L'Éduc' Mag - N°171

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Juin 2022

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CPPAP N° 0716 S 06569

l’Enseignement Public

4,60 €

La fédération UNSA des métiers de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture



Directeur de la rédaction Frédéric Marchand Directeur de la publication Pierre Chateau Rédactrice en Chef Aline Boussaroque Ont participé à ce numéro : Denis Adam, Christelle Alan, Sébastien Biot, Carine Aoun-Boudot, Aline Boussaroque, Marie Claria, Stéphane Crochet, Julien Danglard, Véronique De Aguiar, Sébastien Decroix, Stéphanie De Vanssay, Jean-Louis Durpaire, Rémi Ferrières, Benoît Kermoal, Béatrice Laurent, Yannick Lavesque, Antoine Loguillard, Frédéric Marchand, Claire Papeghin, Yves Paploray, Hawa Sall, Christèle Sauder, Caroline Sorez, Stéphanie Valmaggia-Desmaisons Jean-Pierre Véran, Morgane Verviers. Illustration couverture Aline Boussaroque Réalisation Yellowstone-design Publicité Anat Régie • 01 43 12 38 15 Impression Imprimerie IPS Pour les personnes souhaitant s’abonner, le prix du numéro est de 4,60 €, l’abonnement annuel de 18,40 €.

C.P.P.A.P. 0716 S 06569 Dépôt légal : Juin 2022

Agir vite pour l’attractivité de nos métiers ntre mars et juin, 25 articles, reportages et dépêches de presse ont relayé l’ouverture puis les résultats de notre baromètre des métiers, devenu une référence pour sa 10ème édition avec près de 43 000 répondant·es. Ce n’est pas un hasard. La problématique des conditions de travail et de la rémunération des personnels que nous accompagnons au quotidien, mise en exergue par la crise sanitaire, s’est imposée dans l’actualité avec la crise de nombreux concours de recrutement il y a quelques semaines. Que se passe-t-il ? Les résultats du baromètre, à retrouver sur notre site, donnent quelques réponses : les personnels aiment leur métier (92 %) mais ne le recommanderaient pas à un jeune (22% seulement). Une part importante ne trouve plus de sens dans ses missions (29%) et veut changer de métier (38%). Les solutions d’ailleurs se trouvent aussi dans les réponses du baromètre, qui placent comme priorité des personnels le pouvoir d’achat (68 %), la charge de travail (45%) et les perspectives de carrière (41%). C’est ce sujet de l’attractivité de nos métiers que l’UNSA Éducation a voulu mettre en avant, le 25 mai, lors de sa première rencontre avec le nouveau ministre de l’Éducation Nationale. Si nous avons trouvé un ministre à l’écoute, nous attendons plus que cela : Face à la crise du recrutement, alors qu’il y a

un risque réel de voir la rentrée « techniquement ratée » dans certains territoires, il est nécessaire d’actionner tous les leviers pour apporter des réponses dans l’urgence, mais il faudra bien plus que cela pour répondre à cette situation. Un choc d’attractivité est nécessaire. La France doit suivre l’exemple de nombreux pays qui ont misé sur les personnels éducatifs pour assurer la qualité de leur système éducatif de la maternelle à l’université, avec succès : conditions de travail, logement, formation de pointe, rémunération attractive, moyens suffisants, confiance envers les personnels, notamment en matière de management et d’évaluation. En tant qu’employeurs, les différents ministères de nos champs de syndicalisation (éducation, ESR, jeunesse et sports, agriculture, culture), doivent aussi mieux prendre en considération la question des bas salaires et la précarité de personnels contractuels dont la part a fortement augmenté. Nous devons répondre à des enjeux démocratiques, écologiques, sociaux majeurs. Les questions d’égalité, de mixité sociale et scolaire sont centrales. Les politiques de jeunesse, d’éducation et de recherche doivent être au cœur des solutions pour l’avenir.

Frédéric Marchand Secrétaire général de l’UNSA Éducation @FMarchandfred

UNSA Éducation 87 bis, Avenue Georges Gosnat 94853 IVRY-SUR-SEINE CÉDEX

Tél. : 01 56 20 29 50 national@unsa-education.org

unsa-education.com

Retrouvez les éditoriaux de Frédéric Marchand sur unsa-education.com

- n° 171 - juin 2022 Internationale de l’Éducation

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Les brèves d’actu

10-12 • Le Baromètre UNSA 2022 : en 10 ans, une enquête devenue une référence

14 • Urgence salariale 17 • Contractuel·les : vous avez de nouveaux droits ! 18 • Jeunesse et Sports : nos revendications pour le quinquennat

19 • Reprendre pied dans les métiers, réparer plus que persister

22 • L’enseignement agricole public, un acteur essentiel pour assurer le renouvellement des générations d’agriculteurs et agricultrices

24 • Face à l’urgence climatique : la biodiversité !

Comprendre les questions LGBT+, prévenir la LGBTphobie, le Vrai et le Faux Avec l’approche de la marche des Fiertés, l’UNSA Éducation vous propose une brochure « Comprendre les questions LGBT+. Prévenir la LGBTphobie » ainsi qu’une plaquette « Vrai / Faux ». Ces deux outils font le point sur les interrogations les plus fréquentes et les situations concrètes auxquelles toutes et tous peuvent être confronté·es afin d’y répondre rapidement et efficacement. Disponible sur notre site : www.unsa-education.com > rubrique publications.

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et juillet, Au mois de juinnce, ce sont par tout en Fra s fier tés de les marchesdepu nées dans is plusieurs an

gée ion, Fortement enga l’UNSA Éducat LGBTphobies, s le ses re eu nt br co m e la lutt lors des no , est présente de s on oi ni U m s n le so nt ec av ont lieu dura i qu és rt fie ve s arche d'en rmarches de en France. La m t ou rt ule pa et ill juin et ju er LGBT se déro ganisée par l'Int or tra et le na rm tio pe na gure de l’UNSA 2022. Un char in ju t. 25 en le em ris à Pa cet évén de participer à aux militant·es

D e u x é vé n e m e

lle les sorties vacances appe s de ps m te Le inratables si ux événements avec enfants. De pitale. ssent par la ca vos chemins pa d’art gonflaière exposition Pop Air, la prem llette avec des e Halle de la Vi ambulable, à la Grand les, pour une dé ta en um on m s œuvre colorée. tion ludique et

timation Enquête de vic ons le scolaire : prener du temps de parl Cergy climat scolaire , l'Université de

Solidarité Laïque rnational Éducation L'Autonome de te Universitaire In second et l'Observatoire personnels du s de ès pr au t en nc ns les la da n s tio ce en en et Prév ènes de viol om én ph s de e on tre pers nels degré une étud Les relations en s. re ai ol sont sc ts en établissem ges et les lycées s dans les collè er ag us s le e. iv ec et av e éducat iel de la réussit un enjeu essent

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nts inratables

r position-atelie en boîte, une ex n tio uc tr ns Architectures de co istoire des jeux qui raconte l’h l’architecture et de é cit la r, à et invite à y joue t. llo Palais de Chai du patrimoine,


Abrogation d’un décret ce publié en dou

m en t av ai t Le go uv er ne nc er ta tio n co pu bl ié sa ns sa nt un e po im un dé cr et ue nt e de s co ha usse co ns éq te s. tis at io ns re trai s les personÉtaient concerné ments parse lis nels des étab EFE. tenaires de l’A de l'U N SA on ti L' in te rv en og at io n de ce a pe rm is l'a br m ai nt en an t va dé cr et . Elle m od ifi ca tio ns pr op os er de s de la lo i.

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dans une ture sont liées Éducation et na . ne gogique ancien tradition péda bienfaits redécouvre les Si à l’École, on colonies s hors », dans le , on ne de la « classe de irs is lo de centres de vacances ou ai i ét t utile éloigné. Ce qu s’en est jamais ensable et sp jourd’hui indi hier devient au s de deen oy cit s rmer le urgent pour fo re pour tu nnexion à la na e et la main. Une reco tr aî nn co mieux la tout à la fois rtie presentir bien et pa préserver, et s’y nante. sage, à son apprentis Donner du sens r. ir à son futu donner un aven

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SE-UNSA Prêts pour que nos voix comptent Nous avons enfin pu tenir le congrès national du SE-UNSA à Toulouse à la fin du mois de mars et réunir plus de 500 délégués·es et auditeurs·trices venu·es de l’ensemble des territoires.

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près 5 années éprouvantes à plus d’un titre, le congrès a permis de finaliser nos analyses et revendications pour la réussite de tous nos élèves et nos métiers : enseignant·es de la maternelle au lycée, CPE, PsyEN, AESH et AED. Par ce travail engagé depuis l’automne dans les congrès locaux, le SE-UNSA s’est doté d’exigences et de propositions pour relever les défis posés à l’École publique et laïque, colonne vertébrale de notre société. Comme nous l’avons déjà fait durant la campagne des présidentielles, nous ferons entendre la voix de nos adhérentes et adhérents auprès du prochain ou de la prochaine ministre et dans la campagne des législatives.

Pour l’École, au SE-UNSA, nous avons choisi de cibler trois défis : l’attractivité de nos métiers au sens large : la rémunération bien sûr mais aussi la satisfaction au travail, la reconnaissance et le respect ; la réussite de l’École inclusive pour les élèves et les personnels ; et enfin, la nécessité de la mixité sociale à l’École, dans l’École et par l’École. Trois défis qui permettent d’ouvrir sur la quasi-totalité des questions éducatives et catégorielles pour peu que le ou la future occupante de la rue de Grenelle soit sincèrement attentive à l’avis et à l’expertise des professionnels, tous représentés dans l’UNSA Éducation. Ce ne serait pas suffisant mais ce serait un premier changement d’ampleur.

Stéphane Crochet Secrétaire général du SE-UNSA @StephCrochet stephane.crochet@se-unsa.org

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LOT AVEYRON

LOZÈRE

TARN ET GARONNE

GERS

Toulouse

HAUTE GARONNE HAUTES PYRENNEES

ARIÈGE

GARD TARN

Montpellier

HÉRAULT AUDE PYRENNEES ORIENTALES

L’UNSA Éducation en région Occitanie La particularité de la région Occitanie est celle d’être une région pluri-académique (Académie de Montpellier et de Toulouse) depuis 2015 dont le siège est implanté à Montpellier.

L

a section régionale est animée par Marie Claria, nouvelle secrétaire régionale Occitanie avec deux SR2A, Sébastien BIOT pour l’Académie de Montpellier, nouvellement nommé à ce poste et Antoine Loguillard pour l’académie de Toulouse. Mais sans une équipe de militants et de militantes compétente, dynamique et dévouée, nous ne serions rien. Nous avons fait le choix de nous répartir les sujets sur lesquels nous souhaitons développer nos actions afin que chacun puisse apporter son expertise. Nous procédons régulièrement à des consultations de notre base afin de croiser les avis et d’être au plus près des aspirations de nos collègues. Nous sommes avant tout une fédération de terrain ancrée dans la réalité de nos métiers. Quelles sont nos actions fédérales à venir ? permettre à l’UNSA Éducation de se développer auprès des non-titulaires (ATSS) de tous les métiers de notre académie en les informant et en allant à leur rencontre ; accompagner et représenter les collègues « Jeunesse & Sports » dont les missions impliquent des horaires atypiques (fin de journée, week-end, vacances scolaires…) et un nomadisme important. Nous défendons

Julien Danglard

Pages UNSA Éducation coordonnées par :

leurs droits afin qu’ils bénéficient d’une autonomie dans l’organisation de leur travail et des moyens d’exercer leurs missions sereinement ; changer la stratégie de communication : être plus visible sur les réseaux sociaux afin d’améliorer notre notoriété ; le retour du SNPTES nous conforte dans le supérieur. À ce titre notre objectif pour les prochaines élections professionnelles nous permet d’envisager avec sérénité les quatre prochaines années. Notre force est de représenter tous les métiers de l’éducation. Ce « plus » fédéral nous distingue des autres organisations syndicales. Tous les personnels auront leur place dans les listes que nous présenterons lors des prochaines élections professionnelles.

Sébastien Biot et Antoine Loguillard, SR2A Occitanie.

julien.danglard @unsa-education.org

Marie Claria Yannick Lavesque @Yannick_Lavesk yannick.lavesque @unsa-education.org

Secrétaire régional Occitanie occitanie@unsa-education.org

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Le Baromètre en 10 ans, une enquête L’histoire du Baromètre UNSA des métiers de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture remonte à 2013. Donnant la parole aux collègues, parce que leurs voix comptent, il a su s’inscrire dans le paysage médiatique et rendre compte du ressenti des personnels sur le terrain face aux politiques éducatives, aux questions de société ou encore des périodes de troubles, comme celle des attentats terroristes ou encore de la Covid-19.

Baromètre UNSA Éducation 2022 : Réparer plutôt que persister Encore une fois, cette 10ème édition du baromètre nous donne des indications précieuses sur l’état d’esprit de la profession. En 2022, nos collègues ne se sentent toujours pas reconnu·es et respecté·es (seulement 27%) et cela ne fait que s’aggraver depuis 2016. Globalement, ressentez-vous de la reconnaissance et du respect dans votre pratique professionnelle ?

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UNSA 2022 : devenue une référence Pour fêter les 10 ans de notre Baromètre, cette année, nous avons voulu mettre en avant 5 dates clés à travers une infographie supplémentaire illustrant l’évolution de notre enquête : tous les métiers représentés, proximité, constantes et ruptures, une participation toujours en hausse… 10 ans pour avancer, 10 ans pour faire de vos priorités nos exigences, 10 ans pour des personnels reconnu·es et respecté·es !

Combien de temps encore nos collègues resteront passionnés ? Une rupture de plus en plus marquée se fait ressentir avec 8% des personnels opposés aux choix politiques dans leur secteur d’activité. Diriez-vous que vous êtes en accord avec les choix politiques faits dans votre secteur d’activité ?

L’amour du métier est bel et bien présent et reste stable. 92% aiment leur métier et ils restent 74% à être heureux de l’exercer (en baisse) mais… les missions confiées ont de moins en moins de sens. Ils sont 8% de plus en 3 ans à dire que leurs missions n’ont plus de sens. Une tendance qui doit nous alerter quand on se rappelle que le sens donné à son travail est une préoccupation essentielle en lien avec la qualité de vie au travail.

Éduc. Nat. 87% ESR 75% J&S 74% Agriculture 70%

Ensuite, les vocations semblent s’éteindre au fur et à mesure de l’âge et de l’ancienneté dans le métier. Nombreux·ses sont ceux·celles qui se disent prêt·es à changer de métier.

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Des priorités toujours insatisfaites et des négociations à engager Le pouvoir d’achat reste la priorité majeure des personnels. Cité à 68% (61% en moyenne sur les années précédentes), il est un sujet qu’on ne peut plus éluder. En effet, l’attractivité des métiers et la stabilité des équipes passeront nécessairement par une amélioration conséquente des salaires ainsi des conditions et de la qualité de vie au travail. Au pouvoir d’achat viennent s’ajouter la charge de travail et les perspectives de carrière qui sont les préoccupations de nos collègues.

Le besoin urgent d’un débat apaisé Il n’est plus question désormais de mettre ces constats de côté. Pour l’UNSA Éducation, le Président, les nouveaux ministres et les futures député·es devront en tenir compte. Il faut réparer le lien entre l’Institution et ses personnels. Il faut apporter des réponses concrètes et l’UNSA Éducation a remis les résultats du Baromètre aux nouveaux ministres. Les collègues ont pris le temps de répondre à ce Baromètre : c’est donc que cette enquête leur semble utile. En plus du record du nombre de répondant·es (près de 43000), l’augmentation du taux de participation aux questions d’actualité est à noter avec 96,46%, soit la quasi-totalité des participant·es.

Au moment où les résultats des concours de recrutement viennent alerter sur l’attractivité ou les signaux du Baromètre confortent le besoin des personnels d’être reconnu·es et respecté·es, seul un débat apaisé et la construction partagée de solutions contribueront à l’amélioration Morgane Verviers de la situation. @MorganeVerviers morgane.verviers @unsa-education.org

Retrouvez l’ensemble des résultats du Baromètre UNSA 2022 :

Nos voix comptent ! 12

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Frédéric Marchand @FMarchandfred frederic.marchand @unsa-education.org


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Vos élèves méritent le spécialiste de l’Assurance Scolaire. PROTÉGER CHAQUE ENFANT, NOTRE RAISON D’ÊTRE. La MAE, c’est bien plus qu’une Assurance Scolaire. Créée en 1932 par des enseignants, la MAE met toute son expertise au service des enfants, des parents et des équipes pédagogiques. LA DOUBLE PROTECTION POUR ÊTRE BIEN ASSURÉ. Lors des activités scolaires obligatoires et facultatives, l’Assurance Scolaire MAE protège vos élèves qu’ils soient responsables ou victimes d’un accident (Responsabilité Civile + Individuelle Corporelle). En cas d’accident, c’est également une garantie pour vous dont la responsabilité peut parfois être engagée, si vos élèves ne sont pas correctement assurés. L’ASSURANCE SCOLAIRE MAE EST UN GAGE DE TRANQUILLITÉ.

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Les résultats de notre Baromètre montrent que le pouvoir d’achat est la problématique première des personnels Le pouvoir d’achat C’est une priorité exprimée par 68 % des collègues qui ont répondu. De plus, 9 collègues sur 10 estiment que leur rémunération n’est pas à la hauteur de leur qualification.

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Alors que l’inflation ne cesse de galoper, tirée par les prix de l’énergie et des produits alimentaires, les collègues subissent de plus en plus les conséquences du gel du point d’indice. Se loger, se chauffer, s’alimenter, se déplacer, tout devient compliqué et nous sommes de plus en plus nombreux·ses à être en situation de tension voire de difficultés financières.

UNSA Fonction publique a signé un courrier intersyndical adressé le 17 mai au président Macron, qui insiste sur l’urgence de la question du pouvoir d’achat et notre opposition au recul de l’âge légal de départ à la retraite. L’UNSA FP a également mis en ligne pendant le mois de mai une pétition « Urgence salaires +10% de point d’indice » qui a recueilli plus de 40000 signatures. L’UNSA Éducation a signé un courrier commun à toutes les organisations syndicales du champ scolaire et de la FCPE, adressé à la Première ministre pour porter les urgences de ce début de quinquennat : « La première des urgences est celle des salaires et du pouvoir d'achat. La situation actuelle en la matière est inacceptable. Le traitement minimum court après le SMIC, les personnels émargeant aux plus faibles rémunérations sont de plus en plus nombreux·ses, les qualifications sont peu ou mal reconnues et les déroulements de carrière sont dégradés, voire n'existent tout simplement plus. La cause principale de cet état de fait résulte de la quasiabsence d'augmentation et de mesures générales depuis douze ans.

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Pierre angulaire des salaires des agentes et agents de la Fonction publique, le point d'indice doit en conséquence être fortement revalorisé et dans les plus brefs délais. Par ailleurs, nous considérons que la mise en place d'un dispositif d'indexation de la valeur du point sur l'évolution du coût de la vie aurait toute sa pertinence. L’amélioration de tous les niveaux de la grille indiciaire et des carrières par des mesures générales est également un impératif du début du quinquennat. » L’UNSA, l’UNSA FP et l’UNSA Éducation réaffirment l’urgence de voir aboutir ces revendications légitimes et poursuivent l’action syndicale dans la négociation, et si besoin dans le rapport de force et les mobilisations. Les personnels ont besoin de reconnaissance de leur travail. Notre pays a besoin d’apaisement. Il est de la responsabilité du gouvernement de l’entendre, de le comprendre et d’agir. Véronique De Aguiar @v_de_aguiar veronique.deaguiar @unsa-education.org


La médiation préalable obligatoire avant un recours contentieux Il peut arriver, dans la carrière d’un·e agent·e, qu’une décision défavorable de l’administration entraîne un litige entre les deux. Litige qui se termine parfois devant le juge administratif. Depuis peu, un nouveau dispositif est mis en place pour limiter certains contentieux et tenter de régler les litiges à l’amiable, gratuitement et rapidement : la médiation préalable obligatoire (MPO).

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a MPO concerne les motifs suivants : rémunération, positions statutaires (détachement, disponibilité…), réintégration, reclassement, formation professionnelle, aménagement des postes de travail. Ce dispositif s’applique uniquement : aux fonctionnaires et contractuel·les de l’Éducation nationale affecté·es en école primaire, collège, lycée, DSDEN, rectorat ; aux fonctionnaires et contractuel·les de l’Éducation nationale dans les académies suivantes : Aix-Marseille, Clermont-Ferrand, Montpellier (depuis le 2 avril 2022) et Bordeaux, Lyon, Nantes, Nice, Normandie, Paris, Rennes, Versailles (1er juin 2022) ; aux fonctionnaires ou contractuel·les territoriaux employé·es dans une collectivité ou un établissement public ayant conclu une convention avec le centre de gestion pour qu'il assure la médiation.

La MPO existait déjà de manière expérimentale. Les résultats encourageants ont amené son expansion dans 11 académies.

L’UNSA Éducation est favorable à la MPO si elle permet de limiter les contentieux devant le tribunal, longs, coûteux et éprouvants pour les collègues. Mais il convient de rester prudent car l’expansion du dispositif s’est faite avant la fin de l’expérimentation. Si vous êtes concerné·e, vous avez le droit d’être accompagné·e par la personne de votre choix. N’hésitez pas à nous contacter, nous sommes là pour vous conseiller.

Émilie Vanderpœl @emilie_vande emilie.vandepoel @unsa-education.org

La médiation préalable 89,4% des répondant·es pensent que leur rémunération n’est pas à la hauteur de leur qualification (Q8). 16,1% des répondant·es voudraient voir la formation professionnelle continue améliorée. Rémunération et formation professionnelle font partis des motifs pour lesquels la MPO peut être mise en place.

Inaptitude : des améliorations Dorénavant, un·e fonctionnaire déclaré·e inapte pour raisons de santé pourra être reclassé·e dans un autre versant de la Fonction publique. Il·elle continuera de percevoir ses primes et indemnités (y compris l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et complément de traitement indiciaire) pendant la période de préparation au reclassement (PPR). Application depuis le 1er mai 2022 pour tous les dossiers, y compris ceux en cours.

Hawa Sall @sall_hawa hawa.sall @unsa-education.org

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Une offre de logements doit être développée pour les collègues

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Après 2 ans de crise sanitaire et dans un contexte de forte inflation, l’UNSA Éducation revendique une politique d’action sociale plus ambitieuse.

es besoins et les attentes des personnels sont réels. Pourtant, le niveau d’action sociale qui nous est proposé est bien inférieur à celui des autres ministères. Nos collègues du champ Jeunesse et Sports, qui ont rejoint le MENJS en 2021, constatent amèrement la baisse des prestations. Comment accepter une baisse des montants d’aide alloués quand le nombre de demandes d’aide ne cesse d’augmenter ? Se loger est devenu très difficile, particulièrement dans les zones de vie chère. L’UNSA Éducation revendique qu’une offre de logement soit développée dans toutes les académies pour permettre à toutes et tous les collègues de vivre dignement.

Elle dénonce l’injustice pour les AED et les AESH, qui n’ont pas accès aux mêmes prestations d’action sociale selon qu’ils·elles sont rémunéré·es par le lycée ou par l’État. Le gouvernement doit comprendre qu’une politique ambitieuse en matière de logement des agent·es public·ques est nécessaire pour redonner de l’attractivité à nos métiers. AESH : « Qui va vouloir d'un CDI qui maintient sous le seuil de pauvreté ? »

Hawa Sall @sall_hawa hawa.sall @unsa-education.org

Personnels santé et sociaux de nos ministères : les vrai·es oublié·es du Ségur de la santé Face à l’engagement remarquable, mais aussi à l’épuisement des personnels de santé pendant la crise sanitaire, le gouvernement a octroyé un complément de rémunération (CTI) de 183€ aux personnels de santé hospitaliers. Suite aux revendications des « oublié·es du Ségur », le gouvernement a élargi à la filière socio-éducative avec une prime de revalorisation du même montant. Et pourtant ! Les médecins, infirmier·ères et assistant·es sociaux·ales de l’Éducation nationale restent toujours exclu·es du dispositif !

« Nécessaires tout le temps mais reconnues jamais. Nous sommes privées du Ségur, quel mépris ! »

« Quel médecin voudra travailler à l’EN avec si peu de considération ? »

L’UNSA Éducation ne peut accepter cette iniquité de traitement. Les médecins de l’Éducation nationale et les infirmier·ères scolaires doivent percevoir le CTI. Les assistant·es et conseiller·ères sociaux·ales de l’EN et du Supérieur doivent percevoir la prime de revalorisation. Ces collègues ont œuvré sans relâche pendant la crise sanitaire, l’UNSA Éducation exige qu’ils·elles bénéficient de la même reconnaissance que dans les autres ministères !

Claire Papeghin @ClairePapeghin claire.papeghin @unsa-education.org

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« Pas d’ordinateur, pas de bureau, pas de remboursement de frais de déplacement, pourquoi notre ministère ne reconnaît pas ses travailleurs sociaux ? »


Contractuel·les : vous avez de nouveaux droits ! Vous êtes contractuel·le de l’État ? Bonne nouvelle : depuis le 27 avril, vous bénéficiez de nouveaux droits.

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ous avez dorénavant les mêmes droits que les titulaires concernant :

le congé sans rémunération pour élever un enfant jusqu'à ses 12 ans ; le congé parental, accordé par périodes de 2 à 6 mois. Il est pris en compte pour le calcul de votre ancienneté (5 ans maximum) ; le congé sans rémunération pour convenances personnelles, qui passe à 5 ans ; d’autres congés vous sont dorénavant accessibles : congé VAE pour bilan de compétences, période de professionnalisation, congés des responsables associatifs bénévoles, mandats mutualistes et membres des conseils citoyens, congé SNU.

En revanche des régressions sont à déplorer : comme pour les titulaires, les compétences des instances paritaires sont réduites. Les CCP se limiteront aux décisions individuelles défavorables (refus de titularisation, de formation, de temps partiel ou de télétravail, licenciement, discipline…) ; une nouvelle sanction disciplinaire est créée : l'exclusion temporaire de fonctions (ETF) à discrétion de votre chef·fe de service donc non susceptible de recours.

Vous bénéficiez également de nouvelles dispositions : vos services à temps partiels sont assimilés à du temps plein pour le calcul de votre ancienneté (5 ans max.) pour passer un concours et pour calculer de votre échelon si vous êtes lauréat·e ; le congé de solidarité familiale et le congé de formation professionnelle sont ajoutés aux congés à l'issue desquels votre réemploi est obligatoire ; vous touchez l’indemnité compensatrice si vous démissionnez ou si vous ne pouvez pas prendre vos congés annuels pour raison de santé ; le licenciement n'est plus possible pendant l'ensemble des congés de parentalité.

L'UNSA Éducation accueille favorablement le rapprochement de vos droits de ceux des titulaires mais déplore la restriction des compétences des CCP. L’accompagnement par un·e collègue de l’UNSA Éducation est plus que jamais nécessaire pour vous conseiller et vous défendre.

Contactez-nous ! Christelle Alan @lucioleforever christelle.alan @unsa-education.org

Une nouvelle instance médicale unique Une nouvelle instance médicale est créée pour traiter les dossiers liés aux arrêts maladie prolongés, l’invalidité due au service, etc : le Conseil médical. Le Conseil médical est une fusion entre les ex-comités médicaux et les commissions de réforme. Cette instance unique devrait faciliter la prise en charge des dossiers et raccourcir les délais de traitement. Les représentant·es de l’UNSA Éducation y siègent et sont disponibles pour vous accompagner dans ces situations difficiles.

Avant le 1er février 2022

Après le 1er février 2022

Sébastien Decroix sebastien.decroix @unsa-education.org

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Jeunesse et Sports : nos revendications pour le quinquennat Gouvernement 2022 : les missions Jeunesse et Sports sont de nouveau attribuées à deux ministères différents. Le MENJS devient le MENJ, alors que les missions sport intègrent un ministère de plein exercice, le MSJOP.

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our les personnels Jeunesse et Sports (JS) et le pôle éducatif et sportif, mis en place en 2021, cela ne change rien aux missions : développer l’éducation et la formation tout au long de la vie, promouvoir une société de l’engagement et de l’inclusion. Cela nous convient, mais les missions les plus pertinentes ne peuvent se faire que si les compétences sont mises en synergie de manière judicieuse au service d’une politique publique à la fois ambitieuse et réaliste. L’UNSA Éducation demande, pour ce nouveau quinquennat : un vrai pilotage politique des missions JS qui mette les compétences des personnels au service de la Jeunesse, en complémentarité des temps et apprentissages scolaires. Les jeunes ne sont pas seulement des élèves. Le vivre ensemble, les valeurs, l’esprit critique, l’engagement, la citoyenneté tout cela s’acquiert également lors des temps de loisirs, de pratique sportive, d’ouverture culturelle, avec des personnels compétents et formés ; un ministère d’intervention : les personnels JS sont très - trop ! - peu nombreux. Ne gaspillons pas leur temps et leurs compétences. Si le contrôle est nécessaire, leurs missions doivent être avant tout des missions d’intervention sur le terrain et au contact des jeunes ;

des missions réellement éducatives et émancipatrices : les missions des personnels JS sont déjà très lourdes pour des effectifs ridiculement petits. Le SNU pourrait servir ces missions s’il était conçu comme un parcours inclusif qui permette aux jeunes volontaires de se rencontrer et de partager une expérience constructrice. Actuellement, le SNU relève davantage d’une logique de patriotisme autoritaire qui flatte la communication gouvernementale au détriment de tout : objectifs dévoyés, personnels épuisés et démotivés, autres missions JS négligées ; des conditions de travail satisfaisantes : de nombreuses difficultés restent à résoudre pour finaliser l’intégration : lieux et outils de travail inadaptés ou insuffisants, prestations sociales en baisse, arriérés de frais non remboursés, organisation compliquée entre services départementaux, académiques et de région académique ; enfin, des personnels en nombre suffisant. N’oublions pas qu’il s’agit d’un service public. Or toute politique publique, si adaptée soit-elle aux besoins et aux attentes du public, reste lettre morte si des agent·es public·ques ne la mettent pas en œuvre. Il est urgent de repeupler les services, les ouvertures de postes aux concours doivent être poursuivies et amplifiées.

Yves Paploray @YvesPaploray yves.paploray @unsa-education.org

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Reprendre pied dans les métiers, réparer plus que persister À l’issue d’un quinquennat aux nombreuses réformes et nouveaux dispositifs à absorber, toujours plus vite, ET une crise sanitaire très perturbatrice pendant deux ans, les professionnels aspirent à reprendre pied dans leurs métiers.

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n matière de politique éducative, le Baromètre UNSA Éducation 2022 dégage deux tendances :

Se concentrer sur l’essentiel, la réussite de chacun·e des enfants et des jeunes dans une société diverse et apaisée. Aller vers une éducation de qualité, c’est-àdire qui engage des métiers différents et complémentaires autour de la réussite des enfants et des jeunes. Recruter et donner envie de rester pour mieux affronter des métiers aux missions difficiles.

Le débat durant les récentes périodes électorales a été raté, les vraies priorités et attentes des professionnels de l’Éducation doivent maintenant être entendues. Les idées conservatrices qui réapparaissent à chaque campagne présidentielle sont rejetées par les professionnels de l’éducation, qui perçoivent bien que ce sont de fausses bonnes idées qui ne répondent pas aux défis posés à l’éducation du 21ème siècle. Il y a des dossiers à mettre en haut de la pile, nos ministres ne peuvent les ignorer. Évidemment, le niveau général de connaissance est prioritaire, c’est l’objectif central fixé par le code de l’Éducation,

chacun et chacune l’a intégré. Mais, il n’empêche qu’il faudrait bien mettre en débat ce que cela signifie en 2022, dans une société où la connaissance est partagée et accessible en un clic ou sur un écran de téléphone. Le parcours d’orientation et d’insertion est le deuxième objet de politique éducative, suivi du climat pour apprendre tant les incivilités, voire les violences et dégradations viennent régulièrement perturber les lieux d’éducation, de la maternelle à l’enseignement supérieur. Une personne sur quatre place à égalité deux autres préoccupations urgentes : la politique d’éducation inclusive, et la mixité sociale et scolaire. Et elles sont encore plus nombreuses (1 sur 3) lorsqu’elles travaillent en éducation prioritaire. L’UNSA Éducation est déterminée à faire reculer les inégalités. Ces sujets prioritaires sont ceux que nous porterons dans toutes les instances de dialogue social. Nos voix comptent. Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

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Fédérer métiers, recherche et formation autour de l'excellence Les campus des métiers et des qualifications (CMQ) existent et se développent depuis 2014. Chacun d'eux doit être labellisé par les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, et ce pour une durée de quatre ans (renouvelable).

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es CMQ regroupent des établissements d'enseignement secondaire et supérieur, de formation initiale, continue ou de l’apprentissage dans un réseau territorial, auxquels s’associe une pluralité d’acteurs (rectorat, région, organismes de recherche, entreprises, plateformes technologiques, etc.). Ils émergent autour d'un secteur d'activité d'excellence correspondant à un enjeu économique national ou régional soutenu par la collectivité et les entreprises. Destinés à faciliter l’insertion des jeunes dans l’emploi et à fluidifier les parcours vers l’Enseignement supérieur, les CMQ sont des réseaux ouverts et coopératifs, porteurs de méthodes de travail partenariales et d’innovations. Afin de favoriser les parcours des élèves jusqu'aux diplômes de l'Enseignement

supérieur, les CMQ facilitent la mixité des parcours, permettant aux jeunes d'adopter différents statuts tout au long de leur formation : scolaire, apprentissage, voire stagiaire de la formation professionnelle. Ils jouent également un rôle important en matière d'information sur les possibilités offertes par la validation des acquis de l'expérience (VAE) et la mobilité internationale. L'ambition est aujourd'hui de créer des campus d'excellence, fédérateurs et puissants, dans tous les territoires et dans des domaines d’activités variés : aéronautique, bâtiment et travaux publics, énergies nouvelles, numérique, métallurgie, filière bois, plasturgie, industries graphiques, mais aussi hôtellerie-restauration, tourisme, relation-client, soins et santé…

La voie professionnelle souffre de méconnaissance À la question : « Faut-il confier les lycées professionnels à la gouvernance des régions ? » 41,3% des répondant·es ne se prononcent pas, mais 72% des DDFPT et 70% des personnels de direction répondent NON !

Focus Le campus d’excellence international normand des énergies (CEINE) regroupe les acteurs de la filière pour des formations du CAP aux écoles d’ingénieur. Appuyé sur deux grands groupes ENGIE et EDF, mais également sur des organisations professionnelles, il permet la formation sous trois modalités : apprentissage, scolaire et formation continue. Frédéric Paquet, directeur opérationnel du campus, rappelait lors de la conférence des métiers du 16 mars 2022, que seule une collaboration tripartite permettait la réussite d’un campus. Avec plus de 5000 apprenant·es, l’ambition affichée est un rayonnement international sur les compétences liées aux énergies en mutualisant les ressources (renouvelables, efficacité, métiers périphériques de l’industrie).

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Caroline Sorez caroline.sorez @unsa-education.org

Christèle Sauder christele.sauder @unsa-education.org


L’enseignement agricole public Un acteur essentiel pour assurer le renouvellement des générations d’agriculteurs et agricultrices Chaque année, le monde agricole perd 10 à 12 000 professionnels, ce phénomène est inquiétant pour l’avenir. L’enseignement agricole public, toujours un peu méconnu, est un acteur incontournable pour former les futures générations. Comment promouvoir une agriculture à taille humaine ? Pourquoi ces métiers « d’entrepreneurs du vivant » n’attirent plus ? L’accès au foncier, les bas revenus, la charge et le rythme de travail sont identifiés comme de puissants freins. agriculture est un secteur d’activité percuté par les défis du 21ème siècle : changement climatique, contraintes énergétiques, conservation de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles comme l’eau… Les jeunes générations sont celles qui prennent le plus conscience de l’urgence à engager des transformations, qui s’engagent le plus sur les sujets qui bousculent le monde agricole : le changement d’alimentation, le bien-être animal, les circuits courts. Si on n’éduque pas dès le plus jeune âge à l’alimentation en rapport avec la santé et la préservation de la planète, comment changerons-nous les comportements alimentaires en lien avec les objectifs de développement durables fixés par l’ONU ? On n’entend parler que des fondamentaux, certes indispensables, mais au détriment de tous les autres savoirs dont les savoirs scientifiques. Si on ne forme pas mieux les professeurs des écoles à la biologie, comment éveillerontils les enfants pour faire faire naître des désirs de métiers du vivant ?

Il faut amplifier la tendance pédagogique à « faire classe dehors», les classes de découvertes, et tous les actes éducatifs autour du vivant, de la nature, de l’environnement pratiqués en colos, en accueil périscolaire, en centres aérés. Sans oublier, bien sûr, l’éducation à l’orientation commencée dès l’école élémentaire et sérieusement accompagnée et renforcée tout au long des années collège et lycée. Renouveler les générations d’agriculteurs et d’agricultrices, promouvoir une agriculture à taille humaine, ce sont indéniablement aussi des questions d’éducation. Orientation et insertion des jeunes 27% des répondant·es priorisent le sujet de l’orientation et de l’insertion des jeunes. Les parcours dans l’enseignement agricole public doivent être mieux connus et valorisés.

Stéphanie de Vanssay @2vanssay stephanie.devanssay @unsa-education.org

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Au CJA de MOOREA, on prépare le ma’a tahiti, repas traditionnel cuit au feu de bois, que l’on partage avec les familles, les invités et les habitants de la commune.

Valoriser et insérer des jeunes avec un parcours chaotique Une expérience singulière en Polynésie Française

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Les Centres pour Jeunes Adolescents (CJA) sont des écoles d’un genre particulier créées en Polynésie. Après une quarantaine d’années d’expérience, les CJA veulent évoluer, perdurer et s’adapter aux difficultés des jeunesses. Ces écoles centrées sur la coopération et la pratique professionnelle, redonnent confiance et envie à des adolescents inscrits en collège. Le CJA est une étape dans le parcours scolaire. u’est-ce qu’un CJA ?

C’est une école qui accueille des jeunes en échec scolaire à partir de 12 ans, et leur propose de continuer à apprendre par des voies différentes. En petit nombre, en alternant savoirs, savoir-faire, savoirêtre, en donnant une place prépondérante à la pédagogie de projet. Les élèves vendent leurs productions selon le modèle coopératif, tous les bénéfices sont reversés aux coopérants. Les productions sont issues d’ateliers : menuiserie, maraichage, couture, plats cuisinés… Le bâti de ces centres est communal, les adultes qui encadrent les jeunes sont des fonctionnaires d’état ou du pays. Des équipes pluridisciplinaires constituées d’enseignant·es, moniteurs ou monitrices de travaux pratiques, directeur ou directrice de centre. Un IEN (Inspecteur ou inspectrice Éducation Nationale) pilote le réseau des CJA, au nombre de 21 pour toute la Polynésie. Le CJA n’est pas une structure terminale, il est une étape dans un parcours parfois chaotique, qui permet de redonner

du sens et des projets d’avenir à des jeunes qui passent à côté de la traditionnelle réussite scolaire. Parfois, il suffit d’une année dans un tel centre pour rejoindre le cursus ordinaire. Parfois, il en faudra deux ou trois pour envisager une orientation vers un diplôme de niveau 3, valider le certificat de formation générale ou le DNB. Les CJA de Polynésie gagnent à être connus. Leur projet spécifique est très inspirant pour tous les professionnels de l’éducation confrontés à la problématique de la persévérance scolaire. Accompagner chaque jeune vers sa réussite est un défi majeur, il ne peut pas se relever selon une seule voie, la même pour toutes et tous. Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

Assurer un socle commun de connaissances et de compétences pour chacun·e 48% des répondant·es placent le niveau général de connaissances et de savoir en tête des priorités de politique éducative. Assurer un socle commun de connaissances et de compétences pour chacun·e est toujours un défi de notre système éducatif.

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Extrême droite, extrême gauche : pour en finir avec les confusions On l’entend de plus en plus fréquemment : « Les extrêmes se rejoignent » ou bien encore « extrême droite, extrême gauche, même combat ». Il faut dire que notre époque est fertile en confusions de tout genre, et on s’habitue aux assimilations et raccourcis d’autant plus facilement que l’heure semble être à l’absence de nuances et à la tentation de la radicalité. Comment dès lors se positionner face à de telles affirmations ?

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eux projets de société antagonistes

C’est avant tout l’histoire qui nous aide à différencier ces deux courants politiques. L’extrême droite a toujours eu des idées et des pratiques constantes, autour de l’ordre, du nationalisme exclusif allant jusqu’au racisme ou bien encore le soutien à un régime fort restreignant les libertés individuelles. L’extrême gauche, quant à elle, a eu des composantes qui ont beaucoup varié dans l’histoire : au XIXème étaient d’extrême gauche les partisans de la République, au début du XXème ce sont les socialistes, puis plus tard les communistes et aujourd’hui cela désigne différents courants en réalité peu définis. S’il existe une ultra-gauche violente, celle-ci est un phénomène ultra-minoritaire et ne peut pas être confondue avec l’ensemble de la gauche radicale. L’extrême gauche, en dépit des périodes et de ses fourvoiements, a toujours été en faveur de l’égalité et partage l’héritage des Lumières et de la Révolution de 1789. Ce n’est pas du tout le cas pour l’extrême droite. Et dans la vie politique actuelle, comment cela se concrétise ? Les racines historiques et le projet du RN, tout comme le nouveau parti Reconquête ! d’Éric Zemmour sont clairement situés à l’extrême droite. Mais la France insoumise, et plus largement l’alliance électorale qu’elle a impulsée, est-elle d’extrême gauche ? Objectivement, on y trouve des éléments d’inspiration radicale et un imaginaire révolutionnaire dont ce courant se fait aujourd’hui le porte-parole. Mais si on regarde la totalité du projet, on peut y voir un ensemble d’idées qui s’ancrent surtout dans l’histoire et l’héritage de la gauche.

Une période propice à la radicalité ? La société française est traversée actuellement de nombreuses fractures comme le montre Pierre Rosanvallon dans son dernier ouvrage, Les Épreuves de la vie (Seuil, 2021). Les aspirations à des ruptures, à des changements profonds, l’adhésion à des formes de radicalité sont présentes : la dernière édition du Baromètre UNSA Éducation en est une illustration parmi d’autres. Lorsqu’on interroge les personnels sur leur état d’esprit 30% évoquent la colère, 28% la résignation ou 14% la déprime, et une majorité exprime surtout de la fatigue (58% du total).

Ces émotions négatives, ce ressenti entre colère et peur de l’avenir peuvent être le terreau fertile d’une aspiration vers l’extrémisme, quel qu’il soit. Plus que le projet de société, ce serait alors la volonté de rupture qui prédominerait. L’UNSA l’affirme dans sa résolution générale de 2019 : « notre syndicalisme puise ses racines dans la longue histoire du mouvement ouvrier. » Plus encore, notre projet syndical repose avant tout sur un réformisme en actes et en idées. Il peut se nourrir d’aspirations légitimes à des changements rapides, sans laisser de place aux formes d’extrémisme et à la logique du « tout ou rien ». C’est pourquoi il est essentiel de comprendre les enjeux du présent et de bien nommer les éléments constitutifs de notre société et de notre vie politique. Le grand linguiste Victor Klemperer nous a mis en garde contre les mésusages du vocabulaire politique : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir.» Benoit Kermoal @enklask1 benoit.kermoal @unsa-education.org

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Face à l’urgence climatique : la biodiversité !

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Le 22 mai dernier, comme depuis 22 ans, se tenait la Journée mondiale de la biodiversité. De quoi s’agit-il et pourquoi est-il fondamental de la protéger ?

e concept de biodiversité concerne toutes les composantes du monde vivant. Il désigne toutes les formes de la vie sur Terre et les interactions entre ces formes de vie. La biodiversité, c’est la vie. Or, celle-ci se meurt de plus en plus, nous - l’Humanité inclus. En effet, selon le dernier rapport du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le changement climatique entraîne une « forte perturbation » de la biodiversité dans toutes les régions du monde. Pour la première fois, des extinctions d’espèces ont été attribuées au changement climatique. En 2022, 50% des espèces vivantes étudiées sont déjà en train de migrer pour fuir les impacts du changement climatique. Si celui-ci se poursuit au même rythme, le GIEC prédit qu’un tiers des espèces pourrait disparaître d’ici 2070. La transformation des écosystèmes et la perte de la biodiversité auront de forts impacts sur les sociétés humaines, car une chose est sûre : malgré nos avancées technologiques, nous dépendons entièrement d'écosystèmes sains et dynamiques pour

Un stage pour une écologie en actes Si l’urgence de lutter contre le réchauffement climatique est évidente, passer à l’action peut parfois s’avérer difficile. C’est pour cela qu’à l’UNSA Éducation, nous avons mis en place une formation « Écologie en actes ». Fidèle à nos mandats, elle sert à éclairer les enjeux et les problématiques liés au réchauffement climatique mais aussi à réfléchir ensemble, avec tous les personnels des métiers de l’éducation, à la mise en place de projets au sein des établissements scolaires. Ce stage se constitue de deux parties : La première permet d’approfondir ses connaissances sur le sujet via un jeu conçu par le GIEC, « La fresque du climat ». La seconde donne un ensemble de textes et de ressources pour travailler sur l’écologie en respectant les programmes et permet de voir comment mettre en œuvre concrètement des projets dans les établissements. Si vous souhaitez faire cette formation, n’hésitez pas à contacter le secteur Société : societe@unsa-education.org

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notre eau, notre nourriture, nos médicaments, nos vêtements, notre carburant ou notre énergie, par exemple. Il a été prouvé en revanche que la perte de biodiversité pouvait étendre les zoonoses, c’est-à-dire les maladies infectieuses transmises par les animaux aux humains, alors qu’au contraire, si nous gardons la biodiversité intacte, elle offre d'excellents outils pour lutter contre les pandémies, comme celles causées par les coronavirus. Ainsi, protéger et restaurer la biodiversité représente la réponse à plusieurs défis du développement durable. Face à l’urgence climatique, la biodiversité offre d’innombrables ressources, tant au niveau local que mondial. Cependant, le GIEC révèle que les efforts actuels sont très insuffisants, tout en précisant qu’il existe pourtant des solutions dans toutes les régions et tous les secteurs. Les obstacles cités par le GIEC sont notamment le manque de volonté politique, le faible engagement des citoyens et des citoyennes, et du secteur privé ainsi qu’un « sentiment d’urgence faiblement ressenti ». Dans les esprits, l'urgence se conjugue toujours autant au futur alors qu'elle est bel et bien un enjeu imminent et présent. Nous ne sommes pas dans une projection concernant l'avenir, nous sommes dans un constat quant au présent. L’UNSA Éducation considère qu’un autre modèle doit émerger. Notre projet syndical est un projet de société : il vise la nécessaire et urgente transition écologique pour un monde plus juste et solidaire mettant l’humain et son environnement au cœur. Nous souhaitons vivement que le rapport du GIEC soit pris au sérieux. Les enjeux écologiques Parmi les priorités des politiques d’éducation,d’enseignement supérieur et de jeunesse pour la France, 20% ont répondu les enjeux écologiques.

Rémi Ferrières remi.ferrieres @unsa-education.org


La résistance des femmes afghanes face aux talibans : le courage contre la répression Il n’aura fallu que quelques jours en août dernier pour que les talibans s’emparent du pouvoir en Afghanistan et seulement quelques mois pour qu’ils mettent en place une répression aussi brutale qu’inacceptable contre l’ensemble des droits humains et plus particulièrement contre ceux des femmes.

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ne situation grave et inquiétante

Le sort des femmes afghanes est aujourd’hui très éloigné des premières promesses des talibans d’un gouvernement plus « inclusif ». Dès septembre dernier, le ministère afghan de la condition féminine avait été remplacé par un ministère pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice dont la mission est de faire respecter la loi islamique. Exclues tout d’abord du pouvoir politique, puis privées d’emploi, les femmes sont désormais empêchées de toutes pratiques sportives et de déplacements. Les filles sont quant à elles privées d’éducation et d’études, cloitrées dans leur foyer sans aucune perspective d’avenir.

Des femmes qui ont déjà souffert du régime taliban Pendant 5 ans, de 1996 à 2001, les femmes avaient déjà subi une forte répression insoutenable mais, 20 ans plus tard, le cauchemar semble de nouveau bien réel. En effet, voulant appliquer leur vision de la charia, les talibans privent progressivement les femmes de tous leurs droits. Ainsi, depuis le 7 mai, ils ont imposé le port du « tchadri » (autre nom de la burqa) aux femmes. Elles sont incitées à rester chez elles et les déplacements extérieurs ne sont plus possibles sans la présence d’un homme de la famille. Les femmes sont désormais pratiquement à l’état de prisonnières.

Les femmes journalistes obligées de se voiler le visage Les présentatrices des grandes chaînes de télévision ont tenté de résister à cette loi en continuant à montrer leur visage au public lors des journaux télévisés.

Mais le ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice a immédiatement réagi en faisant pression pour que toutes les femmes récalcitrantes obtempèrent. En signe de solidarité avec leurs consœurs, les hommes journalistes ou employés de ces mêmes chaînes ont couvert leurs visages d’un masque. Cela montre qu'il existe des oppositions dans la société afghane.

La résistance s’organise pour l’éducation des filles Des écoles secrètes et cachées ont vu le jour pour tenter de résister à la répression. Une chaîne de radio diffuse également les programmes scolaires pour permettre aux filles de suivre les cours de chez elles. Mais combien de temps la résistance parviendra-t-elle encore à se maintenir ? L’UNSA Éducation réaffirme son soutien au peuple afghan dont les droits fondamentaux doivent être respectés. Notre fédération continuera à témoigner sa solidarité envers toutes ces femmes et ces filles dont les droits sont bafoués du fait de leur sexe. L’UNSA Éducation s’engage résolument pour la défense des libertés et la promotion du respect du droit à l’éducation partout dans le monde et surtout des filles afghanes aujourd’hui privées d’éducation afin qu’elles ne soient pas oubliées.

Carine Aoun-Boudot @carineaoun1 carine.aoun-boudot @unsa-education.org

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Pratiques sportives, associations de jeunesse et laïcité Renforcer le contrôle et mieux former Deux documents importants sont parus récemment au sujet des liens entre les pratiques sportives et la laïcité : le premier est un rapport de l’IGESR sur le communautarisme dans les associations sportives et de jeunesse ainsi que dans les structures d’accueil des jeunes. Le second est le vademecum du Conseil des sages de la laïcité intitulé « Liberté d’expression, neutralité et laïcité dans le champ des activités physiques et sportives ». L’UNSA Éducation fait le point sur leur contenu.

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e rapport de l’IGESR sur le communautarisme dans les associations sportives et de jeunesse Ce rapport, daté de juillet 2021, est en réalité paru récemment fin avril 2022. Il s’agit d’une mission thématique qui fait suite à l’assassinat de Samuel Paty par un islamiste radical en octobre 2020. L’introduction du document explique clairement les phénomènes de communautarisme en insistant sur leur visibilité surtout en ce qui concerne les manifestations religieuses, et en premier lieu en lien avec l’Islam. Il est en particulier souligné que toutes les structures font face à des demandes, tensions ou pressions de ce type, que ce soient les associations locales ou bien les clubs sportifs professionnels. Ces structures s’accompagnent souvent d’offres multi-services (comme les aides aux devoirs, séjours de vacances, etc.) qui tentent de combler les carences du service public sur certains territoires en usant du communautarisme. Quelle est la nature des demandes ? C’est avant tout la prise en compte du ramadan, le refus des douches ou la volonté d’avoir la possibilité de prière. Dans des cas plus rares, il y a également le refus de la mixité. Cela s’explique trop souvent par une vision et une définition de la laïcité qui sont déficientes : en effet, on laisse certaines pratiques s’installer par méconnaissance du cadre juridique de la laïcité, mais aussi faute de moyens humains bien formés sur ces thématiques. Le rapport pointe du doigt également des pratiques électoralistes qui favorisent l’expression de demandes communautaristes. Le rapport contient plusieurs recommandations dont certaines ont été prises en compte dans la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République. Un contrôle accru des structures est enfin souhaité, ce qui au vu des nombreux constats, semble légitime.

Le vademecum du Conseil des sages de la laïcité Quelques semaines plus tard est paru en mai un nouveau vademecum du Conseil des sages de la laïcité portant sur les pratiques sportives. À l’image des précédents documents de ce type, on doit souligner la grande qualité de ce texte qui permet d’avoir des réponses concrètes sur un ensemble de sujets qui font parfois l’actualité : on trouve ainsi une fiche très pratique sur la question du port du burkini dans les piscines municipales. Plus globalement, ce texte fait l’état de la question, en insistant sur le principe de neutralité, propose des fiches sur des thématiques essentielles, par exemple « liberté de conscience et liberté d’expression dans le champ du sport » et enfin des cas concrets sont décryptés en proposant les solutions adéquates. Ce document sera très utile pour tous les enseignants et enseignantes de sport, les personnels des associations sportives et de jeunesse mais aussi celles et ceux qui souhaitent défendre la laïcité dans tous les sports. L’UNSA Éducation conseille vivement la lecture de ces deux documents qui offrent un état des lieux de la question laïque dans le milieu sportif. Ils appellent avant tout à une meilleure formation de tous les personnels sur ce sujet, ce que notre fédération revendique également. Des améliorations dans ce domaine ont eu lieu récemment, mais il est essentiel de généraliser les bonnes pratiques et de mieux former encore afin de faire de la laïcité dans le sport, un principe émancipateur et qui favorise l’égalité de toutes et tous.

Le rapport de l’IGESR : www.education.gouv.fr/les-phenomenes-de-communautarismedans-les-associations-sportives-et-de-jeunesse-les-accueils-341085 Le vademecum du Conseil des sages : www.education.gouv.fr/le-conseil-des-sages-de-la-laicite-41537

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Benoit Kermoal @enklask1 benoit.kermoal @unsa-education.org


Revalorisation des salaires : c’est notre tour ! L’UNSA poursuit sa campagne Urgence salaires. Elle revendique une hausse de 10 % du point d’indice pour les agents publics. Elle réclame également une augmentation générale des salaires dont une revalorisation de 10 % du SMIC.

En décembre 2021, l’inflation en France a atteint 2,8% sur un an. Près de la moitié provient directement de l’augmentation du prix de l’énergie. Carburants, électricité et gaz ont augmenté de 28,8% en un an dans la zone Euro. Les coûts du logement et les prix des produits alimentaires de première nécessité ne sont pas en reste. Cette inflation érode le pouvoir d’achat. Il est le premier sujet de préoccupation des Français. L’enquête de l’UNSA « Primaire sociale » alerte depuis plusieurs mois sur la montée d’une colère sourde, froide et explosive dans la population. La stagnation des salaires et des rémunérations est scandaleuse socialement, suicidaire économiquement et désastreuse politiquement. Les bourses des étudiant·es et les pensions des retraité·es ne doivent pas être oubliées. L’UNSA n’aura de cesse de le répéter : pouvoir d’achat, rémunération, vie digne, conditions de vie et de travail doivent faire l’objet d’une attention constante de la part de nos dirigeants et déboucher rapidement sur des avancées concrètes dans la vie des travailleurs. En faire un élément de cosmétique électorale est une offense faite à ces derniers. Augmentation des minimums de pension, du point d’indice salarial, revalorisation des salaires et du SMIC ne sont pas un luxe, mais bien une priorité tout au long de l’année.

Pour signer la « Pétition point d’indice » flashez le QR Code ou saississez ce lien, ci-dessous, dans votre navigateur : www.unsa-fp.org/article/Demande-de-revalorisation-du-point-d-indice

Stéphanie Valmaggia-Desmaison @secteurComm stephanie.valmaggia@unsa.org

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Qui se soucie de bonheur dans le système éducatif ? En 2022, seuls 26% des 42600 répondant·es au 10ème Baromètre des métiers de l’éducation UNSA se satisfont de leurs conditions de travail. Et si on interrogeait les enfants et les jeunes, combien seraient-ils à se satisfaire de leurs conditions d’études ? Si le système éducatif français prépare le bonheur public de demain, il apprend d’abord aux futurs citoyens le respect des règles et le sens de l’effort. Que fait-il du bonheur en son sein ? Jean-Pierre Véran et Jean-Louis Durpaire répondent ensemble à deux questions posées par Béatrice Laurent

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e bonheur semble peu compatible avec une forme scolaire consolidée au fil des siècles, avec un modèle d’enseignement fortement transmissif, avec une organisation solidement contrôlée et hiérarchisée du ministère à la classe, avec des destins scolaires corrélés à l’origine sociale. C’est tout le sujet de l’ouvrage « Le bonheur, une révolution pour l’école ». Analyse du présent, retour sur son évolution au cours des soixante dernières années, et nombreuses bulles de témoignages d’acteurs et actrices optimistes. Inspirant.

Pourquoi avoir choisi un titre si provocateur ? Le bonheur serait-il inexistant dans le système éducatif actuel ? Nous avons voulu souligner, dès le titre, le paradoxe de notre système éducatif. Nous montrons qu’au cours des 60 dernières années, de multiples évolutions tendent à faire entrer la vie à l’École, à favoriser l’expression des élèves, à encourager l’initiative des acteurs de terrain, à dépasser l’évaluation sanction, à approfondir le dialogue avec les familles. Mais ces évolutions se heurtent à une idéologie scolaire tellement prégnante que, en ce mois de mai 2022, un grand journal consacre une page aux lycéens en burn-out face à la pression scolaire. La révolution du bonheur à l’École demeure un objectif à atteindre, tant l’École reste héritière d’une histoire ancienne où l’obéissance et le silence des élèves et des personnels comptaient plus que leur bien-être.

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Comment le système éducatif peut-il mettre le cap sur le bonheur ? Avec quelles priorités ? Nous nous sommes employés à ne pas en rester à une analyse des difficultés du système éducatif ou à une vision abstraite de l’avenir ; nous avons tenté de dessiner cette École du bonheur à travers un certain nombre de critères précis. Par exemple, repenser les contenus des apprentissages réalisés durant la scolarité obligatoire en valorisant la notion d’interdisciplinarité, notamment au collège, en intégrant les expériences extrascolaires ; ou revoir la forme scolaire en donnant davantage de souplesse aux conditions dans lesquelles l’élève apprend. Pour que l’École devienne une École du bonheur, il faudrait que chaque acteur se sente réellement porteur d’une mission : faire des élèves de futurs citoyens capables de transformer le monde. Cela passe par davantage de confiance au sein des équipes d’établissement, donc une transformation des modes de gouvernance, par une capacité d’innovation. Nous donnons l’ exemple de l’action documentaire ; nous invitons les équipes à en faire un « laboratoire culturel, éducatif et cognitif pour l’établissement » : la traduction en actes de cette proposition prendra des formes diverses selon les lieux ; mais en tout cas, elle commencera par une réflexion et un projet ; ici, ce sera une transformation d’un CDI à l’ancienne en un centre de connaissances et de culture, plus ouvert, plus accessible, conférant des responsabilités de gestion et d’animation aux élèves eux-mêmes ; ailleurs, on repensera en profondeur la démarche pédagogique en intégrant l’accès à l’information et son traitement comme moteurs d’accès à la connaissance.


Inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire, Jean-Louis Durpaire expert associé à France Éducation International, est membre professionnel du laboratoire BONHEURS de CY Cergy ParisUniversité. Inspecteur d’académie, inspecteur pédagogique régional honoraire, Jean-Pierre Véran, expert associé à France Éducation International, est membre du comité de rédaction de la Revue internationale d’éducation de Sèvres et membre professionnel du laboratoire BONHEURS de CY Cergy Paris-Université. Spécialistes de la documentation et de la vie scolaires, ils ont l’un et l’autre activement contribué à la réflexion sur l’éducation aux médias et à l’information, sur les usages et le rôle du numérique dans l’éducation ainsi qu’à l’évolution des espaces scolaires.

Quant aux priorités pour que cette École du bonheur advienne, nous disons qu’en premier il faudrait définir un cap : l’École est un espace de vie pour près de 15 millions de personnes ; comment faire en sorte que cet immense ensemble vive en harmonie, que les adultes soient des passeurs de connaissances aux élèves avec le souci qu’ils acquièrent à l’École les ressources nécessaires pour construire une société pacifiée et heureuse et qu’eux-mêmes tirent bénéfice de ce qu’ils accomplissent ? Une fois ce cap affirmé, il faudrait rassurer les personnels en redéfinissant leurs missions : la transmission d’une culture ouverte sur le monde sera essentielle, en travaillant réellement à la création d’un « savoir-relation » : relation entre les disciplines enseignées et les activités éducatives, relation de soi à soi, aux autres, aux savoirs, à notre planète.

Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

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« Dis-moi quelle école tu construis, je te dirais quel·les futur·es adultes tu prépares » Interrogé en 2017 par la revue « Administration & éducation » (Assus Antoine, et Lydie Klucik « Quelle architecture pour l’école de demain ? », Administration & Éducation, vol. 156, no. 4, 2017, pp. 35-40) sur la spécificité d’une architecture scolaire, l’architecte Antoine Assus affirmait qu’« engager une réflexion sur les espaces scolaires n’est jamais anodin » ceux-ci étant encore trop souvent sous tendus « par l’idée que l’enseignement est un théâtre, avec des professionnels face à un public d’élèves » et que l’école est « un lieu où les élèves venaient absorber des connaissances, assister aux cours, dans une relation inégalitaire avec un enseignant qui les dominait du haut de la scène ou de l’estrade ».

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r ce sont aux nouveaux enjeux éducatifs que doivent répondre aujourd’hui les bâtiments scolaires tant dans leurs constructions que dans leurs rénovations. Des enjeux éducatifs et pédagogiques à l’heure où le savoir n’est plus qu’en classe ; des enjeux écologiques et environnementaux ; des enjeux de bien-être et d’inclusion en partant du « postulat que tous les élèves ont des besoins particuliers », des enjeux de santé, d’hygiène et de sécurité ; des enjeux d’ouverture. 5 familles d’enjeux que met en avant le nouveau site dédié au « bâti scolaire » ouvert le 31 mai 2022 par le ministère de l’Éducation nationale : Bâtir l'école ensemble - Bâti Scolaire (education.gouv.fr) qui « a pour objectif de proposer une banque de ressources partagées et de valoriser les projets répondant à ces enjeux. Les espaces scolaires y sont principalement visités sous l'angle des usages ». Si ces objectifs louables ne sont pas nouveaux et pour l’essentiel déjà mis en évidence depuis longtemps par des travaux de recherche, les demandes des personnels éducatifs, des familles et des élèves eux-mêmes, ils restent d’actualité.

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Dans l’édition 2022 du Baromètre UNSA des métiers de l’Éducation, à la question « d’après ce que vous pouvez constater et parmi les domaines suivants, quelles devraient être les 3 priorités des politiques d’éducation, d’enseignement supérieur et de jeunesse pour la France ? » 16,3% des participant·es répondent « le bâti l’aménagement des structures scolaires, éducatives et universitaires ». Un pourcentage qui approche ou dépasse les 30% dans les territoires ultramarins (27,3% en Guadeloupe, 28,3% en Guyane, 26% à la réunion, 30,3% en Martinique, 33,3% en Nouvelle Calédonie…), territoires pour lesquels les établissements ne sont pas adaptés aux grandes chaleurs, à l’afflux massif d’élèves en collège (Guyane et Mayotte), sans parler du non-respect des normes antisismiques (à la Réunion ou aux Antilles).

Le bien-être et l’accueil de tout·es impliquent également l’ambition d’établissement scolaire assurant l’égalité fillegarçon et ce pas seulement dans les espaces « destinés à la récréation » comme le laisse entendre le document ministériel. C’est pourquoi le Centre Henri Aigueperse a commandité une étude (financée par l’IRES et conduit par l’agence Phare et le Centre Hubertine Auclert) sur le sujet. Elle montre clairement la dimension genrée des espaces scolaires, à commencer par les salles de classes ellesmêmes, particulièrement dans les établissements du


Le rapport commandité par le Centre Henri Aigueperse est disponible ici : https://centrehenriaigueperse.com/2022/06/01/ le-bati-scolaire-un-enjeu-educatif-et-societal/

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second degré. Deux résultats majeurs permettent, entre autres, d’interroger le lien entre le genre et l’espace scolaire au collège et au lycée. Tout d’abord le fait que « le bâti (et les règles d’usages explicites et implicites qui lui sont associées) n’étant pas envisagé comme un environnement neutre mais plutôt comme un agencement spatial normatif, qui répond aux objectifs de l’institution scolaire », conduit les élèves à « faire avec », « à la fois comme une contrainte et comme une ressource » et donc le plus souvent à reproduire les normes sociales sous tendues par la construction. Ensuite, il s’agit d’appréhender l’espace scolaire non « comme un tout homogène, mais comme l’articulation de différents types d’espaces », aux approches normatives distinctes. Ainsi si « la bibliothèque et la salle de classe s’inscrivent dans les normes de la culture scolaire, marquée par des valeurs d’élitisme (mérite, travail) et d’obéissance ; dans d’autres espaces, comme la cour, la cantine, ou de manière encore plus exacerbée, les escaliers et couloirs, c’est la culture « jeune dominante » qui prévaut, marquée par les codes de la virilité et de la désobéissance ». Des éléments à inclure dans les réflexions menées et diffusées par le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse pour faire des écoles et des établissements scolaires des constructions capables de porter à la fois des objectifs éducatifs et des enjeux de société.

Ce rapport sera publié et diffusé sous la forme d’un Guide pour les professionnels et les élu·es à la prochaine rentrée par le Centre Hubertine Auclert.

Denis Adam @denisadamunsa denis.adam @unsa-education.org

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