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Photographe: Gil Perron

marie-claude bourbonnais Entrevue avec Marie-Claude Bourbonnais: Cosplayeuse québécoise professionnelle

COSPLAY D’où vous vient cet intérêt pour le Cosplay? Comment en êtes-vous arrivée à gagner votre vie grâce à cette activité? J’ai une formation en design de mode. J’ai toujours aimé relever les défis posés par la fabrication de pièces complexes, dompter les matières et briser les règles. Après plusieurs années de travail dans l’industrie du vêtement, j’ai décidé de m’allouer un pur moment de création; en m’amusant à reproduire des costumes de personnages de fiction. C’est grâce à Internet que j’ai par hasard découvert le cosplay et que j’ai été propulsée à l’avant scène depuis bientôt sept ans.

Quelle est la création de cosplay dont vous êtes la plus satisfaite ou que vous aimez le plus? Mon costume de Scorpion de Mortal Kombat X est l’un de ceux que j’apprécie le plus. Il est significatif pour moi parce qu’il incorpore plusieurs techniques que j’ai apprises au fil des ans et implique aussi la collaboration de quatre autres artisans et professionnels. Vincent Zimmermann est le joailler qui a fabriqué les pièces de quincaillerie pour le costume, les boucles, les fermoirs, les attaches, etc. Toutes ces pièces sont en argent 925 et on été fabriquées à la main conformément au design original des images de références du costume. C’était une tâche ardue compte tenu des délais très courts et du nombre élevé de pièces. Vincent a su livrer des pièces adaptées à mes besoins et aux contraintes techniques. Son travail élève le mien à un autre niveau et j’adore le résultat. Jeffrey Tabben, un modélisateur 3D du Royaume-Uni, a créé le modèle informatique du masque de Scorpion à partir du scan 3D de mon corps. Cela m’a permis de vérifier la pertinence de cette technique qui s’est avérée être très efficace. La modélisation 3D du masque ayant été faite sur mesure sur le scan 3D de mon visage, le masque final s’ajustait parfaitement à moi. L’impression 3D a été faite par Action Fusion, une compagnie de Québec que j’ai découverte parce que son propriétaire possède aussi XP Paintball, la boutique où je me procure les armes à airsoft qui servent d’accessoires pour mes costumes.

Photographe: Jeff Zoet Photography

Finalement, comme j’étais en processus de reconnaissance d’acquis pour un cours de confection de vêtements de cuir, Mireille Labrie, une enseignante du CFP de Neufchâtel, est venue évaluer mon travail à mon atelier et faire des mises à niveaux. Elle a collaboré au costume de Scorpion en m’aidant à développer certaines techniques de finition du cuir spécifiquement pour ce costume. En plus d’être une pièce particulièrement bien réussie, ce costume a été une belle expérience d’apprentissage, de collaboration et de communication et m’a permis de passer mon examen final pour obtenir un nouveau diplôme! Et histoire de terminer l’aventure en beauté, mon costume de Scorpion a été remarqué par une compagnie américaine qui organise des tournois de jeux vidéo. J’ai été invitée à Burbank en Californie où avait lieu un tournoi de Mortal Kombat X et où j’ai pu rencontrer Ed Boon, le créateur de Mortal Kombat.



Suite en page 22!


sommaire

Couverture: Zach Fisher poster verso: François miville-deschênes Poster recto: Marie-claude bourbonnais (photo: gil Perron)

Bandes dessinées

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Photographe: Jeff Zoet Photography

EntrevuES Marie-claude Bourbonnais

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Par rémi paradis

Zidara9 ne serait pas possible sans la contribution de tous les artistes qui ont participé au cours des 5 dernières années, mille fois merci!

miville-deschênes

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Éditorial

françois

Illustrateur québécois de Bandes Dessinées

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Cosplayeuse québécoise professionnelle

zidara9 #9 nano avril 2016

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Photographe: Jeff Zoet Photography

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Entrevue avec Marie-Claude Bourbonnais: Cosplayeuse québécoise professionnelle Et je crois qu’être en quête de la perfection, même si elle n’existe pas, peut nous permettre de réaliser de grandes choses. Je demeure critique envers mon travail et j’apprends des gens qui ont des notions techniques à transmettre. Pour s’améliorer, il faut être en mesure d’évaluer son propre travail de façon objective, processus qui implique deux aspects. Le premier : s’informer sur les façons de faire et avoir les connaissances nécessaires pour juger de ce qui est bien fait et de ce qui ne l’est pas. Le second : à la lumière de ces connaissances, être assez honnête envers soi-même pour juger de la réelle qualité de ce que l’on a accompli. C’est une leçon d’humilité, un exercice essentiel au dépassement de soi et à l’accomplissement personnel.

COSPLAY (suite) Quelle est votre démarche de création pour la réalisation d’un cosplay? D’abord, il faut comprendre que chaque costume est en quelque sorte un prototype qui ne sera pas produit en série. Telle une œuvre d’art, chaque vêtement est un modèle original unique qui possède toutes les qualités techniques et les caractéristiques du costume d’un personnage de fiction. Pour atteindre ce résultat de réalisation, il me faut procéder à une première phase d’études du personnage visé en consultant toutes les références disponibles. Suivent les phases de dessins, de recherches de faisabilité et de développement du produit suivant l’apport de divers matériaux. Parfois, il m’arrive de valider mes choix en consultant des experts sur un concept ou sur des spécifications techniques. Voire même de tester les réactions de futurs utilisateurs ou consommateurs.

Photographe: Vincent Cadoret

Au final il faut compter une centaine d’heures de la conception à la réalisation d’un costume en atelier. Dans une démarche d’amélioration continue, chaque nouvelle création me permet d’échanger avec des collègues et d’acquérir de nouvelles expériences, bien souvent très pointues, dans le domaine de la confection de vêtement de super héros. Je choisis souvent le costume suivant en fonction de ce qu’il me permettra de pratiquer et de développer d’un point de vue technique. Pour les amateurs ou débutants dans le cosplay, quels conseils leur donneriez-vous? Pour ceux qui veulent essayer de confectionner leurs costumes eux-mêmes, j’ai un conseil d’une simplicité déconcertante, mais qui à mon avis demeure le meilleur : choisir pour commencer un personnage que l’on aime et un costume de niveau technique facile à réaliser. Il faut savoir évaluer ses ressources et le temps disponible de façon réaliste et être persévérant. Le moteur du cosplay est d’apprendre en s’amusant. Il ne faut pas avoir peur de faire des tests et de recommencer la même étape plus d’une fois. Il faut vraiment aimer relever des défis et être interpellé par l’aspect technique du processus pour apprécier travailler sur le costume d’un personnage qu’on connaît moins ou pour se lancer dans la production d’un costume en sachant à l’avance qu’il nous donnera du fil à retordre et qu’il mettra notre volonté à rude épreuve. J’ai à cœur de toujours dépasser mes limites et de progresser.

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JEUX VIDÉO Quel est votre jeu vidéo favori du moment ? MKX et Fallout 4. En ce qui concerne Mortal Kombat, c’est une histoire d’amour qui remonte à mon adolescence. MKX m’a séduite avec ses designs de costumes aux détails singuliers et particulièrement réussis. J’essaie de jouer avec chaque personnage et tente de retenir les commandes par cœur, j’étudie et répète les combos, c’est un peu comme être de retour à l’école. J’aimerais définitivement atteindre un niveau de jeux élevé, mais il faudrait que je puisse jouer beaucoup plus d’heures par semaine que ce que mon horaire me permet. Pour ce qui est de Fallout 4, j’adore les designs des ! de environnements et des armures. àJel’ac suishleat type nible o joueuse qui parcourt centimètre de la carte, Dispchaque j’aime explorer. J’apprécie d’ailleurs cet équilibre dynamique entre les moments de déplacements et d’exploration et les scènes de combat, où il m’arrive de ne pas survivre très longtemps… Je suis meilleure dans les jeux de combat comme MK. :) Quel Cosplay relié aux jeux vidéo aimez vous incarner? J’ai déjà débuté la fabrication de Sub-Zero de MKX, en fait, j’aime presque tous les costumes de cette version du jeu et si je pouvais, je les ferais tous. Peut-être aussi une autre version de Rainbow Mika de Street Fighter, c’est l’un de mes costumes préférés. Mais je dois dire qu’à ce jour, mon costume de Scorpion demeure celui dont je suis le plus fière. J’aime le personnage emblématique, j’adore le jeu, et je porte mon costume comme s’il s’agissait d’un trésor ou d’une pièce de collection. Ce costume a beaucoup de valeur à mes yeux. Il représente l’aboutissement de plusieurs années de travail comme costumière. Quel genre de jeux vidéo vous intéresse? J’ai mentionné l’esthétique auparavant? C’est toujours une question d’image pour moi. Si ça a un certain attrait visuel, il y a de fortes chances que ça m’intéresse, peu importe le type de jeux. J’aimerais bien tester Street Fighter V et Overwatch. En fait, comme le temps me manque pour jouer, je regarde les ‘’walkthrough’’ comme d’autres regardent des films.

Photographe: Gil Perron du jour et parfaitement ancrée dans notre réalité actuelle, les comics de Jem and the Holograms sont une célébration rafraîchissante de la diversité, une adaptation réussie sur toute la ligne. J’ai eu l’occasion de visiter la Belgique il y a 2 ans. Je me suis remise à lire de la BD européenne. Je garde sur ma table de chevet des BD de Sky-Doll, dont j’apprécie particulièrement l’esthétique. hat!

COMIC-BOOK / BANDES DESSINÉES Lisez-vous des BD, comic book ou manga? Si oui, lesquels préférez-vous?

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En fait, je me procure tout ce qui attire mon œil. Comic book américain ou anime japonais (oui, je préfère l’anime au manga), je me laisse souvent séduire par un costume ou un personnage en particulier. J’écoute les suggestionshqu’on at! me fait ou je suis mes l’ac à je inspirations. En o cenible moment, lis The Sandman de Vertigo qu’un Disp ami m’a recommandé. Une belle découverte. Mon coup de cœur du moment : Jem and the Holograms. Je dévore chaque nouveau comic qui sort. J’étais une fan de la série originale et j’adore l’adaptation qu’ils en ont faite. Des personnages aux silhouettes réalistes auxquels on peut s’identifier, des coiffures, maquillages et styles vestimentaires revampés et tendances, une histoire remise au goût

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Disp Quel est votre auteur de BD ou comic-book favori?

Je dois avouer que je tombe souvent en amour avec l’illustration d’un personnage avant de découvrir le comic d’où il provient et d’en lire les textes. J’ai lu mes premiers comics dans les années 90 parce que j’aimais l’art de J. Scott Campbell dans Danger Girl… Je suis plutôt visuelle, quoi! The Sandman est en ce sens une exception notoire. Autant je déteste le style des illustrations, autant j’apprécie la plume de Neil Gaiman. Dans un style complètement différent, j’apprécie aussi l’humour et l’audace d’Alessandro Barbucci et Barbara Canepa dans Sky-Doll.

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Entrevue avec Marie-Claude Bourbonnais: Cosplayeuse québécoise professionnelle

marie-claude bourbonnais

FILMS / SÉRIE TV Quel est votre film et/ou série tv favoris? Je suis plus du genre film que série télé. Question de temps, encore une fois. Je surveille toujours les films de Marvel, je pourrais en analyser les costumes indéfiniment. J’aime l’esthétique de Blade Runner, j’attends impatiemment Blade Runner 2. Je préfère généralement les films d’action et de science-fiction. Deux exceptions : Moulin rouge, avec sa romance tragique et ses costumes flamboyants, et Frida avec son message de loyauté inébranlable qui transcende tout.

Photographe: Vincent Cadoret

Quel Cosplay de super-héros aimez-vous incarner? Je reçois des suggestions de cosplay de super-héros à chaque semaine! Power Girl est certainement la super-héroïne pour laquelle j’avais reçu le plus de demandes. Avec mon muscle suit en silicone et mes bottes et gants de cuir faits sur mesure, Power Girl est sans doute l’un des costumes d’apparence ‘simple’ sur lequel j’ai le plus travaillé et que j’ai beaucoup de plaisir à porter. C’est un costume que mes fans apprécient particulièrement, tout comme ! est probablement mon costume de Sue Storm desàFantastic 4, qui l’achat nible o l’un de mes costumes les plus populaires. isp D Les cosplays de super-héros sont extrêmement populaires aux États-Unis. Incarner un personnage populaire peut être très excitant, parce que l’on sait que les gens qui sont des fans du personnage aimeront notre cosplay inconditionnellement. Cela a par contre le désavantage de diminuer l’attention portée par les gens au costume lui-même. Lorsque l’on parle d’un super-héros très populaire, la qualité du costume ne compte plus. C’est le personnage qui prime. Comme une grande partie de mon plaisir et de ma satisfaction comme cosplayer me vient du fait que je passe beaucoup de temps à développer et fabriquer des costumes de qualité, avec une conception méticuleuse de tous les accessoires, il y a certains costumes de super-héros très populaires que je ne suis pas intéressée à faire. Des cosplays qui ont été trop faits, trop vus, trop souvent. J’ai cédé pour Power Girl parce qu’on me l’avait demandé tellement de fois et pour avoir du plaisir à le faire, j’avais transformé ce costume simple en défi technique.

COMIC-BOOK / BANDES DESSINÉES Vous avez incarné des personnages de comic ou de jeu, tels que Hornet et Soda Pop miniatures dans le passé. Avez-vous l’intention de vous prêter à une autre série bientôt?

Je ne choisis pas mes cosplays, de super-héros ou autres, en fonction de la popularité du personnage, mais en fonction de ce qu’un costume en particulier me permettra d’apprendre lors de sa confection. Je choisis pour moi. Je me fais plaisir. Et je souhaite que l’adaptation que je fais de chaque costume fera honneur au personnage et satisfera ceux qui sont les plus fervents admirateurs de ce personnage.

Les choses évoluent constamment pour moi et j’ai beaucoup d’offres éparpillées dans plusieurs sphères qui touchent aux jeux. Je reste ouverte à ce qui se présente, mais j’ai aussi la volonté d’acquérir une certaine autonomie, peut-être même de créer quelques trucs. Quoi qu’il en soit, après avoir fait le cosplay de Candy, Betty et Rin ! avoir été intégrée Farrah, trois personnages de Soda Pop, et après à l’achat en tant que monDpropre personnage dans leurs jeux, il y a encore de isponible nouveaux designs chez Soda Pop Miniatures qui me sont destinés. Ma collaboration avec la compagnie américaine de jeux de table devrait donc continuer cette année.

Pour plus de détails

Comment cette culture des Comic-book vous a-t-elle influencée? Je ne qualifierais pas cette culture d’influence, mais plutôt d’inspiration. Pour l’instant, tout ça m’offre beaucoup de matériel à expérimentation et me permet de m’amuser, mais mes influences sont plutôt ancrées dans l’histoire, la nature, l’architecture et la mode contemporaine. Au delà des designs puisés dans l’imagerie des comic books, j’essaie toujours de retourner à des sources plus profondes, aux origines, à ce qui a pu inspirer un design. Pour ne pas seulement imiter quelque chose, je crois qu’il faut d’abord en comprendre l’essence.

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françois mivilLe-deschênes

Entrevue

François est l’illustrateur québécois de la série de bandes dessinées Millénaire (Les Humanoïdes Associés) et Reconquêtes (Le Lombard).

C’est la lassitude de l’illustrateur qui doit constamment insister et persévérer pour enfin être payé qui m’a finalement convaincu de lorgner du côté de la bande dessinée. Aux alentours de 2001, j’expédiai aux principales maisons d’édition européennes un dossier de proposition de projet, une histoire se déroulant en Nouvelle-France, garnie de tous les ingrédients dont le lectorat français raffole: espaces sauvages, amérindiens, coureurs des bois, etc. Les plus rapides furent les Humanoïdes Associés, et si le dessin leur plaisait, le sujet ne correspondait pas tout à fait à leur ligne éditoriale; ils me proposèrent le synopsis de Millénaire…

Les Origines D’où vous vient cet intérêt pour la création de la Bande Dessinée?

De ma prime jeunesse; mon père était lui-même un grand lecteur devant l’éternel et la bande dessinée occupait une place de choix au sein de ses lectures. Spirou, Tintin, Pif, Pilote et autres publications variées m’ont procuré de fort beaux moments.

Quel est votre sujet de dessins ou de peinture préféré? L’anatomie humaine et animale, ainsi que la nature sous ses formes les plus diversifiées. Je dois confesser que l’anatomie féminine ne me laisse pas indifférent et que je ne me lasse jamais d’explorer le sujet sous forme de multiples variations sur ce même thème.

Comment en êtes-vous arrivé à faire de la BD? Les possibilités étaient minces au Québec, dans les années 80, pour qui souhaitait « faire de la BD » (et éventuellement en vivre, mais là c’était vraiment rêver en couleur). La formation des Beaux-Arts n’existait plus et rien n’était offert en bande dessinée; ne restait que les cours de graphisme et d’arts plastiques. Autodidacte, je constatai rapidement que le dessin occupait décidément trop peu de place à mon goût au cégep et après de -très- courtes études collégiales en graphisme, une première année non complétée, ainsi que nombre de cours abandonnés, j’entamai une carrière d’illustrateur qui m’occupa durant près de quinze années. Dessin animalier, illustration scientifique ou publicitaire, illustration jeunesse. Je fis flèche de tout bois en usant de toutes les cordes de mon arc graphique.

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Technique La façon de créer est propre à chaque auteur. Quelle est la vôtre? Je travaille à l’ancienne : après avoir ébauché un découpage sur petit format (8.5 x 11), je trace au crayon directement sur la planche, c’est l’étape du crayonné. Ensuite, ce crayonné sera travaillé en détail au pinceau à l’encre de Chine (c’est l’encrage), puis la coloration complétera le tout, à l’aquarelle et à l’encre de couleur. Il s’agit là des étapes concernant précisément la bande l’achat!la démarche et les dessinée; lorsque je réalise desàillustrations, nible o Disp médiums peuvent varier. Lorsque vous réalisez une BD, quelle est votre étape préférée et pourquoi ? Je n’en ai pas de préférée et j’aime bien ne pas faire trop longtemps la même chose, c’est pourquoi j’ai abandonné la méthode qui consistait à crayonner plusieurs planches d’un coup, puis à les encrer en série et à faire de même pour la coloration. Maintenant, je traite les planches une à la fois, cela me permet de changer de technique plus souvent.

Quel est votre ambiance et rythme de travail? Je travaille seul. Je suis un solitaire et passer ma journée entière dans mon atelier sans voir âme qui vive ne me pose aucun problème. En raison des contraintes qu’impose la vie familiale, mes journées de travail sont relativement courtes, il m’est donc impératif d’être efficace dès que je m’installe à la table à dessin, vers 8h15; je ne saurais me permettre le luxe de la page blanche et l’angoisse qui, paraît-il, l’accompagne. À 16h15 il est temps de sortir du monde de la BD et de h refaire at! à l’ac surface dans laoréalité. C’est la radio de nible Disp Radio-Canada qui se fait entendre dans l’atelier durant la journée. S’il m’arrive de travailler le soir, mon choix se portera volontiers sur la chanson; j’ai une nette préférence pour la chanson française des années 70 et 80 et pour la chanson à texte très précisément. De moins en moins d’auteurs travaillent entièrement de manière traditionnelle, pensez-vous un jour prendre un virage technologique?

Extrait de Reconquêtes

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Je ne le souhaite pas, et pour deux bonnes raisons : d’abord, je n’ai pas les compétences techniques requises pour arriver à obtenir à l’écran ce que je sais faire manuellement. Il me faudrait consacrer beaucoup de temps à un apprentissage qui ne me tente pas (et me rebute carrément, pour être franc). Et surtout, j’aime trop le contact avec les médiums et les multiples papiers, toiles, cartons et autres supports. Je ne ressens nullement le besoin de changer. Cependant, il n’est pas impossible que je renouvelle un jour la formule qui fut celle adoptée pour la série Millénaire : des planches réalisées à l’encre de Chine et mises en couleur par un coloriste dirigé par mes soins. Le travail de noir et blanc a ses charmes.


SÉRIE MILLÉNAIRE ET RECONQUÊTES Quel(s) personnage(s) avez-vous eu le plus de plaisir à réaliser? Je reconnais que dans le duo Raedwald/Arnulf, de la série Millénaire, c’est le faire-valoir qui a ma préférence. J’ai toujours eu plaisir à le dessiner ce grand simplet d’Arnulf en arrière-plan, en! train de vider une ’achàat à lchose cruche de vin ou d’inspecter si quelque manger ne traînerait nible o Disp pas, alors que l’action se déroule au premier plan de la case sans qu’il s’en soucie vraiment. Un genre d’Obélix de l’an mille, en somme. En ce qui concerne la série Reconquêtes, je reconnais que la reine des Sarmates, Simissée, a ma préférence, peut-être parce qu’elle n’a pas qu’une facette et que son rôle, situé entre les deux autres monarques de la Horde, permet de la présenter de manières variées.

Arnulf et Raedwald, de la série Millénaire Quel est l’élément visuel dont vous êtes le plus fier ? Question à laquelle il est difficile de répondre de façon catégorique. Je suis particulièrement content de moi lorsque j’ai l’impression d’avoir réussi en ce qui touche l’expression juste des personnages selon ce qu’ils vivent. Il n’est pas toujours aisé de reproduire l’expression appropriée et adéquate en certaines circonstances, les personnages sont comme des acteurs que l’on fait jouer et le dessin réaliste ne pardonne pas : il faut viser juste autrement cela se sentira, le visage ou la posture sonnera faux et le lecteur percevra cette dissonance. Et puis, j’ai un certain sentiment de satisfaction, peut-être près d’une forme de fierté lorsque je constate l’efficacité des couvertures de mes albums. ! féroce C’est un point névralgique et crucial, car la compétition l’achatest à nible et la couverture est parfois -souventce qui fera que l’acheteur Dispo éventuel sera tenté de feuilleter le livre ou non. Quelle approche avez-vous prise pour réaliser la série Millénaire qui porte sur la fin du Xe siècle, sachant que les références sont limitées? Oh, j’ai procédé comme pour mes travaux d’illustration : je me suis tourné d’abord vers mes livres, les musées (européens), les bibliothèques et les bouquineries, où j’ai puisé l’essentiel de ma documentation, puis j’ai complété avec ce que je pouvais glaner sur internet. Il y a peu d’iconographie à se mettre sous la dent en ce qui concerne l’an mil, Par exemple, pour le tome 4, j’en ai même été réduit à éplucher les rapports de fouilles menées sur l’Île de la Cité afin d’arriver à me faire une idée de l’aspect des lieux à l’époque et de ce que l’on y trouvait (quais, marchandise, édifices, etc).

Ex-libris de Simissée Pour la série Reconquêtes, pourquoi vous êtes-vous imposé ce défi de la coloration en couleur directe ? hat! satisfaction. Dans ’acgrande Ce n’est pas un défi, mais bien plutôt à lune nible o isp le cas de MillénaireD , je manquais tout simplement de temps en raison des bébés qui ses succédaient frénétiquement durant ces années-là et qui m’imposaient de réduire le temps alloué au travail. J’avais donc été contraint de collaborer avec des coloristes, pour un résultat qui ne fut pas toujours enthousiasmant. Je passais énormément de temps à préparer des mises en couleurs sur photocopies ou encore à griffonner tous les emplacements des zones d’ombre et de lumière sur des reproductions que je scannais ensuite et expédiais au coloriste afin d’être certain qu’il n’allait pas appliquer à mes dessin une mise en couleur aberrante que j’aurais à lui faire recommencer par la suite. Avec Reconquêtes, je fais tout bonnement ce qui doit être fait comme je l’entends, sans concession et sans déléguer à qui que ce soit!

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Étapes de colorations directes


DIVERS Si on vous donnait la liberté de réaliser un album de votre choix, sortiriez-vous de votre zone de confort pour explorer d’autres genres comme dans vos débuts ? Mais c’est mon but! La raison pour laquelle je ne souhaite pas m’embarquer dans de longues séries est justement mon envie (et mon intention) de varier les plaisirs. Déjà, le projet qui suivra Reconquêtes me permettra de fouler un sol où je n’ai jamais mis le pied. Dans un de mes cartables de mon atelier ! dort aussi un ’achat l à projet plutôt futuriste que je n’ai encore soumis à aucun éditeur; Disponible cela viendra peut-être un jour! Y a-t-il des BD, livres ou films qui vous ont marqué et qui se reflètent dans vos œuvres? Surtout des bandes dessinées. Comme je le mentionnais au début de l’interview, les magazines de ma jeunesse m’ont marqué profondément et durablement. Que reste-il dans mon trait des Chéret, Hermann, Giraud, Aidans, Buscema, Adams, Foster et autres qui me tinrent lieu de maîtres dans ma Gaspésie éloignée? Il est difficile de déterminer ce que je dois à chacun aujourd’hui, alors que mon style se tasse de plus en plus et que les influences ont été digérées. Du côté de la littérature, j’ai subi l’influence irrésistible du roman de J,-H. Rosny Aîné, « La Guerre du Feu » ; tout cet univers préhistorique fut un formidable terreau dans lequel faire germer une multitude d’esquisses, de dessins et d’expériences graphiques diverses. Il y eut aussi, évidemment, Lovecraft, Robert E. Howard, Edgar Rice Burroughs, A.E. Van Vogt et tant d’autres!

illustration personnelle “Les Gardiens des Monts Ruamyeri N’Golé“ Que faites-vous pour vous changer les idées? À l’âge qu’ont mes enfants, la majorité des activités se déroulant hors du contexte professionnel sont de nature plutôt familiale. Par bonheur, je bénéficie apparemment d’une génétique favorable et la nécessité de pratiquer quelque sport d’équipe ou d’autre nature ne se fait pas encore sentir (cela ne signifie pas que je n’en ressentirai pas le besoin un de ces jours, mais pour le moment, en toute modestie, je m’en tire assez bien). N’ayant guère la fibre compétitive prononcée, une promenade sur le bord de la mer ou dans un sentier me procure suffisamment de satisfaction et le marathon me laisse de marbre. Tant que mes enfants ne me dépassent pas ààlalcourse, je!ne vois pas ’achat nible o de raison de dépenser davantage Disp d’énergie de ce côté!.. D’un point de vue culturel, je ne suis pas du tout téléphage et je ne m’impose qu’une télésérie par saison, afin de voir où on en est au Québec dans le domaine. Autrement, c’est la lecture qui m’occupe; qu’il s’agisse de grands classiques ou d’autres œuvres. J’en ai des tablettes entières qui attendent que je leur consacre un peu d’attention! Ce que je fais. Progressivement.

Pour plus de détails

illustration personnelle de “La Guerre du Feu” de J,-H. Rosny Aîné

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Cette version magazine contient 4 BD complètes, une entrevue avec Marie-Claude Bourbonnais, une entrevue avec François Miville-Deschênes et...

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