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THE

World’s Children’s Prize Magazine #58/59 2014

Globen • Le Globe • El Globo O Globo •

VOTE! RÖSTA! ¡VOTA!

World’s Children’s Prize for the Rights of the Child

PRIX DES ENFANTS DU MONDE POUR LES DROITS DE L’ENFANT

PREMIO DE LOS NIÑOS DEL MUNDO POR LOS DERECHOS DEL NIÑO

PRÊMIO DAS CRIANÇAS DO MUNDO PELOS DIREITOS DA CRIANÇA


Salut ! La revue Le Globe t’est destinée, à toi et aux autres jeunes qui participent au programme du Prix des Enfants du Monde. Tu y rencontreras des amis du monde entier, tu y obtiendras des informations sur tes droits et des idées sur la façon d’améliorer le monde !

World’s Children’s for the Rights of the Child

SUÈDE CANADA

GRANDE-BRETAGNE

MARIEFRED

ÉTATS-UNIS

PALESTINE ISRAËL

BRÉSIL

BÉNIN NIGERIA GHANA SIERRA LEONE RC CONGO LIBERIA CÔTE D’IVOIRE CAMEROUN BURUNDI RÉP. DU CONGO MOZAMBIQUE ZIMBABWE

AFRIQUE DU SUD

Thanks! Tack! Merci ! ¡Gracias! Obrigado! SM la Reine Silvia de Suède Les principaux partenaires des Droits de l’Enfant La loterie suédoise des codes postaux ECPAT Suède

Les partenaires des Droits de l’Enfant Survé Family Foundation, Giving Wings, The Body Shop, eWork, Kronprinsessan Margaretas Minnesfond, Altor, Grupo Positivo, Sparbanksstiftelsen Rekarne et Global Children’s Rights Support Finland.

La loterie pour un monde meilleur

Les parrains des Droits de l’Enfant Bengt Norman, PunaMusta, Helge Ax:son Johnsons Stiftelse, Microsoft, Dahlströmska Stiftelsen, Goodmotion, ForeSight Group, Twitch Health Capital, Avisera, Saxi Sport, Centas, SamSari, Gripsholms Värdshus, Gripsholms Slottsförvaltning, ICA Torghallen Mariefred, Elsas Skafferi,

Skomakargården, In My Garden, Röda Magasinet, Djurgårdsporten, Maggie Chinchilla, Sofia Lewandrowski /Artofficial Agency, Svenska Bil, Eric Ericsonhallen, Kulturfyren, Lilla Akademien & alla individuella Barnrättsfaddrar.


Prize

LE PRIX DES ENFANTS DU MONDE pour les Droits de l’Enfant Nous célébrons Nelson Mandela.............. 4 Qu’est-ce que le Prix des Enfants du Monde ?.................................... 6 Les personnes apparaissant dans ce numéro du Globe vivent dans les pays suivants:

Rencontre le jury des enfants!.................... 8 Qu’est-ce que les Droits de l’Enfant ?............................................................. 12 Comment vont les enfants du monde ?............................................................... 14

PAKISTAN NÉPAL INDE

BANGLADESH BIRMANIE/MYANMAR PHILIPPINES

THAÏLANDE CAMBODGE

Le Vote Mondial dans le monde.............. 16 Suis-nous au Ghana et dans les autres pays où les enfants votent pour leurs droits ! Le chemin vers la démocratie................... 18 Les Héros des Enfants de l’année........... 26 Malala Yousafzai, Pakistan............................. 27 John Wood, États-Unis.....................................48 Indira Ranamagar, Népal.................................68 Bats-toi pour les filles.....................................86 Rencontre les ambassadrices des Droits de l’Enfant au Ghana, Mozambique, Brésil, Zimbabwe, Afrique du Sud, RD Congo et Népal qui travaillent pour les droits des filles. La Conférence de presse des Enfants du Monde.................................. 114 Les protecteurs des enfants.................... 114 La grande finale................................................. 115 ISSN 1102-8343

Merci également : Au Jury des Enfants et à tous les élèves et professeurs des écoles Amies Universelles, aux Adultes Honoraires et au protecteurs, aux Amis Adultes, aux points de contact et aux collaborateurs partenaires, aux conseils d’administration, Youth Advisory Boards et à l’organe consultatif de la World’s Children’s Prize Foundation, ainsi qu’à la direction de World’s Children’s Prize USA.

Rédacteur en chef et responsable de publication: Magnus Bergmar Ont collaboré aux numéros 58–59: Andreas Lönn, Johan Bjerke, Carmilla Floyd, Kim Naylor, Britt-Marie Klang, Eva-Pia Worland, Marlene Winberg, Satsiri Winberg, Christiane Sampaio, Paula Rylands, Sofia Marcetic, Jan-Åke Winqvist. Traductions: Semantix (anglais, espagnol) Cinzia Guéniat (français) Glenda Kölbrant (portugais), Preeti Shankar (hindi) Graphisme: Fidelity Couverture: Satsiri Winberg Impression: PunaMusta Oy

World’s Children’s Prize Foundation Box 150, 647 24 Mariefred, Suède Tél. +46-159-12900 Fax +46-159-10860 prize@worldschildrensprize.org www.worldschildrensprize.org facebook.com/worldschildrensprizefoundation twitter.com/worldschildrensprize


Nous célébrons le Héros d Quand Nelson Mandela ou Madiba, ainsi qu’il est connu par tous les enfants d’Afrique du Sud, est devenu patron du Prix des Enfants du Monde, il a dit : - C’est très bien. Vous avez notre soutien que nous soyons vivants ou dans la tombe. PHOTO: LOUISE GUBB

En 2010, 7,1 millions d’enfants ont participé au Vote Mondial du Prix des Enfants du Monde et ont élu Nelson Mandela et son épouse Graça Machel, Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie. Mandela pour son long combat en faveur de l’égalité des

Quand Nelson Mandela est né en 1918, dans le village de Mvezo on l’a appelé Rolihlahla. C’est son institutrice qui a ajouté à son prénom celui de Nelson.

Je gardais le troupeau et appris à monter le veau.

Mais un jour un âne me donna une leçon. Nous le montions à tour de rôle. Quand ce fut mon tour, l’âne fonça dans un fourré de ronces...

Il plia la tête pour me faire tomber. Ce qui arriva. Et les ronces me griffèrent le visage...

On se moqua de moi. Mais, ce que jáppris c’est qu’il est stupide et cruel d’humilier un perdant.

En Afrique du Sud, c’était l’apartheid, la séparation des races. Les noirs étaient discriminés et les blancs avaient tout le pouvoir. Mandela qui était avocat, s’est engagé activement dans le combat pour une Afrique du Sud libre.

En arrivant à Johannesburg, je commençai à comprendre. Il y avait un monde pour les blancs et un pour les noirs. L’accès au monde des blancs nous était interdit par la loi. C’était l’apartheid, la séparation des races...

Passeport !

Nous, les noirs, avions besoin d’un passeport dans notre propre pays...

Mandela a été arrêté plusieurs fois. C’est lorsqu’il a réussi à se soustraire à la police plus longtemps que d’habitude que les journaux ont commencé à l’appeler le Mouron Noir. Mais, on a quand même fini par l’arrêter.

Le soir je préparais ma plaidoirie...

Quand les avocats l’eurent lue... Si Mandela lis ça, il est pendu !

Je lu s p e n d a n t q u a tr e h e u r e s... ... Nous exigeons les mêmes droits pour les noirs et pour les blancs... Mon idéal c’est une société libre où tout le monde peut vivre. S’il le faut, je paierai cet idéal de ma vie !

Tous condamnés à la perpétuité !

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s des enfants Nelson Mandela droits pour tous les enfants sud-africains et Machel pour ses actions en faveur des enfants du Mozambique. En outre, tous les deux ont toujours réagi contre les violations des Droits de l’Enfant où que ce soit dans le monde. À la mort de Nelson

Mandela, survenue le 5 décembre, dans sa 95ème année, le monde entier était en deuil. - Madiba a un grand cœur. Il a été emprisonné pendant 27 ans, mais ne veut pas se venger. Il voulait la paix et montrer que noirs et blancs

peuvent vivre ensemble. C’est fantastique, dit Phumeza, 14 ans, quand les enfants ont décerné à Mandela le Prix des Enfants du Monde. - Madiba s’est battu pour nos droits et a sauvé notre pays. Si je le rencontrais, je lui dirais : Enchantée – et merci

pour nous avoir donné la liberté ! dit Zanele, 12 ans. Tu peux lire toute la BD Le Mouron Noir (13 pages) sur la vie de Mandela sur worlds childrensprize.org/ mandela-nelson

Nelson Mandela a passé 27 ans en prison, beaucoup de ces années dans l’île-prison de Robben Island. En 1990, à l’âge de 72 ans, il a finalement été libéré.

Le 27 avril 1994, 82 ans après le début du combat de l’ANC, je pouvais moi et tous les autres noirs, voter pour la première fois. 62% des Sud-africains votèrent pour l’ANC et je devins président...

Dans mon village..

ns vos a d t a l s e h a é t l r h Roli La libe ins ! ma À leur âge, je ne savais rien ! a l e d n de la politique ! Ma

Mandela n’a jamais cessé de se battre pour les Droits de l’Enfant.

Les enfants n’avaient pas le droit de venir à Robben Island. Camarade Kathy, les rires des enfants me manquent tellement !

Les enfants ont tant souffert de l’apartheid que j’ai crée la Fondation pour l’Enfance Nelson Mandela.

Il y a encore trop d’enfants pauvres. Le tiers de mon salaire de président est C’est irréel, réservé à la Fondation pour un monde sans l’Enfance. enfants.

Madiba, tu as pensé à tous ces enfants sans toit. La Fondation pour l’Enfance Nelson Mandela est ce qui s’est fait de mieux.

Tu as donné 27 ans de ta vie, Madiba pour la mienne.

Madiba, grâce à toi, je peux aller dans n’importe quelle école.

Le destin et l’engagement de Graça en faveur des enfants nous réunirent. Je fus frappé par sa grâce et son amour des enfants. Je lui téléphonai souvent.

Quand j’eus 80 ans, nous nous mariâmes. Je suis amoureux d’une femme fantastique. Elle m’épanouit, sans elle je suis faible.

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 TEXTe: MAGNUS BERGMAR ILLUSTRATION: JAN-ÅKE WINQVIST

Nelson Mandela et Graça Machel sont tous les deux protecteurs du Prix des Enfants du Monde. Ils ont été élus par des millions d’enfants Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie et lauréats du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant.

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Qu’est-ce que le Grâce au programme du Prix des Enfants du Monde, tu peux, toi et d’autres enfants, dans le monde entier, apprendre quels sont vos droits et vous battre pour l’avènement d’un monde plus humain où les Droits de l’Enfant sont respectés. Chaque année, trois Héros des Droits de l’Enfant sont désignés comme candidats au Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant par le jury des enfants du Prix des Enfants du Monde. Avant la remise des prix, toi et des millions d’enfants avez appris quels sont les droits de l’enfant et la démocratie ainsi que les actions des candidats afin de rendre le monde meilleur pour les enfants. Le programme se termine par le Vote Mondial, au moyen duquel les enfants élisent leur Héros des Droits de l’Enfant. La plus grande participation a été de 7,1 millions d’enfants. Veux-tu aussi participer ? Les enfants au Népal ont invité les médias à la Conférence de Presse des Enfants.

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Des filles en RDC parlent des Droits de l'Enfant.

Les enfants au Bénin ouvrent le programme du Prix des Enfants du Monde.

Voici comment faire : Ouverture du Prix des Enfants du Monde 2014 Le signal de départ est donné quand les enfants dans le monde entier présentent les Héros des Droits de l’Enfant et les candidats aux prix en expliquant la situation des Droits de l’Enfant où ils vivent et dans l’ensemble de leur pays. Organisez une cérémonie d’ouverture à l’école un jour à votre convenance NB : Seuls les enfants conduiront la cérémonie d’ouverture. Les adultes viennent pour écouter ! Les Droits de l’Enfant dans ta vie (Voir notice explicative et les pages 12–13) Est-ce que les Droits de l’Enfant sont respectés pour toi et tes camarades ? À la maison, à l’école et dans ton pays ? Sur wor-

ldschildrensprize.org, tu peux télécharger une fiche de données concernant beaucoup de pays. Dites comment cela devrait être et préparez une présentation pour vos parents, professeurs, responsables politiques, autres adultes et médias. Peut-être créerez-vous un club des Droits de l’Enfant dans votre école ?

Les Droits de l’Enfant dans le monde (Pages 8–11, 14–15, 27–113) Les Droits de l’Enfant valent pour tous les enfants, partout. Renseigne-toi sur les enfants du jury, les Héros des Droits de l’Enfant, les ambassadrices des Droits de l’Enfant pour les droits des filles et les enfants pour lesquels ils se battent. Vérifie aussi comment se portent les enfants du monde.


Prix des Enfants du Monde ? À ce jour 35 millions d’enfants dans le monde ont appris ce que sont les Droits de l’Enfant et la démocratie grâce au programme du Prix des Enfants du Monde. Près de 60.000 écoles avec 29,3 millions d’élèves, dans 108 pays ont déclaré, qu’en tant qu’Écoles Amies Universelles, elles soutiennent le Prix des Enfants du Monde.

Les enfants en Suède se renseignent dans le Globe à propos de leurs droits.

Préparation du Vote Mondial (Pages 16–26) Choisissez une date pour votre Journée du Vote Mondial et préparez tout ce qu’il faut pour un vote démocratique en vous inspirant des autres enfants qui ont voté. Invitez les médias, les parents et les responsables politiques – tous ceux qui veulent partager ce jour avec vous. La Journée du Vote Mondial Votez d’abord et célébrez ensuite avec fêtes et spectacles ! N’oubliez pas de communiquer les résultats au point de contact du PEM dans votre pays ou au moyen de l’urne électronique sur worldschildrensprize.org. La grande révélation ! (Page 114) Le même jour, dans le monde entier, sera dévoilé le nom du lauréat du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant et de celui du Prix d’Honneur. Invitez les médias de vote région à la Conférence de Presse des Enfants du Monde, ou réunissez tous les élèves de l’école pour leur donner le résultat. Expliquez aussi quelles sont les améliorations que vous attendez pour le respect des Droits de l’Enfant.

J’exige le respect des Droits de l’Enfant !

Le programme du Prix des Enfants du Monde 2014, commence le 5 février et se déroule jusqu’au 22 octobre.

La grande finale ! (Page 115) La cérémonie de clôture et remise des prix, menée par les enfants du jury, se tiendra au château de Gripsholm à Mariefred en Suède. Les trois Héros des Droits de l’Enfant y sont célébrés et reçoivent une somme en argent pour leur travail en faveur des enfants. La Reine Silvia de Suède assiste les enfants dans la remise des prix. Beaucoup d’écoles organisent une cérémonie de clôture au cours de laquelle ils célèbrent les Héros des Droits de l’Enfant et les Droits de l’Enfant. À cette occasion, montrez la vidéo de la cérémonie et invitez parents, politiques et médias.

Vérifie et raconte ! www.worldschildrensprize.org youtube.com/worldschildrensprize facebook.com/worldschildrenprizefoundation twitter.com/wcpfoundation

Limites d’âge pour le Prix des Enfants du Monde Le Prix des Enfants du Monde s’adresse à toi qui as entre 10 et 18 ans. La limite d’âge supérieure provient de la Convention de l’Enfant de l’ONU, qui dit qu’on est enfant jusqu’à 18 ans accomplis. La limite d’âge inférieure a plusieurs raisons : Pour pouvoir voter, tu dois d’abord te renseigner sur les trois candidats et sur les enfants pour lesquels ils se battent. Les enfants ont souvent subi de graves violations de leurs droits. Parfois leurs récits sont si horribles qu’ils peuvent être effrayants pour les plus petits. Malheureusement, pour l’instant, nous n’avons pas la possibilité de préparer du matériel pour les moins de 10 ans. Même des enfants de plus de 10 ans peuvent trouver cela pénible. C’est la raison pour laquelle il est recommandé de parler à un adulte après avoir lu les récits. Dans les autres langues, les pages sont indiquées, de la manière suivante: Cela concerne surtout les passages sur les droits des filles, 7 aux pages 88–111 de ce numéro du Globe.


Le Jury des Enfants réuni à Mariefred en 2013.

Rencontre le Jury des Enfants Les membres du Jury des enfants du Prix des Enfants du Monde sont, à cause de leur vécu, experts en droits de l’enfant. Chaque enfant du jury représente tous les enfants du monde ayant eu les mêmes expériences. Mais ils représentent aussi les enfants de leur pays ou de leur continent. Dans la mesure du possible, le jury aura des représentants de toutes les parties du monde et de toutes les grandes religions.

❤ Les enfants du jury par les récits de leur vie, présentent les violations des droits de l’enfant dont eux-mêmes ont été victimes ou pour lesquels ils se battent. En ce faisant, ils apprennent les droits de l’enfant à des millions d’enfants de par le monde. Ils peuvent être enfants du jury jusqu’à l’âge de 18 ans.

❤ Le Jury des enfants dirige la grande cérémonie de remise des prix, qui clôture chaque année le programme du Prix des Enfants du Monde. Pendant cette semaine, le jury des enfants visite les écoles suédoises et parle de son expérience et des Droits de l’Enfant.

❤ Le Jury des enfants désigne chaque année, les trois candidats pour le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant parmi tous les nominés.

Sur www.worldschildrensprize.org tu trouveras des récits plus longs sur plusieurs membres du jury. Au cours de 2014, seront nommés cinq nouveaux membres du jury.

❤ Les enfants du jury sont les ambassadeurs du Prix des Enfants du Monde dans leur pays et dans le monde.

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Ndale

HANNAH TAYLOR, 18 Canada Représente les enfants qui luttent pour les droits de l’enfant, spécialement pour les droits des enfants SDF. À cinq ans Hannah a vu un SDF qui mangeait dans une poubelle. Depuis elle dit aux écoliers, responsables politiques, directeurs et au Premier Ministre du Canada que personne ne doit être SDF. Elle a créé une fondation qui a recueilli des millions d’euros pour un projet en faveur des SDF et un programme pour les écoles. – Nous voulons montrer que chacun peut s’engager et faire la différence pour les SDF et pour les droits de l’enfant. Nous devons partager et nous entraider. Quand je suis allée dans un foyer pour adolescents SDF, je les ai tous embrassés. Un garçon, très réservé, m’a dit : « J’ai toujours cru que personne ne m’aimait, maintenant je sais que tu m’aimes. »

NDALE NYENGELA, 16 RD Congo Représente les enfants soldats et les enfants dans les conflits armés. Ndale avait 11 ans quand un matin, sur le chemin de l’école, il a été enlevé par un groupe armé et obligé à devenir enfant soldat. – On a marché pendant trois jours sans manger ni dormir. Si on marchait trop lentement, on nous donnait des coups de pied et on criait. – Après que nous avons appris à manier les armes ils nous ont dit que nous devions apprendre à tuer des gens. Un jour, nous nous sommes cachés dans la forêt près d’un chemin. Quelqu’un a

M ae

Brianna

Hannah

commencé à tirer. Des gens tombaient morts, à côté de moi. La peur me submergeait. Si j’essayais de me retirer, les autres soldats me poussaient en avant en disant : « Si ton ami meurt, ne t’en occupe pas, enjambe-le ! C’est ton devoir. » Trois ans plus tard, Ndale a réussi à s’enfuir. L’organisation BVSE l’a aidé à surmonter ses épreuves et à commencer l’école. – J’étais si heureux, ma vie recommençait. Après l’école je veux composer de la musique qui traitera de l’armée et des droits de l’enfant. Je ferai tout pour que les enfants ne deviennent pas des soldats. Chaque adulte doit se souvenir qu’il a été un enfant.

BRIANNA AUDINETT, 17 Etats-Unis Représente les enfants SDF. Brianna avait onze ans quand sa mère a quitté son père, un homme violent. Brianna et ses trois frères se sont retrouvés SDF à Los Angeles. Ils ont dû se déplacer souvent et vivre dans des motels, bien qu’il ne soit pas autorisé d’occuper une chambre à cinq. Finalement, ils ont trouvé un abri où ils ont pu rester six mois dans un dortoir à lits superposés avec d’autres SDF. Ils pouvaient à peine jouer et devaient se

taire. Mais, en face de l’abri se trouvait une organisation, qui a donné à Brianna et à ses frères aussi bien un endroit pour jouer, le matériel scolaire et l’aide pour les devoirs. – Plus tard, je serai médecin j’aiderai surtout les SDF. Ils n’ont pas d’argent, mais je les aiderai, dit Brianna qui a finalement obtenu un logement et y vit, à présent, avec sa famille.

MAE SEGOVIA, 15 Philippines Représente les enfants victimes du commerce sexuel et les enfants qui se battent pour les droits de l’enfant. Mae avait neuf ans lorsqu’elle a été obligée de quitter l’école pour travailler afin d’aider sa famille. Elle a dû danser et se déshabiller devant une caméra dans un cybercafé. Les photos étaient envoyées dans le monde entier par internet. Deux ans ont passé avant que la police arrête le propriétaire du café qui exploitait Mae. À présent il est en prison, lui et d’autres personnes qui regardaient les photos. Mais Mae n’a pas pu continuer à vivre dans sa famille. Elle risquait de nouveau de se faire exploiter à cause de la misère. Aujourd’hui elle vit dans une maison sécurisée pour filles vulnérables. Elle va à l’école et se bat pour les autres filles victimes d’abus. – Ma famille me manque, mais j’aime l’école et je me sens mieux ici, dit Mae.

Hanna du Canada et Hamoodi de Palestine avec Gaba, ex membre du jury.

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Liv

LIV KJELLBERG, 15 Suède Représente les enfants qui sont victimes de harcèlement et les enfants qui se battent contre le harcèlement. Au début on se moque de nous à cause de nos vêtements ou parce qu’on est timide ou pour notre physique. Et puis, ça continue avec des bousculades et ce genre de choses et cela dégénère de plus en plus, dit Liv. Déjà la première année d’école elle s’est retrouvée à l’extérieur du cercle des filles. Elle mangeait seule à la cafétéria, on la harcelait, on la bousculait et on lui lançait des quolibets. – Les enseignants ne se rendent pas toujours compte de ce qui se passe entre les élèves et quand on est victime de harcèlement, on n’en parle pas forcément. On se dit que demain ce sera mieux et que les autres m’accepteront. Liv a pris la situation en main et a recueilli de l’argent pour travailler contre le harcèlement dans son école. – Maintenant c’est agréable en classe. Plus personne ne me harcèle et je n’ai que des amis à l’école, dit Liv.

NUZHAT TABASSUM PROMI, 16 Bangladesh Représente les enfants dont les droits sont violés à la suite de catastrophes naturelles et de la dégradation de l’environnement, ainsi que les enfants qui exigent le respect des droits des filles. – Si le niveau de la mer monte d’un mètre, la partie sud du Bangladesh, où j’habite, disparaîtra sous l’eau. J’y pense souvent. Le réchauffement planétaire, responsable de la fonte des glaces polaires et dans l’Himalaya, provoque des cyclones et des inondations de plus en plus forts. Sur le chemin de l’école, le 10

David

Netta

Nuzhat

jour après le méga cyclone, il y avait des morts et des blessés partout, dit Nuzhat. Elle vit dans une petite ville, dans le sud du Bangladesh. Tous les matins, elle met son uniforme scolaire, arrête un vélo taxi et se fait conduire à l’école. – Tous les ans, des cyclones, des tempêtes très fortes, frappent le Bangladesh. Mais le pays est prêt et a un bon système d’alerte cyclonique. Le pire qui me soit arrivé c’est quand j’ai cru que l’école allait être emportée par le cyclone.

NETTA ALEXANDRI, 14 Israël Représente les enfants dans les zones de conflits et les enfants qui souhaitent un dialogue de paix. – Je me souviens encore de la guerre qu’il y avait quand j’étais petite. Mes parents étaient si inquiets qu’il nous arrive quelque chose à ma sœur et à moi qu’ils nous ont envoyées chez nos tantes. On ne pouvait plus rencontrer papa et maman. C’était terrifiant. Ma sœur et moi étions très inquiètes et nous avions peur. Nous ne comprenions pas ce qui se passait, pourquoi nous ne pouvions pas rester à la maison avec eux ! Je me souviens que je pensais : Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas quitter ma maison. Pour Netta, le dialogue - parler et écouter les autres - est la meilleure façon d’arriver à la paix.

La Conférence de presse du Prix des Enfants du Monde dans le hall Eric Ericson, est tenue par les enfants du jury.

– Se parler, c’est le seul moyen ! C’est important que nous, les enfants connaissions nos droits pour que personne ne puisse nous les prendre.

DAVID PULLIN, 17 Grande Bretagne Représente les enfants qui ont été séparés de leurs parents et sont pris en charge par la société et les enfants qui se battent pour les Droits de l’Enfant. La mère et le père de David étaient alcooliques. Ils le laissaient souvent seul dans leur appartement toute la journée quand ils sortaient pour boire. – J’étais enfermé et je ne pouvais pas sortir. Aujourd’hui, David vit dans une famille d’accueil et prend activement part à un projet où les enfants qui sont pris en charge par la société se retrouvent et se soutiennent. – Ma nouvelle famille est merveilleuse et je vais bien. Mais je sais que les enfants qui sont pris en charge par la société n’ont pas tous eu la même chance et je veux me battre pour leurs droits. David siège aussi au Conseil des enfants où il vit. – Avec les membres du conseil communal des adultes, je visite par exemple Hanna Taylor, à la tribune, lors de la cérémonie de remise des prix 2013, à laquelle participait la Princesse héritière Victoria, au Château de Gripsholm à Mariefred. Les enfants du jury mènent toujours la cérémonie.


Emelda i Hamood

les orphelinats pour vérifier que les enfants y soient bien traités. Mon rêve est que tous les enfants qui sont pris en charge par la société vivent bien. Que nous soyons respectés et que nous ayons une voix.

HAMOODI MOHAMAD ELSALAMEEN, 16 Palestine Représente les enfants dans les zones de conflits et les enfants qui vivent sous l’occupation. Hamoodi vit dans une famille pauvre au sud de Hebron, en Cisjordanie, une région occupée par Israël. – Une nuit les soldats israéliens sont entrés dans notre village avec des chars d’assaut. Par haut-parleurs, ils ont ordonné à tout le monde d’allumer les lampes et ensuite se sont mis à tirer dans tous les sens. Il y a eu trois morts. À cinq ans, Hamoodi a entendu dire qu’un petit garçon avait été tué et a dit : « Donnez-moi un fusil ! » Mais maintenant, il participe aux pourparlers de paix. Il a des amis juifs avec lesquels il joue au foot plusieurs fois par mois, en Israël. – J’aime jouer au foot, mais nous n’avons pas de place au village. On joue sur un terrain loin d’ici, mais quand les soldats israéliens viennent arrêter quelqu’un, ils nous chassent. Ils gâchent tout, dit Hamoodi.

EMELDA ZAMAMBO, 15 Mozambique Représente les enfants orphelins et les enfants qui se battent pour les Droits de l’Enfant. Emelda avait six ans quand des voleurs ont tué son père. Quelques mois plus

Kewal

tard, sa mère est morte de malaria. – Je ne croyais pas que les choses pouvaient s’arranger. J’avais peur de rester seule et de finir à la rue. Mais dans toute cette horreur, j’ai eu une chance incroyable. Elle a trouvé un endroit pour vivre, la nourriture, des vêtements et la possibilité d’aller à l’école. – J’ai surtout trouvé une famille qui m’aime. Aujourd’hui Emelda gère sa propre école pour les enfants qui, sans elle, n’auraient aucune chance d’aller à l’école. Elle leur apprend à lire, à écrire et à compter.

KEWAL RAM, 16 Pakistan Représente les enfants qui travaillent, les enfants esclaves pour dettes et les enfants qui « n’existent pas » puisqu’ils n’ont pas été enregistrés à leur naissance.
 Kewal avait huit ans quand sa mère est tombée gravement malade. Pour pouvoir payer les médicaments, le père de Kewal a emprunté de l’argent à un propriétaire de métiers à tisser. – À la condition que quelqu’un de la famille travaillerait pour payer la dette et, puisque j’étais l’aîné, j’ai dû aller travailler à la fabrique de tapis. C’était une période horrible. On ne me donnait presque rien à manger et la dette ne diminuait jamais, malgré tout le travail. Une année plus tard, mon oncle a aussi emprunté de l’argent, alors j’ai pu retourner au village et aller à l’école, le matin. Chaque jour, après l’école et le dimanche, Kewal travaillait sur le métier à tisser jusqu’à ce que la nuit soit complètement tombée et qu’il ne puisse plus nouer. Il travaillait au moins 40 heures sans jamais recevoir d’argent pour son travail. La moitié du salaire allait au pro-

Manchala

priétaire des métiers à tisser et l’autre moitié payait la dette envers le commerçant du village voisin. Mais Kewal était bon à l’école. À 14 ans, il a pu aller étudier dans une grande ville. Alors, le frère de son père a pris la responsabilité de nouer les tapis et de terminer de payer la dette.

MANCHALA, 15 Népal Représente les enfants victimes de trafic d’êtres humains et les enfants victimes d’agressions sexuelles. – J’avais 13 ans quand grand-mère est morte. J’ai dû arrêter l’école et travailler, d’abord dans une plantation de thé ensuite dans une carrière. Je rêvais tout le temps d’autre chose. Un jour Manchala a rencontré deux hommes qui lui ont promis de lui trouver un travail en Inde, un pays limitrophe. Mais au lieu de cela, ils ont vendu Manchala, comme bonne, dans un foyer privé. Elle travaillait dur mais on ne la payait jamais et on la tenait enfermée. Mais le pire a été quand l’un des hommes qui avaient vendu Manchala a commencé à revenir à la maison et la violait. Cela s’est passé plusieurs fois pendant une longue période. À la fin, Manchala en a eu assez. Elle a réussi à s’enfuir et l’homme a été arrêté. Mais après cela, les amis et la famille de l’homme ont commencé à menacer Manchala de mort. Aujourd’hui, Manchala vit au Népal, dans un foyer pour filles vulnérables et elle va de nouveau à l’école.

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Célèbre les La Convention de l’ONU sur les Droits de l’Enfant est composée d'une longue série de droits valables pour tous les enfants du monde. Nous en présentons ci-dessous une version abrégée. Tu trouveras le texte intégral de la convention sur www.worldschildrensprize.org Idées générales de la Convention • Tous les enfants ont les mêmes droits et la même valeur. • Tous les enfants ont droit à la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. • Tous les enfants ont droit à la protection contre la violence et l’exploitation. • Tous les enfants ont droit à la liberté d’opinion et au respect. Qu'est-ce qu'une convention ? Une convention est un agrément international, un accord entre pays. La Convention Relative aux Droits de l'Enfant est l'une des six conventions de l'ONU sur les droits de l'homme.

 ILLUSTR ATION: LOT TA MELLGREN/ESTER

Le droit de porter plainte ! Depuis 2011, il y a un texte additionnel à la Convention de l’ONU sur les Droits de l’Enfant. Le nouveau texte permet aux enfants de se plaindre des violations de leurs droits directement au Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU, s’ils n’ont pas été aidés et eu réparation dans leur propre pays. Cette mesure oblige les états du monde à prendre plus au sérieux les Droits de l’Enfant et te permet de mieux faire entendre ta voix. Pour que ce nouveau texte soit valable, il faut qu’au moins dix états le ratifient (l’acceptent). À ce jour, (janvier 2014), neuf états l’ont fait : Albanie, Bolivie, Gabon, Allemagne, Monténégro, Portugal, Slovaquie, Espagne et Thaïlande. Il n’en manque plus qu’un pour que toi et les autres enfants ayez droit à porter plainte.

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Le 20 novembre est un jour à célébrer. Ce jour-là, en 1989, l’ONU a publié la CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE L’ENFANT. Cette convention te concerne toi et tous les autres enfants de moins de 18 ans. On l’appelle aussi la CONVENTION DE L’ENFANT. Cette année, en 2014, la Convention sur les Droits de l'Enfant fête ses 25 ans ! Tous les pays, (à l’exception de la Somalie, des États-Unis et du nouveau pays, le Sud-Sudan) se sont engagés à respecter la Convention de l’Enfant. Dès lors, ils penseront toujours en premier lieu au bien des enfants et seront à leur écoute.

droits de l’enfant Article 1 Tous les enfants du monde de moins de 18 ans jouissent de ces droits. Article 2 Tous les enfants ont la même valeur. Tous les enfants ont les mêmes droits. Personne ne sera discriminé. Tu ne seras pas discriminé à cause de la couleur de ta peau, ton sexe, ta langue, ta religion et tes idées. Article 3 Toutes les décisions qui te concernent doivent prendre en compte ton intérêt. Article 6 Tu as droit à la survie et au développement. Article 7 Tu as droit à un nom et à une nationalité. Article 9 Tu as le droit de vivre avec tes parents, sauf si cela est contraire à ton intérêt. Tu as le droit de grandir chez tes parents, si cela est possible. Article 12–15 Tous les enfants ont droit à dire ce qu’ils pensent. Tu as le droit de donner ton avis et ceci sera respecté, dans toutes les questions qui te

concernent, à la maison, à l’école, avec les autorités et les tribunaux. Article 18 Ton père et ta mère ont la commune responsabilité pour ton éducation et ton développement. Ils doivent toujours penser à ton bien.

Article 24 Si tu tombes malade tu as droit à la santé et aux services médicaux. Article 28–29 Tu as droit à aller à l’école et à apprendre ce qui est important, par exemple le respect des droits de l’homme et le respect des autres cultures.

Article 19 Tu as le droit d’être protégé contre toute forme de violence, contre les mauvais traitements ou l’exploitation, que tu sois sous la garde de tes parents ou de toute autre personne.

Article 30 On respectera les idées et croyances de tous les enfants. Toi, qui appartiens à une minorité, tu as le droit à ta langue, ta culture et ta religion.

Article 20–21 Tu as droit à une protection même si tu n’as pas de famille.

Article 31 Tu as droit aux loisirs, au repos, au jeu et à vivre dans un environnement propre.

Article 22 Si tu as dû quitter ton pays, tu auras les mêmes droits que les autres enfants dans le pays d’accueil. Si tu t’es enfui seul, tu auras un soutien spécial. On est tenu de t’aider à retrouver ta famille.

Article 32 On ne t’obligera pas à faire un travail dangereux ou qui entrave tes activités scolaires et ta santé.

Article 23 Tous les enfants ont droit à une vie décente. Si tu es handicapé, tu as droit à des soins spéciaux.

Article 37 Tu ne peux être soumis à une peine cruelle ou dégradante. Article 38 Tu ne peux pas être enrôlé dans une armée ni participer aux conflits armés. Article 42 Les États doivent faire connaître le texte de la Convention aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Tu as le droit à l’information et à la connaissance concernant tes droits.

Article 34 On ne t’exposera pas à la violence et on ne t’obligera pas à la prostitution. Tu as droit à l’aide et au soutien en cas de maltraitance. Article 35 Tu as droit à la protection contre la vente ou l’enlèvement. 13


Comment vont les en SURVIVRE ET SE DÉVELOPPER Tu as droit à la vie. Les pays qui ont signé les droits de l’enfant feront tout pour que les enfants survivent et se développent.

2,2 MILLIARDS D’ENFANTS EN DESSOUS DE 18 ANS DANS LE MONDE Plus de 80 millions d’enfants vivent en Somalie, aux ÉtatsUnis et dans le Sud Soudan, les seuls pays qui n’ont pas ratifié les droits de l’enfant. Tous les autres pays ont promis de respecter les droits de l’enfant, mais les violations de ces droits sont courantes dans tous les pays. NOM ET NATIONALITÉ Quand tu viens au monde, tu as droit à être enregistré comme citoyen de ton pays. Chaque année 135 millions d’enfants naissent dans le monde. 68 millions d’entre eux ne sont jamais enregistrés. Il n’y a pas de preuve écrite de leur existence !

1 enfant sur 18 dans le monde (1 sur 9) dans les pays pauvres) meurt avant l’âge de cinq ans, la plupart de causes qui auraient pu être évitées.

SANTÉ ET ASSISTANCE MÉDICALE Tu as droit à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux. 19.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour (6,9 millions par an) de maladies dues au manque de nourriture, d’eau potable, d’hygiène et de soins médicaux. La vaccination contre les maladies infantiles les plus courantes sauve 2,5 millions d’enfants par an. 1 enfant sur 5 n’est jamais vacciné. 2 millions d’enfants meurent chaque année de maladies contre lesquelles on peut se faire vacciner. 4 enfants sur 10 dans les 50 pays les plus pauvres n’ont pas accès à l’eau potable. Chaque année un million de personnes, la plupart des enfants, meurt de malaria. Seulement 2 sur 10 enfants malades sont soignés contre la malaria et seulement 4 sur 10 enfants dans les pays les plus pauvres, touchés par la malaria, dorment sous une moustiquaire.

FOYER, VÊTEMENTS ET SÉCURITÉ Tu as droit à un foyer, à la nourriture, aux vêtements, à la scolarité, aux soins médicaux et à la sécurité. Plus de la moitié des enfants dans le monde vivent en état de pauvreté. Environ 550 millions d’enfants vivent avec moins de 1,25 USD par jour.

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ENFANTS HANDICAPÉS Toi qui es handicapé, tu as les mêmes droits que les autres. Tu as droit au soutien qui te permettra de prendre une part active à la vie sociale. Les enfants handicapés sont parmi les plus vulnérables. Dans beaucoup de pays, ils n’ont pas le droit d’aller à l’école. Beaucoup sont traités comme inférieurs et cachés. Il y a environ 200 millions d’enfants avec des handicaps dans le monde.


fants du monde? ENFANTS QUI VIVENT DANS LA RUE Tu as droit à vivre dans un milieu sûr. Tous les enfants ont droit à l’instruction, aux soins et à un niveau de vie décent. Près de 100 millions d’enfants vivent dans la rue. La rue est pour beaucoup le seul foyer, d’autres travaillent et passent leurs journées dans la rue mais ont une famille dans laquelle ils reviennent la nuit.

DÉLITS ET PEINES Les enfants ne seront emprisonnés qu’en dernière instance et pour très peu de temps. Aucun enfant ne sera soumis à la torture ou à d’autres sévices. Les enfants qui commettent des délits ont droit à l’aide et aux soins. Les enfants ne seront ni emprisonnés à vie ni soumis à la peine de mort. Au moins 1 million d’enfants sont emprisonnés. Les enfants emprisonnés sont souvent maltraités.

TRAVAIL NUISIBLE Tu as droit à la protection contre l’exploitation économique et contre le travail qui nuit à ta santé ou qui t’empêche d’aller à l’école. Les enfants de moins de 12 ans ne doivent pas travailler du tout. Environ 306 millions d’enfants travaillent et pour la plupart d’entre eux, le travail met en péril leur sécurité, leur santé, leur morale ou leur scolarité. 10 millions d’enfants sont exploités à travers les pires formes de travaux, comme esclaves pour dettes, enfants soldats ou soumis au trafic sexuel des enfants. Au moins 1,2 millions d’enfants est victime de «trafficking » qui est l’esclavage moderne.

PROTECTION CONTRE LA VIOLENCE Tu as droit à la protection contre toutes formes de violence, d’incurie, de maltraitance et d’agression. Chaque année 40 millions d’enfants sont si maltraités qu’ils ont besoin de soins médicaux. 34 pays dans le monde ont interdit toute forme de sévices ce qui fait que seuls 4 enfants sur 100 dans le monde sont protégés contre la violence par la loi. Beaucoup de pays permettent les châtiments corporels à l’école.

ENFANTS DES MINORITÉS Les enfants qui appartiennent à des groupes minoritaires ou indigènes ont droit à leur langue, leur culture et leur religion. Indigènes sont par exemple les Indiens d’Amérique, les Aborigènes d’Australie ou les Lapons d’Europe du Nord. Les groupes indigènes ou minoritaires sont souvent désavantagés. Leur langue n’est pas respectée, ils sont molestés ou discriminés. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux soins médicaux.

PROTECTION EN TEMPS DE GUERRE ET COMME RÉFUGIÉ Tu as droit à la protection et à l’assistance en temps de guerre ou si tu es en fuite. Les enfants en guerre ou en fuite ont les mêmes droits que les autres. Ces 10 dernières années, au moins 2 millions d’enfants sont morts, victimes de la guerre. 6 millions ont été blessés physiquement. 10 millions ont été blessés psychiquement. 1 million a perdu sa famille ou en a été séparé. Près de 250.000 enfants sont employés comme soldats, transporteurs et détecteurs de mines (chaque année 10.000 enfants sont tués ou rendus invalides par des mines) Au moins 20 millions d’enfants sont en fuite.

ÉCOLE ET FORMATION Tu as droit à l’école. L’école primaire doit être gratuite pour tous. Environ 9 enfants sur 10 dans le monde vont à l’école, mais 67 millions ne commencent jamais l’école. 5 sur 10 de ces enfants sont des filles.

FAIS ENTENDRE TA VOIX ! Tu as le droit de dire ce que tu penses à propos de toutes les questions qui te concernent. Les adultes doivent écouter l’avis des enfants avant de prendre une décision, laquelle doit toujours viser le bien de l’enfant. Est-ce ainsi dans ton pays et dans le monde aujourd’hui? Toi et le reste des enfants du monde le savez mieux que personne ! 15


Les bulletins de vote dans l'urne du Vote Mondial, à l’école Ngisimani, Limpopo, Afrique du Sud.

L’heure du Vote Mondial Toi qui es élève d’une école Amie Universelle, tu as le droit de vote au Vote Mondial jusqu’à l’âge de 18 ans. Par le Vote Mondial vous élisez le lauréat du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant 2014. Aux pages 21-26, 92-93,100-101 et 106-107, vous pouvez vous rendre à la Journée du Vote Mondial dans différents pays.

D

ès que vous commencez à travailler avec le programme du Prix des Enfants du Monde, choisissez la date de votre Journée du Vote Mondial. Dans certains endroits, plusieurs écoles, parfois même toutes les villes ou les zones scolaire, votent le même jour. Il est important d’avoir le temps, des semaines ou des mois, afin d’apprendre et de discuter les Droits de l’Enfant où vous habitez et dans le monde. Et pour avoir le temps de lire Le Globe ! Invitez les médias Rappelez-vous d’inviter bien à l’avance les médias à votre Journée du Vote Mondial. C’est à vous de le faire, les enfants et c’est vous qui parlerez de votre travail pour les Droits de l’Enfant. Vous pouvez aussi inviter les parents et les responsables politiques.

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• Bulletins électoraux Utilisez ceux que vous recevez du Prix des Enfants du Monde, copiez-en plusieurs ou confectionnez-en vous-même. • Isoloirs Confectionnez vos propres isoloirs. Vous pouvez aussi emprunter des isoloirs des votations des adultes. Vous ne devez entrer qu’un à la fois dans l’isoloir pour que personne ne voie comment vous votez. • Urnes électorales Dans Le Globe vous pouvez voir différentes urnes électorales. On peut les faire en carton, en partant d’une grande boîte en métal ou en feuilles de palmier tressées. Envoyez une photo de votre urne électorale au Prix des Enfants du Monde.

Le globe terrestre comme urne électorale au Népal.

Il faut fêter ça ! Quand le vote est terminé, beaucoup d’écoles célèbrent les Droits de l’Enfant et la Journée du Vote Mondial par des spectacles, du thé, des biscuits, des tourtes ou par d’autres moyens. D’autres organisent une manifestation en faveur des Droits de l’Enfant.

• Couleur contre la fraude La tourte du Prix des Enfants électorale du Monde. Couleur sur le pouce, ongle peint, trait sur la main ou sur le Une danse de célébration à Limpopo, Afrique du Sud. visage, il y a beaucoup de façons de montrer que tu as déjà voté. • Désignez les membres du bureau de vote, les contrôleurs électoraux et les scrutateurs. Les membres du bureau de vote cochent les listes électorales et distribuent les bulletins électoraux. Les contrôleurs électoraux surveillent que l’élection, les marques de couleur et les décomptes de voix se fassent selon les règles. Les scrutateurs comptent les voix et communiquent le résultat. N’oubliez pas de nous communiquer le résultat des trois candidats.

Regardez la vidéo du Vote Mondial sur www.worldschildrensprize.org

SATSIRI WINBERG

Vote à bulletin secret Il y a beaucoup à préparer pour que le Vote Mondial soit un vote démocratique, où le secret de ton vote est garanti. Personne ne pourra influencer ton vote, ni les copains, ni ton enseignant, ni tes parents. Si tu n’en parles pas toimême, personne ne pourra savoir pour qui tu as voté. Il faudra préparer : • Liste électorale La liste doit contenir le nom de tous ceux qui ont le droit de vote. Les noms seront ensuite soigneusement cochés quand les votants auront reçu leur bulletin de vote ou quand

ils introduisent leur voix dans l’urne.


SUÉCIA ATSVERIGE AT SON/ECP ANDERSSON/ECP THOMASANDERS FOTOS:THOMAS FOTO:

Vote démocratique en Birmanie Depuis des années Le Globe, traduit en karen, est introduit clandestinement en Birmanie (Myanmar) pour que les enfants puissent apprendre les Droits de l’Enfant et participer à un vote démocratique. La situation en Birmanie s’est améliorée et à l’heure du vote démocratique dans le pays, les enfants de l’école Saw Bwe Dern, dans la province Karen, savent comment cela se passe.

Le Burundi pour le bien de l’enfant – Dans notre club des Droits de l’Enfant, nous avons appris que les enfants ont droit à l’instruction et qu’ils ne doivent pas travailler. Mais la plupart des aides ménagères ici sont des filles qui doivent travailler jour et nuit pendant tout le mois pour un salaire qui ne suffit même pas à acheter une paire de bas, dit Inès, 15 ans. Elle participe pour la deuxième fois au Prix des Enfants du Monde.

Près de l’urne au Népal C’est l’heure de la décision autour de l’urne électorale à l’école Shree Pashupati à Hetauda, au Népal. La photo du bas montre le Vote Mondial à la Teresa Academy à Katmandou.

Sierra Leone De plus en plus d’écoles et d’enfants en Sierra Leone rejoignent le programme du Prix des Enfants du Monde. Il n’y a pas si longtemps, le pays était en guerre et les enfants soldats étaient nombreux. Mais aujourd’hui, les enfants veulent que leurs droits soient respectés.

Urne électorale en fruits au Cameroun Wesley, le président du bureau de vote, porte sa carte du PME autour du cou. Ses camarades font la queue pour mettre leur voix dans l’urne électorale qui représente un fruit. – Nous voulons un monde où les Droits de l’Enfant soient respectés, dit Wesley.

Jour sympa pour le PEM au Nigeria L’école d’Ogoro-Magongo, au Nigeria a introduit le programme du PEM par un jour de spectacles et de compétitions.

Vote au Congo – J’adore Le Globe. La revue m’a fait découvrir les Droits de l’Enfant, dit Gloire, 15 ans, à Brazzaville, la capitale du Congo, alors qu’elle participe pour la première fois au Vote Mondial.

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Le chemin vers Chaque année, le programme du Prix des Enfants du Monde se termine par le Vote Mondial, que vous, enfants et adolescents, exécutez démocratiquement. Suivez-nous dans le voyage dans le temps à travers l’évolution de la démocratie dans le monde.

Qu’est-ce que la démocratie ? Sur certaines questions toi et tes camarades pensez peut-être la même chose. Sur d’autres questions, vous pensez différemment. En écoutant ce que l’autre dit, vous pouvez trouver ensemble une solution acceptable pour tous les deux. Vous êtes alors d’accord et avez atteint un consensus. Parfois, il faut tomber d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord. Alors, c’est la majorité qui décidera. Cela s’appelle démocratie. Dans une démocratie, chaque personne a la même valeur et les mêmes droits. Chacun peut dire ce qu’il pense et participer aux prises de décisions. Le contraire de la démocratie s’appelle dictature. Dans ce cas, c’est une seule personne ou un petit groupe qui décide de tout et personne n’a le droit de protester. Dans une démocratie, chacun peut faire entendre sa voix, puis on fait des compromis et on vote pour trouver une solution. Il y a la démocratie directe et la démocratie représentative. La démocratie directe c’est quand chacun vote sur une question, par exemple votre Vote Mondial, quand vous choisissez le lauréat du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant. Ou quand un pays organise un référendum. La plupart des pays démocratiques ont une démocratie représentative. Dans ce car, les citoyens choisissent leurs représentants, des politiques, qui dirigent le pays selon la volonté du peuple.

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De tous temps

Décision commune De tous temps les gens se sont rassemblés pour prendre les décisions. Au début, on prenait les décisions au sein d’un groupe, d’un clan ou d’un village. Il pouvait s’agir de chasse ou de culture. On utilisait des rituels pour choisir la meilleure façon de discuter et de décider. On faisait, par exemple, passer une plume et celui qui avait la plume prenait la parole. Essayez-le dans votre classe !

Le mot démocratie est né !

5 08 av. J.

C.

508 av. J.-C. Le mot démocratie est forgé des mots grecs dêmos (peuple) et krátos (pouvoir). En Grèce, chaque citoyen monte sur une estrade et donne son avis sur les questions importantes. Si on ne parvient pas à un accord, on vote à main levée. Mais, seuls les hommes ont le droit de vote. Les femmes, les esclaves et les étrangers ne sont pas considérés comme des citoyens et ne peuvent pas voter.

siècle 18ème Souverain absolu Au 18ème siècle la plupart des pays, par exemple en Europe, sont dirigés par des rois ou des empereurs qui se moquent de la volonté du peuple. Mais on s’intéresse de plus en plus aux nouvelles idées basées sur les anciens qui disent que tous les hommes naissent égaux en droits. Pourquoi certains groupes sociaux auraient plus de pouvoir et de richesses que les autres ? D’autres critiquent l’oppression des rois et disent que si on était mieux instruit, on découvrirait les injustices de la société et on les combattrait.


la démocratie

La voix des riches

1789

1789 est l’année de la révolution française. Le peuple exige la liberté et l’égalité. Ces idées et revendications se répandent rapidement en Europe et influencent le développement de la société. Mais cela ne concerne, encore et toujours, que les hommes. Et d’ailleurs, ce ne sont que les hommes riches et propriétaires de maisons et de terres qui peuvent voter et être élus.

Sauf les femmes et les esclaves 1789. La première constitution des États-Unis est rédigée. Il s’agit d’un pas important dans l’histoire de la démocratie. On y lit que le peuple a le pouvoir de décision et que les gens ont la liberté d’écrire et de penser ce qu’ils veulent. Mais la constitution ne concerne ni les femmes, ni les esclaves.

Le premier vote secret

Australie

1856. A lieu, en Tasmanie, en Australie, le premier vote secret avec bulletins de vote comportant le nom des candidats.

185 6

19 47

Tasmanie

1906 Les femmes exigent 1921 le droit de vote 1945 À la fin du 19ème siècle, de plus en plus de

La plus grande démocratie du monde

La première démocratie en Afrique

1957

1957. Le Ghana en Afrique occidentale, se libère de son colonisateur, la Grande Bretagne, et devient indépendant. Kwame Nkrumah est le premier dirigeant du pays. La colonisation de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine avait commencé des centaines d’années auparavant. Les grandes puissances européennes avaient envoyé des militaires et des aventuriers qui ont occupé des pays, volé les ressources naturelles et asservi les gens. 19

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MAGNUS BERGMAR ILLUSTR ATIONS: JAN-ÅKE WINQVIST

1947. L’Inde se libère de l’empire britannique et devient la plus grande démocratie du monde. Le combat pour la liberté est mené par Mahatma Gandhi, qui croit à la résistance passive, la nonviolence.

femmes réclament le droit de vote dans les votations politiques. En 1906, la Finlande est le premier pays d’Europe à accorder le droit de vote aux femmes. En Grande-Bretagne et en Suède, on doit attendre jusqu’en 1921. Et dans la plupart des pays européens, en Afrique et en Asie, jusqu’après la deuxième guerre mondiale, en 1945, ou plus tard, avant que les femmes puissent voter.


1955 2010

Mêmes droits aux USA 1955. Rosa Parks, qui est noire, refuse de laisser sa place dans le bus à un blanc. Rosa doit payer une amende, car dans le sud de l’Amérique, les noirs n’ont pas les mêmes droits que les blancs et souvent ne peuvent pas voter. Les enfants noirs ne peuvent pas aller dans les mêmes écoles que les enfants blancs. Martin Luther King, le défenseur des droits civiques, appelle au boycott de la compagnie d’autobus. C’est le début du mouvement de contestation aux États-Unis contre le racisme et en faveur de l’égalité des droits et de la liberté pour tous.

19 9 4

1994. Nelson Mandela devient le premier président sud-africain, élu démocratiquement. Il a été prisonnier pendant 27 ans pour son combat contre le régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud, qui séparait les gens d’après la couleur de leur peau. À l’élection de Mandela, participent pour la première fois tous les sudafricains aux mêmes conditions.

Le printemps arabe 2010. Un jeune homme en Tunisie, se fait confisquer sa charrette à légumes par la police. Il s’immole par le feu en signe de protestation et quand la nouvelle de sa mort se répand, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester. Ils réussissent à destituer le dictateur du pays, Ben Ali. Cela inspire les peuples des pays voisins et les dictateurs d’Egypte et de Lybie, tombent suite aux manifestations du peuple. Le mouvement de démocratisation au Moyen-Orient s’appelle Le printemps arabe.

La dictature continue 2014. La dictature sévit toujours dans plusieurs pays du monde. Mais même dans beaucoup de démocraties on assiste à la violation des droits humains. Les droits des enfants sont violés dans tous les pays. Sous la dictature il n’y a ni droit de vote ni liberté d’expression. Les dirigeants décident de tout et s’enrichissent souvent.

La Birmanie sur le 2010 chemin de la démocratie 2010. Fin de l’assignation à domicile pour Aung San Suu Kyi, suite à la dictature birmane. Elle a passé 15 des 23 dernières années, assignée à domicile pour son courageux combat en faveur de la démocratie en Birmanie. En 2011, elle devient protectrice de la Fondation Prix des Enfants du Monde.

2014

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Droit de vote pour tous en Afrique du Sud

Le Vote Mondial démocratique des enfants 2014. Pour la quatorzième fois se tient le programme du Prix des Enfants du Monde. À ce jour, grâce au programme, près de 35 millions d’enfants ont appris leurs droits et la démocratie. Il est important que chaque génération reçoive cette connaissance. Cela te permet à toi et à tes camarades de participer à construire votre pays pour que la démocratie se renforce et pour que soient respectés les droits de l’enfant et de la personne. Après vous être bien informés sur les Droits de l’Enfant et sur les actions des candidats aux prix, vous êtes prêts pour organiser votre Vote Mondial. Ta voix t’appartient. Aucun camarade, ni enseignant n’a le droit de te dire pour qui tu dois voter. Celui pour qui la majorité a voté, obtiendra le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant 2014 !


Olivia et le Bénin pour les Droits de l’Enfant

L’école Jumelée vote pour les Droits de l’Enfant.

Banderoles colorées.

Tampon couleur contre la fraude électorale.

Les fonctionnaires électoraux de l’école Horizon.

« Notre école participe ! » Le Vote Mondial au Lycée des Jeunes Filles Taffa.

Une voix dans la corbeille électorale pour les Droits de l’Enfant.

Le dépouillement des voix.

« Ce qui m’a poussée à être responsable du club du PEM, a été de voir à quel point les droits de mes camarades sont violés. Beaucoup ne vivent pas avec leurs parents et sont maltraitées par leur tuteur. Ils n’acceptent pas que les filles aillent à l’école. Et

quand les filles reviennent de l’école, elles doivent vendre des articles dans la rue. Le programme du PEM est un bon outil pour moi qui me bats pour les Droits de l’Enfant au Bénin et contre le mauvais traitement infligé aux plus vulnérables. Chaque année, des dizaines de milliers d’enfants sont victimes de trafiquants d’êtres humains, dont deux tiers de filles. Les filles doivent pouvoir aller à l’école et se construire un avenir. Elles ne doivent pas être mariées de force mais choisir ellesmêmes celui qu’elles veulent épouser. Une fille qui devient dirigeante est plus précieuse pour le pays que l’argent que les parents reçoivent en la vendant. Pour y parvenir, il faut informer les parents et accroître

leur prise de conscience ainsi que celle des gens en général. Comme le font les récits du Globe, qui aident à faire avancer les choses. Les enseignants se forment aussi à travers le Globe. Ces prochaines années, nous allons utiliser le programme du PEM et ce que nous avons appris dans le club du PEM. J’enseignerai les Droits de l’Enfant et veillerai à ce que différentes activités hebdomadaires soient mises en œuvre dans les clubs des Droits de l’Enfant et dans les écoles Amies Universelles de ma ville. Pendant la partie du programme, consacrée au Vote Mondial, j’enseignerai le processus démocratique. Cela te rendra plus forte tout en renforçant tes droits. » Olivia, 16 ans, Lycée des Jeunes Filles Taffa, Bénin

Je suis fille. Je connais mes droits. Et toi ?

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La queue pour aller voter s'étend le long du camp de réfugiés. Les adeptes à la sécurité du vote montrent où aller dans le local de vote.

Le Vote Mondial Est-ce que je suis sur la liste électorale ?

– Les adultes ont commencé une guerre après une élection. Nous, les enfants, nous avons fait une grande fête, quand notre tour est venu, dit Estelle, 12 ans, enfant réfugiée, en secouant la tête, à la pensée du comportement des adultes. En Côte d’Ivoire, le pays d’Estelle, a éclaté une guerre civile sanglante après l’élection présidentielle de 2010. Trois mille personnes ont été tuées et des centaines de milliers d’autres ont quitté leur maison. Beaucoup de réfugiés sont arrivés au Ghana, un pays voisin. Aujourd’hui, les enfants participent au Vote Mondial dans le camp de réfugiés Ampain.

Le Vote des enfants est une fête ! « AUJOURD’HUI , notre Vote

Voilà ton bulletin de vote. Marque d'une croix le nom du candidat pour qui tu veux voter. Estelle

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Mondial ici, dans le camp de réfugiés, a été calme, juste et démocratique. Tout s’est passé à la perfection. Et tout le monde était content. En Côte d’Ivoire, quand les adultes ont voté, c’était différent. Le président sortant et les responsables politiques qui se présentaient contre lui, ont commencé à se battre, puisqu’ils ne pouvaient se mettre d’accord sur le résultat de l’élection. Les soldats allaient de porte en porte et demandaient qui avait voté pour tel ou tel candidat. Et ils tuaient des gens. On tirait de tous les côtés.

Les gens ont essayé de passer les barrages de police et de fuir, on a ordonné à beaucoup de filles de sortir des voitures. Les soldats les ont violées et les ont rejetées de nouveau dans les voitures. Dans d’autres cas, les filles ont dû rester chez les soldats alors que les autres dans les voitures pouvaient continuer. C’est ce qui est arrivé à une fille dans notre voiture. Depuis, je ne l’ai plus revue. J’avais peur que les soldats me prennent aussi. Les adultes ont commencé une guerre après une élection. Nous, les enfants, nous avons fait une grande fête, quand

notre tour est venu. Nous qui avons participé au Vote Mondial, nous savons que cela doit se dérouler d’une façon juste, pacifique et démocratique. Et nous connaissons même les Droits de l’Enfant et des filles. Si, un jour nous retournons chez nous, nous devons utiliser ce que nous avons appris. Alors, je crois que le futur de mon pays, la Côte d’Ivoire, sera meilleur. Quand je serai grande, je veux être hôtesse de l’air et voir le monde ! » Estelle, 12 ans, club des Droits de l’Enfant PEM, camp de réfugiés Ampain.


 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

Dans le local de vote du camps de réfugiés, l'isoloir est placé derrière les trois ballons jaunes, au centre de l'image.

pendant la fuite

Une voix pour un Héros des Droits de l'Enfant.

Le président devrait être comme les candidats du PEM « LA GUERRE C'EST épouvan-

table. Je ne peux pas dire à quel point j’ai eu peur. J’ai vu, de mes yeux, les soldats tuer femmes et enfants. Maman, ma petite sœur et moi, avons réussi à échapper aux combats et, au milieu de la nuit, à passer la frontière du Ghana. Quand nous sommes arrivées dans ce camp de réfugiés, j’ai été soulagée. Curieusement, au cœur de l’horreur, je me sentais en sécurité. Comme si j’étais protégée et que plus rien de mal ne pouvait m’arriver. Mais cela n’a pas été le cas. Maman a commencé à travailler dans le village à l’extérieur du camp et moi à faire la plonge le soir, dans un restaurant du camp. Souvent on ne me donnait qu’un peu de nourriture pour tout salaire. Un soir, j’allais par un chemin entre la tente du camp et le restaurant, quand un homme m’a arrêtée. Il m’a mis une main sur la bouche et le nez.

J’ai été prise de vertiges car il avait mis un produit dans sa main. Puis, il m’a entraînée rapidement sous sa tente. Je me suis évanouie et quand je me suis réveillée j’ai vu que ma robe était déchirée et ensanglantée. J’avais tellement mal que je ne pouvais presque pas marcher. Maman et moi avons dénoncé l’homme, mais quand la police est arrivée, il s’était échappé. Personne ne l’a revu depuis.

comme ça, on peut s’entraider. On est plus fortes ensemble que seules. Si les dirigeants du monde et les présidents étaient comme les candidats du PEM, le monde serait un lieu

Pas de possibilité de fraude électorale avec le marquage.

plus sûr pour les filles. » Grace, 12 ans, club des Droits de l’Enfant PEM, camp de réfugiés Ampain.

Le club des Droits de l’Enfant dans le camp Je fais partie du club des Droits de l’Enfant du PEM du camp. Nous lisons la revue Le Globe et nous apprenons quels sont nos droits. Avant, je ne savais rien de mes droits. Le Globe nous donne beaucoup de bons conseils pour nous battre pour nos droits. C’est bien qu’il y ait beaucoup de filles dans un groupe, 23


Le Vote Mondial Sourdes et filles doublement touchées « ICI AU GHANA , on traite

toujours mieux les garçons que les filles. Les filles font tout à la maison et travaillent plus que les garçons. Nous faisons la vaisselle, les repas, les nettoyages... tout ! Les garçons ne font presque rien. Si la famille est pauvre, c’est toujours le garçon qu’on envoie à l’école, pas la fille. Les enfants sourds ne comptent pas. Si, dans une famille, le premier enfant, garçon ou fille, est sourd, il est peu probable qu’il soit envoyé à l’école. Tous les enfants entendants qui naîtront ensuite, iront à l’école avant l’enfant sourd. Si la famille est pauvre, les parents obligent souvent leur enfant handicapé à mendier. Les parents aiment les enfants non handicapés. Les enfants sourds ou avec d’autres handicaps sont souvent battus. Puisque on n’apprend pas tous la langue des signes, on ne peut pas se faire comprendre. On reste en marge. Les filles sourdes souffrent encore plus. Nous sommes les dernières à aller à l’école. Et comme les enfants sourds souvent ne vont pas à l’école, on nous laisse seules à la maison quand les parents travaillent et les frères et sœurs entendants vont à l’école.

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Le Vote Mondial

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Bernice

C’est bien plus dangereux pour nous que pour les garçons. Comme nous n’entendons pas, il est facile d’entrer dans la maison et de nous abuser. Le Globe m’apprend le monde J’aurais préféré vivre à la maison, dans mon village avec maman et pas ici à l’internat. Mais je viens d’un petit village, à quatre heures de voiture d’ici. À l’école, je fais partie du club des Droits de l’Enfant et à la lecture de la revue Le Globe, j’ai appris que tous, même les enfants sourds et handicapés, ont le droit d’aller à l’école. Avant, je ne le savais pas. Le Globe c’est très bien ! J’apprends à connaître le monde et nos droits, et cela me fait du bien de lire les récits de personnes courageuses qui se battent pour nos droits. Aujourd’hui nous avons eu le Vote Mondial et c’était bien d’apporter mon soutien à ceux qui se battent pour nos droits ! Plus tard, je veux être femme d’affaires et responsable d’un grand magasin. » Bernice, 15 ans, membre du club des Droits de l’Enfant du PEM, école pour sourds Sekondi

200 millions d’enfants dans le monde, dont beaucoup parmi les plus vulnérables, sont handicapés. On les traite comme s’ils avaient moins de valeur et souvent, on les cache. Pour les filles handicapées c’est encore pire. – Je sais que ce n’est pas juste, car je fais partie d’un club des Droits de l’Enfant du Prix des Enfants du Monde pour filles. Nous lisons Le Globe ensemble et je sais que nous avons les mêmes droits que les autres, dit Matilda, 14 ans. Elle est l’une des 300 élèves qui participent au Vote Mondial à l’école pour enfants sourds et malentendants dans la ville de Sekondi au Ghana.

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 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

avec des gestes

Surdité = invalidité ?

Une voix pour l'égalité des droits pour tous les enfants.

Dans plusieurs pays, beaucoup d’utilisateurs de la langue des signes se battent pour être considérés comme une minorité linguistique et non comme des invalides.

Duncan

Duncan était esclave domestique « LES ENFANTS handicapés

ont les mêmes droits que tous les autres enfants. Je l’ai appris en lisant la revue Le Globe à l’école et cela m’a fait un grand bien. Je vais le dire à ma famille, car je n’ai pas grandi comme ça. J’ai trois frères entendants et on les traite d’une toute autre façon. Ils ont eu à manger, des vêtements, des chaussures... tout. Bien sûr, moi aussi, mais mes frères avaient toujours plus, en mieux et plus nouveau. Ils ont aussi eu

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beaucoup plus d’amour. Ils étaient plus cajolés et tout ça. Je n’avais pas du tout la même valeur. Personne n’essayait de communiquer vraiment avec moi. C’était la même chose avec les autres garçons où je vivais. Je ne pouvais jamais être avec eux et jouer au foot. Ils me trouvaient bête puisque je n’entendais pas. Pas d’école Je n’ai pas pu aller à l’école. Quand mes frères allaient à l’école, je restais à la maison et

je devais aller chercher l’eau, faire la cuisine et travailler dans les champs. C’était si triste de voir mes frères partir pour l’école dans leur bel uniforme. Je me sentais comme un esclave. Maintenant, je sais que ce n’était pas juste. J’ai les mêmes droits que tous les autres d’aller à l’école ! Finalement, avec des années de retard, j’ai pu commencer l’école à l’internat pour enfant sourds. Ici, tout le monde participe, et j’ai beaucoup d’amis. J’espère que

bientôt ce sera aussi comme ça dans la société. Qu’on nous reconnaisse à tous la même valeur. Si nous, qui avons participé au Prix des Enfants du Monde et appris quels sont nos droits, apprenons à notre famille et aux gens de notre lieu d’origine, les Droits de l’Enfant, je crois que la vie sera meilleure pour les enfants sourds au Ghana. Plus tard, je veux être enseignant de maths. » Duncan, 14 ans, école Sekondi pour sourds

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On appelait Matilda, « animal »

Matilda

Les Héros des Droits de L’Enfant 2014

« JE N’AI pas été bien traitée parce que je

suis sourde. Chez moi, les filles de mon âge me harcelaient. Je cours bien, mais je ne pouvais jamais courir ni jouer avec les autres. Elles me repoussaient et m’appelaient « animal ». Parfois, elles ramassaient de l’herbe et la mettaient devant ma bouche pour que je la mange, comme on fait avec une vache. Puis, elles riaient et faisaient un signe pour dire que j’étais bête. C’était si blessant. Je ne voulais pas pleurer devant elles, alors je m’enfuyais et me cachais dans la forêt. Souvent, je n’en sortais pas avant le soir quand les moustiques commençaient à me piquer. Alors je rentrais à la maison, en cachette pour qu’on ne me voie pas. Parfois, des gens me battaient. Même des adultes. Puisque je n’entendais pas ce qu’ils disaient, et ni moi ni eux ne connaissions la langue des signes, il y avait souvent des malentendus et on me battait. Veut être batteur Je fais partie du club des Droits de l’Enfant du Prix des Enfants du Monde, ici à l’école. Nous lisons Le Globe ensemble et nous parlons de nos droits. J’ai appris que de ne pas avoir de langue, être isolée et harcelée, ce que j’ai subi, viole mes droits. Avant de venir à l’école pour sourds, je ne pouvais jamais faire entendre ma voix. Aujourd’hui, nous avons le Vote Mondial et j’ai vraiment senti que je Après le vote, pendant la fête, quelques enfants ont exécuté des danses. Même sans percussions, ils voient et sentent le rythme.

pouvais me faire entendre ! C’était inhabituel, parce qu’ici on ne nous écoute pas souvent. Notre opinion ne compte pas. Aujourd’hui c’était différent. J’ai voté avec des enfants du monde entier, sourds et entendants. Et mon opinion a compté. Je suis heureuse ! J’aimerais bien être batteur. Même si je n’entends pas la musique, je sens le rythme et les vibrations dans le corps. Je m’entraîne avec des baguettes et des bûches. Les gens me montrent du doigt et rient parce qu’ils savent que je suis sourde. Je leur réponds en riant à mon tour. J’aime jouer de la batterie et parfois je joue à l’église. Je veux faire partie du groupe de l’église et jouer tous les dimanches. » Matilda, 14 ans, membre du club des Droits de l’Enfant du PEM, école Sekondi pour sourds

Le jury des enfants du Prix des Enfants du Monde choisit chaque année, parmi les nominés, les trois Héros des Droits de l’Enfant. Ceux-ci deviennent ainsi les candidats au Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant. Pour te permettre de faire un choix libre lors du Vote Mondial, il est important que tu en saches autant sur les trois candidats. Ce que tu peux faire en lisant les pages suivantes. Les deux candidats qui ne reçoivent pas le prix des enfants qui ont voté, recevront le Prix d’Honneur des Enfants du Monde. Les trois Héros des Droits de l’Enfant reçoivent un prix en argent qui sera utilisé dans leur travail en faveur des enfants.

Malala Yousafzai Pakistan Pages 27–47

John Wood USA Pages 48–67

Indira Ranamagar Népal Pages 68–85

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Pourquoi Malala a-t-elle été nominée ?

Nominée Héroïne des Droits de l’Enfant • Pages 27–47

Malala Yousafzai

Malala Yousafzai est nominée au Prix des Enfants du Monde 2014 pour son courageux et dangereux combat en faveur du droit des filles à l’éducation.

Un mois après l’attentat contre Malala, des enfants montrent sa photo lors d’une cérémonie dans la ville de Karachi au Pakistan.

C’est le 9 octobre 2012. – Qui de vous est Malala ? demande l’homme habillé de blanc. Il se cache le visage avec un mouchoir. Aucune des filles, sur la plateforme du minibus qui les conduit à la maison après l’école, ne dit mot. Mais leur regard montre qui est Malala. L’homme lève son pistolet et tire rapidement trois coups de feu. La première balle touche Malala à la tête. Malala se bat depuis longtemps contre les talibans dans la vallée de Swat au Pakistan pour le droit des filles à aller à l’école. Elle a 15 ans et elle est près de mourir. Mais quand Malala reprend conscience, elle est devenue un symbole, dans le monde entier, pour les droits des filles à l’école.

PHOTO: MASROOR/CORBIS/TT

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uand Malala est née, on ne l’a pas fêtée comme on l’aurait fait pour un garçon. Beaucoup de Pachtounes, comme on appelle le peuple dans la vallée de Swat, jugent que les garçons sont plus importants que les filles. Mais, Ziauddin le père de Malala, est différent. Depuis le début, Malala est la prunelle de ses yeux. Dans le livre sur sa vie, Malala raconte qu’elle est née dans le plus bel endroit du monde : - La vallée de Swat est un paradis, avec ses montagnes, ses cascades tumultueuses et ses lacs limpides. « Bienvenu au paradis », dit un écriteau à l’entrée de la vallée. Dans ce « paradis », Malala, sera témoin de tremblements de terre et d’une grande inondation qui a tué plusieurs personnes. Mais le

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Malala a commencé à parler des droits des filles à l’âge de 11 ans, quand les talibans ont interdit aux filles d’aller à l’école dans la vallée de Swat au Pakistan. Malala a refusé de leur obéir et a continué à aller à l’école. Suite à des menaces de mort, elle a dû, par moments, se cacher. À la fin, à l’âge de 15 ans les talibans ont tiré sur elle alors qu’elle rentrait de l’école, mettant sa vie en danger. Mais Malala a survécu. Les talibans croyaient qu’ils pouvaient réduire Malala au silence en la tuant. Au lieu de cela, ils lui ont donné une voix encore plus forte, qui résonne à présent dans le monde entier. Malala est déterminée à continuer son combat pour les droits de tous les enfants à l’éducation. Elle dit que l’instruction c’est l’avenir, et qu’un enfant, un enseignant, un livre et une plume peuvent changer le monde. Un fonds à été créé en son nom, le Fonds Malala, qui soutiendra les filles à aller à l’école.

Malala.

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De l’école à la maison, Malala prenait le minibus avec des camarades d’école et les talibans l’ont su. PHOTO: ANJA NIEDRINGHAUS/AP

Les filles sont touchées Malala a passé beaucoup de temps dans l’école de son père à Mingora, une grande ville de la vallée de Swat. Très tôt, elle a constaté à quel point la vie des garçons et celle des filles est différente. Et que ce sont les hommes qui décident de tout. Mais Malala apprend aussi par son père que ce n’est pas une fatalité. Il se bat pour le droit de tous à aller à l’école, même pour les pauvres et pour les filles. Lors d’un visite avec sa famille chez de la parenté qui vit dans un village de montagne, Malala s’aperçoit que sa cousine Shahida n’est pas là. Elle n’a que dix ans, mais son père l’a vendue à un homme âgé qui a déjà une femme. Malala se plaint à son père des conditions des filles à

PHOTO: ANJA NIEDRINGHAUS/AP

pire, c’est l’arrivée des talibans dans la vallée de Swat. Ils menacent, tuent, forcent les femmes à se cacher le visage et les filles à arrêter l’école. Ils feront sauter plus de 400 écoles de filles à Swat.

L’année avant qu’on tire sur elle, Malala allait toujours à l’école en rickshaw. Avant cela, elle allait à l’école à pied, mais après toutes les menaces contre la famille, sa mère était inquiète.

Swat. Il dit que c’est encore pire en Afghanistan, le pays voisin qui n’est qu’à 150 kilomètres de là. Les talibans obligent les femmes à porter la burqa pour se couvrir le visage, ils brûlent les écoles de filles et maltraitent les femmes qui se mettent du vernis à ongles. Beaucoup de talibans sont pachtounes. Les talibans arrivent Malala a dix ans quand les

talibans arrivent à Swat. Ils ramassent les CD et les DVD de la population ainsi que les appareils de télévision, les mettent sur des tas dans la rue et les brûlent. Les talibans empêchent aussi la vaccination des enfants contre la polio. Ils suppriment les chaînes câblées et interdisent les jeux de plateau que les enfants adorent. Ensuite, les talibans s’en prennent aux écoles de filles.

Malala allait dans l’école de son père Khushal Girls High School. De la rue on ne peut pas voir qu’il s’agit d’une école.

De l'album de famille Malala avec son petit frère Khushal et son grand-père, qu'on appelle Baba.

PHOTO: ANJA NIEDRINGHAUS/AP

Malala a commencé à lire et le petit frère Khushal l'imite.

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Quand la famille de Malala revient d’un voyage chez de la parenté à la campagne, ils trouvent une lettre sur la porte de l’école, dans laquelle les talibans mettent en garde le père de Malala de laisser les filles porter les uniformes habituels. Au lieu de cela, elles doivent porte la burqa et se cacher le visage. Après cela, les filles se couvrent toujours la tête quand elles entrent ou sortent de l’école.


Tous les matins dans l’école Khushal Girls High School de Malala, les filles s’assemblent sous le drapeau pakistanais. La photo a été prise un mois après l’attentat contre Malala. Ses camarades d’école ont été très inquiètes pour ce qui pouvait arriver à Malala, mais aussi pour leur propre sécurité.

PHOTO:: ANJA NIEDRINGHAUS/AP

Pas de filles dans les écoles Nous sommes en 2008 et les talibans commencent à faire sauter les écoles, surtout les écoles de filles, presque chaque jour. Malala a onze ans et plusieurs chaînes de télévision viennent l’interviewer. Elle se prononce pour le droit des filles à aller à l’école. Dans une émission de la BBC, en ourdou, la langue du Pakistan, elle dit : - Comment les talibans osent-ils m’enlever le droit à l’éducation ? Cela va de mal en pis. Les talibans annoncent que toutes les écoles de filles

doivent être fermées. À partir du 15 janvier 2009 aucune fille dans la vallée de Swat ne pourra aller à l’école. Malala ne croit pas que c’est possible. Comment pourront les talibans les empêcher, elle et ses camarades d’aller à l’école ? Mais ces amis lui demandent qui pourra arrêter les talibans, ils ont déjà réussi à faire sauter des centaines d’écoles. Malala commence à écrire un journal sur la vie dans la vallée de Swat, sous les talibans. Lors de sa lecture à la radio de la BBC, elle a un nom fictif, Gul Makai, qui

signifie bleuet. Ses camarades d’école parlent du journal à l’école, mais ne savent pas que c’est Malala qui l’a écrit. Elle parle de sa frayeur, de l’interdiction d’aller à l’école, de l’obligation de porter la burqa et de se cacher le visage. Dans un documentaire, Malala dit : « Ils ne peuvent pas m’arrêter... notre appel au reste du monde est : Sauvez nos écoles, sauvez le Pakistan, sauvez Swat ». Mais les talibans ferment leur école. Les réclamations font que les talibans reculent et laissent les filles aller à l’école jusqu’à l’âge de dix ans.

Malala et ses amies, qui sont plus âgées, vont à l’école dans leurs vêtements habituels et cachent les livres sous leur châle. Le directeur nomme l’école « l’école secrète ». Puis vient le jour où l’armée pakistanaise ordonne aux habitants de la vallée de quitter leur maison. L’armée mènera une offensive contre les talibans. Cela fait plus d’un million de réfugiés dans leur propre pays. La famille de Malala quitte la vallée pour n’y retourner que trois mois plus tard. L’armée dit qu’elle a battu les talibans, mais très vite les talibans font de nouveau sauter les écoles. De graves menaces En janvier 2012, Malala va avec sa famille dans la grande ville de Karachi. Le Gouverneur de la province a décidé qu’une école de la ville portera le nom de Malala.

École pour filles sous la menace Les filles sur la photo rentrent de l’école à Mingora, la ville de Malala. Elles portent la burqa. Les talibans exigent qu’elles respectent le purdah, ce qui signifie que les filles et les femmes ne doivent pas montrer leur visage aux hommes. Les talibans veulent empêcher les filles d’aller à l’école et ont fait sauter plus de 400 écoles de filles dans la région de Swat, d’où Malala est originaire. Le Pakistan, avec ses 185 millions d’habitants est le sixième pays le plus peuplé du monde. Trois femmes sur quatre au Pakistan ne savent pas lire. Dans les zones rurales, il y a des régions où seulement trois femmes sur cent savent lire. Cinq millions de filles qui devraient aller à l’école ne reçoivent aucune instruction et le Pakistan est l'un des rares pays où l'analphabétisme est en augmentation. Beaucoup de familles permettent aux garçons de s’instruire, mais pas aux filles puisqu’elles quitteront la famille quand on les mariera. Moins de 2 pour cent du budget du Pakistan est destiné à l’éducation, alors que plus de 25 pour cent va aux militaires.

PHOTO: VERONIQUE DE VIGUERIE/GETTY IMAGES

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L’école de Malala ne se voit pas de la rue. Les filles entrent rapidement par le portail en grillage et jettent vite un coup d’œil à l’extérieur avant de sortir dans la rue.

de Malala et, en montant l’escalier, elle a toujours peur des talibans. Quand toute la famille dort, elle va vérifier que toutes les portes et fenêtres soient bien fermées à clé. Elle demande à Allah de protéger sa famille.

PHOTO: ANJA NIEDRINGHAUS/AP

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On arrête les bus scolaire Malala et son père pensent se rendre dans les villages des montagnes de Swat, pendant les prochaines vacances scolaires et parler avec les parents et les enfants de l’importance d’apprendre à lire et à écrire. - Nous sommes comme des missionnaires de l’éducation, dit Malala à son père. La mère de Malala ne la laisse plus aller à l’école à pied. Elle devra y aller en rickshaw. Elle rentre avec vingt autres camarades d’école sur la plateforme d’un minibus, recouvert par une couverture. Sur la plateforme, sont disposés trois longs bancs. Le trajet s’arrête en bas de l’escalier qui mène à la rue

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Malala a perdu connaissance après avoir été victime de trois coups de feu. L’un d’eux l’a touchée à la tête. PHOTO: AP

Après l’attentat, Malala est transportée en hélicoptère de Mingora, sa ville natale, dans un hôpital militaire, situé dans la ville de Peshawar.

invitée à parler à plusieurs endroits et je n’ai pas l’intention de refuser, dit Malala. Quand la famille est de retour à Swat, la police leur montre le dossier de Malala. On y lit que, parce qu’elle est désormais connue aussi bien au Pakistan que dans le reste du monde à cause de son opposition aux talibans, elle est menacée de mort. Le gouvernement de la province veut que Malala devienne ambassadrice de la paix, mais sa famille dit que c’est trop dangereux. À présent, Malala ferme le grillage de la maison familiale tous les soirs. Son père explique que les talibans font la chasse à ceux qui font entendre leur voix contre ce que les talibans défendent.

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Elle parle devant tous les responsables politiques et dit : - Nous devons tous travailler ensemble pour les droits des filles. Dans son livre, Malala raconte qu’elle s’assied sur la plage à Karachi et réfléchit à la condition des filles et des femmes dans son pays : - Nous voulons prendre nos propres décisions et être libres d’aller à l’école ou au travail. Dans le coran, il n’est dit nulle part qu’une femme doit être soumise à un homme ou doit obéir à un homme, pense-t-elle. Alors qu’ils sont toujours à Karachi, le père de Malala voit sur Internet que les talibans profèrent des menaces contre deux femmes et que l’une d’elle est Malala. « On devrait tuer ces deux femmes », lit-il. Les parents de Malala la mettent au courent de la menace et son père lui dit qu’elle devrait arrêter pour un moment de parler en faveur de la scolarité des filles et contre les talibans. - Comment faire ? On m’a

Qui est Malala? Le temps de l’examen semestriel est arrivé. La nuit du 9 octobre, Malala reste debout longtemps pour préparer l’examen sur le Pakistan. On prend le petit déjeuner tous ensemble. Ce jour-là, la mère de Malala commencera ses leçons pour apprendre à lire et à écrire. Le bus scolaire passe deux fois par jour. Malala et ses amies restent pour parler après l’examen et prennent le deuxième passage, à 12 heures. Soudain, deux hommes vêtus de blanc sautent sur le chemin et forcent le chauffeur à freiner brusquement. L’un d’eux, a un bonnet et un mouchoir qui lui cache le visage. Il grimpe sur le minibus et se penche à l’intérieur où Malala et sa meilleure amie sont assises.


14 octobre 2012, cinq jours après qu’on a tiré sur Malala, les enfants manifestent dans les rues à Karachi contre l’agression des talibans.

PHOTO: FAREED KHAN/AP

les femmes, garçons et filles qui ont élevé la voix pour défendre leurs droits. Combattons l’analphabétisme, la pauvreté et le terrorisme partout dans le monde. Prenons nos livres et nos plumes. Ce sont nos armes les plus puissantes. La priorité à l’éducation est la seule solution, répond Malala au chef de l’ONU.

Malala avec son père Ziauddin et ses petits frères Khushal et Atal à l’hôpital Queen Elizabeth à Birmingham en Grande-Bretagne.

Malala, elle est invitée à l’ONU. 100 jeunes gens provenant de 80 pays sont venus écouter Malala et Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU fait de ce jour le Jour de Malala. Dans son discours à Malala, il dit : - Je te prie de continuer à élever la voix. Continue à renforcer la pression. Continue à faire la différence. Ensemble, suivons cette fille courageuse et donnons la priorité à l’éducation. Rendons le monde meilleur pour tous. - Ce jour est dédié à toutes

12 juillet 2013 on a célébré le 16ème anniversaire de Malala à l’ONU, devant cent jeunes gens provenant de 80 pays. Le Secrétaire général de l’ONU a appelé ce jour-là, le Jour de Malala et a donné à Malala un livre relié en cuir contenant les articles de l’ONU. Ce que ne reçoivent que les chefs d’État.

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 TEXTE: MAGNUS BERGMAR

PHOTO: QUEEN ELIZABETH HOSPITAL/GETTY IMAGES

L’ONU et les prix Malala a été transportée en hélicoptère dans un hôpital

militaire, puis dans un hôpital de Grande Bretagne. C’est là, qu’elle a repris conscience, une semaine plus tard. La moitié de son visage est paralysé. Mais après une opération, qui a duré huit heures, les médecins ont réussi à réparer le nerf du visage. Malala a reçu beaucoup de prix et a même été la plus jeune nominée au Prix Nobel de la paix. Elle a paru dans les listes des journaux parmi les personnes les plus influentes du monde. 12 juillet 2013, le jour du 16ème anniversaire de

PHOTO; ESKINDER DEBEBE/UN

- Qui est Malala ? demande-t-il. Certaines filles appellent à l’aide, mais l’homme leur dit de se taire. Malala est la seule fille dont le visage n’est pas couvert. Personne ne la désigne, mais plusieurs la regardent. Quand l’homme lève son pistolet noir, Malala serre la main de sa meilleure amie. L’homme tire rapidement trois fois. La première balle touche Malala à la tête.

La voix de Malala est plus forte Les talibans croyaient qu’ils pouvaient réduire Malala au silence en la tuant. Au lieu de cela, ils lui ont donné une voix encore plus forte, qui résonne à présent dans le monde entier. Malala est déterminée à continuer à se battre pour les droits des filles Aujourd’hui Malala a un fonds, le Fonds Malala, qui sera utilisé pour renforcer le droit des filles à l’éducation dans le monde entier. - Je ne veux pas être connue comme la fille sur qui les talibans ont tiré, mais comme la fille qui se bat pour l’éducation, dit-elle. 


Malala n’est pas seule. Les filles dont on parle ici, viennent toutes de la région où se trouvent des talibans. Tout comme Malala, elles se battent pour que les filles puissent aller à l’école. Pour elles aussi, c’est dangereux de le faire. C’est pour cela que leur visage est caché. Souvent des bombes explosent et elles doivent rester à la maison plutôt que d’aller à l’école.

Des filles cou

Les bombes ferment l’école « L’éducation c’est important. Cela change notre vie. Tout le monde a le droit à aller à l’école. Si je pense au futur, j’imagine que je suis enseignante, comme une enseignante que j’ai. Je vis dans une région instable. J’ai peur quand les bombes explosent parce que je ne peux pas aller à l’école. Je suis contente quand c’est calme et que je peux de nouveau y aller. Je ne veux pas manquer l’école. Malala est si chouette. Elle se bat contre les talibans dans notre région. C’est notre modèle. Tout le monde sait ce qu’elle pense et contre qui elle se bat. » Mariam, 12

L’instruction donne plus de travail « C’est bien d’être instruite. On peut choisir entre plusieurs métiers. J’aime les sciences naturelles et je veux être médecin. Tout le monde a le droit d’aller à l’école. Malala vient de Swat. Elle veut s’instruire et pense que toutes les filles y ont droit. C’est pour cela qu’on a tiré sur elle. Elle est importante et compétente. Dans notre région aussi c’est parfois difficile, comme à Swat. Nous voulons aussi nous instruire, même si c’est dangereux. Parfois, je dois rester à la maison, bien que je veuille aller à l’école. » Sheila, 11

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L’éducation c’est tout « L’éducation c’est tout. Ça améliore la vie et sans éducation je ne peux pas faire grand- chose. La formation juste peut signifier beaucoup. Tous les métiers dans mon pays que les garçons peuvent apprendre, peuvent aussi être appris par les filles. Si je veux, je peux être policière, soldat, pilote ou autre chose. Garçons et filles peuvent faire le même métier. La politique c’est aussi important. Sans politique, nous ne pouvons pas développer notre pays. Tout le monde a le droit de faire de la politique. Moi, aussi je veux en faire et quand j’aurai du pouvoir, j’irai travailler pour que chacun dans notre pays soit éduqué. Il faudra que ce soit une éducation de qualité. En ce moment, dans la plupart des écoles, nous n’avons pas une bonne organisation. On apprend surtout par cœur et les parents pauvres pensent qu’il vaut mieux que leurs enfants aient un travail et un revenu. Parfois, des bombes explosent dans notre région ce qui crée de l’insécurité. Alors je ne vais pas à l’école et je ne suis pas contente du tout. Je sais que je manque quelque chose d’important. Je suis reconnaissante envers Malala d’avoir été si claire en disant que chaque fille a le droit d’aller à l’école. Beaucoup de parents ici gardent les filles à la maison pour avoir un contrôle absolu sur elles. Moi et mes camarades parlons avec les enfants que nous rencontrons et les encourageons à commencer l’école. Nous parlons aussi avec leurs parents. Parfois, ils nous écoutent et les enfants peuvent aller à l’école. Je suis contente que Malala puisse continuer à étudier. Quand j’ai su qu’elle écrivait un journal, je m’en suis procuré un et depuis j’écris chaque jour. » Asma, 14


 TEXTE & PHOTO: BRIT T-MARIE KL ANG

rageuses

L’éducation développe notre pays « Chacun a droit à l’éducation, exactement comme moi. Notre pays ne pourra se développer que si chacun est éduqué. Tout le monde ne le sait pas, alors nous devons le dire et le répéter. Je parle avec mes voisins et avec d’autres personnes qui vivent dans les environs et plusieurs de leurs enfants ont pu commencer l’école. Pour moi c’est important que tout le monde soit éduqué et j’encourage ceux qui ont commencé à continuer et à être des élèves appliqués. L’ennui est que tant de filles n’ont pas le droit de sortir du tout de leur maison, à part le fait de ne pas pouvoir aller à l’école. C’est très triste. L’éducation pour tous est notre but, alors même si nous avons peur parfois et que beaucoup de gens parlent mal de nous, nous voulons nous instruire et nous continuons le combat ! Malala est comme nous et elle est notre modèle. » Rainaz, 14

Se bat pour les autres « Nous qui pouvons aller à l’école, nous savons que nous avons aussi la responsabilité des autres. Dans la région où je vis, il y a beaucoup de filles qui viennent de familles pauvres et personne ne s’est soucié de les envoyer à l’école. Parfois c’est suffisant que je parle aux filles, d’autres fois, je dois aller voir les parents et discuter avec eux. Ce qui fait que beaucoup d’elles vont maintenant à l’école. Nous avons beaucoup de problèmes dans notre région, les talibans, les bombes et des garçons désagréables qui crient des choses stupides aux filles qui vont à l’école. J’ai décidé de m’éduquer et pour cela, je dois aller à l’école même si le chemin de l’école est difficile. L’instruction c’est la lumière, si on l’allume, elle se répand et elle éclaire. Nous voulons cette lumière dans toute la région et dans tout le pays. Malala est si courageuse. Je pense exactement comme elle et je veux que tout le monde soit éduqué. Chaque fille a droit à l’éducation. Je suis heureuse d’avoir pu aller dans une école où on m’a appris à me battre pour les autres. On ne peut pas parler partout de Malala, Beaucoup sont contre elle et contre le fait que les filles soient instruites, mais nous sommes beaucoup à nous battre comme elle le fait. » Sofia, 15

C’est la responsabilité des parents « L’éducation est nécessaire pour que notre pays puisse se développer. Les parents ont la responsabilité d’envoyer leurs enfants à l’école. Où je vis, tout le monde a peur des talibans et des bombes. Il n’y a que quelques jours que c’est arrivé. Beaucoup n’osent pas sortir quand il y a des risques d’explosion. Je préfère quand même essayer de sortir, même si j’ai peur. Ma famille a aussi peur et attend que je rentre. Malala est si courageuse. Je l’admire. Elle a écrit un journal sur les talibans. Ils se sont fâchés et ils ont tiré sur elle. » Manoor, 14

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Les parents disent non « Nous travaillons en famille. Dès le lever du soleil nous nous rendons à la briqueterie. Afsana mélange l’argile et l’eau pour obtenir la bonne consistance et nous l’apporte dans une brouette. Je fais les briques et les dispose sur de très longues rangées. On compte ensuite les briques et on nous paye le nombre de briques que nous avons faites. Si je ne m’instruis pas, je devrais travailler à la briqueterie toute ma vie. Ce serait terrible. » « Je veux aussi aller à l’école. Papa dit non. J’ai aussi demandé à maman, mais elle ne veut pas non plus. Nos parents ne se soucient pas d’éducation. Pourtant, je sais bien que nous devons travailler. Si nous ne travaillons pas tous, nous n’avons pas assez d’argent. Si quelqu’un tombe malade, notre revenu baisse et nous devons acheter de la nourriture tous les jours. » Samina, 13, et Afsana, 12

Les filles rêvent d’une

Des milliers de Pendant des milliers d’années, on a fait les briques à la main. Aujourd’hui, les briques sont faites par des machines, presque partout dans le monde. Mais au Pakistan, beaucoup de familles luttent, dans des conditions proches de l’esclavage, pour fabriquer les briques à la main. Le travail est transmis des parents aux enfants à cause de la dette que les familles ont envers le propriétaire de la briqueterie. L’esclavage est interdit au Pakistan. Mais la carrière d’argile reste un endroit familier pour beaucoup d’enfants esclaves, qui en vérité, devraient aller à l’école. Samina

Afsana

Veut ouvrir une école « Nous travaillons tous ensemble, tous les membres de ma famille, même mes cinq sœurs et mon petit frère, qui n’a que cinq ans. Nous partons tôt le matin à la briqueterie. À une heure, nous, les filles rentrons ensemble et nous occupons du ménage. L’après-midi, nous jouons, souvent à cache-cache. Mon rêve est d’aller à l’école tous les jours. Quand j’aurai appris beaucoup de choses, j’ouvrirai une école où j’éduquerai d’autres enfants tout en gagnant ma vie. Mais ce n’est qu’un rêve. Alors, je me dis aussi que ce serait mieux de travailler à la maison, sans aller à la briqueterie. Mais nous avons besoin d’argent. Parfois, mes parents n’ont pas les moyens d’acheter de la farine pour le pain chapati. » Nosheen, 11

Voudrait s’asseoir

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Ne pense qu’à l’école « Je travaille à la briqueterie et, si je pouvais décider, ce n’est sûrement pas ce que je ferais. Le travail est très lourd. Quand je rentre le soir, je suis si fatiguée. J’ai mal partout. À la maison, je m’occupe avec ma sœur du travail ménager. J’ai prié papa de me laisser commencer l’école, mais il refuse. Mon rêve est de savoir lire, écrire et compter. Tous les jours, je réfléchis à la façon de m’instruire. J’aime regarder la télé, surtout les films d’amour indiens. En ce moment, il y a un film sur une femme qui meurt, mais son âme, plutôt que de monter au ciel, reste sur la terre et trouble un homme. » Rubina, 12

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« Nous partons tôt de la maison et marchons une heure pour arriver à la briqueterie. J’extrais l’argile et je la façonne en blocs qui seront ensuite mis dans des moules. Les blocs doivent tous être identiques, sans fissures ni grumeaux. Le soir, nous reprenons le long chemin pour rentrer où m’attend le travail ménager. Laver, nettoyer, épousseter, faire la vaisselle, la cuisine. Ça n’en finit pas. J’aimerais rester toute une journée assise à la maison sans travailler. Simplement m’asseoir et ne rien faire. Je rêve souvent que je vais à l’école, mais je sais que c’est


autre vie

briques et pas d’école

Est-ce que ma vie peut s’améliorer ? impossible. Si j’étais allée à l’école, tout serait différent. Je ne serai pas à la briqueterie, je saurais lire, écrire et enseigner tout ça à d’autres, dans notre région. Moi et toute ma famille aurions eu une autre vie. Les garçons et les filles font le même travail à la briqueterie, bien que les garçons aient des journées plus longues. Nous, les filles, nous rentrons et faisons le travail ménager. Souvent, le soir, on regarde la télé. Mon émission préférée s’appelle Balibulle et montre des adultes qui font les choses que font d’habitude les enfants. » Samina, 14

« J’ai toujours rêvé d’aller à l’école, mais j’ai toujours dû travailler. Je travaille depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir. Le travail de la briqueterie est si dur. Je suis toujours fatiguée et fiévreuse. J’ai les jambes enflées et je suis complètement recouverte de poussière. Quand je rentre exténuée, je dois faire le ménage, la vaisselle et préparer le pain chapati. Si je pense à ma vie, je me sens si triste. Je me demande pourquoi c’est si difficile et si cela peut s’améliorer. La vie des filles et celle des garçons qui travaillent à la briqueterie se ressemblent assez. Mais la ressemblance s’arrête là. Les garçons ne doivent pas faire le travail ménager ni demander la permission pour sortir. Ce que nous devons faire. Mon rêve est de changer de vie. J’ai acheté un livre pour apprendre à compter. J’ai appris à compter l’argent. J’aimerais devenir une femme d’affaires et quitter ce lourd travail. » Uzma, 15

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Rêves d’école sur le métier à tisser

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N’est jamais vraiment contente « Il n’y a pas de travail pour nos parents dans le désert. Alors, je dois aider ma famille. Mes quatre frères vont à l’école. Je noue des tapis avec mes sœurs. J’ai commencé à l’âge de quatre ans. Tôt le matin, après le petit déjeuner, je commence à travailler. Je noue jusqu’au moment de préparer le repas et je déjeune avec le reste de la famille. Ensuite je reprends le travail jusqu’au soir. J’ai toujours rêvé de commencer l’école. J’ai prié et supplié mes parents, mais ils répondent simplement : « Tu dois nouer des tapis. C’est notre revenu. » Je ne sais pas très bien comment c’est à l’école, je ne sais pas quelle différence cela ferait si j’y allais, mais je veux m’instruire. Je veux vraiment aller à l’école. Je n’aime pas du tout nouer des tapis. Je ne suis jamais vraiment contente. Le travail derrière le métier à tisser n’en finit pas. Mes frères vont à l’école. Quand ils sont libres, ils peuvent jouer. Nous, leurs sœurs, travaillons avec le métier à tisser et le ménage. Mes frères ne font jamais rien. Ici, on traite différemment les garçons et les filles. Il y a quelques mois, il y a eu le feu dans notre village, je n’ai rien vécu de si horrible. Beaucoup de maisons ont été détruites, la nôtre aussi et on ne peut plus utiliser notre beau panneau solaire. On n’a pas pu circoncire le feu. On a si peu d’eau. Il y a un corps de sapeurs-pompiers, mais ils sont arrivés deux heures et demi après le début de l’incendie et n’ont rien pu faire. Tout avait brûlé. » Roshni, 14

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Le sable du désert se faufile dans le cuir chevelu des filles et sous les vêtements. La chaleur et la poussière rendent l’air lourd. Une voix monotone décrit les motifs du tapis. De petits doigts habiles cherchent les bonnes couleurs et nouent rapidement selon les instructions. Un nœud et encore un nœud et ainsi de suite. Souvent ce sont les filles qui sont derrière le métier à tisser. Quand les filles qui habitent dans le désert se marient, elles vont habiter dans la famille du mari, dans un autre village. Les garçons restent. Ils doivent s’occuper des parents quand ceux-ci sont vieux. Il vaut mieux faire étudier les garçons, disent beaucoup de parents. Les filles noueront les tapis et contribueront aux tâches ménagères et au revenu de la famille.

Pendant que les enfants tissent, une voix psalmodiante décrit les motifs du tapis. Les enfants trouvent rapidement la bonne couleur et tissent selon les instructions.


Tisse tous les jours de la semaine « Je noue des tapis depuis toute petite, depuis huit ans au moins. Je suis allée à l’école quelques années, mais dans notre village, on ne peut pas continuer après la cinquième année. Je n’aime pas nouer des tapis. C’est ennuyeux, après un jour sur le métier à tisser, on a mal partout. Je travaille du matin au soir, souvent tous les jours de la semaine. J’aurais voulu continuer à aller à l’école. J’ai appris des choses, mais je voudrais en apprendre encore plus. C’est souvent, nous les filles qui travaillons, les garçons sont libres de jouer. » Lathmi, 14

Plus rien ne me fait plaisir

Ne veut pas penser au travail

« J’ai fait deux ans d’école, mais j’ai dû arrêter parce qu’il n’y avait pas d’enseignante. J’aimais tellement aller à l’école et j’ai eu beaucoup de chagrin quand j’ai dû arrêter. J’aurais tellement voulu continuer, mais je n’ai pas pu décider. On m’a obligée à travailler. Je n’ai pas assez d’éducation pour un autre métier et il n’y a rien qui me motive. Mon frère va à l’école et moi je suis ici à nouer des tapis. Nous n’avons pas les mêmes droits. Quels droits est-ce que j’ai ?

Ce n’est pas un bon métier de nouer des tapis, mais ici je ne peux rien faire d’autre. Je ne sais pas s’il y a quelque chose qui me fasse encore plaisir. Peut-être quand je mange. Je mange trois fois par jour. Au moins pendant ce temps, je ne suis pas derrière le métier à tisser ! » Roshni, 15

« Je noue des tapis depuis toute petite. Je n’aime pas ça et je ne veux pas continuer. Mon rêve est de pouvoir aller à l’école. Alors, je pourrais avoir un vrai métier. Il y a une école dans le village. Mes frères vont à l’école, alors moi aussi je devrais pouvoir y aller. L’enseignant des garçons vient chaque jour. Il y a aussi une enseignante pour les filles, mais elle ne vient pas, alors les filles ne peuvent pas aller à l’école. C’est plus facile pour les garçons. Ils vont chez l’enseignant qui se déplace. » Seeta, 15

Les garçons peuvent jouer - C’est le plus souvent nous, les filles qui devons travailler, les garçons sont libres de jouer, dit Lathmi.

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Malala a raison

La lumière de la vie

« C’est important que les filles soient éduquées. Si je veux trouver un travail, il vaut mieux que je sois instruite. Je peux trouver un meilleur travail. Si je peux consulter les livres, j’apprends tout le temps de nouvelles choses. Je suis heureuse de pouvoir aller à l’école. Malala a travaillé pour que les filles puissent aller à l’école. Elle a raison. Chaque fille doit avoir une éducation. C’est important que tout le monde le sache. » Sadia, 12

« La connaissance c’est comme la lumière de la vie. Si je suis instruite je peux choisir entre plusieurs métiers. Mon rêve est d’être une enseignante comme la mienne. Elle enseigne si bien. Mes parents n’ont pas eu d’éducation. Je suis heureuse d’avoir cette chance. Malala a bien fait de continuer l’école, malgré les menaces. Elle est très courageuse. » Amina, 15

Nous aimons Malala

Formation pour la vie

e r t o n t « Tou

« L’éducation c’est bien. J’apprends beaucoup à l’école, les bonnes et les mauvaises choses. L’éducation parle de la vie. Malala est exceptionnelle. Je ne connais personne de si courageux et qui réussisse si bien ce qu’elle fait. » Fauzia, 13

Prie pour Malala « L’éducation c’est important pour les filles. J’ai une enseignante super. J’aime tellement mon école. J’ai appris si bien à lire que je peux aussi lire à la maison. Malala est une personne magnifique car elle soutient l’éducation des filles. Les terroristes ont tiré sur elle, mais Dieu lui a offert une nouvelle vie. Je prie pour elle chaque jour pour qu’elle puisse continuer. » Zeenat, 12

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Malala est très forte « Grâce à l’éducation, je comprends mieux la vie. Garçons et filles vivent différemment. Mes frères peuvent jouer à la maison et à l’école. Moi, je peux seulement jouer à l’école. Maman me dit que je peux jouer dans la rue comme mes frères, mais je ne veux pas. Aucune autre fille ne le fait. Malala voulait aller à l’école, mais tout le monde n’aimait pas cela. On l’a menacée, mais elle a continué à y aller. Alors on a tiré sur elle. Elle est très forte et n’a pas perdu le combat. Elle veut que toutes les filles au Pakistan puissent aller à l’école. Elle a raison. » Amna, 12

Inutile sans éducation « Je suis en cinquième année, mais je veux continuer à étudier. J’aimerais surtout être enseignante, mais parfois je voudrais être aide-soignante. Si je n’ai pas d’éducation, je ne peux rien faire dans la vie. Ça ne sert à rien. Malala a été si courageuse d’oser aller à l’école malgré les menaces. » Razia, 15


Veut s’instruire

Je veux apprendre plus

« J’aime beaucoup aller à l’école et je veux m’instruire. Mon rêve est d’être enseignante. Mon enseignante est si belle et gentille. Je veux être comme elle. Malala a écrit des textes sur les études des femmes, elle a dit qu’elles doivent étudier, c’est pour cela que ceux qui pensent que les femmes doivent rester à la maison ont tiré sur elle. Elle est très courageuse. » Amna, 15

« Je rêve de pouvoir étudier plus. J’ai dû arrêter après la cinquième, mais je veux continuer. Je vois que d’autres enfants continuent leur formation. Je veux apprendre plus. Il y a tellement de choses que je ne sais pas. Ce que j’aimerais surtout c’est être enseignante. J’aime beaucoup Malala. Elle se bat pour que les filles aient une formation. » Shamim, 16

a r e s s y pa

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éduqué ! » Peut aider les parents

Les femmes instruites développent la société « C’est très important que les femmes aient une éducation. Les femmes éduquées influencent beaucoup l’évolution d’une société. Elles savent aussi qu’elles ont des droits. Elles obtiennent leurs droits et elles les étendent aux autres. Malala sait que chaque fille a droit à une formation. Ceux qui n’aiment pas ça ont essayé de la tuer. Mais Allah la sauvée et elle a recouvré la santé. » Warda, 15

« Mes parents ne savent ni lire ni écrire. Si je m’instruis je pourrai les aider. Mon rêve est d’être policière. J’ai vu des femmes policières à la télé et c’étaient de braves personnes. J’ai vu Malala à la télé et quand elle était debout dans sa classe et parlait d’éducation. Je l’aime beaucoup. » Asma, 13

Tout le pays sera éduqué « C’est important que les filles soient éduquées. J’apprends à lire et à écrire et bien d’autres choses que je ne connaîtrais pas, sinon. Malala veut s’instruire, mais elle veut aussi que chaque fille au Pakistan ait une éducation et que notre pays soit un pays éduqué. Elle a écrit un journal sur les talibans et sur la situation des filles. Les terroristes ont tiré sur elle. Elle est très courageuse, un exemple important pour nous tous. » Aisha, 12

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Travaux ménagers toute la journée Au Pakistan, une fille doit pouvoir s’occuper de tout. Balayer, nettoyer, prendre soin des frères et sœurs plus petits, faire la vaisselle, la lessive, le thé et la cuisine. Les filles qui travaillent à la briqueterie, aux champs, qui nouent des tapis, qui trient et ramassent les déchets ont de longues et dures journées de travail. Mais, quand elles rentrent, elles doivent aussi s’occuper du ménage. Beaucoup de filles travaillent chez les autres. Souvent, la fille est toute seule avec ses patrons, est mal payée et n’ose rien dire si on la maltraite. « Je travaille chez les autres. Ce que je

Le ménage à la maison et Devrait étudier toute la journée en dehors « Aussi loin que je me souvoudrais par-dessus tout, c’est aller à l’école, mais mon père dit que ça ne se fait pas. Je n’ai pas le droit de sortir de la maison. Je rêve souvent de pouvoir commencer l’école, mais la tradition dans notre village dans le Balochistan ne le permet pas. Si je pouvais décider, je choisirais une vie qui me permette d’aller à l’école. Je ne travaillerais plus un seul jour chez les autres, mais j’irasi à l’école et j’étudierais toute la journée ! » Fareeda, 14

Aucune fille du village de Fareeda ne doit être photographiée.

vienne, j’ai travaillé à la maison. J’ai commencé l’école mais je n’ai pas pu continuer. C’était si amusant et si intéressant d’apprendre de nouvelles choses. J’aimerais tellement continuer l’école, mais je ne peux pas. Je travaille toute la journée, à la maison et à l’extérieur. Tous les jours de la semaine. » Rafia, 10

Papa dit non à l’école

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Veut être médecin « Je suis allée à l’école pendant trois ans. Puis, j’ai été obligée de travailler. Je fais tout ce que ma patronne me demande. J’aimerais tellement retourner à l’école. J’ai l’impression que je ferai les travaux ménagers toute ma vie. J’aimerais surtout être médecin ou soignante, mais souvent on n’a pas assez d’argent pour acheter la nourriture. C’est pour cela que je dois travailler. » Shumaila, 13

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« Je me lève à cinq heures, balaie, mets de l’ordre dans la maison et prépare le petit déjeuner. Ensuite, je vais dans la famille où je travaille. Je balaie, prépare le petit déjeuner, fais la vaisselle, lave le sol, les vêtements, je garde les plus petits, je les lave et leur fais faire leur bain. Puis, c’est l’heure du prochain repas, la vaisselle et le ménage. Le soir, quand je rentre, je fais les travaux ménagers. Mon plus grand rêve est de m’instruire. J’ai demandé plusieurs fois à mon père de pouvoir aller à l’école, mais il me dit que c’est ainsi dans notre

famille, c’est notre tradition et qu’il ne veut pas en parler. Mes trois frères vont tous à l’école, l’après-midi, ils jouent au cricket. Je suis si triste de devoir travailler ainsi et je me demande souvent comment serait ma vie et celle de ma famille si je pouvais m’instruire. Je veux pouvoir lire des livres et savoir ce que

disent les journaux. Plus que tout, je voudrais être enseignante. » Sapna 12


La chaleur de l’été fait trembler l’air. Il fait presque 50 degrés. Enfants et adultes traînant de grands sacs en plastique, retournent dans leur petit village. Ils ont traversé quartier après quartier dans la chasse aux déchets que l’on peut vendre. Les maisons basses avec les parois en barres étroites et avec, sur les toits, des bouts de plastique et des morceaux de tôle, sont bien nettoyées, propres, fraîches. Autour du village, il y a des déchets non triés, amassés en hauts tas. À chaque famille est imparti un tas de déchets.

Pas d’école dans le village des déchets L’école, ce n’est pas pour moi « Je suis la seule fille de la famille et j’ai la responsabilité avec maman de tout le travail ménager. Je ramasse aussi les déchets et j’en trouve jusqu’à quatre kilos par jour. Parmi les déchets, il y a des bouts de tôle, du verre cassé, des seringues et des aiguilles. Parfois je me blesse. Alors, je lave la blessure et je mets un pansement. J’ai demandé à papa de me laisser aller à l’école. Il m’a dit que ce n’était pas possible parce qu’il avait perdu sa carte d’identité lors de la dernière inondation. Je sais bien que je dois travailler. L’école, ce n’est pas pour moi. Pourtant je rêve d’être médecin ou soignante. » Asma, 10

Un revendeur lie de gros sacs avec des déchets triés sur la plateforme de son camion et ceux qui ont vendu comptent leur argent.

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Je dois mendier

Le sarclage plu

« Maman est morte il y a sept mois. Elle allait avoir un enfant et est tombée gravement malade. On l’a transportée à l’hôpital, mais elle est morte à son arrivée. Grand-maman et papa ramassent les déchets toute la journée. Moi, je mendie. Je ne veux pas, mais j’ai dû le faire quand maman est morte. Je dis : « Pour l’amour de Dieu, donnez-moi du pain. » Parfois on me donne quelques pièces, la plupart passent sans me voir. Bien sûr, j’aimerais aller à l’école, mais ce n’est pas possible. Je dois m’occuper de mes petits frères et sœurs. Ce n’est même pas la peine de demander. » Seema, 11

L’école n’est qu’un espoir « Je me suis mariée l’année dernière avec mon cousin et je suis allée habiter chez lui. Le mariage était spécial. J’avais de beaux vêtements rouges, avec un grand châle rouge et il y avait plein de monde. On a fait une fête et nous avons bien mangé. Certains nous ont fait des cadeaux, du tissu ou des vêtements. J’ai un mari très gentil. Il ne me bat pas, mais, si le repas n’est pas prêt quand il rentre, il se met en colère. Mon mari ramasse les déchets. Puisque je suis mariée, je ne sors pas dans la rue. Quand il rentre, je trie les déchets. Ma belle-mère ramasse aussi les déchets et mon beau-père est mendiant. J’ai eu une éducation religieuse chez un voisin, quand j’habitais chez mes parents, et je connais la moitié du Coran par cœur. J’aimerais aussi pouvoir aller à l’école. Quand je l’ai demandé à papa, il m’a dit que c’était impossible. Si j’avais une éducation, je pourrais avoir une vie meilleure. Ce n’est qu’un espoir. Il semblerait que mon avenir sera pareil à mon présent. Je suis contente quand je suis avec mon mari et nous parlons. Nous n’avons pas de télé, mais il y en a une au village et parfois je la regarde. » Razia Bibi, 15

Toute l’année les filles arrachent les mauvaises herbes sur de longues rangées, où poussent entre autre, du blé, du coton et du piment. - Quand on a fini, les mauvaises herbes au début de la rangée ont repoussé et nous devons recommencer, soupire Chanda. Quand elles ne travaillent pas aux champs, les filles doivent aller chercher l’eau, faire les travaux ménagers et réparer la maison en terre-argile. Il n’y pas de temps pour l’école.

Les gens de la télé sont tous instruits

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« Quand je ne travaille pas aux champs, je répare notre maison ou je fais les travaux ménagers. Je rêve d’aller à l’école. Si j’ai les moyens, j’irai à Kunri pour étudier. Mon plus grand rêve est de m’instruire. À la télé tout le monde est si cultivé, tous dans toutes les familles. Il y a une télé dans notre village. Tout le monde ne peut pas y aller, mais moi si. Je veux être comme Sania. Elle est mariée à Sutley, le héros de ma fiction préférée à la télé. » Mumal, 13


tôt que l’école

La seule fille à aller à l’école « Je suis inscrite à l’école dans la ville la plus proche d’ici. Cette année, j’ai réussi les examens pour passer en deuxième année et ai reçu les livres pour la troisième. C’est trop loin pour aller à l’école à pied. Je dois prendre le bus qui ne vient pas tous les jours. Je suis si déçue quand j’attends et le bus ne vient pas. Je veux apprendre plus, mais ça ne marche pas toujours. Chaque jour j’attends le bus et je suis si contente quand il vient. » Mavi, 10

Pas de pause, pas de repos

Mon grand rêve « Je ne suis jamais allée à l’école. Il n’y a pas d’école ici. Je ne sais pas exactement ce qu’ils font, mais si j’y allais, j’apprendrais à lire les journaux. En fait, l’école est mon plus grand rêve, mais je suis déjà trop âgée. » Chanda, 12

Mavi est la seule fille du village qui va à l’école. Elle y va avec son frère et les camarades de celuici. Elle montre fièrement le livre de troisième, recouvert de papier cousu avec du fil pour qu’il tienne toute l’année.

La longue journée d’une jeune paysanne : Préparer le petit déjeuner Faire la vaisselle Balayer Nettoyer les cages des animaux Travailler aux champs Aller chercher le fourrage pour les animaux Aller cherche l’eau Préparer le déjeuner Faire la vaisselle Travailler aux champs Préparer le dîner Abreuver les animaux Dîner Faire la vaisselle Préparer les lits pour la nuit

Rêves d’école

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« Je rêve de pouvoir un jour aller à l’école, mais il y a toujours tellement à faire à la maison et aux champs. Je rêve quand même comment ce serait si je pouvais vraiment y aller. Les filles n’ont pas les mêmes droits que les garçons dans notre village. Les parents aiment mieux les garçons qui peuvent rester avec eux toute la vie. Nous, les filles allons vivre chez quelqu’un d’autre quand nous nous marions. » Dema, 13


Zahida a été vendue « Je n’avais que 14 ans quand on m’a mariée. Mes parents sont très pauvres et quand on leur a offert 100.000 roupies (950 USD) pour que je me marie, ils ont aussitôt décidé qu’il y aurait mariage.

P

ersonne ne m’a demandé mon avis. J’étais désespérée. Je ne faisais que pleurer. Je me suis sauvée et je suis allée chez une famille voisine. Ils ont toujours été si gentils avec moi. Mes parents ont pensé que je m’étais réfugiée chez eux et sont venus me chercher. Ils étaient si fâchés, ils m’ont battue et ils m’ont dit que ce n’était pas à moi de décider de ce qu’il fallait faire. Mon mari et mes beaux-parents ne sont pas

contents de moi. Ils se plaignent tout le temps et mon mari me bat quand ça ne va pas. Les premiers temps, j’en voulais tellement à mes parents, mais ils sont pau­ vres et ils avaient besoin d’argent. Je leur ai pardonné et maintenant je suis contente quand ils viennent nous voir. Je peux rencontrer mes parents même si mon mari se fâche quand ils viennent ou quand je vais

leur rendre visite. Je n’ai plus le droit de voir mes amies et elles n’ont pas le droit de venir me voir. Elles mes manquent. Pour moi, il n’y a pas de possibilité d’éducation. C’est comme si ma vie était finie. Les parents n’ont pas le droit de faire cela à leurs filles. Les filles ne doivent pas se marier avant l’âge adulte. C’est aux parents de leur assurer une vie digne. »

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Enseignants indifférents « J’ai pu aller à l’école, mais je n’ai pas appris à lire, écrire ou compter. On me faisait simplement passer, chaque année, à la classe supérieure. Je peux écrire mon nom, c’est tout. Quand maman est tombée malade et on a eu besoin d’aide à la maison, j’ai dû arrêter l’école. Puis, après sa maladie, j’ai dû commencer à coudre des ballons de football avec elle. Les enseignants ne se souciaient pas de moi. Ils ne me voyaient pas. Bien sûr, je veux m’instruire. Mes parents ne sont jamais allés à l’école, alors ils ne pouvaient pas m’aider. Maintenant, on va m’aider à travers mon travail à apprendre à lire et à écrire. Je pourrai prendre quelques heures par jour pour suivre des cours. Malala veut que les filles aient le droit à l’instruction. C’est bien qu’elle se batte pour que les filles s’instruisent. Il en faut plus comme elle. » Fatima, 16

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Tu doi - Toi aussi tu dois te marier Perveen ! C’est bien que toi et Yasmeen vous vous mariez le même jour. Nous avons trouvé un homme pour toi. Les mariages c’est cher, alors on fait des économies si vous vous mariez en même temps. Perveen est choquée quand sa mère dit qu’elle doit se marier en même temps que sa grande sœur.

J

«

’avais 11 ans. Je ne voulais pas me marier et je n’avais jamais rencontré mon futur mari. J’étais désespérée. Deux jours avant le mariage, une vieille parente m’a expliqué quels étaient mes devoirs. Vivre avec un homme, jour et nuit. J’ai eu si peur, j’ai essayé de dire à maman que je ne voulais pas me marier. Elle m’a simplement répondu : Tu dois obéir, toutes les filles se marient et maintenant, c’est ton tour ! Était désespérée Je n’ai pas pu protester. Les filles doivent être obéissantes quand les aînés commandent.

Fatima coud des ballons de football, mais s’instruira aussi.


is te marier ! Personne ne m’a demandé ce que je voulais. Yasmeen, ma grande sœur, qui alors avait 13 ans, connaissait son futur mari. Ils avaient parlé et ils s’aimaient bien. Elle était contente. On a préparé le mariage pendant plusieurs jours. Les filles de notre région, les amis et les voisins ont chanté pour nous et nous ont donné du henné. Moi j’avais peur et j’aurais voulu disparaître, mais je ne savais pas où aller. Nous, les filles, nous devons paraître tristes quand nous nous marions. Sinon tout le monde dit que nous n’aimons pas notre maison et nos parents de qui nous nous séparons en nous mariant. Personne ne n’est soucié de mon désespoir ou a compris qu’il était vrai. Jamais assez bien Le jour du mariage, on a pris un bain le matin et on a préparé un dessert traditionnel, du khir que l’on fait avec du

Les invités au mariage, avec tambours et trompettes, sont en route vers la maison de la famille du mari.

riz, du sucre, du lait et des amandes. Ensuite on a mis nos nouveaux vêtements rouges et nos nouveaux bijoux en argent, que nous avions reçus de nos futurs beaux-parents. En dernier, on a chaussé nos belles chaussures rouges. Nos amies nous ont peint de beaux motifs au henné sur les mains. Le mariage s’est tenu chez nous et le soir, nous sommes allées avec notre parenté dans le foyer de nos beaux-parents, qui est devenu aussi notre foyer. J’avais peur et j’avais envie de pleurer, je ne voulais qu’une seule chose : rester à la maison. Je devais désormais m’occuper des travaux ménagers avec ma belle-mère. Je me sentais tout le temps obserLa mariée attend qu’on l’amène dans la famille du mari.

On a marié Perveen quand elle avait onze ans et elle n’a jamais pu aller à l’école.

vée. Je faisais de mon mieux, mais ma belle-mère et les sœurs de mon mari n’étaient jamais contentes. Elles se plaignaient, faisaient des grimaces ou soupiraient quoi que je fasse. École pour la vie Après quelques mois, mes beaux-parents m’ont ramenée chez ma mère et toute la famille, y compris mon mari, est partie pour la grande ville de Karachi. Mon mari avait des problèmes de drogue. Il y a une année, il est revenu vers moi. Il ne consomme plus de drogues. Nous vivons tous les deux chez ma mère. Je continue à travailler avec maman dans diverses maisons. Mons mari travaille parfois. Nous ne sommes jamais allés à l’école. J’ai vu les enfants qui vont à l’école. Ce qui me fait envie, mais nous devons aider maman depuis que papa est mort de tuberculose. Si j’avais pu aller à l’école, on aurait mieux appris à connaître la vie et on aurait vécu différemment. 

Le plateau avec tout ce qu’il faut pour la cérémonie du henné, le jour du mariage.

Quand la peinture au henné est terminée, on le lave et il change de couleur.

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Vote pour les mêmes droits aux filles

En parler à l’école

« Garçons et filles ne vivent pas de la même façon au Pakistan. Nous devons avoir les mêmes droits. Ce n’est pas le cas en ce moment et c’est peut-être très difficile de changer. On doit en parler et ensuite on vote pour savoir si on peut abolir les injustices qu’il y a aujourd’hui. On doit choisir un bon chef qui travaille pour que les injustices disparaissent de notre société. » Baber, 12

s n o ç r a g Les

« Tout le monde doit avoir les mêmes droits, le droit d’aller à l’école et le droit de jouer. Ce qui n’est pas le cas. C’est surtout injuste envers les filles. Elles ne peuvent pas jouer à l’extérieur. C’est difficile de changer les choses. Les parents ne sont pas toujours instruits et ils ont appris de leurs parents que les filles ne doivent pas sortir. Ce qui fait qu’il n’y a pas de protection pour les filles. Les filles qui sortent sont harcelées. C’est mal. Nous devons respecter tout le monde. La société peut changer cela. C’est important d’en parler à l’école, mais ce n’est pas ce qui se fait. » Nazar Abbas, 15

s t i o r d et les

Mieux si égaux

Les parents ont une autre façon de penser

 TEXTE & PHOTO: BRIT T-MARIE KL ANG

« Chez nous les garçons et les filles n’ont pas les mêmes droits. Les garçons ont la permission de sortir et d’avoir des activités. Les filles ne peuvent pas. Les enseignants et les parents devraient réfléchir à cela. Ce serait mieux si c’était pareil. » Haseeb, 12

Travailler ensemble pour les droits des filles « Les filles doivent avoir les mêmes droits que les garçons, mais ce n’est pas le cas. Un bon gouvernement peut changer cela. Le plus important est que chacun puisse aller à l’école, les filles comme les garçons. Ils doivent avoir les mêmes droits aussi à la maison, mais la maison et l’école doivent alors travailler ensemble. » Ali Usama, 15

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« Les filles n’ont pas les mêmes droits que les garçons. Les parents ne traitent pas les filles et les garçons de la même manière. Ils ont une autre façon de penser et nous devons leur obéir. Les garçons ne peuvent pas s’occuper du ménage, les filles ne peuvent pas sortir quand elles veulent et comment elles veulent. Le Pakistan a une équipe féminine de cricket, mais ma sœur ne pourrait jamais en faire partie. C’est l’avis de ma famille. » Umer Altaf, 15

On doit travailler ensemble « Les garçons et les filles doivent avoir la même éducation. Nous ne devons pas aller dans les mêmes écoles, mais les écoles doivent avoir la même qualité. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, avec plus de ressources pour faire quelque chose. Beaucoup de gens doivent travailler ensemble, un tout seul ne fait pas la différence. Les filles sont meilleures pour le ménage. Les filles doivent aussi avoir la possibilité de jouer au cricket. Je permettrais à ma sœur de le faire. » Said-ur-Rehman, 14


Difficile de changer On est égaux, mais... « Il ne doit pas y avoir de différence entre les droits des garçons et des filles. La différence c’est le purdah, le fait que les filles doivent se couvrir. Si une fille ne peut pas aller à l’école ouvertement, elle peut se couvrir en sortant et aller à l’école et où elle veut. Les filles doivent rester entre filles. Nous avons des règles différentes. Si le frère décide que sa sœur ne sortira pas, elle doit rester à la maison. C’est difficile de changer ça. » Wahab Gul, 16

« Dans ma région, nous avons les mêmes droits. Nous avons le même système éducatif et la même éducation. Cela devrait être pareil, mais parfois ce n’est pas le cas. Nous devons obéir à nos parents qui n’agissent pas de la même façon envers nous. Nous avons des règles différentes. C’est bien, car dans notre culture, les femmes ont des problèmes si elles sortent. » Sajjad, 10

s e l l fi s e d au Pakistan Ce sera comme toujours

« Les garçons comme les filles doivent avoir un travail et des responsabilités dans notre société. Dans mon village, les filles travaillent plus à la maison et les garçons plus à la briqueterie. Ils font des choses différentes. Peut-être qu’il faudrait que ça change, mais moi je pense que ça doit continuer ainsi. À mon avis, c’est mieux. » Wakas, 11

Les jeunes, nous devons parler aux familles « Les garçons et les filles ont les mêmes droits à l’éducation, c’est la responsabilité des parents. Nous, les jeunes, nous sommes aussi responsables, nous devons parler aux familles qui ne respectent pas cela. Nous devons donner l’exemple pour que ceux qui dénient leurs droits aux filles et surtout le droit à l’éducation, sachent qu’ils ont tort. Les filles peuvent tout faire comme les garçons, par exemple jouer au cricket, mais on ne peut pas le faire ouvertement, dans la rue, sinon elles se font harceler. » Ubaid Ullah, 13

Mêmes règles et mêmes droits « Les filles et les garçons doivent avoir les mêmes droits à l’éducation et les mêmes règles à la maison et à l’école. Il faut qu’il y ait plus de femmes enseignantes pour pouvoir instruire toutes les filles. Elles ne peuvent pas avoir des hommes comme enseignants. Dans notre région, les filles ne peuvent pas sortir sans protection. Elles sont harcelées dans la rue. Si je pouvais, je donnerai aux filles des zones spéciales où elles seraient en sécurité. Les filles doivent avoir les mêmes droits, mais mes parents ne l’acceptent pas. » Shakeel, 17

Doivent avoir les mêmes droits « Les garçons et les filles ont les mêmes droits. Cela concerne l’éducation et l’héritage. Si on viole les droits des filles, les gens qui vivent dans le village doivent parler aux parents. Jeunes et moins jeunes peuvent assumer cette responsabilité. Les filles ne peuvent pas sortir comme les garçons, si elles le font, elles sont harcelées. Nous devons trouver le moyen pour qu’elles puissent aussi faire ce que nous faisons, par exemple jouer au cricket. Elles peuvent le faire à l’école. Elles doivent avoir les mêmes droits. » Qadeer, 14

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Pourquoi John a-t-il été nominé ?

Nominé Héros des Droits de l'Enfant • Pages 48–67

John Wood

 TEXTE : CARMILL A FLOYD PHOTO : KIM NAYLOR & ROOM TO READ

John Wood a été nominé au Prix des Enfants du Monde 2014 pour un combat de 15 ans pour le droit à l’éducation des enfants. John a quitté son poste de chef chez Microsoft pour réaliser son rêve : Combattre la pauvreté en offrant aux enfants du monde entier la possibilité d’aller à l’école. John dit que si les enfants savent lire et écrire, ils peuvent mieux se protéger contre les abus, la traite de personnes et l’esclavage, et exiger le respect de leurs droits. John et son organisation Room to Read ont construit près de 1.700 écoles et plus de 15.000 bibliothèques scolaires dans quelques pays parmi les plus pauvres du monde. Ils ont publié 874 livres pour enfants dans les langues locales et distribué près de dix millions de livres à des enfants pauvres qui n’avaient jamais eu accès aux livres. John et Room to Read misent surtout sur l’éducation des filles en aidant plus de 20.000 filles pauvres à continuer leur scolarité et à se construire une vie meilleure. Room to Read œuvre au Bangladesh, Cambodge, Inde, Laos, Népal, Afrique du Sud, Sri Lanka, Vietnam, Zambie et Tanzanie, et touchent 7,8 millions d’enfants !

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John Wood a abandonné sa carrière chez Microsoft afin de se battre pour les droits de tous les enfants à l’éducation. Son organisation Room to Read bâtit des écoles et des bibliothèques pour les enfants les plus pauvres dans dix pays, publie des livres pour enfants et lutte pour l’éducation et les droits des filles. John dit que l’éducation est le meilleur moyen de combattre la pauvreté.

T

out commence à Hong Kong, il y a 15 ans. John est un haut dirigeant chez Microsoft. Il voyage dans toute l’Asie où il rencontre des centaines de personnes et ses journées sont très longues. La carrière est bien entamée, mais au bout de sept ans, John n’en peut plus. Il profite de ses vacances pour réaliser un vieux rêve : marcher dans les montagnes de l’Himalaya au Népal, loin

des ordinateurs et des sonneries de téléphone. Au sommet de la montagne Quelques semaines plus tard, John est dans une petite maison de thé au sommet d’une montagne dans l’Himalaya. Il a marché plusieurs heures et commande une boisson au petit garçon qui sert les clients. Le garçon revient avec une bouteille. John connaissait quelques mots de népalais et dit :

Quand John est arrivé à l’école dans l’Himalaya et a sorti les livres c’était la folie ! Tous voulaient regarder, feuilleter et lire.

– La bouteille est trop ”tato” (chaude). En as-tu une ”chiso” (froide) ? Le garçon fait non de la tête. Dans les montagnes, il n’y a pas de réfrigérateurs. Mais soudain, le garçon a une idée. Il s’élance en bas de la pente escarpée, vers le fleuve et met la bouteille dans l’eau qui vient des glaciers. John rit en levant le pouce et un homme à côté de lui se met aussi à rire. – Est-ce que tous les enfants au Népal sont aussi malins que lui ? demande John. – Ici nous devons être inventifs, car nous avons si peu, dit l’homme. Il s’appelle Pasuphati et travaille pour


l’école du district. En ce moment, il visite les écoles des montagnes et s’informe de ce qui manque. – Ils ont besoin de presque tout, explique-t-il à John. Venez avec moi demain et vous verrez. 50 élèves par classe Le lendemain, John jette son lourd bagage sur son dos, rempli de coûteux équipements de camping. Pasuphati n’a qu’un petit portefeuille et gravit la montagne à pas rapides. John a de la peine à le suivre bien qu’il ait vingt ans de moins. L’air se raréfie avec l’altitude et pendant qu’ils grimpent, Pasuphati explique que le Népal est l’un des pays les plus pauvres du monde. – Quand nous arriverons à l’école, tu pourras voir que nous sommes trop pauvres pour assurer une éducation. Mais sans éducation, nous resterons toujours pauvres ! John est prévenu, mais en parcourant le bâtiment délabré, il est bouleversé. Le sol des salles n’est plus que de la boue après les dernières

Quand Room to Read a publié son dixmillionnième livre pour enfants, au Vietnam, les enfants ont tenu une cérémonie avec John dans leur école !

pluies. Il fait 40° sous le toit en tôle, réchauffé par le soleil. Une cinquantaine d’élèves sont entassés dans chaque classe. Les enfants n’ont pas de tables, ils sont assis les uns contre les autres le long de longs bancs avec un carnet de notes sur les genoux.

Une bibliothèque sans livres Le directeur propose de terminer la visite dans la bibliothèque et John est très curieux. Il a toujours aimé les bibliothèques, depuis tout petit. John était enfant unique et parfois il aurait voulu avoir quelqu’un avec

qui jouer. Alors maman lui disait : « Avec un bon livre, tu n’es jamais seul ». On ne pouvait emprunter que huit livres par semaine à la bibliothèque de la petite ville où habitait John, mais le bibliothécaire et John avaient

Pendant une excursion dans la montagne au Népal, John Wood a visité une école pauvre qui ne possédait pas de livres dans sa bibliothèque. Six mois plus tard, il est retourné dans l’Himalaya avec des milliers de livres transportés par des yacks et des ânes.

John et Room to Read; • Collaborent avec les départements de l’instruction pour développer les livres scolaires et une meilleure méthode d’enseignement. • Construisent des bibliothèques scolaires et les remplissent de livres, puzzles, jeux, meubles de couleurs vives et coussins qui rendent la bibliothèque un des lieux préférés des enfants. • Demandent aux auteurs et artistes locaux d’écrire et illustrer de nouveaux livres pour enfants dans la langue locale, pour que les enfants aient de bons livrent dans lesquels ils se reconnaissent. Dans beaucoup de langues il n’y avait pas de livre pour enfants. • Construisent ou rénovent pour que les enfants aient des classes lumineuses et sûres où l’apprentissage est facile. • Octroient des bourses et le soutien aux filles qui, sans cela, seraient obligées de quitter l’école pour travailler ou se marier.

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un accord secret. Il pouvait emprunter douze livres, mais il ne devait le dire à personne ! Le directeur ouvre une porte sur laquelle est écrit bibliothèque. Mais la pièce est complètement vide. Pas d'étagères ni de chaises, de tables ou de lampes. Et pas de livres. Dans un coin il y a une petite armoire. – Nos livres sont si rares. Nous devons les protéger, explique le directeur pendant qu’il ouvre les cadenas des portes de l’armoire. John espère que l’armoire sera plein de livres. Mais il n’y a que de vieux livres de poche que les touristes ont laissés. Ce sont des livres pour adultes en anglais et en italien. En un instant la vie de John est bouleversée. Au moment où il quitte le village, le directeur lui dit : – Peut-être reviendras-tu un jour avec quelques livres ? Un yack chargé arrive John retourne au travail à Hong Kong et se met à téléphoner et à écrire à tous ceux qu’il connaît chez lui, aux États-Unis. Il leur demande d’envoyer à ses parents tous les livres pour enfants dont ils n’ont plus besoin. Bientôt leur garage est plein à craquer de caisses de livres. La nièce de John, qui a huit ans, organise un concours pour voir qui recueillera le plus de

John aime voyager et rencontrer les enfants que Room to Read a pu atteindre, ici au Vietnam.

livres. Tout le monde s’y met et, six mois après, John retourne au Népal avec son père avec des milliers de livres dans les bagages. Les livres sont transportés par des ânes et des yacks avant la montée dans les montagnes. À l’approche du sommet où se trouve l’école, John voit une foule énorme. Enfants, parents et enseignants sont là pour accueillir la livraison de livres. Les élèves vont à leur rencontre avec des guirlandes de fleurs

Mon livre préféré Prakash, 11 (le nom signifie Lumière) – Mon livre préféré s’appelle Jackie, la difficile. Si je devais écrire un livre, il parlerait d’enfants handicapés, parce que j’ai un ami qui est handicapé.

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et quand ils ouvrent les paquets, c’est la folie ! Les enfants s’assoient un peu partout sur le flanc de la montagne en feuilletant les livres multicolores. Plus tard, pendant le dîner, le père de John demande : – D’accord ! Et maintenant ? John n’y a pas encore pensé, mais les idées se bousculent dans sa tête. Jusqu’à ce jour il n’avait pensé qu’aux gains de son entreprise et aux chiffres de vente. À ce qui enrichit encore plus les riches et lui

offre une augmentation de salaire, une nouvelle voiture et une maison plus grande. Mais soudain cela n’est plus important. John a décidé. Il quittera son super travail et consacrera tout son temps et ses économies afin de donner aux enfants du monde entier l’accès aux livres. Des milliers de nouvelles bibliothèques Beaucoup croient que John a perdu la raison quand il a quitté son travail et a créé

Dipa, 9 (Flamme) – J’aime le livre Tempo parce qu’il a de magnifiques dessins. Mon livre parlerait de moi et de ma sœur.

Sirjana, 14 (Création) – J’aime les histoires où les personnages sont des animaux. Mais si j’écrivais un livre, il serait réaliste et parlerait de mon village. Il s’appellerait « L’histoire de mon village» ou peut-être « Sami et les chèvres », parce que je m’occupe de nos chèvres.


Room to Read utilise souvent des jeux pour rendre l’apprentissage plus divertissant. Ici John essaie un jeu d’orthographe avec une fille en Zambie.

l’organisation Room to Read, (Salle de lecture). Mais ses parents le soutiennent. Très vite, il trouve plusieurs personnes qui veulent travailler avec lui. John explique son idée à tous ceux qui veulent bien l’écouter. Certains sont des gens riches qu’il a connus quand il était un haut dirigeant. Beaucoup acceptent de le soutenir pour que les enfants apprennent à lire et à écrire. Ils envoient des livres mais aussi de l’argent pour que John puisse recruter des

assistants et construire plus de bibliothèques. Room to Read croît rapidement. On construit des bibliothèques pas seulement au Népal, mais aussi au Cambodge, au Vietnam, en Inde, en Afrique du Sud et au Bangladesh. Mais John et ses assistants se rendent vite compte qu’ils ont oublié quelque chose d’important. Ils ont ouvert des milliers de bibliothèques scolaires et les ont remplies avec des livres pour enfants en anglais ! Les

enfants doivent pouvoir lire dans leur langue. Mais il n’existe presque pas de livres pour enfants en népalais ou en khmer, langue parlée au Cambodge. – Nous devons trouver de bons auteurs et illustrateurs et publier des livres dans la langue même des enfants, dit John. Vers 100 millions d’enfants Aujourd’hui Room to Read est une organisation internationale présente dans dix

Pas de voiture pour les chefs ! Dans beaucoup de pays pauvres, les rues fourmillent de jeeps chères. John s’est mis en colère quand il a réalisé que la plupart appartenaient aux chefs d’organisations qui aident les gens pauvres. Une jeep peut coûter près de 75.000 dollars US – avec cet argent on peut instruire 300 enfants pendant une année. Rom to Read a décidé que ses chefs prendraient le bus plutôt que de rouler dans une jeep avec chauffeur.

Nirjala, 9:

Dipak, 12

– J’ai lu Chandramukhi au moins dix fois. C’est une fable à caractère historique. J’ai pensé écrire un livre, mais j’ai oublié sur quoi !

(Lumière) – Mon livre préféré c’est L’homme et le miel. Il parle des différentes traditions des villages. J’aime les devinettes, alors j’aimerais écrire un livre avec pleins de devinettes.

Krishna, 9 (nom d’un dieu hindou) – La maison des souris est mon livre préféré. Il parle de souris qui travaillent. Je voudrais écrire un livre pour soutenir les paysans. Où je vis, il y a beaucoup de paysans et la vie est dure pour eux.

Binod, 10 (Nouveau) – J’aime bien le livre Mon jardin, qui explique comment cultiver, enlever les mauvaises herbes, arroser etc. Si j’écrivais un livre, ce serait sur notre vache qui s’appelle Eyeliner.

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 TEXTE: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

La bibliothèque est le cœur de l’école ! Sudip, 13 ans et ses camarades d’école ont créé un club. Ils se rencontrent dans la bibliothèque que Room to Read, l’école et les parents ont construite dans un village pauvre de l’Himalaya. Le club des enfants aide au fonctionnement de la bibliothèque et organise beaucoup d’activités dans l’école. – Nous avons, par exemple, des concours avec des questions tous les jours. Nous posons une question à la réunion du matin, ensuite tous se précipitent à la bibliothèque pour chercher la réponse dans les livres. La bibliothèque est devenue le point de rassemblement et nous a permis de nous connaître mieux.

Participer et influencer Sudip et le club des enfants participent aussi à la propreté de la cour d’école et organisent des concours de poèmes et de nouvelles. Ils font aussi une revue scolaire et des débats sur les questions importantes.

– Les débats c’est ce qu’il y a de plus drôle, dit Sudip. Nous avons parlé de restauration rapide et avons compris que c’est cher et mauvais pour la santé. À présent, presque tous les élèves ont renoncé à se nourrir ainsi. Les membres du club des enfants peuvent aussi voter avec les adultes dans la commission scolaire. – C’est bien et c’est démocratique, dit Sudip. J’aime bien participer et influencer la vie de l’école.

Les vœux du club des enfants : Ordinateurs

Encore plus de li vres Des salles plus grintéressants andes Un ventilateur da Un vrai laboratons la bibliothèque ire

Le club des enfants se réunit dans la bibliothèque ou sous un arbre dans la cour de l’école.

pays. Plus de six millions d’enfants ont accès aux bibliothèques scolaires et plus de 20.000 filles ont eu accès à l’éducation. Mais John n’est pas satisfait. – Nous ne touchons qu’un pourcent de tous les enfants qui ont besoin de nous, dit-il. Nous devons nous dépêcher pour atteindre le plus vite possible 1.090 millions d’enfants ! Notre mot d’ordre est « le changement du monde 52

commence par des enfants instruits ». Nous n’acceptons pas qu’on dise à un enfant « tu es né au mauvais endroit, au mauvais moment et de mauvais parents, donc tu ne pourras pas aller à l’école ». Cette opinion est à jeter dans la poubelle de l’histoire humaine ! 

Manju, 13, aimerait que les salles de cours soient plus grandes. Gokul, 13, désire un ventilateur dans la bibliothèque pour qu’on puisse y travailler même pendant les heures les plus chaudes.


Room to Read travaille au Cambodge depuis plus de dix ans. Plus de 2.500 filles ont reçu de l’aide pour continuer à étudier, plutôt que d’être obligées de travailler. Les filles de cette école, à Khampung Plok, sont fières de leur école, qui a été construite par les villageois et Room to Read.

Le Cambodge, l’un des pays les plus pauvres du monde, a une histoire terrible. Il y a près de 30 ans, le pays est tombé sous l’emprise d’un groupe violent les Khmers rouges et leur chef Pol Pot.

Le pays où toutes les écoles ont été

L

Devenu orphelin Kall Kann, qui dirige le travail de Room to Read au Cambodge, n’avait que douze ans quand les Khmers rouges et Pol Pot ont pris le pouvoir. On l’a séparé de ses parents et envoyé à la campagne. – Je suis devenu orphelin et ai vécu comme un enfant sauvage, dit Kall Kann. Il n’a plus revu ni sa mère, ni son père. Ils étaient instruits et ont été tués par le régime. Pendant les quatre ans qu’a duré le régime des Khmers rouges, 1,8 millions de Cambodgiens sont morts

Les Khmers rouges ont fermé toutes les écoles ordinaires. Ils ont organisé un enseignement plus simple, à l’extérieur, qui avait surtout pour but de faire comprendre aux enfants comment servir au mieux leurs dirigeants. Photo: Arkiv/Dccam

s e é m r fe

sous la torture ou les exécutions ou victimes de maladies, épuisement et faim. À la chute du régime, il ne restait presque plus de gens instruits dans le pays, plus d’enseignants, d’écrivains ou de médecins. Ce qui était encore plus difficile pour le Cambodge de reconstruire le pays et sortir de la pauvreté. Cela ne doit plus se reproduire Quand le Cambodge a été libéré des Khmers rouges, Kall Kann était pauvre et seul au monde. Il s’est battu pour avoir une éducation, parce qu’il voulait être sûr que rien de tel ne puisse se reproduire. – Si nous donnons une éducation à nos enfants, ils deviennent forts. Alors, per-

sonne ne peut les tromper et les influencer comme ont fait Pol Pot et les Khmers rouges, dit-il. Aujourd’hui c’est beaucoup mieux mais à la campagne surtout, il y a peu de travail et rarement de l’électricité ou de l’eau potable. Près de 80% des enfants commencent l’école, mais la plupart arrêtent leurs études pour travailler et aider leur famille. Plus de filles que de garçon arrêtent l’école trop tôt. On estime que les filles ont moins de valeur et ce n’est pas la peine d’investir en elles. En outre, certains parents pensent qu’il sera plus difficile à une fille avec de l’instruction, de trouver un mari. C’est pour cela que Room to Read au Cambodge met l’accent sur l’éducation des filles.  53

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

es Khmers rouges voulaient créer un pays nouveau et parfait et effacer tout ce qu’ils retenaient mauvais. Ils ont fermé toutes les écoles et interdit l’instruction. Presque tous les Cambodgiens adultes instruits ont été tués. Les enfants ont été séparés de leurs parents et on leur a dit que leur vraie famille c’étaient les Khmers rouges. Ils ont perdu tous leurs droits, on les a obligés à devenir soldats, gardes-chiourme, à travailler dans les champs et à espionner les adultes.


Grand-père ne comprend pas Reaksa, 14 ans, vit avec ses grands-parents, car ses parents sont divorcés et ne peuvent pas s’occuper d’elle. – Sans Room to Read je n’aurais pas pu continuer l’école, dit-elle. Mon grand-père dit souvent que je dois arrêter et travailler. Il a grandi

sous les Khmers rouges et Pol Pot et en ce temps-là, il n’y avait pas d’écoles. Alors, il ne comprend pas à quoi peut servir l’éducation. Mais cela m’incite à étudier encore plus. Mes branches préférées sont les maths et le khmer. Mon rêve c’est d’être enseignante.

Lisa, Sopheak, Sokhit et Kunthi viennent juste d’apprendre à écrire leur nom. Ils aiment leur nouvelle bibliothèque et apprendre à lire, dans les beaux livres en couleurs, dans leur propre langue, le khmer.

C’est plus drôle de lire de bons livres – Nous venons juste d’apprendre à écrire notre nom, raconte Lisa, qui commence sa première année avec ses amis Sopheak, Sokhit et Kunthi. Leur local préféré à l’école est la bibliothèque, que Room to Read a construite avec l’aide des parents des enfants et le chef du village. Tous s’y sont mis. Room to Read a rempli la bibliothèque avec des livres pour enfants en khmer. – C’est plus facile d’apprendre à lire dans des livres beaux et amusants, dit Sopheak. Le bibliothécaire et mon enseignant expliquent très bien ! Ils nous apprennent l’alphabet et comment prononcer et écrire les mots.

Room to Read aide les enfants à « briser le code » La langue écrite est partout, sur les panneaux, les écrans, horaires et indications de prix. Si on ne sait pas lire, beaucoup de portes se ferment dans la société. La lecture est aussi la base pour tout apprentissage à l’école. Par conséquent, Room to Read aide les enfants plus jeunes à « briser le code de la lecture » le plus vite possible. Cela veut dire que les enfants doivent pouvoir lire et écrire les mots courants et des phrases simples et s’exprimer clairement. Ce sont ces connaissances qui les aident pendant toute leur scolarité.

Apprends le khmer ! Au Cambodge on parle le khmer, une langue à construction unique. Room to Read collabore avec le ministère de l’éducation pour changer le mode d’enseignement de la langue khmer. L’ancienne façon d’enseigner était basée sur les méthodes européennes pour l’apprentissage des langues. Mais le khmer doit s’enseigner d’une toute autre façon. Avec la nouvelle méthode, les enfants apprennent à lire et à écrire beaucoup plus tôt.

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Salut :

Je vais bien :

Adieu :

Comment tu t’appelles ?

Pardon :

Je m’appelle :

Merci :

Je ne comprends pas !

Comment vas-tu ?


Sacty

a cru que sa vie était finie

Un jour, ce que Sacty craignait depuis longtemps, est arrivé. Le soleil se couche sur le toit de paille dans le village flottant et le fleuve est plein de bateaux qui rentrent. Maman est très grave quand elle s’assied sur le sol à côté de Sacty, qui vient d’avoir douze ans. – Tu dois arrêter l’école, dit-elle.

N

ous n’avons pas le choix. Je n’ai pas les moyens de payer les taxes scolaires et nous avons besoin de ton aide pour travailler et gagner de l’argent, continue maman. Sacty a envie de pleurer, mais elle chasse les larmes. Elle ne veut pas que sa mère soit encore plus triste. Elle est désespérée et ne sait pas vers quoi ou qui se tourner. Elle dit à sa mère : « Je comprends. » Presque tous les habitants de Kompong Phluk, le village flottant, sont pêcheurs.

dû se battre pour survivre. – J’ai dû me remettre au travail, alors que tu n’avais que dix jours, lui a dit maman plusieurs fois. Si quelqu’un s’enquiert de son père, Sacty dit qu’il est mort. C’est ainsi qu’elle le ressent. Mais elle sait qu’il vit et qu’il a une nouvelle famille. C’est douloureux de savoir qu’il ne se soucie pas d’elle. Le pire c’est quand les enfants des voisins se moquent de Sacty. – Tu es orpheline et pauvre, tu n’as que ta mère, disent-ils. Cela la blesse mais la met aussi en colère. Très tôt, elle a décidé de mettre toute son énergie dans son travail scolaire, pour que personne ne

la méprise. Elle n’a jamais manqué une leçon, bien qu’elle travaille à la maison avant et après l’école et aide maman à jeter et retirer les filets de pêche. À présent, elle doit arrêter l’école. Est-ce que tout a été inutile ? Le premier jour de travail Sacty commence à travailler quelques semaines avant les examens pour passer à la classe supérieure. Cela la déchire, mais elle ne proteste pas. Maman a été malade récemment et a dû emprunter de l’argent pour les médica-

ments, elles n’ont jamais été autant dans le besoin. Elle veut apporter son aide, car elle fâcherait et décevrait sa famille si elle ne le faisait pas. Tôt le matin, Sacty attend sa mère et sa grande sœur au carrefour près du fleuve. Un camion s’arrête et elles montent sur la plateforme. Il y a déjà pas mal d’autres enfants et des adultes du village qui vont travailler dans les champs. Le camion avance en patinant sur les étroits chemins boueux et Sacty sait qu’ils vont bientôt passer devant l’école. Elle lorgne par-dessous les bords de son grand chapeau et voit ses amis dans leur uniforme scolaire. Sacty croit qu’ils la voient 55

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

Papa a disparu Sacty habite dans un petit village qui flotte sur l’eau six mois par an. Les enfants vont à l’école en bateau et la plupart des familles survivent grâce à la pêche. Puis, l’eau se retire et le lac autour des maisons n’est plus qu’un petit cours d’eau. Soudain les maisons se trouvent bien au-dessus du sol sur de maigres pilotis de six mètres de hauteur. Les enfants montent et descendent de leur maison au moyen de minces échelles. La vie est simple ici, sans électricité ni eau courante. Mais la famille de Sacty est l’une des plus pauvres. Son père a abandonné la famille juste avant sa naissance et n’est jamais revenu. Depuis, la mère de Sacty a


La maison de Sacty est érigée sur des pilotis de six mètres de hauteur. Elle traverse ici la passerelle qui la mène à la maison familiale.

aussi, mais elle n’ose pas leur faire signe. Elle a honte, c’est comme si elle les avait trahis, eux et ses enseignants. Que vont-ils penser d’elle ? Toute la journée Sacty ramasse des patates douces et les met à sécher. Après plusieurs heures sous le soleil brûlant, elle est épuisée quand le camion la ramène chez elle. Le dos lui fait mal et les bras pèsent comme du plomb. Ses mains sont noires de terre et pleines d’ampoules. Malgré cela, elle ne peut pas dormir. Elle est couchée immobile sur le sol et entend la respiration de sa sœur se faire plus lente. Quand Sacty est sûre que tout le monde dort, elle ose enfin pleurer, doucement pour ne réveiller personne. Où est Sacty? D’abord les enseignants croient que Sacty est malade. Mais après plusieurs jours sans nouvelles de la part d’une des meilleures élèves,

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ils s’informent auprès de ses camarades de classe. – Elle a arrêté l’école, dit une fille. – Elle travaille avec sa mère et sa sœur, raconte une autre. Une jeune enseignante,

Srey Leap, a une tâche importante à côté de son travail d’enseignante. Elle travaille pour Room to Read comme aide pour les filles les plus pauvres. Srey Leap sait que la famille de Sacty a des difficultés et soupçonne qu’elle a été obligée d’arrêter l’école. Elle

prie le directeur d’organiser une rencontre avec le chef du village flottant. Tous doivent faire en sorte que Sacty retourne à l’école avant qu’il soit trop tard. Le chef de village est un soutien important pour l’école et Room to Read. S’il

Les villages flottants

Sacty, 14 Aime bien : Consulter les manuels scolaires et lire des récits. Est triste : Quand on se moque de moi parce que je n’ai pas de papa. A peur de : Être obligée d’arrêter l’école. Et des crocodiles ! Plat préféré : Soupe aigre piquante. Veut : Apprendre à utiliser un ordinateur. Veut être : Enseignante.

Presque tous les habitants de Kompong Phluk, le village flottant, sont pêcheurs. Le village se trouve à proximité du lac Tonle Sap, l’une des plus grandes régions d’eau douce au monde. En mai, quand l’eau est à son niveau le plus bas, le lac se rétrécit et ne couvre plus que 250.000 hectares. À la saison de la mousson qui commence en juin, l’eau remonte dans le fleuve Mékong se répandant dans le lac Tonle Sap et le gonfle a plus d’un million d’hectares. Parfois, les pluies et les orages sont si forts que l’eau cause des inondations. Les maisons sont pleines d’eau et les habitants qui en ont les moyens surélèvent le plancher de leur maison. Ils transportent tous ce qu’ils possèdent et dorment dans des hamacs près du toit. D’autres, qui ont de grands bateaux, y vivent jusqu’à ce que l’eau ait baissé. Les plus pauvres, comme la famille de Sacty n’ont ni grands bateaux, ni l’argent pour surélever le plancher. Leur maison et tout ce qu’ils possèdent sont détruits et ils ne savent pas où aller avant de pouvoir construire une nouvelle maison.


Room to Read misent sur les filles

En bateau c’est mieux Pendant la période où l’eau est basse, il faut à Sacty plus d’une heure pour aller à l’école car le chemin est boueux et très glissant. Quand l’eau est haute, elle va à l’école en bateau. C’est bien plus raide.

La mère de Sacty est fière d’avoir une fille instruite.

demande aux parents de revenir sur leur décision, il est possible qu’ils changent d’avis. Le chef de village, le directeur et Srey Leap rendent visite à la mère de Sacty quand elle est seule à la maison. Ils demandent pourquoi Sacty n’est pas à l’école. – L’uniforme scolaire, le

matériel et les taxes scolaires sont trop chers. Je veux vraiment qu’elle s’instruise, mais c’est impossible, explique sa mère. Le chef de village insiste sur le fait que l’instruction c’est important. Et Srey Leap dit que Room to Read peut aider Sacty. – Elle peut obtenir une

bourse qui paye les taxes scolaires et presque toutes les dépenses. Vous, la famille, vous devez promettre de soutenir Sacty dans ses études. Mais le temps presse. Si elle ne se présente pas aux examens, elle doit répéter l’année. Alors, le risque qu’elle ne revienne plus est grand. Maman promet d’y penser. Elle ne parle pas à Sacty de la visite qu’elle a eue. Les nuits suivantes, c’est maman qui ne peut pas dormir. Le jour de l’examen Un jour quand Sacty grimpe sur la plateforme du camion, elle sent une résistance encore plus grande. Elle sait que cette après-midi-là, ses amis vont faire l’examen pour entrer en septième année. Quand, arrivées au fleuve, elles descendent de la plateforme, sa mère se tourne soudain vers Sacty.

Avant à Kompong Phluk on obligeait les filles à arrêter l’école à 12 ans. Les parents n’ont pas les moyens de payer les taxes et l’uniforme scolaires ainsi que le matériel. Ils veulent plutôt que les filles aident au ménage, la pêche et l’agriculture. On envoie aussi certaines d’entre elles dans les grandes villes comme bonnes ou vendeuses de rues où certaines sont victimes des trafiquants de personnes. À ce jour, Room to Read a octroyé une bourse et de l’aide à 80 filles de Kompong Phluk. Dans tout le Cambodge, plus de 2.000 filles ont reçu de l’aide. Cela a signifié beaucoup pour elles et leur famille. En outre, elles deviennent des modèles pour leurs amis, filles et garçons compris. Le soutien va aux filles les plus démunies et les plus motivées pour les études. Les parents écrivent un contrat où ils promettent de soutenir leur fille dans ses études.

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On prend soin de notre école et de notre village ! Sacty et les autres élèves aident à l’entretien de l’école, par exemple de la façon suivante :

Enlever les mauvaises herbes et planter des légumes et des épices comme le piment, le potiron et la menthe. On vend ensuite les légumes au marché. Ramassage de bois Creuser les étangs pour recueillir l’eau de pluie, que l’on utilise, entre autre, pour arroser le potager de l’école.

– C’est trop tard ? Tu as manqué ton examen ? – Non, ça commence dans quelques heures, dit Sacty étonnée. – J’ai décidé, dit maman, tu retourneras à l’école ! Avant que Sacty ait eu le temps de comprendre ce qui se passe, sa mère s’est jetée sur le chemin et a arrêté une moto taxi. Elle crie au chauffeur de conduire Sacty à l’école, aussi vite qu’il peut. Sacty arrive à la dernière minute et tout le monde est étonné mais heureux de la voir. Elle est nerveuse en voyant sur le banc les feuilles de l’épreuve. Peut-elle réussir après avoir manqué tant de leçons ? Deux semaines plus tard arrive le résultat : Sacty a répondu juste à toutes les questions et pourra commencer sa septième année ! Dès qu’elle arrive à la maison, elle 58

Sacty fait ses devoirs dans la seule pièce de la maison.

annonce la bonne nouvelle. Maman est heureuse et fière. – C’est bien dit-elle. Ne fais pas comme moi. Je veux que toi, tu apprennes beaucoup. Sacty prend la parole Chaque année, le 8 mars on célèbre, dans le monde entier, la Journée Internationale de

la Femme. L’école de Sacty organise avec Room to Read une grande fête pour les droits des filles. Tout le village est invité ainsi que les journalistes et les hôtes d’honneur de la ville. Le directeur a prié Sacty de prendre la parole et de raconter ce qui lui est arrivé.

Quand le moment arrive, elle se tient près de la scène en serrant le papier avec son discours. Elle tremble et ne se sent pas bien. Son cœur bat très fort et quand elle entend son nom, il lui paraît impossible de monter sur scène. Mais soudain, elle est là debout, un micro à la main. Sacty raconte et le public écoute en silence. Des larmes coulent de ses yeux, mais elle continue. – Je n’ai jamais connu mon père. Je me sens souvent si seule et abandonnée et ma famille a beaucoup de difficultés. C’est pour cela que j’ai dû abandonner mes études. Mais grâce à mes enseignants et à Room to Read, j’ai la chance de pouvoir continuer. L’instruction est ce qu’il y a de plus important. Quand j’ai dû arrêter et commencer à travailler dans les champs, j’ai


 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

La pompe à eau depuis le fleuve pour la vaisselle, le ménage et la lessive.

Aptitudes à la vie pour le futur Sacty et les autres filles rentrent tôt l’après-midi pour préparer le déjeuner et s’occuper des frères et sœurs plus petits. Un ou deux après-midis par semaine, elles retournent à l’école dans leurs vêtements habituels pour le soutien aux devoirs et les leçons d’aptitudes à la vie quotidienne !

regretté l’école. J’ai cru que ma vie était finie. Un avenir meilleur Arrivée à la fin de son discours, Sacty s’aperçoit que presque tout le monde pleure aussi. Les autres élèves, ses amis et leurs parents, le chef de village, les journalistes et les politiques haut placés de la ville s’essuient les yeux. – Si je réussis à terminer mes études et à devenir enseignante, je veux revenir ici dans ce village où je suis née et apporter la connaissance à d’autres enfants, termine Sacty. Tout le monde applaudit très fort et très longtemps en souriant. Sa mère court vers elle et la serre dans ses bras. – Je ne savais pas que tu parlais si bien et devant autant de gens inconnus, dit-elle. Je suis heureuse d’avoir une fille avec

de l’instruction ! Beaucoup d’autres parents s’avancent aussi pour la remercier et la féliciter. – Tu es vraiment courageuse, dit l’une des mamans. Sacty espère qu’elle a su inspirer beaucoup de parents à laisser leurs filles aller à l’école. Avec l’aide de Room to Read, Sacty espère pouvoir aller jusqu’à la douzième année d’école pour ensuite continuer à étudier et devenir enseignante. Mais elle a toujours peur d’être obligée d’arrêter l’école. – Mon grand-père n’arrête pas de me dire que je dois quitter l’école pour travailler, mais maman refuse. Je n’ai pas de père, mais ma mère est forte et s’occupe de moi pour que je puisse avoir une formation. Je construirai un avenir meilleur pour moi et pour ma famille ! 

Les aptitudes à la vie quotidienne concernent la façon de faire face au stress et les soucis quotidiens, de s’occuper de la santé et de l’argent, d’acquérir la pensée critique, de prendre des décisions et de faire des plans pour le futur. – On apprend énormément de choses utiles qui nous aident chaque jour, dit Sacty. Je suis plus sûre de moi et j’ose dire ce que je pense. Nous apprenons quels sont nos droits et comment nous protéger des dangers. Ma mère et d’autres adultes dans le village fument beaucoup. Aux leçons de l’aptitude à la vie quotidienne, nous avons appris à quel point c’est dangereux. J’ai peur que ma mère meure d’une de ces maladies qui viennent de la fumée. Alors j’essaie de convaincre maman d’arrêter de fumer !

Aptitudes avec chants et musique Aux cours d’aptitudes à la vie quotidienne il y a beaucoup de chants, de musique et de jeux. Porath, 15 ans, adore chanter. – Ma chanson préférée est une chanson triste, dit-elle. Elle parle de la pauvreté des habitants de Kompong Phluk, de notre souffrance, des incendies de forêts. Nous cuisinons au gaz et faisons des feux de bois, ce qui prend facilement feu. Tout un village peut être détruit car il n’y a pas de chemins où les pompiers peuvent passer. Je me souviens d’un incendie. Très vite on a assemblé tout ce qu’on pouvait transporter et on a couru vers le fleuve. On était tous prêts à sauter dans les bateaux et fuir si le feu s’était approché. On sentait l’odeur de la fumée et la chaleur, mais on s’en est tirés. Les filles de la classe prient souvent Porath de chanter des chansons tristes. – Elles applaudissent beaucoup quand je chante. C’est fantastique ! Porath


Srey Leap est l’avocate des filles – Je sais ce dont les filles de Kompong Phlok ont besoin, parce que j’ai été l’une d’elles, dit Srey Leap. Elle a grandi dans le village flottant et rêvait de devenir enseignante. Mais à l’âge de douze ans, sa mère lui a dit qu’elle devait arrêter l’école.

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

M

aman voyait que d’autres enfants travaillaient et donnaient de l’argent à leurs parents. Elle a vu d’autres filles se marier et voulait que moi aussi, je trouve un mari. Papa a compris que j’aurais une vie meilleure si je m’instruisais. Mais ils n’avaient pas les moyens. Srey Leap a été sauvée à la dernière minute. Elle a été l’une des premières boursières de Room to Read dans le village flottant. – Room to Read nous a aidés à payer les taxes et le matériel scolaires pour que je puisse terminer le lycée. Ils ont aussi convaincu maman de l’importance de l’éducation. À présent Srey Leap travaille pour Room to Read comme aide pour les filles dans le village flottant. – Au début, elles sont timides, mais très vite leur confiance augmente. Avec les cours d’aptitudes à la vie quotidienne, elles osent se défendre elles et leurs camarades. Au début, parfois les parents me chassent. Mais ça s’améliore. Une maman m’a dit récemment : « Mainte­ nant, ma fille est aussi la fille de Room to Read, car vous vous occupez si bien d’elle. »

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Veut devenir enseignante au village Srey Leap a travaillé extra en tant qu’enseignante dans l’école du village, bien qu’elle se soit arrêtée au gymnase. Mais bientôt, elle commencera une formation d’enseignante en ville et passera de vrais examens. – C’est très difficile de trouver des enseignants pour Srey Leap est enseignante assistante dans la classe de Sacty. l’école du village flottant. La plupart viennent de grandes villes et ne s’habituent pas à la vie de la campagne. Ils ont peur de tout : l’eau, les rats et Dans beaucoup de pays les insectes. Ils pensent qu’il pauvres, il y a un manque de fait trop chaud, que c’est sale et salles adaptées aux enfants et ne savent ni nager, ni utiliser de bâtiments scolaires, surtout un bateau. La direction de à la campagne. Room to Read l’école peut obliger les enseitravaille avec la population gnants à travailler chez nous locale pour construire ou rénoVoici comment était l’école pendant une année, mais après ver les bâtiments scolaires pour dans le village flottant. Il y cela, presque tous arrêtent. Si qu’il y ait des classes spacieuses avait peu d’élèves et elle plusieurs habitants du village et lumineuses. En Asie et en était détruite chaque fois deviennent enseignants, c’est Afrique, Room to Read a apporque l’eau montait et qu’il y beaucoup mieux pour les té son aide pour la construction avait des inondations. élèves. de 1.400 nouvelles écoles avec Srey Leap est la seule de sa 5.500 classes, bibliothèques La nouvelle école dans le vilfamille qui a autant étudié. scolaires et salles des maîtres. lage flottant a été construite par les habitants, la direction – J’ai réalisé mon rêve ! Les habitants partagèrent les scolaire et Room to Read. Maintenant, je veux donner frais du matériel et du travail. Elle est érigée sur de hauts aux autres filles la même possiQuand le bâtiment scolaire est pilotis pour qu’elle ne soit bilité d’être des modèles. Ma prêt, il est la propriété du village pas inondée à la montée des mère est très fière de moi. Elle et des autorités scolaires du eaux. ne regrette qu’une chose c’est pays. que mes deux sœurs aînées n’aient pas eu la même chance de poursuivre leur scolarité. 

Salle pour les apprenants !


Rattana sèche le poisson que la famille a pêché, chaque jour après l’école. Son nom signifie « bijou ».

Uniforme scolaire et chaussures imperméables.

Équipés pour l’enseignement ! Rattana, 15 ans, a reçu une bourse de la part de Room to Read qui lui permet de continuer l’école, bien que sa famille soit très pauvre. – Avant j’avais de la peine à suivre les leçons. Je manquais souvent l’école parce que je devaisaider ma famille dans les tâches ménagères et la pêche. À présent j’ai tout ce qu’il me faut grâce à Room to

Read et qui plus est, des leçons supplémentaires. Finalement, tout va bien à l’école et ma matière préférée ce sont les maths ! Les parents de Rattana et ses frères et sœurs plus âgés sont pêcheurs. Elle-même veut devenir infirmière, mais ses parents préféreraient qu’elle arrête l’école après sa neuvième année. – J’espère qu’ils changeront d’avis, dit-elle. Je les aide tant que je peux à la maison, bien

Plumes, gommes, règles, ciseaux, etc.

que j’aie beaucoup de devoirs. Parfois je les suis à la pêche ou je fais des heures supplémentaires en récoltant des haricots. Je donne l’argent à maman. Elle est contente et ça me fait plaisir de pouvoir l’aider. Mais ma grande sœur n’est jamais contente. Elle trouve à redire dans tout ce que je fais et elle se fâche encore plus quand j’ai de Argent pour les taxes longues journées d’école. Ces scolaires et les leçons supplémentaires. reproches me font très mal. 

Voici ce que Rattana et ses amies reçoivent de Room to Read:

Cartable.

Cahiers et manuels scolaires.

Vélo pour se rendre à l’école. Brosses à dents, savon et ce qu’il faut pour la toilette et l’hygiène.

Voyages d’études dans des endroits passionnants comme Angkor Wat. Contrôles de santé.

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Sony responsable du club D’ami-à-amis Sony, 13 ans est l’une des filles élue responsable du club D’amià-amis de l’école. Au Cambodge, on trouve ces clubs dans toutes les écoles Room to Read qui misent sur l’éducation des filles.

N

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

ous nous battons les unes pour les autres et aidons les autres filles pour qu’elles n’arrêtent pas l’école, raconte Sony, qui a reçu une bourse de Room to Read. Nous aidons les autres à faire leurs devoirs, leur donnons de bons conseils et les surveillons. Si une fille ne vient pas à l’école, nous essayons de savoir pourquoi. Parfois nous allons chez elle et nous racontons ce qui s’est passé à notre personne de contact de Room to Read. Le club D’ami-à-amis m’a aidée à me sentir plus sûre de moi. Au Cambodge, les pères et les fils

ont plus de pouvoir que les filles et les femmes. Je suis d’avis que nous devons décider autant. Le bureau, le travail de rêve Sony rêve de travailler dans un bureau avec des ordinateurs et l’air conditionné. – Je n’ai jamais utilisé un ordinateur, mais j’en ai vu un à l’école. Tout semble facile avec un ordinateur. L’air conditionné, je connais, depuis que nous avons fait une excursion avec Room to Read et nous nous sommes retrouvés dans un hôtel. Dehors c’était la canicule,

Sony fait ses devoirs à la lumière du jour, dans la maison, il n’y a pas d’électricité.

mais à l’intérieur il faisait frais. Incroyable ! Chez moi, il fait toujours chaud. On s’évente avec des bouts de carton, mais ce n’est pas effectif. On se fatigue et la chaleur augmente. Au milieu de la journée, on se couche dans un hamac à l’ombre, sous la maison. Parfois je me verse une seille d’eau sur le corps. La chaleur me donne de la fièvre parfois et je ne peux pas aller à l’école. C’est injuste que les gens riches aient des maisons fraîches où il fait bon, mais pas nous. C’est bien de savoir lire et écrire – Mes parents travaillent beaucoup dans les rizières et

Le club D’ami-à-amis s’occupe d’un petit jardin à l’école, où il y a des fleurs et d’autres plantes. – Nous cultivons des légumes, des mangues et des choux. On s’amuse bien ici, dit Keo, qui est responsable du club avec Sony. Ici, elle est dans le potager avec Reaksa, une amie du club.

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Bien sûr, le tir à la fronde c’est amusant, mais ce n’est pas un jeu. Sony tire sur les oiseaux pour les effrayer et pour qu’ils ne mangent pas les fruits des arbres de la famille.

maman veut vraiment que j’aille à l’école pour avoir une vie meilleure, dit Sony. Mes parents sont analphabètes, ils ne peuvent même pas écrire leur nom. On se laisse facilement tromper si on ne sait pas lire, écrire et compter. Si tu vends des choses au marché, tu ne peux pas vérifier combien on t’a rendu et on peut te tromper sur le prix. Tu peux perdre ta maison si tu ne peux pas lire le contrat. Et tu ne peux pas voter si tu ne sais pas quel est le meilleur parti politique. Si je reçois une bonne éduction, je pourrai aider mes parents. 


La garde-robe de Keo Keo, 14 ans, a aussi été choisie en tant que responsable pour le club D’ami-à-amis. – On m’a aidée quand j’ai voulu arrêter l’école, raconte Keo. Mon père avait emprunté de l’argent pour une opération des reins et ne pouvait pas rembourser. On m’avait offert 2,25 USD par jour pour ramasser des patates douces et je voulais travailler pour aider papa. Mais mes amis et Room to Read m’ont convaincue de ne pas abandonner.

Peng dit qu’il faut que les règles soient égales entre filles et garçons.

Peng joue au foot dans la boue Dans le village flottant de Kampong Phlok on ne peut jouer au foot que quand l’eau se retire. Alors s’ouvrent des espaces qui étaient cachés par les eaux. Quand les grandes pluies arrivent l’après-midi, le sol devient un champ de boue, mais cela n’empêche pas Peng, 14 ans, et ses amis de jouer au foot après l’école.

1

L 3 2

L’uniforme scolaire – Je l’ai eu de Room to Read. Il est élégant, mais c’est difficile d’avoir une chemise toujours blanche et propre dans la glaise.

Tenues pour dormir – Pour dormir je mets un t-shirt et un sarong en coton. Les plus beaux sarongs sont en soie, mais je ne peux pas me les offrir.

Vêtements de loisirs – Mes vêtements les plus confortables. Ils sont agréables et pratiques pour travailler et pour faire le ménage.

a boue est collante et glissante. Elle se colle sous les pieds et nous fait des « pieds d’éléphants » en quelque secondes. – La boue c’est embêtant, mais c’est aussi marrant quand on est de bonne humeur, dit Peng en riant. Aujourd’hui, il n’y a que des garçons qui jouent, mais Peng dit que, évidemment les filles peuvent jouer aussi. – Bien sûr qu’il y a des différences entre filles et garçons, dit-il. Les garçons sont souvent plus forts et les filles mettent au monde les enfants. Mais cela ne veut pas dire qu’il doit y avoir des différences entre leurs droits. Par exemple, c’est très important que les filles aient le même droit que les garçons d’aller à l’école. Les garçons à l’école pensent que c’est dommage qu’ils ne puissent pas avoir des bourses de la part de Room to Read. Ils viennent

aussi de familles pauvres qui ont de la peine à survivre s’ils doivent payer toutes les dépenses scolaires. – Mais nous savons qu’au Cambodge, c’est bien plus difficile pour les filles de s’instruire, alors nous comprenons, dit Peng. Important pour tous Avoir été à l’école c’est surtout important quand on fonde une famille et qu’on a des enfants, pense Peng. – Les deux parents doivent pouvoir prendre soin de leur famille. Quand je me marierai, je veux que ma femme soit instruite pour qu’on puisse partager les responsabilités

aux mêmes conditions. On doit pouvoir prendre les décisions importantes ensemble. Je ferai de tout pour que mes enfants comprennent l’importance d’aller à l’école. C’est important pour eux et pour tout le pays. Alors la société peut avancer et se développer d’une façon positive. Peng a trois sœurs plus âgées qui ont déjà quitté la maison. – Je sais qu’elles ont dû travailler beaucoup plus à la maison quand elles avaient mon âge. Je dois aussi participer un peu, mais j’ai quand même eu plus de temps pour jouer qu’elles ! 

Après l’école, Peng et ses camarades jouent au foot. Ce n’est pas la peine d’essayer de ne pas se salir ni de se mouiller. Bientôt toute l’équipe a l’air d’un bonhomme de glaise.

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5h30 Sommeil sans moustiques Les frères et sœurs dorment ensemble sous une moustiquaire rose. Il fait chaud et les nuits sont humides, c’est alors que les moustiques arrivent.

La maman et le papa de Channy.

Seuls à la

Channy, 12 ans et ses deux sœurs habitent dans une petite maison carrée avec une chambre et un toit en tôle. Leurs parents sont partis en Thaïlande, un pays voisin, pour chercher du travail. Dans le petit village de Channy il n’y a pas de travail. – Ils seront absents au moins une année et ils enverront de l’argent. Ils me manquent beaucoup, dit Channy. Le pire c’est le soir, parce qu’ils chantaient pour qu’on s’endorme.

11h00 Queue à la bibliothèque

6h00 Channy va chercher l’eau pour la toilette du matin et le petitdéjeuner. Avec l’eau qui reste, elle arrose le potager.

Channy choisit une paille rouge quand elle va à la bibliothèque et la met dans un bol. Le garçon qui la suit en prend une verte. Room to Read veut s’assurer qu’il y a autant de filles que de garçons qui vont à la bibliothèque. Chaque jour le bibliothécaire compte les pailles et note le résultat.

7h00 Hâte d’aller à l’école

11h15 Trouve le bon livre

La grande sœur est allée au travail et Channy transporte sa petite sœur à l’école sur le porte-bagage.

– Je regarde la couverture, je lis la page arrière et j’emprunte les livres qui semblent amusants et intéressants. Plus tard, je veux écrire un livre. Il parlera de ma famille.

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16h00 L’eau pour les ancêtres

Presque tout le monde au Cambodge a une petite maison des esprits dans le jardin. Channy allume un bâtonnet d’encens et verse de l’eau dans un petit bol pour les ancêtres qui protègent la famille.

14h30 Calmer la faim Channy fait la cuisine pour elle et sa petite sœur.

17h00 Batterie pour la télé Plusieurs enfants du voisinage viennent regarder la télé chez Channy. L’image saute et n’est pas nette, mais le programme est passionnant. La télé marche avec une batterie de voiture. Une fois par semaine, les sœurs traînent péniblement la batterie au village pour la recharger.

19h00 Devoirs mobiles

21h00 L’ennui des parents

Channy fait ses devoirs dans son hamac. Parfois, elle lit à sa petite sœur un livre emprunté avant l’heure du coucher.

C’est surtout le soir que Channy a l’ennui de sa mère et de son père, quand il fait nuit et qu’elle va se coucher.

Thim veut être bibliothécaire THIM, 12, vit avec sa grand-mère. Sa

mère a une maladie psychique et ne peut pas s’occuper de lui. Avant, les autres enfants se moquaient de lui et il avait des problèmes de concentration à l’école. Mais, grâce à un bibliothécaire qui l’a encouragé à lire, Thim est à présent l’un des meilleurs élèves de l’école. Il a confiance en lui et peut se défendre si on se moque de lui. Thim est le plus jeune de cinq frères et sœurs. Parfois, les autres

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

maison

pensent que Thim devrait arrêter l’école et travailler. – J’explique que c’est important de savoir lire et écrire. Sinon on est facilement victime de tromperie, dans les magasins et de la part de gens méchants. Ceux qui ne savent pas lire et écrire, restent pauvres, ils ne peuvent pas faire grand-chose de leur vie. C’est triste quand je n’ai pas les moyens de manger ou quand je n’ai pas le temps de jouer parce que je dois travailler.

Quand Thim revient de l’école, il cuit le riz fait la vaisselle et coupe le bois. – S’il me reste un moment, j’aime jouer au volant ou au volleyball. Je veux être médecin et faire en sorte que les gens, comme ma mère, aillent bien. Ou alors, encore mieux, bibliothécaire ! Je suis heureux quand je lis. – Lire, c’est ce que j’aime le plus et je me débrouille bien, dit Thim, 12 ans .


Pochey utilis

Le jeu est bon pour le cerveau ! John Wood et Room to Read disent que les enfants qui se sentent bien et s’amusent, apprennent aussi mieux. Les jeux sont bons pour le cerveau et rire fait toujours du bien. Voici quelques jeux que les enfants au Cambodge aiment jouer pendant les pauses. Le jeu de l’élastique Faites deux équipes. Chacun reçoit une paille ou un rouleau en papier et se met en rang. Chaque équipe reçoit un élastique qu’il s’agit de faire passer par-dessus un membre après l’autre de l’équipe sans utiliser les mains. L’équipe qui réussit la première à faire passer l’élastique du premier au dernier membre a gagné !

 TEXTE: CARMILL A FLOYD & MARITA LINDQVIST PHOTO: KIM NAYLOR

Monstre, dame ou moine ? Deux personnes ou deux équipes jouent plusieurs manches l’une contre l’autre. Si vous êtes deux, procédez de la façon suivante : Choisis sans le dire l’une des trois personnes : monstre, dame ou moine. Le monstre doit faire peur, avec des mains comme des pinces et un museau horrible. La dame est belle avec un index pointu. Le moine est une figure bouddhiste. Au signal donné tu mimes ton personnage. Le monstre gagne sur la dame. La dame gagne sur le moine et le moine sur le monstre. Si vous avez choisi la même personne, le jeu est nul !

Le krama, pièce de coton ou de soie tissée, est connue au Cambodge depuis des centaines d’années. Pochey, 16 ans, utilise son krama pour tout, aussi bien pour transporter ses livres d’école que pour chasser les mouches. Il y a au moins 60 façons d’utiliser un krama. Pochey est la seule personne de la famille qui va à l’école. – Ils pensent que l’instruction est inutile. Ma grande sœur dit: « Plus tu apprends, plus tu deviens Ceinture bête ». Peut-être a-t-elle raison. Mais moi, je veux devenir enseignante ou infirmière. Si je réussi, je peux mieux aider ma famille. Pochey vit avec sa grand-mère. Celle-ci a toujours encouragé Pochey à aller à l’école et l’a aidée à payer les taxes scolaires. – Ma grand-mère est médium. Les gens la paient pour qu’elle contacte les esprits et pour lire l’avenir. Sans son aide, j’aurais dû arrêter depuis longtemps, dit Pochey.

Dame et moine.

Monstre et dame.

Parures de tête Pochey peut enrouler le krama de plusieurs façons pour en faire un beau couvre-chef. Monstre

Fraîcheur

Dame

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Moine

Pose un krama mouillé sur la tête quand il fait chaud et laisse-le te rafraîchir.

Chasse-mouche Pochey habite près du fleuve. Pendant la période des pluies, l’eau monte jusqu’à la porte, et les moustiques et les mouches adorent ça. Avec le krama on peut chasser tous les insectes volants.


e le krama pour tout Poupée Si on n’a pas les moyens de s’acheter des jouets, on peut faire facilement une poupée en chiffons.

Port de tête Le krama permet de stabiliser les choses que l’on porte sur la tête.

Serviette de bain Le krama existe dans toutes sortes de tailles et de dessins. Celui en coton, à carreaux rouges et blancs est un classique.

Pochey se lave et lave les vêtements de la famille dans le fleuve. Elle aime aussi nager et jouer à cache-cache dans le fleuve.

En ce moment, grand-mère est à l’hôpital. Les parents de Pochey sont partis en Thaïlande pour travailler et pouvoir payer les frais d’hospitalisation et une opération. Pochey se fait encore plus de souci pour l’avenir. – Souvent, je ne mange rien de toute la journée, parce que je n’ai pas d’argent. Mais, à présent une bourse de Room to Read couvre une partie des frais de Pochey. – Mes parents en sont contents, mais ils disent que c’est le moment d’arrêter l’école. Ils veulent m’acheter une petite charrette pour que je vende du pain et des gâteaux aux carrefours. Ça me fait de la peine. J’espère que Room to Read pourra faire changer d’avis à mes parents.

Gants, tabliers et linges de cuisine Pochey aide sa grand-mère à préparer le repas dans la cuisine sous la maison. Elle cuisine sur le feu et cela fait transpirer. Pochey essuie la sueur avec le krama.

Robe ou jupe Sac Le krama se transforme facilement en un sac pour transporter livres et nourriture. Ici, Pochey a enroulé le krama autour d’un plateau avec des fruits et des biscuits qu’elle offre aux moines du temple bouddhiste.

Protection Le krama te protège du soleil cuisant, mais aussi de la poussière, du vent, du froid et de la pluie.

Repos Le krama peut devenir un hamac pour les enfants petits ou couverture et coussin pour les plus grands.

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Pourquoi Indira a-t-elle été nominée ?

Nominée Héroïne des Droits de l’Enfant • Pages 68–85

Indira Ranamagar

 TEXTE: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

Indira Ranamagar a été nominée au Prix des Enfants du Monde 2014 pour son combat, qui dure depuis 20 ans, en faveur des enfants de détenus au Népal. Indira a grandi dans une grande pauvreté et a dû se battre longtemps pour pouvoir aller à l’école. Toute petite déjà, elle savait qu’elle voulait aider ceux qui avaient aussi une vie difficile. Indira a créé l’organisation Prisoners Assistance Nepal (PA), qui a sauvé plus d’un millier d’enfants des prisons surpeuplées et sales. Les enfants y échouent parce que leurs parents ont été emprisonnés et que personne ne peut s’occuper d’eux. Les enfants qu’Indira sauve, sont placés dans l’un des trois foyers de la PA. Ils y trouvent l’enseignement et la sécurité. Ils apprennent aussi le travail du sol et à s’occuper du bétail. Aux alentours de Katmandou, la PA possède un orphelinat et l’école Jankuri. Même les enfants des villages voisins vont dans cette école. Indira insiste auprès des politiques et des autorités pour que les prisons soient plus humaines. Beaucoup de détenus viennent de familles très pauvres. Indira et la PA leur apprennent à lire et à écrire, pour qu’ils puissent se réinsérer et s’occuper de leurs enfants quand ils sortent de prison.

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Le dur combat de la fille de la jungle Les pieds d’Indira glissent dans la boue du petit sentier de la rizière. Elle a six ans. Nue, sans chaussures, elle ramasse du bois et le met dans une grande corbeille qu’elle porte sur le dos. Sur le sentier, Indira croise deux filles plus âgées. Elles portent l’uniforme scolaire et ont de longues tresses luisantes. Quand elles se rencontrent, les filles poussent Indira et la font tomber. Puis, elles s’en vont en éclatant de rire.

I

ndira continue de ramasser du bois. Elle a mal. Mais ce ne sont pas les crevasses aux pieds, dues à son travail dans la boue et le gravier. C’est autre chose qui lui fait mal et qui la fait pleurer. Elle a couru, comme

d’habitude, toute la journée, à travers le village, a apporté son aide un peu partout, est allée chercher l’eau et le bois, a emmené brouter les vaches et les chèvres dans la jungle et a cherché des champignons et des racines comestibles. Elle a

attrapé quelques crabes dans le fleuve, a fait du feu et les a grillés. Indira sait qu’il faut travai­ ller dur. On ne doit pas être paresseux. Elle aime travailler et apprendre. Au village, on l’appelle rarement Indira. Elle a deux autres noms, Kanchi qui veut dire Petiote, puisque elle est la plus jeune de la famille Magar. L’autre nom est Niguri, qui est un fruit de la jungle recouvert d’arêtes bouclées. Indira est la seule fille du village à avoir une chevelure sauvage et bou­ clée, ce qui la rend différente. Les cheveux doivent être lis­ ses et raides pour qu’on puisse


Salut maman ! Roshina va voir sa mère et son petit frère en prison. Elle-même vit au foyer d'Indira, Prisoners Assistance.

en faire des tresses brillantes. Indira n’aime pas qu’on l’appelle Niguri, mais essaie de ne pas s’en faire. Dort avec les vaches Elle ne voit pas maman et papa pendant la journée. Ils travaillent aux champs chez les autres pour faire vivre la famille. Quand ils rentrent le soir, ils trouvent souvent Indira parmi les vaches, où elle aime dormir. – Kanchi, soupire maman, il faudra de nouveau enlever la bouse de vache. Leur modeste maison est bâtie sur pilotis. Elle est ouverte d’un bout à l’autre et n’a des parois que sur deux côtés. Le sol est couvert de vieux sacs de riz.

Le riz est leur dîner. Presque toujours que du riz, mais parfois, maman a quel­ ques fèves de soja, qu’elle a pris sur les champs. Elle les a cachés dans ses vêtements. Les deux grands frères d’Indira vont à l’école. Elle voudrait aussi y aller. Elle veut apprendre à lire et à écri­ re et avoir un bel uniforme scolaire. Un chiffon rêche fait avec un sac de jute est son seul vêtement. Indira insiste encore et encore. Elle prie Dieu. Mais il n’y a pas assez d’argent. Et puis, elle n’est qu’une fille. Ce n’est pas nécessaire de payer une école pour après se marier et s’occuper des enfants. Alors Indira se penche sur l’épaule de l’un de ses frères

Les premières photos d'Indira

quand il fait ses leçons. Et elle n’arrête pas de poser des ques­ tions. Il s’énerve, mais elle continue à lui poser des ques­ tions. À la fin, il se fait une raison et se met à lui appren­ dre l’alphabet et les chiffres. Indira apprend vite. Elle répète tout et écrit des lettres dans le sable. Le frère donne aussi des leçons, à la maison, pour les adultes du village et, pendant qu’Indira coupe les légumes ou fait cuire le riz, elle écoute tout ce qui se dit. Il lit tout haut la vie d’hommes et de femmes célèbres, qui ont fait du bien aux autres. Indira s’emplit de tout cela et n’oublie rien. Elle sait désormais, qu’elle sera une personne qui aidera les autres. À neuf ans, Indira sait lire

et écrire et elle est convaincue qu’elle peut apprendre prati­ quement tout ce qu’elle veut. « Bien sûr que je peux ! » Personne ne pourra dire qu’elle ne peut pas faire cer­ taines choses parce qu’elle est une fille. Comme étudier par exemple. – Bien sûr que je peux ! dit Indira et tire la charrue aussi bien que les garçons les plus forts. Les forces lui viennent de sa volonté et elle est parfois même plus forte que les gar­ çons plus âgés. Elle les bat au foot. Un enseignant a entendu parler d’Indira et a convaincu ses parents de la laisser fré­ quenter l’école. Les taxes sco­ laires, c’est son frère qui les paye en vendant des bananes. L’enseignant dit qu’elle peut commencer en quatrième année. Ce n’est pas l’avis d’Indira. La cinquième lui convient mieux, et il en sera ainsi. Mais il n’y a pas d’argent pour l’uniforme scolaire ou le cartable. Indira n’a que son chiffon de jute. Ce sera son uniforme tout le temps de sa scolarité. Il n’y a pas d’argent non plus pour les plumes et les craies. Elle s’efforce de se souvenir de tout ce que l’enseignant montre au tableau et, dès la récréation, elle s’assied sur le sol et écrit tout, de mémoire, dans le sable. Elle n’a jamais le temps de jouer avec les autres enfants. À la pause du déjeuner, elle doit courir à la maison pour emmener le bétail à un autre endroit pour paître. Ce qu’elle doit faire chaque matin, midi et soir. À l’école ça va bien. Elle est surtout douée en maths. Une année plus tard, Indira est la meilleure élève de la classe et reçoit une bourse. Et elle a de bien meilleures notes que les deux filles qui l’ont fait tomber. Elle leur a pardonné depuis longtemps. Mais elle n’accep­ t­era jamais les injustices.  69


Indira interdite de cuisine

I

ndira n’avait pas beaucoup d’amis à l’école. Elle était plus pauvre que la plupart d’entre eux et appartenait à une classe inférieure aux autres enfants. Le système des castes est interdit depuis longtemps au Népal, mais dans les faits, il existe toujours. On divise les gens en castes. Ceux qui appartiennent aux castes les plus basses, ne sont pas bien traités. – Une fois j’étais chez une petite fille, raconte Indira. Sa mère est arrivée et a dit que, pour rien au monde, je ne devais entrer à la cuisine. Puisque j’étais d’une caste inférieure, j’étais « impure », et je n’avais pas le droit de toucher quoi que ce soit qui avait à faire avec la nourriture ou la cuisine. J’ai ressenti un énorme sentiment ’injustice. J’étais tout à la fois, triste et en colère. Dans un système de castes, la vie des gens est soumise à un tas de règles. Avec qui travailler et avec qui se marier, par exemple. Déjà à la naissance, tu appartiens à une classe, un groupe, qui a plus ou moins de valeur. Si tu es né dans une classe inférieure, tu appartiens à cette caste toute ta vie et tu ne peux jamais appartenir à une « belle » caste. Il y a des gens qui vivent en dehors des castes. Selon les vieilles croyances, les sans-castes n’ont aucune valeur. Ils sont très pauvres et leur travail consiste, par exemple, à vider les toilettes ou à trier les détritus. Souvent, ils doivent mendier pour survivre et on les appelle « les intouchables » parce qu’ils sont considérés comme « impurs ». Ils n’ont pas le droit de boire au même puits que les autres ni manger à la même table.

70

Quand Indira vient en visite à la prison avec les enfants, les mamans ont préparé le repas pour les enfants et ils mangent tous ensemble.

Indira veut aider les Où qu’elle aille, les gens reconnaissent Indira Ranamagar. – Namaste Aama, « Bonjour maman », ainsi la saluent tous, enfants des rues, politiques et hommes d’affaires. Ils savent qu’elle libère les enfants pauvres de la prison. Quand elle arrive dans son sari blanc et scintillant, c’est difficile d’imaginer qu’Indira a couru nue dans la jungle. Qu’elle ne savait ni lire ni écrire. Mais Indira n’oublie jamais son enfance pauvre. C’est ce qui la motive à aider les autres.

A

17 ans, Indira a quitté son village pour continuer l’école à Katmandou, la capitale. Elle travaillait dur, faisait des ménages et la lessive pour les autres pour pouvoir payer ses études. Elle a aussi travaillé com­ me enseignante. Dans une école, Indira a rencontré

Parijat, une femme écrivain connue, qui écrivait beaucoup sur les droits humains. Parijat dénonçait le fait qu’on empri­ sonnait des gens parce qu’ils protestaient contre les injusti­ ces. Dans ses écrits, elle parlait aussi de la mauvaise situation des prisonniers et elle visitait les prisons pour distribuer de la nourriture et des vêtements. Veut aider les autres Un jour, Parijat a demandé à Indira ce qu’elle voulait faire dans la vie. – Je veux aider les autres, a répondu Indira. Surtout ceux qui sont aussi pauvres que je l’ai été.

Alors Parijat a dit qu’elle aimerait qu’Indira travaille avec elle. – La première fois que je suis allée dans une prison, j’avais peur, raconte Indira. Je croyais que les détenus étaient dangereux, mais j’ai vu que c’étaient des personnes comme les autres. La plupart étaient très pauvres et ne savaient ni lire ni écrire. Indira visitait les prisons les week-ends où elle n’avait pas l’école. Elle y donnait des cours d’écriture et de lecture et envoyait des vêtements et de la nourriture. Elle était cho­ quée de voir tous ses enfants obligés de vivre avec leurs


La cellule de papa.

Attendent papa.

Au revoir, papa !

Il arrive !

pauvres parents dans des prisons sales et surpeuplées. – C’était un affreux environ­ nement pour des enfants, dit Indira. Elle a essayé de placer les enfants dans différents foyers, mais c’était difficile. Les foyers étaient aussi pleins d’enfants pauvres. Le premier enfant Indira a vingt ans et elle s’apprête, comme d’habitude, à visiter une prison. À l’entrée

Indira avec sa fille Subani et Anjali, la première fille dont elle s'est occupée.

Indira accompagne deux frères pour qu'ils puissent rendre visite à leur père, en prison.

de la prison, elle s’arrête soudain. Juste devant la por­ te, il y a un enfant recroque­ villé qui dort. C’est une petite fille et elle changera la vie d’Indira. La petite fille a trois ans et s’appelle Anjali. Son père vient d’être interné et sa mère est morte. Anjali s’est couchée devant la porte de la prison pour être le plus près possible de son père. Elle n’a personne d’autre. Indira, qui a déjà placé

beaucoup d’autres enfants dans des foyers, essaie de trouver aussi une place pour Anjali. Mais aucun n’a de pla­ ce pour la fillette. Indira décide alors de s’occuper personnellement d’Anjali. Elle est déçue des foyers. Ils donnent rarement aux enfants l’amour et les soins dont ils ont besoins. Indira a compris que les enfants de détenus ont particulièrement besoin d’amour et de sécurité, car ils ont souvent vécu des

choses horribles. Plus ils restent en prison, plus leur développement s’en ressent. Indira fréquente le lycée et elle prend Anjali avec elle pendant les leçons. Avec Anjali, Indira doit tra­ vailler différemment. Plutôt que de laisser les enfants qu’elle libère de la prison, dans les foyers, elle s’en occupe personnellement. À un certain moment, les enfants sont si nombreux, qu’elle doit, ellemême, ouvrir de nouveaux

« C’est moi ou les enfants ! » Indira avait recueilli et s’occupait de trois enfants quand elle a rencontré un homme dont elle est tombée amoureuse. Ensemble ils ont eu une petite fille, Subani. Indira continuait son travail dans les prisons et parfois Subani la suivait. Le mari d’Indira trouvait qu’elle consacrait trop de temps aux enfants des prisons. Et qu’il y a avait trop d’enfants dans la maison. – Il faut que tu choisisses, lui a-t-il dit. Moi ou les enfants. – Ce n’était pas difficile, dit Indira. Il ne respectait pas mon travail. Alors, j’ai compris qu’il ne m’aimait pas. Évidemment, j’ai choisi les enfants.

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foyers. Plus tard, elle ouvre également des écoles et des cours d’agriculture partout au Népal. Aujourd’hui, 22 ans ont passé depuis qu’Indira a découvert la petite fille dor­ mant devant la porte de la prison. Anjali est adulte et a une famille. Indira a sauvé ainsi plus d’un millier d’enfants de la prison et a fait en sorte qu’ils grandissent dans un climat de sécurité et qu’ils aillent à l’école. 

Dans les foyers d’Indira, on encourage les enfants à faire beaucoup d’exercice.

Se moque que les filles ne puissent pas faire de vélo Indira n’est pas seulement célèbre parce qu’elle libère les enfants des prisons, mais aussi parce qu’elle est la première femme, au Népal, à avoir participé à des compétitions de vélo tout terrain. Quand elle a commencé, beaucoup pensaient que les filles ne Avant, au Népal, beaucoup pensaient que le vélo, ce n’était pas pour les filles. Indira s’en moquait bien.

devaient pas faire de vélo du tout. Mais Indira s’en moquait bien. Elle trouvait que c’était amusant. Et bon pour la santé. Elle a gagné beaucoup de compétitions et a inspiré d’autres filles. Aujourd’hui, il est plus courant de voir les filles faire du vélo au Népal.

Beaucoup de foyers qu’Indira a ouverts, initient les enfants au vélo tout terrain. Utiliser son corps, bouger, faire du vélo, courir et nager font du bien aux enfants. – Quand on a un bon physique, on renforce la confiance en soi, dit Indira.

Subani a des centaines de frères et sœurs Subani, 17 ans, est la fille biologique d’Indira. Elle a été élevée avec plusieurs centaines de petits frères et sœurs. – Je n’ai jamais été jalouse des autres enfants, dit-elle. Ce sont comme mes vrais frères et sœurs. Parfois, j’aimerais avoir plus de temps avec maman, mais je comprends son travail et je suis fière d’elle. Où que nous allions, les gens l’admirent.

Indira et Subani.

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Subani, la fille d’Indira joue volontiers pour les enfants du foyer.


Tous les enfants arrivent en courant depuis le foyer pour accueillir Indira, qui les embrasse tous.

Tous les enfants ont une lumière intérieure

Cultive et sois fier

Les enfants du foyer et de l'école lavent leurs propres vêtements.

Dans chaque foyer d’Indira il y a des animaux et des cultures. – On se sent bien avec les animaux et la culture, dit Indira. En s’occupant des animaux, les enfants mûrissent et acquièrent le sens des responsabilités et le respect de la nature. Les enfants découvrent qu’ils peuvent semer une petite graine et la faire pousser et les légumes qui en résultent nous nourrissent. « C’est moi qui ai cultivé cela ! » C’est un sentiment formidable.

– J’ai appelé le foyer pour enfants près de Katmandou, Junkiri, qui signifie luciole, dit Indira. – Quand j’étais enfant, je les suivais dans leur vol. Je pensais que tous les êtres, les gens, tout ce qui vit a une lumière intérieure. Nous devons chercher cette lumière dans chaque enfant ! C’est ce que nous faisons ici. Voilà pourquoi le foyer s’appelle Junkiri.

Les vrais délin­quants sont libres – Ceux qui sont en prison ne sont pas les plus mauvais, dit Indira. La plupart sont de pauvres diables qui ont peut-être volé de la nourriture pour sur­vivre. Ou ils ont été entraînés à commettre des délits pour le compte de quelqu’un d’autre, contre un peu d’argent. – La pauvreté est le plus grand des délinquants. Les autres criminels, ceux qui gagnent de l’argent dans des affaires louches et exploitent leurs semblables, sont toujours en liberté. – Je suis si furieuse de constater ceci dans mon pays ! Le Népal a tellement de ressources et son peuple est magnifique. Nous pourrions être un pays formidable si tout le monde y mettait du sien.

Indira et « Prisoners Assistance » • Dirigent trois orphelinats, deux écoles et un programme pour jeunes sur l’agriculture organique et l’artisanat. • Assistent les filles des villages pour qu’elles aillent à l’école. Elles reçoivent un vélo car, souvent, l’école se trouve loin de chez elles. • Recherchent les familles des enfants et les aident à s’occuper des enfants. • Vérifient que les enfants rencontrent leurs parents en prison.

• Ont mis au point un programme pour que les enfants aillent à l’école pendant la journée et dorment, la nuit avec leur mère, en prison. Ils dispensent également un enseignement scolaire et un apprentissage aux mères. • Assistent les prisonniers libérés pour qu’ils retrouvent leurs enfants. • Sont la voix des plus vulnérables et se battent pour que les détenus, surtout les femmes et leurs enfants, soient traités d’une façon juste et humaine.

Les garçons au foyer d'Indira nettoient une citerne pour l'eau.

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 TEXT: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

Nima Le monde de Nima est une cour en ciment sombre, entouré de hauts murs. Sur l’un des côtés, se trouve un bâtiment avec d’étroites ouvertures. Il s’agit d’une ancienne étable, dans laquelle vivent dix détenus, chacun dans un box. Nima sait que, au-delà des murs, il y a un autre monde, mais il ne sait plus comment il est.

N

ima a deux ans quand sa mère meurt. La seule personne qui peut s’occuper de lui est son père. Mais il est en prison. On emmène Nima de son petit village à Katmandou, dans la prison de la capitale. Beaucoup d’autres enfants vivent aussi avec leurs parents en prison. Les enfants jouent beaucoup ensemble. Ils font des ballons avec de vieux bas

– Quand on fait des tankas, il faut être très concentré, dit Nima. Sinon, comme dit notre maître, autant rentrer chez soi.

Nima Rima, 15

Nima, il y a quelques années, après plusieurs années dans le foyer d'Indira.

Veut être : Ingénieur. Loisirs : Le dessin. Livre préféré : Tout livre sur les sciences.

Film préféré : Spiderman. Aime bien : Faire des choses nouvelles.

Ce qui me met en colère : Qu’on

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ne rende pas ce que l’on a emprunté.


a grandi en prison et jouent au volley et au foot. Mais Nima est rarement avec eux. Il aime bien regarder les hommes jouer aux échecs et il adore dessiner. Il dessine, dessine, mais n’est jamais content de ses dessins. Il les jette tous et recommen­ ce. Ses dessins sont sombres. Noirs et gris, avec parfois du rouge qui ressemble à du sang. Années de prison Les gardiens donnent aux détenus des rations alimen­ taires et ensuite chacun cuisine son repas sur une cuisinière à gaz. Le petit déjeuner c’est un morceau de pain ou un bis­ cuit. Le déjeuner, que du riz, sauf une fois par semaine où on donne aux détenus des légumes au curry avec le riz. Pendant la journée, papa et les autres détenus confection­ nent des bonnets. Les enfants ont une sorte d’enseignement quelques heures par jour. Mais ça n’intéresse pas Nima.

Il s’assied quelque part et se demande ce qui se trouve derrière les murs. On entend des bruits dehors, mais il ne comprend pas ce qui se passe. En prison, les jours se res­ semblent tous. Ils se confon­ dent jusqu’à faire des années. Il ne se passe pas grandchose à l’intérieur des murs. Mais il y a des occasions où tous les détenus sont heureux et c’est presque la fête. C’est quand une femme vient leur rendre visite. Elle distribue de la nourriture et des fruits. Par­ fois elle apporte des vêtements à Nima et aux autres enfants. La femme s’appelle Indira Ranamagar et elle enseigne à lire et à écrire aux détenus. Elle leur lit les journaux, leur dit qu’ils ont des droits, eux et leurs enfants, même s’ils sont en prison. Un nouveau monde À cinq ans Nima a eu une grosse fièvre. Les médecins de

la prison n’ont pas de médica­ ments et son père est très inquiet. C’est devenu dangereux de vivre en prison pour Nima. C’est étroit et sale et on dort les uns sur les autres. Les bactéries se répandent vite et la guérison n’est pas sûre. Quand Indira vient la fois suivante, papa lui demande de l’aide. Elle est d’accord avec lui, Nima doit être pris

en charge par un vrai hôpital. – Quand Nima sera guéri, il pourra venir dans mon foyer et commencer l’école, suggère-t-elle. Nima et son père trouvent que c’est une bonne idée. Le jour où Indira prend Nima par la main et ensemble ils passent les portes grillagées, un monde nouveau s’ouvre pour le petit garçon. Nima n’a aucun souvenir de la vie à l’extérieur de la prison. C’est un monde qui va beaucoup trop vite. Qui scintille, clig­ note, cogne, klaxonne et hurle. C’est quoi une chaise ? – J’étais mort de peur, raconte Nima. Comment faisaient les voitures pour bouger ? Tout allait si vite. Et il y avait des gens partout, des magasins, des vélos. Et les couleurs ! Je n’avais jamais vu autant de couleurs. J’en avais le vertige. Il serre fort la main d’Indira

”Faire des tankas m’aide à l’école” Le tanka peinture est un ancien art népalais et tibétain. Il existe aussi bien dans la religion bouddhiste et hindouiste. Les peintures et les récits sont riches de détails et de symboles. Il faut beaucoup d’années pour devenir un bon peintre de tankas. On doit travailler lentement et être totalement concentré. Nima apprend cet art avec un maître de tanka peinture. – Il voit tout de suite si on n’est pas concentré, dit Nima. « Si on n’est pas concentré, il nous dit qu’on peut tout aussi bien retourner chez soi ». Quand on peint des tankas, il n’y a rien d’autre. Rien à l’extérieur, rien qui puisse distraire. – Pour moi, la peinture a signifié beaucoup pour l’école. J’ai plus de facilité pour me concentrer. Quand je fais des maths, par exemple, il n’y a que les maths et rien d’autre. Rien ne me distrait.

Nima, au milieu, a passé ses premières cinq années en prison. Quand il est arrivé dans le foyer d'Indira, il s'est passionnée pour le dessin et à présent il apprend à faire des tankas.

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Nima, tout devant au centre, quelques années après son arrivée au foyer d'Indira. Il est reconnaissant qu'Indira l'ait sauvé de la prison.

et pose des questions sur tout ce qu’il voit. À l’hôpital, Nima voit un médecin qui leur donne des médicaments. Il doit rester quelques semaines à l’hôpital. Quand il va mieux, il est trans­féré dans le foyer d’Indira, où se trouvent déjà les autres enfants qu’elle a sauvé de la prison. – Il y avait des tapis et des meubles que je n’avais jamais

Les jeunes apprennent l'artisanat traditionnel comme la sculpture sur bois. Indira a démontré que les filles peuvent aussi le faire. Avant seuls les garçons en avaient le droit.

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vus, raconte Nima. J’ai mon­ tré du doigt une chose bizarre et Indira m’a expliqué que c’était une chaise. On pouvait s’asseoir dessus. C’était si grand ! Dire que j’aurais pu ne jamais voir une chaise. Je me souviens aussi que j’ai mangé une mangue. Je n’en avais jamais mangé. Je n’avais jamais rien goûté de si bon ! Pour la première fois depuis des années, Nima

Nima ne perd pas une occasion de dessiner.

n’était plus enfermé. – On m’a donné un lit à moi ! Je pouvais bouger comme j’en avais envie et sortir du jardin. Éclatement de couleurs Maintenant, Nima a 15 ans et s’intéresse à la mécanique. Il vit dans une maison, située dans une ville près de Katman­ dou où Indira dirige deux foy­ ers pour jeunes. Un pour filles et un pour garçons. Ils appren­­ nent à être indépendants et à se débrouiller pour accomplir toutes les tâches quotidien­ nes. Tous les soirs, à tour de rôle, ils font la vaisselle. Le matin, les jeunes gens vont à l’école et l’après-midi, ils apprennent différents métiers d’artisanat. Certains apprennent la sculpture sur bois et la céramique. Nima apprend à peindre les tableaux traditionnels népalais. Un art qui s’appelle tanka peinture. Il adore encore peindre et dessiner, mais maintenant ses peintures éclatent de couleurs. – Je suis si heureux mainte­ nant, dit-il. Je vais à l’école et j’ai une grande famille. Indira est comme une mère pour moi. Nima voudrait surtout devenir ingénieur. Il rit. – Maintenant je sais que c’est l’essence qui fait marcher les voitures, et qu’il n’y a pas de vrais bonhommes à l’intérieur du poste de télé­ vision. 

Le tanka peinture est une ancienne forme d’art népalais. Les peintures contiennent beaucoup de symboles et de détails.


Roshani

passe de la prison au foyer pour enfants d’Indira C’est la première nuit que Roshani est dans la rue. Elle retient son souffle et écoute. C’est quoi ce bruit ? Il y a à peine quelques heures, des policiers ont frappé chez Roshani et ont emmené sa mère et son père.

L

a police a dit que sa mère et son père devaient aller en prison. Roshani ne sait pas pourquoi. Personne ne pouvait s’occuper des enfants, alors les deux petits frères de Roshani sont allés en prison avec les parents. Quelques voisins devaient s’occuper de Roshani, mais quand elle va chez eux, ils ne

Roshani, 9 Veut être : Infirmière et s’occuper

D'abord Roshani était à la rue, ensuite elle a vécu avec maman en prison. Finalement elle est arrivée au foyer d'Indira.

des malades. Jeu préféré : Feu et glace. Meilleur livre : Mon manuel d’anglais. Meilleur film : Don’t say no. Un film d’amour. Aime bien : Les mangues. Ce qui me met en colère : Les moqueries et le harcèlement.

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Deux des petits frères de Roshani ont pu venir avec elle dans le foyer d'Indira, mais le plus petit est encore en prison avec maman.

 TEXTE: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

la laissent pas entrer. La porte est fermée à clé. Elle frappe encore et encore. Elle appelle. La nuit tombe. Des ombres bougent dans le noir. Il y a des bruits menaçants. Roshani, n’a que six ans. Elle se recroqueville sur le trottoir, se fait toute petite. Son cœur bat très fort. Il y a des fantômes partout. C’est comme s’ils se faufil­ aient autour d’elle. Elle ne peut pas dormir. Le jour suivant Roshani reste sur le trottoir. Elle ne sait pas où aller. Mais quelqu’un la voit et appelle la police. On va chercher Roshani et on l’emmène chez sa mère en prison. Mieux que de vivre dans la rue – J’étais si contente, raconte Roshani. Je ne voulais qu’une chose, être avec maman et papa. Au début, elle était avec maman dans une petite cellule, de onze personnes. – Les gardiens criaient et braillaient et on était serrés, dit Roshani. Mais c’était mieux que de vivre seule dans la rue. Quelques semaines plus tard, la famille est transférée dans une autre prison. Le père de Roshani vit dans la section réservée aux hommes et le reste de la famille dans la partie des femmes. – Le samedi, on pouvait aller rendre visite à papa. Chaque semaine, il mettait de 78

côté une partie de son riz pour nous le donner. En prison, il y avait beau­ coup d’enfants avec lesquels Roshani pouvait jouer. Le bâtiment est un vrai labyrin­ the, avec plein d’escaliers et de petites pièces un peu par­ tout. Il n’y a pas de portes entre les pièces. – On y jouait à cache-cache, raconte Roshani. Va à l’école Indira Ranamagar de Prisoners Assistance, qui aide les détenus et leurs enfants, venait souvent visiter la prison. Elle distribuait de la nourri­ ture et des vêtements et apprenait aux détenus à lire et à écrire. Elle s’occupait aussi des enfants de la prison, qui pouvaient trouver une place dans l’un de ses foyers. Roshani et ses frères avaient passé une année en prison, quand Indira est venue les chercher pour les emmener dans son foyer, près de Katmandou. C’est là qu’ils vivent à présent, dans une grande maison à la campagne avec plus de 70 autres enfants. Ils vont à l’école et appren­ nent à travailler la terre. Les enfants s’occupent aussi des animaux. 24 chèvres, quel­ ques chiens et une vache. – J’adore être ici, dit Roshani, même si maman et papa me manquent beaucoup. Mais dans quelques jours, j’irai leur rendrai visite en prison. 

En visite chez

Quand Roshani va à la prison, sa mère lui fait à manger.

C’est fantastique de se revoir, mais c’est aussi un peu triste.


maman en prison

Maman arrange les cheveux de Roshani.

Les visites sont terminées. Les mères crient encore quelques mots à leur enfant.

Quand Roshani va à la prison, sa mère veut la cajoler.

Roshani s'attarde un instant devant la grille fermée de la prison, pour prendre congé de maman et du petit frère.

- Ne sois pas triste Roshani, dit maman quand elles se séparent. On se verra bientôt !

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Le premier jour de liberté pour Joshna Joshna a cinq ans et a passé deux ans en prison. Aujourd’hui, elle peut enfin en sortir. Indira l’emmènera dans son foyer pour enfants de détenus.

11H00 Indira parle avec Joshna et sa mère. – Je suis si heureuse que Joshna puisse sortir d’ici et commencer l’école, dit la mère de Joshna.

13H00 À la prison centrale de Katmandou tout le monde connaît Indira. Elle est repartie de là avec beaucoup d’enfants. Aujourd’hui c’est le tour de Joshna.

15H00 Joshna a déjà trouvé une amie, Mamita, qui était dans la même prison. Il y a beaucoup de choses à découvrir dans la maison. Et on peut regarder au-dehors. Ce qu’on ne pouvait pas faire en prison.

Bienvenue Joshna ! Les autres enfants du foyer à Katmandou souhaitent la bienvenue à Joshna. Ils lui mettent un beau châle autour du cou. C’est ainsi que l’on souhaite la bienvenue au Népal. Cela s’appelle « Sawagatan ».

14H00 16H00 D’abord, Joshna est intimidée. Ça fait un peu peur de quitter maman et la prison.

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 TEXTE: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

19H00 18H00

Indira et Joshna jouent. En prison il n’y avait pas d’animaux en peluche.

Le soir, on dîne tous ensemble. De grandes portions de riz avec des légumes. Après, chacun lave son assiette.

20H00 L’heure de se coucher. Joshna dormira avec son amie. Indira, ou un autre adulte du foyer dort toujours avec les nouveaux enfants. Ils ont besoin de sécurité.

Apprends à saluer ! Joins les mains comme Bibash, 11 ans. Penche légèrement la tête vers les mains. Relève la tête et regarde la personne que tu salues dans les yeux. Dis : « Namaste » et souris.

Lit pour maman « Quand je vais voir maman en prison, je lui fais la lecture. Elle est si fière que je sache lire ! Elle n’est jamais allée à l’école. Je serai la meilleure de la classe et ensuite je gagnerai de l’argent. Quand je serai riche, je ferai construire une grande maison pour maman et pour moi. » Swastika, 12

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De la prison Les garçons ont construit la maison avec l’aide de leur maître d’œuvre.

Les cultures des garçons À l’Aama Paradise Home, on cultive des tomates, des concombres, de l’ail, des oignons jaunes, des haricots, des mangues, des papayes, du gingembre, des pommes-de-terre, des bananes, du curcuma, du coriandre, du café, des gombos, des fruits du jacquier, du piment, des fraises, des brocolis, des choux fleurs, des patates douces, du chou blanc, du topinambour, des aubergines, des citrons, des carottes, des grenades, des poires, des pêches, des pomelos, des ananas, du maïs, des litchis, et des plantes aromatiques.

 TEXTE: EVA-PIA WORL AND PHOTO: JOHAN BJERKE

Suman se met tout de suite au travail dans le potager avec les autres garçons du foyer d'Indira, qu'il connaît déjà. Aujourd'hui ils vont planter des tomates.

Indira souffle sur le feu. Il n’y a pas d’électricité, ici. – Je veux que ce soit simple et près de la nature, dit Indira

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au paradis Suman, 18 ans, est nerveux. Aujourd’hui, il s’installe à l’Aama Paradise Home, situé tout en haut dans la jungle, dans l’exploitation agricole d’Indira où les jeunes des prisons apprennent à cultiver la terre et à s’occuper des animaux.

L

es nuages s’effilochent sur les maisons. On voit à des kilomètres à la ronde. L’eau potable coule toute l’année des ruisseaux prove­ nant de la chaîne de l’Himalaya. L’eau est dirigée vers les cultures organiques, passe par la cuisine à feu de bois et aboutit aux douches extérieures parmi les man­ guiers. Un groupe d’adolescents s’occupe de l’agriculture. La plupart ont été sauvés de la prison au Népal et ont grandi dans l’un des foyers d’Indira. Indira a trouvé Suman quand il avait cinq ans. Il vivait dans la rue avec sa mère, qui était alcoolique et ne pou­ vait pas s’occuper de lui. – Sans Indira, je ne serai pas vivant aujourd’hui, dit-il. Grâce à elle, j’ai une vie fan­ tastique. Et à présent, je peux vivre ici. C’est si beau ! Dorment sous le ciel étoilé Les autres garçons d’Aama Paradise, font visiter les envi­ rons à Suman. Ils se connais­ sent bien. Ils ont grandi ensemble dans le foyer pour enfants d’Indira. Après le déjeuner, c’est l’heure de planter les tomates.

Indira a trouvé Suman dans la rue quand il avait cinq ans. À présent, il a 18 ans et vient de s’installer dans l’exploitation agricole tout en haut, dans la montagne.

Les garçons apprennent a tailler des planches.

Le lit a un socle et est bientôt prêt. Cette nuit, Suman dormira à la belle étoile.

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Indira prépare du poulet pour le dîner. Les garçons aiment sa cuisine.

Un enseignant en agronomie dirige le travail et on mélange théorie et pratique. Il y a aussi un employé menuisier, qui apprend aux garçons à construire toutes sortes de choses, des meubles aux maisons. Après le travail, les garçons

courent vers le fleuve qui cou­ le dans la vallée. Là, ils peu­ vent nager, se rafraîchir et pêcher. Pour le dîner, Indira cuisi­ ne du poulet sur le feu de bois. Il n’y a pas d’électricité. Quand c’est l’heure de dormir, les garçons transportent leur lit

dans le jardin. Ils veulent dor­ mir dehors. – Je vais me plaire ici ! dit Suman en levant les yeux vers le ciel étoilé. 


Les garçons se rafraîchissent dans le fleuve après le travail des cultures. Ici, ils peuvent aussi pêcher.

Champignons contre les morsures de serpents Dans la jungle, il y a beaucoup de plantes utilisées comme médicaments. Les garçons de Palpa vont souvent en chercher. Aujourd’hui, ils ont trouvé un champignon bizarre qui s’appelle dame voilée. – Si un serpent nous mord, on applique le champignon sur la morsure pour qu’il absorbe le poison, explique Indira.

– Cette racine, on la cuit dans les cendres, dit Indira. On doit en manger au moins une fois par an pour rester en bonne santé. Indira et les garçons l’ont trouvée dans la jungle.

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Bats-toi pour les filles ! Participe et travaille pour les droits des filles - Filles et garçons ont les mêmes droits ! C’est injuste que nous ne puissions aller à l’école et devons tout faire à la maison, alors que les garçons peuvent étudier et jouer, dit Sanjukta, 12 ans en Inde. Elle est l’une des millions d’enfants dans le monde qui compte moins parce qu’elle est une fille.

L

es droits de l’enfant valent pour tous les enfants, filles et garçons. Pourtant les filles sont souvent moins bien traitées. La moitié des enfants du monde sont des filles, mais plus de garçons que de filles vont à l’école. Les filles sont plus pauvres, plus souvent malades et souf­ frent plus de la faim que les garçons. Elles travaillent durement, subissent souvent des violences et sont obligées de se marier alors qu’elles sont encore des enfants. Partout, les filles ont aussi plus de peine à faire entendre leur voix et à décider de leur vie.

Des filles à vendre L’une des pires atteintes aux droits de l’enfant est le commerce sexuel impliquant des enfants. Des enfants dans le monde entier sont utilisés comme esclaves sexuels et dans la pornographie. La plupart d’entre eux sont des filles. Mais à présent, les filles du monde entier se défendent avec l’aide du Prix des Enfants du Monde ! Et beaucoup de garçons les soutiennent ! Se battre ensemble À partir de cette année, des centaines de filles du Prix des Enfants du Monde deviennent ambassadrices des droits de l’enfant. Beaucoup d’entre elles ont subi des violences, abus et graves injustices. Elles apprennent quels sont leurs droits et la situation des filles dans leur pays et dans le monde. Puis elles aident les enfants à créer leur club des droits de l’enfant du Prix des Enfants du Monde. Dans un club des droits de l’enfant, les enfants ont la possibilité de travailler ensemble pour : • Répandre la connaissance sur les droits de l’enfant. • Expliquer la situation des filles. • Faire entendre leur voix. • Exiger le respect des droits de l’enfant aussi bien pour les garçons que pour les filles ! Et bien plus ! Aux pages 86–113 tu peux te renseigner sur les droits des filles et sur le commerce sexuel impliquant des enfants. Svenska PostkodLotteriet a rendu possible pour le Prix des Enfants du Monde en collaboration avec ECPAT Suède, de travailler pour les droits des filles et contre le commerce sexuel impliquant des enfants.

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J’exige le respect des Droits de l’Enfant


Diplôme « Le dernier jour de la formation, j’ai reçu un diplôme qui certifiait que j’étais ambassadrice du PEM pour les droits des filles. J’étais si fière ! C’était important ! Je l’ai accroché au mur. »

Victory, ambassadrice des droits des filles

V

ictory et ses camarades sont pleines d’espoir. On les appelle l’une après l’autre pour leur remettre leur diplôme qui certifie qu’elles sont ambassadrices des Droits de l’Enfant et qu’elles se battront pour les droits des filles. Enfin, c’est son tour : - Victory! Fière, elle reçoit le diplôme des mains du chef du bureau d’aide sociale de la région. - Tu t’appelles Victory, ce qui veut dire « victoire. » Je veux que tu gagnes beaucoup

de victoires dans le combat en vue de changer la vie des enfants, dit-il. Maltraitée à la maison Victory sait que la vie doit changer pour beaucoup d’enfants pauvres au Ghana. Surtout pour les filles. - Ma famille est très pauvre. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai été obligée de travailler pour les aider, dit Victory. À deux ans à peine, elle aidait sa mère à vendre les moules au marché et dans les

 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

- Depuis toute petite j’ai senti qu’ici, on traitait les filles d’une façon injuste et comme si elles avaient moins de valeur. J’ai toujours voulu faire quelque chose, sans savoir exactement quoi. En tant qu’ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, j’ai enfin eu l’occasion de me battre pour les droits des filles, dit Victory, 17 ans, de la petite ville de Ada sur le fleuve Volta, au Ghana.

Formation d’ambassadrices « J’ai appris un tas de choses sur les Droits de l’Enfant, surtout sur les droits des filles et l’exploitation sexuelle des enfants. Nous nous sommes senties plus fortes, moi et les autres filles. »

tâches ménagères avec ses deux sœurs. Elles faisaient la vaisselle, le ménage et la cuisine. - Mon père ne m’a jamais aimée. Il m’a souvent battue. J’ai des cicatrices sur tout le corps. Mes sœurs aussi. Je n’oublierai jamais le soir où papa est rentré tard. J’avais

douze ans, il m’a réveillée et m’a dit de lui réchauffer de la soupe. J’étais encore endormie et un peu maladroite et j’ai versé de la soupe sur lui. Ça l’a rendu furieux. Il m’a battue si fort que j’ai cru mourir. Il a crié : « N’oublie pas qu’il y a des enfants au 87


Victory, 17 Habite : À Ada sur le fleuve Volta. Aime : Danser. Déteste : Qu’on maltraite les enfants. Le meilleur : Avoir pu commencer l’école. Le pire : Être maltraitée par papa. Veut être : Reporter télé. Rêve : D’ouvrir une école mater­ nelle pour les enfants pauvres où ils trouveront de la nourriture et de l’amour.

cimetière ! Tu veux aller les retrouver ? » Enfant au travail À 14 ans, la vie de Victory est devenue plus dure. Son père refusait de payer sa scolarité, alors qu’il avait promis de le faire. - J’ai commencé à charger les coquilles de moules sur les camions pour que nous puissions survivre et pour que je puisse continuer l’école. Chaque paquet pèse 30 kilos et on le porte sur la tête. C’était très lourd. J’étais plus petite alors. J’étais souvent malade, avec de la fièvre et des douleurs dans tout le corps à cause de la fatigue. Petit à petit, j’ai dû aussi faire la plonge dans un restaurant pendant les week-ends et les vacances scolaires. Ainsi est ma vie encore aujourd’hui, et les jours où je transporte des coquilles de moules, je ne vais pas du tout à l’école. Les droits des filles C’était quand Victory devait travailler si dur qu’elle a com88

« D’abord, je balaie la cour, je vais chercher l’eau au fleuve, je fais la vaisselle et je jette les déchets. Puis, avec mes sœurs, je vais chercher les moules du fleuve. Ensuite, je me lave, je prends mon petit déjeuner avant d’aller à l’école, qui commence à huit heures. »

mencé à se dire qu’on ne traite pas les filles et les garçons de la même manière. - C’est nous qui faisons tout à la maison. Les garçons jouent au foot et s’amusent avec leurs amis, ils ont du temps et l’énergie de faire leurs devoirs. Nous, les filles,

devons gagner de l’argent pour la famille et la survie de tous. Nous perdons beaucoup d’heures d’école. Certaines familles n’envoient pas du tout leurs filles à l’école. Pour eux la seule chose que nous savons faire est travailler dur et rester à la maison. Que c’est notre tache dans la vie. Le pire pour Victory est que les filles des familles pauvres courent de grands dangers.

- Parfois, on chasse les filles de chez elles et elles doivent se débrouiller seules. Alors, on les exploite facilement. Contre de la nourriture, un endroit pour dormir ou de l’argent, elles sont victimes de l’exploitation sexuelle. On ne chasse jamais les garçons de la maison de cette façon. D’autres fois, on trompe nos parents. Des gens passent et offrent à la fille de la famille un travail, dans une ville, comme aide domestique, vendeuse ou serveuse. On donne un peu d’argent aux parents et on leur promet une partie du salaire de la fille. Mais il n’y a plus d’argent. Au lieu de cela, les filles sont victimes d’exploitation sexuelle des enfants. Devient ambassadrice Déjà quand Victory transportait les coquilles de moules jusqu’aux camions, elle a voulu réagir contre le fait que les filles étaient plus mal traitées que les garçons.


« Deux fois par semaine, je charge les coquilles de moules sur les camions. Les chauffeurs nous avertissent le jour avant et, ce jour-là, il n’y a pas d’école pour moi ni pour bien d’autres filles. Chaque paquet, que l’on porte sur la tête, pèse environ 30 kilos et je reçois 10 cedis (4,5 USD) pour un jour de travail. »

- C’est très bête et injuste. Nous avons la même valeur ! J’ai toujours voulu me battre pour améliorer la vie des filles, mais sans savoir comment. Et puis, le Prix des Enfants du Monde m’a demandé, à moi et à d’autres filles, ici à Ada, si on voulait suivre une formation de trois jours sur les Droits de l’En-

fant et devenir les ambassadrices qui se battent pour améliorer la vie des filles. J’ai pensé : « Enfin », et j’ai tout de suite accepté! Victory a appris quels sont les Droits de l’Enfant, la parité entre filles et garçons, l’exploitation sexuelle des enfants et le programme du Prix des Enfants du Monde.

« Le mardi et le vendredi, mes sœurs et moi, nous nous relayons pour aider maman à vendre les moules au marché. Mes jours de marché, je n’ai pas le temps pour l’école. »

- C’était la première fois que je me trouvais dans une situation où on parlait des droits des filles. C’était aussi la première fois où quelqu’un s’intéressait à nos récits.

Propager les connaissances Le dernier jour de la formation, Victory et ses camarades ont reçu le diplôme qui certifie qu’elles sont ambassadrices des Droits de l’Enfant et qu’elles se battront pour les droits des filles. - J’étais hyper fière ! Depuis ce jour, mes camarades ambassadrices et moi travaillons de différentes façons pour que les filles soient

« Dès que j’ai le temps, je lis la revue Le Globe. Elle est très bien. J’y apprends un tas de choses concernant mes droits et comment se portent les enfants dans le monde. Je m’y reconnais souvent. Par exemple, les récits du Népal, où les filles doivent aussi travailler dur, exactement comme moi. C’est si triste et si injuste ! Les récits du Globe renforcent ma détermination à travailler pour les droits des filles. »

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Victory montre, cinq fois, les vêtements de sa garde-robe Les cinq jeunes filles sont toutes Victory. De gauche à droite, elle revêt la tenue de : Ambassadrice des Droits de l’Enfant, vendeuse sur marché, écolière, porteuse de moules et paroissienne dans sa belle robe du dimanche. - Mon uniforme scolaire est ma tenue préférée. C’est la preuve que je vais à l’école, et je trouve qu’elle me va bien, dit Victory.

Le collier Vote Mondial Les rubans verts et jaunes tressés que les ambassadrices portent autour du cou s’appellent Kpa Na Lo. - Les travailleurs électoraux des différents partis, utilisent souvent ces rubans lors des élections politiques. Les rubans portent alors les couleurs des partis. En tant qu’ambassadrices des Droits de l’Enfant, nous avons choisi les couleurs jaune et verte pour le Vote Mondial, parce que nous les trouvons jolies, explique Victory.

respectées et qu’elles aient un avenir meilleur. Tout d’abord, on apprend aux filles quels sont leurs droits et les aidons à créer des clubs des Droits de l’Enfant. Dans les clubs, les filles, à leur tour, instruisent d’autres filles. Mais il est tout 90

aussi important que nous informions les enseignants et les directeurs des droits des filles, de l’exploitation sexuelle des enfants et de l’utilisation du Globe et du programme du Prix des Enfants du Monde en classe. - Nous parlons énormé-

ment de l’égalité de valeur entre filles et garçons et qu’ils doivent être traités de la même façon. Que c’est une évidence que garçons et filles doivent partager le travail ménager, pour que les filles ne soient pas obligées d’être si souvent absentes de l’école et

aient le temps et la force de bien faire leurs devoirs. - Par l’information et la propagation des connaissances, je suis sûre que les droits des filles seront respectés à l’avenir. 

Former les directeurs et les enseignants « J’enseigne aussi les Droits de l’Enfant, les droits des filles et je parle de l’exploitation sexuelle des enfants aux enseignants et aux directeurs. Le but est que ce que nous enseignons, ils l’enseignent ensuite à leurs élèves quand ils participeront au programme du Prix des Enfants du Monde. Ici, il n’arrive jamais que les enfants apprennent des choses aux adultes. Jamais ! Mais eux, nous écoutent et nous prennent au sérieux. Ici on forme les enseignants à la Presby Junior High School.


Guerre e exploitation sexuelle des enfants

La radio des Droits de l’Enfant « J’écoute souvent une émission de nouvelles pour les enfants, qui s’appelle Kids News, à Radio Ada. J’avais envie d’y participer depuis longtemps pour parler des droits des filles, sans jamais oser. Mais après la formation d’ambassadrice, je me sens de plus en plus sûre de moi, et samedi passé, j’y ai participé pour la première fois. J’ai parlé des droits des filles, de l’exploitation sexuelle des enfants et du Prix des Enfants du Monde. J’étais très nerveuse, mais j’avais des choses importantes à dire, alors je l’ai quand même fait. J’attends déjà la prochaine émission ! »

Dernières nouvelles !

Les clubs des Droits de l’Enfant « Nous les ambassadrices, aidons les filles à créer des clubs des Droits de l’Enfant. Nous les instruisons sur les droits de l’enfant, spécialement des filles, l’exploitation sexuelle des enfants et le programme du PEM. Les clubs sont très importants car les filles y apprennent leurs droits. Ainsi elles savent pourquoi elles doivent se battre. En outre, les clubs transmettent leurs connaissances aux filles des différentes écoles. Dans les clubs, on essaie aussi d’aider le membre qui en a particulièrement besoin en crochetant des nappes et des vêtements d’enfant que l’on vend au marché. L’argent appartient au club, mais est donné à qui en a le plus besoin. » Ici on crée un club des Droits de l’Enfant à la Methodist Basic School.

La station de radio où Victory parle des droits des filles a comme symbole un gong gong. Dans le temps, les « Town Cryers » passaient dans les villages du Ghana pour crier les dernières nouvelles. Pour que la plupart puisse les entendre, ils tapaient sur un gong pour rassembler tout le monde. À présent, les dernières nouvelles et informations sur les droits des filles, l’exploitation sexuelle des enfants et le Prix des Enfants du Monde sont transmises par la radio dans la région de Victory.

« Je vis dans le camp de réfugiés depuis deux ans parce qu’il y a la guerre dans mon pays, la Côte d’Ivoire. La guerre c’est très dangereux pour nous, les filles. On est victimes d’abus par les soldats et souvent les hommes profitent du fait que les filles sont pauvres et ont faim. Ils semblent gentils et disent : ‘Viens manger avec nous, si tu as faim !’ Mais la fille n’a rien à manger si d’abord elle n’accepte pas qu’on abuse d’elle. Cela s’appelle exploitation sexuelle des enfants. Je l’ai appris dans Le Globe, que nous lisons ensemble au club des Droits de l’Enfant du PEM, dans le camp. Même quand un soldat promet à une fille de ne pas tuer ses parents, un de ses frères ou une de ses sœurs, si elle couche avec lui, c’est de l’exploitation sexuelle. Dans Le Globe on présente toutes les façons dont on viole les droits de l’enfant pendant les guerres. Les enfants sont enlevés et on les oblige à suivre les soldats aux camps ou aux bases. On oblige les garçons comme les filles à devenir enfants soldats. Pendant la guerre, les écoles ferment et les enseignants se mettent à l’abri, comme tout le monde. Ne pas pouvoir aller à l’école viole nos libertés. Je vais devenir ambassadrice des Droits de l’Enfant et j’aurai la possibilité d’apprendre à d’autres filles quels sont nos droits. Si beaucoup de filles sont instruites, le monde sera partout meilleur pour les enfants. Même en Côte d’Ivoire ! » Manuella, 12 ans, club des Droits de l’Enfant PEM, camp de réfugiés Ampain, Ghana.

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Affiches électorales Confection d'affiches sur les Droits de l'Enfant et sur les candidats.

Isoloir Après avoir planté les pieux dans le sol, on habille l'isoloir avec des paillassons tissés traditionnels.

Global Vote High Class «Aujourd’hui on a aidé les ambassadrices du club des Droits de l’Enfant de la High Class Academy à mener à bien le Vote Mondial. Le vote est important puisque nous avons la possibilité de soutenir de vrais dirigeants qui se battent pour nous, les enfants», dit Victory. Urne électorale et éventails !

- Nous avons confectionné l’urne avec des éventails de bambou cousus ensemble avec du fer dans des couleurs vives et c’était très bien, explique Victory.

Queue pour voter

Queue pour voter Il fait chaud et la queue pour aller voter est longue, mais tout procède calmement le jour du Vote Mondial.

La couleur du lele contre la fraude électorale À l’ombre d’un arbre, se tiennent les membres du club des Droits de l’Enfant du PEM, Elisabeth, 14 ans, Vivian, 13 ans, Belinda, 14 ans et Francisca, 13 ans, et elles préparent les couleurs rouge, blanche et noire. On fera une marque de couleur au visage de tous ceux qui votent, pour que personne ne puisse voter une autre fois. Couleur rouge : On broie, avec une pierre, les feuilles de l’arbre lele, mélangées à du gros sel. Puis on y ajoute de l’eau. On pétrit le tout avec les mains. Le jus rouge qui en coule, est prêt à l’emploi. Couleur verte : On mélange de la craie broyée avec de l’eau. Couleur noire : On mélange du charbon avec de l’eau.


Montre ta carte d'identité ! D'accord, tu es sur la liste électorale !

Academy

L'isoloir en un coup de hache Bernice, l'ambassadrice des Droits de l'Enfant, coupe les pieux pour l'isoloir dans un bosquet d'arbres neem.

Voici l'urne électorale ! Victory montre le chemin de l'isoloir à l'urne.

Pas de vote sans carte d'identité. Tous ceux qui votent doivent avoir une carte d'identité telle que celle-ci.

Le comité de rédaction en réunion sous un arbre. Les journalistes discutent de la couverture de la Journée du Vote Mondial.

« Invitez-nous, les filles ! » « Aujourd’hui je suis reporter de notre station de radio, la High Class Radio Station 93.1. Je demande aux camarades d’école ce qu’ils pensent du vote et ce genre de choses. Tout le monde dit que c’est un jour important puisqu’on vote pour nos droits, le plus important de tout. Tous ceux que j’interviewe sont d’accord pour dire que personne ne doit violer nos libertés. Nous l’apprenons par le Prix des Enfants du Monde. Et si nous connaissons nos droits, nous pouvons aussi mieux nous protéger. Les ambassadrices du PEM ont aidé les filles de notre école à créer des clubs des Droits de l’Enfant du PEM, mais on ne nous a pas encore invités, nous, les garçons. J’espère qu’on le fera bientôt, parce que, pour nous aussi, c’est important. Mais au Ghana, la vie est plus difficile pour les filles. Je comprends qu’elles créent d’abord des clubs pour elles-mêmes et apprennent à connaître leurs droits. Mais après, ce serait bien si on en faisait aussi partie. Pour que la vie des filles s’améliore, nous devons apprendre qu’elles ont les mêmes droits que nous. Aujourd’hui, c’était un jour fantastique. Voter et montrer notre soutien pour de VRAIS dirigeants qui se battent pour nos droits, ça fait un grand bien. Nous allons mettre au propre nos notes pour qu’à l’école tout le monde puisse lire toutes les choses importantes qui sont arrivées aujourd’hui. » Prosper, 13, High Class Academy.

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 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

La radio de la High Class

Prosper, 13 ans, l’un des reporters de la radio d’école High Class Radio Stations, qui a couvert la journée du Vote Mondial.


Nous sommes ambassadri Voici plusieurs ambassadrices des Droits de l’Enfant du Prix des Enfants du Monde pour les droits des filles, fières et nouvellement diplômées !

Ensemble, nous sommes fortes ! « Je viens d’être nommée ambassadrice des Droits de l’Enfant pour les droits des filles. Je fais aussi partie d’un club des Droits de l’Enfant du PEM. Ce qui me donne l’occasion de parler de nos droits à d’autres filles. Ici, au Ghana, c’est vraiment nécessaire. Nous, les filles, travaillons dur à la maison. Ça n’a pas de sens ! C’est injuste ! Tout ce que nous faisons, les garçons devraient le faire aussi. Nous devrions tout partager. Nous avons aussi le droit à une bonne instruction et à un bon travail. Nous sommes aussi intelligentes. Tout ce que les garçons font, nous pouvons le faire aussi. Souvent, même mieux ! En tant qu’ambassadrice, j’encouragerai toutes les filles et toutes les femmes à oser exiger d’être bien traitées. Nous devons oser ! Ce qui est arrivé à une de mes meilleures amies est très triste. Sa famille est pauvre. Un jour, un homme d’une cinquantaine d’années a dit à la mère de mon amie : « Donne-moi ta fille et je te donnerai de la nourriture, de l’argent et tout ce dont vous avez besoin. » La mère a donné sa fille à cet homme. Elle n’avait que 13 ans. Maintenant, je sais que ce qui lui est arrivé s’appelle esclavage sexuel. Je suis allée avec elle, d’abord à l’hôpital et ensuite à la police. Je l’ai encouragée à avoir la force de continuer à aller à l’école et à participer à notre club des Droits de l’Enfant. Elle avait besoin de notre soutien, sinon elle aurait été seule dans ces moments difficiles. Dans nos villages nous disons : « Ensemble, nous construisons », « Seules, nous tombons ». C’est exactement comme dans le club des Droits de l’Enfant et les droits des filles. Ensemble, nous sommes fortes ! Plus tard, je veux lire les nouvelles à la télé pour que les gens sachent ce qui se passe dans le monde. » Deborah, 14 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, Ada, Ghana

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Refuse de se taire « J’ai grandi au Togo, un pays voisin, avec mon père. Je n’ai jamais connu ma mère. Je suivais ma cinquième année d’école, quand mon père a dit que je devais venir ici, au Ghana, chez ma tante et continuer l’école. Je suis partie et au début, on me traitait bien, mais tout a changé le jour où de l’argent a disparu. Ma tante m’a accusée alors que j’étais innocente. Elle a dit que ça ne pouvait pas être ses enfants, parce qu’ils n’étaient vraiment pas des voleurs ! Après, elle a refusé de me donner l’argent pour l’école. Pour pouvoir aller à l’école, je devais porter de lourds chargements de coquilles de moules du fleuve jusqu’aux camions. J’ai aussi lavé des vêtements pour les gens. Quand je pense que mon père m’a envoyée au Ghana et a gardé mes deux frères près de lui au Togo. Cela ne serait jamais arrivé si j’avais été un garçon. Ce n’est pas juste ! Maintenant, je suis ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM et membre d’un club des Droits de l’Enfant. C’est très bien. Avant, je n’avais aucune idée de mes droits. Je n’avais pas droit à la parole chez ma tante et j’obéissais au doigt et à l’œil. Maintenant je sais que j’ai le droit de dire ce que je pense, d’avoir un avis et d’être écoutée. C’est pourquoi je refuse de me taire. Je sais que c’est mon droit d’aller à l’école et je le dis à ma tante. Le club des Droits de l’Enfant me donne le courage d’exiger le respect de mes droits ! Plus tard, je veux être enseignante de maths et de sciences. » Racheal, 15 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, Ada, Ghana


ces des Droits de l’Enfant Non au trafic d’êtres humains

Apprendre ses droits grâce au club

 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

« Ici, garçons et filles ne sont pas traités de la même manière. Quand il faut préparer à manger, ou faire le ménage, les parents disent aux garçons qu’ils peuvent sortir jouer avec leurs amis, alors que les filles doivent rester à la maison pour travailler. Les garçons devraient nous aider dans les tâches ménagères. On aimerait aussi, nous les filles, jouer parfois et nous amuser. Quand je demande si je peux aller voir mes amies, il arrive qu’on me punisse parce qu’on croit que je veux aller voir des garçons. Comme punition on ne me donne pas d’argent pour les manuels ou les taxes scolaires et ça rend le travail de l’école difficile. D’autres fois, on ne me donne pas à manger. Ce qui n’arriverait jamais à un garçon. À présent, je suis ambassadrice des Droits de l’Enfant et membre d’un club des Droits de l’Enfant du PEM. On y apprend que les filles ont les mêmes droits que les garçons. Avant, je ne connaissais pas mes droits. Grâce au club, je sais pourquoi, moi et mes camarades, nous nous battons ! Plus tard, je veux être policière. Je pense que le travail des policières est très important. » Sarah, 15 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, Ada, Ghana

« Ici les filles sont facilement victimes de trafic d’êtres humains. On les vend et on les emmène d’une place à l’autre pour travailler. Cela m’est arrivé quand j’avais dix ans. Ma famille était très pauvre. Quand une femme a proposé de s’occuper de moi et de me faire suivre l’école, ma mère et moi étions heureuses. Je croyais que je pourrais aller à l’école toute la journée. Au lieu de cela, j’ai eu très peu d’école et beaucoup de travail. Dès le matin, je vendais de l’eau au marché et l’après-midi des manuels scolaires et d’autres choses. Un jour, la fille de la femme a reçu un faux billet d’un client, mais tout le monde a dit que c’était moi. Ils m’ont tellement maltraitée que j’ai encore des cicatrices sur le corps. Ils m’ont brulée les jambes avec une bûche brûlante et m’ont frappée dans le dos avec une marmite en fonte. Et elles ont refusé de me payer mon salaire. Comme je ne savais pas où aller, j’ai été soumise à un travail d’esclave chez cette femme pendant deux ans. Mais un jour, après avoir été fortement maltraitée, j’en ai eu assez. J’ai mis ma robe préférée et je me suis sauvée. Je suis arrivée ici à Ada, chez ma tante. Maintenant je fais ma septième année d’école et je suis ambassadrice des Droits de l’Enfant et membre d’un club des Droits de l’Enfant du PEM. Avant de faire partie du club, je ne connaissais pas du tout les droits de l’enfant ni que les filles ont les mêmes droits. Mais maintenant je sais que j’ai droit à l’instruction et à vivre avec mes parents. En tant qu’ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, je peux parler aux autres filles de nos droits. Pour qu’elles ne se retrouvent dans la situation où je me suis trouvée. C’est important de connaître ses droits. Si on lit Le Globe on est bien informées ! » Theresa, 15 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, Ada, Ghana

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Les ambassadrices des Droits de - Il y a une guerre contre les filles dans notre école. Ici, les enseignants et le directeur abusent les filles contre des notes et des résultats suffisants. C’est de l’exploitation sexuelle de mineurs, dit Maria Rosa, 17 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM pour l’internat de Namaacha, au Mozambique. Maria Rosa se bat avec Sara et Fatima pour les droits des filles à l’école de la Peur.

Guerre contre les filles

J

e suis à l’internat depuis quatre ans. Je me réjouissais vraiment de venir étudier ici. Mais j’ai très vite vu que quelque chose n’allait pas. Personne ne traite bien les enfants dans cette école. Que ce soient les enseignants, le directeur, les gardiens ou les responsables des dortoirs. C’est comme s’ils nous faisaient la guerre. Un jour, j’ai été appelée chez le directeur. Il m’a dit de fermer la porte et a mis un film porno sur son ordinateur. Il m’a dit de regarder. Je lui ai demandé pourquoi et il m’a répondu que je savais sûrement ce que les gens faisaient dans ces films. Après, il m’a demandé si j’avais l’intention de dire la vérité. J’ai répondu que je disais toujours la vérité. Alors, il m’a montré une liste avec les

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noms d’élèves de l’école. Il m’a désigné le nom d’un garçon en me demandant si c’était vrai que je sortais avec lui. Je lui ai dit que je n’avais pas de petit ami, ce qui était vrai. Alors, il m’a dit que je mentais. Des questions privées Puis, il m’a demandé si j’étais vierge et j’ai dit que oui. Alors, il m’a dit de montrer les paumes de mes mains et a dit : « Tu mens ! Je peux le voir dans tes mains que tu n’es pas vierge ! » Je lui ai dit que toutes les questions qu’il me posait ne concernaient que moi et qu’elles étaient privées. Alors, il a dit : « Je suis directeur et plus vieux que toi ! J’ai le droit de te poser ces questions. Fais attention, sinon je le dis à tes parents ! » Je lui ai dit que ma mère et mon père savent que je dis toujours la vérité et que j’allais moi-même leur raconter ce qui c’était passé. Alors, il a dit : « Si tu fais ça, je te chasserai de l’école et je ferai en sorte que tu ne puisses plus fréquenter aucune école du Mozambique de toute ta vie! Fais entrer ta camarade de classe qui attend dehors. » Ce jour-là, le directeur a interrogé, de la même façon, beaucoup de filles de l’école.

Le Vote Global est important tout comme la célébration des Droits de l'Enfant.

Exploitation de la faiblesse Mais le jour de l’interrogation n’est pas la pire chose qui puisse arriver dans cette école. Les enseignants nous menacent et disent que nous ne réussirons pas nos interrogations ou nos examens si nous ne couchons pas avec eux. La même chose concerne le directeur. Avant, j’étais dans la même classe qu’une de mes camarades. Elle n’est pas très bonne à l’école et j’avais de bien meilleurs résultats qu’elle. Quand le directeur s’est aperçu de sa faiblesse, il l’a exploitée pour obtenir ce qu’il voulait. Et comme elle avait peur de ne pas avoir la moyenne et de ne pas être promue, elle s’est sentie obli-

gée d’accepter tout ce que le directeur exigeait. Depuis, elle a de bonnes notes dans tous les travaux scolaires. Même si je suis meilleure élève, c’est elle qui a passé en classe terminale et moi je suis restée en deuxième. Je suis en échec scolaire parce que je refuse de faire ce que le directeur exige de moi. La peur a disparu Je suis inquiète et en colère de voir qu’on nous exploite de cette façon. Je crois que c’est aussi parce que j’ai été abusée à l’âge de huit ans. Je veux me battre depuis longtemps contre tout ce qui se passe à l’école, mais avant, je ne savais pas comment.


l’Enfant à l’école de la Peur Tous n’abusent pas les élèves NB! Tous les enseignants et les gardiens à l’internat de Namaacha n’abusent pas les filles.

Les trois amies à l'école de la Peur, Maria, Sara et Fatima vivent à l'internat. Beaucoup de filles qui vivent à l'internat viennent de familles pauvres très loin de là.

Puis un jour, on m’a choisie pour faire une formation afin de devenir ambassadrice des Droits de l’Enfant du Prix des Enfants du Monde. À la lecture de la revue Le Globe, mes yeux se sont ouverts. J’ai compris qu’on ne pouvait plus tolérer ce qu’on nous faisait subir à l’école. Que nous devions devenir comme les filles du Globe et nous battre pour nos droits. Avant, on ne voyait que les problèmes et nous ne savions pas quoi faire. Depuis, nous avons appris quels sont nos droits et que nous pouvons nous tourner vers la police ou le ministère de l’éducation, si nous sommes victimes d’injustices. Avant, nous avions peur de dire ce que nous pensions.

Mais le Prix des Enfants du Monde nous a libérées de cette peur. Soudain nous avons eu la force d’affronter tous ceux qui violent nos droits. Ils détestent les ambassadrices Depuis le jour où nous, les ambassadrices des Droits de l’Enfant sommes revenues de la formation et allions mettre en œuvre le programme du PEM à l’école, le directeur et les enseignants ont eu peur de nous. Ils détestaient le Prix des Enfants du Monde. Ils ne voulaient pas que nous apprenions nos droits à d’autres enfants, car ils voulaient continuer à abuser de nous. Parce que si nous apprenons, que ce qu’ils nous ont fait

subir, viole nos droits et que nous pouvons nous plaindre en cas de problèmes, c’est beaucoup plus difficile pour eux de continuer. Ils veulent nous maintenir dans l’ignorance. Mais ils ne réussiront pas, car à présent nous avons acquis les connaissances. Et nous en avons assez ! Aujourd’hui, nous avons participé au Vote Mondial à l’école, mais le directeur et beaucoup d’enseignants s’y sont opposés et ont saboté notre vote depuis le début. Les enseignants de beaucoup de classes n’ont pas distribué Le Globe aux élèves. Pas un seul enseignant n’est venu au Vote Mondial aujourd’hui. C’est évident que l’école est contraire à ce que nous appre-

nions la chose la plus importante pour nous, nos droits. Les adultes se sont opposés à nous en tout, mais pour nous, c’était très important d’avoir eu le Vote Mondial et de fêter les Droits de l’Enfant à l’école. Parce que nous savons, que ce que à quoi s’adonnent le directeur et les enseignants c’est de l’exploitation sexuelle de mineurs. Ils utilisent leur pouvoir pour obtenir ce qu’ils veulent. Nous n’arrêterons pas d’informer sur les droits des filles avant que tout abus ait cessé, dans notre école et dans les autres écoles ! » Maria Rosa, 17 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant, internat de Namaacha, au Mozambique 97


Le directeur de Sara est épouvantable

C

’était samedi et je lavais mes vêtements derrière l’école. Le directeur est arrivé et a parqué sa voiture. Il m’a dit d’aller lui chercher quelque chose à manger à la cuisine. Quand, je lui ai tendu l’assiette, il m’a dit de monter dans la voiture. Je n’ai pas compris pourquoi, mais il m’a dit que si je n’obéissais pas, il me renverrait de l’école. Je me suis assise à côté de lui et il m’a touché les genoux et m’a enlevé ma capulana, une pièce d’étoffe que je portais comme jupe. J’étais nue de la taille en bas. Avec son portable, le directeur a pris des photos de moi nue. En même temps, il m’a pelotée en se caressant. J’étais morte de peur. Après, il m'a donné un paquet avec des biscuits et une limonade en me disant que je ne devais dire à personne ce qui s’était passé. Sinon, il me battrait d’abord et, ensuite, il me chasserait de l’école.

- Ce que nous font, à nous les filles, les enseignants et le directeur, m’attriste beaucoup. Le pire, c’est le directeur, dit Sara.

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Abusée de nouveau Un dimanche, je rentrais à pied depuis l’église, quand le directeur s’est arrêté et m’a

dit de monter dans la voiture. J’ai refusé, alors il a dit qu’il allait me faire arrêter l’école. J’ai eu peur de refuser. Le directeur a dit qu’il allait me conduire à l’école, mais il a roulé sur une autre route, au moins pendant une heure. J’étais paralysée par la peur. Il a arrêté la voiture dans un endroit désert et m’a déshabillée complètement. Il m’a obligée à me coucher sur la banquette arrière et il m’a touchée partout. C’était comme si mon directeur m’avait violée. Quelle honte ! Un jour, une de mes camarades de classe, m’a raconté que le directeur lui avait montré des photos de moi nue. C’était horrible. J’avais tellement honte. Je crois que le directeur fait la même chose avec elle. C’est pourquoi, il lui avait montré les photos où j’étais nue. Je suis honteuse et gênée de savoir que des photos de moi nue se trouvent dans le portable du directeur. C’est inquiétant. Qu’est-ce qu’il fait de ces photos ? Les ambassadrices des Droits de l’Enfant nous ont appris, à nous les filles de

l’école quels sont nos droits. À présent, je sais que ce qui m’arrive, à moi et aux autres filles, viole nos droits. Les ambassadrices m’ont aussi rendue plus courageuse. J’en ai assez. Je veux témoigner pour qu’on sache comment le directeur se comporte envers les filles. Pour que cela ne se reproduise plus ni contre moi, ni contre quelqu’un d’autre. Un directeur devrait être une bonne personne, qui s’occupe de ses élèves. Exactement le contraire de notre directeur. On devrait le congédier et qu’on n’ait plus jamais rien à faire avec lui. » Sara, 17 ans, membre du club des Droits de l’Enfant du PEM, internat de Namaacha, Mozambique

Le local de vote à l'école de la Peur.


Fatima ose se battre

J

e suis arrivée dans cette école, il y a quatre ans. Pendant un mois, les enseignants nous ont respectées. Ils nous considéraient comme des élèves, des enfants. Nous avons beaucoup appris. Puis, tout a changé. Les enseignants ont commencé à me peloter aussi et à me dire : « Si tu ne viens pas dans ma chambre, tu ne feras pas la première grande épreuve. » J’avais 14 ans. Beaucoup de filles se sentaient obligées d’aller avec les enseignants pour réussir leurs épreuves et avoir de bonnes notes. Au moment de l’épreuve finale, c’est encore plus évident. Beaucoup de filles ont peur de ne pas réussir et restent debout le soir, dans le dortoir pour étudier. Il arrive alors souvent qu’un enseignant vienne et dise : « Viens dans ma chambre et je te ferai réussir. » Les filles qui couchent avec les enseignants ont de bonnes notes et réussissent leurs examens sans problème. Celles qui ne le font pas, ont de mauvaises notes, souvent ne réussissent pas leurs examens et doivent partir dans l’année. Des dortoirs peu sûrs Les enseignants se tournent vers nous, qui sommes à l’in-

ternat, parce que nous sommes pauvres. Contre des faveurs sexuelles, les enseignants n’offrent pas seulement de bonnes notes, mais aussi de la nourriture et de l’argent. À tout moment, les enseignants peuvent venir chercher les filles et les emmener dans leur chambre. Nous ne sommes jamais en sécurité. Beaucoup de filles tombent enceintes. Alors, les enseignants les emmènent à l’hôpital pour un avortement. Parfois, les enseignants donnent aux filles une sorte de médicament pour faire sortir l’enfant. Quand les filles reviennent à l’école, elles sont souvent malades parce que le fœtus n’est pas encore sorti. Ils exploitent les pauvres Même les gardiens à l’entrée de l’école abusent les filles. Si nous rentrons un peu tard, le soir, durant le week-end, ils nous disent : Si tu ne couches pas avec moi, je dirai aux responsables que tu étais en retard et on te renverra de l’école. Un soir une fille avait fait une promenade avec son petit ami et on ne l’a pas laissée entrer avant qu’elle accepte de coucher avec le gardien. Ceci arrive surtout aux filles qui viennent de familles pauvres

et sans pouvoir. Tout le monde sait que les familles font de grands sacrifices pour envoyer leurs enfants à l’école. Cela n’arrive pas aux filles qui viennent de familles plus aisées. Nous, les filles nous n’osons pas nous opposer aux enseignants. L’une de nos plus importantes tâches, pour nous, ambassadrices des Droits de l’Enfant, est celle de rendre les filles plus fortes pour que nous osions nous battre pour nos droits. Le Prix des Enfants du Monde a renforcé notre confiance en nous-mêmes et nous a aidées à nous débarrasser de pas mal de nos peurs. » Fatima, 17 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant, internat de Namaacha, Mozambique

Les enseignants viennent dans les dortoirs pour offrir aux filles de bonnes notes si elles veulent bien les suivre.

Une voix pour les Droits de l'Enfant à l'école de la Peur.

Marques contre la fraude électorale.

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 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

Urne électorale.


C’est la Journée du Vote Mondial au Cirque pour tous à Betim, dans l’état brésilien du Minas Gerais. Il s’agit d’une représentation de cirque, mais également d’une manifestation pour les Droits de l’Enfant. Les ambassadrices des Droits de l’Enfant au sein des Acteurs des Droits sont spectatrices. C’est ainsi qu’elles ont appelé leur club des Droits de l’Enfant. Valesca

V  TEXTE: CHRISTIANE SAMPAIO PHOTO: PAUL A RYL ANDS

Les membres du groupe des Acteurs des Droits se produisent pendant la Journée du Vote Mondial au Cirque pour Tous.

alesca, 13 ans, et ses amies des Acteurs des Droits vont dans les rues du voisinage pour découvrir comment vivent les enfants. « Nous faisons des enquêtes porte à porte après avoir découvert que beaucoup d’en-

Sayra remet le diplôme aux ambassadrices des Droits de l'Enfant du PEM.

Nous voulons changer les garçons « Beaucoup de gens pensent que parce que nous vivons dans les faubourgs, les garçons tomberont dans la drogue et les filles dans la prostitution. On nous méprise parce que nous sommes pauvres. Apprendre à connaître nos droits c’est apprendre à nous estimer et à nous respecter ! Même ici, au Cirque pour Tous, quand nous parlons des Droits de l’Enfant, il y a plein de préjugés contre les filles. Mais notre groupe travaille tenacement avec les garçons et petit à petit leur attitude change. » Jordana, 15

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Le cirque pour les droit fants ne viennent pas jouer au cirque parce qu’ils ont trop de travail à la maison. » Le groupe des Acteurs des Droits, visite aussi les écoles publiques qui participent au Prix des Enfants du Monde à Betim. Valesca explique comment ils préparent les visites dans les foyers et dans les écoles. « Nous nous réunissons toutes les semaines au Cirque pour Tous pour discuter des droits des enfants de Betim et des enfants de tout le Brésil. »

Les droits des filles un signal d’éveil ! « L’étude des droits des filles a été un signal d’éveil ! Où je vis, il y a des enfants qui font des tâches épuisantes et des filles qui sont vendues par leurs propres parents. Il y a des enfants obligés de travailler pour étudier. C’est un crime. Les enfants doivent étudier pour se construire un avenir meilleur. Le Prix des Enfants du Monde est très important parce qu’il soutient les droits des enfants. » Yara, 15 ans, École Municipale Arthur Trindade

Ensemble pour le changement Sayra, 13 ans, membre des Acteurs des Droits, outre l’école et les corvées ménagères, s’occupe d’un enfant de deux ans. « Nous n’avons pas souvent voix au chapitre, nous les filles, que ce soit dans la famille ou à l’école. À cause de cela, je suis fière de participer au Prix des Enfants du Monde. On apprend énormément concer-

Les filles sont asservies « J’ai travaillé avec le Prix des Enfants du Monde dans mon école et j’ai parlé à mes camarades de classe des droits des filles. Il y a beaucoup de filles asservies qui travaillent dans la prostitution enfantine. Ici, à Betim il est courant de voir des enfants qui vendent toutes sortes de produits dans la rue. Les filles qui font cela sont entraînées dans la prostitution. Tout le monde peut se rendre compte de la situation mais personne ne réagit. » Scarlet, 13 ans, École Municipale Arthur Trindade

nant les droits des filles. Celui qui ne connaît pas ses droits, reste dans l’ignorance et tombe dans l’esSayra a été élue présidente de la Commission électorale pour le Vote mondial par ses camarades du club des Droits de l’Enfant.

Nous devons encourager la prise de conscience « Nous avons des problèmes de harcèlement dans notre école et les filles en souffrent beaucoup. Nous devons promouvoir la prise de conscience et une autre façon de voir. Pendant le programme du Prix des Enfants du Monde, j’ai été si impressionnée par la solidarité et la conviction des nominés. J’ai réalisé qu’en grandissant et en entrant dans la vie active, nous ne devons pas oublier les plus vulnérables. » Ismael, 15 ans, École Municipale Adelina Gonçalves


Nous voulons enseigner les droits des filles « Au Brésil, les garçons ont généralement plus de droits que les filles. Nous les filles, devons nous battre pour que la société reconnaisse que nous aussi nous avons des droits. En 2014, mes amies et moi, nous irons dans les écoles de notre commune pour que plus d’enfants et d’adolescents apprennent ce que sont les droits des filles. Nous aimerions rendre d’autres enfants conscients à quel point les droits des filles font la différence dans notre vie. » Ana Carolina, 13 ans, EMEF Maria de Melo, São José dos Campos, Brésil

s des filles clavage ! Si tu connais tes droits, tu peux te défendre. » dit Sayra. Elle a été élue présidente de la Commission électorale du Vote Mondial au Cirque pour Tous. Valesca dit qu’on a découvert un bordel dans le voisinage qui exploitait des enfants. « C’est pour cela que nous encourageons des débats dans les écoles à propos des droits des filles pour mieux faire entendre notre voix, participer et nous battre pour la

Lorrayne

croissance de notre pays. Les enfants ont le droit de s’exprimer, pour que le monde prenne conscience de ces violations, et pour qu’ensemble nous puissions créer le changement. » « Beaucoup d’enfants ici ne savent pas qu’ils ont des droits. Alors, pendant nos visites aux écoles, nous lisons aussi les articles de la Conven­ tion relative aux Droits de l’Enfant de l’ONU. Nous mettons les principaux

Les enfants les meilleurs défenseurs des droits « En apprenant quels sont nos droits par le Prix des Enfants du Monde, nous apprenons comment réagir devant des situations données. À présent, nous aimerions parler à d’autres enfants de l’importance de nos droits. Nous les adolescents, nous sommes les plus aptes à le faire. » « Les adultes ne nous font pas confiance, ils ne croient pas en nos capacités. Aujourd’hui, pendant le Vote Mondial, j’ai été impressionnée de voir combien d’enfants étaient intéressés à débattre des Droits de l’Enfant. Les sujets dont nous parlons ici, pendant la Journée du Vote Mondial sont importants pour la vie de chaque enfant. » Esther, 16 ans et Joyve, 15 ans, École Municipale Maria Aracélia Alves

articles de la convention dans une boîte. Un des enfants en extrait un et le lit au groupe. Ensuite, nous en parlons ensemble. Nous avons découvert que les violations des Droits de l’Enfant sont bien plus proches de nous que ce que nous aurions pu imaginer quand nous avons entrepris cet exercice. Il y a tellement d’abus ! » dit Lorrayne, 13 ans, aussi ambassadrice des Droits de l’Enfant au sein des Acteurs des Droits. 

Mes frères n’aident pas « D’après moi, apprendre quels sont les droits des filles, signifie acquérir une meilleure connaissance de la vie. Je veux partager cette connaissance avec mes cousines et mes camarades d’école. Je ressens profondément la distance entre filles et garçons concernant les droits de l’enfant. Chez moi, il y a six personnes. Comme je suis la seule fille, je dois accomplir les tâches les plus dures. Aucun de mes quatre frères n’aide aux tâches ménagères. À part l’école, j’ai aussi travaillé comme bonne d’enfants en m’occupant d’un enfant de cinq ans. C’était une période très difficile. Il m’arrivait de ne pas avoir le temps de déjeuner parce que je m’inquiétais de laisser la maison en ordre pour ma mère. Elle est toujours si fatiguée quand elle rentre du travail. Si je demande à mes frères de m’aider, ils refusent. Il leur arrive même d’être agressifs quand je leur demande de l’aide. » Kethelin Jenyffer, 12 ans, EMEF Ruth Nunes da Trindade, São José dos Campos, Brésil

On ne parle pas des droits des filles à l’école « Le Prix des Enfants du Monde m’a fait prendre conscience de mes droits. La discrimination envers les filles n’est pas explicite où je vis. Mais elle existe. À l’école, on ne parle pas des droits des filles. Le plus important est que les étudiants remplissent les exigences solaires. » Esther Gladys, 13, EMEF Hélio Walter Bevilacqua, São José dos Campos, Brasil

Les droits des filles m’ont fait comprendre ma mère « C’est très important de connaître nos droits. Je n’avais pas une bonne relation avec ma mère. Nous nous disputions beaucoup. Je criais contre elle. Quand j’ai commencé à m’instruire sur les droits des filles, j’ai pensé aux droits de ma mère. Ce n’est pas facile pour elle. Nous avons un meilleur dialogue depuis que j’ai découvert que les filles ont aussi des droits. » Amanda Laís, 13 ans, EMEF Luzia Levina Aparecida Borges, São José dos Campos, Brésil

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e é s u b a é t é a Chelsea À présent, elle est ambassadrice de s Droits de l’Enfant !

- Mes droits ont été violés presque toute ma vie. J’avais neuf ans quand j’ai été victime d’exploitation sexuelle pour la première fois. Maintenant, je me bats en tant qu’ambassadrice des Droits de l’Enfant pour que les filles au Zimbabwe ne soient pas victimes du même abus. Et pour le droit des filles de donner leur avis ! dit Chelsea, 15 ans.

M

a mère est morte en me mettant au monde et mon père une semaine plus tard. J’ai eu la chance que grand-mère et grand-père aient pu s’occuper de moi. Mais j’avais neuf ans quand tous les deux ont attrapé le sida. À la fin, ils étaient si faibles qu’ils ne pouvaient plus travailler aux champs. J’avais presque toujours faim. Souvent nous n’avions à 102

manger que les tomates de notre potager. Parfois un voisin nous donnait un peu de farine de maïs et nous pouvions faire du sadza, une bouillie de maïs. Quand grand-père est mort, on m’a renvoyée de l’école parce que ni grand-mère ni moi ne pouvions payer les taxes scolaires. J’en étais brisée. J’adorais étudier et je savais que l’instruction était le seul moyen

de me construire une vie meilleure. Vendeuse de tomates Grand-mère m’a demandé d’aller vendre les tomates aux gens qui passaient sur la route, comme beaucoup d’autres filles du village. Tous les matins, je cueillais les tomates de notre petit potager que je présentais sur un plateau et j’allais sur le bord de la route. Je courais après chaque voiture qui passait et j’essayais de les vendre. Après une journée de travail dans la chaleur, j’avais gagné environ 2 USD. Un jour, un camion s’est arrêté. J’ai couru et ai demandé au chauffeur s’il voulait acheter des tomates. J’avais

vu que mes tomates n’étaient pas aussi belles que celles des autres filles, alors je les ai offertes à un bas prix. J’ai dit qu’il pouvait avoir toute l’assiette pour 1 USD. Le chauffeur a dit : « Si tu me rends service, je te donne 10 dollars. Qu’est-ce que t’en dis ? » Je savais que dix dollars nous aideraient beaucoup grandmère et moi. Nous n’avions pas mangé depuis plusieurs jours et grand-mère avait besoin de médicaments. D’abord je n’ai rien dit, puis j’ai accepté. Cabine de camion Je pensais que j’aurais dû nettoyer la cabine du camion et j’ai commencé à passer un torchon sur le tableau de


Le Zimbabwe, pays difficile pour les filles – La situation des filles est épouvantable au Zimbabwe. On retient que les garçons sont supérieurs dans tous les domaines. Nous, les filles on nous traite comme des êtres de moindre valeur. C’est très triste et très énervant, dit Chelsea en énumérant ce qui ne va pas : • Les filles font tout le travail ménager. Les garçon peuvent jouer et vont à l’école. • Les filles sont obligées de travailler beaucoup plus tôt que les garçons, souvent comme domestiques. • Les filles sont souvent victimes d’exploitation sexuelle de mineurs. • Des filles d’à peine douze ans sont données en mariage à des hommes plus âgés. • Si les parents meurent, le garçon hérite de tout. Les filles n’ont rien.

bord. Mais il a dit : « Arrête ça. Ce n’est pas ça que je veux que tu fasses. » Il m’a montré un petit lit au fond de la cabine. Je n’avais que neuf ans et je ne comprenais pas ce qu’il voulait que je fasse. Alors il a dit : « Viens t’asseoir sur le lit avec moi. » Puis, il m’a touché les jambes. J’ai eu peur et je me suis levée, mais il m’a tirée de nouveau sur le lit. Il m’a violentée. Après, il m’a jeté un mouchoir en me disant de m’essuyer. Je me suis mise à pleurer. Il m’a dit que je ne devais pas être triste et que c’était ainsi que toutes les filles gagnaient de l’argent. Il m’a donné mes dix dollars en disant : « Ne le dis à personne. Si les autres filles l’ap-

prennent, elles viendront toutes vers moi. Et ne j’aurai plus d’argent pour toi. » Puis, il a ouvert la porte et a dit : « N’oublie pas tes tomates ! Continue à vendre tes tomates comme d’habitude et je m’arrêterai de nouveau. » J’étais triste. En même temps je me disais que c’était sûrement ainsi que les filles gagnaient de l’argent. Je pensais aussi que grand-mère serait contente quand je rentrerais avec l’argent. Toute seule Le jour suivant, je pouvais acheter des médicaments pour grand-mère et à manger pour nous deux. Alors, j’ai continué à aller sur la route pour vendre les tomates.

Quand le chauffeur revenait, il se passait toujours la même chose et je recevais mes dix dollars. Ce qui a été ma vie pendant une année. En rentrant un jour, j’ai trouvé grand-mère couchée dans son lit, complètement immobile, les yeux fermés. J’ai cru qu’elle dormait. Le jour suivant, j’ai voulu lui donner à manger de la bouillie de maïs, mais ça ne marchait pas. J’ai pensé qu’elle avait besoin de se reposer. Le troisième jour, il y avait plein de mouches autour de grandmère. Je suis sortie pour aller chercher une seille d’eau et la laver, quand j’ai vu une voisine qui venait vers nous. Elle voulait s’assurer que tout allait bien. Elle a essayé de

À neuf ans, Chelsea vendait des tomates sur la grande route. Un jour, un chauffeur de poids lourds s'est arrêté et pendant une année a abusé d'elle.

réveiller grand-mère, mais ce n’était pas possible. Après un moment, la voisine a dit que grand-mère était morte. Mon pire cauchemar était devenu réalité. Je n’avais que dix ans et étais toute seule. La tromperie du pasteur Un pasteur m’a dit qu’il avait pitié de moi et qu’il voulait s’occuper de moi. J’étais contente que quelqu’un se préoccupe de moi. La femme du pasteur et leurs enfants m’ont accueillie chaleureusement dans leur foyer. On m’a donné à manger, un toit et j’ai 103


bassapour devenir am Après le cours elsea a s de l'Enfant, Ch altraidrice des Droit m la i qu le pasteur décidé de fuir de t fuie en couran tait. Elle s'est en dans un bus é ut sa a et es toutes ces forc capitale. vers Harare, la qui se dirigeait

pu reprendre l’école. Je n’avais plus besoin d’aller sur la route pour vendre les tomates. Ni revoir le chauffeur du camion. Tout allait bien. Jusqu’au jour où la femme et les enfants sont partis chez des parents. Nous sommes restés le pasteur et moi, seuls à la maison. Un soir, il est rentré tard et il était ivre. Il m’a demandé où étaient les clés de sa chambre parce qu’il ne les trouvait pas. Il a dit que j’avais caché les clés et que je devais le laisser dormir dans mon lit. Il a commencé à me toucher. Comme le chauffeur. Et je n’avais aucune possibilité de résister. C’était ce qu’il attendait de moi et c’était pour cela qu’il m’avait donné 104

un foyer et une vie de famille, qu’il m’avait nourrie et qu’il m’avait permis d’aller à l’école. C’était le prix que je devais payer. Pendant trois ans, le pasteur a abusé de moi. Ambassadrice des Droits de l’Enfant Pendant ce temps, j’ai eu la possibilité, avec d’autres filles de l’école, d’aller à Harare et suivre une formation pour devenir ambassadrice pour les droits des filles, que donnait le Prix des Enfants du Monde. Nous avons appris que les filles ne doivent pas être abusées ni vendues. Nous avons aussi appris que nous avons le droit de faire entendre notre voix et que notre corps nous appartient, à

nous et à personne d’autre ! J’ai beaucoup pensé à toutes ces choses horribles que la formation nous a montrées et qui violent nos droits. Ces choses que j’avais subies pendant presque toute ma vie. C’était si douloureux. J’ai aussi appris que ce que le chauffeur et le pasteur m’ont fait subir s’appelle exploitation sexuelle des enfants. Ces deux jours à Harare ont changé ma vie. À notre retour, nous avons créé les clubs des Droits de l’Enfant où, nous, les ambassadrices avons enseigné à d’autres filles ce que nous avions appris. Nous avons dansé et chanté, nous étions heureuses et nous nous donnions mutuellement de la

force. Je ressentais une grande joie, car ce que nous faisions était extrêmement important. En même temps, j’ai réalisé que je vivais dans une maison où on me soumettait aux mêmes délits contre lesquels je mettais en garde les autres filles. Cela me troublait et me peinait. J’en ai eu assez. Fuit le pasteur Une après-midi, en rentrant de l’école, j’ai mis mes vêtements, mon uniforme scolaire et mes livres dans une valise. Puis, j’ai caché la valise dans la forêt. Je suis retournée à la maison et j’ai fait le ménage, la vaisselle, balayé la cour et préparé le déjeuner. Pendant que je préparais le


– Avant d’orga niser le Vote M ondial, nous lis beaucoup la re ons vue Le Globe et nous apprenon plein de choses s sur les Droits de est la situation l’Enfant et quel des enfants da le ns le monde. Pe le Vote Mondi ndant al, notre tâche à no drices, était de us, les ambass vérifier que to aut aille bien. C’ un jour formid était able ! dit Chel sea.

Village sécurisé pour filles Au cours sur les Droits de l’Enfant, on nous avait donné le numéro de téléphone du Girl Child Network (GCN) qui s’occupe des filles en difficulté. On m’a accueillie, tard le soir, à mon arrivée à Harare. J’ai compris que tout finirait par s’arranger pour moi, malgré tout. À présent, je vis dans l’un des villages sécurisés pour filles du GCN et le GCN a dénoncé le pasteur. Pour la première fois de ma vie, je me sens vraiment en sécurité. Je

vais à l’école et je suis toujours une ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM. Ce que je veux continuer à être. Je veux que tout le pays sache que les filles ont des droits. Plus tard, je veux être

médecin et gagner beaucoup d’argent. Et avec l’argent, j’aiderai les filles en difficulté. » 

« Je suis ambassadrice des Droits de l'Enfant du PEM. Je veux que toutes les filles de la campagne sachent que les filles ont des droits. »

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 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

déjeuner, derrière la maison, les autres étaient attablés audevant de la maison. Je suis partie sans faire de bruit pour aller chercher ma valise. Mon cœur battait la chamade et j’avais si peur que je pouvais à peine bouger. Finalement, je me suis mise à courir aussi vite que je pouvais vers la grande route et j’ai sauté sur un bus qui allait à Harare. Sur le bus, j’étais à la fois triste, parce que j’avais l’impression de trahir les autres ambassadrices et notre grand travail dans le club des filles et heureuse parce que j’étais enfin libre. Les cours pour les ambassadrices m’avaient apporté les connaissances et le courage de quitter la vie que j’avais à ce moment-là.


Filles qui instruisent des filles qui Les filles du club des Droits de l’Enfant se sont assemblées à l’ombre des arbres, dans la cour de l’école Sadza au Zimbabwe. Les ambassadrices des Droits de l’Enfant, Pride et Loveness dirigent Faina et les autres membres du club. Ce qui se passe au moins une fois par semaine, depuis que Pride et Loveness sont revenues de la formation d’ambassadrices à Harare, il y a près d’une année. Elles ont fait leur formation avec Chelsea. Elles sont comme elle, convaincues que le combat pour les droits des filles est fondamental au Zimbabwe.

Mêmes droits que les garçons « Notre première tâche, en tant qu’ambassadrices des Droits de l’Enfant est d’instruire les autres filles de leurs droits et de nous battre contre l’exploitation sexuelle des enfants. Plus on sait, plus facile ce sera de contrôler que nos droits soient respectés et de nous battre, s’il le faut. C’est vraiment utile ici. Au Zimbabwe, les filles et les garçons vivent d’une façon différente. Beaucoup de filles ne vont pas à l’école et sont victimes d’exploitation sexuelle. Le fait est que beaucoup de parents ne pensent pas que les Les ambassadrices des Droits de l'Enfant, Pride et Loveness.

filles devraient aller à l’école. Ils pensent plutôt que les filles doivent trouver un homme et se marier le plus vite possible. Ça fait mal d’entendre ça, c’est si injuste. Nous avons le même droit que les garçons à une bonne vie ! À présent, les filles que nous avons instruites, sont devenues ambassadrices des Droits de l’Enfant et elles enseignent, à leur tour, les Droits de l’Enfant à d’autres filles. De cette façon, la vie des filles zimbabwéennes sera bien meilleure à l’avenir ! » Loveness, 12 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, école Sadza, Zimbabwe

Réunion du club des Droits de l'Enfant à l'école Sadza.

Des droits fantastiques « Ici, au Zimbabwe, le plus grand danger pour les filles, est que les garçons et les hommes abusent d’elles. En outre, les parents n’ont pas les moyens d’envoyer les filles à l’école. C’est ce qui nous touche le plus. Dans une famille pauvre, c’est toujours la fille qui doit arrêter l’école, jamais le fils. C’est une situation dangereuse pour nous. Quand nous sommes seules à la maison, il arrive que les hommes abusent de nous. Il est fréquent que les chauffeurs de camion qui passent dans nos

villages, abusent des filles. Il arrive aussi que des jeunes filles soient emmenées dans des bars où elles sont violées pendant la nuit et relâchées le matin. L’année dernière, je suis allée avec des camarades d’école à la capitale pour suivre une formation afin de devenir ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM. J’étais très heureuse ! C’était fantastique d’apprendre quels sont nos droits. La plupart des choses qu’on a apprises, je ne les connaissais pas avant. C’est contre nos droits d’acheter et de vendre notre corps. En tant qu’ambassadrices des Droits de l’Enfant, nous enseignons tout cela aux filles des clubs des Droits de l’Enfant que nous avons créés. Je crois que l’exploitation sexuelle des filles diminuera et que la vie des filles s’améliorera. » Pride, 13 ans, ambassadrice des Droits de l’Enfant du PEM, école Sadza, Zimbabwe

C'est le moment pour l'une des filles, membre du club des Droits de l'Enfant et responsable du bureau de vote, de voter pour les Droits de l'Enfant lors du Vote Mondial à l'école Sadza.

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instruisent des filles… « Quand les filles, qui avaient suivi la formation d’ambassadrices des Droits de l’Enfant à Harare, sont revenues au villages, elles ont créé le club des Droits de l’Enfant dont je suis membre. Les ambassadrices nous ont expliqué tout ce qu’elles avaient appris sur les droits des filles. Que nous, les filles, devons aller à l’école. Et qu’on n’a pas le droit de nous vendre comme des esclaves, ce qui est habituel au Zimbabwe. Les filles sont prisonnières d’hommes qui les utilisent comme des esclaves. Ça me met tellement en colère d’entendre ça ! Ensemble, dans le club des Droits de l’Enfant, nous sommes bien plus fortes que si nous étions seules. Quand l’une d’entre nous ne va pas bien ou est victime de quoi que ce soit, nous pouvons nous entraider. Et puisque nous connaissons nos droits, nous ne nous laissons plus maltraiter. C’est important,

parce qu’il arrive souvent que les garçons et les hommes, traitent mal les filles et les femmes. Nous sommes venues tôt à l’école ce matin pour préparer le Vote Mondial. Avec les ambassadrices des Droits de l’Enfant, nous sommes responsables de toute l’organisation. Le Vote Mondial est important, parce qu’il ne s’agit pas seulement de voter, mais d’apprendre quels sont nos droits avant de voter. Le Vote Mondial est encore plus important pour nous, les filles. Nous apprenons à connaître nos droits et nous votons souvent pour les personnes qui se battent pour les droits des filles. » Faina, 13 ans, membre du club des Droits de l’Enfant du PEM, école Sadza, Zimbabwe

 TEXTE: ANDREAS LÖNN PHOTO: JOHAN BJERKE

Ensemble nous sommes fortes

Faina

Les ambassadrices des Droits de l’Enfant et les membres des clubs des Droits de l’Enfant s’assurent que tout se passe selon les règles lors du Vote Mondial à l’école Sadza.

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Dunani animatrice des Dunani et ses amies et ambassadrices des Droits de l’Enfant, Hlayisani et Ntwanano, aident les filles des villages autour de la Ngisimani School à Limpopo, en Afrique du Sud à créer des clubs des Droits de l’Enfant. Les clubs sont devenus des endroits où les filles peuvent se confier leurs secrets et parler de leurs problèmes.

Dunani se prépare pour la réunion du club des Droits de l’Enfant du Prix des Enfants du Monde.

Nous demandons l’aide du chef « Il y avait une fille dans mon village à qui l’oncle payait les taxes scolaires. Il le faisait pour avoir le droit de l’abuser. La fille se taisait. Mais son enseignante a remarqué que son travail scolaire n’était pas bon et lui a parlé en privé. L’enseignante est allée à la police qui est allée voir la famille. La police a dit que c’était à la famille de décider si elle voulait dénoncer l’oncle. La famille a décidé de ne pas le faire. Notre grand défi, dans notre village, est le manque de connaissances concernant les Droits de l’Enfant. Nous, les ambassadrices, devons nous donner de la peine. Nous vou-

lons demander au chef du village de faire une réunion pour que nous, les ambassadrices, puissions parler des Droits de l’Enfant et de ce qu’ils signifient. Nous parlons de ces défis dans notre club. Être ambassadrice m’a fait espérer qu’une fois mes études terminées, je pourrai jouer un rôle en aidant les enfants à prendre conscience de leurs droits. À présent, je suis animatrice et cela m’a fait réaliser, qu’étant un enfant qui connaît ses droits, j’ai un rôle à jouer. J’en aime chaque phase, même si c’est aussi pénible. Je sens que je peux faire la différence.» Dunani, 17

Dunani avec sa mère. Avec les autres membres du club, elle veut apprendre aux adultes de leur village, quels sont les droits de l’enfant.

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Dunani peut parler des droits de l’enfant avec sa grand-mère. Le village a beaucoup changé depuis le mariage de ses grands-parents. Mais Dunani veut qu’il devienne un village où l’on connaît et respecte toujours les Droits de l’Enfant.


Droits de l’Enfant Le droit de dire non

« Après un moment de détente avec chansons et danses, nous parlons de nos expériences. Celles qui ont peur d’en parler, les écrivent. Puis, nous lisons Le Globe et voyons ce qui est faux concernant nos droits.

« Le Globe m’a appris ce qu’est l’exploitation sexuelle des enfants et que cela existe partout. Une des filles de notre club avait un secret. Je lui ai remis Le Globe et elle a l’a lu. Maintenant, elle n’a plus peur de parler. Nos parents ne comprennent pas grand chose aux Droits de l’Enfant et il y a tellement d’atteintes aux Droits de l’Enfant dans notre village. Les adultes peuvent changer s’ils comprennent ce que signifient les Droits de l’Enfant. Ils doivent aussi venir dans notre club, apprendre ce que sont les Droits de l’Enfant, et s’instruire en lisant Le Globe. Dans notre club, j’enseigne comment parler avec les garçons de nos droits et je dis que les gar-

Le club des Droits de l’Enfant c’est important parce que beaucoup de filles, dans notre village ont peur de parler des abus qu’elles ont subi. Dans notre culture, nous ne devons pas parler de viol ou d’abus. Dans le club, nous encourageons les filles à parler d’elles et de ce qui leur est arrivé, de ce qu’on doit faire et comment se défendre. Beaucoup de filles ici, ont été violées. Si nous ne pouvons pas parler de cela, nous ne pouvons pas changer notre village. » Ntwanano, 17

Ntwanano, en tant que Présidente du bureau de vote du Vote Mondial.

Hlayisani faisait partie des forces du maintien de l’ordre pendant la Journée du Vote Mondial.

çons et les filles ont les mêmes droits. J’enseigne que j’ai le droit de dire ce que je pense et que mes opinions doivent être respectées. J’ai appris que j’ai le droit de dire non et que les gens plus âgées n’ont pas le droit de décider de ma vie sans mon consentement. Je veux être la voix de milliers d’enfants pour pouvoir changer ce monde en disant à chacun ce que sont les Droits de l’Enfant, surtout ce que sont les droits des filles. » Hlayisani, 17

Les garçons, membres dans les clubs de filles Quand Godfrey et Nyikiwe ont entendu dire que les filles avaient créé un club des Droits de l’Enfant, ils ont souhaité en être membres aussi.

Former les adultes « Pendant la Journée du Vote Mondial, on a démontré qu’aucun enfant ne devrait être force de faire quelque chose sous la contrainte. Dans notre pièce, j’ai joué le rôle d’un directeur d’école qui bat les élèves, jusqu’au moment où les élèves le forcent à réaliser qu’il a tort. Tous les adultes et les enseignants qui sont venus au Vote Mondial ont vu la pièce. En tant qu’être humain, chacun a droit au respect. Le Globe voit les choses du côté des enfants. Les adultes devraient

nous respecter, comme nous les respectons. Le gouvernement devrait venir dans les villages et apprendre aux adultes les droits des enfants. Je me suis inscrit au club parce que je veux connaître mes droits. Je dois le savoir parce que si quelqu’un viole mes droits, je peux dire : C’est mal ! » Godfrey, 16

Utiliser nos droits

« La Journée du Vote Mondial dans notre école était spéciale. Le chef du village et des adultes du gouvernement ont vu comment le fait d’exercer nos droits et la possibilité de voter, nous responsabilise. Dans Le Globe, j’ai appris qu’il y a beaucoup d’enfants et d’adultes dans le monde qui se battent pour les droits des enfants. Cela me responsabilise. Dans notre école nous devrions nous battre pour les droits des

filles et des garçons. Le club aide les filles et même les garçons à acquérir plus de connaissances sur leurs droits. Dans notre club, nous avons parlé beaucoup du trafic d’êtres humains qui se produit partout. Des gens utilisent des enfants pour vendre de la drogue ou pour les exploiter sexuellement. Je ne veux pas que cela arrive aux gens autour de moi. C’est pour cela que j’en parle dans le club. » Nyikiwe, 17

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 TEXTE: MARLENE WINBERG PHOTO: SATSIRI WINBERG

Notre village doit changer


 TEXTE: MARLENE WINBERG PHOTO: SATSIRI WINBERG

! s n o ç r a g s e d Égales Le club des Enfant du Monde est en réunion à l’école Chris Hani à Khayelitsha, un faubourg du Cap, en Afrique du Sud. Amanda écrit au tableau les causes de l’exploitation sexuelle des enfants.

E

Yolanda

La fierté des ambassadrices des Droits de l’Enfant.

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Xolelwa

n tant qu’ambassadrice des Droits de l’Enfant, je suis à même de soutenir les Droits de l’Enfant et de dire aux autres enfants que ce n’est pas une fatalité d’être humiliés et maltraités. Si tu connais tes droits, tu peux trouver de l’aide et dénoncer les gens qui t’abusent, dit Amanda, 15 ans. Ici à Khayelitsha, il y a des chauffeurs de taxi qui offrent aux filles des trajets gratuits contre des faveurs sexuelles ou les violent. Les filles ont trop peur de parler. Deux filles de notre club ont été exploitées de cette façon. Tu n’es pas seule Les membres du club des Droits de l’Enfant ont beaucoup d’histoires d’abus à raconter. - La vieille génération Xhosa pense souvent que c’est aux filles d’assumer la responsabilité des tâches ménagères et de ne pas bénéficier de l’éducation. Si tu aspires à une autre carrière, ta mère te dit : « Je t’ai donné la vie, alors tu dois m’obéir. Aucun homme ne voudra t’épouser si tu refuses de faire les tâches ménagères. Si tu ne m’écoutes pas, tu peux quitter ma maison et aller vivre ailleurs. » C’est l’une des raisons qui fait que les filles se retrouvent à la rue et se prostituent, dit Xolelwa, 15 ans. Je suis ambassadrice des Droits de l’En-

fant parce que la rue c’est dangereux pour les filles. Quand on a eu les mêmes mauvaises expériences et qu’on peut en parler, on n’est plus seule. Favorise le changement - Nous, les filles devons nous exprimer avec notre cœur. Je veux contribuer à changer les choses. En tant qu’ambassadrice des Droits de l’Enfant, je veux apprendre à chacun quels sont nos droits, dit Sisanda, 17 ans. Beaucoup de filles ne savent pas qu’elles ont des droits. Dans no­tre club, elles savent que s’il leur arrive de mauvaises choses, ce n’est pas parce qu’elles sont mauvaises, mais c’est parce que quelqu’un a violé leurs droits. Je suis l’égale des garçons. Avec le Prix des Enfants du Monde on peut l’apprendre à nos parents. - C’est vrai que les garçons aussi sont abusés, dit Yolanda, 17 ans, mais les filles le sont cent fois plus. Dans notre club, j’ai eu le courage de parler de choses personnelles aux autres filles et ai découvert qu’elles aussi avaient des histoires d’abus à raconter.

Sisanda


Une interview de radio avec une ambassadrice des Droits de l’Enfant

Ambassadrice des Droits de l’Enfant au Népal

Isabelle, de Beni, une ville en RD Congo vient d’être nommée ambassadrice des Droits de l’Enfant. Plusieurs stations de radio l’ont interviewée pour savoir pourquoi elle voulait devenir ambassadrice des droits des filles. Isabelle et 202 autres filles ont fièrement reçu leur diplôme d’ambassadrice des Droits de l’Enfant. L’ouest du Congo est l’une des pires régions pour une fille. Beaucoup sont violées sous la menace d’une arme par divers groupes armés ou sont maltraitées d’autres façons. Certaines ambassadrices des Droits de l’Enfant ont vécu des événements pénibles, mais elles veulent se battre pour faire respecter les droits des filles en RD Congo.

Les filles n’ont pas de valeur

Veut se battre Je veux être contre la violence présidente

Florence, 14 ans, a cinq sœurs, dans une famille sans fils. – Notre père ne s’occupe pas de nous, parce que nous sommes des filles, dit Florence et raconte que deux de ses sœurs ont été obligées de se prostituer pour survivre. – Papa m’a dit que je suis une charge. Ce sont mes sœurs qui payent mes taxes scolaires et qui me donnent des vêtements. J’ai eu la chance de devenir ambassadrice des Droits de l’Enfant et de me battre pour les droits des filles. Mon père a lu la revue Le Globe et m’a posé des questions. Je crois qu’il commence à changer !

Angeline, 13 ans, est devenue maman à l’âge de onze ans, à la suite d’un viol. – J’ai dû quitter l’école parce que nous ne pouvions pas payer les taxes scolaires. Devenir ambassadrice des Droits de l’Enfant est pour moi une possibilité de partager mes expériences avec d’autres filles et me battre contre les abus et la violence. Angeline a obtenu de l’aide pour pouvoir reprendre l’école. – À mon âge je devrais déjà être à l’école supérieure, mais je n’ai pas honte. Je veux étudier et me construire ma propre vie et celle de ma fille.

Les ambassadrices des Droits de l’Enfant, avec leur diplôme, fières et prêtes à se battre pour les droits des filles et contre l’exploitation sexuelle des enfants. ☛ Les noms des filles ont été changés pour qu’on ne puisse pas les reconnaître.

– Mes parents ne m’ont pas envoyée à l’école, simplement parce que je suis une fille, raconte Elizabet, 17 ans. Même, quand petite, j’avais besoin de quelque chose, ils donnaient la priorité aux besoins de mon frère. C’est pour cela que je veux étudier, pour pouvoir un jour devenir présidente de notre pays et changer la situation des filles et des femmes. Et c’est pour cela que je veux être une ambassadrice des droits des filles.

Renseigne tes amis sur l’exploitation sexuelle des enfants « Beaucoup d’enfants ne savent pas quels sont leurs droits et que les filles sont soumises à l’exploitation sexuelle. J’ai la chance d’avoir pu me renseigner sur les Droits de l’Enfant et de pouvoir apprendre ce que j’ai appris à mes amis.» Phoolmati, 16

Seule au monde Sophia a huit quand sa mère meurt. Papa s’est remarié et sa nouvelle femme de voulait pas s’occuper d’elle. – Un jour, après que papa est parti travailler, sa femme m’a chassée de la maison. J’étais pauvre et orpheline. Finalement, j’ai trouvé un endroit pour vivre, mais seulement à la condition que je me soumette à l’esclavage sexuel. Je n’avais nulle part où aller. On s’est moqué de mes droits, puisque je n’ai pas pu aller à l’école et j’ai été chassée par ma famille et par les autres. Mais j’ai repris l’école. J’ai l’intention de m’instruire quoi qu’il arrive, dit Sophia, 16 ans.

Veut aider d’abord les autres « Ce programme me plaît. J’ai appris beaucoup. Maintenant j’ai envie d’aider les autres à comprendre quels sont leurs droits et ce qu’est l’exploitation sexuelle des enfants.» Subita, 15 Vous pouvez en savoir plus sur les ambassadrices des Droits de l’Enfant en RD Congo et au Népal sur www.worldschildrensprize.org/ childright -ambassadors

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Au Bénin, les filles ont fait une banderole à l'ouverture du programme du PME avec le texte: « Je suis fille. Je suis scolarisée. Et toi ? »

Beaucoup font les travaux les plus dangereux et les moins bien payés, dans les fabriques, à la campagne ou sur des chantiers. Millions d’entre elles sont bonnes chez des privés et sont particulièrement exposées à la violence et aux abus. D’autres sont esclaves pour dettes. Les filles sont aussi exploitées dans le commerce sexuel impliquant des enfants.

Les droits des filles La Convention de l’ONU relative aux Droits de l’Enfant, spécifie clairement qu’il faut reconnaître à tous les enfants la même valeur et les mêmes possibilités. Malgré cela, les filles sont souvent moins bien traitées que les garçons. Elles sont discriminées deux fois: en tant qu’enfants et en tant que filles ! Survivre et se développer La vie et le développement des filles sont fortement influencés par la pauvreté. Le plus souvent, elles souffrent plus de la faim et de la maladie que les garçons. Parmi les 1,4 milliards de personnes dans le monde qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, 70% sont des filles ou des femmes. Les filles sont discriminées déjà dans le ventre de leur mère. Selon l'ONU, il manquerait 100 millions de filles dans le monde à cause d'avortements de fœtus de filles ou de meurtres de filles nouveaunées, car on considère que les fils valent plus que les filles. Droit à l’instruction Miser sur l’éducation des filles est l’une des meilleures façons de combattre la pauvreté. Une fille qui va à l’école se marie plus tard, a moins d’enfants et ils sont en meilleure santé. En sachant lire et 112

écrire, elle sait mieux faire valoir ses droits. Pour chaque année scolaire supplémentaire, le futur salaire d’une fille augmente de 20% ! Mais beaucoup de parents ne pensent pas que cela vaut la peine que leurs filles aillent à l’école puisqu’elles se marieront et iront vivre dans une autre famille. Parmi les 125 millions d’enfants qui dans le monde ne vont pas à l’école, 75 millions sont des filles. Santé et soins Les filles ont moins de possibilités que les garçons d’aller chez le médecin et décider de leur corps. Beaucoup de filles ont des enfants trop jeunes et les blessures de l’accouchement sont les causes les plus fréquentes de décès parmi les filles pauvres entre 15 et 19 ans. Les traditions discriminatoires comme l'excision causent aussi de graves blessures. Les filles sont aussi plus touchées que les garçons par

les maladies psychiques et les troubles de l’alimentation. Violence et abus Les filles sont aussi souvent victimes de violences à la maison et à l’école. Dans le monde entier, presque la moitié des violences sexuelles survenues à la maison, touchent des filles de moins de 15 ans. Les filles qui doivent se marier avant l’âge de 18 ans, sont plus souvent maltraitées par leur mari que celles qui se marient à l’âge adulte. Pendant les guerres et les conflits, les filles sont enlevées et exploitées comme enfants soldats ou esclaves sexuelles. Travail nuisible pour les enfants Des millions de filles doivent commencer à travailler plutôt que d’aller à l’école. Elles travaillent à la maison et à l’extérieur. Près de 88 millions des enfants qui travaillent dans le monde sont des filles.

Jeux et loisirs Du moment que les filles souvent doivent aider à la maison, elles ont moins le temps de jouer avec leurs copines. Parfois, les vieilles traditions défendent aux filles de faire du vélo, courir ou danser. Pouvoir et influence Pour les filles c’est plus difficile de faire entendre leur voix et décider de leur vie. Leurs avis et leurs idées sont considérés avec moins de respect soit par les jeunes du même âge que par les adultes, comme enseignants, parents et politiciens. 

Je suis fille. risée. Je suis scola Et toi ?


Exploitation sexuelle des enfants

Esclavage moderne ! – On m’a enlevée et vendue à des étrangers. J’étais une morte vivante, dit Mary des Philippines, qui à 13 ans a subi l’une des pires formes de violations des droits de l’enfant. L'exploitation sexuelle des enfants - la plupart des filles – touche plus de 1,8 million d'enfants chaque année. Qu’est-ce que l’exploitation sexuelle des enfants ? L’exploitation sexuelle des enfants c’est lorsqu’un malfaiteur abuse sexuelle­ment d’un enfant et paie avec de l’argent, un cadeau ou des services. Les cadeaux sont par exemple de la nourriture ou des vêtements. Un service peut être une promesse de protection ou une meilleure note. L’exploitation sexuelle des enfants se différencie des autres abus sexuels parce qu’il y a une contrepartie. On l’appelle aussi « exploita­tion sexuelle des enfants à des fins commerciales » Où sévit l’exploitation sexuelle des enfants ? L’exploitation sexuelle des enfants existe partout dans le monde. Les enfants sont abusés dans la rue, les bordels, mais aussi les maisons privées, les écoles et les foyers d’enfants. Des exemples d’exploitation sexuelle sont : • quand une personne voyage à l’intérieur de son pays ou a l’étranger pour avoir des relations sexuelles avec des enfants (tourisme sexuel impliquant des enfants) • quand des enfants sont achetés ou vendus pour que le malfaiteur puisse avoir des relations sexuelles avec eux (traite des enfants à des fins sexuelles) • quand les malfaiteurs photographient ou filment des actes d’abus sexuels (pornographie infantile)

l’étranger, pour que les malfaiteurs puissent profiter d’eux sexuellement. La traite de personnes est aujourd’hui, le troisième commerce illégal le plus rentable du monde, après la drogue et les armes. Les enfants sont plus avantageux comparés par exemple à la drogue, car ils peuvent être vendus plusieurs fois. Tourisme sexuel impliquant des enfants Les personnes qui se déplacent dans leur pays ou à l’étranger pour abuser sexuellement des enfants s’appellent des touristes sexuels. Certains sont en vacances, d’autres en voyage d’affaires. L’exploitation sexuelle des enfants est illégale partout dans le monde, mais dans certains pays, le risque de sanctions pénales est moindre et le corps des enfants est moins cher. Mais selon la Convention de l’ONU relative aux Droits de l’Enfant, tous les états doivent arrêter leurs concitoyens s’ils abusent sexuellement des enfants, même si le délit a eu lieu à l’étranger.

courriel. La pornographie infantile se répand aussi par téléphones portables, livres, journaux et DVD. Pour les enfants abusés, les photos et les films sont de constants rappels de l’agression. Chaque fois qu’on les diffuse, on viole les Droits de l’Enfant. Mariage des enfants Tous les jours, près de 25.000 filles de moins de 18 ans, se marient. Un tiers d’entre elles a entre 10 et 15 ans. Beaucoup de parents arrangent le mariage de leurs enfants, souvent avec des hommes plus âgés, contre quelque chose comme terre, argent ou bétail. Dans les régions en guerre, les filles sont obligées d’épouser des soldats pour que le reste de la famille soit protégé. Il s’agit aussi d’exploitation sexuelle, puisque on oblige ensuite les filles à avoir des relations sexuelles. Pourquoi l’exploitation sexuelle des enfants existe ? Une des raisons de l’exploitation sexuelle des enfants est la pauvreté. Les filles pauvres et leurs parents se laissent facilement attirer dans la traite de personnes. Mais le fond du problème est le fait qu’il existe des gens qui sont acheteurs de sexe avec les enfants. Leur demande permet, aux personnes qui veulent gagner de l’argent, de rechercher continuellement des enfants à vendre. Plus il y d’acheteurs, plus de jeunes sont abusés. Sans l’argent de l’acheteur, les trafiquants ne

pourraient pas faire de bénéfices. Ils se tourneraient vers une activité plus rentable. Les enfants n’ont pas le choix Quand un enfant est abusé sexuellement contre rémunération, certains croient que l’enfant a été d’accord de se vendre. Mais un enfant ne choisit jamais d’être vendu ou abusé sexuellement. C’est toujours le malfaiteur qui trompe, oblige, menace ou force les enfants et parfois leurs parents et les amène à faire ce qu’il veut. Blessés pour la vie Les enfants exploités dans le commerce du sexe sont forte­ ment meurtris, physiquement et psychiquement. Les agressions influencent leur santé e le reste de leur vie. Les enfants soumis à la violence, risquent d’être contaminés par des maladies comme le VIH/sida. Ils souffrent de perte de confiance, cauchemars, dépression, culpabilité, troubles du sommeil et idées de suicide. Ceux qui arrivent à s’en sortir, sont souvent rejetés par leur famille et ne savent pas vers qui se tourner. 

Pornographie infantile Le fait de filmer ou de photographier les actes d’abus sexuels sur les enfants s’appelle pornographie infantile. Les malfaiteurs changent, achètent ou vendent les photos et les films via Internet, sur les sites web, par des logiciels d’échange de liens ou par

Traite des enfants Chaque année des centaines des milliers d’enfants sont emmenés d’un endroit à un autre, dans leur pays ou à 113


Toi et tes amis pouvez organiser une Conférence de Presse des Enfants du Monde. Seuls les enfants ont le droit de parler et être interviewés par les journalistes pendant la conférence de presse. Les conférences de presse sont données, chaque année, simultanément par des enfants dans le monde entier. Elles ont lieu à la fin du programme, après que vous avez choisi comment répartir 3. Préparez-vous les prix des Droits de l'Enfant. Prenez note de ce que vous allez dire. Formulez bien à VOICI COMMENT FAIRE : l’avance ce que vous avez l’intention de dire concernant les 1. Où et quand violations des Droits de l’EnChoisissez le bâtiment le plus fant dans votre pays. Juste important de la région pour avant la conférence de presse, votre conférence, afin de vous recevrez de la part du montrer que les Droits de Prix des Enfants du Monde, l’Enfant ça compte ! Mais, des informations secrètes à cela peut se faire tout aussi propos des héros des droits de bien à l’école. l’enfant, que vous dévoilerez au cours de la conférence. 2. Invitez les médias Invitez bien à l’avance, tous 4. Donnez la conférence les journaux et les stations de de presse radio et de télé. Indiquez disIntroduisez l’événement par tinctement l’heure et l’ende la danse et de la musique et droit. Faites-le par mail, mais dites que d’autres enfants téléphonez aussi aux journatiennent aussi leur conférence listes qui vous semblent intéde presse au même moment ressés ! Rappelez-les le jour partout dans le monde. avant la conférence ou passez La conférence de presse peut les voir pour leur rappeler se dérouler de la façon suil’événement. vante : Nadine, 14 ans, a dirigé la première Conférence de presse des enfants au Burundi. C’était la première fois que des journalistes écoutaient des enfants. Nadine a parlé des violations des droits de l’enfant et a incité le gouvernement et les autorités régionales à faire de leur mieux pour le bien des enfants.

MARINA GABRIEL A ALVES

Organisez la Conférence de Presse des Enfants du Monde

Au terme de la Conférence de presse du Prix des Enfants du Monde à l’école Etec Paulinho Botelho, à São Carlos au Brésil, Lucas a dit : « Il y a toujours, quelque part dans le monde, quelqu’un qui prend position et se bat pour le changement. Les lauréats en sont la preuve, qui ne se satisfont pas d’être près des enfants vulnérables, mais s’engagent pour eux. »

• Donnez des informations sur le Prix des Enfants du Monde et montrez un court film. • Parlez de la violation des droits de l’enfant dans votre pays. • Présentez vos exigences aux responsables politiques et aux autres adultes, concernant le respect des Droits de l’Enfant dans votre pays. • Révélez la grande « nouvelle » du jour concernant les Héros des Droits de l’Enfant. • Pour terminer, donnez aux journalistes un communiqué de presse et une fiche de données concernant votre

pays que vous aurez reçu du Prix des Enfants du Monde. Dans le communiqué de presse vous aurez résumé votre information sur le PEM, les Droits de l’Enfant et les héros des droits de l’enfant ! Vous recevrez un exemple d’un communiqué de presse de la part du PEM.

Sur worldschildrenprize.org vous trouverez Une fiche de données sur les Droits de l’Enfant pour votre pays, des suggestions sur la façon d’inviter les journalistes, des questions à poser aux responsables politiques et d’autres idées. Sur la page web, il y a aussi des photos de presse que les journalistes peuvent télécharger. Si vous êtes plusieurs écoles à avoir invité les mêmes médias, donnez une conférence de presse commune. Un représentant de chaque école pourrait alors se tenir sur la scène.

114

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Faith a été interviewée par la télé au Ghana.


Nous célébrons les Droits de l’Enfant !

 PHOTO: SOFIA MARCETIC

Chandana du groupe indien de danse Nadam, danse devant la Princesse Victoria et les membres du jury, Poonam du Népal et Nuzhat du Bangladesh.

Lisa du Zimbabwe a conduit la cérémonie, sa dernière en tant que membre du jury.

La cérémonie universelle annuelle se tient au château de Gripsholm à Mariefred, en Suède. Elle est conduite par les enfants du jury et les enfants qui se produisent en spectacle et qui viennent de 15 pays. En 2013, la Princesse héritière Victoria a assisté les enfants pour la remise des prix aux Héros des Droits de l’Enfant.

Kimmie Weeks et Youth Action International travaillent pour Abigial et d’autres enfants victimes de conflits armés au Liberia et dans d’autres pays. Kimmie reçoit le Prix Honoraire des Enfants du Monde des mains de la Princesse héritière.

Makukhanye de Khayelitsha, un faubourg du Cap, en Afrique du Sud, s’est produite pendant la cérémonie.

2,2 millions d’enfants ont participé au Vote Mondial et ont choisi de décerner le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant 2013 à James Kofi Annan, qui sauve des enfants pêcheurs au Ghana. Kwesi est l’un des enfants que James et Challenging Heights ont sauvés.

Loreen nouvelle protectrice

La Princesse héritière a remis le Prix Honoraire des Enfants du Monde à Sompop Jantraka, qui se bat pour assurer un meilleur avenir aux enfants qui risquent d’être victimes de l’exploitation sexuelle des enfants en Thaïlande. Fanta est l’un des enfants qui bénéficient d’aide.

La chanteuse suédoise Loreen est la nouvelle protectrice des Droits de l’Enfant et de la World’s Children’s Prize Foundation. Elle partage cette fonction honorifique avec cinq prix Nobel et plusieurs légendes internationales. Parmi les protecteurs citons, outre Nelson Mandela (décédé), Graça Machel,

Aung San Suu Kyi, Birmanie, Xanana Gusmão, Timor oriental et Desmond Tutu, Afrique du Sud. La première protectrice du PEM, SM la Reine Silvia de Suède a dit : – Le Prix des Enfants du Monde fait un travail fantastique en faveur des Droits de l’Enfant. SM la Reine Silvia de Suède Aung San Suu Kyi

SM A

Loreen avec le jury des enfants du PEM.

KA Y

SENAY BERHE

JAME

Poonam et Nuzhat ont transmis les remerciements des enfants du jury à la Princesse Victoria.

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REBECCA GÖTHE

Faith, Sarah et Bridget, au Ghana font partie du projet Droits et démocratie pour un million de filles. Le Prix des Enfants du Monde exécute le projet en collaboration avec ECPAT Suède. La loterie pour un monde meilleur, La loterie suédoise des codes postaux, finance le projet.

JO H AN

JO HA N

BJ ER KE

BJ ER KE

THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD

Globen2014 francais  
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