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Journal cinéphile, défricheur et engagé, par

> no 179 / sept. 2020 / gratuit

BÉATRICE DALLE « J’AI ENVIE D’OPÉRETTES SANGLANTES »

DAVID DUFRESNE

« Il faut mettre les questions de pratiques policières sur la table » après la tendre indifférence du monde

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Adilkhan YERZHANOV

EN sAllEs lE 14 OctObRE WWW.ARIZONAFILMS.FR

Arizona Distrib.

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ÉRIC ROHMER

Photographies inédites du cinéaste en tournage

ÉDITO

« T’as déjà brûlé sur un bûcher ? » La lumière est rouge, sombre et vacillante, les voix sont basses, on croirait entendre un feu crépiter dans une cheminée. Ça pourrait être une séance de spiritisme. Et en quelque sorte ça l’est : Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg, dans un moment d’attente comme il y en a tant sur les tournages, invoquent les fantômes de leurs rôles passés. Leurs souvenirs sont à la fois drôles (« Non, j’ai jamais brûlé sur un bûcher, mais j’ai brûlé sous une tente », répond

z POSTER CENTRAL z Notre fan art : Béatrice Dalle dans Lux Æterna

Gainsbourg, songeuse, à la question de Dalle) et terrifiants – héroïnes massacrées, tripotées, reluquées. Ainsi s’ouvre Lux Æterna, le nouveau film de Gaspar Noé, dans lequel les deux actrices jouent leur propre rôle, et qui nous plonge dans l’atmosphère étouffante d’un tournage qui vire au cauchemar. Noé confirme sa place de maître incontesté d’un cinéma magique et inquiétant qu’on dirait hanté (on croise ici les esprits de Dreyer, de Fassbinder, de Godard ou de Buñuel), habité par des forces occultes qui nous laissent hagards (split screens, effets stroboscopiques, travellings vertigineux). « Le cinéma de transe me parle beaucoup. J’aime quand un film se rapproche du

langage des rêves, des cauchemars, ou de ces états seconds produits par l’absorption de produits psychédéliques », nous a confié le cinéaste. Au cœur de ce film halluciné, Béatrice Dalle rayonne de toute son obscure clarté, imposant son aura de sorcière puissante et possédée. Sublime et incandescente, comme sur la couverture de ce numéro de rentrée, premier d’une nouvelle formule qui élargit notre format historique pour mieux observer le cinéma en dehors des cadres. JULIETTE REITZER


‘‘ LE FILM LE PLUS ABOUTI, LE PLUS FLUIDE, LE PLUS PROFOND, LE PLUS BRILLANT DU RÉALISATEUR DE MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES ’’

FREDERIC NIEDERMAYER PRESENTE

PREMIÈRE HHHH

CAMÉLIA JORDANA

NIELS SCHNEIDER

VINCENT MACAIGNE

ÉMILIE DEQUENNE

JENNA THIAM

GUILLAUME GOUIX

LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT UN FILM DE

PHOTO : PASCAL CHANTIER

EMMANUEL MOURET

LE 16 SEPTEMBRE


Sommaire

EN BREF

P. 4 P. 8 P. 9

L’ENTRETIEN DU MOIS – DAVID DUFRESNE FLASH-BACK – VIRGIN SUICIDES, VINGT ANS APRÈS RÈGLE DE 3 – ANNE PAULY, PRIX DU LIVRE INTER 2020

CINÉMA MK2 INSTITUT P. 16 P. 32 P. 42

P. 46 P. 47 P. 49

RENCONTRE AVEC ERRI DE LUCA ZOOM SUR… ESTHER DUFLO 3 QUESTIONS À MAXIME ROVERE

CULTURE

TROISCOULEURS éditeur MK2 + — 55, rue Traversière, Paris XII e tél. 01 44 67 30 00 — gratuit directeur de la publication : elisha.karmitz@mk2.com | rédactrice en chef : juliette.reitzer@mk2.com | rédactrice en chef adjointe : time.zoppe@mk2.com | rédacteurs : quentin.grosset@mk2.com, josephine.leroy@ mk2.com | directrice artistique : Anna Parraguette | graphiste : Jérémie Leroy | secrétaire de rédaction : Vincent Tarrière | stagiaire : Émile Chevalier | ont collaboré à ce numéro : Julien Bécourt, Charles Bosson, Nora Bouazzouni, Renan Cros, Joséphine Dumoulin, Julien Dupuy, David Ezan, Marie Fantozzi, Yann François, Adrien Genoudet, Damien Leblanc, Belinda Mathieu, Aline Mayard, Stéphane Méjanès, Thomas Messias, Jérôme Momcilovic, Wilfried Paris, Michaël Patin, Marilou Duponchel, Perrine Quennesson, Bernard Quiriny, Cécile Rosevaigue, Éric Vernay, AnneLou Vicente, Etaïnn Zwer & Léonore et Anselmo et Louison | photographes : Julien Liénard, Marie Rouge | illustratrices : Émilie Gleason, Anna Wanda Gogusey | publicité | directrice commerciale : stephanie.laroque@ mk2.com | responsable clientèle, cinéma et marques : valentin.geffroy@mk2.com | assistante régie, cinéma et marques : manon.lefeuvre@mk2.com | responsable culture, médias et partenariats : alison.pouzergues@ mk2.com | cheffe de projet culture et médias : claire. defrance@mk2.com

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RENTRÉE LITTÉRAIRE THÉÂTRE – PHILIPPE QUESNE MUSIQUE – BILL CALLAHAN

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Diplômée de Penninghen en 2019, Anna nous a rejoints en tant que directrice artistique. Pour cette nouvelle formule de TROISCOULEURS, la jeune et brillante touche-à-tout se réapproprie les codes de la presse avec un imaginaire foisonnant nourri de fanzines, d’art brut et de mode.

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Après plusieurs rendez-vous manqués à cause du Covid-19, on est ravis de travailler enfin avec Marie, photographe aussi intense que son patronyme, qui shoote pour Libération, Grazia ou Causette. Elle signe la brûlante couverture de ce numéro ainsi qu’un troublant portrait de Gaspar Noé.

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ILS ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO

Imprimé en France par SIB imprimerie — 47, bd de la Liane — 62200 Boulogne-sur-Mer TROISCOULEURS est distribué dans le réseau contact@lecrieurparis.com  

EN COUVERTURE – BÉATRICE DALLE CHEZ GASPAR NOÉ PORTRAIT – MIRANDA JULY, CONNECTING PEOPLE LES SORTIES DU 16 SEPTEMBRE AU 8 OCTOBRE

N T TA R R I

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Depuis sept ans, il veille sur la syntaxe et le tombé des césures, vérifie les sources, éradique répétitions et imprécisions. Vincent est notre précieux secrétaire de rédaction. Il a été journaliste musical et DJ, et il accumule toujours les vinyles. Je le laisse corriger si je dis des bêtises.

Sur YouTube, son programme 7 minutes de réflexion analyse le septième art avec passion et poésie. Sur Canal+, il officie avec brio dans Le Cercle séries. Et pour TROISCOULEURS, cet Annécien se penche sur l’histoire du cinéma – ce mois-ci, la cinéaste pionnière Ida Lupino. • J. R.

© 2018 TROISCOULEURS — issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006 — Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 + est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. — Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

septembre 2020 – no 179

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Cinéma -----> « Un pays qui se tient sage »

DAVID Depuis le début des manifestations des « gilets jaunes », en décembre 2018, le journaliste, écrivain et réalisateur David Dufresne recense les violences policières sur son compte Twitter avec la formule « allo @Place_Beauvau ». Il signe ce mois-ci le riche et passionnant documentaire Un pays qui se tient sage, dans lequel des intellectuels comme Alain Damasio, des victimes de violences policières et des représentants des forces de l’ordre réfléchissent et débattent ensemble autour de ces violences, et en analysent finement les images les plus signifiantes.

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D’où vient votre volonté de documenter les violences policières sur Twitter ? Je m’intéresse à la police depuis mon adolescence, quand la police s’est elle-même intéressée à moi. Les renseignements généraux m’avaient convoqué car ils étaient intrigués par un fanzine punk-rock que je faisais à Poitiers. En décembre 2018, j’assiste, effaré, à une brutalisation du maintien de l’ordre. J’assiste aussi à un silence médiatique, qui a donné lieu à un véritable déni politique. J’ai donc commencé comme un monsieur Jourdain du lancement d’alerte, mais je ne pensais pas que ça allait durer si longtemps et que ça allait prendre une grande partie de mon temps. Ça m’a amené jusqu’au Conseil de l’Europe, au Parlement européen, à l’ONU. Le « Place_ Beauvau » de la formule s’adressait aux hommes politiques, car pour moi la police est intéressante à étudier d’un point de vue politique, mais aussi aux journalistes, car Twitter est devenu leur fil AFP. C’était une façon de leur dire : « Je vous rapatrie des images que vos bulles de filtres sur les réseaux sociaux vous épargnent, mais il ne faut pas s’épargner ça. » Il faut mettre les questions de pratiques policières, de violences d’état sur la table.

D’après vous, en quoi les réseaux sociaux ont modifié la donne ? C’est une nouvelle démonstration de la perte d’influence des médias dominants. Maintenant, tout le monde peut filmer, mais surtout diffuser. On n’est plus obligé de connaître quelqu’un à Libération pour pouvoir joindre un grand reporter par téléphone. La police a bien compris qu’on était engagés dans ce qu’on appelle communément « la bataille de l’image », mais qui, à mon avis, est plutôt une bataille de récits : qui raconte quoi ? D’ailleurs, dans votre film, une des mères de collégiens mis à genoux à Mantes-la-Jolie en 2018 explique que le fait que le policier filme lui-même l’humiliation prouve son sentiment d’impunité. Selon vous, qu’est-ce que ça change, que la violence policière soit filmée par un policier ? Non seulement le policier filme, mais il ajoute cette phrase : « Voilà une classe qui se tient sage. » C’est de la jouissance. Regardez les articles de l’époque, on ne parle pas du sentiment de surpuissance et d’impunité de la police, qui est le fondement du problème. Ça veut dire que la police s’accorde la possibilité de n’avoir de comptes à rendre

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à personne. Et là, c’est problématique. Cette image est particulièrement dure, elle est arrivée au tout début d’« allo @Place_Beauvau » et a inspiré le titre du film. Vous ouvrez le film par une citation de Max Weber, tirée du livre Le Savant et le Politique (1919), sur la légitimité de l’usage de la violence. En quoi trouvez-vous cette notion éclairante ? Ce qui est éclairant, c’est le détournement de sens qui en a été fait. La phrase originelle, c’est : « L’État revendique pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. » Dans la bouche de Gérald Darmanin [le 28 juillet 2020 à l’Assemblée nationale, ndlr], ça donne : « La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime, c’est vieux comme Max Weber. » Non ! Max Weber parle de l’État, pas de la police. Il y a confusion – rappelée par le sociologue Sébastien Roché dans le film –, parce qu’en France la police est devenue l’État. Elle a été nationalisée en 1942, sous Vichy. De mon point de vue, le mot clé dans cette phrase, c’est « revendique ». À partir du moment où l’état « revendique », ça veut dire qu’il y a discussion, que ce n’est pas coulé dans le marbre.


« Un pays qui se tient sage »

<----- Cinéma

L’ENTRETIEN DU MOIS

DUFRESNE Comment avez-vous choisi vos différents intervenants ? La première chose qui est venue, c’est l’idée de mettre par deux, dans une position de

Dans le documentaire, les images de violences policières sont diffusées sur un écran de cinéma derrière les intervenants, ce qui permet une analyse d’images rigoureuse, notamment avec le sociologue Fabien Jobard et l’ethnographe Romain Huet. Qu’est-ce qui a motivé ce dispositif ? Ces violences policières, évidemment qu’elles ne sont pas nouvelles. La nouveauté, c’est qu’elles sont documentées, et de manière massive. C’est la masse qui fait système, et c’est parce que ça fait système qu’il y a critiques, débats, films. Les images de violences policières sont souvent critiquées parce qu’elles ne sont pas contextualisées et qu’elles n’émanent pas de journalistes. Ce sont des faux procès. Le contexte, ce n’est pas les vingt secondes avant, mais les trente ans avant. Et puisque c’est une guerre de l’image, allons au front, en l’occurrence dans l’écran. Il y avait aussi l’idée de sortir du petit écran de téléphone. Je trouvais intéressant d’inverser la proportion, d’avoir ces images en énorme, en ne les travestissant pas. Quand elles sont verticales, on les laisse comme ça, sans mettre ces flous à la con à gauche et à droite. Le film est très critique envers le traitement télévisuel des violences policières. Vous

« Puisque c’est une guerre de l’image, allons au front. » débat, des gens qui la plupart du temps ne se connaissaient pas. Pas pour avoir des punchlines, des clashs. Au contraire, je les connaissais presque tous et je voulais que chacun puisse dépasser sa fonction. D’ailleurs, celle-ci n’est pas indiquée au moment où ils s’expriment dans le documentaire. C’est construit contre la fabrication de l’information, où il y aurait d’un côté les victimes, de l’autre les experts et les politiques. Là, je trouve ça intéressant que ça soit un flic qui parle de Pier Paolo Pasolini, que ça soit un gendarme qui parle de Hannah Arendt…

avez vous-même été rédacteur en chef d’I>Télé. Comment l’avez-vous vécu ? J’y étais au tout début, en 2002-2003. Le directeur de la rédaction m’avait appelé en disant : « On va faire une chaîne rock d’infos. » C’était tout à fait l’inverse de CNews. Il m’en reste l’amour de l’image, mais tout ce que j’ai fait depuis s’est construit contre ce que j’y ai vécu. Pendant les « gilets jaunes », j’ai systématiquement refusé les invitations en plateau de toutes ces chaînes. Parce que je connais par cœur leur système. Je ne leur reproche pas d’être militants – ils ont

grosso modo une vision de la société libérale, blanche, à droite –, je leur reproche de refuser le véritable débat. Il y a quelque chose d’extrêmement préoccupant dans cette droitisation des chaînes d’infos.   Dans les médias, les violences policières sont souvent réduites à une confrontation entre manifestants et forces de l’ordre, sans analyse de ce qui les produit en amont. Comment avez-vous pensé la manière de ramener de la complexité dans le débat ? De ce point de vue, je trouve que l’autorité est coupable. C’est une ficelle que de rendre illégitime le protestataire. La prise de la Bastille, c’est une manifestation non déclarée. On est un des rares pays à avoir coupé la tête de son roi. C’est quand même ça, la France, quoi qu’ils en disent. Il y a Max Weber d’un côté, et Emmanuel Macron de l’autre, qui dit [le 7 mars 2019, lors d’une réunion du grand débat national à Gréouxles-Bains, ndlr] : « Ces mots sont inacceptables dans un État de droit », en parlant de « violences policières » et de « répression ». Ça veut dire que vous ne pouvez même pas en parler. Là, évidemment, le cinéaste n’a qu’une envie : en parler, amener de la complexité. Ce film, c’est l’idée de réfléchir ensemble. Car tout est fait pour éviter qu’on réfléchisse à ces questions-là. Christophe Castaner, Emmanuel Macron, aujourd’hui Gérald Darmanin, les syndicats de police, accompagnés par les chaînes d’infos, sont dans une espèce de simplification. « C’est moi ou le chaos, l’ordre ou le chaos, la République ou le chaos. » Ils oublient que, la République, il ne suffit pas de la mettre sur le fronton des mairies et des écoles. C’est tous les jours qu’elle doit montrer qu’elle est républicaine.   Le film n’aborde pas vraiment les violences policières par le biais du racisme. Pourquoi ? Ce que la France découvre avec les « gilets jaunes », c’est qu’une partie du maintien de l’ordre en œuvre dans les quartiers populaires depuis trente ou quarante ans revient de ce côté du périphérique. Dans une des séquences du film, le journaliste Taha Bouhafs clame que les quartiers populaires ont servi de laboratoire aux forces de l’ordre pour expérimenter les techniques de maintien de l’ordre. La jonction est clairement faite. Avec le titre Un pays qui se

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tient sage, et sa référence aux lycéens de Mantes-la-Jolie mis à genoux, on comprend aussi que c’est l’idée d’un État qui aimerait dresser toute sa population comme il tente de dresser les quartiers. Et puis, c’est un écosystème : je n’allais pas raconter l’histoire d’Adama Traoré et de sa sœur alors que je savais qu’Ékoué et Hamé du groupe La Rumeur, pour qui j’ai énormément d’estime, préparent un documentaire sur le combat Traoré [intitulé Pour Adama et que les réalisateurs espèrent pouvoir diffuser l’année prochaine, ndlr]. Le constat du film est assez sombre, la dernière image est très dure. Que faudrait­il faire selon vous pour que les violences policières cessent ? De mon point de vue, le film est dur, mais il a aussi quelque chose de réconfortant. Il y a des gens qui réfléchissent, qui peuvent nous éclairer. Il y a encore du carburant intellectuel. Et puis il y a un combat à mener, celui de la démocratie. Il ne s’agit pas de dire qu’on est dans un État totalitaire, mais il ne s’agit pas non plus de dire « circulez, y a rien à voir » et que, au nom de la République, tout est possible. Tout n’est pas possible. Il y a une dimension de manifeste au film, car il y a cette idée de dire au spectateur : « Le monde, c’est toi. » Un pays qui se tient sage de David Dufresne, Jour2fête (1 h 26), sortie le 30 septembre • Dernière sommation de David Dufresne (Grasset, 234 p.) Photographie : Marie Rouge pour TROISCOULEURS

PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ

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enseignant-chercheur en sciences de la communication à l’université de Reims Champagne-Ardenne, spécialisé dans les relations policemédias. PROPOS RECUEILLIS PAR ALINE MAYARD

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Sources : CNC « Fréquentation cinématographique : estimations du mois de juillet 2020 » – CBO Box Office

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Après trois mois de fermeture, les cinémas français ont rouvert le 22 juin dernier. En attendant une vraie reprise espérée à l’automne (avec par exemple le nouveau James Bond ou Kaamelott. Premier volet d’Alexandre Astier, tous deux prévus en novembre), comment les salles ont-elles passé l’été, entre sorties de blockbusters annulées et mesures de distanciation physique ? Éléments de réponse.

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Infos graphiques

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En bref

C’est la baisse approximative de fréquentation des salles de cinéma entre janvier et juillet 2020. L’étude du CNC précise que la reprise en France a été « plus dynamique que celle observée en Allemagne, en Autriche, aux PaysBas ou en Espagne ».

Dans son documentaire Un pays qui se tient sage (lire p. 4), David Dusfrene s’appuie sur des vidéos prises lors d’opérations de maintien de l’ordre pour questionner la légitimité de la violence policière. Une représentation de la police très loin du commissaire Moulin et de la série PJ.

Malgré l’accumulation de preuves, une large partie de la population rejette la possibilité de violence systémique au sein de la police. Comment l’expliquer ? Énormément de séries et de films ont entretenu ce que le sociologue britanni­ que Robert Reiner appelle le « fétichisme » autour de la police – soit le mythe selon lequel la police serait une condition nécessaire et suffisante à l’ordre social ; son absence, synonyme de chaos. Il date de la seconde moitié du xixe siècle. La police prend alors conscience qu’il faut rendre visible son action, sur la voie

300 films américains, annoncés entre mars et mai 2020 (comme Top Gun. Maverick de Joseph Kosinski ou Morbius de Daniel Espinosa), ont été reportés « contre une quarantaine par mois en temps normal », rapporte France Info dans son infographie publiée le 5 août et qui reprend le suivi du site américain The Numbers.

publique (avec l’uniforme) mais aussi dans la presse. Elle noue des liens avec elle. Le public se fascine pour les héros policiers, parce qu’ils symbolisent la frontière entre la norme et la déviance. Cette fascination s’accélère avec l’apparition du cinéma et de la télévision.

« Ces séries suggèrent qu’il est nécessaire, pour le policier, de recourir à des violences illégitimes. » À l’époque, la police a l’air irréprochable ? Il y avait une censure très forte. Et, de toute façon, les sociétés de production de cinéma étaient obligées d’être en bons termes avec la police, pour avoir les autorisations de tournage sur la voie publique. Au-delà de ça, les fictions sont aussi le reflet de la sensibilité publique. L’historien Yannick Dehée distingue trois périodes dans l’imaginaire télévisuel français. La première commence, d’après lui, en 1958 avec la série Les Cinq Dernières Minutes. L’inspecteur Bourrel y est une espèce de héros national débonnaire, qui va rétablir l’ordre dans une société qui est globalement pacifiée. À la fin des

no 179 – septembre 2020

années 1970, la société est perçue comme en proie au désordre et à la délinquance. C’est l’époque du commissaire Moulin, le policier en jean et baskets au langage familier. Il va être dans les arrangements, les transgressions par rapport à la déontologie voire au code pénal. Avec les années 2000 arrivent des personnages policiers plus ambigus, qui doivent sans cesse arbitrer entre la légalité et l’efficacité et qui peuvent basculer dans la déviance, comme dans Police district ou dans Engrenages. Ces séries vont suggérer qu’il est nécessaire, pour le héros policier, de recourir à des violences illégitimes.   Justement, les violences policières sont au cœur du débat public en ce moment. La question, fondamentalement, c’est est-ce que les usages de la violence sont banalisés, individualisés, comme étant le fait de « brebis galeuses », ou politisés comme des processus sociaux institution­ nels ? Cela fait un moment qu’on a en France une forte problématisation de l’action policière dans le débat public et politique. Ce ne serait donc pas étonnant de voir des fictions qui vont réfracter cette problématisation.


La phrase

En bref

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« un film d’utilité publique. »

© Carlotta Films

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Première

« un documentaire choc, proprement saisissant ! »

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tembre « Rétrospective Luis Buñuel », du 30 sep ise 1er novembre à la Cinémathèque frança

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Vous adorez votre moitié ; moins ses parents, dont vous subissez chaque dimanche les remarques désobligeantes et les regards désapprobateurs, tout ça servi avec des sourires crispés. Pour vous venger, proposez-leur d’aller à la rétrospective du génial et provocant Luis Buñuel. Dans Belle de jour (1967) ou Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), le cinéaste prend un malin plaisir à confronter la bourgeoisie au vice et au chaos. À vous de tester les limites de belle-maman et de beau-papa.

Lassé d’être relégué au fond de la scène (il est batteur dans votre groupe de rock), il a menacé de tout arrêter. Faites-lui comprendre qu’on peut aussi exceller dans l’ombre. Meilleur exemple : le grand chef opérateur Pierre Lhomme (La Maman et la Putain de Jean Eustache, L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville…), disparu en 2019, et auquel le cinéaste et scénariste Luc Béraud consacre le beau livre hommage Les Lumières de Lhomme.

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Les Lumières de Lhomme de Luc (Actes Sud, 368 p.)

Au-delà de ses délicieux cazuelas, elle vous passionne quand elle raconte l’histoire de sa famille, qui a fui la dictature de Pinochet. Découvrez ensemble le cycle « Chili, cinéma obstiné » au Centre Pompidou, qui présente une cinquantaine de films réalisés entre 1958 et 2020 et compte trois invités de marque : les documentaristes Patricio Guzmán (Chili, la mémoire obstinée), Carmen Castillo (La flaca Alejandra) et Ignacio Agüero (No olvidar). « Cycle Chili, cinéma obstiné », du 11 septembre au 18 décembre au Centre Pompidou

JOSÉPHINE LEROY

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L’acteur de Maman, j’ai raté l’avion !, sur Twitter, le 26 août 2020

« un riche et passionnant documentaire. »

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À chaque jour ou presque, sa bonne action cinéphile. Grâce à nos conseils, enjolivez le quotidien de ces personnes qui font de votre vie un vrai film (à sketchs).

« Hé, les copains, vous voulez vous sentir vieux ? J’ai 40 ans. De rien. » Macaulay Culkin

avec la participation de Gwendal leroy - Patrice PhiliPPe - alain damasio - Fabien Jobard - michel Forst - bertrand cavallier - mathilde larrère - vanessa codaccioni - Patrice ribeiro ludivine bantiGny - sebastian roché - william bourdon - anthony caillé - monique chemillier-Gendreau - mélanie n’Goyé-Gaham - arié alimi - vanessa lanGard benoit barret - manon retourné - taha bouhaFs - sébastien maillet - rachida sriti - myriam ayad - romain huët le bureau présente un film de david duFresne écrit par david duFresne image edmond carrère montage Florent manGeot son clément tiJou - théo serror - laure arto direction de production Gabrielle Juhel produit par bertrand Faivre producteur associé vincent Gadelle une production le bureau en coproduction avec Jour2Fête avec le soutien de la réGion Île de France et de oPen society Foundations et citizens For euroPe en association avec cinéventure5 ventes internationales the bureau sales distribution Jour2Fête © Le Bureau - Jour2Fête - 2020

au cinéma le 30 septembre septembre 2020 – no 179

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Scène culte

NE VOUS RETOURNEZ PAS

Flash-back

VIRGIN SUICIDES

Le film de Sofia Coppola, sorti il y a vingt ans, reste profondément culte. Révolutionnant le genre du teen movie, la cinéaste opérait en effet un puissant renversement du regard qui a fait école. Premier long métrage de Sofia Coppola, Virgin Suicides fut projeté en 1999 à la Quinzaine des réalisateurs cannoise, avant de sortir en France le 27 septembre 2000. Récit du destin tragique de cinq sœurs adolescentes dans une ville américaine tranquille durant les années 1970, le film reçut d’excellentes critiques. « Virgin Suicides est sorti en plein renouveau des productions teen, après les succès de Clueless, de Scream ou d’American Pie. Mais il se présentait en rupture avec eux », explique Célia Sauvage, chercheuse et coautrice (avec Adrienne Boutang) du livre Les Teen Movies (Vrin, 2011). « Le film renouait avec la tradition des teen movies nostalgiques ne se déroulant pas dans un cadre contemporain, comme Grease ou American Graffiti, mais il s’attaquait à un élément fondamental du genre : la banlieue pavillonnaire, qui ici n’incarne pas l’image d’une communauté et de familles soudées ou aimantes, Sofia

Coppola exhibant l’hypocrisie et l’oppression qui règnent dans ce décor sacré de l’idéologie américaine. » De fait, loin des « stratégies de préservation idéologique de l’adolescence », le film annonce d’emblée qu’on ne survit pas à l’adolescence. De quoi faire date ? « L’industrie cinématographique n’accueille jamais à bras ouverts des femmes réalisatrices. Sofia Coppola a eu le privilège d’être “la fille de” [Francis Ford Coppola, ndlr], mais la révolution silencieuse de Virgin Suicides repose sur ce qui aujourd’hui a meilleure presse, le female gaze. Si le roman de Jeffrey Eugenides adoptait le point de vue de narrateurs masculins, le film le déconstruit en montrant comment les adolescentes sont enfermées par ce male gaze qui les réduit, au choix, à des vierges (mystifiées et innocentes) ou à des putains (sexualisées et objets de leurs fantasmes). Et Sofia Coppola donne à voir son propre regard sur ces adolescentes. » Ce qui fit école. « Elle a permis à d’autres réalisatrices de trouver leur place dans le teen movie sans effrayer les financiers : citons Catherine Hardwicke avec Twilight ou Greta Gerwig avec Lady Bird. » DAMIEN LEBLANC

DE NICOLAS ROEG (1973)

À la suite de la noyade de leur fille dans leur cottage anglais, Laura et John Baxter (Julie Christie et Donald Sutherland) partent à Venise pour se reconstruire. Pendant que John se consacre à la restauration d’une église, Laura se rapproche de deux sœurs, dont l’une communique avec les morts. Considéré il y a encore vingt ans comme une rareté culte, Ne vous retournez pas a été réévalué mondialement, jusqu’à atteindre le statut (mérité) de classique du cinéma fantastique. S’il est impossible aujourd’hui de nier son influence sur David Lynch (la couleur rouge symbole de mort, la figure cauchemardesque du nain) ou sur Christopher Nolan (la construction en mosaïque temporelle), il a souffert à sa sortie de sa réputation sulfureuse, qui lui valut d’être classé X en Angleterre. En cause, la scène d’amour entre les deux stars, jugée trop crue pour l’époque – il se racontait qu’il s’agissait de sexe non simulé, ce qui poussa Warren Beatty, alors en couple avec Julie Christie, à intervenir auprès du réalisateur. Le temps ayant fait son œuvre, on ne peut qu’admirer l’intelligence de cette

« J’ai trouvé le chemin ! — Nous sommes déjà passés par ici. » deuil, ce tunnel de douleur et de culpabilité qui peut s’allonger, sans prévenir, quand on croit en voir le bout. Sortant de l’hôtel le cœur content, Laura et John vont ainsi se perdre dans les ruelles lugubres de Venise. « J’ai trouvé le chemin ! » s’exclame Laura. « Nous sommes déjà passés par ici », rétorque John. Dans ce labyrinthe rongé par les eaux, l’amour et la mort flottent main dans la main. 

Règle de trois Décrivez-vous en 3 personnages de film. Mildred Hayes dans Three Billboards. Les panneaux de la vengeance. Elle y va au cocktail Molotov, parce que personne ne veut l’écouter. Elle est drôle, elle fait face, mais elle a aussi l’air hyper saoulée – comme tous les personnages campés par Frances McDormand. Doralee Rhodes dans Comment se débarrasser de son patron. J’adore Dolly Parton. Elle est plantureuse, mais elle sort sa carabine quand ça dégénère. C’est aussi la provinciale qui monte à la ville et qui fait sororité avec le personnage de Jane Fonda pour dézinguer le patron qui les harcèle. Aragorn dans La Communauté de l’anneau. En fait, je rêve d’être Viggo Mortensen. J’aime sa puissance, sa manière de pas être surpris et son côté justicier qui ne la ramène pas.

L’acteur ou l’actrice dont vous étiez amoureuse quand vous aviez 13 ans ? Nicolas Cage dans Sailor et Lula à 16 ans. Je n’étais pas amoureuse de lui, je voulais être lui, à cause de son manteau en peau de serpent et de son goût pour la liberté. ILLUSTRATION : ANNA WANDA GOGUSEY

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séquence dans laquelle Roeg monte en parallèle l’acte, d’une tendresse et d’une justesse rarissimes au cinéma, et ce qui se passe juste après – les amants se rhabillent, chacun de son côté. Bien plus qu’un gimmick voué à apaiser la censure, ce dispositif cristallise l’insondable mélancolie du film : l’instant de grâce, tandis qu’il se déroule, est déjà passé. Une manière de parler du

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© smith 2019

ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES DE CAROLINE VIGNAL (SORTIE LE 16 SEPTEMBRE) : UNE INSTITUTRICE PART MARCHER DANS LES CÉVENNES AVEC UN ÂNE ET Y RETROUVE LE GOÛT DE L’AMOUR.

Emopitch

En bref

ANNE PAULY Elle a reçu en juin le prix du livre Inter pour son premier roman, Avant que j’oublie (Verdier, 2019), récit remuant, mordant et juste de son deuil après la mort de son père. Anne Pauly, DJ, cofondatrice du festival queer Loud & Proud et corédactrice en chef de la revue militante Terrain vague, a répondu à notre questionnaire cinéphile.


En bref

Jalil Lespert Louise Bourgoin Mélanie Doutey TS Productions

Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (Potemkine, 1 h 52), ressortie le 16 septembre

MICHAËL PATIN

présente

3 films qui traitent du deuil avec justesse ?

AFFICHE ©Pierre Collier 2020 / D’APRÉS DES PHOTOGRAPHIES DE MICHAEL CROTTO - EXÉ : LA GACHETTE

Big Fish de Tim Burton. J’ai jamais autant pleuré devant un film. Le héros reproche à son père de toujours raconter les mêmes histoires rocambolesques auxquelles personne ne croit. Mais à son enterrement, il y a bien toutes les personnes dont il parlait. Ça raconte comment on peut être surpris par les gens qu’on perd. Sous le sable de François Ozon. J’ai trouvé que le déni du personnage de Charlotte Rampling, qui ne croit pas à la disparition de son mari, était bien fait. 21 nuits avec Pattie d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, car ça montre que le deuil met dans une sorte de suspension, que ça vient à la fois clore quelque chose et démarrer autre chose. Ça peut permettre de revenir à la vie, bizarrement.

3 films queer méconnus que vous aimeriez faire découvrir ?

Un film de Raphaël Jacoulot

JEAN-MARIE WINLING NATHAN WILLCOCKS RIO VEGA GARANCE CLAVEL MICHÈLE GODDET JEAN-MICHEL FÊTE Scénario RAPHAËL JACOULOT Adaptation et dialogues BENJAMIN ADAM RAPHAËL JACOULOT IRIS KALTENBÄCK et FADETTE DROUARD Produit par MILÉNA POYLO & GILLES SACUTO Image CÉLINE BOZON Montage MURIEL BRETON Musique originale ANDRÉ DZIEZUK Son EMMANUELLE VILLARD CLAIRE-ANNE LARGERON ROMAN DYMNY Distribution des rôles BRIGITTE MOIDON - ARDA 1er assistant mise-en-scène FRANCK MORAND Scripte IRIS CHASSAIGNE Décors KARIM LAGATI Costumes ELISABETH TAVERNIER Maquil age OLIVIA CARRON Coiffure CÉLINE VAN HEDDEGEM Direction de production ÉRIC VÉDRINE Régie générale DAMIEN BONNEFONT Direction de post-production DELPHINE PASSANT Productrice associée CONSTANCE PENCHENAT avec la participation de CANAL+ et CINÉ+ avec le soutien du CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE avec le soutien de LA RÉGION BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ en partenariat avec le CNC, en association avec COFIMAGE 31 LA BANQUE POSTALE IMAGE 13 PALATINE ETOILE 17 avec le soutien de la PROCIREP et de l’ANGOA et du PROGRAMME MEDIA DE L’UNION EUROPÉENNE avec la participation de PANAME DISTRIBUTION FRANCE TÉLÉVISIONS DISTRIBUTION UNIVERSCINÉ COFIMAGE 31

au cinéma le 7 octobre PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ

Créatures célestes, un des premiers films de Peter Jackson. Deux filles tombent amoureuses, elles s’imaginent un monde seulement à elles. Ça décrit leur bonheur d’être enflammées ensemble, avant que les parents et la société se mettent à regarder ça d’un mauvais œil. Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais et Donna Haraway: Story Telling for Earthly Survival de Fabrizio Terranova, que j’avais programmés à Loud & Proud. J’ai adoré la narration en voix off de Frank Beauvais. L’autre film est un documentaire sur Donna Haraway [connue pour son essai Manifeste cyborg, publié en 1985, ndlr]. Ça donne beaucoup d’espoir et d’envies de changement. Comment inventer d’autres relations entre nous et avec les animaux, ne pas les domestiquer mais faire équipe avec eux.

L’enfant rêve

Pour aller plus loin

3 B.O. RECOMMANDÉES PAR ANNE PAULY septembre 2020 – no 179

1. Hana-bi par Joe Hisaishi 2. Leaving Las Vegas par Mike Figgis 3. Assault on Preccinct 113 par John Carpenter

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LA NOUVELLE

Le strip

En bref

Microscope

LA MAIN ET L’ÉPAULE Comme le diable, le cinéma se loge dans les détails. Geste inattendu d’un acteur, couleur d’un décor, drapé d’une jupe sous l’effet du vent : chaque mois, nous partons en quête de ces événements minuscules qui sont autant de brèches où s’engouffre l’émotion du spectateur. Ce mois-ci : un geste fugace et révélateur dans Alice et le maire de Nicolas Pariser. La main est celle d’Alice, l’épaule est celle du maire, et dans l’éternité suspendue d’une scène à l’opéra, la délicatesse du geste résume l’admirable sensibilité du film. Elle résume aussi son objet, qui n’est ni le maire ni Alice, mais le « et » qui vaut comme point de contact infinitésimal entre deux solitudes – et donc comme miroir. Que l’héroïne s’appelle Alice ne peut, à ce titre, relever tout à fait du hasard. Alice est une jeune normalienne, tête bien faite et bien pleine, qui bascule dans un monde aux dimensions aberrantes (couloirs trop longs, plafonds trop hauts, partout du monde qui s’agite comme le lapin pressé de Lewis Carroll) quand la mairie de Lyon lui confie la tâche de donner au maire les idées qu’il ne sait plus avoir seul. Alice est une intellectuelle et il y a là, dans le regard du film, un don et une malédiction. Car ce n’est pas seulement le monde politique qui lui fait l’effet d’une contrée étrangère, cela vaut pour le monde tout entier : Alice est une contemplative, ainsi épinglée dès le premier plan qui met entre elle et la ville, entre elle et le monde, une vitre. Ce n’est pas qu’elle s’en absente, au contraire elle le respire à pleins yeux (quel film avant celui-là avait su tirer profit de l’extraordinaire intelligence du regard d’Anaïs Demoustier ?), mais de loin, toujours à la lisière, c’est même pour cela qu’on l’a embauchée (pour « prendre du recul »), pour cela aussi qu’à chaque fois qu’on la convoque, Alice dit « maintenant ? » ou bien « tout de suite ? », tant il lui est peu concevable d’habiter le présent. Le maire,

La main vient frôler l’épaule et la féerie poussée à son acmé s’évapore d’un coup, en même temps que la distance. La téméraire cinéaste sonde les fantômes de la guerre de Bosnie-Herzégovine dans Les héros ne meurent jamais, un premier long métrage habité par l’audace. La réalisatrice du mystique Les héros ne meurent jamais, premier long sur une équipe de tournage à la recherche d’un fantôme dans une Bosnie-Herzégovine encore hantée par la guerre, a le goût de l’aventure. Née en 1984, la Vendéenne a arrêté ses études après le bac pour partir à Sarajevo, une ville dont elle entendait parler à la télé enfant. « Des images m’ont marquée, comme la destruction de la grande bibliothèque de Sarajevo. » Le voyage, qui ne

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devait durer qu’une semaine, se prolonge jusqu’à ses 27 ans. Au gré des rencontres, elle pratique la photo, la vidéo, pour des associations ou des journaux dans les Balkans, en Afrique et en Angleterre. Après quelques courts improvisés, elle revient en Bosnie-Herzégovine pour ce premier long, tournant avec une équipe légère, privilégiant l’urgence, la spontanéité, le défi. « J’ai souhaité un début de carrière où je peux expérimenter. » Elle plonge Adèle Haenel, Jonathan Couzinié et Antonia Buresi dans des lieux qu’elle a déjà traversés, mais avec cette belle conduite qui est de ne pas arriver en terrain conquis, de continuer à défricher, toujours inventer.

Les héros ne meurent jamais d’Aude Léa Rapin, Le Pacte (1 h 25), sortie le 30 septembre Photographie : Julien Liénard pour TROISCOULEURS

QUENTIN GROSSET

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lui, est dans le monde jusqu’au cou, rassasié de présent, mais quoique pour des raisons inverses, il est tout aussi absent. Quant au film, dont on a loué beaucoup les dialogues inhabituellement fins mais peu la grâce de comédie musicale, il n’observe le ballet glacé des affaires politiques que pour patienter entre deux rencontres, où la paire d’absences pourra fusionner en intense présence. Par exemple ici, dans cette scène à l’opéra au mitan du récit, qui exalte l’atmosphère étrange de féerie placide dont le regard d’Alice recouvre le moindre lieu. Reflétées dans ses yeux, les travées noires de l’opéra de Lyon font un décor cosmique, souligné en bout de séquence par les premières notes de L’Or du Rhin. Mais avant cela Alice, noyée dans la foule avec un cavalier qu’elle ne connaît pas, est sommée pour une minute de rejoindre le maire au balcon. La caméra la suit quand elle y entre ; Alice nous tourne le dos, tout comme le maire qui, assis juste devant elle, n’est pas encore averti de sa présence. On jurerait que la scène tourne au ralenti, tant


© Emily Gleason ÉMILIE GLEASON

En bref

© D.R.

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LES FILMS D’ICI MÉDITERRANÉE, SERGE LALOU ET DULAC DISTRIBUTION PRÉSENTENT

© D .R.

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UN FILM DE AUREL

paraît durer le dernier pas d’Alice. Le brouhaha, qui rajoutait jusqu’ici un peu de coton sur les distances, monte à plus fort volume et revisite l’instant, pourtant né d’un prétexte anecdotique, en version microscopique de la scène d’opéra de L’Homme qui en savait trop (Alfred Hitchcock, 1956). Puis la main, à vrai dire le bout des doigts, vient frôler l’épaule et la féerie poussée à son acmé s’évapore d’un coup, en même temps que la distance : Alice a traversé le miroir, la rencontre a lieu, rendue dérisoire par le scénario, mais incandescente par la mise en scène. Illustration : Aurel • Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

JÉRÔME MOMCILOVIC

SCÉNARIO DE JEAN-LOUIS MILESI INSPIRÉ DE LA VIE ET L’ŒUVRE DE JOSEP BARTOLÍ

AU CINÉMA LE 30 SEPTEMBRE

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En bref -----> La page des enfants

L’interview Tout doux liste

LES ENQUÊTES D’ENOLA HOLMES Dans la famille Holmes, on demande la petite sœur : Enola, cadette de Sherlock et héroïne d’une série de livres de l’autrice américaine Nancy Springer. On peut lire ses aventures, mais aussi les voir puisque Enola est incarnée avec malice par Millie Bobby Brown (Elfe dans la série Stranger Things) dans une adaptation réussie qui débarque sur Netflix le 23 septembre. • PERRINE QUENNESSON Enola Holmes de Harry Bradbeer, disponible sur Netflix dès le 23 septembre, à partir de 8 ans

LUPIN III. THE FIRST  Avec d’être incarné par Omar Sy dans une série Netflix à venir, Arsène Lupin s’autorise un petit détour par le cinéma grâce à l’animation japonaise. Enfin, pas vraiment Arsène, mais son petit-fils, tout aussi gentleman, mais bien plus proche d’un Indiana Jones que d’un simple cambrioleur. Roublard, technologique et jazzy sont les maîtres mots de cet amusant Lupin, troisième du nom. • P. Q. (Eurozoom, 1 h 33), sortie le 7 octobre, à partir de 7 ans



Anselmo, 7 ans, et Louison, 8 ans, ont interviewé Marc Boutavant. C’est un dessinateur qui illustre des livres pour enfants comme Ariol, Mouk, mais aussi Chien Pourri, les aventures, pas toujours faciles, d’un chien qui habite dans une poubelle avec son ami le chat Chaplapla. Pourquoi tout le monde est méchant avec Chien Pourri ? Les autres chiens sont cruels parce qu’ils sont jaloux. Contrairement à eux, Chien Pourri est un cœur pur, ça les agace.   Ils disent qu’il est moche, mais moi je le trouve très joli, beaucoup plus que le caniche à frange ! Dans le premier Chien Pourri, il n’était vraiment pas beau, il ressemblait à une serpillière. Mais au fur et à mesure de ses aventures je l’ai dessiné de plus en plus mignon, pour créer un décalage entre sa vie très dure et son physique.   Comment tu as fait ? Par exemple, je l’ai rendu plus attendrissant en agrandissant ses pupilles, un peu comme dans les mangas. J’ai changé la couleur de son pelage, qui est moins vert, moins dégoûtant, et puis j’ai simplifié sa truffe, elle est devenue plus élégante. Mais quoi qu’il arrive il a toujours ses puces.   Avec quoi est-ce que tu dessines : des feutres, de l’aquarelle, des crayons ? J’utilise une palette graphique, qui me permet de faire des dessins sur l’écran de mon ordinateur. Avant je travaillais la peinture avec de tout petits pinceaux. Cela me prenait énormément de temps et je n’avais même plus le temps de dormir. Grâce à la tablette je peux me tromper, revenir en arrière, je me sens plus libre.

À notre âge, est-ce que tu étais le meilleur de la classe en dessin ? Oui, j’étais le meilleur ; mais c’était facile puisque j’étais le seul à dessiner. En revanche, j’étais nul au foot et au tennis. Qu’est-ce qui t’a donné l’idée d’en faire ton métier ? Quand j’étais petit, je ne savais pas que dessiner c’était un métier. Vers mes 18 ans, mon grand frère m’a encouragé. Il m’a dit : « Tu ne devrais peut-être pas faire médecine. Tu dessines tout le temps, tu devrais tenter ta chance. » Je me suis dit que ça valait le coup d’essayer.   Tu as pris des cours ? Je suis allé dans une école où j’ai principalement fait de la photo et du graphisme. Les techniques de dessin je les ai apprises seul, en travaillant. Et mon apprentissage est loin d’être fini, rien n’est figé.   Pourquoi tu aimes dessiner ? Pour moi c’est nécessaire, c’est une activité qui est bonne pour l’esprit. J’apprends, je réfléchis, j’observe les choses. Grâce au dessin, je voyage dans ma tête en permanence. Comment est-ce que vous travaillez avec Colas Gutman, l’auteur de Chien Pourri ? Colas écrit de son côté l’histoire, il me l’envoie, et j’illustre les moments qui m’inspirent. Là, par exemple, je n’ai plus que trois ou quatre jours pour illustrer La

La critique de Léonore, 9 ans

AILLEURS SORTIE LE 23 SEPTEMBRE

LES MAL-AIMÉS Avec une animation sensible faite de papier découpé et de rétroéclairage, Les Mal-aimés d’Hélène Ducrocq nous plonge dans un tendre conte écolo. Cette œuvre pédagogique et poétique est composée de quatre courts métrages qui mettent en scène la vie et le rôle d’animaux que l’on méprise ou – pire – que l’on combat, tels que les chauves-souris ou les vers de terre. • P. Q. (Cinéma Public Films, 40 min), sortie le 16 septembre, à partir de 3 ans

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Poubelle à remonter le temps, le prochain album de Chien Pourri. Il ne t’a pas donné d’instructions ? Non, aucune. Ce n’est pas comme ça que ça marche. L’auteur est libre d’écrire son texte. Ensuite, il fait confiance à un illustrateur qui est libre de l’illustrer comme il le veut. C’est ça qui est intéressant : en illustrant le texte de Colas Gutman, je donne ma vision de l’histoire.   Il y a aussi des dessins animés Chien Pourri. Est-ce que tu avais des dessins animés préférés quand tu étais petit ? Je vivais à la campagne, je suis allé au cinéma pour la première fois à 18 ans, mais je regardais la télé. J’adorais des séries animées que vous ne devez pas connaître, comme Albator, Goldorak, Candy et Waldo Kitty. • Chien Pourri. La vie à Paris ! de Davy Durand, Vincent Patar et Stéphane Aubier, KMBO (1 h), sortie le 7 octobre • Chien Pourri et la poubelle à remonter le temps ! de Colas Gutman et Marc Boutavant (L’École des Loisirs), sortie le 14 octobre • Chien Pourri, saison 1 sur France 3 • Chien Pourri et Chaplapla et Le Noël de Chien Pourri, deux DVD (Arte), sortie le 7 octobre Illustration : Anna Parraguette pour TROISCOULEURS

PROPOS RECUEILLIS PAR ANSELMO ET LOUISON (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE)

« De ce que j’ai compris, c’est l’histoire d’un garçon qui tombe en parachute parce que son avion a un crash. Il est alors poursuivi par un géant qui veut l’absorber pour l’endormir, et il y a aussi pleins d’animaux. Ailleurs ressemble à un jeu vidéo, parce que c’est fait par ordinateur : quand le garçon saute sur les pierres, par exemple, on voit bien qu’il ne les touche pas vraiment. Et puis tous les dessins, surtout les plantes, sont géométriques. Il n’y a pas de paroles dans ce film. Mais ça n’est pas un souci, parce que c’est comme dans un film de Charlot : avec la musique, on comprend

les sentiments. Je n’ai quand même pas tout compris, mais ce n’est pas grave, je n’avais pas besoin de me poser la question pendant le film. Et puis c’est comme dans la vie : il y a plein de choses dans notre vie où il n’y a pas de sens. Pourquoi ça ne serait pas pareil dans un film ? » Ailleurs de Gints Zilbalodis, Septième Factory (1 h 14), sortie le 23 septembre PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN DUPUY


J A CQ UE S B IDO U MARIANNE DUM O UL IN P R É S E N TE N T

EN IRAN, UNE ÉMISSION DE TÉLÉRÉALITÉ PEUT SE SUBSTITUER À LA JUSTICE DES HOMMES

GRAND PRIX DU JURY

AVEC

sundance 2020

SADAF ASGARI, BEHNAZ JAFARI, BABAK KARIMI, FERESHTEH SADRE ORAFAEE, FOROUGH GHOJABAGLI, ARMAN DARVISH, FERESHTEH HOSSEINI

ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR MASSOUD BAKHSHI PRODUIT PAR JACQUES BIDOU, MARIANNE DUMOULIN IMAGE JULIAN ATANASSOV MONTAGE JACQUES COMETS SON DANA FARZANEHPOUR, DENIS SECHAUD DÉCORS MAHMOUD BAKHSHI, LEILA NAGHDI PARI 1ER ASSISTANT RÉALISATEUR ARASH NAIMAN COSTUMES RANA AMINI UNE PRODUCTION JBA PRODUCTION, NIKO FILM, CLOSE UP FILMS, AMOUR FOU LUXEMBOURG, SCHORTCUT FILMS, TITA B PRODUCTIONS, ALI MOSAFFA PRODUCTIONS EN COPRODUCTION AVEC ZDF DAS KLEINE FERNSEHSPIEL EN COLLABORATION AVEC ARTE, RTS, SRG SSR, VOO BE TV PANACHE PRODUCTIONS ET LA COMPAGNIE CINÉMATOGRAPHIQUE AVEC LA COLLABORATION DE EURIMAGES, CNC, FILM FUND LUXEMBOURG, PICTANOVO AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION HAUTS-DE-FRANCE ET EN PARTENARIAT AVEC LE CNC, MEDIENBOARD BERLIN-BRANDENBURG, FILMFÖRDERUNGSANSTALT, OFC, NORDMEDIA, REGION BRETAGNE, CINEFOROM, BREIZH FILM FUND, TORINOFILMLAB, PYRAMIDE, COOPÉRATION BELGE AU DÉVELOPPEMENT, SUNDANCE, BON GAH, ANGOA

©2020 - PYRAMIDE - LOUISE MATAS

UN FILM DE MASSOUD BAKHSHI

festival de


En bref

TIES DU M R O S OI S E

S

L

PLATEFORMES

DOCUMENTARY NOW! Série (CANAL+)

Quatre anciens du Saturday Night Live ont imaginé cette série en trois saisons qui parodie des documentaires culte (Chef’s Table, Wild Wild Country) avec une flopée d’invités. Immanquables : l’épisode « Waiting for the Artist », dans lequel Cate Blanchett campe une Marina Abramović plus vraie que nature, et « Juan likes Rice and Chicken », pastiche hilarant du Jiro Dreams of Sushi de David Gelb. • N. B.

BOYS STATE

Documentaire (Apple TV+)

Un point sur les bases et les dérives de la démocratie en politique, voilà ce qu’offre Boys State, édifiant documentaire d’Amanda McBaine et Jesse Moss. Chaque année depuis 1937, au Texas, mille garçons sont choisis pour organiser une élection fictive et choisir un gouvernement. Au programme : idéalisme, coups bas et démagogie. • C. B.

NORSEMEN Série (Netflix)

Maligne comme Kaamelott, déjantée comme Sacré Graal ! et léchée comme Game of Thrones, la série norvégienne Norsemen, qui nous plonge dans le quotidien d’un village viking au viiie siècle, revient pour une saison 3 sous forme de prologue. Au programme : pillages, enterrement de vie de garçon et l’origin story tordante du méchant de l’histoire. Skål ! • N. B.

ROCKSTAR (LIVE FROM

THE BET AWARDS 2020) Clip (YouTube)

À l’heure où nous bouclons, le clip du rappeur américain DaBaby a totalisé plus de 70 millions de vues en deux mois sur YouTube. Il reprend l’image de la mort de George Floyd (un homme noir décédé suite à son interpellation par la police en mai  2020 à Minneapolis) comme un avertissement sanglant face aux résurgences du racisme et à la permanence des violences policières. • C. B.

HANNAH GADSBY Stand-up (Netflix)

« N’oubliez pas que selon la règle d’or de la comédie, si vous appartenez à une minorité, votre avis ne compte pas. » Dans son dernier spectacle, Douglas, l’Australienne Hannah Gadsby questionne ses pairs et réinvente le stand-up en proposant un humour féministe et inclusif qui prend pour cible le patriarcat. • C. B.

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La série www.troiscouleurs.fr

RAMY Rare série à raconter la foi, musulmane de surcroît, sans tomber dans les clichés, Ramy explore avec brio les turpitudes et rédemptions de son héros et a rapporté en 2019 un Golden Globe du meilleur acteur dans une série télévisée comique à son créateur et interprète principal, Ramy Youssef. À la fin de la saison 1, on l’avait quitté en Égypte, au terme d’un voyage spirituel plutôt foiré – qu’on laisse découvrir aux futurs convertis à la série. On le retrouve dans la maison familiale du New Jersey, accro aux bonbons gélatineux autant qu’aux films pornos. Deux saisons déjà que Ramy Youssef, à peine 30 ans, fils d’immigrés égyptiens et musulmans pratiquant davantage que ses parents, tente de résoudre son équation spirituelle. Tiraillé entre les préceptes de l’islam, sa libido explosive et une bande de potes pas franchement encourageants, Ramy doit sans cesse confronter son idéal de pureté à la

réalité d’une vie de millenial américain. Un équilibre précaire ponctué de petits (et gros) arrangements avec sa foi, qui trouve son apogée dans une rencontre avec le charismatique sheikh d’une mosquée soufie, interprété par Mahershala Ali (House of Cards, Moonlight, Green Book). Ramy, persuadé d’avoir trouvé sa planche de salut dans la bay’a (un serment d’allégeance spirituel) contractée avec son nouveau guide, se donne à fond, aidant là un jeune vétéran américain atteint de stress post-traumatique ou se rachetant auprès d’un prince saoudien, dans un épisode surréaliste qui rappelle l’excellente série Atlanta. Mais voilà : Ramy a beau être sincère, il n’en reste pas moins lâche. Un antihéros égoïste et un brin manipulateur, terrifié à l’idée de décevoir, mais incapable

d’assumer ses choix. Avec cet alter ego fictif, Ramy Youssef a voulu ouvrir le dialogue. Pas entre les musulmans et les autres, mais à l’intérieur de la communauté elle-même. Lui qui se rappelle avoir grandi sans personne qui lui ressemblait vraiment à la télé décrit dans The New York Times sa série comme un « défi spirituel » et cherche moins à décrire une expérience universelle qu’à raconter sa propre réalité. saisons 1 et 2 disponibles sur la plateforme Starzplay

NORA BOUAZZOUNI

Le film www.troiscouleurs.fr

LE DIABLE, TOUT LE TEMPS L’Américain Antonio Campos (Afterschool, Christine) signe pour Netflix un film sombre et violent qui pointe les ravages de la religion dans une Amérique damnée. Démystifier l’Amérique, c’est commencer par faire la peau à une fascination profonde pour l’église, ses suppôts et ses prêcheurs perpétrée par tous les arts. Et c’est justement l’objectif que semble s’être fixé Le Diable, tout le temps, adapté du roman noir de Donald Ray Pollock. C’est ce dernier en personne qui, de sa voix grave et caverneuse, nous introduit dans sa ville natale du Midwest où se situe l’essentiel de l’action : « Quatre cents personnes environ vivaient à Knockemstiff en 1957, et en raison de Dieu sait quelle malédiction, que cela tînt à la lubricité, à la nécessité,

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ou simplement à l’ignorance, presque toutes étaient liées par le sang. » Sur un ton tragique et crépusculaire qui ne va pas sans rappeler celui de Sang pour sang des frères Coen, le film relate sur deux générations les malheurs et les crimes qui s’abattent sur de pauvres hères aveuglés par l’ignorance et la foi. D’une distribution impressionnante (Tom Holland, Riley Keough, Bill Skarsgärd, Mia Wasikowska…) se détache l’interpré-

tation magistrale de Robert Pattinson, en prédicateur halluciné et malfaisant. L’acteur semble convoquer, pour mieux les conjurer, les derniers vestiges d’Edward Cullen, le vampire chaste et puritain de Twilight sorti de l’imaginaire mormon de son autrice, Stephenie Meyer. On ne trouvera ni rédemption ni réconfort dans les religions de nos pères, semble nous murmurer le film ; tout juste une sombre mélodie de cruauté et de mort. disponible sur Netflix CHARLES BOSSON


Chapka Films

ET

La Filmerie

PRÉSENTENT

« LA COMÉDIE DE LA RENTRÉE ! » « UNE BALADE SOLAIRE ET LIBÉRATRICE ! »

Le Journal des Femmes

« LAURE CALAMY, IRRÉSISTIBLE D’HUMOUR ET D’ÉMOTION »

Laure Calamy

un film de Caroline Vignal

Benjamin Lavernhe

DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

Olivia Côte

ACTUELLEMENT AU CINÉMA COFIMAGE DEVELOPPEMENT 9

Télérama

Le Figaro Magazine


Cinéma -----> « Lux Æterna »

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« Lux Æterna » <----- Cinéma

BÉATRICE DALLE

FORCE NOIRE Cela fait bien longtemps que l’affranchie Béatrice Dalle nous envoûte. Après son brûlant premier rôle au cinéma, dans 37°2 le matin de Jean-Jacques Beineix en 1986, elle n’a cessé d’explorer les zones les moins évidentes, les plus troubles d’un cinéma plutôt underground, toujours endiablé. Son rôle puissant de cinéaste sorcière dans Lux Æterna de Gaspar Noé était l’occasion ou jamais de l’invoquer pour parler des mages qui ont fait de son parcours une incandescente procession cinéphile, de Claire Denis à Jim Jarmusch. Entretien avec une grande actrice (oc)culte.

PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET & TIMÉ ZOPPÉ Photographie : Marie Rouge pour TROISCOULEURS

Ta présence dans l’univers de Gaspar Noé semble une évidence. J’en rêvais. Je trouve tous les films de Gaspar incroyables, je me trouvais légitime dans son univers. On se croisait parfois avant, il est ami avec Asia Argento et Virginie Despentes, dont je suis très proche. La collaboration est arrivée grâce à Anthony Vaccarello [le directeur artistique de la maison Saint Laurent, qui produit le film, ndlr], qui a donné une carte blanche à Gaspar. On n’a tourné qu’une semaine, j’aurais voulu que ça dure six ans. On n’avait pas de scénario. On arrivait tous les jours à 16 heures, mais pas une seule fois on a tourné avant 2, 3 voire 5 heures du matin. On était dans un studio… tu sais, on aurait dit ceux des films pornos allemands des années 1970, avec des bêtes empaillées et des couvertures écossaises ! Dans sa manière de tourner, c’est pas que de l’impro. Si t’es à l’aise là-dedans, tant mieux, tu peux aller dans la même direction. Mais si t’as besoin de repères, le mec est très solide, il donne aussi.   Qu’est-ce qui te plait dans ses films ? Moi, tu sais, je n’aime pas le quotidien. Quand Ken Loach fait du social, je veux bien. Mais, à part lui, je sais pas si je pourrais citer un autre exemple d’un film social et réaliste qui est hyper touchant. J’ai envie d’opérettes sanglantes. Gaspar a toujours des références à Jean Genet ou à Pier Paolo Pasolini, mes héros. Je suis tombée amoureuse de Genet il y a quatre-cinq ans. Déjà il y a ce petit truc qui nous rapproche : c’est très naïf, mais il est né un 19 décembre comme moi, et il est mort au moment de la sortie en salles de 37°2 le matin. Je suis tombée amoureuse de son livre Notre-Dame-des-Fleurs. Comparer les voyous, les mecs dangereux, à des fleurs… Je me suis dit : « Putain, on aime les mêmes mecs ! » Genet, ça aurait été mon super pote pour aller draguer.   Dans le film de Noé, tu joues Béatrice Dalle qui réalise son premier film. Ça t’a déjà tenté, la réalisation ? Jamais ! Je trouve qu’on s’improvise tout. Mais merde, on s’improvise pas boulanger ! On s’improvise pas chirurgien ! Pourquoi on s’improviserait acteur ou metteur en scène ? C’est comme Van Gogh : si ce mec

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« J’aime les gens en transe, j’ai besoin d’être en transe. » gars-là, que j’aime infiniment ; et il y en a un autre, qui est plutôt un film de genre, c’est Trouble Every Day [film de Claire Denis dans lequel elle incarne un vampire, sorti en 2001, ndlr]. C’est l’un des plus beaux films du monde. Je me souviens qu’à Cannes j’étais à l’hôtel avec Didier [Didier Morville, alias JoeyStarr, avec qui elle a été en couple plusieurs années, ndlr]. On m’appelle et on me dit : « On a dû arrêter la projo, y a des syn-

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C’était comment, le tournage de Trouble Every Day ?
 Terrible ! On était dans un endroit désaffecté, une ancienne maison où on mettait les enfants délinquants un peu graves. Ils y avaient mis le feu. C’était chargé d’un univers de gosses qui ont de vrais problèmes. Avant la scène avec Nicolas Duvauchelle [dans laquelle son personnage couche avec celui joué par Duvauchelle avant de le manger, ndlr], je crois ne pas avoir dormi pendant des jours pour des raisons obscures, j’étais dans un état second. La maquilleuse est venue pour un raccord, je me suis retournée, mais d’une manière… À la mort, quoi ! Tu sais, quand d’un seul coup t’es en transe. Elle n’a pas pu m’approcher pendant ces scènes-là. Tu crois aux forces noires du cinéma ? Par exemple à un Kenneth Anger qui essaye d’invoquer Lucifer par les seuls moyens du cinéma ? J’aime les gens en transe. J’ai aimé la drogue, j’ai besoin d’être en transe. Je suis fan inconditionnelle de Jérôme Bosch. Quand tu vois les visions qu’il peint à l’époque, au xvie siècle, tu te dis qu’il était défoncé… Moi, on m’associe à quelqu’un de trash. Oui, certainement, dans ma vie privée, je fais ce que je veux. Personne a rien le droit de me dire, parce que j’ai jamais atteint l’intégrité physique ou morale de qui que ce soit. Je respecte les gens. Pareil, l’équipe de tournage n’est pas à ma disposition, je ne fais pas attendre les gens. Ça a pu m’arriver quand j’étais défoncée, mais, sur le tournage, j’assurais quand même.   Tu as déjà fait une séance de spiritisme ?
 Une fois ! J’ai eu un copain qui a eu un accident gravissime, qui était tétraplégique. Il

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n’avait pas eu cette âme-là, il aurait fait un catalogue Ikea en peignant des chaises en paille et des couettes sur des lits dégueulasses. On dit : « Le diable se cache dans les détails. » Pour moi, dans une personne, dans un film, c’est toujours le détail qui fait que c’est juste ou pas. Comme dans Lux Æterna, tu as déjà vécu un tournage de film d’horreur qui se finit mal ?
 Non, j’ai tourné trois films d’horreur, et c’était magique. Le premier c’était À l’intérieur [sorti en 2007, ndlr] de Julien Maury et Alexandre Bustillo. On tournait dans un bled qui s’appelle Plaisir – ça s’invente pas – et c’était Halloween. Y a les petits qui viennent frapper à la porte. Moi, je suis maquillée avec un œil crevé, toute cramée. J’ai ouvert la porte, ils sont partis comme des moineaux. J’ai dit à l’équipe : « Ils vont pouvoir dire qu’ils ont vu une vraie sorcière ! » Ça a été les expériences de tournage les plus amusantes. Les films d’horreur que j’ai faits, c’était avec ces deux

copes, y a les pompiers qui arrivent. » Je dis : « Wouah, là on a gagné le truc ! »

voulait mourir. Il m’a demandé de lui faire un shoot d’héro. Je lui ai dit : « Moi je peux pas. Impossible. » Il a trouvé quelqu’un pour le faire contre de l’argent. C’était terrible, j’aurais préféré que quelqu’un le fasse gratuitement. Après, quand il est mort, je lui ai dit : « Reviens me voir, fais-moi un signe, une fois ! Mais après, reviens plus jamais. » J’ai jamais eu de signe. Je suis chrétienne, catholique, pratiquante, mais je crois que c’est parce que je suis amoureuse du Christ. Je te jure, je trouve qu’il est encore plus sexy que Jim Morrison. Je suis pas sûre que, si ça avait été un tromblon, je serais aussi chrétienne. Bon, je rigole, mais je suis une dingue de poésie, et pour moi la Bible est le plus grand livre de poésie qui existe. Le cinéaste queercore Bruce LaBruce vous avait filmées en virée nocturne, Virginie

Despentes et toi, pour l’émission Au cœur de la nuit en 2010. Tu aimes son cinéma ? J’adore No Skin Off My Ass et Hustler White, avec le beau Tony Ward. Le porno, je sais bien que ça existe, mais j’en ai un peu rien à foutre. Bruce LaBruce, c’est différent, ça a toujours été un engagement, une revendication. Il se bat pour la liberté. J’ai fait cette émission et j’ai invité Virginie. Bruce m’avait préparé une surprise au café Moustache. On arrive, les mecs sont le cul à l’air, hyper gentils, et le cadeau, c’est François Sagat [acteur de pornos gays qui a tourné pour LaBruce dans L.A. Zombie, ndlr] qui se balance nu les jambes écartées sur un sling [un morceau de cuir suspendu par des chaînes, utilisé dans certains rapports BDSM, ndlr]. Je lui dis : « Il faut consommer tout de suite, ou on peut emporter à la maison ? » François m’a dit ensuite : « Tout le monde imagine que je

1 37°2 le matin de JeanJacques Beineix (1986) 2 Trouble Every Day de Claire Denis (2001) 3 Lux Æterna de Gaspar Noé (2020) 3

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6 FEMMES PUISSANTES Béatrice Dalle incarne toujours des femmes qui en imposent. La preuve en six rôles, qui déclinent des féminités mutantes, outrées, défoncées, voire monstrueuses. Trouble Every Day (2001) de Claire Denis Un chercheur cloître sa femme, qui a des pulsions mêlant désir et cannibalisme… Pour ce rôle troublant, l’actrice nous a dit s’être inspirée d’un documentaire dans lequel une maman singe, ne comprenant pas la mort de son petit, se met à le taper.   17 fois Cécile Cassard (2002) de Christophe Honoré Une femme en deuil se reconstruit auprès d’un homme gay qui lui échappe… Dans son premier long métrage, Christophe Honoré offre un rôle insaisissable à une Béatrice Dalle fascinante en incarnation de la fuite.

suis trash, mais je suis une pâquerette. » J’ai rencontré plein de hardeurs et de hardeuses comme ça, super charmants. Je me souviens de la délicatesse d’une jeune fille qui m’a écrit une lettre super belle pour me demander si elle pouvait prendre le pseudo Béatrice Valle en mon honneur pour faire du porno. Tu as joué dans Process (2003) de C. S. Leigh. Sur Internet, un blogueur raconte une histoire trouble autour du réalisateur, aujourd’hui décédé. Celui-ci aurait essayé de faire disparaître son film… Ah, magnifique, Process ! Ça alors, cette histoire… C’était un mec très bizarre. Il était très malade, tout le temps. Tu sens que toute sa vie est une souffrance. Pour le rôle, il me demandait chaque jour des trucs comme bouffer du verre, que je me suicide… Virginie [Despentes, ndlr] m’a dit un jour : « Tu sais que t’as tourné avec Guillaume Dustan [un écrivain français underground et controversé décédé en 2005, auteur de Dans ma chambre et de Nicolas Pages, ndlr] ? » C’était dans ce film ! Je ne savais pas, je n’ai jamais rien lu de lui, je ne connais que le scandale autour de ce mec, et le fait que pour Virginie c’est le meilleur écrivain d’entre tous. Tu vas reprendre, début 2021, la tournée française du spectacle Viril, dans lequel tu lis de textes sur la virilité avec Virginie Despentes et la rappeuse Casey. Pour toi, c’est quoi, la définition de la virilité ? Quelqu’un qui s’assume. Je me souviendrai toujours d’une phrase, dans une correspondance de Vincent Van Gogh. Il va épouser une prostituée très laide, enceinte jusqu’aux yeux, sale, dans la

À l’intérieur (2007) de Julien Maury et Alexandre Bustillo Une femme s’introduit dans la maison d’une jeune fille enceinte, avec une seule idée en tête : lui prendre par tous les moyens l’enfant qu’elle porte… En terres gore, Béatrice Dalle terrifie, possédée par on ne sait quel démon. Domaine (2010) de Patric Chiha Une mathématicienne alcoolique entretient une relation ambiguë avec son neveu… Sans doute le rôle le plus beau et le plus précis de Béatrice Dalle, intimidante en mentor, partagée entre extrême rationalité et attrait pour le chaos.   Bye Bye Blondie (2012) de Virginie Despentes Deux anciennes punks ayant vécu une intense histoire d’amour se retrouvent vingt ans plus tard… En lui donnant le rôle de Gloria, Virginie Despentes érige Béatrice Dalle en icône lesbienne et cerne mieux que personne son élégance sauvage.   Les Rencontres d’après minuit (2013) de Yann Gonzalez Une orgie au cœur de la nuit. L’un des invités confie être hanté par l’intrigante despote qui l’a fouetté dans un cachot… Yann Gonzalez rêve Béatrice Dalle en dominatrice d’un film bis des années 1970. • Q. G.

rue, et son frère lui dit : « Mais pourquoi cette fille ? » Et Van Gogh de répondre : « Mais quel homme ne le ferait pas, juste pour la sauver du désarroi ? » Et ben ça, ça me fait pleurer. C’est ça, la virilité. J’ai vécu longtemps avec un mec homo, un acteur anglais merveilleux [Rupert Everett, au milieu des années  1980, ndlr]. Les gens disaient ce mot horrible, « tapette ». Je répondais : « Déjà, comment vous osez me parler de cette manière ? Et en quoi il est pas viril ? » Le mec, il assume tout ce qu’il est, tout ce qu’il fait, pour moi c’est l’homme le plus viril avec qui j’ai été. C’est un seigneur.   Tu cites souvent l’artiste Oscar Bizarre sur Instagram. Tu as des projets avec lui ? Oui, un film ! C’est un faiseur d’images, un faiseur de rêves, j’ai envie de dire. On a en commun le culte des images noires, sombres, on est deux vampires et pourtant on est deux personnes joyeuses. Là, on a fait un court métrage qui s’appelle Rédemption zéro, avec l’acteur David Kammenos, pour pouvoir avoir des financements afin de faire le long, car Oscar n’est pas connu. Ce sera un peu un film de sorcières aussi.   Dans tes posts Instagram, tu rends souvent hommage à des cinéastes que tu aimes, comme récemment John Waters. John Waters, il est brillant. Chez Saint Laurent, ils m’ont fait un cadeau au dernier défilé, ils l’avaient assis à côté de moi. Il me dit : « Je vous aime tellement. » Je lui dis : « Je vous renvoie le compliment. » C’est un peu le même genre de rencontre qu’avec Jim Jarmusch. Un journaliste m’avait demandé : « Est-ce qu’il faut coucher

pour réussir ? » J’avais dit que ça ne m’était jamais arrivé, mais qu’avec Jim, même si y avait pas de film, je serais d’accord. C’était une blague ! J’arrive à Cannes, on présente chacun un film, on se rencontre et là je me dis qu’il va me prendre pour une pétasse s’il sait ce que j’ai répondu au journaliste… Mais il vient me voir et me dit : « Je vous aime tellement. » Putain, j’ai fondu sur place. Trois mois après, il m’envoyait le scénario de Night on Earth [sorti en 1991, elle y campe une troublante cliente de taxi aveugle, ndlr]. Toujours sur Instagram, dans la légende d’une photo en hommage à l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi, tu as écrit : « Le xxie siècle sera féminin. » On va vers ça ! Ils avaient bien raison, les mecs, de mettre un couvercle sur nos gueules, parce que maintenant qu’on l’enlève… Je les comprends, une femme est tellement plus solide. Mettre un enfant au monde, par exemple, imaginez la responsabilité ! Moi, j’ai jamais eu envie d’enfant. Je regrette pas du tout, je suis pas maternelle. Quand on parle d’horloge interne et toutes ces conneries-là… allez vous faire foutre ! Après, j’ai plein de copines qui ont des gosses et c’est super aussi. J’ai posté un truc pour elle, parce que c’est les femmes comme Gisèle Halimi qui ont fait la liberté qu’on a aujourd’hui, et elles sont magnifiques. 

PasséPrésent 18 septembre 2020 – 10 janvier 2021

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Sarah Moon, En Roue Libre, 2001 — © Sarah Moon

Morceaux choisis

Lux Æterna de Gaspar Noé, UFO / Potemkine Films (50 min), sortie le 23 septembre

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Cinéma -----> « Lux Æterna »

CRÉATEURS CRÉATURES

© Collection Christophel

« En se regardant, le cinéma révèle sa propre ambiguïté et les rapports de force et de domination qu’il génère. »

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© Collection Christophel

Dans Lux Æterna, Gaspar Noé plonge Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg dans la folie et la fureur d’un tournage qui vire au cauchemar. Une autocritique pour l’auteur d’Irréversible, qui s’inscrit dans une longue tradition du cinéma au carré.

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En art, l’adage veut que le beau ne supporte pas l’effort, qu’on ne doit jamais voir le travail. Le cinéma, lui, a pourtant très vite décidé d’exposer ses coulisses, de raconter dans des films la petite fabrique bizarre, excitante, merveilleuse ou parfois terrible des images. Des films qui font du plateau de tournage le décor d’une fiction où vrai et faux se mélangent. Le cinéma s’y observe, décortique sa mécanique et nous révèle forcément quelque chose qu’on n’aurait pas dû voir. Comme un magicien révélant ses tours, Gaspar Noé s’amuse ainsi dans Lux Æterna à nous montrer la fabrication des images stroboscopiques qui parsèment

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son œuvre, à filmer les machines, les spots qui se mettent en branle et créent la beauté syncopée de son cinéma. À l’image de Kirk Douglas dans Les Ensorcelés (Vincente Minnelli, 1953) inventant devant nos yeux par simple manque de moyens les ombres terrifiantes du cinéma d’horreur suggestif, de Gene Kelly et Debbie Reynolds actionnant un à un les éclairages et les artifices d’un plateau de tournage hollywoodien pour que leur valse amoureuse soit plus belle encore (Chantons sous la pluie, 1953) ou du final de Body Double (Brian De Palma, 1985) avec la révélation des trucages laborieux d’un film d’horreur érotico-gore, Noé exhibe l’artifice et la technique, amenant ainsi le spectateur à déconstruire les images et leurs pouvoirs. 

FINI DE JOUER Mais cette mise à découvert du cinéma est surtout un moyen pour lui de se regarder en face. Et souvent, c’est la satire qui prime. De Ça tourne à Manhattan de Tom Dicillo (1995) au dantesque Tonnerre sous les tropiques (Ben Stiller, 2008), la comédie trouve dans les films de plateau un terrain de jeu jubilatoire. Crise des ego, projet impossible, palabres interminables, créateur en panne, tout est réuni pour que le huis clos du tournage devienne un vaudeville explosif. Si Noé lorgne parfois vers ce registre dans Lux Æterna (la caricature du producteur, les pique-assiettes qui traînent, les maquilleurs qui conspirent…), l’autoanalyse prend ici surtout la forme d’un examen de conscience. Ce n’est pas le petit monde du cinéma qui l’intéresse, mais bien ce que le cinéma fait au monde, ce qu’il lui prend, ce qu’il lui doit.

Et en particulier aux actrices. À l’image de Laura Dern, Alice égarée dans les méandres psy d’un rôle dans Inland Empire (David Lynch, 2007), les métafilms nous font passer de l’autre côté du miroir pour regarder les créateurs comme des créatures. Un freak show qui exhibe devant nous les souffrances, les cruautés et le trouble que l’image glacée prenait bien soin de taire. La longue conversation entre Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg qui ouvre Lux Æterna dit tout. Béatrice raconte le regard sur soi, l’exhibition, la soumission aux desiderata, l’abandon de soi et l’art, le beau comme justification à tout. Mais est-ce bien normal ? Le cinéma s’est toujours posé la question. En 1940, par exemple, Hollywood Caval­ cade d’Irving Cummings raconte les grandes heures du cinéma muet via la trajectoire imaginaire d’une jeune actrice de cinéma burlesque. Dans une scène particulièrement cruelle, le film décrit les humiliations, les chutes, la honte et les rires qui ne consolent pas vraiment. En quelques scènes, Hollywood se regarde consommer un corps, l’utiliser pour de rire et l’avilir pour de vrai. Il faudra attendre les années 1950 et la chute annoncée du grand Hollywood pour que cette autocritique prenne de l’ampleur. D’abord la splendeur mortifère de Norma Desmond, corps vidé par tant de cinéma, qui attend son gros plan imaginaire dans le mythique Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1951), puis la noirceur totale et inquiétante du Démon des femmes. Dans ce métafilm de 1969, Robert Aldrich décrit le calvaire d’une actrice (Kim Novak) sous le joug d’un réalisateur fou et raconte le trouble entre un rôle et une interprète, le mélange funeste entre la vie et la fiction, pour la beauté de l’art. À

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chaque fois la folie guette, comme dans Irma Vep d’Olivier Assayas (1996), avec l’échappée mentale de Maggie Cheung, actrice sans film qui se met soudain à se faire son propre cinéma ; ou dans Nina Wu de Midi Z (2020), avec la dérive de l’héroïne qui perd pied entre fiction et réalité pour refouler son viol par un producteur. Le cinéma expose, détruit, use des corps féminins jusqu’à ce qu’ils craquent. Mais qui craque ? Le personnage ou l’actrice ? C’est le gros plan sur le visage de Romy Schneider dans L’Important c’est d’aimer (Andrzej Zulawski, 1975), sur le plateau d’un film minable. La caméra l’enserre, l’épie, le personnage craque, et soudain c’est Romy elle-même qui semble nous exhorter à ne plus la regarder. Comme si les larmes pour de faux étaient devenues vraies. Soudain, on ne joue plus.

LUTTE DE POUVOIR Dès lors, en se regardant, le cinéma révèle sa propre ambiguïté et les rapports de force et de domination qu’il génère. Les films de tournage deviennent des examens de conscience de ce pouvoir à l’œuvre. Si de célèbres making of comme Aux cœurs des ténèbres. L’apocalypse d’un metteur en scène, sur le tournage d’Apocalypse Now, ou Lost in La Mancha, et le désastre de Terry Gilliam, témoignent du chaos d’un tournage, les fictions, elles, fabriquent et théorisent ce chaos dans des œuvres à clés. Lux Æterna décrit ainsi les luttes de pouvoir entre Dalle et son producteur, les conflits avec le chef opérateur et la sempiternelle question de savoir

1 Laura Dern et David Lynch sur le plateau d’Inland Empire de David Lynch (2007) 2 Romy Schneider dans L’Important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski (1975) 3 Kim Novak dans Le Démon des femmes de Robert Aldrich (1969) 4 Gloria Swanson dans Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (1951)


« Lux Æterna » <----- Cinéma

Par le réalisateur de COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL

© Collection Christophel

SUSAN SARANDON KATE WINSLET MIA WASIKOWSKA ET SAM NEILL

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BLACKBIRD “ Magnifique et bouleversant ”

© Collection Christophel

Simon Arrestat - FRANCE INTER

“ Un casting en état de grâce ” LE JOURNAL DES FEMMES

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qui est aux commandes. Ce que racontait déjà R. W. Fassbinder – cité par Noé dans le film – dans Prenez garde à la sainte putain (1971). Dans ce film apathique et hystérique, le cinéaste monstre allemand filmait les multiples rapports de dominations et la hiérarchie toxiques qui règnent sur un plateau. Sorti deux ans plus tard, La Nuit américaine de François Truffaut racontait quant à lui les jeux de dupe d’un petit monde habitué à faire semblant. « Qu’est-ce que c’est que ce cinéma ? […] Ce monde où tout le monde ment ? […] Je le méprise, le cinéma », s’y exclame un personnage. Conclusion terrible. Pourtant quelque chose résiste. Noé, Fassbinder et Truffaut, dans leurs films respectifs, finissent par céder à la fascination des images. Les éclairs qui nous engloutissent à la fin de Lux Æterna sonnent comme un aveu d’impuissance. Le cinéma reprend le dessus, nous laissant exsangues mais alertes. Désormais nous ne sommes plus victimes de l’illusion, mais bien conscient de ce dont elle est faite. La traversée du miroir fait de nous de meilleurs spectateurs. RENAN CROS

AU CINÉMA LE 23 SEPTEMBRE

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MO

C TS

É S S I O R

« Le cinéma brut, et pris tel qu’il est, dans l’abstrait, dégage un peu de cette atmosphère de transe éminemment favorable à certaines révélations. ». Sorcellerie et cinéma d’Antonin Artaud

GASPAR NOÉ Gaspar Noé revient avec Lux Æterna, un film-rituel invoquant tous les mauvais esprits du cinéma. Si la réalisatrice Béatrice Dalle et son actrice Charlotte Gainsbourg (dans leur propre rôle) sont confrontées à des forces noires s’invitant sur un tournage, les fantômes de Rainer Werner Fassbinder, Carl Theodor Dreyer ou Luis Buñuel viennent aussi semer le chaos à coups de panneaux-citations théorisant la violence de la mise en scène. Ce qui nous a donné l’idée de faire réagir Noé à quelques maximes blasphématoires.

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« Le cinéma de transe me parle beaucoup. J’aime bien quand un film se rapproche du langage des rêves, des cauchemars, ou de ces états seconds produits par l’absorption de produits psychédéliques. Avec Lux Æterna, beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient l’impression d’être drogués en sortant. Je joue sur les stroboscopes et, oui, ça, ça peut mettre dans un état de transe. Pas mal de réalisateurs comme Paul Sharits ou Tony Conrad ont fait des films avec du flicker – ça veut dire “battements de lumière” en anglais. Selon la vitesse du flicker, trois, huit ou douze flashs par seconde, on ne rentre pas dans le même état mental. Je sais que, moi, le truc qui me tape le plus sur le système, c’est tout simplement l’alternance d’une image noire et d’une image blanche, ce qui fait douze flashs sur les vingt-quatre images par seconde d’un film de cinéma. À la fin d’Irréversible (2002), il y avait un flicker en noir et blanc : sur demande du distributeur, j’avais dû le raccourcir, parce qu’on me disait que ça allait provoquer des crises d’épilepsie chez certaines personnes. Depuis, j’avais envie de faire un jour un flicker interminable. »

« Grâce à Dieu, je suis athée. » Mon dernier soupir de Luis Buñuel

« Mon père, qui a eu une éducation catholique soft et s’est ensuite comporté comme agnostique, me disait : “Tu ne dois pas dire que t’es athée, dis que t’es agnostique !” Je lui répondais : “Papa, fous-moi la paix, maman est athée.” Ma mère était en révolte, elle avait eu une éducation religieuse chez les bonnes sœurs qu’elle détestait car elles l’empêchaient d’aller au cinéma, l’antre du diable. Buñuel, on voit bien qu’il a un pied dehors, un pied dedans. Beaucoup de gens qui se disent athées toute leur vie, quand ils sentent la mort venir, ils appellent un curé, des fois qu’il y ait un enfer… Mais pour moi, être athée, c’est juste être logique. Beaucoup de sectes nagent dans le sang, mais celles qui ont le plus nagé, on les appelle des religions. »

« Je voulais comprendre ce qui se cachait derrière ce décor. On me parlait de la magie du cinéma. Mais je ne voyais plus seulement de la magie. D’autres choses aussi, qui traduisaient tout simplement l’envers du décor. » Kenneth Anger, à propos de son livre Hollywood Babylon, propos rapportés dans un article du Monde paru en 2013

« Ce qui est fascinant avec Kenneth Anger, c’est que, enfant, il a joué le petit prince dans A Midsummer’s Night Dream (1935), l’une des plus belles et plus féériques adaptations de Shakespeare, avec Mickey Rooney qui incarnait un petit Lucifer avec des cornes. À l’âge de 5 ans, il a été plongé dans un énorme studio de cinéma avec tous ces diablotins, et c’est comme si, toute sa vie, il avait voulu retrouver ces sensations-là avec ses propres films. Moi, j’ai été marqué par 2001 : l’odyssée de l’espace (1968), qui a été ma première expérience psychédélique –  j’avais 6 ou 7  ans. Je me suis dit, tiens, j’aimerais bien savoir comment le réalisateur a réussi à faire ce film. Je voulais être comme le magicien d’Oz, qui avait créé tout un univers. »

« Here they come now / See them run now / Here they come now / Chelsea Girls… » « Chelsea Girls » de Lou Reed et Sterling Morrison, interprété par Nico sur l’album du du même nom

« Le DVD de Chelsea Girls d’Andy Warhol [le titre de l’album de Nico est une référence au film de Warhol, tourné en improvisation et en split screen en 1966, ndlr], je l’ai acheté en Italie il y a un mois, et j’en ai regardé un bout la semaine dernière, mais je ne l’avais pas vu avant. Cette idée du split screen, je dirais qu’elle vient plus de New-York. 42ème rue de Paul Morrissey ou de L’Étrangleur de Boston de Richard Fleischer. Mais, comme tout est improvisé, je ne savais en fait pas du tout quel serait le style du film. Je me disais que j’allais peut-être faire des plans-séquences reliés de manière invisible, comme dans Climax. Seulement le premier jour de tournage a été un tel bordel que j’ai changé mon fusil d’épaule : ce film, contrairement à mes précédents, j’allais le monter. Et tant qu’à faire du montage, j’ai confié d’autres caméras à mon chef opérateur Benoît Debie et à Tom Kan [qui conçoit les génériques de Gaspar Noé et qui est acteur dans Lux Æterna, ndlr], dont le personnage réalise un making of sur le film de Béatrice. Quand je suis arrivé en salle de montage, je ne savais pas du tout ce qu’ils avaient filmé ! C’était drôle parce que, du coup, j’avais l’impression que le film était aux deux tiers réalisé par d’autres. »

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« Nous, metteurs en scène, avons une grande responsabilité. Il nous appartient d’élever le film du plan de l’industrie à celui de l’art. » Réflexions sur mon métier de Carl Theodor Dreyer

« Souvent, la liberté qu’on t’accorde est proportionnelle au risque financier encouru. Si on te donne un ou deux millions d’euros, tu es libre de faire ce que tu veux. Mais sur un projet à huit millions d’euros, il va falloir des noms connus, faire valider le film par les coproducteurs, tu ne t’en sors pas. Je me sens plus à l’aise quand on me dit : “Tu as ce petit budget, mais tu as carte blanche”, comme ça a été le cas avec Anthony Vaccarello sur Lux Æterna [Anthony Vaccarello est le directeur artistique de la maison Saint Laurent, qui produit le film, ndlr]. Je ne veux pas avoir de pseudo “créatifs” d’agence de pub sur le dos qui m’expliquent ce que je dois faire. C’est vraiment un monde atroce, la pub et la com. Le tournage le plus cauchemardesque que j’ai vécu c’était sur un spot de prévention contre le sida. Il y avait des acteurs africains heureux d’être ultra bien sapés dans une boîte de nuit, mais la cliente et les créatifs m’ont demandé qu’on les habille en boubou pour que les Français puissent les identifier comme “migrants”. Je leur ai dit que je ne pouvais pas faire ça, et je les ai tous envoyés péter, comme Béatrice dans mon film. Heureusement, le producteur était à 100 % de mon côté. »

Lux Æterna de Gaspar Noé, UFO / Potemkine Films (50 min), sortie le 23 septembre Photographie : Marie Rouge pour TROISCOULEURS

PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET

© Collection Christophel

Cinéma -----> « Lux Æterna »


Film Francophone D’ANGOULEME Sélection Officielle

NORA HAMZAWI

©CARACTÈRES

- PHOTO: A.ISA

RD

UN FILM DE

ET LA PARTICIPATION DE

AMRO HAMZAWI

EMMANUEL CHAUMET PRÉSENTE NORA HAMZAWI ANDRÉ MARCON DOMINIQUE REYMOND JULIA FAURE ARTHUR IGUALMUSIQUE THOMASPRODUITSCIMECA SCÉNARIODE AMRO HAMZAWI IMAGE LÉO HINSTIN UNE(AFC) CASTING ANTOINETTEAVEC LA BOULAT MONTAGE MICHEL KLOCHENDLER MARTIAL SALOMONEN MIXEUR SEBASTIEN PIERRE ORIGINALE ALEXANDRE DE LA BAUME AVEC LE PAR EMMANUEL CHAUMET & NORA HAMZAWI PRODUCTION ECCE FILMS PARTICIPATION DE OCS TMC TFX LE PACTE SOUTIEN DE LA PROCIREP ANGOA ASSOCIATION AVEC CINEVENTURE 4 RÉALISATION AMRO HAMZAWI

AU CINÉMA LE 23 SEPTEMBRE


Cinéma -----> « Contes des mille et un Rohmer »

PORTFOLIO

ROHMER AUX QUATRE SAISONS

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Françoise Etchegaray et Éric Rohmer en repérages pour Les Jeux de société (1989)

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Éric Rohmer attendant son chauffeur « RATP » sur le tournage de Conte d’hiver avec Frédéric Van den Driessche et Charlotte Véry. « À partir des Nuits de la pleine lune (1984), Rohmer a voulu revenir à la légèreté de ses débuts : un chef op, un ingénieur du son… Il préférait travailler avec des gens comme moi qui faisaient un peu tout, de la production à la cuisine en passant par le ménage, qu’avoir un assistant qui lui portait son fauteuil. D’ailleurs, quand on me demandait où était son chauffeur, je répondais : “Son chauffeur, il s’appelle RATP ou SNCF. »   Photogramme et photo de tournage de L’Anglaise et le Duc (2001). « L’Anglaise et le Duc (2001) nécessitait beaucoup de moyens, avec des incrustations numériques [pour les extérieurs, les acteurs évoluent dans des tableaux imitant le style de la Révolution française, ndlr].

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Quand on est arrivés dans le grand studio avec les fonds verts, c’était tellement imposant que Rohmer a eu peur… En l’an 2000, ce n’était pas encore au point techniquement… On avait fait des essais, et à l’écran les comédiens rentraient dans les murs ! Une fois le film terminé, il m’a demandé : “Comment on a réussi à faire ça ?” Et moi de lui répondre : “On y a cru.” » 5

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Tournage de Conte de printemps (1990). « Je ne sais pourquoi je me suis aventurée à lui dire que, parmi tous ses films, mon préféré était Ma nuit chez Maud. Il en a fait un bond ! Il disait : “À quoi bon se donner encore la peine de travailler, alors ? Le meilleur film, c’est le prochain qu’on fera ensemble !” Je lui ai quand même posé la question de son film favori parmi tous les titres de sa filmographie. Il m’a répondu “Si vous voulez tout savoir, c’est Conte de printemps, car c’est le plus secret.” » Tournage des Jeux de société (1989). Repérages à Villejuif pour Conte d’hiver (1992). « Il me disait : “Plus on vieillit dans ce métier, plus on sait qu’il faut enlever la lumière.” Une fois, il y avait un film américain qui se tournait avenue Marceau. Il y avait dix camions, juste à l’angle, et un temps absolu­ ment incroyable. Éric m’a demandé : “Vous voulez voir du vrai cinéma ?” On s’est cachés derrière un arbre pour voir ce qui était le contraire de son approche : alors que le soleil était zénithal, il y avait dix projecteurs braqués sur la main d’un acteur ! Lui, Rohmer, il repérait les bonnes heures pour tourner, et cela pouvait lui plaire aussi, un ciel un peu gris. »

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© Françoise Etchegaray

Françoise Etchegaray a été la collaboratrice d’Éric Rohmer pendant près de trente ans. En marge de la sortie de son recueil de souvenirs, Contes des mille et un Rohmer, elle nous a laissé piocher dans ses archives personnelles quelques clichés inédits du cinéaste au travail. Depuis Le Rayon vert (1986), Etchegaray a tenu à peu près tous les rôles aux côtés de Rohmer : productrice, scripte, cadreuse, ingénieure du son, actrice, cuisinière… L’aîné de la Nouvelle Vague se serait même parfois inspiré d’elle pour quelques personnages. C’est par une heureuse coïncidence que les deux personnalités opposées – Rohmer était un peu control freak sur les clopes, le sucre et le cholestérol, quand Etchegaray paraît plus épicurienne – se rencontrent en 1973 dans les bureaux d’Élite Films, où Etchegaray travaille avec Jean Eustache. Accueillir le hasard, les aléas, toujours savoir s’adapter, cela semble justement être le geste adopté par le cinéaste et celle qui l’épaule. Avec malice, drôlerie et émotion, elle dévoile les multiples facettes intimes de ce réalisateur secret qui ne voulait jamais être pris en photo.

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Rohmer dans le quartier de la Villette, sur le tournage des Rendez-vous de Paris (1995). « Il avait un rapport fort à l’architecture : ces villes nouvelles – Marne-la-Vallée dans Les Nuits de la pleine lune, Cergy-Pontoise dans L’Amie de mon amie… –, ou encore la modernité du quartier de la Villette dans Les Rendez-vous de Paris. On faisait beaucoup de repérages ensemble, et Cergy en construction, sans aucune pancarte, c’était un enfer. Moi, j’en avais assez d’être au milieu de nulle part, et lui était fou de rage. »

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© D. R.

« Contes des mille et un Rohmer » <----- Cinéma

© Luc Pagès

© Luc Pagès

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© Pascal Ribier

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© Françoise Etchegaray

Cinéma -----> « Contes des mille et un Rohmer »

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© Luc Pagès

© Luc Pagès

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Contes des mille et un Rohmer de Françoise Etchegaray (Exils, 220 p.)

QUENTIN GROSSET

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2020 création

Pascal Rambert – Arthur Nauzyciel

25 septembre – 21 octobre

création

Frédéric Fisbach

29 septembre – 25 octobre

Wajdi Mouawad

10 – 29 novembre création

Simon Falguières

10 novembre – 4 décembre

Wajdi Mouawad

8 – 23 décembre jeune public

Simon Falguières

9 – 20 décembre www.colline.fr 15, rue Malte-Brun, Paris 20e métro Gambetta


Cinéma ----> Quatre films d’Ida Lupino

IDA LUP INO

Quatre films signés Ida Lupino ressortent en salles en versions restaurées. L’occasion de (re)découvrir l’œuvre majeure d’une cinéaste pionnière et engagée, qui proposa une alternative réaliste au rêve hollywoodien des années 1950.

© Les Films du Camélia

Une jeune fille perdue, le visage enfiévré et hagard, erre dans les rues et kidnappe un nourrisson dans un berceau. Arrêtée par la police, elle commence son récit en voix off : « Comment en suis-je arrivée là ? » Ainsi s’ouvre le premier film réalisé par Ida Lupino, Avant de t’aimer, en 1949. Si, comme ses contemporains Alfred Hitchcock ou Billy Wilder, la jeune femme de 31 ans voit son nom apposé en gros au-dessus du titre sur l’affiche, c’est que le public le connaît très bien : elle est une vedette du film noir des années 1940. Son corps menu, sa voix sensuelle et envoûtante et trois chefs-d’œuvre signés Raoul Walsh (dont le célèbre High Sierra avec Humphrey Bogart) lui ont valu de rejoindre la liste des femmes fatales glamour et emblématiques qui obsèdent le cinéma américain. Mais, mécontente des rôles stéréotypés que lui pro-

posent l es s t u d i os , elle devient, au tournant des années 1950, l’une des premières réalisatrices du Hollywood classique et, emboîtant le pas aux premiers grands indépendants comme Robert Rossen ou Stanley Kramer, elle fonde sa propre société de production, The Filmmakers, aux côtés de son coscénariste et deuxième mari, Collier Young. Sa spécialité : les sujets sociaux délaissés par Hollywood – le père du néoréalisme italien, Roberto Rossellini, pourrait l’avoir influencée au cours d’un dîner en 1948 en s’interrogeant au sujet du cinéma hollywoodien : « Quand allez-vous faire des films ordinaires sur des gens ordinaires ? » Son style : l’immersion dans l’intimité de personnages (souvent des femmes) qui frôlent la marginalité et risquent une mise au ban de la société. Dans Avant de t’aimer, elle décrit la réalité des filles-mères dans l’après-guerre et épouse le point de vue d’une jeune femme qui accouche seule et abandonne son enfant afin de conserver sa respectabilité. Dans Faire face (1950), une danseuse frappée par la polio est hospitalisée et doit réapprendre à marcher. Tourné principalement en décors réels, le film ne nous épargne aucun détail de cette lente et douloureuse rééducation. Le corps féminin boîte, se tord, se convulse, pour mieux se régénérer. Les héroïnes d’Ida Lupino sont des battantes, et la cinéaste filme la réalité comme une aventure, empruntant aux codes du film noir pour ce qui est du climat et de la menace sourde qui planent au-dessus de leurs têtes.

© Les Films du Camélia

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L’ÉPREUVE DU RÉEL Alors que le maccarthysme fait rage et que son troisième mari, l’acteur Howard Duff, suspecté de sympathies communistes, est blacklisté en 1950 par l’industrie holly­ woodienne, la cinéaste assume pleinement son projet de description sociale d’un monde non idéalisé, et ses films s’attachent à montrer l’envers du décor. Bigamie (1953), par exemple, nous plonge dans la vie d’un homme déchiré entre deux femmes (jouées par Joan Fontaine et Ida Lupino elle-même) et entre deux villes (Los Angeles et San Francisco) pour tendre un miroir accusateur à la moralité et aux paradoxes de la société de son époque. Le juge fera remarquer au mari coupable que la société félicite les hommes qui prennent des maîtresses, mais condamne ceux qui les épousent. En 1953, après avoir rencontré les victimes survivantes du tueur en série Billy Cook (qui assassina six personnes

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© Les Films du Camélia

ES R I O T HIS INÉMA C DU

pendant sa cavale en décembre 1950), elle signe son chef-d’œuvre, Le Voyage de la peur, qui compte Martin Scorsese parmi ses plus grands admirateurs et dont l’ouverture ressemble à s’y méprendre à celle de Zodiac de David Fincher. Dans le film, un duo d’amis parti pour pêcher est pris en otage par un tueur sadique qui les oblige à le conduire au Mexique. La cinéaste fait surgir l’agresseur des profondeurs de l’ombre et signe les plans d’une main armée parmi les plus anxio­gènes de l’histoire du cinéma, à mille lieues des fantasmes phalliques associés à la maîtrise des armes véhiculés par le cinéma de genre. À une époque où Hollywood est une fabrique à rêves, les films d’Ida Lupino présentent le réel comme une source intarissable d’inspiration et se risquent à en livrer la bouleversante traversée. Avant de t’aimer, Faire face, Le Voyage de la peur et Bigamie d’Ida Lupino, Les Films du Camélia (1 h 31 ; 1 h 21 ; 1 h 11 ; 1 h 23), ressortie en version restaurée le 30 septembre

CHARLES BOSSON 1 Le Voyage de la peur (1953) 2 Faire face (1950)


JUDITH

CHEMLA ARIEH

WORTHALTER NOÉMIE

LVOVSKY

U N F I L M D E K E R E N B E N R A FA E L

30 AU C INÉM

SEPTE

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Cinéma -----> « Kajillionaire »

P EO

ECTING N N P CO

LY JU LE

N A D R I A M

© Matt Kennedy –  Focus Features

de romantisme, en 2007. Elle en a entrepris la rédaction après que son premier long métrage, Moi, toi et tous les autres, a décroché la Caméra d’or et le prix de la Semaine de la critique à Cannes en 2005. « C’était une façon très calculée de contrecarrer la pression qui pesait sur moi pour mon deuxième film. J’essaye d’être là où on ne m’attend pas quand je commence à sentir trop de pression dans une discipline. » Une stratégie qui semble autant tenir de la lutte contre la peur de l’échec que de celle du vide.

Méconnue en France, l’Américaine Miranda July est une grande figure du féminisme et de l’art dans son pays. Écrivaine, actrice, performeuse et cinéaste – révélée avec Moi, toi et tous les autres, Caméra d’or à Cannes en 2005 –, elle sort ce mois-ci Kajillionaire, fable sociale drôle et sensible sur une famille d’arnaqueurs repliée sur elle-même dont la fille adulte (Evan Rachel Wood) tente de dépasser ses problèmes de confiance et sa peur du contact physique. Une question – comment connecter les êtres humains entre eux ? – qui innerve tout le travail de la géniale quadra. 32

Quand on découvre, par l’intermédiaire de l’application Zoom, début août, ses grands yeux clairs et ronds au milieu d’un visage impassible, ses cheveux courts bouclés et son teint d’albâtre, on trouve à Miranda July un air du mime Marceau. Comme chez les clowns, on saisit que derrière ses traits difficiles à déchiffrer se cache une vive tristesse. Celle d’être confinée depuis des mois dans sa maison de Los Angeles où elle vit avec son époux, le réalisateur Mike Mills, et leur enfant de 8 ans, et de ne pas pouvoir venir présenter en France son nouveau film, Kajillionaire, à cause de l’épidémie due au coronavirus, particulièrement virulente en Californie. « J’ai tout ce dont j’ai besoin, mais je crois que je perds un peu la raison », finit-elle par lâcher. C’est que son processus naturel a été enrayé. « J’ai passé des années assise dans cette maison à écrire en solitaire, avec la croyance que je devais abattre une tonne de travail pour gagner le droit de sortir et de me connecter aux autres. C’est ce qui devait arriver avec la sortie du film, mais je suis obligée de rester ici… donc je me suis mise à écrire un nouveau livre. » Elle qui mène toutes ses carrières de front a publié son premier ouvrage, Un bref instant

RENCONTRES DU 3e TYPE Les personnages de ses œuvres sont souvent de grands angoissés. L’original et revigorant Kajillionaire pointe avec un humour caustique comment un couple rongé par le capitalisme, qui multiplie les combines foireuses et redoute qu’advienne un séisme apocalyptique à L.A., a traumatisé sa fille, Old Dolio, prénommée ainsi en hommage à leur idole, un vieux SDF qui a fait fortune. Celle-ci est incapable de supporter le contact physique. La route semée d’arnaques de la curieuse famille croise celle d’une belle inconnue enjouée (l’excellente Gina Rodriguez, de la série Jane the Virgin). C’est là que les curseurs d’Old Dolio – une Evan Rachel Wood aux cheveux interminables et aux fringues extralarges lui donnant l’allure du cousin Machin de La Famille Addams – s’affolent : ses perspectives s’ouvrent, c’est peut-être le séisme tant attendu. On sent aussi chez Miranda July une certaine anxiété face au monde, mêlée d’une irrésistible envie d’y expérimenter plein de choses. Alors que sa réserve suggère un caractère timide, elle nous affirme que ses proches la décriraient plutôt comme intense. « Je suis à l’aise devant mille personnes ou une seule, mais pas trop entre ces deux échelles. » Sa vie d’artiste a d’ailleurs démarré sur un tête-à-tête extraordinaire : au lycée, pendant deux ans, elle a entretenu une correspondance avec un détenu écroué pour meurtre. « C’est devenu émotionnellement trop écrasant, ce qui m’a poussé à en faire une pièce de théâtre et à trouver quelqu’un pour jouer mon rôle. » Sa vocation s’est tracée naturellement : élevée dans la banlieue de San Francisco par des

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parents écrivains, elle déménage à Portland dans la vingtaine et s’imprègne de la scène Riot Grrrl, légendaire mouvement féministe radical qui prône le do it yourself. Vivant de petits boulots difficiles, comme serveuse ou stripteaseuse, elle fait des courts métrages, des performances, lance un fanzine, un groupe punk exclusivement féminin, mais aussi un concept inédit, baptisé Joanie 4 Jackie : des compilations de films courts de réalisatrices envoyées par la poste aux abonnés pour pallier à l’invisibilité des femmes cinéastes et créer un réseau. « J’ai fait ça pendant dix ans, jusqu’à mon premier long. J’étais immergée depuis si longtemps dans les films faits par des femmes que c’est seulement quand j’ai fait mon deuxième film, The Future, que j’ai déchanté : je me suis soudain rendue compte à quel point j’étais seule. Je n’avais pas réglé le problème à plus grande échelle. »

MISE EN RÉSEAU Au fil des ans, elle a heureusement vu la situation évoluer. « J’ai maintenant des amies proches qui sont réalisatrices et avec qui je peux parler boulot, comme Lena Dunham. Pour moi, ça change tout. » Elle rappelle aussi l’importance de la révolution #MeToo. « Lors de mes premières performances, quand je parlais de vécus féminins, des membres du public m’interpellaient, me criaient dessus parfois. Même s’il y a des gens qui cherchent maintenant à être perçus comme respectueux sans l’être profondément, ça me va. Je me sens quand même plus en sécurité, car certains comportements ne sont plus acceptés. » Grande exploratrice des notions d’intimité et de limites sociales, Miranda July s’intéresse aussi de près à la manière dont les relations humaines sont influencées par l’évolution des technologies. Notamment dans Moi, toi…, dans lequel un enfant noue anonymement, par chat, un lien intime troublant avec une adulte. Ou en 2014, quand elle a créé une application éphémère, Somebody, qui permettait aux utilisateurs de rédiger des messages et de les faire délivrer oralement par un autre usager situé à proximité du destinataire, redonnant littéralement corps à la communication virtuelle. « On a fabriqué toutes ces technologies, donc il y a forcément de nous


« Kajillionaire » <----- Cinéma

MÉTAL & DESIGN dedans, analyse l’artiste. Elles facilitent certaines connexions, mais nous déconnectent aussi de nous-même. » Loin de condamner la communication virtuelle, l’ensemble de l’œuvre de Miranda July semble tout de même plaider pour une reconnexion physique entre les êtres. Comme un remède miraculeux pour guérir des traumas dus à la violence du monde moderne.

Le Mobilier national s’expose à la tour Eiffel. du

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TIMÉ ZOPPÉ

LES PEINTRES ET LES VOIX DE L’AU-DELÀ

Trois œuvres Learning to Love You More : Entre 2002 et 2009, 8 000 inconnus ont répondu à des « missions » (« Écrivez le coup de téléphone que vous aimeriez recevoir », « Enregistrez le son qui vous garde éveillé(e) »…) données par Miranda July et l’artiste Harrell Fletcher. Les œuvres (vidéos, photos, textes) envoyées sont visibles en ligne.   We Think Alone : Elle crée cette newsletter en 2013. Au fil des vingt semaines suivantes, les inscrits reçoivent d’anciens mails de personnalités comme Kirsten Dunst ou Lena Dunham, isolés de l’échange originel. En résulte un étrange sentiment d’intimité avec celles-ci, alors que le sens de leurs messages nous échappe.   New Society : Dans cette performance, créée en mars 2015 à San Francisco, Miranda July invite le public à participer à la création d’une société nouvelle, hymne et drapeau compris, dans un récit qui s’étale sur vingt ans. Elle demande aux participants de ne pas dévoiler les détails du show pour que les spectateurs suivants aient aussi l’effet de surprise.

Victor Simon, La Toile judéo-chrétienne (détail), 1937, huile sur toile, 194,5 x 298 cm LaM, Inv.: 2019.4.1, Photo : © Nicolas Dewitte / LaM

DE MIRANDA JULY

#MuseeMaillol

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septembre

Tour Eiffel

1er étage du monument

Table de réunion circulaire réalisée par Inga Sempé à l’Atelier de Recherche et de Création du Mobilier national en 2017. Photographie : ©Isabelle Bideau - DA ©Camille Gasser

ESPRIT ES-TU LÀ ?

Kajillionaire de Miranda July, Apollo Films (1 h 45), sortie le 30 septembre

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ON AIME BEAUCOUP ET VOUS ? PARTENAIRE

DU 23/09/20 AU 17/01/21 PARIS, MUSÉE DU LUXEMBOURG

MAN RAY ET LA MODE Explorant pour la première fois l’œuvre de Man Ray sous l’angle de la mode, l’exposition met en lumière ses travaux réalisés pour les plus grands couturiers – Poiret, Schiaparelli, Chanel – et les plus grandes revues – Vogue, Vanity Fair et Harper’s Bazaar. Alors que la photographie de mode balbutie encore, Man Ray développe dès 1921 une esthétique nouvelle et moderne, faite d’inventivité technique, de liberté et d’humour.

PARTENAIRE

CINÉ-CONCERT

À PARTIR DU 03/10 EN TOURNÉE

DU 23 AU 25/10 DÔME DE PARIS - PARIS

GREASE L’ORIGINAL

DISNEY EN CONCERT

La tournée événement pour la première fois en France * Chansons : En Anglais * Textes : en Français

PROLONGATION

JUSQU’AU 02/11/20 PARIS, GRAND PALAIS

POMPÉI Un parcours immersif plonge le visiteur au cœur de Pompéi, du temps de sa splendeur et pendant la tragédie de sa destruction, par des projections 360° en très haute définition, des reconstitutions en 3D et des créations sonores. Il s’achève par la présentation des différentes fouilles, de l’origine aux plus récentes.

Pour la première fois en tournée dans toute la France, la magie Disney fait escale dans les plus grandes salles de spectacle de France avec près de 30 représentations exceptionnelles de « Disney en concert - Magical Music from the Movies ».

CINÉ-CONCERT

14/04/2021 LA SEINE MUSICALE, BOULOGNE BILLANCOURT

JOKER LIVE IN CONCERT La musique composée par Hildur Guðnadóttir (Oscar, Golden Globe et BAFTA de la meilleure musique de film), à la fois hantée et majestueuse, est essentielle au voyage émotionnel d’Arthur Fleck, le personnage qu’incarne Joaquin Phoenix, tout au long du film.

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Sorties du 16 septembre au 7 octobre <---- Cinéma

LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT SORTIE LE 16 SEPTEMBRE

DES FILMS DU MOIS

LA FEMME QUI S’EST ENFUIE SORTIE LE 30 SEPTEMBRE

Nouvelle variation de Hong Sang-soo sur les dysfonctionnements de la conversation, cette virée champêtre d’une femme mariée permet au cinéaste sud-coréen de brocarder une certaine toxicité masculine. Profitant du départ de son mari en voyage d’affaires, Gamhee (Kim Min-hee) rend successivement visite à trois anciennes amies. Occasion pour elle de s’accorder une pause et de discuter avec ces vieilles connaissances à qui elle confie que c’est la première fois depuis cinq ans qu’elle passe du temps loin de son époux. Toujours friand d’excursions dans la campagne coréenne et de séquences de repas, Hong Sang-soo se penche – pour son vingt-quatrième film en vingt-quatre ans – sur la création de liens de solidarité entre des femmes aux expériences variées (l’une vient de divorcer, l’autre a emménagé dans un nouveau quartier, la troisième vit dans l’angoisse d’une faute passée). Derrière l’apparente trivialité des discussions, le cinéaste dépeint à merveille un monde dont les habitants s’observent constamment et où les camé-

ras de surveillance sont omniprésentes. Intéressé par les dispositifs de reproduction, le cinéaste s’amuse à répéter à trois reprises le même motif consistant à faire soudain s’immiscer un homme qui interrompt longuement le fil d’une conversation entre femmes. Qu’il s’agisse d’un débat sur l’alimentation des chats ou d’une brutale dispute sentimentale, le procédé ridiculise ces hommes quelque peu indélicats. L’échec de ces figures masculines à imposer leur pensée rend ainsi le point de vue de Hong Sang-soo (récompensé à Berlin pour sa mise en scène) très limpide : si chaque femme est ici confrontée à une forme d’oppression, le film esquisse avec délicatesse les conditions de leur libération. La femme qui s’est enfuie de Hong Sang-soo, Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 17), sortie le 30 septembre

DAMIEN LEBLANC

Fresque contemporaine qui entrecroise plusieurs histoires sentimentales, le dixième film d’Emmanuel Mouret fait des désirs contradictoires de ses personna­ges la matière d’un fougueux conte philosophique. Jeune femme enceinte, Daphné (Camélia Jordana) se retrouve seule à la campagne pendant quatre jours avec Maxime (Niels Schneider), le cousin de son compagnon, ce dernier ayant dû s’absenter. Les deux inconnus vont se raconter leurs histoires d’amour présentes et passées d’où émergent de nombreux protagonistes aux passions contrastées. Après Mademoiselle de Joncquières, Emmanuel Mouret s’intéresse de nouveau aux inconstances du cœur, mais au film en costumes adapté de Diderot succède une intrigue située dans un cadre contemporain qui multiplie les allers-retours temporels et les personnages. Le cinéaste se révèle particulièrement à l’aise dans cette construction romanesque où la parole dévoile toujours des doubles fonds et des passions contradictoires. Au cœur d’un cocon esthétique rythmé par les musiques de Mozart, Purcell ou Tchaïkovski,

les conflits intérieurs se révèlent en effet souvent cruels, et la quête du bonheur amoureux s’accompagne parfois de vertigineuses déceptions et manipulations… Le savoureux casting donne chair à cette foule sentimentale agitée par diverses impulsions corporelles : l’intensité renfermée de Niels Schneider, les aspirations libératrices de Camélia Jordana, la colère cachée d’Émilie Dequenne, la trompeuse maturité de Vincent Macaigne ou la sympathie ambivalente de Guillaume Gouix forment autant de tempêtes intimes sublimées par la mise en scène. Si l’usage des mots croyait pouvoir dispenser les protagonistes de tourments trop vifs, cette imbrication des désirs finit par faire surgir une émotion débordante qui déjoue magistralement les attentes et les conventions. Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret, Pyramide (2 h 02), sortie le 16 septembre

DAMIEN LEBLANC

Trois questions À EMMANUEL MOURET C’est votre film le plus long. Et le plus ambitieux, narrativement ? Il y avait en tout cas l’idée de mettre en œuvre beaucoup de récits qui convergent vers une seule fin. Je voulais quelque chose d’« hyper narratif », avec une structure ludique. Et il s’est avéré que ce qui est ludique au cinéma est aussi ce qui est complexe. Parlez-nous de votre utilisation de la musique classique pour la B.O. La diversité des compositeurs me semble correspondre à la variété des intrigues. Et on finit par du Chopin, ce qui

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correspond bien au titre du film, qui n’est pas à prononcer de façon moralisante. C’est même tout l’inverse : une tendre indulgence à l’égard de notre inconstance… Avez-vous l’ambition de faire un cinéma atemporel ? On parle souvent du cinéma comme d’une radioscopie de l’actualité, mais ce qui nous intéresse dans la cinéphilie est aussi la rencontre entre l’actuel et l’inactuel. C’est ce qui me plaît chez un Lubitsch. Et je voulais débarrasser le film d’éléments trop contemporains pouvant parasiter l’imaginaire du public.

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Cinéma -----> Sorties du 16 septembre au 7 octobre

FIN DE SIÈCLE SORTIE LE 23 SEPTEMBRE

Un film de JEAN-PIERRE LLEDO

D’une idylle presque ordinaire, Lucio Castro tire une réflexion métaphysique mais apaisée sur la façon dont l’amour se joue du temps et des souvenirs. Un objet aussi mystérieux que charmant. Ocho, Argentin vivant à New York, passe quelques jours à Barcelone où il profite de la solitude que lui permet son récent célibat. Il passe la nuit avec Javi, Espagnol vivant à Berlin. Autour d’un verre, les deux amants évoquent une impression de déjà-vu, rapidement confirmée par un flash-back en forme de souvenir commun : vingt ans plus tôt, ils se sont effectivement croisés, lorsque Javi était encore en couple avec une amie d’Ocho. C’est là que survient le premier basculement de Fin de siècle, dans ce long retour en arrière joué par les mêmes acteurs que précédemment, sans qu’aucun artifice ne tente de les rajeunir. Quand l’Argentin Lucio Castro, dont c’est le premier long métrage, nous fait soudain entrevoir l’hypo-

thétique futur commun des deux hommes, c’est le coup de grâce. Fantasmes, projections ou réalité ? Le cinéaste nous laisse juge, dynamitant la linéarité initiale de l’ensemble pour semer un trouble exponentiel. Se jouant de l’espace-temps avec un minimalisme qui force le respect, il livre un traité fulgurant sur l’amour absolu, celui qui sait se faire aussi fort au premier regard qu’après des années de relation. Mêlant le durable et l’éphémère, l’éternel et le périssable, Fin de siècle tient presque autant de Week-end, beau récit d’une brève rencontre signé Andrew Haigh, que de The Fountain de Darren Aronofsky. À ceci près qu’il garde toujours un pied dans le réel, montrant les corps dans toute leur vigueur sans jamais détourner les yeux du spectre du VIH. Fin de siècle de Lucio Castro, Optimale (1 h 24), sortie le 23 septembre

CRÉDITS NON-CONTRACTUELS

AU CINÉMA À PARTIR DU 7 OCTOBRE

Trois escales À BARCELONE Profession : reporter de Michelangelo Antonioni (1975) Laissé pour mort au Tchad, un journaliste débarque à Barcelone. Au palais Güell, il croise une apprentie architecte, qui le suivra jusqu’au bout.

Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (1999) Les déchirantes retrouvailles d’une infirmière madrilène et d’un prostitué local, peu après la mort d’un fils dont elle lui avait caché l’existence.

THOMAS MESSIAS

L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002) Un étudiant profite du programme Erasmus pour sillonner la ville, faire des rencontres et découvrir qu’il ne veut pas bosser dans la finance.

SORTIE LE 23 SEPTEMBRE

Entre deux saisons de Dix pour cent, Marc Fitoussi nous gratifie d’une satire de la bourgeoisie en forme de revenge movie au parfum chabrolien, tout en élégance et en ruptures de tons. En adaptant un roman suédois, le réalisateur de La Ritournelle ne perd pas de vue ses thèmes de prédilection : la mécanique du couple, la réussite et ses compromissions, et les héroïnes qui mènent l’enquête. Cette fois, la détective amatrice Ève (Karine Viard) doute de la fidélité de son mari, Henri (Benjamin Biolay), un chef d’orchestre qui semble avoir cédé aux charmes de l’institutrice de leur fils. Cette banale histoire d’adultère se mue dès lors en thriller vengeur, pimenté de satire sociale. Car le vertige d’Ève n’est pas qu’amoureux :

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elle craint autant la tromperie d’Henri que le risque d’excommunication d’une bulle dorée à laquelle, origines modestes obligent, elle n’appartient qu’à moitié. C’est là que s’épanouit la fibre chabrolienne du film, qui brocarde avec gourmandise l’hypocrisie d’une bourgeoisie prête à tout pour maintenir le vernis des apparences. À la province française, chère à Chabrol, Fitoussi préfère Vienne et sa très snob communauté d’expatriés, croquée ici avec une savoureuse cruauté. Dans ce festival de coups bas, seule Ève saura générer quelque tendresse : la prestation de Karin Viard, aussi électrisante que jadis Katharine Hepburn dans une comédie du remariage, n’y est pas pour rien.

Les Apparences de Marc Fitoussi, (SND, 1 h 50), sortie le 23 septembre

ÉRIC VERNAY

LES APPARENCES


Cinéma -----> Sorties du 16 septembre au 7 octobre

YALDA LA NUIT DU PARDON

Un condensé de la société iranienne où la tradition flirte avec les talk-shows racoleurs.

SORTIE LE 7 OCTOBRE

HONEYLAND SORTIE LE 16 SEPTEMBRE

S’il suffisait d’un pardon, prononcé en direct à la télévision, pour qu’un condamné à mort échappe à sa peine ? À partir de cette trame empruntée à de vraies émissions de télé-réalité iraniennes, Massoud Bakhshi signe un huis clos satirique, leçon de cinéma doublée d’une radiographie politique de haut vol. En application de la loi du talion prévue par la charia (loi islamique) en vigueur en Iran, Maryam, déclarée coupable du meurtre de son vieux mari, va être exécutée – sauf si la fille du défunt lui accorde son pardon. Dans l’asphyxie d’un plateau de télévision transformé pour l’occasion en tribunal, Massoud Bakhshi rassemble un condensé de la société iranienne contemporaine dans lequel les mères conservatrices cô­toient les femmes indépendantes et la tradition flirte avec les talk-shows racoleurs à l’américaine. Imaginant le résultat de cette mutation culturelle dans un film de procès parasité par les perversions de la télé-­réalité – ou est-ce l’inverse ? –, le cinéaste ordonne un ballet qui se joue aussi en coulisses. De ce point de vue privilégié, il capte le désespoir des familles en même temps que l’avidité des producteurs, avant tout soucieux de l’audience, qui tirent les ficelles d’un récit dans le récit porté par deux femmes fortes,

interprétées avec un rare aplomb par Sadaf Asgari et Behnaz Jafari – qui brillait dans Trois visages (Jafar Panahi, 2018)  –, sans cesse renvoyées à leur supposée infériorité et livrées au voyeurisme morbide des télé­ spectateurs. Plutôt que de vouloir donner raison à l’une ou l’autre des protagonistes, le cinéaste s’intéresse, par l’entremise du fait divers, à l’asservissement des pauvres, au pouvoir de l’argent et à l’injonction au mariage qui l’accompagne, pour les jeunes filles modestes. Surtout, son écriture ciselée interroge la légitimité du ressentiment et des émotions s’agissant du jugement d’un crime – d’autant plus lorsqu’il est mé­ diatisé –, nous plaçant ingénieusement de l’autre côté de l’écran (de télévision), soumis à une tension doublement fabriquée par le film et par les artifices de l’émission. Pour autant, la lumière inattendue qui en émerge vient précisément de ce pouvoir d’absolution accordé au pardon – un pouvoir totalement ignoré de l’Occident  –, allant jusqu’à retirer, en apaisant le désir de vengeance, un peu de l’irréversibilité d’une décision de justice. C’est qu’en redonnant de sa magie salvatrice à un mot qui l’avait perdue chez nous, Yalda. La nuit du pardon nous renvoie finalement à notre propre intégrité. Yalda. La nuit du pardon de Massoud Bakhshi, Pyramide (1 h 29), sortie le 7 octobre

DAVID EZAN

Trônant sur des hauteurs désertiques, Hatidze a des allures de reine mère. 38

Nommé pour l’Oscar du meilleur documentaire cette année et récompensé au festival de Sundance 2019, ce portrait d’une femme qui murmure à ses abeilles illustre à merveille les ravages du capitalisme. À Bekirlijia, village extrêmement reculé du nord de la Macédoine, Hatidze récolte le miel de façon traditionnelle. Sa technique, bien rodée et héritée de plusieurs générations d’apiculteurs, consiste à ne prendre aux abeilles que la moitié de leur production. Quand elle ne s’adonne pas à cette passion, la souriante Hatidze, célibataire et sans enfant, s’occupe de sa vieille mère grabataire. Les saisons passent paisiblement, jusqu’à l’arrivée d’une famille venue perturber cet équilibre doux… Il se dégage quelque chose de merveilleux dans ce documentaire signé par les cinéastes macédoniens Ljubomir Stefanov et Tamara Kotevska. La présence lumineuse de Hatidze y est pour beaucoup. Trônant sur des hauteurs montagneuses désertiques, celle-ci a des allures de reine mère qui veille au bon fonctionnement de cet écosystème et communique en toute intimité avec son essaim d’abeilles par un langage crypté, secret, inaccessible. La simplicité des images renforce paradoxalement ce côté extraordinaire : sans avoir recours à l’artificialité, et en absorbant la lumière naturelle de leurs

no 179 – septembre 2020

majestueux décors, Stefanov et Kotevska captent l’aura particulière qui les entoure. Extérieur jour : les vues panoramiques vertigineuses de Bekirlijia. Intérieur nuit : l’antre étrange de Hatidze et sa mère, éclairée à la bougie, comme dans un récit gothique. Mais ce qui se joue fondamentalement ici, c’est l’opposition entre deux visions du monde. Car le documentaire, fruit d’un long travail d’observation et d’un tournage étalé sur trois ans, explore avant tout la façon dont le venin du capitalisme s’injecte dans cette microsociété épargnée par l’industrialisation massive. En flairant l’apport pécuniaire qu’il peut tirer de la récolte du miel, Hussein, le patriarche de la famille qui s’est installée dans le village, saccage tout l’harmonieux système mis en œuvre par Hatidze et ses ancêtres, allant même jusqu’à reproduire avec ses enfants les mécanismes du travail à la chaîne (chacun doit, à son poste, accomplir une tâche le plus vite possible). Conséquence du dérèglement ainsi provoqué, la fuite (voire la mort) des abeilles, personnages à part entière du film, noue l’estomac. À l’heure où celles-ci sont menacées d’extinction en Europe, ce beau documentaire à la lisière de la fable se révèle on ne peut plus pertinent. Honeyland de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov, KMBO (1 h 26), sortie le 16 septembre

JOSÉPHINE LEROY


Sorties du 16 septembre au 7 octobre <---- Cinéma

BILLIE

KIM MINHEE

présente

SORTIE LE 30 SEPTEMBRE

UN FILM DE

HONG SANGSOO

« Encore une petite merveille » TÉLÉRAMA

Le documentariste britannique James Erskine (American Masters, The Battle of the Sexes) raconte Billie Holiday en reprenant l’histoire et l’enquête d’une journaliste dont le destin s’est tragiquement et mystérieusement lié à celui de la chanteuse. À partir d’archives sonores et photographiques recelant de nombreux secrets, il livre un documentaire entêtant. De sa voix éraillée, sensuelle et canaille, la grande Billie Holiday aura chanté jusqu’à épuisement l’amour et le désarroi. Si on retient souvent de cette immense figure du jazz les chapitres sulfureux de son existence (son enfance écorchée dans les quartiers chauds de Baltimore, sa toxicomanie, sa vie sen-

timentale agitée…), ce documentaire hypnotique met l’accent sur son talent fou, sans toutefois faire l’impasse sur ces événements personnels structurants. L’originalité du film, double épopée américaine traversée de noirceur, est de puiser dans une autre histoire, méconnue mais fascinante. Au début des années 1970, la journaliste américaine Linda Kuehl a entrepris un travail colossal de recherche sur la chanteuse, disparue en 1959, en vue d’écrire sa biographie. Entre 1971 et 1972, la reporter est partie sur les traces des personnes qui ont côtoyé Billie Holiday. Des chanteurs et musiciens (Count Basie, Sarah Vaughan, Charles Mingus, Tony Bennett…), des amis d’école, des avocats, mais aussi des agents du FBI qui l’a maintes fois traquée et arrêtée. À la fin de son éreintant voyage, Linda Kuehl a réuni plus de deux cents heures d’interviews, encapsulées dans des cassettes que la journaliste n’utilisera jamais. En 1978, son corps est retrouvé dans une rue de Washington, D.C. La police bâcle l’enquête et conclut à un suicide, mais le documentaire soulève d’autres pistes… Après de minutieuses investigations, James Erskine a donc retrouvé, trié et réutilisé les cassettes

oubliées, et s’est échiné, avec l’artiste brésilienne Marina Amaral, à coloriser un important corpus d’images en noir et blanc de Billie Holiday (matière visuelle principale du film). D’une troublante beauté, son documentaire aux contours sinueux redonne vie à ces deux femmes que beaucoup de choses séparent (l’époque, le milieu d’origine…) mais qui sont animées par une même pulsation. Depuis les fins fonds de cette mémoire éclatée, reconstituée comme par magie sur un grand écran noir, rien ne semble pouvoir éteindre leur flamme.

« Limpide, lumineux, drôle » LIBÉRATION

Billie de James Erskine, L’Atelier (1 h 32), sortie le 30 septembre

JOSÉPHINE LEROY

Trois questions À JAMES ERSKINE Pourquoi avoir choisi de raconter deux histoires en parallèle ? Je voulais faire un portrait de Billie Holiday qui soit authentique. Je me suis lancé dans une enquête qui m’a mené à Linda. J’ai été frappé par la symétrie du parcours de ces deux femmes, leur façon d’essayer d’exprimer leurs propres vérités. L’atmosphère rappelle parfois celle de vieux films noirs. C’est celle des night-clubs des

années 1930 à 1950. Une époque où tout se murmurait à l’arrière des bars, où le FBI surveillait tout. Je voulais recréer ça sans enfermer Billie dans le passé. Sa vie n’était pas en noir et blanc, mais en Technicolor. Le rendu esthétique est impressionnant. Racontez-nous le processus de colorisation. C’était un vrai défi : on sélectionnait les images à Londres, avant de les envoyer au Brésil à Marina

qui constituait un lookbook qui était ensuite envoyé à Mumbai, pour le travail de composition, puis à Londres pour les intégrer au montage et enfin dans notre laboratoire en Belgique pour harmoniser l’étalonnage couleur général du film. On a voulu rendre Billie vivante à l’écran.

septembre 2020 – no 179

EN SALLE LE 30 SEPTEMBRE

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Cinéma -----> Sorties du 16 septembre au 7 octobre

ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES SORTIE LE 16 SEPTEMBRE

Trois questions

© Julien Panié

À CAROLINE VIGNAL

Comment est né le film ? Il est inspiré du voyage dans les Cévennes que j’ai fait il y a dix ans et qui a été un choc. À l’époque, je n’étais pas dans l’optique de réaliser à nouveau. Quand j’ai été prête, c’est ce qui s’est imposé à moi. J’ai travaillé comme scénariste entre-temps, mais le désir de ce film était un vrai désir de cinéma. Quand je me suis demandé quelle histoire raconter pour filmer ces lieux, j’ai pris le livre de Stevenson. Il m’a servi de canevas. C’était une évidence de raconter cette histoire d’un point de vue féminin ? Oui, je ne me suis même pas posé la question. J’ai mis dans un shaker le livre de Stevenson et Le Rayon vert d’Éric Rohmer, film fétiche. J’écris toujours à la première personne, même quand ça n’est pas autobiographique. D’autres personnages féminins ou comédiennes ont-ils nourri l’écriture du film ? Je ne pense jamais à des acteurs ou actrices en écrivant. Je ne visualise pas les personnages, je les écris de l’intérieur. Ce sont plus des genres, des films qui m’inspirent. J’ai pensé, par exemple, à Blanche-Neige, à La Revanche d’une blonde, à Stromboli… Ce qui m’a beaucoup amusée avec le livre, c’est que l’histoire entre Stevenson et son ânesse c’est celle des comédies romantiques et des buddy movies. Par moments, je me disais : Patrick, c’est Jack Lemmon dans La Garçonnière.

40

La géniale Laure Calamy trouve enfin un premier rôle à sa mesure dans cette comédie d’émancipation d’une grande drôlerie, signée Caroline Vignal (Les Autres Filles, sorti en l’an 2000). L’actrice y campe une randonneuse en pleine crise existentielle, accompagnée d’un âne bougon nommé Patrick. Vingt ans que l’on n’avait pas de nouvelles de Caroline Vignal. Tout juste vingt ans depuis Les Autres Filles, beau premier long métrage et coming-of-age movie capillaire (la petite Solange y était apprentie coiffeuse) dans lequel la cinéaste capturait avec une grande justesse les courants contraires de l’adolescence. Aujourd’hui, la nouvelle héroïne de Vignal – qui s’est, durant ces années, éloignée de la réalisation mais jamais de l’écriture, notamment pour la radio et à la télévision – est une adulte. Mais elle est, elle aussi, au tournant de quelque chose. Apprenant que son amant, et père de l’une de ses élèves de primaire, est obligé d’annuler leur projet de vacances à deux pour partir en famille vers les hauteurs des Cévennes, Antoinette décide de le suivre. Le plan a tout d’une conspiration machiavélique, mais l’amoureuse ne traverse pas la France pour se venger ; simplement son cœur, volontairement incontrôlé, l’y pousse. Pas de temps pour les ruminations : en un plan, la voici propulsée de sa salle de classe au grand air de la montagne. Dès

ses premiers instants, après une séquence d’ouverture musicale drôle et tendre (alliage qui vaut ici comme valeur morale d’un long métrage jamais ricanant), le film annonce qu’il ne sera pas cette comédie d’adultère vaudevillesque que ses apparences légères prédisaient. Maître dans l’art du décalage, du pas de côté, il ne cesse de se dérober subtilement à son programme (la question de l’amant est vite évacuée), tout en épousant les codes et les motifs de la comédie américaine (cachotteries, succession de gags et rires francs). Il en va de même pour son actrice, géniale Laure Calamy que l’on retrouve enfin au premier plan d’un film qui sait la regarder avec la mémoire de ce qu’elle a beaucoup été au cinéma (Un monde sans femme, Ava, Sibyl…) et à la télé (la série Dix pour cent) – jeune adulte un peu paumée, amoureuse éconduite, excentrique gentille ou énervée – sans jamais la réduire à un ersatz rigolo. On la retrouve comme on la connaît, avec l’émotion particulière des retrouvailles, mais aussi avec une profondeur et une émotion nouvelle. Elle est de tous les plans, triste ou gaie, travestie, le temps de cette farfelue manigance, en apprentie randonneuse accompagnée d’un âne désobéissant nommé Patrick (ça ne s’invente pas).

MONDE RÊVÉ De cette cohabitation d’abord houleuse puis extrêmement affectueuse avec l’animal (elle est là, la grande histoire d’amour), le film de Caroline Vignal tire quelques-uns de ses plus savoureux moments, entre pétage de câble, thérapie (c’est une fois qu’elle confesse à Patrick l’histoire de sa vie que celui-ci accepte de marcher) et moments

no 179 – septembre 2020

d’extases nés de la contemplation des paysages. Imprégné du Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson, où la marche se fait quête de soi et devient le remède aux déchirures du cœur, le film se défait, en cours de route, de son attirail comique pour s’abandonner à cet horizon métaphysique. Antoinette, elle aussi, mue. D’incongrue poétique du village (dans les Cévennes, son histoire est sue de tous et se chuchote à l’oreille comme une légende), la voilà devenue, le temps d’un plan de nuit la montrant perchée sur son âne, reine d’un royaume hédoniste. Car c’est aussi un monde rêvé, presque fantastique (une nuit onirique passée dans les bois), avec son lot d’âmes bienveillantes (sage Marie Rivière revenue de son Rayon vert), qui finit par apparaître à nos yeux, un monde qui balaye l’ancien (celui de la possession de l’état amoureux) pour s’ouvrir à un nouvel érotisme, aux traits changeants, ceux d’un gentil motard, d’une belle cow-girl ou d’un jeune garçon timide et souriant. Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal Diaphana (1 h 35), sortie le 16 septembre

MARILOU DUPONCHEL


“MAGIQUE ET HALETANT.” LES INROCKS

PAULA BEER FRANZ ROGOWSKI

Un film de CHRISTIAN PETZOLD

UN AMOUR, À LA VIE À LA MORT.

Les Films du Losange

ARTWORK: PROPAGANDA B

AU CINÉMA LE 23 SEPTEMBRE


Cinéma -----> Sorties du 16 septembre au 7 octobre

Éléonore

d’Amro Hamzawi, ARP Sélection (1 h 25)

Fin de siècle Optimale (1 h 24)

lire la critique complète p. 36

rd

Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg

Potemkine Films (1 h 52) lire p. 8

zh

Honeyland

de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov

KMBO (1 h 26) lire la critique complète p. 38

vc

Ce documentaire musical suit les traces du premier groupe afro-cubain de l’histoire, Las Maravillas de Mali, de leur arrivée à La Havane en 1964 à aujourd’hui.

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait

d’Emmanuel Mouret Pyramide (2 h 02) lire la critique complète p. 35

3r 42

no

pom

de Hong Sang-soo

Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 17) lire la critique complète p. 35

qd

François Bégaudeau rend visite à des individus en rupture avec les us et coutumes dominants, qui témoignent face caméra de leur mode de vie alternatif.

Pierre Cardin

de P. David Ebersole et Todd Hughes L’Atelier (1 h 35)

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Sing Me a Song de Thomas Balmès Nour Films (1 h 35)

Le troisième volet de la Love Trilogy de Yaron Shani (après Chained et Beloved) aborde, avec un style naturaliste et intense, la relation entre une jeune romancière et un ado renfermé.

Metropolitan FilmExport (1 h 38)

d4

onl

Les héros ne meurent jamais

d’Aude Léa Rapin Le Pacte (1 h 25)

pd Mon cousin de Jan Kounen Pathé (1 h 44)

cq4

de Miranda July

de Yaron Shani

Apollo Films (1 h 45)

Art House (1 h 59)

lire la critique complète p. 32

dl no 179 – septembre 2020

de François Bégaudeau Urban (1 h 52)

Kajillionaire

Stripped

5v

Autonomes

lire p. 10

r

de Roger Michell

lire p. 12

L’Atelier (1 h 32) lire la critique complète p. 39

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Blackbird

Septième Factory (1 h 14)

de James Erskine

Les Films du Losange (1 h 30)

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de Gints Zilbalodis

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Billie

de Christian Petzold

lire la critique complète p. 36

Ailleurs

Condor (1 h 30)

La Femme qui s’est enfuie

Thomas Balmès fait le portrait d’un Bhoutan en pleine modernisation technologique, à travers l’histoire d’un moine bouddhiste tombant amoureux d’une chanteuse sur WeChat.

Cet intense huis clos raconte les derniers jours d’une femme mourante (Susan Sarandon) qui décide de réunir ses proches lors d’un week-end fort en émotions.

de Keren Ben Rafael

Ondine

SND, (1 h 50)

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vn r

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Christian Petzold retrouve Paula Beer pour cette romance aux accents mythologiques sur une historienne berlinoise qui tombe amoureuse après une rupture.

de Marc Fitoussi

New Story (1 h 18)

lire la critique complète p. 40

lire p. 16 à p. 22

Les Apparences

de Richard Minier et Édouard Salier

de Caroline Vignal Diaphana (1 h 35)

UFO / Potemkine Films (50 min)

Apollo Films (1 h 36)

23

À coeur battant

de Gaspar Noé

d’Antoine de Maximy

Africa Mia

Antoinette dans les Cévennes

Lux Æterna

J’irai mourir dans les Carpates

SEPTEMBRE

SEPTEMBRE

16

Keren Ben Rafael nous immerge dans l’agonie d’un couple fusionnel confronté à une séparation qui entame une relation par écrans interposés

de Lucio Castro

Semaines du 16 septembre au 7 octobre 2020 Dans ce faux documentaire, Antoine de Maximy, célèbre présentateur et globe-trotteur de l’émission J’irai dormir chez vous, met en scène sa propre disparition pour livrer une malicieuse parodie de thriller.

c

30

SEPTEMBRE

CALENDRIER DES SORTIES DU MOIS

Dans cette comédie existentielle dirigée par son frère, Nora Hamzawi campe une écrivaine balbutiante reconvertie en assistante d’un éditeur de romances érotiques.

cj4


Sorties du 16 septembre au 7 octobre <---- Cinéma Dans ce premier volet d’une fresque en quatre parties sur l’identité, le cinéaste retourne sur les traces de sa famille juive algérienne en compagnie de sa fille.

L’Ordre moral de Mario Barroso Alfama Films (1 h 41)

id

À travers l’histoire vraie du dessinateur et combattant antifranquiste Josep Bartolí, Aurel livre un film d’animation engagé et sensible.

– Partie 1 : Kippour

de Jean-Pierre Lledo Nour Films (2 h 20)

o vb

Sophie Dulac (1 h 20)

5lv

Maternal

de Maura Delpero

Jour2fête (1 h 26)

comédie

action

drame

romance

sci-fi

comédie dramatique

thriller

guerre

fantastique

aventure

horreur

animation

historique

documentaire

catastrophe

famille

biopic

policier/enquête

super-héros

espionnage

LOUIS

DE FUNÈS

L’EXPOSITION

de Patty Jenkins

Warner Bros. (2 h 31)

d2

Chien Pourri. La vie à Paris ! de Davy Durand, Vincent Patar et Stéphane Aubier KMBO (1 h) lire p. 12

u fa

07

5k

Une mère et sa fille se rendent dans une maison isolée sur les traces de leur matriarche disparue… Un film d’horreur troublant porté par Emily Mortimer.

Relic

de Natalie Erika James Star Invest Films (1 h 30)

hy

Marcelo Gomes nous immerge au cœur de Toritama, modeste village brésilien et usine à ciel ouvert, pour épingler avec brio une société prisonnière du capitalisme.

We Are Soldiers de Svitlana Smirnova ESC (1 h 01)

og

Pour échapper à la monotonie de la vie dans son village bulgare, une petite fille mythomane invente des histoires… Un drame social teinté d’humour noir.

En attendant le carnaval de Marcelo Gomes JHR Films (1 h 25)

ol

Jalil Lespert, Louise Bourgoin et Mélanie Doutey se donnent la réplique dans cette romance dramatique sur l’adultère et le désir d’enfant.

buddy movie psychologie

musical

luttes sociales

féminisme

comingof-age

et

M 6 14 BERCY

de Svetla Tsotsorkova Tamasa (1 h 37)

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de Massoud Bakhshi

de Raphaël Jacoulot

enfant

BILLETS CINEMATHEQUE.FR

Sister

Yalda. La nuit du pardon

L’Enfant rêvé

technologie

Conception graphique : La Cinémathèque française/Mélanie Roero. Photo : Leonard de Raemy © Sygma Premium.

Wonder Woman 1984

OCTOBRE

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Conception graphique et photo : La Cinémathèque française/Mélanie Roero. Courtesy of Twentieth Century Fox

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de Nicolas Vanier,

VISITERSND (1 h 42) L’EXPOSITION 14

Alba Films (1 h 34)

Memento Films (1 h 29)

lire p. 4 et p. 6

Poly

01.04.2020 > 02.08.2020

Dans ce huis clos subtil, l’Italienne Maura Delpero dépeint la vie quotidienne d’un foyer pour jeunes mères célibataires tenu par des religieuses.

d’Aurel

de David Dufresne

de Tim Hill,

Israël. Le voyage interdit

Josep

Un pays qui se tient sage

Mon grand-père et moi

voyage/road trip

western

Pyramide (1 h 29)

Paname (1 h 47)

lire la critique complète p. 38

d

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ressortie écologie/nature

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Découvrez nos conférences, débats, cinéma clubs à retrouver dans les salles mk2

ERRI DE LUCA “L’écriture est pour moi une manière de me tenir compagnie tout en étant autosuffisant  “

L’entretien du mois Romancier, poète et scénariste italien, Erri De Luca publie Impossible (Gallimard), un récit dans lequel s’affrontent deux générations : celle d’un jeune juge et celle d’un ancien activiste de gauche accusé d’homicide. À l’occasion de cette parution placée sous le signe de la résistance et de la trahison, mk2 Institut reçoit l’auteur au mk2 Bibliothèque du 18 au 20 septembre. Un week-end pour revenir sur ses engagements politiques, son amour des mots et du cinéma en trois entretiens et une projection de film.

Ancien ouvrier communiste, militant écologiste, défenseur des migrants, vous êtes une figure de la lutte politique en Europe. Comment définiriez-vous aujourd’hui votre engagement ? Je ne suis pas une personne engagée, mais un citoyen qui prend parfois des engagements incontournables, embrassant essentiellement des causes collectives et partagées. J’ai appartenu à la génération la plus emprisonnée de l’histoire d’Italie. À l’époque, ces combats ne laissaient pas de place à l’indignation, strictement individuelle et passagère. Je crois que cette forme collective d’engagement m’est restée. Aujourd’hui, elle m’éloigne de certains qui prennent position dans le débat public, mais ne le font qu’à titre personnel et en marge de la société intellectuelle. Dans Impossible, l’accusé est un habitué des excursions dans les Alpes. Alpiniste chevronné, vous partagez avec ce personnage ce goût pour les ascensions en montagne. Que représente-t-elle pour vous ? Elle est l’endroit où je vois comment était le monde sans nous et comment il sera après. Là existe la juste proportion entre l’homme, minuscule et insignifiant, et l’espace. Elle me permet de prendre de la distance. C’est un lieu d’isolement où mon corps exulte.

Peut-on dire la même chose de l’écriture ? En montagne, je reste avant tout un intrus dans un endroit indifférent à ma présence. L’écriture, au contraire, est plutôt pour moi une manière de me tenir compagnie tout en étant autosuffisant : lorsque j’ai une idée, je commence à tisser une histoire. Puis des souvenirs et des images apparaissent. Et le cirque commence : animaux, jongleurs, clowns, éléphants… c’est le spectacle pyrotechnique qui s’allume sur la page. Vous présentez à la rentrée Happy Times, un film réalisé par le réalisateur israélien Michael Mayer en 2019 dont vous êtes le producteur exécutif. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ? La mise en scène de la fragilité de nos vies, l’explosive violence qui se cache lors d’une fête, la compression de notre système nerveux. C’est aussi un film qui, en racontant un dîner de shabbat tournant au drame, évoque le judaïsme. Bien que je n’aie pas d’origine juive, la découverte de l’Ancien Testament à 33 ans a aussi été une rencontre avec la tradition d’un peuple de lecteurs. J’y ai trouvé des liens avec ma langue maternelle, le napolitain.   Vous investissez le septième art depuis plusieurs années, en tant que scénariste puis

en tant que producteur. Qu’est-ce que le cinéma pour vous ? Je crois qu’il s’agit du plus beau cadeau fait à l’humanité au xxe siècle. C’est aussi et surtout un art du collectif. À la fin de chaque séance, je suis toujours enchanté par les génériques mentionnant tous ceux ayant participé au projet. Il y a dans chaque étape de la production d’un film, notamment dans l’écriture du scénario, une humilité éloignée de la fameuse autosuffisance du livre.  Au nom de… Erri De Luca du vendredi 18 au dimanche 20 septembre au mk2 Bibliothèque, détails de la programmation dans l’agenda page 48 Tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi, – 26 ans :9 € | Carte UGC / mk2 illimité acceptée • PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE DUMOULIN

ICI L’INTELLIGENCE N’EST PAS ARTIFICIELLE. mk2 Institut est un espace physique et digital où des artistes, auteurs, chercheurs invitent au débat pour penser ensemble le monde d’aujourd’hui et de demain.

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BIENVENUE CHEZ MK2 INSTITUT. FAITES-VOUS UNE AUTRE IDÉE DU MONDE.

Donner la parole aux artistes, chercheurs, écrivains, ouvrir un espace public où dialoguent disciplines et savoirs, inventer ensemble un monde commun, respecter la complexité du monde, faire confiance à la force créatrice des mots, aux vertus de la transmission, aux voix du passé comme à l’appel du futur, autant d’objectifs pour le lancement cet automne de mk2 Institut.

Se dégager des idéologies, s’engager en une interprétation ouverte du monde et du présent, ouvrir des pistes où s’aventure la pensée, prendre le risque de l’expérience, de l’altérité, telles sont ses exigences. Les événements et conférences proposés par mk2 Institut seront autant de possibilités données à des voix singulières de se déployer dans le temps unique, irremplaçable de la rencontre. Parler devant les autres, avec les autres, c’est parler en son nom propre, entrer dans le temps de l’échange, où rien n’est jamais joué. C’est faire confiance à ce qui se trame et s’éclaire dans l’entredeux du dialogue, dans la force suspensive des questions, dans la provocation créatrice de l’écoute. Entrer en dialogue avec le monde, c’est appeler de nouvelles idées, de nouvelles convictions, adopter de nouvelles positions qui en respectent le dynamisme, en relancent l’énergie. C’est faire

confiance aux savoirs et à leurs possibilités de s’agencer en dispositifs de connaissance qui épousent, mais aussi tracent le cours de l’histoire. C’est porter la langue vers ses puissances de formulation et d’invention, vers sa force émancipatrice. C’est mettre les mots en quête de vérité. C’est permettre au langage de nous rassembler et de nous individuer : être ensemble pour être nous-mêmes. C’est tenter d’être contemporain, s’inscrire dans l’espace imprévisible des événements, dans l’invention politique de nos sociétés, dans l’innovation des sciences et des technologies. C’est redonner à l’intelligence sa capacité exploratoire. C’est faire le récit du temps présent. • GUY WALTER, DIRECTEUR DE LA PROGRAMMATION, MK2 INSTITUT

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Comment lutter contre la pauvreté ? L’immigration représente-t-elle une menace ? Quelles mesures prendre face au réchauffement climatique ? Autant de questions auxquelles Esther Duflo, prix

© Francesca Mantovani

Avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, écrivain reconnu, François Sureau est devenu l’une des grandes voix de la lutte pour les libertés individuelles. Face à la menace terroriste, ou

En quatre conférences, François Sureau nous invite à repenser la liberté, non pas comme un fondement archaï­q ue du vivre ensemble, ni comme un principe optionnel, mais bien comme une valeur cardinale, celle vers laquelle il faut sans cesse tendre et dont il faut toujours réaffirmer l’absolue nécessité démocratique. • J. D.

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lez, quand vous voulez, et qui fera l’objet d’une soirée spéciale fin septembre, au mk2 Bibliothèque. • J. D. dès le mardi 15 septembre, entretien vidéo inédit en accès libre, sur www.mk2institut.com fin septembre, projection de l’entretien suivi d’un débat avec trois économistes au mk2 Bibliothèque tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi, – 26 ans : 9 € | carte UGC / mk2 illimité à présenter en caisse : 9 €

Justice FRANÇOIS SUREAU encore mise à mal par le risque épidémique, la liberté est aujourd’hui confrontée à l’état d’urgence permanent de nos sociétés contemporaines.

À LA

* 7€ et

Économie ESTHER DUFLO Nobel d’économie 2019, répond dans un entretien filmé inédit et gratuit accordé à mk2 Institut. L’objectif de l’ancienne conseillère de Barack Obama : traquer les fausses évidences sur les questions pressantes de notre époque tout en proposant des alternatives concrètes aux politiques actuelles. Éducation, santé, libre-échange, développement… le projet de l’économiste franco-américaine est avant tout de remettre la dignité humaine au centre des mesures gouvernementales pour bâtir un monde plus juste. Un entretien vidéo à découvrir où vous vou-

LES SPECTACLES 2020 - 2021

« François Sureau : la liberté avant tout », les jeudi 1er octobre, 5 novembre, 26 novembre et 10 décembre au mk2 Bibliothèque à 20 heures tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi, – 26 ans : 9 € | carte UGC / mk2 illimité à présenter en caisse : 9 € détails de la programmation dans l’agenda page 48

Boris Charmatz Sylvie Orcier Mathurin Bolze Jérôme Bel Bérangère Vantusso Gildas Milin Pierre Rigal A. T. De Keersmaeker  Thierry Thieû Niang Sébastien Derrey Marie-Christine Soma Encyclopédie de la parole Joël Pommerat lrvin Anneix Claire ingrid Cottanceau Yann-Joël Collin et Olivier Mellano David Geselson  Régine Chopinot  Julie Delille Didier Ruiz DeLaVallet Bidiefono Josef Nadj  Daniel Conrod Ahmed Madani Cindy Van Acker Jean-François Sivadier  Cyril Teste Julien Gosselin Aurélia Lüscher Et aussi le Quartier Général Johanny Bert Ouagadougou, Le Caire, Romeo Castellucci Bobigny  

Photos © Christophe Raynaud de Lage, Martin Argyroglo

MC 47


CE MOIS-CI

----> VENDREDI 18 SEPT.

AU NOM DE… ERRI DE LUCA Erri De Luca s’entretient avec la journaliste Raphaëlle Rérolle (Le Monde) autour de son dernier livre, Impossible (Gallimard). > mk2 Bibliothèque, à 20 h

----> SAMEDI 19 SEPT.

AU NOM DE… ERRI DE LUCA Erri De Luca présente en avant-première Happy Times, un film de Michael Mayer dont il est le producteur exécutif. > mk2 Bibliothèque, à 16 h

----> DIMANCHE 20 SEPT.

AU NOM DE… ERRI DE LUCA Erri De Luca évoque la Bible, l’hébreu, la beauté des langues et leurs traductions avec Florent Georgesco (Le Monde). > mk2 Bibliothèque, à 11 h

VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS AVEC ALBERT MOUKHEIBER « Neurosciences : mythes ou réalité ? » > mk2 Bibliothèque, à 11 h

CULTISSIME ! Shakespeare in Love de John Madden. > mk2 Gambetta, dans l’après-midi

AU NOM DE… ERRI DE LUCA Erri De Luca interroge, avec Raphaëlle Rérolle, la fidélité au travail dans sa vie et dans son œuvre. > mk2 Bibliothèque, à 16 h  

----> LUNDI 21 SEPT.

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « L’enfant caché des Époux Arnolfini de Jan van Eyck. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Nation, à 10 h 30   1 HEURE, 1 CITÉ MILLÉNAIRE « Uruk, le berceau de la civilisation. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 11 h

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « L’objet du désir est-il toujours obscur ? » > mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

----> MARDI 22 SEPT.

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « L’île de la Cité : le berceau de Paris. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Beaubourg, à 12 h 30

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « L’enfant caché des Époux Arnolfini de Jan van Eyck. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 18 h 30

1 HEURE, 1 CINÉASTE « John Ford. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h  

----> JEUDI 24 SEPT.

1 HEURE, 1 ARCHITECTE « Charlotte Perriand. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Bibliothèque, à 12 h 30   HISTOIRE DE L’ART « L’Antiquité, berceau de l’histoire de l’art. » (Première séance du cycle à 5 €.)

----> DIMANCHE 27 SEPT.

L’ART DANS LE PRÉTOIRE « Quand l’œuvre d’art fait sa loi. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Bastille (côté Fb St Antoine), à 11 h

LES GÉOGRAPHES ABATTENT LEURS CARTES En prélude à sa 31e édition, le festival international de Géographie de Saint-Diédes-Vosges fait étape au mk2 Nation pour parler des images du climat. > mk2 Nation, à 11 h

CULTISSIME ! La dolce vita de Federico Fellini.

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Ré : le soleil qui donna naissance au monde. » (Première séance du cycle à 5 €.)

L’ART DANS LE PRÉTOIRE « L’artiste a-t-il tous les droits ? »

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

CULTISSIME ! Un sac de billes de Jacques Doillon.

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Le temps existe-t-il ? »

> mk2 Gambetta, dans l’après-midi

> mk2 Odéon (côté St Germain), à 11 h

CULTISSIME ! Une histoire simple de Claude Sautet.

----> LUNDI 5 OCT.

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Trois hommes glissent sur le parquet, Caillebotte & Les Raboteurs. » > mk2 Nation, à 10 h 30

1 HEURE, 1 CITÉ MILLÉNAIRE « Troie, entre mythe et réalité. » > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 11 h

> mk2 Gambetta, dans l’après-midi

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Pourquoi ne pense-t-on qu’au sexe ? »

> mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

----> LUNDI 28 SEPT.

1 HEURE, 1 CITÉ MILLÉNAIRE « Babylone, la porte des dieux. »

DÉJÀ DEMAIN Le meilleur du court métrage contemporain avec L’Agence du court métrage : This Means More de Nicolas Gourault, Boriya de Min Sung Ah, Rivages de Sophie Racine et La Maison (pas très loin du Donegal) de Claude Le Pape.

> mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 11 h

> mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Pouvons-nous vivre sans absolu ? »

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Van Gogh est dans sa chambre. » > mk2 Nation, à 10 h 30

> mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

----> MARDI 29 SEPT.

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « De Bercy à l’Hôtel de Ville : Paris est un port. » > mk2 Beaubourg, à 12 h 30   UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Van Gogh est dans sa chambre. » > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 18 h 30

----> MARDI 6 OCT.

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « Le Quartier latin : des origines au mythe. »

HISTOIRE DE L’ART « Les primitifs italiens. »

----> SAMEDI 3 OCT.

----> JEUDI 8 OCT.   1 HEURE, 1 ARCHITECTE « Frank Lloyd Wright. »

CULTURE POP ET PSYCHIATRIE « Une vie volée, les troubles psychiques au féminin. » > mk2 Beaubourg, à 11 h

FASCINANTE RENAISSANCE « Les maîtres vénitiens. » > mk2 Odéon (côté St Germain), à 11 h

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « La création du monde : Gaïa, Ouranos, Chronos. » (Première séance du cycle à 5 €.)

----> DIMANCHE 11 OCT.

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « La création du monde : Gaïa, Ouranos, Chronos. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Gambetta, à 11 h

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

----> SAMEDI 26 SEPT.

> mk2 Bibliothèque, à 19 h 45

MARDI 13 OCT.

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « Autour des Halles : le ventre de Paris. » > mk2 Beaubourg, à 12 h 30

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Offrir Vénus, Titien à la découverte du nu féminin. » > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 18 h 30

> mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h

----> SAMEDI 10 OCT.

> mk2 Nation, à 11 h

----> DIMANCHE 4 OCT.

SCIENCES SOCIALES ET CINÉMA « Post-migration. » Projection de Dheepan de Jacques Audiard, discuté par Nancy L. Green, historienne spécialisée dans l’histoire des migrations contemporaines.

L’HEURE SAUVAGE « Sur la piste des chimpanzés : médecine naturelle et culture au coeur de la jungle. » Avec la primatologue Sabrina Krief. (Première séance du cycle à 5 €.)

> mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

> mk2 Beaubourg, à 20 h

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Le temps existe-t-il ? »

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Peut-on être ensemble à distance ? » Avec Albert Moukheiber.

1 HEURE, 1 CINÉASTE « Billy Wilder. »

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Ré : le soleil qui donna naissance au monde. » (Première séance du cycle à 5 €.)

> mk2 Bibliothèque (entrée BnF), à 14 h

> mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 11 h

> mk2 Bibliothèque, à 12 h 30

> mk2 Beaubourg, à 20 h

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Offrir Vénus, Titien à la découverte du nu féminin. » > mk2 Nation, à 10 h 30   1 HEURE, 1 CITÉ MILLÉNAIRE « Persépolis, le paradis perse. »

> mk2 Quai de Seine, à 20 h

HISTOIRE DE L’ART « Le Moyen Âge, une période obscure ? »

----> LUNDI 12 OCT.

1 HEURE, 1 CINÉASTE « Orson Welles. »

> mk2 Quai de Loire, à 20 h

> mk2 Bibliothèque, à 20 h

> mk2 Bastille (côté Beaumarchais), à 18 h 30

> mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h

FRANCOIS SUREAU : LA LIBERTÉ AVANT TOUT « D’où vient le projet moderne de la liberté ? Retour sur ses origines : politique, spirituelle, esthétique. »

> mk2 Gambetta, dans l’après-midi

UN TABLEAU PAR LE DÉTAIL « Trois hommes glissent sur le parquet, Caillebotte & Les Raboteurs. »

> mk2 Beaubourg, à 12 h 30

LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE « Comment renouer avec le désir d’apprendre ? » Rencontre avec le philosophe Maxime Rovere autour de son dernier livre, L’École de la vie (Flammarion).

----> JEUDI 1er OCT.

> mk2 Bastille (côté Fb St Antoine), à 11 h

ACID POP « À l’épreuve du montage, comment le documentaire peut-il s’affranchir de son sujet ? » Projection de Still Recording de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub en présence de Qutaiba Barhamji et Laure Vermeersch.

MK2 MANIFESTE ! Quelle société pour demain ? Des tribunes pour réfléchir au présent. « À quoi sert la liberté d’expression ? » par Charles Girard, philosophe. « Qu’est-ce que les animaux sauvages nous disent de nos villes ? » par Joëlle Zask, philosophe. « À quoi bon le véganisme ? » par Renan Larue, professeur de littérature. (Première séance du cycle à 5 €.)

> mk2 Beaubourg, à 20 h

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FASCINANTE RENAISSANCE « Jérôme Bosch. » (Première séance du cycle à 5 €.) > mk2 Odéon (côté St Germain), à 11 h

LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE « Et si nos vies étaient faites de plusieurs vies ? » Rencontre avec l’historien Christophe Granger autour de son dernier livre, Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie (Anamosa). > mk2 Quai de Loire, à 20 h

----> TOUS LES WEEK-ENDS

CYCLE BOUT’CHOU Pour les enfants de 2 à 4 ans : Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin et La Chouette entre veille et sommeil ; Youpi ! C’est mercredi et Balades sous les étoiles ; Les Mal-aimés et Les Ritournelles de la Chouette. > mk2 Bastille (côté Beaumarchais), mk2 Quai de Seine, mk2 Bibliothèque, mk2 Gambetta, les samedis et dimanches matin

----> TOUS LES WEEK-ENDS CYCLE JUNIOR Pour les enfants à partir de 5 ans : Casper ; Shrek ; Shrek 2.

> mk2 Quai de Loire, mk2 Gambetta, mk2 Bibliothèque, les samedis et dimanches matin


3 questions à …

MAXIME ROVERE

Qu’apprend-on véritablement sur les bancs de l’école ?
 On y apprend surtout à rencontrer des problèmes. En effet, chacun se confronte à des difficultés données par un professeur, un document ou un récit. Il s’agit alors non pas d’ingurgiter des savoirs, mais d’apaiser la terreur que soulèvent ces problèmes et d’interagir avec eux. La clé de la transmission repose dans ces interactions. Ce qui fait de l’école le lieu d’un échange très particulier : l’action de l’enseignant y est moins importante que ce que vit celui qui apprend.

Quel regard portez-vous sur la généralisation des cours à distance durant le confinement ?
 Ils sont un mal nécessaire pour éviter un mal plus grand. L’apprentissage repose toujours sur les conditions de présence. Le corps est essentiel dans l’apprentissage : il est le terminal où arrivent et d’où partent justement les interactions entre élèves et professeurs. Le cerveau ne réfléchit pas seul ! Quand on apprend chez soi, par exemple, on dépend principalement de ceux qui nous entourent. Aucun humain ne télécharge des savoirs comme le fait un ordinateur. Nous apprenons avant tout à partir des interactions présentes. En désignant souvent l’école comme un tremplin pour l’avenir, surinvestissonsnous son rôle dans la société ? Quand les parents parlent d’avenir, ils pensent surtout à la position sociale : c’est la grande erreur bourgeoise, qui considère l’ascension sociale comme désirable en soi. En réalité, ce qui est fructueux à l’école se joue toujours au présent : il s’agit d’apprendre à rendre nos

MOBILIER du XXIe SIÈCLE © Camila Scorcelli

Pour sa rentrée, mk2 Institut interroge l’apprentissage des savoirs en compagnie de Maxime Rovere. Philosophe auteur de L’École de la vie, il livre une réflexion sur le métier d’enseignant, loin de l’éloge convenu. Rencontre.

interactions satisfaisantes, qu’on ait 3 ans ou 23 ans. Et paradoxalement, ce sont nos satisfactions présentes, et non nos frustrations, qui construisent un avenir meilleur. • JOSÉPHINE DUMOULIN « Comment renouer avec le désir d’apprendre ? » Rencontre avec Maxime Rovere, mardi 29 septembre à 20 h au mk2 Quai de Loire

La jeune création invente la table du conseil des ministres. du

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septembre

au 12

Galerie des Gobelins 42, avenue des Gobelins, 75013 Paris

Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine, défait les clichés sur les maladies mentales grâce au cinéma

et à la pop culture chaque mois au mk2 Beaubourg. « Elle permet de décaler le regard avec quelque chose de moins anxiogène et de plus ludique. » Auteur de Pop & Psy (Plon, 2019) et du podcast Psycho Pop (Majelan), il fait le pari que, en faisant mieux connaître ces troubles fréquents, l’inclusion des personnes concernées et de leur entourage s’en verra améliorée. Ses prochaines conférences seront notamment consacrées à la bipolarité dans Happiness Therapy et à la

souffrance psychique liée à l’homophobie dans Moonlight. • J. D. mensuel, du 10 octobre 2020 au 6 mars 2021, le samedi à 11 h tarif : 15 € | tarif étudiant, demandeur d’emploi, – 26 ans : 9 € toute la programmation dans l’agenda ci-contre Bureaux de Mathilde Bretillot, d’Eric Jourdan et de Frédéric Ruyant. Photographies : ©Isabelle Bideau 

© Florent Vanoni

Sciences CULTURE POP ET PSYCHIATRIE

© @the_real_theory

Société SCIENCES SOCIALES ET CINÉMA

Dans un cycle organisé en partenariat avec l’EHESS, mk2 propose chaque mois de découvrir un film tout en décryptant l’actualité avec un chercheur associé. Pour sa cinquième édition, historiens et

philosophes interrogent les représentations cinématographiques des mondes et des modèles « d’après ». Peut-on se reconstruire après une guerre ? Comment affronter le décès d’un proche ? Que reste-t-il après un cataclysme planétaire ? Autant de perspectives dont le cycle vous invite à débattre et qu’il nous pousse à mettre en perspective. Au programme cet automne : la post-migration dans le film Dheepan, récit d’immigrés sri-lankais refugiés dans une cité sensible de la banlieue parisienne ; et l’expérience du deuil racontée par la réalisatrice japonaise

Naomi Kawase dans son poétique long métrage La Forêt de Mogari. • J. D. mensuel, le lundi à 19 h 45, du 12 octobre 2020 au 12 avril 2021 au mk2 Bibliothèque, tarifs habituels du cinéma | tarif étudiant, – 26 ans : 4,90 €, toute la programmation dans l’agenda ci-contre

avec la participation de

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Culture

L E I T É T R É T RAI N E R R E A L C’est la rentrée, aussi en librairie. Malgré la crise, les éditeurs ont maintenu la voilure avec 551 romans programmés. Tour d’horizon en forme de tour du monde, pour compenser nos voyages annulés cet été.

BERNARD QUIRINY

Le Pont de Bezons de Jean Rolin Ce sont les paysages les plus banals de notre sélection, mais Jean Rolin les traite comme des décors exotiques : Bezons, Dammarie-les-Lys, Mantes… Avec un flegme qui confine à l’humour noir, il décrit les terrains vagues, la banlieue, les McDo. Aragon avait prévenu : « Cela n’a pas de sens de marcher le long de la Seine. » Mais si, justement.

Vladivostok Circus d’Elisa Shua Dusapin Une couturière est embauchée par un cirque basé à Vladivostok… Après avoir exploré le Japon et la Corée dans ses précédents romans, Elisa Shua Dusapin s’installe au bout de la Russie pour un récit contemplatif sur la domestication des corps et du danger, dans la lumière pâle de l’Orient.

> P.O.L, 238 p.

> Zoé, 174 p.

1

4

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Les Autres Américains de Laila Lalami Accident de la route dans une ville de Californie, en plein désert des Mojaves. Comme la victime était originaire du Maroc, sa famille se demande s’il ne s’agit pas d’un crime raciste… Finaliste du National Book Award, Laila Lalami propose un roman choral sur l’Amérique profonde et le meltingpot de Californie, dense, complexe, sans manichéisme.

Manifeste incertain 9. Avec Pessoa de Frédéric Pajak Un gratte-papier à lunettes déjeune seul à Lisbonne. C’est Fernando Pessoa. À moins que ce ne soit Alvaro de Campos, son hétéronyme ? Après s’être penché sur Vincent Van Gogh, Ezra Pound ou Emily Dickinson, Frédéric Pajak consacre au poète lisboète le neuvième et dernier tome de son Manifeste incertain, récit dessiné au long cours qui mêle souvenirs et biographies.

> Christian Bourgois, 506 p.

> Les Éditions Noir sur Blanc, 350 p.

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Patagonie route 203 d’Eduardo Fernando Varela Chauffeur en Patagonie, Parker avale les kilomètres dans la step­pe immense, véritable décor de rêve cubiste… Le scénariste de télévision Eduardo Fernando Varela signe un road novel climatique et sensoriel, plein de microévénements loufoques et de personnages farfelus. Une expérience déroutante sur la dilatation de l’espace et du temps.

Les lumières d’Oujda de Marc Alexandre Oho Bambe Né au Cameroun, expulsé d’Italie, le narrateur atterrit à Oudja, où il vient en aide à des réfugiés libyens qui rêvent d’Europe… Marc Alexandre Oho Bambe, connu dans le slam sous le pseudo de Capitaine Alexandre, signe un roman-poèmechanson syncopé, sur le thème de l’exil. « Tous les chemins mènent à l’Homme. »

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> Calmann-Lévy, 328 p.

> Métailié, 358 p.

> Mercure de France, 338 p.

> Albin Michel, 316 p.

Des jours sauvages de Xabi Molia Une pandémie frappe l’Europe, des survivants partis en bateau échouent sur une île. Une société se reconstitue, avec sa solidarité, mais aussi ses clans… Une antirobinsonnade aux allures d’expérience de laboratoire : l’enfer, c’est les autres.

LAURA PUGNO SIRÈNES

Dans un monde post-apocalyptique, dominé par les yakuzas, l’humanité s’éteint peu à peu, victime du cancer noir provoqué par les rayons d’un soleil maudit. Les riches vivent désormais sous terre, réfugiés dans les bunkers d’Underwater. Pour le bon plaisir de la yakuza, on élève des sirènes destinées à être consommées sous forme de viande de mer. Mais dans ce monde qui se divise désormais entre ceux qui meurent et ceux qui jouissent, Samuel, simple surveillant dans un bassin d’élevage, se laisse un jour tenter par le plus dangereux des plaisirs : il s’unit à une sirène femelle. Ainsi naît Mia, mi-sirène mi-humaine, une créature hybride porteuse peut-être, d’un nouvel espoir.

L’écriture puissante, cruelle et délicate de Laura Pugno fait surgir les questions de l’exploitation animale, de l’asservissement des femmes, de la frontière de plus en plus trouble entre l’humain et le non-humain. Dans Sirènes, ce qui importe n’est plus la fin de l’humanité, mais de savoir si une nouvelle espèce consciente lui survivra. Traduit de l’italien par Marine Aubry-Morici

Laura Pugno, née en 1970, est romancière et poétesse. Elle a été récompensée par plusieurs prix, dont le prestigieux Premio Campiello Selezione Letterati en 2017, il Frignano per la Narrativa, il Premio Dedalus, il Libro del Mare e il Premio Scrivere Cinema per la sceneggiatura. Son univers littéraire s’inspire largement du genre post-apocalyptique, du monde sauvage et des réflexions philosophiques sur le non-humain. Sirènes est son premier roman traduit en français.

16,90€

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> Seuil, 256 p.

Stars

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LETTRES CAPITALES

Les rentrées littéraires sont l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs (66 premiers romans prévus cette année), mais aussi de retrouver des grands noms.

Outre Emmanuel Carrère ou Éric Reinhardt, on comptera, côté français, sur Serge Joncour, qui signe avec Nature humaine (Flammarion, 398 p.) une belle fresque sur les aventures d’un paysan du Lot depuis les années 1970. Au rayon étranger, à côté de Colum McCann, d’Enrique Vila-Matas ou de Colson Whitehead, deux poids lourds se partagent l’affiche : Salman Rushdie, qui dans

no 179 – septembre 2020

noir

Sirènes de Laura Pugno Ce n’est pas un virus qui sévit chez l’Italienne Laura Pugno, mais une nouvelle forme de cancer de la peau. Résultat : l’humanité vit sous l’eau, à l’abri du soleil. Elle découvre des sirènes… Un roman époustouflant, entre science-fiction et récit d’horreur. > Inculte, 172 p.

Quichotte (Actes Sud, 426 p.) recrée le personnage éternel de Cervantès et le promène dans l’Amérique d’aujourd’hui ; et Jonathan Franzen, qui revient avec Et si on arrêtait de faire semblant ? (Éditions de l’Olivier, 350 p.), une série d’essais passionnants sur l’avenir de la planète en général et sur la protection des oiseaux en particulier, une vieille marotte chez cet amoureux des volatiles.

Serge Joncour

Photo Jean-Philippe Baltel © Flammarion

Les virus, fièvres et autres pandémies meurtrières sont au cœur de plusieurs romans de la rentrée. Hasard ou prémonition ?

LAURA PUGNO SIRÈNES

LA FIÈVRE

La Fièvre de Sébastien Spitzer En 1878, une épidémie de fièvre jaune se déclare à Memphis. 5 000 morts, des fuyards par dizaines de milliers, des pillages, une faillite. S’inspirant d’une histoire vraie, Sébastien Spitzer met en scène la panique dans l’Amérique tourmentée du xixe siècle.

Couverture : Rémi Pépin - 2020 / Photo de couverture : PXhere

Tendances

Les Enfiévrés de Ling Ma Une fièvre venue de Chine se propage en Amérique, en commençant par New York. Ce n’est pas une fable sur le Covid-19, mais ça y ressemble… Ling Ma signe un captivant roman d’apocalypse, doublée d’une satire des millennials.


Culture

© Martin Argyroglo

1 Théâtre FARM FATALE

Que deviennent les épouvantails lorsque les paysans disparaissent et que la biosphère se délite ? Pour Philippe Quesne, ils montent une radio pirate ! Le metteur en scène et directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre nous plonge dans un futur où les petites exploitations ont disparu, écrasées par les roues des grosses fermes industrielles. Il

en reste toutefois quelques reliques : cinq épouvantails, incarnés par trois interprètes du Münchner Kammerspiele et deux comédiens fidèles de Quesne, tous affublés de costumes et de masques qui leur donnent une allure de clowns tristes, proches du zombie. Au chômage technique – la faute aux faillites et aux suicides de leurs propriétaires  –, ils défendent avec nostalgie la biodiversité en voie de disparition et militent sur les ondes à coups de bandes-son de bruits de la nature ou d’entretien saugrenu avec une abeille suisse-allemande. Conçus pour faire fuir les oiseaux, ce sont désormais les pollueurs que ces créatures effraient. Les scarecrows (« épou-

vantails » en anglais) deviennent ainsi des carecrows (en anglais, care signifie « soin »), déterminés à préserver le vivant, que les humains détruisent. Cette fable poétique, touchante, aux couleurs post-apocalyptiques, dresse avec subtilité, humour et mélancolie un constat écologique accablant pour l’humain. Portée par la justesse du jeu burlesque et de la gestuelle quasi statique des comédiens, elle dévoile une atmosphère étrange, hors du temps. • BELINDA MATHIEU de Philippe Quesne, du 1er au 4 octobre au Centre Pompidou

© Stéphane Méjanès

2 Resto PANTAGRUEL

Bienvenue à Pantagruel, je vous présente le chef : Jason Gouzy. On va tout de suite évacuer ce qui peut vous pourrir une enfance dans la cour d’école. On prononce Jason comme chez les Argonautes, pas « Djaizonne » comme dans une série américaine de début d’après-midi. Et Gouzy n’incite pas aux chatouilles. Jason n’est pas bégueule mais, à 30 ans, il affiche ses ambitions :

s’inviter dans le monde de la gastronomie en passant par la grande porte. En décembre 2019, il a ouvert Pantagruel, dans le quartier du Sentier, au rez-dechaussée d’un immeuble où vécut la Pompadour. Ces métissages, et le compagnonnage avec la maison de mode Bourgine, ont accouché d’un décor intimiste d’appartement bourgeois, sans ostentation, faisant résolument lorgner la cuisine vers la haute gastronomie, sans pince-nez. Formé au Bristol puis au Burgundy, Jason s’est aussi encanaillé pendant trois ans au Galopin de Romain Tischenko, Top Chef 2010, en haut de la rue Sainte-Marthe. Bien posé sur ses deux pieds, libre dans sa tête, il compose des assiettes singulières et plurielles à la fois. Les plats

sont toujours des triptyques, à l’image de ce cochon ibérique, carré d’un côté, crème de courgette moutardée, poitrine et sauce vierge herbacée, petite garniture concombre et crème de maïs, avec de la feta en fil rouge. Si c’est encore la saison, craquez aussi pour les tomates datterini marinées, légèrement brûlées, servies avec œufs de truite et jaune d’œuf confit. Sinon, revenez en 2021. Menus : 29-35 € (midi), 73 € (soir). • STÉPHANE MÉJANÈS 24, rue du Sentier, Paris IIe

© Maxime Wolff

3 Musique SABRINA BELLAOUEL

Figure discrètement rayonnante de la scène R&B française, la chanteuse berbère s’évade sur un nouvel EP aventureux. La liberté d’être soi et d’oser, voilà la quête de Sabrina Bellaouel, de ses débuts avec le collectif The Hop à son élan solo en 2016. Nourrie au baduizm d’Erykah comme au minimalisme d’Arvo Pärt, celle qui s’amuse des contradictions – « chaud-froid, intellect-sensuel, féminin-masculin » – a créé un univers atmosphérique impressionnant, dont elle étend encore les possibles sur son

troisième EP.  Né en confinement, chez elle à Bagneux, entièrement autoproduit, We Don’t Need to Be Enemies est la bande-son éclair d’un voyage émotionnel au cours duquel la voix se fait pur instrument ; et le son, images. « Je vois une petite fille rebeu qui joue sur une colline avec un couteau suisse et qui réfléchit à ce qu’elle veut devenir, avec quels outils elle veut manger le monde. » Avec : un sample coupédécalé du discours du leader panarabe « Nasser », qui dit l’écho des luttes, la complexité d’être / une femme  / arabe / en France / dans le chaos ambiant ; avec le lyrisme céleste de « La Chute » ; et les cuivres grandioses de « Pulse » qui s’éloigne en chuchotant. Conte ouvert à l’interprétation, la musique de Sabrina Bellaouel est une admirable orfèvrerie d’énergies, cherchant l’harmonie. Un art de l’équi-

libre qu’elle tire… de l’astrologie – elle est Balance, « le signe du “nous”, qui a vocation à rassembler ». Tout prend sens : la Kahina sur la pochette, reine guerrière de l’histoire berbère alliant justice et divination. Ce « we » fédérateur, appel à s’aimer dans un monde qui s’effondre. Et le titre de son prochain EP, Libra. Pendant l’interview, son appli d’astro Co–Star lui a envoyé : « How will you handle what comes next? » Avec sagesse, et succès, c’est certain. • ETAÏNN ZWER We Don’t Need to Be Enemies de Sabrina Bellaouel (InFiné)

septembre 2020 – no 179

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Culture

LES REFRAINS DES GAMINS

4 Musique

BILL CALLAHAN

2>18 OCT DES CHEMINS ENCHANTEURS CHANSONS

© Hanly Banks Callahan

Suspendu aux décisions gouvernementales et à l’évolution de la pandémie de Covid-19, le monde du spectacle vivant trouve des parades à la crise sanitaire pour continuer à organiser des concerts. Port de la gare, le Petit Bain a ainsi repoussé les limites de sa barge, transformée en « baie » pour des concerts au bord de l’eau. En attendant la réouverture de la salle, la chanteuse Michelle Blades viendra y présenter son nouvel EP, Nombrar las cosas (Midnight Special), alerte collection de pépites folk ou rock. Entre psychédélie Os Mutantes et ballades de beatnik, la bassiste de Fishbach y renoue avec ses origines –  le Panama où elle est née, le Mexique où est née sa mère – en chantant en espagnol, et en reprenant Victor Jara, grande voix de la contestation chilienne. Dans un registre plus festif et dansant, mais

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ALFORTVILLE

EMMANUEL MAILLY & ELIE BLANCHARD

CONTES MUSICAUX

CINÉ-CONCERTS

ARCUEIL

NID DE COUCOU CACHAN

MERLOT RUNGIS

MARIANNE JAMES CHAMPIGNY-SUR-MARNE

ou encore les états d’âme, à bord d’un tour bus reliant le Texas au Mexique, d’une musicienne qui ne parvient plus à s’identifier aux romans qu’elle lit. Un sentiment bien connu de Callahan : « Quand j’avais la vingtaine, j’avais parfois l’impression que l’écrivain était allé piocher des pensées directement dans mon cerveau. Mais après des années de lecture s’impose un moment où il faut penser par soi-même. » Tel un homme accompli ? « Partiellement, oui. Ou un funambule, marchant sans filet au-dessus du vide. » Pas si apaisé, le vieux cowboy. • ÉRIC VERNAY Gold Record (Drag City)

PASCAL PARISOT

Si ton album était un film DÈS 5 ANS

« Un type conduit une voiture cabossée à travers les États-Unis. Il fait des rencontres variées. C’est un road movie à la Wim Wenders – j’adore Faux mouvement, avec Nastassja Kinski. Dans le rôle principal, je verrais bien Bob Odenkirk de Better Call Saul –  j’aime les acteurs comiques à contre-emploi, comme Jack Black dans Bernie de Richard Linklater, ça apporte un supplément de substance à leur jeu “sérieux”. Derrière la caméra, Amy Seimetz, qui a réalisé le thriller Sun Don’t Shine. » BILL CALLAHAN

5 Concerts

DÈS 6 ANS SPECTACLES FAMILIAUX

SUCY-EN-BRIE

ABLON-SUR-SEINE

VIRGINIE CAPIZZI

FRANÇOIS HADJI-LAZARO & PIGALLE

MAISONS-ALFORT

SERENA FISSEAU & VINCENT PEIRANI

ARCUEIL

CORPS À SONS & BC

GENTILLY

EDDY LA GOOYATSH

FONTENAY-SOUS-BOIS

IVRY-SUR-SEINE

VINCENNES

ANAK-ANAK

SÖTA SÂLTA

CYRIL MAGUY

VILLEJUIF

VITRY-SUR-SEINE

THE AMAZING KEYSTONE BIG BAND BILLETTERIE :

ALDEBERT

6/1O€

FESTIVALDEMARNE.ORG

SALLES PARTENAIRES / DIGITICK.COM / FNAC.COM HORS FRAIS DE LOCATIONS ÉVENTUELS

Festi Val— De —Marne 1er 18 Oct 2020 Des concerts qui montrent la voie

Plus de 90 artistes dans 24 villes du 94

JEANNE ADDED LA GRANDE SOPHIE

VINCENT DELERM SUZANE CHINESE MAN

© Andrea Villalón

OÙ ÉCOUTER DE LA MUSIQUE LIVE À LA RENTRÉE ?

DÈS 4 ANS

DESIGN : BAKÉLITE (BKLT.FR)

La cadence paraît placide dans les folk songs de Bill Callahan : l’allure chaloupée d’un cow-boy sur sa monture. Mais à rebours de ce rassurant fantasme d’americana, le western s’avère moins contemplatif que prévu. Structures refusant la traditionnelle alternance couplet-refrain, quitte à se tenir de guingois. Microembardées mélodiques décollant brusquement d’un phrasé monocorde. Textes mi-caustiques mi-déchirants, vagabondant au gré d’une fantaisie primesautière. Il y a là une belle spontanéité, fruit d’une genèse express. « J’ai tout enregistré en une semaine, précise Callahan, juste avant la tournée de l’album précédent. C’est rapide. Pour l’écriture, pareil, je me suis mis des dates limite de huit jours maximum pour chaque chanson. » Rescapé des tourments de l’époque où il se faisait appeler Smog (1990-2005), le chanteur guitariste, désormais quinqua et papa d’un fils de 5 ans, fait ce qu’il sait si bien faire sur ce septième album sous son propre nom : s’effacer derrière une galerie de personnages, en nouvelliste. Il conte l’histoire, bouleversante de pudeur, d’un vieux couple portant le deuil d’un fils (« The Mackenzies »),

Festi —Val de Marne

Michelle Blades

« méga-fête toute en distanciation » de Ricky Hollywood qui jouera son nouvel album, Le Sens du sens (FVTVR Records), à La Boule Noire. Si vous aimez la douceur diaphane de Laurent Voulzy, les textures de synthés eighties et les mélodies complexes, c’est à découvrir absolument. •  WILFRIED PARIS Michelle Blades, le 17 septembre au Petit Bain Rituel Off 2020, les 16 et 17 octobre au plateau de Gravelles Usé, Wild Classical Music Ensemble et Pleasure Principle, le 9 octobre au Théâtre Antoine Vitez (Ivry-sur-Seine) Ricky Hollywood, le 25 septembre à La Boule Noire

no 179 – septembre 2020

AYO

ANGELIQUE KIDJO KEREN ANN

KERY JAMES

SKIP THE USE

OXMO PUCCINO LA RUMEUR

DELGRES

LO U I S C H E D I D SOFIANE SAIDI

toujours en extérieur, le minifestival Rituel Off accueille au cœur du bois de Vincennes deux soirées offrant toutes les franges de la house, techno, deephouse. Masquées et hydro-alcoolisées, 5 000 personnes et pas une de plus pourront assister, sans contact, aux concerts ou aux DJ sets d’Acid Arab, de Jan Blomqvist, de Parra for Cuva, de Moscoman ou de Christian Löffler. Festival toujours : le 9 octobre, la JIMI (Journée des initiatives musicales indépendantes) donne carte blanche au label Born Bad qui fait résonner au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine la noise joyeuse et débridée du Wild Classical Music Ensemble, un projet de musique expérimentale, entre postpunk et free-jazz, monté par le batteur Damien Magnette avec des personnes en situation de handicap mental. Également au programme, Pleasure Principle et Usé. Cap enfin sur la

L E S N ÉG R E S S E S V E RT E S

15 years anniversary

3,2,1 BOUQUET FINAL LE TRIO JOUBRAN MIOSSEC

ELECTRO DELUXE ROSE PASCAL PARISOT

JEANNE CHERHAL ALDEBERT

BEN. RENAN LUCE

S AN S EVER I N O REGARDE LES HOMMES TOMBER

SAGES COMME DES SAUVAGES POGO CAR CRASH CONTROL LEPREST EN SYMPHONIQUE

festivaldemarne.org

20/12€

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CELESTIA DE MANUELE FIOR

Après une « grande invasion » aux airs de catastrophe, Pierrot et Dora vivotent sur l’île imaginaire de Celestia. Au fil de l’eau et des rencontres, leurs vies intérieures se déploient : désirs, rêves, espoirs et souvenirs mêlés. Conte initiatique et dystopie maîtrisée, l’album couleurs pastel de Manuele Fior est autant inattendu qu’envoûtant. • A. G.

Après l’épure folk de Carrie & Lowell, Sufjan Stevens revient aux machines pour un album de pop électronique alien, réquisitoire synthétique contre un monde qui s’effondre, et carte pour s’en échapper. Face à l’Amérique des sociétés de contrôle, sa voix douce invite à garder l’esprit clair et le cœur pur. Salvateur. • W. P.

> (Atrabile, 272 p.)

> (Asthmatic Kitty)

GHOST OF TSUSHIMA

CD

Vinyle

Jeux-vidéos

COWBOY BEBOP OST DE YOKO KANNO

UN PEU D’AMOUR DE LEWIS TRONDHEIM

Dans un Japon médiéval sous le joug des Mongols, la violence des combats cède vite sa place à un panthéisme béat – du brin d’herbe aux mouvements du vent, la nature n’a jamais été aussi expressive. En dépit d’un scénario convenu, cette fresque en monde ouvert reste un choc esthétique, qui rappelle autant l’art de l’estampe que le cinéma d’Akira Kurosawa. • Y. F.

Le désormais célèbre Lapinot est de retour chez L’Association, au détour des cases de Lewis Trondheim. D’un strip à l’autre, on retrouve les archétypes de l’auteur et la face lunaire de notre époque, toujours aussi perchée, colorée et dépourvue de sens. C’est cela, la grande force de Trondheim : croquer notre monde en trois cases, avec trois fois rien. • A. G.

> (Sony Interactive Entertainment, PS4)

> (L’Association, 48 p.)

THERE IS NO GAME WRONG DIRECTION

BD

THE ASCENSION DE SUFJAN STEVENS

MICROSOFT FLIGHT SIMULATOR

© D. R.

SHOPPING CULTURE

Culture

Dans ce « non-jeu », un narrateur nous barre l’accès au contenu. Il faut briser le quatrième mur et se servir de l’interface (curseur de la souris, lettres du titre) pour déjouer ses plans. De simple blague « méta », le jeu se transforme vite en aventure d’une drôlerie infinie, qui parodie et revisite brillamment certains classiques du genre. • Y. F. > (Draw Me a Pixel, PC)

SPIRITFARER

Charon, le passeur du Styx, prend sa retraite et compte sur nous pour assurer la relève. À bord de notre bateau, il faut accueillir les âmes errantes, les choyer pour les convaincre de se rendre dans l’au-delà. Derrière son apparence de film Ghibli, cette relecture du mythe grec se double d’une réflexion, souvent bouleversante, sur le deuil et le lâcher-prise. • Y. F.

Le culte entourant la série animée Cowboy Bebop tient pour une bonne part à la B.O. concoctée par Yoko Kanno. En 1998, rythmer un space-western japonais par du jazzfunk-swing percutant, entre Herbie Hancock et Lalo Schifrin, cassait tous les codes de l’anime. Cette B.O. rétrofuturiste sort enfin en double vinyle coloré. • W. P.

Le plus célèbre des simulateurs de vol fait un retour en fanfare en nous permettant de réaliser un fantasme inespéré : voler aux quatre coins d’une planète reproduite à l’échelle 1/1 en tenant compte de ses données climatiques en temps réel. Aussi accessible au néophyte qu’au pro de l’aviation, le jeu marque une révolution du genre. • Y. F.

> (Light in the Attic)

> (Xbox Game Studios, PC)

FALL GUYS. ULTIMATE KNOCKOUT

APPLE D’A. G. COOK

Si Fall Guys est devenu un phénomène estival (deux millions de joueurs), c’est parce qu’il a tout pour devenir le nouvel Intervilles du jeu vidéo : ses défis sont aussi rigolos que redoutables ; ses règles, simplissimes (il faut juste courir et sauter) ; et sa compétition, de plus en plus prenante. Un cocktail voué à passer à la postérité. • Y. F.

Plus prolifique que jamais, A. G. Cook, producteur fétiche de Charli XCX et fondateur de l’influent label londonien PC Music, continue de triturer les voix dans tous les sens sur Apple, son « second debut album » (sic !), un mois seulement après les quarante-neuf morceaux du premier, le faramineux 7G. Plus pop que jamais. • E. V.

> (Devolver Digital, PC, PS4)

> (PC Music)

GALORE D’OKLOU

HEAVEN INC. DE SHLOHMO

Croisée aux côtés de Flavien Berger et dans l’illustre Colors Show (déjà), la Française s’évade – et se trouve (« Unearth Me ») sur ce premier LP en forme de mixtape délicatement ouvragée. Épurée, intimiste et vaporeuse, sa pop électronique teintée de R&B fantastique fait des mirages (« I Didn’t Give Up on You »). Touché. • E. Z.

Le producteur de L.A., qui imaginait l’apocalypse depuis son canapé sur The End (2019), poursuit son cinémavérité avec cet EP d’un noir – subtil, (ici et là) lumineux – obsédant : abstract hip-hop, ambient texturée et trip-hop sorcier griment ici la mélancolie en acolyte idéal pour traverser le grand incendie. • E. Z.

> (Because)

> (Friends of Friends)

> (Thunder Lotus, PC, PS4, Switch, One)

septembre 2020 – no 179

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© Courtesy de l’artiste

Hendrik Hegray, Egipan 29, 2019

----> SÂR DUBNOTAL

> le 19 septembre à l’Olympia 

On ne peut plus collective et transhistorique, l’exposition, mêlant œuvres et archives, s’appuie sur ce personnage de roman de gare anonyme datant de 1909, à la fois mage, détective et super-héros, ouvrant l’horizon – trouble – de l’identité de genre. • A.-L. V. > « Sâr Dubnotal. En quête de l’étrange », du 19 septembre au 5 décembre au CAC Brétigny

> « Paris New York » d’Isa Genzken, jusqu’au 10 octobre à la galerie David Zwirner

Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York © Cindy Sherman 2019

Cindy Sherman, Untitled #582 (détail), 2016

Mehryl Levisse, Renatus Barbatus, masque de la série Camp, 2015.

RESTOS

> 16, rue Jean Mermoz, Paris VIIIe

> Les Hauts Plateaux de Mathurin Bolze, du 2 au 10 octobre à la MC93 (Bobigny)

> le 9 octobre à La Boule Noire

© Osain Vichi

----> LE MERMOZ On vous a déjà parlé de cet ovni bistronomique. La Française Manon Fleury est partie, remplacée par le chef californien Thomas Graham, qui maintient le cap avec un surcroît de générosité. Végétarien (concombres, feta, abricot et zaatar) ou carnassier (canette et son embeurrée de chou), décollage immédiat. • S. M.

----> MATHURIN BOLZE [CIRQUE] Au milieu de paysages désolés, sept acrobates surgissent parmi les décombres, chutent et s’envolent, défiant avec grâce la gravité. Les ruines qu’ils tutoient, traces de l’exil et des guerres, ouvrent des espaces de résilience. • B. M.

Son nom est emprunté à Orochimaru, un personnage de Naruto visant la jeunesse éternelle. Comme le ninja du manga créé par Masashi Kishimoto, le trappeur du 9-4 aux traits juvéniles cultive une énergie ténébreuse. En live, l’ex-membre du collectif Ultimate Boyz devrait frapper fort. • É. V.

----> THUNDERCAT Mélange de funk, de soul et de R&B : le néo-groove de Thundercat ne s’explique pas, il s’écoute. Le Californien captive sur scène par les sonorités futuristes et électrisantes de sa basse, sa voix faussement maladroite et son look impro­bable. Un vrai showman. • É. C. > le 10 octobre à l’Elysée Montmartre

----> LA CANTINE DU CLARENCE Post-Covid, la cuisine doublement étoilée du chef Christophe Pelé s’emporte à prix doux (entrée froide en salade, plat, dessert, eau minérale), moins élaborée (gaspacho, tortilla, curry de poisson) mais goûteuse. En prime, une fiche recette. Panier : 19 € par personne. • S. M. > 31, avenue Franklin-D.-Roosevelt, Paris VIIIe

no 179 – septembre 2020

© Parker Day

« Cindy Sherman sait que toute femme est d’abord déguisée en femme », a écrit l’écrivaine Marie Darrieussecq à propos de l’œuvre singulière de l’artiste américaine. Et de déguisement, il est effectivement largement question dans ses mises en scène photographiées, très souvent inspirées de l’univers cinématographique, où elle est toujours son propre modèle. Tour à tour femme au foyer des années 1950, diva hollywoodienne, madone à l’enfant, clown, Cindy Sherman prête ses traits de femme blanche lambda pour explorer l’infinité des identités possibles et faire éclater les stéréotypes genrés. Il en résulte une galerie troublante – déclinée dans cette rétrospective en dixhuit séries de cent soixante-dix photos – qui échappe à l’étiquette d’autoportraits tant l’identité réelle de l’artiste semble toujours se dérober. • M. F.

Courtesy de l’artiste

----> CAPTAIN ROSHI

© Le Mermoz

----> CINDY SHERMAN

Plutôt discret, le MC de Villeneuve-SaintGeorges sait agréger les courants du rap contemporain (trap, mumble, afro-pop…) dans son univers mélancolique. Et ce sans se délester d’un magnétisme évident. Sorti l’an dernier, son album Omega en a impressionné plus d’un. • É. V.

© Isabelle Lindbergh

----> ISA GENZKEN Rare occasion de voir à Paris les œuvres de l’artiste allemande née en 1948. Entre skyline désenchantée et mannequins de vitrine customisés, ses sculptures et installations dressent un portrait matiériste et décapant de la civilisation post-moderne. • A.-L. V.

Untitled, 2018

----> OBOY

© Estelle Hanania

Sans titre (I Apologize), 2016

> L’Art de conserver la santé d’Ondine Cloez, du 13 au 18 octobre au Théâtre de la Bastille

© Anne Lenglet

> « It’s Alive! » d’Estelle Hanania, à la Maison européenne de la photographie

> du 23 septembre au 3 janvier à la Fondation Louis Vuitton

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CONCERTS

> « FREE STyLE = CLAQUEMENTs DE CUISSE » de Hendrik Hegray, jusqu’au 26 septembre à la galerie Valeria Cetraro

----> ONDINE CLOEZ [DANSE] Comment bougeait-on au Moyen Âge ? Difficile de le savoir et, pourtant, notre imaginaire de l’époque médiévale réinvente des gestes perdus, oubliés. Dans ce trio chanté et dansé, on prend ce manque à brasle-corps, avec humour et poésie. • B. M.

© Brice Robert

----> ESTELLE HANANIA Passionnée de masques et de costumes rituels, la photographe s’immisce depuis une douzaine d’années dans les coulisses des spectacles de la chorégraphe Gisèle Vienne. Marionnettes, figures humaines et fragments de décor y sont saisis dans l’indicible interstice qui sépare le vivant de l’inanimé. • J. B.

SPECTACLES

----> MARION SIÉFERT [THÉÂTRE] Après le détonant Le Grand Sommeil (2018), Marion Siéfert retrouve l’interprète Helena de Laurens pour cette pièce visible à la fois sur scène et sur Instagram. On y découvre Jeanne, une ado qui s’émancipe en prenant la parole sur le réseau social. • B. M. > _jeanne_dark_ de Marion Siéfert, du 2 au 18 octobre au théâtre de La Commune (Aubervilliers)

© Marion Siéfert

----> FREE STyLE = CLAQUEMENTs DE CUISSE Derrière ce titre déconcertant, Hendrik Hegray a rassemblé une somme de collages, de vidéos et d’éléments hétéroclites se confrontant aux signes extérieurs d’un monde malade. Un geste sans compromis qui transforme l’iconoclasme en manuel d’autodéfense. • J. B.

© Domaine Clarence Dillon

EXPOS

© Isa Genzken / VG Bild-Kunst, Bonn

CE MOIS-CI À PARIS

Culture


Le Moulin Rouge (détail). Stéphane Passet, 1914 © Collection Archives de la Planète, A 7462 Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine


UNE SÉRIE ¢

L A NUIT L A PLUS LONGUE , L A VÉ RITÉ L A PLUS GL AÇ ANTE

DÈS LE 24 SEPTEMBRE SEULEMENT SUR

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TROISCOULEURS #179 - septembre 2020  

Directeur de la publication : Elisha Karmitz | rédactrice en chef : Juliette Reitzer | rédactrice en chef adjointe : Timé Zoppé | rédacte...

TROISCOULEURS #179 - septembre 2020  

Directeur de la publication : Elisha Karmitz | rédactrice en chef : Juliette Reitzer | rédactrice en chef adjointe : Timé Zoppé | rédacte...

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