TROISCOULEURS #185 - hiver 2021

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Journal cinéphile, défricheur et engagé, par

> no 185 / HIVER 2021-2022 / GRATUIT

JOANNA HOGG

Zoom sur une cinéaste majeure, enfin révélée en France EMMANUEL CARRÈRE « La lutte des classes, oui, ça existe »

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Sabrina OUAZANI

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Zakaria INAN

CHARLOTTE GAINSBOURG « J’ai eu, à un moment, un rejet du côté bordélique de ma vie »

Azelarab KAGHAT

22 DÉC

ÉDITO

venir Part. II, ses deux derniers films en date, une sage étudiante en cinéma tombe amoureuse d’un homme qui se révélera être héroïnomane, puis tente de faire de cette histoire douloureuse C’est une grande cinéaste que l’on un film. Au cœur de cette géniale mise découvre tardivement : ses films, pour- en abyme, il y a l’idée de se réparer à tant régulièrement sélectionnés dans travers l’art, mais aussi – et c’est peutles festivals internationaux, n’étaient être là le souffle révolutionnaire du jamais sortis en France. En cinq longs film – à travers l’expérience collective métrages, et un sixième en post-­ (l’équipe du tournage). Un processus production, la sexagénaire britannique, montré comme un chemin douloureux, adoubée par Martin Scorsese (son pro- accidenté – comment comprendre ducteur exécutif) et Tilda Swinton (son l’autre, l’écouter ? Cette idée du collecamie d’enfance), dessine une œuvre tif et de l’écoute attentive se déploie sensible et radicale qui cache sous ses partout dans ce numéro : avec l’écriteintes ouatées un tempérament sub- vain Emmanuel Carrère pour son film versif. Dans The Souvenir et The Sou- Ouistreham, adapté d’une enquête de

LOUIS GARREL En croisade écolo à hauteur d’enfants Florence Aubenas sur la précarité de femmes de ménage ; avec Louis Garrel, qui signe un film puissant sur des enfants engagés pour l’écologie. Elle sera aussi au cœur, mi-février, du beau documentaire d’Alice Diop au titre évocateur, Nous, dont on reparlera dans le prochain numéro. La cinéaste y fait le portrait de femmes et d’hommes, habitants invisibilisés des banlieues parisiennes (la ligne B du RER sert de fil rouge), s’appliquant à montrer, plutôt que ce qui nous divise et nous oppose, ce qui pourrait nous rassembler. JULIETTE REITZER




CURIOSA FILMS ET CINÉFRANCE STUDIOS PRÉSENTENT

JULIETTE

BINOCHE

H É L È N E L A M B E R T L É A C A R N E É V E LY N E P O R É E PAT R I C I A P R I E U R É M I LY M A D E L E I N E D I D I E R P U P I N

PHOTO : CHRISTINE TAMALET

UN FILM D' EMMANUEL

“LE QUAI DE

CARRÈRE

L I B R E M E N T A D A P T É D E L’ Œ U V R E O U I S T R E H A M ” DE F L O R E ÉDITÉE AUX ÉDITIONS DE L’OLIVIER

S C É N A R I O , A D A P TAT I O N E T D I A L O G U E S

EMMANUEL CARRÈRE

NCE AUBENAS ET

HÉLÈNE DEVYNCK


EN BREF

Sommaire

P. 6 P. 10 P. 10

L’ENTRETIEN DU MOIS – EMMANUEL CARRÈRE SCÈNE CULTE – SCREAM DE WES CRAVEN RÈGLE DE TROIS – VALÉRIE DONZELLI

CINÉMA P. 18 P. 30 P. 40

PARADISCOPE

EN COUVERTURE – JOANNA HOGG, SIGNATURE MAJEURE MOTS CROISÉS – CHARLOTTE GAINSBOURG CINEMASCOPE – LES SORTIES DU 15 DÉCEMBRE AU 26 JANVIER

LE GUIDE DES SORTIES PLATEFORMES P. 76 FILM – THE LOST DAUGHTER DE MAGGIE GYLLENHAAL P. 80 FILM – SPENCER DE PABLO LARRAÍN P. 82 MK2 CURIOSITY – ELLE ET LUI DE LEO MCCAREY

MK2 INSTITUT ENTRETIEN – YASCHA MOUNK AGENDA DES ÉVÉNEMENTS DANS LES SALLES MK2 TROIS QUESTIONS À MICHEL PASTOUREAU

CULTURE P. 88 P. 89 P. 90

Sur les forums Allociné dans les années 2000, il lançait des discussions enflammées. Depuis, le feu cinéphile ne l’a pas quitté. Le critique (qui écrit aussi pour Première) et auteur du livre Les Révolutions de Mad Men (Playlist Society) revient sur cette époque anté-réseaux sociaux dans une enquête qui nous replonge dans les débats les plus geek autour de Mulholland Drive ou Fight Club. Ce mois-ci, il s’est d’ailleurs infiltré pour nous sur le tournage du nouveau David Fincher.

hiver 2021-2022 – no 185

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© 2018 TROISCOULEURS — ISSN 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006 Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par mk2 + est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur — Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

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Le jour, cette diplômée de mode et passionnée de voyages est chargée des relations avec les talents créatifs pour Converse. La nuit, entre deux fêtes, cette vingtenaire connectée défriche pour notre rubrique « la galerie d’Ardee » la jeune garde de l’art et de la mode – comme Camille Nsizoa, dont les broderies ont vocation à visibiliser les personnes noires et afro-descendantes, ou les objets polymorphes de la céramiste Louise Badiane.

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Photographie de couverture : Julien Liénard pour TROISCOULEURS Imprimé en France par SIB imprimerie — 47, bd de la Liane — 62200 Boulogne-sur-Mer TROISCOULEURS est distribué dans le réseau contact@lecrieurparis.com

PORTRAIT – SOLAL BOULOUDNINE EXPO – MARTHA WILSON SON – CAT POWER

ILS ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO

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directeur de la publication : elisha.karmitz@mk2.com | rédactrice en chef : juliette.reitzer@mk2.com | rédactrice en chef adjointe : time.zoppe@mk2.com | rédacteurs : quentin.grosset@mk2.com, josephine.leroy@mk2.com | directrice artistique : Anna Parraguette | graphistes : Ines Ferhat, Jérémie Leroy | secrétaire de rédaction : Vincent Tarrière | renfort correction : Claire Breton | stagiaire : Éléonore Houée | ont collaboré à ce numéro : Margaux Baralon, Julien Bécourt, Nora Bouazzouni, Renan Cros, Marilou Duponchel, Julien Dupuy, David Ezan, Yann François, Claude Garcia, Adrien Genoudet, Corentin Lê, Damien Leblanc, Olivier Marlas, Belinda Mathieu, Stéphane Méjanès, Thomas Messias, Jérôme Momcilovic, Wilfried Paris, Michaël Patin, Laura Pertuy, Perrine Quennesson, Bernard Quiriny, Georgia RenéWorms, Cécile Rosevaigue, Éric Vernay, Sophie Véron, Etaïnn Zwer & Célestin et Anselmo | photographes : Julien Liénard, Marie Rouge | illustratreurs : Sun Bai, Camille Deschiens, Émilie Gleason, Thomas Hayman, Jinhwa Jang | rédacteurs mk2 institut : Joséphine Dumoulin, Gabriel Doncque | publicité | directrice commerciale : stephanie.laroque@mk2.com | cheffe de publicité cinéma et marques : manon.lefeuvre@mk2. com | responsable culture, médias et partenariats : alison.pouzergues@mk2.com | cheffe de projet culture et médias : claire.defrance@mk2.com

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TROISCOULEURS éditeur MK2 + — 55, rue Traversière, Paris XIIe tél. 01 44 67 30 00 — gratuit

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Diplômée de la HEAR de Strasbourg, inspirée par les films de Kieślowski et les peintures de Marc Desgrandchamps, l’illustratrice nantaise compose des dessins rêveurs aux crayons de couleurs, visibles sur son Insta (@camilledeschiens) et dans la presse (Marie Claire). On l’a invitée à illustrer notre dossier consacré à Joanna Hogg parce qu’elle partage avec cette cinéaste un goût pour les ambiances ouatées et intimistes et un talent pour faire ressortir l’étrangeté du quotidien. Ce MacGyver du journalisme ciné écrit pour TROISCOULEURS depuis plus de dix ans – notamment sur les techniques et métiers les plus secrets du 7e art. Il est aussi le papa de Célestin, notre célèbre critique en herbe de 8 ans – ce mois-ci, après avoir envisagé Rocky (on a hésité), il l’a emmené voir Princesse dragon. Julien officie aussi chez Rockyrama, Capture Mag et Ciné+ Frisson. Ce mois-ci, il signe pour nous la critique sensible du nouveau Guillermo del Toro.

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Cinéma -----> « Ouistreham »

EMMANUEL Pour ses livres, il n’hésite pas à se confronter au réel le plus dur, correspondant avec l’assassin Jean-Claude Romand (L’Adversaire) ou notant les étapes de sa propre dépression (Yoga) tout en mettant en scène sa position d’écrivain. Son troisième film, Ouistreham, est inspiré d’un livre-enquête de la journaliste Florence Aubenas dans lequel elle s’infiltrait au sein d’une équipe de femmes de ménage. Dans un café du X arrondissement, un matin – car tous les après-midi il assiste au procès des attentats de 2015 –, Emmanuel Carrère nous a parlé de ce film et des enjeux moraux de l’écriture du réel.

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Florence Aubenas vous a désigné pour réaliser cette adaptation. À votre avis, quel film imaginait-elle en vous choisissant ? Je ne sais pas du tout. Juliette Binoche [qui incarne Marianne Winckler, personnage fictif inspiré par Florence Aubenas, ndlr] avait vraiment envie que ce film existe, elle en est à l’initiative. Elle et Florence Aubenas en parlaient et, à un moment, mon nom est sorti du chapeau. Florence ne m’a jamais expliqué pourquoi. À sa façon très rieuse, elle me disait : « Oh bah, écoute, ça m’est venu comme ça. Mais, si ça te fait chier, le fais pas. » Je m’y suis attelé et j’ai trouvé des correspondances avec mon travail, des interrogations sur comment représenter la réalité, faire le portrait de la vie des autres quand elle est très différente de la mienne. Marianne Winckler est tout à la fois écrivaine, journaliste, enquêtrice, peut-être un peu actrice, voire metteuse en scène. Cela fait-il écho à vos propres romans – D’autres vies que la mienne, Un roman russe, Yoga, L’Adversaire… –, dans lesquels vous jouez d’un brouillage de ces positions ? Je me suis projeté dans le personnage. Florence Aubenas s’efface derrière ce qu’elle raconte, même si son récit est à la première personne, très incarné. Son sujet, c’est la vie des gens, et elle ne dit rien de ses états d’âme… Moi, j’ai tendance à m’interroger sur ma propre démarche, au risque d’être envahissant. J’ai importé ça dans le film. Quelles seraient mes inquiétudes si j’étais à sa place ? Il est certain qu’une des interrogations c’est le risque, l’ambiguïté morale de l’entreprise. C’est pour ça que j’ai décidé de changer le

nom – ce n’est pas Florence Aubenas, c’est Marianne. J’ai choisi de la définir comme écrivaine, et pas comme journaliste. Non pas que je mette une hiérarchie entre les deux ; mais, dans la démarche d’une écrivaine, il y a peutêtre plus ce souci introspectif. Dans Ouistreham, on ne voit pas Marianne Winckler faire lire le manuscrit aux femmes de ménage avant publication. Ce geste, vous en parlez un peu dans D’autres vies que la mienne – vous faites lire le texte à votre belle famille. Qu’est-ce que ça implique ? Je l’ai fait à titre tout à fait exceptionnel pour ce livre, car il avait été composé dans un rapport de proximité très grande. Je leur avais dit d’entrée de jeu que je le leur donnerais à lire, que je tiendrais compte de toutes leurs remarques, leurs demandes. Mais je ne pense pas que ça soit un principe tenable, ce serait très difficile de faire du journalisme selon cette règle-là. Car en fait les gens ne sont jamais contents de ce qu’on écrit sur eux. On voit beaucoup Marianne Winckler prendre des notes. Vous, à quoi ressemblent vos notes lorsque vous partez pour écrire ? À ça ! [Il prend un gros carnet noir sur la table et l’ouvre devant nous. Les notes ont l’air assez détaillées, ndlr.] Noter scrupuleusement ce que disent les gens, je n’en suis pas capable – il y a des gens comme ça qui arrivent à noter à toute allure. Par ailleurs, j’ai tendance à penser que, ce qui mérite qu’on se le rappelle, on se le rappelle. Je m’aperçois que, quand je prends des notes comme ça, je

no 185 – hiver 2021-2022

ne m’en sers pratiquement jamais. Je ne suis pas sûr que je les relirai. Et les entretiens qui servent de matière à vos livres, vous les préparez comment ? Je ne les enregistre pas, parce que ça m’emmerde de les retranscrire ensuite. Ce qui fait que, quand je fais des interviews écrites, ce n’est pas sous la forme questions-réponses, c’est beaucoup du style indirect. Je ne suis pas d’une rigueur absolue là-dessus. Il y a des cas où on doit l’être, comme le reportage que j’avais fait sur Macron pour The Guardian [un article d’octobre 2017 intitulé Orbiting Jupiter: my week with Emmanuel Macron, ndlr]. Dans ce cas-là, l’Élysée vous demande de contrôler ce qui est mis entre guillemets dans la bouche du président. Vous mettez beaucoup en scène la solitude de l’écrivain. Vous essayez d’y échapper en tournant un film ? Oui, c’est un tout autre mode de création, collectif, et c’est quelque chose que j’aime énormément. J’ai eu la chance de pouvoir constituer des équipes avec lesquelles je me sentais très en confiance, suffisamment pour faire le truc principal : pouvoir dire que je ne sais pas, quand je ne sais pas. Vos livres s’intéressent à des zones d’ombre de l’humain, à leur détresse. Pour ne pas être trop éprouvé, quelle est la limite ? Dans le cas de Ouistreham, je suis quand même dans une position assez confortable. D’abord il n’est pas question de détresse psychologique, plutôt d’une détresse sociale. Les personnes dont on parle ne


« Ouistreham » <----- Cinéma

L’ENTRETIEN DU MOIS

CARRÈRE sont pas plus fragiles psychologiquement que d’autres ; beaucoup d’entre elles ont une grande vitalité, une grande capacité de joie, de lien humain… C’est pas Jean-Claude Romand ! Lui, c’était un cas psychiatrique très dur. Moi, en raison de certaines difficultés psychologiques, je fais partie des gens relativement fragiles sur ce terrain-là. Alors que, sur le terrain social, je suis privilégié ; j’ai mené une vie bourgeoise, je suis dans la même position que l’héroïne, qui essaye précisément de se familiariser, d’avoir un regard et de bien montrer. Dans votre dernier livre, Yoga, vous décrivez la conception de vos livres comme un magma de fichiers que vous coupez, intervertissez, puis qui prennent une forme inattendue. Ça ressemble à du montage, non ? Avec Yoga, j’ai pris l’habitude de ces courts chapitres avec des titres. J’aime bien ça, avoir des petites unités. Comme si c’étaient

dans ce qu’elle fait, et ça rend d’autant plus violente et cruelle l’espèce de retour de bâton du réel qui lui arrive dans la dernière partie du film. Car la lutte des classes, oui, ça existe. Dans Yoga, vous parlez de cinéma. Vous dîtes que ce qui vous plaît, comme cinéaste, c’est quand le film final s’éloigne le plus possible de l’idée de départ. Comment ça s’est passé avec Ouistreham ? En 2003, j’ai réalisé un documentaire, Retour à Kotelnitch [un film dans lequel il entrecroisait son histoire personnelle avec celle d’une famille russe victime d’un assassinat au cours du tournage, ndlr]. Le principe de cette forme, c’est qu’on ne sait pas où cela va vous mener en tant que cinéaste. C’est d’ailleurs aberrant que des commissions demandent d’écrire des scénarios pour les documentaires ! Moi, personnellement, c’est ce que j’aime le plus. Mais là c’est un film, avec un scénario auquel on a été fidèles. La part d’inconnu,

« Même dans la fiction, je fais essentiellement du documentaire. » des petits blocs, qu’on peut agencer, faire bouger les uns avec les autres. Ma manière d’écrire est assez marquée par le cinéma, mais alors juste par l’opération du montage. On est dans une pièce tranquillement, au chaud … mais on est deux. En réalité, la phase que je trouve dure, c’est l’écriture du scénario. Quand vous étiez jeune journaliste pour Positif et Télérama, vous avez interviewé l’acteur William Hurt. Alors qu’il vous parlait de ses efforts pour devenir un meilleur être humain, vous lui avez demandé pourquoi il y tenait tant que ça. Il vous a alors chuchoté : « Parce que ça rend meilleur acteur. » Cette phrase résonne avec votre film, non ? Il y a chez le personnage de Marianne – et là je parle du personnage, pas de Florence – un désir de témoignage, et de choses qui, dans ce témoignage, doivent la former elle-même aussi. C’est quand même aussi une entreprise de progrès personnel. Il y a vraiment une visée morale

elle vient des acteurs, le fait qu’ils soient non professionnels. Hélène Lambert, qui joue l’un des rôles principaux aux côtés de Juliette Binoche [celui d’une femme de ménage avec laquelle la journaliste se lie d’amitié, ndlr], était très sauvage au début. Je me demandais si elle n’allait pas nous planter. Elle est d’abord venue avec une curiosité un peu réticente, comme si on l’obligeait. Et puis il y a eu ce moment très beau où j’ai senti qu’elle commençait à rentrer dans le film. Votre premier livre, paru en 1982, était une monographie consacré au cinéaste Werner Herzog. Avec le recul, comment vos deux œuvres se répondent-elles ? Ce n’est pas du tout le minimiser mais je pense que Herzog est avant tout un grand documentariste. Ses œuvres de fiction, je dirais que leur beauté est fonction de leur plus ou moins grande teneur documentaire. Aguirre. La colère de Dieu, par exemple, c’est aussi un documentaire sur l’aventure du tournage.

Si je peux me sentir une parenté avec un cinéaste aussi important, c’est ça : même dans la fiction, je fais essentiellement du documentaire. Chaque semaine, pour L’Obs, vous chroniquez le procès des attentats de 2015. La justice, les procès sont souvent présents dans vos livres. Ce procès en particulier fera-t-il l’objet d’un prochain livre ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette institution ? Plusieurs choses à la fois : d’une part cette idée abstraite, très importante, de rendre justice, d’autre part le théâtre de la justice. C’est une institution que j’ai connue sous trois formes. Il y a eu le procès de Jean-Claude Romand [qu’il a suivi pour son livre L’Adversaire, ndlr], un grand procès d’assises. C’est comme un festival de cinéma, les chroniqueurs judiciaires sont dans la même position que les critiques : tout le monde voit la même chose et écrit avec sa sensibilité. J’ai travaillé aussi sur la petite justice de proximité pour D’autres vies que la mienne [il y fait le portrait de sa belle-sœur de l’époque, qui était juge d’instance, ndlr] – personne ne s’y intéresse, moi ça me passionnait. Et là, le procès des attentats, c’est hors norme, gigantesque, c’est comme une série d’une certaine manière. Ça peut paraître cynique de dire ça. Le fait est que je ne l’aurais pas dit sur le même ton il y a trois semaines, car on était dans les témoignages des rescapés, des gens endeuillés… Je n’en menais pas large. Là, on est dans une phase où on est plus à distance, ce sont des témoignages d’experts. Donc je peux dire quelque chose de plus détaché… C’est totalement addictif. J’essaye d’en rendre le contenu humain. J’ai l’idée d’écrire un livre qui ne soit pas juste un recueil de chroniques. Je n’ai pas peur de manquer de matière, j’ai juste peur de ne pas trouver les bons angles. Mais je trouverais ça très inquiétant que je sache déjà quelle forme adopter. Ouistreham d’Emmanuel Carrère, Memento (1 h 47), sortie le 12 janvier PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET

29, 30 et 31 déc

DANS TON CŒUR Akoreacro / Pierre Guillois cirque

8 et 9 jan

L’HUÎTRE QUI FUME

ET AUTRES PRODIGES

Thierry Collet Chloé Cassagnes Brice Berthoud magie et marionnette

21 et 22 jan

ILLUSIONS PERDUES Balzac / Pauline Bayle théâtre

14 jan

NUIT DU CINÉMA ZOMBIES ciné-concert et cinéma

26 jan

BONHOMME Laurent Sciamma humour

1er fév

FEU ! CHATTERTON musique

15 jan

ADOLESCENT Sylvain Groud et Françoise Pétrovitch danse

18 jan

UNE NUIT TRANSFIGURÉE

DIMANCHE

Ensemble Des Équilibres

Cies Focus et Chaliwaté

musique

théâtre

de 4€ à 18€ étudiants 5€ (10€ pour les Nuits du cinéma et les festivals)

RER A Noisiel à 20 min de Paris Nation lafermedubuisson.com

8 fév

Photographie : Marie Rouge pour TROISCOULEURS

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LES MITCHELL CONTRE LES MACHINES

#JeSuisLà (2020) SEARCHING (2018) Si l’on en croit #JeSuisLà d’Éric Lartigau (2020), le romantisme n’est pas mort, il est sur les réseaux sociaux. Quand il rencontre Soo, énigmatique Sud-­ Coréenne de 35 ans, sur Instagram, la vie de Stéphane, restaurateur divorcé et pépère dans le Pays basque, repasse du noir et blanc à la couleur. Jusqu’à entamer un voyage au bout du monde pour la rejoindre. Comme quoi, les réseaux sociaux ouvrent à de nouveaux horizons.

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SEUL DANS LA FOULE

L’avis de … a n u ell e Em m L a u re n t Psychologue clinicienne, elle tient la chaîne YouTube Psychanalyse-toi la face ! sous le pseudonyme de Mardi noir. Autrice d’Êtes-vous bien sûr d’être normal ? (Flammarion, 2021).

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EN BREF

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Dans Belle (lire p. 56), Mamoru Hosoda suit Suzu, une jeune fille très timide qui trouve, grâce à un monde virtuel et à l’avatar qu’elle s’y crée, la liberté et le courage d’être elle-même. Alors que Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, a annoncé en grande pompe cet automne son projet de métavers, il est temps de se demander : les réseaux sociaux vus par le cinéma, ça donne quoi ?

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En bref

La vie privée ? Un concept quasi obsolète depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Si cette ultratransparence fait du pied à nos pires instincts de stalker, elle peut aussi être bien utile, notamment dans le cas d’une enquête. Comme en 2018 dans Searching. Portée disparue d’Aneesh Chaganty, qui voit John Cho partir à la recherche de sa fille disparue en scrutant les moindres détails de sa vie en ligne.

Dans la comédie musicale Cher Evan Hansen (en salles le 12 janvier), un ado atteint de phobie sociale vit ses années lycée dans un climat d’extrême solitude. On a regardé le film avec la psychologue Emmanuelle Laurent. Terrifié à l’idée de parler à qui que ce soit, l’ado du film est chargé par son psy de s’écrire des lettres à lui-même. Quel peut être l’objectif d’une telle mission ? Ce jeune homme, qui n’a d’échange avec personne, doit tenter de prendre sa place, et le langage est une des clés – c’est lui qui permet de créer du lien. C’est de là que naît l’idée des lettres à s’écrire à soi-même : elles sont censées permettre de renouer avec le langage. En se parlant d’abord à lui-même, il se donne une chance de pouvoir tôt ou tard parler à d’autres personnes. Cette méthode est ancrée dans une façon très américaine d’appréhender les psychopathologies : le sujet est secondaire, comme dépossédé

Alors que les réseaux sociaux ont la réputation d’avoir une mauvaise influence sur les adolescents, il s’avère qu’ils sont aussi une zone de haute créativité. Du moins, selon Les Mitchell contre les machines de Michael Rianda et Jeff Rowe (2021), dans lequel Katie, la fille aînée de la famille, laisse éclater tout son génie de cinéaste inventive sur YouTube, faute de trouver un écho à sa folie douce à la maison.

de toute responsabilité, et on ne cherche qu’à traiter le symptôme. Com­me s’il s’agissait de soigner une grippe. Les numéros musicaux mettent en valeur le profond sentiment de solitude qui étreint le héros, y compris lorsqu’il est physiquement très entouré. Quand il chante, personne ne semble l’entendre… On peut considérer cela comme une mise en scène de son fantasme. C’est une façon pour Evan de donner corps à ce qui se passe dans sa tête, à savoir cette impression de s’époumoner sans jamais être entendu. La comédie musicale est sans doute le genre idéal pour permettre au fantasme de faire irruption dans le réel. Sans compter son psy, Evan ne parle qu’à une personne : sa mère, jouée par Julianne Moore. Cette relation est-elle susceptible de renforcer son enfermement ? L’unicité de cette relation peut provoquer un étouffement. Rien ne vient faire tiers dans ce binôme. Ce qu’il y a d’intéressant dans la phobie, c’est qu’elle vient remplacer ce qui peut habituellement jouer le rôle de troisième sommet du triangle (un deuxième parent ou un autre adulte de référence). Le sujet crée une phobie afin de

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mettre à distance sa relation duelle, comme celle qui lie Evan à sa mère. Et c’est ce qui engendre de l’angoisse. L’adolescence constitue-t-elle un terreau de choix pour le développement de la phobie sociale ? La phobie apparaît généralement au cours de la petite enfance, vers l’âge de 4 ou 5 ans. Il n’est pas rare qu’elle dispa-

« Le langage est une des clés. » raisse ensuite pendant plusieurs années, pour émerger de nouveau au moment de l’adolescence, coïncidant souvent avec la puberté. Au lycée, les figures phobiques sont nombreuses. L’émergence du sexuel peut angoisser, ainsi que la proximité avec tous ces gens qui nous sont à la fois si semblables et si différents. L’imminence de l’âge adulte rend la socialisation d’autant plus complexe. PROPOS RECUEILLIS PAR THOMAS MESSIAS


En bref

À offrir

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À chaque jour ou presque, sa bonne action cinéphile. Grâce à nos conseils, enjolivez le quotidien de ces personnes qui font de votre vie un vrai film (à sketchs).

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Cette vieille branche manifeste régulièrement son mécontentement. Vous avez toujours voulu savoir ce qui se cachait derrière sa mauvaise humeur permanente. Pour briser la glace, offrez-lui l’essai critique Maurice Pialat. La main, les yeux signé par notre collaborateur Jérôme Momcilovic, qui analyse finement, et avec tendresse, l’œuvre du réalisateur de Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) à l’aune des clichés qu’on lui a accolés (son prétendu sadisme notamment). Brillant.

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Maurice Pialat. La main, les yeux de Jérôme Momcilovic (Capricci, 128 p., 13,50 €)

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res lu s t es

Des années que vous vous promettez de partir aux quatre coins du globe, mais à chaque fois un événement (crise du Covid, banquier paniqué par vos découverts, jambe cassée…) vient tout gâcher. Mieux vaut en sourire. Offrez-lui le livre illustré Cinémaps de l’Américain Andrew DeGraff, qui reproduit les parcours de personnages culte (Marty McFly, Indiana Jones…) avec, en accompagnement, de courts textes analytiques. S’imaginer dans la DeLorean de Retour vers le futur, c’est pas mal aussi.

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Cinémaps. Cartographie de 35 films de légende d’Andrew DeGraff et A. D. Jameson (Ynnis Éditions, 157 p., 34,90 €)

Figure du IXe arrondissement parisien, elle vend depuis des décennies des robes de soirées imitation Versace, a la réputation d’avoir multiplié les amants, et a rendu sourde la moitié des habitants par ses légendaires disputes en pleine rue. Accompagnez-la à la rétro que la Cinémathèque consacre à la tout aussi éclatante Elizabeth Taylor, éternelle Cléopâtre disparue en 2011, dont les rôles de femmes passionnées (et les frasques personnelles) ont défrayé la chronique hollywoodienne. « Rétrospective Elizabeth Taylor », jusqu’au 5 janvier à la Cinémathèque française

Famille Zilkha

JOSÉPHINE LEROY

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Scène culte

La comédie canine d’Alain Chabat fête ses 25 ans. Avec son mélange de fantastique, d’intrigue sentimentale et de football, ce premier film audacieux s’était taillé un beau succès. Faire croire à l’histoire d’un chien qui se transforme en homme ; tel fut le pari fou d’Alain Chabat pour son premier film en tant que réalisateur. Sorti en janvier 1997, Didier met en scène Jean-Pierre (Jean-Pierre Bacri), agent sportif sous pression qui doit garder le labrador d’une amie. Durant une étrange nuit, l’animal nommé Didier prend une apparence humaine (celle d’Alain Chabat) mais reste psychologiquement un chien. Jean-Pierre tente de camoufler la situation, avant de faire passer Didier pour un joueur de foot lituanien… Assistante, à l’époque, de l’attachée de presse Michèle Darmon, Nathalie Iund se souvient de son travail sur Didier : « Après La Cité de la peur, chaque membre des Nuls a eu envie de réaliser son propre film, et les producteurs écoutaient avec intérêt. Claude Berri a ainsi dit oui à Chabat sur la seule base du pitch. » Pour don-

ner de l’épaisseur à ce récit fantastique, Chabat ajoute une relation sentimentale contrariée entre les personnages de Jean-Pierre Bacri et d’Isabelle Gélinas et tourne la fin au Parc des Princes. « Alain n’aime pourtant pas le foot. » Malgré ce mélange des genres, la promotion privilégie l’aspect comédie. « On a fait un dossier de presse qui était mordu en haut à droite, comme si un chien était passé par là. On s’amusait dans la communication. » Le succès fut au rendez-vous avec 2,9 millions d’entrées, et Didier remporta le César du meilleur premier film. « Un remake américain a même été envisagé mais ne s’est pas fait. » Que reste-t-il désormais de ce film canin ? « Didier a un peu disparu des radars. J’ai ensuite été attachée de presse d’Astérix et Obélix. Mission Cléopâtre [sorti en 2002, ndlr] et c’était très différent, on savait que ce Chabat-là serait un énorme carton », conclut Nathalie Iund. Mais avec le touchant Jean-Pierre Bacri qui accepte le côté inattendu de la vie pour s’ouvrir à la rencontre amoureuse, Didier conserve aujourd’hui toute sa saveur. DAMIEN LEBLANC ILLUSTRATION : SUN BAI

Règle de trois

VALÉRIE DONZELLI

« Vous aimez les films d’horreur ? Lequel est votre préféré ? » qui allait faire florès, rend à Craven son pouvoir de nuisance. Le clin d’œil n’annule pas l’angoisse, il sape nos défenses. La connaissance des ficelles ne nous protège plus, elle nous égare. Si la première scène de Scream a tant marqué les esprits, ce n’est pas seulement parce qu’elle pose les bases d’une néohorreur consciente, mais parce qu’elle restaure la tension propre au genre, cette zone d’incertitude entre ce que l’on projette et ce qui est projeté. Pour une fois, nos prévisions seront peutêtre vérifiées, mais elles ne nous empêcheront pas de crier.

MICHAËL PATIN

sûr… Wes Craven. « Le premier faisait peur. Les autres, ça craint », affirme-telle (deux ans plus tôt, Craven a réalisé Freddy sort de la nuit, septième chapitre de la saga). C’est la nature de Scream : plus qu’une série B d’horreur, une satire de série B d’horreur ; mieux qu’un slasher, un discours sur le slasher. Ce glissement, en ouvrant les vannes d’un humour méta

Scream de Wes Craven, 1 h 50

DIDIER

Mètre étalon de l’horreur méta passant les codes du genre à la moulinette ironique, Scream, premier du nom (le cinquième volet de la saga sort le 12 janvier), est aussi, paradoxalement, un film de trouille à l’efficacité redoutable. Cours, Drew Barrymore, cours ! Une jolie blonde (Drew Barrymore), une maison vide, un psychopathe au bout du fil : la scène d’ouverture de Scream coche toutes les cases du genre slasher. En quelques secondes, on peut prédire que le tueur portera un masque, qu’il jouera avec sa victime et qu’il finira par la débiter à l’arme blanche – jamais une blonde n’est sortie vivante d’une telle scène. En 1996, c’est ce qu’attendent les fans de Wes Craven (La colline a des yeux), mais le maître a prévu un twist qui change tout : dans Scream, ce fond commun de codes routiniers n’est plus réservé aux spectateurs, il est aussi le principal sujet de conversation des personnages. « Vous aimez les films d’horreur ? Lequel est votre préféré ? » demande la voix anonyme à la naïve étudiante, qui se décide pour Halloween, avant d’évoquer les mérites des Griffes de la nuit et de la franchise Freddy, dont l’auteur est bien

© Julien Liénard

Flash-back

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SCREAM

DE WES CRAVEN (1996) MATRIX RESURRECTIONS DE LANA WACHOWSKI (SORTIE LE 22 DÉCEMBRE) :NEO (KEANU REEVES) ET MORPHEUS (YAHYA ABDUL-MATEEN II) REPRENNENT LA PILULE LES PROJETANT DANS UN MONDE PARALLÈLE NUMÉRIQUE

Émopitch

En bref

Citez 3 films sur la maternité qui vous ont marquée. L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune de Jacques Demy (1973), avec Marcello Mastroianni enceint. Au départ, j’avais écrit la série pour Catherine Deneuve, je pense que c’est lié à ce film. L’une chante l’autre pas d’Agnès Varda (1977), pour le féminisme et cette femme enceinte entourée d’autres femmes. Et Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset (1996). C’est une femme qui est la maîtresse d’un homme marié, elle est totalement prise au piège au point de vouloir se suicider avec ses sept enfants. Mais elle a un sursaut de vie à la fin. C’est un grand film sur la misère, et sur comment les femmes sont parfois des proies pour les hommes.

Elle signe Nona et ses filles, une série libre et joyeuse Quel acteur ou actrice dans laquelle une vous faisait fantasmer septuagénaire parisienne (Miou-Miou) découvre qu’elle à 13 ans ? est enceinte, entourée de Sophia Loren. Mon père l’adorait et je ses triplées quadra campées ne comprenais pas comment lui qui me par Donzelli elle-même, paraissait si frêle pouvait adorer une Virginie Ledoyen et Clotilde femme qui avait autant de poitrine, de bouche, de cheveux. Ça me renvoyait Hesme. La réalisatrice s’est presque de lui l’image d’un petit garçon prêtée au jeu de notre prêt à se faire dévorer. Elle me fascinait complètement. questionnaire cinéphile.

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© 1996 Miramax. MIRAMAX. AllAll Rights Rights Reserved. Reserved.

En bref

3 films que vous avez fait découvrir à vos enfants ? Les Quatre Cents Coups de François Truffaut (1959). C’est un film dur sur l’enfance et important cinématographiquement. Trois places pour le 26 de Jacques Demy (1988), un enchantement, le music-hall, une jeune fille qui rêve d’être danseuse… Le film parle aussi de choses compliquées comme l’inceste. Je l’avais regardé avec mes enfants et ça avait donné lieu à une vraie discussion. Et le prodigieux Annie de John Huston (1982). C’était ça que je voulais faire, quand j’étais enfant : des comédies musicales à l’américaine. Je ne sais pas si un jour j’en ferai.

Décrivez-vous en 3 héroïnes de fiction. Wonder Woman m’a marquée quand j’étais ado, pour sa sexy attitude et aussi parce qu’elle était libre. Elle n’avait pas peur des hommes, elle était plus forte qu’eux. Moi, j’avais toujours cette appréhension des hommes, avec l’idée que, quand on est une jeune biche de 13-14 ans, ils peuvent nous faire du mal. Ma mère nous apprenait à mettre des coups de genou dans les roubignoles. Drew Barrymore dans Le Come Back de Marc Lawrence (2007), je me suis inspirée d’elle et de son côté adulescent pour jouer George dans la série. Catherine Deneuve dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (1975), pour son côté déterminé, insupportable, qui n’en fait qu’à sa tête.

AU CINÉMA LE 2 FÉVRIER Nona et ses filles de Valérie Donzelli, en intégralité sur Arte.tv

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIETTE REITZER

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Le strip

En bref

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Dans le dyptique The Souvenir de Joanna Hogg (lire p. 18), en salles le 2 février, la fille de l’actrice Tilda Swinton irradie dans le rôle d’une apprentie cinéaste réservée prise dans une relation toxique.

À quoi ça peut ressembler, la vie de la fille de Tilda Swinton ? On imagine ça comme un film d’aventures, un parcours un peu alien. On n’en est pas loin : volubile et enjouée, elle nous raconte sa conscience d’avoir eu une jeunesse privilégiée, passée entre la propriété familiale dans les Highlands écossais et de nombreux voyages autour du monde, sur les tournages de sa mère. « J’ai été élevée selon les principes du self-directed learning [une méthode d’éducation dans laquelle les élèves choisissent leurs activités, leur rythme d’étude, ndlr]. » Pour son tout premier rôle, celle qui se dit fan de films d’horreur joue Julie, une

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jeune femme d’un milieu posh dans les années 1980. « J’ai vu pas mal de films de l’époque, notamment ceux dans lesquels ma mère a joué. » L’étudiante qu’elle joue tombe amoureuse d’un héroïnomane et devient réalisatrice, comme pour exorciser cette relation tourmentée. « Je suis tout aussi émotive et tendre, mais je suis aussi plus rude, plus sauvage… » En attendant de nouveaux rôles, elle poursuit ses études de psychologie à Édimbourg. « Ce n’est pas vraiment pour devenir psy – je ne pourrais pas, je donne trop mon avis. C’est plutôt pour me servir de ces connaissances pour jouer, ou même dans mes propres relations. Ce que je veux, c’est toujours explorer. » The Souvenir et The Souvenir Part. II de Joanna Hogg, Condor (1 h 59, 1 h 46), sortie le 2 février Photographie : Julien Liénard pour TROISCOULEURS

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QUENTIN GROSSET

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La jeune cinéaste réinvente la figure de la jeune fille avec Elles allaient danser, un court métrage de docu-fiction récompensé au FIFIB en octobre, dans lequel deux banlieusardes déambulent dans les rues de Paris un soir d’été. La sexualité est une affaire politique. C’est ce que nous racontent en sous-texte les films de Laïs Decaster. Dans Jsuis pas malheureuse (2019), bricolé de ses 18 à ses 23 ans avec une petite caméra, sans objectif précis mais avec l’intuition que quelque chose se passait, elle filmait ses copines d’Argenteuil parler à bâtons rompus : désir, Tinder, masturbation, fantasmes, garçons, filles, amitié… Parmi ses influences, elle cite le travail d’Alain Cavalier, de


ÉMILIE GLEASON

En bref

OURS D’OR

FESTIVAL DU FILM DE BERLIN 2021

réalisé par RADU JUDE

Chantal Akerman ou de Guillaume Brac : « Ce qui me plaît, dans ces films-là, c’est que les choses de la vie deviennent hyper intéressantes, et c’est rassurant de se dire que notre vie peut aussi être un film, si on la regarde bien. » Avec Elles allaient danser, la jeune cinéaste, ancienne étudiante de Paris-VIII et de La Fémis, donne un nouveau chapitre extrêmement drôle et émouvant à ses obsessions : « Parler de ça avec mes copines, c’est ce que je préfère dans la vie, ce sont les moments les plus intenses. On plonge dans l’histoire de l’autre, on s’oublie soi. » Son prochain film devrait suivre les mêmes thématiques que les précédents… Mais cette fois-ci sur un tatami de judo. Elles allaient danser de Laïs Decaster (30 min)

« UNE COMÉDIE ROUMAINE GRINÇANTE » TÉLÉRAMA

« PORNO, PANDÉMIE ET POPULISME » LES CAHIERS DU CINÉMA

EN EXCLUSIVITÉ AU

« LE FILM LE PLUS DINGUE DE L’ANNÉE » PREMIERE

À PARIS

ACTUELLEMENT AU CINÉMA

MARILOU DUPONCHEL

Photographie : Julien Liénard pour TROISCOULEURS

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La phrase

En bref

« Leur publication est prévue. Mais uniquement après ma mort. »

Microscope

Infiltré

L’écrivaine Annie Ernaux à propos de ses journaux intimes, dans une interview publiée dans le numéro de décembre des Inrocks

LA CERISE

Comme le diable, le cinéma se loge dans les détails. Geste inattendu d’un acteur, couleur d’un décor, drapé d’une jupe sous l’effet du vent : chaque mois, de film en film, nous partons en quête de ces événements minuscules qui sont autant de brèches où s’engouffre l’émotion du spectateur. Ce mois-ci : la cerise sur le gâteau d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (1984). C’est l’une des plus belles scènes du film. Scène muette, attentive, qui prend le temps de faire ce qu’elle a à faire : observer un enfant. Patsy n’a pas plus de 12 ans, ses cheveux sont très noirs et ses yeux très bleus. Il est assis penaud sur un palier qui n’est pas le sien, avec une pâtisserie dans les mains. De le voir seul est déjà touchant, lui qui le reste du temps n’est qu’en bande – sa bande, trois autres petits voyous juifs à joues lisses de bébé, quelque part dans le Lower East Side aux premières années de la prohibi-

tion. Noodles, le chef de la bande, lui a raconté que Peggy, une fille du quartier un peu plus âgée qu’eux, ne se montrait pas farouche à qui voulait bien lui offrir sa pâtisserie préférée, une charlotte russe. New York, dit-on, raffolait à l’époque de ces gâteaux coiffés d’une couche épaisse de crème fouettée et d’une unique cerise confite au marasquin. Patsy a demandé la plus grosse charlotte du magasin, et insisté pour qu’on lui fasse un beau paquet. Mais Peggy, quand il se décide à frapper à sa porte, est occupée à prendre son bain : c’est sa mère qui ouvre, oui Peggy est bien là mais elle prend son bain, il va falloir attendre un peu – et la mère ayant dit cela ouvre un peu plus la porte, révélant au regard de Patsy, qui manque s’évanouir sous la poussée de son désir gauche, le dos nu et ruisselant d’eau chaude de Peggy. La porte refermée, Patsy s’assied comme il peut sur le palier qui n’est pas grand, accompagné de sa pâtisserie fastueusement emballée. C’est ici, bien sûr, que commence le plus beau de la scène. Patsy est secoué par des désirs d’homme mais il reste un enfant, et l’on comprend vite, à le voir lorgner sur le paquet, que la tentation du sucre sera plus forte que celle du dos rosé de Peggy. Le détail, le point d’incandescence de cette scène magnifique, est-ce la cerise ? Pas tout à fait. La cerise n’a rien d’un détail, elle est là pour focaliser l’attention et ramener tout à l’évidente indécence de ce téton

rouge luisant sur la crème immaculée, qu’un enfant vient échanger contre un peu de chair à toucher sans voir que le gâteau lui-même est plus lubrique que ses pensées. Mais justement : la lourde charge symbolique qui pèse sur la cerise laissait imaginer qu’il la mangerait en dernier, en signe ultime de son renoncement et de la victoire de sa gourmandise sur son envie de grandir, en somme par dépit d’avoir mangé entièrement le gâteau qu’il croyait se contenter de goûter. De fait, après avoir considéré très brièvement la cerise, Patsy commence par récolter un peu de crème sur l’emballage qu’il replie aussitôt, encore convaincu qu’il saura résister, et alors on croit vraiment au début d’un lent strip-tease pâtissier. Sauf que Patsy, rouvrant le paquet, fait un choix net en s’attaquant d’emblée à la cerise. Voilà le détail superbe : que le petit fruit obscène soit englouti à ce moment-là plutôt qu’à la fin, et qu’en le croquant l’enfant montre moins une défaite qu’une franche résolution en faveur du plaisir le plus proche. Voilà ce que Leone choisit de filmer : une joie d’enfant plutôt que la honte de ne pas réussir à se hisser jusqu’aux joies adultes. Un véritable moment de sensualité, simplement déplacé d’un corps de fille vers un gâteau, et une petite cerise brillante. JÉRÔME MOMCILOVIC

© D. R.

Début novembre, en plein tournage de The Killer à Paris, le réalisateur de Fight Club s’est laissé approcher et a échangé avec des admirateurs – à commencer par notre journaliste Damien Leblanc.

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Pendant cinq jours, le cinéaste américain et son équipe se sont installés place de l’Estrapade, dans le Ve arrondissement, pour shooter des scènes de The Killer, adaptation de la BD française Le Tueur (de Matz et Luc Jacamon), avec Michael Fassbender dans la peau d’un tueur à gages implacable assailli par sa propre conscience morale. Ici, pas de dispositif de sécurité spectaculaire, mais un tournage ouvert aux regards de tous – ce qui n’a pas manqué d’attirer les fans du réalisateur de Seven et de Gone Girl. On a ainsi vu Fassbender dans un costume blanc lui donnant des airs de touriste d’un autre temps, non loin de sa doublure, le Français Brice Deliry. Juliette Goffart, critique de cinéma


En bref

J OAQ U IN P H O E N I X

W OO DY NO R M A N

NOS ÂMES D ENFANTS “Joaquin Phoenix est merveilleux.” Tim Grierson, SCREEN DAILY

“Un film qui vous fera pleurer et rire” Rodrigo Perez, THE PLAYLIST

“Une interprétation à couper le souffle” Carlos Aguilar, THE WRAP

et autrice de David Fincher. L’obsession du mal, a saisi l’occasion pour offrir l’ouvrage au cinéaste. « Oh mon Dieu, les serial killers… toute ma vie ! » s’est-il exclamé, en feuilletant le bouquin. Il a également répondu à un fan qui lui parlait de Rue de l’Estrapade (de Jacques Becker, 1953, tourné dans le même quartier) que, s’il n’avait pas vu le film, il trouvait le décor idéal. Plus tard, les gyrophares de voitures de police éclairent la nuit (on tourne une séquence de course-poursuite avec cascades automobiles), et le rideau se ferme : les curieux sont priés de s’éloigner, des barrières sont installées – on est vendredi soir, et les bars du Quartier latin attirent les fêtards. Quand le matériel est remballé, il se murmure que le tournage continuera la semaine suivante à Roissy avant de s’envoler en République dominicaine, à La Nouvelle-Orléans et à Chicago. The Killer de David Fincher, à sortir en 2022

ÉCR IT ET RÉALI SÉ PAR M I KE M I LLS

LE 26 JANVIER 2022 AU CINÉMA

DAMIEN LEBLANC

Illustration : Thomas Hayman pour TROISCOULEURS

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En bref -----> La page des enfants

L’interview DE Tout doux liste

LYNX [CINÉMA] Dans le Jura, Laurent Geslin part à la recherche des lynx, réintroduits dans la région depuis les années 1970. La rareté du félin, qui imprime son rythme au film, fait la splendeur de ce documentaire. • É. H. Lynx de Laurent Geslin (Gebeka Films, 1 h 22), sortie le 19 janvier, dès 8 ans

Anselmo, 8 ans, a interviewé ce pionnier du street art reconnu dans le monde entier. Toujours très colorées, ses œuvres font référence au monde de l’enfance, aux héros de BD et de dessins animés, et sont exposées en ce moment à Paris, au Musée en herbe. C’est toi qui as trouvé ce nom, Speedy Graphito, ou ce sont tes parents ? C’est moi ! Je dessinais sur les murs, dans la rue, et, comme c’est interdit, je ne voulais pas qu’on sache qui j’étais ! Si j’avais signé mes graffitis de mon vrai nom, on aurait pu aller voir mes parents et leur dire : « Dites donc, votre fils fait de sacrées bêtises, là ! » Qu’est-ce que ce nom veut dire ? Speedy, ça veut dire « vite ». Comme on n’a pas le droit de dessiner dans la rue, il fallait aller vite. Et Graphito, c’est pour rappeler les mots « graffitis » et « graphisme ». J’ai inventé un nom qu’on retient facilement.

TOUS EN SCÈNE 2 [CINÉMA] Buster Moon, le koala, rêve en grand : créer un spectacle hors du commun à Redshore City. Grâce à sa B.O. pop (U2, Billie Eilish) et à son casting vocal investi, le film offre un show musical spectaculaire. • É. H.

Tu avais peur de la police ? Oui, et il m’est arrivé de me faire prendre. Ils me demandaient : « Mais pourquoi vous faites de la peinture sur les murs ? » Moi, je répondais : « Le mur, il est moche ; je peins sur un mur abîmé, pas sur un mur tout neuf. » Généralement, ils me confisquaient mon matériel de peinture et ils me laissaient repartir.

Tous en scène 2 de Garth Jennings (Universal Pictures, 1 h 50), sortie le 22 décembre, dès 6 ans

Tu as commencé à quel âge ? Est-ce qu’à 8 ans tu le faisais déjà ? Non, j’ai fait mon premier graffiti vers 17 ans, dans une rue juste à côté de chez moi. Tu te souviens de ce que tu avais dessiné ? Oui, je me suis représenté avec une dame qui me courait derrière et un robot qui courait derrière la dame. Mais, avant de peindre sur les murs, je dessinais déjà beaucoup.

COMMENT JE SUIS DEVENUE OLIVIA [SPECTACLE] Olivia est danseuse ; Célia, pianiste. Dans ce spectacle intimiste, les sœurs retracent leur jeunesse, marquée par les grandes comédies musicales comme West Side Story qui ont façonné leur identité. • É. H. Comment je suis devenue Olivia, samedi 8 janvier à 15 h à la Philharmonie de Paris (1 h 05), dès 9 ans

PAR ANSELMO 8 ANS

Est-ce que tu dépassais quand tu faisais des coloriages ? Peut-être un peu, parce que j’ai toujours aimé faire ce qu’il ne faut pas faire. Il y a les choses qu’on apprend à faire, et celles qu’on a terriblement envie de faire ; il faut réussir à faire un peu des deux.

quotidienne, comme des personnages de dessins animés, de BD, des logos… Si je mets Mickey ou Blanche-Neige dans un tableau, cela attire l’œil des gens, qui vont ensuite regarder le tableau plus précisément et découvrir plein d’autres choses dans ma peinture.

Peut-être que si tu avais toujours bien écouté et juste fait ce qu’il faut faire, tu ne serais pas peintre aujourd’hui ? Et ce serait dommage, parce que tu adores ton métier. Voilà, c’est ça. Et puis aussi, parfois, quand tu dépasses, quand tu renverses de l’encre ou de la peinture et que tu fais une tache sur ton dessin, eh bien tu te rends compte que c’est encore plus joli qu’avant. Si la tache a une forme d’ours, par exemple, tu te dis : tiens, et pourquoi pas continuer sur cette idée d’ours ? Quand je travaille, j’aime les imprévus. Il faut qu’il y ait des surprises pour que ce soit drôle.

Ton travail est montré au Musée en herbe. Est-ce que tu aimes faire des expositions pour les enfants ? Quand ils m’ont proposé d’exposer chez eux j’étais très heureux, parce que mes meilleurs souvenirs remontent à l’enfance. J’aime l’idée que l’on partage des références entre générations. Par exemple, dans la première salle, il y a une bibliothèque…

On dirait que tu aimes bien rigoler, mélanger les choses ou faire des jeux de mots, comme avec ton personnage Lapinture ? Oui, c’est vrai, j’aime les mots, les couleurs. Il y en a beaucoup dans mes toiles. Je veux que mes tableaux soient joyeux et qu’ils mettent les gens de bonne humeur. J’aime jouer avec la pop culture. Qu’est-ce que ça veut dire, « pop culture » ? C’est la culture populaire. Dans mes tableaux, j’utilise des éléments de la vie

La critique de Célestin, 8 ans

PRINCESSE DRAGON SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

Et toujours chez mk2 SÉANCES BOUT’CHOU ET JUNIOR [CINÉMA] Des séances d’une durée adaptée, avec un volume sonore faible et sans pub, pour les enfants de 2 à 4 ans (Bout’Chou) et à partir de 5 ans (Junior). samedis et dimanches matin dans les salle mk2, toute la programmation sur mk2.com et page 86

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… Ah oui, il y a des albums de Rahan ! Oui, et, quand les parents entrent dans la pièce, ils disent à leur enfant : « Ah ! Regarde, je lisais ça quand j’avais ton âge ! » Cela permet aux enfants de découvrir l’univers de leurs parents quand ils étaient petits, et je pense que c’est rigolo pour tout le monde ! « Mondes imaginaires. Speedy Graphito », jusqu’au 22 octobre 2022 au Musée en herbe, dès 3 ans PROPOS RECUEILLIS PAR ANSELMO (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE) PHOTOGRAPHIE : Marie Rouge pour TROISCOULEURS

« Le dragon est le seul animal de la forêt qui n’a pas d’enfant. Une sorcière lui donne trois grosses boules dégueulasses, qui deviendront trois enfants : deux dragons, et une fille qui s’appelle Poil. Poil a un corps d’humain et elle est toute nue. Mais tellement qu’elle a de poils verts sur la peau qu’on voit pas ses fesses ! Comme elle est de la nature, elle peut parler aux animaux. Pour ça, il faut avoir un autre sens de l’écoute. Poil rencontre une princesse humaine qui est très intéressante : son père voulait un garçon, pour qu’il soit chevalier et fort – les filles, à cette époque, on les aimait pas ! C’est complètement bête, parce que les filles ça fait

super bien les chevalières. Mais son père, le roi, pense qu’à l’argent, pour avoir le pouvoir. Car, quand tu es riche, tu as le pouvoir sur les pauvres. Et ça existe pas que dans les contes de fées, ça. Du coup, je viens de choper le message que m’a envoyé le film : même si tu veux être riche, il faut aussi penser aux autres. C’est un très bon message ça, très sincère. » Princesse dragon de Jean-Jacques Denis et Anthony Roux, Gebeka Films (1 h 14), sortie le 15 décembre PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN DUPUY


PAPRIKA FILMS & KOBALANN PRODUCTIONS PRÉSENTENT EN COPRODUCTION AVEC ARTE FRANCE CINÉMA ET LE BUREAU

Une quête haletante... à couper le souffle ! LE FIGARO MAGAZINE

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Un film d’une beauté

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le parisien

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« The Souvenir » et « The Souvenir Part. II » <----- Cinéma

La France est longtemps passée à côté d’une grande cinéaste britannique. L’œuvre de Joanna Hogg, 61 ans, nous parvient enfin : ses cinq longs métrages sortent pour la première fois chez nous en 2022, avec en tête les délicats The Souvenir et The Souvenir Part. II – dont Martin Scorsese, un fan, est producteur exécutif. Hogg y raconte sa jeunesse posh dans les années 1980 et la relation toxique qui a pesé sur son apprentissage en école de cinéma. Avec une profondeur désarmante, celle qui a réalisé son premier long, Unrelated (2007), à 47 ans, y évoque justement la difficulté de se lancer, de trouver et libérer sa forme. QUENTIN GROSSET Illustration : Camille Deschiens pour TROISCOULEURS

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Juste avant sa mort par overdose d’héroïne à la fin des années 1980, son compagnon de l’époque, dont elle préfère taire le nom, lui a offert une carte postale représentant Le Souvenir (1776-1778), un tableau rococo de Jean-Honoré Fragonard. Au tout début de leur relation, en 1981, il l’avait emmenée voir la toile à la Wallace Collection, à Londres. « Pour moi, c’était juste une très belle peinture. Je me demande encore quel est le sens de ce cadeau », se demande à voix basse Joanna Hogg, pudique, alors qu’on la rencontre en juillet dernier sur une terrasse de Cannes. Dans ses deux derniers films, le diptyque The Souvenir, qui venaient alors d’être projetés à la Quinzaine des réalisateurs, elle recrée à l’écran cette scène de la carte. Le tableau aux teintes douces représente une jeune fille habillée d’une robe de satin rose, qui a laissé la lettre d’un amant à ses pieds. Sur l’écorce d’un arbre, elle grave une initiale qui ressemble à un F selon les commentateurs du catalogue d’expo de 1792, mais que la plupart des yeux distinguent comme un S. F pour « Fragonard » ou « fidélité », S pour « souvenir » ou « secret » ? À l’image du mystère posé par cette inscription aux lignes mouvantes, Joanna Hogg, pendant longtemps inhibée, s’est beaucoup interrogée sur les contours ondoyants de sa signature, sur l’histoire qu’elle porte, et à quel point elle a pu lui échapper.

LONDON CALLING

Ce tâtonnement – où et comment jeter ses forces d’artiste ? – est reflété de manière autofictionnelle dans les deux. La ré­servée Julie, alter ego de Hogg plus jeune (jouée par sa filleule, et fille de Tilda Swinton, Honor Swinton Byrne, lire p. 12), est bousculée par ses professeurs et son nouveau compagnon, Anthony (Tom Burke) – plus vieux, sûr de lui, un air caustique. Julie pense au début à réaliser un film de fiction sur la précarité dans la ville portuaire de Sunderland, dans le nord-est de l’Angleterre. Anthony et ses profs lui renvoient alors son statut social privilégié, interrogent sa légitimité à s’emparer de ce sujet… Joanna Hogg a, comme Julie, grandi dans l’upper class, dans le Kent, au sud-est de Londres, née de l’union d’un père vice-PDG d’une compagnie d’assurances et d’une mère au foyer. Âgée d’une dizaine d’années, elle est envoyée à West Heath, un pensionnat de filles très huppé du Kent – la future princesse de Galles Diana Spencer est dans la classe juste en dessous d’elle, et Tilda Swinton, qui va devenir sa grande amie, est sa camarade de classe. Mais l’ado ne se sent pas vraiment épanouie dans l’atmosphère poussiéreuse et corsetée de l’ins-

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Cinéma -----> « The Souvenir » et « The Souvenir Part. II »

relectures queer et engagées de l’histoire (Sebastiane, 1977 ; Edward II, 1992…). Comme Joanna Hogg et pas mal d’autres cinéastes britanniques importants (Bill Douglas, Laura Mulvey, Isaac Julien), lui aussi a d’ailleurs longtemps vu son œuvre trop ignorée en France – on peut sans doute voir dans ce phénomène une lointaine conséquence des sorties injustes de François Truffaut dans les Cahiers du cinéma puis dans son ouvrage Hitchcock Truffaut (1966) : « On peut se demander s’il n’y a pas incompatibilité entre le mot “cinéma” et le mot “Angleterre” ? » Joanna Hogg raconte sa rencontre avec Jarman : « Je devais avoir 19 ans, je commençais à m’intéresser au cinéma et j’étais une admiratrice, particulièrement de ses films en Super 8. J’étais très timide, mais j’ai quand même décidé d’aller lui demander si je pouvais travailler sur un de ses tournages. Il a été très généreux : il m’a invitée dans son studio, il a regardé mon portfolio… »

L’EMPRISE titution. Une fois diplômée, après un an à Florence, où elle se forme de manière autodidacte à la photo, elle emménage dans une coloc dans le quartier de Knightsbridge, à Londres – cet appartement est reconstitué de manière quasi identique, avec ses propres affaires, pour les tournages consécutifs de The Souvenir. C’est à cette époque-là qu’elle intensifie sa pratique de la photo à travers un job d’assistante. Le photographe qui la forme lui laisse son studio pour développer ses

propres travaux, des essais sur des danseurs et des amis artistes, mais aussi des photos de fêtes. « Je n’étais pas du tout un animal social, j’étais souvent en retrait, mais j’observais », se décrit-elle. Dans un article sur Hogg dans The New Yorker, Tilda Swinton se rappelle : « Je crois vraiment que si Joanna faisait tant de photos, c’est qu’inconsciemment elle savait qu’elle en ferait une œuvre d’art un jour. » Un jour, dans un café, elle croise le réalisateur Derek Jarman, célèbre pour ses

Après lui avoir emprunté une caméra, en 1981, elle s’inscrit à la National Film and Television School dont elle dépeint bien l’émulation dans The Souvenir – les conversations d’étudiants tournent autour des cinéastes en vogue à l’époque, Leos Carax, Jean-Jacques Beineix… C’est à ce moment, déterminant pour le reste de sa vie, qu’elle rencontre celui qui a inspiré Anthony. « Ça m’a pris tellement d’années pour prendre confiance, pour me dire

« Je viens enfin de réaliser le film que j’aurais voulu faire à l’époque. »

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no 185 – hiver 2021-2022

que j’allais pouvoir raconter l’histoire de cet homme que j’essaye encore de comprendre », nous raconte Joanna Hogg. Dans The Souvenir, la cinéaste fait le portrait d’un garçon opaque qui s’invente une vie, tiré à quatre épingles, fréquentant des restaurants très luxueux, même si Julie comprend qu’il vient plutôt de la classe moyenne. Il se présente très lettré, intransigeant dans ses goûts culturels. Il dit qu’il travaille dans un ministère, un sujet sur lequel il sera toujours vague. De plus en plus absent, Julie le trouve incohérent, confus, apathique. Elle découvre qu’il consomme de l’héroïne, qu’il y est gravement dépendant. À tel point qu’il simule un cambriolage pour lui voler de l’argent et acheter sa dose. Dans une séquence, Joanna Hogg montre bien comment cet homme parvenait à lui retourner le cerveau : après une longue dispute à propos de ce vol, c’est Julie qui lui présente des excuses. Anthony prend alors toute la place ; elle sèche les cours, se dissout. Il lui prononce cette phrase sentencieuse : « Tu es perdue et tu seras toujours perdue. » À propos de cette relation, Joanna Hogg affirme : « Plus jamais je ne ferai confiance à une telle personne. Je fais attention à bien choisir avec qui je passe du temps. Je ne dirais pas que je suis devenue suspicieuse, mais, oui, je suis beaucoup plus consciente de certaines dynamiques entre les gens. » Bien sûr, cette relation destructrice a pesé sur son parcours. Cela dit, Joanna Hogg est tout de même parvenue à boucler son film de fin d’études, Caprice (1986), qui n’a plus rien à voir avec son projet sur Sunderland.


« The Souvenir » et « The Souvenir Part. II » <----- Cinéma

Dans un univers très stylisé, Tilda Swinton voyage dans les pages glacées d’un magazine de mode. Malgré sa maîtrise, on sent que la cinéaste se cherche encore, son esthétique semble calquée sur les clips pop acidulés de l’époque et les musicals hollywoodiens qu’elle adore. « C’est une période durant laquelle j’ai perdu en assurance. À partir du moment où j’ai tourné ce film, je suis allée dans une nouvelle direction, beaucoup moins personnelle. » Les deux décennies qui suivent, Hogg les passe en tant que réalisatrice de soaps pour la télé, London’s Burning, Casualty, EastEnders, un détour dans lequel elle trouve le moyen d’expérimenter, d’apprendre aussi à s’imposer en tant que réalisatrice dans un milieu dominé par les hommes. Jusqu’à ce qu’un évènement la place dans une forme d’urgence, la mort soudaine de son père, en 2003. Elle se dit qu’il est temps pour elle qui a toujours été si secrète d’exprimer enfin ses sentiments. Suivront trois films dans lesquels elle le fera de manière aussi feutrée que sublime. Unrelated (2007), sur une femme de son âge qui, en vacances en Toscane, se rapproche du fils de sa meilleure amie – avec pudeur, Hogg y projette notamment ses interrogations autour du fait de ne pas avoir eu d’enfant. Archipelago (2010), sur une famille qui se désagrège sur l’île de Tresco, accompagnée d’un peintre par lequel la cinéaste exprime son aspiration à l’intensité dans l’art. Et Exhibition (2013), sur un couple d’artistes contemporains – qui ressemble à celui qu’elle forme avec le plasticien Nick Turvey – qui cherche à se relancer en déménageant.

WHY NOT PRODUCTIONS PRÉSENTE

DRÔLE, FAMILIAL

LA SEPTIÈME OBSESSION

ET

LUMINEUX ! ELLE

Laetitia

Joseph

Casta

Engel

Louis

Garrel

LE FILM DE FIN D’ÉTUDES

The Souvenir et The Souvenir Part. II de Joanna Hogg, Condor (1 h 59, 1 h 46), sortie le 2 février

La

Croisade Un film de

Louis Garrel

AU CINÉMA LE 22 DÉCEMBRE

hiver 2021-2022 – no 185

Photos © Shanna Besson

Dans ces films introspectifs, Hogg imprime un style très identifiable : tournages isolés, semi-improvisation, Tom Hiddleston au casting, caméra fixe, plans d’ensemble, personnages d’observateurs, disputes filmées hors champ, scènes de repas confinant au malaise, étrangeté du quotidien… Une signature très définie, qu’elle a appris à affiner mais dont, finalement, elle apprend aussi à se libérer avec son dyptique, qui compte plus de caméra portée, de gros plans, et qui est plus directement intime – elle a écrit et mis en scène à partir de ses photos, ses lettres, et même de ses séances de psy qui ont été enregistrées. Alors qu’elle est en post-­production de The Eternal Daughter, son prochain long très attendu, toujours avec Tilda Swinton (et Martin Scorsese en producteur exécutif), et qu’elle décrit comme un autre film de fantômes, Joanna Hogg conclut avec The Souvenir : « Dans un sens, je viens enfin de réaliser le film de fin d’études que j’aurais voulu faire à l’époque. » Ce qu’il y a alors de bouleversant, dans ces deux films, c’est ce sentiment qu’ils donnent d’une réappropriation.

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Cinéma -----> « The Souvenir » et « The Souvenir Part. II »

LE SENS DE L’OBSERVATION Au cœur des cinq longs métrages qu’a réalisés Joanna Hogg, des personnages d’observateurs font écho à tout ce qui fait l’intelligence et la sensibilité de son cinéma : la distance, la patience, l’acuité psychologique, la discrétion. Jouant elle-même de cette position de spectatrice attentive, la cinéaste va alors loin dans l’introspection.

UNRELATED (2007)

ARCHIPELAGO (2010)

En plein doute sur sa relation, Anna (Kathryn Worth), la quarantaine, fuit vers la Toscane où sa meilleure amie, Verena, (Mary Roscoe) est en vacances avec sa famille. Mais, arrivée là-bas, elle passe beaucoup plus de temps avec le fils de celle-ci, Oakley (Tom Hiddleston), et ses jeunes amis vingtenaires qu’avec les gens de son âge. D’abord juste curieuse, en retrait, elle se rapproche d’Oakley… Dans ce premier long métrage, qui évoque à la fois Le Rayon vert d’Éric Rohmer (1986) et Call Me by Your Name de Luca Guadagnino (2018), Joanna Hogg révèle un acteur, Tom Hiddleston, ici dans son tout premier rôle, dément de sensualité. Mais surtout elle pose les bases de son style ouaté, entre plans d’ensemble et personnages qui aiment à s’isoler.

Joanna Hogg retrouve le sensible Tom Hiddleston, ici dans le rôle d’Edward, un jeune homme qui vient de quitter son job dans une association de lutte contre le sida en Afrique. Il retrouve sa sœur et sa mère en vacances sur l’île de Tresco, en Cornouailles. Le jeune homme arrive fébrile car celles-ci n’ont pas pris la peine d’inviter sa fiancée. Elles-mêmes semblent tendues par l’absence de son père… À travers les personnages en apparence effacés de la cuisinière employée par la famille et d’un peintre qu’elle va souvent croiser, Hogg place le spectateur dans une position délicate, lui donnant l’impression intrusive de capter le ressentiment qui ronge les protagonistes. Elle joue d’ailleurs d’un motif qui reviendra souvent chez elle, la dispute saisie hors champ.

EXHIBITION (2013) Le film le plus conceptuel et intriguant de Joanna Hogg. C’est d’abord un quasi-huis clos en forme d’hommage à l’architecte James Melvin, concepteur de la maison londonienne qui est la véritable héroïne du film. C’est aussi une satire feutrée sur la vie d’un couple d’artistes contemporains, D (Viv Albertine, guitariste du groupe punk The Slits) et h (le plasticien Liam Gillick), qui habite ce drôle d’endroit qu’ils voient comme une œuvre d’art. Les immenses baies vitrées laissent l’intimité du couple s’exhiber au regard des passants, observateurs de ces individus qui semblent coupés du monde. Dans une mise en scène très composée, l’angoisse claustro de la vie domestique sourd ici d’un cadre chic et hyper moderne.

THE SOUVENIR (2019)

THE SOUVENIR PART. II (2021)

Joanna Hogg a attendu longtemps avant de faire ce film, son plus intime. Dans cette autofiction, elle raconte à travers les yeux de son alter ego Julie (Honor Swinton Byrne) une relation toxique vécue dans les années 1980 avec un homme héroïnomane (Anthony Burke) qui a entamé l’élan qu’elle prenait en tant qu’apprentie cinéaste dans une école de cinéma londonienne. Julie y apparaît discrète, en retrait, toujours derrière un appareil photo, comme si elle n’était pas encore assez en confiance pour s’imposer aux autres étudiants, mais aussi comme si elle engrangeait la matière d’une œuvre future. Sans doute l’un des plus beaux films que l’on ait vus sur la construction d’un regard, d’une grande finesse aussi sur les mécanismes de l’emprise.

Si la première partie du diptyque était calquée sur les souvenirs réels de la cinéaste, la seconde tient plus du fantasme. Car, ici, Joanna Hogg filme Julie réalisant son film de fin d’études alors qu’elle fait encore son deuil, qu’elle digère sa relation avec Anthony. Elle s’inspire de sa relation passée, ce que Hogg aurait aimé faire à l’époque où elle avait son âge… À travers cette magnifique mise en abyme, la cinéaste se projette dans cette jeune fille qui, peu à peu, arrive à imposer ses choix, sa vision, sa voix, au milieu d’une équipe loin d’être acquise d’avance. Il fallait bien deux films pour raconter cette lente émancipation.

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QUENTIN GROSSET

Unrelated, Archipelago et Exhibition de Joanna Hogg, Condor (1 h 40, 1 h 40, 1 h49), sortie en salles au printemps 2022 © Condor Distribution ; © Joss Barratt - Condor Distribution

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A G AT F I L M S Présente

STÉPHANE BAK

alice d a lu z

un film de

r o b e rt g u é d i g u I a n

ÉCRIT PAR GILLES TAURAND ET ROBERT GUÉDIGUIAN BAKARY DIOMBERA AHMED DRAMÉ DIOUC KOMA MIVECK PACKA ISSAKA SAWADOGO MUSIQUE ORIGINALE OLIVIER ALARY IMAGE PIERRE MILON AFC MONTAGE BERNARD SASIA DÉCORS MAHAMOUDOU PAPA KOUYATÉ OUMAR SALL SON LAURENT LAFRAN DIRECTEUR DE PRODUCTION MALEK HAMZAOUI 1 ASSISTANTS RÉALISATEUR DEMBA DIÈYE FERDINAND VERHAEGHE RÉGIE MAMADOU HADY DIA BRUNO GHARIANI COSTUMES ANNE-MARIE GIACALONE MAME FAGUEYE BA ABDOU LAHAD GUÈYE MAQUILLAGE MARIÈME NGOM MONTAGE SON JEAN-MARC SCHICK NICOLAS DAMBROISE MIXAGE EMMANUEL CROSET PRODUIT PAR MARC BORDURE ROBERT GUÉDIGUIAN YANICK LÉTOURNEAU ANGÈLE DIABANG UNE PRODUCTION AGAT FILMS PÉRIPHÉRIA KARONINKA EN COPRODUCTION AVEC FRANCE 3 CINÉMA CANAL+ INTERNATIONAL AVEC LA PARTICIPATION DE FRANCE TÉLÉVISIONS CANAL+ CINÉ+ AVEC LE SOUTIEN DE EURIMAGES ET DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE AVEC LA PARTICIPATION DE SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DES ENTREPRISES CULTURELLES - QUÉBEC TÉLÉFILM CANADA RADIO CANADA EN ASSOCIATION AVEC MK2 FILMS ET LA BANQUE POSTALE IMAGE 14 CINÉMAGE 15 SOFITVCINÉ 7 AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR DISTRIBUTION FRANCE DIAPHANA AVEC SAABO BALDE

ERS

au c i n é m a l e 5 ja n v i e r


Cinéma -----> « Nos âmes d’enfants »

© Courtesy of A24

OREILLE ABSOLUE

MIKE MILLS Après les excellents Beginners (2010) et 20 Century Women (2016), l’Américain Mike Mills raconte dans Nos âmes d’enfants l’histoire d’un journaliste, Johnny (Joaquin Phoenix), parti sillonner les États-Unis pour enregistrer une émission de radio en embarquant Jesse (impressionnant Woody Norman), son neveu de 9 ans qu’il doit garder quelques jours. Par Zoom depuis Los Angeles, le cinéaste nous a parlé de ce road movie sensible qui tend le micro à la jeune génération. 24

Beginners s’inspire de l’histoire de votre père, qui a fait son coming out à 75 ans, et 20th Century Women évoque votre adolescence punk aux côtés de votre mère à la fin des années 1970. Quelle est la part d’autobiographie dans ce nouveau film ? L’idée m’est venue de mes discussions avec mon enfant [né de sa relation avec la cinéaste, écrivaine et artiste américaine Miranda July, ndlr], et pas mal d’éléments du film me sont arrivés. Je me questionne constamment sur la capacité des adultes à écouter les enfants. J’adore être père et je préfère largement être entouré d’enfants plutôt que d’adultes. Mais c’est ce que dit aussi le film à travers la relation qui se construit entre Johnny et Jesse : c’est difficile de les comprendre. Il faut toujours négocier pour arriver à être vraiment connectés. Par la radio, Johnny sort de sa bulle et Jesse canalise son hyperactivité. Selon vous, ce médium permet-il d’exprimer les choses plus librement ? Non, je ne pense pas, mais, en tant que réalisateur, j’envie cet outil parce qu’il est plus simple. On n’a pas besoin de gros matériel ni d’une grosse équipe. Personnellement, j’aime tout ce qui est minimaliste. Et, quand j’écoute

certaines émissions de radio, comme This American Life d’Ira Glass [une émission très populaire aux États-Unis, qui propose documentaires, interviews et pièces de théâtre, et qui a reçu le prix Pulitzer en 2020, ndlr], je retrouve cette idée. Ça implique de l’écoute, une attention aux autres, et j’avais envie de matérialiser tout ça dans un film. Pour son émission, Johnny part recueillir la parole de jeunes confrontés à une réalité politique très difficile, entre montée du racisme, précarisation, réchauffement climatique… Ce sont de vrais témoignages ? Pour un projet documentaire que j’ai présenté au MoMA en 2014, j’avais interviewé des jeunes de la Silicon Valley. Je leur avais demandé comment ils voyaient le futur et j’avais envie de prolonger l’exercice. Le refaire pour ce film m’a permis de sortir Johnny et Jesse de leur relation fermée, de les lâcher dans le monde réel et de leur faire voir la vie d’autres enfants. Leurs scènes n’ont pas du tout été écrites, c’est vraiment de la matière documentaire. Joaquin s’est révélé hyper bon dans l’exercice de l’interview, les enfants oubliaient qu’ils avaient le Joker [que l’acteur incarnait dans le film de Todd Philipps en 2019, ndlr] en face d’eux.

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Quels films, qui valorisent autant des personnages d’enfants, vous ont marqué ? Alice dans les villes de Wim Wenders. C’est le très beau portrait d’une petite fille de 10 ans. Elle peut être méchante, en colère, elle traverse tout un spectre de sentiments que d’habitude on ne s’autorise pas à montrer chez les enfants au cinéma. Elle a en partie inspiré le personnage de Jesse. Woody a fait le reste. Sans le traiter différemment d’un adulte, je lui ai donné une totale liberté. Je l’ai laissé s’emparer du rôle, improviser. La charge mentale qui pèse sur les femmes dans la société est de plus en plus dénoncée. Y avez-vous pensé en écrivant le personnage de Viv, la mère de Jesse – incarnée par la géniale Gaby Hoffmann –, qui est toujours sous pression ? Je me suis dit que si je parlais de ma vie de parent, je devais inclure les mères. Elles portent des poids – qu’ils soient biologique, historique, sociétal – qui pèsent très lourd. C’était essentiel pour moi d’avoir cette figure féminine forte, qui est absente mais finalement au centre du film [Viv confie son fils à son frère quand elle doit s’occuper du père de Jesse, duquel elle est séparée mais qui est tombé en dépression, ndlr].


« Nos âmes d’enfants » <----- Cinéma

Vous créez des passerelles entre les générations, comme dans des flash-back touchants montrant Viv et sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer – cette dernière a l’air d’une petite fille fragile, les rôles de parent et d’enfant s’inversent. Vous pensez que, quel que soit notre âge, on trimballe en nous un adulte et un enfant en même temps ? Oui, totalement. J’ai l’impression que chaque individu qui compose une famille est fait de mélanges. On est tous façonnés par des versions plus jeunes de nous. Et, être parent, ça fait rejaillir sa propre enfance. Mon fils sent souvent quand je lui mens, ce qui m’oblige à reconnaître : « Merde, bon, t’as raison. » Il se moque de moi quand je lui lis Star Child de Claire A. Nivola, parce que je finis toujours par pleurer [non traduit en français, ce livre cité dans le film raconte l’histoire d’un enfant-étoile qui observe la Terre de loin et hésite à s’en approcher, ndlr]. Donc le pouvoir, quelque part, on l’a à tour de rôle. Et c’est très important de pouvoir bouleverser cet ordre-là.

NOLITA ET DEADLY VALENTINE PRÉSENTENT

“ UN ÉMOUVANT FACE-À-FACE ENTRE MÈRE ET FILLE, PLEIN D’AMOUR ET DE PUDEUR. ” ELLE

Dans une interview à The Film Stage, vous dites que vous passiez du Erik Satie et du Frank Ocean sur le plateau. Ça créait quel genre d’atmosphère ? Oui, je mets tout le temps de la musique. Je demandais parfois à un joueur de cor d’harmonie ou un violoncelliste de venir jouer quand on installait le plateau. Ça rendait tout de suite la journée magique. C’est presque spirituel. Et alors mettre en fond sonore Satie et Frank Ocean en même temps, c’est juste incroyable. C’est aussi parce que je sens des similitudes entre le noir et blanc du film et la simplicité de Satie. Chez Satie, l’espace qui s’ouvre entre chacune des notes, c’est comme une entrée dans un autre monde. Dans le film, l’image d’un adulte qui tient la main d’un enfant peut apparaître très archétypale, très ancienne, mais j’avais envie de faire cohabiter ce côté fable, mythe, cette irréalité avec le contemporain. Nos âmes d’enfants de Mike Mills, (Metropolitan FilmExport, 1 h 48) sortie le 26 janvier PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE LEROY

© 2021 NOLITA CINEMA - DEADLY VALENTINE PUBLISHING • Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

Tous vos films sont centrés sur cette idée d’héritage que nous lèguent nos parents. Pourquoi ce thème vous est-il si cher ? C’est une question très psychanalytique ! Je pense très souvent à mes parents, qui sont décédés. Et ce n’est pas du tout parce qu’on avait une relation idéale ; c’est peut-être parce que justement on avait une relation chaotique. Mais plus j’y pense, plus je me dis qu’ils m’ont légué des choses essentielles : une certaine facilité à m’abandonner, mais surtout leur passion pour l’art. Mon père était directeur de musée et ma mère avait un goût incroyable. J’ai gardé leurs toiles, leurs objets, j’en ai d’ailleurs placé plusieurs dans mes films. Et, au fond, c’est grâce à eux que je suis entré dans le monde de l’art [Mike Mills est également graphiste et vidéaste ; il a notamment imaginé des pochettes d’albums pour les groupes Sonic Youth ou Beastie Boys, signé des clips pour Air ou Yoko Ono, ndlr].

UN FILM DE

CHARLOTTE GAINSBOURG

AU CINÉMA LE 12 JANVIER

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Cinéma -----> « Atlas des régions naturelles »

PORTFOLIO

ROAD TRIP PHOTO Leurs routes devaient se croiser. Né en banlieue parisienne, Eric Tabuchi arpentait le monde pour le photographier par typologies architecturales (le projet Atlas of Forms). Nelly Monnier, poussée dans un coin rural de l’Ain, sillonnait son département, devenu « zone de prospection photographique » pour son projet Secteur Lambda. Entre le mondial et le local, la campagne et la ville, les deux artistes ont trouvé leur terrain d’entente : la France, découpée en 450 microrégions pour leur Atlas des régions naturelles. De chacune, ils tirent cinquante photos – soit, à l’arrivée, 22 500 clichés. Villages, immeubles, zones industrielles, stations-­ service, aires de loisirs et paysages… Au cœur de leur travail, l’envie de rendre visibles des coins modestes et oubliés du pays, rarement représentés, à peine regardés. Et la volonté de mettre ces images à disposition de tous, sur un site Internet absolument fascinant que l’on explore en combinant des dizaines de mots-clés (style architectural, époque, formes, couleurs…). Initiée en 2017, cette œuvre dantesque, qui a aussi vocation à être publiée en livres (le volume 1 est sorti à l’automne), devrait les occuper encore une bonne dizaine d’années. On a eu envie de leur consacrer ce portfolio car leurs photographies ont aussi quelque chose de très cinématographique : capturés la plupart du temps sous un ciel neutre, sans présence humaine, ces lieux banals prennent des atours sublimes et monumentaux, appellent à la projection et au fantasme. 1

Usson-en-Forez, Forez, 2020

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Montbras, Val de Meuse, 2017

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Pleumeur-Bodou, Trégor, 2017

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Dunkerque, Flandre maritime, avant 2017

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Villa Keller, Livet et Gavet, Oisans, 2020

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www.archive-arn.fr • ARN Vol. 1 d’Eric Tabuchi et Nelly Monnier (Poursuite I GwinZegal, 384 p. + carte, 39 €) 4

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« Atlas des régions naturelles »

<----- Cinéma

JULIETTE REITZER

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hiver 2021-2022 – no 185

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Cinéma -----> Les forums cinéphiles

RETOUR EN L’AN 2000 CINÉPHILE Au cœur des années 2000, les forums de discussion sur Internet constituaient un lieu privilégié de débats enflammés autour du cinéma. Si les sites FilmDeCulte ou Mediacritik participèrent à cette ébulition, c’est Allociné qui rassembla la plus grande communauté de « forumeurs ». De nombreux passionnés y échangeaient quotidiennement et y inventaient de savoureuses règles interactives, bien avant l’arrivée des réseaux sociaux. Retour sur cette aventure insolite du web français en compagnie de cinéphiles qui l’ont vécue.

Souvenons-nous. Au début des années 2000, de nombreux longs métrages font l’événement. Entre les sagas Le Seigneur des anneaux et Harry Potter, les sorties de films d’auteur adulés comme Mulholland Drive et Elephant ou le retour de Steven Spielberg à la science-fiction avec Minority Report et La Guerre des mondes, l’actualité est des plus riches. Et pour plusieurs générations de passionnés, la fête se poursuit sur les forums de discussion web, en pleine effervescence. Créés à la fin des années 1990, les forums Allociné (il y avait le forum « général », le « films et débats », le « business », le « stars et célébrités »…) devinrent ainsi les plus fréquentés par les cinéphiles français durant les années 2000, regroupant quelque 8 millions de visiteurs uniques chaque mois. Arrivé en 2003, Franck (pseudo sur les forums : Groil-Groil) aura passé plus de quinze ans à fréquenter quotidiennement les lieux. « Je cherchais un jour les horaires d’une séance et j’ai vu par hasard un onglet “forums”. Au départ, je lisais les discussions sans y participer. Et mon premier post fut sur un topic où il fallait voter pour les trois meilleurs films

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de tous les temps. J’étais si consterné par certains choix que j’ai cité Salò de Pier Paolo Pasolini, Un chien andalou de Luis Buñuel et Stalker d’Andreï Tarkovski. » Et Franck de découvrir que plusieurs inconnus partageaient sa vision du cinéma. « Aujourd’hui ça semble évident, mais à l’époque c’était très galvanisant de trouver une communauté virtuelle qui rassemblait des intérêts communs. » L’équipe du site suivait le phénomène avec attention. « Je suis arrivé chez Allociné en 2001 pour renforcer le côté média, et je regardais d’un œil intéressé toutes les discussions qui se déroulaient sur les forums », confie Yoann Sardet, actuel rédacteur en chef d’Allociné. « On découvrait soudain qu’ils constituaient un formidable médium de partage et d’interactivité là où il était auparavant difficile d’échanger face à un magazine de cinéma. Et on était bluffés par la qualité des débats. » L’anonymat était la règle sur les forums, et la photo des utilisateurs ne s’affichait pas. « On était anonymes, non pas pour se cacher mais parce que ça ne se faisait pas à l’époque de déclarer son identité sur Internet. Et cela

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mettait tout le monde sur un pied d’égalité. On était juste un pseudonyme et on pouvait discuter aussi bien avec un facteur qu’avec un scénariste », explique Franck. Lequel créa un jour un forum à l’intérieur du forum. « Une petite bulle qui s’appelait ALED – pour « à l’écoute de », car on postait les pochettes des disques qu’on écoutait – où on ne parlait pas seulement de cinéma. Cette communauté attirait des gens passionnants, et j’avais l’impression, sans même savoir leur prénom, de les connaître intimement. On s’est d’ailleurs ensuite presque tous rencontrés en vrai et on est devenus très amis. »

CINÉPHILES DE POINTE Autre membre d’ALED, Christophe (pseudo : Chris-Tyler, en hommage à Fight Club) fut un temps chargé par Allociné de participer bénévolement à la modération des forums : « Des célébrités, acteurs ou cinéastes, pos-


Les forums cinéphiles <----- Cinéma

NEW STORY

taient sans qu’on le sache. Maintenant, sur Twitter, quand une star s’exprime, on va tout de suite repérer le petit mot qui ne va pas. Mais, sur les forums, il y avait moins cette manie de rabaisser les autres. Je m’y suis forgé toute une culture cinématographique et musicale. Beaucoup de gens lisaient nos échanges et apprenaient plein de choses, comme si on était un magazine culturel. » Ces discussions étaient-elles réellement de nature à concurrencer la critique officielle ? « Nos débats étaient d’un niveau incroyablement érudit, on pouvait parler du cinéma de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet pendant des pages sans jamais avoir un ton péremptoire et en s’amusant. Les textes avaient parfois la même profondeur théorique que les Cahiers du cinéma. Des gens arrivaient là par hasard et devenaient en deux ans des cinéphiles chevronnés. Le succès des forums correspondait à un besoin d’échanger sur le cinéma autrement que par les voies classiques où le lecteur reçoit la critique sans pouvoir réagir », poursuit Franck. Persuadé que le cinéma implique le public d’une manière unique dans l’histoire de l’art et qu’il déclenche spontanément le combat critique « car il recoupe toutes les autres formes d’art », le cinéphile précise sa pensée : « Je ne dis pas que la parole d’un spectateur vaut celle d’un critique de cinéma. Mais certaines personnes ont des choses fascinantes à dire sur des films, et il faut les écouter et confronter les avis – ce que ces forums permettaient de faire. » Christophe loue lui aussi l’émulation de l’époque. « En 2003, les suites de Matrix sont sorties, et la scène de l’architecte dans Matrix Reloaded a généré des débats infinis

PRÉSENTE UNE PRODUCTION DE

VANISHING ANGLE

sur Allociné. Le troisième volet a ainsi déçu beaucoup de gens, car ils avaient lu sur les forums des théories souvent bien plus intéressantes que ce que le film a finalement proposé. Même chose ensuite pour la série Lost. » Loin de la mélancolie, l’évocation de ces forums pousse Franck à souligner leur impact sur la vie de ses membres, derrière leurs pseudos aussi farfelus que Asketoner, Cyborg ou Radian. « Les gens qui se connectaient étaient en général assez jeunes. Beaucoup avaient entre 15 et 25 ans et, près de vingt ans plus tard, on trouve parmi eux des écrivains, des créateurs de séries télé, des enseignants, des éditeurs, des journalistes, un artiste contemporain… Les forums ont été générateurs de vocations et ont poussé chacun à développer sa curiosité. » Certains forumeurs participèrent par ailleurs pendant le confinement du printemps 2020 à la création de La Loupe, groupe Facebook qui défraya la chronique car des cinéphages s’y échangeaient des liens – pas toujours légaux – de films méconnus.

LES FORUMS, LE RETOUR Mais le temps a fait son œuvre, et les forums Allociné, de moins en moins fréquentés au fil des années 2010, ont fermé fin 2020. Vincent Garnier, rédacteur en chef d’Allociné, commente : « Les forums furent à une époque un véritable conduit d’audience, ils étaient extrêmement visités. Mais c’était une audience de moindre qualité au niveau des enjeux publicitaires, elle n’était pas moné-

tisable. Cela aurait été un gros investissement de les maintenir. À un moment, la règle économique s’est appliquée, et on a dû arrêter. » Yoann Sardet poursuit : « Cet arrêt s’est inscrit dans une dynamique d’évolution des usages. Les forums ont été centraux durant la décennie 2000-2010, mais il y a ensuite eu la naissance des réseaux sociaux et l’utilisation de plateformes de commentaires. Les forums furent maintenus le plus longtemps possible, parfois un peu sous perfusion technique, de même qu’on avait été un des derniers sites à couper son service Minitel. Mais cette belle histoire a eu une fin. » Pas de quoi décourager Franck pour autant. « Quand les forums Allociné ont fermé, on a décidé avec d’autres utilisateurs de recréer un forum identique et underground. Car c’était déprimant de se dire qu’on allait perdre toutes nos archives, comme nos tops des films classés

par année. Moi, j’ai un top 1897 ou un top 1941. Et on avait nos tops cinéastes où l’on pouvait voir l’avis des autres forumeurs sur une filmographie : le top Pedro Almodóvar, le top Claire Denis… On est désormais sur ce forum qui a la même interface qu’Allociné et qui s’appelle Allo Le G. Dès que j’ai cinq minutes de libre, j’y crée un nouveau top. Et j’invite les gens à nous y rejoindre ! » Les cinéphiles qui continuent à fréquenter les forums semblent refuser de se résigner à l’emprise des réseaux sociaux. « Sur un réseau social, on se met toujours en avant en tant que personne. Mais ici ce n’est pas soi qu’on met en avant, c’est sa pensée cinéphilique », conclut Franck. Rendez-vous donc sur Allo Le G pour débattre des films de 2022. UN FILM DE

Illustration : Jinhwa Jang pour TROISCOULEURS

J I M C U M M I N G S & P. J M C C A B E JIM CUMMINGS

PJ M C C A B E

VIRGINIA NEWCOMB

JESSIE BARR

CASTING AMEY RENE, CSA MUSIQUE BEN LOVETT JEFFREY CAMPBELL BINNER MONTAGE JIM CUMMINGS DIRECTRICE DES COSTUMES STEPHANI LEWIS CHEF DÉCORATEUR CHARLIE TEXTOR DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE KENNETH F. WALES PRODUCTEURS DÉLÉGUÉS DIFFERANT ET SONS OF RIGOR PRODUIT PAR NATALIE METZGER, P.G.A. MATT MILLER, P.G.A. BENJAMIN WIESSNER, P.G.A. ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR JIM CUMMINGS ET PJ MCCABE

AU CINÉMA LE 15 DÉCEMBRE

DAMIEN LEBLANC (PSEUDO : SINGLESERVINGJACK) THE BETA TEST_3 COULEURS_95x276.indd 1

29/11/2021 11:02


Cinéma -----> « Jane par Charlotte »

MO

C TS

É S S I O R

« Souvent, je me suis pas sentie responsable. Je me suis comportée comme une mèreenfant, une copine… Peut-être pas assez responsable. » Jane Birkin dans Jane par Charlotte

« Ma mère n’est pas du tout femme-enfant, mais j’ai l’impression que ses émotions ont toujours été très fortes et qu’elles m’ont guidée, enfant. J’ai le souvenir d’une femme très fragile et très forte à la fois. Elle était là si on avait besoin, mais, à la mort de Kate [Kate Barry, la demi-sœur de Charlotte, est décédée accidentellement en 2013, ndlr], c’était une émotion trop forte pour qu’elle puisse faire attention à nous. Quand mon père [Serge Gainsbourg, ndlr] est mort [d’une crise cardiaque en 1991, ndlr], c’était pareil, d’autant qu’elle a perdu aussi son propre père deux jours après. Elle a eu une vie par homme, chaque enfant a un père différent, et je pense qu’elle était dévouée à chacun. Depuis qu’elle est sans homme, je la ressens plus comme un individu. Comme ma mère, en fait. Dernièrement je lui ai dit : “Ce film, c’est un portrait de toi.” Elle m’a dit : “Non, c’est un portrait de toi qui me regarde, c’est des questions que tu avais besoin de poser.” Ses réponses, je les connais. Mais je voulais qu’elle entende mes questions. »

CHARLOTTE GAINSBOURG L’actrice et chanteuse franco-britannique réalise son premier long métrage, Jane par Charlotte. Un portrait fait maison, sincère et tendre de sa mère, Jane Birkin, qu’elle filme à Paris, en Bretagne ou au Japon et qu’elle interroge sur la vieillesse, le passé et les liens familiaux. Sur la banquette cosy d’un grand hôtel parisien, Charlotte Gainsbourg s’est livrée avec une grande générosité sur sa famille et sa carrière, réagissant à des citations littéraires et à des répliques de ses films.

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« Laisse-moi donc imaginer / Que j’étais seule à t’aimer / D’un amour pur de fille chérie / Pauvre pantin transi. » Charlotte Gainsbourg dans sa chanson « Lying With You », 2017

« J’ai tellement aimé mon père, je l’ai mis sur un piédestal. Cette chanson parle d’une période, à 19 ans, où j’étais sur le point de m’installer chez lui. On rentrait d’un voyage à La Barbade, ma mère lui avait dit de m’emmener parce que j’allais très mal. J’avais un énorme chagrin d’amour. Lui non plus n’allait pas bien. On était comme deux personnages un peu de travers, et c’était un vrai cadeau qu’il me faisait, on allait se retrouver sous le même toit pour la première fois. C’était vachement touchant. Je réalise tout ça maintenant que j’ouvre sa maison, que je regarde les objets, que je mets ça en perspective [elle prépare l’ouverture en 2022 d’un musée, la Maison Gainsbourg, dans sa demeure rue de Verneuil, ndlr]. Et puis, voilà, quelques jours après il est mort. Ça m’a coupé les pattes. J’étais complètement handicapée. Un mois plus tard, j’ai rencontré Yvan [Attal, avec qui elle est toujours en couple et a trois enfants, ndlr]. On a dîné et on s’est installé ensemble le soir même. Il a eu à s’occuper d’un pauvre pantin. Celui de la chanson, ce n’est pas mon père, c’est moi. »

« I shut my eyes and all the world drops dead; / I lift my lids and all is born again. » Vers du poème « Mad Girl’s Love Song » de Sylvia Plath, cités dans la chanson de Charlotte Gainsbourg « Sylvia Says », 2017

« J’ai lu, j’ai avalé les poèmes de Sylvia Plath, et celui-là résonnait par rapport à ce que je voulais raconter. Je ne connais pas beaucoup de poètes. Bizarrement, je l’ai associée à une autre autrice, Flannery O’Connor, qui n’a pas écrit des poèmes mais des romans. Ma sœur Kate en était folle. Il y a aussi Joan Didion, j’ai vu un documentaire sur elle [Joan Didion. Le centre ne tiendra pas, visible sur Netflix, ndlr] et j’ai lu ses livres, qui m’ont marquée. J’ai l’impression que ce sont des femmes qui écrivent sur la douleur, l’amour, la perte, et que ce sont des sujets qu’on peut mettre en parallèle, même si elles ont des destins et des écritures très différents. »

« On peut rien demander à personne dans cette maison, on peut rien avoir de bien dans cette maison […] C’est p’tit, c’est moche et c’est tout. Salut ! » Charlotte Gainsbourg dans L’Effrontée de Claude Miller (1985)

« Chaos Reigns. » Un renard dans Antichrist de Lars von Trier (2009)

« Lars me manque beaucoup. Je réalise la chance que j’ai eue de le connaître et d’avoir trois projets aussi différents avec lui. Peutêtre qu’il m’a permis de lâcher prise sur le fait qu’on ne maîtrise pas tout. Sans doute qu’il a plus de contrôle que ça, qu’en fait il tire toutes les ficelles. Mais il me faisait croire qu’il fallait tout essayer, sans se poser de question. Et puis il y a un côté très accidentel. Il filmait tout. Il avait besoin que je me laisse aller et que je lui fasse confiance, donc que je ne freine rien et que j’aille dans toutes les directions. Depuis, je regrette quand c’est trop calculé. C’est ce que je cherche avec les albums, les prises de voix, l’écriture aussi : le côté accidentel, un peu chaotique. Avec Gaspar Noé aussi [elle a tourné sous sa direction dans Lux Æterna, sorti en 2020, ndlr], c’était génial parce qu’il n’y avait rien de prévu. C’est pas qu’il s’en foutait, mais il laissait la place à l’improvisation. »

« On avait dit : on ne parle pas du passé. » L’héroïne jouée par Charlotte Gainsbourg dans Suzanna Andler de Benoît Jacquot (2021), adapté de la pièce du même nom de Marguerite Duras (1968)

« Marguerite Duras, ça a compté pour moi quand j’ai découvert La Douleur, c’était tellement fort, comme petit livre… Après, Benoît Jacquot m’a fait parvenir ce texte, Suzanna Andler, et j’ai eu envie de me l’approprier. Mais je suis une terrible lectrice… Moi, j’ai besoin de guides. Quelqu’un m’a guidée toute mon adolescence, jusqu’à sa mort. Après, plus personne ne m’a aiguillée dans mes lectures, ce qui fait que c’est beaucoup plus décousu. Aujourd’hui, je lis, j’ai du plaisir à lire. Et puis j’oublie tout. Comme les scénarios que j’apprends, comme ce texte que j’ai connu par cœur. Je ne sais pas pourquoi, j’avale des trucs et il ne m’en reste rien. »

no 185 – hiver 2021-2022

« Ça résonne vraiment avec moi, adolescente. Ce personnage n’avait rien de moi : le milieu populaire, le côté très rebelle… Mais ça me parlait beaucoup, car j’ai voulu échapper à mon milieu. J’ai eu, à un moment, un rejet complet du côté bordélique de ma vie. Bambou [la compagne de son père après la rupture avec Jane Birkin, ndlr] était incroyable avec moi enfant, elle s’occupait de moi comme une grande sœur. Mais j’avais aussi mon père, qui était génial, mais très alcoolisé. C’était compliqué à gérer à mon âge… Et du côté de ma mère, c’était un joyeux bordel. Quand je me suis installée à New York avec mes enfants, ma fille Alice s’est inventé une vie. Antichrist et Melancholia étaient sortis [en 2009 et 2011, ndlr], et Nymphomaniac était sur le point de sortir [en 2013, les trois films sont réalisés par Lars von Trier, ndlr], qui étaient des films lourds à gérer pour mes enfants. Alice m’avait dit : “C’est génial, on va tout recommencer, personne te connaîtra ! Est-ce que je peux dire que tu es boulangère ?” J’ai compris l’échappatoire à tout prix. »


« Jane par Charlotte » <----- Cinéma

SaNoSi Productions Présente

« L’amour que nous n’ferons jamais ensemble / Est le plus rare, le plus troublant / Le plus pur, le plus émouvant. »

UN FILM DE YE YE

Charlotte Gainsbourg dans la chanson « Lemon Incest » de Serge Gainsbourg, 1984

« Ça a fait beaucoup scandale à l’époque. Moi, je l’ai répété, je ne suis pas choquée, tout est dit dans le texte, il n’y a aucune ambiguïté. Bien sûr, il y a un jeu de mots avec le refrain, c’est tout ce qui faisait sa provocation. Bon, là, c’est de la provocation un peu facile… Le fait que ça ait choqué, à l’époque, ça ne m’a pas du tout marquée, parce que j’étais en pension, je n’ai rien vu. J’ai passé l’été suivant sur le tournage de L’Effrontée [de Claude Miller, sorti en 1985, ndlr], on ne m’a pas emmerdée du tout, puis le film est sorti et ça a été un succès. Aujourd’hui, plein de personnes me disent : “Mais, imagine, si ça sortait aujourd’hui, ce serait impossible !” Eh bien j’aimerais bien que mon père soit là pour en parler. Je ne suis pas sûr qu’il aurait fait différemment. Je trouve ça très beau d’adresser cet amour entre un père et une fille, qui doit être clair, c’est un amour effectivement très pur. Et je trouve que ses mots sont tellement beaux… Après, récemment on a beaucoup parlé de l’inceste, du pourcentage d’enfants victimes… Les chiffres que j’ai entendus sont effrayants. Cette chanson qui traite de l’amour pur et sans violence ne donne pas une excuse à un comportement qu’il faut condamner lourdement. » Jane par Charlotte de Charlotte Gainsbourg Jour2fête (1 h 28), sortie le 12 janvier

PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ © Nolita Cinema – Deadly Valentine ; D. R. ; Collection Christophel – Prisma ; Zentropa Entertainments Memfis Film ; Christophel ; Collection Christophel – Prisma ; Collection Christophel

AU CINÉMA LE 2 FÉVRIER H6_3COUL_194,5x275.indd 1

01/12/2021 17:25

hiver 2021-2022 – n 185 o

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Cinéma -----> « La Croisade »

PRIMAIRE ÉCOLO

« Les enfants n’attendent plus l’autorisation des adultes, ils agissent. »

LOUIS GARREL Dans le vif, ludique et sentimental La Croisade, troisième long métrage qu’il réalise, Louis Garrel met en scène l’hébétude de deux parents (joués par lui-même et Laetitia Casta) pris de court par leur fils (Joseph Engel), qui entreprend un mystérieux projet pour sauver la planète. Avec le cinéaste, on a évoqué Jean-Claude Carrière, son grand ami et coscénariste décédé en février dernier, et le cinéma de l’enfance, qu’il prend très au sérieux. Quels souvenirs as-tu des sessions de travail avec Jean-Claude Carrière ? On se disputait dès que mon écriture devenait trop psychologique. Il était très influencé par Tchekhov, chez qui les personnages

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sont définis par ce qu’ils font. Pendant les séances c’était très marrant car, comme il était très bon acteur, on jouait tous les deux les personnages. Souvent, on était à Colombières-sur-Orb, dans sa maison en Occitanie, où il y avait un petit bureau avec tous les portraits des gens avec qui il avait travaillé : Atiq Rahimi, Luis Buñuel, Jean-Paul Rappeneau, Isabella Rossellini… Il y avait juste une petite couchette pour dormir, parce qu’il aimait bien faire des siestes pendant le travail. Mais, généralement, les bonnes idées on les trouvait en mangeant. Sinon, on a beaucoup travaillé dans son sous-sol à Paris. Ça ressemblait à un petit boudoir. On se mettait face à face et on lisait une scène, debout ou devant l’ordinateur. Comme on était très copains, on pouvait aussi s’appeler la nuit, à deux ou trois heures du matin, si on avait une idée. Il travaillait beaucoup en amont, il déroulait les dialogues tout seul avant que j’arrive. Moi, en cherchant les dialogues, j’essayais de tirer des balles et, quand je tirais la bonne balle, j’étais content. Mais lui, c’était toujours juste, toujours pile dans la cible. Jean-Claude Carrière a été un écologiste de la première heure, il militait avec l’agronome René Dumont – le tout premier candidat écolo à la présidentielle, en 1974 –

dès les années 1960. Comment te parlait-il de ce combat ? Oui, il avait écrit un livre sur l’écologie [Le Pari. Adresses à quelques grands personnages à propos de ce qui nous attend, Robert Laffont, 1973, ndlr] et il me disait qu’à l’époque celui-ci n’avait eu aucun écho dans la presse. Un jour, on présentait L’Homme fidèle [le précédent film de Louis Garrel, déjà coécrit avec Jean-Claude Carrière, sorti en France en 2018, ndlr] à New York et je suis rentré un peu avant lui. Il m’avait prévenu qu’il avait généralement de très bonnes idées dans l’avion, dans les nuages… Après, il m’a donné la première scène de La Croisade, mais ça ne me plaisait pas, je trouvais ça forcé, comme si on mettait dans la tête d’enfants des idées d’adultes. J’ai laissé ça de côté six mois, et lui n’en démordait pas. Tout à coup est apparue Greta Thunberg, qui s’est mise à faire sa grève scolaire pour le climat. J’ai appelé Jean-Claude, je lui ai dit qu’il était un prophète. Il m’a dit : « Oui, t’es con, si tu m’avais écouté, le film sortirait maintenant. » Comme quoi, même en marchant avec une canne, il était plus en avance que les marathoniens. En interview, il nous avait parlé de La Croisade, des difficultés que vous aviez eues à faire naître le projet. Il disait : « Personne

no 185 – hiver 2021-2022

n’en veut. Ça gêne, ça dérange. » Qu’est-ce qu’il entendait par là ? Il parlait peut-être de moi. Parce qu’au début je ne comprenais pas comment j’allais pouvoir faire le film. Comment faire un film militant ? Et puis je me suis souvenu de ce qu’il m’avait appris : « Louis, tu ouvriras toujours plus grand les portes des gens avec de l’humour. » J’ai compris qu’il fallait que je sois léger. Dès la première séquence, le spectateur est pris dans une forme d’hébétude qui est celle des parents découvrant que leur fils fait partie d’une sorte de collectif d’enfants militants. Tu voulais mettre ton public face à ses responsabilités ? Non, le film n’a qu’une vocation, c’est de faire un état des lieux. On ne met pas en scène des enfants qui manifesteraient, ou s’engageraient en politique. C’est l’étape d’après en fait : ils n’attendent plus l’autorisation des adultes, ils se mettent à agir. Je ne voudrais pas que les gens pensent qu’il y a une quelconque leçon de morale donnée par le film. Il me semble que, dans la construction narrative, c’est comme si le caméraman n’était jamais au courant de ce qui allait se passer. Petit à petit, les gens commencent à être convertis par les gosses, et le film lui-même commence à être converti.


« La Croisade » <----- Cinéma

La Croisade de Louis Garrel, Ad Vitam (1 h 07), sortie le 22 décembre

PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET

JULIEN MADON PRÉSENTE

SPLENDIDE LE COURRIER DE L’OUEST

UNE BOMBE D’ÉMOTIONS TOUTE LA CULTURE

UNE FRATRIE EN OR

COUP DE CŒUR LIBÉRATION

LE FIGARO

MES FRÈRES ET MOI UN FILM DE

YOHAN MANCA

MAËL ROUIN-BERRANDOU

JUDITH CHEMLA

DALI BENSSALAH

SOFIAN KHAMMES

AU CINÉMA LE 5 JANVIER

MONCEF FARFAR

© 2021 - Single Man Productions - Ad Vitam - JM Films • Crédit Photo : © David Koskas • Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

Le film est aussi un portrait satirique de ta génération, que tu dépeins comme matérialiste, engoncée dans son confort, et qui n’a rien à faire du réchauffement climatique. J’ai un copain qui m’a dit que c’était une satire générale. Sur l’écologie, le réchauffement climatique, le verbe, les mots sont tellement partout, on a l’impression qu’ils n’ont aucun effet, ils sont comme anesthésiants. Dans la tête des gens, quand on dit le mot « écolo », ça fait penser à la bourgeoisie qui a du temps pour se soucier des tomates. Je pense qu’il faudrait maintenant parler de survie. Ce n’est pas l’idée d’être gentil avec la planète, les animaux, c’est un réflexe, un sursaut anthropologique. Ce n’est pas moi qui fais la leçon par rapport à ça, ni le film, ce sont les enfants. Enfin, même pas : ils engueulent les adultes, mais ils ont déjà agi. J’ai écouté Bruno Latour, un sociologue qui travaille beaucoup sur cette question. Il dit que la situation est désespérée, mais en même temps il dit que c’est génial, car il s’agit d’une révolution des esprits, ça ouvre une multitude de perspectives. Abel, Joseph, Marianne… Tu mets en scène la même famille que dans ton précédent long métrage, L’Homme fidèle. Tu imagines La Croisade comme une suite ? Oui, c’est une idée du producteur qui me dit même qu’on devrait faire un troisième volet. Un peu comme la série des James Bond, mais à échelle réduite. Ce serait sans JeanClaude, donc je suis un peu triste, mais j’aimerais bien faire un troisième film plus centré sur le personnage joué par Laetitia Casta. À travers le personnage de l’enfant joué par Joseph Engel, le film est aussi un récit de première fois. C’est surtout un récit de précocité. Je me suis autorisé à écrire ça quand j’ai vu 90’s de Jonah Hill [sorti en 2019, ndlr]. Il y a une scène super dans ce film où l’ado se fait draguer par une fille beaucoup plus âgée que lui. Je me suis dit, c’est super scandaleux, et en même temps c’est super vrai. Il a 12 ans et elle 17 : cet écart de cinq ans qui, devenu adulte, n’est rien, à cet âge-là, ça devient les chutes du Niagara ! Quels cinéastes de l’enfance sont importants pour toi ? À chaque fois je le cite, mais je ne peux rien y faire. François Truffaut disait que, quand il dirigeait des enfants, il s’asseyait à leur niveau. Pour moi, Les Quatre Cents Coups, c’est le film sur l’enfance le plus impressionnant. Il y a aussi Jacques Doillon qui a réussi à dire que les enfants peuvent aussi être des cons. J’y ai pensé pendant l’écriture. Ce que je déteste, c’est quand, dans les films, les enfants sont utilisés comme des marionnettes, des robots.

Photographie : Julien Liénard pour TROISCOULEURS

hiver 2021-2022 – no 185

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Cinéma -----> « Neige »

JULIET B ERT O

Face aux caméras de Jean-Luc Godard ou de Jacques Rivette, elle dynamitait tout par son jeu franc et désinhibé. On découvre Juliet Berto cinéaste grâce à la ressortie de Neige (1981), premier film beau, brut et sensible qu’elle cosignait avec Jean-Henri Roger et dans lequel elle jouait. On a eu envie de tenter de cerner cette figure secrète du cinéma français, disparue en 1990. Portrait d’une libre rêveuse en quête de singularité plus que de succès. Sur fond blanc, en tenue d’ouvrière rouge et gavroche gris anthracite vissée sur la tête, elle fixe la caméra et lève le poing, la mine boudeuse, parée à suivre la marche de la révolution aux côtés de ses camarades maoïstes (Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud). Cette image sévère, engoncée, tirée de La Chinoise (1967) de Jean-Luc Godard, ne pourrait pas être plus éloignée des rôles dans lesquels on verra Juliet Berto par la suite – c’est pourtant l’un de ceux par lesquels elle se fera

connaître, après sa rencontre avec le cinéaste franco-suisse, au sortir d’une projection des Carabiniers (1963) – ce dernier l’engagera notamment pour Week-end (1967) ou Le Gai savoir (1969). Qu’est-ce qui relie cette jeune ouvrière à la Céline provocante et fantasque de Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette (1974), ou à la barmaid passionnée et empathique traversant la nuit montmartroise aux côtés de dealeurs, d’héroïnomanes, d’un boxeur hongrois bougon (Jean-François

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Stévenin) et d’un pasteur antillais généreux (Robert Liensol) dans Neige ? Un visage, apparu dans une cinquantaine de films, mais pas beaucoup plus. Les films de Godard ayant été projetés dans de grands festivals, Juliet Berto aurait pu se lancer dans des projets plus lucratifs, moins casse-gueule. Mais, très tôt dans sa carrière, elle a montré qu’elle n’était pas faite pour ça.

HORS CADRE

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Ce qu’elle aimait, c’était que le dehors vienne percuter le dedans, que le hors-champ prolonge le cadre. Au téléphone, Patrick Chesnais se remémore le tournage de Neige, dans lequel il joue le rôle d’un flic : « Je devais défourailler et tirer dans le dos d’un jeune dealeur. J’avais dit à Juliet “Surtout, pas de bruit de balles” – elles étaient à blanc, bien sûr. Je trouvais que c’était très risqué dans le quartier, la nuit. La caméra était loin, on filmait en longue focale, on n’avait pas de projecteur. Juliet a insisté pour qu’on entende le bruit des balles. Et là, les gens ont pensé que j’étais un tueur. Ils partaient en courant, se jetaient par terre, c’était impressionnant. Juliet recherchait ces prises de risque. » La distributrice Jane Roger, fille du réalisateur et prof de cinéma Jean-Henri Roger (collaborateur et compagnon, pendant plusieurs années, de Juliet Berto), devait avoir 7 ou 8 ans sur le tournage marseillais de Cap Canaille (deuxième film coréalisé par Berto et Roger, sorti en 1983). Elle se rappelle des

no 185 – hiver 2021-2022

passants médusés face à un Patrick Chesnais (qui incarnait cette fois un truand) sortant d’une banque, pistolet à la main. « Juliet et Jean-Henri voulaient qu’il n’y ait pas de frontière entre réalité et fiction. J’ai l’image d’un tournage très énergique, avec beaucoup d’amour, de pleurs, de rires et de bruit. » Pour Neige, Berto tenait absolument à ce que les gens du quartier apparaissent dans le film. En 2013, au cinéma Le Louxor de Barbès, lors de l’inauguration d’une salle dédiée au duo, une copie non restaurée du film avait été projetée. Jane Roger se souvient de nombreux spectateurs venus la voir pour lui dire que leur grand-père ou leur cousin apparaissait dans le film. Toujours à la recherche d’une synergie collective, Juliet Berto portait en elle un idéal de communion.

LE GOÛT DES AUTRES Dans le documentaire Juliet Berto, où êtesvous ? (2012) de Jean-Claude Chuzeville et Sophie Plasse, Stévenin raconte qu’il est passé d’assistant réalisateur à acteur grâce à elle. Ça s’est décidé vite sur le plateau d’Out 1. Noli mi tangere (1971) de Jacques Rivette, qui recherchait un comédien pour incarner un voyou [il était apparu auparavant dans La Chamade d’Alain Cavalier et L’Enfant sauvage de Truffaut, ndlr]. Juliet Berto lui a suggéré celui qu’elle surnommait Marlon (parce qu’elle lui


« Neige » <----- Cinéma

trouvait des airs de Marlon Brando). Attirée par les nouveaux auteurs, elle a intégré les castings de jeunes cinéastes prometteurs (Camarades de Marin Karmitz (1970) – fondateur de la société mk2, qui édite ce magazine – ou Un amour à Paris de Merzak Allouache, sélectionné aux Perspectives du cinéma français à Cannes en 1987). Dans des vidéos tournées dans un local collectif et montrées dans le docu, on l’entend dire, de sa voix claire et gouailleuse : « Moi, j’suis contre les maisons fermées, j’suis pour les tribus. » « Elle n’était pas de Paris mais elle avait ce côté titi, Poulbot, malin et humain », résume Chuzeville. En tant qu’actrice, c’est auprès de Rivette qu’elle trouvait l’abolition des hiérarchies qu’elle recherchait – elle devient sa coscénariste avec une implication totale. Ils conjugueront leurs pouvoirs magiques plusieurs fois, Céline et Julie vont en bateau marquant peut-être l’apogée de leur expression commune. Dans chaque scène, Berto s’investit physiquement dans son personnage tête en l’air, nerveux, insaisissable – et à y regarder de plus près, c’est peut-être ce rôle qui traduit le mieux la nature de cette artiste sensible et imaginative.

INTERSTICES Discrète et pudique, Juliet Berto – qui disparaîtra d’un cancer du sein à 42 ans – s’est rarement livrée sur sa vie privée. Mais, dans sa façon de jouer, on remarque sa tendance à repousser une mèche rebelle, à tenir son menton par un index tendu. Des gestes vifs qui sont le signe visible d’un monde intérieur riche, auquel ses textes, nombreux et éparpillés, nous donnent un accès partiel. En haut de la pile, La Fille aux talons d’argile, seul livre qu’elle a publié en 1982. Au fil d’une écriture éclatée, marquée par l’utilisation du pronom « elle » pour parler d’elle, un même désir de fuite transcende ses mots, venus de l’enfance, territoire de souffrances intimes autant que moteur. « Elle est ailleurs… À l’école et en pension on lui disait “Jamet [son nom de jeune fille, ndlr], descendez de la Lune”… Pourtant ici-même du côté de Barbès la foule colorée et chaude… Elle n’a qu’à descendre quelques rues et elle est sur le trottoir mêlée à tous à toutes… » Tout en mouvements, Berto échappe à toute fixation, définition, étiquette – elle détestait être estampillée « Nouvelle Vague » ou « féministe » (bien qu’elle l’ait été naturellement). Et c’est ce qui la rend pour toujours si fascinante. Neige de Juliet Berto et Jean-Henri Roger (JHR Films, 1 h 30), sortie le 5 janvier

JOSÉPHINE LEROY 1

Sur le tournage de Neige, 1981 © Moune Jamet, Collection Christophel

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Julie Berto et Robert Liensol, Neige, 1981 © Moune Jamet, Collection Christophel

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© Moune Jamet, Collection Christophel

20 TH CENTURY STUDIOS PRESENTE EN ASSOCIATION AVEC MARV UNE PRODUCTION CLOUDY UN FILM DE MATTHEW VAUGHN “THE KING’S MAN - PREMIERE MISSION” (THE KING’S MAN) RALPH FIENNES GEMMA ARTERTON RHYS IFANS MATTHEW GOODE TOM HOLLANDER HARRIS DICKINSON DANIEL BRÜHL AVEC DJIMON HOUNSOU ET CHARLES DANCE CASTING REGINALD POERSCOUT-EDGERTON, CSA, CDG COSTUMES MICHELE CLAPTON COMPOSEEMUSIQUEPAR MATTHEW MARGESON & DOMINIC LEWIS MONTAGE JASON BALLANTINE, ASE, ACE ROB HALL PRODUIT PRODUCTEURS DIRECTEUR DE DECORS DARREN GILFORD LA PHOTOGRAPHIE BEN DAVIS, BSC EXECUTIFS MARK MILLAR DAVE GIBBONS STEPHEN MARKS CLAUDIA VAUGHN RALPH FIENNES PAR MATTHEW VAUGHN, p.g.a. DAVID REID, p.g.a. ADAM BOHLING, p.g.a. D’APRES LA BANDE DESSINEE HISTOIRE LE 29 DÉCEMBRE AU CINÉMA SCENARIODE MATTHEW VAUGHN & KARL GAJDUSEK REALISEPAR MATTHEW VAUGHN “THE SECRET SERVICE” DE MARK MILLAR ET DAVE GIBBONS DE MATTHEW VAUGHN BANDE ORIGINALE DISPONIBLE CHEZ

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Cinéma -----> « CinéMode par Jean Paul Gaultier »

PORTFOLIO

MODE & CINÉMA Les robes de Marilyn Monroe et de Brigitte Bardot, le short de Rocky ou le justaucorps de Superman… Costumes et haute couture s’exposent à la Cinémathèque française dans un parcours tout en métal et broderies, imaginé par le couturier cinéphile Jean Paul Gaultier. Une histoire croisée du cinéma et de la mode, dans laquelle grands stylistes et stars de cinéma se côtoient pour un somptueux défilé. C’est son histoire personnelle du cinéma que Jean Paul Gaultier raconte et déploie à travers les collections de l’institution et de nombreux prêts. On y retrouve également les costumes et les dessins préparatoires qu’il a créés pour de nombreux films : Kika de Pedro Almodóvar, Le Cinquième Élément de Luc Besson, La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet… Une exposition qui raconte comment les vêtements trouvent une magnifique chambre d’écho dans le cinéma, qui n’a cessé de briser des tabous. 1

Maquette du costume kaki porté par Victoria Abril dans Kika

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Maquette du costume robe porté par Victoria Abril dans Kika

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Dessin préparatoire au costume de Milla Jovovitch dans Le Cinquième Élément

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Pedro Almodóvar, Victoria Abril et Jean Paul Gaultier sur le tournage de Kika, 1993 © Nacho Pinedo

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« CinéMode par Jean Paul Gaultier », jusqu’au 16 janvier à la Cinémathèque française CLAUDE GARCIA

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no 185 – hiver 2021-2022


C E S N E D N

S CE

INCA

« CinéMode par Jean Paul Gaultier » <----- Cinéma

UN M POR AGNIFIQ TRA UE JEUN IT DE LA ESSE © François-Louis Athénas

3

Ahmed Madani

THÉÂTRE THÉÂTRE THÉÂTRE THÉÂTRE THÉÂTRE THÉÂTR

MC93.COM hiver 2021-2022 – no 185

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Cinéma -----> L’archive de Rosalie Varda

DE LA FAUSSE NEIGE POUR FAIRE COMME À NOËL !

Rosalie Varda, Jacques Demy, Nino Castelnuovo et Catherine Deneuve sur le tournage des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy (1963) © Léo Weisse – 1963 Ciné-Tamaris

Chaque mois, pour TROISCOULEURS, Rosalie Varda plonge dans les archives de ses parents, les cinéastes Agnès Varda et Jacques Demy, et nous raconte ses souvenirs à hauteur d’enfant. Ce mois-ci : sur le tournage des Parapluies de Cherbourg, en 1963.

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« Me voilà sur le tournage des Parapluies de Cherbourg, à la fin de l’été 1963. Jacques Demy avait trouvé l’idée charmante de proposer à Hervé (fils de Michel) Legrand de jouer François et à “Mini-moi” d’être Françoise, l’enfant de l’amour, pour la dernière scène du film. Une façon d’arrêter le temps et d’avoir un souvenir de nous à 5 ans. Michel & Jacques, “les Fufu” comme ils s’appelaient, des « Demy faux frères » de création… Un plateau de cinéma, c’est toujours un peu magique. La fausse neige,

c’est des kilos et des kilos de gros sel sur le sol et de la pluie de mini-boules de coton… Je me rappelle qu’Agnès m’avait fait tricoter à la main mon manteau bordé d’un beau ruban ancien et doublé de soie ! Il y avait la sublime Catherine avec son vison et Nino avec son blouson de pompiste. Mag Bodard, la productrice, m’avait proposé en échange de ma prestation un parapluie taille enfant rose pâle doublé d’un tissu fleuri dans les tons de bleus, et une épicerie en bois avec plein de petits accessoires,

no 185 – hiver 2021-2022

boîtes de conserve et bouteilles. Hervé, lui, avait eu droit à la station-service – celle du décor de la chambre de Guy. Je me rappelle que j’aimais bien la station-service ! Hervé et moi, on avait passé la moitié de la nuit sur le tournage, Agnès m’avait prêté son Leica, je me demande si j’ai vraiment fait des photographies. On nous avait chouchoutés avec du chocolat chaud et des bonbons… Je suis repartie tard dans la nuit en me disant que c’était bien d’être actrice ! » • ROSALIE VARDA


WONDER FILMS présente

« Un torrent d’amour et de sensibilité » Le Journal des Femmes

un film de

STÉPHANIE PILLONCA

Design : L. Pons & B. Seznec / TROÏKA

SÉLECTION OFFICIELLE

LE 22 DÉCEMBRE


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

E D I U G LE

N I C S E I T

R O S S DE

A P A M É

NIGHTMARE ALLEY SORTIE LE 19 JANVIER

C’est l’œuvre de toutes les premières fois pour Guillermo del Toro : premier casting de stars (Bradley Cooper, Rooney Mara, Cate Blanchett), premier scénario adapté d’un roman, première intrigue dénuée de tout élément fantastique. Une incartade qui permet au réalisateur de La Forme de l’eau de se renouveler sans se renier.

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États-Unis, dans les années 1940. En rejoignant une troupe de forains, le vagabond Stan Carlisle (Bradley Cooper) se découvre un formidable talent pour manipuler son auditoire. Mais, après lui avoir permis de rencontrer l’amour (Rooney Mara) puis de faire fortune, ce don l’entraîne sur la voie du crime… À travers ce bref résumé apparaît un point de rupture primordial de Nightmare Alley : alors que ses précédents héros se caractérisaient par leur pureté, Guillermo del Toro se focalise ici sur un personnage d’une terrible duplicité, plombé par la cupidité et une profonde haine de soi. Ce portrait tout en nuances, il le brosse en embrassant pleinement les codes du film noir (genre du mensonge par excellence), mais aussi en accordant une

place prépondérante à ses personnages. Là où ses films se caractérisaient jadis par une boulimie euphorisante qui faisait s’entrechoquer des archétypes (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan), le cinéaste prend ici le temps de laisser se dérouler de longues scènes de dialogues intimistes et, chose rarissime chez lui, de se poser en plan fixe pour saisir, derrière un visage mutique, une furieuse guerre intérieure. Avec Nightmare Alley, il parle aussi de son statut d’homme de spectacle et, par extension, de son rôle dans le monde. En suivant d’abord le quotidien des forains, il nous invite à pénétrer les coulisses de ses propres « foires aux monstres » (le Freaks de Tod Browning est d’ailleurs cité). La plongée dans les méandres putrides de l’âme

no 185 – hiver 2021-2022

humaine qui suit dénonce le basculement du conteur qui oserait transformer ses salvatrices duperies ludiques en arnaques mortifères. Car, si Guillermo del Toro a toujours renié la réalité dans ses œuvres, c’est pour mieux se rapprocher de la vérité, valeur cardinale de ses films. Nightmare Alley, comme toutes ses précédentes fables, se conclut sur une morale, qui s’apparente ici à une glaçante mise en garde : le mensonge mène droit à la plus terrible des folies. Nightmare Alley de Guillermo del Toro, Walt Disney (2 h 20), sortie le 19 janvier

JULIEN DUPUY


AR

LE MEILLEUR FILM SORTI AU CINÉMA EN 2021 SELON LES SPECTATEURS SENSCRITIQUE ET ALLOCINÉ

(4,2/5)

BONUS RETOUR SUR LA CRÉATION D’ONODA : TROIS MODULES AUTOUR DE L’IMAGE, DU SCÉNARIO ET DE LA MUSIQUE CONVERSATION AVEC LES COMÉDIENS GALERIE DE PROJETS D’AFFICHES TROIS COURTS MÉTRAGES DU RÉALISATEUR : DES JOURS DANS LA RUE (EXCLUSIVITÉ BLU-RAY), LA MAIN SUR LA GUEULE, PEINE PERDUE •

ET AUSSI

MAINTENANT EN DVD ET BLU-RAY

BERLIN ALEXANDERPLATZ DE BURHAN QURBANI

LE 15 DÉCEMBRE EN VOD LE 22 DÉCEMBRE EN DVD ET BLU-RAY

GOGO

DE PASCAL PLISSON LE 1ER JANVIER EN VOD LE 26 JANVIER EN DVD

LES MÉCHANTS

DE MOULOUD ACHOUR ET DOMINIQUE BAUMARD LE 8 JANVIER EN VOD LE 26 JANVIER EN DVD ET BLU-RAY

FLAG DAY DE SEAN PENN

LE 29 JANVIER EN VOD LE 2 FÉVRIER EN DVD ET BLU-RAY


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

CHÈRE LÉA SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

Fin conteur de circonvolutions sentimentales, Jérôme Bonnell (À trois on y va, 2015) fait souvent la part belle aux personnages féminins. Il tire cette fois le portrait drôle et percutant d’un quadra vivant sa rupture amoureuse dans un café parisien, le temps d’une journée. Tout commence à l’aube, par une méchante gueule de bois. Capturés en gros plan, le visage vaseux de Jonas (Grégory Montel), qui s’est endormi à un pot professionnel, ouvre cette journée qu’on devine tout de suite spéciale. L’esprit du film de Jérôme Bonnell est contenu là, dans cette introduction qui préfigure une série de mouvements, d’évolutions, d’hésitations, de bugs qui font dévier le récit. Dans la lignée de ses précédents films (La Dame de trèfle, Le Temps de l’aventure), le cinéaste met patiemment

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en place les composantes d’un engrenage. Ici, ça part d’une rupture amoureuse. Sonné par sa nuit, Jonas se rend en taxi chez son ex, la Léa du titre (Anaïs Demoustier, tout en fougue). Leur échange s’envenime et il décide d’avaler un café en vitesse dans le bar situé en bas de l’immeuble. Mais, pris par le besoin d’adresser une dernière lettre à Léa, il va y rester de longues heures… Réutilisant intelligemment le dispositif théâtral d’unité de temps et d’espace, et grâce à des dialogues épurés qui évitent soigneusement le piège des discussions de comptoir inutilement bavardes, le film puise dans ce surplace et cette condensation toute sa force comique et émotionnelle. Il fait rentrer dans ce cadre serré une troupe de personnages secondaires (le généreux tenancier du bar, incarné par Grégory Gadebois ; une habituée malicieuse, jouée par Nadège Beausson-­Diagne ; une mère et son fils adulte fusionnels, qui s’embrouillent à longueur de temps) qui mettent Jonas face à sa fragilité – une fragilité masculine encore trop peu montrée à l’écran. Le personnage de son ex-femme (et mère de son enfant), porté par une géniale Léa Druc-

ker, est peut-être celui qui pousse le plus ce héros ni idéalisé ni démoli (pas loin des personnages masculins de Truffaut ou Sautet) dans la voie salutaire de l’introspection. Toujours présente mais n’apparaissant dans le champ que dans une scène marquante qui sort momentanément Jonas de son huis clos, elle apaise de sa douceur ce dernier, bouillonnant. C’est justement dans le horschamp que beaucoup de choses se jouent. On pense à ces scènes où, attablé au café – dans lequel il a une vue imprenable sur l’appartement de Léa –, Jonas se met à fantasmer le bonheur de celle-ci dès lors qu’elle s’efface de son champ de vision. Ces songes inarrêtables, ce sentiment d’impuissance qu’on n’a pas de peine à se figurer, disent tout de la douleur amoureuse. Chère Léa de Jérôme Bonnell, Diaphana, (1 h 30), sortie le 15 décembre

JOSÉPHINE LEROY

no 185 – hiver 2021-2022

Trois questions Pourquoi avoir choisi ce dispositif d’unité de temps et de lieu ? J’ai eu une espèce de joie à retrouver des questions basiques de cinéma, à réfléchir à l’homme dans l’espace. Bizarrement, ça m’a amené pendant la préparation du film à regarder plein de westerns, comme Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges (1960) ou La Chevauchée des bannis d’André de Toth (1959), parce qu’ils sont construits sur un temps très rétréci et dans un lieu unique. Pour moi, c’est la forme originelle du cinéma. Vous dépeignez souvent des personnages féminins nuancés. Pourquoi vous intéresser à un homme, cette fois ? Le dépit amoureux vécu par les hommes est plus rarement

À JÉRÔME BONNELL montré dans la société. Je me suis beaucoup caché derrière des personnages féminins, c’était comme une planque qui me donnait une plus grande impression de fiction. Là, ça m’a touché d’interroger la sentimentalité masculine, l’insupportable indécision des hommes. Le film mise beaucoup sur la suggestion, plus que sur la démonstration. J’ai l’impression qu’on est dans un monde du tout-voir, du tout-montrer. Je cherchais quelque chose de simple avec ce geste. Aussi, j’ai depuis mon premier film une vieille ambition, qui est de raconter des choses grandes à travers des choses en apparence toutes petites.


“ UN FILM POÉTIQUE ET POLITIQUE, D’UNE BEAUTÉ VÉNÉNEUSE ” — TRANSFUGE —

ANTI-ARCHIVE ET APSARA FILMS PRÉSENTENT

Orizzonti Meilleur Acteur

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UN FILM DE

KAVICH NEANG

DÉAUC.

PISETH CHHUN SITHAN HOUT SOKHA UK CHINNARO SOEM SOVANN THO JANY MIN CHANDALIN Y

Les Films du Losange/www.filmsdulosange.com

CAMBODGE MAG

Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

CINÉMA


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

BAD LUCK BANGING OR LOONY PORN SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

Le Radu Jude nouveau, Ours d’or à Berlin, s’avance comme un objet aussi sulfureux qu’étonnant, nous amenant à réfléchir aux mœurs, à l’intimité, à l’éducation, à la justice et aux images à l’ère du numérique et de la mondialisation. Ça commence comme un film porno. Un homme filme ses ébats avec une femme masquée, et rien n’est simulé – vous voilà prévenus. Il s’agit en fait de la sextape d’une prof d’histoire et de son mari, tournée pour eux seuls. Sauf que, à la faveur de l’intervention d’un réparateur d’ordinateur peu scrupuleux, la vidéo fuite sur le Net… De ce

prologue gaguesque, le cinéaste roumain Radu Jude (Aferim! 2015) tire une comédie étrange, scindée en trois parties. La première, contemplative, suit les déambulations de l’héroïne dans un Bucarest saturé de signes, de pubs, de bruits, de voitures et de passants, et ses tentatives pour tirer au clair ce quiproquo qui menace sa situation professionnelle. La deuxième partie présente un abécédaire très godardien qui égratigne la Roumanie, son histoire et les travers de notre époque. La dernière montre le théâtral faux procès intenté par les parents d’élèves à la prof, chacun y allant de son jugement moral – voire de ses insultes parfaitement abjectes –, souvent pour laver sa propre conscience. Passé les provocs un peu faciles, on reconnaît au cinéaste un talent certain pour dépeindre un monde globalisé au bord de la crise de nerfs, si vaste qu’il ne sait plus comment prendre soin de chacun.

Bad Luck Banging or Loony Porn de Radu Jude, Météore Films (1 h 46), sortie le 15 décembre

TIMÉ ZOPPÉ

NOËL ET SA MÈRE SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

L’écrivain Arthur Dreyfus réalise un premier long métrage documentaire aussi drôle qu’extrêmement émouvant sur la complexité et le mystère de l’amour et de la filiation, doublé d’une réflexion méta sur la part funèbre des images. « Ni avec toi ni sans toi ». C’est par cet énon­cé tragique que s’achève La Femme d’à côté (1981) de Truffaut – et son histoire d’amants passionnés… Michelle et Noël Herpe ne sont pas amants, ils sont mère et fils. Lui est historien de cinéma ; elle dit ne rien avoir fait d’autre dans sa vie que se marier et avoir des enfants. Entre eux, une impasse qui leur rend si difficile cette chose d’apparence simple : être ensemble. C’est d’ailleurs séparément qu’Arthur Dreyfus les filme d’abord. Dans un décor semblable à un confessionnal, tissu noir au mur et halo de lumière nimbant leur visage, ils se racontent et analysent

leur rela­tion. Plus tard, réunis sur un divan dans le même plan, ils écoutent et commentent leurs propres déclarations, donnant ainsi vie à une série de confrontations aussi cocasses que poignantes à propos des différentes lectures de leur vie commune. Sur cette scène psychanalytique, c’est l’indicible d’un amour inconditionnel qui essaye de se dire et qui se conjugue à une réflexion méta sur l’ambiguïté des images, la face cruelle des photographies d’enfance et leur supposé bonheur qui dissimule trop bien la tristesse à venir. C’est aussi l’itinéraire d’un ciné­phile qui s’écrit, ce « ciné-fils » dont parlait le critique Serge Daney, qui aura choisi le cinéma, « lieu où il fallait être », monde des morts et du passé, comme pour conjurer les blessures du vivant. Noël et sa mère d’Arthur Dreyfus, Outplay (1 h 30), sortie le 15 décembre

MARILOU DUPONCHEL

Entre eux, une impasse qui leur rend si difficile cette chose d’apparence simple : être ensemble. 44

no 185 – hiver 2021-2022


EX NIHILO ET KARÉ PRODUCTIONS PRÉSENTENT

FA N N Y

M E LV I L

©PHOTO : THIBAULT GRABHERR

A R DA N T

P O U PA U D

U N F I L M DE

C A R I N E TA R D I E U CÉCI L E DE F R A NCE

F L OR E NCE L OI R E T CA I L LE

AU CINÉMA LE 2 FÉVRIER 2022


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

UN HÉROS SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

De retour en Iran après l’escapade espagnole d’Everybody Knows, Asghar Farhadi impressionne avec ce drame moral, Grand Prix à Cannes cette année, dans lequel un prisonnier endetté se débat avec l’hostilité d’une société peu encline à faire des cadeaux. Emprisonné depuis trois ans à cause d’une dette qu’il n’a pas pu rembourser, Rahim (Amir Jadidi) bénéficie d’une permission de sortie de deux jours durant laquelle il va tenter de persuader son créancier de retirer sa plainte. Un sac à main rempli de pièces d’or qu’il trouve dans la rue lui donne l’espoir d’une rédemption… En proposant une immersion totale avec un personnage dont on découvre vite les différentes fonctions sociales (il est divorcé, père d’un enfant bègue et fréquente une femme qu’il voudrait épouser), Asghar Farhadi renoue avec

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les fables pleines d’ambivalence morale qui ont fait son succès (Une séparation et son Ours d’or à Berlin, Le Client et son Prix du scénario à Cannes). S’il jouit d’un entourage bienveillant et profite d’un coup du sort qui va lui permettre de devenir un héros médiatique, Rahim voit son destin remis en doute par la réflexion toujours aussi pessimiste d’un cinéaste qui construit ici un minutieux engrenage dans lequel s’entrechoquent les tensions de la société iranienne, la gredinerie des agents de l’administration, la violence des réseaux sociaux et la manipulation du concept de vérité. Mise en scène acérée, écriture étouffante de suspense et brillante direction d’acteurs font ainsi d’Un héros (titre ironique au possible) un excellent cru. L’antihéros Rahim affiche constamment un sourire équivoque, qui a autant le don d’irriter ses détracteurs que de séduire ses défenseurs. Au milieu de ce parcours du combattant empruntant aussi bien au thriller hitchcockien qu’au mélodrame social italien, Farhadi parvient à ménager un espace de respiration et à offrir un contrepoint humaniste à travers le personnage du fils de Rahim. Assistant régulièrement aux déboires

de son père et se retrouvant souvent dans le cadre malgré lui, cet enfant devient progressivement la victime du monde des adultes et finit par prendre une épaisseur déchirante. C’est avec ces séquences poignantes qui donnent à voir un fils faisant tout son possible pour s’exprimer malgré ses défauts d’élocution qu’Un héros échappe à son pur programme tragique pour se doter d’une dimension sentimentale supérieure.

Un héros d’Asghar Farhadi, Memento (2 h 07), sortie le 15 décembre

DAMIEN LEBLANC

Rahim affiche un sourire équivoque, qui a autant le don d’irriter ses détracteurs que de séduire ses défenseurs.

no 185 – hiver 2021-2022


UN HYMNE FERVENT À LA VIE ET À LA JEUNESSE REBECCA

MARDER

DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

ANDRÉ

MARCON

ANTHONY

BAJON

Une jeune fille qui va bien UN FILM DE

SANDRINE KIBERLAIN

AVEC

INDIA HAIR ET FRANÇOISE WIDHOFF

AU CINÉMA LE 26 JANVIER

SCÉNARIO DE SANDRINE KIBERLAIN

© 2021 EDI FILMS – CURIOSA FILMS – FRANCE 3 CINEMA - BNP PARIBAS PICTURES • Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

BANDE À PART


un film de

Sabine Azéma

Maud Wyler

SÉLECTION OFFICIELLE

Festival du film de Locarno

COUP DE COEUR

Festival d'Angouleme

Aurélia Georges

Lyna Khoudri

présente

31 Juin Films


©2021 : PYRAMIDE - LOUISE MATASS

LAURENT POITRENAUX DIDIER BRICE LISE LAMÉTRIE

le 19 janvier

TOUS DROITS RESERVÉS © 31 JUIN FILMS / ARTE FRANCE CINEMA

SCÉNARIO AURÉLIA GEORGES ET MAUD AMELINE IMAGE JACQUES GIRAULT MONTAGE MARTIAL SALOMON MUSIQUE FRÉDÉRIC VERCHEVAL DÉCORS THOMAS GRÉZAUD COSTUMES AGNÈS NODEN SON DIMITRI HAULET JOCELYN ROBERT , DOMINIQUE GABORIEAU CASTING STÉPHANE BATUT SCRIPTE LEÏLA GEISSLER 1 ER ASSISTANT RÉALISATEUR OLIVIER GENET MAQUILLAGE MARION CHEVANCE COIFFURE SÉVERINE MARTIN DIRECTRICE DE PRODUCTION MARIE SONNE-JENSEN CHEF RÉGISSEUR BENJAMIN GOUMARD DIRECTRICE DE POST-PRODUCTION BARBARA DANIEL PRODUIT PAR EMMANUEL BARRAUX UNE PRODUCTION 31 JUIN FILMS UNE COPRODUCTION ARTE FRANCE CINÉMA AVEC LA PARTICIPATION DE CANAL + , CINÉ + , ARTE FRANCE EN ASSOCIATION AVEC PYRAMIDE , CINEVENTURE 6 ET INDÉFILMS 9 , INDÉFILMS INITIATIVE 7 , PALATINE ÉTOILE 16 DÉVELOPPEMENT AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION GRAND EST , DE STRASBOURG EUROMÉTROPOLE ET DU DÉPARTEMENT DES VOSGES EN PARTENARIAT AVEC LE CNC DISTRIBUTION ET VENTES INTERNATIONALES PYRAMIDE

AVEC


Venez avec ceux que vous aimez

5 PLACES * OFFERTES

et frais d’adhésion offerts**

pour tout nouvel abonnement du 1er décembre 2021 au 4 janvier 2022

* places valables pendant 12 mois à compter de leur réception sur l’adresse mail du payeur de l’abonnement UGC Illimité souscrit en stand ou en ligne entre le 1er décembre 2021 et le 4 janvier 2022 inclus. Les places sont valables tous les jours, dans tous les cinémas du réseau UGC et utilisables en une à cinq fois (hors séances spéciales). Les places seront adressées, sous forme d’e-invitations UGC, le 20/12/2021 pour les abonnements, actifs, souscrits entre le 01/12/2021 et le 15/12/2021 ou le 05/01/2022 pour les abonnements, actifs, souscrits entre le 16/12/2021 et le 04/01/2022. ** voir conditions sur ugc.fr

– UGC CINÉ CITÉ – RCS de Nanterre 347.806.002 – 24 avenue Charles de Gaulle, 92200 Neuilly-sur-Seine – Capital social 12.325.016€


Sorties du 15 décembre au 26 janvier <---- Cinéma

THE BETA TEST

“UNE SACRÉE CLAQUE CINÉMATOGRAPHIQUE”

SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

LE MONDE

JHR Films présente

JULIET BERTO JEAN-FRANÇOIS STEVENIN ROBERT LIENSOL

Le réalisateur indé Jim Cummings, auteur du détonant Thunder Road en 2018, suit ici un agent de Hollywood au bord de la crise de nerfs. L’occasion d’égratigner l’industrie du cinéma avec un enthousiasme furieux et de réfléchir aux effets de l’effritement du patriarcat. De quoi les hommes ont-ils peur, à l’heure où Internet offre à la fois une foule de possibilités et de menaces, et où la masculinité toxique n’est plus acceptable en public mais reste la norme dès que se referment les portes des appartements et des salles de réunion ? C’est la question que pose Jim Cummings dans The Beta Test, coécrit avec PJ McCabe. Soit

l’histoire de Jordan Hines (Jim Cummings, habitué à tenir le rôle principal de ses propres films), employé cravaté d’une agence d’acteurs holly­w oodienne et sur le point de se marier. Sa vie balisée bascule lorsqu’il reçoit une lettre l’invitant dans une chambre d’hôtel avec une inconnue. D’abord hésitant, le jeune requin finit par céder à la tentation, puis à la paranoïa, déchiré entre l’envie de revoir sa conquête d’un après-midi et la peur d’avoir été piégé. Avançant d’abord comme un thriller érotique, le film s’affirme peu à peu comme la satire férocement hilarante d’une industrie hollywoodienne à bout de souffle – et de cocaïne – qui ne se remet toujours pas de la chute de Harvey Weinstein. Tout y est aussi brutal et sexiste qu’avant mais il faut, devant la toute-puissance des réseaux sociaux, déployer plus d’efforts pour le cacher. Et Jordan Hines, qui offre le même sourire forcé à ses clients qu’à sa fiancée, est l’incarnation de cette hypocrisie aliénante. Au montage, Jim Cummings

The Beta Test de Jim Cummings et PJ McCabe, New Story (1 h 31), sortie le 15 décembre

MARGAUX BARALON

Trois questions À JIM CUMMINGS D’où vient l’idée de The Beta Test ? Tout a commencé en imaginant un service qui persuade les gens d’être infidèles. Avec PJ McCabe, on a ensuite décidé de placer l’histoire dans une agence d’acteurs de Hollywood, ces gens étant connus pour leurs mensonges. C’était aussi très drôle d’observer la peur d’Internet. Je suis sur les réseaux sociaux et, chaque fois que je fais quelque chose, je crains qu’on se moque de moi. À la fin, le film ressemble à un mix de 50 Shades of Grey et de South Park.

À quel point la description À quel point la description de l’industrie hollywoodienne de l’industrie hollywoodienne s’inspire-t-elle de laderéalité ? s’inspire-t-elle la réalité ? CelaCela devait être être réaliste, sinon devait réaliste, sinon les blagues n’auraient pas pas été aussi les blagues n’auraient été aussi percutantes. J’ai interrogé onzeonze percutantes. J’ai interrogé personnes qui travaillaient dansdans personnes qui travaillaient les agences et seetsont confiées les agences se sont confiées sur ce atroce. PourPour la scène surmilieu ce milieu atroce. la scène dansdans laquelle monmon personnage laquelle personnage hurlehurle sur son assistante, j’ai repris sur son assistante, j’ai repris exactement ce qu’un témoin exactement ce qu’un témoin m’a m’a raconté. raconté.

un film de JULIET BERTO et JEAN-HENRI ROGER

s’amuse à créer le malaise en apposant une bande-son grinçante sur Los Angeles baignée de lumière. Devant la caméra, le voilà qui joue de l’hyperélasticité de son visage pour révéler, avec un burlesque cathartique qui n’est pas sans rappeler Jim Carrey, tous les tiraillements intérieurs de son personnage. Avec Jordan Hines, ce sont tous les mâles qui chancellent alors que s’effrite le patriarcat qui les a couvés si longtemps. Et, derrière Hollywood, c’est bien l’Amérique qui vacille et se demande, non plus si le rêve américain est toujours accessible, mais bien de quoi elle rêve encore exactement.

AU C I N É M A L E 5 J A N V I E R E N V E R S I O N R E S TAU R É E 4 K Pourquoi jouer vous-même le rôle principal ? C’est plus simple. J’ai accès vingt-quatre heures sur vingt-quatre au comédien, je peux répéter aussi longtemps que je le veux, sous la douche ou en voiture. Si je travaillais avec quelqu’un d’autre, je n’aurais qu’à espérer qu’il passe autant de temps à être aussi fou que moi. Et puis je n’ai jamais d’argent, c’est aussi pour ça que je monte mes films. Finalement, le fait que je fasse tout moi-même leur donne une patte personnelle inattendue.

hiver 2021-2022 – no 185

neige_3c_95x276.indd 1

03/12/2021 14:38

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Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

LA PANTHÈRE DES NEIGES SORTIE LE 15 DÉCEMBRE

À la recherche de la panthère des neiges, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson part en expédition au Tibet. Ce documentaire aux images impressionnantes fourmille de rencontres, recherchées ou fortuites, avec le vivant. Si tant est que l’on se montre patient. Sur les hautes montagnes tibétaines, le photographe animalier et coréalisateur du film Vincent Munier invite l’écrivain Sylvain Tesson à partir à la rencontre d’un être peu familier : la panthère des neiges, reine fantôme au milieu des rochers. Croyant observer le vivant en ces lieux désolés, les deux

comparses se voient en fait eux-mêmes scrutés par la faune : des yacks, des renards et même des ours, curieux, les dévisagent. Nulle trace du félin cependant. Tandis que Munier se charge de trouver les bons angles, parfois pendant des heures, la voix de Tesson couvre ces images par des tirades sobrement lyriques – reprises dans son essai récompensé par le prix Renaudot en 2019. Il y fait l’éloge de la patience sans récompense à la clé, que nos sociétés ultra connectées ne reconnaissent plus. Les spectateurs sont placés dans la même position que les personnages : ils enquêtent sur la présence des animaux dans des plans d’ensemble, puis, les découvrant, ils s’émerveillent de leur comportement. Des images rares qui ne peuvent qu’émouvoir, sur une bande originale de Warren Ellis adaptée au tempo de la nature, de celle qui nous laisse sans voix devant ses splendeurs aussi fugaces qu’éternelles.

La Panthère des neiges de Marie Amiguet et Vincent Munier, Haut et Court (1 h 32), sortie le 15 décembre

ÉLÉONORE HOUÉE

WHITE BUILDING SORTIE LE 22 DÉCEMBRE

Le Cambodgien Neang Kavich relate, dans son premier long métrage de fiction, le combat d’habitants en passe d’être expulsés d’un immeuble avant sa destruction. D’un style précis et planant, il y capte les aspirations de la jeunesse. White Building porte la marque de ses producteurs : du cinéaste chinois Jia Zhang-ke (A Touch of Sin, 2013), on retrouve l’attention au poids des mutations urbaines à l’ère capitaliste ; du réalisateur cambodgien Davy Chou (Diamond Island, 2016), ce flottement rêveur dans de longues virées en scooter. Mais le film se fait surtout le relai d’une nouvelle voix. Né en 1987, Neang Kavich (déjà auteur de quelques courts et documentaires) se projette dans son héros, Samnang, 20 ans, car leur histoire est proche. Tandis que le personnage répète ses chorés hip-hop avec ses amis, ses

parents et les locataires du White Building (un bâtiment délabré de Phnom Penh où le cinéaste a vécu, détruit en 2017) négocient avec les promoteurs. Ceux-ci ont prévu de leur donner une compensation pour qu’ils s’en aillent, afin de pouvoir reconstruire des locaux plus lucratifs… À travers la métaphore de la nécrose, celle qui touche la jambe du père de Samnang et celle de l’immeuble qui s’altère dangereusement, Neang Kavich saisit l’enlisement lié à la précarité autant que le gouffre entre les générations. Car, quand Samnang tente de raisonner son père qui refuse de se faire soigner ou quand il tente de se faire entendre sur le devenir du White Building, il ne se heurte qu’à un mur. White Building de Neang Kavich, Les Films du Losange (1 h 30), sortie le 22 décembre

QUENTIN GROSSET

Kavich saisit l’enlisement dans la précarité autant que le gouffre entre les générations. 52

no 185 – hiver 2021-2022



Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

MY KID SORTIE LE 22 DÉCEMBRE

Appréhendant leur séparation, un père et son fils autiste partent ensemble dans une cavale improvisée… Dans ce récit d’initiation, l’Israélien Nir Bergman déjoue avec drôlerie et tendresse le piège du « film à sujet » sur le handicap. Aharon (Shai Avivi), père prévenant dont on comprend qu’il s’est entièrement dévoué à élever Uri (Noam Imber), désormais post-ado, a du mal à accepter que celui-ci rejoigne une institution spécialisée où il pourra mieux s’épanouir une fois adulte. Le jeune homme lui-même fait des crises pour pouvoir rester avec son père.

Tamara (Smadi Wolfman), l’ex d’Aharon et la mère d’Uri qui a, on le comprend, moins eu la garde de celui-ci et souffre d’en être éloignée, tente pourtant de leur faire entendre raison : en l’accompagnant, cet institut donnera les moyens à Uri de prendre son indépendance. Mais, le jour où Uri doit intégrer le centre, son père et lui fuient sans plus donner de nouvelles… Dans ce mélo à la tonalité burlesque, le duo père-fils fait beaucoup référence à celui formé par Charlie Chaplin et le petit Jackie Coogan dans Le Kid (1921), que regarde frénétiquement Uri. Leur escapade sera l’occasion pour eux de comprendre que Tamara avait raison. L’intelligence du film est alors de dépasser le thème de l’autisme pour aborder plus largement le lien qui unit les parents aux enfants, bien souvent mis à l’épreuve lorsque ces derniers grandissent et s’émancipent.

My Kid de Nir Bergman, Dulac (1 h 34), sortie le 22 décembre

QUENTIN GROSSET

THE CLOUD IN HER ROOM SORTIE LE 22 DÉCEMBRE

La réalisatrice chinoise Zheng Lu Xinyuan signe un premier long intime et relaxant. Quasi expérimental, le film suit les déambulations physiques et mémorielles d’une jeune femme, mystérieuse témoin des métamorphoses urbaines de la Chine. Muzi, jeune femme secrète et solitaire, revient à Hangzhou, la ville qui l’a vue naître. Son retour – on ne sait pas d’où elle vient – dans cette métropole en pleine mutation la déstabilise, et, au contact de ses proches ou d’inconnus, ses souvenirs s’en mêlent et la font voyager dans le passé… Il n’y a guère besoin d’en savoir davantage sur le récit de The Cloud in Her Room, fait de saynètes au présent et de fragments de la mémoire de Muzi, tant l’objectif du film se situe ailleurs : celui de faire vivre une expérience inédite aux spectateurs. Si la temporalité

est gommée par le noir et blanc – parfois en négatif –, ce n’est pas un simple filtre stylis­tique de la part de la cinéaste, mais un artifice pour conférer une atmosphère vaporeuse aux images (des routes embrumées aux ensembles urbains bétonnés), rendant le visionnage très apaisant. Tout devient caressant, comme lorsque la réalisatrice filme la nudité de son héroïne avec un naturel assez rare – jusqu’à une étonnante scène montrant des poils pubiens bercés par l’eau d’un bain. C’est que Zheng Lu Xinyuan se montre attentive aux ondulations du corps et aux perturbations de l’esprit, proposant une évasion sensorielle stupéfiante, à tel point que l’on se croirait sur un nuage. The Cloud in Her Room de Zheng Lu Xinyuan, Norte (1 h 41), sortie le 22 décembre

ÉLÉONORE HOUÉE

Muzi, jeune femme secrète et solitaire, revient à Hangzhou, la ville qui l’a vue naître. 54

no 185 – hiver 2021-2022


AURORA FILMS présente

LÉA

DRUCKER

JADE

SPRINGER

PHILIPPE

KATERINE

LE 2 FÉVRIER

GRÉGOIRE

MONTANA


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

BELLE SORTIE LE 29 DÉCEMBRE

De La Traversée du temps à Miraï, ma petite sœur, Mamoru Hosoda s’est distingué par son talent pour brosser des portraits complexes par le biais du fantastique et de la SF. Nouvelle réussite avec Belle, son film le plus audacieux et le plus ambitieux à ce jour. Mamoru Hosoda fait partie de ces cinéastes pour qui la réalité ne suffit pas à retranscrire la vérité des sentiments. Au fil d’une carrière sans faux pas, l’auteur des Enfants loups. Ame et Yuki s’est attaché à révéler la vie intérieure de ses personnages en travaillant sur deux registres : un cœur relevant de la chronique réaliste et une intrigue relevant du fantastique. Sur ce dernier point, Belle creuse le sillon tracé par Digimon. Le film et surtout Summer Wars, dans lequel les aléas d’une famille se matérialisaient et se résolvaient

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dans un monde virtuel. Suzu, une lycéenne introvertie, est secrètement Belle, l’avatar le plus plébiscité du réseau social U. Dans cet univers numérique foisonnant, censé révéler la véritable personnalité de ses utilisateurs, Belle découvre l’existence de la Bête, une créature effrayante rejetée par tous. En partant à sa rencontre, Suzu affrontera ses démons et poussera son avatar à révéler l’ampleur de ses pouvoirs… Si Belle s’inscrit dans la continuité des précédentes œuvres de Hosoda, c’est pour en exacerber l’échelle (une partie de l’intrigue se déroule au niveau mondial) et surtout l’intensité. À la chroni­que lycéenne très pudique, parfois même con­ templative, Hosoda oppose le bouillonnant melting-pot culturel d’U. Une juxtaposition toujours fluide qui permet à Hosoda de décrire avec clarté des interactions sociales complexes. Il faut voir avec quel brio le cinéaste utilise un jeu de stratégie en ligne pour raconter en quelques minutes extrêmement ludiques comment renverser l’opinion d’un établissement scolaire entier. Sans non plus sombrer dans l’angélisme, Hosoda fait le pari, rarissime de nos jours, de l’optimisme et de l’humanisme. Car U est une prospec-

tion utopique des réseaux sociaux – puisque c’est un accélérateur des relations humaines, c’est aussi un révélateur de bonté. Belle offre ainsi des instants de beauté bouleversants, comme une longue séquence de chant dans laquelle Belle se met à nu face au monde. Une scène qui semble tirée du rêve fiévreux d’un artiste désinhibé, mais d’une sensibilité si juste qu’elle touche à l’universel.

Belle de Mamoru Hosoda, Wild Bunch (2 h 02), sortie le 29 décembre

JULIEN DUPUY

Prospection utopique des réseaux sociaux, U est un accélérateur des relations humaines, et aussi un révélateur de bonté.

no 185 – hiver 2021-2022


Sorties du 15 décembre au 26 janvier <---- Cinéma

THE CARD COUNTER SORTIE LE 29 DÉCEMBRE

Après l’excellent Sur le chemin de la rédemption, l’éternel sale gosse du Nouvel Hollywood, Paul Schrader, récidive avec un film d’une grande noirceur introspective et politique, glissant Oscar Isaac dans la peau d’un ancien tortionnaire d’Abou Ghraib accro aux jeux d’argent. Paul Schrader, outsider du cinéma américain, fait figure de résistant parmi les naufragés du Nouvel Hollywood, s’obstinant à poursuivre son œuvre depuis quarante ans – quitte à tourner le dos aux studios. C’est un loup solitaire, comme le héros du Taxi Driver de Martin Scorsese, qu’il a écrit en 1975 et qui n’a jamais cessé de nour-

Trois questions The Card Counter a quelque chose de très sec, minimaliste, sur le fond comme sur la forme. Disons que j’aime les films qui demandent au spectateur de participer. Je n’aime pas quand on lui mâche tout le travail, que ce soit avec la musique, par le montage… Laissez-lui de l’espace pour qu’il réfléchisse et interprète, bon sang ! Bien sûr, on risque d’entrer en guerre avec le spectateur lorsqu’on lui propose cela. Mais c’est toujours mieux que de l’endormir à force d’indigence.

rir son imaginaire de cinéaste. Dans The Card Counter, cette figure est incarnée par Oscar Isaac. Dans la peau de Will, il campe un as des jeux d’argent qui, pour échapper à la culpabilité d’avoir perpétré des actes de torture sur les détenus irakiens d’Abou Ghraib, sillonne l’Amérique des casinos. À l’ivresse d’un univers interlope maintes fois célébré au cinéma, Schrader oppose la lugubre torpeur qui irriguait Light Sleeper en 1993, déjà hanté par les divagations mentales d’un héros en quête de rédemption. Radicalement anti-hollywoodien, The Card Counter montre l’Amérique à revers : le rigorisme de la mise en scène confine à une belle lenteur atmosphérique, tandis que le cinéaste pointe du doigt les travers autoritaires de son pays, ici liés à l’exaltation militariste la plus crasse. S’oubliant dans le poker et le black-jack, Will n’est plus qu’un esprit algorithmique ; c’est qu’il joue moins pour l’argent, qui ne l’intéresse guère, que pour oublier un corps qui le dégoûte – celui qui a torturé. Comme sou-

vent chez Schrader, la rédemption passera précisément par une collision avec d’autres corps : ceux qu’on veut sauver pour se sauver soi-même (ainsi de la rencontre avec le fils d’un autre tortionnaire, qui souhaite venger le destin tragique de son père en éliminant celui qui l’a enrôlé) ou bien ceux qui réveillent notre désir, comme celui d’une géniale reine des casinos avec qui Will fera affaire. Le film s’invente ainsi une improbable et réjouissante famille recomposée, chacun trouvant en l’autre un vrai point d’équilibre, l’art du cinéaste ayant rarement atteint un tel degré de plénitude. The Card Counter de Paul Schrader, Condor (1 h 52), sortie le 29 décembre

DAVID EZAN

À PAUL SCHRADER Pourquoi Pourquoiavoir avoirchoisi choisid’ancrer d’ancrer lelerécit récitdans dansleslescasinos ? casinos ? Parce Parceque quec’est c’estununpurgatoire purgatoire par parexcellence ! excellence !C’est C’estununmonde monde dedemorts-vivants. morts-vivants.Les Lesgens gensy ysont sontassis assis jour jouretetnuit, nuit,c’est c’estimpersonnel… impersonnel… Pour Pourquelqu’un quelqu’unqui quin’est n’estpas pas tout toutà àfait faitprêt prêtà àmettre mettrefinfin à àses sesjours, jours,mais maisqui, qui,enenmême même temps, temps,pense pensequ’il qu’ilnenemérite mérite pas pasdedevivre, vivre,jejetrouve trouveque que c’est c’estununsuper superendroit endroitpour pour passer passerleletemps. temps.

Comment vos trouvailles visuelles, comme la séquence en fisheye dans la prison d’Abou Ghraib, s’agrègent-elles au texte ? Dans le script, je ne pouvais pas écrire plus que : « Cela revient à lui comme en rêve. » Les rêves sont souvent confus et répétitifs, les portes ne s’ouvrent pas, on s’y perd… Mon chef opérateur m’a parlé de cet objectif extrêmement court, grâce auquel on peut tout voir, les murs, le plafond, le sol, dans le même plan. C’était idéal.

hiver 2021-2022 – no 185

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Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

LICORICE PIZZA SORTIE LE 5 JANVIER

Pour son retour très attendu après Phantom Thread, Paul Thomas Anderson se joue avec humour et délicatesse du genre balisé du teen movie. Un film amoureux qui divague et déraisonne, porté par un casting royal, avec au centre un coup de foudre de cinéma, Alana Haim. Paul Thomas Anderson (PTA pour les intimes) ne fait jamais des films comme tout le monde – Magnolia, There Will Be Blood ou encore The Master sont autant d’explorations personnelles de genres filmiques. Après la noirceur tout en taffetas de Phantom Thread – mélodrame hitchcockien sur un amour toxique –, le voici qui s’offre une parenthèse enchantée avec Licorice Pizza. Tout commence par un coup de foudre. Dans une banlieue de l’Amérique des années 1970, Gary Valentine tombe fou amoureux d’une silhouette

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et d’une démarche, celle déterminée et conquérante d’Alana Kane. Et PTA de filmer alors l’étrange parade amoureuse que vont se mener pendant quelque temps l’ado entreprenant – et entrepreneur – et cette jeune femme bien décidée à vivre sa vie. Licorice Pizza n’est au fond que l’histoire d’un baiser fantasmé, redouté, surtout constamment repoussé. De ce canevas attendu de comédie romantique, le réalisateur tire un récit d’apprentissage incroyablement libre, une chronique joyeusement désinvolte dont le scénario semble constamment virer selon ses humeurs et ses envies. On assiste ainsi au fleurissement d’une entreprise de matelas à eau, à la crise du pétrole de 1973, on y croise un vieil acteur dragueur (Sean Penn), des enfants stars, un artiste cinglé (Bradley Cooper dans un grand numéro), un politicien préoccupé, tout un tas de personnages et de situations qui surgissent et disparaissent en traçant les zigzags amoureux de nos deux héros. Licorice Pizza marche ainsi au charme dilettante, à la divagation loufoque et tendre (le film a de grands moments de comédie), une sorte de cadeau de cinéma où chacune des scènes suffirait à elle seule à faire

le point de départ d’un autre film. Pour lier cette structure volontairement flottante, il fallait une épiphanie de cinéma, une révélation : Alana Haim. Pour son premier grand rôle au cinéma, la chanteuse révèle une désinvolture insolente, une fragilité bouleversante, un art du rythme cabossé désarmant de charme. In fine, voilà la grande force de ce Licorice Pizza : nous faire tomber nous aussi, comme son héros, éperdument amoureux d’Alana.

Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, Universal Pictures, sortie le 5 janvier

RENAN CROS

Pour lier cette structure volontairement flottante, il fallait une épiphanie de cinéma, une révélation : Alana Haim.

no 185 – hiver 2021-2022


NAÏLIA HARZOUNE

MOUSSA MANSALY

UN FILM DE

NESSIM CHIKHAOUI PHILIPPE REBBOT JULIE DEPARDIEU ALOÏSE SAUVAGE

AU CINÉMA LE 12 JANVIER

PHOTO : MICHAËL CROTTO

© : ALBERTINE PRODUCTIONS – LE PACTE – WILD BUNCH INTERNATIONAL - FRANCE 3 CINÉMA

ALBERTINE PRODUCTIONS PRÉSENTE

SHAÏN BOUMEDINE


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

TWIST À BAMAKO SORTIE LE 5 JANVIER

Avec limpidité, romantisme et sens du tragique, le cinéaste marseillais Robert Guédiguian dépeint l’élan de la jeunesse malienne, entre twist et socialisme, au sortir de l’indépendance du pays, au début des années 1960. Mettre sa mise en scène au service de son histoire et de ses idéaux, cela a souvent été le credo de Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro, 2011 ; Gloria mundi, 2019). Avec son dernier film, le réalisateur a beau se délocaliser de Marseille à Bamako (en réalité, le film a été tourné au Sénégal), il reste fidèle à ce principe. Il expose avec une fluidité remarquable les enjeux politiques complexes du Mali de 1962 – sans oublier de mettre au premier plan l’émotion. Il y raconte l’itinéraire de Samba (Stéphane Bak), gagné par l’effervescence révolutionnaire de la présidence

de Modibo Keita, qui oriente son pays vers le socialisme. Le jeune homme tombe amoureux de Lara (Alicia Da Luz Gomes), pourchassée par l’homme auquel elle a été mariée contre son gré et qu’elle a fui. Samba et Lara tentent de vivre leur idylle sur les pistes de danse, alors que le régime se durcit progressivement – notamment pour contenir l’engouement de la jeunesse pour le twist et le rock ’n’ roll. Chevillé à l’idée du collectif et de la solidarité, Guédiguian se projette dans ses héros qui jamais ne dévient de leurs idéaux de justice sociale, détaillant avec empathie et précision les pièges liberticides qui enserrent leur lumineuse fuite amoureuse. Twist à Bamako de Robert Guédiguian, Diaphana (2 h 09), sortie le 5 janvier

QUENTIN GROSSET

Samba et Lara tentent de vivre leur idylle sur les pistes de danse, alors que le régime se durcit.

LUZZU

SORTIE LE 8 DÉCEMBRE

Porté par un casting du cru, ce premier long métrage très documenté nous immerge dans la dure vie des marins à travers le quotidien de pêcheurs traditionnels maltais, dont l’existence est menacée. « Luzzu », c’est le nom d’une petite embarcation arc-en-ciel utilisée par les pêcheurs maltais depuis plusieurs générations. L’un d’entre eux, Jesmark, sillonne tous les matins les baies de l’île à la recherche de poissons de plus en plus rares. En tant que père, il doit subvenir aux besoins de sa famille et, face à la pression de l’industrie, il prend le chemin de l’illégalité… C’est

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sans jugement moral et avec un trait réaliste qu’Alex Camilleri réalise son premier long métrage. Son approche naturaliste s’appuie sur un casting composé de vrais pêcheurs, comme l’acteur principal Jesmark Scicluna (Prix d’interprétation à Sundance en 2021), et sur l’utilisation de la caméra à l’épaule. Gestes authentiques des comédiens, recherche pointilleuse concernant les directives de l’Union européenne… Le cinéaste cherche avant tout la véracité des situations. Parfois, le réalisme du film se rompt lorsque, par exemple, le teint mat des marins s’imprime poétiquement sur la mer azurée. Quant à la Méditerranée, elle a pris de durs atours politiques : l’Union européenne, influencée par les lobbys, force les petits pêcheurs à la démission et les invisibilise. Avec ses couleurs vivaces et sa fière allure, le luzzu redore leur blason.

Luzzu d’Alex Camilleri, Épicentre Films (1 h 34), sortie le 8 décembre

no 185 – hiver 2021-2022

ÉLÉONORE HOUÉE


KMBO PRÉSENTE

NA HUEL

LARS

PÉR E Z B IS C AYA RT

EIDINGER

LES LEÇONS

PERSANES UN F IL M DE

VA DIM PER E L M A N

SORTIE NATIONALE LE 19 JANVIER


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

RESIDUE SORTIE LE 5 JANVIER

Avec ce premier long métrage sensoriel, le cinéaste afro-américain Merawi Gerima s’empare du cinéma de résistance. Sa charge contre les violences policières et la gentrification dont souffrent les populations noires est aussi percutante qu’impressionnante. Jay, la trentaine, revient dans son quartier d’enfance à Washington, D.C. pour réaliser un film avec ses habitants et y retrouver un ami qui semble avoir disparu. Mais, en tant que transfuge de classe, il se heurte à la méfiance de ses anciens camarades, toujours dans la précarité et victimes de graves violences policières. Il remarque en même temps à quel point des Blancs d’un milieu aisé se sont implantés dans le quartier… À travers cet alter ego, Merawi Gerima, lui-même originaire de Washington, interroge ce qu’il a

laissé derrière lui, ce que sa communauté a imprimé en lui, et comment des Blancs, via la gentrification, ont piétiné ou se sont accaparé sa culture. Le cinéaste questionne aussi l’héritage d’un cinéma d’affirmation communautaire, lui qui a pour père le réali­sateur éthiopien Haile Gerima, affilié au mouvement indé L.A. Rebellion – un cinéma noir engagé proposant de nouvelles formes, entre les années 1960 et 1980. Son style à lui, moyen d’une réappropriation, est aussi onirique qu’éthéré. Tremblés de la caméra, bribes de son, réverbérations, boucles… Avec éclat, le réalisateur fait vibrer et retentir la voix intérieure d’une communauté qui dit toute sa colère, son sentiment d’injustice et d’abandon. Residue de Merawi Gerima, Capricci Films (1 h 30), sortie le 5 janvier

QUENTIN GROSSET

Le cinéaste questionne l’héritage d’un cinéma d’affirmation communautaire.

ADIEU MONSIEUR HAFFMANN SORTIE LE 12 JANVIER

Avec ce huis clos dans le Paris occupé, Fred Cavayé réussit une reconstitution historique pleine de tension qui se resserre progressivement sur un triangle amoureux pour blâmer la lâcheté ordinaire et les compromissions criminelles. À Paris, sous l’Occupation, François Mercier (Gilles Lellouche) travaille comme employé pour un talentueux joaillier, Joseph Haffmann (Daniel Auteuil). Lorsque le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété au printemps 1942, monsieur Haffmann confie temporairement sa boutique à François et se voit contraint de se cacher au sous-sol. Durant

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cette longue cohabitation, François va s’avérer de plus en plus conciliant avec l’occupant nazi, tandis que son épouse, Blanche (Sara Giraudeau), se prend peu à peu d’affection pour Joseph… Librement adaptée de la pièce de théâtre de Jean-Philippe Daguerre, la sixième réalisation de Fred Cavayé retrouve certains accents de son premier film Pour elle (sorti en 2008 et qui développait déjà une atmosphère carcérale) et se frotte à une trame historique évoquant Le Dernier Métro de François Truffaut (1980). La mise en scène se concentre sur la tension créée par l’abyssale lâcheté d’un homme prêt à sacrifier ses principes par appât du gain, tandis que le triangle amoureux montre une frustration et une jalousie masculines qui dégénèrent vers le crime. Manières pour Cavayé de rappeler avec force que le courage reste une valeur rare et précieuse dans les temps politiques troublés.

Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé, Pathé (1 h 56), sortie le 12 janvier

no 185 – hiver 2021-2022

DAMIEN LEBLANC


UN FILM DE

JOANA HADJITHOMAS ET KHALIL JOREIGE

AU CINÉMA LE 19 JANVIER

Crédits non contractuels • Créadaptation : Benjamin Seznec / TROÏKA

HAUT ET COURT PRÉSENTE


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

VITALINA VARELA SORTIE LE 12 JANVIER

Une Cap-Verdienne débarque à Lisbonne quelques jours après la mort de son mari, dont elle n’avait plus de nouvelles depuis longtemps. Avec Vitalina Varela, Pedro Costa signe un film-tombeau plastiquement hallucinant, dans lequel les corps rôdent entre l’ombre et la lumière. Une fois arrivée dans la bicoque où a vécu son défunt mari, Vitalina Varela, Cap-­ Verdienne tout juste parvenue au Portugal, ouvre une porte puis se cogne la tête contre un mur. La maison semble refuser de l’accueillir, la rappelant à la matière d’un monde rigide et inflexible. Veuve pleine de rancœur envers un conjoint qui l’a délaissée avant de disparaître, Vitalina est de fait apparue dans le film comme un fantôme, descendant un peu plus tôt les marches d’un avion à la manière d’un spectre, lévitant sans bruit en direction d’une nuit abyssale. Une nuit

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noire qui semble durer une éternité dans ce nouveau film signé du Lisboète Pedro Costa (Dans la chambre de Vanda, En avant jeunesse). L’obscurité engloutit les figures et plonge le récit dans une forme de somnambulisme hanté, tandis que les interactions humaines, déjà minées par la pauvreté qui règne dans le quartier de Cova da Moura, situé près de Lisbonne, sont dans un premier temps réduites à des échanges rudimentaires. Lancinant, avare en événements et peu loquace, le film trouve son intérêt ailleurs, dans le détail de quelques gestes équivoques, dans la rage qui sourd d’une complainte mortifère ou dans la fascination obsédante qu’exercent ces plans où des silhouettes émergent des ténèbres avant d’y retourner. Fait d’allers et retours entre l’ombre et la lumière ou entre la maison du défunt et une église vétuste dirigée par un prêtre à la santé précaire, le film suit l’errance de cette femme esseulée dans un univers majoritairement masculin, piégée entre les murs de sa demeure comme dans les dédales du monde extérieur. Cette trajectoire serpentine dans les abîmes carcéraux du visible, au bout de laquelle il sera question d’entrevoir la possibilité d’un adieu

plus apaisé au mari disparu, s’articule principalement autour d’une traversée de seuils. Des portes se ferment puis s’ouvrent ; des ouvertures vers la lumière de l’extérieur se dessinent grâce aux reflets qui émanent des miroirs accrochés aux murs délabrés de la maison ; un tunnel fait office de chemin de traverse en direction d’un cimetière caché… Le long de cette élégie funeste, l’architecture en ruines de Cova da Moura noue une alliance remarquable avec la caméra de Costa, qui transfigure chaque plan en un tableau riche en fulgurances plastiques. Tragique, l’histoire de Vitalina Varela nous bouleverse alors d’autant plus qu’elle se déploie dans les plis d’une mise en scène au charme paradoxal, aussi sépulcrale et inhospitalière qu’indéniablement enivrante. Vitalina Varela de Pedro Costa, Survivance (2 h 04), sortie le 12 janvier

CORENTIN LÊ

no 185 – hiver 2021-2022

Trois questions Comment avez-vous rencontré Vitalina Varela ? Pendant le tournage d’un précédent film, un ami de Cova da Moura m’a dit : « Il y a cette maison, un type y est mort, on ne sait pas grand-chose. » On s’est approchés, la porte s’est ouverte et Vitalina est apparue, tout en noir. Je suis revenu le lendemain et elle a commencé à me raconter : son enfance, son mariage, la fuite de son mari, son exil désespéré au Portugal. Ce film, c’est Vitalina tout entière. Comment avez-vous jonglé entre le quotidien de Vitalina et votre travail de cinéaste, le tournage ayant duré plusieurs mois ? Pour moi, réaliser un film, c’est être là. La routine et la répétition des journées écrivent l’histoire. Cette patience manque

À PEDRO COSTA aujourd’hui beaucoup. Les grands cinéastes qui y avaient recours ont disparu, et l’économie qui la rendait possible s’est abâtardie. C’est un effort que l’on trouve déraisonnable, alors que c’est le temps perdu qui nous permet d’apprendre ce que peut bien être un film. Votre mise en scène revient-elle à rejouer l’enfermement pour mieux s’en libérer, comme dans la dernière scène ? Vitalina est longtemps restée prisonnière de sa rage. J’ai vite compris que le film pourrait l’accompagner : vers sa défense, sa vengeance, les adieux qu’elle n’a pas pu faire. Il aurait donc été stupide de la laisser enfermée. Je me suis dit : quitte à faire ce dernier pas, faisons-le en grand.


Sorties du 15 décembre au 26 janvier <---- Cinéma

UN MONDE SORTIE LE 26 JANVIER

LA NATURE VOUS RESERVE UNE DERNIERE SURPRISE

LE PLUS ÉTRANGE DES CONTES DE NOËL

LA NATURE VOUS RESERVE UNE DERNIERE SURPRISE LA NATURE VOUS RESERVE UNE DERNIERE SURPRISE

Entre les murs d’une école dans laquelle le problème du harcèlement résonne avec fracas, la cinéaste bruxelloise Laura Wandel se sert de sa caméra comme d’une longue-vue braquée sur la détresse de Nora, 7 ans, figure magnétique de ce thriller très maîtrisé. « Pourquoi ils font ça ? » chuchote Nora à son grand frère Abel, la tête posée contre son épaule, après qu’il a subi une nouvelle humiliation de la part d’autres enfants. « Je sais pas », dit-il, sans bouger, près de la porte ouverte des toilettes… Au fil de ce premier long métrage d’une rare intensité, tourné presque uniquement dans l’enceinte de l’école, nul ne saura vraiment

répondre à cette angoisse ni trouver la source du dérèglement. Aux antipodes des récits qui associent les premières années de l’existence à une sorte de paradis perdu, Un monde nous rappelle que la violence peut aussi être l’une des boussoles de l’enfance, même dans une école primaire censée être un sanctuaire. Adoptant en continu le point de vue de Nora (la jeune Maya Vanderbeque, épatante de justesse), contrainte de laisser son père (Karim Leklou) derrière la grille pour son premier jour de classe, le film immerge d’emblée le spectateur dans un climat pesant, transpercé par le brouhaha de la cour de récréation, les cris des élèves à la cantine, à la piscine, ainsi que dans les longs couloirs où s’engouffrent les rapports de force propres à chaque lieu de socialisation. Une fois la place des adultes réduite à quelques échanges avec le père et aux interventions touchantes mais vaines d’une institutrice à l’écoute, Laura Wandel construit une arène impres-

sionnante dans laquelle son personnage principal navigue à vue, déterminé à protéger son frère tout en essayant de s’intégrer du mieux possible. Ainsi s’étirent les plans au sein d’un cadre à l’étroit que des corps étrangers traversent en courant – pour jouer ou pour faire mal ? Hors champ, le tumulte décuple la tension et les zones grises de la journée, au milieu des tranchées d’une enfance passée au tamis du réel, somme de mondes complexes et rugueux qui se télescopent mais n’assomment personne avec un penchant doloriste ou un discours prémâché.

LaLapartie partiesonore sonoreest esttrès trèsimmersive… immersive… LaLabande bandesonore sonorea aété étéconstruite construitecomme comme une unepartition partitionmusicale, musicale,dedemanière manièretrès très précise. précise.EnEnamont amontdudutournage, tournage,leslesingés ingés son sonallaient allaientprendre prendredes dessons sonsdedecour courdede récré, récré,puis puisonona aréenregistré réenregistrépas pasmal maldede voix voixoff offpour pourfaire faireexister existerencore encoreplus pluslele hors-champ, hors-champ,mais maisaussi aussides desrespirations, respirations, des descris. cris.Ça Çaa apris prisdes desmois, mois,donc donc chaque chaquecricrid’enfant d’enfantest esthyper hypermaîtrisé, maîtrisé, placé placépour poursusciter susciterouounon nondedelalatension, tension, etetononsavait savaitque quelaladifficulté difficultéallait allaitêtre êtredede trouver trouverununjuste justemilieu milieupour pournenepas pasnon non plus plusépuiser épuiserleslesoreilles oreillesduduspectateur. spectateur.

HILMIR SNÆR GUÐNASON

Un monde de Laura Wandel, Tandem (1 h 15), sortie le 26 janvier

NOOMI RAPACE

OLIVIER MARLAS

HILMIR SNÆR GUÐNASON

NOOMI RAPACE

HILMIR SNÆR GUÐNASON

L A M B

Trois questions À LAURA WANDEL L’école est un des personnages centraux du film. Comment l’avez-vous trouvée ? Je crois que j’ai quasiment vu toutes les écoles de Bruxelles. Le rapport entre l’espace de l’école et l’espace citadin était hyper important. Il fallait que l’entrée de l’établissement donne sur la rue, pour les scènes avec le père, et qu’il y ait une ouverture possible pour communiquer. Tout en donnant une impression de prison et d’enfermement.

NOOMI RAPACE

Est-ce que la notion de bourreau a vraiment du sens quand UUN N FFILM ILM D E VALDIMAR VA L D I M A R JÓHANNSSON JÓHANNSSON DE on parle d’un enfant ? Ce que je vais dire peut paraître étrange, mais, pour moi, « bourreau » et « victime », c’est presque la même chose. Quand l’enfant est violent, c’est qu’il est en souffrance, que GO TO SHEEP SPARK FILM & TV MADANTS ICELANDIC FILM CENTRE, SWEDISH FILM INSTITUTE, POLISH FILM INSTITUTE, MINISTRY OF INDUSTRY AND INNOVATION ICELAND EURIMAGES, NORDIC FILM AND TV FUND NOOMI RAPACE, HILMIR SNÆR GUÐNASON, BJÖRN HLYNUR HARALDSSON, INGVAR E. SIGURÐSSON quelque chose ne va pas. En fait, KRISTÍN JÚLLA KRISTJÁNSDÓTTIR MARGRÉT EINARSDÓTTIR PETER HJORTH & FREDRIK NORD ÞÓRARINN GUÐNASON INGVAR LUNDBERG & BJÖRN VIKTORSSON UN SNORRI FREYR HILMARSSON DE AGNIESZKAVALDIMAR GLIŃSKA ELI ARENSON NOOMI RAPACE, BÉLA TARR, FILM JÓHANNSSON la violence est une réaction, RABBIT HOLE PRODUCTIONS ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON HÅKAN PETTERSSON, JON MANKELL, MARCIN DRABIŃSKI, PETER POSSNE, ZUZANNA HENCZ FILM I VÄST, CHIMNEY SWEDEN, CHIMNEY POLAND PIODOR GUSTAFSSON, ERIK RYDELL, KLAUDIA ŚMIEJA-ROSTWOROWSKA, JAN NASZEWSKI HRÖNN KRISTINSDÓTTIR SARA NASSIM SJÓN & VALDIMAR JÓHANNSSON VALDIMAR JÓHANNSSON NEW EUROPE FILM SALES et de toute façon c’est pareil dans UN FILM DE VALDIMAR JÓHANNSSON notre monde d’adultes.

L A M B L A M B 29E DÉCEMBRE L E 2LE 9 D CEMBRE 2021 AU CINÉMA présente en collaboration avec

et

Avec le soutien de Avec

Coiffure et maquillage

Costumes

Son

Superviseurs vfx

Design production

Montage

Compositeur

Photographie

Producteurs exécutifs

En association avec

co-producteurs Produit par

Producteurs

&

Scénario réalisateur Ventes International ©2021 GO TO SHEEP, BLACK SPARK FILM &TV, MADANTS, FILM I VAST, CHIMNEY, RABBIT HOLE ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON

LE 29 DECEMBRE 2021 LE 29 DECEMBRE 2021

hiver 2021-2022 – no 185

GO TO SHEEP présente en collaboration avec SPARK FILM & TV et MADANTS Avec le soutien de ICELANDIC FILM CENTRE, SWEDISH FILM INSTITUTE, POLISH FILM INSTITUTE, MINISTRY OF INDUSTRY AND INNOVATION ICELAND EURIMAGES, NORDIC FILM AND TV FUND Avec NOOMI RAPACE, HILMIR SNÆR GUÐNASON, BJÖRN HLYNUR HARALDSSON, INGVAR E. SIGURÐSSON Coiffure et maquillage KRISTÍN JÚLLA KRISTJÁNSDÓTTIR Costumes MARGRÉT EINARSDÓTTIR Superviseurs vfx PETER HJORTH & FREDRIK NORD Compositeur ÞÓRARINN GUÐNASON Son INGVAR LUNDBERG & BJÖRN VIKTORSSON Design production SNORRI FREYR HILMARSSON Montage AGNIESZKA GLIŃSKA Photographie ELI ARENSON Producteurs exécutifs NOOMI RAPACE, BÉLA TARR, HÅKAN PETTERSSON, JON MANKELL, MARCIN DRABIŃSKI, PETER POSSNE, ZUZANNA HENCZ En association avec RABBIT HOLE PRODUCTIONS ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON GO TO SHEEP présente en collaboration avec SPARK FILM & TV et MADANTS Avec le soutien de ICELANDIC FILM CENTRE, SWEDISH FILM INSTITUTE,co-producteurs POLISH FILMFILM INSTITUTE, INDUSTRYCHIMNEY AND POLAND Producteurs PIODOR GUSTAFSSON, ERIK RYDELL, KLAUDIA ŚMIEJA-ROSTWOROWSKA, JAN NASZEWSKI I VÄST,MINISTRY CHIMNEYOFSWEDEN, INNOVATION ICELAND EURIMAGES, NORDIC FILM AND TV FUND Avec NOOMI RAPACE, HILMIR SNÆR GUÐNASON, BJÖRN HLYNUR HARALDSSON, INGVAR&E.SARA SIGURÐSSON Produit par HRÖNN KRISTINSDÓTTIR NASSIM Scénario SJÓN & VALDIMAR JÓHANNSSON réalisateur VALDIMAR JÓHANNSSON Ventes International NEW EUROPE FILM SALES ©2021 GO TO SHEEP, BLACK SPARK FILM &TV, MADANTS, FILM I VAST, CHIMNEY, RABBIT HOLE ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON Coiffure et maquillage KRISTÍN JÚLLA KRISTJÁNSDÓTTIR Costumes MARGRÉT EINARSDÓTTIR Superviseurs vfx PETER HJORTH & FREDRIK NORD Compositeur ÞÓRARINN GUÐNASON Son INGVAR LUNDBERG & BJÖRN VIKTORSSON Design production SNORRI FREYR HILMARSSON Montage AGNIESZKA GLIŃSKA Photographie ELI ARENSON Producteurs exécutifs NOOMI RAPACE, BÉLA TARR, HÅKAN PETTERSSON, JON MANKELL, MARCIN DRABIŃSKI, PETER POSSNE, ZUZANNA HENCZ En association avec RABBIT HOLE PRODUCTIONS ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON co-producteurs FILM I VÄST, CHIMNEY SWEDEN, CHIMNEY POLAND Producteurs PIODOR GUSTAFSSON, ERIK RYDELL, KLAUDIA ŚMIEJA-ROSTWOROWSKA, JAN NASZEWSKI Produit par HRÖNN KRISTINSDÓTTIR & SARA NASSIM Scénario SJÓN & VALDIMAR JÓHANNSSON réalisateur VALDIMAR JÓHANNSSON Ventes International NEW EUROPE FILM SALES ©2021 GO TO SHEEP, BLACK SPARK FILM &TV, MADANTS, FILM I VAST, CHIMNEY, RABBIT HOLE ALICJA GRAWON-JAKSIK, HELGI JÓHANNSSON

65


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

LES LEÇONS PERSANES SORTIE LE 19 JANVIER

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un prisonnier fait semblant de parler le farsi pour survivre dans un camp allemand. Un drame captivant, qui porte haut l’art du suspense et de la manipulation psychologique grâce à deux comédiens d’exception. En 1942, dans la France occupée, le jeune Gilles (Nahuel Pérez Biscayart) est arrêté par des soldats allemands. Mais il échappe miraculeusement à la mort en faisant croire qu’il n’est pas juif, mais perse. Le capitaine Koch (Lars Eidinger), l’un des chefs du camp de transit où est amené Gilles, désire en effet apprendre le farsi. Grâce à une astuce rappelant celle de Shéhérazade dans Les Mille et Une Nuits, le prisonnier invente une fausse langue, la potassant chaque nuit, pour l’enseigner au capitaine allemand et rester en

vie… Avec ce scénario riche en suspense, inspiré d’une nouvelle de Wolfgang Kohlhaase, Vadim Perelman signe un drame historique centré sur la relation pleine de danger, de fascination et d’ingéniosité qui se noue entre deux hommes que tout oppose en apparence. Privilégiant une approche visuelle réaliste, le cinéaste crée des images à la violence glaçante au sein desquelles brillent deux comédiens qui rivalisent de charisme. En métamorphosant les noms de prisonniers du camp en mots qui forment un langage nouveau et inconnu, Gilles convertit l’horreur des exterminations en vibrant hommage aux disparus, manière de conférer à ce brutal film de guerre un versant poétique. Les Leçons persanes de Vadim Perelman, KMBO (2 h 07), sortie le 19 janvier

DAMIEN LEBLANC

Le prisonnier invente une fausse langue pour l’enseigner au capitaine allemand et rester en vie.

MEMORY BOX SORTIE LE 19 JANVIER

Entremêlant fiction sur les non-dits familiaux et souvenirs de la guerre civile libanaise, les artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ressuscitent avec émotion le Beyrouth des années 1980 et donnent une forme sensuelle aux archives. Le jour de Noël, Maia, mère de famille vivant à Montréal, reçoit un colis venu de Beyrouth. Il contient des cahiers, des cassettes et des photos datant de l’époque où Maia était adolescente dans un Liban en pleine guerre civile et correspondait avec une amie exilée. Alors qu’elle-même refuse d’abord de se plonger dans son passé, sa

66

fille de 13 ans décide de consulter secrètement ces archives et découvre les tumultueuses années 1980 vécues par sa mère… Brouillant la frontière entre mémoire et fantasmes, Khalil Joreige et Joana Hadjithomas (qui ont notamment réalisé Je veux voir avec Catherine Deneuve en 2008) transforment les souvenirs de celle-ci en une fiction pleine d’expérimentations formelles où se mêlent flash-back, films en 8 mm et images tournées au téléphone. La difficulté de transmettre l’histoire de la guerre civile libanaise aux jeunes générations se mue ainsi en mélodrame sur le rétablissement d’une communication entre mère et fille et célèbre la beauté du premier amour (superbe scène avec Maia jeune et son amoureux devant Phantom of the Paradise dans un cinéma libanais). Et la conclusion de Memory Box d’offrir une émouvante parenthèse fantasmant un Liban heureux et libéré de la tragédie.

Memory Box de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Haut et Court (1 h 40), sortie le 19 janvier

no 185 – hiver 2021-2022

DAMIEN LEBLANC


“UNE COMÉDIE FAMILIALE INSOLENTE ET DRÔLISSIME” TÉLÉRAMA.FR “LE GRAND ÉCLAT DE RIRE DE LA FIN DE L’ANNÉE” LE POINT

ADORE


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

MUNICIPALE SORTIE LE 26 JANVIER

En demandant à un acteur, Laurent Papot, de se porter candidat à l’élection municipale d’une commune française minée par le chômage, le documentariste Thomas Paulot installe un jeu troublant qui interroge la versatilité de la parole politique. Revin, commune des Ardennes d’environ sept mille habitants, se prépare à l’élection municipale de 2019. Une équipe de tournage composée du réalisateur Thomas Paulot, de Ferdinand Flame et de Milan Alfonsi a engagé l’acteur Laurent Papot pour mener une expérience. Ils le suivent, de manière documentaire, en tant que comédien présentant sa candidature sans étiquette en vue d’être maire d’une ville dont il ne connaît rien, et alors qu’il n’a jamais milité pour quoi que ce soit. Les habitants sont prévenus :

son but, et celui du réalisateur, n’est pas que Papot soit élu, mais d’inviter à réfléchir sur la parole politique, sur sa sincérité bien sûr, mais aussi sur la part de comédie, de scénarisation et de mise en scène qu’elle porte. Bizarrement, c’est plutôt une authenticité qui se dégage du projet, celle des revendications portées par des habitants rencontrés par l’acteur (dont pas mal de « gilets jaunes ») qui font face aux délocalisations, à la hausse des prix, au sentiment d’isolement et d’abandon. Face à elles, le faux candidat en arrive à questionner tout le dispositif mis en place par le cinéaste et abandonne peu à peu les habits du comédien pour devenir de plus en plus un homme de conviction. Municipale de Thomas Paulot, Rezo Films (1 h 50), sortie le 26 janvier

QUENTIN GROSSET

Le faux candidat abandonne peu à peu les habits du comédien et devient un homme de conviction.

UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN SORTIE LE 26 JANVIER

Sandrine Kiberlain passe à la réalisation. Elle capture le souffle si précieux de la jeunesse, lancée vers un destin que le spectateur sait tragique mais qui s’anime avec force chez la solaire actrice Rebecca Marder. Jeune femme juive dans le Paris de 1942, Irène rêve de devenir comédienne, savoure les élans du cœur, se prend de passion pour les secrets de son espiègle grand-mère et avance d’un pas franc vers les promesses de l’existence. Dans son inaltérable enthousiasme s’agite un feu qui renvoie les inquiétudes dans les cordes et se joue des menaces croissantes de l’Occupation – un poste de

68

radio confisqué, une mention « juive » apposée sur une pièce d’identité, une étoile épinglée sur les poitrines… C’est dans l’épure, au sein de décors qui ne crient pas l’époque, que Sandrine Kiberlain trouve son vocabulaire de l’émotion. Car Une jeune fille qui va bien s’accorde toute la simplicité de son titre en aimant pleinement son personnage, dans tous ses états. La fantaisie de Rebecca Marder – dont c’est le premier grand rôle au cinéma – donne à ce long métrage une qualité narrative que soulignent un montage vif et un goût pour les situations cocasses. On pense à Sally Hawkins – qui illuminait de sa candeur le Be Happy de Mike Leigh (2008) – ou, plus récemment, à Trop d’amour de Frankie Wallach (2021), récit loufoque et tendre sur une survivante de l’Holocauste. Finalement, comme le suggère la grand-mère de cette jeune fille qui va bien, seule importe l’ardeur avec laquelle on mène sa vie.

Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain, Ad Vitam (1 h 38), sortie le 26 janvier

no 185 – hiver 2021-2022

LAURA PERTUY



Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

SOUTERRAIN SORTIE LE 26 JANVIER

Entre drame intimiste et survival, cet intense film québécois examine l’impact des tragédies sur nos vies. Une descente aux enfers étouffante qui bénéficie de la prestation de deux jeunes acteurs ahurissants : Théodore Pellerin et Joakim Robillard. Deux accidents circonscrivent le deuxième film de Sophie Dupuis. Le premier manque de coûter la vie à Julien (Théodore Pellerin), jeune homme dans la force de l’âge, qui conservera des séquelles physiques et neurologiques. Le deuxième survient dans la mine d’or où semblent travailler tous les hommes et quelques femmes de la petite ville québécoise qui sert de décor au film. Deux catastrophes vécues de plein fouet par Maxime (Joakim Robillard), le personnage central de Souterrain : responsable

70

du traumatisme crânien de son pote Julien, il fait partie de l’équipe de sauvetage qui part à la recherche des potentielles victimes de l’explosion qui a secoué la mine. Peut-on se racheter d’avoir gâché une vie en tentant d’en sauver d’autres ? C’est l’une des interrogations qui traversent ce tumultueux Souterrain, moins proche de Germinal que de Winter Brothers (merveille danoise signée Hlynur Pálmason, sur fond de carrière de calcaire). Entre les deux drames, Sophie Dupuis filme les trajectoires cabossées d’hommes privés de l’existence rectiligne dont ils se seraient volontiers contentés. Celle de Maxime, rongé par une culpabilité dont il ne sait que faire ; celle de Julien, qui aspire à la sérénité malgré un corps et un crâne truffés de stigmates ; mais aussi celle de Mario, le père de ce dernier, mineur expérimenté qui nourrit une terrible rancœur à l’encontre du responsable des maux de son fils. La réalisatrice québécoise (déjà autrice du tendu Chien de garde) signe un film au sang chaud : ça tempête, ça bouillonne, sans espoir ni répit. La mise en scène joue intelligemment sur le contraste entre ce qui se produit à l’air libre et ce qui se trame

sous la surface, jouant avec les codes du film catastrophe jusqu’à créer, dans ses dernières séquences, une sensation d’étouffement communicative. Mais la lumière est au bout du tunnel : finalement, Souterrain donne à voir la camaraderie dans ce qu’elle a de plus bouleversant, avec des personnages qui ne se contentent pas de survivre aux tragédies mais parviennent à s’en nourrir afin d’en ressortir plus forts.

Souterrain de Sophie Dupuis, Les Alchimistes (1 h 37), sortie le 26 janvier

THOMAS MESSIAS

Il fait partie de l’équipe qui part à la recherche des potentielles victimes de l’explosion qui a secoué la mine.

no 185 – hiver 2021-2022


APRÈS

MIRAÏ, MA PETITE SŒUR

et

LES ENFANTS LOUPS

B E L L E UN FILM DE

MAMORU HOSODA AVEC LA VOIX DE

LOUANE


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier

CALENDRIER DES SORTIES

Dulac (1 h 34)

dv

WONDER FILMS présente

Ce docu sensible sur l’adoption suit deux couples accueillant un enfant, un homme cherchant sa mère biologique et une femme voulant rencontrer son fils abandonné.

SÉLECTION OFFICIELLE 2020

un film de

Design : L. Pons & B. Seznec / TROÏKA

STÉPHANIE PILLONCA

Chansons originales AURÉLIE SAADA Musique originale MARTIN BALSAN

Gebeka Films (1 h 14) lire p. 16

22

The King’s Man Première mission de Matthew Vaughn Walt Disney (2 h 11)

aei The Card Counter

Paname/UFO (1 h 47)

Condor (1 h 52)

de Paul Schrader

d’Antoine Barraud

d

GRÉGORY GADEBOIS ET ANAÏS DEMOUSTIER

td

Tous en scène 2

Matrix Resurrections

Universal Pictures (1 h 50)

Warner Bros. (2 h 28)

UN FILM DE

JÉRÔME BONNELL AVEC LA PARTICIPATION DE

LÉA DRUCKER

AVEC NADÈGE BEAUSSON-DIAGNE PABLO PAULY CHARLOTTE CLAMENS GAËTAN PEAU JEAN-FRANCOIS SIVADIER ET LA PARTICIPATION FUGITIVE DE SOLÈNE RIGOT SCÉNARIO JÉRÔME BONNELL MUSIQUE ORIGINALE DAVID SZTANKE IMAGE PASCAL LAGRIFFOUL AFC COSTUMES CAROLE GÉRARD DÉCOR AURORE CASALIS SON LAURENT BENAÏM MARION PAPINOT EMMANUEL CROSET MONTAGE JULIE DUPRÉ DIRECTION DE PRODUCTION THOMAS PATUREL PRODUCTION EXÉCUTIVE ANNE MATHIEU PRODUIT PAR MICHEL SAINT-JEAN RÉALISÉ PAR JÉRÔME BONNELL AVEC LA PARTICIPATION DE CANAL+ CINÉ+ EN ASSOCIATION AVEC COFIMAGE 31 PALATINE ETOILE 17 CINECAP 3 MK2 FILMS AVEC LE SOUTIEN DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE VENTES INTERNATIONALES MK2 FILMS COFIMAGE 31

c

28/10/2021 14:57

5m

lire p. 42

Bad Luck Banging or Loony Porn

La Croisade de Louis Garrel

de Radu Jude réalisé par RADU JUDE avec KATIA PASCARIU, CLAUDIA IEREMIA, OLIMPIA MĂLAI, NICODIM UNGUREANU, ALEXANDRU POTOCEAN, ANDI VASLUIANU, DANA VOICU, DANIELA IONITĂ MARCU, ILINCA MANOLACHE, TUDOREL FILIMON, ANA CIONTEA, GABRIEL SPAHIU, ALINA ȘERBAN assistante réalisateur ISABELA VON TENT maquillage et coiffure BIANCA BOEROIU conception de la production CRISTIAN NICULESCU conception des costumes CIREȘICA CUUCUC musique JURA FERINA, PAVAO MIHOLJEVIĆ montage CĂTĂLIN CRISTUTIU son HRVOJE RADNIC réenregistrement mixage MICHAEL SCHILLINGS conception sonore DANA BUNESCU directeur de la photographie MARIUS PANDURU (RSC) productrice exécutive CARLA FOTEA co-producteurs PAUL THILTGES, ADRIEN CHEF, JIŘÍ KONEČNÝ, ANKICA JURIĆ TILIĆ productrice ADA SOLOMON une production MICRO FILM en co-production avec PAUL THILTGES DISTRIBUTIONS, ENDORFILM, KINORAMA avec le soutien du ROMANIAN FILM CENTRE FILM FUND LUXEMBOURG, CZECH FILM FUND, CROATIAN AUDIOVISUAL CENTRE, ARTEKINO INTERNATIONAL en association avec BORD CADRE FILMS, SOVEREIGN FILMS soutenu par ROMANIAN TELEVISION, COVALACT, AQUA CARPATICA ventes mondiales HERETIC OUTREACH distribution France MÉTÉORE FILMS

Ad Vitam (1 h 07)

Météore Films (1 h 46)

c

c

lire p. 44

White Building

Outplay (1 h 30)

Les Films du Losange (1 h 30)

o

de Kavich Neang

d

lire p. 44 MEMENTO PRODUCTION PRÉSENTE

Un héros

de Zheng Lu Xinyuan

Memento (2 h 07)

Norte (1 h 41)

Design : Benjamin Seznec / TROÏKA © photo : Amirhossein Shojaei

AMIR JADIDI MOHSEN TANABANDEH SAHAR GOLDOOST FERESHTEH SADRORAFAEI

td

EHSAN GOODARZI ET SARINA FARHADI MARYAM SHAHDAEI ALIREZA JAHANDIDEH FARROKH NOURBAKHT MOHAMMAD AGHEBATI SALEH KARIMAEI PRODUIT PAR ALEXANDRE MALLET-GUY ET ASGHAR FARHADI ÉCRIT PAR ASGHAR FARHADI (REMERCIEMENTS À SAEED FARHADI) IMAGE ALI GHAZI MONTAGE HAYEDEH SAFIYARI PRODUCTION EXÉCUTIVE HAMIDREZA GHORBANI MONTAGE SON MOHAMMAD REZA DELPAK MIXAGE BRUNO TARRIÈRE PRISE DE SON MEHDI SALEH KERMANI DIRECTION DE PRODUCTION MOHAMMAD YAMINI SCHEDULING PARISA GORGIN DÉCORS MEHDI MOUSAVI COSTUMES NEGAR NEMATI MAQUILLAGE-COIFFURE MEHRDAD MIRKIANI PREMIER ASSISTANT MISE EN SCÈNE AMIN KHANKAL CADRE ARASH RAMEZANI SCRIPTE GHAZAL RASHIDI PHOTOGRAPHE DE PLATEAU AMIRHOSSEIN SHOJAEI UNE PRODUCTION MEMENTO PRODUCTION ET ASGHAR FARHADI PRODUCTION EN CO-PRODUCTION AVEC ARTE FRANCE CINÉMA EN ASSOCIATION AVEC MEMENTO DISTRIBUTION ET MEMENTO INTERNATIONAL AVEC LA PARTICIPATION DE ARTE FRANCE AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE EN PARTENARIAT AVEC LE CNC AVEC LE SOUTIEN DE L’ AIDE AUX CINÉMAS DU MONDE, CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE - INSTITUT FRANÇAIS

d

lire p. 46

de Jim Cummings et PJ McCabe New Story (1 h 31) lire p. 51

Belle

The Jokers (1 h 46)

df Dans cette comédie familiale, Alexandra Lamy et Philippe Katerine interprètent deux parents enquêtant sur un test de grossesse positif, retrouvé chez eux.

d’Emmanuel Poulain-Arnaud

Wild Bunch (2 h 02)

5s

de Valdimar Jóhannsson

Le Test

de Mamoru Hosoda

lire p. 54

Lamb

Apollo Films (1 h 19)

c

lire p. 8 et 56

Adaptation d’un roman de Philip Roth, ce drame vertigineux raconte la vie intime d’un écrivain américain exilé à Londres, confronté aux fantômes de son passé.

Au Laos se croisent un couple de Français et une femme convoitée par deux hommes… Kiyé Simon Luang parle de l’exil dans un style méditatif.

PAPRIKA FILMS & KOBALANN PRODUCTIONS PRÉSENTENT

SYLVAIN

VINCENT

TESSON

MUNIER

La Panthère des neiges

de Marie Amiguet et Vincent Munier

Mica

Goodbye Mister Wong

Tromperie

JHR Films (1 h 43)

Shellac (1 h 40)

Le Pacte (1 h 45)

d’Ismaël Ferroukhi

Haut et Court (1 h 32) UN FILM DE

PAPRIKA FILMS & KOBALANN PRODUCTIONS PRéSeNTeNT eN COPRODUCTION AveC ARTe FRANCe CINÉMA Le BUReAU « LA PANTHÈRe DeS NeIGeS » UN FILM De MARIe AMIGUeT eT vINCeNT MUNIeR AveC SYLvAIN TeSSON eT vINCeNT MUNIeR PRODUIT PAR LAUReNT BAUJARD PIeRRe-eMMANUeL FLeURANTIN vINCeNT MUNIeR COPRODUIT PAR BeRTRAND FAIvRe éCRIT PAR MARIe AMIGUeT eT vINCeNT MUNIeR UN COMMeNTAIRe De SYLvAIN TeSSON IMAGe eT SON MARIe AMIGUeT vINCeNT MUNIeR LÉO-POL JACQUOT MONTAGe vINCeNT SCHMITT eT MARIe AMIGUeT MUSIQUe ORIGINALe WARReN eLLIS FeATURING NICK CAve MIxAGe OLIvIeR GOINARD eN ASSOCIATION AveC JeAN-SéBASTIeN DeCAUx LYRO PARTICIPATIONS ARTe/COFINOvA 16 AveC Le SOUTIeN DU CeNTRe NATIONAL DU CINÉMA eT De L’IMAGe ANIMÉe De LA RÉGION GRAND eST eT DU DÉPARTeMeNT DeS vOSGeS eN PARTeNARIAT AveC Le CNC De LA PROCIReP/ANGOA AveC LA PARTICIPATION D’ARTe FRANCe DISTRIBUTION HAUT eT COURT DISTRIBUTION veNTeS INTeRNATIONALeS THe BUReAU SALeS

lire p. 52

de Kiyé Simon Luang

d’Arnaud Desplechin

Design : Benjamin Seznec / TROÏKA

MARIE AMIGUET ET VINCENT MUNIER

o

29

Dans ce film plein d’espoir, Mica, enfant des bidonvilles de Casablanca, voit sa vie basculer lorsqu’une ancienne championne de tennis remarque son talent.

The Beta Test

tc

lire p. 52

The Cloud in Her Room

UN FILM DE

ASGHAR FARHADI

d’Asghar Farhadi

72

lire p. 32

Noël et sa mère d’Arthur Dreyfus

sa

lire p. 16

DÉCEMBRE

cherelea_120_DEF.indd 1

d

d no 185 – hiver 2021-2022

lire p. 57

En Islande, un couple de fermiers se met à élever un agneau très particulier né dans leur troupeau… Noomi Rapace porte cette fable étonnante sur le droit à la différence.

de Lana Wachowski

de Garth Jennings PHOTO ANNE TILLY

d

Madeleine Collins

PRÉSENTE

Diaphana (1 h 30)

Bodega Films (1 h 39)

Ce prequel de la franchise pop et british raconte la création de l’agence secrète de renseignement durant la Première Guerre mondiale, menée au casting par Ralph Fiennes et Gemma Arterton.

Judith mène une double vie. Prise au piège de ses mensonges, elle perd pied… Virginie Efira joue d’une trouble opacité dans ce récit vertigineux.

DIAPHANA FILMS

de Jérôme Bonnell

de Majid Majidi

o

GRÉGORY MONTEL

Chère Léa

Les Enfants du Soleil

Pyramide (1 h 27)

ua1f

de Jean-Jacques Denis et Anthony Roux

lire p. 54

de Stéphanie Pillonca

Sony Pictures (2 h 28)

Princesse dragon

5

de Nir Bergman

C’est toi que j’attendais

de Jon Watts

DÉCEMBRE

DÉCEMBRE

15

Spider-Man No Way Home

À Téhéran, le jeune Ali et ses amis sont embauchés par un mafieux pour récupérer un trésor sous une école… Un mélodrame engagé contre le travail forcé des enfants.

My Kid

dr


Sorties du 15 décembre au 26 janvier <---- Cinéma

JANVIER

05

DES IDÉES CADEAUX POUR LES FÊTES DES SÉRIES

DES DOCUMENTAIRES 7

DVD

L’INTÉGRALE

6

DVD

Neige

6

DVD

de Juliet Berto et Jean-Henri Roger JHR Films (1 h 30)

dz

lire p. 34

Licorice Pizza

4

DVD

de Paul Thomas Anderson Universal Pictures (2 h 13)

3

L’INTÉGRALE

lire p. 58

8

Luzzu

DVD

d’Alex Camilleri

L’INTÉGRALE

3

DVD

Épicentre Films (1 h 34)

d comédie

action

lire p. 60

drame

2

DVD

romance

L’INTÉGRALE

5

DVD

sci-fi

comédie dramatique

thriller

guerre

fantastique

aventure

horreur

animation

6

DVD

2

DVD

DE LA JEUNESSE historique

documentaire

catastrophe

famille

6

DVD

biopic

buddy movie

policier/ enquête

super-héros

espionnage

psychologie

technologie

enfant

musical

luttes sociales

féminisme

comingof-age

voyage/ road trip

western

ressortie

écologie/ nature

COFFRET

2

DVD

COLLECTION

1

DVD

En vente partout Sur arteboutique.com les frais de port sont offerts dès 40 e d’achat

Cochez les films que vous ne voulez pas manquer hiver 2021-2022 – no 185

73


Cinéma -----> Sorties du 15 décembre au 26 janvier A G AT F I L M S Présente

STÉPHANE BAK

alice d a lu z

un film de

r o b e rt g u é d i g u I a n ÉCRIT PAR

GILLES TAURAND ET ROBERT GUÉDIGUIAN

AVEC SAABO BALDE

BAKARY DIOMBERA AHMED DRAMÉ DIOUC KOMA MIVECK PACKA ISSAKA SAWADOGO

MUSIQUE ORIGINALE OLIVIER ALARY IMAGE PIERRE MILON AFC MONTAGE BERNARD SASIA DÉCORS MAHAMOUDOU PAPA KOUYATÉ OUMAR SALL SON LAURENT LAFRAN DIRECTEUR DE PRODUCTION MALEK HAMZAOUI 1ERS ASSISTANTS RÉALISATEUR DEMBA DIÈYE FERDINAND VERHAEGHE RÉGIE MAMADOU HADY DIA BRUNO GHARIANI COSTUMES ANNE-MARIE GIACALONE MAME FAGUEYE BA ABDOU LAHAD GUÈYE MAQUILLAGE MARIÈME NGOM MONTAGE SON JEAN-MARC SCHICK NICOLAS DAMBROISE MIXAGE EMMANUEL CROSET PRODUIT PAR MARC BORDURE ROBERT GUÉDIGUIAN YANICK LÉTOURNEAU ANGÈLE DIABANG UNE PRODUCTION AGAT FILMS PÉRIPHÉRIA KARONINKA EN COPRODUCTION AVEC FRANCE 3 CINÉMA CANAL + INTERNATIONAL AVEC LA PARTICIPATION DE FRANCE TELEVISIONS CANAL+ CINE+ AVEC LE SOUTIEN DE EURIMAGES ET DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE AVEC LA PARTICIPATION DE SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DES ENTREPRISES CULTURELLES – QUÉBEC TÉLÉFILM CANADA RADIO CANADA EN ASSOCIATION AVEC MK2 FILMS ET LA BANQUE POSTALE IMAGE 14 CINEMAGE 15 SOFITVCINE 7 AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR DISTRIBUTION FRANCE DIAPHANA

Twist à Bamako

Vitalina Varela

Diaphana (2 h 09)

Survivance (2 h 04)

de Robert Guédiguian

di

Memory Box

de Laura Wandel Tandem (1 h 15)

Haut et Court (1 h 40)

d

lire p. 60

Un monde

de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

de Pedro Costa

3

lire p. 64

d

lire p. 66

Residue

Variety

Los lobos

Municipale

Capricci Films (1 h 30)

Les Films du Camélia (1 h 40)

Bodega Films (1 h 35)

Rezo Films (1 h 50)

de Merawi Gerima

d

de Samuel Kishi Leopo

de Bette Gordon

d’Angela Schanelec Shellac (1 h 45)

d

Little Palestine. Journal d’un siège

StudioCanal (2 h 05)

Dulac (1 h 29)

di

The Chef

Souterrain

UFO (1 h 34)

THE

CHEF un

film

Les Alchimistes (1 h 37)

lire p. 68

de Sophie Dupuis

de Philip Barantini

d’Abdallah Al-Khatib

Ad Vitam (1 h 38)

3r

ASCENDANT FILMS et BURTON FOX FILMS présentent

À CH A QUE INS TA N T, T OU T P E U T B A SCUL E R

de Régis Roinsard

de Sandrine Kiberlain

Metropolitan FilmExport (1 h 55)

STEPHEN GRAHAM

lire p. 68

Une jeune fille qui va bien

de Claude Lelouch

MENTION SPÉCIALE DU JURY

En attendant Bojangles

o3

L’amour c’est mieux que la vie

En 2015, le régime syrien assiège le quartier de Yarmouk, à Damas, où vivent des milliers de Palestiniens… Un documentaire poignant sur la résistance de tout un peuple.

J’étais à la maison, mais…

de Thomas Paulot

d

d

lire p. 62

lire p. 65

de

PHILIP BARANTINI en association avec MATRIARCH PRODUCTIONS WHITE HOT PRODUCTIONS THREE LITTLE BIRDS PICTURES ALPINE FILMS BROMANTICS INSIGHT MEDIA FUND URBAN WAY THE ELECTRIC SHADOW COMPANY ventes internationales CHARADES STEPHEN GRAHAM “BOILING POINT” VINETTE ROBINSON ALICE FEETHAM HANNAH WALTERS MALACHI KIRBY IZUKA HOYLE TAZ SKYLAR LAURYN AJUFO DANIEL LARKAI LOURDES FABERES avec JASON FLEMYNG et RAY PANTHAKI directrice de casting CAROLYN MCLEOD C.S.A costumes KAREN SMYTH cheveux et maquillage JULIA SANCHEZ MERINO décors AIMEE MEEK directeur de la photographie MATTHEW LEWIS 1 er assistant réalisateur JAMIE HETHERINGTON coproducteur STEFAN D’BART producteurs exécutifs STEPHEN GRAHAM HANNAH WALTERS PHILIP BARANTINI SARA SEHDEV MING ZHU IAN KIRK SAMANTHA WARHAM BOB CLARKE GARETH JONES RAY PANTHAKI JOHN JENCKS JAY TAYLOR ANGUS HENDERSON CHARLOTTE HENDERSON WILLIAM HENDERSON PAUL MELLOR MICHAEL GILMORE PETER MADDOCK WARD TROWMAN écrit par JAMES CUMMINGS & PHILIP BARANTINI produit par BART RUSPOLI HESTER RUOFF réalisé par PHILIP BARANTINI © MMXX Ascendant Films Limited

gd

3

Entre les trafics de ses frères et la maladie de sa mère, la vie d’un ado change quand il rencontre une chanteuse lyrique. Un coming-of-age percutant.

Elias travaille dans une maison d’enfants à caractère social où vivent des adolescents séparés de leurs parents… Le film rend hommage aux éducateurs.

Mes frères et moi

Placés

Ad Vitam (1 h 48)

Le Pacte (1 h 51)

de Yohan Manca

F I L M S

E T

C I N É F R A N C E

JULIETTE

S T U D I O S

12 19

En 1914, une infirmière (Lyna Khoudri) prend l’identité d’une femme disparue (Maud Wyler) pour se faire embaucher comme lectrice chez une riche veuve à Nancy… Un troublant jeu de faux-semblants.

D E

Ouistreham

Lynx

Memento (1 h 47)

Gebeka Films (1 h 22)

de Laurent Geslin

PHOTO : CHRISTINE TAMALET

d’Emmanuel Carrère L I B R E M E N T A D A P T É D E L’ Œ U V R E

“LE QUAI DE OUISTREHAM” DE F L O R E N C E A U B E N A S ÉDITÉE AUX ÉDITIONS DE L’OLIVIER

S C É N A R I O , A D A P TAT I O N E T D I A L O G U E S

EMMANUEL CARRÈRE

ET

HÉLÈNE DEVYNCK

IMAGE PATRICK BLOSSIER,AFC SECONDECAMÉRAPHILIPPE LAGNIER MONTAGEALBERTINE LASTERA MUSIQUEORIGINALEMATHIEU LAMBOLEY SON JEAN-PIERRE DURET OLIVIERWALCZAK EMMANUEL CROSET DÉCORS JULIA LEMAIRE COSTUMESISABELLE PANNETIER CASTINGELSA PHARAON,ARDA PREMIÈREASSISTANTERÉALISATEURALEXANDRA DENNI RÉGISSEUSEGÉNÉRALEKIM-LIEN NGUYEN DIRECTEUR DE PRODUCTION CHRISTOPHE DESENCLOS DIRECTRICE DE POST-PRODUCTION SUSANA ANTUNES PRODUCTRICE ÉXÉCUTIVE CHRISTINE DE JEKEL COPRODUCTEURS FRANCK ELBASE LAURENT FONTAINE MATTHIAS JENNY PRODUCTEURS ASSOCIÉS ÉMILIEN BIGNON JULIETTE BINOCHE JEAN-LUC ORMIÈRES PRODUIT PAR OLIVIER DELBOSC DAVID GAUQUIÉ JULIEN DERIS UNE COPRODUCTION CINÉFRANCE STUDIOS CURIOSA FILMS FRANCE 3 CINÉMA STUDIO EXCEPTION AVEC LA PARTICIPATION DE OCS FRANCE TÉLÉVISIONS CANAL+ AVEC LE SOUTIEN DE LA BANQUE POSTALE IMAGE 13 MANON 10 AVEC LE SOUTIEN DE LA RÉGION NORMANDIE EN PARTENARIAT AVEC LE CNC ET EN ASSOCIATION AVEC NORMANDIE IMAGES © CURIOSA FILMS – CINÉFRANCE STUDIOS AVEC LE SOUTIEN DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE VENTES INTERNATIONALES FRANCE TV DISTRIBUTION DISTRIBUTION FRANCE MEMENTO DISTRIBUTION FRANCE 3 CINÉMA – STUDIO EXCEPTION

d Jane par Charlotte

Nightmare Alley

Jour2fête (1 h 28)

Walt Disney (2 h 20)

de Charlotte Gainsbourg

o4

lire p. 16

de Guillermo del Toro

dt

lire p. 30

lire p. 40

Apollo Films (1 h 31)

3

Une maire (Isabelle Huppert) tente de sauver une cité insalubre. Mais on lui propose un poste de ministre… Une réflexion déstabilisante sur la parole politique.

Pyramide (1 h 52)

dh Rumba la vie

Les Promesses

de Franck Dubosc

de Thomas Kruithof

Gaumont (1 h30)

Wild Bunch (1 h 38)

d

c

26

Huit messieurs se retrouvent pour déjeuner, quand débarque un intrus. Un film d’acteurs (Pierre Arditi, Daniel Prévost…), de vieux potes et de bons mots.

Adieu Paris

d’Édouard Baer Le Pacte (1 h 36)

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Adieu Monsieur Haffmann

Les Leçons persanes

Nos âmes d’enfants

The Lost Leonardo

Pathé (N. C.)

KMBO (2 h 07)

Metropolitan FilmExport (1 h 48)

Piece of Magic Entertainment (1 h 40)

de Fred Cavayé

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lire p. 6

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de Bernard Campan et Alexandre Jollien

d’Aurélia Georges

P R É S E N T E N T

CARRÈRE

Presque

La Place d’une autre

BINOCHE

F I L M

Alba Films (1 h 40)

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JANVIER

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EMMANUEL

de Stephan Streker

Lost Films (2 h 11)

H É L È N E L A M B E R T L É A C A R N E É V E LY N E P O R É E PAT R I C I A P R I E U R É M I LY M A D E L E I N E D I D I E R P U P I N

lire p. 70

L’Ennemi

de Jean-Baptiste Thoret

3

JANVIER

JANVIER C U R I O S A

Michael Cimino Un mirage américain

de Nessim Chikhaoui

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lire p. 62

de Vadim Perelman

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d’Andreas Koefoed

de Mike Mills

lire p. 66

no 185 – hiver 2021-2022

d

lire p. 24

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Paradiscope -----> Les sorties plateformes

U G LE

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O F E T A L

© Netflix

© Netflix

THE LOST DAUGHTER

S E RM

FILM

Pour sa première incursion derrière la caméra, Maggie Gyllenhaal adapte un roman d’Elena Ferrante sur une prof solitaire (Olivia Colman) qui voit débarquer une jeune mère (Dakota Johnson) et sa famille louche sur l’île grecque où elle séjourne. Un drame intranquille sur des figures maternelles infiniment complexes. 76

Leda, élégante quadra américaine, passe ses vacances d’été au bord de la Méditerranée. Le cadre est idyllique, ses appartements du meilleur goût, la mer bleu azur et le personnel charmant. Jusqu’à ce que, alors qu’elle se déverse passionnément sur sa spécialité – la littérature comparée – sur une chaise longue, son bonheur soit interrompu par l’arrivée tonitruante d’une horde familiale qui accapare la plage. La vacancière comprend qu’elle va devoir composer, pour le reste du séjour, avec l’envahisseur – une tribu américano-grecque vaguement mafieuse –, avant de se laisser fasciner par une de ses membres, Nina, toute jeune mère à la beauté vénéneuse et

à l’aura intrigante. Quand la fille de celle-ci disparaît au bord de l’eau, c’est Leda qui la retrouve. Mais c’est alors la poupée adorée de l’enfant qui s’éclipse, achevant de plonger notre héroïne divorcée dans un véritable tourbillon de paranoïa… Pour sa première réalisation, une adaptation du roman d’Elena Ferrante Poupée volée, Maggie Gyllenhaal n’a pas lésiné, s’entourant de la crème des techniciens (la Française Hélène Louvart à la photo et Affonso Gonçalves, collaborateur fétiche de Todd Haynes, au montage) pour façonner une mise en scène suffocante, avec une caméra proche des corps et une trame narrative fragmentée, reposant sur des flash-back. La poupée

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volatilisée se met ainsi à cristalliser toutes les angoisses, replongeant l’héroïne dans des souvenirs traumatisants, quand elle élevait ses deux filles avec son mari tout en menant de front sa carrière universitaire, une dizaine d’années plus tôt. À mesure que la tension de ces années pénibles pour elle refait surface, tout son présent de vacancière se fait menaçant : les regards intrusifs de l’inquiétante famille, le vieux concierge (Ed Harris, toujours aussi fringant) qui tente maladroitement de la séduire, les insectes et les fruits pourris qui envahissent sa chambre, jusqu’aux pommes de pin qui tombent des arbres comme des pierres, au point de la blesser sévèrement.


Exposition 28 sept. 2021 — 16 janvier 2022

ARTS MARTIAUX D ASIE ,

Kazuo Kamimura, Lady Snowblood, 1973. Encre de Chine, gouache et aquarelle sur papier, dessin pour la couverture d’un album de la série « Lady Snowblood » © Kazuo Koike / Kazuo Kamimura. Remerciements MEL Publisher. Graphisme : g6 Design

Ultime combat


L’immense Olivia Colman, qui lui prête ses traits au présent (Leda jeune est campée par Jessie Buckley, découverte dans la série Chernobyl), passe avec une plasticité déconcertante de la stature de prof assurée et autoritaire à la fébrilité de la proie cernée, tantôt attirée, tantôt repoussée par les figures masculines de son entourage. C’est avec Nina, la jeune mère lasse (interprétée par Dakota Johnson, qui lui confie son air à la fois engageant et mystérieux), que Leda trouve une connexion muette. Liées par un secret indicible, les deux femmes tentent de se soutenir au sens propre comme au figuré, accablées par le poids du rôle de mère aimante et infaillible dont la société les a chargées. Là où la figure de mère est souvent réduite à une fonction, The Lost Daughter en fait un pivot dramatique éclairant bien d’autres aspects des personnalités de ces deux héroïnes, qui savent

aimer mais pas au détriment de leur jeunesse et de leur liberté. Si elle a parfois la main un peu lourde sur les métaphores, Maggie Gyllenhaal – que l’on connaissait jusqu’ici comme actrice, notamment dans les séries The Honourable Woman et The Deuce – prend son temps pour aller loin dans la nuance en déployant Leda dans ses dimensions les plus glorieuses comme les plus honteuses, sans pourtant jamais porter un regard accusateur ni manichéen. On ne peut que louer une exploration si poussée de la figure maternelle jusque dans ses retranchements les plus troubles. le 31 décembre sur Netflix

TIMÉ ZOPPÉ

Trois questions À MAGGIE GYLLENHAAL C’est rare de voir des mères si complexes au cinéma. C’est un sujet tabou ? Oui, je crois. La maternité est une énorme part de mon expérience dans le monde, et je pense que c’est le cas pour beaucoup de gens. Une règle tacite nous autorise à parler d’un fragment de l’expérience, mais le spectre du ressenti maternel est gigantesque. La joie, l’extase, l’intensité de la connexion d’un côté. Mais aussi la terreur, l’anxiété, la douleur de l’autre. C’est un aspect naturel de la parentalité mais, si on avoue ressentir cela, on nous fait comprendre qu’on a un problème.

LA MEILLEURE VERSION DE MOI-MÊME

Coécrite avec Noé Debré, son compère déjà pour le scénario du film Problemos, la série autofictionnelle de (et avec) Blanche Gardin brocarde les quêtes spirituelles à la sauce occidentale, dopées par l’industrie du bien-être et notre narcissisme tout contemporain.

© Mamma Roman

© Mamma Roman

SÉRIE

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À quels films avez-vous pensé pour faire The Lost Daughter ? Inland Empire de Lynch, Les Nuits de Cabiria de Fellini et La ciénaga de Lucrecia Martel. Mon film est stylistiquement différent des deux premiers, mais ils ont en commun de visiter des zones sombres, douloureuses voire dépravées, parce que c’est de là que vient la vie et la possibilité de renaître. Le film de Martel m’a appris que la mise en scène peut ne pas être littérale, mais que les spectateurs peuvent venir s’y jauger, trouver des échos. J’ai aussi été inspirée par Monica Vitti dans L’Éclipse d’Antonioni.

Délaissant l’alter ego exhibo et les confessions brutales de ses stand-up récompensés par deux Molière (Je parle toute seule et Bonne nuit Blanche), Blanche Gardin s’invente un double inédit, toujours humoriste, mais souffrant d’atroces troubles digestifs qui la conduisent à consulter un naturopathe. Lequel affirme que ses maux sont liés à l’autodérision dont elle use et abuse chaque soir. Un trop-plein de négativité qui s’accumulerait sous forme de toxines dans son intestin, notre fameux « deuxième cerveau ». Blanche décide donc d’arrêter l’humour et se tourne vers le développement personnel, dans une quête du bien-être radicale, pour se soigner et devenir une « bonne » personne. À la recherche de son véritable moi, elle teste donc l’éventail du self-care à disposition des riches Occidentaux désœuvrés : médecines alternatives, bains de forêt, chirurgie spirituelle… Et se laisse convaincre par des pseudosciences aussi coûteuses que fantaisistes. Une chasse à l’âme désespérée qui fait la part belle à l’impro et est ponctuée

Souhaitez-vous continuer à réaliser et à jouer en parallèle ? C’est clair que j’ai envie de continuer de réaliser. Ça m’a vraiment semblé… plus satisfaisant. Ne pas devoir secrètement, discrètement amener des choses par le jeu. C’est rare, les réalisateurs qui aiment les actrices avec beaucoup d’idées. J’ai appris ça avec le temps. Je préfère réaliser, exprimer tout ce que je veux et créer un espace pour que mes collaborateurs puissent en faire de même. C’est beaucoup plus satisfaisant pour moi que de jouer, même si j’adore ça et que j’aimerais continuer.

de punchlines culte – « J’ai raté une méditation collective pour le cancer de l’utérus », ou bien « On doit se sentir seule quand on est une femelle pin parasol ». Guide spirituelle autoproclamée, Blanche se rêve en Bouddha éclairé, féministe et inclusive, mais se cogne à son propre ego, exacerbé par les réseaux sociaux et l’équipe qui la filme jour et nuit, façon documentaire. La Meilleure Version de moi-même raille un narcissisme contemporain qui se noie dans son propre reflet sur Instagram, sur Zoom ou dans les yeux de celles et ceux qui cherchent désespérément une bonne manière de vivre, d’être ou de dire. Le fond rejoint la forme dans une mise en abyme vertigineuse puisque, consciente d’être filmée, Blanche cherche davantage à montrer la meilleure version d’elle-même qu’à l’atteindre réellement. Cruelle et pleine de contradictions, plus grinçante que jamais, l’humoriste tacle le politiquement correct, la pureté militante, les gourous en tous genres et, dans deux épisodes jubilatoires, le féminin sacré, nouvel avatar d’un féminisme capitaliste qui propose de se reconnecter à sa déesse intérieure contre un Smic ou deux. Une incursion jouissive et ultra réaliste dans l’autofiction, genre regrettablement négligé en France depuis la série Platane, dont on espère qu’elle fera des petits. En toute bienveillance, bien sûr. le 6 décembre sur Canal+

NORA BOUAZZOUNI

Une chasse à l’âme désespérée qui fait la part belle à l’impro et est ponctuée de punchlines culte.

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Je t’ai raconté ? J’ai pris un café avec Monie, une spécialiste comme moi de théâtre classique du 17ème siècle.

Tu as rencontré Paul, celui qui vient d’être embauché ? Figure-toi qu’il a fait la même fac que toi !

Je ne t’ai pas dit ? Flavio, le grand mec baraqué à la piscine, il est enfin venu me parler !

J’ai revu Marie-Aude, celle qui jouait de la guitare à la soirée de Marc.

Hier Lyna est venue à la maison, c’est ma nouvelle copine à l’école.

Tiens, on pourrait passer voir Élodie, tu sais notre nouvelle voisine qui a l’air d’aimer les animaux autant que toi !

Au fait, tu as vu les photos de mon anniversaire ? C’est Violette qui les a prises, elles sont magnifiques !

T’as demandé conseil à Axel ? Tu l’as déjà croisé, il vient tous les jours à la salle de sport.

Tu te rappelles mon pote Aurélien ? Mais si, celui avec qui tu as joué pendant deux heures aux jeux vidéo !

Le handicap est plus que jamais l’affaire de tous : un Français sur 5 est concerné, soit 12 millions de personnes en France. 80% de ces handicaps sont invisibles et 85% surviennent au cours de la vie. En nous mobilisant, nous pouvons améliorer le quotidien de tous, et accélérer la construction d’une société plus inclusive. Portons avant tout notre regard sur ce qui nous rassemble. Cette unité est ce qui fait notre force. Car quand les enjeux du handicap progressent, c’est toute la société qui avance ! En savoir plus : www.handicap.gouv.fr

VOYO N S L E S P E R S O N N E S AVA N T L E H A N D I C A P ! RÉALISÉ DANS LE RESPECT DES PROTOCOLES SANITAIRES. CONTINUONS DE RESPECTER LES GESTES BARRIÈRES. CONTINUONS DE PORTER UN MASQUE PARTOUT OÙ IL EST RECOMMANDÉ PAR LES AUTORITÉS SCIENTIFIQUES.

Crédits photo : Sylvie Lancrenon

Si tu veux prendre une leçon de jeu de construction, va voir Pierre. C’est un passionné !


SPENCER FILM

© Amazon Prime Video

Quand on la rencontre, le désenchantement s’est déjà produit : Diana Spencer a rejoint la famille royale d’Angleterre depuis dix ans et, sous la frêle silhouette, il ne reste plus grand-chose de la jeune fille naïve qui rêvait d’épouser un prince. Sous un pâle soleil d’hiver, le début du film nous la montre seule et perdue au volant de sa voiture, avant son arrivée dans un palais où elle doit rejoindre la famille royale pour trois jours de festivités de Noël – trois jours de supplice rythmés par un protocole cadenassé. Tout est mortifère dans ces lieux, et le film a presque des airs de film d’horreur, aidé par les lumières de la chef opératrice française Claire Mathon – membres de la royauté comme momifiés (on les voit d’ailleurs très peu), couloirs glacials hantés par le fantôme d’Anne Boleyn (que Henry VIII fit décapiter pour épouser une autre femme), valets qui déambulent tels des pantins désincarnés. Diana, elle, tente en vain de s’échapper (sublimes scènes nocturnes dans le parc embrumé) et semble se consumer dans une détresse teintée de cynisme qui

s’exprime dans de terribles scènes de boulimie. Kristen Stewart est stupéfiante dans le rôle de cette princesse déchue, tout en absences, douleur et rage contenue. Mais tout n’est pas que noirceur. Jacky était un grand film sur le storytelling, qui racontait comment l’épouse du président assassiné avait pris en main et écrit son histoire publique et médiatique. Ici, Pablo Larraín donne à voir une figure opposée : la tragédie de Diana, c’est d’être incapable de jouer un rôle. Vivante parmi les morts, elle passe le film à vouloir se mettre à nu. Elle se confie avec une impudeur provocante aux employés du palais, elle refuse de porter les tenues qu’on lui a assignées et arrive systématiquement en retard (litanie oppressante de valets frappant à sa porte). Quand on lui reproche de s’être déshabillée sans tirer ses rideaux – les paparazzi auraient pu la voir –, elle répond, entre autres réparties assassines : « Ils veulent peut-être voir les choses comme elles sont vraiment. » Et dans les plus belles scènes du film, sa détermination et sa spontanéité viennent rallumer les espoirs d’un futur heureux – avec ses deux fils pour un jeu de rôle nocturne éclairé à la bougie, ou avec sa seule amie le temps d’une échappée sur la plage. Scènes d’autant plus déchirantes, sachant la tragédie qui l’attend. le 17 janvier sur Prime Video

© Amazon Prime Video

Après le grandiose Jacky (sur la veuve de John Fitzgerald Kennedy), Pablo Larraín confirme ses talents dans l’exercice périlleux du biopic. Dans une ambiance mortifère, il capture une Lady Di confinée, campée par une magistrale Kristen Stewart.

JULIETTE REITZER

© Apple TV+

© Arte

© Apple TV+

Les sorties du mois

VIGIL

THE AFTERPARTY

THE TRAGEDY OF MACBETH

Série le 6 janvier sur Arte.tv

Série le 28 janvier sur Apple+

Film le 14 janvier sur Apple+

Dans ce thriller claustrophobe à tiroirs, l’inspectrice Amy Silva (Suranne Jones, vue dans Docteur Foster et Gentleman Jack) est envoyée à bord d’un sous-marin nucléaire pour enquêter sur le meurtre d’un membre de l’équipage. Au grand dam de la Royal Navy et des services de renseignements britanniques, qui ont bien des choses à cacher. • N. B.

Une réunion d’anciens camarades de lycée vire au Cluedo lorsque l’un d’eux est trouvé mort. Chaque épisode offre alternativement le point de vue des invités (Tiffany Haddish, Ilana Glazer, Ben Schwartz, Sam Richardson…) et rend hommage à un genre cinématographique : comédie musicale, animation… À « binger » avec un saladier de pop-corn ! • N. B.

Adaptation brillante du récit tragique de Shakespeare (dont les dialogues sont gardés intacts) par Joel Coen, pour la première fois sans son frère, Ethan, le film prend des allures de conte horrifique éloigné des représentations classiques du bas Moyen Âge pour dire l’avidité maladive des époux Macbeth (Denzel Washington et Frances McDormand), jusqu’à la folie. • É. H.

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ENFIN À PARIS

Avec le L.A. Dance Project Musique de Sergueï Prokofiev

Du jeudi 13 au samedi 22 janvier 2022

Réservations sur laseinemusicale.com


ELLE ET LUI FILM

Leo McCarey avait cette drôle de formule : « Je préfère la première version pour sa beauté, et la seconde parce que, financièrement, elle a été un beaucoup plus grand succès. » Alain Resnais allait dans son sens, déclarant : « J’admire beaucoup Love Affair qui est un des grands chocs de ma vie. Je ne suis pas de ceux qui disent que la deuxième version, An Affair to Remember, est la meilleure. » C’est bien le remake, avec Deborah Kerr et Cary Grant, qui l’emporte pour nous, peut-être parce que c’est le premier qu’on ait vu. Dans son très fin ouvrage Elle et lui / 1939-1957 (Yellow Now), Fabienne Costa proposait, elle, de voir les deux films comme un seul, réconciliant tout le monde autour d’effets d’échos disséminés par le cinéaste hollywoodien. Peut-être que l’on peut justement essayer de prendre au mot le titre original de la seconde version (An Affair to Remember) et de voir

© 1948 RKO Radio Pictures

le remake comme un simple souvenir du premier film (A Love Affair) avec Charles Boyer et Irene Dunne – donc forcément plus idéalisé, plus fantasmé. Vu comme ça, l’acteur franco-américain et Dunne paraissent effectivement plus présents, plus vrais que les piquants Grant et Kerr, qui sont, eux, aussi légers et charmants que le pink champagne qu’ils sirotent. Dans le film de 1939, le noir et blanc engage les protagonistes papillonnants sur un paquebot dans quelque chose de plus abordable et sensible, moins tourné sur la vanne élégante que l’appréhension mutuelle. L’escale chez la grand-mère du play-boy, qui scellera symboliquement leur union à travers un jeu de regard tout en suspension, semble un moment encore plus lyrique et fragile. Alors que, à l’arrivée du bateau, ils se donnent rendez-vous six mois après au dernier étage de l’Empire State Building, le temps de tout quitter pour se réinventer ensemble, le coup du sort qui les frappe paraît plus déchirant. Au fond, dans cette alternance de mélo et de comédie sophistiquée, le Elle et lui original a peut-être cette inclinaison très légèrement moins éthérée, la fêlure y paraît plus prononcée. Est-on en train de changer d’avis sur notre Elle et lui préféré ? Peut-être bien. du 16 au 30 décembre sur mk2curiosity.com, gratuit

© 1948 RKO Radio Pictures

Un play-boy et une chanteuse se rencontrent sur un paquebot et se promettent de se retrouver six mois plus tard au sommet de l’Empire State Building… Leo McCarey a réalisé deux versions de son mélo Elle et lui, la plus connue restant le remake flamboyant de 1957. Mk2 Curiosity propose de découvrir celle de 1939, pas moins bouleversante.

QUENTIN GROSSET

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La sélection mk2 Curiosity

LES ENFANTS DE LA PLUIE

HERBES FLOTTANTES

PERIFERIC

de Philippe Leclerc (2003) du 16 au 30 décembre sur mk2curiosity.com, gratuit

de Yasujirō Ozu (1959) du 30 déc. au 6 janv. sur mk2curiosity.com, gratuit

de Bogdan George Apetri (2010) du 6 au 13 janvier sur mk2curiosity.com, gratuit

Peuple du feu, les Pyross sont les ennemis jurés des Hydross, êtres aquatiques et pacifiques. Mais une histoire d’amour façon Roméo et Juliette va changer la donne… Le long métrage de Philippe Leclerc n’est pas sans évoquer la figure tutélaire de Hayao Miyazaki : écologie, complémentarité et compréhension par-delà les différences sont leurs thèmes communs. • SOPHIE VÉRON

Une troupe de comédiens de kabuki débarque dans un petit port de pêcheurs et voit son existence bouleversée. Le directeur de la troupe retrouve là son ancienne maîtresse et son fils, ce qui n’est pas du goût de sa compagne actuelle… Remake aux couleurs flamboyantes d’un film muet de 1934, Herbes flottantes est dans la lignée des ultimes chefs-d’œuvre du maître japonais. • S. V.

Alors qu’elle purge une peine de prison pour un crime mystérieux, Matilda obtient une journée de libération conditionnelle et décide de s’enfuir. Avant ça, elle retrouve son frère, son ex et son fils… Coécrit par Cristian Mungiu (Palme d’or 2007), ce portrait sans concession de la Roumanie d’aujourd’hui est porté par la lumineuse Ana Ularu dans le rôle de Matilda. • S. V.

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illimité 70 €

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Retrouvons-nous dès le 12 janvier avec le cycle

Tigritudes, 66 ans de cinéma panafricain en 125 films ! forumdesimages.fr

* valable jusqu’au 9 janvier 2022 Design graphique : ABM Studio Visuel : La Dernière Piste, Scream, Flesh © Collection Christophel

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YASCHA MOUNK Société mk2 Institut et Le Point invitent cette rentrée le politologue Yascha Mounk. Démocrate germanoaméricain, il publie en janvier un nouvel essai, La Grande Expérience, aux Editions de l’Observatoire. Rencontre.

Vous estimez dans votre ouvrage que les démocraties sont mises à l’épreuve de la diversité. Pourquoi ? Les humains sont enclins à s’organiser en groupes et à discriminer ceux qui n’y appartiennent pas. Cela conduit souvent à trois situations. La première est l’anarchie : les groupes ethniques sont tellement opposés l’un à l’autre qu’ils refusent de coopérer pour construire un État efficace, ce qui met en péril leur capacité à assurer des services publics essentiels et un destin commun. C’est le cas en Somalie actuellement. Le second écueil est la domination : un groupe assujettit et en exploite d’autres, et, même lorsque l’écart entre les groupes se réduit, les groupes dominants conservent un avantage socio-économique important. Beaucoup d’immigrants et de membres de

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minorités ethniques, en France ou aux ÉtatsUnis, se sentent encore traités comme des intrus, par exemple. La dernière situation est la fragmentation : les élites politiques s’arrangent entre elles, comme au Liban. Le pays a abandonné l’idée de faire naître un sentiment d’identité partagée chez tous les citoyens. Des lois sont là pour garantir que chaque groupe dispose d’une portion significative du pouvoir. Mais, sans citoyenneté partagée, les individus sont démunis pour lutter contre certaines injustices, notamment la corruption des élites. La démocratie semble tout de même le système le plus apte à faire advenir ces diversités en société. Elle peut résoudre certains problèmes, mais peut aussi complexifier la question de la diversité avec la loi de la majorité. Les sociétés multiethniques les plus estimées étaient des empires ou des monarchies, comme Vienne au xixe siècle. Dans ces sociétés, les différents groupes n’avaient pas de voix pour décider de leur destin collectif – c’était du ressort du souverain – et restaient relativement sereins quand affluait dans le pays un autre groupe ethnique ou religieux. Quelles réponses se dessinent au sein des démocraties pour faire face à ces défis ? On a d’un côté des formations d’extrême droite qui affirment que les valeurs de nos civilisations sont celles d’un certain groupe ethnique et que le changement sociétal va

© Hannah Assouline

« On peut viser une société dans laquelle tous les citoyens, bien que différents, soient égaux et aient un sentiment de destin commun. »

les affaiblir. Il s’agit alors de renouer avec un passé supposé plus rose, ce qui n’est ni désirable ni réaliste. Et on a de l’autre côté bien souvent des partis de gauche qui considèrent qu’aucun progrès n’advient depuis cinquante ans. Considérant qu’il est naïf de vouloir d’un pays où les gens seraient patriotes et solidaires, il serait ainsi nécessaire de rendre plus important le rôle de l’identité ethnique ou religieuse et de se concentrer sur le droit des minorités opprimées. Mais ce qui se présente comme un acte libératoire est pour moi une erreur normative. À ces tenants du pessimisme généralisé ou des lois ethniques qui accentuent la lutte existentielle entre les différents groupes, je propose de regarder les progrès parcourus – la France, par exemple, est un pays plus juste et égalitaire aujourd’hui qu’il y a quarante ans – et ensuite de viser une société dans laquelle tous les citoyens, bien que différents, soient égaux et aient un sentiment de destin commun. Il n’est pas nécessaire de choisir entre la « liberté d’être » d’un individu et sa « liberté d’appartenir » à un groupe. On peut être un catholique ou un musulman fier de l’être tout en étant fier d’être français. On peut avoir son propre plan de vie et en même temps remplir ses devoirs. Quelle peut alors être la place de l’État dans la conscience de chaque citoyen ? Je propose un patriotisme inclusif et non nationaliste. Ce dernier est dangereux, car il laisse penser qu’une nation, qui s’estime meil-

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leure que les autres, peut s’octroyer tous les droits. En étant exclusive, elle laisse envisager en France, par exemple, que certains Français seraient les « vrais » Français et que les autres ne compteraient pas vraiment. Le patriotisme inclusif, lui, crée de la solidarité entre les individus. Il permet à une grand-mère catholique d’avoir un esprit commun avec un jeune immigré de banlieue parisienne. Il met en pratique les idéaux universalistes de la démocratie, avec l’idée que tous les citoyens ont les mêmes droits et devoirs. En France, il s’additionne à un patriotisme culturel qui n’est pas uniquement basé sur les ancêtres gaulois ou les philosophes des Lumières. Le patriotisme, c’est aussi une culture quotidienne, contemporaine, claire et forte, largement partagée par les Français. La Grande Expérience. Les démocraties à l’épreuve de la diversité de Yascha Mounk (Éditions de l’Observatoire, 432 p., 22 €) • une rencontre avec Le Point, le 18 janvier à 20 h au mk2 Bibliothèque tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi : 9 € | – 27 ans : 4,90 € | carte UGC/mk2 illimité à présenter en caisse : 9 € | tarif séance avec livre : 22 € (* prix public du livre : 22 €) PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE DUMOULIN


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Société TROIS QUESTIONS À ÉTIENNE OLLION Peut-on changer la classe politique ? Le sociologue Étienne Ollion s’est immergé à l’Assemblée nationale pour répondre à cette question. Il revient sur son enquête dans « La Boîte à idées », un cycle de rencontres dédié chaque mois à un sujet politique ou social, gratuit et ouvert à tous, au mk2 Bibliothèque.

Comment Emmanuel Macron a-t-il tenté de renouveler la représentation politique à l’Assemblée lors de son arrivée au pouvoir en 2017 ? Durant sa campagne pour l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a largement dénoncé l’entre-soi d’une certaine caste politique et la nécessité de déverrouiller le système. Il a bousculé les « professionnels de la politique » en accédant au pouvoir et en faisant élire à l’Assemblée des gens issus de son mouvement La République en marche ! avec des parcours variés. Le Palais Bourbon s’est rajeuni, féminisé. Mais il s’est aussi rempli de personnes qui n’avaient aucune expérience de la députation ou du militantisme et qui n’ont pas réussi à s’imposer : il leur manquait des savoirs utiles et des connaissances spécifiques. Ces personnes se sont aussi autoexclues car, confrontées au réel, elles n’ont pas apprécié le fonctionnement de la vie politique, sa dureté, son intensité, son cynisme. La plupart ont finalement été cantonnées à un travail ingrat ou reléguées au second plan.

© Hannah Assouline

La réponse des Hommes Qu’est-ce que cela dit de notre système politique ? Si l’on veut changer la manière de faire de la politique, il ne faut pas simplement changer les visages ; il faut aussi changer les règles du jeu. Non seulement l’arrivée de ces novices n’a pas eu l’effet escompté, mais elle a aussi pu renforcer les tendances présidentialistes de la Ve République. En choisissant des gens qui n’étaient pas complètement prêts à exercer leurs responsabilités, on a donné plus de pouvoir à l’exécutif. Les institutions, la constitution, l’engagement en politique sont des enjeux centraux pour la transformation de la démocratie. Celle-ci demande à être pensée et organisée, elle n’advient pas comme ça. À rebours de l’accession rapide d’Emmanuel Macron à la tête de l’État, faut-il alors nécessairement emprunter un parcours classique pour faire de la politique et la changer ? Parmi les novices, certains ont connu un accélérateur de carrière, ont profité de l’appel d’air créé par Macron. Mais ils

étaient du milieu, ils étaient déjà dans des « files d’attente ». Cette notion de « file d’attente » existe en politique, mais aussi dans la vie. Bien qu’elles soient souvent invisibles, ces files structurent nos vies, influencent la manière dont nous évoluons et dont nous pensons. Elles sélectionnent, trient, excluent les profils, politiques ou non. Elles socialisent, forment et conforment les attentes de chacun. Et puis elles poussent à l’individualisme, lorsqu’il s’agit de saisir sa chance et de passer devant les autres. On retrouve cela dans le journalisme, à l’université ou sur Parcoursup. « La Boîte à idées », le 31 janvier à 19 h 30 au mk2 Bibliothèque, gratuit • Les Candidats. Novices et professionnels en politique d’Étienne Ollion (PUF, 304 p., 22 €) • PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE DUMOULIN

texte et mise en scène Tiphaine Raffier 6 – 28 janvier / Hors les murs au Théâtre Nanterre-Amandiers

La Cerisaie d’Anton Tchekhov mise en scène Tiago Rodrigues avec Isabelle Huppert, Isabel Abreu, Tom Adjibi, Nadim Ahmed, Suzanne Aubert, Marcel Bozonnet, Océane Caïraty, Alex Descas, Adama Diop, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alison Valence 7 janvier – 20 février / Odéon 6e

Une mort dans la famille texte et mise en scène Alexander Zeldin artiste associé

© Florent Vanoni

Psychiatrie CULTURE POP ET PSYCHIATRIE

Si l’on connaît bien le nom des troubles mentaux – bipolarité, dépression, schizophrénie, addictions –, leur représentation à l’écran n’a souvent pas grandchose à voir avec la réalité.

En combinant pop culture et savoir scientifique, le docteur Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital SaintAntoine, propose un éclairage savant et ludique sur ces troubles en détricotant la manière dont ils sont représentés à l’écran et dans les médias. Son premier livre, Pop & Psy. Comment la pop culture nous aide à comprendre les troubles psychiques (Plon, 2019), nous invitait déjà à comprendre comment la pop culture s’avère très utile à une meilleure compréhension de la santé mentale. Son nouveau livre Addicts. Comprendre les nouvelles addictions

et s’en libérer (Arkhê, 2021) vient de paraître, jetant des ponts entre Miley Cyrus, James Bond et Amy Winehouse en évoquant leur rapport à l’addiction. Au programme du cycle au mk2 Beaubourg en janvier : les vies tumultueuses de Whitney Houston, d’Alexander McQueen et de Lady Gaga.

avec Marie Christine Barrault, Thierry Bosc, Nicole Dogué, Annie Mercier, Karidja Touré, Catherine Vinatier... création 21 janvier – 20 février / Berthier 17e

theatre-odeon.eu

le samedi à 11 h au mk2 Beaubourg • GABRIEL DONCQUE

hiver 2021-2022 – no 185

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CE MOIS-CI CHEZ MK2

----> JUSQU’AU 28 DÉC. MK2 BOUT’CHOU Pour les enfants de 2 à 4 ans : Le Voyage en ballon et Myrtille et la lettre au Père Noël.

----> LUNDI 17 JAN.

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

> mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Athéna : la sagesse au secours des hommes. »

SCIENCES SOCIALES ET CINÉMA « Ruptures avec les standards américains. » Projection de Nomadland de Chloé Zhao, discuté par l’historien des États-Unis Romain Huret.

----> LUNDI 24 JAN.

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Thot, et ainsi fut l’écriture. »

LUNDIS PHILO AVEC CHARLES PÉPIN « Peut-on apprendre à aimer ? » Avec Fabrice Midal.

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Bastet, l’Égypte et les chats. »

> mk2 Bibliothèque, mk2 Gambetta, mk2 Bastille (côté Beaumarchais), mk2 Nation et mk2 Quai de Seine, le samedi et le dimanche matin

> mk2 Bibliothèque (entrée BnF), à 14 h

----> LUNDI 10 JAN.

> mk2 Quai de Loire, à 11 h

LUNDIS PHILO AVEC CHARLES PÉPIN « Doit-on apprendre toute sa vie ? » > mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

> mk2 Bibiothèque, à 19 h 45

LUNDIS PHILO AVEC CHARLES PÉPIN « A-t-on raison de se révolter ? »

MK2 JUNIOR Pour les enfants à partir de 5 ans : Blanche-Neige et les sept nains.

> mk2 Quai de Seine, à 20 h

----> JEUDI 16 DÉC.

IMAGE(S) PLURIELLE(S) AVEC L’OBS « L’autoportrait. » Rencontre avec les artistes Elsa et Johanna.

Si le vent tombe de Nora Martirosyan (2021)

----> MARDI 11 JAN.

UNE HISTOIRE DE L’ART « Rococo et Néo-Classicisme. » > mk2 Beaubourg, à 20 h

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « La Nouvelle Athènes : quartier général du Romantisme. » > mk2 Nation, à 12 h 30

----> JEUDI 13 JAN.

----> JEUDI 6 JAN. > mk2 Beaubourg, à 20 h

----> VENDREDI 7 JAN.

CYCLE MICHEL PASTOUREAU « Que disent les couleurs de notre société ? » Conférence suivie de la projection de Blanche-Neige et les sept nains. > mk2 Nation, à 20 h

UNE HISTOIRE DE L’ART « Le Romantisme à son apogée : une Europe en émoi. » > mk2 Beaubourg, à 20 h

----> SAMEDI 15 JAN.

CULTURE POP ET PSYCHIATRIE « Vies d’artistes et vies brûlées : Whitney, McQueen et Lady Gaga. » > mk2 Beaubourg, à 11 h

1 HEURE, 1 ARCHITECTE « Le Corbusier et le purisme du xxe siècle : repenser la ville contemporaine, entre logements collectifs et bâtiments publics. »

> mk2 Bibliothèque, à 12 h 30

> mk2 Bastille (côté St Antoine), à 11 h

----> SAMEDI 8 JAN.

> mk2 Nation, à 20 h

> mk2 Nation, à 12 h 30

> mk2 Nation, à 20 h

> mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

----> MARDI 18 JAN.

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « Les Champs-Élysées : du Romantisme à la Nouvelle Vague. »

LUNDIS PHILO AVEC CHARLES PÉPIN « La vie n’est-elle qu’une grande improvisation ? »

CYCLE MICHEL PASTOUREAU « Que disent les couleurs de notre société ? » Conférence suivie de la projection de La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock.

Nomadland de Chloé Zhao (2021)

> mk2 Bibliothèque, mk2 Gambetta et mk2 Quai de Loire, les samedis et dimanches matin

----> LUNDI 3 JAN.

----> JEUDI 27 JAN.

ACID POP Projection de Si le vent tombe en présence de Nora Martirosyan et Laure Vermeersch.

Myrtille et la lettre au Père Noël d’Edmunds Jansons (2017)

----> MARDI 25 JAN. 1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « De Saint-Lazare aux Batignolles : le Paris des impressionnistes. » > mk2 Nation, à 12 h 30

> mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

UNE HISTOIRE DE L’ART « La naissance de la photographie. »

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----> DIMANCHE 9 JAN.

----> DIMANCHE 16 JAN. L’ART DANS LE PRÉTOIRE « Attribué à… la question de l’authenticité de l’œuvre. »

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Thésée et le Minotaure : dans les dédales du labyrinthe. »

VOTRE CERVEAU VOUS JOUE DES TOURS AVEC ALBERT MOUKHEIBER « Augmenter le cerveau ? Les rêves et cauchemars des nouvelles technologies. »

> mk2 Nation, à 11 h

> mk2 Bibliothèque, à 11 h

LE CINÉMA, MIROIR DU MONDE « Confronter le cinéma au racisme. » > mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h

RENCONTRE AVEC YASCHA MOUNK « Concilier diversité et démocratie. » Grand entretien avec le politologue Yascha Mounk, suivi d’un échange avec le public et d’une signature de son livre La Grande Expérience. Les démocraties à l’épreuve de la diversité (Éditions de l’Observatoire), en partenariat avec Le Point.

La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock (1948)

UNE HISTOIRE DE L’ART « Le scandale impressionniste. » > mk2 Beaubourg, à 20 h

----> LUNDI 31 JAN.

LUNDIS PHILO AVEC CHARLES PÉPIN « Y a-t-il plus beau que le réel ? » > mk2 Odéon (côté St Germain), à 18 h 30

> mk2 Bibliothèque, à 20 h

----> JEUDI 20 JAN. UNE HISTOIRE DE L’ART « Réalisme et Naturalisme. » > mk2 Beaubourg, à 20 h

----> VENDREDI 21 JAN.

1 HEURE, 1 ARCHITECTE « Jean Nouvel et l’architecture visuelle : de l’Institut du monde arabe au Louvre Abu Dhabi. »

LA BOÎTE À IDÉES Discussion avec le sociologue Étienne Ollion autour de son livre Les Candidats. Novices et professionnels en politique (PUF).

> mk2 Bibliothèque, à 12 h 30

----> DIMANCHE 23 JAN.

> mk2 Bibliothèque, à 19 h 30

1 HEURE, 1 MYTHE EN FAMILLE « Apollon et Artémis : les jumeaux de la Lune et du Soleil. »

----> MARDI 1er FÉV.

> mk2 Bibliothèque (entrée BnF), à 14 h

no 185 – hiver 2021-2022

1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS « Belleville et la Villette : le moteur de la ville. » > mk2 Nation, à 12 h 30

LE CINÉMA, MIROIR DU MONDE « Manger ou être mangé ? » > mk2 Odéon (côté St Michel), à 20 h © Cinema Public Films ; @faul.chiller ; Sister Productions ; Searchlight Pictures ; @mooncrab ; Carlotta Films ; Bojana Tartaska_Allary Éditions


Histoire TROIS QUESTIONS À MICHEL PASTOUREAU

© Bénédicte Roscot

Historien médiéviste, Michel Pastoureau est considéré comme le pionnier de l’étude symbolique des couleurs. Invité du mk2 Institut, il confronte la palette de son savoir au septième art lors de cinq conférences, chacune suivie d’une projection de film. Quel rôle le cinéma a-t-il joué dans votre métier d’historien ? Je dois toute ma carrière au film Ivanhoé de Richard Thorpe (1952). Je l’ai vu durant les vacances, lorsque j’avais 7 ans, avec un ami dont la grand-mère tenait un cinéma paroissial. Nous faisions les ouvreurs, ce qui m’a permis de le voir six jours de suite, j’en connais chaque plan par cœur. C’est avec ce film que j’ai découvert la chevalerie, qui ne m’a plus quittée lorsque j’ai décidé d’étudier les armoiries et le Moyen Âge. Au lycée, j’allais souvent à un cinéclub, animé par un professeur qui m’a donné, sans en avoir l’air, les bases de ma cinéphilie. Chaque semaine, il nous annonçait la projection du plus « beau film de l’histoire du cinéma ». Plus tard, en tant qu’historien, j’ai conseillé Éric Rohmer sur le tournage de Perceval le Gallois, film dont je parlerai durant le cycle. Ce qui est amusant, c’est qu’il n’a finalement écouté aucune de mes recommandations. Je lui avais, par exemple, dit de ne surtout pas mettre de violet, car on n’en utilisait pas au Moyen Âge. Il a fait tout le contraire, mais je n’ai jamais osé lui demander ce qu’il s’était passé !

Le cinéma incarne-t-il ou trahit-il justement la symbolique des couleurs ? Le cinéma l’utilise souvent à bon escient lorsqu’il est l’adaptation d’une œuvre littéraire. Dans l’adaptation de BlancheNeige et les sept nains par les studios Disney, le récit tourne autour de trois couleurs, rouge, blanc et noir : une jeune fille blanche comme neige reçoit une pomme rouge empoisonnée de la main d’une méchante femme vêtue de noir. De même pour Le Petit Chaperon rouge de Tex Avery. En revanche, lorsque les films sont des créations ex nihilo, la symbolique des couleurs tourne souvent à l’ésotérisme ou au tapageur. Contrairement au langage littéraire, tout se passe comme si représenter une couleur à l’écran appauvrissait de fait sa symbolique. Dans quelle mesure le médium cinématographique a-t-il modifié notre représentation des couleurs et du réel ? Les écrans en général ont fait perdre le paramètre des couleurs mates, alors que c’est un curseur important, comme on peut le voir dans les œuvres picturales occidentales anciennes ou modernes. Au cinéma, mais aussi à la télévision, il n’y a plus que des couleurs brillantes. C’est

une conséquence technique du numérique. Tout est clinquant, mais je sais que je suis de la vieille école : je préfère l’argentique, les années 1950 et surtout le cinéma en noir et blanc. Ma culture cinématographique s’est construite là-dessus. Je suis particulièrement sensible aux dégradés de gris, aux noirs et blancs plus ou moins chauds, aux blancs pas tout à fait blancs tels qu’on les voit dans les films d’Ozu ou les premiers Bergman, des chefs-d’œuvre. « Cycle Michel Pastoureau » : — le 13 janvier, Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney, 1938) — le 27 janvier, La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock (1945) à 20 h au mk2 Nation tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi : 9 € | – 27 ans : 4,90 € | carte UGC/mk2 illimité à présenter en caisse : 9 € • PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE DUMOULIN

@rooarty

Histoire 1 HEURE, 1 QUARTIER DE PARIS

Les Champs-Élysées, Saint-Lazare, Bastille… Chaque semaine, au mk2 Nation, l’historien de l’art Guillaume

Peigné propose une balade dans l’histoire des plus illustres quartiers de Paris. De Passy à Belleville en passant par la Cité et les Grands Boulevards, découvrez les origines, les transformations et les événements historiques ayant marqué les bourgs et villages qui composaient jadis la capitale française. Cet hiver, la rive droite est à l’honneur avec des conférences consacrées à la Nouvelle Athènes du IXe arrondissement, au méconnu mais passionnant quartier de la Bourse, aux mondialement

célèbres Champs-Élysées ou encore au quartier-village des Batignolles, avec ses boutiques insolites et ses brasseries pittoresques. L’occasion de (re)découvrir des espaces géographiques, mais aussi d’approfondir ses connaissances sur l’Impressionnisme, le Romantisme et la Nouvelle Vague au cinéma.

Si loin, sI prOche 1res rEncontres dEs cinémAs Du CambodgE, Laos et Vietnam

27/30 jan 2022

le mardi à 12 h 30 au mk2 Nation • GABRIEL DONCQUE

avec la participation de

hiver 2021-2022 – no 185

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SOLAL BOULOUDNINE

Théâtre Comédien au potentiel comique détonant, Solal Bouloudnine dévoile Seras-tu là ?, un solo touchant qui mêle autobiographie et fiction à travers une galerie de personnages délirants. On a voulu en savoir plus sur ce trentenaire à l’aura rayonnante, qui raconte une décennie 1990 bercée de naïveté, avant l’arrivée massive d’Internet. Attablé à la terrasse du Zéphir, à quelques pas du métro Jourdain, Solal Bouloudnine écourte son appel lorsque je m’avance vers lui. Emmitouflé dans sa doudoune, écharpe autour du cou, bonnet rose pâle sur la tête, il roule sa clope et me lance « Tu as du feu ? » en me fixant de ses yeux noirs rieurs. L’air plutôt à l’aise, ce grand brun à la bouille de mioche étonné parle à toute allure, au même rythme effréné que dans son seul en scène détonnant Seras-tu là ? Dans ce premier spectacle, dont le titre fait référence à la chanson de Michel Berger, il déplie une intrigue très personnelle à travers une galerie de personnages palpitante, le tout joué dans un décor calqué sur une

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chambre d’enfant des années 1990. On a beaucoup ri, on a pleuré aussi, devant ce journal intime à l’honnêteté poignante, dans lequels s’entrecroisent autobiographie, fiction, angoisses existentielles et nostalgie d’une époque.

FRÉQUENCE NOSTALGIE « Au début des années 1990, il y avait plein d’émissions avec des vrais sketchs, de Pierre Palmade, d’Élie Kakou, des Inconnus, des Nuls… C’est ce qui m’a donné envie de faire du théâtre », confie Solal Bouloudnine. Déjà accro à la comédie tout gamin, ce gars de Marseille – qui vit désormais à Paris – fait ses premiers pas sur les planches d’un théâtre pour jeune public à 6 ans. À la maison, il n’arrête pas de faire le clown, si bien que famille et amis ne cessent de lui réclamer des imitations de ses parents. On les retrouve d’ailleurs en personnages cocasses et touchants dans Seras-tu là ? à travers un stéréotype de la mère juive aussi inquiète qu’envahissante et un père chirurgien à la gouaille digne des films de gangsters qui ressuscite une époque révolue où l’on clopait en salle d’opération. « Mes parents sont très charismatiques mais, évidemment, c’est exagéré dans la pièce ! Ça me plaît que l’amour que j’ai pour eux les transforme en personnages romanesques », confie Solal Bouloudnine. En grandissant, sa passion pour le théâtre ne le quitte pas. Il fait ses armes à l’école régionale d’acteurs de Cannes, où il rencontre Maxime Mikolajczak

et Olivier Veillon, deux amis qui partagent cette nostalgie des années 1990 et avec qui il a coécrit et mis en scène ce premier spectacle. « Maxime a eu cette idée de recréer une chambre d’enfant de l’époque, pleine d’autocollants et de jouets. Mais on s’est aussi inspirés de pleins de films de notre enfance », raconte le comédien. La structure de la pièce, qui commence par la fin et termine par le début, rappelle par exemple les intrigues de films dont ils sont fans comme Retour vers le futur de Robert Zemeckis ou Mulholland Drive de David Lynch. Après sa formation, Bouloudnine intègre le centre dramatique régional de Tours, puis collabore avec la metteuse en scène engagée Alexandra Tobelaim, joue avec la célèbre troupe férue d’impro des Chiens de Navarre, s’essaye au théâtre expérimental avec l’Institut des recherches menant à rien et se fait plus récemment remarquer dans la trilogie Des Territoires (2021) de Baptiste Amann. Un joli parcours, durant lequel il se forge une identité comique qui lui colle à la peau.

FIGURE TUTÉLAIRE Pourtant, c’est de mort dont il nous parle dans Seras-tu là ? Solal Bouloudnine déboule sur scène en sueur, couvert de terre battue, déguisé en tennisman. Une référence au décès de Michel Berger le 2 août 1992, qui a succombé à une crise cardiaque après une partie de tennis dans sa villa de Ramatuelle, dans le sud de la France. Le même village où le comédien

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© D. R.

CULTURE

Culture

passait ses vacances quand il était môme. Cet événement tragique a été sa première prise de conscience de la mort et le début de son angoisse de la fin. Une peur qui est le fil rouge de son spectacle, mais pas que. « “Seras-tu là ?” est une des plus belles chansons du monde, confie-t-il. Je suis un fan absolu de Michel Berger. C’est un artiste qui raconte toute sa vie sans filtre, et il a ce don de dire beaucoup avec très peu. Je voulais que la pièce soit à l’image de ses textes, à la fois sincère et universelle. » Un pari réussi, dans lequel il n’hésite pas à se donner à 100 %, en y mettant son cœur et ses tripes – parfois de manière très littérale en évoquant maladies gastriques et cardio-vasculaires. Et dans cette pièce aux allures chaotiques se dessinent au fur et à mesure les contours d’un terrain de jeu où le comédien s’amuse comme un fou. Une régression jouissive, qui le voit abuser des accessoires, costumes, perruques pour interpréter ses personnages grotesques. « Au théâtre, on veut souvent aller vers quelque chose de naturaliste. Je voulais prendre le contre-pied de cette tendance et en mettre toujours plus. C’est ça qui me fait plaisir ! » finit le comédien. Cette joie communicative nous fait retomber en enfance, à une époque bercée d’insouciance qui contraste avec notre époque incertaine. du 19 au 29 janvier au Monfort théâtre

BELINDA MATHIEU


Culture

LA SÉLECTION DU MOIS CHÂTEAU DE SABLE

© Atrabile

1 BD

Quand le huis clos s’émancipe des quatre murs, cela donne l’étrange décor de Château de sable : une crique environnée de garrigue et de falaises. C’est dans ce lieu assommé par la chaleur que les auteurs ont choisi de placer leurs personnages. Ils sont treize, au total, à arriver sur cette plage un matin d’été. Après la découverte d’un cadavre de femme flottant dans

Martha Wilson, Captivating a Man, 1972

« En tant que “dame peinte”, je peux être perçue par les autres comme un objet, mais mon but est de défendre le “masquage” », déclare l’Américaine Martha Wilson dans son œuvre Painted Lady. Se maquiller, se déguiser, accomplir une performance, jouer avec son identité et avec la réalité pour mieux les rendre visibles, c’est tout le projet de l’artiste. Au

de Frederik Peeters et Pierre Oscar Lévy (Atrabile, 104 p, 18 €)

ADRIEN GENOUDET

début des années 1970, alors qu’elle est l’une des seules enseignantes de l’école d’art de Halifax, elle comprend qu’utiliser son propre corps comme instrument lui permettra de parler de la condition des femmes. Ce qu’elle entreprend dans une série d’autoportraits, rassemblés dans cette exposition du Centre Pompidou. L’artiste y interprète avec beaucoup d’humour les constructions sociales du genre. Elle se transforme par exemple en une femme de 50 ans dans Posturing. Age Transformation ; puis en “drag” dans Posturing, avec l’idée de comprendre et de ressentir ce qu’est le corps d’un homme qui souhaite s’identifier à une femme. Dans ces images, elle met au centre l’importance du regard social, mais aussi de

celui que l’on projette sur soi-même. Sous chacune de ses photographies, Martha Wilson rédige un court texte, sorte de fable qui incite à la réflexion. Comme dans Art Sucks : « La création artistique est un processus qui aspire l’identité des individus qui en sont proches, mais qui n’y participent pas eux-mêmes. La seule façon de retrouver son identité est de faire de l’art soi-même. » À bon entendeur. « Martha Wilson à Halifax. 1972-1974 », jusqu’au 31 janvier au Centre Pompidou • GEORGIA RENÉ-WORMS

MUSÉE DU LUXEMBOURG 15 SEPTEMBRE 2021 16 JANVIER 2022

VENTRUS © Anne-Claire Héraud

3 Resto

sable est un petit chef-d’œuvre du thriller fantastique. Pas étonnant, donc, que le réalisateur de Split, M. Night Shyamalan, ait décidé d’adapter ce récit hors du commun au cinéma. Old, sorti fin juillet en salles, est une excellente adaptation. Une rencontre inédite entre les deux grands arts qui ont le temps pour matrice.

MARTHA WILSON © Courtesy of Martha Wilson, mfc-michèle didier and P.P.O.W. Gallery

2 Expo

l’eau, la tension monte, l’effroi s’installe et, peu à peu, sans que notre attention ne s’y attende, on comprend que le scénario bascule dans une dimension fantastique. Les personnages constatent qu’ils sont emprisonnés par un champ magnétique inexpliqué et que, par on ne sait quel sort, le temps s’accélère. Leurs corps vieillissent, les enfants grandissent ; et la mort rôde. Il est rare, en bande dessinée, de voir se déployer au fil des planches une telle tension narrative mêlée au rythme du temps. Chaque page donne un coup de vieux aux personnages ; et on assiste ainsi à leur décrépitude en même temps que l’on s’approche de la fin de l’album. Tenu par le trait brisé et broussailleux de l’excellent Frederik Peeters, Château de

Guillaume Chupeau aurait pu rester un publicitaire efficace et apprécié. C’était sans compter sa passion de la table, du vin et des voyages. Chaque fois qu’il découvrait un paysage magique, il se désolait de ne pas y trouver un restaurant à la hauteur, bon mais aussi locavore et engagé. C’est ainsi qu’a germé l’idée de Ventrus avec vue, restaurant nomade et durable. Avec l’architecte François

Muracciole, il a imaginé une structure aux formes replètes, en bois du Morvan et verre, montable et démontable en quinze jours autour de deux containers, cuisine et local technique. Chaleureux et lumineux ; dépaysement garanti. Les déchets sont confiés aux Alchimistes (une entreprise de valorisation des biodéchets), qui en font du compost ; l’eau de la plonge et des toilettes est indéfiniment recyclée (90 % d’économie par rapport à un restaurant classique). Porté pendant trois ans, le projet a pris vie dans le parc de la Villette, à la croisée du canal de l’Ourcq et du canal de Saint-Denis. Juliette Brunet, cheffe nomade elle aussi, a dessiné la première carte et continue d’accompagner Guillaume Chupeau. L’Anglais Jon Irwin, vu

chez Pierre Gagnaire et Akrame Benallal, lui a succédé. À l’heure où l’on boucle, on ne sait quels plats il a imaginés, mais l’on sait qu’ils seront à base de produits d’Îlede-France, labellisés AB, notamment livrés par la place de marché Bottes en ville (bottesenville.com). Profitez en vite avant que Ventrus ne s’échappe pour s’offrir une vue du côté de Marseille, au bord de la Méditerranée. Menus : 25 €, 30 €. allée du Canal, parc de la Villette, Paris XIXe

diChroma

photography

STÉPHANE MÉJANÈS

hiver 2021-2022 – no 185

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Culture

L E A R G I E A L LA SÉLECTION DU MOIS ’ARDEE D 4 Son BEVERLY GLENN-COPLAND

Glenn-Copeland – son vibrato miellé, sa grâce rieuse, sa musique qui parle au cœur d’infini renouveau, son pouvoir de guérison – devait rencontrer notre monde abîmé, avide d’entendre son message émerveillé. Keyboard Fantasies Reimagined de Beverly Glenn-Copeland (Transgressive), sortie le 10 décembre

SANS TITRE, 2021, PAR LOUISE BADIANE Instagram : @cmoilebigboss

La jeune céramiste Louise Badiane, qui travaille dans un atelier collaboratif au Pré-Saint-Gervais, a créé cet objet polymorphe – vase, récipient, cendrier, vide-poche ? Il s’adapte à chaque personnalité. Allez découvrir ses jolis objets d’urgence.

GRACE JONES, 2020, PAR CALIXTE

ETAÏNN ZWER

Instagram : @calyfornie

CAT POWER

Covers est le troisième album de reprises de Cat Power et, comme les précédents, il résonne comme un état des lieux de l’évolution de la chanteuse américaine. Après The Covers Record (2000), où, dans un filet de voix et sur des arrangements lo-fi, elle se prêtait pour la première fois à l’exercice, et Jukebox (2008), où elle explorait ses nouvelles velléités de chanteuse soul, la confiance de Cat Power dans le pouvoir de son chant a encore grandi sur cette nouvelle collection de reprises de Frank Ocean, Lana Del Rey, Iggy Pop, Nick Cave et quelques autres. En les féminisant (pour celles écrites par des hommes) et en transformant parfois leurs paroles, elle s’approprie des chansons évoquant la fatalité, le déterminisme, le sentiment d’aliénation et, dans un engagement total, exprime la volonté de se libérer de toutes ces chaînes, de s’affirmer en tant qu’être humain, femme, chanteuse. « Pendant toute ma carrière jusqu’à The Greatest en 2006, nous dit-elle au téléphone, je ne regardais jamais le public en concert, j’étais toujours cachée derrière mes cheveux, mon alcool, ma peur, ma timidité, ma peine. Quand je suis finalement devenue sobre, après avoir suivi une thérapie, j’ai regardé le public pour la pre-

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auteur un succès surprise – rééditions, prix, tournée – et l’amour d’une jeune génération saisie par sa vision lumineuse. Trente-cinq ans après, ces âmes sœurs créatives réimaginent l’opus : Bon Iver, Julia Holter et son sens du mystère, le ténor Jeremy Dutcher (déchirant sur « Ghost House »), la productrice Arca qui fait de « Let Us Dance » une transe souterraine perlée, Blood Orange qui donne une scintillante version du poème « Sunset Village », ou Kelsey Lu qui offre à « Ever New » un somptueux vaisseau cosmique. Un acte de célébration, et de transmission. C’était écrit :

Illustratrice et graphiste, Calixte représente le monde qui l’entoure, inspirée par les BD Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, et par le cinéma (Fish Tank d’Andrea Arnold). Ce dessin est extrait de sa mini-BD sur Grace Jones, star et icône des années 1980, publiée sur son compte Insta. © Mario Sorrenti

5 Son

© Alex Sturrock

À 76 ans, le compositeur américain transgenre vivant au Canada renaît fabuleusement : le monde découvre, sous le charme, son œuvre singulière ; la crème de la scène contemporaine revisite son chef-d’œuvre ambient de 1986, Keyboard Fantasies ; et son aura – comme son histoire – inspire. Né femme et noir dans l’Amérique âpre des fifties, bercé de musique classique et parti se former à l’université McGill de Montréal, dont il sera l’un des premiers étudiants racisés, Glenn-Copeland devient patiemment lui-même. Entre divers rôles dans des émissions pour enfants et une vie queer à inventer, ce passionné de lied allemand comme de sonorités africaines égrène une poignée de disques aux vertus éclectiques, troquant folk-jazz époustouflant contre élans funk-rock, avant d’expérimenter l’électronique sur Keyboard Fantasies, une collection de paysages paisiblement vertigineux aux pulsions méditatives et aux mantras accueillants qui lui a été soufflée par l’univers, dit-il. Un bijou sorti sur cassette, et vite oublié. Le destin prend alors les traits d’un disquaire japonais qui redécouvre l’album en 2015, sa magie attirant à son

Une sélection d’objets, de lieux, d’œuvres et d’événements diggés avec amour. Une ode à la prochaine génération artistique française.

mière fois de ma vie. J’avais confiance en ma voix pour sauver des êtres humains, en chantant pour eux, en pensant à eux. Maintenant, je n’ai plus honte de ma voix. » En chantant les autres, Cat Power se chante toujours elle-même, et c’est sans doute le plus bel hommage que puisse recevoir une chanson. Covers de Cat Power (Domino), sortie le 14 janvier

WILFRIED PARIS

Si ton album était un film « Si Covers était un film, ce serait comme si Travis Bickle [le personnage joué par Robert De Niro dans Taxi Driver de Martin Scorsese, ndlr] se trouvait dans le film Mon oncle de Jacques Tati, mais se révélait être le véritable magicien d’Oz. Et aussi, Travis Bickle serait une petite fille. Et il serait une petite fille sortie d’un dessin de Henry Darger. » * Retrouvez l’intégralité de notre entretien sur www.troiscouleurs.fr

no 185 – hiver 2021-2022

IT’S GETTING HOT IN HERE, 2020, PAR CAMILLE NSIZOA Instagram : @clouds_r_pink @amiina.tv

Une jolie toile brodée qui en dit long sur la volonté de Camille, étudiante à la Villa Arson, à Nice : donner de la visibilité aux personnes noires ou afro-descendantes. C’est sa passion pour la mode qui l’a conduite à utiliser la broderie pour ses œuvres. Foncez voir son travail !

ARDELÈNE NGUIMBI


2022

HAMLET

AMBROISE THOMAS

Louis Langrée / Cyril Teste

CORONIS

SEBASTIÁN DURÓN

Vincent Dumestre / Omar Porras

LA PÉRICHOLE JACQUES OFFENBACH

Julien Leroy / Valérie Lesort

MADAME WHITE SNAKE ZHOU LONG

Long Yu / Chen Shi-Zheng

LAKMÉ

LÉO DELIBES

Raphaël Pichon / Laurent Pelly

ARMIDE

n o i t a d i l att va

CHRISTOPH WILLIBALD GLUCK Christophe Rousset / Lilo Baur

LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS ALAN MENKEN

Maxime Pascal / Valérie Lesort et Christian Hecq À partir de 6 ans

MON PREMIER FESTIVAL D’OPÉRA

Licence L-R-21-8858 / Création graphique :

Du 6 au 17 avril

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SOMMEIL D’OURS D’ALAIN GALAN

PIECE OF ME DE LADY WRAY

BD

CD

vinyle jeux vidéo

92

L’INTRANQUILLE DE JOSEPH KAI

Que faire d’une peau d’ours trouvée aux encombrants ? La récupérer, l’adopter, s’en faire une couverture. Au risque d’être tenté d’hiberner, et de devenir soi-même un peu ours… Alain Galan continue ses études d’objets magiques dans ce beau récit nimbé d’étrangeté, qui convoque l’imaginaire des légendes rurales et des bestiaires médiévaux. • BERNARD QUIRINY

Championne de l’avant-garde R&B en 1998 avec « Make it Hot », Nicole Wray n’est plus à la pointe du groove, certes, mais qu’importe : « Lady » Wray brille désormais dans la soul vintage revisitée, sculptée dans les vieux pots de la Stax et de la Motown à coups de cuivres et de vocalises brûlantes. Loin de l’époque Missy Elliott mais toujours aussi hot. • ÉRIC VERNAY

Pour mieux se réinventer, la saga Metroid fait le choix risqué – mais payant – du classicisme absolu. On y chasse toujours l’alien dans les coursives d’un labyrinthe gigantesque, avec la rage de vaincre et la peur au ventre. Ce qui change, en revanche, c’est la mise en scène, bien plus cinématographique. Et l’aventure n’en est que plus folle. • YANN FRANÇOIS

Avant l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth en 2020, on suit le récit implacable d’un jeune homosexuel dans un Liban déjà en ruine… Cet album autobiographique bouleverse par sa maîtrise graphique, qui réussit à déréaliser les lieux, et par la force du témoignage. En lisant Kai, on se rappelle que dessiner c’est avant tout faire corps. • A. G.

> (Le temps qu’il fait, 128 p., 16 €)

> (Big Crown)

> (Nintendo | Switch)

> (Casterman, 168 p., 20 €)

ABOOGI D’IMARHAN

ANDERS ET LE CHÂTEAU DE GREGORY MACKAY

Les guitares obsédantes d’Imarhan, jeune groupe touareg venu du sud de l’Algérie, évoquent immanquablement Tinariwen. Une fois nos oreilles accoutumées à l’obscurité de cette transe acoustique au creux des dunes, le troisième album de Sadam et ses musiciens se dévoile pour ce qu’il est : une envoûtante pierre folk apportée à l’édifice du desert blues. • É. V. > (City Slang)

UN MEXICAIN SUR SON VÉLO DE ROGER PRICE

livre

METROID DREAD

LES GARDIENS DE LA GALAXIE

© Eidos Montreal

ŒUVRES COMPLÈTES 1977-1979 D’YVES NAVARRE

© Fethi Sahraoui

SHOPPING CULTURE

Culture

Les Droodles, ça vous dit quelque chose ? Rien à voir avec un moteur de recherche : il s’agit de dessins minimalistes assortis d’une légende hilarante, inventés dans les années 1950 par l’humoriste américain Roger Price. Une fois qu’on y a goûté… Un cadeau chic, pas cher et très drôle pour Noël, approuvé en son temps par Georges Perec, grand fan français de Price. • B. Q. > (La Table Ronde, 166 p., 12,90 €)

Il n’y a pas d’âge pour savourer les aventures d’Anders par le très prolifique auteur australien Gregory Mackay. Néo-Babar attachant, sans couronne, le jeune écureuil décide de rejoindre le château oublié de Rochevieille. Au fil des aquarelles reproduites en couleurs originales, on se laisse porter par l’extrême justesse qui se dégage de ce nouvel album. • A. G.

Prix Goncourt en 1980 pour Le Jardin d’acclimatation, figure de la littérature gay – thème auquel son œuvre est cependant loin de se réduire –, Yves Navarre (1940-1994) est redécouvert aujourd’hui, notamment grâce à ses Œuvres complètes dont voici le troisième tome. L’occasion de relire notamment Je vis où je m’attache, l’un de ses plus beaux romans. • B. Q.

> (The Hoochie Coochie, 128 p., 18 €)

> (H&O, 1 360 p., 42 €)

J’IRAI DANS LES SENTIERS DE FRÉDÉRIC PAJAK

INSCRYPTION

Face à un étranger masqué, nous enchaînons les duels sur un plateau de cartes à jouer. À force de victoires, le jeu se met à changer de nature, jusqu’à briser le quatrième mur pour nous interpeller. Un jeu de cartes peut-il devenir une mise en abyme du jeu vidéo ? Non, ce n’est pas un sujet de philo au bac : juste un des meilleurs jeux indés de l’année. • Y. F. > (Devolver Digital | PC)

On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans. On vit d’amour et d’eau fraîche, on se prend de passion pour les poètes… Pajak continue ses récits dessinés mêlant souvenirs et biographie d’écrivains en s’intéressant cette fois à Lautréamont, Rimbaud et Germain Nouveau, idoles de son adolescence. Mélancolique et graphique. • B. Q. > (Les Éditions Noir sur Blanc, 296 p., 25 €)

no 185 – hiver 2021-2022

Plutôt que de servir un bête jeu d’action, Les Gardiens de la galaxie préfère coller à la philosophie première de son modèle Marvel : soit l’immersion dans le quotidien d’une bande de pieds nickelés de l’espace, à base de vannes qui fusent et de dialogues ciselés… Le principal fait d’armes du jeu est de savoir rester hilarant de bout en bout. • Y. F. > (Square Enix | Xbox One, Xbox Series, PS4, PS5, PC, Switch)

B.O. DONNIE DARKO DE MICHAEL ANDREWS

À la croisée de la science-fiction, du teen movie et de la critique sociale, le film culte de Richard Kelly est un hommage mélancolique à la pop culture des années 1980. Son étrangeté et sa profondeur tiennent beaucoup à la B.O. de Michael Andrews. On y trouvera aussi les deux versions de la chanson emblématique « Mad World » de Tears for Fears. • W. P. > (Carlotta Films)


B

IEN VIEILLIR ENSEM BLE Cité de l’architecture & du patrimoine

Palais de Chaillot Trocadéro. Paris

© Cité de l’architecture & du patrimoine - photo Didier Carluccio

17.12.2021–13.03.2022

#ExpoLabLogement citedelarchitecture.fr


CE MOIS-CI À PARIS

Culture

RESTOS ----> GRANITE

Ancien collaborateur d’Anne-Sophie Pic, Tom Meyer a pensé son premier restaurant dans les moindres détails, des arts de la table (avec la céramiste Isabelle Poupinel) au sourcing. Son gnocchi, cœur coulant de coquillages, et son pigeon de Racan laqué à l’oabika (jus de cacao) sont déjà des classiques. Service enrobant et vins précis. Menus : 58 € (midi), 95 €, 125 €. • STÉPHANE MÉJANÈS

CONCERTS

----> PONGO

Repérée avec le crew Buraka Som Sistema, taguée one to watch en deux EPs, la Lisbo-­Angolaise s’impose reine du kuduro – fusion fatale de breakdance, de semba et d’electro. Féroce (« Bruxos »), soyeux (« Kuzola »), joyeusement libre, son groove solaire électrise tout. Parfait pour l’âme, et les fessiers itou. • ETAÏNN ZWER > le 7 janvier à La Maroquinerie

----> LE PERCHOIR PAR ADRIEN

CACHOT Sachez-le, les places sont chères. Mais tentez-le. Le finaliste de Top Chef 2020 et sa compagne, Emie (en salle), proposent une expérience sensorielle unique. Choix des produits, associations, techniques de cuisson, assaisonnements, tout est dingue, plaisir décuplé par le fait qu’on ne vous dit pas ce que vous mangez. Bonne chance ! Menu unique : 95 €. • S. M.

----> NOS DÉSIRS FONT DÉSORDRE DE CHRISTOPHE BÉRANGER ET JONATHAN PRANLAS-DESCOURS  Onze interprètes évoluent lentement, se regardent et se touchent, tous et toutes affublés de cordes serties de plantes sur le visage, entre bondage et composition florale. Peu à peu, ils s’affranchissent de leurs liens et font jaillir une danse exaltée. Une performance sensuelle qui fait l’éloge du collectif. • B. M. > du 19 au 22 janvier au Théâtre national de la danse de Chaillot (1 h)

> le 28 janvier au Bataclan

----> DALIA Pensé par un ancien de la tech, Benjamin Cohen, cuisiné par une cheffe israélienne, Or Bitan (ex Miznon), dessiné par le studio Mur.Mur, Dalia coche toutes les bonnes cases d’une cantine moyenne orientale haute en saveurs. Parfait carpaccio d’aubergines, sublime labné fumé à la sauge, généreuse épaule d’agneau de sept heures (pour six). Carte : entre 30 et 40 €. • S. M.

SPECTACLES ----> 3 WORKS FOR 12

D’ALBAN RICHARD Les chorégraphies d’Alban Richard révèlent une écriture ciselée qui explore les liens subtils entre musique et danse. Après Igor Stravinsky et Arnaud Rebotini, le chorégraphe s’attaque, dans 3 Works for 12, à trois compositeurs expérimentaux des années 1970 : Brian Eno, Louis Andriessen et David Tudor. Sur le plateau, douze interprètes naviguent à travers trois pièces musicales de ces compositeurs : « Fullness of Wind », à l’atmosphère brumeuse, « Hoketus », au rythme martelé, et « Pulsers », aux bizarreries électriques. Soit

> du 15 au 17 décembre à l’Atelier de Paris – CDCN (1 h)

----> ROMÉO ET JULIETTE DE BENJAMIN MILLEPIED  Le chorégraphe star Benjamin Millepied revisite le célèbre ballet Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev dans une pièce hybride, entre spectacle vivant et film de danse. Par une transposition dans le Los Angeles contemporain, on découvre sous un nouveau jour la célèbre histoire d’amour tragique. • B. M. > du 13 au 22 janvier à La Seine musicale (Boulogne-Billancourt) (1 h 30)

> jusqu’au 20 mars au Palais de Tokyo

----> NOVA_XX

PANTOPIE ET MÉTASTABILITÉ Dans le cadre de la biennale NOVA_XX, le Centre Wallonie-Bruxelles propose une exposition collective « dédiée à l’intrication technologique, scientifique et artistique, à l’aune du féminin et du non-binaire et à l’ère du 4.0 ». Elle regroupe les passionarias du cyber-féminisme et de l’art vidéo 3D : Cindy Coutant, Anouk Kruithof, Sabrina Ratté, Marion Balac… • J. B.

----> LITTLE SIMZ Queen Simz, oui, tant son quatrième opus, Sometimes I Might Be Introvert, est magistral. Entre péplum orchestral, grime tripante, afrobeat luxuriant et culture pop, l’audacieuse rappeuse britannique au flow pugnace transforme sa quête intérieure en morceau(x) de bravoure. Sur disque comme sur scène. Ovation. • E. Z.

----> THE DANCING PUBLIC DE METTE INGVARTSEN Inspirée par les épisodes de folie dansante qui se sont produits en diverses partie de l’Europe au Moyen Âge, la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen investit dans The Dancing Public des gestes qui font désordre. Sur scène, elle déploie une danse hystérique et forcenée, jusqu’à n’en plus pouvoir. • B. M.

Césaire, de Jean Genet ou de Louis Aragon. Redécouverte par une nouvelle génération d’artistes, elle rayonne toujours de son éclat révolutionnaire, elle qui rêvait d’un monde panafricain libéré du joug colonial et de l’oppression patriarcale. • JULIEN BÉCOURT

> jusqu’au 13 février au Centre Wallonie-Bruxelles

> 14, rue Crespin-du-Gast, Paris XIe

94

> du 12 au 15 janvier au Théâtre national de la danse de Chaillot (1 h 10)

> 6, rue Bailleul, Paris Ier

> 93, rue Montmartre, Paris IIe

Gagnez des places en suivant TROISCOULEURS sur Facebook et Instagram

autant d’expérimentations gestuelles, tantôt éthérées, tantôt tumultueuses, mais aussi de manières d’investir le plateau. Grâce à leur précision, les danseurs et danseuses nous font entendre les variations de chaque composition, s’amusant avec les rythmes et les textures. Une jolie façon de nous inviter à écouter la danse. • BELINDA MATHIEU

Sabrina Ratté, Jump Cut, 2021

----> LES FLAMMES L’ÂGE DE LA CÉRAMIQUE Revenue en force dans l’art contemporain, la céramique revêt une place prépondérante dans l’avènement de la modernité. Technique datant du néolithique, associée à tort aux seuls arts décoratifs, elle a pourtant traversé tous les courants d’avant-garde. Du fonctionnel au sculptural, l’exposition en propose une relecture à travers plus de trois cent cinquante œuvres. • J. B. > jusqu’au 6 février au musée d’art moderne de la Ville de Paris

----> ODEZENNE

Quinze ans que le trio bordelais fait pousser en ovni joueur sa variété electro-rap désenchantée – synthés fous, poésie vertigineuse, amours cabossées – pour prendre toute la mesure (le sel) de la vie. Il fait toujours mouche aussi, et son dernier album, 1 200 mètres en tout, promet des retrouvailles passionnées. • E. Z. > le 11 février au Zénith

EXPOS ----> SARAH MALDOROR

CINÉMA TRICONTINENTAL Exploration poétique autant qu’outil politique destiné à « transformer les consciences », la filmographie de Sarah Maldoror (1929-2020) occupe une place à part dans l’histoire du cinéma. Née d’une mère gersoise et d’un père guadeloupéen, cette femme de combat – jusqu’à son nom d’emprunt, dérobé à Lautréamont – superpose dans ses documentaires des strates temporelles et géographiques pour former des films-poèmes soulignant l’absurdité des théories racialistes. Caméra au poing, braquée sur une beauté transcontinentale, elle s’engagera avec fougue dans les luttes pour l’indépendance – de l’Angola à Haïti, de l’Algérie au Congo – aux côtés d’Aimé

no 185 – hiver 2021-2022

Takuro Kuwata, Bowl, 2014

----> BRUNO SERRALONGUE POUR LA VIE À travers des portraits de communautés en lutte et d’individus en porte-à-faux avec la société, les photographies du Français Bruno Serralongue nous incitent à réinterpréter la réalité qui nous entoure, tout en questionnant la notion d’objectivité et le pouvoir informatif de l’image. Une vision « en coulisses » de combats collectifs, arrachée à la récupération des médias. • J. B. > du 27 janvier au 24 avril au Frac Île-de-France – Le Plateau © Paul Stefanaggi ; The Good Place ; Agathe Poupeney ; Marie Monteiro ; Josh Rose ; Alex Joseph ; D. R. ; Sabrina Ratté ; Takuro Kuwata et Pierre Marie Giraud, Bruxelles, Belgique. Photo : Tadayuri Minamoto


Berthe Morisot, Julie rêveuse, 1894, Huile sur toile, 65 x 54 cm, Collection particulière © Christian Baraja SLB


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UNE SÉRIE Ý

ÇA SENT LE SAPIN

DÈS LE 16 DÉCEMBRE SEULEMENT SUR