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EL GLOBO LE GLOBE THE GLOBE O GLOBO

VOTE! RÖSTA! ¡VOTA!

PRIX DES ENFANTS DU MONDE POUR LES DROITS DE L’ENFANT

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PREMIO DE LOS NIÑOS DEL MUNDO POR LOS DERECHOS DEL NIÑO

PRÊMIO DAS CRIANÇAS DO MUNDO PELOS DIREITOS DA CRIANÇA

THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD

# 52–53 • 2010/2011

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WORLD’S CHILDREN’S P SUÈDE

CANADA

GRANDE-BRETAGNE

MARIEFRED

ÉTATS-UNIS ISRAËL PALESTINE

GUINÉE-BISSAU

Les personnes apparaissant dans ce numéro du Globe vivent dans les pays suivants:

GHANA

PÉROU

BRÉSIL

NIGERIA

KENYA

REP. CONGO RD CONGO MOZAMBIQUE ZIMBABWE

AFRIQUE DU SUD

Thanks! Tack! Merci ! ¡Gracias! Obrigado! Les principaux partenaires des droits de l’enfant Svenska Postkodlotteriet Rädda Barnen (intermédiaire de l’Asdi)

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Sa Majesté la Reine Silvia de Suède Les partenaires des droits de l’enfant Hugo Stenbecks Stiftelse, Survé Family Foundation, Radiohjälpen, Body Shop Sweden, Altor, Ericsson, eWork & Kronprinsessan Margaretas Minnesfond.

Les parrains des droits de l’enfant Bengt Norman & AB Stockmarket, Sweden Thailand Support, Helge Ax:son Johnsons Stiftelse, Svenska Naturskyddsföreningen, Folke Bernadotte Akademien, Dahlströmska Stiftelsen, Cordial, Bodman LLP, Olle Remaeus Set & Design och Artn Dito, Centas,

Stockholmsmässan, Mässrestauranger AB, Twitch Health Capital, MISA AB, Floristen i Mariefred, ICA Torghallen Mariefred, Gripsholms Värdshus, Gripsholmsviken, Företagare iMariefred.nu, Adoptionscentrum, Lilla Akademien & alla individuella Barnrättsfaddrar.

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LE PRIX DES ENFANTS DU MONDE pour les droits de l’enfant Sommaire Qu’est-ce que le Prix des Enfants du Monde ?..................................................4 Que fait le jury des enfants ? Brève présentation du jury..................................... 5 Mofat du Kenya................................................................ 8 Nuzhat du Bangladesh .......................................... 13

PAKISTAN NÉPAL

BANGLADESH

INDE BIRMANIE VIETNAM PHILIPPINES

YA

E

Que sont les droits de l’enfant ? Célèbre les droits de l’enfant ........................... 18 Comment vont les enfants du monde ?...................................................................... 20 Qu’est-ce que le Vote Mondial ? Des enfants en Suède votent ........................... 22 Des enfants au Congo votent .......................... 23 Des enfants au Kenya votent ............................ 24 Des enfants en Inde votent................................. 30 Des enfants au Nigeria votent.......................... 44 Des enfants en Guinée-Bissau votent ..... 44 Des enfants au Ghana votent........................... 45 Des enfants en Birmanie votent ..................... 56 Des enfants au Pakistan votent ...................... 57 Des enfants en RD Congo votent ................ 58 Des enfants en Afrique du Sud votent ...... 60 Des enfants aux États-Unis votent............... 61 Des enfants au Brésil votent ............................. 62 Quels sont les candidats ? ........................... 67 Cecilia Flores-Oebanda, Philippines............................................................. 68–87 Monira Rahman, Bangladesh............. 88–105 Murhabazi Namegabe, RD Congo ....................................................... 106–125 Qu’est-ce que la Conférence de Presse des Enfants du Monde ? ........... 126 Les 10 ans du Prix des Enfants du Monde...................................................................... 127

Merci également : Au Jury des Enfants, à tous les élèves et professeurs des écoles Amies Universelles, aux Amis Adultes Honoraires et aux parrains, aux Amis Adultes, aux points de contact et aux partenaires (voir pages 130-131), à la direction ainsi qu’au conseil consultatif de la World’s Children’s Prize Foundation, ainsi qu’à la direction de Barnens Värld et du World’s Children’s Prize US.

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Rédacteur en chef et responsable de publication: Magnus Bergmar Ont collaboré aux numéros 52–53: Carmilla Floyd, Kim Naylor, Monica Zak, Andreas Lönn, Bo Öhlen, Johanna Hallin, Tora Mårtens, Chris Sampaio, Eh Thwa Bor, Britt-Marie Klang, Sofia Marcetic, Lucky Letshwene, Harshit Walia, Jan-Åke Winqvist, Lotta Mellgren Traductions: Semantix (anglais, espagnol) Cinzia Guéniat (français) Glenda Kölbrant (portugais), Boonyanuj Pongisavaranun (thaï), Preeti Shankar (hindi), M.A. Jeyaraju (tamil) Graphisme: Fidelity Couverture: Ewa Stackelberg Litho: Done Impression: PunaMusta Oy ISSN 1102-8343

Le Globe est publié avec le soutien de l’Asdi et de Save the Children Box 150, 647 24 Mariefred Tél. +46-159-12900 Fax +46-15910860 Courriel: prize@worldschildrensprize.org www.worldschildrensprize.org

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QU’EST-CE QUE

LE PRIX DES ENFANTS DU MONDE ?

Le but du Prix des Enfants du Monde est un monde plus humain, où les droits de l’enfant sont respectés par tous. Les élèves de toutes les écoles inscrites comme écoles Amies Universelles peuvent y participer. Il y a à ce jour 53.500 écoles Amies Universelles avec 24 millions d’élèves dans 101 pays. Chaque année, les enfants élisent, par le Vote Mondial, le lauréat du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant. 7,1 millions d’enfants ont voté la dernière fois. Avant la remise du prix, des millions d’enfants ont appris les droits de l’enfant et la démocratie, en suivant les étapes suivantes : 1. La Conférence de Presse des Enfants du Monde (page 126) Le signal de départ pour le Prix des Enfants du Monde sont les conférences de presse au cours desquelles les enfants présentent les trois candidats, choisis par les jury des enfants et interpellent les politiciens concernant les droits de l’enfant. 2. Les Droits de l’Enfant dans votre vie (pages 18–19) Lisez également les feuilles de données sur la situation des droits de l’enfant dans votre pays (voir sur le web). Est-ce que vos droits et ceux de vos amis sont respectés? Dites comment cela devrait être et préparez une présen-

tation pour vos parents, professeurs, politiciens et médias. 3. Les Droits de l’Enfant dans le monde (pages 5–17, 20–21, 67–125) Renseignez-vous sur les enfants du jury, sur la situation des enfants du monde et sur les candidats et les enfants pour lesquels ils se battent. 4. Préparation du Vote Mondial (pages 22–66) Lisez les récits des enfants qui participent au Vote Mondial, choisissez une date pour votre Journée du Vote Mondial et préparez tout ce qu’il faut pour un vote démocratique. Invitez les médias, les parents et les politiciens à partager ce jour avec vous.

5. La Journée du Vote Mondial Célébrez-la avec une fête et des spectacles. Communiquez les voix obtenues par les trois candidats le 22 avril 2011 au plus tard, au moyen de l’urne électronique sur le web ou au représentant de votre pays. 6. La Conférence de Presse des Enfants du Monde Le même jour, dans le monde entier, sera dévoilé le nom du lauréat. Ce jour-là, invitez tous les médias de vote région à la conférence de presse. Profitez-en pour indiquer quelles sont les améliorations que vous souhaitez pour le respect des droits de l’enfant.

7. La cérémonie de remise des prix (pages 127–131) Le Prix des Enfants du Monde se termine par la cérémonie de remise des prix au château de Gripsholm à Mariefred. Les trois candidats reçoivent une somme en argent pour leur travail en faveur des enfants. En 2011, la somme totale est de 100.000 USD. Les enfants du jury dirigent la cérémonie et la Reine Silvia les assiste dans la remise des prix.

Limites d’âge pour le Prix des Enfants du Monde Le Prix des Enfants du Monde s’adresse à vous, si vous avez entre 10 et 18 ans. La limite supérieure d’âge provient de la Convention de l’Enfant de l’ONU, qui spécifie qu’on est enfant jusqu’à 18 ans accomplis. La limite inférieure d’âge a plusieurs raisons. Trop horrible Pour pouvoir voter, il faut d’abord se renseigner sur les trois candidats et sur les enfants pour lesquels ils se battent. Les enfants vivent parfois des choses horribles,

ce qui peut être effrayant pour les plus petits. Malheureusement, pour l’instant, nous n’avons pas la possibilité de préparer du matériel pour les moins de 10 ans. Parlez à un adulte Les candidats travaillent pour les enfants qui ont été exposés à des violations très graves de leurs droits. Même des enfants de plus de 10 ans risquent de trouver cela pénible. Demandez conseil à un adulte qui décidera si vous êtes à même de participer au programme. Il est d’ailleurs recommandé de parler à un adulte de ce que vous lisez.

La Reine Silvia et Mandela sont parrains Nelson Mandela, la Reine Silvia et Graça Machel sont au nombre des parrains et Amis Adultes Honoraires du Prix des Enfants du Monde. Vous trouverez d’autres parrains sur worldschildrensprize.org.

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Membres du Jury des Enfants 2010 et Jury des Enfants 2011.

QUE FAIT LE JURY DES ENFANTS ? Les membres du Jury des Enfants du Prix des Enfants du Monde sont, de par leur vécu, experts en droits de l’enfant. Ils peuvent être membres du jury jusqu’à 18 ans. Chaque enfant du jury représente tous les enfants du monde ayant eu les mêmes expériences. Mais ils représentent aussi les enfants de leur pays ou de leur continent. Dans la mesure du possible, le jury aura des représentants de toutes les parties du monde et de toutes les grandes religions. • Par les récits de leur vie, les enfants du jury enseignent à des millions d’enfants, les droits de l’enfant pour lesquels ils ont eux-même dû se battre. • Le Jury des Enfants désigne chaque année, les trois candidats pour le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant parmi les nominés de l’année. • Le Jury des Enfants dirige la cérémonie de remise des prix, qui clôture annuellement le Prix des Enfants du Monde. • Les enfants du jury sont les ambassadeurs du Prix des Enfants du Monde dans leur pays et dans le monde. • Pendant la semaine de la cérémonie des prix, les membres du jury visitent les écoles suédoises et parlent de leur vie et des droits de l’enfant.

Voici les membres du jury. Aux pages suivantes on peut lire les récits de Mofat Maninga du Kenya et de Nuzhat Tabassum du Bangladesh. Gabatshwane Gumede, 16, AFRIQUE DU SUD Les parents de Gabatshwane sont morts du sida quand elle était petite. Les gens avaient peur d’êtres contaminés et même si les tests disaient que Gaba n’était pas infectée par le vih, elle n’avait pas d’amis. À l’école on se moquait d’elle. La plupart des gens où vit Gaba sont chômeurs. Beaucoup sont infectés par le vih et laissent les enfants orphelins. Les violations des droits de l’enfant sont fréquentes. Mais plus personne ne se moque de Gaba. C’est une chanteuse et un défenseur des droits de l’enfant et les enfants l’admirent. Quand elle peut, Gaba achète de la nourriture pour les pauvres et donne des paquets de vivres à ses camardes d’école. - J’exige que les politiciens travaillent pour

les droits de l’enfant. J’ai parlé des droits de l’enfant avec le ministre de l’éducation et dans notre département. Gabatshwane représente les enfants que le sida a rendus orphelins et les enfants qui luttent pour les droits des enfants opprimés. Ofek Rafaeli, 16, ISRAËL « On parle beaucoup du conflit entre Israël et la Palestine à la maison et à l’école. A Haïfa, où je vis, les arabes et les juifs cohabitent. Je rencontre beaucoup d’arabes à l’école et pendant mes loisirs. J’aime fréquenter des gens différents. Ça n’a aucune importance qu’on soit juif ou musulman, israélien ou palestinien. Pour moi, les droits de l’enfant ça signifie que tous les enfants sont libres et qu’ils ont les mêmes chances. En Israël, on viole 5

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les droits de beaucoup d’enfants. Les enfants ont droit à la protection et à une vie où ils n’ont pas à craindre de mourir ou que quelqu’un de leur famille meure. À l’école, beaucoup ne s’en soucient pas, mais moi, je pense que le plus important c’est que nous agissions. Nous devons faire quelque chose » Ofek représente les enfants dans les zones de conflits et les enfants qui désirent un dialogue pour la paix.

Hannah Taylor, 15, CANADA À cinq ans Hannah a vu un homme qui mangeait dans une poubelle. Depuis elle dit aux écoliers, politiciens, directeurs et au premier ministre du Canada que personne ne doit être SDF. Elle a créé une fondation qui a recueilli plus de 730.000 euros pour un projet en faveur des SDF et un programme pour les écoles. – Nous voulons montrer que chacun peut s’engager et faire la différence pour les SDF et pour les droits de l’enfant. Nous devons partager et nous entraider. Quand je suis allée dans un foyer pour adolescents SDF, je les ai tous embrassés. Un gar-

çon, très réservé, m’a dit : ’J’ai toujours cru que personne ne m’aimait, maintenant je sais que tu m’aimes’. Hannah représente les enfants qui luttent pour les droits de l’enfant, spécialement pour les droits des enfants SDF. Amar Lal , 14, INDE Amar Lal est né dans une famille de six enfants qui était esclave pour dettes dans une carrière du Rajasthan. À six ans, il s’occupait de ses frères et sœurs plus jeunes et un peu plus tard il aidait son père à casser les pierres dans la carrière. Les outils qu’il utilisait pesaient autant que lui et le travail était très pénible. Avec l’aide de Save the Childhood Amar a pu être libéré et a vécu dans un centre pour ex enfants esclaves pour dettes. A présent, il est en classe de troisième et veut être avocat pour se battre pour les droits des pauvres. – Maintenant je sais ce qu’est la liberté et je peux rêver d’un avenir où je ne serai pas exploité. Ici, nous avons le droit à être des enfants, à rire et à jouer. Amar Lal représente les enfants travailleurs, les enfants esclaves et les enfants qui « n’existent pas » parce que leur naissance n’a pas été déclarée.

Amy Lloyd, 17, GRANDE-BRETAGNE « Ma mère n’était jamais là : elle me laissait seule des journées entières. Quand elle revenait, elle me demandait : ’Qu’est-ce que tu as fait ?’ Et me battait. J’avais dix ans quand ma mère a téléphoné aux services sociaux pour leur dire que j’étais en danger si je restais chez elle, qu’elle me tuerait. Ce jour-là j’ai quitté mon foyer. On m’a emmenée chez des étrangers et je me demandais tout le temps ce que j’avais bien pu faire pour mériter cela. Ma mère disait toujours que tout était de ma faute. Un moment je l’ai crue et je me le reprochais. Puis, j’ai compris que ce n’était pas ma faute. Ce que je souhaite c’est une vraie famille qui m’aime telle que je suis et quoi que je fasse » Amy représente les enfants séparés de leurs parents et pris en charge par la société. Poonam Thapa, 16, NÉPAL Poonam, qui est orpheline, travaillait dans un restaurant quand un des clients lui a proposé de le suivre à Bombay, en Inde. Les femmes dans la maison où ils sont arrivés lui ont dit de se laver et de changer de vête-

ments. Elles prétendaient qu’elles faisaient de l’artisanat. Quand elle a compris qu’elle avait été vendue à une maison de passe, elle s’est mise à pleurer et a refusé les « clients » On l’a torturée et on a failli l’étrangler. On l’a obligée à satisfaire entre 15 à 20 hommes par jour. Poonam devait être très maquillée, porter une jupe courte et boire de l’alcool. Lors d’une rafle que la police a faite dans la maison de passe, elle a crié au secours et a été libérée. Depuis, elle est retournée au Népal et est assistée par Maiti Nepal. Poonam représente et se bat pour les filles qui sont esclaves dans des maisons de passe ainsi que les filles abusées.

Maria Elena Morales Achahui, 15, PÉROU À 12 ans, Maria Helena est partie de chez elle. Elle a quitté le village dans la montagne à l’insu de ses parents. Elle trouvait que l’éducation qu’on lui donnait à l’école du

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village était mauvaise et elle savait que ses parents avaient des difficultés à nourrir huit enfants. À Cusco, elle est devenue bonne chez sa tante qui ne lui donnait que de l’argent de poche. Elle devait travailler tant qu’elle ne pouvait pas aller à l’école. Si elle protestait, la tante menaçait de la battre. Un jour elle est allée rendre visite à sa famille. Quand elle est revenue, sa tante l’a chassée. Maintenant, Maria Elena vit chez l’organisation Caith, va à l’école et fait partie d’un groupe qui défend les droits des bonnes. Maria Elena représente les filles qui travaillent comme bonnes, souvent dans des conditions proches de l’esclavage et se bat pour leurs droits.

Bwami Ngandu, 17, RD CONGO « Au petit matin le village a été attaqué par un groupe armé. Nous avons fui dans la forêt, mais j’ai été capturé avec 170 autres garçons pour être soldat. Les rebelles nous donnaient des drogues qui nous poussaient à tuer et à détruire. On nous a entraî-

nés et on nous a envoyés au combat. Moi et un autre gars étions éclaireurs. On était en première ligne et on tuait. Les rebelles nous obligeaient à capturer d’autres garçons. Beaucoup de filles ont été violées. J’ai été touché au visage et à la tête par des fragments de grenade. Au bout de trois ans j’ai pu m’échapper et j’ai retrouvé ma mère. À présent, je vais à l’école et je fais partie d’un groupe des droits de l’enfant. Je déteste ce que les adultes m’ont obligé à faire » Bwami représente les enfants soldats et les enfants en guerre ainsi que les enfants qui se battent pour les droits de l’enfant.

Hamoodi Mohamad Elsalameen, 13, PALESTINE – Une nuit les soldats israéliens sont entrés dans notre village avec des tanks. Par haut-parleurs, ils ont ordonné à tout le monde d’allumer les lampes et se sont mis à tirer dans tous les sens. Il y a eu trois morts, dit Hamoodi qui vit dans un village pauvre au sud de Hébron en Cisjordanie. À cinq ans, Hamoodi a vu tuer un petit garçon et a dit : « Je veux un fusil ! » Maintenant il a des amis juifs avec lesquels il joue au foot en Israël. – J’aime jouer au foot, mais nous n’avons pas de place au village. On joue sur un terrain loin d’ici, mais quand les soldats israéliens viennent arrê-

ter quelqu’un, ils nous chassent. Ils gâchent tout, dit Hamoodi. Hamoodi représente les enfants dans les zones de conflits et les enfants qui vivent sous l’occupation. Lisa Bonongwe, 15 ZIMBABWE « Quand j’avais quatre ans, papa buvait et battait ma mère presque tous les soirs. Parfois il la laissait par terre sans connaissance. Si je pleurais et lui criais d’arrêter, il me chassait de la maison, moi et mon grand frère. En plein hiver, on devait dormir sur la véranda. Il faisait si froid. J’avais sept ans quand maman a obligé papa à partir. Je me suis inscrite au Girl Child Network, un club pour filles à l’école. Nous parlons de ce qui est important pour nous. En dehors du club, les filles ne sont pas en sécurité au Zimbabwe. On nous maltraite, on nous viole et nous devons faire tout le travail ménager. S’il n’y a pas assez d’argent, c’est toujours les garçons qui vont à l’école. Je participe à l’organisation des manifestations pour les droits des filles » Lisa représente les enfants qui se battent pour les droits des filles.

 PHOTO: KIM NAYLOR

Brianna Audinett, 14, ÉTATS-UNIS Brianna a onze ans quand sa mère quitte son père, un homme violent. Brianna et ses trois frères se retrouvent alors SDF à Los Angeles. D’abord, ils vont dans des motels, mais on n’accepte pas plus de trois personnes par chambre et ils sont cinq. Alors, ils se déplacent souvent. Puis, leur mère trouve un abri où ils vivent pendant six mois dans un dortoir à lits

superposés. Ils peuvent à peine jouer. En face de l’abri se trouve School on Wheels, qui donne à Brianna et à ses frères le matériel scolaire et l’aide pour les devoirs. – Plus tard, je serai médecin j’aiderai surtout les SDF. Ils n’ont pas d’argent, mais je les aiderai, dit Brianna qui n’est plus SDF. Brianna représente les enfants qui sont SDF.

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Mofat courage – Bonjour, je m’appelle Nkosi Johnson. J’ai onze ans et j’ai le sida… Le garçon qui dit les célèbres mots de Nkosi, s’appelle Mofat Maninga, il a 14 ans et vient du Kenya. Les enfants des rues dans la ville de Kisumu fêtent la Décennie du Vote Mondial et Mofat y représente le candidat Nkosi. – Mais je n’ai pas à me forcer beaucoup. La vie de Nkosi et la mienne se ressemblent sur bien des points, dit Mofat, qui est un nouveau membre du Jury des Enfants au Prix des Enfants du Monde. Il représente les enfants atteints du vih/sida et les enfants qui vivent dans la rue.

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geux comme Nkosi M

ofat a grandi dans la famille de sa mère. Avec des cousins plus âgés, il gardait les vaches et les chèvres de son grand-père. Sa mère était infirmière et ils avaient toujours de quoi manger. Ils vivaient bien. Mais, quand Mofat avait quatre ans, tout a commencé à changer. Ce fut d’abord la mort de grand-père et quelques années plus tard celle de sa petite sœur. – Et quand j’avais huit ans, c’est maman qui est morte. C’est grand-mère qui l’avait soignée et pour me protéger, elle ne m’avait pas dit à quel point maman était malade. C’était un choc. Je me suis

senti si seul. Dans mon sommeil, j’entendais souvent maman m’appeler et j’étais si heureux d’entendre sa voix ! Quand je me réveillais, la vie me paraissait si injuste. Peur de mourir

Quelques années plus tard, ce fut Mofat lui-même qui tomba malade. – J’ai attrapé une sorte de toux et un rhume qui ne passaient pas. A la fin, grandmère était si inquiète qu’elle m’a amené à l’hôpital. Elle a dit au médecin que maman avait eu la même toux avant de mourir et qu’elle était morte du sida. Je ne savais pas ce que c’était, mais j’étais

inquiet. Le médecin m’a fait passer des tests et il s’est avéré que moi aussi j’étais porteur du vih. Un psychologue m’a expliqué que le vih pouvait donner le sida et que je devais commencer à prendre des médicaments immédiatement. J’avais très peur. Peur de mourir. Grand-mère s’occupa de Mofat et fit de son mieux, mais elle était âgée et malade. Mofat devait faire presque tout à la maison. Il lavait les vêtements, faisait la cuisine et gardait les vaches tout en devant suivre l’école et se souvenir de prendre ses médicaments vitaux à heures fi xes. – À la fin, j’étais si épuisé

Ne volez pas aux enfants leur liberté !

Mofat

– Comme Nkosi l’a fait, quand il a parlé avec le président de l’Afrique du Sud, je veux aussi parler avec le président du Kenya pour lui dire que la vie est dure pour les enfants. Que sa police bat les enfants qui vivent dans la rue et les met en prison. En prison ! Comment peut-on enfermer un enfant parce qu’il est obligé de vivre dans la rue ? Comment peut-on voler sa liberté à un enfant?! Je dirais au président qu’il devrait plutôt prendre soin des enfants. Qu’il leur donne un endroit pour vivre, quelque chose à manger et la possibilité d’aller à l’école.

Nkosi Informe-toi sur le héros de Mofat, Nkosi Johnson, qui en 2002, à titre posthume – après sa mort – a été honoré par le Prix des Enfants du Monde pour son combat en faveur des enfants frappés par le vih/ sida, sur www.worldschildrensprize.org

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: KIM NAYLOR

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que j’ai perdu connaissance et j’ai été hospitalisé plusieurs jours. J’aurais dû y rester plus longtemps, mais nous n’en avions pas les moyens. Quand je suis retourné à la maison, j’ai appris que grand-mère aussi était à l’hôpital. Mes tantes venaient parfois me

voir avec un peu de nourriture, mais repartaient toujours aussi vite qu’elles le pouvaient. La police a frappé

– Une après-midi elles m’ont dit que grand-mère était mor…et avec l’uniforme scolaire.

Avec ses vêtements préférés…

Nous sommes une famille

– Les autres garçons sont mes amis, mes frères. Nous sommes une famille. Il arrive parfois que certains ne veuillent pas que je m’assoie sur leur lit quand nous nous racontons des histoires, le soir. Ils voudraient que je m’assoie par terre. Ils ont peur d’être infectés et cela fait toujours très mal, dit Mofat.

te et que personne dans la famille ne voulait plus s’occuper de moi. Ils avaient peur d’être infectés. Je ne savais pas comment faire et je leur ai demandé de l’aide, mais elles ont refusé. Au lieu de cela, elles m’ont obligé à quitter la maison de grand-mère. J’avais alors treize ans. Mofat quitta le village et se retrouva dans la rue d’une petite ville voisine. La seule chose qu’il put prendre, c’étaient les vêtements qu’il

portait : ses shorts, un t-shirt et une paire de sandales. Il n’avait pas un centime. Pour survivre, il se mit à voler des poules et des poulets qu’il vendait au marché. Mais on l’arrêta. – Trois policiers m’ont emmené au poste de police. Ils m’ont lié pieds et mains et m’ont battu. Ils me fouettaient en criant qu’ils m’apprendraient ce qui arrive à ceux qui volent. J’essayais de leur dire que c’était ma seule chance de me nourrir et qu’ils

Les chaussures préférées des amis ! Celles de Mofat…

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…et celles de son ami Daniel.

– Mes préférées, ce sont des sandales faites avec un vieux pneu. Le bout retourné vers le haut, c’est ce qu’il y a de plus chic en ce moment. Ce type de sandales s’appelle Akala, dit Daniel Owino, 14 ans.

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Pas de colle !

Mofat à l’arrêt de bus où il dormait. Il vient voir ses copains qui y vivent encore. – Beaucoup sniffent de la colle pour oublier les problèmes et se réchauffer, mais je n’ai jamais commencé. La colle les rend tous violents et bizarres, ce qui fait que je n’ai jamais eu envie, dit Mofat.

devaient arrêter, mais ils ne m’écoutaient pas. Ils ne m’ont lâché que quand je me suis mis à tousser si fort qu’ils ont dû avoir peur que je meure. Cela est arrivé plusieurs fois. Une fois, ils ont appelé mon oncle, mais il a dit qu’il ne savait pas qui j’étais. Devient enfant des rues

– À la fin, les gens m’ont menacé en me disant que si je n’arrêtais pas de voler, ils me mettraient dans un pneu imbibé d’essence et qu’ils y mettraient le feu. Alors j’ai eu vraiment peur. J’ai décidé d’aller à Kisumu pour reprendre l’école.

Cela ne se passa pas comme Mofat avait espéré. À la ville, les seules personnes qui l’accueillirent comme un ami, ce furent les enfants qui vivaient dans la rue. – La journée, nous cherchions de la nourriture dans les poubelles des restaurants et le soir nous mendions aux arrêts de bus. La nuit, nous dormions les uns contre les autres avec des sacs en papier comme couvertures. Dans mon groupe, nous étions sept et nous essayions de nous protéger les uns les autres. Ce qui était vraiment nécessaire, parce que, presque chaque nuit, la police venait nous

réveiller. Ils nous battaient et nous devions nous enfuir. Ceux qu’on prenait, étaient emmenés au poste de police où ils étaient malmenés et étaient ensuite enfermés dans la prison pour mineurs. Mofat allait de plus en plus mal à vivre dans la rue. Il ne prenait plus de médicaments, il avait des irruptions cutanées sur tout le corps et toussait pratiquement tout le temps. Vit dans un centre

Un jour il suivit quelques copains dans un centre de jour pour enfants des rues qui s’appelle HOVIC. On lui donna à manger et il commença l’école. – J’avais confiance dans les dirigeants, alors une semaine plus tard, j’ai dit que j’avais le vih. Ils m’ont amené aussitôt à l’hôpital pour que j’aie de

Mofat Maninga, 14 AIME : Jouer avec la Playstation ! Quelques-uns de mes amis l’ont ! DÉTESTE : Qu’on maltraite des gens. LE MEILLEUR : Quand je suis allé au parc des impalas avec l’école. Les antilopes impalas sont si belles. J’adore les animaux sauvages ! LE PIRE : Chaque fois que je suis si malade que je dois retourner à l’hôpital. J’ai peur et je ne veux pas mourir. VEUT ÊTRE : Médecin et sauver des vies. RÊVE : Que tous les enfants au monde vivent bien.

Nous adorons le foot

– Nous jouons souvent au foot et j’adore ça, mais je n’en ai pas toujours la force. Je tousse et la tête me tourne quand je cours trop vite, dit Mofat.

– Le ballon, c’est moi qui l’ai fait !

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nouveaux médicaments. Le médecin a expliqué que c’était très dangereux de continuer à vivre dans la rue, puisqu’il ne pensait pas que je pourrais me nourrir assez bien et régulièrement pour profiter des médicaments que je devais prendre à heures fixes. Alors les dirigeants du HOVIC ont dit que, si je voulais, je pouvais aller habiter dans leur foyer pour garçons, ex enfants des rues. J’y suis depuis bientôt une année. Je m’y sens chez moi. Tous les soirs, à 19h30 les garçons se rassemblent. Ensemble, ils lisent Le Globe. – Ce sont des réunions très importantes et nous qui savons l’anglais, nous traduisons en swahili pour les autres. Avant le Vote Mondial, nous travaillons beaucoup avec Le Globe aussi pendant la journée, hors du centre, avec tous les enfants des rues de la ville. C’est ainsi que nous avons été instruits sur nos droits, la démocratie et comment se déroule un vote. Nkosi est son héros !

– J’adore lire Le Globe. À présent, je sais que même moi j’ai des droits, que tous les enfants ont droit à vivre bien. Ce qui m’inspire le plus c’est le récit sur Nkosi Johnson d’Afrique du Sud. Il est mon héros ! Nous Mofat lit Le Globe. avons la même histoire. Les membres de notre famille sont morts autour de nous, les gens avaient peur et nous ont laissés tomber. Mais Nkosi était fort – Maintenant je peux aller chez le médecin quand et courageux d’oser parler j’en ai besoin et ici je peux prendre mes médicaments ouvertement qu’il avait le sida et manger régulièrement. Je suis en bien meilleure et d’exiger que tous les enfants santé que dans la rue. J’ai même pu reprendre l’école. malades du vih/sida soient ausLe problème est qu’il s’agit d’un internat et dès que si bien traités que les autres je suis un tant soit peut malade, on me renvoie au enfants. Qu’ils avaient droit centre. Ils ne veulent pas que je meure à l’école. aux médicaments, à aller à Alors, je manque une grande partie des cours, raconte Mofat. l’école et droit à l’amour et à l’amitié. C’est exactement comme ça que je veux être ! Et 07h00 Sept comprimés Nkosi m’a donné la force de devenir cette personne. Je veux me battre pour tous les enfants qui sont atteints du hiv/sida et pour les enfants qui vivent 13h00 Trois dans la rue. 

Beaucoup de médicaments

comprimés

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19h00 Onze comprimés

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Nuzhat a peur de se noyer N uzhat habite dans la petite ville de Barisal, dans le sud du Bangladesh. Tous les matins, elle met l’uniforme scolaire, arrête un cyclo pousse et se fait conduire à l’école. – J’adore aller à l’école et apprendre. Le pire qui me soit arrivé c’est quand j’ai cru que l’école avait été emportée par le cyclone Sidr. Les cyclones, de très fortes tempêtes, frappent chaque année le Bangladesh. Le pays est bien préparé et possède un bon système d’alarme cyclonique. – Nous savions qu’un fort cyclone allait frapper. Heureusement, nous n’habitions plus au village où se trouve toute la famille et où nous avions une maison. Mes parents avaient loué un appartement en ville pour que ma sœur et moi puissions

fréquenter une bonne école. Quand nous sommes nées, mon père a planté beaucoup d’arbres autour de notre maison au village. Il pensait les abattre et les vendre petit à petit pour payer nos études. Pendant toute mon enfance, je me sentais en sécurité à la pensée de ces arbres qui poussaient tout autour de notre maison. – Mais voilà qu’un horrible

cyclone arrivait. Nous étions préparés et avions de la nourriture et de l’eau dans l’appartement. Le soir, où le cyclone s’est jeté sur nous, je lisais à la lumière d’une bougie. Le toit en tôle du voisin s’est détaché et est venu s’abattre contre la fenêtre où je me trouvais. Je n’ai pas été blessée mais une fi lle du voisinage a été tuée par la chute d’un arbre. J’ai eu très peur. Je croyais qu’en

– Si le niveau de la mer monte, cette partie du Bangladesh sera inondée, explique Nuzhat.

 TEXTE: MONICA Z AK PHOTO: KIM NAYLOR

– Si le niveau de la mer monte d’un mètre, le sud du Bangladesh, où je vis, sera inondé. J’y pense souvent, raconte Nuzhat, 13 ans. Le réchauffement global qui fait fondre les glaces autour des pôles et au sommet de l’Himalaya provoque plus de cyclones et d’inondations. Sur le chemin de l’école, le jour après l’énorme cyclone Sidr, j’ai vu partout des morts et des blessés. Nuzhat est un nouveau membre du Jury des Enfants au Prix des Enfants du Monde. Elle y représente les enfants dont les droits sont violés à la suite de catastrophes naturelles et de pollution, mais aussi les enfants qui exigent que l’on respecte les droits de filles.

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Nuzhat prend toujours le cyclo pousse pour aller à l’école pour ne pas être importunée sur le chemin.

Nuzhat lit le journal chaque jour pour comprendre comment évolue le climat.

montant, l’eau du fleuve nous aurait tous emportés. Au cours de toute cette horrible nuit, j’ai prié Allah pour qu’il arrête le cyclone. Heureusement, dans notre ville, l’eau n’est jamais montée, mais le cyclone Sidr a fait des milliers de victimes. Un vrai cauchemar

Le matin la tempête s’était apaisée. La seule chose qui

occupait les pensées de Nuzhat était de savoir ce qui était advenu de son école. En sortant de chez elle, elle fut frappée par des vues effroyables. Maisons rasées, arbres arrachés et fatras dans toutes les rues. – J’ai vu des centaines de morts et beaucoup de blessés. C’était un vrai cauchemar, mais je me suis frayée un chemin, je voulais savoir si l’école était toujours là. Elle y était. Plus tard, Nuzhat apprit que leur maison au village avait était rasée au sol par le cyclone et que tous les arbres

que son père avait plantés avaient été déracinés. Ce fut alors que commença l’engagement de Nuzhat pour l’environnement, le climat et l’avenir. Avec son père, elle rendit visite aux victimes. Elle n’oubliera jamais leur désespoir. Ils n’avaient plus de domicile, de nourriture, d’eau potable, de vêtements. Après le cyclone Sidr et après le cyclone suivant, elle et sa meilleure amie, recueillirent de l’argent pour les plus démunis. – Depuis, j’essaie de comprendre ce qui se passe avec le climat. Je lis le journal tous

Nuzhat Tabassum Promi, 13 AIME : Lire. Lecture préférée: Sherlock Holmes. N’AIME PAS : Que les filles ne soient pas appréciées. ADMIRE : Mère Theresa. DÉTESTE: Les garçons qui taquinent et jettent de l’acide ADORE : Ma famille. VEUT ÊTRE : Médecin.

Le Bangladesh se noie quand la terre se réchauffe

L

e fait que la terre se réchauffe suite à l’activité humaine, constitue une grande menace pour nous tous. Le réchauffement global, qui fait fondre les glaces de l’Himalaya, du Groenland et du

Pôle Sud, fera monter le niveau de la mer dans le monde entier, peut-être de quelques mètres. Selon les chercheurs, un quart du Bangladesh disparaîtra sous l’eau d’ici cent ans. Ce qui

accélérera la déforestation On pense que, sur 150 millions de Bangladais, 35 millions seront réfugiés climatiques déjà au cours des 30 prochaines années. Le Bangladesh fait partie de ces

pays qui seront le plus frappés, bien que qu’il produise moins d’un millième d’émissions de gaz à effet de serre du monde. Si l’émission de gaz à effet de serre se poursuit au

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La loi sur l’école pour tous ne suffit pas Il y a une loi qui dit que tous les enfants doivent aller à l’école jusqu’à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, presque autant de filles que de garçons vont à l’école. Mais il y a un manque d’établissements et de professeurs. Les classes sont surchargées. La norme est de 100 élèves par classe. Dans la classe de Nuzhat il y a 98 filles. Dans le pays qui compte 155 millions d’habitants, 4 millions d’enfants, entre 5 et 15 ans, travaillent au lieu d’aller à l’école.

les jours. Je parle avec maman et papa de ce que je lis. À l’école on a aussi parlé de l’effet de serre qui fait que la terre se réchauffe. Cela fait fondre les glaces des pôles et de l’Himalaya. Si le niveau de la mer s’élève d’un mètre, tout le sud du Bangladesh disparaîtra sous l’eau. Où iront alors les survivants, dans un pays qui a déjà une des plus fortes densités de population du monde ? Je me fais du souci. Nous devons arrêter le

réchauffement de la planète. Mais, tous les pays devront y contribuer.

niveau actuel, le réchauffement global augmentera de plus en plus. Ce qui peut provoquer une augmentation de la température de la planète de deux à six degrés. Chaque degré aura de graves conséquences pour les gens, les animaux et l’environnement. Il se pourrait que

plusieurs pays insulaires disparaissent complètement. Ailleurs, ce sera la sécheresse et le désert qui augmenteront.

Les filles ont la même valeur

Ce qui irrite le plus Nuzhat ce sont les gens qui prennent ses parents en pitié parce qu’ils n’ont eu « que » deux fi lles et pas de garçons. – Les filles valent autant que les garçons. L’autre jour, j’ai lu qu’un homme est sorti

Sur www.worlds childrensprize.org tu peux te renseigner sur le réchauffement planétaire.

avec sa petite fi lle. Plus tard on a trouvé la fi lle noyée dans le fleuve. Il a dit à sa femme : Pourquoi tu m’as donné une fi lle ? Ce genre de choses me rendent folle de rage. Mais je sens que mes parents sont heureux et fiers de ma sœur et moi. Nuzhat va dans une école avec 2.600 fi lles. – Dans ma classe il y a 98 élèves, mais un seul

Le buisson à fard près de la maison

Quand Nuzhat voit la plante à henné devant la maison, elle est heureuse. – C’est mon buisson à maquillage. On hache les feuilles afin d’obtenir une pâte avec laquelle on se dessine des motifs sur les mains. Hier je me suis peint les ongles et le bout des doigts. Et j’ai dessiné un grand point dans la paume de la main. C’est le soleil qui se trouve sur le drapeau du Bangladesh. Je trouve que les motifs au henné sur les mains c’est plus beau que la laque sur les ongles. Dans mon école, on ne se met pas de rouge à lèvres. C’est interdit. Mais on peut se faire de belles mains avec le henné.

Les droits de l’enfant et l’environnement Par les inondations et les grandes sécheresses qu’il cause, le réchauffement planétaire viole les droits de l’enfant, ceci parce que : • Les enfants ne sont pas scolarisés puisque les écoles ferment. • Les enfants perdent leur maison et leur famille. • Les enfants sont obligés de fuir. • Les enfants tombent malades. • Les enfants meurent.

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Les fruits du jacquier peuvent peser jusqu’à 50 kilos.

professeur. C’est pourquoi, il faut prendre des leçons extraordinaires. Je fais partie d’un groupe de filles qui prennent des leçons extraordinaires, l’après-midi avec trois professeurs différents. C’est important que les filles aillent à l’école. C’est la meilleure façon de changer le pays. À présent, il y a presque autant de filles que de garçons qui vont à l’école. Et les filles ont de meilleures notes que les garçons. Si une fille a une bonne formation, elle peut faire ce qu’elle veut. Au Bangladesh il y a beaucoup de femmes qui occupent des postes importants, notre Premier ministre et trois ministres sont des femmes. Et le chef de l’opposition est une femme. C’est bien. Mais celle que j’admire le plus c’est Mère Theresa. J’ai appris qui elle était à l’école. Elle travaillait

Le cyclone a emporté tous les arbres et la maison familiale. Ici, Nuzhat plante son premier arbre après le cyclone. Il s’agit de l’arbre national du Bangladesh, le jacquier.

parmi les plus pauvres. C’est ce que je veux faire aussi. Mon but est de devenir médecin. Nuzhat prend toujours un cyclo pousse pour aller et revenir de l’école. Ce n’est pas seulement parce que c’est loin. C’est aussi parce qu’elle a un peu peur des garçons. Elle déteste les garçons qui taquinent les fi lles et leur crient des choses. Ce qu’elle déteste le plus ce sont les hommes et les garçons qui jettent de l’acide sur les fi lles.

– C’est cher de prendre le cyclo pousse, mais je me sens plus en sécurité. Et il s’agit du moyen de transport le plus écologique. Un cycliste ne produit pas de dioxyde de carbone et donc pas de réchauffement climatique. De retour de l’école, il se met à pleuvoir et elle s’enveloppe dans un tissu plastifié pour ne pas se mouiller. La période de la mousson a commencé.

De retour au village

C’est vendredi, jour de congé. Nuzhat et son père se rendent dans leur village. Un ami les y conduit. Pendant le voyage, la pluie se remet à tomber à verses. Le chemin est vite imbibé et l’eau ruisselle de chaque maison. C’est difficile de distinguer quoi que ce soit à travers le pare-brise. – J’adore la pluie et en même temps j’en ai très peur. En juin, commence la période de la mousson, c’est très

Combien de planètes te faut-il ?

C

haque personne laisse une empreinte dans le monde. Plus une personne utilise les ressources de la terre et plus elle rejette de déchets, plus elle a un impact sur l’environnement. Ton impact et celui de chaque personne sur terre s’appelle empreinte écologique. Pour la plupart des gens sur terre il suffit d’une planète, mais aux États-Unis, la moyenne par habitant est de 5,5 planètes, de 3 planètes pour l’UE et de 3,4 planètes pour la Suède. Plus il faut de planètes, plus grand est l’impact sur le réchauffement global et le changement climatique.

Pour les USA il faut 5,5 planètes Pour l’EU il faut 3 planètes

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Pluie torrentielle à Barisal, la ville natale de Nuzhat, mais cette fois, il n’y a pas eu d’alerte au cyclone.

humide et il pleut sans interruption. La pluie c’est romantique. J’aime le bruit de la pluie sur le plâtre du toit. On est à l’abri et on écoute la pluie. Alors, ma sœur et moi on récite des poèmes à haute voix. Mais j’ai aussi peur de la pluie. J’ai peur des inondations. Quand ils arrivent au village, ils doivent patauger dans le décimètre d’eau qui recouvre le sol. Elle regarde la petite colline où se dressait leur maison. Il n’en reste absolument plus rien. Ils s’abritent de la pluie dans une petite maison où habitent des membres de la famille. – Les tempêtes, les cyclones et les inondations ont empiré. Une des causes en est la destruction de la forêt. Les grands fleuves qui coulent au Bangladesh ont leur source dans l’Himalaya, parcourent l’Inde et mon pays et se jet-

tent là où je vis. Sur tout leur passage on a détruit la forêt, ce qui fait que l’eau n’est plus absorbée et les fleuves ont de plus en plus d’eau. C’est tragique. Surtout pour mon pays qui est bas. Mais il ne faut pas

attendre que ça empire. Il faut faire quelque chose, par exemple planter des arbres. Les arbres absorbent le dioxyde de carbone de l’air. Ils empêchent que la terre soit emportée par l’eau et protègent contre les grands vents. Dès que la pluie cesse un instant, Nuzhat marche dans la boue glissante et plante de jeunes arbres que son père et elle ont achetés en route. Le tout premier arbre qu’elle plante est un jacquier. C’est l’arbre national du Bangladesh. – Il donne des fruits très gros qui peuvent peser jusqu’à 50 kilos. Avant qu’ils mûrissent, on peut les utiliser comme légumes, quand ils sont mûrs, comme fruits. On mange aussi les graines. Avec le tronc on fabrique des meubles et des portes.

Le plus grand rêve d’avenir de Nuzhat est de mettre fin au réchauffement climatique pour que son pays ne soit pas recouvert par les masses d’eau. – Et devenir médecin. Alors, je travaillerai parmi les femmes les plus pauvres du Bangladesh. Et quand je gagnerai de l’argent, je reconstruirai notre maison au village, qui a été détruite par l’énorme cyclone Sidr. 

Sachets en plastique défendus

Miracle au Bangladesh

Nuzhat avec sa petite sœur, sa mère et son père. Avant, la moyenne d’enfants par femme était de 7. Aujourd’hui c’est 2,7. C’est ce qu’on a appelé ‘miracle au Bangladesh’. Comme cela s’est-il fait ? Par le planning familial, une bonne protection maternelle, les vaccinations et la prise de conscience que les enfants doivent aller à l’école. Aujourd’hui les parents sont fiers de n’avoir que deux enfants et de les envoyer à l’école.

Calcule ton empreinte écologique !

Pour le monde il faut 1,25 planètes

Rêves d’avenir

Ici tu peux trouver ton empreinte écologique personnelle et calculer combien de planètes il faudrait si tout le monde vivait comme toi : www.myfootprint.org www. footprint.wwf.org.uk www.earthday.net/Footprint

Ripon, 12 ans, a terminé sa journée de travail dans un magasin qui vend des CD. Avant de rentrer, il achète des fruits pour sa mère. Les fruits sont emballés dans des sacs en papier. Avant, on produisait 129 millions de sacs en plastique par jour au Banglades. On en utilisait 100 millions par jour. Ce n’était pas bon pour l’environnement, les sacs bouchaient les égouts et provoquaient des inondations. C’est pourquoi la production de sacs en plastique a été interdite. – Avant, il y avait des sacs en plastique partout. A présent on n’en voit presque plus, dit Ripon.

Pouce en haut, pas bien

Au Bangladesh, on ne montre pas le pouce en haut. Cela veut dire: Va te faire voir ! et c’est très impoli.

Pouce en haut, bien

Le pouce en haut, on le montre dans beaucoup d’autres pays. Cela veut dire: OK ! ou que quelque chose est très bien. Alors que le pouce en bas signifie que quelque chose est mauvais.

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Célèbre les droits d  illustr ation: lot ta mellgren/ester

La Convention de l’ONU sur les Droits de l’Enfant (La Convention de l’Enfant) est composée de 54 articles. Nous en présentons ci-dessous une version abrégée. Tu trouveras le texte intégral de la convention sur www.worldschildrensprize.org Idées générales de la Convention • Tous les enfants ont les mêmes droits et la même valeur. • Tous les enfants ont droit à la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. • Tous les enfants ont droit à la protection contre la violence et l’exploitation. • Tous les enfants ont droit à la liberté d’opinion et au respect. Article 1

Article 7

Tous les enfants du monde de moins de 18 ans jouissent de ces droits.

Tu as droit à un nom et à une nationalité.

Article 2

Tous les enfants ont la même valeur. Tous les enfants ont les mêmes droits. Personne ne sera discriminé. Tu ne seras pas discriminé à cause de la couleur de ta peau, ton sexe, ta langue, ta religion et tes idées. Article 3

Toutes les décisions qui te concernent doivent prendre en compte ton intérêt. Article 6

Tu as droit à la survie et au développement.

Article 9

Tu as le droit de vivre avec tes parents, sauf si cela est contraire à ton intérêt. Tu as le droit de grandir chez tes parents, si cela est possible. Article 12–15

Tous les enfants ont droit à dire ce qu’ils pensent. Tu as le droit de donner ton avis et ceci sera respecté, dans toutes les questions qui te concernent, à la maison, à l’école, avec les autorités et les tribunaux. Article 18

Ton père et ta mère ont la commune responsabilité pour ton éducation et ton dévelop-

pement. Ils doivent toujours penser à ton bien. Article 19

Tu as le droit d’être protégé contre toute forme de violence, contre les mauvais traitements ou l’exploitation, que tu sois sous la garde de tes parents ou de toute autre personne. Article 20–21

Tu as droit à une protection même si tu n’as pas de famille. Article 22

Si tu as dû quitter ton pays, tu auras les mêmes droits que les autres enfants dans le pays d’accueil. Si tu t’es enfui seul, tu auras un soutien spécial. On est tenu de t’aider à retrouver ta famille.

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Le 20 novembre est un jour à célébrer. Ce jour-là, en 1989, l’ONU a publié la CONveNtiON reLative aUx DrOits De L’eNfaNt. Cette Convention est faite pour toi et pour tous les enfants de moins de 18 ans. On l’appelle aussi la CONveNtiON De L’eNfaNt. tous les pays, à l’exception de la somalie et des Usa , ont ratifié (se sont engagés à respecter) la Convention de l’enfant. Dès lors, ils penseront d’abord au bien des enfants et seront à leur écoute.

J’exige qu’on respecte les droits de l’enfant !

s de l’enfant article 23

article 34

Tous les enfants ont droit à une vie décente. Si tu es handicapé, tu as droit à des soins spéciaux.

On ne t’exposera pas à la violence et on ne t’obligera pas à la prostitution. Tu as droit à l’aide et au soutien en cas de maltraitance.

article 24

Si tu tombes malade tu as droit à la santé et aux services médicaux. article 28–29

Tu as droit à aller à l’école et à apprendre ce qui est important, par exemple le respect des droits de l’homme et le respect des autres cultures. article 30

On respectera les idées et croyances de tous les enfants. Toi, qui appartiens à une minorité, tu as le droit à ta langue, ta culture et ta religion. article 31

Tu as droit aux loisirs, au repos, au jeu et à vivre dans un environnement propre. article 32

On ne t’obligera pas à faire un travail dangereux ou qui entrave tes activités scolaires et ta santé.

article 35

Tu as droit à la protection contre la vente ou l’enlèvement.

La triBUNe Des eNfaNts

article 37

Tu ne peux être soumis à une peine cruelle ou dégradante. article 38

Tu ne peux pas être enrôlé dans une armée ni participer aux conflits armés. article 42

Les États doivent faire connaître le texte de la Convention aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Tu as le droit à l’information et à la connaissance concernant tes droits.

POUr Les DrOits De L’eNfaNt

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Comment vont les en fa Survivre et se développer

2,2 MILLIARDS D’ENFANTS EN DESSOUS DE 18 ANS DANS LE MONDE 82 mllions d’enfants vivent dans les deux pays, la Somalie et les États-Unis qui n’ont pas ratifié les droits de l’enfant. Tous les autres pays ont promis de respecter les droits de l’enfant, mais les violations de ces droits sont courants dans tous les pays.

Nom et nationalité Quand tu viens au monde, tu as droit à être enregistré comme citoyen de ton pays. Chaque année 136 millions d’enfants naissent dans le monde. 51 millions d’entre eux ne sont jamais enregistrés. Il n’y a pas de preuve écrite de leur existence !

Tu as droit à la vie. Les pays qui ont signé les droits de l’enfant feront tout pour que les enfants survivent et se développent. 1 enfant sur 15 dans le monde (1 sur 8 dans les pays pauvres) meurt avant l’âge de cinq ans, la plupart de causes qui auraient pu être évitées.

Santé et Assistance médicale Tu as droit à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux. 24.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour (8,7 millions par an) de maladies dues au manque de nourriture, d’eau potable, d’hygiène et de soins médicaux. La vaccination contre les maladies infantiles les plus courantes sauve 2,5 millions d’enfants par an. 1 enfant sur 5 n’est jamais vacciné. 2 millions d’enfants meurt chaque année de maladies contre lesquelles on peut se faire vacciner. 4 enfants sur 10 dans les 50 pays les plus pauvres n’ont pas accès à l’eau potable. Chaque année un million de personne, la plupart des enfants, meurt de malaria. Seulement 3 sur 10 enfants malades sont soignés contre la malaria et seulement 2 sur 10 enfants dans les pays les plus pauvres, touchés par la malaria, dorment sous une moustiquaire.

Foyer, vêtements et sécurité Tu as droit à un foyer, à la nourriture, aux vêtements, à la scolarité, aux soins médicaux et à la sécurité. Plus de la moitié des enfants dans le monde vivent en état de pauvreté. Environ 700 millions d’enfants vivent avec moins de 1,25 USD par jour. 500 millions d’autres enfants vivent avec moins de 2 USD par jour.

Enfants handicapés Toi qui es handicapé, tu as les mêmes droits que les autres. Tu as droit au soutien qui te permettra de prendre une part active à la vie sociale. Les enfants handicapés sont parmi les plus vulnérables. Dans beaucoup de pays, ils n’ont pas le droit d’aller à l’école. Beaucoup sont traités comme inférieurs et cachés. Il y a 150 millions d’enfants avec des handicaps dans le monde.

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n fants du monde? Tu as droit à vivre dans un milieu sûr. Tous les enfants ont droit à l’instruction, aux soins et à un niveau de vie décent. 60 millions d’enfants ont la rue comme foyer. 90 millions d’autres enfants travaillent et passent leurs journées dans la rue mais ont une famille dans laquelle ils retournent la nuit.

Délits et peines Les enfants ne seront emprisonnés qu’en dernière instance et pour très peu de temps. Aucun enfant ne sera soumis à la torture ou à d’autres sévices. Les enfants qui commettent des délits ont droit à l’aide et aux soins. Les enfants ne seront ni emprisonnés à vie ni soumis à la peine de mort. Au moins 1 million d’enfants sont emprisonnés. Les enfants emprisonnés sont souvent maltraités.

Travail nuisible Tu as droit à la protection contre l’exploitation économique et contre le travail qui nuit à ta santé ou qui t’empêche d’aller à l’école. Les enfants de moins de 12 ans ne doivent pas travailler du tout. Environ 306 millions d’enfants travaillent et pour la plupart d’entre eux, le travail met en péril leur sécurité, leur santé, leur morale ou leur scolarité. 10 millions d’enfants sont exploités à travers les pires formes de travaux, comme esclaves pour dettes, soldats ou prostitués. Au moins 1,2 millions d’enfants est victime de « trafficking » qui est l’esclavage d’aujourd’hui.

Protection contre la violence Tu as droit à la protection contre toutes formes de violence, d’incurie, de maltraitance et d’agression. Chaque année 40 millions d’enfants sont si maltraités qu’ils ont besoin de soins médicaux. 29 pays dans le monde ont interdit toute forme de sévices ce qui fait que seuls 4 enfants sur 100 dans le monde sont protégés contre la violence par la loi. Beaucoup de pays permettent les châtiments corporels à l’école.

Tu as droit à la protection et à l’assistance en temps de guerre ou si tu es en fuite. Les enfants en guerre ou en fuite ont les mêmes droits que les autres. Ces 10 dernières années, au moins 2 millions d’enfants sont morts, victimes de la guerre. 6 millions ont été blessés physiquement. 10 millions ont été blessés psychiquement. 1 million a perdu sa famille ou en a été séparé. 300.000 enfants sont employés comme soldats, transporteurs et détecteurs de mines (chaque année 10.000 enfants sont tués ou rendus invalides par des mines) Au moins 20 millions d’enfants sont en fuite.

Enfants des minorités Les enfants qui appartiennent à des groupes minoritaires ou indigènes ont droit à leur langue, leur culture et leur religion. Indigènes sont par exemple les Indiens d’Amérique, les Aborigènes d’Australie ou les Lapons d’Europe du Nord. Les groupes indigènes ou minoritaires sont souvent désavantagés. Leur langue n’est pas respectée, ils sont molestés ou discriminés. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux soins médicaux.

École et formation Tu as droit à l’école. L’école primaire doit être gratuite pour tous. Environ 8 enfants sur 10 dans le monde vont à l’école, mais 93 millions ne commencent jamais l’école. 6 sur 10 de ces enfants sont des filles.

FAIS ENTENDRE TA VOIX ! Tu as le droit de dire ce que tu penses à propos de toutes les questions qui te concernent. Les adultes doivent écouter l’avis des enfants avant de prendre une décision, laquelle doit toujours viser le bien de l’enfant.

Est-ce ainsi dans ton pays et dans le monde aujourd’hui? Toi et le reste des enfants du monde le savez mieux que personne !

 TEXTE: SOFIA KLEMMING ILLUSTRATION: LOTTA MELLGREN/ESTER

Enfants qui vivent dans la rue

Protection en temps de guerre et comme réfugié

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VOTE MONDIAL ? Tous les élèves des écoles Amies Universelles ont le droit de vote au Vote Mondial jusqu’à l’âge de 18 ans. Par le Vote Mondial vous élisez le lauréat du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant 2011. Des pages 22 aux pages 66 vous pouvez vous rendre à la Journée du Vote Mondial dans différents pays.

A

près avoir discuté des droits de l’enfant là où vous vivez, lu les récits des enfants du jury, des enfants qui participent au Vote Mondial, des candidats au prix et des enfants pour lesquels ils se battent, il est temps de préparer votre Journée du Vote Mondial. Invitez les médias Dès que vous aurez choisi la date du Vote Mondial, informez-en les médias. Les coupures de presse ci-contre proviennent du Vote Mondial en Suède et en Inde. Vote à bulletin secret Il y a beaucoup à préparer pour que le Vote Mondial soit un vote démocratique, où le secret de ton vote soit garanti. Si tu n’en parles pas toi-même, personne ne saura pour qui tu as voté. Il faudra préparer : • Liste électorale : La liste doit contenir le nom de tous ceux qui ont le droit de vote. Les noms seront ensuite cochés quand les votants auront reçu leur bulletin de vote ou quand ils auront voté. • Bulletins électoraux : Utilisez ceux que vous recevez du Prix des Enfants du Monde ou confectionnez-en vous-même. Les enfants du Kenya préparent les urnes électorales et les affiches. • Isoloirs : Vous pouvez emprunter les isoloirs des votations des adultes ou confectionnez vos propres isoloirs. Vous ne devez entrer qu’un à la fois dans l’isoloir pour que personne ne voie comment vous votez. • Urnes électorales : Dans Le Globe vous pouvez voir différentes urnes électorales. On peut les faire en carton, en partant d’une grande boîte en métal ou en feuilles de palmier tressées. • Couleur contre la fraude électorale : Couleur sur le pouce, ongle peint, trait sur la main ou sur le visage, il y a beaucoup de façons de montrer que tu as Il faut fêter ça ! déjà voté. Quand le vote est terminé, on célèbre • Désignez les membres du bureau de vote, les droits de l’enfant et la Journée du les contrôleurs électoraux et les scrutateurs. Vote Mondial par des spectacles, des Les membres du bureau de vote cochent les biscuits, du thé et des gâteaux ou des listes électorales et distribuent les bulletins tourtes ou par d’autres moyens. électoraux. Les contrôleurs électoraux Certains organisent une manifestasurveillent que l’élection, les marques de couleur tion en faveur des droits de l’enfant. et les décomptes de voix se fassent selon les règles. Les scrutateurs comptent les voix et Regardez la vidéo du Vote Mondial communiquent le résultat. sur www.worldschildrensprize.org

La premièr dans des u Pour fêter le 10ème anniversaire du Prix des Enfants du Monde, les élèves de la première école Amie Universelle du monde, construisent des urnes électorales de glace ! Ce sont des experts en glace et en neige. Leur école, la Montessori Droppen, se trouve à Haparanda, tout au nord de la Suède, où il y a de la neige plus de la moitié de l’année. Comme il fait quelques degrés au-dessus de zéro, la neige est facile à modeler et la Journée du Vote Mondial de l’école Droppen, s’ouvre avec la première bataille de neige de l’année.

 TEXTE: MAGNUS BERGMAR PHOTO: KIM NAYLOR & SOFIA MARCETIC

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THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD THE WORLD’S CHILDREN’S PRIZE FOR THE RIGHTS OF THE CHILD

QU’EST-CE QUE LE

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mière école vote es urnes de glace !

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out est blanc de neige quand les élèves de l’école Droppen ouvrent la Journée du Vote Mondial. Plus tard, dans l’année il y aura plus d’un mètre de neige. Les enfants ont confectionné les drapeaux des pays participant au Vote Mondial et les ont piqués dans la neige. – C’est fantastique que notre petite école ait été la première à faire partie du Prix des Enfants du Monde en 2000 et qu’aujourd’hui il y ait des millions d’enfants qui participent chaque année, dit Alexandra Nyström. – C’est bien que les droits de l’enfant existent. Ils sont importants pour le bien-être des enfants du monde. Ils sont importants même pour les enfants en Suède.

Beaucoup d’enfants vivent mal ici aussi. Et c’est important de savoir comment c’est dans les autres pays, dit Ambjörn Joki. Jeux dans la neige

– À la récré, je joue au foot dans la neige. Et des fois, je fais un bonhomme ou un animal ou une cabane, dit Emma Rönkkö. Il faut que la neige soit malléable pour faire une bataille de neige ou des lanternes et des bonhommes mais pour faire des anges il faut que la neige soit friable et la température en dessous de zéro, sinon on se mouille. – Si on veut faire un ange, on se couche dans la neige et on bouge les bras en avant et en arrière sur le côté, pour dessiner des ailes. Puis on

Alexandra Nyström reçoit des mains de la Reine Silvia, le globe en verre du Prix des Enfants du Monde pour la première école Amie Universelle du monde, la Montessori Droppen, lors du jubilée de 10ème anniversaire du Prix des Enfants du Monde à l’Hôtel de ville de Stockholm.

Les enfants du foot au Congo votent ouvre et on ferme les jambes, ce qui dessinera une jupe, raconte Jenna Mäntylä. – Quand on fait un bonhomme de neige, on fait d’abord une boule de neige qu’on fait rouler dans la neige. Plus la neige s’enroule autour, plus la boule grossit. Quand la boule arrive à la taille, elle est prête, elle sera la partie inférieure du bonhomme. Puis on refait une sphère presque aussi grande et on la place sur l’autre. Pour finir, on fait une sphère plus petite qui sera la tête. On enroule une écharpe autour du cou du bonhomme et on met des boutons en pierre sur sa « veste » On enfonce des branches pour les bras et peut-être une carotte pour le nez. Il aura aussi les yeux et la bouche.

En RD Congo, les enfants de l’école de foot Gothia Cup ont tenu leur Journée du Vote Mondial pour la cinquième fois.

Les abus sont fréquents

« Les droits de l’enfant sont souvent violés au Congo. Les enfants sont battus et abusés ou livrés à eux-mêmes et abandonnés. Mais c’est comme ça dans le monde entier. Beaucoup ici ne vont pas à l’école et les parents négligent leurs enfants pour des raisons économiques » Taba Ngote Michel, 14

Souvent offensé

« Le Vote mondial s’est bien passé ici au Congo, surtout à l’école de foot Gothia, où je suis élève. J’espère que la situation changera et que nous pourrons faire valoir nos droits. Les droits de l’enfant sont souvent violés ici et même ma famille ne respecte pas entièrement mes droits » Yannick Baniakina, 14

On oublie les enfants

« Les droits de l’enfant ne sont pas respectés ici. Les parents ne s’occupent pas de leurs enfants. Le gouvernement ne pense pas non plus aux enfants qui vivent dans la rue. Ils deviennent des bandits et des voleurs et il faut changer ça » Ndoba Loïc, 14

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Mary a droit au respect !

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: KIM NAYLOR

Sur le gazon entre les urnes électorales et la queue des élèves votants, Mary Akinyi, 15 ans est assise dans un fauteuil roulant rouge. C’est le Vote Mondial à l’école spéciale pour enfants handicapés de Joyland à Kisumu, au Kenya. Mary est nerveuse. Beaucoup d’enfants non handicapés, provenant d’autres écoles, ont été invités pour prendre part au vote. Mary n’est pas sûre qu’elle osera lire le poème qu’elle a écrit. Et s’ils se moquaient d’elle ?

M

ais Mary se décide. Elle a l’occasion d’expliquer comment on se sent quand on voit ses droits violés. Quand on n’est pas respectée et acceptée telle qu’on est. D’abord timidement, puis de plus en fort, elle lit : « Il n’y a aucun formulaire à remplir pour devenir handicapé. Et s’il y en avait un je n’ai pas l’intention de le remplir... »

bonne santé » qui nous compliquent la vie. Ils nous regardent, rient, nous montrent du doigt. C’est désagréable. Comme si on était des extraterrestres, dit Mary. Ce sentiment l’a accompagnée la plus grande partie de sa vie.

– Mes parents sont morts quand j’étais petite et j’ai vécu chez ma tante. Comme presque tous les autres parents d’enfants handicapés qui sont ici, elle avait honte de moi et me cachait. Je ne pouvais jamais quitter la maison. Jamais sortir et jouer. Aller à

Le silence se fait dans la queue des votants. Tout le monde écoute Mary. Quand elle se tait, c’est une explosion d’applaudissements. Mary, regarde gênée autour d’elle. Étonnée. Elle ne s’attendait pas à cela ! N’a jamais pu jouer

– J’avais peur que les enfants non handicapés se moquent de moi. Ce sont les gens « en

Dans l’isoloir

Mary vote pour son candidat au Vote Mondial.

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Vers l’urne électorale dans l’arbre

– Je veux être traitée comme les autres. Pour moi, le fauteuil roulant n’est qu’un moyen de transport et c’est normal que j’aie dû faire la queue quand nous avons voté, exactement comme les autres.

– Quand je serai grande, je veux être avocat et me battre pour que les enfants aient tous les mêmes droits. Je veux m’occuper des enfants orphelins dans ma propre maison, dit Mary.

l’école était tout simplement impensable. – Je ne mangeais jamais à la table avec les autres membres de la famille. On me donnait de mauvais restes que je mangeais par terre. Je ne pouvais pas me laver, ni m’habiller comme les autres. Je portais une blouse usée, mais rien en bas. Je n’avais pas de fauteuil roulant et la plupart du temps, j’étais couchée sur le sol. Comme je bougeais difficilement et qu’on ne m’aidait

pas, je n’arrivais pas toujours à temps aux toilettes. Quand j’avais besoin de réconfort et j’appelais ma tante, maman, elle me criait que jamais, au grand jamais, elle ne serait ma mère. Vote Mondial

– Un voisin m’a vue et il s’est mis en colère contre ma tante. Il m’a dit que je devais être traitée comme touts les autres enfants ! Il m’a fait admettre dans cette école. Ici on m’aide

à me laver et on me nourrit bien. Enfin, j’ai commencé à croire que la vie s’améliorerait. Et elle s’est améliorée ! Ça va bien à l’école, mais le plus important est que je me suis fait des amies, une famille. Enfin, je sens qu’il y a une place pour moi quelque part, ce qui est normal. On n’est pas faits pour être seuls. C’est le même sentiment de sécurité que j’ai ressenti aujourd’hui quand j’ai lu mon poème. Quand tous écoutaient vraiment et ensuite ont applaudi, c’était comme si nous ne faisions qu’un. Et comme si je comptais. La Journée du Vote Mondial est très importante pour moi. Parce que c’était quand nous avons lu Le Globe et nous nous sommes préparés pour le vote que, pour la première

fois, j’ai appris que nous les handicapés, nous avions des droits. Mon vote aujourd’hui c’est un combat pour le droit de tous les enfants à être respectés. Pour mon droit à être respectée telle que je suis !  Mary lit son poème sur www. worldschildrensprize.org

Derrière l’isoloir quelqu’un a écrit : Les enfants handicapés peuvent. Enfants pour le changement.

N’est plus seule

– À l’école j’ai les meilleures amies du monde. Elles sont mes sœurs, ma famille. Mary dans le dortoir de l’école avec Sarah Opiyo, Mercy Atieno et Caroline Atieno, toutes ont 12 ans.

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Le Vote Mondial nous unit ! – Tous les enfants ont droit au bien-être. Si tu es handicapé, tu as droit à des soins spéciaux. C’est ce qui est spécifié à l’article 23 de la Convention sur les Droits de l’Enfant de l’ONU, dit Moreen Anyango, 13 ans. Son discours est traduit en langage par signes et des enfants de douze écoles écoutent.

Mandela joue de l’accordéon

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: KIM NAYLOR

Alors que la queue vers les urnes électorales serpente entre les bâtiments scolaires, les élèves aveugles du groupe Kibo, jouent. George Mandela joue de l’accordéon. « J’adore jouer de l’accordéon avec le groupe et aujourd’hui c’est mieux que jamais. C’est solennel de jouer pour le Vote Mondial, qui est un jour où nous célébrons les droits de l’enfant. C’est fantastique que des enfants handicapés et des enfants qui ne le sont pas se retrouvent comme des amis. Je n’ai jamais vécu ça ! Nous qui sommes handicapés, nous sommes discriminés et isolés. Souvent, nos parents ont honte de nous et ne nous

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laissent pas jouer avec les autres enfants. Parfois on se demande si on est vraiment un être humain. Mais aujourd’hui nous apprenons quels sont nos droits avec les enfants qui ne sont pas handicapés. Ils voient que nous sommes comme les autres » George Mandela, 15 ans, École Kibo pour enfants aveugles

« L’article 23 dit que les enfants handicapés sont des enfants comme nous tous. Qu’ils sont importants et doivent être pris en charge d’une façon spéciale. Ce qui n’est pas toujours le cas ici au Kenya. Mais aujourd’hui est un jour fantastique pour TOUS les enfants qui sont ici. Nous apprenons que tous les enfants ont les mêmes droits et les mêmes besoins d’apprendre des choses, de jouer, d’être écoutés et surtout d’être aimés. C’est un jour où nous devenons amis. Nous ne faisons qu’un ! C’est la première pour le Vote Mondial est c’est formidable. J’espère que désormais nous nous verrons beaucoup plus et que nous nous battrons pour les droits de chacun » Moreen Anyango, 13 ans, École Joel Omino

Le nom de l’idole de papa – Nelson Mandela est l’idole de papa. Je suis né en 1994, la même année où Mandela est devenu président en Afrique du Sud, alors on m’a appelé Mandela! C’est un beau nom, dit George.

Décompte des voix dans douze écoles du Vote Mondial.

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– Le Vote Mondial c’est aussi une fête. C’est la fête des enfants et c’est encore plus sympa d’être élégants ! dit Haleen.

En 2010, Nelson Mandela et Graça Machel ont été élus par 7,1 millions d’enfants au cours du Vote Mondial et ont été déclarés Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie. Pour en savoir plus : www.worlds childrensprize.org

Zwena Achieng, 12 ans, École Covenant Joyce Awuor, 11 ans, Haleen Akinyi, 11 ans, Academy École Aga Khan École Joel Omino

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Regarde la manifestation des enfants sur www.worlds childrensprize.org

We want! Our rights!!! – Nous réclamons ! – Nos droits !!! – Travail des enfants ! – Stop, stop !!! – Viols ! – Stop, stop !!!

Garçons hauts en couleurs

Les appels scandés sont entendus au loin à la fin de la journée quand les enfants terminent le Vote Mondial par une manifestation en faveur des droits de l’enfant. Les filles, ouvrent la marche d’une voix puissante et la poussière rouge se soulève des chemins de terre quand une centaine d’enfants déferle à travers le quartier. A pieds ou en fauteuil roulant.

Les amis Castro, David et Jan se préparent pour le Vote Mondial en dessinant les lettres du WCPRC en vives couleurs sur leur visage. – Nous avons écrit WCPRC sur nos visages parce que nous sommes fiers de participer Au World’s Children’s Prize for the Rights of the Child. C’est important et solennel de voter car nous montrons notre soutien à ceux qui se battent pour les droits de l’enfant. Et le vote est aussi un moyen pour nous de nous battre pour les droits de l’enfant, dit Castro. – Exactement ! Il s’agit du Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant. Ce qui veut dire que les enfants dans le monde entier s’unissent et se battent pour que tous les enfants vivent bien, dit David. – C’est si important que nous voulons écrire WCPRC sur le visage. Tous doivent voir pour quoi nous nous battons, dit Jan. Castro Jasper, 11 ans, David Kenneth, 13 ans et Jan Omondi, 12 ans, de l’École Joel Omino

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Enfants de 12 écoles ! Les enfants de l’École Kibo pour enfants aveugles, de l’École luthérienne spéciale pour enfants handicapés mentaux, des Écoles Central, Nanga, Joyland, Covenant, Kasagam, Burkna, Kudho, Joel Omino et Agha Khan étaient invités à la Journée du Vote Mondial par l’École spéciale Joyland pour enfants handicapés. 27

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Les enfants en prison votent Mercy et Collins sont enfermés dans un établissement pénitentiaire pour mineurs. Leur seul « crime » est de ne pas avoir de parents. Mais ils ont pu lire Le Globe et participer au Vote Mondial.

À

«

la mort de maman et de papa, grand-mère n’avait pas les moyens de s’occuper de moi. Elle m’a dit d’aller chez mon oncle à Nairobi, mais il n’était pas à la maison. Un voisin m’a dit qu’il avait déménagé. J’ai cherché dans la ville, mais à dix heures du soir je ne l’avais toujours pas trouvé, alors je suis allée à la police. Ils ne savaient pas non plus où il était. Alors, ils m’ont enfermée dans un établissement pénitentiaire pour mineurs, une prison. Un mois pus tard, ils m’ont

envoyée, avec quatre autres filles dans cet établissement-ci, puisque nous venons d’ici. J’y suis depuis un mois. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas retourner chez grand-mère, maintenant que je suis à la maison. Au lieu de cela, ils me tiennent enfermée ici. Je trouve bizarre que des enfants qui n’ont commis aucun crime, qui n’ont rien fait de mal, soient enfermés avec des criminels. Personne ne m’a expliqué pourquoi. Je sens que les adultes violent mes droits.

C’est pourquoi c’est très important pour moi de pouvoir voter aujourd’hui pour quelqu’un qui se bat pour mes droits et pour les droits des autres enfants. C’est comme si les candidats dont on parle dans Le Globe, se battaient pour moi personnellement puisqu’ils veulent que tous les enfants du monde vivent bien. Je ne sais pas ce qui va m’arriver. Mais ce matin au Vote Mondial, il y avait un avocat des droits de l’enfant

Mercy vote au Vote Mondial enfermée dans l’établissement pénitentiaire pour mineurs.

qui a dit qu’elle nous aiderait à retourner à la maison. J’espère que c’est vrai. Quand je serai grande je veux être comme elle. Un avocat qui se bat pour les droits des enfants » Mercy Anyango, 12 ans

Bien qu’enfermées, la Journée du Vote Mondial a été un jour rempli de considérations sur les droits de l’enfant et de jeux pour Mercy et ses amies de l’établissement pénitentiaire pour mineurs.

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Arrêté à un arrêt de bus J

« e vis ici, mais ce n’est absolument pas chez moi. Quand maman est morte, papa est parti et je suis resté chez ma tante. Mais elle ne me voulait pas. J’ai un oncle à Nairobi qui voulait s’occuper de moi, alors j’ai essayé d’y aller. Mais je ne suis jamais arrivé. La police

de mettre des enfants en prison. Les policiers et les autres devraient plutôt nous aider. On ne doit pas traiter les enfants de cette façon. Ce matin nous avons voté au Vote Mondial et c’était magnifique. Quand nous avons lu Le Globe, j’ai

appris qu’il y a des adultes qui se battent pour le bienêtre des enfants. Cela m’a rendu heureux. J’aimerais qu’une de ces personnes aide les enfants comme moi. Les enfants qui sont enfermés » Collins Oduor, 12 ans

Collins, au centre, attend son tour pour voter au Vote Mondial pour les droits de l’enfant à l’établissement pénitentiaire pour mineurs.

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN phOTO: KIM NAYLOR

– On a pu danser, jouer et nous peinturlurer le visage à l’occasion du Vote Mondial. Un jour très amusant, dit Collins.

m’a arrêté à l’arrêt de bus. Ils m’ont questionné et quand ils ont entendu que j’étais seul, ils m’ont empêché de partir. Au lieu de cela, ils m’ont arrêté et conduit dans une prison pour adultes où ils m’ont enfermé. J’y suis resté trois semaines. C’était très désagréable parce que je ne savais pas pourquoi j’étais là. J’ai essayé d’expliquer que mon oncle à Nairobi voulait s’occuper de moi, mais les policiers se sont fâchés et m’ont maltraité et m’ont dit qu’ils savaient ce qu’ils faisaient. Je suis dans cet établissement pénitentiaire pour mineurs depuis deux mois. Ils m’ont dit que je pourrai aller chez mon oncle, mais je ne sais pas quand. Ce n’est pas bien

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Jetu vérifie Le Globe et le travail du professeur Le Premier Ministre du Parlement des Enfants est en visite à l’école du soir pour voir si le professeur fait bien son travail. Ce soir, les élèves lisent Le Globe et se préparent pour le Vote Mondial.

Le Premier Ministre des enfants s

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: PAUL BLOMGREN

C’est le soir de la veille du Vote Mondial dans le désert du Rajasthan en Inde. Dans le village Paladi, les enfants de l’école du soir, s’informent une dernière fois sur les candidats dans Le Globe, le journal consacré au prix. Le professeur a l’air nerveux. Il vient de s’apercevoir que le Premier Ministre du Parlement des Enfants, Jetu Devi, 14 ans, a l’intention de participer à la leçon. Et il sait ce que cela signifie…

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I

l doit montrer qu’il prend son travail de professeur très au sérieux. Trois professeurs de l’école du soir du village ont été renvoyés après l’inspection de Jetu ou d’un autre ministre du Children’s Parliament (Parlement des Enfants). L’école du soir fait partie de l’organisation Barefoot College (Le Collège aux pieds nus), où les élèves ont beaucoup de choses à dire. – On peut dire que c’est nous, les enfants qui, à travers le Collège aux pieds nus, sommes propriétaires des écoles du soir. Les écoles ne sont pas là pour nos professeurs ou nos parents. Elles sont là pour nous. Et puisque les écoles du

soir sont, pour la plupart d’entre nous, la seule possibilité de scolarisation, il est très important qu’elles soient de très haute qualité. Alors, si les professeurs ne nous prennent pas au sérieux, s’ils arrivent en retard ou pas du tout, ça ne va pas. Ils sont aussitôt renvoyés ! dit Jetu à mi-voix tout en suivant attentivement la leçon qui, ce soir, traite du Prix des Enfants du Monde. Jetu aime sa mission de Premier Ministre et faire l’inspection des écoles du soir, où l’on parle des droits de l’enfant et du Vote Mondial. Elle sait qu’avec les autres enfants, elle n’apprend pas seulement des choses importantes. Elle a prise sur sa pro-

Sur le chemin du Vote Mondial

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Les sœurs lisent Le Globe

Les sœurs de Jetu, Matura, 13 et Samutra, 11, lisent Le Globe dans l’école du soir du village.

s se bat pour les filles pre vie et sur celle de ses amis. Mais, son quotidien, comme celui de la plupart des autres élèves de l’école du soir, aussi des filles, est plein de travail. Les filles travaillent

– Je me réveille tôt et ma première tâche est de balayer l’intérieur et l’extérieur de la maison. Ensuite je vais chercher l’eau au puits. Sur le chemin du retour, je donne de l’herbe aux buffles et aux chèvres. Puis, je prépare le petitdéjeuner avec maman. Après le déjeuner, je vais dans les champs avec mes deux sœurs, maman et papa et nous y restons toute la journée. Nous travaillons au moins neuf heures par jour. Mes deux frè-

res ne viennent jamais avec nous. Ils vont à l’école. Quand je rentre, je trais les animaux. Ensuite avec mes deux sœurs et maman, je prépare le dîner pour toute la famille. Ainsi est ma vie. Tous les jours, raconte Jetu. Au Collège aux pieds nus on s’est rendu compte que les familles pauvres au Rajasthan avaient souvent besoin des enfants pour les travaux des champs. C’est pourquoi on a créé les écoles du soir dans les villages. Ainsi les enfants qui étaient obligés de travailler la journée avaient la possibilité d’aller à l’école le soir. Aujourd’hui il y a 159 écoles fréquentées par 4.000 enfants, dont 3.000 filles.

Le Collège aux pieds nus a institué le Parlement des Enfants pour que les enfants puissent participer directement au travail de l’école. Ce sont les élèves de chaque école du soir qui, tous les trois ans, par des élections démocratiques, élisent les Ministres du Parlement des Enfants. La tâche principale des ministres est de vérifier que tout aille bien dans les écoles, que les professeurs se conduisent bien et que les enfants soient bien traités. Les garçons vont à l’école

– J’étais si heureuse d’avoir été choisie comme Premier Ministre, car je voulais me battre pour nos droits !

Jetu Devi, 14 HABITE : Dans le village Paladi au Rajasthan, Inde. AIME : Aller à l’école et apprendre des choses. DÉTESTE : Quand les gens pensent que les filles valent moins que les garçons. LE MEILLEUR : Quand j’ai été élue Premier Ministre au Parlement des Enfants. LE PIRE : Que je ne puisse pas continuer dans une école ordinaire, maintenant que j’ai terminé la cinquième, la dernière classe de l’école du soir. VEUT DEVENIR : Professeur dans une de nos écoles du soir. RÊVE : Que les politiciens pensent au bien des enfants dans toutes leurs décisions.

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Différences entre fille et garçon

Jetu travaille d’abord neuf heures par jour aux champs avec ses sœurs Matura et Samutra …

En tant que Premier Ministre, j’inspecte au moins une école par semaine. Et une fois par mois, je dirige la séance du Parlement qui se tient dans les villages où nous avons des écoles du soir. Nous y invitons aussi les adultes. Les parents, le chef de village et les politiciens. Nous disons à tous de laisser leurs enfants aller à l’école plutôt que de les faire travailler. Nous expliquons que c’est interdit de battre les enfants et qu’il faut prendre soin des enfants. Dans les écoles du soir et par le Parlement des Enfants, nous apprenons quels sont nos droits et la démocratie, explique Jetu. La lecture du Globe fait partie, chaque année, de l’enseignement des écoles du soir sur le droit des enfants. – J’adore lire les récits de

Simple aide ou travail d’enfant

…ensuite elle fait le ménage, va chercher l’eau et prépare le repas...

– D’après moi, il y a une grande différence entre aider sa famille dans les champs et être envoyé dans une fabrique pour que les parents gagnent de l’argent. Dans ce cas, il s’agit de travail des enfants et ce n’est pas juste. C’est quelque chose que nous combattons au Parlement des Enfants, dit Jetu.

personnes qui se battent pour que les filles soient libres dans le monde entier. Cela m’inspire et je veux devenir une de ces personnes quand je serai grande. Et ici, il y a vraiment un grand besoin de gens qui se battent pour les fi lles, car on fait une telle différence

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entre filles et garçons. Les fi lles n’ont pas les même chances. – Ici, ce sont les garçons qui peuvent aller à l’école, puisque les parents espèrent que leurs fils auront un bon travail et pourront entretenir la famille. Ils ne pensent pas du tout à leurs filles car ils vont nous donner en mariage à une autre famille. Les parents pensent que ça ne vaut pas la peine de dépenser de l’argent pour notre éducation. Ce n’est pas juste ! C’est injuste que mes frères aillent à l’école le matin, qu’ils apprennent des choses importantes pendant que moi je vais travailler dans les champs. Dans mes rêves, ce qui est normal c’est que filles et garçons aillent à l’école. Et à la maison, hommes et femmes s’entraident pour les travaux ménagers, ce qui rendrait la vie des filles

plus facile. Je sais qu’on n’en est pas encore là, mais je crois que petit à petit nous arriverons à une plus grande parité entre filles et garçons. Nous, qui avons été à l’école du soir et avons lu Le Globe, nous savons que c’est cela qui est normal, dit Jetu. Le Vote Mondial

La leçon tire à sa fin et aussi bien Jetu que le professeur sont contents puisque l’inspection s’est bien passée. – Dans ce cas j’ai plus de pouvoir qu’un adulte. Ce que je dis est très important. En dehors du Parlement des Enfants et des écoles du soir, ce n’est pas du tout ainsi. L’opinion d’un enfant ne signifie rien. Ce n’est pas juste et c’est stupide, car nous avons beaucoup à donner. C’est pourquoi c’est si important de voter au Vote Mondial

Jetu aide son père à s’occuper du buffle de la famille.

demain. Cela nous permet de montrer que nous soutenons et célébrons ceux qui ont la force de se battre pour que nous, les enfants ayons une meilleure vie et puissions faire entendre notre voix où que nous soyons dans le monde ! 

Sur le chemin du Vote Mondial …

…pendant que ses frères Sarvesswar et Balram jouent avec leurs camarades après une journée d’école.

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Un chameau arrive chargé... …d’enfants en route pour le Vote Mondial dans le désert...

Pensez par vous-mêmes ! C’est bientôt l’heure du Vote Mondial et les Ministres du Parlement des Enfants ont réparti les élèves de l’école du soir en petits groupes. Jetu est assise sous un arbre et s’entretient avec son groupe.

– Namaskar! Salut ! – Salut !!! – Savez-vous qui je suis ? – Oui, bien sûr. Tu es Jetu, le Premier Ministre ! Pour beaucoup d’enfants, surtout pour les filles les plus jeunes, Jetu est un exemple. Quelqu’un qu’elles admirent

Le Parlement des Enfants c’est la liberté

Arrivés au Vote Mondial

– Les séances du Parlement des Enfants et les leçons de l’école du soir sont souvent les seules occasions où nous, les filles pouvons nous libérer des travaux ménagers et des champs. Nous pouvons alors rencontrer nos amis et, avec un peu de chance, jouer et danser ! dit Jetu.

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Les ministres des enfants rassemblent les élèves de l’école du soir à l’ombre d’un des rares arbres du désert. Bientôt ils auront leur Vote Mondial.

et qu’il est excitant de rencontrer. Quand elle montre le magazine Le Globe et explique comment va se dérouler la journée, elles écoutent avec attention. – Ce magazine parle de personnes qui se battent pour les droits de l’enfant. Quelqu’un sait ce que cela veut dire les droits de l’enfant ? demande Jetu. Jhimku, une fille de 10 ans,

lève timidement la main et répond: – Je pense que c’est le droit de jouer et de chanter ! Jetu rit et fait oui de la tête: – Je le pense aussi! Mais je crois aussi que c’est le droit d’avoir à manger et de l’eau. Avoir un chez soi, une famille qui s’occupe de vous et le droit d’aller à l’école. Et quelque chose de très important c’est que nous, les enfants

puissions dire ce que nous pensons. Les adultes doivent nous écouter quand il s’agit de choses importantes. Comme aujourd’hui, quand nous votons au Vote Mondial. Et quand vous votez, il est important que vous pensiez par vous-mêmes. Ne vous occupez pas de comment votent vos camarades, ou de ce que disent vos professeurs. Pensez par vous-mêmes ! 

Le Collège aux pieds nus et le Parlement des Enfants En 2001, le Collège aux pieds nus et le Parlement des Enfants ont reçu le Prix d’Honneur des Enfants du Monde pour avoir, pendant 30 ans, permis à des enfants pauvres, spécialement des filles, d’aller à l’école et d’apprendre leurs droits. Lis plus sur www.worldschildrensprize.org

Le Premier Ministre Jetu vote au Vote Mondial.

Dirige la séance du Parlement

Le Premier Ministre Jetu dirige la séance. À sa gauche il y a d’abord le Ministre de l’Intérieur Sajana et ensuite le Ministre de l’Énergie Pinki.

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C’est bien de voter ! – C’était bien de voter aujourd’hui. En prenant part au Vote Mondial on a l’impression qu’on contribue à aider les enfants qui ont des problèmes partout dans le monde, dit Mathara.

Le Ministre de l’Eau vote dans le désert Il fait 40 degrés à l’ombre quand les enfants des écoles du soir votent au Vote Mondial dans le désert. L’un des votants est Mathara Devi, 14 ans, Ministre de l’Eau au Parlement des Enfants, – Il y a deux mois, il a plu très peu. Depuis, il n’est pas tombé une seule goutte, dit-elle.

I

«

ci au Rajasthan, un des plus grands problèmes pour nous, les enfants, est le manque de pluie. Toute notre vie en est affectée. Sans pluie on tombe facilement malade car il est plus difficile de trouver de l’eau potable et rester propres. En plus, s’il ne pleut pas, nos familles n’ont pas de récoltes et la nourriture manque pour nous et pour le bétail. Les gens sont obligés de vendre leurs bêtes et

beaucoup s’en vont très loin de nos villages pauvres pour travailler dans les champs arrosés artificiellement des gros fermiers. L’année passée, toute ma famille y a été obligée et c’était horrible. Je n’avais pas d’amis et comme j’étais si loin de chez moi, je ne pouvais pas aller à l’école. Mais comme je vais dans un des Collèges du soir, il n’y a pas eu de problèmes pour reprendre quand je suis reve-

Mathara compte les voix du Vote Mondial au Parlement des Enfants.

Bague en tissu contre le gaspillage La magnifique bague en tissu s’appelle Indoni. Les filles et les femmes la portent sur la tête pour que ce soit plus pratique et plus stable de porter l’eau. – Je l’ai faite moi-même avec de vieux vêtements et de beaux tissus. Si j’ai assez de tissu, je peux en faire cinq en une journée. C’est facile ! dit Indra, 18 ans, la grande sœur de Mathara.

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L’eau est nécessaire

Tous les après-midi Mathara va six fois au puits pour chercher de l’eau. Le matin c’est sa sœur Indra qui le fait. On utilise l’eau pour la cuisine et le thé... …la vaisselle… …se brosser les dents…

nue. On n’aurait jamais accepté que j’aille dans une école ordinaire. Mais le pire c’est que mon père a été maltraité par le gros fermier et certains de ses hommes. Ils me font peur et je ne veux plus y retourner. Au Collège aux pieds nus nous savons à quel point la saison sèche peut être dure et nous essayons tous de trouver des solutions. Par exemple, grâce à des tuyaux de drainage on dirige le peu de pluie qui tombe sur le toit plat des écoles du soir dans les réservoirs d’eau. On peut ensuite boire l’eau plutôt que de la laisser s’évaporer dans la chaleur. Dans les villages où nous avons les écoles du soir, de plus en plus, les gens économisent, autant que possible, l’eau de pluie. En tant que Ministre de l’Eau au Parlement des Enfants, je passe dans les écoles chaque semaine et je contrôle que tous les enfants ont assez d’eau potable. S’il devait y avoir un manque d’eau dans les puits et dans les réservoirs d’eau de pluie, je le communique au Parlement des Enfants. Ensuite, avec le Collège aux pieds nus, nous achetons de l’eau potable pour que chaque élève des villages ait l’eau dont il a besoin. Mais c’est cher et nous, qui allons à l’école du soir, nous faisons bien attention de ne pas en utiliser trop. » 

…se baigner et se laver…

…laver les vêtements… …boire…

... et pour que les oiseaux qui vivent dans l’arbre, près de la maison, puissent aussi boire ! – Ce sont des oiseaux sauvages mais c’est comme des membres de la famille ! Ceux que j’aime le plus ce sont les perroquets avec leurs couleurs fantastiques.

Le père de Mathara est devenu esclave pour dettes – Quand moi et ma famille travaillions chez le gros fermier, j’ai été obligé de lui emprunter un peu d’argent pour la nourriture afin de survivre. A la fin, après que nous avons travaillé très dur dans les champs pendant quatre mois, il a dit que ma dette était si grande que je ne recevrai ni partie de la moisson, ni un salaire pour mon travail. Il a dit que je serai battu et qu’il prendrait mes filles si je ne m’en allais pas sans faire d’histoires. J’étais désespéré parce que je n’avais pas de nourriture pour ma femme et mes enfants, alors je suis resté et j’ai exigé d’être payé. Mais j’ai été attaqué par dix hommes à coups de pieds et de bâtons. La vie est dure pour nous

à présent. J’ai de la terre et des buffles, mais il ne pleut pas. Avant nous avions deux moissons par année, maintenant pas une seule qui soit bonne. Il s’est passé quelque chose de grave dans la nature et le climat. Au Collège aux pieds nus

on dit qu’il s’agit du réchauffement planétaire, dit Sharwan, le père de Mathara. Ici, ils arrosent un des buffles de la famille près d’un puits qui ne s’est pas encore asséché.

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Le Ministre de l’Énergie sous un s Dans le désert, l’extrême chaleur du soleil tombe d’un ciel sans nuages pendant toute la journée du Vote Mondial – C’est toujours aussi ensoleillé et chaud ! raconte Pinki Verma, 14 ans qui est Ministre de l’Énergie au Parlement des Enfants.

B

«

ien-sûr, c’est un problème qu’il ne pleuve jamais et qu’il fasse toujours aussi chaud, mais nous avons appris à utiliser le

soleil d’une bonne façon. Les Collèges aux pieds nus ont remarqué que le Rajasthan est l’endroit idéal pour l’énergie solaire ! Éclairage, ordina-

teurs… tout quoi, marche à l’énergie solaire dans les Collèges aux pieds nus. Avant, dans les écoles du soir, nous utilisions les lampes à pétroles et les bougies, mais maintenant chaque école a une lampe qui se charge avec l’énergie solaire pendant la journée. C’est super ! Nous n’avons plus besoin d’acheter huile, pétrole, allumettes, bougies, batteries ou électri-

cité qui, à la longue, coûtent très cher. De plus, l’énergie solaire est beaucoup plus propre que les lampes à pétrole, qui sont pleines de suie, et est plus sûre que les bougies ou l’électricité. Les bougies ne supportent pas le vent ce qui n’est pas bien, puisque les leçons, dans les écoles du soir, ont souvent lieu à l’extérieur. Aucune de nos écoles n’a l’électricité, mais même si

Les filles deviennent techniciennes en énergie solaire Beaucoup de techniciens qui installent des panneaux solaires et réparent les lampes à énergie solaire, sont de jeunes femmes qui ont fréquenté les écoles du soir.

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Les panneaux solaires que le Collège aux pieds a construits et qui captent les rayons du soleil et permettent de charger les nouvelles lampes des écoles du soir.

– J’aimerais aussi travailler dans le domaine de l’énergie solaire à l’avenir, dit Pinki. Le Collège aux pieds nus ne forme pas uniquement les filles des villages du Rajasthan ou du reste de l’Inde. Beaucoup viennent même de petits villages de régions africaines. – En tant que Ministre de

l’Énergie, je dis, dans les villages où nous avons des écoles du soir, que l’énergie solaire est une bonne chose. J’explique que c’est écologique et que tout le monde au village pourrait en profiter, raconte Pinki.

Lampe à énergie solaire

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Lampe à énergie solaire dans l’une des 159 écoles du soir gérées par le Collège aux pieds nus au Rajasthan.

L’énergie solaire et Gandhi

n soleil brûlant elles l’avaient, on ne pourrait pas s’y fier car il y a tout le temps des pannes de courant. De plus l’énergie solaire est plus écologique que les autres solutions, sans compter que la lumière de la lampe solaire est bien meilleure ! Et ceci est spécialement bien si l’on pense que les enfants des écoles du soir doivent apprendre des choses importantes après la tombée de la nuit. Alors les lampes doivent être bonnes ! Ma tâche en tant que Ministre de l’Énergie est de passer, chaque mois, dans les différentes écoles et contrôler que les lampes solaires marchent. Si une lampe est cas-

sée, on la remplace et j’emporte celle qui ne marche pas au technicien du Collège aux pieds nus qui la répare. Les techniciens sont souvent des filles qui ont suivi les écoles du soir et qui ont pu continuer à étudier et sont devenues techniciennes en énergie solaire. C’est aussi ce que j’aimerais faire plus tard ! » 

La lampe à l’énergie solaire est écologique et bon marché à la longue de même que... …plus efficace que la bougie…

…plus sûre et plus propre que la lampe à pétrole...

…et la lampe à huile… … …et plus fiable que l’électricité qui marche quand ça marche…

Grâce à la subvention du gouvernement, une lampe à énergie solaire coûte 2.800 roupies indiennes. C’est ce qu’une famille paye pour l’essence d’une lampe à pétrole pour une année. Ainsi en une année seulement on a payé la lampe à énergie solaire. Après, on est autosuffisant en ce qui concerne l’éclairage. Sur le billet de banque on peut voir le héros de l’indépendance de l’Inde le Mahatma Gandhi. Tout comme Gandhi, le Collège aux pieds nus estime que tout le monde doit, autant que possible, être autosuffisant – prendre soin de soi-même – pour ne pas risquer d’être exploité en étant dépendant des autres. Aussi bien Gandhi que le Collège aux pieds nus pensent que cela est encore plus important pour les pauvres. Plus sur Gandhi sur www. worldschildrensprize.org

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Si tous les enfants participent, nous aurons un monde de paix et d’harmonie « Je suis Ministre des Droits de l’Enfant et le plus jeune ministre dans tout le Parlement ! J’en suis heureuse, car maintenant j’ai le pouvoir de travailler pour le bien des enfants. Ma tâche est de contrôler que tous les enfants soient bien traités dans nos écoles du soir. Je dois surtout faire attention qu’aucun professeur ne batte un enfant. Si je découvre des pratiques de châtiments corporels à l’école, je le dénonce au Parlement des Enfants et le professeur coupable est congédié directement. En Inde, il est courant que les enfants soient battus à la maison comme à l’école. Ça m’attriste et ça me met en colère. Comment peut-on battre un enfant qui ne comprend pas ? Pour qu’un enfant puisse apprendre, le professeur doit expliquer calmement et patiemment au rythme de l’élève ! Je suis à présent en quatrième à l’école du soir et nous lisons souvent le magazine Le Globe. La lecture m’inspire et je veux aussi devenir quelqu’un qui se bat pour les droits de l’enfant quand je serai grande. C’était formidable de voter aujourd’hui et de montrer mon soutien à ceux qui se dévouent pour le bien des enfants. Si nous continuons ainsi et si tous les enfants du monde participent au Vote Mondial, nous aurons un monde où les gens vivront en paix et en harmonie – un endroit béni ! » Mira Devi, 12 ans, Ministre des Droits de l’Enfant, Parlement des Enfants

Des ministres q

Le Vote Mondial montre q « Je suis Ministre de l’Éducation au Parlement des Enfants. La plus importante de mes tâches est me renseigner sur les enfants qui ne vont pas à l’école dans les villages où nous avons une école du soir. Je fais une liste que je prends à la réunion du Parlement et ensuite nous rencontrons les parents et les chefs de village et essayons de résoudre le problème. Car tous les enfants

doivent aller à l’école ! Ici au Rajasthan il y a énormément de filles et de garçons qui ne vont pas à l’école parce qu’on les oblige à travailler. Surtout parmi nous, les pauvres et les sans-castes, ou dalites. Et même si nous réussissons à aller à l’école traditionnelle nous sommes souvent discriminés. Les autres enfants ne veulent pas s’asseoir à côté de nous. Il est même arrivé

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« Le jour, je nettoie la maison, je vais chercher l’eau et le bois et je prépare le repas. A l’époque de la moisson, comme maintenant, je travaille aussi dans les champs avec ma famille. Quand le travail quotidien est terminé, je vais à l’école du soir. Une fois par mois, nous avons une séance au Parlement des Enfants et comme je suis Ministre de l’Intérieur, c’est moi qui suis responsable de m’assurer que tous ceux qui viennent ici aient un endroit pour dormir et qu’il y ait de la nourriture pour tout le monde. En tant que Ministre de l’Intérieur, je peux aussi diriger les rencontres si le Premier Ministre ne peut pas venir. On peut dire qu’il relève de ma responsabilité que tout marche bien pendant les réunions du Parlement des Enfants. Et le Parlement est important car cela nous apporte des informations, des connaissances et la confiance en nous. Même chose avec le Prix des Enfants du Monde et le Vote Mondial. Nous apprenons quels sont les droits de l’enfant et qui sont les personnes qui se battent pour nos droits partout dans le monde. Participer au Vote Mondial est important pour nous en Inde car nous avons tant de problèmes, comme par exemple le travail des enfants qui fait que les enfants ne peuvent pas aller à l’école. Dans le magazine Le Globe, nous apprenons que ce n’est pas bien. Nous qui lisons Le Globe et participons au Vote Mondial, nous changeons. Et maintenant que nous savons comment il faut traiter les enfants, nous devons faire en sorte que toutes les erreurs et les violations dont les enfants sont victimes aujourd’hui n’existent plus à l’avenir. » Sajana Devi, 16 ans, Ministre de l’Intérieur, Parlement des Enfants

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Le Globe change l’avenir

s qui votent

re que les enfants sont importants une fois qu’un professeur de notre école du soir, ait refusé de faire la classe à deux filles sans caste. En tant que Ministre de l’Éducation, j’ai dû m’en occuper. J’ai dit au professeur et à tous les parents que nous allions fermer l’école si ces deux filles ne recevaient pas le même enseignement que tous les autres enfants du village. Après cela, les deux filles ont été acceptées et depuis,

l’école appartient à tous les enfants du village ! Et ce n’est que justice ! Tous les enfants sont importants et ont droit à vivre bien, même nous qui sommes pauvres. C’est justement de cela que traitent le Prix des Enfants du Monde et le Vote Mondial. Quand nous votons, nous soutenons ceux qui se battent pour que TOUS les enfants soient bien traités. Nous révélons ce que font

les candidats et montrons que les enfants sont importants. Nous montrons aussi que nous savons à quel point les enfants sont maltraités partout dans le monde et que c’est quelque chose que nous ne pouvons ni accepter ni oublier ! » Ashok, 15 ans, Ministre de l’Éducation, Parlement des Enfants

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Les jeunes en Inde votent Le jury brille comme la lune « En lisant Le Globe j’ai appris qu’il y a beaucoup d’enfants qui sont maltraités, mais que les nominés au Prix des Enfants du Monde se battent pour mettre fin à toutes les violations des droits de l’enfant. Ils ont montré aux enfants un nouveau chemin dans la vie. Le Prix des Enfants du Monde informe beaucoup d’enfants dans le monde sur leurs droits pour qu’ils puissent les défendre. Le jury du Prix des Enfants du Monde c’est comme la lune qui brille sur toute la terre et diffuse la lumière de la connaissance » Apoorva Bansal, 13 ans, école Gandhinagar, Moradabad

Montre aux enfants les visions du futur « L’expérience du Vote Mondial était fantastique. Nous sommes fiers d’y participer. Nous ne contribuons pas seulement à créer un futur meilleur pour les enfants vulnérables, nous contribuons aussi au développement de notre pays. Le Prix des Enfants du Monde protège les enfants des cruautés du monde, leur montre les visions d’un beau futur pour la planète et fait tout pour que ces visions se réalisent » Sakshi Singh, 14 ans, école Gandhinagar, Moradabad

Ne créez jamais d’inégalités entre les enfants « J’aime la façon dont le Prix des Enfants du Monde aide les enfants vulnérables à se construire une vie nouvelle et heureuse. J’étais triste de lire dans le magazine que beaucoup d’enfants souffrent. C’est pourquoi j’ai décidé d’essayer d’apporter tout mon soutien à la voix de tous ces enfants en difficulté. Nous devons tous nous engager ensemble pour tous les besoins et les droits de l’enfant et nous ne devons jamais créer d’inégalités entre les enfants. Le Prix des Enfants du Monde nous apporte des connaissances pour pouvoir respecter tous les droits de tous les enfants » Salomi Rosy Ekka, 13 ans, école Guru Nanak, Rourkela, Orissa

Les adultes doivent respecter les pensées des enfants « Le Prix des Enfants du Monde apporte vraiment une contribution fantastique en nous faisant penser au bien des enfants. Ils comprennent vraiment que chaque enfant a droit à ses opinions et au respect. Je suis très contente que notre école soit l’une des écoles Amies Universelles du monde et qu’elle croie aux droits de l’enfant. En nous informant des difficultés que rencontrent les enfants, le magazine nous a rendus plus responsables. Les adultes doivent apprendre les droits de l’enfant et à respecter les pensées des enfants » Jasmin Surja, 14 ans, école Guru Nanak, Rourkela, Orissa

A fait de moi un citoyen du monde « C’est par le Prix des Enfants du Monde que nous avons appris que les droits de l’enfant existent. Tous les enfants dans notre pays ont droit à l’éducation et doivent aller à l’école tous les jours. Tous les enfants doivent être traités de la même manière et ne pas être discriminés à cause d’un système de caste. La lecture du Globe m’a donné beaucoup d’idées concernant les droits de l’enfant et je les ai présentés à tout le monde. C’était une occasion en or pour moi de devenir citoyen du monde. Le Vote Mondial est un bon moyen d’atteindre le cerveau des élèves. J’espère que le Vote Mondial permettra aux enfants d’obtenir tous leurs droits et à l’Inde de devenir le pays de la connaissance » Marvin John, 13 ans, école Aditya Birla, Rawan, Raipur

Une expérience pour la vie « Le travail des enfants est un délit qui vole aux enfants leur enfance. Le Prix des Enfants du Monde a été une expérience merveilleuse. Je me suis senti vraiment privilégié de pouvoir participer à une telle organisation qui fait tellement pour que tous les enfants du monde aient les mêmes droits. C’était une expérience pour la vie qui me rend fier d’y avoir participé. Le Prix des Enfants du Monde m’a inspiré à vouloir me battre contre ce qui n’est pas bien dans la société, comme le travail des enfants » Sidhant Sharma, école Darbari Lal, Pitampura, Delhi

A appris à connaître les droits de l’enfant « C’est par le Prix des Enfants du Monde que j’ai appris à connaître les droits de l’enfant. À présent, je ressens de la reconnaissance envers la vie et tout ce qu’elle m’a donné. Les candidats m’ont appris la valeur du courage et de la détermination. La lecture du magazine a changé ma façon de penser aux enfants opprimés dans le monde. La préparation de la Journée du Vote Mondial a été une expérience utile et un jour spécial pour moi » Ritika Das Vaishanav, 12 ans, école Aditya Birla, Rawan, Raipur

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Les filles sont les plus touchées « Personnellement, je n’ai pas l’impression de ne pas avoir de droits, mais en Inde, ce sont les filles qui sont le plus touchées. Elles sont souvent négligées et discriminées parce que les gens préfèrent mettre au monde des garçons. Par le Prix des Enfants du Monde, nous avons la possibilité d’apprendre nos droits et d’exiger leur respect. C’est une plateforme que nous pouvons utiliser d’une façon agréable pour aider d’autres enfants à apprendre et à comprendre les droits de l’enfant » Aanchal, 14 ans, école Darbari Lal, Pitampura, Delhi

Démontre que la compassion existe « Le trafic des enfants et le travail des enfants en Inde donnent lieu à des récits sans fin sur la mort et la souffrance de jeunes gens... C’est vraiment une ‘prilaya’ (catastrophe) sur cette terre, surtout pour les filles. Après avoir fait l’expérience du Prix des Enfants du Monde et avoir connu ceux qui se battent contre la honte du monde, je suis fière de voter et de leur rendre hommage. Ils nous permettent de penser que le monde n’est pas si mauvais… et que la compassion existe encore » Sanna Chawia, 16 ans, école BCM Arya Model, Ludhiana

Avec 785 classes et 39.483 élèves la City Montessori School à Lucknow, Inde, est la plus grande école du monde. Chaque année près de la moitié des élèves participe au Vote Mondial.

La plus grande école du monde vote Le gouvernement devrait faire comme les candidats au prix « La Journée du Prix des Enfants du Monde c’est important, parce que les enfants c’est important. Grâce à cela, nous apprenons à connaître des personnes qui se battent pour les enfants. Il y a beaucoup d’enfants pauvres en Inde qui ne vont pas à l’école. Je pense que le gouvernement doit agir comme les candidats du Prix des Enfants du Monde et assurer aux enfants une éducation. C’est un jour important parce que les moins de 18 ans peuvent voter. En même temps, on apprend des choses importantes pour les enfants et pour nos droits » Sanskar Maheshwari, 14 ans, City Montessori School, Lucknow

Fière du Vote Mondial dans notre pays « Le Prix des Enfants du Monde montre qu’il y a encore des gens sur cette terre qui pensent au bien des enfants. Ils nous disent que même si nous sommes adolescents, nous avons du pouvoir. Ils nous donnent l’espoir que chaque enfant vivra mieux et ne sera plus jamais exploité. Je suis vraiment Fière que nous ayons le Vote Mondial dans note pays et que nous puissions voter pour ceux qui accomplissent des actions importantes pour les enfants du monde » Shivangi Sharma, 16 ans, City Montessori School, Lucknow

Nous pouvons faire la différence « La Journée du Vote Mondial dans mon école m’a fait sentir citoyenne du monde. En m’informant sur le Prix des Enfants du Monde, j’ai réalisé que la transformation du monde peut commencer par l’action d’une personne et que je peux être cette personne. Le Prix des Enfants du Monde est mon nouveau modèle de vie. Je ressens le besoin de faire quelque chose et je suis heureuse d’être éclairée. Si des millions de gens étaient informés comme nous le sommes, je crois que tous ensemble nous pourrions faire la différence » Mahak Mehrotra, 15 ans, City Montessori School, Lucknow

Échanger nos opinions dans Le Globe

« C’était la première fois que je prenais part au Vote Mondial et c’était fantastique. Je crois vraiment que le Prix des Enfants du Monde peut nous aider à faire entendre notre voix. Nous apprenons comment vivent les enfants partout dans le monde et quels sont nos droits. Mais le plus important c’est que, grâce au Globe, les enfants, où qu’ils soient dans le monde, sont informés de ce que les autres pensent des choses importantes. En apprenant les uns des autres, nous nous développons beaucoup » Indresh Singh, 15 ans, City Montessori School, Lucknow

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Des enfants au Nigeria votent Emprisonner les adultes qui violent nos droits « J’aime les récits du beau travail du Prix des Enfants du Monde. Avec mes camarades d’école, je lis Le Globe tous les jours, comme part de nos études. Tous les élèves de notre école font partie du club WCPRC. Mon pays ne prend pas notre éducation au sérieux, les enfants pauvres ne peuvent pas payer les taxes scolaires. Surtout nous, les filles, nous vendons du manioc, des cacahuètes et de l’eau dans la rue pour gagner l’argent des taxes scolaires alors que nous devrions aller à l’école. Si je deviens présidente du Nigeria, j’arrêterai tous les adultes qui violent nos droits ou volent notre argent. Je les mettrai en prison parce qu’ils nous trompent. Je ferai aussi une loi pour une école gratuite et des soins gratuits à l’hôpital » Bright Abubakar, 12 ans, Peculiar Children Academy, Ibillo-Edu, Nigeria

Le Prix des Enfants du Monde devrait être obligatoire « Je ne savais pas ce qu’étaient les droits de l’enfant avant que mon professeur ait apporté à l’école Le Globe, le magazine du Prix des Enfants du Monde pour le Vote Mondial. J’adore Le Globe. Il m’a appris beaucoup sur les droits des enfants et sur la violation de ces droits. Si je deviens président du Nigeria, je rendrai l’école gratuite pour tous les enfants. Ils auront à manger à l’école et je communiquerai à tous les ministères de l’éducation du pays que toutes les écoles doivent faire partie du Prix des Enfants du Monde. Ici à Edu, on ne respecte pas les droits de l’enfant bien que l’état ait voté une loi sur les droits de l’enfant. Nos droits sont violés tout le temps et nos dirigeants ne s’occupent pas de nous. Mais nos parents nous aiment et font de leur mieux pour nous aider » Jubril Abubakar, 14 ans, Peculiar Children Academy, Ibillo-Edu, Nigeria

La voix des enfants pour la démocratie « Le Prix des Enfants du Monde est une idée formidable qui encourage la diffusion des droits de l’enfant dans le monde entier. J’aime vraiment beaucoup lire Le Globe. Quand je le lis, je ne ressens ni faim, ni sommeil. J’ai appris à voter et je n’aurai pas de problèmes à voter pour le parlement et le président quand je serai grand. Je suis ému de savoir que des enfants partout dans le monde se battent pour les droits de l’enfant et participent au Prix des Enfants du Monde qui est la voix des enfants pour la démocratie. Ce programme est vraiment bien étudié et soutient les droits de l’enfant. Après avoir lu Le Globe, nous nous réunissons pour désigner une commission électorale et pour préparer tout ce qu’il faut pour le vote. Il doit y avoir des peines sévères pour combattre les violations des droits de l’enfant. Si j’étais président, les enfants auraient les soins gratuits et j’abolirais les écoles sous tente pour construire et équiper de bonnes écoles » António José Kress de Carvalho, Bissau, Guinée-Bissau

Des enfants en Guinée-Bissau votent L’initiative la plus réussie du monde « Le Prix des Enfants du Monde est l’initiative la plus réussie du monde. Je suis si heureuse quand je lis le magazine et les récits sur le travail des candidats. Le prix m’a appris que les enfants ont droit à une vie sans oppression et à l’école. Voter et décider du prix est une façon de faire valoir nos droits et d’obliger les adultes à les respecter. Plus tard, je me battrai pour les droits de l’enfant dans mon pays pour pouvoir devenir candidate au prix. Les châtiments corporels sont courants ici, même à l’école. Je pense que le gouvernement doit punir les adultes qui violent les droits de l’enfant. Et le ministre doit payer le salaire des professeurs pour qu’ils ne fassent pas la grève. Si j’étais présidente de la Guinée-Bissau, les soldats bêcheraient la terre au lieu de vivre dans des baraques et faire la guerre. Je transformerai leurs baraques en logis pour les enfants orphelins, en crèches et en places de jeux » Akmoda Cá, 13 ans, Bissau, Guinée-Bissau

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Doris a deux Votes Mondiaux Le banc pour penser aux autres

Sur ce banc, Doris, Phyllis Godwyll et Gertrud Guamah, 16 ans, ont décidé d’ouvrir une école du soir pour leurs camarades du même âge. – Elles ne peuvent pas aller à l’école, elles doivent gagner de l’argent et s’occuper de leurs enfants, dit Phyllis. – C’est encore plus difficile pour elles que pour nous. Nous devons les aider, dit Gertrud.

Doris Ekua Hansen à Diabene, au Ghana ne participe pas à un Vote Mondial, mais à deux. D’abord dans son école où elle l’organise et vote. Ensuite à l’école du soir pour filles qui travaillent dans les carrières. École, que Doris a créée avec deux camarades. Mais dans l’école du soir, Doris ne vote pas. Au Vote Mondial on ne peut voter qu’une fois. Et le trait, dessiné sur son front indique que Doris a déjà voté…

D

main. Elles vont ouvrir une école ! Doris, Phyllis et Gertrud adorent aller à l’école, mais elles savent qu’il y a beaucoup de filles au village qui ne peuvent plus y aller. Elles doivent arrêter parce qu’elles ont eu

un enfant, même si elles ont à peine 15 ans. – Nous devons les aider, dit Doris. Sans enseignement, elles ne pourront s’en sortir. À la carrière

Les amies se rendent à la car-

 TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO: TOR A MÅRTENS

oris et ses deux meilleures amies sont assises sur un banc derrière l’école. Elles lisent dans Le Globe les récits des lauréats précédents, Iqbal, Nkosi et les Dunga Mothers. – Regarde ce qu’ils ont réalisé pour les droits de l’enfant, dit Doris, même si c’était dur pour eux aussi. Nous pouvons aussi ! Les trois amies se serrent la

rière près du village. C’est là que travaillent, la journée, beaucoup de jeunes mères. Elles transportent les blocs de pierre du bas de la carrière, plus haut à travers un étroit sentier. Puis, avec un petit marteau elles écrasent la pierre pour et en faire du gravillon. Les mères gagnent environ 0,10 euro par heure, ce qui suffit à peine pour la nourriture, les vêtements et les médicaments. Il ne

Le Prix des Enfants du Monde dans toutes les matières...

… même dans les travaux manuels ! Dans l’atelier, Christian et Michael construisent les urnes électorales.

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De l’eau pour les taxes scolaires

– Je dois vendre de l’eau dans la rue pour payer les taxes scolaires et acheter des livres, dit Doris.

reste plus rien pour les taxes scolaires. Doris est triste en voyant les yeux rougis des jeunes enfants. Tous les jours, les jeunes mères et leur bébé inspirent la dangereuse poussière,

Les copines de l’internat

Doris et Phyllis travaillent dans le jardin de l’école. Les copines de l’internat sont la famille de Doris.

qui détruit lentement leurs poumons. Doris est encore plus déterminée. – Nous allons ouvrir une école pour vous. Elle sera gratuite. Vous voulez venir, n’estce pas ? Oui, les filles veulent bien. Mais elles sont trop fatiguées pour sauter de joie.

Chez le maire

Doris et ses amies vont chez le maire du village, qu’on appelle Queen Mother. Elles sont nerveuses en arrivant devant le palais, comme on appelle la maison rose du maire. – Beaucoup d’adultes pensent que ce n’est pas important que les filles puissent

aller à l’école, mais c’est notre droit. C’est pour cela que nous voulons ouvrir une école du soir pour nos amies, pouvezvous nous aider ? demande Doris. Queen Mother dit oui ! Et dès le jour suivant, on entend dans les haut-parleurs du village : « Toutes les mères adolescentes sont les bienvenues au palais à la nouvelle école du soir gratuite ! » L’école du soir ouvre chaque jour au coucher du soleil. À la seule lumière d’une ampoule, Doris et ses amies, apprennent à lire, à écrire et à calculer à leurs élèves. Comme aide, elles ont, entre autre, les anciens numéros du magazine Le Globe qu’elles ont reçus d’un professeur serviable. Inquiète pour l’école

Doris et ses amies sont de bonnes élèves, elles travaillent bien et ont de bonnes notes.

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L’isoloir pour le secret du vote

Le Vote Mondial est une élection démocratique. Chacun s’exprime, sans que personne ne sache pour qui on a voté. Ici, on confectionne l’isoloir pour préserver le secret du vote des élèves de l’école Diabene.

Bienvenue au Vote Mondial !

– Aujourd’hui, nous allons voter pour célébrer des personnes qui dans le monde, font le plus pour nous, les enfants, dit Doris aux amies de l’école Diabene.

La fraude électorale est impossible Le trait sur le front empêche Doris et les autres, de voter deux fois.

Mais, ce n’est pas sûr qu’elles puissent terminer l’école. Chaque trimestre, il manque de l’argent pour les taxes scolaires et le directeur s’entretient sérieusement avec chacune d’entre elles. – J’ai toujours peur de ne pas pouvoir revenir, dit Doris.

C’est mon pire cauchemar. – Je ne fais que ce que je voudrais que d’autres fassent pour moi. J’essaie de donner aux filles force et courage pour venir à l’école du soir, parce que j’espère que quelqu’un me verra et m’aidera si j’en ai besoin.

Doris fait la classe aux jeunes mères de l’école du soir qu’elle a ouverte avec ses camarades.

Voter dans le calme

Lors des votations au Ghana, la police veille à ce que chacun puisse voter dans le calme. Le Vote Mondial à l’école Diabene est surveillé par les cadets officiers de l’école. L’armée de l’air du Ghana a adopté l’école et choisi les garçons et les filles qui auront l’uniforme scolaire et l’enseignement. Clement et Ibrahim, 16 ans, ont organisé la queue et surveillent avec des fusils en bois. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’intervenir ! Doris fait une marque sur l'ongle des élèves lors du Vote Mondial de l’école du soir. L’école a tout ce qu’il faut pour un vote démocratique.

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Apprends les droits de l’enfant dans Le Globe

– Tu as le droit à l’enseignement, c’est écrit dans Le Globe, qui nous apprend les droits de l’enfant. Viens à notre école du soir et nous te préparerons pour que tu puisses reprendre l’école, dit Doris aux copines de la carrière.

– Nous les enfants, nous avons droit à l’instruction. Sans instruction, tu n’es rien. L’enseignement est la clé du succès. Si tu as de l’instruction, tu peux entrer au parlement et parler avec le président. Plus tard, je veux être infirmière et aider les autres. Orpheline

Doris est orpheline. Elle n’avait que six mois quand sa

Veut être ophtal­ mologue « Je travaille à la carrière tous les jours. Mais les enfants ne devraient pas travailler. Si je pouvais décider, j’irais à l’école et je deviendrais ophtalmologue. À la carrière ne devraient travailler que les adultes. Les éclats de pierre coupent comme des couteaux. Aucun enfant ne devrait être obligé d’être ici » Kwame Gyamfi, 11 ans

mère mourut. Son père mourut peu après. Sa sœur aînée avait promis de s’occuper d’elle, mais elle n’avait pas assez d’argent pour envoyer Doris à l’école. Au lieu de cela, Doris devint vendeuse de rue. Tous les jours, elle allait seule le long de l’autoroute avec 60 sachets en plastique remplis d’eau, qu’elle transportait dans une corbeille placée sur la tête. Le poids et la chaleur la fatiguaient, mais elle ne

voulait pas rentrer. A la maison il y avait le mari de sa sœur. Saoul et désagréable. Doris avait 14 ans, quand un soir, le fils de la maison, essaya de lui arracher les vêtements dans un coin sombre de la maison. Elle cria et protesta. Mais, ce fut contre Doris que le père se mit en colère. « Tu tournes la tête à mon fils. C’est de ta faute ! » cria-t-il en l’entraînant à la cuisine et en la frappant avec une casserole.

J’apprends à me connaître « J’ai droit à l’enseignement ! Nous lisons Le Globe à l’école du soir et j’apprends quels sont mes droits, et à connaître le monde et moi-même. Ma fille Christabel a six mois et nous sommes à la carrière toute la journée. Mais je n’ai pas le choix. Christabel est souvent malade, c’est dangereux de respirer la poussière des pierres. Alors avec l’argent je paie le docteur, j’achète les vêtements et la nourriture. Mais quand je vais à l’école du soir avec mes camarades, je suis toujours contente. Même si je suis fatiguée et si j’ai faim. Je veux apprendre à lire et à écrire. Je veux avoir ma formation, j’y ai droit » Mary Mensah, 16 ans, Ghana

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La danse du Vote Mondial

La Journée du Vote Mondial tire à sa fin dans l’école Diabene. On la célèbre alors par une danse endiablée au son du tambour.

Au milieu de la nuit, Doris se réveilla sur le sol de la cuisine. Elle se releva, la tête lui tournait à cause des coups reçus à la tête. Puis, elle s’enfuit. Grande joie

Des parents aidèrent Doris à être admise dans un internat pour orphelins où elle vit à présent. La sœur envoie parfois de l’argent, mais pour

pouvoir payer les taxes scolaires, Doris doit toujours vendre de l’eau et du pain au bord de l’autoroute, pendant les week-ends et les vacances. La vie est dure, mais Doris n’a jamais été si heureuse. Elle a ses amies et ensemble, elles accueillent tous les soirs les jeunes mères du village dans leur école. 

Radio-mégaphone

Pendant le Vote Mondial, quatre reporters du Prix des Enfants du Monde couvrent l’événement. Mais l’école n’a pas une vraie chaîne de radio, alors on utilise un microphone et un mégaphone. – Que penses-tu du vote ? demande le reporter Mercy. – C’est important que nous votions tous. Moi, je pense que la question la plus importante c’est les enfants qui ont perdu leurs parents, répond, Nana dans le microphone.

Heureuse à l’école du soir « Il faut 45 minutes pour aller à la carrière. Tous les jours, j’y vais avec mon fils Ernest sur le dos. D’abord, on monte le bloc de pierre depuis la carrière, puis on le concasse pour en faire du gravier. C’est lourd, mais je dois travailler pour acheter à manger et des vêtements pour mon bébé. Pour quatre brouettes de gravier, je reçois 3,5 cedis (1,65 euros) Il faut deux jours pour le faire. Je veux aller à l’école, mais mes parents m’ont chassée quand je suis tombée enceinte. Mon rêve est d’aller dans une bonne école et d’être comptable. C’est pourquoi j’étais heureuse quand l’école du soir a ouvert dans notre village. C’est un pas dans ce sens » Regina Ocran, 16 ans, Ghana

Quatrième pouvoir Les médias sont appelés, le quatrième pouvoir. Le premier étant le parlement, le deuxième le gouvernement et le troisième la justice. Les médias – presse écrite, radio, télé, Internet – ont la responsabilité de rapporter à la population ce que font les politiciens. Ainsi les adultes savent qui fait du bon travail et pour qui ils voteront aux prochaines élections.

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La garde-robe de Doris Tenue d’intérieur

Voici ce que portent toutes les filles à l’internat après l’école.

Uniforme scolaire

« L’uniforme ordinaire est bleu, mais sur celui-ci, il y a l’emblème de l’école. Nous ne le portons que pour les grandes occasions »

Doris Ekua Hansen, 16

 TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO: TOR A MÅRTENS

FIÈRE DE : L’école du soir que j’ai

ouverte avec mes amies Phyllis et Gertrude. TRISTE : De devoir peut-être arrêter l’école. MUSIQUE PRÉFÉRÉE : Gospel. VEUT ÊTRE : Infirmière. PETIT NOM : Osofo Mame, femme de pasteur, parce que j’essaie toujours de voir l’avenir avec espoir. ADMIRE : Les Dunga Mothers au Kenya, qui s’occupent d’enfants orphelins, alors qu’elles sont elles-mêmes très pauvres.

Quel est ton nom ghanéen ? Au Ghana on donne aux enfants le nom du jour de la semaine où ils sont nés. Doris s’appelle aussi Ekua, parce qu’elle est née un mercredi. Comment t’appelles-tu ? Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Fille Adwoa Abena Ekua Yaa Afia Ama Akosua

Garçon Kwadwo Kwabena Kwuku Yaw Kofi Kwame Kwasi

Cartable scolaire

Vêtements désirés

Doris n’a pas de vêtements élégants pour les fêtes. Dans la boutique le long de la rue en terre battue, sur le chemin de l’école, elle a vu les vêtements de ses rêves. Un chemisier rose pâle, des chaussures roses et un sac assorti.

Vêtements de sport

La course est le sport préféré de Doris.

Vêtements pour l’église

La bible reliée en cuir est un cadeau que Doris a reçu de sa sœur.

Vêtements du samedi

« Le samedi, nous portons un top blanc et une jupe noire. S’il fait froid, je mets aussi mon pull à longues manches »

Kente

Le costume traditionnel du Ghana est fait en tissage kente. On ne le porte que pour les grandes occasions, comme quand Benedicta, 17 ans, se produit durant le Vote Mondial !

Les objets préférés de Doris Le livre de maths et la calculette sont les objets préférés de Doris. Elle les garde toujours près de son oreiller. Les livres sont aussi parmi ses objets de prédilection.

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Amuse-gueule préférés Banane plantain…

Vital Soymilk … qui devient chips plantain !

Cream Crackers

Nouvelles dépenses

L’opticien confirme le soupçon de Doris. Elle voit mal. Il note sur l’ordonnance ci-dessous les défauts qu’elle a. – Mais comment vais-je pouvoir m’acheter des lunettes, dit Doris.

Bien voir avec le Globe

Merci Le Globe !

« Le Prix des Enfants du Monde nous a appris que tous les enfants ont droit à de bons médicaments et à de bons soins. Je trouve aussi que c’est important ! Merci Le Globe ! » Benedicte Willberfor, 12 ans

Aujourd’hui c’est le jour du Vote Mondial à la Ketan Anglican School dans l’ouest du Ghana. Les élèves de quatre écoles de la région se sont réunis pour voter et aussi pour un contrôle de la vue ! Un opticien d'Accra, la capitale, fera un contrôle gratuit de tous les élèves. Beaucoup ont des problèmes d’yeux. Certains ont une mauvaise vue et ont besoin de lunettes, mais encore plus ont des infections de l’œil. Surtout ceux qui travaillent dans les carrières,

car la poussière pénètre dans les yeux et les irrite. L’opticien rédige des ordonnances. La plupart des élèves devront économiser longtemps avant d’avoir les moyens de s’acheter les lunettes dont ils ont besoin. Certains n’en auront jamais les moyens. Doris a besoin de lunettes

– Nooon! Il ne manquait plus que ça ! pense Doris sur la chaise de l’opticien avec des lunettes bizarres sur le nez. Elle n’était venue que pour

un simple contrôle des yeux. L’opticien vient de lui expliquer qu’elle est myope et qu’elle voit mal de loin. Ce n’est pas une surprise, car elle a souvent les yeux qui coulent et elle voit mal le tableau noir quand elle est assise au fond de la classe, mais elle est triste. – Je n’ai pas assez d’argent pour les taxes scolaires, comment vais-je faire pour payer les lunettes ?

Les lunettes de mes rêves !

L’opticien apporte des montures de lunettes que les élèves essaient. Il y en a pour tous les goûts.

Doris en essaie deux sortes ! Et un étui pour mettre les lunettes.

Linda, 13

Regina, 13

Benard, 13

Millicent, 13

Musah, 13

Ester, 15

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La Journée du Vote Mondial de Philip

Philip Dagadu, 15 CONTENT : Quand j’écoute de la musique, surtout Céline Dion. FÂCHÉ : Quand quelqu’un est méchant avec moi. MODÈLE : Nkosi Johnson. Veut être: Architecte. RÊVE : De s’occuper de tous les enfants orphelins et sans logis.

Philip est sans logis. Sa belle-mère l’a chassé et depuis il dort sur la banquette d’un bar du village. En guise d’oreiller il utilise un t-shirt et les moustiques le piquent la nuit. Le pire c’est pendant la période des pluies. Il pleut à l’intérieur et Philip doit s’abriter sous une table en attendant que la pluie cesse. – Ma mère est partie et mon père m’a laissé avec ma belle-mère. Tout ce qu’elle fait c’est de me donner quelques pièces pour les taxes scolaires. Ce n’est pas assez, alors je ne peux pas toujours aller à l’école. Chaque fois que je vois ma belle-mère, j’ai très peur, elle est si méchante. Mais Philip est décidé à se battre. Il a lu Le Globe avec ses amis d’école et il sait qu’il a droit à l’instruction.

05h15 Le jour commence par une lessive

Philip se lave, lave ses vêtements et ses chaussures. Il veut être propre et élégant pour aller à l’école. C’est important, il doit avoir l’air d’un futur architecte, pas d’un garçon qui dort sur une banquette.

05h00 Dents blanches

Philip se lève et se brosse les dents dans le bar.

06h30 Le long chemin de l’école

Philip doit marcher avant de prendre l’autobus pour aller à l’école, de la mer au village Diabene. Il y va souvent avec des copains. Il n’aime pas marcher seul, ça le rend triste.

13h30 Mon déjeuner

Philip ne prend pas de petitdéjeuner et certains jours il n’a pas les moyens de déjeuner, il est alors faible et de mauvaise humeur. Mais aujourd’hui, il peut s’acheter une boisson au chocolat et du pain.

 TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO: TOR A MÅRTENS

06h00 Fer à repasser au charbon

Philip met quelques morceaux de charbon incandescents dans le fer à repasser et repasse son uniforme scolaire.

09h25 Enfin le Vote Mondial !

Philip a fait longtemps la queue, mais maintenant c’est son tour de voter au Vote Mondial.

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14h00 L’école, c’est important

Philip prend ses études au sérieux pour s’assurer un meilleur avenir.

17h30 Encore de l’eau !

Philip va chercher de l’eau qui sera utilisée dans le bar. Il la paye par seau au voisin, propriétaire du robinet.

19h00 Un coin pour les devoirs

Le soir, le bar est rempli d’adultes qui fument, boivent et regardent le foot. Alors, Philip prend ses livres et se retire dans un coin du terrain du voisin pour faire ses devoirs. Il y reste jusqu’à la fermeture du bar.

22h30 Bonne nuit !

Philip se couche sur sa banquette dans le bar. Il entend la mer, mais il n’aime pas ce bruit. Cela lui rappelle les vents froids de la mer qui souvent l’empêchent de dormir.

16h30 Course au bord de la mer

Philip adore courir. Les jours où il déjeune, il a de l’énergie et il fait du jogging au bord de la mer. Comme il n’a pas de chaussures de course, il se bande les pieds pour leur donner de l’appui.

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La pépite du jour Quand Joseph verse le dangereux mercure dans le seau, la pépite apparaît. Aujourd’hui, il a recueilli trois grammes d’or.

L’école plutôt que l’or Joseph fait tourner et tourner la batée avec le sable. La sueur lui coule du front et lui brûle les yeux. L’eau du petit étang contient du mercure, un métal lourd dangereux qui empêche la cicatrisation des blessures qu’il a aux pieds. Il cherche de l’or pour pouvoir payer ses taxes scolaires.

J

oseph ne rêve pas de transformer l’or qu’il trouve en colliers étincelants, bagues ou couronnes dorées. – L’après-midi, je vends l’or. Je ne veux l’argent que pour payer mes taxes scolaires. Tous les week-ends et pendant les vacances scolaires, Joseph cherche de l’or. Mais c’est une petite mine illégale.

Seules quelques grandes mines dans le centre du Ghana ont l’autorisation du gouvernement. Ici, sur la côte, on extrait l’or sans autorisation. La police ferme parfois les yeux, mais pas toujours. Joseph déblaie le sable, fait tourner la battée, rince. De

petites paillettes d’or miroitent dans le sable foncé. Il ajoute du mercure liquide et secoue encore plus. Le métal attire les paillettes d’or. Ensuite il tamise le mercure à l’aide d’une vieille paire de shorts. Le mercure s’égoutte dans le seau. Il ouvre le tissu, les paillettes sont là. Il les met dans un petit sachet en plastique. Au coucher du soleil, il a trois grammes d’or à vendre. Papa battu à mort

Joseph vit avec son frère plus âgé qui est chômeur. Joseph pense presque toujours aux taxes scolaires. Il a peur que le directeur le renvoie car il est en retard pour les paiements.

Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Quand Joseph était petit, il vivait avec sa famille dans une plantation. Son père récoltait les fruits du palmier, que l’on pressait ensuite pour en extraire de l’huile de palme. Mais le père de Joseph tomba malade et on les chassa de la plantation. Peu de temps après, au cours d’une bagarre, le père fut frappé par une pierre et perdit connaissance. La famille possédait une télé et un frigo qu’ils durent vendre pour payer l’hôpital. Mais papa mourut. – J’avais douze ans et je me sentais vide, aussi vide que la maison.

Vote Mondial !

Les camarades d’école de Joseph à propos des droits de l’enfant Droit aux soins « Je venais d’être vaccinée quand j’ai senti comme un éclair dans l’œil et je me suis évanouie. Maintenant, je ne vois plus rien de l’œil droit. Mes parents ont dépensé leur dernier argent pour payer le docteur, mais ce n’était pas suffisant pour l’opération. Maintenant c’est trop tard. Mon œil est perdu pour toujours. Je veux que tous les enfants du monde aient le droit aux soins ! » Anita Cudjoe, 6 ans

Droit à avoir des parents « Mes parents m’ont abandonnée quand j’avais une semaine. Je ne les ai jamais vus. Je suis reconnaissante envers le Prix des Enfants du Monde, de nous apprendre nos droits. Maintenant je sais que tous les enfants ont droit aux soins et à leurs parents, mais je suis triste quand je pense que mes parents m’ont délaissée » Matilda Dadzi, 16 ans

L’école devrait être gratuite

Joseph vote lors du Vote Mondial à la Mpohor Senior High School. La queue pour voter est longue. – Apprendre à voter c’est important. Quand nous serons grands nous voterons pour élire le président du Ghana, dit Joseph. Si je deviens moimême président, je me battrai pour les droits de l’enfant. Je construirai des écoles pour tous les enfants orphelins.

« Je vends de l’eau potable après l’école pour gagner l’argent pour les taxes scolaires. Je pense que tous les enfants devraient pouvoir aller à l’école sans payer ! » Lucy Amoah, 17 ans

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Adore l’école

Depuis Joseph cherche de l’or. Il épargne l’argent qu’il met, avec le précieux mercure, dans un sac en plastique sous le lit. Deux fois par mois, le lundi, il frappe à la porte du directeur pour payer encore une petite partie des taxes scolaires.

– J’adore l’anglais, les sciences naturelles, les maths et la technique agricole. Et j’aime jouer au foot avec mes amis à la récré. Je suis attaquant et je marque beaucoup de buts. L’école est l’endroit où je suis le plus heureux. – Mon professeur m’a désigné comme chef de classe, j’ai la clé de l’armoire du matériel et celle des toilettes. C’est un bon entraînement, parce que je veux devenir directeur de banque. On doit avoir de l’ordre et le sens de l’organisation. On doit aussi être aimable envers les clients. J’accorderais des prêts à tous les parents pour qu’ils puissent envoyer leurs enfants à l’école. 

Attention ! Mercure ! Le mercure est un métal lourd liquide que Joseph utilise pour séparer l’or du sable. Le mercure est dangereux pour l’homme et pour la nature. Il est encore plus dangereux avec l’eau, car il peut se transformer en méthylmercure, une substance vénéneuse. Un rapport de l’ONU a démontré que le mercure peut endommager le système nerveux et occasionner des troubles d’apprentissage.

 TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO: TOR A MÅRTENS

– Avec papa, je faisais toujours des choses amusantes. On jouait au foot et à d’autres jeux. C’était quelqu’un de gai et d’intelligent. La vie est dure maintenant, sans lui.

La Côte-de-l’or Le Ghana a été une colonie britannique et s’appelait alors La Côte-de-l’Or parce qu’il y a beaucoup d’or. L’or est encore une marchandise très importante que le Ghana vend à d’autres pays.

Les oranges des élèves Dans la cour de l’école il y a un verger avec des oranges. Les élèves peuvent cueillir et manger autant d’oranges qu’ils veulent.

Peace house Joseph et son frère ont hérité la maison de leur père. Elle s’appelle « La maison de la paix » parce qu’elle est située dans une clairière protégée.

Joseph Quanicoe, 16 CONTENT : Quand je cours ou je joue au foot. TRISTE : Quand j’entends que quelqu’un a perdu son père. FÂCHÉ : Quand mon grand frère me bat. PLAT PRÉFÉRÉ : Riz avec la sauce nkotomire. AIME : La musique, je veux devenir chanteur de gospel. DÉTESTE : Les gens qui exploitent les enfants. VEUT ÊTRE : Directeur de banque.

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La queue pour voter est longue.

Pour échapper aux militaires birmans.

Photo: Free Burma r angers

Du vote à la fuite Les écoliers des villages en Birmanie, qui est une dictature, organisent leur vote démocratique. Le Globe en anglais et la brochure avec la traduction, en karen et en birman, de tout le texte du magazine sont introduits clandestinement dans le pays. Les enfants lisent avec enthousiasme. Mais juste après qu’ils ont participé au Vote Mondial et élu les Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie, arrive l’alerte : Les militaires birmans sont en route ! On prend ce qu’on peut et on se réfugie dans la forêt. Mais Naw Paw, une élève de 6 ans qui était chez son grandpère, n’a pas pu s’échapper. Elle et son petit frère sont tombés sous les balles des soldats.

Les enfants lisent la brochure avec les traductions de tous les textes du Globe en karen et regardent les photos dans la version anglaise.

L’isoloir pour le vote démocratique des enfants se fait selon les règles dans une école de village en Birmanie.

Veut prendre les bonnes décisions sur les droits de l’enfant « Le Prix des Enfants du Monde nous a appris que beaucoup de mineurs, comme nous, sont opprimés ou rencontrent d’autres difficultés dans la vie. La lecture concernant les droits de l’enfant m’a rendue plus forte. Tout le monde devrait les respecter et on devrait être puni, si on les viole. Le Globe c’est bien, parce qu’il m’a fait connaître d’autres enfants et je peux enseigner leurs droits aux enfants plus petits. Si j’étais reine ou premier ministre, les droits de l’enfant seraient la chose la plus importante pour moi. Je veux parler des droits de l’enfant et prendre part aux décisions qui les concernent. Nous travaillerons pour les défendre et les faire connaître. L’instruction c’est ce qu’il y a de plus important pour nous, les enfants. » Naw Eh Blute Paw, 16 ans

Les gens doivent savoir « Peu de gens connaissent les droits de l’enfant. Les problèmes les plus importants pour moi, ce sont les enfants soldats, le travail forcé et le trafic d’enfants. Certaines personnes violent les droits de l’enfant parce qu’elles ne les connaissent pas. Nous devons faire en sorte que les gens sachent que nos droits existent. Je suis triste de penser que les droits de l’enfant sont violés si souvent dans mon pays. Je promets de faire ce que je peux pour que cela s’améliore. Je veux me battre pour les enfants opprimés. Le Prix des Enfants du Monde m’a appris beaucoup sur les droits de l’enfant. Si je suis un dirigeant plus tard, j’aiderai les enfants vulnérables. Le magazine Le Globe c’est bien parce qu’il apprend à beaucoup les droits de l’enfant et j’ai appris ce qui se fait pour les enfants dans divers pays. » Saw Htoo Htoo Lay, 12 ans

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Les enfants dans le désert du Thar, Pakistan Font semblant d’être candidats

Je suis fière de participer « Si j’étais reine ou premier ministre ou politicien, je travaillerais pour les droits de l’enfant. Je prendrai des décisions et je donnerais de l’argent pour aider les enfants. L’oppression et le travail forcé sont les plus graves violations des droits de l’enfant ici. Beaucoup de gens vivent toute la vie sans savoir que les droits de l’enfant existent. Nous devons les faire connaître plus. Nos droits sont importants pour nous et j’aime le Prix des Enfants du Monde qui soutient les enfants. Je suis fière de participer et de travailler pour le Prix des Enfants du Monde et la Journée du Vote Mondial est une expérience inoubliable pour beaucoup d’entre nous. C’est bien que beaucoup lisent Le Globe et apprennent plus sur les droits de l’enfant. » Naw Hser Bwet Wah, 12 ans

« Quand nous travaillons avec le Prix des Enfants du Monde, nous nous mettons dans la peau des candidats. C’est très excitant et nous devons expliquer ce que le candidat a fait de bien. Nous avons de bons héros et de modèles » Ventee Baj, 13 ans, école Apna, Ragho Mengwar

Apprennent aux parents « Les parents ne connaissent pas beaucoup les droits de l’enfant. Nous devons les leur apprendre. Nous aimons voter, mais d’abord il nous faut nous renseigner pour savoir ce que les candidats ont fait. C’est important de penser par soi-même. Les droits de l’enfant sont valables pour tous ceux qui n’ont pas encore 18 ans. C’est notre droit d’aller à l’école. Les filles aussi ont le droit d’aller à l’école. Riches et pauvres ont les mêmes droits. » Ashiq et Sakki, école Apna, Mubeen Hajam

À toi de décider « Nous avons appris par le Prix des Enfants du Monde comment voter. Notre vote pour le conseil d’école a aussi été secret. Chacun pouvait décider librement. Le prix c’est bien parce qu’on apprend les droits de l’enfant. Nous avons le droit d’être consultés et de participer aux décisions. » Nid Lal, 15 ans, école Apna, Bhambo Chandio

Doivent convaincre les parents Queue devant les urnes électorales.

Le Globe m’a appris les droits de l’enfant

Mêmes droits « Le Prix des Enfants du Monde nous apprend nos droits. Nous savons que personne ne doit maltraiter les enfants d’autres groupes ethniques. Nous avons tous les mêmes droits. Les garçons autant que les filles ont droit à l’instruction. » Marvi et Shafi Muhammad, école Apna, Mubeen Hajam 57

 TEXTE & PHOTO: BRIT T-MARIE KL ANG

« Le Prix des Enfants du Monde c’est bien pour tous les enfants. Avant, je ne savais pas ce qu’étaient les droits de l’enfant. Maintenant que je les connais, je veux les enseigner aux adultes pour qu’ils les respectent. J’ai appris les droits de l’enfant par le magazine Le Globe. Il est bien pour nous tous et il explique à beaucoup de gens ce que sont les droits de l’enfant. Aux réunions, nous avons décidé qui ferait quoi pendant la Journée du Vote Mondial et nous le faisons. Les adultes obligent souvent les enfants à faire des travaux qui ne sont pas indiqués pour les enfants. Quand je serai grand, je laisserai aux enfants le droit de décider. » Saw Wee Htoo, 17 ans

« Nous apprenons à connaître tous les candidats. On doit savoir pour qui on va voter. C’est si bien d’apprendre qu’il y a des règles qui déterminent ce à quoi les enfants ont droit. Nous insistons beaucoup pour convaincre les parents des villages que tous les enfants doivent aller à l’école. Ce n’est pas facile. Beaucoup de parents, eux-mêmes, ne sont pas scolarisés et ne savent pas que les enfants ont droit à l’instruction. Nous devons parfois retourner plusieurs fois dans la même famille. » Haresh Kumar, école Apna, Dobar

PHOTO: STEVE BER ARD

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Enfants soldats et enfants réfu g La guerre en République Démocratique du Congo est l’une des pires de l’histoire de l’humanité. Les combats ont lieu presque sans interruption depuis 1998 et plus de 5,4 millions de personnes sont mortes. Des dizaines de milliers d’enfants ont été enrôlés de force et des centaines de milliers d’enfants ont dû fuir. Beaucoup de ces enfants participent au Vote Mondial et votent. Zawadi, Eric et Mateso lisent Le Globe avec Pacifique Cisagara de l’organisation pour les droits de l’enfant APEC.

Enfants soldats et Groenland – J’aime lire les récits des enfants dans Le Globe. Même si on ne s’est jamais rencontrés, c’est comme si on était amis pour de bon, dit Mateso, 15 ans. Lui, Eric et Zawadi ont été enfants soldats. Ils se sont parfois battus les uns contre les autres. Mais maintenant ils sont amis. Ils lisent souvent Le Globe et aujourd’hui, ils apprennent comment le changement climatique influence les enfants du Groenland.

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ateso lit Le Globe depuis deux ans, quand il a été sauvé par l’organisation APEC et est arrivé dans un centre pour enfants soldats. – Comme j’ai été enlevé et qu’on m’a forcé à être soldat quand j’étais petit, je ne suis pas allé à l’école. J’ai 15 ans, mais je ne sais pas lire. Au centre, l’assistant social nous – Le Globe donne aux enfants l’occasion de raconter leur vie et d’exprimer leurs pensées concernant les autres enfants et c’est très important, dit Mateso, 15 ans.

lit Le Globe et nous apprend nos droits. Grâce au journal j’ai appris que ce n’est pas bien d’utiliser des enfants comme soldats. J’étais en colère, parce que j’ai compris que les adultes m’avaient utilisé. Les amis Eric et Zawadi hochent la tête. – Moi aussi j’aime Le Globe. J’apprends comment vivent les enfants dans le monde et à exiger que les adultes me traitent bien. Le journal nous donne des idées.

Enterré vivant

– Je n’avais que neuf ans et j’avais si peur à la première bataille. Je me suis mis à pleurer, j’ai jeté ma mitrailleuse par terre et je suis retourné à la base. Les soldats étaient furieux, ils ont creusé un grand trou dans la terre et

Amis éloignés du Globe Eric

Mateso

Ici, au Congo, il y a beaucoup d’enfants qu’on oblige à être soldats. C’est une vie horrible, dit Zawadi, 16 ans.

m’ont jeté dedans avec deux morts. Puis ils ont mis des branches pour couvrir le trou et par-dessus, de la terre. Je hais les soldats qui me battaient et m’obligeaient à prendre des drogues et à faire des choses épouvantables, dit Eric, 14 ans. – Dans Le Globe, nous apprenons que les adultes doivent faire exactement le contraire. Ils doivent prendre soin des enfants et nous protéger de tout ce qui peut nous faire du mal. Pas les choses horribles qu’ils ont faites. Il me tarde de participer au Vote Mondial et de voter. Quand je vote, je contribue à empêcher les adultes d’utiliser les enfants, dit Mateso. .

Zawadi

Les amis au Congo sentent qu’ils ont des amis au Groenland… …bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés ! Tu peux lire sur les enfants du Groenland et sur le changement climatique sur www.worldschildrensprize.org

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u giés votent au Vote Mondial Les enfants réfugiés votent ”

La guerre du Congo a tué tous les membres de la famille d’Esther et les soldats l’ont maltraitée. Aujourd’hui, elle participe au Vote Mondial et elle vote.

U

Les adultes doivent lire Le Globe ! N

«

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soit respecté par notre gouvernement et par tous les autres adultes. Parce qu’ici les adultes ne s’occupent pas des enfants, au contraire. On ne nous respecte pas du tout. C’est pourquoi il est très important que même les adultes au Congo lisent Le Globe. Ils apprendraient que c’est leur responsabilité de s’occuper de leurs enfants et des enfants des voisins » Bienvenue, 15 ans, D.R. Kongo

dormir et à manger. On me traitait souvent mal. Veut recevoir des visites

Mais à Bunia, il y avait aussi des gens qui recueillaient les enfants qui n’allaient pas à l’école et parlaient des droits de l’enfant. Ils nous lisaient Le Globe. J’ai compris que tout ce qui m’était arrivé, ne doit pas arriver à des enfants. C’est contre nos droits. Le Globe me rend heureuse, parce qu’il nous apprend comment nous, les enfants, devons être traités et comment nous pouvons exiger nos droits. Nous faisons la connaissance d’adultes qui aident les enfants vulnérables. Ça me fait du bien. J’ai participé au Vote Mondial et j’ai voté plusieurs fois. J’aime soutenir les idées pour le bien des enfants. Ma vie est dure car tout le monde est mort dans ma famille. Mon rêve est que, un jour, les candidats pour lesquels j’ai voté au Vote Mondial, viennent ici et m’aident. Je me sens si seule » Esther, 16 ans, D.R. Kongo

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: ANDRE AS LÖNN

ous les enfants soldats étions continuellement maltraités et obligés de faire des choses épouvantables. Après quelques années à la guerre, j’ai été sauvé, mais comme je ne sais rien de ma famille je suis ici en tant que réfugié. Je travaille dans un moulin à manioc pour survivre, mais mon rêve est de retourner à l’école. Moi et d’autres enfants réfugiés seuls recevons l’aide de l’organisation ADECOR. Nous lisons Le Globe ensemble pour apprendre quels sont nos droits. Et nous prenons part au Vote Mondial. J’adore voter au Vote Mondial ! C’est en fait la seule fois que les enfants au Congo peuvent s’exprimer sur des choses importantes. Nous devons nous battre pour que ce que nous apprenons dans Le Globe

« n matin, j’avais neuf ans, on s’est réveillés aux crépitements des mitrailleuses. Cinq soldats armés sont entrés dans notre cour. Maman, papa et cinq de mes frères ont pu s’enfuir. Mais mon petit frère et moi sommes restés. Les soldats m’ont battue et m’ont obligée à me coucher par terre. Puis ils m’ont violée. Quand un avait fini, un autre commençait. Mon petit frère était hors de lui. Il criait, pleurait et courait dans tous les sens. Il n’avait que cinq ans. Les soldats m’ont laissée par terre, sans connaissance. C’est mon frère qui m’a réveillée. Il me secouait et criait. Le village entier était en train de brûler. Quand les gens sont revenus au village, ils m’ont dit que ma famille avait été tuée pendant la fuite. Un gentil voisin nous a donné à manger à mon frère et à moi. L’état de mon petit frère empirait. Il n’allait pas bien et il avait des angoisses, mais personne ne pouvait l’aider. Il est mort près d’une année plus tard. Avec une autre fille, j’ai quitté le village pour me réfugier dans une zone plus sûre. Nous avons marché pendant trois semaines. Nous dormions dans les villages le long du chemin et nous avions peur tout le temps. Dans la ville de Bunia, j’ai fait le ménage et la lessive chez des gens pour avoir un endroit où

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« Le Globe, une boîte à outils pour rép ar

Les noms de Mpho et Sello ont été cochés sur la liste électorale et ils reçoivent leur bulletin électoral.

Sello fait son choix dans l’isoloir.

Sello Molete lit Le Globe depuis plusieurs années. Il aime beaucoup et le journal et participer au Vote Mondial. Sello, qui fréquente l’école Tsunyane à Bojanala, en Afrique du Sud, est en fauteuil roulant et c’est son ami Mho Malatsi qui l’aide à atteindre l’urne électorale.

 PHOTO: LUCKY LETSHWENE

« Le journal Le Globe est comme la boîte à outils du mécanicien quand il répare une voiture ou mon fauteuil roulant. Quand je lis Le Globe je me sens inspiré à réparer le monde. Il y a tellement de problèmes dans le monde. Je compare ma vie à celles d’autres enfants. Maintenant je les appelle mes amis, parce que Le Globe nous apprend l’amitié. Je sens que je dois apprendre plus et faire plus. Je veux conserver tous les numéros du Globe dans ma boîte à souvenirs pour pouvoir les utiliser si je dois défendre mes droits. Comme ça, je pourrai parler des droits de l’enfant. Et c’est important de hausser le ton quand il s’agit de nos droits, parce que si tu te tais personne ne sait que tu souffres » Sello Molete, 14

Les amies Senobe Kgomotsi et Mpho Mothupe participent à l’organisation de la Journée du Vote Mondial.

Sello met son bulletin dans l’urne électorale.

La couleur rouge sur l’ongle du pouce de Sello indique qu’il ne peut voter qu’une fois.

Vers les différentes étapes du Vote Mondial

« Tous, enfants et adultes de Mpho Mothupe et Senobe Kgomotsi sont amies. Elles ont participé à la préparation du Vote Mondial à l’école Tsunyane. – Chaque enfant devrait avoir un numéro du Globe. Si tous les enfants pouvaient le lire chacun respecterait les droits des autres et serait respecté. Et les parents aussi doivent lire Le Globe, dit Senobe. – Les récits de mes amis étrangers dans Le Globe touchent mon cœur. Parfois je ne sais pas très bien que faire, parce que les adultes nous traitent mal et nous rendent la vie difficile. Je pense que même les adultes doivent lire Le Globe pour qu’eux aussi connaissent les droits de l’enfant, dit Mpho. – Les adultes doivent comprendre que nous ne voulons pas être victimes d’abus. Ils utilisent leur force physique pour nous soumettre. Nous

voulons être respectés. Nous nous élevons et nous battons pour nos droits. Chaque enfant devrait avoir son numéro du Globe pour apprendre les droits de l’enfant et à utiliser le journal comme le protecteur de l’enfant, dit Senobe. – Les enfants ont besoin de droits parce qu’ils sont autant citoyens de leur pays

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ép arer le monde » « Vote pour changer le monde ! » Scotty Carlson, 12 ans, a parlé lors de la Journée du Vote Mondial à la Skyline School de Solana Beach en Californie, aux États-Unis. Quand l’école a tenu la Conférence de presse des Enfants du Monde, Scotty a été interviewé via Skype par CNN.

Kebone Nxube aide Danny Kgatishwe à indiquer par des flèches le chemin à suivre pour voter.

es devraient lire Le Globe » que les adultes. Il est très important que nos droits soient respectés parce que nous représentons le futur. En connaissant nos droits, nous respecterons aussi ceux des autres et le monde devient un meilleur endroit pour tous, dit Mpho. – Je veux que dans le monde entier des gens consacrent leur vie aux enfants et qu’ils inspirent les autres à en faire autant. En votant, je sens que je contribue à construire un monde meilleur, dit Senobe. – En préparant le Vote Mondial, je suis très heureuse. J’entendais dire qu’il fallait voter, mais je ne savais pas ce que c’était. Maintenant, je sais. Les gens pensent que je suis folle quand je dis que le vote des

enfants est plus important que celui des adultes parce que c’est un vote mondial pour mes droits et que c’est moi qui choisis, dit Mpho. – Si je pouvais parler au Ministre de l’éducation, je lui dirais d’utiliser le Prix des Enfants du Monde pour les examens et que les parents doivent lire Le Globe avec leurs enfants. J’aime aussi Gabatshwane, le membre du Jury, qui est d’ici. J’aimerais être comme elle. Elle aime et respecte les autres enfants, peut-être parce qu’elle lit Le Globe depuis longtemps. Si tous les enfants pouvaient le lire, chacun respecterait les droits des autres et serait respecté, dit Senobe.

L'urne électorale est bientôt prête.

« Le Prix des Enfants du Monde change le monde. Il donne la force aux enfants du monde de faire la différence. Dans le monde entier on néglige les droits des enfants. Avec notre aide, le Prix des Enfants du Monde essaie de changer les choses. Le fait de participer au prix m’a ouvert les yeux. Cela m’a donné de la force. J’ai appris ce que l’on fait contre les enfants dans le monde et ce que l’on fait pour l’empêcher. Le Prix des Enfants du Monde m’a inspiré. Il célèbre les gens qui réalisent tant avec de l’amour et du travail. Je veux suivre leur exemple. Je sais que moi aussi je peux contribuer à faire la différence. J’espère que les gens du monde entier feront de tout pour relever le défi qui nous attend. C’est : Nos droits ! Notre choix ! Nos héros ! Votons pour changer le monde ! »

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Ravel Sousa Marinho, 12 ans, se réveille tôt et saute de son hamac. Aujourd’hui, sa participation sur la préparation de l’école São Jorge au Vote Mondial va passer à la radio rurale de Santarem. Chaque année les reporters des jeunes expliquent sur les ondes de plusieurs radios comment les enfants en Amazonie, au Brésil, organisent le Prix des Enfants du Monde. – Je suis le président de la commission électorale et observateur électoral. J’aide aussi à décorer l’école et je joue dans le groupe du WCPRC. C’est vraiment super, dit Ravel.

Le Prix des Enfants du Monde s

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avel arrive vite à l’école, il habite à proximité. Il enclenche le générateur diesel et l’équipement acoustique pour émettre l’émission « Écouter et apprendre » Il va bientôt entendre, lui et les autres enfants qui participeront à l’émission du jour, la voix de Reynan da Silva, 11 ans en direct du studio de la ville de Santarem. Les reporters des jeunes de la radio

éducative se trouvent à différents endroits le long du fleuve Amazone. – Salut à vous tous ! Avec mes collègues, je vais vous raconter aujourd’hui comment préparer la Journée du Vote Mondial dans les écoles de notre cher pays ! Retrouvons d’abord notre reporter Ravel Sousa à Tapará Grande: – Bonjour, les amis du stu-

dio de la radio rurale ! dit Ravel. C’est la quatrième année que mon école participe au Prix des Enfants du Monde. Cette année, nous parlerons surtout de l’article 28 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, qui traite du droit à l’éducation. Ici en Amazonie, beaucoup d’enfants doivent quitter l’école et travailler pour aider leur famille ou pour s’occuper de frères et sœurs plus jeunes. D’autres sont exploités par leurs parents ou par des bandes de jeunes qui utilisent

Les urnes électorales à cheval

Le bateau est venu à cheval avec Isaac Miranda Almeida, 14 ans, pour participer à la compétition des urnes électorales. C’était l’une des urnes du Vote Mondial de l’école.

l’argent du travail des enfants pour acheter de la drogue et de l’alcool. Je trouve que les autorités devraient mieux veiller à ce que les droits de l’enfant soient suivis, parce que beaucoup de ces droits ne sont pas respectés ici. Compétition d’urnes électorales

Ravel continue, toujours en direct : – Les enfants doivent avoir le droit de faire entendre leur voix ! Nous voulons être consultés et pouvoir exiger le droit à l’éducation et choisir l’école que nous voulons. Une école sans coups ni abus, où les professeurs se préoccupent de leurs élèves et les respectent. Une école avec un bon enseignement. Une école avec une bibliothèque où les élèves peuvent rechercher des données, étudier et lire des livres pour pouvoir trouver un bon travail plus tard. – Par les récits du magazine du Prix des Enfants du Monde, nous avons appris que beaucoup d’enfants dans

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On vide le bateau

Larissa Miranda Adams, 15 ans, directrice générale des élections pour le Vote Mondial à l’école São Jorge, a vidé les urnes électorales.

Le grand frère avec l’urne électorale

Melck Wandrey Sousa Marinho, 16 ans, le grand frère de Ravel, apporte une urne électorale.

e sur les ondes radio... le monde n’ont pas le droit d’aller à l’école. Nous voulons que toutes les personnes qui vivent ici soient conscientes de l’importance de respecter ces droits. Notre Vote Mondial est très spécial. Nous avons organisé une compétition d’urnes électorales ici à Tapará et nous aimons vraiment dessiner et construire des urnes électorales. Nous utiliserons les meilleures pour y mettre notre voix, qui sera un sou-

tien pour le respect des droits de l’enfant, dit Ravel. – Merci Ravel ! Et félicitations à vous tous à Tapará, qui grâce à votre dévouement et à votre générosité faites du Vote Mondial une occasion unique, où vous prenez vos responsabilités en tant que citoyen, dit Reynan depuis le studio de Santarem. 

Autour du monde avec Le Globe

Avant le début du Vote Mondial, on présente tous les candidats aux votants par la « Danse de Monsieur Manelinho » Monsieur Manelinho est un personnage comique traditionnel, qui amuse les gens en parlant de ses grandes aventures. À l’école São Jorge Monsieur Manelinho « fait le tour du monde » et au cours de son voyage il rencontre tous les candidats au prix. Jandilson Colares Bentes montre un candidat aux autres élèves, qui ensuite entonnent en chœur le nom de chaque héros des droits de l’enfant.

Dans l'isoloir

Salut, les amis ! dit le présentateur Reynan da Silva, 11 ans dans le studio, avant de laisser la parole au reporter Ravel, qui émet depuis son école.

Battements de tambour pour le Prix des Enfants du Monde

Ravel joue dans le groupe de l’école, dirigée par son grand frère Melck, 16 ans. Les membres du groupe portent un chapeau sur lequel est inscrit WCPRC (World’s Children’s Prize for the Rights of the Child)

Les modèles des adultes En s’engageant et en montrant leur sens des responsabilités, les enfants de l’école São Jorge sont des modèles pour les adultes. Les professeurs ont invité les parents à l’école pour parler des droits de l’enfant. Tout le monde a compris à quel point le programme du Prix des Enfants du Monde est important pour tous, enfants comme adultes.

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Pendant que les élèves qui vont à l’école du matin à l’école São Jorge écoutent l’émission radio avec Ravel, les élèves de Pucu, qui vont à l’école plus tard, se rassemblent pour ramasser du bambou. Ils vont participer à la compétition des urnes électorales et construire une urne qui ressemblera aux maisons qui se trouvent sur les rives du fleuve Amazone.

Les amis transportent l’urne électorale dans leur canoë, alors que Josiane et Josicleisson pagaient de leur côté.

Maisons en bambou comme urnes électorales

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 TexTe: CHRIS SAMPAIO PHOTO: KIM NAYLOR

osiane Carvalho dos Santos, 10 ans et son frère Josicleisson, 11 ans, participent au ramassage du bambou pour les urnes électorales. Josiane est un peu nerveuse. Il ne faut pas qu’elle soit en retard à l’école pour présenter les candidats qui se battent pour la libération des enfants esclaves et pour leurs droits. – Ce genre de choses arrive aussi au Brésil. La situation des enfants doit s’améliorer ici aussi. Les enfants doivent être bien traités et avec amour, dit-elle.

Josiane et ses frères et sœurs ont le temps de jouer et d’étudier, mais ils doivent aider à la maison. Josiane s’occupe des animaux – poulets, chèvres, moutons et perroquets – alors que Josicleisson s’occupe des abeilles. – Je dois nettoyer les ruches pour éviter les mouches et les fourmis, explique-t-il. À l’école en canoë

Josiane et Josicleisson vont tous les jours à l’école São Jorge en canoë. Ils pagaient

depuis qu’ils ont six ans. Aujourd’hui le trajet est plus amusant que d’habitude. Tous les enfants de Pucu qui vont à l’école pagaient ensemble en transportant l’urnemaison qu’ils ont construite. Ils doivent parcourir le dernier bout avant l’école sur des rondins glissants, car le sol est mouillé. Un faux pas et ils se retrouvent englués dans la boue. Sur le chemin de l’école, les élèves de Pucu rencontrent leurs camarades de Tapará Grande. Ils cueillent des

fruits et des graines et cassent les branches qui ont des feuilles. – On va décorer l’école pour la Journée du Vote Mondial, disent-ils. Après un long voyage, les enfants de Pucu arrivent enfin à l’école. Au loin ils entendent les tambours de l’orchestre du Prix des Enfants du Monde qui s’exercent. Ils vont terminer la Journée du Vote Mondial ensemble avec un groupe théâtral, ceux qui récitent des poèmes et ceux qui dansent. 

Les enfants à Pucu construisent leur urne pour participer à la compétition de la plus belle urne, une mini-maison en bambou.

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La voix dans l'urne en maison de bambou.

Tous ont lu Le Globe à la maison Jocivaldo, le père de Josiane est pêcheur et apiculteur. Josicleisson l’aide à entretenir les ruches. Jocivaldo dit que les enfants étaient très excités avant la Journée du Vote Mondial. – C’est la première fois qu’ils y participent et ils se réjouissaient vraiment. Ils nous ont montré le magazine Le Globe. Nous l’avons lu ensemble le dimanche, après le déjeuner. C’est intéressant pour eux de lire les expériences d’autres enfants. Le magazine aide aussi les enfants à comprendre la démocratie. Nous vivons dans un pays démocratique et c’est très important d’assumer ses responsabilités de citoyen. Maintenant, nous avons plus de démocratie, mais c’est important que les gens utilisent leur droit pour exprimer leurs opinions. C’est valable aussi pour les enfants. La maison familiale est construite sur des pilotis, comme l’école et la plupart des maisons de la région. Chaque année les eaux du fleuve Amazone et de tous ses affluents montent de 7 à 10 mètres entre mars et août. Il y a quelques années les inondations ont été plus fortes que d’habitude et ont emporté animaux et maisons.

L'arbre est plein de ruches.

La famille devant sa maison sur pilotis.

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« Tous doivent être traités de la même façon »

L’école Mercedes Klein à São José dos Campos participe au Prix des Enfants du Monde depuis cinq ans. Voici leur isoloir et leur urne électorale pour le Vote Mondial.

Dirigeants, écoutez les enfants ! « Tout le monde a des droits et, naturellement, aussi les enfants. Comme toutes les autres personnes, les enfants et les jeunes ont des opinions que l’on doit respecter. Il est grand temps que nos autorités et nos dirigeants accordent leur attention aux enfants qui ont besoin de faire entendre leur voix pour que leur vie change » Renata dos Santos Loureiro, école Castro Alves, Cariacica, Espírito Santo

Pâmela Germano Cruz et Priscila Kelly de Carvalho à l’école Mercedes Klein à São José dos Campos au Brésil, écrivent : « Le Prix des Enfants du Monde nous montre que les enfants souffrent de ne pas avoir à manger et de ne pas pouvoir aller à l’école. Il y a des gens qui passent devant ceux qui sont dans le besoin, comme s’ils n’existaient pas. On devrait tous s’interroger sur cette attitude. Le Prix des Enfants du Monde montre que tous les enfants ont le droit aux études, aux jeux, à une bonne nourriture et à un foyer, mais aussi à la tendresse, à l’amour et à l’attention. Puisqu’ils ont tous les mêmes doits, quelle que soit leur race ou leur religion, tous les enfants doivent être traités de la même façon. Tous les enfants ont droit au bonheur ! »

Cela nous concerne « Le Vote Mondial est une idée fantastique parce que je ne crois pas que les enfants et les jeunes dans le monde aient la liberté d’expression en ce qui concerne la défense de leurs droits. Les adultes croient que nous, parce que nous sommes petits et parce que nous ne savons pas autant de choses qu’eux, ne comprenons pas ce qui nous convient. Au contraire c’est NOUS qui sommes les enfants, NOUS qui vivons avec nos problèmes et c’est NOUS qui sommes concernés par notre futur. Prenez par exemple, le réchauffement climatique, qui a commencé avant que nous existions. Ce n’est pas notre faute, mais nous ne pouvons pas rester les bras croisés et espérer que les adultes trouveront la solution » Stefhani Aparecida Alkin Padilha, école Paulino Botelho à São Paulo

Chaque enfant à l’école « Ce que l’on fait maintenant pour les enfants, détermine ce qu’ils feront plus tard pour la société. Tous les enfants ont doit à l’école. Mais pour pouvoir apprendre, ils doivent manger à leur faim et aller bien. Si nous ne nous formons pas en tant qu’êtres humains, nous ne nous développerons pas. La violence est le résultat du manque d’éducation » Bruno Martins Pereira Lomba, école Castro Alves, Cariacica

 TexTe: CHRIS SAMPAIO PHOTO: KIM NAYLOR

Ont voté par ordinateur

Le rap de Tamires pour le Vote Mondial Tamires Saldanha de Souza, 14 ans, qui va à l’école Mercedes Klein à São José dos Campos au Brésil, a écrit un rap :

Mon nom et Tamires, Je ne suis pas ici pour jouer La question est hyper sérieuse Je ne dis pas de bêtises Le Prix des Enfants du Monde c’est très important Moi je dis même que c’est admirable Les enfants ont besoin de tendresse et d’amour Et non de subir la faim et à la douleur On doit les instruire… Vanité, orgueil, pouvoir Nous devons tous œuvrer dans l’humilité Le travail des candidats mérite la réélection Car ils traitent les enfants avec respect Ils offrent aux enfants l’espoir du changement Alors, mes amis, je vous laisse les présenter

Au Colégio Neo Master à Ponta Grossa à Paraná les enfants participent au Vote Mondial par ordinateur. Autour de chaque ordinateur on a fait un isoloir pour que personne ne puisse voir pour qui les autres votent.

– Participer au Vote Mondial a été l’occasion pour nous d’apprendre qu’il y a des gens qui donnent leur vie pour aider les autres, dit Clara do Prado Patrício, à gauche sur la photo. – Les candidats luttent pour un monde meilleur, dit Gabriel Pádua Valladão, dans l’isoloir à droite. – Nous faisons la connaissance des grands héros de notre planète qui défendent les droits de l’enfant. Organiser un vrai vote avec des candidats qui travaillent vraiment pour une bonne cause a été une des leçons les plus importantes de ma vie, dit João Lucas Pareta Degraf. – Le Prix des Enfants du Monde nous fait réfléchir aux droits de l’enfant et nous rend plus solidaires, dit Matheus Serenato. 66

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QUELS SONT

LES CANDIDATS ? Le jury des enfants du Prix des Enfants du Monde choisit chaque année les trois candidats finalistes pour le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant parmi les nominations de l’année. Afin de faire un choix équitable lors du Vote Mondial, il est important que tu en saches autant sur les trois candidats. Tu peux te renseigner en lisant leur histoire dans les pages suivantes. Les deux candidats qui ne recevront pas le Prix des enfants qui votent, recevront le Prix Honoraire des Enfants du Monde. Les trois candidats utiliseront la somme du prix dans leurs activités en faveur des enfants.

Candidat 1

CECILIA FLORES-OEBANDA Philippines Pages 68–87

Candidat 2

MONIRA RAHMAN Bangladesh Pages 88–105

Candidat 3

MURHABAZI NAMEGABE R.D. Congo Pages 106–125

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POurquOi CeCilia a-t-elle été nOminée ?

 TexTe: CARMILL A FLOYD phOTO: KIM NAYLOR

Cecila Flores-Oebanda est nominée au Prix des Enfants du Monde 2011 pour son combat de 20 ans contre le travail des enfants et le trafic d’êtres humains. C’est à l’âge de cinq ans que Cecilia a commencé à travailler et a fait de son combat en faveur des droits des enfants les plus pauvres et les plus démunis, le but de sa vie. Cecilia a fondé l’organisation Visayan Forum qui a sauvé des milliers de filles de l’esclavage et du trafic d’êtres humains. Un travail de prévention se fait dans les campagnes et les villes pour que les enfants ne soient pas abusés. Cecilia a influencé la législation des Philippines et du reste du monde pour mieux protéger les enfants. Malgré des menaces de mort incessantes, elle ne renonce pas. Cecilia et Visayan Forum dirigent huit Foyers de transition pour filles, dans tout le pays, quatre centres de soutien pour bonnes et une Maison sûre, home pour les plus touchées. Depuis 2000 Cecilia et Visayan Forum ont porté secours à 60.000 victimes de trafic d’êtres humains et amené plusieurs cas devant la justice. Ils ont formé des milliers de partenaires dans le travail contre le trafic de personnes, entre autres des juges, procureurs, policiers, agences de voyages et autorités.

NOMINÉ E • Pages 68–87

Cecilia Flores-Oebanda Le téléphone sonne en pleine nuit. Une voix siffle dans le noir : « Arrête de travailler contre le trafic d’êtres humains, sinon nous te tuons toi et tes enfants » Mais Cecilia Flores-Oebanda ne se laisse pas intimider. Elle a l’habitude des menaces de mort après toutes ces années de combat contre ceux qui achètent et vendent les filles pour l’esclavage. Aujourd’hui elle est l’une des plus grandes combattantes contre l’esclavage moderne.

A –

llons, dit Cecilia. Je me battrai jusqu’à ma dernière goutte de sang. Personne ne lui fera renoncer à son rêve : le droit pour tous les enfants des Philippines à une vie digne et sûre, sans qu’ils soient obligés de travailler et qu’ils puissent aller à l’école. Le trafic d’êtres humains est la troisième activité illégale la plus rentable du monde après le commerce de la drogue et des armes. Beaucoup perdent de l’argent suite au travail de Cecilia. – Mais ils ont peur de moi, maintenant. Ils savent que je n’abandonne jamais, dit-elle. La première fois que Cecilia a reçu des menaces, elle a eu peur, surtout pour ses enfants. – Mais tous mes enfants

étaient d’accord pour que je continue. Derrière les grilles

Cecilia est toujours sur le quivive quand elle va au travail. Une gardienne ouvre le grillage en fer et s’assure de bien refermer le lourd cadenas. Trois petites filles sortent en courant et se jettent au cou de Cecilia. – Auntie Dai, appellentelles affectueusement Cecilia. Viens jouer avec nous ! Les filles sont des cousines de Cebu, une île du groupe Visaya, une des régions les

plus pauvres des Philippines. Beaucoup de victimes du trafic de personnes viennent de là. Rosalie, 10 ans et ses cousines ont été sauvées par l’organisation de Cecilia Visayan Forum. Elles vont bientôt être transférées dans sa Maison sûre. C’est là que vivent les filles qui ne peuvent pas

Cecilia et les filles qu'elle assiste sont souvent menacées et elles ont besoin de protection. mais Cecilia n'a pas peur, elle n'arrêtera jamais de se battre.

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Rosalie 10 ans et ses cousines ont été sauvées. Elles dansaient nues devant une caméra dans un cybercafé. À présent elles sont en sécurité dans la Maison sûre de Cecilia.

vaillé pour Archie. Nous avions très peur et nous nous sommes cachées. Il s’est passé plusieurs mois avant qu’on vienne nous chercher aussi. La situation des enfants ne paraissait pas sûre dans la région. C’est pour cela que Rosalie et ses cousines purent aller habiter chez Cecilia et Visayan Forum à Manille. – Mais maintenant je suis contente. Ma famille me manque, mais grand-père dit que je suis mieux ici et que je dois bien me comporter à l’école.

retourner dans leur famille. Une fille qui a été vendue par ses propres parents, risque d’être revendue. – Mon père est mort et ma mère n’a rien fait pour nous assurer à manger, raconte Rosalie. Je vivais avec mon grand-père. Archie, un voisin de Rosalie leur disait tout le temps à elle et à ses cousines qu’elles devraient arrêter l’école et travailler pour lui. Archie et son amie Stella avaient un cybercafé et disaient qu’ils avaient besoin de mannequins pour des films. Archie disait : « Vous pouvez gagner beaucoup d’argent » – J’ai été obligée de quitter l’école et nous n’avions rien à manger, dit Rosalie. C’est alors que moi et mes cousines, nous avons commencé à travailler pour Archie. Archie avait promis qu’on ne verrait que le visage des filles, mais c’était un mensonge. – On a dû danser nues devant une caméra. Archie disait que des hommes dans d’autre pays payaient pour nous regarder.

Tout ce que faisait Rosalie était filmé par une webcam. On montrait directement les films via internet à des hommes aux USA et en Australie. Pendant que les hommes regardaient les enfants, ils communiquaient par chat avec Archie et lui disaient ce qu’ils voulaient que les filles fassent devant la caméra. Pendant plus de deux ans les filles ont travaillé pour Archie et Stella. L’argent qu’ils gagnaient, ils le donnaient à leur famille. Beaucoup d’autres enfants faisaient la même chose. Archie leur a dit de ne parler à personne de ce qu’ils faisaient. La police intervient

Un jour le cybercafé fut encerclé par des policiers armés. De loin Rosalie vit qu’on entraînait Archie et Stella dans un fourgon de police. Quatre enfants sortirent aussi de la maison et ils se mirent à pleurer quand la police les emmena. – Les gens nous ont dit que nous pourrions finir en prison parce que nous avions tra-

Quand elle était petite, Cecilia vendait du poisson pour aider sa famille à survivre et pour pouvoir aller à l'école.

L’histoire de Cecilia

La famille de Cecilia était l’une des plus pauvres parmi les pauvres. – Nous habitions entre une décharge et un fleuve, raconte-t-elle. J’ai commencé à travailler à l’âge de cinq ans. Avec mes frères et sœurs, je vendais le poisson que mon père pêchait dans le fleuve. Je marchais dans la chaleur avec la corbeille pleine de poissons sur la tête, alors qu’une eau nauséabonde et l’huile de poisson coulaient de mes cheveux sur mon visage. Mais je savais que je ne pouvais pas rentrer avant d’avoir vendu jusqu’au dernier poisson. – Les gens disaient : « Danse pour nous, petite fille et nous t’achèterons ta marchandise » Alors je dansais et je chantais. Cecilia et ses onze frères et sœurs allaient fouiller dans la décharge des choses qu’ils auraient pu vendre. Parfois ils n’arrivaient pas à se mettre à

Qu’est-ce que le trafic d’êtres humains ? Le trafic d’êtres humains est la troisième activité illégale la plus rentable du monde après le commerce de la drogue et des armes. Les gens peuvent être vendus et revendus aussi longtemps que quelqu’un veut les acheter. Enfants et adultes sont déplacés à l’étranger ou dans leur propre pays pour être soumis au travail forcé. Cela s’appelle l’esclavage moderne. Beaucoup de gens sont exploités comme bonnes ou esclaves sexuels. Les enfants sont kidnappés, vendus, trompés ou forcés. La plupart des victimes viennent de familles très pauvres. Les trafiquants contrôlent leurs victimes par la violence, le chantage et la menace de faire du mal aux parents.

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Les filles qui sont bonnes aux Philippines sont souvent traitées comme des esclaves. Beaucoup demandent de l'aide via la ligne téléphonique de Cecilia ouverte jour et nuit.

l’abri avant l’arrivée de la benne à ordures. – Une fois, j’ai été recouverte jusqu'au menton par des ordures puantes ! Aimait l’école

La mère de Cecilia avait de l’instruction et elle fit en sorte que les enfants aillent à l’école. Elle préférait avoir faim plutôt que de ne pas payer les taxes scolaires des enfants. À l’école on taquinait Cecilia à cause de ses sandales dépareillées et parce que ses cheveux et ses vêtements déchirés sentaient le poisson et les ordures. Le pire c’était à l’adolescence. – Jolie, mais elle pue, disaient les garçons en se tenant le nez quand elle passait. – Ne savez-vous pas que c’est un nouveau parfum ? disait Cecilia sur un ton qui se voulait sûr, mais intérieurement elle était triste et en colère. Elle voyait que beau-

coup de familles qui étaient loin de travailler aussi dur que la sienne, mangeaient à leur faim. Elle décida alors que ses propres enfants auraient une meilleure vie que la sienne. Le père de Cecilia expliqua qu’elle devait s’endurcir pour survivre dans un monde aussi dur. – Il m’a appris à boxer et il pariait de l’argent sur les matchs que je jouais ! Et il m’a jetée dans le fleuve pour que j’apprenne à nager. Bientôt je me suis sentie comme un poisson dans l’eau. Cecilia a gagné plusieurs compétitions de natation et a eu une place dans l’équipe de natation de l’école. Cela lui permit d’avoir une bourse et de pouvoir payer ses frais de scolarité.

ce moment-là. A 14 ans, déjà, elle commença à protester contre le régime bien que ce fut très dangereux. Elle était en colère en voyant Marcos et ses amis vivre dans le luxe alors que les pauvres mouraient de faim. Quelques années plus tard, Cecilia apprit que les militaires avaient projeté de faire une razzia contre sa maison. Elle s’enfuit dans les montagnes et devint célèbre dans toutes les Philippines, sous le nom de commandant Llway. Peu de gens savaient que ce terrible combattant de la liberté était une adolescente. Après plusieurs années de combat au sein de la guérilla, elle fut encerclée par les soldats de Marcos. Elle cria : « Je suis le commandant Llway. Ne tirez pas, je sors » Quelques soldats coupèrent une mèche de ses longs cheveux comme preuve qu’ils l’avaient capturée.

Aide les enfants pauvres

Pendant qu’elle était dans la montagne et les années de prison, Cecilia eut trois enfants. Les enfants nés en prison s’appellent Dakip (Capturé) et Malaya (Liberté). À la fin, le dictateur Marcos fut renversé. Des millions de personnes envahirent les rues et les places et l’obligèrent à capituler. Alors Cecilia voulut assurer à ses enfants une vie meilleure. Mais elle voulait aussi se battre pour tous les enfants des Philippines qui vivaient dans une grande pauvreté. Elle obtint l’aide de ses frères et sœurs et créa une organisation à Manille. C’est alors que la région d’origine de Cecilia fut frappée par un typhon qui tua plus de 10.000 personnes et fit des centaines de milliers de sans abri. Cecilia découvrit la

Combat contre le dictateur

Cecilia a grandi sous la dictature de Ferdinand Marcos, qui dirigeait les Philippines à

Dans les foyers protégés de Cecilia, pour les filles qui ont été vendues par les trafiquants d'êtres humains, les filles ont le droit d'être de nouveau des enfants.

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Cecilia aime la compagnie des filles sauvées par son organisation Visayan Forum. Ensemble, elles parlent, chantent et rient.

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Cecilia a appris aux gardiens des ports et des aéroports à reconnaître les trafiquants d'êtres humains et leurs victimes. À présent, ils l'aident à arrêter ceux qui achètent et vendent des enfants.

brutalité des trafiquants d’êtres humains qui exploitaient le malheur des autres. Ils promirent du travail et l’école aux enfants orphelins ou sans foyer, mais au lieu de cela, ils les vendirent comme esclaves. Au fur et à mesure que le travail de Cecilia se faisait connaître, les enfants venaient de plus en plus chercher de l’aide auprès d’elle. – J’ai vu des filles qui se sont sauvées du travail forcé comme bonne dans les familles

riches. Certaines avaient des cicatrices causées par des brûlures de cigarettes ou de fer à repasser. Une fille avait été obligée de boire de l’acide et en est morte. Elle est arrivée chez nous trop tard. J’ai com-

pris que je devais tout faire pour sauver ces enfants. En 1991, Cecilia organisa la Global March Against Child Labour, la première marche mondiale contre le travail des enfants qui regroupe

La collaboration sauve des enfants - Tous doivent participer au travail contre le trafic de personnes et le travail des enfants, sinon nous n’atteindrons jamais notre but, dit Cecilia. Dans les ports et les aéroports, elle collabore avec la police les agents de sécurité, les chauffeurs de taxi, et les bagagistes. Ils sont formés par des assistants sociaux et par les filles qui ont été victimes. Ils apprennent à découvrir les trafiquants et leurs victimes, ils guettent et posent des questions, tout en distribuant des tracts avec des informations concernant la ligne téléphonique de Cecilia, où on peut toujours appeler et demander de l’aide ou dénoncer un comportement suspect.

Que font Cecilia et Visayan Forum ? Cecilia et Visayan Forum pensent que tous doivent participer au combat contre le travail des enfants et le trafic de personnes. Ils se battent dans tout le pays et font en sorte que les autorités ne puissent plus ignorer que des enfants sont achetés et vendus comme de la marchandise : • Enfants et adultes dans les régions les plus pauvres des Philippines, là où se trouvent la plupart des enfants victimes des trafiquants, reçoivent instruction et appui. On informe surtout les mères sur la façon de protéger leurs enfants. • Dans les ports et les aéroports, Visayan Forum collabore avec tous ceux qui travaillent, la police et autres autorités, afin de démasquer les trafiquants et sauver leurs victimes. • Des opérations de sauvetage sont entreprises pour délivrer des enfants utilisés dans les bordels ou comme bonnes dans les maisons privées. • Des lignes téléphoniques sont ouvertes jour et nuit pour enfants et adultes ayant besoin d’aide ou voulant dénoncer des cas où l’on suspecte un

trafic de personnes ou de travail forcé. • Les filles libérées trouvent asile dans un Foyer de transition dans tout le pays, l’aide à retrouver la confiance en soi et dans l’avenir ainsi qu’à retrouver leur famille. Aux filles qui ne peuvent pas retourner chez elles, on offre un foyer et l’école à la Maison sûre de Cecilia. • Les enfants de moins de 14 ans, qui selon la loi ne doivent pas travailler, ont une scolarité gratuite. Les filles plus âgées reçoivent une formation professionnelle, parfois aussi une aide économique. Les enfants qui ont travaillé sont encouragés à créer des clubs pour les droits de l’enfant à niveau local où ils jouent et s’amusent mais diffusent aussi de l’information sur le trafic d’êtres humains afin de sauver d’autres enfants. • Afin de gagner la guerre contre le trafic d’êtres humains, il faut de meilleures lois protégeant les enfants et permettant de condamner les trafiquants à la prison. Cecilia influence les politiciens aussi bien aux Philippines que dans le reste du monde et les oblige à modifier règles et lois.

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Les enfants sauvés du travail forcé, aident Cecilia dans son combat pour les droits de l'enfant en protestant contre le trafic d'êtres humains.

n’avaient aucun droit et étaient souvent traitées comme des esclaves. Cecilia créa en 1995, Sumapi, le premier syndicat pour bonnes des Philippines. Aujourd’hui, Visayan Forum de Cecilia, est l’une des premières organisations dans le combat contre l’esclavage et le trafic de personnes. Des centaines de volontaires et employés travaillent avec

Cecilia à Manille, dans sa Maison sûre et dans ses Foyers de transitions, dans tout le pays, par un travail de prévention dans les villages et les bidonvilles. Cecilia est connue dans le monde entier, mais elle n’oublie jamais ses racines. – Je peux encore sentir l’odeur de poisson et des ordures sur mon corps, dit Cecilia. 

La Maison sûre de Cecilia Certaines filles ne peuvent pas réintégrer leur famille et dans ce cas, elles vont vivre dans la Maison sûre de Cecilia. « Center of Hope » (Le cœur de l'espoir) à une adresse secrète à Manille. Après s'être sauvées, les filles sont souvent menacées de mort. Elles reçoivent le soutien des 'parents du foyer', d'assistants sociaux, de psychologues, professeurs et agents de sécurité. – Elles doivent se sentir comme dans une vraie famille. Ici, nous leur assurons la protection et l'espoir en l'avenir, dit Cecilia. Le terrain pour la construction de la Maison sûre a été acheté grâce à l'aide de J.K. Rowling, l'écrivain des fameux livres sur Harry Potter. On y construira aussi une école et un centre de formation.

Apprend le filipino ! Près de 100 groupes ethniques différents, répartis dans les 7.107 îles des Philippines, parlent 170 langues ou dialectes différents. La langue nationale est le filipino. Comme, pendant 400 ans, les Philippines ont appartenu d’abord à l’Espagne et ensuite aux USA, la langue contient pas mal de mots espagnols et anglais. Salut = Kumusta Hó Au revoir = Babay Oui = Ohó Non = Hindi Hó À l’aide ! = Saklala! Que vive ! = Mabuhay! Copain = Kaibigan Bande de copains = Barkada

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aujourd’hui des millions d’enfants et 114 organisations dans le monde entier contre le travail des enfants et l’esclavage. La Global March se bat pour les 250 millions d’enfants qui sont au travail dans le monde. Quatre millions de ces enfants viennent des Philippines. Les centaines de milliers de jeunes bonnes dans les familles des Philippines,


Samraida passée en contrebande Samraida avait 14 ans quand elle fut passée en contrebande depuis les Philippines avec un faux passeport. Elle fit des milliers de kilomètres pour travailler sept jours par semaine, 20 heures par jour, comme bonne, dans une riche famille du Moyen-Orient. – On m’a traitée pire qu’un animal et on m’a vendue à un patron contre ma volonté, dit Samraida.

A

ussi loin que Samraida puisse s’en souvenir, sa mère a travaillé à l’étranger. Sa famille habite à Mindanao, une des plus pauvres régions des Philippines, où pendant 30 ans a sévi une guerre civile. Beaucoup d’enfants pauvres à Mindanao grandissent sans leur mère. La plupart des familles sont

 TexTe: CARMILL A FLOYD phOTO: KIM NAYLOR

!

musulmanes et c’est pourquoi les filles et les femmes d’ici sont recherchées comme bonnes par les riches pays musulmans, comme l’Arabie Saoudite. – Maman ne revient à la maison que tous les deux ou trois ans, raconte Samraida. Quand j’avais dix ans, je l’ai priée de rester. Je pleurais et je

m’agrippais à elle, mais elle s’est fâchée et m’a dit en criant qu’elle travaillait comme une esclave pour moi. Cette nuit-là, j’ai décidé de ne plus avoir besoin de maman. En fait, nous nous connaissions à peine. Bien que maman envoyât de l’argent à la maison chaque mois, la famille était au bord

La jeepney transporte les filles esclaves La jeepney est le transport le plus commun aux Philippines. Elle est toujours décorée avec imagination de couleurs vives, motifs et ornements divers. La jeepney est utilisée souvent pour transporter les victimes du trafic de personnes. Il y a de la place pour 15 personnes, mais la police a parfois arrêté des Jeepneys où on avait entassé 50 jeunes filles. Souvent on les couvre avec des bâches et les trafiquants disent à la police et aux dockers qu’il s’agit de légumes ou de quelque autre marchandise.

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de la famine. Papa s’usait au travail des champs, mais c’est à peine s’ils pouvaient se nourrir. A douze ans, Samraida fut obligée de travailler comme bonne. Elle s’occupa aussi de ses petits frères et sœurs et du ménage. Le travail de Samraida était lourd et le salaire pitoyable. Alors elle décida de partir aussi à l’étranger, bien que maman ait dit que c’était horrible. Ceux qui travaillent à l’étranger gagnent mieux et deux salaires aideraient la famille. Mais Samraida était trop jeune pour obtenir un passeport – il faut avoir au moins 23 ans pour travailler à l’étranger selon la loi des Philippines.

Le grand aéroport effrayait Samraida - elle n'avait jamais pris l'avion avant qu'on la fasse passer en contrebande pour la faire travailler comme une esclave à l'étranger.

Faux papiers

Samraida Esmael, 18 VEUT ÊTRE : Assistante sociale et

travailler pour Cecilia IDOLES : Chanteuses Céline Dion

et Sara Geronimo AIME : Chanter, surtout les chants

traditionnels des Philippines. ADMIRE : Cecilia, Erica et les autres à Visayan Forum

Le voyage de Samraida vers son travail au Moyen-Orient commence alors qu’elle a 14 ans. Un homme arrive de Manille au village. C’est un recruteur, une personne qui engage les fi lles qui veulent travailler au Moyen-Orient. L’homme promet un passeport et un travail si elle le suit. Samraida accepte l’offre. Un matin tôt, elle se met en route pour Manille avec le recruteur et deux fi lles plus âgées. Cela prend presque quatre jours, d’abord en jeepney, ensuite an ferry. – Votre visa n’est pas encore prêt, explique l’homme. Pendant que nous attendons vous habiterez chez moi et ma femme et ferez le ménage. Samraida et les autres filles sont enfermées dans la

maison sans salaire. Qui plus est, le recruteur dit qu’elles doivent payer le logement et la nourriture. – Nous retirons les dépenses sur le salaire que vous recevrez pendant les premiers sept mois au Moyen-Orient, dit-il. Longue attente

Le recruteur donne à Samraida un billet avec les données qui se trouvent dans son faux passeport. L’âge est de 23 ans, elle a un autre nom et une nouvelle date de naissance. Elle doit tout savoir par cœur si la police l’interroge à l’aéroport. Les semaines passent et Samraida a peur et se sent trahie. Doit-elle rester là et être l’esclave du recruteur ? La chambre sombre où elle dort sur le sol avec les autres

fi lles est comme une cellule de prison. Elle veut retourner à la maison. – Comme tu veux, dit le recruteur. Mais d’abord tu dois nous payer sept mois de salaire, pour la nourriture, le logement et les frais de voyage. Et c’est toi qui dois payer ton voyage. Samraida n’a pas d’argent et ne sait pas où aller. Six mois plus tard, de nouvelles fi lles arrivent dans la maison. Et le recruteur dit que le visa de Samraida est prêt. Un travail l’attend au Kuwait. Trois jours plus tard, elle est en route vers l’aéroport, cachée par un voile et une longue jupe. La femme du recruteur l’a maquillée pour qu’elle paraisse plus âgée. Un homme reçoit Samraida dans le hall des

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Le policier a interrogé Samraida quand il s'est aperçu que son passeport était faux.

départs avec son billet et son faux passeport. – Aie l’air sûre de toi ! Redresse-toi et marche droit ! Va au guichet deux du contrôle des passeports, dit l’homme avant de disparaître dans la foule. À l’approche du contrôle des passeports, le cœur de Samraida bat très fort. Ses mains tremblent lorsqu’elle tend le faux passeport, mais le policier lève à peine les yeux. – Passez ! dit-il. Samraida comprend que le policier a été payé par les contrebandiers pour qu’ils la laissent passer. Arrivée au Kuwait

En proie à des malaises et des vertiges, Samraida sort en chancelant de l’avion au Kuwait. Dans le hall d’arrivée un homme l’attend avec un

écriteau portant le faux nom de Samraida. On ne la conduit pas à son lieu de travail, mais à une agence d’emploi à Kuwait City. On l’enferme dans une petite pièce sans fenêtres, déjà remplie de filles et de jeunes femmes. Certaines viennent des Philippines, d’autres du Sri Lanka, d’Indonésie ou d’Éthiopie. Le soir, Samraida et d’autres filles doivent se mettre en rang et se montrer à trois hommes. Samraida a peur. L’un des hommes dit qu’il a six enfants et veut une fille qui s’occupe d’eux et de tout le ménage. – Vous devez travailler de quatre heures du matin à deux heures de la nuit, sept jours par semaine, dit-il. Samraida calcule rapidement. Cela fait 22 heures !

– Je ne peux pas, dit-elle. L’homme se fâche. – Tu es paresseuse ! Pourquoi tu es venue, si tu ne veux pas travailler ? Pendant deux semaines Samraida voit défiler plein d’hommes exigeant les mêmes choses. Elle suit l’un d’eux pour montrer ce qu’elle peut faire. Elle doit grimper sur une longue échelle et nettoyer une armoire, mais perd l’équilibre et tombe presque. L’homme la ramène. – Elle ne fait pas l’affaire, dit-il. Le propriétaire de l’agence est furieux et essaie de battre Samraida, qui s’échappe. – Pourquoi tu veux me faire du mal ? demande-t-elle. Je suis venue ici pour travailler, non pour être traitée comme un animal. On ramène Samraida dans la pièce, plus bondée que jamais. Des filles arrivent de l’aéroport chaque jour et il n’y a plus de place pour s’étendre. Samraida doit dormir assise, mais c’est presque impossible à cause de la chaleur. La chambre n’a ni fenêtres ni ventilateur et c’est difficile de respirer. Samraida se rend compte qu’elle doit accepter n’importe quel travail pour partir de là.

Exportent des êtres humains Peu de pays dans le monde ont autant d’habitants qui travaillent à l’étranger comme les Philippines. Il existe ici une forte tradition, encouragée et développée par l’ancien dictateur Marcos, à aller travailler à l’étranger. Près de la moitié des enfants entre 10 et 12 ans disent qu’ils pensent aller travailler à l’étranger. Le pays est l’une des plus grandes sources de travailleurs étrangers du monde. Une partie partent également, mais des centaines de milliers sont passés en contrebande et sont vendus aux pays voisins comme la Malaisie et Hong Kong, mais aussi le Moyen-Orient, l’Afrique, les USA et l’Europe. – D’autres pays exportent du thé, du café ou des produits électroniques. Les Philippines exportent des gens, dit Cecilia.

Premier travail

18 jours plus tard, Samraida est bonne chez une famille de quatre enfants, dont trois sont adultes mais vivent à la maison. Il s’agit d’une grande maison de quatre étages. Une Philippine un peu plus

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âgée s’occupe de la cuisine. Samraida s’occupera du ménage et de la lessive. Le patron lui explique les règles de la maison. – Tu ne quitteras jamais la maison, tu es trop jeune pour sortir seule. Tu dois porter le voile et pas de vêtements moulants ni des pulls décolletés. Ne perds jamais de temps à parler avec l’autre bonne ou à téléphoner chez toi. Et c’est interdit d’avoir des contacts avec les bonnes de nos voisins. A la fin du premier jour de travail, Samraida est épuisée. Après avoir, de quatre heures du matin jusqu’à minuit, récuré le sol, fait la vaisselle et la lessive, elle a mal partout. L’autre bonne travaille depuis sept ans dans la famille. Elle chuchote à Samraida de faire attention au plus jeune des fils. – Il ment et dit que nous, les bonnes, volons ses affaires pour attirer l’attention de sa mère. Samraida travaille sept jours par semaine, de l’aube à minuit. Les jours s’enchaînent. La maison est la prison de Samraida. Elle veut rentrer chez elle, mais elle a signé un contrat et a promis de travailler dans la famille pendant deux ans. Chaque mois, elle envoie tout son salaire à sa famille à Mindanao. Dans leurs lettres, ils parlent de la maison qu’ils construisent avec l’argent de Samraida. Cela lui donne le courage de continuer. Samraida se sauve

Après deux ans, Samraida est épuisée mais heureuse. Elle

pourra rentrer. Dans le contrat il est dit que le patron doit lui remettre son passeport et un billet d’avion. Mais c’est le choc. Le patron refuse. Il veut que Samraida continue de travailler. – Pars si tu veux, dit-il. Mais nous gardons ton passeport et tu n’auras pas de billet. La famille ne paye plus de salaire et oblige Samraida à continuer à travailler. Mais après quatre mois, ils en ont assez de ses pleurs et prières de la laisser partir. Ils la ramènent à l’agence de l’emploi. Là, on lui dit qu’elle doit travailler pour payer son billet d’avion et on la vend à une autre famille. Dans la nouvelle famille, Samraida doit s’occuper d’une petite fille. Un jour la petite tombe malade et Samraida l’accompagne à l’hôpital. Là, elle voit une chance de se sauver. Elle demande la permission d’aller aux toilettes, mais se précipite dans l’escalier. Dans la rue, elle arrête un taxi. – Emmenez-moi au poste de police ! La police écoute quand Samraida raconte qu’elle a été vendue contre sa volonté. – Nous allons essayer de t’aider, disent-ils. Pendant ce temps tu peux rester ici. Dans une cellule de prison, s’entassent 80 filles et femmes, des Philippines et de bien d’autres pays. Toutes sont des bonnes qui attendent un procès ou de pouvoir rentrer chez elles. Samraida se fait rapidement une amie, Katy. Elle s’est enfuie de chez son patron qui l’a violée.

Cecilia et le temps passé dans son foyer protégé, ont donné à Samraida un nouvel espoir pour le futur.

– Il m’attaquait chaque fois que sa femme quittait la maison, dit-elle. Quand Katy s’est sauvée, le patron l’a dénoncée pour vol. À présent, elle attend le procès. Samraida a peur. Et si cela lui arrivait aussi? Mais après huit mois dans la cellule, elle reçoit son passeport et un billet d’avion. Quand elle s’envole, Katy est toujours en

prison. Elle a été condamnée à plusieurs années de prison pour le prétendu vol.

« Le travail domestique est un vrai travail » Cecilia se bat pour les droits des bonnes.

Samraida est musulmane et prie cinq fois par jour.

À la maison enfin

Un autre choc attend Samraida quand elle revient à Mindanao. La nouvelle maison, construite avec tout son argent, n’est plus là. Les rebelles et les forces du gouvernement se sont battus

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Qu'est-ce que le foyer de transition ?

Samraida a été enfermée comme une esclave dans la maison pendant plusieurs années. Aujourd'hui, elle va de nouveau à l'école et elle veut travailler pour Cecilia et Visayan Forum. Elle travaille déjà contre le trafic d'êtres humains, informe et manifeste pour soutenir le combat contre le trafic de personnes.

dans son village. Beaucoup sont morts et la maison a été complètement brûlée. Son père et ses frères et sœurs vivent dans un camp de réfugiés. Ils sont heureux que Samraida soit à la maison, mais pleurent en racontant ce qui s’est passé. – Tu n’as même pas pu voir ta maison, disent-ils. Samraida décide de repartir de nouveau à l’étranger. – Je vais gagner de l’argent pour une nouvelle maison. – Absolument pas ! dit papa bouleversé. Ou alors, tu iras à Manille à la nage. Mais Samraida est inébranlable et à la fin papa accepte. Un soir, quelques semaines plus tard Samraida est de nouveau à l’aéroport. Mais cette fois, le policier au contrôle appelle les forces spéciales contre le trafic d’êtres humains de l’aéroport. Ils ont été formés par Cecilia

et Visayan Forum et savent reconnaître les victimes du trafic de personnes. Samraida prétend avoir 25 ans, mais le dentiste des forces spéciales regarde ses dents et constate qu’elle a moins de 18 ans. Ils appellent Erica, une des assistantes sociales de Visayan Forum. Le foyer de transition protège

Derrière de hauts murs, près de l’aéroport, se trouve le foyer de transition de Cecilia, où les filles qui ont été sauvées trouvent protection. Il est passé minuit quand un gardien ouvre le lourd cadenas du grillage. Samraida pleure en silence. Elle ne peut plus aider sa famille. Et elle risque de finir en prison pour avoir essayé de partir avec un faux passeport. Erica l’emmène dans une chambre, à l’étage supérieur.

Dans le noir, Samraida distingue d’étroits lits placés en rangées et est prise de panique. Est-elle de nouveau en prison ? Mais une des filles se réveille et chuchote: – Ne t’en fais pas ! Tu es dans un endroit sûr. Dors, nous parlerons demain. Le matin suivant, toutes les filles sont assemblées autour de Samraida. Toutes ont été victimes de trafic d’êtres humains mais ont été sauvées par Visayan Forum, qui aide les filles à aller à l’école et à retrouver leur famille. Une semaine plus tard Samraida se réveille en pleine nuit. Une fille est assise sur le lit, près d’elle. Elle vient d’arriver de l’aéroport. Elle est perdue et apeurée. – N’aie pas peur, dit Samraida. Tu es dans un endroit sûr. Dors, nous parlerons demain. 

Cecilia et Visayan Forum ont construit neuf foyers de transition près de l'aéroport de Manille et des ports utilisés par les trafiquants. Les filles sauvées sont directement transportées au foyer de transition où elles trouvent protection et premiers soins. Dans les foyers de transition travaillent des assistants sociaux et des gens du terrain, prêts à intervenir jour et nuit. Là se trouve également un 'parent' qui assure aux filles la nourriture, un lit ainsi que de la chaleur et de l'amour. Selon la situation personnelle et les besoins de chaque fille, on l'aide à retrouver sa famille, à obtenir une aide financière pour les taxes scolaires, une assistance juridique et psychologique. Les foyers de transition ont des lignes téléphoniques et forment le personnel de l'aéroport et des ports pour qu'il puisse découvrir et sauver les victimes du trafic d'êtres humains.

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6h00 Le réveil ! Parfois des nouvelles sont arrivées de l’aéroport pendant la nuit. Elles sont souvent tristes et apeurées et ont besoin d’un accueil chaleureux quand les autres se réveillent.

Un jour au Foye Près de l’aéroport se trouve un des Foyers de transition de Cecilia, un lieu d’accueil pour les filles sauvées de la contrebande de personnes et du travail forcé à l’étranger.

6h20 Gymnastique matinale Même les plus fatiguées se réveillent. 6h40 Belles et propres Un rapide et énergique brossage de dents, personne ne veut manquer le petit-déjeuner.

7h30 Toutes s’y mettent Toutes aident maman Alice à préparer la nourriture et à mettre la table. 11h00 Construction d’abris ! Le typhon arrive ! Le jeu Bahay, Bata, Bagyo (Foyer, enfants, catastrophe) enseigne que les enfants ont besoin de protection et d’un foyer sûr. Au début du jeu, quelqu’un crie qu’un typhon arrive. Tout le monde se dépêche alors de « construire » une maison où trouver refuge.

9h00 Salut Cecilia Aujourd’hui Cecilia est en visite. Elle joue et parle avec les filles. Malgré les mauvaises expériences de beaucoup d’entre elles, les rires ne manquent pas. 78

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12h00 Du poisson au déjeuner Krista, 16 ans, à frit le poisson pour le déjeuner.

13h30 Toute la mer se déchaîne avec Lady Gaga Lady Gaga hurle dans les haut-parleurs lorsque les filles jouent « Toute la mer se déchaîne ». Tout le monde crie et rit quand la dernière chaise s’effondre sous l’heureuse gagnante. Celle-ci a été sauvée il y a quelques jours à peine, après une tentative de viol dans la famille où elle était bonne.

oyer de transition 18h00 Prière chrétienne et musulmane Une petite pièce à l’étage sert de chapelle aux filles chrétiennes alors que les filles musulmanes utilisent souvent le dortoir pour la prière.

Les plus jeunes dessinent et écrivent pour raconter ce qui leur est arrivé.

22h00 Silence au Foyer de transition Les lumières s’éteignent et le silence se fait. Mais qui sait combien de nouvelles filles seront sauvées cette nuit.

 TEXTE: CARMILL A FLOYD PHOTO: KIM NAYLOR

20h00 Karaoké du soir et lettres Le soir beaucoup se réunissent devant la télé pour chanter le karaoké. D’autres en profitent pour écrire à la maison.

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Mary-Ann forcée à la Quand son père tombe gravement malade, Mary-Ann doit quitter l’école et à la maison on a faim. On lui promet alors un travail très bien payé dans un restaurant de Manille. Mais c’est un mensonge. Mary-Ann doit travailler dans un bordel.

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ary-Ann grandit à Samar où la famille a une petite ferme. Ils vivent dans une cabane en bambou, entourée de prairies, de montagnes et de grands arbres. C’est beau, mais très pauvre. La famille ne mange pas souvent à sa faim. Quand papa tombe malade, Mary-Ann doit quitter l’école et devient bonne. C’est mal payé et, chaque nuit, elle s’endort en pleurant sous la table du patron. Après six mois, elle retourne à la

maison et prie sa mère de la laisser reprendre l’école. Mais c’est impossible. Quelques jours plus tard, Nena, la cousine de maman vient les voir. Elle dit qu’elle peut trouver du travail à Mary-Ann dans un restaurant de Manille, la capitale. – Elle est trop jeune, disent les parents d’abord, mais comme Nena promet de bien s’occuper de Mary-Ann, ils acceptent. Le voyage commence le jour suivant, très tôt. D’autres

filles du village les accompagnent. C’est la première fois que Mary-Ann quitte Samar et la première fois qu’elle prend le ferry. Elle a mal au cœur, à cause des vagues, mais est pleine d’espoir. Depuis le taxi, sur le chemin du terminal ferry à Manille, de hautes maisons et de larges rues défilent devant ses yeux. Des enseignes au néon brillent et les vitrines des boutiques scintillent dans la nuit. Mais quand le taxi s’arrête, Mary-Ann est déçue.

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à la prostitution Derrière de hauts murs, se cache une petite maison sale. – Où est le restaurant ? demande-t-elle. – Vous devez vous reposer d’abord, dit sèchement Nena. Elle pousse les filles dans la maison et les laisse seules dans une petite pièce. Les autres s’endorment rapidement, recroquevillées sur le sol. Mais Mary-Ann reste éveillée longtemps. Le comportement de Nena est bizarre et il y a quelque chose qui ne va pas. Prisonnières au bordel

Le matin suivant, Nena leur dit la vérité. Il n’y a pas de tra-

vail au restaurant. Les filles doivent travailler dans une maison de passe et vendre leur corps à des hommes inconnus. Mary-Ann est choquée. – Pourquoi tu ne l’as pas dit? crie-t-elle. Je ne t’aurais jamais suivie. Maman n’aurait jamais accepté. Mais Nena s’en va. MaryAnn essaie de la suivre, mais la porte est fermée à clé. Les filles se précipitent à la fenêtre et voient un gardien à la grille. Elles sont prisonnières dans un bordel. Après une attente interminable, un homme vient les chercher et les entraîne dans

une autre chambre remplie de filles en sous-vêtements assises par terre. Soudain MaryAnn voit ses cousines de Samar. Elles aussi ont été leurrées par Nena. L’une d’elles, Paula, raconte que les filles sont enfermées jour et nuit et ne sont relâchées que quand elles doivent s’occuper d’un client. Les hommes qui travaillent dans le bordel sont appelés maquereaux. Ils surveillent les filles et les emmènent dans les hôtels des clients. Paula a pitié de MaryAnn, qui pleure et dit qu’elle veut retourner à la maison. – Nena prend tout l’argent que nous gagnons, mais par-

Mary-Ann a été sauvée de l'esclavage sexuel dans la maison de prostitution et a trouvé refuge dans le foyer pour filles de Cecilia.

fois les clients nous laissent quelque chose, dit Paula. J’en ai mis un peu de côté et je peux payer ton billet de retour. Mais quand Nena revient, elle dit que Mary-Ann doit rester. – L’argent de Paula ne suffit pas. Tu me dois beaucoup d’argent et tu dois travailler. Tu n’as pas le choix. Un des maquereaux emmène Mary-Ann chez un médecin. – Gare à toi si tu parles, la prévient-il en chemin. Nena veut savoir si MaryAnn a des maladies et si elle est vierge. Mary-Ann appren81

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Aux Philippines, des dizaines de milliers de filles provenant de familles pauvres sont vendues par des trafiquants d'êtres humains à des clubs sexuels ou à des bordels.

dra que les clients payent plus pour les filles jeunes et vierges. Elle est la plus jeune au bordel et elle a beaucoup de valeur pour les trafiquants. Le médecin a des doutes. Elle pose beaucoup de questions, mais le maquereau est présent et Mary-Ann n’ose pas demander de l’aide. Nena donne un savon spécial à Mary-Ann en lui disant qu’elle doit le frotter sur sa peau trois fois par jour pour l’éclaircir. On lui donne aussi une robe courte et de minces sous-vêtements. Les vêtements de Mary-Ann sont laids et puérils, dit Nena. Mary-Ann fait un paquet de ses vêtements. Quand personne ne la voit, elle écrit une note à sa mère qu’elle cache parmi les vêtements. Ensuite, elle donne le paquet à Nena. Premier client

Le maquereau veut conduire Mary-Ann chez un client mais elle s’échappe et refuse de le suivre. Le jour suivant le maquereau se fâche. Il traite Mary-Ann de tous les noms et crie qu’elle ne peut pas seulement manger et dormir, elle doit travailler. Le maquereau force Mary-Ann à le suivre et la laisse dans une chambre d’hôtel. Le client, un homme d’affaires chinois, est irrité d’avoir dû attendre deux jours pour sa vierge. Il lui dit de se déshabiller et de prendre un bain. Elle commence à pleurer, tombe à genoux et le prie de ne pas la forcer. – C’est la première fois que je fais ça, on m’a obligée.

À la fin l’homme aussi se met à pleurer. – Je ne te toucherai pas. Mais ne le dis pas à ton maquereau, dit-il. Étends-toi et repose-toi. Mais Mary-Ann n’ose pas, elle a peur que l’homme l’agresse. – N’aie pas peur. J’ai des filles de ton âge, c’est pour cela que je ne te toucherai pas, dit-il. Quelques heures plus tard, Mary-Ann retrouve le

maquereau dans le hall de l’hôtel. – Ça t’a fait mal ? demandet-il. Mary-Ann baisse les yeux et secoue la tête. Mary-Ann tente de fuir

Le jour suivant, on emmène Mary-Ann dans une autre chambre d’hôtel. Le client a une blouse d’hôpital verte, comme les médecins. Il se fiche des larmes de MaryAnn.

– J’ai payé. Déshabille-toi et fait ton boulot, dit-il en poussant Mary-Ann sur le lit. Elle essaie de se libérer, mais il est trop lourd. Elle se sent étouffer. L’homme viole Mary-Ann. Puis il la jette hors de la chambre. Elle descend l’escalier, décidée à s’enfuir avant que le maquereau revienne. Mais au moment où elle court vers la sortie, elle est arrêtée par le personnel de l’hôtel qui téléphone à Nena.

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Mary-Ann, 17 AIME : Écrire des poèmes et lire. FAMILLE : Maman et six frères et

Dans le foyer pour les filles sauvées, il y a une petite chapelle catholique.

Cette nuit-là, Mary-Ann se recroqueville sur le sol de l’étouffante chambre sans fenêtres en pleurant d’épuisement et de douleur. Est-ce cela sa vie désormais ? Le sauvetage arrive

En même temps, dans le village de Samar, la mère de Mary-Ann a trouvé la lettre dans le paquet de vêtements. Elle va immédiatement à la police qui contacte la police de Manille. Le lendemain on frappe à la porte du bordel. À l’extérieur il y a la police et le service social. – Il n’y a pas de Mary-Ann ici, dit le maquereau. Mais Mary-Ann entend son nom et appelle à l’aide. Dans la voiture qui roule vers le poste de police, le maquereau lui dit tout bas qu’elle doit se taire. – Sinon s’en sera fait de toi et de ta famille. Mary-Ann a peur. Et si Nena envoie des gangsters pour tuer ses parents et ses frères et sœurs ? Elle refuse de répondre aux questions du policier et le maquereau peut retourner au bordel.

Mary-Ann est placée dans un des foyers de transition de Visayan Forum. Les autres filles qui ont été libérées du trafic d’êtres humains l’accueillent et Cecilia lui dit de ne pas avoir peur, elle est en sécurité. Alors, Mary-Ann parle. Ce qui permet à la police et à Visayan Forum de procéder à une autre opération de sauvetage et de libérer d’autres fi lles tenues prisonnières dans le bordel. Libre et heureuse

Avec l’appui de Cecilia et de Visayan Forum, Mary-Ann ose témoigner contre les trafiquants d’êtres humains au tribunal. – Je veux me venger, dit-elle à Cecilia. Ils m’ont volé mon enfance. Avant et pendant le procès, Mary-Ann et sa famille reçoivent des menaces de mort. Mais Mary-Ann ne se laisse pas intimider et sa famille la soutient. Finalement Nena est condamnée à la prison. Mais Mary-Ann sait que d’autres ont pris la relève et qu’ils recrutent déjà des fi lles pour

un nouveau bordel. C’est pour cela qu’elle continue à collaborer avec Cecilia et Visayan Forum pour informer sur le trafic des êtres humains et dénoncer des cas suspects. – Presque chaque famille dans mon village est touchée d’une façon ou d’une autre, dit-elle. Beaucoup d’enfants et de femmes ont été entraînés et exploités. Je déconseille à mes sœurs et aux fi lles du village de parler à des étrangers. Je dis : « N’écoutes pas les promesses d’un bon travail et d’un bon salaire, même pas de la part de gens que tu connais » J’ai moi-même été vendue par un membre de ma famille.

sœurs – papa est décédé. VEUT ÊTRE : Assistante sociale. IDOLES : Les stars de la télé Kris Bernal et Aljur Abrenica. ADMIRE : Cecilia et les autres de Visayan Forum.

Mary-Ann se réveille encore souvent la nuit, le cœur battant ou en sueur, en proie à des cauchemars. Mais elle est heureuse d’être libre et elle va de nouveau à l’école. – Je vais faire une formation d’assistante sociale et travailler pour Cecilia, dit Mary-Ann. Je veux être comme elle et sauver les filles de l’esclavage et de la maltraitance. 

Mary-Ann et ses nouvelles amies se battent ensemble contre le trafic d'êtres humains.

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Ruby a gagné contre la

trafiquante d’êtres humains

Ruby n’oubliera jamais le jour où, dans la salle du tribunal, la trafiquante d’êtres humains fut condamnée à la prison à vie. Elle et Cecilia pleurèrent quand la sentence est tombée. C’était une victoire historique.

 TEXTE: CARMILL A FLOYD PHOTO: KIM NAYLOR

A

14 ans Ruby fut victime d’une trafiquante d’êtres humains. Elle était l'aînée et vivait, avec sa famille, dans une région pauvre, du nom de Mandaluyo. – À douze ans, j’ai dû quitter l’école pour travailler. Mon beau-père était chômeur et il dépensait tout notre argent à boire. Il me battait moi et ma mère, se plaignait tout le temps de moi. Un jour, une de mes amies a dit que sa tante Nellie pouvait nous trouver un travail dans un restaurant d’une station balnéaire. J’y ai vu une occasion de fuir les plaintes de mon

beau-père et de ma mère. Avec un bon salaire, je pourrais envoyer de l’argent à la maison. Ruby et cinq autres fi lles se retrouvèrent chez la tante de l’amie. – Nellie nous a montré nos vêtements de travail; des chemisettes et des mini jupes. Elle nous a demandé si nous étions vierges. Ça m’a rendue nerveuse, mais mes amies ne semblaient pas inquiètes, alors je n’ai rien dit. Nellie a dit qu’on pouvait dormir chez elle et partir le lendemain. Je n’ai pas eu le temps de parler à ma mère. Le lendemain, nous

avons pris l’autobus et sommes arrivées quatre heures après au terminal du ferry de Batangas.

Interrogée par la police

Au moment même où Nellie et les fi lles allaient embarquer, elles furent arrêtées par un gardien. Il soupçonnait

Les échoppes dans la région de Ruby doivent se protéger des voleurs !

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Le diplôme et les prix scolaires de Ruby. À gauche: les filles sauvées portent des masques lors de l'inauguration de la Maison sûre de Cecilia.

Nellie d’être une trafiquante et il appela la police. – La police m’a demandé mon âge, dit Ruby. D’abord j’ai dit 18 ans, comme Nellie m’avait dit de dire. Puis j’ai dit 16 ans. « Tu as l’air d’en avoir 12 » m’a dit le policier. Il était gros avec une grosse

voix. J’ai eu peur et j’ai dit la vérité. Au poste de police, Ruby rencontra Chris, une assistante sociale appartenant à Visayan Forum, l’organisation de Cecilia. – Chris m’a inspiré confiance. Elle m’a expliqué que nous avions failli être vendues à un bordel, dit Ruby. Que nous avions été sauvées à la dernière minute et que Nellie finirait en prison si nous témoignions. Mais je n’osais pas répondre à d’autres questions. Ruby et ses amies furent conduites au foyer de transition de Cecilia. Les fi lles plus âgées étaient furieuse et voulaient s’en aller. – Je voulais rester mais je n’osais pas me dresser contre mes amies. À la fin, nous avons réussi à nous échapper, mais la police nous a rattrapées. Après cela, je me suis fait de nouvelles amies au foyer. J’ai appris plus de choses sur la traite des êtres humains et j’ai rencontré des filles qui avaient été esclaves sexuelles dans des bordels. J’ai compris que j’avais eu de la chance d’avoir été sauvée à temps. Alors je voulais que ceux qui m’avaient trompée, soient punis. Pas seulement pour moi, mais pour mes amies.

pensé que j’étais plus importante que l’argent. Sentence historique

Nellie fut condamnée à la prison à vie. Pour la première fois, un trafiquant d’êtres humains était condamné aux Philippines, pris en train de transporter ses victimes. – J’étais heureuse mais aussi triste pour Nellie. J’ai su qu’elle aussi avait été victime de trafic d’êtres humains et qu’elle venait d’avoir un enfant. L’homme d'affaires, propriétaire du bar où on devait nous conduire l’avait obligée à recruter des fi lles. A présent, Nellie est en prison, mais l’homme d’affaires est libre. Ce n’est pas juste. Aujourd’hui Ruby vit de nouveau avec sa famille. Le temps passé au foyer de transition, lui a procuré la

confiance dans l’avenir et une meilleure confiance en soi. Elle peut tenir tête à ses parents. Elle parle souvent du trafic d’êtres humains lors de manifestations et soutient les autres fi lles. – Je fais une formation d’assistante sociale. Mon rêve est d’avoir un foyer, une famille et de travailler pour Visayan Forum. C’est ma façon de les dédommager pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Cecilia m’a inspirée. Elle a permis à des milliers de filles de reprendre possession de leur vie et n’arrête jamais de se battre pour nous. 

Chez Ruby - une chambre pour toute la famille !

Menacées de mort

Robileen ”Ruby” Acebo, 20 VEUT ÊTRE : Assistante sociale et travailler pour Cecilia et Visayan Forum AIME : Danser, mais je suis trop timide ! Écrire des poèmes. N’AIME PAS : Le bruit et les injustices. Que les filles soient abusées et maltraitées. ADMIRE : Cecilia. Elle m’a sauvée et m’a inspirée à aider les autres.

Ruby et une autre fi lle acceptèrent de témoigner lors du procès, mais elles furent menacées de mort, ainsi que leur famille. – Parfois, je me sentais désespérée et je voulais renoncer, se souvient Ruby. Mais Cecilia et Visayan Forum m’ont aidée à continuer. La première fois que j’ai témoigné, j’avais très peur. La famille et les amis de Nellie étaient là avec une mine menaçante. Plus tard, j’ai appris qu’on avait offert beaucoup d’argent à ma mère pour qu’elle m’empêche de témoigner. Mais elle a refusé. J’ai été surprise mais aussi fière et heureuse que maman ait 85

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Le théâtre des rues des enfants met en garde contre le trafic des êtres humains.

Enfants contre le trafic d’êtres humains Lorsqu’un incendie frappa la région pauvre de Pandacan, 50 foyers perdirent leur maison. Beaucoup d’enfants durent arrêter l’école et travailler pour survivre. Dane Padel, 12 ans, était l’un d’eux. Dane va de nouveau à l’école grâce à la bourse du club pour les droits de l’enfant de Cecilia, à Pandacan. Dane et les autres enfants qui ont été sauvés du travail se battent en faveur des droits de l’enfant. – On fait du théâtre dans les rues pour mettre en garde les enfants et les adultes contre les trafiquants, raconte Dane. Lui et ses amis ont aussi fait des t-shirts contre le trafic d’êtres humains. Dane a écrit sur le sien « Arrêtez les abus » Dane Padel

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Victor Reyes, 11 AIME : L’école, surtout les maths. DANS LE CLUB POUR LES DROITS DE L’ENFANT : Fait du théâtre.

Aime jouer et n’est jamais nerveux. VEUT ÊTRE : Policier. Je veux mettre les menottes à tous les trafiquants d’êtres humains et de drogue, pour protéger les enfants. La police ne vient jamais dans nos quartiers. ADMIRE : Ma grand-mère. C’est une des chefs de Visayan Forum dans notre quartier. AIME : Quand nous avons fêté Halloween. N’AIME PAS : Les incendies. Quand j’ai su que Visayan Forum aidait les victimes du grand incendie, je me suis inscrit au club pour les droits de l’enfant.

Geronimo Garcia, 13 DANS LE CLUB POUR LES DROITS DE L’ENFANT : Je rencontre

mes amis, fais du théâtre, chante et danse. Je suis un bon acteur. On m’aide aussi pour les frais de scolarité. AIME : Ma grand-mère. Maman m’a laissé chez elle il y a sept ans et n’est jamais revenue. Grand-mère est aveugle, alors je l’aide pour tout. Nous n’avons presque pas d’argent, les voisins nous donnent de la nourriture. N’AIME PAS : Quand les gens boivent, se battent et crient. Il y a des bandes ici qui se battent. Je les évite. VEUT ÊTRE : Styliste et artiste. Surtout pour dessiner des robes de soirée. RÊVE DE : Mettre fin à la violence dans mon quartier et dans mon pays. LA PLUS BELLE EXPÉRIENCE : La visite au parc d’attraction ‘Le royaume enchanté’. LA PIRE : Le grand incendie. Il a détruit la vie de beaucoup. Prends garde ! Kert Quiambo, 12 Je ne suis pas à vendre ! Renamae Timoteo, 10

Ne parle pas à des étrangers ! Charlie Fernando, 11

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s

L’actrice Maricar Maricar, 13 ans, adore le club pour les droits de l’enfant de Cecilia. Tous les jours après l’école, elle répète avec ses amis les pièces des enfants contre le trafic d’êtres humains.

Maricar et sa famille n’ont pas de maison, rien qu’un étroit banc et une armoire dans une des ruelles de la région pauvre de Pandacan. Sur le banc dorment ses parents. Maricar et son frère dorment par terre chez des parents. – Un jour j’espère qu’on aura une maison à nous, dit-elle. J’aimerais une jolie petite maison avec quatre chambres. Avant, Maricar devait travailler pour aider sa famille, mais aujourd’hui le club pour les droits de l’enfant lui paie les frais de scolarité. – Ce que je préfère c’est le groupe de théâtre, on apprend aussi à danser. Nous jouons des scènes sur le trafic d’êtres humains. Dans une scène, je joue une bonne qui est maltraitée par son patron et qui va à la police. Diffuse la connaissance

Maricar range ses vêtements dans une armoire dans une ruelle. C’est là que se trouve tout ce que sa famille possède, puisqu’ils n’ont pas de maison. Vêtements de jeu – Voici mes vêtements de jeu. Ils sont très confortables. Les sandales en plastique sont pratiques et bon marché. Surtout pendant la mousson. Il y a souvent des inondations à Pandacan. J’aimerais des chaussures à talons et des chaussures ballerines à carreaux, mais elles sont trop chères.

– Je dis : « Ne sois pas aveugle, sois attentif. Si quelque chose te paraît suspect, ne sois pas passif, fais quelque chose ! » « Ma mère s’est étonnée d’un tas de choses que je lui ai racontées. Comme le crime organisé et les gens qui achètent et vendent des enfants. Si les trafiquants essaient de me recruter, je les dénonce à la police. S’ils essaient de m’enlever, je me débats. Je sais me battre ! Quand Maricar entend qu’un trafiquant a été condamné à la prison, elle est soulagée. – Mais cela arrive trop rarement, dit-elle.

Uniforme scolaire – À l’école il faut porter chemise blanche et pantalons roses. Nous les achetons d’occasion aux enfants plus grands. Maintenant, ce sont les vacances d’été, l’école et mes amis me manquent. Vêtements de fête – Quand je danse les danses philippines, comme Tatarin et BulingBuling, j’emprunte les vêtements au club des droits de l’enfant. J’adore les fêtes, surtout celle de Santo Niño. On joue et on danse dans les rues. Santo Niño, l’Enfant Jésus, est l’ange gardien de Pandacan. Au XIX siècle, la région fut attaquée par l’armée espagnole. Mais, selon la légende, les soldats cessèrent de tirer quand ils virent un petit garçon qui jouait devant leurs canons. Les habitants de Pandacan dirent que c’était sûrement l’Enfant Jésus. Depuis, chaque année, au mois de janvier on célèbre la mémoire de Santo Niño.

 TEXTE: CARMILL A FLOYD PHOTO: KIM NAYLOR

Maricar a appris beaucoup sur le trafic d’êtres humains et sur les droits des enfants. Elle instruit tous ceux qu’elle rencontre: famille, voisins et copains de classe.

La garde-robe de Maricar

Maricar avec sa famille. L’étroit banc et l’armoire dans la ruelle sont leur « maison »

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PouRquoi MoniRa a-t-elle été noMinée ?

 TexTe: MONICA Z AK phOTO: KIM NAYLOR

Monira Rahman est nominée au Prix des Enfants du Monde 2011 pour son courageux combat afin de mettre fin à l’agression à l’acide et à l’essence qui sévit au Bangladesh. La plupart des victimes sont des filles, mais aussi des femmes, des garçons et des hommes. La cause, dans le cas des filles, est souvent la jalousie, pour les hommes, un désaccord concernant la terre. Il y a toujours eu beaucoup d’attaques à l’acide, mais auparavant, les autorités n’en avaient pas connaissance, les journaux n’en parlaient pas. Grâce à Monira, les choses ont changé. Elle a participé à la création de ASF, Acid Survivors Foundation (Fondation pour les survivants d’agressions à l’acide), en faveur de tous ceux qui ont survécu à des attaques à l’acide ou à l’essence. L’organisation a vu le jour en 1999. Les premières années, il y avait plus d’une agression à l’acide par jour au Bangladesh. Aujourd’hui, les agressions ont baissé de moitié, mais le but est que d’ici à 2015, plus personne, enfant, fille, femme ou homme ne soit victime de ce type de violence. ASF aide les survivants à retrouver une vie active et digne. A l’aide d’opérations plastiques, si nécessaires. Les blessés sont aujourd’hui les plus actifs militants anti-violence.

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NOMINÉ E • Pages 88–105

Monira Rahman La première fois qu’elle vit une fille au visage détruit par un homme qui lui avait lancé de l’acide corrosif, Monira Rahman reçut un choc. Elle avait peine à imaginer que dans son pays, le Bangladesh des hommes veuillent défigurer à vie des filles. La raison en était souvent la jalousie. La deuxième fois, Monira s’évanouit. Mais depuis, elle et son organisation ASF ont lutté sans trêve pour sauver des filles – et des garçons – blessés par de l’acide ou de l’essence, qu’on avait incendié et déversé sur eux. Monira et ASF ont même réussi à réduire de moitié les attaques au Bangladesh.

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onira Rahman est une femme gaie et dynamique. Elle n’a pas toujours été ainsi. – Quand je suis née, mon pays appartenait au Pakistan et s’appelait Pakistan Oriental, raconte Monira. J’avais six ans quand une guerre civile a éclaté. Notre maison a été brûlée, nous avons dû nous enfuir, mon père est mort du choléra et nous étions très pauvres.

Mais notre pays est devenu indépendant et depuis il s’appelle Bangladesh. Ma mère s’est installée avec nous, six enfants, à Dhaka, la capitale.

J’avais alors sept ans. – Mon frère aîné est devenu chef de la famille. Il s’est lancé dans les affaires, ça s’est bien passé et notre situation s’est

Monira manifeste avec les victimes d’agressions à l’acide ou à l’essence. Des milliers d’hommes participent aussi à la manifestation.

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– Nous avons des centaines de survivants qui se battent contre les agressions à l’acide et à l’essence. Ils manifestent, rencontrent des personnalités politiques et dénoncent les coupables, dit Monira.

bien améliorée. J’allais à l’école mais, je craignais l’aprèsmidi quand mon frère aîné rentrait. Il me critiquait moi et mes sœurs. Il se moquait de nous. Il nous punissait pour la moindre bêtise. Il nous battait. J’avais très peur de mon frère. J’ai décidé que je ne me marierai jamais. Professeur important

Au collège, Monira eut un professeur qui l’aimait et qui croyait en elle. – Elle m’a dit que j’étais une bonne élève. Elle m’a encouragée à oser, à m’engager dans des clubs de débats pour exprimer mon opinion. Elle m’a donné confiance en moi. Aujourd’hui quand je rencontre quelqu’un qui a été blessé par de l’acide ou de l’essence, j’essaie d’agir de la même façon. Je leur montre que je les aime et j’essaie de leur donner confiance en eux. Suite à la rencontre de ce professeur, Monira est devenue meneur d’étudiants et a manifesté dans les rues. Avec ses camarades elle fut arrêtée.

Beaucoup furent battus et blessés. – J’ai acquis la conviction que nous devions changer la société, mais pas avec la violence. La seule façon c’est de dialoguer jusqu’à ce qu’on trouve une solution. Lors d’une grande famine et un violent cyclone, suivi de fortes inondations, Monira et d’autres étudiants ont préparé des repas qu’ils partageaient avec les plus démunis. Monira vit beaucoup de misère. Après ses examens universitaires, elle travailla comme assistante sociale pour une organisation qui assistait les femmes et les enfants sans domicile. A ce moment-là, les enfants et les femmes qui vivaient dans la rue, étaient arrêtés par la police et enfermés dans des endroits horribles.

des enfants à l’extérieur. Ils ont jeté une balle à l’intérieur par la fenêtre et je croyais qu’ils jouaient. Mais ce n’était pas une balle c’était du papier froissé. Je l’ai déplié et j’ai lu : Allez à la toilette des garçons. La porte était fermée mais j’ai pu l’ouvrir. À l’intérieur, il y avait un garçon entre cinq et six ans, couché sur le sol et attaché. Il avait une forte fièvre et une jambe cassée. Le personnel l’avait maltraité et lui avait cassé la jambe parce qu’il avait fait pipi dans sa

Garçon maltraité

– Une fois, je suis allée voir un orphelinat à la campagne. On m’a fait faire un tour et je n’ai rien vu d’anormal. Après la visite, nous étions dans le bureau d’où on pouvait voir

Même le gouvernement a écouté Monira et ASF.

culotte. Cette fois-là, j’ai été contente de pouvoir intervenir. Monira a travaillé longtemps avec des filles et des femmes sans domicile qui avaient été enfermées. – Elles vivaient dans une grande maison rouge en ruines. Elles étaient enfermées dans de grandes salles, souvent sans fenêtres. Il pouvait y avoir une centaine de personnes dans la même salle. Le premier jour j’ai vu une femme qui avait les pieds et les mains liés. J’ai coupé la corde et je l’ai libérée. Alors, le directeur m’a appelée et m’a réprimandée. J’ai répondu qu’on ne traitait pas un être humain de la sorte. Le plus haut placé des chefs n’a rien dit mais, il était sûrement de mon avis, car je n’ai pas été licenciée. – Ces filles et ces femmes vivaient dans la terreur. Toutes les nuits, plusieurs d’entre elles étaient violées par le personnel. Certaines ne savaient même plus comment elles s’appelaient ou d’où elles venaient. Elles n’avaient pas de papiers. J’ai commencé à 89

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Monira plaisante avec Sweety et lui insuffle du courage avant l’opération.

me renseigner pour savoir qui elles étaient et j’ai réussi à retracer quelques familles. Une femme avait été enfermée pendant 21 ans. J’ai pu la faire parler et j’ai retrouvé sa famille. Je l’ai vue reprendre goût à la vie. C’était fantastique de voir ça. Et j’ai eu la satisfaction de la voir quitter la grande maison rouge pour repartir dans sa famille. – Pendant ces années j’ai appris qu’il ne faut pas avoir peur de se jeter dans les tâches les plus ardues et qu’il faut trouver la force en soi avant de pouvoir la donner aux autres. La première victime de l’acide

Il y a treize ans, elle rencontra

deux filles qui avaient été attaquées à l’acide corrosif. – Des hommes avaient jeté de l’acide sur elles pour détruire leur beauté pour toujours. C’est à peine si je savais que ces choses se produisaient dans mon pays. On n’en parlait pas. Je n’avais lu qu’un petit article sur l’attaque à l’acide. Et là, je me trouvais devant une fille de 17 ans complètement défigurée par l’acide. Tout le visage avait fondu et elle avait perdu un œil. J’étais bouleversée. Quand l’une d’elles commença à parler, je sentis sa force. Elle racontait, souriait, riait, elle vivait malgré ses graves blessures. Et au lieu de voir

un visage déformé, j’ai vu une fille, un être humain. Mais la nuit j’ai eu des cauchemars. J’ai rêvé d’acide que l’on jette… je voyais de la chair et des os qui fondaient… des visages défigurés… j’entendais des cris. Chaque fois que je me réveillais, je pensais : Comment est-ce possible dans mon pays ? Et où ces filles puisent-elles la force de se montrer et de raconter pourquoi elles ont été attaquées. Je me suis évanouie

– Les médias se fichaient de ces filles. Mais elles avaient éveillé mon intérêt. Je voulais en savoir plus. En allant dans

les hôpitaux, j’ai découvert que, dans le service des grands brûlés, il y avait beaucoup de gens blessés à l’acide. Et il arrivait tous les jours de nouveaux patients. C’étaient des enfants, des filles, des femmes, des garçons et des hommes, mais la plupart c’étaient des jeunes filles. Tous pleuraient, il n’y avait pas assez de lits pour tout le monde, pas de médecins. Des conditions épouvantables. Je me suis évanouie deux fois. – Je me souviens de la deuxième fois où je me suis évanouie. Une fille est arrivée, brûlée à 50%, son dos n’était qu’une plaie ouverte. Je me souviens de m’être dit qu’elle ne survivrait pas. On l’a transportée dans un hôpital privé. Mais, même là, les conditions étaient horribles. Le pire c’était la puanteur, du pus sortait des brûlures de la fille. Je me suis évanouie. Une infirmière m’a fait sortir. Quand je me suis sentie mieux, nous sommes rentrées L’opération est terminée et Monira félicite Sweety car tout s’est bien passé.

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Les enfants victimes d’attaques à l’acide ou à l’essence se retrouvent dans les locaux de ASF pour jouer et peindre.

qui travaillent avec eux. Monira avait aussi peur d’être attaquée. La première année, elle emportait toujours avec elle une bouteille d’eau. Les chirurgiens lui avaient dit que la première chose à faire après une attaque, était de verser de l’eau sur les brûlures. Aujourd’hui, au Bangladesh on sait que l’on doit verser des seaux et des seaux d’eau sur le blessé le plus longtemps possible. Les blessures sont ainsi moins importantes. Et tout le monde sait que si le blessé arrive à l’hôpital de ASF dans les 48 heures, les chances de survie sont très grandes et les blessures moins graves. Aujourd’hui les gens savent

de nouveau. La fille a survécu. Et je ne me suis plus jamais évanouie. A créé ASF

l’ont appelée ASF, Acid Survivors Foundation (Fondation pour les survivants d’agressions à l’acide). Aujourd’hui, Monira est la directrice de ASF. – Nous avons commencé en 1999, il y a onze ans. Nous n’avions pas un sou. Mais nous savions que c’était nécessaire. Il y avait tous les jours une nouvelle agression à l’acide. Aujourd’hui il y en a deux fois moins, aujourd’hui il y a une nouvelle agression un jour sur deux. Mais notre but est de faire cesser ce type de violence, pour qu’aucun enfant, fille, jeune femme ou homme ne soit agressé à l’acide. Nous nous occupons aussi des personnes à qui on a versé de l’essence sur le corps avant de l’allumer.

Monira avait compris que les attaques à l’acide étaient fréquentes. Souvent la cause en était la jalousie. Quand une fille ne voulait pas se marier avec un homme, il l’aspergeait d’acide pour la punir. Et de l’acide on en trouvait partout. On l’utilisait dans l’industrie textile, dans la confection de bijoux, dans les batteries des voitures. Chaque jour quelqu’un était attaqué à l’acide. La plus grande partie des victimes étaient des filles de moins de 18 ans et des enfants. Mais les femmes et les hommes étaient aussi attaqués. Les raisons pour lesquelles les hommes étaient victimes d’attaques à l’acide, Peur d’être agressée provenaient le plus souvent de Au début c’était difficile. disputes liées à la terre. Monira – Cela m’a pris une année sentit qu’elle devait faire quelavant que je puisse regarder que chose. Mais quoi ? les blessés sans reculer ou Monira rencontra John pleurer. Il faut faire face si on Morrison, un chirurgien veut donner de la force aux canadien. Ils décidèrent de créer une organisation qui Monira rafraîchit le visage d’une aiderait les survivants. Ils jeune femme après l’opération.

victimes. C’est bien pire pour elles. Être attaqué à l’acide ou à l’essence est très difficile émotionnellement. En un instant, leur vie change radicalement. Personne ne les reconnaît. Les personnes les plus chères n’arrivent pas à les regarder. Ils s’osent pas affronter leur image dans un miroir. Au début, c’était difficile pour nous aussi. On retournait au bureau et on se disputait. On se défoulait. Mais nous avons beaucoup parlé de ce que nous ressentions et nous nous sommes sentis mieux et plus forts. Aujourd’hui nous avons des psychologues à ASF qui aident les survivants, mais aussi ceux

– On ne m’a jamais attaquée et maintenant je n’emporte plus de bouteilles d’eau avec moi. Aujourd’hui, les gens connaissent ce type de violence. Nous avons des centaines de survivants qui sont aussi des militants. Ils manifestent. Ils rencontrent les hommes politiques. Ils dénoncent les coupables. Ils recherchent d’anciennes victimes et leur disent que, même si les blessures sont vieilles, à ASF on peut les aider. Ils rassemblent des milliers d’hommes qui manifestent contre la violence faite aux femmes à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Nous avons aussi réussi à créer un centre avec une clinique où opèrent des chirurgiens spécialisés. Le traitement est entièrement gratuit.

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Pour les opérations les plus importantes, on envoie les blessés à l’étranger. A certains il faut refaire un nouveau nez, à d’autres un nouveau visage. Nous avons des juristes qui nous aident à faire en sorte que les coupables soient arrêtés et condamnés. Nous avons 80 employés, dont 20 sont des survivants. ASF a réussi à convaincre le gouvernement de modifier la loi. L’organisation a aussi attiré des personnalités qui ont participé à des galas de soutien et ASF a aidé à la réalisation d’un manuscrit pour un beau film sur une écolière victime d’une agression à l’acide. La récompense : un sourire

Monira n’entend pas s’attirer les mérites de tous les succès. Elle estime que ce sont les survivants eux-mêmes qui ont tout réalisé. – Nous, qui travaillons avec les victimes, nous essayons de leur apprendre à être forts. A ne pas se cacher à la maison, à oser sortir et à montrer leur

visage déformé. Nous faisons tout pour qu’ils reconnaissent leur valeur, qu’ils fassent une formation, se marient, aient des enfants. La plus grande récompense pour moi est de les voir sourire de nouveau. La fille de 17 qui m’a donné envie de m’engager dans la guerre contre l’acide, vit aujourd’hui aux États-Unis et sera bientôt infirmière. – Ce qui me rend le plus heureuse, c’est de rencontrer tous ceux qui s’en sont bien tirés. Je me souviens de la petite Bubly. Elle avait sept mois et personne ne pensait qu’elle survivrait. C’était son père qui l’avait aspergée d’acide parce qu’il voulait un garçon et non une fille. On l’a opérée plusieurs fois. Aujourd’hui, elle a dix ans, elle est pleine de vie et tout le monde ici l’adore. Beaucoup de survivants étudient. ASF paye leurs études aussi longtemps qu’ils veulent étudier. Mariée, malgré tout

Monira raconte ceci dans son

petit bureau. Ensuite elle rencontrera des représentants d’une organisation internationale qu’elle devra convaincre de soutenir son travail. Elle doit constamment courir après l’argent pour assurer la survie de ASF. – Quand je reviendrai de la réunion, je rencontrerai des enfants blessés. Certains ont subi de nouvelles opérations, d’autres viennent pour être avec nous. Une fois par semaine, nous dessinons. Après, j’irai dans les services pour parler aux nouveaux opérés. Puis j’irai chez moi, retrouver ma famille. Petite, Monira avait décidé qu’elle ne se marierait jamais. – Mais, j’ai rencontré un homme qui était comme moi. Il avait aussi décidé de ne jamais se marier. Il était photographe à la télévision et présentait des problèmes sociaux. Il voulait aussi changer les choses. Il avait une grande énergie. Nous nous ressemblions beaucoup. Nous sommes tombés amoureux et

– La plus grande récompense pour moi, c’est de voir quelqu’un sourire de nouveau, dit Monira.

nous sommes mariés. Aujourd’hui nous vivons dans un petit appartement et nous avons deux garçons de 8 et 12 ans. Ils sont souvent avec moi au travail. Mes garçons ne voient pas les cicatrices, ils ne voient pas les blessures, ils ne voient que des amis. C’est ici qu’ils fêtent d’habitude leurs anniversaires. 

Quand Monira et ASF ont commencé leur travail, il y avait en moyenne une attaque à l’acide par jour. Grâce aux manifestations et à l’information, le nombre des attaques est diminué de moitié.

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Sweety veut être détective

Pendant une année entière, Sweety, 14 ans, resta enfermée dans la maison de sa sœur. Elle ne sortait jamais, assise dans un coin, elle pleurait. Un châle recouvrait toujours sa tête. – Je refusais de montrer mon visage. Quand elle apprit l’existence de ASF, l’organisation de Monira et sut qu’on pouvait l’aider par une opération plastique, Sweety retrouva le goût de vivre. Elle décida de devenir détective pour dénoncer tous les hommes qui lui font du mal à elle et aux autres filles.

V

laisserait tranquille. Mais il dit dans tout le village que Sweety était folle de lui et qu’ils allaient se marier. Il donna même la date du mariage. – Quand son père, mon oncle, est venu à la maison pour parler du mariage, je lui ai dit que je n’étais pas du tout amoureuse. J’ai expliqué que c’était son fils qui m’importunait. Mais le cousin commença à dire qu’il allait se suicider en

avalant du poison si Sweety ne l’épousait pas. – J’ai essayé de faire entendre raison à son père qui est policier. Mais, il m’a simplement dit que si son fi ls se suicidait à cause de moi, je déshonorerais la famille. « Tu dois l’épouser » Ma vie est un enfer

Le père de Sweety vivait ailleurs. Sweety et sa mère furent obligées d’accepter.

– Je savais qu’il n’était pas bon, il buvait et fumait de la marijuana, mais j’ai été obligée de l’épouser. Je n’avais que 13 ans. Après le mariage, mon mari m’a dit : Je me suis marié avec toi pour te punir. Désormais ta vie sera un enfer. La vie de Sweety devint vraiment insupportable. Elle dut quitter l’école. Elle fut maltraitée. Quelque temps

 TEXTE: MONICA Z AK PHOTO: KIM NAYLOR

oici ce qui est arrivé : Sweety habitait dans un village. Elle était toujours joyeuse, riait beaucoup et adorait danser. Elle était très bonne à l’école. – Un jour, j’avais 13 ans, un cousin de quatre ans mon aîné m’a rattrapée sur le chemin de l’école. Il m’a dit : Je t’aime. Je veux t’épouser. Je lui ai dit que d’abord, je ne voulais pas me marier, j’étais trop jeune. « Ensuite, je n’ai pas de sentiments pour toi. Nous avons joué ensemble, je me sens comme ta petite sœur. D’ailleurs, on ne se marie pas entre cousins » Sweety croyait que le cousin oublierait tout cela et la

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Sweety attend l’opération qui fera que sa bouche ne pendra plus.

Sweety sera endormie, elle aura subi une anesthésie avant l’opération.

après, elle et son mari déménagèrent dans une ville où ils travaillèrent tous les deux dans une usine textile. – Nous travaillions dans des départements différents. J’ai su par une fille que mon mari avait une autre femme qui travaillait dans le même département. Le soir, je lui ai demandé si c’était vrai. Alors, il a sorti un couteau, m’a coupé au bras, a versé du sel dans la blessure et m’a dit: « Si tu cries, je te tue » Je n’ai pas crié, je pleurais en silence. Allah m’en a donné la force.

Menace de l’étrangler

Un autre jour, son mari réclama de l’argent à Sweety pour inviter sa nouvelle femme au ciné. Sweety refusa, alors il essaya de l’étrangler avec une corde. Quand le propriétaire de la maison où ils louaient une chambre accourut, le mari dit : « Ce n’est rien. Juste une petite scène de ménage » – Il avait une canne avec laquelle il me frappait. Une autre fois, il m’a réclamé de l’argent pour inviter son amie au restaurant chinois. J’ai refusé, mais il a pris l’argent

Elle attend avec nervosité le début de l’opération.

C’est bientôt l’heure de l’opération.

dans mon sac et il est parti. Je connaissais le restaurant, j’y suis allée et j’ai dit : Je n’accepte pas ce que tu fais. Je ne veux plus vivre avec toi. Je retourne chez ma mère. Il a répondu qu’il pouvait avoir autant de femmes qu’il voulait. Cinq à la fois et tout ça devant mes yeux. A mis le feu à l’essence

– Quand il est rentré ce soirlà, il m’a attachée et m’a frappée avec la canne. J’ai dû m’évanouir. Quand je me suis réveillée, j’étais en flammes. Les cheveux, la peau, les vête-

ments, tout brûlait. Il avait jeté de l’essence sur moi et y avait mis le feu. Par chance, le propriétaire a vu de la fumée et est accouru. Il y avait un seau d’eau devant la porte et il l’a vidée sur moi. Sweety survécut et fut conduite à l’hôpital. Elle fut obligée de payer les injections et le traitement. Son père vendit toute la terre qu’il possédait pour payer les soins. – C’était une période horrible. Les médecins étaient de vrais bouchers. J’étais convaincue qu’ils essayaient de me tuer.

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Sweety est endormie et l’opération de chirurgie plastique va commencer.

Enfermée

Trois mois plus tard, Sweety retourna à la maison. La bouche pendait, elle parlait avec difficulté. Elle ne pouvait presque pas bouger la tête et avait de vilaines cicatrices sur presque tout le corps. – Je ne faisais que pleurer et je ne sortais pas. Mais après une année ma sœur m’a dit que j’étais un poids pour eux. « Tu dois essayer de gagner de l’argent et aider maman et notre petit frère » J’ai donc été obligée de sortir. Mais c’était difficile de voir les gens reculer en voyant mon visage.

Sweety apprit la broderie. Deux postes de professeurs étaient libres mais on ne la prit pas. – J’étais trop laide. Tout ce que je pouvais faire c’était de faire venir chez moi des élèves de l’école primaire pour des cours d’appui. Je leur apprenais aussi la danse. J’ai repris l’école. Et je me suis occupée d’une petite bibliothèque. C’est là que j’ai commencé à lire des livres, surtout des policiers. Un jour la sœur de Sweety rencontra une femme qui connaissait ASF et avait, elle

aussi, été blessée par de l’acide corrosif. Elle lui parla de sa sœur Sweety. – Il n’y a pas longtemps que c’est arrivé, raconte Sweety radieuse. Cette femme m’a contactée et m’a parlé de ASF. Je n’avais jamais entendu parler de ASF. La femme m’a dit que si j’allais dans leur centre de Dhaka je serai opérée par d’habiles chirurgiens. Peur de l’opération

Sweety était très nerveuse en partant dans la capitale pour demander l’aide de ASF. Elle avait peur des hôpitaux et des

médecins. Les médecins lui avaient fait tellement mal juste après l’accident. Mais Monira et le reste du personnel lui ont beaucoup parlé, l’ont apaisée et lui ont dit que chez eux le traitement était entièrement gratuit et qu’on lui donnerait des antidouleur. « Nos chirurgiens sont très habiles et ils vont opérer ta bouche, ce sera possible de faire en sorte qu’elle ne pende plus. Et tu récupéreras la mobilité de la gorge » – Ici, j’ai rencontré beaucoup d’autres personnes qui ont subi des attaques à 95

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Les médecins prennent de la peau des cuisses et la greffent sur le visage.

Pendant plusieurs jours après l’opération, elle a des bandages autour de la moitié de la tête.

Sweety est curieuse et en même temps nerveuse quand les médecins commencent à enlever les bandages Qu’y a-t-il dessous ?

l’acide ou à l’essence et qui, aujourd’hui, vivent normalement. Ils m’ont donné du courage. J’ai aussi rencontré des enfants qui ont été blessés. J’ai dansé avec eux. Nous avons beaucoup ri ensemble. Mais tout au fond, je suis très nerveuse. J’ai si peur de l’opération. Le sourire de Sweety

Quelques jours plus tard, on opère Sweety. Après, les médecins disent que l’opération s’est bien passée. On a pris de la peau des cuisses et

on l’a greffée sur le visage. Pendant plusieurs jours, elle est enveloppée dans des bandages. Puis un jour, les médecins et quelques infirmières se rassemblent autour d’elle et commencent à enlever les bandages. Ils tendent un miroir. Sweety fixe le miroir. La bouche ne pend plus ! Elle peut parler sans entraves ! Doucement, elle tourne la tête, elle peut la bouger sans problèmes ! Alors Sweety sourit ! Et le sourire de Sweety se

Les infirmières enlèvent les restes du pansement. Sweety ne sait toujours pas de quoi cela a l’air...

propage sur les lèvres de tous ceux qui sont autour d’elle. Elle dit : – Je voudrais pleurer. Je voudrais pleurer de joie. Veut être détective

Sweety a dénoncé son ex mari pour le crime odieux qu’il a commis. Un ordre d’arrestation a été lancé contre lui. Mais il ne s’est rien passé. Il revient de temps en temps au village, mais on ne l’arrête jamais. Sweety pense qu’il a acheté la police. Elle sait qu’il vit dans le sud du pays et qu’il a une nouvelle femme.

– Mais je sais exactement ce que je vais faire. Je vais me faire faire d’autres opérations ainsi mon visage sera encore mieux. Et avec l’aide de ASF je vais étudier. Puis, je serai détective. Je serai un détective qui recherche tous les

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Sweety n’en croit pas ses yeux. Sa bouche ne pend plus. Bientôt le sourit apparaît. Elle est heureuse.

hommes qui échappent à la police et ainsi ils seront jugés. Je vais ouvrir l’agence de détectives Sweety. 

ve cti les a e t dé tous nt à l n u e i pe nt e r a e r c h ha p s e ro s h c Je rec ui é i ils vrir s u i s qu es q t ain ais o ctive m v e e t m e e é ho olic és. J de d y. p ug e et j nc Swe e l’ag

Le rêve de Monira d’un grand hôpital pour les survivants – L’acide corrosif est utilisé comme une arme même dans d’autres pays, dit Monira. Au Pakistan, en Ouganda, en Inde, au Cambodge… Mais ASF a des organisations sœurs dans d’autres pays aussi. Mon rêve est de pouvoir construire un grand hôpital moderne au Bangladesh. On y recevra les survivants d’autres pays et on organisera une formation et des cours sur des sujets différents. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Et nous avons tous le même but : mettre fin à l’utilisation de l’acide corrosif et de l’essence comme arme. 97

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Un jour dans la vie de Bubly, 10 ans, a passé beaucoup de temps à l’hôpital ASF. Son père voulait un garçon, quand il a eu une fille, il a essayé de la tuer en versant de l’acide dans sa bouche et sur ses pieds.

7h05 Seule avec l’ours en peluche Maman est partie travailler. Pour ne pas me sentir seule, je serre mon nounours. Je me sens toujours bien avec lui.

8h00 Ma robe préférée Quand je ne sais pas quoi faire, j’essaie des vêtements. Ça c’est ma robe préférée.

9h30 Sur le chemin de l’école Pour qu’on ne me kidnappe pas sur le chemin de l’école, je vais toujours avec une voisine et sa fille.

Quand c’est arrivé, la mère de Bubly, qui n’avait que 16 ans, a emmené sa fille à l’hôpital. Elle était très blessée, les dents, la bouche, la gorge, la langue étaient détruits. Depuis, Bubly est prise en charge par ASF et a été opérée plusieurs fois. Aujourd’hui elle peut de nouveau manger, parler et aller dans une école normale. Elle habite avec sa mère. Une fois par semaine, elle va au centre où elle rencontre d’autres enfants blessés.

7h30 Ne doit pas sortir Papa veut que j’aille vivre avec lui. Je ne veux pas. Il a une nouvelle famille. Si je vais chez lui, il va croire qu’il n’y aura pas de procès et qu’il ne devra pas aller en prison. Quand j’ai dit non, il m’a dit qu’il me kidnapperait. Alors, je sors seulement avec maman. Je vois les enfants jouer dehors, mais je ne dois pas sortir.

15h00 L’heure des devoirs De nouveau à la maison. D’abord je fais les devoirs. Le plus intéressant c’est l’anglais.

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e de Bubly 16h00 Bise à maman ! Enfin, maman est à la maison.

16h30 Jeu entre amies Avec mon amie Sadi, je joue avec les animaux en peluche, avec la poupée Barbie et à « snakes and ladders »

18h00 L’Heure de la danse Maman m’apprend aussi de nouvelles danses.

17h00 Musique avec maman Après le repas, maman m’apprend de nouvelles chansons et à jouer de l’accordéon.

18h30 S’il te plaît, maman… Je peux sortir et jouer avec les autres enfants ? Pas toute seule, dit maman.

18h35 Hourra! Maman sort avec moi.

Je me faufile sous la moustiquaire pour dormir. Bonne nuit, maman. Maintenant je sais ce que je veux devenir, je dis. Quoi ? dit maman. Chirurgien plasticien. Bonne idée ! Bonne nuit, Bubly ! 99

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19h30 Bonne nuit !

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Neela aurait été actr Le visage et le corps de Neela sont remplis d’horribles cicatrices. Il y a quelques années, elle était une très belle écolière de 15 ans forcée à épouser un homme de 20 ans plus âgé. Quand on lui demande si elle veut subir d’autres opérations pour son visage, Neela secoue la tête. – Je me suis habituée à mes cicatrices et c’est ainsi que je veux être à l’avenir, dit-elle. Aujourd’hui, Neela consacre beaucoup de temps au combat en faveur des autres victimes de l’acide corrosif. Elle veut aider Monira et ASF après toute l’aide qu’elle-même en a eu.

M

oi, qui voulais être actrice, raconte Neela. J’ai grandi à Dhaka, la capitale. Je fréquentais une école ordinaire, mais papa m’a inscrit dans une école culturelle où j’allais l’après-midi. J’y étudiais le chant, la danse et le théâtre. J’adorais la scène et le contact avec le public. J’avais décidé d’être actrice, de travailler au théâtre et d’interpréter des rôles qui dépeignent de graves problèmes et de grandes émotions.

 TexTe: MONICA Z AK phOTO: KIM NAYLOR

Mariée de force

Les vieilles photos de Neela, montrent une jeune fille au glamour d’une star de cinéma. Une de ces photos frappa la vue d’un homme qui travaillait à l’étranger et qui rentrait pour chercher une femme. – Mon oncle m’a raconté qu’un homme, à la simple vue d’une de mes photos, avait décidé de m’épouser. Moi et personne d’autre. J’avais 15 ans et je n’avais aucune envie de me marier. J’ai dit non. Mes parents me soutenaient. Mais un de mes oncles et une partie de ma famille ont essayé de nous influencer moi et mes parents. Cet homme,

qui s’appelait Akbar, avait 35 ans, mais il avait de l’argent et un bon travail à l’étranger. A la fin j’ai accepté de le rencontrer. Il ne m’a pas plu. Pas du tout. Et je ne voulais absolument pas me marier. La seule chose que je voulais c’était m’inscrire au collège et après devenir actrice. – Après la rencontre avec cet homme, je suis allée me coucher. Le matin suivant, mon père m’a dit qu’il avait accepté le mariage et avait signé quelques papiers. Son frère aîné et une partie de la famille avaient fait pression sur lui. Le mariage devait se faire immédiatement, ensuite Akbar devait retourner à son travail à l’étranger et moi je pouvais rester et continuer mes études. – Il m’avait promis que je pourrais continuer à vivre chez mes parents. Akbar avait dit : « Tout ce que tu veux faire, tu peux le faire, même si tu es mariée. Tu peux continuer à aller à l’école. J’aime bien les filles modernes » Une vie brisée

– Rien ne s’est passé comme promis. Ma vie a été brisée. Je n’ai même pas pu rester dans ma famille, j’ai dû le suivre

dans son village où vivait sa famille. La nuit de noces j’avais très peur. On m’a fait entrer dans une chambre où il y avait un lit. Je pleurais tout le temps. Il a essayé de me forcer, mais je ne n’arrêtais pas de pleurer. À la fin il a abandonné. Le jour suivant, il est parti à l’étranger pour reprendre son travail, mais moi, je devais rester chez ses parents. Ils avaient une ferme. On m’a enfermée dans la maison et je ne pouvais plus aller à l’école. Au lieu de cela je devais les

aider à la ferme. Ma bellemère se plaignait tout le temps. Je ne faisais pas la cuisine et je ne faisais rien de bien et je ne savais pas m’occuper des animaux et j’étais lamentable pour les récoltes. Je ne connaissais que l’école et je m’étais adonnée à la danse, à la musique et au théâtre. D’un coup j’aurais dû tout savoir des travaux de la ferme. Pour qu’ils me traitent mieux, mon père leur donnait de l’argent. Mais ça n’a servi à rien. Quelques mois plus tard, le jour que je craignais est

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ctrice – Je voulais être actrice et j’adorais être sur scène. J’ai d’abord refusé de me regarder dans un miroir après la première opération à la suite de l’attaque à l’acide. Mais tu m’as donné le courage d’oser me regarder et je ne me suis pas évanouie, dit Neela à Monira.

arrivé, mon mari est revenu. Nous n’avions toujours pas couché ensemble et, cette fois encore il a essayé. J’avais très peur de lui, mais j’étais aussi en colère. Je lui ai dit qu’on m’avait trompée. « Tu m’avais dit que je pourrais rester à la maison et continuer à aller à l’école » Il m’a battue et j’ai crié. Les gens à l’extérieur se demandaient ce qui se passait, mais il a dit « Ce n’est rien ! » Un verre avec de l’acide

– Puis il est sorti. J’étais cou-

chée dans le lit et je tremblais, mais après un moment j’ai pu m’endormir. Soudain, je me suis réveillé et je l’ai vu debout près de la porte avec un verre à la main. Il a dit qu’il avait un verre d’eau au cas où il aurait soif. J’ai vu qu’il était fâché, mais je ne pouvais pas imaginer ce qu’il avait décidé de faire. Ce n’était pas de l’eau qu’il y avait dans le verre mais de l’acide. Il s’est approché du lit et il m’a jeté l’acide au visage. La douleur était incroyable. Je me souviens avoir entendu

une voix qui disait : « C’est ta punition ! » Moi, je criais : « Maman ! Papa ! Aidez-moi ! » Des voisins sont arrivés en courant et m’ont transportée à l’hôpital. De là, un parent à moi m’a emmenée au centre ASF. J’ai eu de la chance d’arriver dans les 48 heures. À la clinique il y a un service 24 heures sur 24 et on m’a opérée tout de suite. Neela refusa de se regarder dans un miroir. Elle, dont on admirait la beauté, elle savait que son visage était presque

noir et défiguré. Elle avait entendu dire que beaucoup s’étaient évanouis quand ils s’étaient vus dans un miroir la première fois, après une attaque à l’acide. – À la fin j’ai osé. Monira et d’autres avec des visages défigurés m’avaient parlé. Ils m’avaient donné le courage d’oser regarder. Je ne me suis pas évanouie. Monira en visite

Aujourd’hui est un grand jour. La famille vient de déménager dans une nouvelle 101

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Monira arrive ! C’est un grand jour pour Neela. Monira vient en visite après un voyage en voiture de plusieurs heures. Elle est accueillie chaleureusement.

maison dans la ville de Sirajgang où le père de Neela est policier. L’événement c’est la visite de Monira. Elle a roulé des heures pour venir la voir. Neela la reçoit radieuse de bonheur. Elles s’embrassent et marchent main dans la main dans les petites ruelles. À la maison, elles se glissent dans le lit et parlent pendant des heures. – Je me souviens quand tu es venue chez nous, dit Monira en serrant Neela

contre elle. Tu allais très mal. La peau, rongée par l’acide, était noire et dure comme du cuir. Nous avons immédiatement fait des transplantations en prenant de la peau sur d’autres parties de ton corps, mais sincèrement, je ne croyais pas que tu survivrais. – Un mois plus tard, je suis allée dans notre département d’entraînement physique. Là, j’ai vu une fille complètement recouverte de pansements, mais debout et qui s’entraî-

nait. J’ai demandé : « Qui est-ce ? » Quand quelqu’un a dit « Mais c’est Neela ! » j’étais folle de joie. C’était un miracle, tu avais survécu. Trois mois plus tard après plusieurs opérations, tu as pu retourner à la maison. - Nous pouvons continuer le travail avec ton visage, dit Monira. Je peux arranger une nouvelle opération. Neela secoue la tête. – Ce n’est pas nécessaire. Je ne suis plus intéressée par des opérations plastiques. Je me suis habituée à mes cicatrices et c’est ainsi que je veux être à l’avenir, dit-elle. Le mari en prison

Avec l’aide de son père et de

ASF, Neela a dénoncé son ex mari. Aujourd’hui, il est en prison. – Ainsi je n’ai plus peur de lui. Et aujourd’hui, je peux montrer mon visage sans avoir honte. J’ose parler en public, ce que je fais souvent. Je suis une militante convaincue qui combat la violence. Je mène des manifestations. Je vais voir les autorités et j’exige des choses. Je vais dans les écoles et j’instruis les élèves pour qu’ils ne jettent jamais de l’acide ou de l’essence sur quelqu’un. C’est important. Dans ma ville, nous sommes 160 militants, tous victimes d’attaques à l’acide ou à l’essence. Nous faisons du tapage et nous manifestons. Et nous

Quand Monira dit qu’elle peut arranger une autre opération plastique si Neela le veut, Neela fait non de la tête. – Je me suis habituée à mes cicatrices et c’est ainsi que je veux être à l’avenir.

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Quand les amies viennent en visite, Neela sort son sari de mariage. Elle peut même plaisanter sur son funeste mariage.

nous soutenons. Nous avons un réseau et nous nous tenons au courant pour savoir s’il y a de nouvelles victimes. Alors, c’est le branle-bas de combat. Aujourd’hui, presque tout le monde sait au Bangladesh que si on a été touché par de l’acide, on doit jeter des seaux d’eau sur les brûlures d’une façon répétée, le plus longtemps possible. Parfois on trouve des personnes avec de vieilles blessures. La semaine dernière nous en avons repéré

deux. Nous leur disons que ASF leur apporte de l’aide gratuitement et que nous pouvons nous occuper du transport à l’hôpital. Neela est retournée à l’école. – Aussi longtemps que tu veux étudier, tu recevras une bourse de ASF, dit Monira. Si tu veux étudier à l’université, nous paierons aussi. Ose plaisanter

Neela a beaucoup d’amies. Elles font les devoirs, écou-

tent de la musique pop à la radio et dansent dans sa chambre. Aujourd’hui Luna, Rita et Putui sont venues voir la nouvelle maison. Neela rit beaucoup et peut même plaisanter sur son funeste mariage. Elle sort son sari de mariage et le montre à ses amies. – Je ne comprends pas que tu puisses être si heureuse et que tu aies le courage de rencontrer de nouvelles personnes, dit l’une d’elles. – Mais je n’ai pas changé. J’ai mes cicatrices et elles seront toujours là. Mais à l’intérieur, je suis la même Neela.

Neela a pardonné à ses parents de l’avoir donnée en mariage et son père l’a aidée à faire emprisonner son ex mari. – Mes parents ont été trompés, dit Neela.

A pardonné à ses parents

Une amie lui demande si elle n’est pas fâchée contre ses parents. Ils l’ont forcée à épouser cet homme horrible. – Non. J’ai compris ce qui s’est passé. On les a trompés. Ils n’avaient pas de mauvaises intentions. Je leur ai pardonné. Papa arrive et dit que c’est une bonne chose que Neela étudie. Il dit qu’elle est si ingénieuse et a un excellent sens logique. – Je crois qu’elle pourrait être une bonne juriste, dit-il. – Oui, mais je suis plus intéressée par l’étude des sciences administratives. Je veux travailler dans une banque. – C’est toi qui décides, dit papa en riant. Nous ne ferons plus jamais quoi que ce soit contre ta volonté. Maman et moi sommes très fiers de toi. 

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« Un bon musulman ne jette pas de l’acide » Quand Asma, la sœur de Mohammed refusa d’épouser le fils de la plus puissante famille du village, celui-ci se vengea en jetant sur elle de l’acide corrosif. – Nous avons réussi à le faire enfermer à vie, mais sa famille nous persécute. Ce que je veux c’est enseigner que notre religion est contre toute violence. Un bon musulman ne jette pas de l’acide, dit Mohammed. – Quand j’étais petit, nous

avions une ferme, raconte Mohammed, 14 ans. Nous étions bien. Mais le fils de la plus puissante famille du village voulait épouser ma sœur Asma. Elle ne voulait pas. Il a dit que si elle ne l’épousait pas, il arriverait un malheur. Elle a refusé. Un matin tôt, quand mon père est sorti pour sa prière matinale et a laissé la porte ouverte, il a jeté de l’acide corrosif sur Asma. – Un peu d’acide a giclé aussi sur moi. J’ai été réveillé par la douleur et les hurlements de ma sœur. Mon frère aîné a allumé une lampe de poche et a vu qui avait jeté l’acide. Lui et mon père ont amené Asma à l’hôpital. Elle a perdu la vue d’un œil, mais elle a survécu. Prison à vie

– Ma famille a dénoncé celui qui avait jeté l’acide. Nous avons dû vendre notre terre pour payer les frais de procès. Maintenant nous sommes pauvres mais il a été condamné à la prison à vie. Alors sa famille qui est riche et puissante a commencé à nous persécuter. Aujourd’hui papa prend la terre à ferme. Au moment de la récolte, ils font entrer leurs vaches sur notre terre pour détruire les cultures. Ils menacent de nous

couper les tendons pour nous obliger à dire que nous avons fait un faux témoignage et pour qu’il y ait un nouveau procès. – J’avais sept ans quand Asma a été attaquée et quand les persécutions contre ma famille ont commencé. Aujourd’hui, j’ai 14 ans. Je me sens si petit et j’ai si peur, je ne trouve de sécurité que chez Allah. Il est fort. Je suis la première année à école coranique. Je veux être professeur de religion ou Imam. Alors je pourrais enseigner que notre religion est contre toute violence. Un bon musulman ne jette pas d’acide. Mariage heureux

Asma, la sœur de Mohammed est mariée aujourd’hui avec un homme qu’elle aime. Ils ont une petite fille et Asma travaille dans un centre ASF dans la capitale. Pendant les vacances, son frère Mohammed va la voir et vit chez elle à Dhaka. – Alors, je peux me détendre et je me sens en sécurité, dit Mohammed.

Mohammed et sa sœur Asma.

: i m u « Un homme v R e l o d i ’ L Il y a cinq ans il a participé à l’émission Idol (Nouvelle Star). Depuis, au Bangladesh tout le monde sait qui est la star Rumi. Il est le chanteur le plus connu du pays et il participe aux manifestations contre ceux qui jettent de l’acide corrosif. – Aucun homme véritable jette de l’acide, dit-il.

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« Tous criaient Gueule de singe » Quand Mamun était bébé, un membre de la famille lui a jeté de l’acide corrosif au visage. Quand il a commencé l’école, il a été victime de mobbing et les enfants l’appelaient Gueule de singe. Mamun vient de subir sa dixième opération plastique et plus personne ne l’appelle plus Gueule se singe. – Le courage de ma mère a

mis fin au mobbing à l’école et au village, dit Mamun, 9 ans. Tous les enfants se moquaient de moi. Quand j’ai commencé l’école, tous m’ont encerclé en criant Gueule de singe ou Singe brun. J’ai couru à la maison en pleurant et j’ai refusé de retourner à l’école. Alors c’est maman qui y est allée. Elle a parlé aux professeurs et aux élèves. Après, j’ai osé retourner à l’école et le mobbing a cessé. Aujourd’hui personne ne crie plus Gueule de singe ou Singe brun.

Voici ce qui s’est passé : La famille de Mamun était pauvre. Un parent leur avait donné un bout de terrain où ils pouvaient construire une maison et cultiver quelque chose. Un jour le parent a voulu reprendre le terrain. Le père de Mamun a refusé. Pendant la nuit le parent est venu et a jeté de l’acide corrosif sur Mamun qui était bébé et sur ses parents. – Je me suis réveillée en sentant une très forte brûlure, raconte maman Mageda. Quand j’ai regardé mon garçon, j’ai vu qu’il était horri-

La mère de Mamun a mis fin au mobbing de son fils à l’école. Elle aussi a eu de l’acide corrosif sur le bras.

blement blessé. Je l’ai pris dans mes bras et j’ai couru chez un médecin du village. Il connaissait ASF et il savait que si on arrive à leur hôpital dans les 48 heures, on peut souvent être sauvé et que les blessures ne deviennent pas dangereuses. Mon garçon était très blessé, mon mari et moi n’avions pas été touchés autant par l’acide. Nous

mme véritable ne jette pas de l’acide ! » se passait dans son pays. L’oncle avait travaillé huit ans à l’étranger et venait de rentrer. Deux jours plus tard, il a vu une fille. La moitié de son visage était beau, l’autre moitié complètement détruit par de l’acide. – Mon oncle tomba amoureux. Aujourd’hui ils sont mariés et heureux. Depuis, je suis très sensible au sort de tous les blessés. Je le porte dans l’âme et je veux me battre contre cela le reste de ma vie. Je dis aux hommes dans le public qu’ils doivent respecter la volonté des fi lles et des femmes. On ne doit pas se venger en jetant de l’acide corrosif. Je dis qu’un homme

qui détruit l’apparence d’une fi lle sera exécré pour le restant de sa vie. – Il faut utiliser sa notoriété pour faire changer les choses.

Écoute l’idole Rumi sur YouTube : Rumi. Bangladesh

Rumi avec les amis chez ASF victimes d’agressions à l’acide.

 TEXTE: MONICA Z AK PHOTO: KIM NAYLOR

Rumi participe aux manifestations organisées par les gens blessés à l’acide et parle d’eux dans ses concerts, entre deux chansons. – Je donne souvent des concerts et je passe à la télé et à la radio. Je m’adresse alors toujours aux hommes dans le public. Je leur dis qu’un homme véritable ne jette pas de l’acide. Un homme véritable ne voit pas les cicatrices sur le visage et le corps de ceux qui sont blessés. Un homme véritable, ne s’arrête pas à l’apparence, toutes les personnes sont belles. C’est l’oncle même du chanteur Rumi qui lui a ouvert les yeux sur ce qui

croyions qu’il allait mourir. Le visage était très détruit. Il vient de subir sa dixième opération chirurgicale. – Je suis un garçon ordinaire qui va en deuxième, dit Mamun. J’ai beaucoup d’amis et je joue au cricket. Je suis supporter de l’équipe de cricket Royal Bengal Tigers.

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Pourquoi Murhabazi a-T-il éTé NoMiNé ?

 TexTe: ANDRe AS LÖNN phOTO: BO ÖhLÉN

Murhabazi Namegabe est nominé au Prix des Enfants du Monde 2011 pour son long et dangereux combat de plus de 20 ans en faveur des enfants dans la République démocratique du Congo, pays ravagé par la guerre. Depuis 1989 Murhabazi, par l’organisation BVES, a libéré 4.000 enfants soldats et plus de 4.500 filles abusées sexuellement par les groupes armés. Il s’est occupé également de 4.600 enfants réfugiés, livrés à eux-mêmes. A travers ses 35 foyers et écoles il procure, à des enfants parmi les plus vulnérables du monde, nourriture, vêtements, un foyer, soins médicaux, soutien psychologique, la possibilité d’aller à l’école, la sécurité et l’amour. La plupart des enfants retrouvent leur famille. 60.000 enfants ont bénéficié du travail des différents centres du BVES et ont vu leur vie s’améliorer, grâce à Murhabazi. Avec le BVES, il se fait le porte-parole des enfants du Congo, en exhortant constamment le gouvernement, les groupes armés, les organisations et la société en général à s’occuper des enfants du pays. Tout le monde n’aime pas le combat de Murhabazi. Il a été emprisonné et battu. Sept de ses collaborateurs ont été tués.

NOMINÉ • Pages 106–125

Murhabazi Namegabe « Tu vas mourir ce soir. Fais ton dernier repas ! » Murhabazi lut le court message sur son portable. Il participait à une réunion importante avec des membres de l’ONU sur les enfants enrôlés de force au Congo. Il jeta discrètement un regard autour de lui. Était-ce quelqu’un dans la salle qui lui avait envoyé une menace de mort ? Le combat de Murhabazi pour les dizaines de milliers d’enfants qui souffrent le martyre dans la guerre du Congo, lui a valu beaucoup d’ennemis. – Ici, le combat en faveur des droits de l’enfant est une question de vie ou de mort. Et je suis prêt à mourir pour ce combat, chaque jour, dit Murhabazi Namegabe.

M

urhabazi n’était pas encore né quand il reçut sa première menace de mort. En 1964 la guerre faisait rage à Bukavu, dans l’ouest du Congo et Julienne, sa mère qui était enceinte, courait dans les petites ruelles pour échapper aux combats. Elle n’avait pas vu les barrages des soldats à temps. Un soldat pressa le canon de son fusil contre son ventre, mais au moment où il allait tirer, un supérieur cria : « Ne la tue pas ! Laisse-la passer ! » Deux semaines plus tard,

Julienne mit au jour un garçon. Elle l’appela Murhabazi, qui en mashi signifie « Celui qui est né dans la guerre » mais aussi « Celui qui aide les autres » – Maman dit toujours que nous avons survécu parce qu’il était dit que je devais naître. Et que j’étais prédestiné à consacrer ma vie à protéger les gens en danger. Tout le monde doit manger !

Murhabazi a grandi dans un des quartiers les plus pauvres de Bukavu. Mais son père avait du travail et les enfants

mangeaient à leur faim et allaient à l’école. Quand ils avaient fini leurs leçons, ils pouvaient jouer avec les copains. Murhabazi comprit dès la première année scolaire que tout le monde ne vivait pas ainsi. – Beaucoup de copains avaient toujours faim et n’avaient pas les moyens d’aller à l’école. Je trouvais cela injuste. Tous les jours aux heures des repas, des enfants affamés s’assemblaient devant notre maison. Maman leur mettait un peu de nourriture dans la main avant de les

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Protégé par l’ONU Murhabazi s’entretient avec un enfant soldat devant une jeep de l’ONU. Promouvoir les droits de l’enfant reste un combat difficile au Congo mais, petit à petit, les choses s’améliorent. – Au début nous allions à pieds et souvent je faisais les actions de sauvetage seul. Aujourd’hui je suis protégé en allant chez les groupes armés accompagné par l’ONU. Désormais, je n’ai même plus le droit d’y aller seul ! dit en riant Murhabazi.

Difficile de sauver les enfants – Chaque fois qu’un enfant soldat est libéré, c’est une grande victoire. Mais c’est difficile de négocier avec les groupes armés. On nous menace de mort quand on leur demande de relâcher les enfants. Ensuite, c’est difficile pour nous de savoir comment traiter les enfants, après qu’ils ont subi de tels sévices. Finalement c’est difficile pour leur famille, voisins, villages et écoles de les accepter quand ils reviennent, dit Murhabazi.

renvoyer. Je me disais que les enfants auraient pu s’asseoir et manger avec nous. J’ai dit à maman que je refusais de manger tant que ce ne serait pas ainsi ! Murhabazi parla avec quelques camarades d’école et ensemble, ils décidèrent de se battre pour qu’aucun enfant

du quartier n’ait à pâtir de la faim. Tous les après-midi ils allaient chanter des chansons dans lesquelles on disait que les adultes doivent prendre soin de tous les enfants. Les enfants expliquèrent à leur mère qu’ils allaient faire la grève de la faim tant qu’on n’inviterait pas les enfants les plus pauvres à la table familiale. – Au début, nous n’étions que quelques-uns, mais vite nous étions plus de 70 enfants à manifester tous les jours après l’école ! À la fin, les adultes admirent que tout le monde avait la responsabilité des enfants qui avaient faim et que ceuxci pourraient dîner avec les familles qui avaient assez de nourriture ! La Convention sur les Droits de l’Enfant

Murhabazi et les autres enfants continuèrent à manifester pour que les parents et les professeurs cessent de battre les enfants et pour que tous les enfants puissent aller à l’école. En grandissant Murhabazi découvrit de plus en plus de problèmes. Il comprit que les enfants avaient

besoin d’adultes qui se battent à leurs côtés et que luimême avait besoin de plus de connaissances s’il voulait les aider sérieusement. C’est la raison pour laquelle il étudia le développement et la santé de l’enfant à l’université. Quand il eut terminé, il resta en tant que professeur. Le 20 novembre 1989, il écoutait comme tous les autres jours, les nouvelles à la radio, après le travail. Ce jour-là, il entendit parler d’une résolution de l’ONU qui s’appelait Convention relative aux Droits de l’Enfant. La Convention déclarait que tous les enfants du monde avaient droit au bien-être. On dit aussi que tous les pays qui avaient signé la Convention devaient penser au bien de l’enfant dans toutes leurs décisions. – J’étais si content ! J’ai organisé une réunion chez moi avec un groupe de professeurs, d’élèves, de médecins et de juristes et je leur ai annoncé ces magnifiques nouvelles. Nous avons décidé de faire tout ce que nous pouvions pour que le gouvernement du Congo signe la Convention sur les Droits de l’Enfant.

L’organisation BVES

Le groupe de Murhabazi s’appela BVES (Bureau pour le Volontariat au Service de l’Enfance et de la Santé) On commença par se renseigner sur la situation des enfants au Congo. Le résultat serait envoyé au gouvernement accompagné d’explications sur ce que le pays devait faire pour respecter la Convention. – Nous n’avions ni argent, ni voitures ni motos. Nous marchions parfois des jours dans la forêt équatoriale pour atteindre les villages les plus éloignés. La nuit, nous dor-

Parle à la radio pour les droits de l’enfant Depuis plus de 20 ans, une fois par semaine, Murhabazi parle à la radio des droits de l’enfant.

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Enseigne les droits de l’enfant aux soldats Quand Murhabazi arrive dans un groupe armé, il enseigne aux soldats les droits de l’enfant et négocie leur libération.

mions sur les arbres pour éviter les léopards et autres animaux dangereux. Parfois, on nous donnait à manger dans les villages, parfois on mangeait des fruits dans la forêt, mais le plus souvent nous avions faim. Murhabazi et le BVES se battirent et recueillirent des informations sur la situation des enfants dans les villages du Congo. Un constat terrible. – Quand nous avons mon-

tré nos résultats au gouvernement, ils n’étaient pas contents du tout. À ce moment-là, le Congo était une dictature. Dès qu’on disait quelque chose de négatif sur le pays, par exemple que les enfants n’allaient pas bien, on était accusé de vouloir renverser le régime. On nous a mis en garde. Si nous n’arrêtions pas, nous finirions en prison.

Enfants des rues

Murhabazi et le BVES n’arrêtèrent pas. Ils parlèrent à la radio une fois par semaine pour que tout le monde connaisse la Convention sur les Droits de l’Enfant et la situation des enfants du Congo. Chaque fois, Murhabazi exigeait que le gouvernement signe la Convention sur les Droits de l’Enfant. Et chaque fois le

gouvernement menaçait de l’enfermer prétextant qu’il créait de l’insécurité dans le pays avec ses discours. Malgré les menaces contre Murhabazi, le pays adhéra à la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1990, mais ne la respecta pas. – Les rues de Bukavu grouillaient d’enfants dont personne ne s’occupait. Les parents étaient pauvres ou

Le portable et les jeux vidéo causes de la guerre Le Congo, possède d’énormes richesses. Par exemple de l’or et des diamants, mais aussi du tungstène et du coltan. Ces minéraux sont utilisés dans tous les téléphones portables, ordinateurs, jeux vidéo et lecteurs MP3 du monde. – Aujourd’hui, la cause de la guerre est pour déterminer qui contrôlera les mines et les ressources naturelles du Congo. Mon colonel m’a obligé à creuser pour chercher de l’or et des diamants, dit Isaya, 15 ans, exenfant soldat, sauvé par Murhabazi. Le conflit actuel commença après le génocide dans le pays limitrophe, le Rwanda en 1994, au cours duquel près d’un million de Tutsi ont été

tués. Des milliers de coupables se sont réfugiés dans les forêts du Congo et y sont restés. S’ensuivit alors une lutte de pouvoir empreint de méfiance entre le Rwanda et le Congo et bientôt sept pays se trouvèrent impliqués dans une des guerres les plus brutales de l’histoire de l’humanité. Déjà en 2001 l’ONU accusa le Rwanda, l’Ouganda et le Zimbabwe d’entretenir les combats afin d’amasser le plus de richesses possibles. En 2008, l’ONU accusa de nouveau le Rwanda d’entretenir la guerre. En 2009, l’organisation Global Witness démontra que les actuels conflits au Congo sont

menés par le commerce européen et asiatique pour la production de téléphones portables et d’ordinateurs, de jeux vidéo et de lecteurs MP3. Des entreprises sises en Belgique, Angleterre, Russie, Malaisie, Chine et Inde achètent des minéraux à différents groupes armés qui violent cruellement les droits des enfants. En achetant les minéraux, les entreprises entretiennent la guerre. Des politiciens, des hommes d’affaires et des militaires en Afrique, en Asie et en Occident gagnent beaucoup d’argent grâce à la guerre au Congo, ce qui fait qu’il est difficile d’y mettre fin.

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Les enfants dans la guerre ont les même droits – Même les enfants dans les conflits armés ont droit à la vie, à une famille, aux soins, à l’éducation et aux jeux. Ils ont également le droit de se développer et de faire entendre leur voix ainsi qu’au respect à tous les niveaux, dit Murhabazi.

étaient morts du sida. Tous ces enfants affamés et sales essayaient de survivre comme ils pouvaient. Les gens appelaient les enfants « chiens » mais nous leur disions qu’ils avaient besoin de protection et d’amour, comme tous les autres. En 1994 le BVES ouvrit son premier foyer pour les enfants des rues et 260 garçons et filles y furent accueillis. Quelques mois plus tard, beaucoup d’enfants étaient retournés à la maison. Mais il en arrivait constamment de nouveaux. Enfants soldats

– Durant notre travail avec les enfants abandonnés, nous croyions avoir vu le pire, puis la guerre est arrivée et la vie de tous les enfants s’est transformée en véritable enfer, dit Murhabazi. En 1996, Bukavu fut occupée par diverses armées rebelles congolaises soutenues par le Rwanda. Dans la guerre qui s’ensuivit les enfants devinrent les cibles directes. – Nous nous étions occupés d’enfants réfugiés seuls provenant de groupes ethniques que les armées retenaient comme leurs ennemis. En représailles trois de nos foyers

pour enfants réfugiés ont été détruits. Par chance, j’ai pu sauver tous les enfants et tout le monde a survécu. Mais mon premier collaborateur et ami a été tué. Tous les groupes qui se battaient, y compris l’armée congolaise, enlevaient les garçons pour les obliger à devenir soldats et les filles pour les utiliser comme esclaves sexuelles. Les enfants devaient quitter l’école, étaient emmenés dans la fuite des armées et finissaient souvent seuls dans les rues de Bukavu ou d’autres villes. – J’avais déjà eu à faire à des enfants endurcis par la rue. Mais les enfants soldats c’était tout autre chose. Des garçons

d’à peine dix ans, drogués, portant uniforme et de lourdes mitrailleuses. Les adultes avaient complètement détruit ces enfants. Je voulais faire tout ce que je pouvais pour en sauver autant que possible, raconte Murhabazi. La première action de sauvetage

– Un jour j’ai rencontré un groupe de mères désespérées qui m’ont dit que 67 enfants avaient été kidnappés dans leur village. Murhabazi prit quelques bananes et des livres sur la Convention des Droits de l’Enfant et se mit en route. Seul. – J’ai prix un taxi moto sans

donner la destination exacte. Si je l’avais donnée, on ne m’y aurait jamais conduit ! Quand Murhabazi arriva au camp de l’armée des rebelles, il fut encerclé par plus de cent soldats armés. Le gardien emmena Murhabazi chez le chef qui se demandait ce qu’il voulait. – J’ai dit que dans notre culture les grands prennent toujours soin des petits et que j’avais entendu dire que cette armée-ci avait enlevé les petits et les avait obligés à se battre plutôt que de les laisser aller à l’école. J’ai dit que j’étais là pour chercher les enfants et les ramener à leurs parents. Le chef se mit dans une colère épouvantable ! Il croyait que j’appartenais à l’ennemi puisque, en reprenant ses enfants soldats, je voulais affaiblir son armée. Il a donné l’ordre de déchirer mes livres sur les droits de l’enfant. Et les coups se sont mis à pleuvoir. Enfants libérés

Les crosses de fusil s’abattirent sur la tête de Murhabazi. Puis, on l’enferma, blessé et meurtri. On lui expliqua qu’il avait deux choix : Être soldat dans leur armée ou être exécuté. Le matin suivant, alors qu’on allait le tuer, un chef

On va brûler les uniformes Murhabazi avec les enfants qu’il a sauvés. Sur la photo, ils ont échangé les uniformes pour qu’on ne puisse pas voir à quel groupe armé ils appartenaient. Ensemble, ils vont brûler les uniformes.

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Nouveaux combattants pour les droits de l’enfant – Je suis persuadé qu’à la fin nous gagnerons. Un jour tous les enfants soldats du Congo seront libres. Tous les jours, j’ai l’occasion de voir que des ex-enfants soldats sont devenus des combattants des droits de l’enfant dans leur famille, leur école ou leur village. Cela me donne beaucoup de force.

empêcha l’exécution. Le jour précédent, il avait été trop saoul pour reconnaître Murhabazi. Mais là, il dit : – Il n’est pas un ennemi des soldats. Je sais que cet homme aide les enfants à Bukavu. Quand les enfants enlevés entendirent cela, ce fut le chaos. – Les enfants pleuraient, criaient que je devais les libérer eux aussi, comme je l’avais fait pour les enfants des rues. Ils voulaient retourner à la maison ! J’ai dit aux soldats qu’ils devaient relâcher les enfants. Je leur ai expliqué que c’était une très mauvaise idée d’utiliser des enfants comme soldats si le but était de renverser le régime afin de construire un meilleur pays. Les enfants doivent retourner à l’école ! Qui construirait alors ce nouveau pays qu’ils voulaient, si tous les jeunes étaient des soldats drogués plutôt que des jeunes gens avec une bonne formation ? Les chefs débattirent chaudement. Certains étaient d’accord avec Murhabazi, d’autres pas. Mais à la fin, Murhabazi réussit à les convaincre. Les soldats laissèrent partir les enfants. Les premiers 67 enfants soldats libérés coururent vers la liberté ! Prêt à mourir

Il y a treize ans de cela. Depuis Murhabazi a libéré 4.000 enfants soldats. Par ailleurs, 60.000 enfants victimes de la guerre, dont des filles abusées, des enfants réfugiés seuls, des enfants soldats ou des enfants des rues, ont eu une meilleure vie grâce à Murhabazi et au BVES. Aujourd’hui 209 per-

sonnes travaillent avec le BVES, lequel a 35 foyers et écoles et assure aux enfants un foyer, les soins médicaux, le soutien psychologique, la possibilité d’aller à l’école, la sécurité et l’amour. La plupart des enfants retrouvent leur famille. Murhabazi s’est fait beaucoup d’ennemis. Il reçoit des menaces par téléphone ou par sms et dort rarement à la même place deux nuits de suite. Sept de ses collaborateurs ont perdu la vie dans leur combat pour les droits de l’enfant, lui-même a été battu et emprisonné. – Il y a beaucoup de militaires, de politiciens et d’hommes d’affaires au Congo et dans d’autres pays qui gagnent énormément d’argent par la guerre. Plus le pays est instable, plus ils peuvent rafler, à très bas prix, les richesses naturelles du pays, comme l’or et les diamants. Dans leur course aux richesses, les groupes armés, même les armées nationales, utilisent des enfants soldats et tous violent les filles. En me battant contre cela, je me fais de puissants ennemis, car j’entrave leurs activités com-

merciales. Ils ont aussi peur d’être dénoncés à la Cour Pénale Internationale (ICC) de l’ONU à La Haye. Malgré la paix signée en 2003, les combats et les violences contre les enfants au Congo continuent. Murhabazi n’abandonne pas son combat pour leurs droits. – Nous devons continuer. Si j’apprends qu’il y a des enfants dans un groupe armé, rien ne peut m’arrêter. Ni menaces de mort ni d’accidents. Quand on a pu déterminer que c’étaient des soldats qui

avaient envoyé la menace de mort pendant la réunion avec l’ONU, tout le monde voulait que j’abandonne et que je quitte le pays. L’ONU et Amnesty pensaient que c’était devenu trop dangereux de rester. Et ils ont certainement raison. Mais comment pourrais-je m’en aller ? J’ai une responsabilité envers tous les enfants vulnérables dont je prends soin avec le BVES. Les enfants ont confiance en moi. Je ne peux pas les décevoir. Chaque jour, je suis prêt à mourir pour eux. 

Murhabazi aide les enfants à enlever l’uniforme qu’ils ont emporté pour la cérémonie où ils le brûleront. Les garçons portent un autre uniforme que celui dans lequel ils se battaient, ainsi personne ne pourra reconnaître le groupe armé auquel ils appartenaient.

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Les enfants doivent pouvoir jouer ! – Mes parents m’ont toujours laissé jouer beaucoup quand j’étais enfant. Si j’avais fait mes devoirs, je pouvais sortir et jouer au foot et à d’autres jeux avec mes amis. Cela a joué un grand rôle dans ma vision de l’enfance. Les enfants doivent pouvoir jouer ! C’est très important que toutes les filles et tous les garçons qui sont ici au BVES puissent jouer autant que possible, dit Murhabazi. Ici, au foyer pour garçons ex-soldats de Murhabazi, Kasereka et Mupenzi jouent aux dames.

Une des pires guerres de l’histoire

Voici ce que fait l’organisation de Murhabazi : • Va voir les groupes armés et les informe des droits de l’enfant, pour que tous les combattants sachent comment les enfants doivent être traités dans une guerre, selon la Convention de l’ONU sur les Droits de l’Enfant et selon la loi congolaise : Par exemple; il est interdit d’enrôler un enfant. • Libère les enfants soldats et les filles utilisées comme esclaves sexuelles, lors des incursions dans les camps des groupes armés. • Va visiter les camps de réfugiés et prend en charge les enfants réfugiés seuls ainsi que les enfants qui vivent dans la rue. • Donne aux enfants soldats libérés, aux filles abusées, aux enfants réfugiés seuls et aux enfants des rues, protection, foyer, nourriture, vêtements, soins médicaux, aide psychologique, l’école qui les préparera à réintégrer l’école d’état ainsi qu’une formation professionnelle de couturiers ou de menuisiers. • Recherche les familles des enfants et aide les enfants à retourner chez eux. On prépare toujours bien à l’avance la

famille, les voisins, les politiciens, les chefs religieux et les professeurs du village avant le retour de l’enfant, pour que celui-ci soit accepté et bien accueilli. Si la réunification de la famille n’est pas possible, on place l’enfant dans une famille d’accueil. Un enfant ne quitte jamais un des foyers de Murhabazi, si on n’a pas la certitude qu’il arrivera dans un milieu sûr. • Apporte souvent une aide économique à la famille de l’enfant pour que celle-ci ait les moyens de l’envoyer à l’école et de le nourrir. Il arrive qu’on procure un travail à l’un des parents, à un frère ou à une sœur plus âgés pour donner à la famille des moyens de subsistance. • Aide souvent les enfants libérés à payer les taxes scolaires et l’uniforme bien longtemps après qu’ils ont quitté le foyer de Murhabazi, certains jusqu’à l’université. • Informe la société dans son ensemble des droits de l’enfant. Entre autres choses, Murhabazi parle régulièrement à la radio.

• La guerre en RD Congo est l’une des plus grandes et des plus brutales de l’histoire de l’humanité. Elle dure depuis 1998. En 2003, la paix fut signée, mais à ce jour, les combats continuent encore dans les régions de l'est du pays, où vivent les enfants dont parle Le Globe. • Environ 5,4 millions de personnes sont mortes, soit au cours de combats, soit de faim ou de maladies, causes directes des guerres. • Il y a eu jusqu’à 30.000 enfants soldats dans le pays. Des milliers de ces enfants n’ont toujours pas retrouvé leur famille. Selon un rapport de l’ONU, 848 enfants furent enrôlés de force au cours de l’année 2009. • 200.000 viols de filles et de femmes ont été rapportés depuis le début de la guerre, mais l’on pense que le nombre est bien plus élevé. En 2009, la moitié des victimes étaient des enfants. • Plus de 1,5 million de personnes au Congo est en fuite. • Plus de 5 millions d’enfants au Congo ne vont pas à l’école.

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Faida a été soldat e Faida, 15 AIME : La paix. C’est la pre-

mière fois depuis très longtemps que je ne vis pas en guerre. DÉTESTE : La guerre et la mort. LE PIRE : Avoir été enlevée et avoir été soldat et esclave. LE MEILLEUR : Quand Murhabazi m’a sauvée et quand j’ai pu reprendre l’école. ADMIRE : Murhabazi bien sûr ! Il m’a sauvé la vie. VEUT ÊTRE : Quelqu’un qui se bat pour que les enfants vivent bien. RÊVE : Que tous les enfants du monde vivent en paix et soient aimés.

Faida avait 15 ans quand elle fut enlevée par un des nombreux groupes armés du Congo. Ce fut le début d’un cauchemar de quatre ans où elle fut esclave sexuelle et soldat. – Je ne crois pas que j’aurais survécu si Murhabazi ne m’avait pas sauvée. Il a risqué sa vie pour moi. Il est comme un père, dit Faida.

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a crosse du fusil atteignit Faida au visage avec une extrême violence. Elle essaya de se libérer, mais elle était comme clouée sur place, couchée sur le dos dans l’herbe haute. Un soldat la tenait aux bras, un autre aux jambes. Ensuite, six soldats se relayè-

rent pour la violer. Faida entendait les cris de ses camarades près d’elle. Elles subissaient le même sort. Mais les cris lui parvenaient de très loin, comme dans un rêve. Mais ce n’était pas un rêve. Faida et ses camarades travaillaient dans les champs de

manioc de leur famille comme elles le faisaient pendant les vacances scolaires. Quand elles virent les soldats arriver, c’était trop tard. Et deux des amies de Faida étaient mortes. Quand l’un des soldats leva sa machette contre Faida, le commandant cria:

Mes droits – Au Congo, les enfants doivent obéir aux ordres des adultes. Si les adultes agissent d’une certaine façon, même si on sent que ce n’est pas bien, on pense que malgré tout c’est normal. Si on ne connaît pas ses droits, c’est très facile d’être trompé. Avant de rencontrer Murhabazi je ne savais pas que les enfants ont des droits. Maintenant je sais que tout ce qu’on m’a fait subir pendant la guerre est mal et va à l’encontre de mes droits, dit Faida.

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at et esclave – Ne la tue pas ! Elle sera ma femme ! Des soldats armés surveillaient Faida et son amie Aciza alors qu’elles avançaient dans les champs complètement nues. – C’était difficile de marcher à cause des blessures, mais ils nous forçaient. Finalement, ils arrivèrent sur une route où se trouvait le camion des soldats. On poussa les filles sur la plateforme où 60 soldats attendaient. – J’étais terrifiée à l’idée d’être encore violée, dit Faida.

Murhabazi nous aide

Ma famille ! – Le jour où on m’a appelée du BVES pour voir si la fille qu’ils avaient était ma sœur Faida, est le plus beau jour de ma vie ! Aujourd’hui elle est ma fille et appartient à ma famille, dit Donia, la grande sœur de Faida.

– Murhabazi m’a aidée à mettre en route les ventes sur le marché. Parfois il nous donne de l’argent pour acheter des vêtements et de la nourriture. Si quelqu’un de la famille est malade, il nous envoie un médecin. Sans son soutien, je ne sais pas ce qu’on aurait fait. Papa est mort à la guerre et maman refuse tout contact avec Faida, dit Donia, pendant que les deux sœurs font la lessive.

Voisins apeurés et méchants La grande photo montre la vue qu’on a de chez Donia, la sœur de Faida, chez qui elle habite. – Ce n’est pas toujours facile ici pour moi. Beaucoup de voisins ont peur et me crient des choses du genre : « Tu es soldat ! Retourne dans la forêt d’où tu viens ! Nous ne te voulons pas ici ! Putain ! » Ça fait mal. Mais tout le monde n’est pas comme ça. Ma meilleure amie s’appelle Neema et elle m’accepte telle que je suis, dit Faida.

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Mon amie Neema – Nous nous faisons souvent des tresses Neema et moi, dit Faida. – D’habitude je prends trois dollars US (2 euros) pour une coiffure, dit Neema, mais Faida n’a jamais besoin de payer. Nous sommes amies ! Nous nous voyons tous les jours et pouvons parler de tout, même des secrets, parce que nous nous faisons confiance.

L’esclave de tout le monde

Pendant le long voyage vers le camp des soldats, on laissa les filles tranquilles. Mais ensuite cela recommença. – Le commandant m’a entraînée dans sa maison. J’étais sérieusement blessée, mais il m’a violée toute la nuit. Le jour suivant, le commandant et quelques soldats partirent pour un pillage. – Il était à peine parti que les soldats qui étaient restés se sont jetés sur moi. Il y avait une vingtaine de filles au camp, mais aucune ne pouvait m’aider. Leur situation était comme la mienne et nous étions, à tout moment, surveillées par des gardiens armés. Quand le commandant revenait, Faida n’était qu’à lui. Aussitôt qu’il partait en guerre ou pour un pillage, elle était utilisée par tous. Jour après jour.

À la maison, la famille de Faida était de plus en plus inquiète. Pourquoi est-ce qu’elle ne rentrait pas ? Ils allèrent de village en village pour demander si quelqu’un l’avait vue. Comme, dans le village, personne n’avait été kidnappé par les soldats avant, on ne pensa pas à cette éventualité. Après un mois, on pensa que Faida avait été tuée à la guerre. On dit adieu à Faida par une cérémonie à l'église, suivie d’une période de deuil, comme quand quelqu’un est mort. Devient soldat

Après six mois chez les soldats, Faida allait très mal. – J’ai failli devenir folle. Malgré les drogues qu’ils me faisaient prendre, je n’en pouvais plus d’être l’esclave de tout le monde. Dans le camp, il y avait quelques filles qui étaient soldats et Faida avait vu qu’elles

n’étaient jamais violées. Un jour, elle demanda au commandant, si elle ne pouvait pas devenir soldat. – Il a accepté et après deux mois d’entraînement militaire à la mitrailleuse, au couteau et à l’arc, je faisais partie de son armée. Les viols cessèrent, mais pas la violence. Un matin tôt, Faida eut son baptême du feu. – J’avais très peur, mais avant de quitter la base, on nous a drogués. Toute peur a disparu et je suis devenue très agressive. Les soldats nous disaient que la drogue nous rendait invisibles. 30 soldats adultes et 70 enfants escaladèrent les montagnes à travers la forêt avec leurs lourdes armes. Les enfants marchaient en tête. Après deux heures de marche, ils virent le camp ennemi dans une clairière.

Un camp, exactement comme le leur, avec des soldats, des femmes et des enfants. – Mon groupe a commencé à tirer et ça a été le chaos total.

Occupations ménagères Faida prépare la bouillie de maïs ugali pour la famille. L’ugali est le mets principal dans l’Est du Congo.

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Faida et Neema s’entraident pour un tas de choses, comme aller chercher l’eau. – Je me sentirais très seule si je n’avais pas une amie comme Faida, dit Neema, 16 ans.

Sœur bien-aimée – C’est horrible que notre mère ne veuille pas voir Faida. Elle était si triste quand Faida a disparu ! Et nos voisins, qui crient ce genre de choses contre ma sœur, comment peuvent-ils faire ça contre ma sœur bien-aimée ? ! Tous les enfants utilisés dans les guerres ont été si maltraités. Nous devons leur donner beaucoup d’amour. Faida fait souvent des cauchemars et ne va pas bien et j’essaie de la réconforter. Je la protégerai au péril de ma vie, dit Donia, la grande sœur.

Les gens criaient et les balles sifflaient de tous les côtés. Les salves pleuvaient dans la forêt projetant l’écorce des arbres et les copeaux de bois tout autour de nous. Mon amie Aciza, couchée tout près de moi, a soudain été touchée dans le dos. Elle est morte. Quand la bataille cessa, on envoya Faida et les autres enfants dans le camp de l’ennemi. – Nous devions dévaliser les cadavres, prendre argent, portables et armes. C’était bizarre, c’était la première fois pour moi. Il y eut beaucoup d’autres batailles pour Faida. Murhabazi

Sa famille lui manquait tellement que Faida en avait mal. Elle pensait tout le temps à s’enfuir. Mais ce n’était pas possible.

– Une fois, un petit garçon a essayé de s’enfuir. On l’a tué sur place. Après cela je n’ai pas osé essayer. J’avais honte aussi. Qui aurait voulu s’occuper de moi après tout ce qui m’était arrivé ? Qui aurait pu m’aimer ? Personne. Mais il y avait quelqu’un qui voulait s’occuper de Faida. Quelqu’un qui faisait tout pour qu’elle et les autres enfants soient sauvés. C’était Murhabazi. – La première fois qu’il est venu, je venais de laver les vêtements quand j’ai vu quelques jeeps entrer dans le camp. Un homme sans armes est sorti d’une des jeeps les bras levés au-dessus de la tête et a dit : « Amani leo ! », « La paix maintenant ! » C’était Murhabazi. On aurait pu le tuer, aussi sec, mais il n’avait pas peur, se souvient Faida. Murhabazi s’avança vers le commandant et dit qu’il était venu pour ramener les enfants à la maison. Il dit également que les enfants ne devaient pas être des soldats, ils devaient aller à l’école. – Quand les soldats ont entendu cela, ils nous ont cachés aussi vite qu’ils ont pu. J’ai essayé de crier à l’aide,

mais ils m’ont poussée dans une des maisons. Le commandant refusa de relâcher les enfants et Murhabazi dut rentrer les mains vides. Mais il ne céda pas. Il revint environ une année plus tard. Mais cela se termina de la même façon. La troisième fois, ce fut la bonne

Faida était prisonnière depuis quatre ans quand Murhabazi revint. Et cette fois, ce fut autrement. – Je n’en croyais pas mes yeux quand Murhabazi m’a embrassée et m’a dit : « Cette fois, la chance est avec toi ! Tout va s’arranger ! » Au début tout se passa bien. Au foyer pour filles de Murhabazi, Faida put reprendre l’école. Il y avait plein d’enfants avec qui jouer et parler. Et des adultes responsables toujours présents. Elle se sentait en sécurité. Faida était si bonne à l’école du BVES que très tôt elle put reprendre l’école d’état. Là aussi tout commença bien. Mais Faida avait des difficultés de concentration et des sautes d’humeur. – J’étais furieuse parfois avec mes camarades de classe 115

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si j’avais l’impression qu’ils ne me comprenaient pas. A la fin, elle n’en put plus et quitta l’école. Au même moment, Murhabazi avait retrouvé la mère de Faida. Faida était folle de joie, mais comme avec l’école, cela ne se passa pas du tout comme elle l’avait espéré. – Maman ne m’a même pas regardée. Elle avait peur et ne voulait rien savoir de moi. Comme si tout ce qui s’était passé avait été de ma faute. Je ne peux pas expliquer à quel point ça m’a fait mal. Par chance Murhabazi trouva aussi Donia, la grande sœur de Faida, qui la reçut à bras ouverts. A présent, Faida fait partie de sa famille. – Et j’ai Murhabazi. Même si ce n’est pas facile en ce moment, je sais que tout va s’arranger, puisqu’il existe. Il est comme un père pour moi. Même s’il risquait sa vie, il n’a pas essayé de me sauver une fois, mais TROIS fois ! Il est tellement différent du commandant et des autres adultes que j’ai rencontrés qui ne font qu’utiliser les enfants. Murhabazi est de notre côté. Toujours ! 

École ou cours de couture ? – Murhabazi veut que j’apprenne à coudre en attendant que j’aille mieux pour ensuite reprendre l’école. Pour apprendre un métier et pour ne pas penser à toutes ces choses horribles. Et pour que je sois près de lui et des psychologues du BVES. Mais je suis indécise. Ce serait mieux si je pouvais continuer dans une école d’état. Avec une bonne éducation, on réussit mieux dans la vie. Et je sais que je peux réussir, je sais que je suis intelligente !

Guerre contre les filles Les filles et les femmes sont les premières victimes de la guerre. 200.000 viols ont été rapportés depuis le début de la guerre, mais on pense que le nombre d’abus est beaucoup plus grand. En 2009, les enfants représentaient la moitié des victimes. Celles qui ont survécu aux viols, sont souvent mal vues par la société qui les considère « sales ». L’entente et l’amour dans les familles et dans les villages sont brisés. Beaucoup de victimes sont atteintes du sida. – Murhabazi m’a emmenée à l’hôpital immédiatement pour une visite et un test vih. Par une chance incroyable, je n’ai pas été contaminée pendant le temps passé chez les soldats. Mais beaucoup de filles au foyer sont porteuses du vih, se souvient Faida. En ce moment, sur les 68 filles qui vivent dans le foyer pour filles de Murhabazi à Bukavu, 13 sont contaminées par le vih. Depuis 2002, 176 parmi les filles qui ont reçu l’aide du BVES sont mortes du sida. – Nous essayons de donner aux filles contaminées tout le soutien dont elles ont besoin et veillons à ce qu’elles obtiennent gratuitement les traitements contre le vih, dit Murhabazi.

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Mutiya brûle l’uniforme Au foyer de garçons ex-enfants soldats de Murhabazi, un groupe de garçons se prépare à rentrer à la maison et à commencer une nouvelle vie. Mais d’abord, ils vont brûler leur vieil uniforme militaire. – C’est fantastique d’échanger l’uniforme de soldat contre l’uniforme de l’école, dit Mutiya, 15 ans.

N

«

nous avons dit que nous voulions continuer à aller à l’école, mais ils ont ri et ont dit : « Qu’est-ce qu’il y a de si spécial à l’école ? On s’en moque, vous viendrez avec nous ! » Puis les soldats nous ont arraché nos uniformes scolaires, les ont jetés par terre et ont piétiné les bouts de tissus dans la boue. Ils ont pris les cartables et ont déchiré nos livres. Après trois jours de sévices dans une de leurs prisons, on nous a donné notre uniforme militaire. À peine quelques jours plus tard, on m’a envoyé au combat pour la première fois. Et ça a été comme ça pendant

deux ans. J’ai survécu, mais cinq de mes camarades sont morts. J’ai vu tant de sang et de morts. Pendant tout ce temps, je n’aurais jamais espéré pouvoir changer de nouveau d’uniforme. Je n’avais plus d’espoir quand Murhabazi m’a sauvé la vie. Il est venu au camp militaire et nous a dit, à nous enfants qu’on avait obligés à être soldats : « Votre place n’est pas ici. Vous retournerez à l’école. Suivez-moi ! » C’était à peine croyable, mais Murhabazi a tenu parole ! J’ai repris l’école ici au BVES. Je vais aller habiter chez mes grands frères et je continuerai l’école

Oui à l’uniforme scolaire ! Avant de brûler les uniformes, les garçons font des pancartes. Mutiya écrit sur la sienne : « Oui à l’uniforme scolaire »

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au village. Je ne peux pas décrire à quel point je suis heureux ! Mais avant de partir nous allons brûler nos vieux uniformes. Les uniformes me rappellent ce qui est mauvais : la mort, le sang, la guerre, le pillage… Ce sera merveilleux de brûler toute cette merde, après, je me sentirai libre. Quand je serai revenu à la maison, je mettrai de nouveau l’uniforme scolaire. A l’avenir, je veux sauver les enfants des groupes armés, comme Murhabazi m’a sauvé, moi » Mutiya, 15 ans, 2 ans comme enfant soldat

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ous venions de terminer la dernière leçon du vendredi. Avec mon ami Mweusi je retournais à la maison. On marchait et on se racontait des histoires. Tout à coup, trois soldats se tenaient devant nous et nous menaçaient de leur mitrailleuse. Ils ont dit : « Vous ne pouvez pas passer ici ! Celui qui essaie de courir, on le tue surle-champ ! » J’ai eu très peur. Mes parents avaient été tués par des soldats. Nous nous sommes mis à pleurer et mon ami a fait pipi dans sa culotte. Nous les avons suppliés de nous laisser passer,

Uniformes différents Murhabazi rassemble les garçons avant de se rendre avec eux dans la cour où se tiendra la cérémonie au cours de laquelle on brûlera les uniformes. Ils portent des uniformes différents parce que tous les groupes armés au Congo utilisent des enfants soldats. Les garçons du foyer ont appartenu à des groupes armés différents. Mais ici, sur ces photos – afin de préserver la sécurité des garçons – ils ne portent PAS nécessairement l’uniforme qu’ils avaient quand ils étaient soldats. Il se peut qu’ils portent l’uniforme d’un autre groupe que celui auquel ils appartenaient.

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Plus jamais d’uniformes de soldat ! – Regardez tous bien la pancarte. Il y est écrit : « Plus jamais d’uniformes de soldat » Vous n’aurez jamais plus d’uniformes de soldat, vous aurez des uniformes scolaires, n’oubliez jamais cela ! Et maintenant on brûle les uniformes ! crie Murhabazi. Mutiya et les autres garçons commencent, sous les cris et les applaudissements, à enlever leurs vêtements militaires et à les jeter en tas au milieu de la cour.

! n o s i a m a l à On va Le grand jour est arrivé. Murhabazi et le BVES ont réussi à retrouver la famille de Mutiya et de quinze autres garçons. Ils vont enfin rentrer après des années de guerre. – Je suis si heureux pour les garçons. C’est pour cela qu’on se bat tout le temps. Chaque fois qu’un enfant est sauvé et peut de nouveau vivre bien, c’est une victoire pour nous, dit Murhabazi en riant.

Bonne chance ! – Mutiya, tu veux reprendre l’école et commencer une nouvelle vie. Je sais que tu es bien préparé et je te souhaite bonne chance pour le futur, dit Murhabazi en embrassant Mutiya. – Merci papa, merci ! Je vais prier pour toi, pour que tu aies la force de continuer à te battre, répond Mutiya.

Le sac de Murhabazi Tous les enfants qui ont vécu dans un des foyers de Murhabazi, reçoivent un sac avec des choses pour leur faciliter la vie quand ils reviendront à la maison. Dans le sac, il y a : Du savon Une brosse à dents

Une couverture Une paire de chaussures

De nouveaux vêtements Une radio

La radio, c’est important – Je vous donne une radio pour que vous sachiez ce qui se passe dans notre pays et dans le monde. C’est important. Écoutez les stations qui donnent les informations et qui parlent des droits de l’enfant. Si vous tombez sur une chaîne qui prêche la haine, la violence et la guerre, changez ! La radio marche à l’énergie solaire pour que vous n’ayez pas à acheter de piles.

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Une serviette

Du dentifrice

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Nouveaux rêves – Je n’espérais plus. Mais au BVES j’ai eu la chance de pouvoir reprendre l’école. J’étais si heureux et en même temps je pensais à tout ce temps perdu. Deux ans ! Tout ce que j’aurais pu apprendre pendant le temps où j’étais soldat. Je vais commencer l’école au village et plus tard je veux être comme Murhabazi !

Uniformes en fumée Mutiya et ses camarades chantent et crient hourra quand les uniformes sont détruits par les flammes.

Salut ! On va à la maison !

Adieu l’ami ! Les garçons prennent congé les uns des autres et de Murhabazi. Ils sont devenus de bons amis et se sont entraidés dans les moments difficiles, alors, même s’il leur tarde d’être à la maison, ce n’est pas facile de se quitter.

Des ballons à la place des bombes ! – Je suis très heureux en ce moment ! La seule chose qui m’inquiète c’est que de nouveaux combats éclatent dans les régions où les garçons retournent et qu’on les enrôle de nouveau. Ça arrive et ça me rend dingue. C’est très dur, mais on recommence à chaque fois que ça arrive. Un gars a été pris trois fois, par trois groupes armés différents. Chaque fois, on l’a libéré. Nous n’abandonnons jamais un enfant et nous ne nous rendrons pas avant que tous soient libérés, dit Murhabazi.

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– Les soldats ont pris les uniformes scolaires des garçons et, à la place, leur ont donné des uniformes militaires. Et des armes à la place de plumes. Des bombes à la place de ballons. Mais nous donnons aux garçons des ballons de foot quand ils partent. Ceux qui vivent près les uns des autres peuvent créer une équipe de foot et continuer à se rencontrer et à s’entraider. Mais surtout ils doivent s’amuser! dit Murhabazi.

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On va à la ma ison ! Pensait à l’école

« Il me tarde de retrouver mes amis à la maison. Ça fait quatre ans qu’on ne s’est pas vus et j’espère vraiment qu’ils se souviendront de moi. J’espère aussi qu’ils n’auront pas peur de moi parce que j’ai été soldat. Ça m’inquiète un peu. Parce qu’ils me manquent vraiment. Leur parler, jouer au foot et jouer. Quand j’étais soldat, il n’y avait pas de place pour le rire et le jeu. Je suis heureux de pouvoir

« Ce qui m’a le plus manqué c’était l’école. Quand j’étais soldat je pensais tout le temps que j’étais à la mauvaise place, que j’aurais dû être à l’école. Murhabazi va m’aider à reprendre l’école quand je serai revenu à la maison, c’est formidable ! J’adore l’école ! L’école c’est

L’ennui de maman

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: BO ÖHLÉN

La paix lui manque « Quand j’étais soldat, il y avait la guerre tous les jours. Jamais la paix. A part ma mère et mon père, c’est la paix qui m’a manqué le plus. Je souffrais tout le temps. C’était horrible. Je suis heureux de pouvoir retourner à la maison. J’espère que ma vie va s’améliorer. Que je pourrai aller de nouveau à l’école et me faire de nombreux amis. Mais mes parents sont vieux et un peu malades. J’ai peur de ce qui va m’arriver quand ils mourront. Quand ça arrivera, je contacterai immédiatement Murhabazi, parce que je sais qu’il pourra me conseiller. Je l’aime, il m’a sauvé la vie. Il va me manquer » Amani, 15 ans, 2 ans comme enfant soldat

Plus jamais d'uniforme militaire !

Veut rire et jouer

important. Celui qui est allé à l’école a beaucoup de possibilités dans la vie. Moi, je voudrais être président quand je serai grand. La première chose que je ferais alors, c’est de libérer tous les enfants qu’on oblige à être soldats. Je les aiderais à retrouver leur famille et je les laisserais retourner à l’école. Ma plus grande peur maintenant c’est que les soldats me reprennent et m’obligent à faire de nouveau la guerre. Je serai si déçu si ça arrivait » Assumani, 15 ans, 2 ans comme enfant soldat

« Maman me manque terriblement ! À la guerre je pensais tout le temps à elle. Avant qu’on m’oblige à être soldat, je l’aidais dans les champs et j’allais chercher l’eau. Comme papa est mort quand j’étais petit, j’étais tout le temps inquiet pour elle et je me demandais comment elle s’en tirait quand j’étais absent. Je parle beaucoup avec ma mère et je l’aime. Quand je suis avec elle, je suis calme et je me sens en sécurité. Je ne veux plus qu’une chose c’est retourner à la maison et être de nouveau près d’elle. Ce qui m’inquiète c’est de quitter tous mes amis. Nous avons pu parler des choses horribles que nous avons vécu et ça m’a fait du bien. Ce ne sera pas pareil à la maison. Les garçons du village qui n’ont pas été soldats, ne comprendront jamais ce que j’ai vécu » Obedi, 15 ans, 2 ans comme enfant soldat

retourner à la maison. Mais quoi qu’il arrive, même si mes amis ont peur de moi, il n’y a rien qui me fasse peur. Rien ne peut être pire que ce que j’ai éprouvé comme soldat. Rien » Aksanti, 15 ans, 4 ans comme enfant soldat

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Murhabazi ne déçoit personne En moyenne, les enfants que Murhabazi libère restent trois mois dans le centre. Mais parfois il faut plus de temps pour retrouver les familles et ensuite aider les enfants à commencer une nouvelle vie. C’est le cas de Bahati.

Rêve de bonnes pierres « Le groupe armé qui m’a enlevé, m’a obligé à creuser pour chercher de l’or, des diamants et autres minéraux. Toutes les pierres que je trouvais, je devais les donner à mes chefs. J’étais leur esclave. Nous qui creusions, nous essayions d’en cacher, mais c’était difficile. Si on découvrait quelqu’un qui faisait ça, on le tabassait. Quand on ne le tuait pas. Si notre groupe ne creusait pas lui-même, on pillait ceux qui travaillaient dans les mines. Je ne sais pas combien sont morts. Avec l’or et les minéraux, on achetait ensuite les armes à de riches marchands d’armes qui venaient dans la forêt. J’ai compris qu’il y avait une guerre parce que divers groupes, aussi bien congolais qu’étrangers, voulaient contrôler les mines du Congo. Si nous n’avions pas eu tous ces minéraux, nous aurions la paix depuis longtemps. Probablement, il n’y aurait même jamais eu de guerre. Toutes ces richesses naturelles sont mauvaises pour nous. Normalement cela devrait être bon. Si le gouvernement du Congo pouvait vendre les minéraux d’une façon honnête, on pourrait construire des écoles, des routes, des hôpitaux. Tout ce dont les gens ont besoin. Je rêve qu’un jour ce sera ainsi. Je rêve aussi de devenir couturier et de vivre bien. Comme Murhabazi et le BVES sont derrière moi, je crois que c’est possible » Isaya, 15 ans 4 ans comme enfant soldat

« Bien que Murhabazi n’ait pas trouvé ma famille après trois mois, il ne m’a pas jeté hors du centre. Au contraire, il s’est occupé de moi, pendant plus d’une année, comme si j’étais son propre enfant. Je le considère toujours comme mon père. Après l’école au BVES, il m’a aidé à reprendre l’école d’état. Il a payé mes taxes scolaires et le reste. J’ai toujours voulu être journaliste et je l’ai dit à Murhabazi. Alors, il a fait en sorte que je puisse faire un test pour commencer une formation de journaliste pour jeunes auprès de l’organisation Search for Common Ground. J’ai réussi le test et la formation et aujourd’hui je suis reporter pour la jeunesse dans leur émission radio « Sisi Watoto – Nous les Enfants » ! C’est sûrement la plus belle émission du monde car nous parlons de ce qu’il y a de plus important ; les droits de l’enfant. Beaucoup d’enfants appellent, car c’est le but de l’émission, donner une voix aux enfants du Congo. Ce qui n’est pas habituel ici. Ici, la plupart des adultes n’écoutent pas du tout les enfants. A l’avenir, j’espère pouvoir aider le BVES à sauver plus d’enfants, comme Murhabazi l‘a fait avec moi. Il m’a sauvé de la mort » Bahati, 17 ans, 3 ans comme enfant soldat

– Tous les samedis et les dimanches à 17h30 je parle à la radio des droits de l’enfant et surtout de la brutalité avec laquelle les filles sont utilisées dans la guerre au Congo, dit Bahati.

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 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: BO ÖHLÉN

« Murhabazi est un père pour moi ! » « Il y a une année de cela c’était un dimanche et j’étais à l’église avec mes deux sœurs quand notre village a été pris sous le feu de deux groupes de soldats. On tirait à la mitrailleuse et on bombardait juste devant l’église et nous ne pouvions plus sortir. Je tremblais de peur. Ce que je ne savais pas c’est que maman et papa s’étaient sauvés dans la forêt. Quelques jours plus tard, les combats ont pris fin et la Croix Rouge et l’ONU sont arrivés et nous ont emmenés dans un camp de réfugiés. J’y ai vécu pendant cinq mois. C’était dur. La nourriture était diluée dans l’eau et les matelas directement sur le sol. Et nous ne pouvions pas aller à l’école. Un jour Murhabazi est venu et m’a demandé si je ne préférais pas aller dans sa maison pour filles. J’étais très contente parce qu’on m’en avait dit tellement de bien. Nous étions 29 enfants à le suivre. Je suis contente d’être ici, c’est comme à la maison. Murhabazi s’occupe de moi comme mon père. Mais chaque nuit, je rêve que maman et papa vivent et que je peux retourner à la maison. Murhabazi continue de rechercher mes parents » Valentina, 12 ans

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La journée de Valentina a Sur l'une des collines de la ville de Bukavu, se trouve le foyer de Murhabazi pour filles. Beaucoup de ces filles ont été prisonnières de plusieurs groupes armés. Sur 68 filles qui vivent ici, 47 ont été victimes d’agressions sexuelles. – Je suis heureuse d’être ici, c’est comme à la maison. Murhabazi est comme mon père, dit Valentina, 12 ans.

06h00 Debout ! – Nous nous brossons les dents et nous nous lavons. Ici, on nous donne savon, dentifrice et huile pour les cheveux et le corps. J’ai perdu ma brosse à dents et je n’en ai pas encore reçu une nouvelle, alors j’utilise un doigt. C’est très bien aussi ! dit Valentina en riant.

07h00 Petit-déjeuner

08h00 Leçons – Quand j’étais dans le camp de réfugiés, je n’allais pas à l’école. Je sais que c’est le droit de tous les enfants d’aller à l’école, même pour nous qui sommes en guerre et sommes réfugiés. Tout d’un coup, je ne pouvais plus et c’était horrible. Je sentais que je perdais du temps où j’aurais pu m’instruire. Le premier jour d’école ici chez Murhabazi, j’étais si heureuse ! On doit aller à l’école si on veut apprendre des choses, pour prendre les bonnes décisions dans la vie et pour trouver un bon travail et nourrir sa famille. – Quand je serai grande, j’aimerais apprendre à coudre ici au BVES et devenir couturière. Mais j’aimerais surtout être professeur. Mon professeur Ndamuso n’est pas seulement mon professeur, elle est aussi très gentille et elle s’occupe de moi. Elle me donne des conseils comme une mère. Quand je serai grande, je veux être comme elle. Les filles qui sont trop petites pour l’école, vont à la maternelle.

Pour le petit-déjeuner il y a une bouillie de maïs

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12h00 Déjeuner Aujourd’hui, ce sera du riz et des haricots.

13h30 Repos C’est agréable de se reposer un moment quand il fait si chaud. La fille dans le lit, à côté de Valentina s’appelle Noella et a dix ans. – Nous dormons souvent à plusieurs dans le même lit. Des fois c’est serré, mais en même temps c’est rassurant de ne pas être seule, dit Valentina.

a au foyer pour filles de Murhabazi 15h30 Lessive Valentina et Donatella utilisent la même bassine.

14h30 Jeux – J’aime jouer avec les copains. On est heureux et on ne pense pas tellement à tout ce qui est pénible. On bouge, ça fait des muscles et on se sent bien ! Nous sautons à la corde, nous chantons et dansons et jouons à différents jeux de balles.

16h30 Devoirs – Nous faisons souvent nos devoirs ensemble, comme ça, on peut s’entraider, dit Valentina.

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La garde-robe de Valentina

18h00 Dîner Il y a du riz et des haricots aussi pour le dîner.

– J’ai tous mes vêtements dans un sac dans la chambre. – La belle robe blanche je la mets tous les dimanches pour aller à l’église.

– Le collier avec la Vierge Marie c’est ce que j’ai de plus beau. Je me sens en sécurité quand je le porte. Comme protégée.

19h00 Réunion du soir

– Ce pull fleece jaune est mon préféré !

– Tous les soirs, nous nous retrouvons et parlons de notre journée. Nous chantons et nous nous racontons des histoires Les réunions sont très importantes pour moi, parce qu’après je me sens calme. J’oublie de trop me demander où sont maman et papa. Pendant les réunions on se sent comme une vraie famille. Nous prenons soin les unes des autres et nous, les plus âgées, nous nous occupons des plus jeunes. Les adultes ici se soucient de nous. Si je me sens mal, il y a toujours quelqu’un qui m’écoute. Murhabazi, mon professeur, l’infirmière ou le psychologue. Comme cela devrait être dans chaque famille.

20h00 Au lit ! Après s’être brossé les dents, les filles se glissent dans le lit, se serrent les unes contre les autres et s’endorment.

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– J’ai pu prendre mes vêtements avec moi dans un sac dans le camp de réfugiés et j’en suis très contente parce que c’est maman qui m’a donné les vêtements. J’aime mes vêtements. Ils sont beaux et me rappellent maman.

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Qui est Murhabazi?

Au foyer pour filles vulnérables, c’est ainsi que trois filles décrivent Murhabazi :

Il protège les filles « J’étais prisonnière des soldats et Murhabazi m’a sauvé la vie. C’est lui qui fait en sorte que nous soyons en sécurité ici. Il nous donne tout. C’est horrible pour les femmes et les filles dans notre pays. Nous souffrons. Beaucoup sont violées et abusées par les soldats et d’autres hommes adultes. Murhabazi s’occupe de nous comme si nous étions ses propres filles ou ses propres sœurs. Si Murhabazi n’existait pas, cela serait bien pire pour beaucoup de filles au Congo. Il nous protège » Donatella, 13 ans

Je l’aime ! C’est mon père ! « Murhabazi s’occupe de moi. Il me donne un endroit pour dormir, du savon pour que je puisse me laver, de la nourriture pour manger et la possibilité d’aller à l’école. Et si je suis malade il appelle un médecin. Murhabazi agit exactement comme doit le faire un parent. Il est comme mon père ! Sans lui ma vie aurait été très difficile. Je l’aime ! » Josepha, 10 ans

« Ma famille a été dispersée pendant la guerre, nous nous sommes perdus quand nous avons fui. Murhabazi et la Croix Rouge recherchent toujours mes parents. Je ne sais même pas s’ils vivent. Mais en attendant c’est Murhabazi qui est mon père. Je l’aime et je sais qu’il m’aime aussi parce qu’il m’aide pour tout. Je pense tout le temps à maman, papa, à mes frères et sœurs. Il s’est passé des choses horribles, mais la vie est malgré tout un peu plus facile maintenant que Murhabazi prend soin de moi » Vestine, 15 ans

Les enfants dans les foyers et les écoles de Murhabazi

Les sœurs Benon, Vestine et Valentina vivent ensemble dans un foyer de Murhabazi.

 TEXTE: ANDRE AS LÖNN PHOTO: BO ÖHLÉN

Il y a 68 filles dans le foyer pour filles vulnérables de Murhabazi à Bukavu. Pendant la journée, 297 filles viennent au foyer ou vont à l’école du BVES. Avant, elles vivaient aussi au foyer, mais à présent elles sont retournées dans leur famille. – Les familles sont souvent si pauvres qu’elles n’ont pas les moyens d’envoyer les enfants à l’école. Chez nous les enfants vont à l’école gratuitement et ils y restent le temps qu’il faut, dit Murhabazi. En ce moment, il y a 71 garçons au foyer pour garçons ex enfants soldats de Murhabazi à Bukavu. Murhabazi a 35 foyers et écoles, répartis dans tout le Congo. 15.284 enfants reçoivent en ce moment une aide du BVES, sous une forme ou sous une autre. Par exemple, 8.138 enfants reçoivent de l’aide afin de pouvoir retourner dans les écoles d’état et 37 jeunes pour entrer à l’université.

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Afin de dévoiler les noms des Héros des Enfants du Monde pour la Décennie, les enfants ont donné des conférences de presse dans 20 villes d’Inde. Celle de New Delhi s’est tenue à Raj Ghat, où fut incinéré le Mahatma Gandhi après son assassinat. La Conférence de Presse fut introduite par une représentation.

QU’EST-CE QUE LA

Dans 56 villes de toute la Suède, les enfants ont tenu leur Conférence de Presse des Enfants du Monde et cela a donné lieu à 270 publications dans les journaux, radio, TV et nouvelles sur le web. À Stockholm, Rickard Jansson a annoncé que Nelson Mandela et Graça Machel ont été élus Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie. Majid Benachenhou et Louise Rosengren ont expliqué de quelle manière les droits des enfants sont violés en Suède.

CONFÉRENCE DE PRESSE DES ENFANTS DU MONDE ?

 PHOTO: HARSHIT WALIA

Deux fois par année, toi et tes amis, pouvez organiser une Conférence de Presse des Enfants du Monde, au moment de présenter les nominés et au moment de la communication du résultat du Vote Mondial. Les enfants seuls ont droit à la parole ! Aucune personne de plus de 18 ans ne sera sur scène. Voici comment faire : • Donnez une conférence de presse à l’école ou encore mieux dans l’immeuble le plus important de la ville, pour démontrer l’importance des enfants et de leurs opinions. • Invitez les médias à temps. Envoyez les invitations, mais téléphonez ou passez aussi dans les rédactions. Lancez un rappel à toutes les rédactions, le jour avant la conférence de presse ! • Commencez et terminez la conférence de presse avec musique, danses et chansons.

• Introduisez la conférence en informant les journalistes sur les droits de l’enfant dans votre pays et dites quelles sont les améliorations que vous exigez afin que les droits de l’enfant soient respectés. Vous pouvez également, au préalable, poser des questions concernant les droits de l’enfant à vos politiciens et présenter le résultat lors de la conférence de presse. • Montrez de préférence la vidéo que vous pouvez commander. • Annoncez le nom des trois candidats finalistes ou le résultat du Vote Mondial. • Avant de terminer, distribuez

aux journalistes le communiqué de presse du Prix des Enfants du Monde. Donnezleur aussi la feuille d’informations sur les droits de l’enfant dans votre pays. • Envoyez en Suède les coupures de presse et une liste des stations de radio et de télévision qui ont couvert l’événement et ont parlé du Prix des Enfants du Monde.

La danse de la Conférence de presse.

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« Je suis désolée de devoir dire que dans notre société, on accorde plus de valeur aux fils qu’aux filles, lesquelles sont perçues comme un fardeau économique. Est-ce que les droits de l’enfant sont respectés en Inde ? Nous les enfants, le savons mieux que personne ! »

Vous trouverez sur www. worldschildrensprize.org : Des modèles d’invitations et des questions à poser aux politiciens, des données sur les droits de l’enfant, des idées de manuscrits ainsi que la possibilité de commander une vidéo. Sur le site web, il y a aussi des photos que les journalistes peuvent télécharger. Si vous êtes plusieurs écoles Amies Universelles du Prix des Enfants du Monde à inviter les mêmes médias, nous vous conseillons de donner la conférence de presse en commun. Un représentant par école prendra alors place sur scène.

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Bienvenue à la cérémonie du 10ème anniversaire

Lisa Bonongwe du Zimbabwe est membre du jury des enfants du Prix des Enfants du Monde. Elle était l’un des deux « Maîtres de cérémonie » et a souhaité à tous la bienvenue à la cérémonie au 10ème anniversaire à l’Hôtel de Ville de Stockholm en Suède.

Shobhna Jha dans le tourbillon d’une danse indienne.

Les Héros des Droits de l’Enfant pour la Décennie “Être honoré par des enfants est un hommage très spécial, car c’est vous les enfants du monde qui êtes la raison de notre travail. Vous faites preuve d’un courage, d’une lucidité, d’une passion et d’un engagement extraordinaires dans la construction d’un monde meilleur. Madiba (Mandela) et moi-même, promettons ici et maintenant de travailler avec vous, enfants du monde jusqu’à ce que nous ayons un monde qui chérisse ses enfants, qui respecte et promeuve leurs droits partout. Madiba vous dit à vous tous, les enfants : Je vous aime ! »

Quelques-uns des plus grands héros des droits de l’enfant et précédents lauréats de Prix des Enfants du Monde, étaient présents à la cérémonie du 10ème anniversaire avec des jeunes qu’ils ont aidés. On célèbre ici,

depuis la gauche : Graça Machel, Déborah Macaringue, Mozambique, Asfaw Yemiru, Sosena Alemayehu, Éthiopie, Gail Johnson, Zintle Mqwayo, Afrique du Sud, Anuradha Koirala, Poonam Thapa, Népal, Maggy Barankitse, Lydia Akimana, Burundi, James Aguer, Abuk Deng Garang, Soudan, Piromya Sathathai, Prateep Ungsongtham Hata, Thaïlande, Mofat Maninga, Judith Kondiek, Kenya, Betty Makoni, Alice Shuvai, Zimbabwe, Somaly Mam, Daly Ly, Srey Pov Chan, Cambodge, Josefina Condori Quispe, Maria Elena Achahui, Pérou.

 PHOTO: SOFIA MARCETIC, KIM NAYLOR & EWA STACKELBERG

Graça Machel, Héroïne des Droits de l’Enfant pour la Décennie avec Nelson Mandela, reçoit le prix des mains de la Reine Silvia.

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Le groupe de danse Kasm Kathakaar d’Inde.

Ama Ambush Abantwana d’Afrique du Sud a ouvert la cérémonie avec tambours et marimba.

Piromya Sathathai et Prateep Ungsongtham Hata de Thaïlande.

Maggy Barankitse et Lydia Akimana reçoivent leur médaille.

Hanoi Theatre College du Vietnam a joué des instruments en bambou et a dansé.

James Aguer et Abuk Deng Garang sont honorés par la reine.

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Gabatshwane Gumede d’Afrique du Sud, membre du jury, a chanté une chanson dédiée à Nelson Mandela et à Graça Machel, les héros des droits de l’enfant pour la décennie.

Mofat Maninga, membre du jury représentait aussi les enfants qui sont assistés par les mamans de Dunga du Kenya et a reçu une médaille de la Reine Silvia. Tommy Rutten des États-Unis, a ouvert la cérémonie avec Lisa du Zimbabwe. Tommy représentait les enfants qui votent.

Judith Kondiek, Betty Makoni, Alice Shuvai, Somaly Mam, Daly Ly, Sreypao Chan, Josefina Condori Quispe et Maria Elena Achahue ont reçu une médaille et des fleurs de la Reine Silvia.

Le membre du jury Poonam Thapa représentait aussi les enfants qui sont soutenus par Maiti Nepal, organisation créée par Anuradha Koirala (à gauche).

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Une danse brésilienne traditionnelle avec de petits parasols.

Ama Ambush Abantwana est un groupe marimba du Cap en Afrique du Sud.

Le jury des enfants du Prix des Enfants du Monde participe chaque année et exécute la cérémonie

Lilla Akademiens Kammarorkester a joué pendant la cérémonie du 10ème anniversaire.

Thanks! Tack! Merci ! ¡Gracias! Obrigado! En Afrique du Sud: Ministry of Education, National Department of Education, Eastern, North West Department of Education and Department of Social Development, Bojanala Platinum District Municipality and Department of Education, Marlene Winberg, Nadia Kamies, Vusi Setuke Bangladesh: Svalorna/The

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Swallows, SASUS, RedwanE-Jannat Bénin: Juriste Echos Consult – Jeacques Bonou, Oumarou Tikada Birmanie: BMWEC, Community Schools Program, Eh Thwa Bor Brésil: Grupo Positivo (Portal Positivo, Portal Educacional et Portal Aprende Brasil), SEMEDSantarém (PA), 5a Unidade Regional de Educação/ SEDUC-PA, SME-Monte Alegre (PA), SME-Juruti (PA), Projeto Rádio pela Educação/

Rádio Rural de Santarém, SME-São José dos Campos (SP), ONG Circo de Todo Mundo, Samuel Lago, Gilson Schwartz, Christiane Sampaio Burkina Faso: Art Consult et Développement, Malachie Dakuyo Burundi: Maison Shalom, Maggy Barankitse Cameroun: SOS Villages d’Enfants Cameroun, Caroll Mikoly Congo Brazzaville: ASUDH/Gothia Cup Congo Kinshasa: FORDESK, Tuzza

Alonda, APEC, Damien Kwabene, APROJEDE, Amisi Musebengi États-Unis: World’s Children’s Prize US Inc, Margareta Anden Gambie: Child Protection Alliance (CPA), Bakary Badjie Ghana: Ministry of Education, ATWWAR, Ekua Ansah Eshon, Ghana NGO Coalition on the Rights of the Child, Unicef, VRA Schools Grande Bretagne: The Children’s Rights Director for England, Roger Morgan, Oasis

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Corpos e Tambores de Movimento Pró-Criança au Brésil.

« Chers enfants, Je vous remercie de tout mon cœur. Les droits de l’enfant c’est si important ! Je m’associe à votre exigence pour qu’ils soient respectés. Pendant les premières années de son existence le Prix des Enfants du Monde a instruit et entraîné des millions d’enfants concernant leurs droits en leur permettant d’exprimer leurs opinions sur la façon dont ces droits devaient être respectés. Je dois dire que le Prix des Enfants du Monde fait un travail exceptionnel afin de promouvoir les droits de l’enfant » S.M. la Reine Silvia de Suède Dans le chant de clôture « Un monde d’amis » le groupe Spektrum Teens-kören a reçu des renforts du jury des enfants et de tous les enfants qui participaient à la cérémonie.

School of Human Relations, Zena Bernacca Guinée Conakry: Ministère de l’Education, CAMUE Guinée, Oumar Kourouma, Unicef, Parlement des Enfants de Guinée Guinée Bissau: Ministério da Educação, AMIC, Laudolino Medina, Fernando Cá Inde: City Montessori School Lucknow, Shishir Srivastava, Times of India’s Newspaper in Education, Peace Trust, Paul Baskar, Barefoot College, Tibetan Children’s Villages, CREATE, Hand in Hand Kenya: Ministry of Education, Provincial Director of Education for both Western and Nyanza Provinces,

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CSO Network for Western and Nyanza Province, Betty Okero Mauritanie: Association des Enfants et Jeunes Travailleurs de la Mauritanie, Amadou Diallo Mexique: Secretaría de Desarollo Humano Gobierno de Jalisco, Gloria Lazcano Mozambique: Ministério da Educação e Cultura, SANTAC (Southern African Network Against Trafficking and Abuse of Children), Margarida Guitunga, Malica de Melo, FDC (Fundação para o Desenvolvimento da Comunidade), Graça Machel Népal: Maiti Nepal, Janeit Gurung Nigeria: Federal Ministry of Education, The

Ministries of Education in Kogi State, Lagos State, Ogun State, and Oyo State, Unicef, Royaltimi Talents Network, Rotimi Samuel Aladetu, CHRINET, Children’s Rights Network, Moses Adedeji Ouganda: Uganda Local Governments Association, Gertrude Rose Gamwera, Wakiso District, BODCO, Nason Ndaireho, GUSCO, Louis Okello Pakistan: BLLFS, Mir Sarfraz, BRIC, PCDP Philippines: Lowel Bisenio Rwanda: AOCM, Bonaventure Sénégal: Ministère de l’Education, Ministère de la Femme, de la Famille et du Développement

Social, EDEN, Save the Children Sweden, Unicef Tchéquie: Vzajemne Souziti Thaïlande: Ministry of Education, Sunida Dechsen, Duang Prateep Foundation, Vietnam: Vietnam Committee for Population, Family and Children – CPFC, Voice of Vietnam – VOV Children’s Programme, Nguyen Thi Ngoc Ly Zimbabwe: Girl Child Network, Nyasha Mazango

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L E J U RY P O U R L E P R I X D E S E N FA N T S D U M O N D E 2 0 11 E L J U R A D O D E L P R E M I O D E L O S N I Ñ O S D E L M U N D O 2 0 11 O J Ú R I D O P R Ê M I O C R I A N Ç A S D O M U N D O 2 0 11

t h e 2 0 1 1 w o r l d ’ s c h i l d r e n ’ s p r i z e j u ry

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the 2011 world’s children’s prize jury Bwami Ngandu

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UN

R . D. DU CON G O

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UN

Gabatshwane Gumede

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A NOMMER

UN

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Mofat Maninga K E N YA

A NOMMER

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UN

Hamoodi Elsalameen

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UN

ISRAËL

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BANGLADESH

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Nuzhat Tabassum

Amar Lal INDE

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ZIMBABWE

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UN

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UN

L MI A IVE R SE

UN

PÉROU

Po o n a m Thapa NÉPAL

A NOMMER

the world’s children’s prize for the rights of the child

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Fr le Globe no 52-53  

Le Globe no 52-53, Français

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