actu — ST-ART — Music non Stop —L e Grand Vide de Léa Murawiec 66  Un apéro avec Mathieu Amalric 68  Société La Tribu Faire ensemble, avec les danseurs de l’Ensemble Chorégraphique


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73 Le Style

103 La Table

74  La mode Alter Ego

104  Le produit La quetsche Tout sur le fruit-phare de chez nous.

88  La marque Iner Le jeune label strasbourgeois de maroquinerie minimaliste unit savoirêtre et savoir-faire. 90  Mode + Design Accords et désaccords Glisser dans l’automne. Chiner, détourner, dégenrer, se lover, skater, tout fusionner. 100  Rénovation La Maison des travaux Avec le Cube, elle signe un repaire serein qui invite à la détente.

106  Dossier Les tribus de la cuisine Entre amis, en famille ou entre restaurants, ils aiment les choses bien faites et se regroupent par envies et/ou affinités. 110  Les nouveaux lieux — Oro — Miro — Da Pietro — De:ja — Maison Naas 114  La découverte L’Imaginaire Une cuisine du marché dans un cadre enveloppant au creux du vieux Schilick : le coup de foudre. 116  Le test Anatomie du sandwich La sélection éclectique de la team Zut pour vos repas sur le pouce.

118  Le focus Coopalim Une épicerie gérée et animé par les habitants, pour consommer autrement. 120  La recette Les arancini façon Picobello 122  Le portrait Amande & Cannelle La pâtisserie où l’on mêle saveurs d’Orient et d’Occident. 124  Le quartier La Cour de Cambridge Derrière les façades des immeubles de l’Esplanade, cette galerie de plein air regorge de surprises. 126  Le QG Guillaume Krempp au Kitsch’n Bar 128  L’actu — Une nouvelle cheffe au Boma — Le salon Brut(es) — Les T-shirts de Schlagbourg


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Carte blanche

Ensemble, c’est tout. Par Laura Kientzler Après un tour par l’ÉSAL d’Épinal, Laura Kientzler intègre la section Illustration de la HEAR dont elle sort diplômée en 2014. Depuis, elle collabore pour la presse (Mint Magazine, Baïka Magazine, Télérama, Albert Petit Journal Illustré) et tente de dégager du temps pour ses projets personnels : elle travaille actuellement sur un projet d’album avec l’autrice Stéphanie Demasse-Pottier. Peintures, crayons de couleur, feutres et ­papier découpé se côtoient au sein d’illustrations célébrant les règnes végétal et animal.

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Deux Amis

Hilda

CRÉATION AU TNS

Marie NDiaye | Élisabeth Chailloux 7 | 17 oct

Condor

Pascal Rambert 24 nov | 4 déc

Chère Chambre CRÉATION AU TNS

Frédéric Vossier | Anne Théron 13 | 23 oct

Pauline Haudepin 25 nov | 5 déc

Ce qu’il faut dire

Quai ouest

CRÉATION AU TNS

Léonora Miano | Stanislas Nordey 6 | 20 nov

Bernard-Marie Koltès | Ludovic Lagarde 8 | 16 déc

L’autre saison Poétiques de Michel Deutsch #2

Présentation de la deuxième partie de saison

Colloque en collaboration avec l’Université Sorbonne -Nouvelle Lundi 15 nov

Dimanche 21 nov

TNS Théâtre National de Strasbourg 03 88 24 88 24 | tns.fr | #tns2122

Lecture de Stanislas Nordey Dans le cadre de l’exposition La Marseillaise (5 nov | 20 fév 22) Samedi 27 nov | Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg

Océane Caïraty, Ysanis Padonou, Mélody Pini, Ce qu’il faut dire © Jean-Louis Fernandez

Les spectacles


Kaoutar Harchi Tu viens de Stras, toi ?

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Par Caroline Lévy / Photo Emmanuelle Le Grand

Sa révélation « La découverte du centre-ville quand j’ai intégré un collège privé strasbourgeois. Je me souviens de notre étonnement, à la pause déjeuner avec mes camarades issus des quartiers populaires, devant certaines boutiques et des prix affichés. Ça nous semblait fou ! Nous avions un sentiment de marginalité teinté d’arrogance. C’était pourtant une période très joyeuse ! » Son jeu préféré « S e faire passer pour des touristes dans notre propre ville ! On était aussi observateurs que commentateurs et on s’amusait à interroger les passants dans une langue que nous apprenions à l’école ! On s’installait au pied de la Cathédrale, un lieu qui se prête à la rencontre des mondes. » Son refuge « La bibliothèque municipale [aujourd’hui Média­ thèque Olympe de Gouges, NDLR] que j’ai d’abord arpentée seule puis avec une amie, et qui est devenue un refuge par temps de pluie et de grand froid ! J’y ai lu des livres puissants et fondateurs, comme La Vagabonde de Colette ou l’ouvrage de sociologie Cœur de banlieue : codes, rites et lan­ gages de David Lepoutre. Il fallait lire en silence et je trouvais ça génial ! » C’est qui, elle ? Sociologue et écrivaine, Kaoutar Harchi a fait de l’identité et de la littérature ses terrains de recherche. Son histoire strasbourgeoise est d’ailleurs relatée dans son dernier ouvrage, Comme nous existons (éd. Actes Sud), un récit autobiographique entre espoirs d’ascension et désir d’écriture, pour un avenir plus égalitaire.

Son QG « La Place des Halles ! J’y ai vraiment vécu mes amitiés et aussi découvert ma féminité. Le McDo et les espaces de détente ont été le théâtre de longues heures à refaire le monde avec mes copines. Mais c’est aussi le lieu des premières questions autour de l’apparence et du corps… De précieux souvenirs. »

Son parcours strasbourgeois « J’ai grandi jusqu’à mes 20 ans dans le quartier de l’Elsau. Après une double licence en Sociologie et en Lettres à l’Université Marc Bloch, j’ai quitté Strasbourg pour suivre un Master 2 à P ­ aris. »

Ce qui lui reste ici ? « Ma famille. Je reviens environ une fois par mois à Strasbourg. J’y ai pris de nouvelles habitudes. J’aime me poser pour travailler à la terrasse du Trolley et au Café Brant, par exemple. Je vois cette ville évoluer et c’est très agréable. » Comme nous existons, éd. Actes Sud


Budget participatif Votez pour les meilleurs projets !

du 11 octobre au 30 novembre 2021

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La sélection de la rédaction

Bouillons 1 par Sylvia Dubost

La Double Clique 4 par Myriam Commot-Delon

« Bouillons = Laura Conill + Louna Desvaux + Morgane Lozahic + Chloé Stenger. Quatre jeunes designeuses issues de la HEAR, qui empoignent les questions sociales et environnementales pour proposer papiers, tissus, teintures, o ­ bjets à base de matières naturelles ou recyclées. Comme leur nom l’indique, elles patouillent et ne cessent d’expérimenter, travaillant la terre pour des céramiques du quotidien, imaginant des papiers végétaux (notamment un 100% ­pelouse et un 100% fanes de carottes !), rhabillant du mobilier chiné d’anciens draps teints à l’oignon. Une démarche innovante et humble, qui nous séduit forcément. » bouillons-atelier.fr instagram @bouillons.atelier

« Entre assemblages et jeux spatio-temporels, les néo-céramiques de Trystan Zigmann et ­Thomas Roger, du studio mulhousien La Double Clique, signent une nouvelle forme d’artisanat éco-responsable et expérimental. Entre le dernier trophée des Internationaux de Strasbourg, l’expo­ sition 1000 vases et une participation à la Paris Design Week, ils multiplient les connexions. Leurs objets, réalisés en impression 3D avec des matériaux d’origines végétales, signent un retour vers quelque chose d’originel. À l’instar d’Arche n°1, micro-architecture où vase et coupelle sont hybridées à une forme organique, symbole de protection et de régénérescence. Réjouissant. » ladoubleclique.com

La chaîne TikTok @theiconoclass 3 par Déborah Liss

Mona Chollet, Réinventer l’amour 2 par Cécile Becker

« J’ai découvert par hasard (mais est-ce vraiment un hasard avec le redoutable algorithme de l’application ?) cette étudiante australienne qui vulgarise l’histoire de l’art avec une touche moderne et féministe : dans des vidéos d’une minute à peine, elle décrypte la place du sourire dans la peinture, vulgarise la pose contrapposto, ou fait le parallèle entre Taylor Swift et l’iconographie du Moyen-âge. Bref, Mary McGillivray (de son vrai nom) m’a ouvert les portes d’un monde que nombre d’entre nous ne savaient pas comment rencontrer. Et c’est passionnant. »

« Ses précédents essais m’avaient happée par leur langue accessible et pourfendeuse, et par l’abondance de références. Quoique réticente – si nos relations ne fonctionnent pas, c’est peutêtre aussi qu’on n’y met pas du nôtre, non ? –, j’ai plongé dans ce Réinventer l’amour et ai été surprise par l’honnêteté avec laquelle Mona Chollet traite ce sujet. Elle qui s’avoue amoureuse de l’amour, me pose beaucoup de questions : peuton être féministe et hétérosexuelle ? Peut-on réellement être soi avec toutes les casseroles qu’on se trimballe – dont celle, plus lourde, du patriarcat, évidemment ? » editions-zones.fr


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Set design Myriam Commot-Delon Photo Hugues François

La Falaise Manon Debaye

Deux adolescentes qu’en apparence tout oppose se sont prêté un terrible serment. Charlie la brune, assaillie de visions psychotiques, a intégré la bande des durs à cuire du collège quand la blonde Astrid est harcelée et isolée. Pour l’une comme pour l’autre, la vie a la même âpreté. Avec son dessin brut au crayon et une belle maîtrise du cadrage et de la tension dramatique, l’illustratrice et dessinatrice strasbourgeoise décrit magnifiquement les douleurs de l’adolescence, cet âge où chaque instant est un moment de bascule. (S.D.) editions-sarbacane.com Photo brokism

Strasbouge Encore

Il fut un temps, pas si lointain, où la culture n’était pas essentielle et la tendance était à la débrouille. Vestige d’un monde au point mort, la compilation Strasbouge Encore vient de paraître et propose un instantané de cette époque confinée avec des artistes issus de la scène locale. Captés dans un premier temps sur la scène du Théâtre de Hautepierre, ils se retrouvent gravés sur un double CD dont le premier morceau est Tabula Rasa des impeccables Sinaïve. Rien que pour ça… (F.V.) Facebook : strasbougeencore À écouter sur toutes les plateformes

Le Pacte Rembrandt Wouter van der Veen

Directeur scientifique de l’Institut Van Gogh à Auverssur-Oise et enseignant à Strasbourg, Wouter van der Veen s’intéresse cette fois à Rembrandt au travers d’une fiction construite à la façon d’un polar particulièrement bien ficelé. Un premier roman paru chez Arthenon, sa maison d’édition, qui le propose en téléchargement gratuit. Pour les amateurs d’objet comme nous, on le commande et on bénéficie en bonus d’une carte postale personnalisée. (F.V.) arthenon.com

Brouillon de culture

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autopromo

Hôtel des infidèles Nicolas Comment & Étienne Daho

Nicolas Comment photographie Daho dans les couloirs de l’hôtel La Louisiane, hantés par les fantômes des artistes qui y ont séjourné : Syd Barrett, Henry Miller, Georges Bataille, Allen Ginsberg, Nico, Miles Davis, Juliette Gréco… Un doubleportrait de l’artiste et du lieu. chicmedias.com

Passe-passe Martine Lombard

Originaire de Dresde, Martine Lombard fuit la RDA et finit par s’installer à Strasbourg. Dans ce recueil de nouvelles, elle suit 13 personnages qui changent de vie, s’adaptent, luttent, rêvent et revivent, et nous fait partager leurs doutes et leurs espoirs avec beaucoup de finesse et de lucidité. mediapop-editions.fr


JEUDI 18 NOVEMBRE 20H SAMEDI 20 NOVEMBRE 17H PALAIS DE LA MUSIQUE ET DES CONGRÈS

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JeanJacques Henner

(1829-1905)

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La Chair et l’Idéal ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG ORCHESTRE NATIONAL

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Exposition

Perspectives #01 Léa Barbazanges Gabrielle Conilh de Beyssac Marc Couturier Esther Hunziker Sandra Knecht Jean-Luc Mylayne Fernande Petitdemange Pia Rönicke Studer/van den Berg Florian Tiedje Capucine Vandebrouck

Entrée libre À Sélestat

08.10.2021 - 24.01.2022 MUSÉE DES BEAUX-ARTS

Jean-Jacques Henner, La Source. Grande variante, 1881. Paris, musée national Jean-Jacques Henner © RMN-GP Gérard Blot. Graphisme : Rebeka Aginako

Nouvelles œuvres de la collection 04.09 – 14.11.2021


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Quentin Seyeux, fondateur de Marmelade / Photo Christoph de Barry

Marmelade D’un container lambda au Port autonome à l’une des échoppes les plus anciennes de la ville, au pied de Notre-Dame. Quentin Seyeux a encore du mal à réaliser le « chemin parcouru » depuis qu’il a lancé Marmelade, il y a près de quatre ans. Pionnier de la vente de produits locaux en ligne et de la livraison à domicile à l’aide d’un véloc­ argo en bois, la société du jeune entrepreneur, âgé de 29 ans, a remporté l’appel à projet lancé par la mairie de Strasbourg. Depuis le 4 septembre, il s’est installé pour 11 mois dans l’ancienne Boutique culture, à l’angle de la rue Mercière et de la place de la Cathédrale. « Des semaines de 70 heures » à portée immédiate des flux de touristes, azimutés aux airs répétitifs des musiciens de rue. Avec pour mission, comme le collectif Alsatrucs avant lui, de « mettre l’ar­ tisanat d’excellence à l’honneur ». « Il s’agit d’un test grandeur nature afin de savoir si cet espace

de vente est complémentaire de notre boutique en ligne », indique Quentin qui propose, en plus de la possibilité de récupérer sur place des paniers de légumes, une trentaine de références distillées au fil des saisons. On y trouve ainsi les vins bio du Domaine Schoech à Ammerschwihr, des bières artisanales, des pâtes en forme de bretzel des Délices de Jennifer, des savons en forme de kougelhopf de Chanvréel, des confitures du Climont, des pièces de maroquinerie de Victor Laufer… LA nouvelle bonne adresse de centreville, sans aucun doute. (F. V.) 10, place de la Cathédrale à Strasbourg marmelade.alsace


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Miam & culture BIM ! (voir photos) au Maillon 1, boulevard de Dresde bim-bistrot.eu Le Cafoutche  au TNS (2e quinzaine d’octobre) Avenue de la Marseillaise

Aux théâtres Maillon et TNS, le service de restauration fait peau neuve. Nouvelle décoration verdoyante, mets travaillés, carte des vins au large choix de breuvages natures : deux ambiances, mais une direction identique. Au menu : peps, bio, produits locaux et dynamique d’ouverture sur les quartiers voisins. Se restaurer. Au Maillon, le BIM! a pris posses­ sion de l’imposant hall d’accueil. Qualité plutôt que quantité, honnêteté dans la cuisine, plaisir et gourmandise sont les mots d’ordre. On mange et boit au rythme des saisons et des cultures locales. La cheffe Noémie Schott source ses produits à la ferme de Saint-Ulrich, chez Jean-­ Michel Obrecht ou encore à la Charcut’hier de Hœnheim. Côté boisson également, des jus de gingembre ou d’hibiscus, des thés glacés, le tout artisanal, pensé et confectionné avec soin par Tarik Saouni, responsable salle et bar. De son côté, au Café du TNS rebaptisé le ­Cafoutche (ouverture 2e quinzaine d’octobre), le chef Romain Beutelsetter met en musique un hymne aux savoir-faire de nos producteurs locaux, avec vins et bières régionales, truites

­d ’Alsace, légumes récoltés dans une ferme alentour, viandes blanches produites dans la région, etc. Travailler dans un théâtre, ça implique quoi ? Chez BIM!, la cuisine revendique une coloration artistique (de la créativité et un grain de folie) et un « devoir d’humilité » face à l’immensité du bâtiment. Au Cafoutche, dans la lignée du Café du TNS, on souhaite continuer à restaurer les équipes du théâtre, les élèves de l’école, ainsi que le public venu assister à une représentation. Le truc en +. Des teintes japonaises et orientales, des plats renouvelés chaque semaine, des clins d’œil à la programmation du Maillon au BIM!. En octobre, les touches gustatives venues de Grèce seront donc à l’honneur. Au Cafoutche, les brunchs s’invitent à la party. Les saucissons briochés croisent les œufs Bénédicte et le bacon grillé. Du salé, mais aussi du sucré, de quoi ravir tous les palais.


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Ils vivent, travaillent, créent et sortent à Strasbourg. Les hommes et les femmes qui font vibrer la ville nous font découvrir leur lieu préféré.

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Propos recueillis par Sophie Beau, Bruno Chibane et Caroline Lévy Photos Jésus s. Baptista

Strasbourg vu par

Nicolas Deprez 44 ans Fondateur de la librairie le Tigre

Où ? Quartier de la Coop

« J’aime le côté industriel et underground de ce quartier qui me fait penser à Berlin. Il y a une belle énergie créative et un côté rock’n’roll qui me plaît beaucoup. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut à mon gros ventre ! Zut aux élections de 2022 ! »

Actu ? Le 23 octobre, lancement des

ouvrages et expos Portraits de famille et Infernal en présence des artistes illustrateurs Paskal Millet et Denis GRRR, lancement de l’expo Blue Bad Box / Cigarbox et masterclass avec Dirty Deep. librairie-letigre.fr Saharienne Tagliatore pour Revenge Hom


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Julie Wilhelm 48 ans

Architecte et vice-présidente de la Maison Européenne de l’Architecture

Où ? Place du Tribunal

« Ce lieu fait partie de mon trajet quotidien. J’aime son animation et l’idée que se croisent skateurs, footballeurs, familles, sportifs et avocats ! C’est intéressant de constater que les usages d’aujourd’hui sont bien différents de la destination d’origine, avant tout institutionnelle ! Ce grand parvis minéral très lisse est devenu le lieu idéal des skateurs : cela pose la question des usages alternatifs. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut à l’absence d’éducation à l’archi­ tecture dans les classes… »

Actu ? Les journées de l’architecture,

jusqu’au 28 octobre, avec plus de 160 évènements sur le thème des alternatives. Construction avec l’agence MW d’une école à biodiversité positive à Strasbourg, en collaboration avec l’agence feld72. m-ea.eu | mw-architectes.fr Manteau en laine chez Ipsae


Home working ? – Éclairez votre lieu de travail à domicile. – Simple à mettre en place – Design discret et innovant – Éclairage direct/indirect – Cellule de présence et de luminosité

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Sophie Dorn

40 ans

Mannequin et créatrice de contenus

Où ? Ponton des Bateliers

« C’est ici que j’aime venir me ressourcer quand j’ai besoin d’une pause café. C’est aussi devenu le lieu incontournable de nos échanges avec ma collaboratrice, pour un débrief de la journée ou une réunion improvisée dans un cadre parfait ! »

Zut à qui ou à quoi ?

« À ma petite dernière de 3 ans, à qui j’apprends à dire Zut pour ne pas dire autre chose ! »

Actu ? Lancement du corner

Brownie&Blondie aux Galeries Lafayette. Collection perso by Mademoiselle Soph en cours de création. mademoisellesoph.fr brownieandblondieshop.com Robe Bownie&Blondie, veste en jean perso


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Wesh et Céline Petrovic 27 et 49 ans Co-fondatrices du collectif Wom•x

Où ? Presqu’île André Malraux « Ce lieu concentre toutes nos activités liées au collectif et à la fête ! C’est au Shadok que nous organisons nos ateliers d’initiation et à la Péniche Mécanique nos conférences et soirées. La dernière en date, Les 24h du Mix, s’est installée entre les deux grues de la presqu’île. Tout un symbole ! »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut aux normes de genre ! »

Actu ? Who wants to mix ? Ateliers

d’initiation DJ/Prog, discussions, open platines suivi d’une soirée, 2 fois par mois à la Longevity Music School et à la Péniche Mécanique. wom-x.com Wesh : pantalon à pinces, chemise et blouson Céline : jean et chemisier Le tout Paul Smith chez Algorithme


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Anne-Sophie Barth 30 ans Responsable de la communication des Binchstub et de la Grosse Baloche

Où ? Presqu’île André Malraux « C’est l’endroit où je vais me réfugier dès que j’ai une pause dans ma vie à cent à l’heure. J’aime ce lieu car il m’apaise immédiatement tout en étant très proche de la frénésie de la ville… Je peux y courir, me détendre… »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut aux heures de sommeil jamais rattrapées ! »

Actu ? Le 20 octobre, soirée festive pour le 1er anniversaire de la Grosse Baloche. Facebook : lagrossebaloche Pull en laine Chiara Ferragni et pantalon de smoking Rick Owens chez Algorithme


Un bien pensé.


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Antoine Milési 27 ans Créateur de contenus food

Où ? Lycée International des Pontonniers

« En plus de sa dimension multiculturelle et de son ouverture sur le monde, mes années lycée à Pontonniers m’ont aussi et surtout permis de tester les restaurants aux alentours, et ont révélé ma passion pour la street food. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut aux french tacos, une aberration ! »

Actu ? Développement des comptes

instagram Thestreetfoodist, La Toast Family et Tarte Flambée Club. Veste bi-matières matelassée en denim Moorer chez Dome


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Colette Audebert 37 ans Directrice des Bains municipaux de Strasbourg

Où ? Rue du Général Conrad

« J’ai emménagé à Strasbourg, dans le quartier de l’Orangerie, il y a quelques mois, et la première chose qui m’a interpellée au loin depuis ma fenêtre, ce sont des bulbes dorés. J’ai découvert ainsi la magnifique église orthodoxe de Tousles-Saints que j’apprécie beaucoup et que je trouve très apaisante. Et en plus, il y a au pied un petit restaurant [le Dostoïevski, NDLR] vraiment super chouette. »

Zut à qui ou à quoi ?

« Zut à la cigarette ! J’ai décidé d’arrêter de fumer le jour de mon emménagement à Strasbourg. Ça a très bien marché. »

Actu ! Ouverture des Bains municipaux

de Strasbourg d’ici la fin de l’année, après trois ans de fermeture et deux ans de travaux. Blouson en cuir Lou Andrea chez Marbre


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Il y a des hommes rassemblés, et quelqu’un qui leur fait récit. Ces hommes rassemblés, on ne sait pas encore s’ils font une assemblée, s’ils sont une horde ou une tribu, mais nous les disons « frères », parce qu’ils écoutent le même récit. Jean-Luc Nancy, La Communauté désœuvrée

La Cité.


Le 23 août dernier disparaissait le philosophe Jean-Luc Nancy. Auteur d’une œuvre foisonnante, il aura marqué la pensée contemporaine et la ville, ce dont nous, profanes, n’avons pas toujours conscience. Parmi tous ceux qu’il a ici marqués, nous avons choisi quatre personnalités pour nous éclairer sur cette pensée singulière, curieuse et libre, qui s’est notamment beaucoup préoccupée de la communauté que nous formons. La Cité—Philo

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Pensée ouverte Propos recueillis par Sylvia Dubost et Valérie Bisson Photos Vincent Muller

Jean-Luc Nancy Né en 1940, enseigne la philosophie à l’université de Strasbourg de 1968 à 2004, puis devient directeur de programme au Collège International de philosophie. Il est l’auteur de près de 150 ouvrages, dont : La Communauté dé­ sœuvrée (Christian Bourgois, 1986), Corpus, sur la question du corps (Métailié, 1992), L’Intrus, sur sa greffe du cœur (Galilée, 2000), La Communauté affrontée (Galilée, 2001), L’Évidence du film. Abbas Kiarostami (Klincksieck, 2007), La Communauté désavouée (Galilée, 2014), Un trop humain virus (Bayard, 2020)…

Daniel Payot Philosophe, professeur émérite en philosophie de l’art à l’Université de Strasbourg, ancien pré­ sident de l’Université de Strasbourg. Chercheur au Département de philosophie et dans le laboratoire « Formes, présentations, présences » dirigé par Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe, puis à la Faculté des arts. Pour vous, c’est qui Jean-Luc Nancy ? Pour moi, c’est d’abord un professeur car j’ai suivi ses cours à la faculté quand je suis arrivé à Strasbourg. Très rapidement, ça a été un auteur que j’admirais beaucoup, puis un collègue. C’est devenu plus que cela parce qu’on avait une certaine sympathie l’un pour l’autre. Nancy avait sa personnalité et beaucoup de contacts, avec Jacques Derrida, avec d’autres intellectuels, et nous en faisait profiter. Après la chute du mur, il avait organisé une série de rencontres avec des intellectuels de l’est, qui venaient témoigner : c’était passionnant. On découvrait des univers intellectuels inconnus. À travers lui, on accédait à tout ce qui comptait dans ce que les Américains appelaient la french philosophy : Derrida, Jean-François Lyotard et d’autres. Ce que j’admirais, c’était la grande rigueur dans ses références conceptuelles, et sa curiosité. Il était ouvert à beaucoup de choses, n’était pas cet intellectuel schématique, caricatural. J’ai appris qu’il était féru de bricolage, ce qui ne correspond pas à l’image du philosophe éthéré ! Il s’intéressait aussi à toutes sortes de musiques, avait une façon de ne pas hiérarchiser ses centres d’intérêt.

Quelle place occupe-t-il dans le monde de la philosophie ? Il s’est fait sa place à lui, on ne peut le raccorder à aucun courant. Il s’est toujours intéressé à des événements y compris biographiques, comme lorsqu’il a écrit un livre sur sa greffe, L’Intrus. Cette dimension personnelle, subjective, rebondit dans ses écrits, et certains centres d’intérêt viennent de là. Cela le singularise, en dehors des grandes questions philosophiques qu’il s’est posées, où il était aussi atypique, comme son rapport au christianisme sur lequel il n’a pas arrêté de faire le point. On peut aussi citer ses travaux sur la communauté car cela a creusé son territoire, son lieu à lui. […] Ce qui est intéressant dans son livre La Communauté désœuvrée, c’est le fait d’accoler ces deux termes. Nous sommes une communauté parce qu’on ne peut pas se penser individuellement. Dès qu’on pense, qu’on est, on est pluriel. C’est la dimension éthique de sa pensée. Il y ajoute « désœuvrée », qu’il faut prendre au sens littéral : ce n’est pas une œuvre, une entité finie, définie et exclusive. Ce n’est donc pas du tout un communautarisme : elle est sans limites, ouverte. Cette intuition est vraiment fondatrice. On la retrouve dans tout ce qu’il a écrit. Même quand il écrit sur sa greffe. L’une des choses qui lui avaient donné à penser, c’est qu’il héritait du cœur de quelqu’un d’autre, ce qui ne peut laisser indifférent. Il y a là encore cette idée du partage, qu’on n’est pas une individualité complète. Il préférait la singularité à l’individualité. Il parlait de singulier pluriel. Le mot « individu » le gêne car il ne peut pas être, littéralement, divisé. Or le


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singulier fait partie d’un collectif, est marqué intimement par cette collectivité. La communauté est en chacun d’entre nous. Quel impact a-t-il eu, selon vous ? Il a été très sollicité par les médias, a fait beaucoup de conférences. Les universités américaines le sollicitaient car il avait cette pensée « déconstruc­ trice », comme disait Derrida. Lui considérait que cela faisait partie de son boulot de philosophe de parler à des gens qui n’étaient pas du cénacle. Il aimait notamment parler aux enfants. On ne trouve pas ça si fréquemment chez les philosophes. J’y vois aussi la trace de son intuition sur la communauté, la circulation de la parole.

Jacob Rogozinski Philosophe, professeur à la faculté de philosophie de Strasbourg, il succède à Jean-Luc Nancy à la chaire de métaphysique. Les déconstructionnistes « J’étais tout jeune quand j’ai commencé à lire Derrida, Lacoue-Labarthe, Nancy, qui formaient une sorte de triangle. On savait qu’à Strasbourg, il y avait l’école déconstructionniste. Eux ne se sont jamais revendiqués comme tels, ce n’était pas une doctrine unifiée autour de grands mots, mais une pratique singulière de pensée : une interrogation sur la tradition philosophique occidentale, cherchant à déconstruire des configurations instituées, à désédimenter, en essayant de retrouver l’expérience fondamentale qui les a construites. Nancy a appelé cela « désassembler » : le christianisme, le monothéisme, le corps… Il s’agit de retrouver la complexité sous les concepts, ­d’interroger les idées reçues. » Strasbourg, épicentre de la philosophie moderne « La déconstruction a été haïe. Derrida n’a jamais pu avoir un poste dans l’université française, il a été traité de nihiliste, d’obscurantiste réactionnaire. Cette pensée a pourtant eu des échos aux États-Unis et dans le monde entier. Des Japonais, des Chinois venaient à Strasbourg parce que c’était la ville de la déconstruction, la ville de Nancy et Lacoue, la ville où la philosophie se réinvente. […] Ils ont fait de Strasbourg une hétérotopie : une enclave dans le monde ordinaire. Cette pensée a fécondé beaucoup de gens. Mais ce n’est pas comme une école, il n’y a pas de disciples. Ce sont des penseurs inclassables, toute tentative de les enfermer serait une erreur.

[…] Vers la fin de sa vie, Nancy recevait des gens qui venaient comme des pèlerins, et acceptait de discuter avec eux. Il donnait son temps sans fin, sans fond. Il était très lu et très aimé. Sa pratique philosophique le rendait aimable, car il avait ce côté hors codes. » Une pensée paradoxale « On a le sentiment d’une pensée paradoxale. Pour Nancy, la communauté n’a jamais eu lieu, c’est une illusion de croire qu’elle aurait existé et disparu, ça c’est le discours de tous les réactionnaires d’aujourd’hui. Mais du coup, elle est à venir. Et si on ne la fait pas venir, c’est un désastre. C’est une pensée qui se retourne sur elle-même. Il en va de même de la question du monde. Ce qu’on appelle « mondialisation » nous fait tomber dans « l’immonde », car c’est la négation violente du monde. C’est une manière de faire ressurgir la question du monde que nous voulons, que nous pouvons. C’est une philosophie qui ne produit pas de doctrine et ne cherche pas à consoler, mais pose des questions à rebroussepoil. Le paradoxe, c’est ce qui va contre la doxa, l’opinion commune. »

Rodolphe Burger Musicien. Ancien professeur de philosophie, étu­ diant à la faculté de Strasbourg où enseignait JeanLuc Nancy, il a entraîné ce dernier dans diverses collaborations artistiques, dont des films et un spectacle musical. À la fac « Notre amitié s’est nouée au fil des ans. Vers 1977, pendant mes premières années strasbourgeoises et ma formation en philo et en lettres, je découvrais un continent. Il ne faisait pas partie de mes professeurs mais Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe avaient un prestige intellectuel énorme. J’allais comme tant d’autres assister à leurs cours en auditeur libre et je lisais leurs livres parmi ceux de Daniel Payot, Jacques Derrida ou de Roland Barthes qui venaient aussi régulièrement. La rue Charles Grad était un lieu de rencontre, un vivier d’intellectuels, il s’y créait une émulation. » Au théâtre « Jean-Luc adorait jouer. À l’époque du TNS, il demandait toujours des petits rôles à Philippe Lacoue-Labarthe ou à Michel Deutsch [le 1er avait mis en scène plusieurs pièces, en collabora­ tion avec le second, NDLR] et passait son temps


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C’est une philosophie qui ne produit pas de doctrine et ne cherche pas à consoler, mais pose des questions à rebrousse-poil. Jacob Rogozinski

à documenter dans le noir ce qui se passait sur scène. Il adorait mettre des costumes et prenait le jeu très au sérieux tout en s’amusant comme un enfant. Dans le cadre d’une carte blanche au parc Jean-Jacques Rousseau d’Ermenonville, j’avais eu l’opportunité de l’inviter à incarner Rousseau. Vêtu d’un costume spécialement créé pour lui, Jean-Luc devenait littéralement Rousseau, il « rousseauisait » en déambulant dans le parc, suivi par un public éberlué. Dans les films sur Lenz, il incarne un Lenz impossible de 81 ans, qui revient de Moscou, que son ami Salzman promène en chaise roulante dans l’expo sur Goethe [Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, présentée en 2021, NDLR]. C’est à la fois très appuyé historiquement et totalement ludique. Nous nous sommes beaucoup amusés. Sa vocation d’acteur s’est révélée tard au grand jour, mais elle est incontestable. Notre dernier projet était encore une fois scénique : il s’agissait d’un oratorio, intitulé Meaningless, à partir de textes de Conrad Aiken, que nous devions présenter à Tournai en ouverture d’un festival de philosophie. Il s’en est inquiété jusqu’à la fin. » Au travail « J’ai été témoin de sa capacité de travail, de sa merveilleuse curiosité, de son irrépressible besoin de penser, d’écrire mais aussi de faire. J’ai eu l’occasion de passer une semaine à ses côtés : ses journées ne semblaient occupées qu’à des travaux manuels, il adorait couper du bois par exemple, mais à la fin de la semaine il avait écrit un livre : tôt le matin, de sa petite écriture fine, le livre s’était fait. »

Thierry Danet Directeur de La Laiterie et du festival L’Ososphère La Laiterie a coproduit les deux films de Rodolphe Burger autour du poète Jakob Michael Reinhold Lenz, connu par la nouvelle de Georg Büchner et incarné par Jean-Luc Nancy. « Ce que j’ai rencontré en premier, c’est ce qui fait une partie du climat de cette ville. Ce qui se passait alors à la fac débordait dans les troquets, dans la ville, les gens que je fréquentais étaient marqués par ça. Lenz [de Georg Büchner, 1839, NDLR] était dans les conversations, c’était un texte de référence pour toute cette école. Ils l’ont étudié mais il y avait aussi quelque chose de passionnel. C’était comme un secret lié à cette ville. T’as 15 balais, tu vas au troquet, on parle du Velvet, de cinéma expérimental, de Lenz, et tu t’y connectes. Je n’étais pas son élève, je n’avais pas lu ses livres, mais j’étais en contact avec cette énergie-là et ça a déplacé ma propre trajectoire. De quelques microns, mais ça change tout. Je l’ai vraiment rencontré quand on a fait Tribune publique, en 2002, à une l’époque où l’on ne trouvait cela pas normal que le Front National soit au deuxième tour de l’élection présidentielle. Le lundi suivant les résultats, on se retrouve avec Alain Walther [à l’époque responsable de la communication de la Fnac, NDLR] et Joël Isselé [journaliste aux DNA, NDLR] en se demandant ce qu’on pouvait faire, et Alain va chercher Rodolphe Burger. Lui dit qu’il faut un texte, poser des mots, va à son tour chercher Jean-Luc Nancy. Il pond un texte en quelques heures, intitulé « Pour quoi votons-nous ? », à partir duquel, le 1er mai, on fait Tribune publique, où 50 personnalités de tous horizons prennent la parole à tour de rôle à La Laiterie. On s’est énormément vus puis par la suite, on a fait une émission avec lui et Huguette Dreikaus sur Radio France Alsace. Une heure de radio incroyable, un vrai débat public avec les auditeurs. Ensuite, je lui ai demandé [le texte] Instant de ville, lu par Stanislas Nordey, pour ouvrir un Café Conversatoire sur l’avenir de Strasbourg au regard du projet urbain, autour de cette question : quelle ville sommes-nous ? Ce que tout cela raconte, c’est comment quelqu’un, quand il habite vraiment quelque part, par sa présence et son rayonnement personnel, crée des petites choses qui mises bout à bout font un climat. Une parole au milieu de la ville, qui nous aide à nous fabriquer une petite boîte à outils personnelle. »


Après tous ces mois en « distanciel », il semblerait qu’on n’ait jamais eu autant envie de projets et d’espaces collectifs pour travailler et créer autrement. À Strasbourg aussi, les initiatives fourmillent et montrent que coopérer, ça demande des compétences, du temps, et parfois de l’argent. La Cité—Société

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Par Déborah Liss / Photos Alexis Delon / Preview / Composition Myriam Commot + brokism

Faire ensemble, ça s’apprend Les Ateliers éclairés à la Coop, la Tour merveilleuse du Schloessel à K ­ oenigshoffen, les Compotes à Neudorf… En moins de deux ans, Strasbourg a vu se multiplier les tiers-lieux, ces lieux de travail ­partagés qui ne ressemblent plus du tout à des b ­ ureaux. Marie-Elisabeth North, co-fondatrice des Compotes, définit ainsi ce qui a propulsé ce projet : « Offrir une communauté aux salariés et auto-entrepreneurs en quête de sens, qui ont envie de faire les choses différemment. » Ici, et c’est bien ce qu’on attend du coworking, professionnels du marketing et du développement web partagent des bureaux, des déjeuners, des événements et des moments d’entraide. La France compte aujourd’hui 2500 tiers-lieux, et le coworking a connu une croissance de 300% entre 2015 et 2019. À Strasbourg, il existe depuis 10 ans, mais on dépasse maintenant la simple « colocation » pour monter des projets communs et on s’approprie les espaces pour bâtir un lieu de vie. Au cœur de la tendance : trouver du sens à ce que l’on fait, sortir d’un quotidien solitaire accentué par la pandémie, et participer aux décisions. Même les collectivités s’y mettent et encouragent la co-construction de lieux communs, et certaines entreprises prennent le virage d’une gouvernance plus horizontale. Car si l’envie de collectif est commune, les manières de la concrétiser prennent des chemins divers.

Lieu + moment dédié = naissance de projets communs À Koenigshoffen, la tour du Schloessel, rebaptisée Tour Merveilleuse, propose aussi un café et un espace de coworking pour « créer un cocktail de gens qui ne se seraient pas forcément croisés ail­ leurs, comme l’explique Cécile Dupré Latour, responsable du Labo Régional des partenariats, l’association à l’origine de la dynamique StartUp de Territoire, qui a ouvert le tiers-lieu. Les habitants viennent pour des moments de convivia­ lité et rencontrent des acteurs ­locaux ayant lancé des initiatives. Ça donne envie d’agir. » Créée en 2016, Start-Up de Territoire favorise l’émergence de projets à impact social et écologique, en réunissant lors d’événements grand public des individus qui ont « des rêves et des indignations » : « On propose une phase « labour » où parfois plus de 1000 personnes viennent échanger sur ce qui les anime. » Lors de la 2e phase, des groupes émergent. Start-Up de Territoire propose alors des locaux pour monter les projets, des formations et un réseau de partenaires. Et ça marche : « De la rencontre naît le changement, estime Cécile. Après deux saisons, 25 solutions sont en route et 30 emplois ont été créés. » Elle cite Les Petites Cantines (réseau de cantines de quartier) ou BoMa (pour Bonnes Matières), une association de femmes qui revalorise les déchets de chantiers. Après plus d’un an de « distanciel », ces initiatives revendiquent la proximité « en vrai » pour créer une émulation. Comme au quartier Coop, où les anciens locaux de l’enseigne de distribution sont devenus le refuge d’une centaine d’artistes et artisans.



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La Coop : qui se ressemble s’assemble « Ces deux dernières années, la Coop était un peu un paradis perdu, un des seuls endroits où on pouvait aller », raconte Jésus s. Baptista, photographe, vidéaste et plasticien (et l’un de nos fidèles collaborateurs). Mais qui est ce « on » ? Sur le site de la Virgule, on trouve les professionnels de l’édition, de l’illustration et du design de l’association GarageCoop, les artistes du CRIC, les Ateliers éclairés (professionnels de l’artisanat et du numérique) et leur fab lab, et des artistes plasticiens réunis dans les Ateliers bois gérés par la Ville. Bref, chaque espace réunit des métiers proches mais pas forcément identiques, où les collaborations se font naturellement : Central Vapeur, l’association dédiée à la promotion de l’illustration et de la bande dessinée, travaille régulièrement avec les éditions 2024 et le Garage Print, l’atelier de sérigraphie, ou encore avec le trio de graphistes de Terrains Vagues, leurs voisines de bureau. Celles-ci constatent d’ailleurs que « [leur] métier va de pair avec tel­ lement d’autres ! » Elles ont notamment travaillé avec Geoffroy ­Weibel, forgeron du CRIC, sur du mobilier ­urbain à Koenigshoffen. Ces petites équipes pren­nent plus facilement vie au sein d’un même bâtiment. C’est ainsi que Margot Canizzo Larazo de l’association de designers IDeE a découvert le travail de Gris Bois (architectes et menuisiers au CRIC) et collaboré avec eux pour une enseigne de restaurant : « C’est intéressant de les avoir juste à côté pour faire des allers-retours pour les ajustements. Ça permet de faire des choix plus rapides. » En plus d’un espace partagé, c’est aussi l’occasion qui fait le larron : déjeuners, barbecues dans le jardin, événements qui fédèrent les artistes… Au CRIC, trois soirées par an mettent les créateurs autour de la table (ou de l’établi). Mais tout n’est pas rose au quartier culturel : une telle concentration de métiers similaires crée parfois de la concurrence lors des appels d’offres. Même si les graphistes de Terrains Vagues, qui en ont déjà fait l’expérience, préfèrent voir le positif  : « Être sur place et se croiser permet au moins d’être hyper transparent et de s’accorder pour ne pas se marcher sur les plate-bandes de l’autre. »

Entre difficultés et manque de coordination Et puis, pour qu’une vraie émulation émerge, « il faudrait une coordination et un espace com­ mun à tous, par exemple une grande cantine dans le Petit garage », estime Jésus. Maïa Dietrich, coordinatrice de GarageCoop, pointe qu’une réunion sous forme de repas mensuel pour toute la Virgule est organisée tous les mois. À l’autre bout de la ville, au Bastion XIV rue du Rempart, certains artistes qui aimeraient créer davantage ensemble se heurtent à des freins administratifs : « C’est la Ville qui gère le lieu donc tout est soumis à autorisation, regrette Vincent Gallais, jeune artiste plasticien. On n’avait pas de cuisine commune au début, on l’a montée nous-même, et on a aussi ramené du mo­ bilier pour faire un espace commun dehors. Si on avait fait la demande, ça aurait duré des années. » Une bureaucratie qui les empêche aussi d’organiser des événements ou expositions collectives en dehors des Ateliers Ouverts : « C’est lié au fait que le lieu n’est pas aux normes pour accueillir du public, explique Aïnaz Nosrat, artiste peintre. Or, on a une salle d’exposition peu utilisée, et on a proposé de créer une entrée à l’arrière en enlevant la grille, pour que le public n’ait pas à entrer dans le bâtiment. » Vincent insiste : « En tant qu’artistes, on est capables de faire des choses pour faire vivre ce lieu. » Un lieu martial resté « dans son jus » et organisé en longs couloirs, dont les baux (2 ans renouvelables une fois) provoquent un turn-over de près de 10 artistes par an, sur une quarantaine de résidents, empêchant les dynamiques collectives sur le long terme. Des tiers et des experts Car faire du collectif, « ça ne se décrète pas », estiment Chloë Dupuy et Daym Ben Hamidi des Ateliers RTT, agence de d ­ esign et d’innovation sociale. Les ­nouveaux métiers comme le leur servent à accompagner l’agencement de lieux communs. Comme les futures Maisons de services au public à Koenigshoffen et l’Elsau, qui rassembleront différentes administrations. L’enjeu : « Réussir à faire travailler ensemble des agents différents, répondre à leurs besoins et à ceux de l’usager. Il faut imaginer les parcours de cha­ cun, dessiner les espaces… », explique Chloë. Pour en arriver là, les Ateliers RTT aident tous les acteurs concernés à construire le projet ensemble, notamment au travers d’une phase de diagnostic partagé, d’ateliers avec les habitants et de moments « d ’immersion » dans le quartier, puis de forums rassemblant agents, élus, résidents et associations. Les agents ont besoin de ce tiers, de son regard extérieur et d’une expertise


Il faut que les gens puissent avoir un impact. Si on les consulte seulement à la fin pour la couleur des murs, ça ne sert à rien.

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Les Ateliers RTT

­ éthodologique  : « Quand on n’est plus là, ils nous disent qu’ils m ont du mal à continuer. » Une fois le diagnostic fait, ils passent au design des typologies d’usage : îlot d’attente, îlot numérique, îlot premier accueil… À chaque étape, ils font un retour aux agents et aux représentants d’habitants, ce qui bouscule les habitudes : « Nous, on part du principe qu’il faut que les gens puissent avoir un impact. Si on les consulte seulement à la fin pour la couleur des murs, ça ne sert à rien. Or, les agents peuvent avoir beaucoup d’hésitation à montrer quelque chose de “pas fini” au grand public. » Changer sa posture pour plus d’horizontalité Ce changement de posture peut s’avérer difficile, quelle que soit la position. « C’est intéressant à observer chez nos collaborateurs, peu habitués à prendre des responsabilités », note Vincent Viaud, co-fondateur de PUR etc., société de restaurants « vertueux » (selon leurs propres mots) devenue coopérative en juillet 2021. Pour s’aligner sur les valeurs de l’enseigne (notamment de commerce solidaire), c’est une ­holacratie qui a été introduite : « une approche de self-management où chaque collaborateur a autorité dans son rôle pour prendre les décisions et mener à bien sa mission. » Il observe « un changement radical », qui a demandé aussi aux dirigeants de revoir leur position habituelle de « leader ». Et un investissement massif : « passer à l’holacratie, ça nous a coûté 100 000 € en for­ mation [l’entreprise s’est fait accompagner par l’organisme iGi, NDLR] et en nouveaux outils. » Son intuition d’une gestion plus collégiale est devenue réalité en rencontrant la possibilité des SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif ). Désormais, les franchises PUR du Grand Est sont réunies en coopérative, sur le principe d’une personne = une voix et donc « un pouvoir dé­ corrélé du capital ». Les salariés peuvent aussi en être  : ils sont deux salariés-actionnaires pour le moment, mais Vincent Viaud espère en convaincre davantage. Certains ont peut-être besoin de voir comment cela se passe avant de se lancer. Et c’est sans doute là l’une des solutions pour faire perdurer le « faire ensemble » : continuer de montrer l’exemple. Comme l’affirme Cécile Dupré-Latour, « voir d’au­tres personnes à l’œuvre, ça met énor­mément en confiance. Faire des actions visibles, comme avec le tiers-lieu qui incarne cet esprit du monde qu’on a envie de construire, cela insuffle un esprit de “ même pas peur” ». Ensuite, tout devient possible si on s’accompagne de véritables experts du collectif, à qui on donne les moyens de transformer l’essai. Tout en s’appuyant sur une vraie volonté partagée sur la durée, pour aller au-delà des vœux pieux.

Photo : Julian Perez

Lun. au sam. 11h —› 14h30 Lun. au mer. 17h30 —› 19h30 Jeu. au ven. 17h30 —› 21h 7 Rue de la Chaîne Strasbourg 03 88 69 57 82 •


La Cité—Scènes

Depuis 2019, le label October Tone soutient un projet expérimental de concert augmenté, porté par un collectif de musiciens, performers, comédiens et artistes visuels. Ce qui les a motivés ? L’envie de tout fabriquer et de faire ensemble. Au fil des résidences de création, elle prend forme.

En roue libre Par Cécile Becker / Photo Christophe Urbain

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Projet X (le nom n’a toujours pas fait consensus), En janvier 2022 à Strasbourg (lieu à déterminer) octobertone.com

Salle des Colonnes, Hall des Chars à Strasbourg, avril 2021. On se souvient d’un sol jonché de dessins, d’affiches gribouillées d’expressions incompréhensibles. De costumes clinquants, de talons hauts, de morceaux joués vite et, surtout, de beaucoup de doutes. Au plateau : Théo Cloux (T/O, Hermetic Delight), Marlon Saquet (Partout Partout), Clément Grethen (T/O, Ippon), Adrien Moerlen (BBCC), Delphine Padilla (Hermetic Delight), Laura Sifi (artiste et photographe), Antoinette Marchal (performeuse et danseuse), Yrvan Charpentier et Jérôme Rich (comédiens et auteurs du collectif Noun). Avec, en prime, le photo­graphe et vidéaste Christophe Urbain qui documente le processus de création et Hugo Barré, ingénieur du son. Un concert participatif à grande échelle ? Plus que ça. Cette résidence au Hall des Chars, la cinquième, signe l’arrivée en grande pompe de la question scénographique dans le spectacle, dont la forme éclatée remet en question son appellation même : théâtre, concert, danse et performances flirtent peut-être avec le music-hall (sans le côté kitsch). Jérôme concède : « On a démarré cette création par la musique, on sort à peine de ça. » Difficile de s’improviser créateurs d’un spectacle total… L’impulsion vient du festival Summerlied en 2019, et d’une carte blanche dont Théo et Laura se sont saisi pour créer « un concert augmenté », et ont convié des artistes avec l’objectif de tout faire eux-mêmes, même les décors. La première année fut mouvementée : durant les premiers mois, il y aura eu des défections. Deux membres sont partis désarçonnés par la disponibilité que demande le projet, son fonctionnement ou les outils, comme l’application Discord sur laquelle échange le collectif. « C’est assez fa­ cile de se décourager, d’autant que le processus de création est très fragile, analyse Adrien. Dès lors que quelqu’un émet un doute, ça se propage comme un virus. Il faut ajouter à ça l’humain, les envies qui évoluent… » Tous les membres sont déplacés de leur rôle habituel : les musiciens performent, les comédiens jouent aussi de la musique, les performers chantent, tout le monde participe à l’écriture musicale ou narrative ; la roue tourne et ne s’arrête jamais (c’est d’ailleurs un élément de décor). Sans hiérarchie aucune. En tout cas, c’était l’idée de départ. «  Laura et moi avions en fait le rôle de chefs d’orchestre, sans le vouloir, raconte Théo. Côté musique, je coordonnais tout, c’était trop de responsabilités sur mes épaules. C’est à ce moment-là que Laura a proposé que chacun crée sa saynète, son morceau. On a imaginé le spec­ tacle comme un mini-festival : chacun fait son truc mais fait appel aux autres pour l’aider. Ça repla­ çait la responsabilité sur l’individu tout en gardant

l’esprit de groupe. » Ils se sont alors dégagés de la cohérence globale pour la retrouver plus tard en se réunissant pour écouter les propositions musicales de chacun. « On s’est rendu compte que tous les morceaux, plutôt joyeux, finissaient en dégrin­ golade, ça nous a donné un fil rouge. Après, il a fallu travailler sur la chorégraphie », explique Jérôme. Lorsque Delphine rejoint le projet en septembre 2020, son regard extérieur permet au collectif de se remettre en question  « C’était du fun du fun du fun, il y avait tout un tas d’envies qui s’accumulaient, sans prise de décision, et des votes pour à peu près tout. Il a fallu faire beaucoup de ré­ unions et des points spécifiques pour faire des choix. En bref : combiner le fun à la structure. » Depuis, ils ont défini des pôles avec, chaque fois, un responsable : costume, « mise en corps », musique, décor, etc. « Le respon­sable maîtrise sa partie, ex­ plique ses contraintes et ses choix, on accepte, sauf veto. En fait, la base de tout c’est la confiance », analyse Théo. « On a aussi appris à accepter de ne pas pouvoir tout faire, de ne pas avoir la maîtrise complète, qu’il faut en passer par les erreurs et in­ compréhensions, accepter que tout prend du temps, et surtout le temps de se connaître », confie Laura. Quelques mois plus tard, en résidence en juillet 2021 à L’Autre Canal à Nancy (qui co-produit la création avec le ­festival Summerlied), c’est une autre histoire : les éléments de décor ont bien avancé, la partie musicale est maîtrisée, les déplacements pensés, bref… la sauce commence à prendre. Pour la première présentation publique devant une vingtaine de profes­s ionnels, quelque chose a changé : le collectif a pris confiance et tout se tient. La narration et la scénographie servent la musique et vice-versa. « L’idée principale de la ­n arration, c’est qu’on cherche tous notre place, notre place au soleil », explique Jérôme. Comme une mise en abîme du collectif. « Ça se matérialise dans le décor construit comme une île de vacances. » Delphine complète : « En apparence, c’est un monde où tout va bien, avec un soleil artificiel – une boule à facettes –, mais où tout peut basculer. Au fil du spectacle, on ne sait plus très bien dans quel monde on est. » Faire ensemble mais dans l’idée de partage : une scène centrale autour duquel le public peut tourner et se déplacer à sa guise. Une « fête ring ». La boucle est bouclée.


La Cité—Théâtre

Au TNS, Stanislas Nordey met en scène Ce qu’il faut dire, recueil de trois textes de l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano. Une performance poétique et politique, portée par trois jeunes comédiennes, où se croisent les voix et les regards sur la question noire, la question blanche, les manières d’y trouver sa place et d’en parler. Propos recueillis par Sylvia Dubost

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Regards croisés

* Le programme 1er acte, initié en 2014 par Stanislas Nordey et les Fondations Edmond de Rothschild et de la Fondation SNCF, vise à promouvoir une plus grande diversité sur les plateaux de théâtre. Le programme a permis, en cinq saisons, à 81 jeunes actrices et acteurs de suivre des masterclasses dans des théâtres partenaires avec des professionnels reconnus du spectacle vivant. Plusieurs élèves comédiens de l’école du TNS sont issus de ce programme (lire aussi Zut n°31) Photos (dans le sens des aiguilles d’une montre) : Stanislas Nordey, Océane Caïraty, Ysanis Padonou, Mélody Pini, par Jean-Louis Fernandez.

Pourquoi ce texte, pourquoi aujourd’hui ? L’écriture de Léonora, je la fréquente depuis longtemps, et je l’ai découverte par ses essais « politiques ». Ces textes-là, elle le performait elle-même. Quand j’étais artiste associé au festival d’Avignon en 2013, je lui avais demandé si je pouvais les mettre en voix. Elle m’a dit qu’elle ne l’accepterait que s’ils étaient dits par des femmes noires, et j’avais compris. Depuis, ils m’ont rattrapé, je lui ai fait mail timide en disant que c’était important. Elle m’a répondu qu’elle était devenue moins dogmatique. Cette envie s’est croisée avec la rencontre très forte des élèves du groupe 44 de l’école du TNS, et notamment trois jeunes comédiennes avec qui j’avais envie de travailler : il y avait là une espèce de synergie naturelle. Enfin, pour la petite histoire, je suis afro-descendant : mon grand-père était Martiniquais et mon arrière-arrière-grandpère a été emmené comme esclave à PointeNoire. Cela ne se voit pas mais je le sais. La question noire, la question blanche que Léonora aborde dans ses textes me touche aussi pour ça.

La forme graphique du texte est très importante : que devient-elle dans la mise en scène ? Évidemment, on la prend en compte. Léonora m’a donné des choses à voir, notamment des grandes figures américaines du Spoken Word. Elle m’a aussi raconté comment elle performait. Mais il ne faut surtout pas qu’on copie. Toute la calligraphie, la typographie, on en tient compte : c’est comme une partition, mais on essaye de se l’approprier. Il y aura des transitions musicales entre chaque texte [avec la percussionniste Lu­ cie Delmas, NDLR], l’espace sera plutôt performatif, très clair, très lumineux, très coloré. Le spectacle se situera entre performance, tri­bune politique et concert. Ce spectacle s’inscrit dans la continuité de votre travail en direction des comédiens issus de la diversité, notamment avec le programme 1er acte*. C’est important pour moi que sur scène il y ait une représentativité de la France entière. Ici,


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La Cité—Théâtre

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Il faut dire ce qu’on a besoin de dire. Or, souvent, on ne sent pas vraiment de nécessité. Stanislas Nordey

des comédiennes à la peau noire s’adressent à un public à la peau blanche ; cela m’intéresse car ­L éonora est dans un rapport fin à cette question-là. Comment échapper soit à l’assimilation ou à l’intégration forcée, soit au désir de revanche ? J’aimais ce chemin difficile, qui conduit aussi Léonora à être attaquée par la communauté noire. Le 1er texte n’est ni provocateur ni agressif mais il titille : c’est vous, blancs, qui nous avez appelés noires, c’est vous qui avez créé ces barrières. Le 2e revisite cette histoire et le 3e propose une utopie, une troisième voie. Le spectacle se termine sur une ouverture, un possible avenir. Ces trois textes n’ont pas été écrits au même moment. Ils représentent presque trois âges de Léonora, trois moments de son chemin, sur lequel elle a bougé. Je trouvais beau qu’il soit porté par des comédiennes jeunes et métisses [Océane Caïraty, Ysanis Padonou, Mélody Pini, avec également le comédien Gaël Baron, NDLR], qui sont à la frontière et peuvent regarder de deux côtés. À quelles critiques vous attendez-vous ? Les critiques viendront de personnes très engagées dans certains combats. Il y des gens qui ne vont pas trouver les comédiennes assez noires. Je peux le comprendre : il y a tellement de douleur qu’il faut bien qu’elle sorte. On va peut-être aussi me dire que c’est trop politique. Je suis très engagé dans ma vie mais je ne monte jamais un texte parce que je veux dire quelque chose. J’ai été saisi poétiquement par les textes de Léonora, et il se trouve que ces textes parlent de ça. C’est dans la rue qu’il faut faire avancer les choses, pas au théâtre. Que veut dire « faire ensemble » par rapport à ce spectacle ? Pour le coup, on y est vraiment ! En choisissant ces trois jeunes actrices, je savais que cette question ne pouvait pas ne pas les transpercer. Entre

elles, il y a des différences, l’une est très politisée, l’autre pas du tout, la 3e est entre les deux, et ­chacune porte un regard différent sur cette écriture qui le touche. L’un des enjeux, c’est que le spectacle puisse vraiment leur appartenir. J’essaye de partir de chacune d’elle, et de Léonora. On travaille ensemble sur les costumes, par exemple, car il s’agit là de la représentation d’une femme noire. Par exemple, on était d’abord parti sur des robes très échancrées, or c’est une réponse très sexualisée. Cela pose beaucoup de questions très intéressantes. Sinon, de manière générale, le théâtre paraît assez collectif mais je dis toujours aux étudiants qu’en vrai c’est un métier ultra-­libéral. Le metteur en scène décide de tout, choisit tous ses collaborateurs, s’ils le lui plaisent plus ils s’en vont, et il n’y a pas de prudhommes derrière. Que faut-il dire aujourd’hui, sur une scène ? Il faut dire ce qu’on a besoin de dire. Si c’est du Feydeau, alors il faut le dire. Malheureusement, je le vois beaucoup dans les projets que je reçois, les metteurs en scène se posent de mauvaises questions. Il y a beaucoup d’autocensure face au marché. C’est sûr qu’il est plus facile de produire Phèdre avec Marion Cotillard qu’avec une jeune actrice, et encore plus difficile si c’est un auteur contemporain. J’incite beaucoup les metteurs en scène à aller au plus près de leur désir, or souvent on ne sent pas vraiment de nécessité… C’est la poétique d’abord ! Ce qu’il faut dire, Du 6 au 20 novembre au Théâtre National de Strasbourg tns.fr


2021

FOIRE EUROPÉENNE D’ART CONTEMPORAIN PARC EXPO STRASBOURG & DE DESIGN WWW.ST-ART.COM

© Bartosch Salmandi

26 > 28 NOV.

EXPOSANTS : 70 galeries,

10 institutions

EXPOSITION : FUTURAE, le monde change ! Les préoccupations climatiques, le développement durable, l’écologie sont au cœur du débat. Débat dont s’emparent les artistes depuis plusieurs années. Artistes invités : Heather Ackroyd & Dan Harvey - UK, Vaughn Bell - USA, Jérémy Gobé - France, Ha Cha Youn - Corée, Clay Apenouvon - Togo, Luc Lapayre - France. Commissaire exposition : Patricia Houg, Directrice Artistique ST-ART

Place de Bordeaux - FR67082 Strasbourg Cedex Tél. +33 (0)3 88 37 67 67 info@strasbourg-events.com

/ST-ART /ST_ART_FOIRE start.strasbourg


La Cité—Le métier

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Par Lucie Chevron / Photos Klara Beck

Dans les collections du Musée zoologique

Une œuvre de la collection du musée des Beaux-Arts

Les métiers de l’ombre 2

Ludovic Chauwin, régisseur des Musées de Strasbourg Qui ? Ludovic Chauwin est régisseur des Musées de Strasbourg depuis 2008. Sa mission : mener à bien le projet de réserves mutualisées pour les collections des musées, pour l’heure dispersées. Mission bientôt accomplie puisqu’elles sont en train de se réunir dans le bâtiment de l’Union Sociale à la Coop, désormais Pôle d’Études et de Conservation. Objectif : rationnaliser le service de la régie, pour leur offrir de meilleures conditions de travail et réduire les risques sur les œuvres. Vous faites quoi, ici ? « 80% de mon temps est occupé à gérer la vie des œuvres dans les réserves. Je conduis aussi la g­ lobalité des prêts d’œuvres, c’est-à-dire que je veille à leurs sécurité lors des transports, de l’ac­ crochage au décrochage, dans le respect du cahier des charges préconisé par l’artiste. Par

exemple, il faut porter une attention particu­ lière aux conditions environnementales des œuvres, au climat, à la lumière, etc. » En pratique ? Actuellement, et pour la durée des travaux, la collection du Musée zoologique s’installe au 2e étage du Pôle. Manque un dernier spécimen : un cœlacanthe, poisson des profondeurs dit « préhistorique », collecté dans les années 1950 et qui mesure pas moins de 1m50 pour 60 kilos. « Présenté dans un aquarium, et conservé dans une solution chimique toxique pour les hommes, nous allons, une fois transformés en scaphandrier, le sortir de son bassin, le poser sur un brancard, pour ensuite le transférer au sous-sol du musée, et enfin, le remettre dans son aquarium. L’opération est délicate, et nécessite toute une répétition. » Il aime « La diversité des tâches : passer

d’une collection à l’autre, travailler sur des œuvres anciennes comme récentes, avec des problématiques à chaque fois différentes, les appréhender physiquement, les observer dans le détail, sous tous les angles, découvrir leurs versos, que personne ne voit. » Il aime aussi son rôle pivot, travailler en coopération avec tous les intervenants, opérateurs, architectes, techniciens, artistes, etc. À quoi ressembleraient les musées sans vous ? « Sans doute manquerait-il une coordination globale, ce rôle pivot entre tous les aspects logistiques. » musees.strasbourg.eu


LES ANIMAUX DANS LA MUSIQUE

LES MÉTABOLES DIRECTION : LÉO WARYNSKI

YOAN HÉREAU, EDOARDO TORBIANELLI

Design graphique : Michaël Leblond / www.orikami.fr

DU 11 AU 14 NOVEMBRE 2O21

CLAIRE DÉSERT TRIO ZADIG CLÉMENT LEFEBVRE VIRGILE ROCHE SAMUEL AZNAR CAMILLE LIENHARD CONFÉRENCIER JOSEPH OFFENSTEIN CHRISTIAN FINANCE ENSEMBLE DU CONSERVATOIRE DE STRASBOURG DIRECTION : MANUEL MENDOZA ÉCOLE MUNICIPALE DE MUSIQUE D’ERSTEIN


La Cité—Culture

Cet automne, on peut explorer tour à tour le monde du dedans et celui du dehors, aller à la rencontre des autres ou de soi… Voici notre sélection de l’actualité, tout en paradoxes et en frictions. Par Sylvia Dubost

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Corps   et âmes

Mondes intérieurs

Visuels : Barcelone, 1987 Les Anges, Deauville, 1986

— Art

Au fil d’une vie | Dolorès Marat L’œuvre de la photographe française est de celles qui nous touchent immédiatement et irrémédiablement. En découvrant l’exposition, il nous semble que ce sont les tourments de notre âme qui s’accrochent ici aux murs de la galerie. Imprimés sur un papier traité au charbon selon la technique Fresson, qui les rapproche de la peinture, les contours liquéfiés et les surfaces tremblantes des personnages et des lieux semblent sortis de nos rêves et nos pérégrinations, de nos souvenirs et des tourments de notre âme. Pourtant, c’est bien le monde qu’elle regarde. Dans

ses photographies si reconnaissables, on croise des ruines, des animaux, des individus souvent solitaires, des vagues et des oiseaux, des ciels tourmentés et des couloirs sombres, des scènes souvent banales, et quelque chose nous serre le cœur. Dolorès Marat pratique une photographie instinctive et intime, elle déclenche lorsque quelque chose la touche et l’émeut. Sans doute parce que ses émotions sont universelles, ses images nous sont familières. Jusqu’au 14 novembre à La Chambre la-chambre.org


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Les Ailes du désir — Photo Agathe Poupeney

J’aime — Photo Laure Werckmann par François Berthier

— Danse

Les Ailes du désir | Ballet du Rhin Als das Kind Kind war, wußte es nicht, daß es Kind war, alles war ihm beseelt, und alle Seelen waren eins*. Tous ceux qui ont vu le chef d’œuvre de Wim Wenders ont dans la tête le poème de Peter Handke qui ponctue le film. En écho aux doutes existentiels de l’ange Bruno Ganz, amoureux de la trapéziste Solveig Dommartin, et aux douleurs des adultes, il évoque le rapport de l’enfant au monde avec lequel il ne fait qu’un. Cette désunion progressive est tout le sujet du film, qui explore cet interstice qui persiste néanmoins et où se logent les vibrations de la vie. L’élévation et la chute, le ciel et la terre, le noir et le blanc, l’enfance et l’âge adulte, le corps et l’âme : pour Bruno Bouché, chorégraphe et directeur artistique du Ballet du Rhin, les oscillations entre ces paradoxes sont l’essence de la vie – et de la danse –, et c’est pourquoi il a voulu rendre un hommage au film de Wenders. Sa nouvelle pièce reprend d’abord le synopsis du film et ses scènes

les plus marquantes, avant de se détacher de la narration dans une deuxième partie moins réaliste, où les danseurs évoquent de manière certes abstraite mais avant tout charnelle le goût de vivre. Ces Ailes du désir, comme le film de Wenders, nous parlent d’incarnation, là où l’interstice se comble, où le corps et l’âme s’interpénètrent. Incarnation sans laquelle il n’y a, de toute évidence, pas de vie, et encore moins de danse. Dans une scénographie inspirée par la vue aérienne de Berlin, les danseurs sont tour à tour anges et humains, portés par une bande son aussi terrienne que céleste, où se croisent Olivier Messiaen, Einstürzende Neubauten, Jean-Sébastien Bach et Steve Reich. Le paradoxe, c’est la vie, on vous dit. Du 30 octobre au 4 novembre à l’Opéra onr.fr * Lorsque l’enfant était enfant, Il ne savait pas qu’il était enfant. Tout pour lui avait une âme et toutes les âmes n’en faisaient qu’une.


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Portraits — Photo Gilles Rondot

— Théâtre

J’aime | Laure Werckmann En 2006, Nane Beauregardt publie chez POL son premier roman, J’aime. Une seule et longue phrase sans ponctuation, où les pensées se bousculent, où comme dans un seul souffle une femme dit ce qu’elle aime chez l’homme qu’elle aime. Et, à travers lui, ce qu’elle aime des choses de la vie. Elle dit la beauté du monde, de l’amour, des jours qui passent. Elle dit la complexité des êtres et leur simplicité, met en mots l’insaisissable. Elle est elle et elle est nous tous. La metteure en scène et comédienne Laure Werckmann, installée à Strasbourg, s’empare de ce texte singulier, qu’elle interprète seule en scène. Elle lui construit un écrin, s’entourant d’une équipe artistique de haut vol : Philippe Berthomé à la lumière (il a lui-même dessiné et soufflé les ampoules), Christian Lacroix aux costumes, Olivier Mellano à la musique… Voilà qui laisse présager un petit bijou intimiste et c­ iselé. Du 16 au 20 novembre au TAPS-Laiterie taps.strasbourg.eu

— Danse

Portraits | Étienne Rochefort Ça aurait pu s’appeler Les Rêves dansants, mais le titre était déjà pris. La nouvelle création du chorégraphe s’appuie sur les portraits de quatre Strasbourgeois qui dansent, pratiquent des styles différents, dont ce n’est pas forcément le métier mais dans la vie desquels cet art occupe une place essentielle. Artiste associé à Pole-Sud, il a pris avec eux le temps de la rencontre, de la découverte, et les a accompagnés dans la production d’une petite fiction autobiographique, un portrait vidéo projeté dans le spectacle. En parallèle, sur scène, des danseurs prennent corps, paraissent sortir de l’écran, accompagnent ces portraits, les prolongent, dédoublent-redoublent le récit. Et le tout, par la magie du montage, crée une nouvelle histoire, une nouvelle fiction. Avec Portraits, Étienne Rochefort tient à révéler des personnalités et l’énergie qui les porte, quelle que soit la pratique. Lui qui revendique un chemin riche d’influences aussi diverses que le hip hop, les arts graphiques ou le skateboard, poursuit ici sa recherche artistique sur les liens entre cinéma et danse. Pour la première fois, l’écran apparaît sur scène, lui permettant de creuser de manière organique ce qui se joue entre la chair et l’image, la réalité, la fiction et l’autofiction, porté par l’amour et la nécessité de la danse. Les 16 et 17 novembre à Pole-Sud pole-sud.fr


La Cité—Culture

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Le monde de dehors — Théâtre

L’Étang | Gisèle Vienne Ce qui ne laisse pas de nous séduire chez Gisèle Vienne, c’est la grande finesse et la grande beauté de son œuvre, qu’elle construit, spectacle après spectacle, avec une cohérence impressionnante. Convaincue qu’une émotion peut amorcer la pensée, elle revendique le choc visuel et émotionnel comme vecteur de sens. Ses spectacles sont tantôt des atmosphères, tantôt des coups de poing, souvent les deux. Entre théâtre, danse et arts plastiques, ils sont des tableaux vivants d’une inquiétante étrangeté, où, souvent, les corps des marionnettes ressemblent à des acteurs, et inversement, pour mieux créer le trouble, mettre en doute nos perceptions et notre compréhension. Si on pouvait tenter un rapprochement audacieux : Gisèle Vienne déploie des sujets lynchéens et une esthétique wilsonienne, dans des objets artistiques pourtant à nuls autres pareils. Avec L’Étang, elle s’empare d’un court texte de Robert Walser, drame familial où un enfant qui se sent mal aimé par sa mère simule le suicide. On y retrouve ses thèmes favoris : les adolescences fracassées, en tout cas fragiles, le trouble identitaire et celui des sentiments à une époque où tout se construit et peut s’effondrer, la violence « instituée », intrinsèque à la société, la norme. Et comme souvent, c’est dans le vide béant qui s’ouvre entre deux paroles qu’elle s’engouffre et creuse. À cet égard, le texte de Robert Walser, offert par l’écrivain suisse à sa jeune à titre privé, semble écrit sur mesure pour la metteure en scène. « Cette pièce de théâtre, qui n’en est peut-être pas une, malgré cette forme, m’apparaît plutôt comme la nécessité d’une pa­ role si difficile à exprimer sous une autre forme. Je la lis aussi comme un monologue à dix voix, une expérience intérieure bouleversante. L’espace possible de l’interprétation et de la mise en scène, ouvert par l’intertexte et le sous-texte que propose cette écriture, est vertigineux. » Les deux comédiennes Adèle Haenel et Ruth Vega Fernandez y glissent d’un personnage à l’autre, et vice-versa, accentuant le trouble, la contradiction dans la compréhension du monde, auxquels contribue encore la bande son viscérale du génial Stephen F. O’Malley. Encore une pièce prodigieuse dans l’œuvre de Gisèle Vienne. Du 24 au 27 novembre au Maillon maillon.eu

— Musique

Piano au musée Würth En écho à sa nouvelle exposition, « Bestia. Les animaux dans la collection Würth », le musée Würth consacre son week-end musical dédié au piano à l’évocation de la nature. Et l’on découvre que bien des compositeurs français, de Rameau à Poulenc, ont mis en scène voire imité dans leur musique les sons des animaux. On connaît bien sûr Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns (mort il y a tout juste 100 ans), on sait moins que Olivier Messiaen était un ornithologue reconnu et que son œuvre est traversée par le chant des oiseaux. Ses œuvres seront interprétées tour à tour par Clément Lefebvre (lauréat du Concours International Long-Thibaud-Crespin 2019) et Virgile Roche (Piano Campus d’argent 2020), accompagnées par des pièces de Rameau et Ravel, Dukas, Bonis, Messiaen, Glinka, Moussorgski. L’ensemble du Conservatoire de Strasbourg interprètera quant à lui Saint-Saëns et des musiques sud-américaines. Tous les solistes se régaleront de jouer sur le magnifique piano Steinway & Sons dont dispose le musée dans son auditorium. Un beau moment à coupler avec une visite de l’exposition, pour un week-end 100% nature et culture. Du 11 au 14 novembre au musée Würth à Erstein musee-wurth.fr

L’Étang — Photo Estelle Hanania


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— Art

En haut : Exposition Perspectives #01 — Mahmoud Darwich En bas : Piano au musée Würth — Claire D. par Jean-Baptiste Millot

— Poésie

Hommage à Mahmoud Darwich Dans le cadre du festival Strasbourg-Méditerranée, la Bibliothèque Nationale et Universitaire rend hommage à l’immense poète palestinien Mahmoud Darwich. Décédé en 2008, il fut une figure majeure de la création poétique contemporaine et un artiste politiquement engagé. Il a laissé derrière lui une œuvre exigeante, riche de plus de 20 volumes de poésie, marquée par une quête éperdue de liberté, pour les vers comme pour les hommes. La soirée débutera par la projection du documentaire de Simone Bitton Mah­ moud Darwich : et la terre, comme une langue, et se poursuivra par un hommage en lectures et en chant, avec l’écrivain Hubert Haddad et le musicien Issam Azzi. Le 3 décembre à 18h à la BNU bnu.fr

Frac Alsace | Perspectives #01 En cette rentrée, au Frac comme ailleurs, on célèbre les nouveaux arrivants. Avec Perspective #01, le Fonds régional d’art contemporain d’Alsace présente une sélection des œuvres acquises en 2019 et 2020. Créé en 1982 dans une perspective de décentralisation, comme dix des autres Frac (il y en a désormais 23), sa collection compte aujourd’hui plus de 1000 œuvres. Les dernières acquisitions s’inscrivent dans le projet artistique « Natures » défendu par la directrice Felizitas Diering, où il s’agit d’observer (entre autres) le corps, l’extérieur et l’intérieur, la biodiversité, le tout dans une perspective interdisciplinaire qui met en lien l’art avec la science, l’écologie, l’économie et la culture populaire. On retrouve dans la sélection beaucoup d’artistes installés dans la région, ce qui nous réjouit toujours : Florian Tiedje, Léa Barbazanges, Fernande Petitdemange ou Capucine Vandenbourk. Rendez-vous début 2022 pour le 2e volet de la présentation. Jusqu’au 14 novembre frac.culture-alsace.org


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Alexandra Uppmann, I Skogens Namn, Au nom de la forêt, 2021

— Art Jean-Jacques Henner, Idylle, 1872 — Collection Musée d’Orsay

— Art

Jean-Jacques Henner. La chair et l’idéal Lorsqu’on habite en Alsace, on est forcément familier de la peinture de Jean-Jacques Henner (1829-1905). On connaît surtout ses paysages et ses nus idylliques, moins son travail de portraitiste et ses peintures religieuses. À Strasbourg, on l’a finalement assez peu vu. La rétrospective présentée au Musée des Beaux-Arts répare cette injustice en rassemblant pas moins de 90 tableaux et 40 œuvres graphiques, éclairant toutes les périodes de son œuvre. Avançant de façon chronologique, elle révèle aussi l’influence qu’ont exercé sur lui Titien et Le Corrège, celle qu’il exerce à son tour sur les poètes parnassiens. Elle met en exergue les contrastes et les paradoxes qui sont ici à l’œuvre, formellement dans sa maîtrise du clair-obscur, et thématiquement dans ses allers-retours entre réalisme et onirisme. Elle révèle aussi l’intensité poétique de son travail, qui nous apparaît notamment dans ces corps diaphanes aux contours dilués, sortis d’un rêve, particulièrement troublants. Jusqu’au 24 janvier 2022 au musée des Beaux-Arts musees.strasbourg.eu

Sélest’art Parce que les rapports avec le vivant en général et le végétal en particulier préoccupent de plus en plus les penseurs et les citoyens, la Biennale d’art contemporain Sélest’art s’est choisie comme thème Forêt dans la ville (aussi parce que le Frac Alsace, sis aussi à Sélestat, construit son projet artistique autour d’un thème voisin, voire cousin, comme indiqué ci-après). Huit artistes ou groupes d’artistes installés dans la région se sont approprié la question, et leurs œuvres nous invitent à questionner ce besoin de désir de nature que le 1er confinement a indubitablement révélé. La sculpture Le Messager de Camille Bellot et François Pottier évoque ainsi les rencontres entre homme et nature pendant cette période, où des animaux surgis au cœur des villes semblaient venir d’un autre temps, d’un autre monde, laissant entrevoir un espoir de réconciliation. L’installation Brutaliste Bru­ me de Jésus s. Baptista nous invite ainsi à pénétrer dans une structure architecturale évoquant la forêt, à la ressentir physiquement, quand Une­ do de Gaëtan Gromer nous alerte sans détours sur la rapidité et l’ampleur de la déforestation. À travers les artistes, la biennale nous invite à prendre conscience des sensations et des émotions intenses que nous procure la nature, sa grande fragilité, et à envisager avec elle une relation renouvelée, à l’image d’autres cultures qui ont su conserver ce lien. Jusqu’au 1er novembre dans les rues de Sélestat Selestat.fr


— Théâtre

Danubia – miroir des eaux Les Châteaux en l’air Les voyages forment la jeunesse, dit-on, et aussi, c’est un fait, la création. Entre le printemps et l’été 2021, avec leurs deux enfants, la performeuse Ramora Poenaru et le comédien Gaël Chaillat aka Les Châteaux en l’air descendent le Danube en bateau. Un périple de plus de 100 jours, parsemé d’écluses mais surtout de rencontres, de conversations, de surprises et de découvertes. Qu’est-ce qui nous unit, au fil de ces 2888 km, nous qui habitons tous l’Europe dans des réalités si différentes ? Quelle image ce miroir des eaux renvoie-t-il de nous ? Accompagnés d’un musicien, les deux artistes nous immergent désormais dans un dispositif multimédia aussi mouvant que le fleuve, où l’histoire commune est autant à apprendre qu’à construire. Du 24 au 28 novembre au TJP tjp-strasbourg.com

— Cinéma

Augenblick On n’a pas pu faire ce qu’on voulait en 2020 à cause de ce satané Covid ? Hé ben on va se rattraper, tiens ! Le festival Augenblick, qui met à l’honneur le cinéma de langue allemande, est comme nous : il est tenace, et entend rendre à Hanna Schygulla, l’égérie du réalisateur Rainer Werner Fassbinder, l’hommage prévu l’année dernière. Le public pourra revoir certains de ses films et aura deux occasions de dialoguer avec la comédienne : le 13 novembre au cinéma Star Saint-Exupéry et le 14 au musée d’Art moderne. Côté compétition, six longs métrages inédits sont en lice, dont Next Door, premier long métrage du comédien Daniel Brühl, également sélectionné à la Berlinale (gage de qualité). À noter aussi, un focus Documentaires et un autre consacré au génial Fritz Lang, avec ses trois derniers films, dont les improbables et rocambolesques Le Tombeau Hindou et Le Tigre du Bengale avec Debra Paget en danseuse vêtue de voiles et de brillants. On garde un œil sur les séances spéciales, les films de jeunesse, et on utilise le site et sa grille de séances pour voir quel film sera projeté près de chez vous. Car enfin oui, Augenblick c’est dans tous les cinémas indépendants d’Alsace. Du 9 au 26 novembre dans toute l’Alsace festival-augenblick.fr Seule la joie de Herika Kull

55 Av. des Vosges 67000 Strasbourg 03 88 96 60 32 maison_naas


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Jérémy Gobé, Coraïl artefact

Ackroyd & Harvey, Mother & Child, 1998

ST-ART ST-ART 26 au 28 novembre Parc Expo st-art.com

La 25e édition de la foire européenne d’art contemporain et de design est placée sous le signe des retrouvailles pour et avec le monde de l’art contemporain. Entretien avec Patricia Houg, directrice artistique. Peut-on parler de nouveau départ pour la foire, après l’annulation en 2020 ? Oui et non, parce que la foire est quand même inscrite dans le territoire depuis longtemps. Après des mois de report, d’incertitudes et de difficultés, où la culture était devenue non-­ essentielle, on se dit qu’on essaye de repartir du bon pied et avec conviction. Quel impact a eu la crise sur le marché de l’art ? La crise n’a pas seulement laissé des galeristes sur le carreau, beaucoup d’artistes se sont retrouvés en déshérence. Lorsque vous ne pouvez pas acheter de matériel pour fabriquer,

la ­réation artistique en pâtit. On peut être fier de pouvoir faire à nouveau se rencontrer le public et les collectionneurs, autour d’une création qui a été en suspens pendant des mois. ST-ART célèbre son 25e anniversaire, qu’est-ce que cela représente ? Cela veut déjà dire que cette foire est hors normes. C’est une belle manifestation qui a gagné ses lettres de noblesse et arrive à maturité. ST-ART peut s’enorgueillir d’avoir formé des collectionneurs et des acheteurs, et d’avoir amené l’art de façon didactique au public. Ce sera une fête de facto parce qu’on sera content de se retrouver. J’avais prévu dès 2019 de mettre en avant ces artistes qui se préoccupent du devenir de notre planète et de ce qu’on en fait en tant qu’humanité. Je crois que ce projet est encore plus d’actualité. Grâce à la Galerie de l’Estampe, on fait une exposition autour de Raymond Waydelich. C’est ainsi que nous avons prévu de fêter nos 25 ans, en mettant en avant un artiste du territoire qui n’a plus rien à prouver. (F. V.)


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Photos Christoph de Barry

Music Non Stop Un nouveau disquaire à Strasbourg ? Le bouche à oreille s’est rapidement transformé en traînée de poudre dans les milieux autorisés. La visite s’imposait. On arrive chez Non Stop Music, ouvert depuis le 1er septembre dans une ancienne auto-école de 25m2 à deux pas du Pont-Corbeau, la bouche en cœur voire en coin, pour s’enquérir de ce qui avait bien pu amener un tel projet. Sauf que face à 4000 33T, 9000 45T, 1500 CD, quelques livres, DVD et même des K7, on a commencé à digger. Quitte à risquer la courbature au prix d’un single de Truly Smith, ersatz de nor­ thern soul fantasmé depuis toujours, du hit de The Style Council Shout to the Top, qui fait toujours secouer les dance-floor, et d’un standard des Easybeats à 3€ pour cause de pochette éventrée. Voilà pour les emplettes du jour. À 59 ans, François Follénius, ancien directeur commercial du groupe SIAT, l’une des plus grandes scieries d’Europe localisée à Urmatt,

réalise ici son vieux rêve. Ado, il répondait à l’équation Beatles-Stones par… Kraftwerk, qui lui a inspiré le nom de sa boutique composée à 98% de pièces d’occasion. Largement appréciable en ces temps où le prix du vinyle neuf connait une inflation sans précédent. Surtout pour les plus jeunes générations, avec qui il prend le temps d’échanger. « En plus, ils m’ap­ prennent plein de trucs », concède-t-il en songeant à ajouter des bacs hip-hop dans son antre. Et tant pis pour les courbatures. (F.V.) Music Non Stop 19, quai Saint-Nicolas Ouverture lundi au samedi – 9h à 19h


spectacles musées

ciné *non étudiants

concerts

strasbourg.eu/atoutvoir Dispositif 2021-2022 de l’Eurométropole de Strasbourg

Welcome Byzance

À nous la Culture moins chère !


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Le Grand Vide À peine sorti, déjà un best-seller. La première bande dessinée de Léa Murawiec, signée chez les locales éditions 2024, est une fiction dystopique creusée jusqu’à l’effroi, qui nous rappelle par moment Black Mirror. L’histoire se passe dans un décor urbain évoquant la frénésie des villes asiatiques, où les panneaux publicitaires sont remplacés par les prénoms et noms des habitants. Car ici, le taux de popularité des êtres humains fonde leur espérance de vie. En d’autres termes, si personne ne pense à vous, c’en est fini. Aussi, tous les moyens deviennent bons pour ne pas sombrer dans l’oubli. Manel Naher a un sacré problème : son homonyme étant une pop star, sa vie est régulièrement menacée. Avec Ali, son ami, ils décident de quitter cette vi(ll)e vide de sens pour rejoindre « le grand vide », sorte d’espace non identifié et mystérieux qui semble échapper à toutes lois… Mais rattrapée par une urgence – celle de la mort –, Manel ­Naher va oublier tous ses principes pour

­ ccéder à ­l’immortalité. Le récit est fouillé et a précis sans jamais s’essouffler, en équilibre entre le drame et le fantastique. Le Grand Vide nous emporte vers d’autres réflexions : le rapport à la disparition et à la solitude, le culte de soi et de l’image, en passant par la sur-information et au « tout, tout de suite ». Le dessin se plie aux mouvements de son personnage principal, devenant tantôt élastique, tantôt raide, tantôt fluide. Léa Murawiec déborde régulièrement du cadre quand la narration l’exige, quand les visages se déforment au fil des embûches. Et les larges planches où se ­déploie la ville sont ahurissantes. Le Grand Vide est d’une grande intelligence. Ça sent très fort le prix à Angoulême. (C.B.)

Léa Murawiec, Le Grand Vide éditions 2024 editions2024.com


Bruno Bouché

Les Ailes du désir

Exposition du 18.09.21 au 16.01.22

Chorégraphie Bruno Bouché D’après le fi lm de Wim Wenders Ballet de l’Opéra national du Rhin Strasbourg (Opéra) 30 oct.-4 nov. 2021 Mulhouse (La Filature) 13-15 nov. 2021

gratuit | entrée libre lun>sam 10h–19h dim 14h–19h fermé les jours fériés plus d’infos sur bnu.fr

Conception graphique Twice studio Illustration Maïté Grandjouan


Réalisateur incarné et comédien fétiche d’Arnaud Desplechin. Par Cécile Becker / Photo Christophe Urbain

Un apéro avec Mathieu Amalric.

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L’alcool pour oublier, sortir de soi ou les deux ? Ce n’est pas contradictoire. Dans le film [Serremoi fort, réalisé par lui-même, incarné notam­ ment par Vicky Krieps, NDLR], le personnage essaye de faire passer le temps, de s’oublier et de sortir d’elle-même : aller voir la mer, travailler parce que ça aide, et puis, en dernier lieu, il y a l’alcool. Moi euh… oublier, non. Je n’ai pas une relation triste à l’alcool. Ça me fait penser au film des Larrieu [Tralala, ndlr] : « Surtout ne soyez pas vous-même. » C’est un autre danger de l’alcool que j’ai commencé à découvrir. On croit qu’on est génial et en fait, on n’a pas vraiment été soimême. Pour moi, l’alcool est plutôt lié au groupe ou aux rituels que j’ai avec mon amoureuse, Barbara [Hannigan, ndlr], chanteuse soprano. Elle ne boit que du blanc parce que le tanin du rouge ne convient pas à sa voix. Elle travaille énormément et le soir, on a cette bouteille de blanc. Elle les préfère gras : on prend rarement de l’Alsace, tiens, plutôt des Bourgogne. Il a bu : Kollane Lill, pale ale de la brasserie Bendorf La journaliste a bu : l’assemblage de Klein­knecht au KeyKeg, Riesling, Sylvaner, Pinot blanc et Gewurztraminer, 2020. Qui a réglé la note : les cinémas Star Propos recueillis au Café des sports le 3 septembre, dans le cadre de l’avant-­ première de Serre-moi fort aux Cinémas Star

Un alcool particulier pour se mettre dans un état particulier ? Je suis peut-être prétentieux, mais j’ai l’impression d’être tout le temps dans un état particulier, et ça me va. Je me souviens de l’école, quand t’es jeune et que tout le monde fume des joints : c’était horrible. Moi, ça me rendait tout vert et j’étais malade, il fallait que je fasse semblant. Je voyais bien quand même que les autres jouaient tous la comédie en disant « Ah putain, c’est bon !!! » Là, je vis en coloc’ avec Rodolphe Burger et Olivier Cadiot, et avec Olivier, on a quelque chose avec le whisky… L’alcool évoque aussi le rapport à la table. Pour Serre-moi fort, c’est en invitant Vicky Krieps à dîner chez vous que votre collaboration s’est scellée. On peut vraiment avoir tendance à s’enfermer dans l’art. Comment tu connais l’autre, alors ? C’est vrai que dans une cuisine, il se passe toujours quelque chose. La façon dont tu bouges autour de la table, ça raconte beaucoup. Vicky avait une manière de ne pas rester à table : elle prend des assiettes, pose le poisson, bouge, propose de l’aide. J’ai senti tout de suite qu’on pouvait faire un film ensemble.

Y avait-il une relation de séduction entre vous ? J’étais intimidé, je voulais l’impressionner aussi. J’avais mes livres, mes carnets, des DVDs posés à côté de moi, l’air de rien. Putain ! Comme avant un rendez-vous amoureux. Elle les a pris, mais ne les a pas regardés. Elle a raison : ça ne passe pas par ça. C’est quoi, un élan amoureux ? Alors là… Pour ce film, quand j’imaginais ce couple qui a très peu de scènes ensemble, je savais comment ils font l’amour. Si on ne sent pas, en tant que spectateur, que cet élan brisé en plein vol fait mal, si on ne sent pas le manque physique, on ne pleure pas. J’ai beaucoup pensé à L’Atalante [de Jean Vigo, NDLR], cette scène où ils se caressent en pensant l’un à l’autre : c’est sublime. Je pense aussi à l’élan amoureux dans un couple qui vient d’avoir un enfant, où le désir peut passer sous le tapis. Le corps est modifié, il y a la fatigue… Et les vacances avec des enfants, faire l’amour en douce est un moment qui peut créer un élan amoureux . Ce sont pour moi des souvenirs très précis. Avez-vous besoin de mobiliser vos souvenirs pour faire un film ? Quand tu écris le film, tu le joues, parce que tu picores dans des choses qui te sont arrivées. Quand on met en place le plan, j’ai besoin de voir comment donner à manger aux comédiens, aider, pas diriger, mais souffler… partager. Le ressenti, il n’y a que ça. Je n’avais pas envie d’un film désincarné. Des souvenirs ici à Strasbourg ? La dernière fois que je suis venu ici, c’était en hiver. Les tartes flambées, c’est un des grands plaisirs. Quand j’étais tout jeune, j’avais une copine qui était au TNS, c’était le temps où le train mettait 5h30 pour venir de Paris. Le Coin des Pucelles, ça a été un endroit où j’ai été tellement heureux ! Roland et Myriam ont quitté le Coin des Pucelles… Ne m’en parlez pas, c’est horrible quoi… C’était délicieux.


La tribu.

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Par Caroline Lévy Photos Christophe Urbain

Lise, 18 ans « C’est en assistant au spectacle de ballet Coppélia à l’Opéra du Rhin que j’ai voulu commencer à faire de la danse, à l’âge de 4 ans. Depuis, j’ai pratiqué toutes les disciplines. Même si on sait qu’on n’en fera pas notre métier plus tard, l’Ensemble Chorégraphique permet de renouer avec des styles de danse qu’on ne pratiquait plus. » — Que veut dire danser ensemble ? « On évolue pour la plupart ensemble depuis 10 ans. Notre groupe a grandi. Je ne me suis pas rendue compte du temps passé. Même si on n’a pas le même âge, la danse nous permet de nous réunir. Pendant le premier confinement, j’ai d’ailleurs lancé le projet Strascondanse, une vidéo qui a réuni une vingtaine d’élèves du Centre Chorégraphique. C’était génial ! »


Après cette période de contraintes et d’enfermement, il a fallu renouer avec son corps et le libérer par le mouvement. La danse permet cet élan vital, désentrave et redonne l’énergie de bouger. Si aujourd’hui elle infiltre toutes les strates de la mode, comme en témoigne le dernier défilé de la marque Etam inspiré du ballet, plus que jamais cet art donne aussi vie au collectif. Depuis deux ans, ce sens commun du faire ensemble s’est aussi développé au sein du Centre Chorégraphique de Strasbourg, avec la création d’un ensemble amateur. Une sorte de compagnie de danse dans l’école, dirigée par les professeurs Christelle et Grégoire Daujean, et dont la plupart des membres dansent ensemble depuis l’enfance. ­Rigoureux et inclusif, l’Ensemble Chorégraphique nous a ouvert ses portes entre deux cours. Que veut dire danser ensemble, quelle place prend le collectif dans la pratique ? On a posé la question à des élèves passionnés.

Pietro, 18 ans (à gauche) « C’est en contemplant une affiche de danse que j’ai supplié ma mère de m’inscrire. D’abord au Conservatoire, j’ai finalement rejoint le Centre Chorégraphique de Strasbourg pour ne jamais le quitter ! La danse me permet de m’exprimer et d’aller mieux. » — Que veut dire danser ensemble ? « On construit quelque chose de commun. La création permet aussi de se rapprocher. Parfois le miroir peut nous fermer aux autres, alors que sans, on va davantage s’écouter, se regarder entre nous, mais sans jugement. » Aurore, 17 ans (ci-dessous) « J’ai commencé la pratique de la danse dès l’âge de 4 ans, dans l’espace qu’on appelait encore le Palais des Fêtes. Presque une vie ici ! » — Que veut dire danser ensemble ? « Il faut avoir confiance en son corps et en l’autre. Un bon danseur doit savoir transcender ce rapport à son image dans le miroir et s’adapter aux autres. On nous enseigne cette notion dès petit. »

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Noah, 16 ans « Au départ, c’est ma mère qui a voulu m’inscrire pour que j’ai une bonne posture. Je fais de la danse depuis mes 6 ans et j’ai rejoint ce groupe cette année. J’adore danser, si bien que pendant le confinement, je m’imposais chaque jour des exercices à la maison ! » — Que veut dire danser ensemble ? « Je regarde tout le monde quand je danse et j’ai d’ailleurs ma place fétiche dans la salle ! Mais quand il n’y plus de regard, tous nos sens sont en éveil et on commence à sentir le groupe. C’est magique. »

Odile, 17 ans « J’ai commencé la danse à l’âge de 6 ans en naviguant entre le classique, le jazz, et le contemporain. Ici, on ne nous impose pas de norme physique, contrairement au Conservatoire, où l’on peut te dire que t’es trop grande, trop petite ou que tu as une trop grosse poitrine. Alors qu’à l’adolescence beaucoup d’entre nous rencontrent des troubles alimentaires et se comparent aux autres, ici on finit par accepter notre apparence. » — Que veut dire danser ensemble ? « On apprend le regard périphérique pour sentir le mouvement. C’est une respiration commune et une écoute collective qui permettent de se sentir les uns et les autres et de ressentir le groupe. »

Une respiration commune et une écoute collective nous permettent de ressentir le groupe. Odile

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L’autre est un autreque-moi, parce qu’il est relativement le même, parce qu’il est à la fois semblable et différent. Vladimir Jankélévitch

Le Style.


Mannequins Serena / Up Models upmodels.fr Théo @theosenesane Make-up artist Sophie Renier sophierenier.com Coiffure Melissa Kuntzler / Avila | @avilacoiffure Post-prod Emmanuel Van Hecke / Preview preview.fr

alter ego Photos | Alexis Delon / Preview Réalisation | Myriam Commot-Delon

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À gauche : veste Hourglass en laine pied-de-poule Balenciaga et chemise Tomboy en coton oxford rayé Celine (les deux collection femme) chez Ultima Prêt-à-Porter. Jean gris Balenciaga chez Ultima Homme. À droite : blazer croisé en lainage gris Tagliatore (collection femme) chez Revenge Hom.


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À gauche : manteau Kelyan réversible en laine mélangée et intérieur nylon Isabel Marant Homme, pantalon Fendi chez Ultima Homme. À droite : casquette Baseball en coton et chemise courte en denim Celine chez Ultima Prêt-à-Porter.


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À gauche : pull en pure laine mérinos John Smedley, blazer à boutonnière croisée Tagliatore chez Revenge Hom. À droite : veston de garçon en velours bleu nuit et chemise en soie imprimée Alberto Biani, pantalon en velours côtelé PS Paul Smith, le tout chez Marbre.


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Cape oversize en alpaga et mohair et pantalon à bretelles amovibles Isabel Benenato, pull à coutures inversées Masnada, baskets Rick Owens DRKSHDW x Converse (disponibles dans les collections femme et homme), le tout chez Algorithme La Loggia.


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À gauche : tee-shirt, pantalon et manteau oversize en duvet à large sangle dos pour un porté épaule Rick Owens, baskets Rick Owens DRKSHDW x Converse, le tout chez Algorithme La Loggia


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À droite : manteau surchemise en alpaga et pantalon en lainage rayé Ipsae. Bottines Tractor Balenciaga chez Ultima 1. Bague mixte Trait d’union en or blanc et brillants Éric Humbert Joaillier.


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Veste Hourglass en sergé de laine noir, jupe plissée Tracksuit en jersey sportif brillant, les deux Balenciaga (collection femme) chez Ultima Prêt-à-Porter. Sneakers Track.2 Balenciaga chez Ultima Homme.


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À gauche : manteau réversible à double boutonnage en lainage rayé marine et gris, pantalon assorti chez Ipsae. Sneaker haute Ct-03 Celine chez Ultima 1. À droite : manteau Isabel Marant chez Ultima Homme.


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Unir savoir-être et savoir-faire fait sens, aujourd’hui plus que jamais. Iner, jeune label de maroquinerie minimaliste créé à Strasbourg par deux frères, en a fait le cœur de son ouvrage. Le Style—La marque

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Par Myriam Commot-Delon Photos Alexis Delon / Preview

La ligne juste

Transfuges alsaciens, originaires du Sud-Ouest, Emmanuel et Timothée ont eu cette envie con-­ jointe : créer une ligne de sacs d’un luxe émo­ tionnel discret. Et le faire le mieux possible, qu’importe le temps qu’il faille pour arriver à l’essentiel, du moment que c’est fait avec une économie maximum des moyens, durabilité et noblesse des matériaux. L’aîné, Emmanuel, en charge de la commercialisation, a quitté son travail en Nouvelle-Zélande pour épauler son cadet, installé en Alsace après sa formation à la HEAR en section design. C’est donc en synergie, au sein de leur appartement/atelier strasbourgeois, qu’ils ont ciselé leur démarche et élaboré un premier prototype au design finement pensé, dicté tout naturellement par les qualités des matériaux qu’ils utilisent : du cuir de veau Nappa Baranil de la tannerie Degermann à Barr et de la pure laine mérinos de Nouvelle-Zélande.

« Nous devons redonner à la matière son statut de di­ vinité. » Cette citation de l’architecte viennois Aldolf Loos leur va comme un gant, et fait écho au beau durable qui les obsède : des valeurs fermement affirmées dans tous les débats liés à la crise sanitaire. D’ailleurs, c’est juste quelques jours avant le début du second confinement qu’ils ont ­lancé leur marque. Qu’importe ! Ils ont profité de cette période en suspens pour affiner les détails et enrichir leur répertoire de nouvelles formes à la simplicité intemporelle, qu’ils dévoileront pro­chainement. Des sacs aux antipodes des i­t-bags immédiatement identifiables, sobres et sans fioritures, juste essentiels et destinés à des individus sensibles aux marques confidentielles s’appuyant sur les valeurs artisanes. D’ailleurs Iner, leur nom, exprime d’emblée cette ­intériorité revendiquée et se prononce comme l’adjectif anglais « inner » (intérieur) : leur griffe est donc apposée à l’intérieur du sac et les chutes de cuir sont utilisées pour garnir les poches internes. Il était d’autant plus cohérent que leur première typologie de sac, Capsule, se porte au dos, au plus près de soi. In fine… C’est à Strasbourg, dans la boutique Ipsae de Catherine Bourrion – pythie strasbourgeoise du vestiaire chic et monochrome – que leurs sacs ont trouvé leur premier écrin sur-mesure. Parce que le vrai luxe est aussi de partager des valeurs communes. Et les deux frères, de revendiquer en cœur : « Le plus important, c’est ce que nous avons en nous ».

Iner iner.fr Disponible chez Ipsae 35, quai des Bateliers 03 88 52 13 55


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Le Style—Mode + Design

Glisser dans l’automne. Chiner, détourner, dégenrer, se lover, skater, tout fusionner. Par Myriam Commot-Delon Photo Alexis Delon / Preview

Accords et désaccords

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À brocanter et à collectionner. Tabouret de traite tripode vintage, Emmaüs emmausmundo.wordpress.com — Posés dessus, carnets liasses de papier coton manufacturés à Jaipur par la quatrième génération de Kagzi, Lamali chez Monogram stylo-monogram.fr – Bloc de stéatite pour sculpture à débaucher en serre-livre, Le Géant des Beaux-Arts – geant-beaux-arts.fr


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Photo Alexis Delon / Preview

1 — Quintessence du design nordique appliqué à l’art du bain. La collection Luv de la designer suédoise Cécilie Manz pour Duravit, avec ses vasques ovoïdes, ses consoles graciles et ses miroirs à bords arrondis, Siehr – www.siehr.fr  2 — Divins volume, couleur de lait et lignes seventies. Les atours non négligeables du nouveau fauteuil Le Club de Jean-Marie Massaud. Disponible en tissu ou cuir, Poliform – www.poliform-alsace.fr  3 — Les stries : la nouvelle rayure. Buffet 4 portes Piana à portes en placage de chêne strié, plateau en verre laqué et piétement en acier, Mobilier de France - www.mobilierdefrance.com 4 — Formel et fait main. Vase en céramique vintage, Tianggé - www.tiangge.fr – Presse-agrumes en céramique (existent aussi en noir), design Anne Wadle, Les Woodcutters – www.les-woodcutters.fr


Le Style—Mode + Design

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Photo Benjamin Hincker

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1 — Boîtes à trésors. Issus des archives Alexander Girard du Vitra Design Museum, les ­Ceramics Containers s’inspirent de formes originelles en bois tourné crées par Girard en 1952. En céramique émaillée à la main, disponibles en trois formes et trois couleurs, Galerie Fou du Roi – fouduroi.eu – www.vitra.com

les panneaux du système modulaire de la collection Flap de la firme italienne Caimi sont dotés d’une articulation sphérique orientable à 360°. Une prouesse technique, sensible et paysagère, signée Alberto Meda, l’un des maîtres du design italien, en collaboration avec son fils Francesco – decoburo-­store.com

2 — Fractal. Être ensemble, c’est bien ; ne pas être importuné par le bruit de ses voisins ou de ses collègues, c’est mieux. Pour s’adapter à toutes les situations phoniques désagréables,

3 — Aussi dégenrée que désirable. Collection de street­wear éco-responsable Ziliox, créé, conçu et fabriqué en France par la créatrice alsacienne Adeline Ziliox – www.ziliox.fr


Une nouvelle histoire…

Paul Smith Vanessa Bruno Herno Majestic Aspesi Gran Sasso Alberto Biani Piazza Sempione Vince Pierre Louis MASCIA Barbour Epice Jeans : seven for all mankind, closed, Trussardi

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1 — Fusion oversize et wabi sabi. Lampe Pipe en lin sérigraphié, Diesel x Foscarini chez Salustra – salustra.fr 2 — Une chaise d’écolier en smoking dans la cuisine ? Évident, iconique, minimal, ultra chic. Chaise Sixty à assise et dossier en multiplis laminé noir, fabrication italienne – lachaiserie.fr

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Photo Flore Wodey

3 — Skatecore. On a demandé à Julien d’où venait l’intrigant (et craquant) Prune, le nom de sa marque de skatewear : « C’est la dernière chose qu’a mangé ma maman avant que je ne naisse. » On fond ! Et pour approfondir le sujet (à défaut d’être doué en skate), filez voir notre cahier La Table et y lire l’article sur le fruit sexy, star de l’automne alsacien. Tee-shirt en coton blanc Le Graffiti, imprimé à la main à Strasbourg, Prune – pruneskateboards.bigcartel.com


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U L T I M A M O U D L TE I . M CA OM MO D E . C O M


Le Style—Mode + Design

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1— Au cou. Pendentif « serpent de feu » aux vibrations divines, symbolisant les 7 chakras pour harmoniser la circulation des énergies corporelles et psychiques. Collier Kundalini, pierres précieuses et or blanc, Éric Humbert

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Photos Alexis Delon / Preview

2— Iconique. Hans Hopfer l’a dessiné en 1971. En 2021, toujours aussi désirable, il est célébré par son éditeur qui fête son cinquantenaire en l’habillant de tissus de créateurs (Kenzo Takada, Missoni, Jean Paul Gaultier) et en lui offrant de nouvelles plateformes, terrains de jeux infinis. Canapé Mah Jong, Roche Bobois – roche-bobois.com 3— Théâtral. Coussins en velours patchwork frangé semblant tout droit sortis du salon aux canapés rouges de la série Downton Abbey. On s’y love en furlanes assorties, réalisées en collaboration avec la Drogheria Crivellini, le tout Pierre-Louis Mascia chez Marbre. marbre-­strasbourg.com


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Comment faire d’un local exigu un salon de coiffure cosy et fonctionnel ? En exploitant chaque centimètre. Avec le Cube, Rachel Hair Studio, la Maison des travaux signe un repaire serein qui invite à la détente, tout en faisant oublier ses dimensions modestes. Le Style—Rénovation

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Par Myriam Commot-Delon Photos Alexis Delon / Preview

Pré carré La Maison des Travaux 138, route de Bischwiller à Schiltigheim 06 66 09 14 62 strasbourg-nord. lamaisondestravaux.com Le Cube, Rachel Hair Studio 16, rue du Dôme 06 77 29 17 57 Instagram : @lecuberachelhairstudio

L’histoire du Cube, le studio de coiffure de Rachel Merlin, est directement liée à son petit volume et son emplacement : 16m 2 au cœur d’une impasse nichée au n°16 de la rue du Dôme. Un minuscule terrain de jeu, mais entièrement vitré en façade. Pour mener à bien son projet, tenir son budget et orchestrer les travaux, elle a fait appel à La Maison des Travaux, une agence de courtiers en travaux. Quèsaco ? Catherine Leloup, la dirigeante de l’agence de Schiltigheim nous l’explique : « Nous sommes comme un chef d’orchestre. Notre travail est de tout mettre en œuvre pour que les notes arrivent au bon moment. Notre champ d’action comprend tout ce qui concerne la rénovation intérieure et extérieure : une nouvelle cuisine, une extension ou une surélévation. Mais tout ceci n’est possible qu’en travaillant de concert avec des entreprises soigneusement sélectionnées selon une charte qualité précise. Outre une enquête pour garantir leur bonne santé financière et la qualité de leurs savoir-faire, nous garantissons la

justesse des prix en déterminant une base de prix négociée comprenant plus de 3000 devis constatés par huissiers. On évite ainsi à nos clients les mauvaises surprises, ce qui est précieux pour mener à bien un projet en toute sérénité. » Autre point fort de l’agence, permettre au client de dialoguer avec un seul et unique interlocuteur, ce qui aide à bien définir les attentes et gérer le timing. Pour le salon de Rachel, ce fut Karima Hajji, architecte d’intérieur et courtière au sein de l’agence, qui a opéré une refonte complète de l’espace, en étroite collaboration avec sa cliente. Un résultat aussi décoratif que pragmatique, où interagissent les postes techniques nécessaires à un salon de coiffure avec des détails raffinés. Des toilettes, traitées comme un cabinet de curiosité, aux peintures rose et pourpre nimbant et ciselant l’espace, jusqu’à la touche vintage du papier peint sélectionné chez Farrow & Ball, tout s’y articule harmonieusement. Faire salon dans un cube n’aura jamais été aussi évident.


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La cuisine ne s’apprend pas réellement. La cuisine, on la vit et il faut avoir une folle envie de l’offrir. Être « cuisinier », c’est un acte simple d’amour et de partage. Entre la matière et les hommes qui cultivent, élèvent ou pêchent. Arnaud Donckele Chef du restaurant étoilé Cheval Blanc, à Paris

La Table.


Quand on a dit « prune », finalement, on n’a rien dit… Le nom « prune » « f ruit à noyau, à chair comestible sucrée et juteuse » est en fait l’arbre qui cache une forêt de variétés, dont la reine-claude, le pruneau d’Agen et bien sûr notre chère quetsche. D’Alsace, s’il vous plaît. La Table—Le Produit

Par Cécile Becker / Réalisation Myriam Commot-Delon / Photo Alexis Delon / Preview

La quetsche

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Charnue et juteuse, la quetsche s’ouvre sur un noyau bien dessiné et une couleur dorée. Elle active les papilles à bout portant par cet équilibre subtil acide-sucre et suscite toutes sortes d’imaginaires. Croquer à pleine bouche dans une quetsche tout juste cueillie de l’arbre est en soi charnel : saveurs et textures réveillent les sens et jouent sur la corde sensible des souvenirs. Ces après-midis chapardeuses où adolescents et galvanisés par le soleil, l’on coupait à travers champs pour atteindre ces précieuses, le coin des lèvres luisant de ce jus parfumé. La quetsche est évocatrice par sa forme et par ses goûts : tout en elle fait jouer la gourmandise. Est-ce un hasard si « quetsche » fait référence, pour certains – ma grand-mère, je le confesse – à la vulve ? Sans nous aventurer sur le terrain de l’érotisation étouffante du corps féminin, nous nous sommes interrogés sur la signification et les débordements de ce mot à consonance alsacienne qui peut aussi suggérer l’idiotie : « Je suis quetsche, j’ai complètement oublié mon texte sur la quetsche », par exemple, est de circonstance. Notre spécialiste du dialecte et traducteur ­Guillaume Groshaeny nous explique : « En alsa­ cien, quetsche se dit « z watchka », et c’est juste une quetsche ou une prune. C’est en français que ce mot a pris un autre sens. » Justement : l’Alsace Vraisemblablement, la quetsche a été obtenue à partir de la prune de Damas, plus petite et importée par les Croisés. En 1148, durant la Seconde Croisade, les Croisés attaquent Damas par les vergers pour s’assurer des vivres mais sont rapidement (4 jours) mis en échec. La déconfiture est totale. Ils reviendront uniquement chargés de pieds de pruniers. On dira donc qu’ils sont allés en Syrie… pour des prunes. Les prunes, justement, Willy Hufschmitt de la ferme fruitière familiale du même nom à Westhoffen n’en a cure. Pour lui, ce qui compte, ce sont les quetsches. Il a d’ailleurs passé 15 ans (!) à tenter de défendre la création de l’appellation « Quetsche d’Alsace ». Peine perdue : impossible de faire reconnaître un nom de région dans une appellation, ce serait trop restrictif. Mais l’écouter est l’occasion de remettre les pendules à l’heure : « En 1961, la quetsche était déjà réper­ toriée dans le catalogue officiel comme une variété de prunes. La quetsche d’Alsace a le goût de son ter­ roir. J’ai plusieurs fois mené des tests à l’aveugle,

entre sept variétés de quetsches, aucune n’a le goût de la quetsche d’Alsace. Visuellement, on ne voit presque pas la différence mais au goût, c’est le jour et la nuit : elle est acidulée, sucrée et plus parfu­ mée. La quetsche est super bonne en Alsace, voilà c’est tout ! » C’est pas (que) de la tarte Récoltée en général dès la mi-août, cette année, la quetsche a pris son temps, un peu chahutée par la pluie même si Willy Hufschmitt nous assure que ce fruit se développe mieux par temps humide que par temps sec. Elle marque donc la fin de l’été et incarne la dernière occasion de faire des tartes avec autre chose que de la pomme. On la trouve aussi en version salée, renouant ainsi avec ses origines orientales pour accompagner gibiers et autres viandes goûteuses et pourquoi pas, aussi en pickles. Au domaine viticole ­Achillée à Scherwiller, Jean D ­ ietrich, grand fan de prune (il la conseille à même l’arbre) raconte que ses 1 200 quetschiers avaient originellement été implantés pour faire de l’eaude-vie. Ils ont innové en la transformant en effervescent, comme un cidre : « Le Quetsche Alors — comme wesh alors — : on fait macérer, on vinifie et on ajoute du jus de raisins. Ce qui est intéressant, c’est que c’est un fruit qui renvoie beaucoup à la cannelle avec un côté clou de girofle et muscade. Son acidité donne des équilibres inté­ ressants, pareil à la distillation. » Pas faux. C’est l’une des rares eaux-de-vie (de l’avis de notre palais) aussi subtile que goûteuse. On n’oublie pas, bien sûr, la confiture, dont celle à se damner de Christine Ferber : la quetsche-cannelle. Ne reste plus qu’à se ruer aux marchés pour profiter de ces dernières saveurs estivales… Domaine Achillée achillée.com (avec l’accent) Ferme Fruitière Hufschmitt ferme-fruitiere-hufschmitt.fr


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Elles et ils travaillent pour In Vino Veritas Collection, sont amis et se retrouvent souvent pour trinquer après le service.


Entre amis, en famille ou entre restaurants, ils aiment les choses bien faites et se regroupent par envies et/ou affinités. Dans le milieu de la gastronomie, elles et ils avancent souvent en groupe et se retrouvent autour de bons produits et… d’horaires contraignants. Par Cécile Becker et JiBé Mathieu / Photos Pascal Bastien La Table—Le dossier

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Le jeu de cette famille Ces rencontres le prouvent : c’est souvent l’union qui fait la force, d’autant plus quand elle se noue avec bonne humeur. Entre collègues et poteaux animés par des valeurs communes, autour d’une cellule familiale aux ramures assez larges pour étreindre employés et clients : ensemble, c’est vraiment tout. Un instinct salvateur pour qui avance le nez dans le guidon, et peut-être davantage encore depuis la crise sanitaire. En poussant la porte du Gavroche, du groupe In Vino ­Veritas Collection et de la Stras Food Family, nous avons souhaité mettre en lumière différentes typologies de tribu s: quand le premier abrite avant tout des liens de sang, le second (quatre restaurants : La Vieille Enseigne, Le Cornichon Masqué, La Cantina et In Vino Veritas) défend une cuisine éthique et responsable ouvrant son sillon à un personnel engagé où l’amitié est de mise. La Stras Food Family, elle, dernière-née, regroupe plusieurs enseignes qui portent haut et fort la solidarité : entre restaurants en cas de panne, ou pour se serrer les coudes. L’humain avant tout alors que le monde de la restauration accuse le coup, cruellement en manque de personnel.

— In Vino Veritas Collection Le temps des copains

On oublie trop souvent que ce sont les équipes en cuisine et en salle qui fondent l’identité d’un restaurant. Encore mieux lorsque l’atmosphère est guidée par une bande de potes qui trinquent avec le même entrain qu’elle mène ses services. Romain Guichard, directeur de La Cantina depuis son ouverture en 2018, parle d’un cap donné par les deux patrons Cyril Woberschar et Andrea Passone. Il décrit un « fonctionnement

très familial, des patrons très exigeants, originaux et très attachants » prolongé par un management fidèle à l’identité singulière des quatre restaurants. Au-delà, Romain se charge notamment du recrutement de son restaurant, et deux critères l’emportent : la passion et le sens du partage. Avec Anthony Girard, également présent à l’ouverture de La Cantina, depuis passé chef de cuisine, ils ont en quelque sorte ouvert la voie. « Je ne crois qu’en les produits frais et artisanaux, hors de question de faire autre chose », assène le cuisinier. Des valeurs partagées avec toutes et tous, d’autant que la carte est pensée et ajustée en fonction des avis et opinions en cuisine et en salle. Un fonctionnement horizontal qui ­permet d’impliquer et de responsabiliser tous les membres de l’équipe, d’alimenter le collectif. « Notre métier demande énormément de sacri­ fices : la vie sociale, la vie de famille et les relations amoureuses sont mises à rude épreuve », explique Romain Guichard, qui porte une attention particulière à l’aménagement des plannings pour ménager ses équipes. « Les horaires sont compli­ qués. » Autant le faire dans de bonnes ­conditions. Lyse Nippert, qui est entrée dans le groupe par La Vieille Enseigne en 2019 et a depuis rejoint les rangs de La Cantina, résume bien cet esprit partagé : « La cuisine, on la veut comme on la mange et le vin, comme on le boit : propre, sans chimie, sans artifices. » « Je suis resté parce que la cuisine correspond à ce que je souhaite défendre : des beaux produits autant dans l’assiette que dans le verre », complète Pierre Glista, responsable chez In Vino Veritas, chargé également du vin pour le groupe. À la base, il y a donc des convictions profondes, parfois auréolées d’amitiés : le « perso » (repas du personnel), les tablées organisées ou improvisées aux Funambules, au Pont Corbeau et au Café des Sports, les ­anniversaires, b ­ arbecues


La Table—Le dossier

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et surtout, les verres en fin de service généralement place du Marché Gayot où sont accolés La Cantina et Le Cornichon Masqué. « Parfois, sans s’en rendre compte, ça fait déjà plusieurs heures qu’on est en train de refaire le monde », confie Anne-Lise Mary, au service à La Cantina depuis 2019. Se marrer, boire et manger au boulot, comme à la ville. « Ce qui fait le lien entre le pro et le privé, ça reste toujours une bonne bouffe et du bon jaja, résume Lyse. On n’a pas choisi notre métier pour rien. » Et ce n’est probablement pas pour rien qu’on choisit de pousser les portes de ces établissements. invinoveritascollection.com

— Stras’ Food Family

Collègues, entraide et solidarité Quel lien entre les restaurants Acerola, Le Cèdre, l’Olivier, Les Funambules, le Maharadja et Hey Mama ? Vous ne voyez pas ? La Stras’ Food Family, c’est un collectif de professionnels des « métiers de bouche » qui ne jure que par la cuisine du monde et s’est uni pour en faire la promotion. « Chacun bossait dans son coin, raconte Yao Maglo de L’Artisan du Wrap. Nous n’avions rien qui nous élève et nous permette d’aller plus loin ! » Germe alors l’idée de se rassembler dans un pur esprit d’entraide. « On travaille beaucoup. Quand quelque chose ne va pas, on a souvent l’im­ pression d’être seul. » Yao contacte alors des restaurateurs, fédère les énergies et le groupe accouche d’un projet reposant sur une charte de valeurs bien définies : « Pour entrer dans l’association, il faut être un professionnel des métiers de bouche ; il faut surtout partager des valeurs éthiques. » Lancé officiellement le 22 août dernier sous un temps de chien, l’association fait carton plein. Un quai des Bateliers noir de monde pour goûter les bouchées ethniques et profiter de l’ambiance festive de ce voyage culinaire démarrant. « On s’apporte un support technique et humain, de sorte que ce qui était impossible seul devient pos­ sible à plusieurs : une machine qui tombe en panne, un serveur malade…, il y aura toujours quelqu’un pour donner un coup de main. » Au-delà du côté débrouille, la Stras’ Food Family, c’est aussi l’envie partagée de faire la promotion de la cuisine du monde ! Dans un esprit d’ouverture et de solidarité. Ainsi naît l’idée de proposer plusieurs événements annuels, à l’instar de la participation, en septembre, à l’offre gastronomique de l’Afrique festival.

Pour charpenter cette ambition, la famille s’est élargie aux bénévoles « dans tous les domaines ». Du webmaster au vidéaste en passant par le plombier, l’électricien ou le musicien. « Ils nous apportent leur soutien », afin de pouvoir mettre en musique des événements dynamiques, qui touchent tout le monde « avec une vraie fibre solidaire » assure le promoteur de la SFF qui se voit bien assurer aussi, à terme, des services de traiteur privé. Pour l’heure, la vingtaine d’adhérents alliant cuisine indienne, éthiopienne, italienne, coréenne, palestinienne, libanaise mais aussi étoilée, apprend à se connaître et à travailler ensemble. « Avant de nous ouvrir à de nouveaux membres, nous allons attendre d’avoir pris nos marques. » Preuve que pour la « famille », le cap reste « la qualité, plutôt que de la quantité ». Facebook : StrasFoodFamily

— Le Gavroche

Famille et autres branches Passé un certain âge, vivre avec ses parents peut se révéler compliqué. Surtout s’il est question d’exercer ensemble un métier exigeant et chronophage, qui plus est en compagnie de sa compagne rencontrée sur place, dans un lieu exigu comme la cuisine d’un restaurant aussi intimiste que le Gavroche. Neufs tables et lumière tamisée, on imagine déjà le titre : les plombs ont sauté ! Sauf que non. Car chez les Fuchs, les mots famille et tribu se conjuguent avec facilité.

La Stras’ Food Family comprend Abyssinia, Acerola, L’Artisan du Wrap, Bottega Renzini, Cinnamon, Hey Mama, Jabiru Café, Kei’s Atelier, L’Olivier, Le Cèdre, Les Funambules, Maharadja, O Friends, Paulus Bistrot, Tonton Gâteau.


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Avec leurs deux enfants et toute l’équipe du Gavroche, Benoît et Nathalie Fuchs perpétuent l’esprit de famille.

L’aventure débute il y a 29 ans, à deux pas de l’adresse actuelle, avec Benoît en cuisine puis son épouse Nathalie en salle. De brasserie exigeante, le Gavroche montera progressivement en grade jusqu’à l’obtention de l’étoile Michelin, en 2013. Lorsqu’en 2018, les parents cèdent l’affaire à Alexy, leur fils aîné, et à son épouse Lucile, celui-ci œuvre déjà en cuisine aux côtés de son père depuis plus de 10 ans. « Depuis l’âge de 5 ans, je ne m’intéresse à rien d’autre ! », dira-t-il. Lui qui après ses années de classes au Crocodile et au Buerehiesel intègre le navire familial dès 2007. « Nous avons des caractères qui se coordonnent, reconnaît Alexy. Mon père est très formateur, il avait beaucoup de choses à transmettre. » Point de vue confirmé par l’aîné : « Je ne suis pas un sanguin. J’ai eu la chance de travailler en Scandi­ navie. Là-bas, même le chef, on ne l’appelait pas « chef » mais par son prénom ! » Lucile, l’épouse d’Alexy et maman de leurs deux enfants, entrée au Gavroche pour un stage de fin d’études en pâtisserie, n’en sera jamais ressortie. « Nous avons agrandi l’équipe », se félicite Alexy, dont le premier fils, Lucien, arpente les cuisines comme lui-même le fit jadis.

Une tribu dans laquelle tous s’accordent à ­englober les employés. « Notre maître d’hôtel, Laurent, est là depuis plus de dix ans et connaît la maison par cœur », confirme Alexy. « Le restaurant n’est pas très grand et nous sommes tout le temps ensemble, poursuit Lucile. Mieux vaut bien s’entendre. » Et pour ça, bien s’entourer. « Il faut savoir se mon­ trer à l’écoute de son personnel », assure le chef qui depuis la reprise ne propose plus qu’un service, en soirée. « L’équipe apprécie d’avoir du temps pour soi. » Et les clients ? Ceux fidèles à la famille depuis 30 ans font aussi partie de la tribu. « Ils me suivent jusqu’à Geispolsheim, où j’ai ouvert une épicerie fine, assure Benoît. C’est que nous valorisons la cuisine familiale. À l’heure où toutes les affaires se font racheter par des groupes, nous ne sommes plus qu’une poignée. » Et cette proximité est ­appréciée. Restaurant Gavroche 4, rue Klein restaurantgavroche.com


La Table Les nouveaux lieux

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Photos Christoph de Barry

Oro 7, rue de la Chaîne Facebook : restaurantboutique OROstrasbourg

Une annexe du Santa Elena Il y a cinq ans, Gustavo Feldmann et Maria Guzman créaient le Santa Elena (voir ZUT Stras­ bourg 30), restaurant latino-américain au 11, rue Sainte-Hélène. Cette adresse devait comporter une épicerie qui n’a finalement pu voir le jour. Le couple s’est alors mis en quête d’un nouveau local, jusqu’à investir cette ancienne pizzeria rue de la Chaîne. Là encore, ils n’ont pas fait les choses à moitié en ajoutant quelques tables garantissant « un esprit cantine » au moment du déjeuner. S’ajoutent des pâtisseries maison comme les alfajores, des sablés argentins à la confiture de lait, ainsi que de la vente à emporter et des drunchs en fin d’après-midi (17h-19h30). Épicerie essentielle Oro a ouvert il y a un an, cinq jours avant le deuxième confinement. « On savait qu’on al­ lait devoir fermer, mais on a quand même décidé d’ouvrir car toute l’équipe s’était investie pour les travaux et la décoration. On n’allait pas se priver du contact avec les clients même si ce n’était que pour cinq jours, se souvient Maria. Cela nous a permis de conserver un certain élan. » Pour le voisinage, l’épicerie est devenue essentielle, avec sa vinothèque incluant des vins chiliens, argentins et uruguayens jusqu’au mezcal, sans oublier la tequila et le pisco, une eau-de-vie du

Pérou. Sur ses étagères, Oro propose également du maté, des biscuits et divers produits issus du commerce équitable. À propos d’Oro Le nom de l’établissement renvoie à la ruée vers l’or qui favorisa notamment la « rencontre des civilisations, la richesse et la diversité », d’après Maria. Leur petit garçon, né à Strasbourg, les a également inspirés « pour qu’il se sente en Amérique latine dès qu’il ouvre la porte ». Le dépaysement est garanti dans les assiettes. Il suffit de prendre une picada qui contient deux empanadas, de la salade verte, une portion de guacamole et de yuca (manioc) ainsi que du chorizo, le tout accompagné d’une sauce chimichurri, pour se croire dans la pampa argentine. Aux antipodes du cliché tex-mex, Oro est une ode à la découverte de saveurs lointaines, avec des plats traditionnels de Bolivie, Mexique, Colombie, Paraguay et Venezuela qui se partagent le menu de la semaine. Tout est fait maison, des fajitas aux burritos, sans oublier les quesadillas, en fonction des saisons et d’une « importation raisonnée » qui ne concerne que certaines épices. « Nous utilisons le maximum de produits locaux pour être en cohérence avec la vigi­ lance environnementale », affirme Maria. Ce qui n’empêche pas le voyage gustatif. (F. V.)


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Photos Christoph de Barry

Miro Rue de la Nachtweid à Ostwald Facebook : Miro. strasbourg

Trois amis et une auberge À eux trois, ils sont à peine plus vieux que la vénérable Auberge de la Nachtweid, située au bord de l’Ill à Ostwald, en contrebas de l’autoroute des Cigognes, le nom doux de l’A35. Tout juste trentenaires, Robin Dorgler, le jeune chef, Ronan Eberlin et Charles Huck ont racheté cette emblématique adresse, dévolue au cordon bleu au munster et à la cuisine traditionnelle alsacienne depuis 1930. Après une séance de brainstorming qui les a emmenés du côté de Barcelone, les trois amis ont rebaptisé le lieu Miro. Un concept audacieux et rafraîchissant, à l’image de la terrasse verdoyante qui s’étale sur 3 000 m 2. Voyage, voyage C’est bien connu, les voyages forment le cuisinier. À l’adolescence, Robin Dorgler s’en va conquérir le monde. Avec ses parents, puis en solo, et en prenant parfois le temps de poser ses valises pour « squatter des restaurants ». En Argentine notamment, pour apprendre à cuisiner la viande, ou au Japon pour travailler le poisson auprès d’Hiroshi Yamaguchi, l’un de ses mentors. Le chef alsacien, également passé par le Taillevent à Paris et l’hôtel-restaurant cinq étoiles La Mourra à Val d’Isère, est au Canada lorsque la pandémie s’invite au menu.

L’Europea qui l’emploie ferme ses portes : c’est le bon moment pour lui d’écouter sa famille qui l’enjoint de rentrer au bercail. De retour à Strasbourg, il convainc Ronan, alors juriste, et Charles, « notre ange gardien » (dixit Robin), de le suivre « dans cette aventure humaine un peu folle ». Les projets fusent, entre leurs envies de biergarten, pour « faire griller des cochons pen­ dant sept heures », de concerts en soirée, de potager et même d’un salon de tatouage au premier étage de l’auberge à colombages. Dans l’assiette Pour l’heure, on reste focus sur les assiettes qui s’inscrivent à merveille dans le motto de la maison : une cuisine d’ailleurs avec des produits d’ici. En entrée, on peut privilégier le local autour d’un tartare avec les betteraves d ­ ’Adeline, du Moulin des Pierres à Geispolsheim, et le fromage de chèvre de Lisiane en provenance de Saint-Pierre-Bois. On se dépayse ensuite en croquant une cuisse de volaille façon karaage accompagnée d’un riz blanc parfumé au jasmin. En soirée, le Miro monte encore en gamme avec un menu voyage et un menu jardin 100% végétarien. Sans totalement renier le passé de l’auberge avec des tartes flambées cuites au feu de bois et agrémentées de Ribeaupierre et de champignons à tomber. (F. V.)


La Table Les nouveaux lieux

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Photos Christophe Urbain

Da Pietro

De:ja

3, rue du Puits ristoranteitalianodapietro.com

1, rue Schimper deja-restaurant.com Réservations à partir du 20 octobre

Là-bas Pietro Ciminiello est originaire des Pouilles et a fait ses gammes à l’école hôtelière de Bari. Tombé amoureux de Strasbourg, il ouvre son restaurant en juin dernier avec sa femme, Silvana, cheffe pâtissière. Sa cuisine change de toutes les adresses italiennes de la cité : une cuisine franche, principalement autour des poissons et crustacés.

Déjà ? Nous étions déjà chez De:ja avant son ouverture prévue pour le 21 octobre. David Degoursy et Jeanne Satori, 24 et 23 ans, sont (déjà !) à la tête de leur premier restaurant.

Sortir de l’ordinaire Dans l’assiette, « quelques folles associations ». La Saint-Jacques, cuite à la perfection, se roule dans une croûte de noisettes du Piémont en entrée. On trouve aussi de la pizza blanche ou de la crevette rouge de Sicile. À suivre : de délicieuses spaghettis aux oursins (rare) ou des ravioli farcis au poulpe ultra-gourmands. Tout est fait maison : de la sauce tomate aux pâtes. Pietro n’y dérogera pas. L’art de la cuisine Au décor ? Le charme désuet des trattoria. Dans l’assiette ? Un dressage comme les grandes maisons d’antan : points et virgules de sauces et compotées, fleurs comestibles. La note ? 78€ un samedi midi, une entrée pour deux et deux plats arrosés d’une demi-bouteille de blanc, d’eau pétillante et de deux cafés. Le midi en semaine, avec un menu à environ 18€, est plus accessible. (C.B.)

Révérence au Noma Elle se charge du froid, du pain (fait maison et au levain), des viennoiseries, lui du chaud mais il et elle ne s’interdisent rien, férus d’expérimentations avant tout. De:ja, c’est beaucoup de fermentations, fruits ou légumes dont les bocaux s’empilent dans leur chambre froide, et boissons (kombucha, kéfir et limonade). Leurs influences se situent plutôt au nord, avec une belle part ­dédiée aux poissons sourcés en Bretagne. Jusqu’au-boutistes David et Jeanne sont allés voir 150 producteurs pour faire leur choix. Pas de plastique, des bocaux, des produits d’entretien écolo, de la céramique locale signée Lisa Debat, et 85% des produits qui proviennent d’un rayon de 60 km autour de Strasbourg. Tout est fait maison, et rien ne se perd. Des vins nature en direct des vignerons locaux (Rietsch, Achillée par exemple) ou recommandés par la Vinoteca Maxima. Menu unique : 3 plats 38€, 5 plats 58€, 8 plats 88€. Nous sommes déjà émerveillés ! (C.B.)


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Photo Jésus s. Baptista

Maison Naas 55, avenue des Vosges Instagram : @maison_naas

Girls, girls, girls Maison Naas a ouvert fin septembre en lieu et place de Gatô, avenue des Vosges. Derrière cette pâtisserie ? Aurélie Le Bouter et son compagnon. Lui préfère rester discret et a choisi de donner à la boutique le nom de jeune fille de sa grand-mère, en hommage. Au labo, une team 100% féminine avec Louise et ­A mandine. En bonus : Martine, la mère d’Aurélie, qui donne un coup de main en boutique pour l’ouverture. Sous le capot Pâtissière hors pair, Aurélie Le Bouter a notamment fait ses armes chez Pierre Hermé et à La Grande Épicerie de ­Paris. Le couple est ensuite revenu sur ses terres pour, comme prévu, ­ouvrir sa boutique. Ils repèrent le local en plein confinement, tombant amoureux de l’espace et du labo déjà bien agencé. L’équipe met un point d’honneur à dénicher des produits « nobles et de grande qualité ». Naas is (very) nice Visuellement, les pâtisseries dépotent et… il en va de même des goûts. On ­renoue ici avec les racines de la pâtisserie et ça fait un bien fou. Si le Saint-­Honoré, avec sa crème onctueuse et pleine de saveurs, est sans conteste le best-seller, notre cœur bat pour la tarte aux noix et ses textures qui claquent, autant que pour la tarte au citron ­merin­guée, subtile et aérienne. Le cake marbré enrobé de chocolat et surmonté de caramel a ravi la team Zut. Le truc en + L’espace s’adjoint désormais un salon de thé ouvert sur le labo par une verrière : quelques tables bienvenues dans un quartier qui manque d’abris et de douceur.(C.B.) L'ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ À CONSOMMER AVEC MODÉRATION


L’Imaginaire s’est installé dans une rue calme du vieux Schilick : une trentaine de couverts (plus une vingtaine en terrasse) dans un cadre chaleureux et enveloppant pour une cuisine du marché. Par JiBé Mathieu / Photos Jésus s. Baptista La Table—La découverte

Une affaire de bon(s) goût(s)

Qui a dit que le hasard n’existait pas ? Un soir comme n’importe quel soir, sans signe avant-­ coureur ni étoile filante, Pierre et Elodie poussent la porte de l’Imaginaire. Celui avec une majuscule. « Le restaurant était à vendre, avec ma femme on s’est dit : génial ! » Dans le métier côté grandes maisons, le couple « discutait de l’avenir, comme tout le monde, sur un coin d’oreiller, mais sans idée arrêtée ». Ce soir-là, pourtant, le coup de foudre est immédiat. À tel point que six mois plus tard, le temps de quelques travaux inspirés, L’Imaginaire rouvrait ses portes. « Le nom nous plaisait, nous l’avons conservé. » Occupant le rez-de-chaussée d’une maison à colombages pleine de cachet, pile en face des halles du Scilt, le restaurant dévoile une déco à la fois contemporaine et respectueuse des marqueurs alsaciens qui lui servent d’écrin. Sol noir dévoreur de sons, ton gris et cuivrés, assises confortables, douces au toucher. « On cherchait quelque chose qui soit sans prétention, où l’on s’installerait avec autant de plaisir que chez soi », assure Pierre pour qui l’existence fait sens lorsqu’elle est saupoudrée de bonne humeur.

Ainsi, le confinement fut mis à profit pour tester les plats à emporter : « Nos clients venaient nous soutenir, d’autres nous ont découverts. » Depuis, ils reviennent. Fidèles du midi et du soir, parfois des deux. « Cette rue a quelque chose de ma­ gique », confie le chef qui, dans l’assiette, décline à sa manière une cuisine du marché composée de produits frais, pour l’essentiel locaux, sur une batterie d’assiettes colorées. « Les assiettes blanches, on associe ça aux grandes maisons. Ici, pas de chichi, la vaisselle de couleur raconte quelque chose. » Le menu « A ffaires » et les suggestions du soir cartonnent. La carte est courte pour ne pas être figée : « Toutes les deux-trois semaines, quelque chose change. » Mais pas de spécialité ni de plat signature. « C’est la saison la star », affirme Pierre, qui veille à ne jamais dénaturer le produit préparé avec une minutie dépouillée, élégamment présenté. Épices et pointes acidulées venant relever les goûts après chaque bouchée. Du coup, difficile de choisir, tant la carte, bien que courte, offre une infinité de choix, tant les intitulés des plats viennent titiller… l’imaginaire.

L’Imaginaire 18, rue Principale à Schiltigheim 03 88 62 43 38 Facebook : Restaurant LimaginaireSchiltigheim

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Photo non contractuelle, suggestion de présentation - Crédits photo : NIS&FOR

HAGUENAU

50, Route de Bitche

03 88 63 95 95

MUNDOLSHEIM Shopping Promenade

03 67 34 63 36

RIBEAUVILLÉ Route de Guémar

03 89 71 20 20

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La rentrée, c’est le retour des sandwichs avalés à la va-vite au bureau, entre deux courses ou sous les derniers rayons de soleil. Pour ce nouveau test, une partie de l’équipe de Zut a goûté une douzaine de sandwichs très différents, pour vous fournir une sélection éclectique et totalement participative. La Table—Le test

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Réalisation Team Zut / Photos Hugues François / Textes Cécile Becker

Anatomie du sandwich 01

Le classique Lobster roll : du pain brioché artisanal légèrement grillé, du homard, une sauce secrète et de la salade. Un sandwich très haut de gamme où le goût de homard se mérite. Pour les fines bouches. —— 18 € Lobster Rollbar 104, Grand’Rue

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Ici, on a choisi l’Américain, il y en a trois autres à la carte. C’est luisant de gras et donc parfait pour l’automne-hiver : les oignons confits sont excellents, la viande de qualité et le pain croquant et délicieux s’amalgame parfaitement avec la sauce. Super découverte. —— 12 € avec frites maison Le Chat Perché 5, place d’Austerlitz

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Originaux

Un sandwich végétarien qui sort de l’ordinaire – pour les viandards, le sandwich au jambon serrano vaut le détour. Le pain rond et compact accueille un tourbillon de légumes marinés très bien assaisonnés. —— 5,50 € Iberica 124, Grand’Rue

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On a goûté le sandwich falafel et l’oriental à base d’agneau, et on a beaucoup aimé l’agneau (photo) : une viande juteuse parfaitement épicée, une délicieuse sauce (au yaourt ?), un bel équilibre des accompagnements (miam le chou rouge). —— 8,50 € Mavrommatis 8, rue d’Austerlitz

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Meilleur rapport qualité/prix

Sandwich merguez ketchup / mayo, au cas où l’été vous manquerait. Les merguez sont au top, avec un très bon ratio viande/ épices, et mériteraient d’être emballées dans une baguette de meilleure qualité. —— 3,40 € Chahiat 29, avenue des Vosges

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Le cendré, c’est un wrap végétarien avec du chèvre cendré, une mousse balsamique, du miel, quelques noix. Super frais, bien crémeux, très herbacé. —— 9,90 € L’Artisan du Wrap 42, quai des Bateliers

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Classiques

On aime le complet (jambon, fromage, crudités) emballé dans un pain mauricette maison. On sent la fraîcheur des produits et leur qualité. Il manquerait presque un peu de beurre pour renforcer sa gourmandise. L’un des rares très bons jambon-fromage de la ville, fait minute. —— 4,35 € Boulangerie Heiligenstein 20, rue Kuhn

08 → TOP 4

Classiques

Olala, cette bretzel feuilletée ! Un tantinet gras et ce qu’il faut de croustillant pour ce triangle poulet mayo à la sauce bien acidulée. —— 3,60 € Boulangerie Au Wegele 6, quai des Pêcheurs

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Originaux

10 → TOP 4

Classiques

Deux sandwichs emportés et testés : la curry wurst et la saucisse gourmande (photo). Les saucisses sont excellentes (notre cœur bat pour la saucisse gourmande dégoulinante de fromage), la moutarde est forte comme il faut, les oignons frits ultra-croustillants. Pour les grosses faims et les amateurs de gras. —— 7,50 € Supertonic 1, place d’Austerlitz

Offrez un nuage à votre bouche. La texture de ce club sandwich poulet ou jambon est tout simplement magique et les produits sont excellents. On adore les graines de moutarde entourant le jambon. Attention : un seul ne suffira pas à assouvir votre faim. —— 3,80 € Pâtisserie Stein 55, boulevard Clemenceau

11 → TOP 4

Classiques

12 → TOP 3

Originaux

Un sandwich au rosbif ultra-calibré et trop cute (il est assez petit), avec viande de qualité et mayonnaise bien moutardée. Côté rustique apprécié. —— 5,20 € Naegel 9, rue des Orfèvres

On a choisi le banh mi végétarien avec son tofu savoureux très bien mariné (rare), un grand oui pour la coriandre, et pour la sauce. « La mayo maggi, c’est la vie ! » —— 4,50 € La Rizière 14, place Saint-Étienne


Ouvert en novembre 2018, l’épicerie Coopalim est pensée, organisée et financée par ses adhérents : des habitants qui se sont regroupés pour consommer autrement et au plus proche. Par Déborah Liss / Photos Christoph de Barry La Table—Le focus

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Coopérer pour mieux consommer

Imaginez, vous allez faire vos courses, et les produits proposés en rayon correspondent pile à vos valeurs. « Local, circuit court, agriculture bio ou raisonnée, prix justes, et un peu de vrac… On coche toutes les cases », sourit Amandine Deguin, bénévole du groupe communication de l’association Coopalim. Quand le souhait de quelques motivés qui voulaient reprendre la main sur leur alimentation devient réalité… Au rayon fruits et légumes, des bénévoles s’occupent de la p ­ esée. À la caisse aussi, des volontaires. C’est le principe de cette coopérative : on cotise 10 € par an et on donne de son temps pour avoir accès à des produits de qualité. « C’est seulement 3h par mois, précise Amandine. Il y a les tâches magasin, caisse, rayonnage, livraison… et les tâches en cou­ lisses. » Car il faut bien gérer cette petite entre– prise qui n’en est pas une : comptabilité, communication, catalogue. C’est un groupe dédié qui sélectionne les produits en fonction d’une charte élaborée de manière collégiale. Le choix s’est porté sur une soixantaine de producteurs et fournisseurs locaux (comme l’Îlot de la Meinau ou la Chocolaterie du Pré). Mais tout le monde peut continuer à suggérer des produits et accorder des points aux fournisseurs selon des critères comme le prix, l’emballage, l’origine, les labels… Ce qui guide les choix de la petite équipée.

L’association propose des prix abordables, tout en étant équitable pour les producteurs. « On ne vise aucun profit, on a une marge fixe sur tous les produits », précise Amandine. Arrivée il y a un an et demi, elle est tout simplement ravie : « C’est su­ per. Bosser en magasin c’est sympa, on n’est jamais seule. Et, comme le dit l’un de nos slogans, on fait « les courses, pas la course ». » Elle constate aussi que s’engager dans une coopérative alimentaire l’a fait davantage prendre conscience des réalités de l’alimentation : « Notre productrice de fromages de chèvres nous a expliqué que c’était la période de reproduction et qu’elles n’auraient donc pas de lait – et nous pas de fromage –) pendant plu­ sieurs mois. C’est comme pour les fruits et légumes, on ne trouve pas tout, tout le temps. » L’objectif est d’atteindre l’équilibre financier, alors que l’association compte un peu plus de 300 membres et ne touchera bientôt plus de subventions : « L’idéal serait 500 adhérents, cela créerait un cercle vertueux : nous pourrions ouvrir sur de plus larges tranches horaires et vendre plus de choses. » Coopalim 7, rue Kageneck coopalimstrasbourg.com


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Stéphanie Lacour Jenny, patronne du Picobello, n’en revient pas : octobre 120 signe déjà le 15e anniversaire de cette adresse iconique dédiée à la cuisine italienne. Les clients y ont leurs habitudes, animées par la simplicité et la bonhommie du lieu. Aux fourneaux depuis 11 ans ? Nabila Safsaf, une cheffe généreuse qui a choisi de révéler sa recette des arancini. Petites boules de riz et d’amour, parfaites pour le froid qui s’annonce. La Table—La recette

Par Cécile Becker / Photos Christophe Urbain

Les arancini façon Picobello

pour 6 personnes préparation 40 min · 375 g de riz rond, type arborio · 60 cl de bouillon de volaille · 1 gousse d’ail · 1 échalote · 1 poignée de persil plat · 2 jaunes de gros œufs · 75 g de parmesan râpé · 150 g de mozzarella · 2 œufs entiers battus · Chapelure · Huile d’olive en quantité ­généreuse · Huile de friture Préparation — Votre bouillon de volaille est prêt et, de préférence, encore chaud. — Préparez la persillade en éminçant finement l’ail, l’échalote et le persil. Mélangez ces ingrédients avec une belle cuillère à soupe d’huile d’olive. — Faites chauffer de l’huile d’olive dans une casserole ou une poêle à bords hauts bien chaude. Versez-y le riz encore sec. Lorsqu’il d ­ evient translucide, ajoutez le bouillon en une seule fois et remuez avec une spatule en bois. Ajoutez la persillade. — Au bout de 15 min, si le riz n’est pas encore cuit, ajoutez un demi-verre d’eau. Assaisonnez de sel et d’un peu de poivre. — Une fois toute l’eau absorbée, laissez refroidir environ 5 minutes. Il doit être un peu collant.

Façonnage des arancini — Transvasez le riz dans un cul de poule, ajoutez les jaunes d’œufs et le parmesan râpé. Mélangez, « avec les mains, c’est mieux ». Prendre une petite poignée de riz, formez une boule, ouvrez-la au centre avec le pouce et mettez-y un peu de mozzarella, reformez la boule et roulez-la à nouveau. Si vos doigts collent, n’hésitez pas à les mouiller avec un peu d’eau. — Une fois les arancini prêtes, préparez un bol avec les œufs entiers battus et un autre avec la chapelure. Passez les arancini dans les œufs battus, puis dans la chapelure. Cuisson des arancini — La cuisson peut se faire dans une poêle à bords hauts remplie d’huile de friteuse (suffisamment pour immerger les arancini) ou dans une friteuse. L’huile devra atteindre les 160°C. Immerger les arancini et les laisser environ 5 minutes (en fonction de leur taille), la chapelure doit prendre une couleur bien orangée. — Dégustez encore chaud pour profiter des filets de mozzarella fondue qui font toute la gourmandise de cette recette. Picobello 21-23, rue des Frères restaurant-lepicobello.com

Les conseils de Nabila « Les arancini, c’est une recette simple, il faut prendre ce qu’on a sous la main à la maison. » La cheffe a utilisé de la mozzarella râpée, qui lui permet aussi de saupoudrer les arancini cuites juste avant le dressage, pour renforcer encore sa gourmandise. Au Picobello, elle les nappe de sauce napolitaine, de mozzarella, d’un peu de persil et agrémente le plat d’une salade verte. « Moi, j’ai choisi de ne mettre que de la moz­ zarella dans les arancini, mais on peut aussi y mettre de la sauce bolognaise, des lardons, bref, ce qu’on veut ! » Pour le bouillon, Nabilla conseille de prendre des cubes pour plus de simplicité, mais les plus témé­raires peuvent se lancer dans un bouillon maison en utilisant la carcasse d’un poulet. C’est évidemment meilleur. À la carte du Picobello cet automne Pour fêter comme il se doit les 15 ans du Picobello, on se rue sur sa carte pleine de saveurs. Les carbonara sont cuisinées avec du guanciale, les gnocchi ­s’habillent de morilles et de jambon de parme quand les linguine ou le risotto safrané s’acoquinent avec les gambas. On lorgne sévèrement du côté de la salade de poulpe et du carpaccio d’artichauts marinés en entrée.


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Depuis 2003, la pâtisserie Amande & Cannelle s’attache à marier les saveurs d’Orient et d’Occident. Et met la technique au service des idées, des saveurs et des produits. Portrait de son créateur, Michel-Jean Amiel. La Table—Le portrait

Par Lucie Chevron / Photo Jésus s. Baptista

D’ici d’ailleurs Une rencontre suffit parfois à chambouler toute une vie. Pour le pâtissier de formation Michel-Jean Amiel, c’est celle d’une femme, qui deviendra plus tard son épouse. Franco-­libanaise, Caroline lui fait découvrir les arômes gourmands de son pays natal. Après de nombreux séjours dans tout le Moyen-Orient où il transmet les bases de la pâtisserie française et découvre de nombreuses saveurs, il rentre définitivement en France, en couple. La pâtisserie Amande & Cannelle ouvre ses portes, portée par une devise : « L’art d’être diffé­ rent. » Et pour cause : c’est dans le mariage entre Orient et Occident et la rencontre entre tradition et innovation que le pâtissier excelle depuis maintenant 18 ans. Délicatement disposées dans les vitrines, les cornes de gazelle et makrout croisent les tartes au citron et paris-­brest. Créateur sans limite, Michel-Jean Amiel conçoit aussi ses propres recettes, mariant avec finesse au sein d’un même gâteau deux univers et leurs saveurs rarement confrontées. Cet été, on avait testé et approuvé son best-seller : le Beyrouth, entremet enivrant et parfumé composé d’une confiture de framboise, d’un biscuit à la pistache, d’un flan à base de fleur d’oranger, d’eau de rose et de meské. Michel-Jean mettant un point d’honneur à travailler avec les saisons, la rentrée a laissé place aux figues et poires. À déguster ? Des figues poêlées au beurre et à l’huile d’olive et figues fraîches déposées sur un cookie et surmontées d’amandes caramélisées. Amande & Cannelle est aussi labellisée par la corporation des pâtissiers du Bas-Rhin et a récemment intégré l’association Tradition Gourmande, qui porte les couleurs de l’artisanat haut de gamme. « Tout est fait maison et avec des produits nobles. C’est la matière première qui donnera un gâteau de qualité. » Quand il n’achète pas local, il se procure des épices exotiques tout droit importées de leurs pays d’origines.

Dans sa cuisine, Michel-Jean abaisse la pâte, cuit à la nappe ou fonce ses tartes avec toujours la même envie, celle de « faire voyager le client vers des arômes inconnus ou pour lui rappeler des saveurs d’antan, celles de sa jeunesse. Chaque pâtisserie raconte une histoire ». Qu’elle soit curieuse ou classique, la clientèle en tout cas est fidèle. Et désormais, chocolats et produits salés sont aussi de la partie. Amande & Cannelle 8, rue du Travail amandecannelle.fr

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Quartier Esplanade : une petite place intimiste enfermée entre les barres d’immeubles. La cosmopolite Cour de Cambridge abrite commerces de bouche, petits restaurants orientaux et quelques pépites. Revue de détail. La Table—Le Quartier

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Par Lucie Chevron / Photos Jésus s.Baptista

Melting pot Tôt, le matin, les terrasses emplissent l’espace. Ici, même lorsque le temps est morose, les couleurs jaillissent de toutes parts. Laide pour certains, pleine de charme pour d’autres, construite dans les années 60 comme tout le quartier, la Cour de Cambridge est un lieu de passages quotidiens pour beaucoup, recelant petits commerces et restaurants aux propositions et prix alléchants. Ce qu’on y trouve ? Une boulangerie traditionnelle, une épicerie asiatique où les étudiants voisins viennent acheter leurs encas, le restaurant Onel et ses spécialités irakiennes (keftah, kebbeh de Mossoul et chawarma de bœuf, etc.), une boucherie-charcuterie halal, Beyrouth Market, épicerie libanaise, et le restaurant Damas, où déguster d’exquises pizzas traditionnelles syriennes : les Manaïch. Si une partie des commerçants a toujours vécu ici, d’autres, au contraire, sont venus là « où l’on trouve [son] gagne-pain ». Izoli gère le Habibi, un autre restaurant syrien. Il était le premier arrivé, bien avant que la place ne déborde de

commerces. La première fois qu’il a foulé « le centre », comme il l’appelle, il y a vu une opportunité. S’il regrette que ces bâtisses ne soient pas architecturalement très accueillantes (question de point de vue), il aime y travailler. « Le quar­ tier est vivant. Entre les habitants, les étudiants, et les Strasbourgeois d’autres quartiers qui viennent manger, ça bouge, ça vit. Il s’y rencontre une multi­ tude de cultures différentes. » Côté clients aussi, on y est attaché. Sandra a longtemps vécu ici, elle y a ses habitudes. Et, même si depuis, elle a déménagé, elle revient pour « l’atmo­sphère, les terrasses, le coin en général. On trouve de tout ici. » Comme une p ­ etite ville dans la ville. Nombreux sont ceux qui, allant faire leurs courses au supermarché, s’arrêtent boire un café, avant de se fournir en épices. Geneviève, elle, vient presque chaque matin. Pour elle, comme pour Nicole, il ne manque qu’un restaurant alsacien pour parfaire l’identité plurielle et hybride de ce lieu qui semble évoluer dans un autre espace-temps.


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Se réinventer chaque jour pour vous et grâce à vous Pâtisserie Amande & Cannelle - 8 rue du Travail - Strasbourg

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La Table—La fine gueule

Par Lucie Chevron / Photo Jésus s. Baptista

Le QG Guillaume Krempp au Kitsch’n Bar Qui ? Depuis quatre ans, Guillaume Krempp est journaliste pour Rue89 Strasbourg. Fervent supporter du journalisme local, il est aussi boulimique d’enquêtes. Ses thématiques : l’écologie, l’actu sociétale strasbourgeoise, toutes les injustices méritant d’être dénoncées, et tous les actes appelant louanges. Son choix Proche des anciens locaux du média d’informations, c’est d’abord au hasard que Guillaume Krempp a foulé pour la première fois le sol du Kitsch’n Bar. Pendant longtemps, cette succursale du kitsch l’a accueilli, tous les midis, et très souvent les soirs, une « démonstration de la préciosité de l’habitude ». Ce qu’il aime L’esprit du lieu, sa sincérité à tout point de vue, dans la décoration, l’atmosphère, le service et la cuisine. Ici, pas de chichis, mais l’authenticité de la simplicité. Il aime aussi son côté engagé : « On a l’impression que toute la gauche strasbourgeoise se réunit ici le midi. » Et les gens évidemment, ceux qu’il connaît, ceux qu’il croise régulièrement. Il aime Pascale, la

patronne, cette « seconde maman qui vous ac­ cueille toujours avec le sourire ». Et « l’inclusivité, en termes de prix aussi ». Ses produits phare « Les frites du Kitsch », ces gourmandises « dorées, croustillantes à l’extérieur, fondantes à l’intérieur, et cette sauce blanche aux herbes qui les accompagne, pour seulement 2,50 € ». Ses rituels Lorsque Rue89 était encore installée quartier Gare, chaque matin à 10h, Guillaume Krempp tapotait sur son téléphone pour réserver une table au déjeuner. Chaque jour, vers 12h, il se rendait Quai Charles Altorffer pour déguster un plat du jour commandé à l’aveugle, se laissant à chaque fois surprendre. Du poulet basquaise, des nouilles façon asiatique, etc. Au Kitsch’n Bar, il y en a pour tous les goûts, et les plus minces portefeuilles. 8€ le plat du jour. Kitsch’n Bar 8, quai Charles Altorffer Facebook : Kitschn-Bar

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Photo Marc Guenard

Tu t’es vu quand t’as brut(es) ? Presque deux années, le salon des vins nature brut(es), ça nous a sacrément manqué. Toujours pas de banquet, mais une sacrée belle liste d’exposantes et d’exposants provenant d’Alsace of course (Binner, Meyer, Rietsch, Rieffel, Schueller, Muller Koeberlé, etc.), du Jura (miam le Ratapoil), d’Ardèche, de Catalogne, d’Allemagne ou encore d’Autriche. Le tout arrosé par de la musique, des huîtres (oui !), les fameux tacos de Tandem, des grillades de gibiers et des tartes flambées. Le twist en plus ? Beaucoup de jeunes jajacultrices et jajaculteurs qui assument des choix forts. Pas de chichis : elles et ils veulent des vins sans intrants, naturels, libres, expérimentent toutes sortes de vinification et initient de belles collaborations. Sélection de trois d’entre elles et eux. À Strasbourg, on organise déjà les convois… Recerca (Roussillon) Jessica Albero et Laurent Pujol sont installés à Vingrau : plus de 4 hectares travaillés au plus juste. De la pureté, de l’énergie et de l’équilibre. On note aussi la création de Zulu, un projet initié par Chris Albero, malheureusement disparu, et perpétué par le duo : des cuvées créées en colla-

boration avec des vignerons engagés pour défendre l’identité des régions et une certaine idée du multiculturalisme. On aime. Laura Lardy (Beaujolais) Fille et sœur de vigneron, elle a créé son premier millésime en 2017, adore le gamay (bingo !), élève ses vins en tonneaux/foudres et a pas mal d’énergie à revendre. On n’a pas encore goûté mais on nous promet des arômes de bois et un côté fleuri (pas étonnant, Laura Hardy est installée à… Fleurie). Clos Bateau (Beaujolais) Sylvie et Thierry sont trentenaires, ils ont quitté leur restaurant à Amsterdam pour se lancer en 2019. 7 hectares, des chardonnay, des gamay, des macération, des pet’ nat’, de l’élevage en fût, en amphores et en cuves de béton et un sens de la mise en images qui nous donne envie de tout quitter… (C.B.) Salon brut(es) Les 6 et 7 novembre à Motoco à Mulhouse salonbrutes.com


Strasbourg ivre Dans ces pages, on a déjà parlé du compte Insta­ gram Trashbourg, on a accueilli avec la même joie Schlagbourg – parce que chez Zut, on aime bien rigoler. Roless, les déboires de Tonton Mickess, les compilations what the fuck d’images et vidéos qui témoignent d’une Strasbourg déglingo et avinée (porter une queue de sirène sur les quais, « ranger » la terrasse du Milano, etc.) ont enchanté le bouclage de ce numéro. Alors, pour soutenir cette démarche, on fonce sur le site pour acquérir un très beau tee-shirt Divizion Döner designé par « Maître GIF » : « Porte ton armure Divizion Döner pour être fort au foot et manger gras » et ainsi intégrer, pour la modique somme de 20€, « la champion’s league du kebab dans le 6.7. ». Döner for ever. (C.B.) schlagbourg.bigcartel.com

Venez découvrir une cuisine fraîche du marché et une carte régulièrement renouvelée au gré des saisons. Tous les soirs découvrez notre « Menu Inspiration » ainsi que nos suggestions du moment.

mar. – sam. 12h – 13h | 19h - 21h00 Fermeture : dimanches & lundis 18, rue Principale – 67300 Schiltigheim 03 88 62 43 38 – limaginaire.fr


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Maud David, nouvelle cheffe du Boma – Photo Nis&For

Photo Lucas Muller

Nouvelle tête Depuis quatre ans, le Boma affine l’identité de son bar et restaurant. Il a fini par taper juste en recrutant une nouvelle cheffe, Maud David, dont la personnalité et la vision irradient… tout. Aussi humble que brillante, elle insuffle un vent de fraîcheur bienvenu à cette adresse qui tire déjà son épingle du jeu grâce à une carte des vins fournie (naturels, pour beaucoup). Dans les assiettes, il est désormais question de raffinement, d’équilibre des textures et des saveurs, et de véritables attentions portées à tous les ­régimes alimentaires – la cheffe travaillant avec brio le végétal. On lira « bistronomie », on goûtera surtout des produits très bien travaillés, ­assaisonnés avec subtilité et épicés avec soin : un excellent ceviche de dorade, tomates et fraises, un surprenant (vraiment !) velouté de butternut, noisettes et coriandre, ou encore un bœuf tataki,

mangue, gingembre et tsukemono qui réveille les papilles. Ses influences méditerranéennes (elle s’est formée aux côtés de Gérald Passedat et Lionel Lévy, à Marseille) ne sont jamais bien loin et notre plaisir… évident. (C.B.) Boma (hôtel et restaurant) 7, rue du 22 Novembre boma-bistro.com




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