Carnet de bains #3

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c arnet de bains

REGARDS SUR

Les Bains municipaux de Strasbourg n° 3


02—03 Une publication réalisée par 2024 et chicmedias / Rédaction en chef Sylvia Dubost, Louis Lauliac Direction artistique Louis Lauliac / Design graphique brokism / Rédaction Sylvia Dubost (pp. 16-17, 20-21), Corinne Maix (pp. 12-15), Déborah Liss (pp. 18-19, 22-23) / Photographies Julie Iltis (p.12), Giljean Klein (p.15), Jésus s.Baptista (pp. 20, 23), Christophe Urbain (pp.2, 18) Illustrateurs Yann Kebbi, Léa Murawiec, Anouk Ricard / Couverture Roxane Lumeret

La SPL Deux-Rives remercie Jean-Robert Guirao pour son aide précieuse, toutes les personnes interviewées pour leur temps accordé et tous les contributeurs pour la qualité de leur travail.

Le Petit bassin mis en eau, en juillet 2021. Cette publication est éditée par La SPL Deux-Rives 1, rue de la Coopérative 67016 Strasbourg strasbourgdeuxrives.eu

Tirage : 5000 ex Dépôt légal : septembre 2021 Impression : Modern Graphic Diffusion : Novéa


Les Bains municipaux de Strasbourg Nager avec le patrimoine : c’est la promesse des Bains municipaux de Strasbourg, enfin réalisée. Il aura fallu deux ans de délicats travaux pour conserver la beauté et la force de l’œuvre de Fritz Beblo, architecte emblématique de la période wilhelmienne, tout en adaptant les lieux aux nouvelles normes, environnementales notamment. La SPL Deux-Rives et les équipes à l’œuvre sur le chantier ont su préserver et magnifier cet héritage exceptionnel. Voilà les bassins rendus aux habitants, rendus au grand public, accessibles à toutes et tous grâce à la tarification solidaire. Un espace spa et balnéothérapie sera adossé et prochainement, l’ancienne aile médicale accueillera la future Maison du Sport-Santé.

À Strasbourg, chacun a sa piscine favorite, ses habitudes. Je sais combien « La Victoire » a manqué aux nageurs. Eux qui ont en mémoire leurs séances de dos crawlé à contempler les moulures du plafond et les vitraux. Ils parlent de leurs « pas tout à fait longueurs » dans ce bassin arrondi. Longtemps, ils passaient devant les échafaudages et songeaient au charme désuet des cabines individuelles bordant les bassins, voyaient par-delà les grilles, imaginaient le grand balcon et sa coursive. Il n’est plus temps de plonger dans les souvenirs. Mais de goûter l’eau. Jeanne Barseghian Maire de Strasbourg

Les Bains municipaux, tout à la fois joyaux de la Neustadt et piscine municipale. Habitantes et habitants pourront échanger et se mêler dans les eaux de ce bâtiment classé au titre des Monuments historiques. Fabuleuse expérience.

Nager avec le patrimoine










Regards d’usagers et d’experts sur les Bains d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Privé de ses Bains adorés, Hugo attend la réouverture avec impatience.

Vous faites quoi dans vos Bains ?


Hugo Stephan Jeune amoureux des Bains municipaux

« Pourquoi il fallait fermer la piscine ? Qu’est-ce qui était cassé ? », demandait encore Hugo à sa maman cette semaine, en passant devant les échafaudages des Bains Municipaux. Du haut de ses 10 ans, il a un attachement particulier à ce lieu, évocateur de tant de séances de jeux et de natation. Dans la famille Stephan, il y a beaucoup d’histoires d’eau. Hugo était bébé nageur dès l’âge de 5 mois, il a appris à nager ici à 5 ans, avec Stéphanie, sa maître-nageuse. Gérald, son père, a lui aussi appris à n ­ ager aux Bains Municipaux… de Colmar, puis fait de la compétition durant 12 ans. Son oncle est maître-nageur. Sa mère, Alizée, l’accompagne chaque année en cure thermale pour soulager ses troubles autistiques, et la séance piscine du dimanche matin est un rituel bien installé. En amoureux de l’élément liquide, ils ont testé ensemble toutes les piscines de Strasbourg, pour revenir inlassablement aux Bains. « Pas trop grands, très familiaux… et petit à petit, on a tissé des liens avec l’équipe, si sympathique… Nulle part nous n’avons trouvé l’équivalent ! », résume Gérald. Hugo, qui venait jusqu’à trois fois par semaine, trouve d’autres arguments pour évoquer son bassin préféré : « J’aime le bleu foncé de l’eau, faire des plongeons canards, les douches bien plus belles que dans les autres piscines. » Et puis il y avait les cabines, les pommeaux de douche en laiton, dont il connaissait le maniement par cœur, ou encore l’entrée qui évoque un vieux cinéma.

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Marcher au fond de la piscine « Ça nous a perturbé quand on a appris que les Bains allaient fermer », se rappelle Gérald. Très attentif à transmettre à Hugo les choses qu’il aime, le goût du patrimoine et des souvenirs d’enfance au goût de chlore, il avait contacté Chantal Seguin, alors directrice des Bains. « Hugo voulait voir les bassins vides, je l’ai fait venir pour une visite privée, juste avant le début des travaux. C’était beaucoup d’émotion, pour lui comme pour moi », se souvient-elle. Hugo a alors pu marcher au fond de la piscine et il a emporté comme souvenir un grand kakémono avec une photo du bassin. Le panneau est toujours là, accroché à l’entrée de la chambre du jeune nageur. « Cette image entretient la motivation à retourner aux Bains dès leur réouverture », explique Alizée, qui fait tout pour sortir Hugo de sa bulle et l’ouvrir au monde. Maintenant qu’il sait nager – il fait même partie de la Team Strasbourg Natation –, il est impatient de revenir, mais aussi pragmatique : « Les Bains, il fallait que ça redevienne neuf ! »


Giljean et Jean Klein Amateurs éclairés et auteurs

Le premier s’est plongé dans les archives des Bains, depuis leurs origines. Le second les a photographiés sous tous les angles. Jean et Giljean Klein ont tiré de leur amour du lieu un véritable livre d’histoire, riche d’images et d’anecdotes.

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Les deux compères sont tombés amoureux des Bains, alors qu’ils étaient missionnés pour un travail documentaire sur les grands sites d’Alsace. Une photo des Bains a tout déclenché. « Je connaissais la piscine depuis les cours de natation du lycée », se remémore Giljean. « Suite à une visite du sous-sol au grenier avec Chantal Seguin et Sylver Kindig, directrice et salarié de la piscine, puis à une carte blanche pour revenir prendre toutes les photos de mon choix, j’ai eu un véritable coup de foudre. » Un article dans la presse déclenche l’envie de l’éditeur I.D. l’Édition de leur commander un livre dédié aux Bains Municipaux. Ancien professeur d’histoire, Jean commence alors un monumental travail d’archives pour documenter une sélection de plus de 500 photos argentiques, qui appartiennent aujourd’hui à l’histoire. Ensemble, ils ont pris le parti de montrer tout ce qui ne se voit pas. « L’architecte Fritz Beblo s’est beaucoup inspiré de l’Antiquité », s’émerveille Jean. « La pomme de pin était alors un symbole de puissance vitale qu’on retrouve sur le toit, en façade ou dans l’escalier. L’évocation des vagues se déniche, elle, dans un décor chantourné en haut des cabines ou le dessin de la rambarde extérieure. » Au-delà de leur attrait architectural et artistique, les Bains ont aussi marqué leur époque par leurs prouesses techniques, telles que l’utilisation du béton armé ou du chauffage par le sol, aussi bien que par le coût des travaux. « Un tel équipement n’existait nulle part ailleurs en France ! » Les Allemands ont apporté leur culture des bains, de l’hygiène et de l’exercice physique, à une époque où seuls 4% des Strasbourgeois disposaient d’un point d’eau. « La population les a tout de suite adoptés, notamment pour leurs 48 cabines avec baignoires (et 3 classes de tarifs) et quelque 60 bains thérapeutiques. » 200 000 à 300 000 visites étaient alors enregistrées chaque année. « Mais jusqu’aux années 60, on ne rigolait pas tellement ici », plaisante Giljean, en avouant avoir passé ses séances de natation caché dans une cabine. « Sur d’anciennes photos, on apprenait à nager, harnaché dans le vide, sans être dans l’eau ! Et le temps était compté : 45 minutes avant de laisser place aux suivants. » Les Bains rénovés permettront, eux, de retrouver tous les plaisirs de l’eau. « Pour nous, l’histoire des Bains anciens est terminée. Place aux Bains nouveaux ! »


Les photos de Giljean Klein nous replongent dans les Bains municipaux avant travaux. En haut : vue du vestibule vers la porte d’entrée. En bas : la salle centrale des Bains romains.


Colette Audebert Directrice des Bains Municipaux

Un équipement qui allie sport, loisir et bien-être tout en restant fidèle à son esprit d’origine : les Bains du XXIe siècle veulent s’adresser à tous. Les Bains seront gérés par la société Equalia, spécialisée dans la gestion d’équipements de loisirs collectifs. Les Bains municipaux sont-ils encore une piscine ? Bien sûr ! L’avantage de ce bâtiment, c’est que chacun va pouvoir se l’approprier. Avec ses différents pôles, les bassins intérieurs, la partie bien-être, l’espace fitness, la partie cuisine et les ateliers sur l’alimentation, l’offre correspond à tous les besoins. C’est ça, une piscine au 21e siècle ? Tous les centres aquatiques se diversifient, proposant aussi de faire du sport, de se relaxer. Les offres prennent de plus en plus soin de la personne dans sa globalité. Là, aux Bains, c’est très abouti, car c’est rare de voir des endroits qui s’adressent à tous les publics et catégories socio-professionnelles, où l’on peut venir seul, à deux, avec des amis, des enfants, des grands-parents. Beaucoup de Strasbourgeois pensent que les Bains deviendront un établissement de luxe… Pour les deux bassins intérieurs, ouverts 7J/7, le prix de l’entrée sera de 5€, comme dans toutes les piscines de l’Eurométropole. On pourra y suivre des cours d’apprentissage de la natation, d’aquagym ou d’aquabike. On préservera le grand bassin pour la nage, et des créneaux y seront réservés aux scolaires, comme avant. L’objectif est la mixité sociale, même si c’est difficile à atteindre. Quand les Bains ont été construits il y a plus de 100 ans, ils s’adressaient à toutes et tous, et c’est encore le cas. On a gardé l’âme de ce bâtiment, mais le projet est moderne, voire précurseur, avec notamment des créneaux dédiés au Sport Santé, qui est l’avenir.

Quelle place les Bains vont-ils occuper au sein des piscines municipales ? Venant de l’extérieur, j’ai trouvé à Strasbourg une offre unique en France. Chaque piscine a vraiment sa spécificité, et cela restera ainsi. Ici on proposera une prestation haut-de-gamme avec un tarif ultra-accessible, dans un lieu extraordinaire, et ça, c’est vraiment inédit ! Entre la piscine et l’espace bien-être, nous avons vraiment construit un projet qui s’adresse à tout le monde : les tout-petits, les scolaires, les ados, les sportifs, les séniors, les femmes enceintes.

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Et le patrimoine est préservé… Je suis administratrice d’une association patrimoniale, et je n’ai jamais vu une demande de classement au titre des Monuments historiques juste avant d’entamer des travaux. Car c’est l’assurance de beaucoup de contraintes ! Le fait que la municipalité ait procédé ainsi prouve bien la volonté de préserver le bâtiment.


L’ancienne buanderie du rez-de-chaussée est transformée en un espace bien-être, qui se prolonge au 1er étage avec les historiques Bains romains, et à l’extérieur avec un bassin balnéo. Visuel : Chatillon Architectes pour la SPL Deux-Rives

Les nouveaux espaces bien-être L’agence TNA Architectes a créé de nouveaux espaces dans certaines des zones non classées. Une partie bien-être se déploie ainsi au RDC du bâtiment, dans une partie auparavant dédiée au stockage et à des vestiaires pour le personnel. Pour Gaëlle Ladevèze, chargée de projet, même dans ces espaces neufs, il fallait que l’identité du lieu soit présente, établir un « dialogue perpétuel entre l’ancien et le nouveau ». Notamment dans les couleurs, un nuancier vert-bleu « qui m’avait marquée ». Clin d’œil au passé, les espaces extérieurs longtemps délaissés seront à nouveau accessibles, avec notamment un bassin balnéo, « ce qui est assez rare, on voit surtout des bassins nordiques uniquement dévolus à la nage ». La structure centrale du rez-dechaussée souligne le volume du bassin circulaire des Bains romains, qu’on devine au-dessus (voir visuel). « Quand j’ai découvert les Bains, j’étais fascinée par la robustesse du bâtiment et des équipements. Voir la structure à nu, le béton armé de 1908, c’était impressionnant. C’était un bel exercice. » Tarifs Accès bassins : 5€ Accès espace bien-être + bassins : 22€ (L’espace bien-être comprend sauna, jacuzzi, hammam, grotte à sel, espace fitness… mais aussi les Bains romains et le bassin balnéo extérieur. Le spa proposera des soins Olivier Claire, Skinhaptics et la marque alsacienne Fun Ethic.)


Portraits des femmes et des hommes à pied d’œuvre sur le chantier des Bains municipaux de Strasbourg.

Bénédicte Lagaillarde sur la voûte du Grand bassin, sous le toit des Bains municipaux.

Attention travaux !


Bénédicte Lagaillarde Conductrice de travaux

Pour Eiffage, la jeune ingénieure assure la coordination entre le bureau d’étude de synthèse et les différentes entreprises des corps d’état techniques.

Coordonner les réseaux sur un chantier aussi particulier, le défi est de taille. La conductrice de travaux le relève avec joie : celle de travailler dans un cadre aussi beau qu’exigeant. C’est l’un des premiers chantiers de la jeune ingénieure, arrivée de Paris après le premier confinement, pour travailler sur les lots techniques, principalement au rez-de-jardin, où il y aura les vestiaires, les bureaux, mais d’où l’on accède aussi aux dessous des bassins. Bénédicte Lagaillarde est conductrice de travaux. Elle fait l’interface entre les spécialistes de l’électricité, de la plomberie, du traitement d’eau et d’air et le bureau d’études et les architectes. Le chantier est de taille, car il faut créer un système de filtration et mettre le bâtiment aux normes électriques et PMR (personnes à mobilité réduite). Au début, il s’agissait de faire la synthèse du réseau entier pour déterminer où passer les gaines, les câbles, où placer les systèmes CVC (chauffage, ventilation, climatisation), sans que tout cela ne s’enchevêtre. Un peu comme le « fameux » BIM (Building Information Modeling), qui permet aussi de partager plus efficacement les informations. Cette phase terminée, Bénédicte va désormais tous les jours sur le site pour « trouver des solutions, être innovante », expliquet-elle. Dans ce bâtiment classé, où « on ne pouvait toucher à rien » et où œuvrent une centaine d’entreprises, il faut pas mal de ressources !

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« On ne s’ennuie jamais » Ici, il a fallu intégrer dans le bassin un bac tampon, désormais obligatoire pour réguler la consommation d’eau. Là, au-dessus des bains chauds en marbre, il a fallu ramper dans les petites lucarnes pour voir où il était possible de faire passer un système CVC. Autour des bassins, passer des câbles électriques dans des gaines existantes, anciennes, s’est avéré la seule solution pour passer inaperçu. Parfois, il s’agit simplement de vérifier qu’une cassette de climatisation tombe bien entre les rails dans les bureaux, ou qu’un radiateur ne soit pas installé trop près d’une douche. Bref, « on ne s’ennuie jamais », sourit la jeune femme. Avec les Bains, elle découvre sa première piscine et son premier bâtiment classé. « C’est h ­ yper formateur », ajoute-t-elle. « J’apprends un peu sur le tas, et s’il y a un problème, je peux compter sur mon responsable. » Elle se réjouit de venir tous les jours travailler dans un « bâtiment magnifique » : « On sent qu’il a vraiment une âme ! »


En bas : la robinetterie des bains-douches publics, au rez-de-chaussée et au 1er étage, a été intégralement restaurée et remise en place.


Patrick Hell et Guy Muller Gérant et salarié

Installée à Illkirch, spécialisée dans le sanitaire et le chauffage, l’entreprise Moebs restaure ici la robinetterie ancienne en laiton.

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Allier le lustre et l’éclat d’antan à une consommation désormais modérée : pour la robinetterie comme pour le reste, il faut être rigoureux et inventif. On ne badine pas avec la robinetterie en laiton. À rencontrer anciens usagers et personnel des Bains, force est de constater qu’elle est tout sauf accessoire. Des bassins de nage aux Bains romains, en passant par les douches et baignoires publiques, la voir et la faire briller était une marque d’attention et un élément de fierté. La restituer est une évidence, encore fallait-t-il trouver comment. Car en 2021, on ne badine pas non plus avec la consommation d’eau. La robinetterie « a été déposée, nettoyée, remise en état », confirme Patrick Hell, gérant de l’entreprise Moebs en charge de cet aspect du chantier. C’est-à-dire ? « Plongée dans un bain d’acide, puis un bain basique, avant un polissage fin. Parfois, il y avait carrément des boules de calcaire à l’intérieur. Ce ne sera plus le cas désormais car l’eau sera traitée. » La robinetterie sera fonctionnelle mais pas toujours destinée à être utilisée, pour la raison mentionnée ci-dessous. Ainsi, « les pédiluves au bord du bassin [dont le marbre a été remis en état par l’entreprise Léon Noël, voir Carnet de Bains #2, NDLR] ne seront plus utilisés car plus aux normes », le débit d’eau étant beaucoup trop important. Il en va de même pour les douches bordant le bassin circulaire des Bains romains, au premier étage. Elles ont été nettoyées, replacées, pour conserver l’intégrité du lieu, mais c’est dans la pièce adjacente qu’on se passera sous l’eau. Celles aux abords des bassins, en revanche, retrouveront leur usage. Il a fallu être astucieux pour faire coïncider la volonté de restauration avec les normes actuelles. « La poignée sera désormais factice, explique Patrick Hell, avec un mitigeur en amont et une cellule de détection de présence pour éviter une trop grosse consommation. » On se souvient qu’il fallait les arrêter manuellement et qu’un oubli les faisait couler régulièrement à vide pendant de longues minutes… C’est Guy Muller qui s’est chargé de cette transformation fondamentale et pourtant presque invisible. Après plus de 60 ans chez Moebs, « [il fait] partie des meubles », s’amuse-t-il, a largement dépassé l’âge de la retraite et est surtout devenu un expert en robinetterie ancienne. « Mais la robinetterie ancienne, en général, elle a plutôt 50 ans… Jamais plus de 100, comme ici. » « Il ne reste pas beaucoup de sanitaires de ces annéeslà, confirme Patrick Hell, la plupart ont été arrachés. » C’est rarement ce qu’on conserve, en effet… « C’est un modèle que je n’avais jamais fait avant », poursuit Guy Muller, qui intervient d’habitude plutôt chez des particuliers. Et, belle coïncidence, son dernier chantier est aussi son premier monument historique !


Jimmy Humbert Responsable de chantier

L’entreprise Hervé Thermique est spécialisée dans le traitement d’eau, les CVC (chauffage, ventilation, climatisation), la plomberie et l’électricité.

Spécialisé dans les piscines, Jimmy Humbert est comme un poisson dans l’eau aux Bains, où il supervise principalement le réseau de renou­ vellement d’air… créé de toutes pièces. Avec ses équipes, Jimmy Humbert aura été « le premier arrivé et le dernier parti ». Le responsable de chantier a un rôle absolument essentiel pour une rénovation de piscine : il est le responsable CVC (chauffage, ventilation, climatisation) et travaille avec le responsable du traitement d’eau. Au rez-de-jardin, il aura fallu mettre sur pied un immense labyrinthe, fait de neuf centrales de traitement d’air, de tuyaux, de gaines, de pompes et de filtres. Pour lui, ces bains sont presque un chantier de construction neuve, car le bâtiment ne disposait d’aucun système de filtration. « En fait, toute l’eau était régulièrement jetée ! », explique-t-il. Ses équipes ont mis en place un système plus économique, écologique et sanitaire : les eaux évacuées par les goulottes serviront à chauffer les eaux neuves (la règlementation impose de renouveler chaque jour 30 litres d’eau par baigneur) puis seront traitées, filtrées, analysées et renvoyées dans le bassin. Même idée pour l’air : l’air vicié des sanitaires fait tourner une roue dans les CTA (centrales de traitement d’air) et chauffe l’air neuf. « Nous récupérons des calories partout où l’on peut car il y a un réel enjeu écologique », explique le jeune homme qui pratique ce métier depuis ses 15 ans. « Il y a des compteurs de calories sur toutes les CTA. »

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« Comme une mission pour un particulier, puissance 10 » Maintenant que tout est presque en place, son rôle est celui d’un pilote, qui priorise les tâches au jour le jour. Le bâtiment classé lui a donné du fil à retordre. Au-dessus du Grand bassin, des ventilations ont été créées pour souffler sur la grande vitre, pour éviter la condensation. Pour être invisibles, les gaines ont dû être passées entre la voûte et l’entrevoûte du bâtiment. Dans le Petit bassin, les grilles de refoulement ont été réalisées sur-mesure, en laiton, pour coller à l’esprit de l’époque. Et pour faire entrer les équipements, il a fallu redoubler d’imagination, en l’occurrence passer les éléments des CTA par les fenêtres et les ­monter sur place. Un challenge qui a plu à ce spécialiste des piscines : « C’est comme une mission pour un particulier, mais puissance 10 ! » Lui n’était jamais venu aux Bains avant les travaux. S’il vient s’y baigner un jour, il sera l’un des seuls à connaître tous les secrets de leur machinerie !


Le sous-sol des Bains municipaux abrite désormais un entrelacs de tuyaux et de machines, particulièrement sophistiqué et impressionnant.


Le journal de chantier

Promenade illustrée dans un bâtiment en pleine transformation par Yann Kebbi




L’histoire continue Démarrés en novembre 2019, les travaux de rénovation des Bains Municipaux de Strasbourg touchent à leur fin. C’était une gageure de faire en sorte que cet équipement plus que centenaire puisse répondre aux enjeux de notre temps tout en restituant la richesse patrimoniale que cet ouvrage, pensé par l’architecte Fritz Beblo, représente. Le résultat sera, j’en suis persuadé, à la hauteur des attentes de toutes et tous. Il aura fallu pour cela mobiliser des trésors d’inventivité, d’implication, et le savoir-faire de professionnels et d’artisans d’exception. Ce projet s’est également caractérisé par un dialogue permanent entre les différents acteurs intéressés par le devenir de cet ouvrage : associations de proximité et de protection du patrimoine, Direction Régionale des Affaires Culturelles, anciens usagers, collectivités, professionnels de la santé et du sport, sans oublier la SPL Deux-Rives, qui a piloté cette opération avec détermination aux côtés d’Eiffage Construction Alsace, Chatillon Architectes et TNA Architectes. La série des Carnets de Bains, dont ce numéro est le dernier, a cherché à illustrer la richesse et la profondeur de ces échanges, et à rendre hommage à ceux

qui ont œuvré, parfois dans l’ombre, pour mener ce projet à bon port. Les bandes dessinées et illustrations des artistes impliqués par les Éditions 2024 ainsi que les interviews et reportages rédigés par les journalistes de Chicmédias ont su présenter les coulisses de cette restauration exceptionnelle tout en rappelant le profond attachement que portent les Strasbourgeois.es aux Bains. Une nouvelle page de l’histoire des Bains Municipaux est désormais à écrire. Dès novembre, et l’ouverture, il reviendra désormais au grand public, et en particulier aux Strasbourgeois.es, d’en rédiger les lignes. Je suis très heureux d’avoir participé à rendre ce bien, exceptionnel par son histoire et par son patrimoine, à toutes et tous. Docteur Alexandre Feltz Adjoint à la maire en charge de la santé et de la rénovation des Bains municipaux

Rendez-vous en novembre 2021 pour l’inauguration !


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