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SEPT. 2017 NO 1 54 GRATUIT

GOOD TIME

LES FRÈRES SAFDIE SUR LE GRIL


ÉDITO À

l’heure de remettre les compteurs à zéro pour mieux démarrer l’année pied au plancher, on dissèque, avec leurs auteurs, deux films qui manipulent savamment le temps. Good Time, la pilule hallucinogène de Josh et Benny Safdie, joue de sa contraction et de sa dilatation au gré d’une nuit fiévreuse durant laquelle un voyou cherche toutes les combines pour faire libérer son frère de détention provisoire après l’avoir entraîné dans un braquage. Accélérations haletantes lors de courses-poursuites avec les autorités, suspensions cotonneuses dans des moments de répits qui crépitent tout de même d’anxiété : les frères cinéastes étourdissent littéralement par leur maîtrise du rythme. Avec son faux biopic hanté, Barbara, le futé Mathieu Amalric a choisi, lui, d’intriquer les temporalités pour construire un hommage millefeuille à la Dame en noir, en même temps qu’à son ex, Jeanne Balibar, qui campe justement une actrice incarnant la chanteuse dans un biopic – vous suivez ? Dans une scène virtuose, passé et présent s’entrelacent quand alternent, sans que l’on s’en aperçoive d’emblée, images d’archive de la chanteuse en répétition et plans de Balibar qui l’imite. Soit deux grands films d’illusionnistes pour suspendre encore le temps avant de se laisser rattraper par la réalité de la rentrée. • TIMÉ ZOPPÉ


POPCORN

P. 8 RÈGLE DE TROIS : LOUIS GARREL • P. 10 SCÈNE CULTE : TITICUT FOLLIES • P. 16 LES NOUVELLES : LILA PINELL ET CHLOÉ MAHIEU

BOBINES

P. 24 ENTRETIEN DU MOIS : MATHIEU AMALRIC • P. 28 EN COUVERTURE : GOOD TIME • P. 48 PORTFOLIO : CLÉMENT COGITORE

ZOOM ZOOM P. 58 JEANNETTE. L’ENFANCE DE JEANNE D’ARC

P. 62 LE REDOUTABLE • P. 64 FAUTE D’AMOUR

COUL’ KIDS

P. 80 LA CRITIQUE D’ÉLISE : JEAN DE FLORETTE • P. 82 L’INTERVIEW D’ANTOINE : L’ACTEUR SACHA PINAULT • P. 84 TOUT DOUX LISTE

OFF

P. 88 RENTRÉE LITTÉRAIRE • P. 92 EXPOS : DAVID HOCKNEY P. 104 SONS : GIRLS IN HAWAII

ÉDITEUR MK2 AGENCY — 55, RUE TRAVERSIÈRE, PARIS XIIE — TÉL. 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : ELISHA.KARMITZ@MK2.COM | RÉDACTRICE EN CHEF : JULIETTE.REITZER@MK2.COM RÉDACTEURS : QUENTIN.GROSSET@MK2.COM, JOSEPHINE.LEROY@MK2.COM, TIME.ZOPPE@MK2.COM DIRECTION ARTISTIQUE : KELH (CONTACT@KELH.FR) | GRAPHISTE : JÉRÉMIE LEROY | SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : VINCENT TARRIÈRE STAGIAIRES : ANNABELLE CHAUVET, EDGAR MERMET | ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : CHRIS BENEY, HENDY BICAISE, LOUIS BLANCHOT, LILY BLOOM, RENAN CROS, ADRIEN DÉNOUETTE, JULIEN DUPUY, MARIE FANTOZZI, YANN FRANÇOIS, AÏNHOA JEAN-CALMETTES, RAMSÈS KEFI, VLADIMIR LECOINTRE, GRÉGORY LEDERGUE, STÉPHANE MÉJANÈS, JÉRÔME MOMCILOVIC, MEHDI OMAÏS, WILFRIED PARIS, MICHAËL PATIN, BERNARD QUIRINY, CÉCILE ROSEVAIGUE, ÉRIC VERNAY, ANNE-LOU VICENTE, ETAÏNN ZWER & ÉLISE ET ANTOINE PHOTOGRAPHES : GUILLAUME BELVÈZE, ROMAIN GUITTET | ILLUSTRATEURS : PABLO COTS, SAMUEL ECKERT, PABLO GRAND MOURCEL, MARCEL SINGE, PIERRE THYS, LINDA MERAD | PUBLICITÉ | DIRECTRICE COMMERCIALE : EMMANUELLE.FORTUNATO@MK2.COM RESPONSABLE DE LA RÉGIE PUBLICITAIRE : STEPHANIE.LAROQUE@MK2.COM | CHEF DE PROJET CINÉMA ET MARQUES : CAROLINE.DESROCHES@MK2.COM | RESPONSABLE CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : ESTELLE.SAVARIAUX@MK2.COM CHEF DE PROJET CULTURE, MÉDIAS ET PARTENARIATS : FLORENT.OTT@MK2.COM TROISCOULEURS EST DISTRIBUÉ DANS LE RÉSEAU LE CRIEUR   CONTACT@LECRIEURPARIS.COM   © 2017 TROISCOULEURS — ISSN 1633-2083 / DÉPÔT LÉGAL QUATRIÈME TRIMESTRE 2006 — TOUTE REPRODUCTION, MÊME PARTIELLE, DE TEXTES, PHOTOS ET ILLUSTRATIONS PUBLIÉS PAR MK2 AGENCY EST INTERDITE SANS L’ACCORD DE L’AUTEUR ET DE L’ÉDITEUR. — MAGAZINE GRATUIT. NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE.


INFOS GRAPHIQUES

VIS MA VIE

Ce

mois-ci, c’est un couple adultère qui en fait l’expérience dans L’un dans l’autre. Après une nuit torride, les amants constatent au réveil qu’ils ont échangé leur corps… Un sort, une potion ou la foudre qui se déchaîne, il n’en faut généralement pas plus pour provoquer un body swap au cinéma, immanquablement suivi d’une ribambelle de quiproquos. • HENDY BICAISE

VICE VERSA

DATING THE ENEMY

(Brian Gilbert, 1988)

Un père constamment en voyages d’affaires

(Megan Simpson Huberman, 1996)

Une scientifique chevronnée

Son fils qui aimerait le voir plus souvent

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : une nuit de pleine lune

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : un crâne magique volé en Thaïlande

VOLTE/FACE

XCHANGE

(John Woo, 1997)

(Allan Moyle, 2001)

Un agent du F.B.I. paranoïaque

Un riche businessman

L’assassin de son fils

Un terroriste ironiquement nommé Fisk

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : le piratage d’une technologie de transport futuriste

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : Une opération chirurgicale de greffe de visage

FREAKY FRIDAY

ÉCHANGE STANDARD

DANS LA PEAU DE MA MÈRE

(David Dobkin, 2011)

(Mark Waters, 2003)

Une ado rebelle et rockeuse

Son petit ami, qu’elle ne supporte plus

Un homme marié et responsable

Sa mère, autrement plus studieuse

Son meilleur pote, dragueur immature

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : pipis synchronisés dans une fontaine

ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : les fortune cookies d’un restaurant chinois

ÉMOPITCH ÇA D’ANDRÉS MUSCHIETTI (SORTIE LE 20 SEPTEMBRE, LIRE P. 38 ET 76) 6


Le film évènement. LIBÉRATION

LES FILMS DE PIERRE PRÉSENTE

Un véritable choc.

Une bombe. LE PARISIEN

LES INROCKS

Un chef -d’œuvre.

Un choc. Un coup au cœur. TRANSFUGE

LE MONDE

TÉLÉRAMA

Une bouleversante histoire d’amour. LE JDD

Il faut voir ce film.

Une claque. L’HUMANITÉ

FEMME ACTUELLE

Un très grand film. MARIANNE

Une œuvre majeure. L’OBS

120 battements pa r m i n u t e UN FILM DE

AVEC

ROBIN CAMPILLO

NAHUEL PÉREZ BISCAYART ARNAUD VALOIS ADÈLE HAENEL ANTOINE REINARTZ

ACTUELLEMENT


RÈGLE DE TROIS

LOUIS GARREL Décris-toi en trois personnages de fiction. Le projectionniste joué par Buster Keaton dans son film Sherlock Junior, parce que sa maladresse est son meilleur atout. Boris Yellnikoff [joué par Larry David, ndlr] dans Whatever Works de Woody Allen, car il exprime son angoisse sans aucune pudeur. Et Christian dans Cyrano de Bergerac, car comme moi il s’exprime avec les mots des autres. Tes trois films de Godard préférés ? Masculin féminin. La première fois que je l’ai vu, j’avais 14 ans, et ce qui m’avait plu c’était surtout le récit intime entre les différents personnages. Je l’ai revu il n’y a pas très longtemps et cette fois ce qui m’a marqué, c’est non seulement sa modernité narrative, mais surtout le fait que c’est un véritable documentaire sur la France d’avant Mai 68. Vivre sa vie. Je trouve qu’à travers cette histoire tragique, Godard fait un portrait très émouvant d’Anna Karina, alors son

épouse. Prénom Carmen. Il s’empare d’un classique de l’opéra, Carmen, avec une grande virtuosité et parvient à le fondre dans son cinéma. Trois leçons de vie que tu as apprises au cinéma ? Coupe le fil rouge, pas le bleu – dans L’Arme fatale 3. Si tu te casses une jambe, achète des jumelles – dans Fenêtre sur cour. Si tu es accroché à une gouttière, ne regarde pas dans le vide – dans Sueurs froides.   Trois films qui ont fait ton éducation sentimentale ? D’abord, Le Départ de Jerzy Skolimowski. C’est l’histoire d’un jeune homme [joué par Jean-Pierre Léaud, ndlr] qui vole des pièces de voiture pour pouvoir participer à un rallye et rencontre une jeune fille [incarnée par Catherine-Isabelle Duport, ndlr]. Ce mélange un peu adolescent entre l’amour et la contrebande me parlait beaucoup. Puis, Le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci. Le rapport entre Paul [Marlon Brando, ndlr]

— : « Le Redoutable » de Michel Hazanavicius StudioCanal (1 h 42), sortie le 13 septembre

— 8

© PHILIPPE QUAISSE / PASCO

En 2011, Louis Garrel avait réalisé un court métrage intitulé La Règle de trois. Il était donc le candidat idéal pour notre rubrique. Impayable en Jean-Luc Godard dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius, l’acteur répond à notre questionnaire cinéphile. et Jeanne [Maria Schneider, ndlr] m’a toujours fasciné : il est sensuellement unique et hors du monde. Enfin, Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin, que j’aime beaucoup pour sa manière de partir de situations assez banales pour aboutir à un récit quasiment mythique et très romanesque.   Trois personnages dont tu pourrais tomber amoureux ? Sarah [campée par Gena Rowlands, ndlr] dans Love Streams de John Cassavetes, pour son charisme et sa fragilité. La reine dans Blanche-Neige et les Sept Nains, parce que, des fois, il y a des gens méchants et tu tombes amoureux d’eux, tu ne sais pas pourquoi. Puis Esther [Lou Roy-Lecollinet, ndlr] dans Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin : tous les garçons rêveraient de recevoir des lettres comme celles qu’elle écrit.   • PROPOS RECUEILLIS PAR QUENTIN GROSSET


LE BRAS CASSÉ

LA LARME FATALE

Chaque mois, les aventures d’un bras cassé du ciné. Dans le salon, ton grand-père te regarde sans trop savoir quoi dire. Tu as beau avoir pensé à des trucs hors sujet pour congeler tes émotions (un billet de 50 francs, Jean-François Copé, un mandrill…), pour la première fois de ta vie, à plus de trente balais, tu as lâché une goutte devant un film. Au milieu du long métrage diffusé par le câble, le héros s’est allongé sur le ventre devant la tombe de sa maman, morte en mer du scorbut. Paf : une boule a taquiné le fond de ta gorge, et un peu d’eau salée s’est mise à couler sur ta joue. Jadis, tu te moquais allègrement de ceux qui craquaient devant des séquences touchantes. Là, tu as envie de taguer « Je t’aime Maman » (en rose) sur la porte de son frigo et de faire un tour de manège sur une licorne. Au moment de t’essuyer les mirettes, tous les visages de ceux que tu raillais pour leur sensibilité ont défilé, dont celui de

ton ex, avec laquelle tu t’étais disputé sur le parking d’un cinéma. — Je rêve ou tu me reproches de pleurer ? Ce qui est arrivé à ce gamin est horrible. Il a perdu ses deux parents dans ce bus… — Et alors ? Moi j’ai bien été radié du Pôle emploi. Je ne t’ai pas vu miauler comme ça… Tu veux juste te donner un style, point barre. Allongé sur le canapé, ton grand-père a commencé à se gratter la barbe. — Tes yeux prennent la forme d’une moufle quand tu pleures. — J’ai la conjonctivite, rien à voir avec le… — Allez, ferme-la et viens là. Dans les séries américaines, ce « viens là » annonce le câlin – le petit-fils vient s’écraser dans le gilet en laine du vieux. L’espace d’une demi-seconde, tu t’y es cru. Mais non. — Il reste encore des noix de cajou ou pas ? Va m’en chercher. • RAMSÈS KEFI — ILLUSTRATION : PIERRE THYSS


SCÈNE CULTE

« Allez, ne soyez pas timides ! Reculez-vous, les gars ! Il va le mettre dans le mille. » © D. R.

POPCORN

TITICUT FOLLIES

En

1966, Frederick Wiseman obtient l’autorisation de tourner son premier documentaire entre les murs de l’unité carcérale psychiatrique de Bridgewater, dans le Massachusetts. Un an plus tard, le film est interdit avant même sa sortie – il restera invisible au public américain jusqu’en 1991. Depuis, le contexte a changé, tant dans le champ de la psychiatrie que dans celui de la censure, mais l’ébahissement provoqué par ce sommet du cinéma-vérité, de nouveau visible sur nos écrans, reste intact. Au-delà des questionnements éthiques – comment Wiseman a-t-il pu tourner en toute liberté de telles séquences de sévices physiques et psychiques ? –, c’est la puissance du dispositif et du montage (tout sauf neutre, malgré l’absence de voix off) qui font de Titicut Follies une œuvre universelle. Dans cette suite de séquences choc surnagent des moments de flottement surréalistes qui signent la charge symbolique du film. Comme lorsqu’une infirmière harangue les patients pour les convaincre de participer à un jeu dont on

ignore d’abord l’objectif. « Montrez ce que vous savez faire… Allez, ne soyez pas timides ! Reculez-vous, les gars ! Il va le mettre dans le mille. » Caméra à l’épaule, Wiseman filme en parallèle le visage exalté de cette femme et la confusion des participants, dont on comprend peu à peu qu’ils doivent marcher vers une cible, les yeux fermés, pour tenter d’en toucher le centre. En quelques plans mobiles, faisant usage du zoom comme d’un bistouri des consciences, se déploie une métaphore définitive de l’aliénation. Parce qu’elle assigne des tâches absurdes à ses sujets pour les « aider », l’institution parvient ici au résultat inverse : un déni d’humanité, d’autant plus insoutenable qu’il s’appuie sur un prétexte ludique. La folie de la norme surpasse celle des hommes. Pire, elle la devance et la perpétue. • MICHAËL PATIN

— : « Titicut Follies » de Frederick Wiseman

ressortie en version restaurée le 13 septembre (Météore Films)

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NON-STOP PRODUCTION et WHY NOT PRODUCTIONS présentent

après ELENA et LEVIATHAN

Bouleversant

LE MONDE

Un choc

POSITIF

Saisissant

TÉLÉRAMA

UN FILM DE

ANDREÏ ZVIAGUINTSEV

AU CINÉMA LE 20 SEPTEMBRE MARIANNA SPIVAK MARINA VASSILIEVA

ANDRIS KEISS

ALEXEÏ ROZINE ALEXEÏ FATEEV

MATVEÏ NOVIKOV

SERGUEÏ BORISSOV

NATALIA POTAPOVA

p r o d u c t e u r e x é c u t i f E K AT E R I N A M A R A K O U L I N A m o n t a g e A N N A M A S S m u s i q u e E V G U E N I G A L P E R I N E c o s t u m e s A N N A B A R T O U L I s o n A N D R E Ï D E R G AT C H E V d é c o r s A N D R E Ï P O N K R AT O V m a q u i l l a g e G A L I A P O N O M A R E V A s c é n a r i o O L E G N E G U I N E , A N D R E Ï Z V I A G U I N T S E V i m a g e M I K H A Ï L K R I T C H M A N p r o d u c t e u r s a s s o c i é s V I N C E N T M A R A V A L , P A S C A L C A U C H E T E U X , G R É G O I R E S O R L AT c o - p r o d u c t e u r G L E B F E T I S S O V produit par ALEXANDRE RODNIANSKI, SERGUEÏ MELKOUMOV réalisation ANDREÏ ZVIAGUINTSEV


C’EST ARRIVÉ DEMAIN

POPCORN

2023

L’ANNÉE OÙ UN FILM FRANÇAIS ENREGISTRA 36 MILLIONS D’ENTRÉES

En

parmi tous ceux à l’affiche. Chaque séance devenait une découverte potentielle, heureuse ou non, l’important étant que les effets de la publicité intensive étaient annulés puisque tous les films avaient la même probabilité d’être vus. Autre avantage : plus vous alliez au cinéma, plus vous augmentiez vos chances de voir, enfin, l’œuvre dont vous aviez fait votre priorité. La fréquentation augmenta de manière exponentielle… jusqu’au plantage des serveurs centralisés du 14 juillet 2023, qui entraîna la projection du même film français dans toutes les salles, à toutes les séances, tous les jours. Le temps de réparer, deux mois s’étaient écoulés, et l’œuvre en question comptait 36 millions d’entrées, devenant le plus gros succès de tous les temps dans l’Hexagone.  • CHRIS BENEY — ILLUSTRATION : PIERRE THYSS

direct de l’avenir, retour sur un succès inattendu et unique. L’écart était trop grand entre productions américaines et françaises. Grâce à leurs moyens colossaux, les premières monopolisaient les réseaux sociaux, puis les écrans. Afin de préserver l’exception culturelle, mission fut donnée aux propriétaires de salles de faire respecter un principe d’égalité entre les films. L’affaire étant sérieuse, elle fut désignée grande cause nationale. Les exploitants pensèrent qu’il suffirait d’ajouter à l’entrée de leur établissement un drapeau tricolore et un frontispice portant haut la maxime de la république. Ils se trompaient. Une nouvelle loi entra en vigueur : le spectateur n’achetait plus sa place pour voir un film précis, mais pour une salle, dans laquelle était projeté un long métrage désigné par le hasard,

REWIND

SEPT. 1997 Sortie française de Hustler White, une fiction porno romantique et détraquée de Bruce LaBruce et Rick Castro. Pour le rôle principal, les cinéastes castent un vrai gigolo, Monti. Juste avant le tournage, celui-ci chipe la guitare d’un technicien, vole une voiture, met enceinte une fille et se marie avec une autre, avant de disparaître. Finalement, LaBruce et Castro se disent que, les acteurs pros, c’est pas mal, et engagent Tony Ward, ex-boyfriend de Madonna, dont le personnage s’appelle quand même Monti dans le film. Un hommage. • Q. G.

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LE FILM-TRACT FILM-TRACT

UNE SUITE QUI DÉRANGE Dix ans après l’oscarisé Une vérité qui dérange, qui le suivait déjà dans sa croisade contre le réchauffement climatique, l’ex-vice-président américain Al Gore enfonce le clou en insistant sur les solutions, à mettre en place d’urgence.

LE PROGRAMME EN TROIS POINTS    : NE PAS FLANCHER

VISER GRAND

RESTER OPTIMISTE

À 69 ans, Al Gore continue d’arpenter le monde pour éduquer un maximum de gens sur le réchauffement en multipliant conférences et interviews. Il n’hésite pas non plus à se rendre dans certaines villes inondées ou sur la banquise arctique pour constater les dégâts.

À l’inverse du climatosceptique Donald Trump, centré sur le peuple américain, Al Gore insiste sur la dimension planétaire de la catastrophe. Il explique, par exemple, que plusieurs années de sécheresse en Syrie ont provoqué un exode rural qui a contribué à l’embrasement du conflit syrien.

Si, ces dernières années, les bouleversements climatiques se sont intensifiés, certaines solutions de remplacement des énergies polluantes se sont aussi perfectionnées. Al Gore ne se démonte pas et essaye de convaincre les pays les plus pollueurs de se mettre à l’énergie solaire.

TAUX D’ADHÉSION

90 %

La vie et l’œuvre d’Al Gore prenant une place cer taine dans le documentaire, on frôle parfois l’hagiographie. Mais le caractère urgentissime de la situation qu’il dénonce a vite fait de revenir au cœur du propos. Face aux images choc de catastrophes climatiques, aux chiffres aberrants et à la simplicité de mise en place des solutions proposées, on se demande vraiment qui peut rester sceptique. • TIMÉ ZOPPÉ

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— : de Bonni Cohen et Jon Shenk Paramount Pictures (1 h 40) Sortie le 27 septembre


ISABELLE HUPPERT FANTINE HARDUIN

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

MATHIEU KASSOVITZ

FRANZ LAURA ROGOWSKI VERLINDEN

TOBY JONES

ET

HAPPY END UN FILM DE

MICHAEL HANEKE

LES FILMS DU LOSANGE, X FILME CREATIVE POOL, WEGA FILM présentent Scénario et dialogues de MICHAEL HANEKE Directeur de la Photographie CHRISTIAN BERGER Décors OLIVIER RADOT Costumes CATHERINE LETERRIER Son GUILLAUME SCIAMA JEAN-PIERRE LAFORCE DENISE GERRARD Montage MONIKA WILLI Une coproduction franco-germano-autrichienne Produit par MARGARET MENEGOZ, LES FILMS DU LOSANGE, STEFAN ARNDT, X FILME CREATIVE POOL, VEIT HEIDUSCHKA, MICHAEL KATZ WEGA FILM Producteur exécutif MARGARET MENEGOZ En coproduction avec ARTE FRANCE CINEMA, FRANCE 3 CINEMA, WESTDEUTSCHER RUNDFUNK, BAYERISCHER RUNDFUNK, ARTE Avec la participation de ARTE FRANCE, FRANCE TELEVISIONS, CANAL +, CINE+ , ORF FILM/FERNSEH-ABKOMMEN, Avec le soutien de CINEMA SRL, CENTRE NATIONAL DU CINEMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE, PICTANOVO Avec le soutien de la RÉGION HAUTS DE FRANCE, FILMFÖRDERUNGSANSTALT, CNC/FFA MINITRAITE, ÖSTERREICHISCHES FILMINSTITUT, FILMFONDS WIEN, EURIMAGES, CRÉATIVE EUROPE MEDIA Distribution France et Ventes Internationales LES FILMS DU LOSANGE © 2017 LES FILMS DU LOSANGE - X FILME CREATIVE POOL ENTERTAINMENT GMBH – WEGA FILM - ARTE FRANCE CINEMA - FRANCE 3 CINEMA - WESTDEUTSCHER RUNDFUNK - BAYERISCHER RUNDFUNK – ARTE - ORF

LE 4 OCTOBRE


LES NOUVELLES

POPCORN

LILA PINELL ET CHLOÉ MAHIEU

— : « Kiss & Cry » de Lila Pinell et Chloé Mahieu UFO (1 h 18) Sortie le 20 septembre

La

complicité des deux trentenaires saute aux yeux. Leurs phrases se complètent avec humour, comme deux copines d’enfance. Pourtant, Lila Pinell et Chloé Mahieu ne se connaissent que depuis 2009. Chloé se sentait alors frustrée par les reportages télévisés, trop formatés à son goût, qu’elle réalisait. « J’avais envie d’une autre forme d’écriture. » Ça tombe bien, Lila, qu’un ami commun lui présente, vient du documentaire. Leur entente est « immédiate », précise cette dernière. Presque épiphanique – elles se retrouvent une semaine plus tard à la messe, pour les repérages d’un premier documentaire sur les catholiques intégristes. Le tandem aime à s’immiscer dans des milieux ultra codifiés, pour y filmer des rebelles en quête d’émancipation, à l’instar de la jeune patineuse artistique de Kiss & Cry, leur premier long de fiction (lire p. 70). « On donnait aux filles des situations, mais tout est improvisé, confie Chloé. On recherchait dans la fiction ce qui nous excite dans le documentaire : l’inattendu. » • ÉRIC VERNAY — PHOTOGRAPHIE : ROMAIN GUITTET 16


L’ILLUMINÉE

POPCORN

PORCO ROSSO VU PAR MARCEL SINGE

Après

avoir étudié le graphisme à Olivier-de-Serres, Marcel Singe affine sa pratique de l’illustration – aplats de couleurs franches, précision du trait – en collaborant avec des publications telles que M. Le magazine du Monde. Il a répondu à notre carte blanche avec cette réinterprétation de Porco Rosso. « Comme dans tous ses films, Hayao Miyazaki crée un univers dont on a envie de faire partie. À chaque fois, je suis comme un gamin devant les scènes de batailles aériennes. » • J. R. (INSTAGRAM: @MARCELSINGE) 18


LE TEST PSYNÉPHILE

QUEL(LE) TROUILLARD(E) ES-TU  ?

Ta phobie cachée et honteuse ?

POPCORN

Tu es coulrophobe – ce n’est pas la phobie du cool.

Plus rien ne t’étonne, tu vis à Hollywood. Quel conseil ta mère te donnait-elle ?

Tu es transphobe – je vais te donner une fessée.

« N’ouvre jamais à un étranger ! » (Même si c’est Michelle Pfeiffer.)

Tu es « MichellePfeifferophobe » – tu es vraiment chelou(e), toi.

« Ne touche pas à mes sous-vêtements ! »

Dans quel monde vis-tu ?

« Arrête de faire le clown ! » Quel titre de film te correspond le mieux ?

Le demi-monde.

The Wrestler of Palavas-les-Flots.

L’autre monde.

L’homme qui aimait trop les churros.

Le bout du monde. « Ils flottent, Georgie. En bas, nous flottons tous. Viens flotter avec nous. »

Mama. (Attention, il y a un piège !) Face au danger… Tu désertes fissa et tu te planques.

Tu viens d’avoir tous les poils qui se hérissent, tu sais de quoi je parle.

Tu plonges la tête la première. Tu hyperventiles.

Tu ne comprends pas, ton nom c’est Suzanne, enfin… Paul.

SI TU AS UNE MAJORITÉ DE : TU ES UN(E) TROUILLARD(E) MYTHIQUE. Si tu souhaites fuir avec panache les tracas de la rentrée, je te conseille de venir te réfugier dans une salle de cinéma pour voir le dernier film d’André Téchiné (sortie le 13 septembre). Éblouissant, Nos années folles est une histoire d’amour fou entre Louise (Céline Sallette) et Paul Grappe, un homme qui fuit la Grande Guerre en se travestissant (Pierre Deladonchamps).

TU-TU-TU-TU-TU ES-ES-ES UN(E) TROUILLARD(E) DES ANNÉES 1990. Depuis le soir où tu as découvert Ça. « Il » est revenu à la télé, tu n’as plus jamais pu regarder un clown ou un ballon sans ressentir d’effroi. Alors, en voyant la bande annonce de Ça, version 2017, réalisé par Andrés Muschietti (sortie le 20 septembre), tu as fait comme Mike dans le téléfilm original. Tu as téléphoné à tes vieux copains : il faut aller voir en bas…

TU ES UN(E) TROUILLARD(E) DIPLÔMÉE DE HARVARD. Tu adores avoir peur, avoir peur d’avoir peur et expliquer pourquoi tu as eu peur d’avoir peur, et, pire encore, tu adores avoir peur d’avoir eu peur d’expliquer pourquoi tu avais eu peur d’avoir peur. Bref, tu aimes le cinéma super-génial qui fait pschitt de Darren Aronofsky. Mother ! (sortie le 13 septembre) va t’en mettre plein la vue. Enfin, je crois, je crois que je crois, je crois que…

• LILY BLOOM — ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL 20


PHOTOS: © PHILIPPE AUBRY – LES COMPAGNONS DU CINÉMA. © LES COMPAGNONS DU CINÉMA – LA CLASSE AMÉRICAINE – STUDIOCANAL – FRANCE 3.

LES COMPAGNONS DU CINÉMA, LA CLASSE AMÉRICAINE ET STUDIOCANAL PRÉSENTENT

BÉRÉNICE BEJO MICHA LESCOT GREGORY GADEBOIS LE 13 SEPTEMBRE


TRONCHES ET TRANCHES DE CINÉMA


BOBINES

MATHIEU AMALRIC

ESPRIT, ES-TU LÀ  ?

Il y a, dans les yeux de Mathieu Amalric, une lueur étrange. Le regard toujours grand ouvert, comme s’il scrutait quelque chose d’invisible et de précieux, l’acteur-réalisateur évoque avec nous le mystère de son Barbara, sublime film gigogne où se mêlent le fantôme de son histoire d’amour avec Jeanne Balibar et le spectre de la Dame en noir. Un biopic réinventé par l’intime, sur lequel flotte un doux parfum de fantastique. Entretien spiritisme avec le cinéaste. 24


Barbara n’est pas tout à fait un biopic… Je ne sais pas faire un biopic. Ce n’est pas mon cinéma. Je crois que j’ai tout de suite compris que, si Barbara était mon sujet, c’était son essence qui m’intéressait, sa présence, son aura, plus que le déroulé de sa vie. Au départ, ce n’était pas mon projet. Ce sont deux amoureux de Barbara, le cinéaste Pierre Léon et son scénariste, Renaud Legrand, qui ont fantasmé ce film pendant huit ans. Ils n’y arrivaient pas. Jeanne Balibar était déjà investie dans le projet. Un soir, à dîner, peut-être parce qu’ils connaissaient mon histoire avec Jeanne, ils m’ont dit : « Tu ne veux pas essayer, toi ? » Contrairement à eux, je n’avais pas ce rapport fétichiste et hyper sensible à Barbara. Je ne l’ai jamais vue sur scène, je n’écoutais pas ses chansons. Mais je réentendais sa voix dans mes souvenirs d’enfance, quand mes parents l’écoutaient sur des cassettes. J’avais des sensations de berceuse, cette chaloupe qui vous attrape, inimitable. Et, justement, c’est inimitable, alors pourquoi vouloir en faire un film ? C’est ça qui m’a plu. Le cinéma, c’est fait pour jouer, pour « essayer des trucs », comme disait Alain Resnais. J’ai beaucoup pensé à lui. Son fantôme m’a donné du courage… Vous utilisez le dispositif du film dans le film : Jeanne Balibar joue une actrice à qui on confie le rôle de Barbara. Pourquoi ? Tout est parti de Jeanne. Sans elle, je n’aurais pas voulu filmer. Au siècle dernier, nous avons fait beaucoup de films ensemble. Dix-sept ans depuis Le Stade de Wimbledon [qu’il a réalisé en 2001, ndlr]… Nous avions une histoire, quelque chose en commun, qui pouvait refaire surface. Je crois vraiment que c’est ce lien très intime avec cette femme que j’ai aimée qui m’a viscéralement donné envie de faire ce projet. Mais, au début, on a failli tout laisser tomber. Je ne voyais pas l’intérêt de filmer Jeanne en train de mimer Barbara et de faire semblant de chanter. Ce n’était pas un terrain de jeu suffisamment escarpé pour elle. Pas assez amusant. Alors, comme quand je bute sur quelque chose, je me suis mis à compenser par le travail. J’ai tout compulsé sur Barbara, comme un historien fou. J’ai tout lu, tout fouillé, pour tout connaître jusqu’au moindre détail de cette femme. Petit à petit, l’idée du masque, de cette silhouette façon Nosferatu, de cette femme qui « faisait peur aux enfants », comme elle disait, a émergé. Il ne fallait pas essayer d’être, mais faire comme elle : jouer à être Barbara, enfiler le

costume de clown noir. Jeanne allait jouer Brigitte, son double, à qui on confiait le rôle de Barbara. Moi, je pouvais être le double du réalisateur. Quelque chose d’à la fois ludique et inquiétant est apparu. En mêlant le passé et le présent, le film dans le film et son tournage, l’actrice et son modèle, et des images d’archives de la chanteuse, le film brouille tous les repères jusqu’à frôler la limite du fantastique. La limite… C’est exactement ça. J’aime filmer les frontières. Il y a quelque chose d’invisible qui fait palpiter le cinéma. J’ai beaucoup pensé au travail de Jacques Tourneur qui, comme dans La Féline [1942, ndlr], savait mieux que personne filmer la présence de ce qu’on ne voit pas. Jeanne appelle à vous sortir de votre coquille. Dès qu’on la filme, c’est une autre réalité. Elle vous ouvre la porte vers d’autres univers. C’est comme ça, c’est son talent. À force de me rendre compte que je ne pouvais pas faire un biopic qui corresponde aux attentes du genre et du public, on a décidé, avec Jeanne et mon chef opérateur, Christophe Beaucarne, qu’il fallait laisser Barbara nous échapper, la laisser nous hanter. Le choix des chansons nous a beaucoup aidés. Cette voix qui dit des mots si simples… ça résonne, ça habite. Il fallait filmer ça. Le récit a disparu, au profit de sons et d’images, avec l’espoir inquiet qu’ils réussissent ou non à lui redonner vie. Ça nous a libérés. On n’avait plus besoin de faire vrai. Plus d’original face à la copie. Juste la résonance de deux époques, de deux artistes, et l’idée que tout pouvait se mélanger. Barbara comme une présence magique qui envahit tout.   C’est donc un film de possession ? Et un film d’exorcisme, oui ! Au départ, j’ai beaucoup pensé à Sueurs froides [d’Alfred Hitchcock, 1958, ndlr]. Mon personnage dans le film, ce réalisateur, avait comme une envie de modeler son actrice, de l’emprisonner en Barbara, avec, comme chez Hitchcock, un vague relent de nécrophilie. Mais la

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INTERVIEW


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MATHIEU AMALRIC

« Je ne voyais pas l’intérêt de filmer Jeanne en train de mimer Barbara et de faire semblant de chanter. » liberté de Jeanne au tournage a balayé ça. C’était idiot de vouloir l’enfermer. Il y a quelque chose de spirituel dans sa façon d’être à l’écran, une manière de convoquer avec douceur les fantômes qui m’ont sauvé de vouloir faire un film à tout prix maîtrisé. Il fallait que ça vibre, que Jeanne et Barbara se mélangent, qu’on ne s’embarrasse pas de questions et qu’on soit juste capable de saisir les instants de magie que le cinéma permet. Pourtant, le film est extrêmement maîtrisé et sophistiqué. Ces jeux d’éclairages, de reflets et de rimes entre les plans, par exemple, c’est très baroque… Jeanne a besoin d’excès. On s’est tout de suite dit qu’il fallait faire des plans très longs. Il fallait faire sauter la maîtrise et laisser l’inattendu nous surprendre. On tournait parfois des séquences de vingt-cinq minutes, sans texte précis. Je disais à Jeanne : « Là, tu es chez toi, tu te souviens de ci, de ça, je voudrais que tu ailles à la lampe, au piano, puis à la fenêtre, comme Barbara le faisait chez elle… » Jeanne adore qu’on lui dise les choses au dernier moment. Mais elle avait étudié des milliards de textes sur Barbara. Comme moi, elle connaissait tout. C’était comme une boîte à outils qui nous servait à jouer. Si les spectateurs peuvent, peut-être,

se demander ce qui est vrai ou inventé, les fans de Barbara sauront qu’elle est partout dans le film. Ses gestes, ses manies, ses histoires… C’est une succession de détails qui raconte qui elle était vraiment. Son humour, notamment, son énergie incroyable. Jeanne a digéré tout ça. En faisant durer le plan, à un moment donné, l’actrice lâche, ne cherche plus à imiter ou à faire semblant. On arrive dans une autre zone où tout se mélange : Jeanne, Brigitte et Barbara. J’ai pu pleurer devant ces purs moments de beauté. Tous les fantômes étaient là. Barbara, évidemment, sa musique, le cinéma, mais aussi mes quinze ans d’amour avec Jeanne. Comme la chaloupe de la voix de Barbara est un écrin à des mots si purs, j’ai voulu que ma caméra saisisse avec le plus de douceur et de précaution possibles cette brèche ouverte sur le passé.

• PROPOS RECUEILLIS PAR RENAN CROS PHOTOGRAPHIE : GUILLAUME BELVÈZE   — : « Barbara »

de Mathieu Amalric Gaumont (1 h 37) Sortie le 6 septembre

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GOOD TIME 28


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JOSH & BENNY SAFDIE

FRÈRES

Trip hallucinogène ayant électrisé la compétition cannoise cette année, Good Time suit la nuit infernale d’un délinquant, Connie (dément Robert Pattinson), qui tente de faire libérer son frère handicapé mental, Nick (Benny Safdie), enfermé après qu’ils ont braqué une banque. Depuis leur bureau new-yorkais, les frangins cinéastes Josh et Benny Safdie (Lenny and the Kids, Mad Love in New York) évoquent par téléphone le tournant survolté qu’a pris leur mise en scène et la puissance des liens fraternels qui sous-tendent le film.

Comment avez-vous réagi quand Robert Pattinson vous a dit qu’il voulait tourner avec vous ? Josh Safdie : Quand on a écouté son message, on était en pleine préparation d’Uncut Gems, un thriller assez comique dans le milieu des diamantaires new-yorkais qu’on va essayer

de tourner début 2018. J’ai cherché quel rôle Rob pourrait y jouer, mais rien ne collait. Du coup, je me suis même demandé si j’allais le rappeler… Mais mon producteur a insisté, et c’est grâce à ça que Good Time est né. C’est la première fois que vous accueillez une star dans votre filmographie indépendante et fauchée. Quelles questions ça a soulevé ? J. S. : On savait que son nom nous permettrait d’avoir un peu plus de budget que d’habitude. Il fallait aussi apprendre à le connaître, pour aller au-delà de son image publique. Sa célébrité est une grande part de son 30


dit qu’il ressemblait à une star. Il nous est devenu très proche, on a fini par le considérer comme un frère. Il fait le pont entre Benny et moi, il nous permet de grandir sans se reposer l’un sur l’autre. B. S. : Ronnie est l’une des rares personnes avec qui on peut s’engueuler sans rester fâchés. C’est exactement pareil avec Josh. On peut se prendre la tête, mais, au bout du compte, ce sont mes frères.   L’amour qui unit les deux frères de Good Time apporte au film de la lumière et de la douceur. Comment avez-vous construit cette relation ? B. S. : Dès qu’on a décidé que je jouerais Nick, on a compris qu’on pourrait aller assez loin. Bien avant le tournage, Josh a demandé à Robert Pattinson de se mettre dans la peau de Connie et de m’envoyer des mails comme si j’étais Nick. Dans cette fiction, Connie était sur le point de sortir de prison, il essayait de renouer avec son frère, avec qui il s’était mal comporté. Dans ma réponse, je me suis énervé contre Connie, qui avait gardé le silence trop longtemps. On a continué à s’échanger des mails de cette manière

identité. On s’en est servis pour construire son personnage. Il joue un type en fuite, qui ne doit pas se faire remarquer : ça résonne vraiment avec l’idée de célébrité. Benny Safdie : Le fait que Rob soit très reconnaissable nous a obligés à prendre des précautions particulières. Il fallait être très discrets sur les lieux de tournage, on vérifiait à l’avance sur Internet que l’info n’avait pas fuité. D’ailleurs, dix jours après avoir tourné la scène dans le parc d’attractions, quelqu’un s’est écrié sur le Net : « Ils vont tourner au parc d’attractions de Long Island ! » Tout le monde s’est rué là-bas, mais on avait déguerpi depuis longtemps.   Josh, vous avez écrit le film avec Ronald Bronstein, qui tient le rôle principal de Lenny and the Kids (2010) et qui coécrit et monte vos films depuis lors. Comment s’intègre-t-il à votre duo ? J. S. : Je l’ai rencontré en 2007, quand il présentait son film Frownland au festival South by Southwest. J’ai aperçu son visage dans la foule, et il m’est apparu comme un joyau dans une mer de boue. Je lui ai

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LUMIÈRE

Josh et Benny Safdie sur le tournage de Good Time

© D. R.

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JOSH & BENNY SAFDIE pendant deux mois, avec Josh en copie. J. S. : C’était au moment où Rob tournait The Lost City of Z de James Gray… B. S. : Oui, il était dans la jungle colombienne ! Tout cet échange a permis à Ronnie et Josh d’améliorer le scénario, et à Rob et moi de convoquer le background de nos personnages, comme les frustrations qui émaillent leur relation, quand c’était nécessaire sur le plateau. Ça a aussi permis à Rob de comprendre comment son personnage devait s’adresser à son frère, qui a une façon particulière d’appréhender les choses. Nick est quelqu’un de sceptique, il faut l’impressionner pour pouvoir communiquer avec lui.   Benny, pourquoi avoir choisi de jouer le rôle de Nick ? B. S. : On a commencé par chercher parmi les acteurs professionnels, puis parmi les personnes réellement handicapées. Certaines étaient très proches de ce qu’on voulait, mais on s’est rendu compte que le rythme auquel il allait falloir tourner ne leur conviendrait pas. On n’était pas à l’aise avec l’idée de les presser, on ne voulait exploiter personne. Par ailleurs, pour un projet avec Ronnie en 2009, j’avais ausculté les tréfonds de mon cerveau et écrit un personnage très proche de Nick. J’avais trouvé une manière de retenir ma langue à l’arrière de ma bouche qui me donnait un phrasé bien particulier. Ce projet n’a pas abouti, mais on a repris le personnage – et sa diction – en le faisant évoluer. Il est notamment devenu plus fort, parce que, entre-temps, j’ai moi-même gagné en masse corporelle. Cette force est une composante importante de sa personnalité, parce qu’elle le rend potentiellement dangereux pour les autres.   Le film s’ouvre sur le visage de Nick en plan serré, puis multiplie les gros plans. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce type de cadrage ? J. S. : On a toujours aimé les gros plans. Pour moi, ils agissent comme un rayon X, ils permettent de capter les émotions du sujet, d’observer son intériorité. Cette sorte d’intimité n’existe pas vraiment dans les autres formes d’art. Sur Good Time, ça permet aussi de construire un climat anxiogène,

parce qu’on ne voit pas beaucoup le contexte, l’attention est focalisée sur les personnages et leurs émotions… B. S. : Et l’utilisation du CinemaScope, qui n’est pas un format destiné aux gros plans [le Scope, avec son format panoramique, est généralement utilisé pour saisir l’immensité des paysages, notamment dans les westerns, ndlr], nous a permis d’entrer encore plus profondément dans les visages.   Vous n’aviez jamais fait un film aussi coloré, avec ces lumières fluo – et même, littéralement, quand après le braquage la bombe de peinture destinée à neutraliser les billets explose au visage des deux frères. D’où vient cette envie de couleurs ? J. S. : J’adore le mélange de lumières, le fait qu’il y ait plusieurs températures de couleurs différentes dans un seul plan. Ça a quelque chose de très new-yorkais. New York

« Notre filmographie n’est composée que de films d’apocalypse. » JOSH SAFDIE

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concentre toutes sortes de personnes, tout le monde coexiste. On a voulu appliquer cette idée de manière très concrète au film. Et puis le chef opérateur, Sean Price Williams [qui travaille aussi sur les films d’Alex Ross Perry, ndlr], considère que le film commence de manière néoréaliste et qu’après le braquage, quand les frères sont peinturlurés à cause de l’explosion, on bascule dans une expérience à la Alice au pays des merveilles. Tout devient soudain fantasmagorique. Il voulait plonger de plus en plus profond dans le terrier du lapin grâce aux couleurs. Les lumières deviennent sans cesse plus expressives et cauchemardesques. Le canevas du film, un héros vivant des aventures sombres dans New York le temps d’une nuit, rappelle celui d’After Hours de Martin Scorsese. Était-ce votre principale inspiration ? B. S. : On n’a jamais un film précis en tête quand on travaille sur un projet. Évidemment, les œuvres qu’on a vues ont forgé notre vocabulaire, mais on n’est pas très portés sur les références. J. S. : Cela dit, After Hours est le film préféré de Ronnie, et effectivement on y a fait un clin d’œil au moment de composer la B.O. – on a intégré un petit bout de celle que Howard

Shore avait composée pour Scorsese. Et puis, la formule d’After Hours est de celles qui nous ont toujours plu. Comme dans Candide de Voltaire, le protagoniste ne va pas trop mal au début, puis sa situation ne cesse d’empirer. Notre filmographie n’est composée que de films d’apocalypse. Je pense que ce qui me plaît là-dedans, c’est que c’est une excuse pour être romantique. Quand ils braquent la banque, les deux frères portent des masques d’hommes noirs. Quel sens y voyez-vous ? B. S. : Cette idée vient d’un véritable fait divers. On a lu dans le journal l’histoire d’un Polonais vivant en Ohio qui braquait des banques avec un masque de Noir. C’est un déguisement de génie… J. S. : Enfin, « de génie », dans le plus mauvais sens du terme… B. S. : Évidemment ! Je veux dire que c’était efficace, parce que ça lui donnait une apparence exactement opposée à la sienne. Bien sûr, cette scène évoque le racisme qui a cours aux États-Unis. Confrontés à de tels masques, les employés de la banque assimilent les braqueurs à un certain type de délinquants, sur lesquels ils plaquent des idées reçues. Connie se sert de ces préjugés comme un vrai salaud.

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JOSH & BENNY SAFDIE

Déjà très présente dans votre précédent film Mad Love in New York (2016), la musique prend ici une importance capitale. Le rythme frénétique et les lourdes notes de synthé de la B.O. electro, comme quand Connie infiltre l’hôpital pour en faire sortir Nick, redoublent la tension. J. S. : Nos deux premiers longs métrages [The Pleasure of Being Robbed, 2009, et Lenny and the Kids, ndlr] ne contiennent pas de musiques originales. Beaucoup de cinéastes commencent leur carrière par l’exubérance, alors que, moi, quand j’étais jeune – enfin, plus jeune, j’ai 33 ans –, au début de la vingtaine, j’étais obnubilé par l’idée que pas de style, c’est un style ; que je devais tout dépouiller. J’ai fini par évoluer. On a fait une version de Good Time sans musique, il n’y a que le silence de la nuit. Mais la fièvre qui habite Connie est très importante pour le film, et on voulait l’accentuer, ce que nous a permis la musique d’Oneohtrix Point Never.   Buddy Duress ajoute à la folie ambiante quand son personnage de camé surgit au milieu du film pour s’allier avec Connie. Il est à la fois drôle et hystérique. D’où vient-il ? J. S. : On l’a découvert pour Mad Love in New York [il jouait l’un des amants drogués de l’héroïne, ndlr] ; sa grande conviction quand il joue nous a impressionnés. Ça lui vient sans doute de la prison et de la vie dans la rue, qui l’a habitué à devoir s’inventer un personnage. Son long monologue dans la voiture n’a demandé qu’une seule prise. Il était tellement dans son rôle que lui et Rob ne pouvaient pas se blairer sur le plateau.   Planqué chez une vieille dame pendant quelques heures, Connie trouve une veste

argentée et se teint en blond, rappelant le personnage joué par Ryan Gosling dans Drive. Y avez-vous pensé ? J. S. : Non, notre film n’a rien à voir avec celui de Nicolas Winding Refn. Pour les costumes et l’esthétique, on s’est basés sur un livre d’Edmond A. MacInaugh, Disguise Techniques. Fool all of the people some of the time [« Techniques de déguisement. Dupez tout le monde de temps en temps », ndlr] qui explique comment rouler les gens – par exemple en utilisant les uniformes des services municipaux pour disparaître dans une foule. S’habiller comme un postier ou un éboueur permet d’enfreindre la loi en se fondant dans la masse ; les gens n’osent pas vous confronter et personne ne se souviendra de vous. C’est le genre de méthode que Connie utilise.   Son look dans le dernier plan, où il apparaît avec ses cheveux en bataille, son bouc et ses yeux fous braqués vers l’objectif, évoque une photo très connue du criminel Charles Manson. C’est intentionnel ? J. S. : En fait, je me suis énormément intéressé à Charles Manson… Je ne vais pas raconter jusqu’à quel point, mais disons simplement que j’ai correspondu avec sa fiancée et son meilleur ami. J’ai toujours voulu le rencontrer, je trouve que c’est un personnage extrêmement intéressant. Au fond, c’est simplement un musicien raté… J’ai un peu parlé de Charly à Rob quand on préparait le film, mais ce n’était vraiment pas au centre de nos conversations. Je pense que c’est juste une étrange coïncidence métaphysique.   • PROPOS RECUEILLIS PAR TIMÉ ZOPPÉ

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CRITIQUE

Avec cette virée nocturne et trash, Josh et Benny Safdie achèvent le tournant stylistique entamé avec le déchirant Mad Love in New York (2016). Ils dosent ici parfaitement brutalité et émotion pour orchestrer une puissante tragédie autour de deux frères, losers magnifiques.

Nick

(Benny Safdie), déficient mental à l’allure de colosse, se laisse entraîner par sa petite frappe de frère Connie (excellent Robert Pattinson, tout en nerfs et en agilité) dans un braquage. Sauf que, par malchance, lui seul se fait coffrer par la police. Le temps d’une nuit haletante, Connie se démène pour le faire sortir de détention provisoire, puis de l’hôpital où il aurait été transféré… On a découvert les Safdie avec The Pleasure of Being Robbed (2009, uniquement signé par Josh) et Lenny and the Kids (2010, coréalisé par les deux frères), des longs métrages tendres piqués d’amertume, portés par des héros dont la douce dérive n’entrave pas la fantaisie. Depuis Mad Love in New York, sur la folle passion d’une SDF héroïnomane pour un sadique, les frères du Queens ont ouvert en grand la boîte de Pandore pour laisser se déchaîner une tempête de péripéties noires sur leurs héros. Dans Good Time, il s’agit là aussi de mélanger de brusques éclats de violence – un personnage qui s’explose contre une vitre, un autre qui se fait brutalement tabasser avant d’être drogué avec une quantité astronomique d’acide… – et une

grande sentimentalité – l’amour de Connie pour son frère, sa rencontre avec une ado futée mais complètement dépassée par la situation… Aussi phénoménales que soient l’inventivité et l’énergie déployées par le héros, chacune de ses rencontres le plonge un peu plus dans les abysses. Les cinéastes filment cette descente aux enfers comme un violent bad trip, nimbant leurs scènes de couleurs fluo (mémorable séquence dans un parc d’attractions fermé pour la nuit) et d’electro anxiogène. Si cette artificialité leur va comme un gant, ils n’en oublient pas, comme à leur habitude, de prendre au passage des instantanés naturalistes des laisséspour-compte (prisonniers, camés, familles modestes). Connie est bien sûr loin d’être le seul à en baver, mais sa trajectoire, guidée par son frère comme par un phare, est assurément des plus flamboyantes. • TIMÉ ZOPPÉ

— : « Good Time » de Josh et Benny Safdie Ad Vitam (1 h 40) Sortie le 13 septembre

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VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT


ÇA

ÇA S’EN VA ET ÇA REVIENT Vous prenez toujours soin d’éviter les bouches d’égouts par temps de pluie ? Ne cherchez plus, vous appartenez à la grande famille des gamins traumatisés en 1993 par Ça. « Il » est revenu, la minisérie adaptée du roman Stephen King. Retour, à l’occasion de son remake au cinéma, sur la madeleine culte d’une génération de petits couche-tard.

Qu’il

semble loin le temps où le dimanche rimait avec Chocapic devant le Club Dorothée et jour de répit précédé d’une soirée plus délicieuse encore, synonyme de devoirs reportés au lendemain, de films en VF sur TF1 et de baisse de la vigilance parentale. Ce samedi 16 octobre 1993, après avoir gobé votre Flamby devant Maman, j’ai raté l’avion (vu pour la sixième fois en VHS), vous avez zappé sur M6 en seconde partie de soirée. Mauvaise pioche : des clowns flippants, des ballons injectés de sang, et votre mère qui, comme par hasard, ne prend pas la peine de jeter un œil à ce que vous regardez avant d’aller se pieuter. Résultat : une nuit blanche, un dimanche à côté de vos pompes et du rab de crise d’angoisse pour les six semaines à venir. À peu de chose près, c’est le scénario vécu par un paquet de rejetons des années

Mitterrand devant Ça, la minisérie de deux épisodes réalisée en 1990 par Tommy Lee Wallace. « J’étais avec ma meilleure amie, mes parents étaient sortis, et on s’est tapé la frousse de notre vie », raconte Juliette, journaliste, qui, du haut de ses 10 ans, faisait ce soir-là partie des 15 % de parts de marché réunies par M6. Presqu’un bide en comparaison des 20 % d’audience raflés par ABC le soir de la première américaine (soit plus de 40 millions de téléspectateurs), mais, pour la petite dernière des chaînes françaises en clair, c’était déjà le jackpot. Ça sera régulièrement reprogrammé jusqu’en 2000, réalisant des scores très honorables, bien aidé par le bouche à oreille. « C’était un phénomène de cour de récré. Quand je l’ai vu, je connaissais déjà toute l’intrigue », confie Marc, 28 ans, employé à la Sacem. Il faut dire que le pitch avait tout pour plaire aux écoliers, avec

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son gang de kids lancé à la poursuite d’une créature métamorphe (prenant le plus souvent l’apparence d’un clown) qui les terrorisait depuis les égouts.

BONNE NUIT LES PETITS

Le succès de la minisérie s’explique en partie par le triomphe du roman de Stephen King publié en 1986 (1988 pour la traduction française), à quoi s’ajoute le ripolinage de l’intrigue, censé rendre le tout plus digeste afin d’amadouer les parents. Bingo : jugé inoffensif, avec son croquemitaine de Bibliothèque rose et ses giclures de ketchup, le programme s’en tire avec une mention « déconseillé aux moins de 12 ans » plutôt clémente aux États-Unis comme en France. C’était sans compter sur les bambins et

le miroir grossissant de leur imaginaire ; comme la petite Tara, aujourd’hui professeure de géographie à la Sorbonne. « Mon père me l’avait fait voir toute petite, ça l’amusait de me faire peur. J’associais le clown au sida, dont on commençait à parler dans les spots de prévention. » Troublante coïncidence : expurgés de la minisérie, les thèmes de l’homophobie et du V.I.H. apparaissent bel et bien dans le best-seller de King. Surgeon mineur des Griffes de la nuit (Wes Craven, 1985) et des Goonies (Richard Donner, 1985), Ça restera un phénomène pop sans descendance possible, le cadet stérile d’une décennie peuplée de monstres et d’enfants intrépides. Dans son concept comme dans sa tournure, le téléfilm est en partie redevable de la série des Histoires fantastiques de Steven Spielberg, notamment pour sa tentative d’ouvrir l’étrange au jeune public. Reste que, malgré sa notoriété, il a fallu attendre 2017 pour que Hollywood – dont on connaît pourtant le comportement passablement charognard – en fasse un remake. Avec des yeux adultes, mis à part la performance de Tim Curry en Bozo sous acides et la B.O. de Richard Bellis, la minisérie a pris un sérieux coup de vieux. Nul doute que le lifting d’Andrés Muschietti, annoncé plus proche du matériau d’origine (autrement dit beaucoup plus violent, comme le laisse deviner son teaser viral), saura y remédier. Mais cette fois-ci, pas d’entourloupe : dimanche ou pas, si vous avez moins de 12 ans, ne vous risquez pas à le voir sans l’accord de maman. • ADRIEN DÉNOUETTE  

— : « Ça » d’Andrés Muschietti Warner Bros. (2 h 15) Sortie le 20 septembre

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DÉCRYPTAGE


CLAIRE DENIS

À MOTS DÉCOUVERTS

Si elle prépare actuellement un film de science-fiction, High Life, c’est à un tout autre genre que s’est attaquée Claire Denis avec Un beau soleil intérieur. Dans ce récit, coécrit avec Christine Angot, elle prend le pouls de la vie sentimentale d’Isabelle, une mère divorcée incarnée par Juliette Binoche, lumineuse. Dans cette variation autour de l’amour inspirée des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, les mots se tendent et se relâchent continuellement. Rencontre avec la cinéaste, admiratrice de textes fiévreux souvent habités par un désir d’absolu.

Ce film est-il une adaptation des Fragments d’un discours amoureux ? Non, ce n’en est pas vraiment une. Au départ, c’est vrai, un producteur avait obtenu les droits d’adaptation du livre et avait demandé

à plusieurs réalisateurs, dont moi, de choisir un ou deux fragments pour en faire un film omnibus. Mais le rapport que l’on peut avoir avec un fragment de Roland Barthes est, à mon sens, souvent lié à la jeunesse, à une période initiatique de la vie amoureuse. Je préférais faire autre chose. Ce qui m’a décidée, c’est de travailler avec Christine Angot, dont je venais de mettre en scène le roman Les Petits. Ensemble, on a eu l’idée, non pas de faire nos Fragments d’un 38


discours amoureux – ce serait prétentieux de le dire ainsi –, mais d’utiliser nos propres expériences amoureuses sous cette forme fragmentaire, avec trente-quatre blocs qui se fondent les uns aux autres, sans marqueurs chronologiques. Cette approche nous a permis de montrer que l’amour est universel mais polymorphe. Christine et moi étions d’accord pour éviter de faire le portrait psychologisant d’une « femme mûre ».   Avec Christine Angot, vous semblez prendre un malin plaisir à jouer avec les mots. Dans vos précédents films, au contraire, le silence se substitue souvent aux dialogues. Pourquoi vos personnages bataillent-ils avec l’expression de leurs sentiments ? Ils sont proches de l’affirmation claire de quelque chose, mais tombent sans cesse à côté. Les mots, parfois si abondants dans les échanges, ne permettent pas la communication. La fonction possible et positive des mots dans le film, c’est la consolation. C’est ce qui se passe dans la scène finale [où Gérard Depardieu interprète un voyant et Juliette Binoche sa cliente, ndlr]. Ce qu’il dit ne veut absolument rien dire en tant que tel, c’est l’apothéose de la langue de bois, mais on écoute la voix de ce voyant comme une voix humaine, de celles qui rendent la vie vivable, quand bien même son propos n’a ni queue ni tête. Son flair lui permet de

sentir Isabelle et il pèse chacun des mots qu’il prononce devant elle. Il y en a qui n’existent pas, il y en a des désuets, il y a des anglicismes comme « open »… Ce mot anglais, d’ailleurs, a presque une vertu supérieure à celle de son équivalent en français : le prononcer à voix haute, c’est déjà s’ouvrir. Je pense que la force du discours, en fait, c’est la persuasion par le dépassement du sens premier des termes. J’avais l’impression que j’allais filmer, non pas des gens qui simplement communiquent, mais l’air tout autour d’eux. De même, vous privilégiez d’habitude la manipulation des corps à celle des mots. Mais pas ici. Oui, dans ce film, ce sont les mots qui sont les plus tangibles. Mais le corps est resté mon domaine de travail. J’avais besoin de celui de Juliette dans son ensemble, de ses cuissardes, de ses minijupes, de voir son décolleté, sa peau. En fait, la rondeur de son corps contraste avec les difficultés communicationnelles de son personnage. Isabelle bute devant les mots parce que son idéal, sa quête du grand amour, se heurte de façon récurrente à la réalité. On retrouve évidemment l’écriture de Christine dans cette idée de contournement.   Dans une scène, son ami Fabrice (Bruno Podalydès) lui parle très durement d’un homme d’un milieu social différent dont elle est tombée amoureuse. Dans une autre, un acteur, incarné par Nicolas Duvauchelle, la séduit façon beau parleur avant de se rétracter. Le pouvoir de nuisance de la parole, c’est un danger auquel ce personnage se confronte tout le temps, non ? Le vrai danger, c’est de vouloir l’amour vrai, parce que c’est une formule figée. On peut aimer, aimer et s’engueuler, aimer et ne pas entièrement se correspondre. Dans tous les cas, nous cherchons une garantie, comme un poinçon sur une cuillère en argent. Quand, dans une scène monstrueuse, son ami lui dit que son amour ne durera pas, elle s’y oppose, elle trouve cela minable, dégoûtant, cette espèce de supériorité des classes, mais rien n’y fait : elle est atteinte, comme par une flèche empoisonnée. Son ami la lui plante en plein dans le cœur. Pour l’acteur, c’est différent : c’est presque du sadisme. Il croit à ce qu’il dit, mais il croit aussi que l’avant est mieux que l’après, que la parade amoureuse est mieux que la concrétisation physique de l’amour, ou, du moins, sa suite immédiate. Il se rend aussi compte que, dès lors que cette liaison n’est plus platonique, cette femme sera dangereuse pour sa vie de famille. En amour, on prend peur, même si on a souvent envie de se jeter sans résistance.

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BOBINES

INTERVIEW


BOBINES

CLAIRE DENIS

« Isabelle bute devant les mots parce que sa quête du grand amour se heurte à la réalité. » Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec une romancière : Marie NDiaye pour White Material (2008) ou bien Emmanuèle Bernheim, décédée en début d’année, et dont vous aviez adapté le roman Vendredi soir en 2002. Qu’est-ce que ces collaborations vous ont apporté ? Ces femmes, j’aime d’abord les lire. C’est mon admiration pour leur littérature qui me fait imaginer une histoire, puis une mise en scène. L’adaptation du livre d’Emmanuèle était un heureux hasard. Lorsqu’elle m’a demandé ce que je voulais faire comme film, je lui ai dit : « Juste l’histoire d’une femme, d’un homme, dans un tout petit espace. » Elle m’a répondu, avec une idée en tête : « Et l’histoire d’une femme et d’un homme dans une voiture toute une nuit, ça t’inspirerait ? » C’était le manuscrit de son livre, qu’elle était alors en train de relire et qu’elle m’a envoyé. C’était un cadeau immense. Pour Marie, j’avais lu Quant au riche avenir, qu’elle a écrit à l’âge de 17 ans, et j’avais été abasourdie par la force et la violence de sa maturité. Avant que nous fassions elle et moi White Material, Isabelle

Huppert m’avait poussée à adapter Vaincue par la brousse de l’écrivaine Doris Lessing. J’ai pris peur : comment adapter l’œuvre géniale de cette militante, cette femme qui a tout plaqué pour aller vivre en Afrique du Sud, sans tomber dans le pathos ? Puis, il y a eu les événements en Côte d’Ivoire [la crise politico-militaire de 2004, ndlr]. L’armée française est intervenue, au moment de la guerre civile qui frappait le pays. Au journal télévisé, j’ai vu qu’elle survolait les plantations de café détenues par les Blancs. Et, quand j’ai parlé avec Marie de ce projet, nous avons discuté de ce qu’étaient les vieux restes de la colonisation. J’avais les images, elle avait les mots. • PROPOS RECUEILLIS PAR JOSÉPHINE LEROY  

— : « Un beau soleil intérieur »

de Claire Denis Ad Vitam (1 h 34) Sortie le 27 septembre

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ROGER CORMAN

© CARMEN LEROI

BOBINES

LE DERNIER NABAB

Cet été, Roger Corman a posé ses valises au FIDMarseille – festival plutôt spécialisé dans le documentaire –, pour une rétrospective partielle de son œuvre piochant parmi la cinquantaine de films qu’il a réalisée et les quelque quatre cents qu’il a produits (dont aucun docu). L’occasion de revenir sur l’héritage et la méthode de ce Stakhanov de la série B, après soixante-deux ans de carrière en marge de Hollywood. 42


Je n’ai jamais été intéressé par le documentaire, c’est un autre monde. Néanmoins, par le biais de la fiction, je me suis parfois attaché à chroniquer fidèlement certains aspects de la société. Je pense à mes films Les Anges sauvages et The Trip [l’un, road trip de Hells Angels fachos avec Peter Fonda réalisé en 1966, et l’autre, trip au LSD avec Fonda et Dennis Hopper tourné en 1967, influencèrent copieusement Easy Rider, ndlr] dont les trames fluettes n’étaient qu’un prétexte à portraiturer l’époque. Le début de votre carrière, en 1954, coïncide exactement avec l’assouplissement du code de censure Hays. Depuis, on peut dire que vous avez montré tous les seins que Hollywood avait jusque-là dérobés au regard de l’Amérique. On peut le dire comme ça, oui ! Jusqu’au milieu des années 1960, j’ai l’impression d’avoir bataillé avec la censure pour chaque sortie. Hollywood était encore très prude à l’époque, mais j’ai rapidement adopté la technique des vieux briscards du métier. Il suffisait de présenter une version hard du film, avec une ou deux scènes beaucoup trop corsées pour faire diversion et pour que l’ensemble apparaisse acceptable, par contraste. Sans toutes ces petites précautions, mes spectateurs ne se seraient peut-être pas autant rincé l’œil.   La Petite Boutique des horreurs, tourné en deux jours en 1960 pour 27 000 dollars, relève du sketch entre potes. Pourtant, c’est l’un de vos plus grands succès. C’était presque une blague ! J’avais loué un plateau pour les besoins d’un tournage que nous avons finalement bouclé avec un peu d’avance. N’étant pas du genre à rendre les clés d’une location avant son terme, j’ai lancé l’idée d’en profiter pour faire une petite comédie d’horreur. Le lendemain matin, mon scénariste déposait un script sur mon bureau. Aucun de nous n’a pris l’affaire au sérieux, et c’est sans doute ce qui a tant plu au public. Je me souviendrai toujours de la déclaration de mon assistant, à la fin du premier des deux jours de tournage : « Devinez quoi : on est en avance sur le planning ! »

Vous avez notamment produit les premiers longs métrages de Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Monte Hellman, Peter Bogdanovich, Joe Dante, Jonathan Demme, Ron Howard… Comment êtes-vous devenu producteur ? Au milieu des années 1950, mes premiers films en tant que réalisateur m’avaient rapporté une petite manne que je ne savais pas comment investir. Dans mon cercle amical, il m’est apparu que plusieurs jeunes scénaristes, acteurs et techniciens trépignaient de réaliser leurs propres projets. J’ai donc décidé de financer un premier film, The Fast and the Furious de John Ireland (1955), qui a bien marché en salles, et ainsi de suite jusqu’à ce que mon vivier de proches s’épuise. J’ai alors commencé à recruter les plus brillants étudiants des universités de Los Angeles et de New York. Le deal était simple : ils travaillaient jour et nuit pour moi à plusieurs tâches – assistanat, scénario, montage, cadrage – et se voyaient offrir en échange l’opportunité de passer derrière la caméra. En plus de former des jeunes cinéastes, j’avais le sentiment d’avoir enfin trouvé comment faire fructifier mon argent – je maîtrisais les tenants et aboutissants de chaque centime investi.   Parmi vos nombreux disciples, Coppola et Scorsese ne tarissent pas d’éloges à votre sujet. Dans quelle mesure votre film L’Affaire Al Capone (1967), dépouillé de toutes les conventions du film de gangsters, a-t-il selon vous influencé Le Parrain et Mean Streets ? Francis a été l’un de mes assistants au début des années 1960, il a réalisé son premier long métrage notable pour moi [Dementia 13, en 1963, ndlr]. À la sortie de L’Affaire Al Capone, il s’était déjà lancé dans d’autres projets, et je ne pourrais pas affirmer qu’il l’a vu. Marty, lui, avait tout vu ! Quand j’ai fait sa connaissance, alors qu’il venait de finir son premier long métrage [Who’s That Knocking at My Door, en 1969, ndrl], tourné à New York dans des conditions quasi amateures, j’ai été sidéré par sa cinéphilie. Il avait non seulement vu L’Affaire Al Capone,

© COLLECTION CHRISTOPHEL

Vous avez touché à presque tous les genres, excepté le documentaire : ce n’est pas trop votre truc ?

Les Anges sauvages de Roger Corman (1966)

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BOBINES

INTERVIEW


mais presque tous mes films, y compris Bloody Mama [une épopée criminelle sudiste sortie en 1970, ndlr], dont nous avons longuement discuté. C’est d’ailleurs ce qui m’a convaincu de lui confier la réalisation de Bertha Boxcar, qui devait faire suite à Bloody Mama. Je me souviens de la réaction de certaines personnes à l’annonce de ce choix : « Confier un film qui se passe dans le Sud à un New-Yorkais en culottes courtes, c’est l’envoyer au casse-pipe ! » Mais j’avais toute confiance en Marty. Même si j’avais quand même pris soin de consulter Francis au préalable, qui le connaissait mieux que moi. Parmi les acteurs, vous avez notamment découvert Charles Bronson, Jack Nicholson, Robert De Niro, Bruce Dern, David Carradine ou encore Sylvester Stallone… Lesquels vous ont le plus marqué ? Sans hésiter : Jack Nicholson et Charles Bronson.   On vous considère comme l’un des pères du Nouvel Hollywood. Budgets sandwichs, tournages légers, liberté de ton : dans les années 1960, étiez-vous conscient de bousculer les préceptes ? Nous n’inventons jamais quelque chose de toutes pièces, et l’influence d’un cinéaste comme John Cassavetes sur ma génération doit être soulignée. Cela dit, en passant de mes adaptations des Histoires fantastiques d’Edgar Poe, tournées en studios de 1960 à 1964, à des sujets contemporains en décors naturels, comme Les Anges sauvages et The Trip, je sentais que mon cinéma prenait une

autre voie. Loin de moi l’idée de jouer les avant-gardistes, mais j’avais le désir de filmer dans la rue et de faire résonner les intrigues avec ce que nous vivions à cette époque. Et puis c’était sacrément économique. En 1970, vous mettez un terme à votre carrière de réalisateur pour ne plus vous consacrer qu’à la production. Pourquoi ? J’étais exténué. Pendant le tournage du Baron rouge (1970), j’empruntais chaque matin une route côtière longeant quelques criques. Je reportais toujours au lendemain la promesse que je m’étais faite d’aller m’y baigner. À la fin du tournage, j’ai décidé de m’offrir une année sabbatique. Comme il fallait s’y attendre, l’ennui est venu perturber mon repos, et j’ai rapidement pris la décision de fonder une nouvelle société de production, New World Pictures, en 1971. J’avais décidé cette fois-ci de lui adjoindre une société de distribution, pour ne plus avoir affaire aux décideurs qui m’avaient tant cassé les pieds. Nous l’appelions « le dinosaure », et comme il fallait nourrir le dinosaure pour ne pas perdre d’argent, je me suis remis à produire à une cadence infernale. Je m’étais convaincu d’abandonner la réalisation pour souffler un peu, mais c’est finalement la distribution qui m’a pompé tout mon temps. Certains films produits par la New World devancent, par leur tournure parodique qui les fait ressembler à des cartoons, le cinéma populaire des années 1980. Road trip futuriste sur fond de violence récréative, La Course à la mort de l’an 2000 de Paul Bartel (1975) évoque,

© COLLECTION CHRISTOPHEL

BOBINES

ROGER CORMAN

Bloody Mama de Roger Corman (1970)

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L’Affaire Al Capone de Roger Corman (1967)

« J’avais le désir de filmer dans la rue et de faire résonner les intrigues avec ce que nous vivions à cette époque. » par exemple, un mélange de Mad Max, de Rollerball et des Fous du volant. La Course à la mort de l’an 2000 est l’adaptation d’une petite nouvelle dont j’avais acquis les droits. J’aimais l’idée de départ, postulant que la barbarie des spectacles les plus populaires comme la boxe et le football américain allait nous conduire à un état de sauvagerie sophistiquée. Au stade du scénario, j’ai ajouté un peu d’humour et beaucoup de violence, tout en conservant l’état d’esprit contestataire du matériau d’origine. Dix ou quinze ans plus tard, j’ai lu dans un magazine que La Course à la mort de l’an 2000 avait été élu « film de série B le plus cool de tous les temps ». Je ne sais pas s’il empiétait sur le cinéma des années 1980, mais il lui aura au moins survécu. Vous avez connu l’âge d’or des drive-in, des doubles programmes au cinéma, de la télévision, de la VHS, du DVD… Comment ne vous êtes-vous jamais senti dépassé ? J’adore tout simplement le processus de fabrication des films. Ceci implique d’être

toujours attentif aux changements du métier. À l’instant où je vous parle, je suis en train de devenir producteur en Asie ! J’ai signé un contrat avec l’équivalent chinois de Netflix pour produire un film de science-fiction. Avez-vous regardé tous les films que vous avez produits ? Bonne question ! Chaque fois que je me rends en festival ou que je rencontre des fans, il y a toujours un petit malin qui prétend s’être enfilé l’intégralité de ma filmographie de réalisateur ET de producteur. Je suis sceptique, car, en vérité, je ne pourrais pas l’affirmer moi-même ! Entre les séances tests où je me suis endormi et les coproductions supervisées de loin du temps de la New World, quelques-uns ont dû passer à la trappe… Pour ma défense, cela ne doit pas concerner tant de films que ça.

• PROPOS RECUEILLIS PAR ADRIEN DÉNOUETTE

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BOBINES

© COLLECTION CHRISTOPHEL

INTERVIEW


MICROSCOPE

L’ALLUMEUSE Comme le diable, le cinéma se loge dans les détails. Geste inattendu d’un acteur, couleur d’un décor, drapé d’une jupe sous l’effet du vent : chaque mois, de film en film, nous partons en quête de ces événements minuscules qui sont autant de brèches où s’engouffre l’émotion du spectateur. Ce mois-ci : une flamme aussitôt soufflée dans La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock.

BOBINES

Son

grand corps est à l’étroit – il l’est toujours, c’est celui de Cary Grant. Il l’est doublement : comprimé dans les allées exiguës du train qui l’emmène, clandestin, à Chicago ; écrasé encore plus par les regards qu’il faut éviter, ceux des contrôleurs, de la police, des passagers qui, sûrement, ont vu son visage sur les journaux où on l’accuse de meurtre. Il l’est comme celui d’un fugitif (Thornhill), pris pour un autre (Kaplan), dans le vague récit d’espionnage de La Mort aux trousses. Mais il l’est surtout comme celui d’un petit garçon qui aurait grandi sans réussir à devenir un homme : c’est, notoirement, le vrai sujet du film. Eve, alors, surgit dans le couloir minuscule du wagon comme un triple piège. Parce qu’il n’y a pas de place pour deux, et parce qu’en le dévisageant à travers le maigre déguisement de ses lunettes noires, elle le déshabille à la fois comme fugitif et comme homme. Juste après, dans le wagon-restaurant où elle l’a contraint à s’installer à sa table, elle n’est rien que ces yeux ; c’est à peine si l’on voit son corps, oublié dans un manteau noir immobile. Thornhill, lui, sous ce regard comme des rayons X, tortille son malaise devant les avances cristallines qu’elle lui fait. Lui n’est plus que ses mains, dont il ne sait que faire – consulter le menu, jouer avec son verre, retirer finalement ses lunettes noires qui ne lui servent plus à rien. Il craint, avoue-t-il aussitôt, les femmes « honnêtes » (comprendre : entreprenantes). C’est dire si Eve lui fait peur, qui l’invite sans délai à partager sa couchette. La tension sexuelle délirante de la scène vient alors se concentrer dans un geste faussement convenu. Eve a sorti une cigarette et Thornhill s’empresse de brandir une allumette, tirée d’une boîte garnie de ses initiales où il y a un o en trop, un o qui ne veut rien dire, ou bien dire que c’est Thornhill qui n’est rien, personne, tant qu’Eve ne lui aura pas fait reconnaître son désir. Hitchcock recadre sur Eve, de profil,

Ce petit souffle du bout des lèvres est un geste de magicienne. qui se penche vers le bras et l’allumette – image génialement obscène, qui réduit Thornill à ce bras tendu et à la petite flamme dont se rapprochent les lèvres d’Eve. Thornhill allume l’allumeuse : c’est aussi sensuel qu’attendu, mais Hitchock et Eve ne s’arrêtent pas là. Une fois la cigarette allumée, Eve retient la main de Thornhill, la ramène de nouveau vers elle et l’approche aussi près que possible de sa bouche, qui s’arrondit, creusant ses pommettes comme pour un baiser : mais c’est pour souffler la flamme. Et Eve regarde encore Thornhill de son regard intense et pétrifiant, et Thornhill ne sait plus où se mettre, et le spectateur non plus. Ce petit souffle du bout des lèvres, qui vient lécher la main de Thornhill pour éteindre la flamme, est un geste de magicienne, un sort jeté sur lui, le secret de son pouvoir. C’est un tout petit souffle surpuissant, comme le tout petit rasoir que Thornhill trouvera, au fond d’une trousse de toilette, dans la couchette de la magicienne. C’est la magie de la blonde hitchcockienne, jamais plus incandescente qu’éteignant la flamme qu’elle avait elle-même fait naître – jamais plus désirable qu’en castratrice. • JÉRÔME MOMCILOVIC 46


BOBINES

MICROSCOPE

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BOBINES

CLÉMENT COGITORE

VIE SAUVAGE 48


© CLÉMENT COGITORE / ADAGP, PARIS 2017

BOBINES

PORTFOLIO

De

son enfance dans les Vosges, le plasticien et cinéaste Clément Cogitore (Ni le ciel ni la terre, 2015) a hérité une fascination pour la forêt, et l’envie de la filmer. Il y a quelques années, au détour d’un séjour à Moscou, il entend parler d’une famille qui vit isolée, en autarcie, dans la taïga sibérienne depuis quarante ans. Après une première visite en 2012, qu’il immortalise en photos, il revient en 2016 avec son chef opérateur pour tourner un moyen métrage documentaire, Braguino, diffusé en salles et sur Arte en novembre prochain. Dans ce film, et dans l’exposition présentée au Bal ce mois-ci qui rassemble les différentes facettes du projet, on découvre une famille, constituée de trois générations rassemblées autour du patriarche Sacha Braguine, dont l’utopie est menacée par des voisins corrompus et par l’irruption sur leurs terres de braconniers surarmés. Soit un incroyable roman russe aux accents de conte fantastique, dont on a parlé avec Clément Cogitore. • TIMÉ ZOPPÉ 49


BOBINES

© CLÉMENT COGITORE / ADAGP, PARIS 2017

CLÉMENT COGITORE

« Les enfants de cette famille se sont accommodés à la brutalité du monde sauvage. Dans le film, on voit les adultes chasser un ours, puis le découper. Cette petite fille a récupéré les chaussons confectionnés à partir des pattes de l’ours, elle se retrouve avec un monstre craint et redouté aux pieds. Souvent, les parents déposent les enfants sur cette île au milieu du fleuve. Pour eux, c’est autant une récréation permanente qu’une prison. Sous cette image idyllique, magique, de vie dans la nature, ce sont aussi des enfants livrés à eux-mêmes, sans projet ni structure, rien qui les amène à se construire, à part le fait d’aider leurs parents. La troisième génération de Braguine est quasiment muette. » 50


PORTFOLIO

© CLÉMENT COGITORE / ADAGP, PARIS 2017

BOBINES

« Dans cet endroit de Sibérie, il ne fait quasiment jamais vraiment nuit, on est dans une sorte de crépuscule constant, au bord de l’obscurité. Ça a énormément marqué mon regard. Avec mon interprète et mon opérateur, on s’est aussi rendu compte qu’on filmait un monde en train de disparaître, une communauté très fragile face à toutes les menaces – conflits de voisinage, braconnage, incendies. D’où cette impression de fin du monde. Sacha Braguine est l’une des personnes les plus paisibles que j’aie jamais rencontrées. Il n’essaie pas de se protéger, de conquérir ou de convaincre. Cela en fait donc quelqu’un de vulnérable dans le monde dans lequel on vit. »

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BOBINES

© CLÉMENT COGITORE / ADAGP, PARIS 2017

CLÉMENT COGITORE

« J’avais acheté un petit vidéoprojecteur fonctionnant sur batterie. Le dernier soir, j’ai rassemblé tout le monde et je leur ai projeté mes photos d’eux. Les enfants étaient totalement subjugués. Ils avaient déjà vu des images imprimées, ou bien sur des smartphones – ceux des pilotes d’hélicoptères qui atterrissent là –, mais jamais d’images projetées. Quand j’ai arrêté, les enfants se sont réunis derrière le vidéoprojecteur pour comprendre où était l’image. J’ai commencé à leur montrer qu’on pouvait la projeter partout, même sur eux. Il y avait une résonance métaphorique, comme s’ils tenaient leur existence fragile dans leurs mains. »

— : « Braguino ou la Communauté impossible » de Clément Cogitore du 14 septembre au 23 décembre au Bal

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ZOOM ZOOM LES FILMS DU MOIS À LA LOUPE


6 SEPT.

O Ka de Souleymane Cissé Pathé (1 h 36) Page 74

Mary de Marc Webb 20 th Century Fox (1 h 41) Page 68

Barbara de Mathieu Amalric Gaumont (1 h 37) Page 24

Otez-moi d’un doute de Carine Tardieu SND (1 h 40) Page 74

Home de Fien Troch JHR Films (1 h 43) Page 76

Jeannette L’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont Memento Films (1 h 45) Page 58

Pop Aye de Kirsten Tan Happines (1 h 42) Page 74

Mother ! de Darren Aronofsky Paramount Pictures (1 h 55) Page 76

Napalm de Claude Lanzmann Paname (1 h 40) Page 60

Nothing to Hide de Marc Meillassoux Les Films du Saint-André (1 h 26)

Nos années folles d’André Téchiné ARP Sélection (1 h 43) Page 76

Jean BrÉhat - Rachid Bouchareb - Muriel Merlin et ARTE PRéSENTent

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Design : TROÏKA • Photo : Roger Arpajou

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Dans les pas de Trisha Brown de Marie-Hélène Rebois Vendredi (1 h 19) Page 66

Une famille syrienne de Philippe Van Leeuw KMBO (1 h 26) Page 66

13 SEPT.

The Party de Sally Potter Eurozoom (1 h 08) Page 76

Titicut Follies de Frederick Wiseman Météore Films (1 h 24) Page 10

Jean de Florette de Claude Berri Pathé (2 h) Page 80

Le Chemin de Jeanne Labrune Épicentre Films (1 h 31) Page 74

Good Time de Josh et Benny Safdie Ad Vitam (1 h 40) Page 28

Les Grands Esprits d’Olivier Ayache-Vidal Bac Films (1 h 46) Page 81

Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi Septième Factory (2 h 05) Page 74

Le Redoutable de Michel Hazanavicius StudioCanal (1 h 42) Page 62

Barry Seal American Traffic de Doug Liman Universal Pictures (1 h 55)

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20 SEPT.

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Un choc

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Saisissant

TÉLÉRAMA

UN FILM DE

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ANDREÏ ZVIAGUINTSEV

MARIANNA SPIVAK MARINA VASSILIEVA

ANDRIS KEISS

ALEXEÏ ROZINE ALEXEÏ FATEEV

Money de Gela Babluani Océan Films (1 h 30) Page 71

Kiss & Cry de Lila Pinell et Chloé Mahieu UFO (1 h 18) Page 16 et 70

American Assassin de Michael Cuesta Metropolitan FilmExport (1 h 51)

Stupid Things d’Amman Abbasi The Jokers (1 h 15) Page 71

Ça d’Andrés Muschietti Warner Bros. (2 h 15) Page 36 et 76

Gauguin Voyage de Tahiti d’Édouard Deluc StudioCanal (1 h 42)

Demain et tous les autres jours de Noémie Lvovsky Gaumont (1 h 31) Page 72

Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev Pyramide (2 h 08) Page 64

La mort se mérite Digressions avec Serge Livrozet de Nicolas Drolc Les Films des Deux Rives (1 h 37)

MATVEÏ NOVIKOV

SERGUEÏ BORISSOV

NATALIA POTAPOVA

p r o d u c t e u r e x é c u t i f E K AT E R I N A M A R A K O U L I N A m o n t a g e A N N A M A S S m u s i q u e E V G U E N I G A L P E R I N E c o s t u m e s A N N A B A R T O U L I s o n A N D R E Ï D E R G AT C H E V d é c o r s A N D R E Ï P O N K R AT O V m a q u i l l a g e G A L I A P O N O M A R E V A s c é n a r i o O L E G N E G U I N E , A N D R E Ï Z V I A G U I N T S E V i m a g e M I K H A Ï L K R I T C H M A N p r o d u c t e u r s a s s o c i é s V I N C E N T M A R A V A L , P A S C A L C A U C H E T E U X , G R É G O I R E S O R L AT c o - p r o d u c t e u r G L E B F E T I S S O V produit par ALEXANDRE RODNIANSKI, SERGUEÏ MELKOUMOV réalisation ANDREÏ ZVIAGUINTSEV

A Ciambra de Jonas Carpignano Haut et Court (1 h 58) Page 68

Des rêves sans étoiles de Mehrdad Oskouei Les Films du Whippet (1 h 16) Page 70

L’Un dans l’autre de Bruno Chiche Universal Pictures (1 h 25)

27 SEPT.

AGAT FILMS & CIE ET VELVET FILM PRÉSENTENT

Le Jeune Karl Marx de Raoul Peck Diaphana (1 h 58) Page 72

HANNAH STEELE ALEXANDER SCHEER HANS-UWE BAUER MICHAEL BRANDNER IVAN FRANEK PETER BENEDICT NIELS BRUNO SCHMIDT MARIE MEINZENBACH SCÉNARIO PASCAL BONITZER RAOUL PECK IMAGE KOLJA BRANDT DÉCORS BENOÎT BAROUH CHRISTOPHE COUZON COSTUMES PAULE MANGENOT SON JÖRG THEIL BENOÎT BIRAL MAQUILLAGE ET COIFFURES ANNE MORALIS MONTAGE FRÉDÉRIQUE BROOS MUSIQUE ALEXEI AIGUI CASTING SYLVIE BROCHERÉ PRODUIT PAR NICOLAS BLANC RÉMI GRELLETY ROBERT GUÉDIGUIAN RAOUL PECK COPRODUIT PAR BENNY DRECHSEL KARSTEN STÖTER PATRICK QUINET UNE PRODUCTION AGAT FILMS & CIE ET VELVET FILM EN COPRODUCTION AVEC ROHFILM ARTEMIS PRODUCTIONS FRANCE 3 CINÉMA JOUROR SÜDWESTRUNDFUNK RTBF (TÉLÉVISION BELGE) VOO ET BE TV SHELTER PROD AVEC LA PARTICIPATION DE CANAL+ FRANCE TÉLÉVISIONS DISTRIBUTION DIAPHANA (FRANCE) NEUE VISIONEN WILD BUNCH (ALLEMAGNE) AVEC LA PARTICIPATION DE CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE DEUTSCHER FILMFÖRDERFONDS MDM MITTELDEUTSCHE MEDIENFÖRDERUNG PHOTOS © KRIS DEWITTE

NON-STOP PRODUCTION et WHY NOT PRODUCTIONS présentent

après ELENA et LEVIATHAN

Bouleversant

Mon garçon de Christian Carion Diaphana (1 h 30) Page 77

MBB MEDIENBOARD BERLIN-BRANDENBURG FILM- UND MEDIENSTIFTUNG NRW FILMFÖRDERUNGSANSTALT MIT UNTERSTÜTZUNG DER DEUTSCH-FRANZÖSISCHEN KOMMISSION TAX SHELTER DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL DE BELGIQUE CENTRE DU CINÉMA ET DE L’AUDIOVISUEL DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES EN ASSOCIATION AVEC MERCURE INTERNATIONAL TAXSHELTER.BE ING INDÉFILMS 4 A PLUS IMAGE 6 SOFITVCINE 3

Espèces menacées de Gilles Bourdos Mars Films (1 h 45) Page 77

Le maître est l’enfant d’Alexandre Mourot Dans le sens de la vie (1 h 40) Page 77

Les Hommes d’argile de Mourad Boucif Axxon FIlms (1 h 45) Page 77

Une suite qui dérange Le temps de l’action de Bonni Cohen et Jon Shenk Paramount Pictures (1 h 40) Page 14

Le Château de verre de Destin Daniel Cretton Metropolitan FilmExport (2 h 07) Page 81

Laetitia de Julie Talon La Huit (1 h 20) Page 77

Un beau soleil intérieur de Claire Denis Ad Vitam (1 h 34) Page 38

Le Petit Spirou de Nicolas Bary Apollo Films (1 h 26) Page 82


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JEANNETTE. L’ENFANCE DE JEANNE D’ARC

En

adaptant (très) librement deux textes de Charles Péguy, Bruno Dumont signe une comédie musicale mystique et complètement tarée sur la jeunesse de la Pucelle d’Orléans. On s’y attendait, mais on ne pensait pas que ce serait à ce point-là. Jeannette. L’enfance de Jeanne d’Arc est tout aussi fou, et peut-être encore plus, que les deux précédents opus de Bruno Dumont (la série P’tit Quinquin et Ma Loute), qui amorçaient son virage vers la comédie. Cette fois-ci, il s’agit, tenez-vous bien, d’une comédie musicale hard-rock (la bande originale, qui louche vers le mauvais goût cheesy de groupes de métal symphonique type Evanescence, est signée du musicien electro Igorrr) sur les jeunes années de Jeanne d’Arc, juste avant qu’elle ne boute les Anglais hors de France. S’inspirant de deux textes assez solennels de Charles Péguy, Jeanne d’Arc (1897) et Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910), on n’aurait pas cru que le film verserait tant dans l’excentricité. Dans Le Mystère…, l’auteur catholique revenait sur la vocation de la célèbre combattante en imaginant sa longue prière tourmentée à Dieu. Dumont s’empare de cette supplication à coups de chorégraphies démentes

(imaginées par Philippe Decouflé) multipliant les headbangings, les dabs et les mouvements de tecktonik. Des danses folles qui offrent une caisse de résonance inattendue aux mots révoltés de la jeune enfant puis de l’adolescente – deux interprètes, Lise Leplat Prudhomme et Jeanne Voisin, se succèdent dans le rôle de la future sainte, avec un premier degré impressionnant compte tenu des extravagances que Dumont leur demande. Filmant dans un cadre assez minimaliste (les dunes de la Côte d’Opale, et non la Lorraine où l’intrigue est censée se passer, le réalisateur tenant à filmer les paysages qu’il aime regarder et qui sont le décor de beaucoup de ses films), Dumont parvient à trouver l’équilibre entre le côté pieux, spirituel, des dialogues pour la plupart chantés, et ses délires visuels ou sonores. Façon Jeanne d’Arc, c’est quasiment de manière martiale qu’il aborde le genre de la comédie musicale, l’attaquant de front avec tout son arsenal de bizarreries et de décalages retors.  • QUENTIN GROSSET  

Bruno Dumont s’empare de cette supplication à coups de chorégraphies démentes.

— : de Bruno Dumont

Memento Films (1 h 45) Sortie le 6 septembre

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COURAMIAUD @CARACTÈRES CRÉDITS NON CONTRACTUELS

SEP T

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NAPALM

Napalm

plonge dans les souvenirs d’un des plus grands mandarins du documentaire, Claude Lanzmann, pour en extraire une petite anecdote amoureuse, aussi anodine que bouleversante. On ne présente plus celui qui, en premier lieu avec Shoah, mais aussi avec d’autres documentaires autour de l’Holocauste (Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures) et d’Israël (Pourquoi Israël), aura définitivement marqué de son empreinte la fin du xxe siècle. Pour son nouveau film, on s’étonne dès lors de voir l’intéressé se pencher sur une anecdote strictement personnelle, presque dérisoire, qui l’a vu en 1955 faire la rencontre d’une jeune Nord-Coréenne avec qui il aura une liaison éphémère. À l’époque, Lanzmann n’est pas encore cinéaste, mais journaliste – pour Les Temps modernes, notamment. Il est à ce titre invité à intégrer la première délégation d’Europe de l’Ouest autorisée à fouler le sol de la Corée du Nord, après la guerre qui opposa le pays à son voisin du sud. C’est dans les interstices de ce séjour sous haute surveillance que vient se loger cette romance inattendue, interdite, fugace, avec une infirmière venue dans son appartement lui faire une piqûre. Ce film, Lanzmann y

pensait depuis longtemps, tout en sachant qu’il viendrait buter sur un inévitable obstacle : le régime de Kim Jong-un, pas franchement le plus hospitalier pour les tournages de cinéma. Car, on le sait depuis Shoah, la reconstitution est chez Lanzmann un procédé honni et banni – les histoires appartiennent à ceux qui les racontent, de même qu’aux lieux dans lesquelles elles se sont déroulées. Heureusement, le réalisateur a plus d’un tour dans son sac. Prétextant de tourner un film sur le taekwondo (sic !), il se rend sur place avec sa collaboratrice de toujours, Caroline Champetier, qui le suit sur les traces de son souvenir tout en recueillant sa parole, le temps d’un long monologue qui constitue la matière première du film. Mineur en surface, Napalm (on ne révélera pas ici le beau secret du titre) n’en constitue pas moins une remarquable méditation sur la mémoire, la survivance, l’amour – sur le mystère de ces histoires qui nous construisent, précisément parce qu’elles n’ont pas eu lieu. • LOUIS BLANCHOT  

Napalm est une remarquable méditation sur la mémoire, la survivance, l’amour.

— : de

Claude Lanzmann

Paname (1 h 40) Sortie le 6 septembre

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Le film de Jonas Carpignano est remarquable, sa mise en scène saisissante et la performance de cet adolescent impressionnante ! Martin Scorsese


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LE REDOUTABLE

Avec

un Louis Garrel en grande forme burlesque, Michel Hazanavicius met en scène Jean-Luc Godard dans une comédie sur fond de Mai 68 ; et porte un regard à la fois tendre et mordant sur une période où le cinéaste multipliait les ruptures – qu’elles soient sentimentales, artistiques ou politiques.   « Jean-Luc Godard est un sujet biographique redoutable. » En 2010, Antoine de Baecque signait une passionnante biographie du cinéaste suisse et employait, bien avant le film de Michel Hazanavicius, l’adjectif « redoutable » pour qualifier son défi : relater l’itinéraire d’un des artistes les plus importants du xxe siècle. Hazanavicius s’aventure quant à lui à désacraliser la légende cinéphile en adaptant sur un ton fantaisiste Un an après, le roman d’Anne Wiazemsky (incarnée ici par une Stacy Martin très Nouvelle Vague) paru en 2015 dans lequel la comédienne et écrivaine raconte sa relation avec le cinéaste, qu’elle a épousée en 1967. Entre leur idylle sur le tournage de La Chinoise et le moment où la jeune femme s’écarte de lui pour tourner avec d’autres, Godard, dans le sillage de Mai 68, change de braquet artistique et se met à la réalisation de films collectifs d’inspiration marxiste. Renouant avec la veine comique de

La Classe américaine. Le grand détournement ou des OSS 117, Hazanavicius semble notamment beaucoup s’amuser à pasticher et à démythifier le style godardien de l’époque (les teintes criardes et artificielles, très sixties ; le jeu de Stacy Martin, qui adopte la même moue qu’Anna Karina dans Vivre sa vie). Si Mai 68 y reste une toile de fond survolée et un peu toc, le film communique donc cette pure joie fétichiste du clin d’œil cinéphile. Mais sa réussite tient surtout au plaisir de voir Godard y devenir un personnage familier, moins intimidant que l’image publique de vieux sage énigmatique qu’il renvoie parfois. Dans son portrait, Hazanavicius est aussi incisif qu’affectueux. Bien sûr, avec son gros défaut de prononciation, sa calvitie hirsute, sa misogynie et sa misanthropie caricaturales, le Godard version Le Redoutable est insupportable. Mais il est aussi faillible, ce qui le rend éminemment sympathique et hilarant. Mieux, son côté cartoonesque rend paradoxalement le génie plus humain. • QUENTIN GROSSET  

Hazanavicius s’amuse à pasticher le style godardien de l’époque.

— : de Michel Hazanavicius

StudioCanal (1 h 42) Sortie le 13 septembre

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#ExpoMaori

www.quaibranly.fr

Exposition jusqu’au 01 / 10 / 17

Cette exposition a été développée et présentée par le musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa et l’iwi Nga ¯ i Tahu

Hei tiki (pendentif anthropomorphe). Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa (ME023984)


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FAUTE D’AMOUR

Après

avoir radiographié les tensions de classe (Elena, 2012) et crié haro sur la corruption étatique (Léviathan, 2014), le Russe Andreï Zviaguintsev s’attelle à la violence des rapports humains avec Faute d’amour, Prix du jury à Cannes. Des cris, des gestes de crispation, de l’incommunicabilité et une porte qui claque. Boris et Genia, deux Moscovites plutôt aisés, sont sur le point de divorcer. Le premier a trouvé du réconfort sur l’épaule d’une jeune femme, enceinte de lui ; la seconde frissonne dans les bras d’un quadra fortuné. Mais ce qu’ils paraissent totalement omettre, c’est qu’au centre de l’équation trône Aliocha, leur fils de 12 ans, meurtri, hagard et dont les larmes déchirantes sont le seul moyen d’expression. Victime collatérale de la déconfiture conjugale, l’enfant finit par disparaître dans les méandres de la capitale russe aux allures de rouleau compresseur. Sa caméra, Andreï Zviaguintsev s’en sert ici comme d’un scalpel, s’improvisant médecin légiste d’une nation dont il étudie les entrailles. Le couple qu’il place au centre de son échiquier n’est en réalité que le point de départ d’une dénonciation massive et stratifiée, allant de l’égoïsme des mères et l’absentéisme des pères jusqu’à

l’individualisme de masse et les carences de l’État quand il est question de rechercher des enfants disparus. Le cadre soigné et la photographie sidérante de Mikhaïl Krichman appuient d’ailleurs les craintes du cinéaste quant aux mutations profondes qui, depuis les années 2000, ont redessiné les contours de la société russe. À commencer par les méfaits du capitalisme, monstre invisible du film qui a fait de l’autre un adversaire plutôt qu’un allié, et par l’égocentrisme et le narcissisme suintant des personnages – l’usage intensif de Facebook et des selfies en témoignent. Avec force et acuité, l’impressionnant Faute d’amour se pose ainsi en métaphore d’un ordre contemporain vicié dont les héros blafards composent les tristes porte-drapeaux, étendards d’une existence où la plénitude des parents passe avant celle de leur progéniture. La neige que Zviaguintsev fait tomber aurait pu être le symbole d’une accalmie, d’un assainissement qui serait la promesse de beaux lendemains. En l’état, elle a le goût glaçant de la cendre. • MEHDI OMAÏS  

Sa caméra, Andreï Zviaguintsev s’en sert ici comme d’un scalpel.

— : d’Andreï Zviaguintsev

Pyramide (2 h 08) Sortie le 20 septembre

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@CARACTÈRES CRÉDITS NON CONTRACTUELS

Téhéran Tabou un film de

Ali soozandeh

4 OCTOBRE


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DANS LES PAS DE TRISHA BROWN

— : de Marie-Hélène Rebois

Vendredi (1 h 19) Sortie le 6 septembre

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Dans

une salle de répétition de l’Opéra Garnier, une poignée de danseuses s’approprie, pas à pas, un ballet de la chorégraphe Trisha Brown. Pièce sans musique, Glacial Decoy est une variation sur l’équilibre et la pesanteur : les corps doivent s’abandonner à leur propre poids, comme pris dans une tornade ou suspendus au bord d’un précipice. Pas simple, pour les ballerines de l’institution parisienne formées à la rigueur et au contrôle. Pour filmer leurs avancées, la documentariste Marie-Hélène Rebois s’accroche au sourire de Lisa Kraus, révélation du film. Interprète de la pièce lors de sa création en 1979, elle est ici chargée de la transmettre, en l’absence de la chorégraphe, décédée cette année, en s’appuyant sur des enregistrements vidéos d’époque (dont le grain apporte au film une touche d’étrangeté) et d’après le souvenir organique qu’elle a de chaque mouvement. Le film trouve d’ailleurs une de ses plus belles séquences lorsque Lisa, assise au centre du studio, rassemble autour d’elle les jeunes danseuses pour leur conter l’histoire de la chorégraphe et leur révéler la substantifique moelle de son art. Instant de grâce suspendu, en parfait équilibre. • JULIETTE REITZER

UNE FAMILLE SYRIENNE

— : de Philippe Van Leeuw KMBO (1 h 26) Sortie le 6 septembre

Le

grand-père fume une cigarette, assis sur le canapé du salon. C’est l’aube, le reste de la maisonnée dort encore. Préoccupé, il profite de ces quelques instants de solitude, silencieux et pesants, avant que les bombes ne percent à nouveau le ciel de Damas. Le film s’achève là où il a commencé, sur le regard embrumé, profond et inquiet du patriarche, comme pour montrer le caractère cyclique et infernal de la guerre au quotidien. Dans la Syrie ravagée d’aujourd’hui, une mère autoritaire (Hiam Abbass, magnétique) se démène pour la survie de sa famille, rationnant les denrées et repoussant vaillamment les soldats menaçants qui veulent réquisitionner l’appartement. Pourtant, sa témérité est questionnée lorsqu’elle assiste sans rien faire au viol par un soldat d’une jeune voisine qu’elle a recueillie. La force du film se situe dans la manière dont le réalisateur se place du point de vue de l’intime : ne sortant que très rarement de l’appartement, il laisse la guerre hors champ pour faire du domicile un lieu de combat. Épousant un regard féminin porté par des personnages forts, Philippe Van Leeuw offre à son film de guerre une belle singularité. • ANNABELLE CHAUVET

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TITICUT FOLLIES INTERDIT AUX ÉTATS-UNIS PENDANT PLUS DE 20 ANS NOUVELLE COPIE RESTAURÉE 4 K

LE PREMIER FILM DE

FREDERICK WISEMAN AU CINÉMA LE 13 SEPTEMBRE

EX LIBRIS - THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY LE PROCHAIN FILM DU GRAND DOCUMENTARISTE AMÉRICAIN CONCOURT CETTE ANNÉE POUR LE LION D’OR ET SORTIRA EN SALLES LE 1ER NOVEMBRE


FILMS

MARY

— : de Marc Webb 20th Century Fox (1 h 41) Sortie le 13 septembre

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Ne

lui demandez pas combien font 2 + 2 ! Elle dodelinerait de la tête, la mine exaspérée, avant de vous envoyer paître. Du haut de ses 7 ans, la petite Mary Adler, l’héroïne du nouveau long métrage de Marc Webb – (500) jours ensemble, The Amazing Spider-Man –, s’ennuie ferme à l’école. En cause : un talent scientifique hors norme et une appétence pour les grands problèmes mathématiques, à l’instar des équations de Navier-Stokes dont le mystère n’a jamais été percé par la défunte mère de la fillette. Écartelée entre son oncle, un taiseux au look décati qui souhaite pour elle une scolarité normale, et sa grand-mère, une control freak avide d’exploiter ses dons au risque d’écimer son enfance, Mary cherche sa place et émeut grâce à son interprète, Mckenna Grace. Choisie parmi une centaine de bambines, elle tient la dragée haute à Chris Evans, lui-même touchant dans un contre-emploi bienvenu, pour lequel il a remisé son costume de Captain America au placard. Au-delà d’une intrigue cousue de fil blanc, cette comédie sucrée permet à son cinéaste, après deux volets de Spider-Man, de se recentrer sur un cinéma qui laisse une place lumineuse aux personnages. • MEHDI OMAÏS

A CIAMBRA

— : de Jonas Carpignano Haut et Court (1 h 58) Sortie le 20 septembre

Deux

ans après avoir suivi un migrant du Burkina Faso à la Calabre avec Mediterranea, Jonas Carpignano retourne dans cette région pauvre du sud de l’Italie pour plonger dans le quotidien ultra marginal d’une famille de Roms. Débutant comme un film choral, A Ciambra glisse progressivement vers le récit initiatique, en fixant son attention sur Pio Amato, un préado qui règle son pas sur celui de son frère et espère ainsi grimper dans la hiérarchie de la délinquance. Le risque de verser dans le misérabilisme était élevé, d’autant que le réalisateur a casté une véritable famille gitane, mais il se trouve balayé par l’approche sensorielle et immersive de Carpignano, et l’empathie totale qu’il manifeste envers son jeune héros, courant derrière lui avec sa caméra comme le faisaient les frères Dardenne avec Rosetta. De plans-séquences virevoltants en percées oniriques, le cinéaste gratte sous la surface de la misère sociale et morale pour guider Pio dans son rite de passage et révéler l’amour indéfectible qui cimente cette société parallèle envers et contre tous. Comme un reflet inversé, en positif, du film de 1976 d’Ettore Scola, Affreux, sales et méchants. • MICHAËL PATIN

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FILMS

KISS AND CRY

— : de Lila Pinell et Chloé Mahieu UFO (1 h 18) Sortie le 20 septembre

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Le

premier long métrage de fiction de Lila Pinell et Chloé Mahieu (lire p. 16) poursuit le geste amorcé sur leur moyen métrage documentaire Boucle piqué, avec pour sujet l’adolescence dans le milieu du patinage artistique. On retrouve le même prof tyrannique, l’hilarant Xavier, dont l’inventivité dans la vanne cruelle confine au sublime alors même qu’il s’adresse à des gamines hautes comme trois pommes (« Bombonne de gaz ! » ; « Tu devrais aller voir un psy. D’ailleurs mon fils en voit un ! »). Si bien que l’on est presque déçu de le voir passer au second plan assez vite, au profit de l’une de ses souffre-douleur, Sarah, patineuse de 15 ans, dont la joie de vivre commence à être sérieusement entamée par la pression de la win. Le dispositif est semi-documentaire – de vraies patineuses de haut niveau jouent des situations plus ou moins scénarisées. Malgré un parfum parfois artificiel – pas facile de saucissonner ce chaos adolescent dans une trame narrative sur les périls de la génération Snapchat –, le film parvient à saisir le souffle rugueux de ces existences, sans craindre de les garnir d’étonnantes glissades oniriques. • ÉRIC VERNAY

DES RÊVES SANS ÉTOILES

— : de Mehrdad Oskouei Les Films du Whippet (1 h 16) Sortie le 20 septembre

Téhéran.

Des jeunes filles mineures accusées de fugue, de vols, voire de meurtre, sont enfermées dans un centre de rétention et de réhabilitation. Elles racontent leurs histoires, confient leurs doutes et leurs craintes à la caméra de Mehrdad Oskouei. Contre toute attente, ce documentaire, tourné dans des conditions difficiles – il a fallu sept ans au cinéaste iranien pour obtenir l’autorisation de filmer dans ce lieu –, tranche avec la sévérité d’une politique liberticide régulièrement dénoncée par les organisations internationales. Dans ce contexte, la vitalité et la ressource inouïes dont font preuve les protagonistes relèvent presque de l’irréel. Par leur force, elles bricolent d’un commun effort une nouvelle cellule familiale. Mais ces adolescentes, frustrées d’être séparées des leurs et qui étouffent sous le poids de la répression, prennent leur liberté à la volée et imposent, entre les quatre murs d’un établissement plombant, leur légèreté. Les mauvaises pensées, la mélancolie et l’angoisse de l’après, elles les réservent au réalisateur, lors de scènes d’entretiens finement menés. Des images rares d’une jeunesse qui rêve simplement d’émancipation. • JOSÉPHINE LEROY

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STUPID THINGS

— : d’Amman Abbasi The Jokers (1 h 15) Sortie le 27 septembre

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film du réalisateur Amman Abbasi, Stupid Things installe sa caméra dans une petite localité isolée de l’Arkansas, ville aussi chaude par ses températures que par son activité criminelle. En effet, un gang de cambrioleurs et de dealers, les Blood, trouble le quotidien déjà difficile de la région, peuplée majoritairement d’Afro-Américains. Le film débute d’ailleurs par un rite d’initiation : celui de Dayveon, 13 ans, brutalement lynché par la bande avant d’être adoubé par son chef. Une nouvelle famille et un nouveau mentor s’offrent donc au jeune garçon, inconsolable depuis la mort de son frère, tué par balles dans des conditions troubles. Heureusement, d’autres frères de substitutions (un ami chaleureux, un beau-frère protecteur) viendront épouser la dérive de ce jeune adolescent, qui digère dans le silence de ses balades à vélo la douleur de ce deuil impossible. Malgré quelques afféteries de style, Stupid Things se démarque du tout-venant du cinéma indépendant américain grâce à la concision de son récit et au naturel de ses personnages, interprétés par des comédiens aussi inconnus qu’impeccables. • LOUIS BLANCHOT

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Premier

MONEY

— : de Gela Babluani Océan Films (1 h 30) Sortie le 27 septembre

Trois

amis (George Babluani, Vincent Rottiers, Charlotte Van Bervesselès), habitants d’un quartier malfamé du Havre, projettent de voler une mallette remplie d’argent. Ce plan ambitieux les conduit chez un secrétaire d’État corrompu. Alors qu’ils tentent d’empocher le butin et de fuir, les choses se compliquent… Money est un thriller bien ficelé dans lequel l’argent sale circule des plus hautes sphères du pouvoir au citoyen modeste, dans une folle et sinueuse trajectoire. Les personnages s’y muent en pions d’un jeu dangereux, pris dans une spirale infernale. Le film déploie l’étendard d’une critique sociale acerbe en confrontant deux mondes opposés, l’opulence et la misère, et en interrogeant profondément notre rapport à l’argent. Le récit, intelligent, mêle drame personnel (l’histoire d’un père veuf d’origine serbe qui replonge dans le banditisme) et problématiques politiques (des jeunes à l’avenir professionnel bouché, la ghettoïsation de la classe populaire). Le temps d’une nuit chaotique, la violence, tapie sous une tranquillité illusoire, éclate, et l’idéalisme juvénile se bute à la plus dure des réalités. • JOSÉPHINE LEROY

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LE JEUNE KARL MARX

— : de Raoul Peck Diaphana (1 h 58) Sortie le 27 septembre

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Le

précédent film de Raoul Peck, I Am Not Your Negro, était un documentaire nourri aux images de fiction. Le Jeune Kark Marx fonctionne sur le même principe de contre-pied : c’est un biopic aux faux airs de documentaire. Avec un souci du détail permanent, pour les objets comme pour les mots, le cinéaste haïtien se concentre sur une période déterminante : les quatre années qui ont précédé la publication du Manifeste du parti communiste en 1848. Indignés par la violence sociale générée par la révolution industrielle en Europe et son système capitaliste dans lequel « un homme qui n’a rien n’est rien », Marx et son ami Friedrich Engels vont alors tenter de faire entendre leur voix dissonante. De cette démarche d’intellectuels engagés, le film montre l’aspect laborieux (corrections de textes à la bougie), voire ingrat (exil forcé, difficultés financières et conjugales), sans pour autant verser dans le dolorisme. Le tandem de théoriciens allemands avance en politique comme sur un échiquier, sourire de défi en coin. Ce mélange d’énergie ludique et de rage larvée confère à la fresque historique sa belle vitalité. • ÉRIC VERNAY

DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS — : de Noémie Lvovsky

Gaumont (1 h 31) Sortie le 27 septembre

En

tant que cinéaste, Noémie Lvovsky s’est souvent intéressée avec une grande finesse à la psyché des jeunes filles (La vie ne me fait pas peur en 1999, Camille redouble en 2012). C’est à nouveau le cas dans Demain et tous les autres jours. Avec la même aisance, la réalisatrice mêle fantaisie et gravité pour explorer la relation entre Mathilde (Luce Rodriguez), une fillette timide et malicieuse de 9 ans, et sa mère (incarnée par Lvovsky elle-même), une femme lunaire peu à peu touchée par une forme de démence. D’abord, cette dernière semble seulement un peu extravagante (par exemple, elle va s’acheter une robe de mariée parce qu’elle compte se marier « avec la vie »), mais un jour Mathilde doit carrément gérer sa disparition… En lorgnant du côté du conte (Mathilde se réfugie dans l’imaginaire en s’inventant un dialogue avec la chouette de compagnie que sa mère lui a offerte), la réalisatrice parvient à alléger les sujets douloureux qu’elle aborde (la folie, la mort…). C’est tout l’art de Lvovsky de réussir à restituer sans lourdeur le point de vue sensible et innocent d’une enfant forcée de grandir vite. • QUENTIN GROSSET

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&

présentent

Un film de PIERRE CRETON

Va,Toto! au cinéma le 4 octobre


FILMS DANS UN RECOIN DE CE MONDE

En 1944, Suzu, une jeune femme débordante d’énergie, se marie et quitte Hiroshima pour vivre à Kure, un important port militaire japonais… Des taches de peintures dans le ciel pour figurer les bombardements, des kimonos colorés dans les abris antiaériens : ce magnifique film d’animation aborde la guerre par touches contrastées et poétiques. • A. C.

— : de Sunao Katabuchi (Septième Factory, 2 h 05) Sortie le 6 septembre

O KA

Oka désigne une maison à Bamako, chère au cœur du cinéaste malien Souleymane Cissé (Yeelen). Un lieu riche d’histoires et de souvenirs qui fut, en 2008, le théâtre de tractations judiciaires entre ses sœurs, menacées d’expulsion, et l’État malien. De ce démêlé a fleuri un documentaire sincère alertant sur les embûches socio-politiques d’une nation. • M. O.

— : de Souleymane Cissé (Pathé, 1 h 36)

Sortie le 6 septembre

ÔTEZ-MOI D’UN DOUTE

Erwan (François Damiens) apprend que l’homme qui l’a élevé n’est pas son père biologique. Il rencontre ce dernier en même temps qu’il s’éprend d’Anna (Cécile de France) qui s’avère être… sa demi-sœur. Les générations peinent à communiquer entre elles dans ce récit tendre – et parfois drôle – où la transmission n’est pas affaire de génétique. • J. L .

— : de Carine Tardieu (SND, 1 h 40) Sortie le 6 septembre

LE CHEMIN

Au Cambodge, Camille (Agathe Bonitzer), jeune Française qui s’apprête à prononcer ses vœux, emprunte chaque matin le même chemin de campagne. Elle y rencontre Sambath, dont l’épouse est gravement malade… Raccord avec ses héros empêchés, le film de Jeanne Labrune (Cause toujours !) met d’abord les émotions à distance, pour mieux les libérer. • E. M.

— : de Jeanne Labrune (Épicentre Films, 1 h 31)

Sortie le 6 septembre

POP AYE

À Bangkok, Thana, brillant architecte secoué par la démolition prochaine d’un de ses bâtiments phares, tombe dans les rues sur un éléphant qui ressemble fort à celui qu’il avait dans son enfance. Il quitte tout pour le ramener dans son village natal… Ce road movie sur fond de crise de la cinquantaine séduit grâce à sa fantaisie spleenétique. • Q. G.

— : de Kirsten Tan (Happines, 1 h 42) Sortie le 6 septembre

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ET


FILMS HOME

Dans ce drame brut et dérangeant, Fien Troch suit trois lycéens au quotidien dévasté (l’un est victime d’inceste, un autre, de la violence de son père) qui se réfugient dans l’alcool et la drogue. La cinéaste belge mise sur le réalisme (images intimes et sauvages tournées au téléphone portable) pour explorer les liens d’amitié de ce groupe en perdition. • A. C.

— : de Fien Troch (JHR Films, 1 h 43) Sortie le 13 septembre

THE PARTY

Réuni pour fêter la nomination de Janet (Kristin Scott Thomas) au poste de ministre de la Santé, un groupe d’universitaires se déchire dans cet élégant huis clos en noir et blanc. Sexualité, médecine orientale, maternité : Sally Potter confronte ce petit monde dans une joute verbale jubilatoire, révélant les failles et les contradictions de l’élite intellectuelle. • A. C.

— : de Sally Potter (Eurozoom, 1 h 08) Sortie le 13 septembre

MOTHER  !

La tranquillité d’un couple (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) est menacée par l’intrusion dans leur grande demeure d’invités imprévus… Trois ans après sa fresque biblique, Noé, Darren Aronofsky revient avec un film – que nous n’avons pas pu voir – qui semble, à l’instar de son puissant Black Swan (2011), de nouveau creuser le thème de la schizophrénie. • T. Z .

— : de Darren Aronofsky (Paramount Pictures, 1 h 55) Sortie le 13 septembre

NOS ANNÉES FOLLES

Pendant la Grande Guerre, Paul (Pierre Deladonchamps) déserte le front. Son épouse, Louise (Céline Sallette), le travestit en femme pour le cacher : il devient alors Suzanne. Une fois le conflit terminé, il souhaite conserver cette nouvelle identité… André Techiné s’empare d’une histoire vraie avec le lyrisme raffiné qui caractérise son œuvre. • Q. G.

— : d’André Téchiné (ARP Sélection, 1 h 43) Sortie le 13 septembre

ÇA

Dans la petite ville américaine de Derry, de nombreux enfants disparaissent. Une bande d’ados se lance sur les traces du ravisseur, une entité démoniaque flippante déguisée en clown… Cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King signée Andrés Muschietti (Mama) explore nos peurs les plus primitives avec un talent certain pour le glauque. • E. M.

— : d’Andrés Muschietti (Warner Bros., 2 h 15) Sortie le 20 septembre

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FILMS LES HOMMES D’ARGILE

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, des centaines de milliers de Marocains sont enrôlés de force pour défendre la France. Mourad Boucif leur rend un hommage mérité dans ce film de guerre, héritier à la fois du cinéma muet (filtres colorés) et de Terrence Malick – comme dans La Ligne rouge, la violence s’y cogne aux élans panthéistes. • É. V.

— : de Mourad Boucif (Axxon Films, 1 h 45) Sortie le 20 septembre

LAETITIA

Un mois après sa consécration, Laetitia, championne du monde de boxe thaï, doit se remettre au travail afin de préserver ce titre convoité… Deux portraits se mêlent dans ce documentaire délicat : celui d’une sportive de haut niveau, ambitieuse et entêtée, et celui d’une femme-enfant fragile, obsédée par le regard approbateur de son mentor. • J. L .

— : de Julie Talon (La Huit, 1 h 20) Sortie le 20 septembre

MON GARÇON

Séparés, Julien (Guillaume Canet) et Marie (Mélanie Laurent) se retrouvent dans des circonstances glaçantes – leur fils de 7 ans a disparu lors d’un bivouac en montagne… Dans ce thriller où l’angoisse et l’agitation se répondent, la caméra saisit la beauté immaculée de forêts alpines enneigées, en écho au vide ressenti par ces parents. • J. L .

— : de Christian Carion (Diaphana, 1 h 30) Sortie le 20 septembre

ESPÈCES MENACÉES

Un mariage, l’arrivée d’un bébé, l’annonce d’une séparation, la vente d’une maison et une douloureuse désillusion vont sceller les destins de trois familles… S’il ploie un peu sous son ambitieux scénario, ce film français sensible parle avec acuité des dysfonctionnements camouflés tant bien que mal par des êtres qui s’aiment mais sont déboussolés. • J. L . 

— : de Gilles Bourdos (Mars Films, 1 h 45) Sortie le 27 septembre

LE MAÎTRE EST L’ENFANT

En voix off, le réalisateur s’interroge en observant son bébé : comment l’aider à grandir en respectant sa personnalité ? À la recherche d’une réponse, il pose sa caméra pendant un an dans une classe appliquant la méthode pédagogique créée par l’Italienne Maria Montessori au début du xxe siècle. On y suit avec plaisir l’épanouissement joyeux de chaque bambin. • E. M.

— : d’Alexandre Mourot (Dans le sens de la vie, 1 h 40) Sortie le 27 septembre

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LE TROISCOULEURS DES ENFANTS


LA CRITIQUE D’ÉLISE, 8 ANS

COUL' KIDS

JEAN DE F LORETTE

« Ça se passe à une époque assez moderne, mais tout de même pas très : genre, fin époque Renaissance, début époque contemporaine. Jean de Florette est roux, et il est à la fois jeune et vieux, comme ma mère. Il est très gentil et très intelligent, c’est vraiment l’homme idéal. Mais un jeune homme veut lui piquer son terrain ! Ce jeune homme a un visage très bronzé, on dirait qu’il a plein de verrues partout. En plus, son grand-père est encore plus méchant que lui. J’aimerais pas habiter là où ils habitent, l’aménagement est pas terrible : lampes à pétrole, murs tout gris, on boit du vin, on mange pas de vraie nourriture. En plus, ils travaillent comme des ânes ! Même leur fille, Manon, ne va pas à l’école. J’aurais bien voulu tirer des leçons de ce film, mais pour ça il faudrait que je puisse le comparer à la vie réelle. Et là, c’est impossible. En plus, ils ont un accent, et au début je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient. Mais ensuite je me suis habituée. C’est un accent bizarre, qui roule les r. Ceci dit, je veux absolument voir la suite ! Je suis certaine que la petite fille va se venger des méchants ! »

LE PETIT AVIS DU GRAND Si le diptyque Jean de Florette - Manon des sources est emblématique des années 1980, c’est aussi parce que ces superproductions ont marqué un tournant important dans la carrière de personnalités majeures du cinéma français : le réalisateur-producteur Claude Berri, tout d’abord, qui se fera dès lors une spécialité des adaptations cossues de classiques populaires de la littérature française ; Daniel Auteuil, ensuite, qui put enfin s’affranchir de son image de trublion de la comédie potache ; Yves Montand, enfin, qui, jusqu’à la fin de sa vie, ne se départit jamais vraiment du personnage du Papet. • JULIEN DUPUY

— : « Jean de Florette » de Claude Berri Pathé, dès 8 ans Ressortie le 13 septembre

COMPOSE LE MOT MYSTÈRE À PARTIR DES LETTRES DE COULEURS CACHÉES DANS LE TEXTE

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CINÉMA

Titre du film : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nom du réalisateur : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Résume l’histoire : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ................................................................. ................................................................. ................................................................. ................................................................. Ce qui t’a le plus plu : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ................................................................. ................................................................. ................................................................. ................................................................. En bref : Prénom et âge : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . PRENDS TA CRITIQUE EN PHOTO ET ENVOIE-LA À L’ADRESSE BONJOUR@TROISCOULEURS.FR, ON LA PUBLIERA SUR NOTRE SITE !

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LES GRANDS ESPRITS

LE CHÂTEAU DE VERRE

François Foucault (Denis Podalydès) enseigne les lettres au très huppé lycée Henri-IV, à Paris. Un jour, il est muté dans un collège de banlieue à la mauvaise réputation… Dans ce drôle de film, les élèves, futés, sèment la zizanie et débattent de romans du xixe. • J. L .

Entre un père excentrique (Woody Harrelson) et une mère irresponsable (Naomi Watts), Jeannette tente de maintenir à flot sa famille… Adapté de l’autobiographie à succès d’une journaliste américaine, ce road trip doux-amer célèbre les liens familiaux avec poésie. • E. M.

(Bac Films, 1 h 46)

(Metropolitan FilmExport, 2 h 07)

Sortie le 13 septembre

Sortie le 27 septembre

dès 8 ans

Dès 10 ans

: d’Olivier Ayache-Vidal

: de Destin Daniel Cretton

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COUL' KIDS

Ce qui t’a le moins plu : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


L’INTERVIEW D’ANTOINE, 8 ANS

SACHA PINAULT ACTEUR

COUL' KIDS

Ça t’a plu, la projection avec l’équipe du film ?

C’est la deuxième fois que je le vois. La première fois, j’avais du mal à me concentrer sur l’histoire, parce que je pensais à l’équipe et au tournage ; alors que, là, je voyais vraiment le Petit Spirou qui vivait son aventure et j’ai adoré. Comment as-tu été choisi pour jouer ce rôle ? J’étais en vacances à Lyon. J’allais au parc de la Tête d’or, faire du karting, quand un monsieur est allé voir ma maman et lui a dit qu’il cherchait un enfant pour jouer le rôle du Petit Spirou.   Est-ce que tu trouves que tu ressembles physiquement au Petit Spirou de la BD ? Je ne veux pas me vanter mais, avec mes taches de rousseur et mes cheveux teints en roux, je pense que ça marche bien.   Le tournage t’a fait peur ? Au départ, ça m’a impressionné de voir les caméras et toute l’équipe, j’avais un peu le trac, j’avais peur de rater ma phrase.   C’était dur, d’apprendre le texte ? Ça prend du temps, mais, avec les autres enfants qui jouent dans le film, on répétait avec un ballon, on se faisait des passes et on devait dire notre réplique.    Est-ce que tu allais au collège pendant le tournage ? Non, une dame me donnait deux heures de cours par jour. Par exemple, je tournais une scène et puis après j’allais travailler dans un camion transformé en salle de classe.   Dans le film, le Petit Spirou est amoureux de Suzette. Et toi, tu es amoureux de la comédienne, Lila ? Non, je suis juste ami avec elle, on a passé de bons moments ensemble.

Quelle a été la scène la plus dure à tourner ? C’est la scène du bisou entre Lila et moi. On a pris notre courage à deux mains. On avait les lèvres sèches, on n’a rien senti, et on l’a fait vite fait.   Et les cascades dans les airs, ça t’a fait peur aussi ? En fait, c’est tourné dans un studio, c’est un trucage et c’est rigolo à faire. On était sur une plate-forme qui bougeait dans tous les sens, et derrière nous il y avait un fond vert. Pour faire croire que l’on vole, on a mis des images à la place du fond vert.   Est-ce que tu t’es fait des amis ? Oui, je suis très content, des enfants, et des adultes aussi. J’ai beaucoup rigolé avec Pierre Richard et François Damiens.   • PROPOS RECUEILLIS PAR ANTOINE (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE) — PHOTOGRAPHIE : ROMAIN GUITTET

COMME ANTOINE, TU AS ENVIE DE RÉALISER UNE INTERVIEW ? DIS-NOUS QUI TU AIMERAIS RENCONTRER EN ÉCRIVANT À BONJOUR@TROISCOULEURS.FR

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Ermitologie, Clédat & Petitpierre © Yvan Clédat

01 53 35 50 00 www.104.fr

Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons Boris Charmatz Collectif Le Grand Cerf Bleu Christiane Jatahy 49 Swimming Pools / Emmanuel Tellier Jeanne Added Le Troisième cirque

LE DEBRIEF Antoine, 8 ans, a rencontré Sacha Pinault, le jeune comédien âgé de 12 ans qui interprète le héros du film Le Petit Spirou, adapté de la célèbre BD. « J’ai interviewé Sacha juste après la projection du film à l’équipe. Il y avait beaucoup de monde, et ils voulaient tous le féliciter. Il a été très gentil, même si moi j’étais vraiment impressionné et assez stressé. J’ai commencé à me détendre au moment de la séance photo, après l’interview. »

Dorothée Munyaneza Cabadzi X Blier Collectif OS’O Cie Man Haast/Tommy Milliot Bérangère Jannelle Aurélien Bory Yann Frisch Olivier Py Gérald Kurdian Dimitri de Perrot Clédat & Petitpierre Claire Diterzi Jean Le Peltier aalliicceelleessccaannnnee &ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii Jérôme Thomas Juliette Deschamps Christian Rizzo Orchestre de chambre de Paris Kaori Ito Amala Dianor Ayelen Parolin Olivier Dubois Johanna Faye et Saïdo Darwin Omar Rajeh, Hiroaki Umeda, Koen Augustijnen, Anani Dodji Sanouvi Ula Sickle et Daniela Bershan Dominique Boivin Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme Pierre Rigal Berlin Lia Rodrigues Salia Sanou Emily Loizeau Roland Auzet Opéra Pagaï

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ABONNEZ-VOUS !


TOUT DOUX LISTE

PARENTS FRIENDLY

CARPE OU PAS CARPE ?

ATELIER

Aidés par l’artiste japonaise Noriko Koma, les enfants confectionnent une superbe carpe volante en papier en utilisant diverses techniques : dessin, coloriage, découpage et pliage origami. Appelé koinobori, il s’agit d’un objet traditionnel et festif qu’affectionnent particulièrement les petits Japonais.

: tous les samedis à la médiathèque Françoise-Sagan, dès 6 ans

NOUVEAU NEZ

SPECTACLE

Le célèbre pantin en bois de Carlo Collodi prend vie sur les planches. Mis en scène par Joël Pommerat, qui s’est aussi fait connaître pour ses relectures personnelles et audacieuses de Cendrillon et du Petit Chaperon rouge, ce Pinocchio fait preuve de maturité, mais aussi – et toujours – de fantaisie.

: du 13 au 17 septembre à la MC93 (Bobigny), dès 8 ans

À LA BAGUETTE

MAGIE

COUL' KIDS

Sur scène, Tom le magicien (Thierry Batteux) raconte comment il a découvert la magie dans le grenier de son père, tout en chantant et en provoquant quantité d’apparitions et de disparitions, de transformations et de lévitations.

: à partir du 17 septembre au Théâtre la Boussole,

• HENDY BICAISE ILLUSTRATIONS : PABLO COTS

dès 3 ans

KIDS FRIENDLY

FABULEUX DESSINS

EXPOSITION

En plus de croquis exquis, ce sont des extraits de films, des objets originaux, des peintures ou encore des costumes que peuvent admirer les (futurs ?) fans de Caro et Jeunet (Delicatessen, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain).

: à partir du 7 septembre à la Halle Saint-Pierre dès 7 ans

OKAY, GO !

DÉCOUVERTE

Joyeux festival au bord de l’eau, Culture au quai rassemble de nombreux concerts (Sangue, Balinger…), des spectacles (Hip Tap Project, académie Fratellini…), mais aussi des ateliers, des rencontres, un théâtre d’ombres et de marionnettes, une initiation à l’opéra, un karaoké géant…

: les 23 et 24 septembre au bassin de la Villette, tous âges

PRENEZ FORME

SPORT

C’est un événement gratuit et accessible à tous qui vous attend au pied de la tour Eiffel. Comme son nom l’indique, le Famillathlon permet de s’essayer à plusieurs dizaines d’activités, de 11 heures à 18 heures : escrime, capoeira, mölkky… et même, cette année, pétanque et quidditch !

: le 24 septembre au Champ-de-Mars, tous âges

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JEU

7 SUR 7 Affûte ton sens de l’observation avec ce jeu des sept erreurs, version septième art.

: « Capitaine Superslip » de David Soren (20th Century Fox), sortie le 4 octobre

1 : Sourcils • 2 : Couture du slip • 3 : Oreille manquante • 4 : Couleur du tee-shirt • 5 : Dinosaure sur le rideau 6 : Éclair dans les cheveux • 7 : Stickers sur le mur 85


SAISON CULTURELLE CINÉMA CONNAISSANCE MUSIQUE CRÉATION DIGITALE ART EUNESSE

Programme disponible dans vos cinémas et sur www. .com


OFF CECI N’EST PAS DU CINÉMA


RENTREZ LITTÉRAIRE

581 ! C’est le nombre de romans qui paraissent cette année lors de la rentrée littéraire. Pour vous repérer dans cette jungle, TROISCOULEURS en a retenu dix, en dehors des sentiers battus. Humoristique, feuilletonesque, engagée : vous la voulez comment, votre rentrée ? Suivez le guide. • BERNARD QUIRINY — ILLUSTRATION : LINDA MERAD


LIVRES PIONNIER Voici le doyen de la rentrée : Sheppard Lee de Robert Montgomery Bird a paru en… 1836 ! Ce conte picaresque et satirique, dont le héros ne cesse de mourir pour ressusciter dans le corps d’une autre personne, est l’un des tout premiers romans américains, salué par Edgar Poe comme une œuvre pionnière de la littérature du Nouveau Monde. Belle découverte.

: « Sheppard Lee » de Robert Montgomery Bird, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Traisnel (Aux forges de Vulcain, 440 p., 22 €)

GLACIAIRE Et si la catastrophe écologique à craindre n’était pas le réchauffement de la planète mais sa glaciation ? C’est ce qu’imagine l’Écossaise Jenni Fagan pour 2020 : les températures chutent brutalement, la neige recouvre tout, des milliers de gens meurent gelés. Installés dans un parc de caravanes au nord de l’Écosse, trois personnages gentiment marginaux se préparent et s’entraident… Mi-chronique familiale, mi-roman d’apocalypse et de survivalisme, ce récit, paradoxalement, est empreint d’une tonalité poétique et joyeuse, avec des héros attachants qui gardent la tête haute face au monde qui déraille.

(Métailié, 302 p., 20 €)

« Un bus rempli d’hommes a gelé dans le Sahara. Trois gamins sont passés à travers la glace d’un étang à Manchester. En Italie il y a des coupures d’électricité depuis des semaines. »

VOLATIL Des oiseaux meurent par centaines en Normandie, à proximité des Boucles de la Seine. Ni une ni deux, le jeune narrateur embarque sur une croisière fluviale en vue de mener l’enquête sur place… Victor Pouchet signe un roman cocasse dont l’humour tire vers l’absurde, façon Joël Egloff. Une comédie pleine d’un charme, comment dire ? volatil.

: « Pourquoi les oiseaux meurent » de Victor Pouchet (Finitude, 184 p., 16,50 €)

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OFF

: « Les Buveurs de lumière » de Jenni Fagan, traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller


RENTRÉE LITTÉRAIRE PICTURAL Connaissez-vous le peintre Rockwell Kent ? En 1914, âgé de 32 ans, il plaque New York pour s’installer à Terre-Neuve, royaume des pêcheurs et des chasseurs de phoque. Il compte se fondre dans le paysage et s’intégrer à la population locale, mais sa personnalité impossible le met en butte à l’hostilité générale. Traduit pour la première fois en français, le Canadien Michael Winter trace avec Au nord-est de tout le portrait saisissant d’un artiste idéaliste, tout en décrivant les rudes splendeurs des paysages glacés du Grand Nord. Un roman lumineux, écrit dans un style sec et brut de décoffrage.

: « Au nord-est de tout » de Michael Winter, traduit de l’anglais (Canada) par Emmanuelle et Philippe Aronson (Éditions du sous-sol, 360 p., 22 €)

FEUILLETONESQUE Ce n’est pas le roman le plus épais de la rentrée, mais pas loin. Long de 750 pages, Le Triomphe de Thomas Zins raconte l’adolescence d’un garçon de Nancy dans les années 1980, de son entrée au lycée à ses déboires à la fac. Plus qu’un tableau de l’époque Tonton-Renaud-minitel, ce pavé est une histoire d’amour fou et le portrait d’un jeune homme influençable, un caméléon tiraillé entre une femme fatale et un homo tentateur, entre Nancy et Paris, entre l’attitude d’un garçon sage et celle d’un voyou. Bourrée de défauts mais impossible à lâcher, cette tragédie romantique eighties est assurément l’un des romans marquants de la rentrée. OFF

: « Le Triomphe de Thomas Zins » de Matthieu Jung (Anne Carrière, 752 p., 23 €)

POST-EXOTIQUE Derrière Lutz Bassmann se cache Antoine Volodine, grand usager d’hétéronymes. Ils lui servent à déployer l’univers romanesque qu’il invente depuis trente ans, le « post-exotisme » : un monde post-apocalyptique imprégné de mythologie soviétique, d’imagerie industrielle et de métaphysique tibétaine, aux confins du fantastique et de la science-fiction. Black Village en offre une nouvelle facette : trois personnages fraîchement décédés se racontent des histoires, sans jamais les finir. Tels des cut-ups, ces récits interrompus font du roman un clip étrange, véritable voyage dans les paysages mentaux de l’auteur. Superbe et déroutant.

: « Black Village » de Lutz Bassmann (Verdier, 204 p., 16 €)

CULOTTÉ Un roman sur le racisme et l’antiracisme, sujets brûlants s’il en est, il fallait oser. Emmanuel Brault relève le défi en mettant un brave héros plein de préjugés aux prises avec une société hystérique qui produit le racisme à force de le voir partout. Malicieux, attachant, gentiment incorrect, ce coup d’essai aux apparences de fable est une réussite.

: « Les Peaux rouges » d’Emmanuel Brault (Grasset, 195 p., 17,50 €)

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LIVRES

« Je pensais que je pouvais disparaître à Brigus et mener une vie pure, naturelle, à l’abri de tout soupçon. Mais je m’étais fourvoyé. » MÉLANCOLIQUE De retour à Salt Lake City pour un enterrement, Bruce revoit défiler toute sa jeunesse en parcourant les rues… Puissamment mélancolique, ce beau roman tout en flash-back est l’un des derniers de Wallace Stegner (1909-1993), doyen des écrivains de l’Ouest, dont les élèves à Stanford s’appelaient Thomas McGuane, Edward Abbey ou Raymond Carver.

: « L’Envers du temps » de Wallace Stegner, traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille

OFF

(Gallmeister, 360 p., 23,20 €)

PROUSTIEN Tout le monde connaît le questionnaire de Proust, cette scie du journalisme culturel. Mais pourquoi l’associe-t-on justement à l’écrivain, vu qu’il ne l’a pas inventé ? Fine connaisseuse de son œuvre, Évelyne Bloch-Dano mène l’enquête et recrée le petit monde de l’adolescent Proust, dans le Paris et sur la côte normande des années 1890.

: « Une jeunesse de Marcel Proust » d’Évelyne Bloch-Dano (Stock, 280 p., 19,50 €)

TRANSHUMANISTE Avec les progrès des biotechnologies et les folles utopies de la Silicon Valley, le transhumanisme s’annonce comme l’un des grands sujets de roman des années à venir. La preuve en cette rentrée avec Un dissident de François-Régis de Guényveau et surtout L’Invention des corps de Pierre Ducrozet, l’histoire d’un réfugié latino devenu le cobaye d’un gourou milliardaire, façon Elon Musk. À cheval sur la littérature blanche et la SF, ce récit bien mené fait du transhumanisme un élément du nouveau monde en réseau qui se dessine, où l’homme se recâble lui-même comme il a câblé les machines. Fascinant.

: « L’Invention des corps » de Pierre Ducrozet (Actes Sud, 302 p., 20 €)

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EXPOS

DAVID HOCKNEY © DAVID HOCKNEY – PHOTO : RICHARD SCHMIDT

— : jusqu’au 23 oct. au Centre Pompidou

OFF

Vous

David Hockney, Henry Geldzahler and Christopher Scott, 1969

voulez voir les fameuses piscines de David Hockney ? Bingo, il y en a une dizaine au Centre Pompidou ! On peut notamment y admirer la plus emblématique d’entre elles, A Bigger Splash (1967), avec son plongeon fantomatique dans un bassin calme et ensoleillé. Mais le travail du grand artiste britannique, aujourd’hui âgé de 80 ans, ne se résume pas à ces vibrantes images de la Californie (camaïeux de bleu, lumières vives) où il vit et travaille en partie depuis la fin des années 1960. Au fil d’un parcours aéré rassemblant plus de cent cinquante œuvres, on découvre ses gravures de jeunesse, qui retracent son émancipation en tant qu’artiste et gay lors de son premier voyage à New York en 1961 ; des toiles aux techniques et aux influences très mélangées qu’il a peintes après avoir été sidéré par une rétrospective de Picasso ; des portraits ultra réalistes de couples de son entourage dont se dégage une inquiétante étrangeté qui rappelle les tableaux d’Edward Hopper ; d’immenses paysages colorés composés de plusieurs toiles assemblées, dont certains représentent la campagne de son Yorkshire natal ; d’épurés dessins à la plume représentant ses proches – son grand amour et modèle régulier, Peter Schlesinger ; Andy Warhol… Autant de pièces témoignant de la diversité d’une œuvre intime qui n’a jamais cessé de se renouveler, comme l’atteste son usage récent de la vidéo et de l’iPad ainsi que ses dernières toiles, achevées cette année – avec, comme ultime facétie, une rafraîchissante reprise de L’Annonciation de Fra Angelico. • MARIE FANTOZZI

Le travail du grand artiste britannique ne se résume pas à ces vibrantes images de la Californie.

MELISSA DUBBIN ET AARON S. DAVIDSON

DÉCOMPOSITION D’UNE MAISON

Bye-bye Saint-Ouen : Untilthen inaugure son nouvel espace boulevard Magenta avec « Six Degrees of Freedom », la première exposition personnelle de Melissa Dubbin et Aaron S. Davidson. Les deux artistes américains basés à New York présentent un ensemble protéiforme de pièces à la croisée de l’histoire, de la géologie et de l’informatique qui révèlent la nature des mécanismes artificiels de circulation d’images et de sons, de construction de la mémoire. • ANNE-LOU VICENTE

Céline Poulin et Alexis Guillier invitent une dizaine d’artistes et auteurs vivant ou travaillant à Montreuil à réanimer, via leurs œuvres et leurs interventions, l’histoire (et l’esprit) des lieux. Entre espace domestique, décor et plateau de tournage mêlant réalité et fiction, l’ancienne maison de maître qu’est le centre d’art fait ici office de caisse de résonance avec la création par George Méliès, au début xxe siècle, des premiers studios de cinéma dans sa propriété montreuilloise. • A.-L. V.

: du 9 sept. au 7 oct. à la galerie Untilthen

: du 15 sept. au 16 déc. au 116 (Montreuil)

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ART COMPRIMÉ Tous les mois, notre chroniqueuse vous offre un concentré des dernières réjouissances du monde de l’art.

Miracle ! La moustache de Salvador Dalí n’a pas bougé d’un poil. C’est le premier constat fait sur le corps embaumé du maître surréaliste, mort en 1989 et exhumé à la mi-juillet à l’occasion d’un test de paternité réclamé à cor et à cri depuis une dizaine d’années par Pilar Abel, une cartomancienne qui prétend être sa fille cachée. Les résultats sont attendus pour septembre. • Alice Cooper possédait un Warhol et ne s’en souvenait même pas… Après un flash de lucidité, le chanteur de hard-rock américain s’est mis en quête de la sérigraphie Little Electric Chair qui lui avait été offerte en 1972 par sa petite amie de l’époque, Cindy Lang. Il l’a retrouvée dans un de ses entrepôts où elle dormait, au calme, depuis plus de quarante ans. Achetée 2 500 dollars à l’époque, elle pourrait en valoir près de vingt millions aujourd’hui. • Les flics ne plaisantent pas avec la drogue. En juillet, près de Lyon, une brigade, tombée sur 4 000 m² de culture d’orge, de lin et de cannabis, a immédiatement entrepris de détruire les plants suspects. Manque de pot, c’était une installation artistique dans le cadre de la biennale d’architecture, et c’était… du chanvre, plante très ressemblante au cannabis, mais quasi dépourvue de substances psychoactives. L’excuse des coupables, recueillie par le quotidien Le Progrès : il n’y avait pas de « petit panneau » indiquant que c’était une œuvre d’art. • MARIE FANTOZZI ILLUSTRATION : PABLO GRAND MOURCEL


SPECTACLES

DÉMONS — : de Lars Norén, mise en scène de Lorraine de Sagazan du 26 septembre au 14 octobre au Montfort théâtre (1 h 20)

© PHOTO : PAULINE LE GOFF

OFF

Ils

sont beaux, Lucrèce et Antonin, et ils se sont probablement follement aimés. Pourtant, lorsqu’on les rencontre, leur salon bourgeois semble être devenu trop étriqué pour leur grand amour. Alors, pour tromper leur ennui, ils jouent à se torturer à petit feu. L’intrigue de Démons débute ainsi, dans l’intensité d’une passion mêlée de cruauté. De vannes en jets d’objets, chaque scène joue d’ascenseurs émotionnels savamment contrôlés ; seule l’incroyable séduction qu’opèrent les acteurs les rend acceptables. Mais quand Antonin décide d’inviter une spectatrice dans le jeu, la tension monte encore d’un cran, jusqu’à l’insupportable. Du haut de sa petite trentaine, la metteure en scène Lorraine de Sagazan n’a pas peur des limites. Si elle s’attaque aux classiques théâtraux – ici du Suédois Lars Norén, auparavant du Norvégien Henrik Ibsen, dont elle a adapté Une maison de poupée –, c’est pour les emmener ailleurs et, d’un même geste, nous ramener à nous. Invité dans l’intimité d’un couple interprété avec brio par Antonin Meyer Esquerré et Lucrèce Carmignac, le spectateur changera de perspective en douceur. Il commencera par se demander « Que suis-je capable d’accepter par amour ? », et repartira avec la question « Quelle violence suis-je capable d’accepter sans réagir ? ». • AÏNHOA JEAN-CALMETTES

De vannes en jets d’objets, chaque scène joue d’ascenseurs émotionnels savamment contrôlés.

ENDGAME

STADIUM

Connue pour son travail de plasticienne et de performeuse, l’artiste et activiste cubaine Tania Bruguera s’essaie à sa première mise en scène. Elle adapte Fin de partie de Samuel Beckett, une fable sur la complexité des relations de pouvoir. En plaçant les spectateurs en haut de vastes échafaudages, elle rappelle que tout est question de point de vue. • A. J.-C.

Pour Mohamed El Khatib, la vie et le théâtre ne sont pas deux mondes séparés ; du moins, ils ne devraient pas l’être. Ses pièces s’emploient à représenter sur scène ceux qui n’y ont jamais droit de cité. Pour sa nouvelle création, il invite ainsi de (vrais) supporters du Racing Club de Lens à investir le plateau. • A. J.-C.

: de Tania Bruguera, du 22 sept.au 1er oct.

: de Mohamed El Khatib, du 27 sept. au 7 oct. au théâtre national de La Colline

au Théâtre des Amandiers (Nanterre) (1 h 20)

(1 h 45 mi-temps comprise)

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LE NOUVEAU THÉÂTRE

DE LA PLACE D’ITALIE OUVERTURE SEPTEMBRE 2017

Conception : Agence itiConseil - Photo ©Heli Sorjonen

Une saison de spectacles Cirque Eloize

Coline Serreau

Arturo Brachetti

James Thierrée

Slava’s Snowshow

Philippe Genty

Romane Bohringer

Bérénice Béjo

Philharmonique de Prague

Salut Salon

Rachid Badouri

Blanca Li…

Anne Sylvestre

Paris

The Pianist - Thom Monckton

www.le13emeart.com


CONCERTS

ZOMBIE ZOMBIE — : le 30 septembre à La Marbrerie (Montreuil), dans le cadre du Red Bull Music Academy Festival

© GILBERT COHEN

OFF

Cela

fait presque déjà dix ans qu’est sorti le premier album de Zombie Zombie, A Land for Renegades, consacré en 2008 comme l’un des dix meilleurs albums de l’année par le disquaire anglais Rough Trade. Le disque surprenait par son mélange de sonorités électroniques et de batteries krautrock, à mi-chemin entre la musique de club et la musique de film, évoquant autant Can, John Carpenter ou Sun Ra que les écuries techno DC Recordings ou Cómeme. Le duo formé par Cosmic Néman (alors batteur de Herman Dune) et Étienne Jaumet (saxophone, métalophone, boîtes à rythmes, synthétiseurs) s’est depuis enrichi d’un troisième larron (Docteur Lori Schönberg) à la trompette et aux percussions. La sorte de pyramide que forment les trois musiciens sur scène a donc gagné en assise rythmique, mais aussi en détails et en textures. Leur nouvel album, Livity, poursuit cette quête d’une musique mutante, comme vivante, qui serait jouée par des hommes-machines. Et si c’est le DJ et producteur I:Cube qui a mixé l’album (gonflant les kicks pour le dancefloor, flirtant avec le space-disco), le trio a encore développé son style : une musique aussi dansante que planante, aussi répétitive que variée, aussi sensible que potentiellement anxiogène. Avec sa pochette dessinée par Philippe Druillet (l’un des fondateurs de Métal Hurlant), ce Livity sonne comme le krautrock des autoroutes de l’espace, l’exotica de planètes éloignées, la dance-music d’un club qui ne touche plus terre. • WILFRIED PARIS

Leur nouvel album poursuit cette quête d’une musique mutante, comme vivante.

LCD SOUNDSYSTEM

RED BULL MUSIC ACADEMY FESTIVAL

Sept ans après le magistral This Is Happening (« Dance Yrself Clean », jouissif), l’ours facétieux James Murphy et son groupe clôturent la tortueuse saga de leur reformation avec American Dream, quatrième album qui revigore la magie dance-punk discoïde qui les a consacrés. Et quel panache ! Hymne solaire ou valse acide, les premiers titres annoncent des retrouvailles live extatiques, sur fond de petites larmes à l’œil et de déhanchements furieux. • ETAÏNN ZWER

Un disque-collage dédié au poète afro-américain Langston Hughes ; le vétéran de la disco-funk française Micky Milan pour une orgie de boogie ; une vertigineuse immersion ambient avec la percussionniste Midori Takada et le baroque Tim Hecker ; ou une nuit à Montreuil, entre dark techno, trésors tropicaux et créations bizarres… Le casting ultra pointu de cette deuxième édition parisienne donne des frissons. • E. Z .

: les 13 et 14 septembre à l’Olympia

: du 25 au 30 septembre dans divers lieux parisiens et montreuillois

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RESTOS

RETOUR SUR TERRE

OFF

© LOUIS LAURENT GRANDADAM

Qui dit « rentrée » dit « bonnes résolutions ». Respecter la planète et manger sain, par exemple. On vous aide, avec des chefs engagés : William Ledeuil et ses pâtes aux blés anciens, Kristin Frederick et son potager urbain, Julie Bavant et sa cuisine végétarienne.

KITCHEN TER(RE) Jamais deux sans trois. Après Ze Kitchen Galerie (ZKG) et Kitchen Galerie Bis (KGB), William Ledeuil a ouvert Kitchen Ter(re). Le jeu de mots cache un projet ambitieux, respectueux et durable, né d’une rencontre avec Roland Feuillas (Les Maîtres de mon Moulin), paysan boulanger à Cucugnan (Aude) et héraut engagé des variétés anciennes de blé. Ses farines moulues sur meule de pierre taillée dans le granit du Sidobre (Tarn) donnent un formidable pain au levain naturel, mais aussi des pâtes tout aussi exceptionnelles. William Ledeuil et lui ont mis au point six sortes de pasta, façonnées et séchées au long d’un processus qui dure près de dix jours. Il y en a au blé dur, au barbu du Roussillon, à l’épeautre ou à l’engrain (petit épeautre), en forme de girolle, de casarecce, de coquillette ou de dentelle. Le chef étoilé a même mis au point un « blésotto » avec de l’engrain pelé, ce qui lui confère un moelleux incomparable à la cuisson. Dans une salle bistrot pop signée Daniel Humair (peintre et jazzman) et Roël Stassart (scénographe) et dirigée avec énergie par Marin Simon, transfuge de ZKG, on retrouve tout l’univers métissé de William Ledeuil, maître des assaisonnements et des bouillons inspirés par l’Asie, le tout incarné à la perfection par le chef Bruno Laporte, ex-ZKG lui aussi. Le gaspacho de tomates, les girolettes au porc ibérique et kimchi, les coquillettes au curry vert et basilic, et la glace gianduja, café et miso sont déjà des classiques. Menus : 26 et 30 €. • STÉPHANE MÉJANÈS

: 26, boulevard Saint-Germain, Paris Ve

GREENHOUSE

CAFÉ INEKO

Kristin Frederick est la reine du fast good avec son food truck Le Camion qui fume et sa cantine chinoise Huabu. Son nouveau défi : un potager urbain, une terrasse et du vin naturel. Pablo Jacob, ex-Michel Bras et William Ledeuil, mitonne du quinoa aux carottes rôties harissa et œuf mollet (plats à partir de 11 €) ou des gyoza de carottes et gingembre, sauce Sichuan (6 €). • S. M.

Inès de Villeneuve a quitté Vuitton pour ouvrir un bistrot décoré par son compagnon, François Champsaur. Dans une atmosphère minérale de broc chic, la cheffe Julie Bavant y prépare une cuisine végétarienne : salade de courgettes, feta, fraises à l’huile à l’estragon et au basilic thaï, ou burger au camembert en croûte de noisette. Carte : à partir de 20 €. • S. M.

: 22, rue Crespin-du-Gast, Paris XIe

: 13, rue des Gravilliers, Paris IIIe

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direction Stéphane Braunschweig

Les Particules élémentaires 12 septembre – 1er octobre 2017 Odéon 6e de Michel Houellebecq mise en scène Julien Gosselin 01 44 85 40 40 / theatre-odeon.eu


RÉALITÉ VIRTUELLE

DEAR ANGELICA COURT MÉTRAGE

— : de Saschka Unseld (Oculus Story), dès 8 ans

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Révélé

l’an dernier à Sundance, cet émouvant poème animé de 13 minutes nous plonge dans les pensées d’une jeune femme endeuillée. Sa mère, Angelica, ancienne actrice, vient de mourir. En revoyant ses films, sa fille la fait ressurgir dans toute sa splendeur cinématographique. Plastiquement superbe, le court métrage réalisé par Saschka Unseld, animateur ayant notamment travaillé pour Pixar, représente une prouesse technique inédite. Pour la première fois, en effet, un film d’animation a été entièrement créé à même la réalité virtuelle. Au lieu d’utiliser un écran d’ordinateur, comme c’est habituellement le cas, l’artiste Wesley Allsbrook a dessiné ses personnages et ses décors avec un casque VR devant les yeux et des manettes en guise de pinceaux. Totalement immergée. Cette méthode pionnière, à la croisée de la sculpture, de l’aquarelle et du light painting, confère à Dear Angelica toute sa puissance évocatrice, à la fois baroque et intimiste. Aussi spectaculaires soient-ils, les jaillissements de couleurs pastel s’agglomérant en de flamboyants combats de dragons et autres virées lunaires restent toujours à portée du spectateur. Ondulants, enveloppants, éphémères mais sensibles. Presque palpables. Car en se déplaçant dans l’espace avec notre Oculus Rift, on peut aisément approcher ces images, les traverser comme des nuages. Bref, à l’instar de la narratrice avec les souvenirs d’Angelica, les faire nôtres pour un instant. • ÉRIC VERNAY

L’artiste a dessiné ses personnages et ses décors avec un casque VR devant les yeux.

DOLPHIN MAN

DOCU AQUATIQUE

Détendez-vous, prenez une profonde inspiration : vous voilà fin prêt pour explorer les fonds marins en trois rencontres à 360 degrés. Pour commencer, on s’enfonce dans les abysses façon Le Grand Bleu avec William Trubridge, dix-neuf fois recordman du monde d’apnée. Puis, petite respiration zen avec Sara Campbell, coach de yoga. Et on replonge aussitôt avec Fabrice Schnöller, le biologiste qui murmurait à l’oreille des cétacés. À couper le souffle. • É. V.

: (Seppia Interactive / Arte), dès 6 ans

ARCHANGEL

JEU DE TIR

Dans une Amérique post-apocalyptique, les puissances mécaniques ont pris le pouvoir. Mais les forces libres résistent. Votre mission, si vous l’acceptez, est à la fois simple et compliquée : sauver le monde. Bon, concrètement, il s’agit avant tout de buter du méchant robot. Et, par chance, votre main droite et votre main gauche disposent chacune d’un mégaflingue laser du futur. Vaisseaux kamikazes et autres tanks ennemis n’ont qu’à bien se tenir. • É. V.

: (Skydance Interactive), dès 12 ans

PROGRAMMES À DÉCOUVRIR À L’ESPACE VR DU mk2 BIBLIOTHÈQUE INFOS ET RÉSERVATIONS SUR MK2VR.COM


La part d’ombre des jeunes filles en fleurs

Été 1969, Californie. Une jeune fille seule tombe sur une bande de femmes libérées. Dévorée par l’envie d’être remarquée, elle ne tarde pas à les suivre dans leur ranch de hippies. Une plongée au cœur de la psyché féminine, de la fragilité à l’ultraviolence.

Ce roman magistral agit comme un grand frisson révélateur sur la manière dont on se fabrique. Sandrine Mariette, ELLE


PLANS COUL’ À GAGNER

MOUNT OLYMPUS PERFORMANCE

— : de Jan Fabre, du 15 au 16 septembre à la Grande Halle de la Villette © SAM DE MOL

Homme

dieu de l’ivresse et de la fête, Dionysos. Il sera donc question de forces naturelles, de corps, de débordements et de folies ; de tableaux outranciers et de couleurs criardes. Bien armé de son kit de survie – une brosse à dents, une lampe de poche et un petit guide –, le spectateur devra s’abandonner entièrement à cette expérience limite. Car rien n’est à comprendre, tout est à vivre, même dans les hallucinations d’un demi-sommeil.  • AÏNHOA JEAN-CALMETTES

OFF

de la démesure, Jan Fabre ouvre la rentrée théâtrale avec un projet monumental : une performance de 24 heures. Une nuit et un jour, donc, pour traverser la mythologie grecque. En six parties, quatorze chapitres où se croisent les dieux, les héros et les simples mortels, offerts en pâture à leur destin comme à leurs impossibles désirs. Lorsqu’il renoue avec les origines de la tragédie, le chorégraphe et metteur en scène anversois le fait aux côtés du

THE GIRLS

ROMAN

Dans la Californie de la fin des années 1960, une ado, séduite par une bande de filles qui vit en communauté sous la houlette d’un charismatique gourou (qui n’est pas sans rappeler Charles Manson), glisse dans un cercle infernal de violence… La jeune prodige Emma Cline signe un premier roman sombre et fascinant. • E. M.

: d’Emma Cline (10/18, 360 p.)

BLANCA LI

DANSE

Rassembler la danse et l’écologie, c’est le pari que relève ici la célèbre chorégraphe espagnole. Porteur d’un message universel tout en s’éloignant des discours moralisateurs, son Solstice s’annonce comme une représentation dansée de notre écosystème, une expérience « naturelle » et sensorielle unique. • E. M.

: du 21 septembre au 13 octobre

au Théâtre national de Chaillot

THÉÂTRE

Du roman de Michel Houellebecq sorti en 1998, le jeune Julien Gosselin a tiré une pièce caméléon de près de 4 heures acclamée à Avignon en 2013. Une relecture excitante, à l’inventivité folle, qui parvient à conserver le précieux mélange de cynisme, d’humour et de désespoir de l’auteur. • E. M.

: du 12 septembre au 1er octobre à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

© NICO BUSTOS ; SIMON GOSSELIN

LES PARTICULES ÉLÉMENTAIRES

SUR TROISCOULEURS.FR/PLANSCOUL


LES INCASSABLES — EN 150 FILMS —

20 SEPTEMBRE 31 DÉCEMBRE 2017

Forum des Halles forumdesimages.fr


SONS

GIRLS IN HAWAII — : « Nocturne » de Girls in Hawaii ([PIAS]) Sortie le 29 septembre

OFF

© OLIVIER DONNET

Girls

in Hawaii a 15 ans. Oui, déjà. Au départ, le sextuor belge n’était qu’un tandem, composé d’Antoine Wielemans et de Lionel Vancauwenberghe. Tout s’enchaîne ensuite pour le rock band, très vite (le succès inespéré des deux premiers albums), trop vite (la mort tragique du batteur Denis Wielemans dans un accident de voiture en 2010). Suite à cette décennie en forme de montagnes russes, le groupe wallon a su remonter la pente, entamant le processus de résilience avec Everest en 2013. « Cet album était très chargé émotionnellement, se souvient Antoine Wielemans. On était bloqués dans l’écriture. Pour relancer notre créativité, on a alors commencé des séances d’hypnose. D’où ce Nocturne, un disque moins porté sur le texte que la composition, avec des paroles lâchées comme ça, dans un état semi-conscient, sans quête de sens précis. » Empruntée au surréalisme, cette écriture automatique génère de belles fulgurances comme sur le single « This Light », imparable crescendo à la

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ? « Un récit transgénérationnel sur la transmission, dans une atmosphère à la Tr n Anh Hùng, très délicate, lente, picturale, avec une violence intérieure. Je vois bien Takeshi Kitano (rajeuni, avec une perruque rousse !) dans le rôle du disciple, et, pour le vieux sage, le Gandalf du

Radiohead narrant l’histoire d’un homme fuyant la lumière du jour. Jouée d’emblée, cette note sombre s’avère trompeuse : Nocturne ouvre ensuite les volets pour laisser filtrer le soleil sur une pop en clair-obscur. « On a plutôt écrit l’après-midi, alors que d’habitude on préfère la nuit. C’est l’une des raisons pour lesquelles notre musique est plus détendue. Avant, on angoissait d’aller en studio, il fallait que tout soit hyper préparé. Là, on a composé sans se prendre la tête : on voulait passer le moins de temps possible sur les morceaux, pour ne pas les alourdir. On s’imaginait que notre producteur allait nous dire que ça n’allait pas, qu’il fallait retravailler les maquettes, mais, au contraire, il a aimé leur immédiateté », témoigne Antoine Wielemans. « Maintenant, on s’amuse plus, précise Lionel Vancauwenberghe. Les tensions et les peurs du passé tendent à s’estomper. On est moins introspectifs, plus tournés vers l’extérieur. C’est notre premier disque en rupture avec l’adolescence. » On ne les a pas vus grandir. • ÉRIC VERNAY

Seigneur des anneaux. Derrière la caméra : Jim Jarmusch. Il y aurait une temporalité déstructurée à la David Lynch, avec des éclats mystiques dignes de Terrence Malick, des dialogues minimalistes et une scène de pêche à la ligne au bord d’un lac, dans une nuit perpétuelle. » ANTOINE WIELEMANS ET LIONEL VANCAUWENBERGHE

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JUKEBOX

TONY ALLEN

: « The Source » (Blue Note)

À 77 ans, Tony Allen continue d’avancer à grands pas sur le chemin de l’afrobeat. Avec The Source, il rend hommage à son idole Art Blakey, découvert au début des années 1960 alors qu’il était encore technicien à la radio. Entre ces deux batteurs de légende – l’un mort, l’autre plus en forme que jamais – se noue un brûlant dialogue dans lequel se confondent le Nigeria et les États-Unis, le passé du jazz et son présent.  • MICHAËL PATIN

MAUNO

: « Tuning » (Tin Angel) Une suite d’accords certifiée grunge, une voix plaintive façon Thom Yorke : voilà un disque qui commence mal. D’où la surprise provoquée par la suite qui, sans se défaire d’un feeling nineties, trouve de sympathiques chemins de traverse, entre une écriture très pop et un travail sonore raisonnablement expérimental. Sous des dehors impersonnels, Tuning est bien moins beauf qu’il n’y paraît. • M. P.

ARIEL PINK

: « Dedicated to Bobby Jameson » (Mexican Summer)

On avait laissé Ariel Pink dans une situation délicate, à la fois au sommet de sa gloire critique (le tourbillon glam Pom Pom, 2014) et perçu comme l’homme le plus haï de l’indie pop – accusé de misogynie par Grimes et méprisé par Madonna. Trois ans plus tard, c’est son génie qui nous revient en pleine face sur ce nouvel album bourré de tubes carabinés, élevant le pastiche pop au rang des beaux-arts. • M. P. ILLUSTRATION : SAMUEL ECKERT

CATHERINE RINGER AMADOU & MARIAM BEN MAZUÉ • TRYO FRANÇOIS MOREL ALBIN DE LA SIMONE NAÏVE NEW BEATERS EMILY LOIZEAU FRàNÇOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS RACHID TAHA CAMILLE HK • FISHBACH SANSEVERINO KARPATT • VOLO ISAAC DELUSION GAUVAIN SERS JABBERWOCKY DISIZ LA PESTE CYRIL MOKAÏESH CALI • TÉTÉ • TAÏRO ET BIEN D’AUTRES !


SÉRIES

NOBEL

© EIRIK EVJEN

— : saison 1 sur Canal+ —

OFF

Les

mains propres et la conscience tranquille, la Norvège ? Avec sa conspiration ourdie entre Oslo et Kaboul, la série Nobel place la patrie de la pacifiste récompense face à ses contradictions – la participation de ses forces armées à divers conflits – et parvient brillamment à importer sur le sol de ce petit pays européen des enjeux dramatiques qui, a priori, siéent mieux aux thrillers explosifs venus d’Israël (Hatufim, False Flag). Sans faire trop parler de lui, un contingent de soldats norvégiens est ainsi déployé en Afghanistan depuis 2001. Lors d’une permission, l’un d’entre eux, Erling Riiser (l’intense Aksel Hennie de Headhunters), tireur d’élite, reçoit l’ordre d’abattre une cible prioritaire en plein Oslo. Manifestement manipulé, il est lâché par tous : sa hiérarchie,

REVOIS

et le ministère des Affaires étrangères, pour lequel travaille sa femme. Tout le monde regarde Erling comme une brute sanguinaire – la violence, réponse inconcevable, pour une nation de facto en guerre… En plein désert, comme le montrent de nombreux flash-back, même les frères d’armes d’Erling, surtout habitués aux missions de sauvetage, sont sonnés quand la brutalité du conflit les rattrape. « Nous sommes la risée des Américains, s’emporte l’un d’eux après une embuscade. Nous n’avons pas le droit de répliquer, juste celui de nous faire tuer. » La réalité est cruelle. Le constat, nettement moins catégorique sur le terrain de la fiction. Nerveuse et nuancée, Nobel soutient sans rougir la comparaison avec Homeland, le mètre étalon américain du genre. • GRÉGORY LEDERGUE

VOIS

PRÉVOIS

FRIENDS FROM COLLEGE


ENGRENAGES


BLACK AMERICA


« Qu’avons-nous fait de nos rêves ? » La question travaille Nicholas Stoller, diplômé de Harvard devenu auteur de comédies à succès (5 ans de réflexion). Passé à la série, il confronte une troupe de copains de promo aux ratés de leur carrière et de leur vie sentimentale. Piquant et drôle, notamment grâce à Keegan-Michael Key, moitié du duo comique Key & Peele. • G. L .

Toujours pilotée par la scénariste Anne Landois, la nouvelle livraison de la doyenne des créations originales de Canal+ épate une fois de plus par sa faculté à anticiper l’actualité la plus chaude sans courir après les gros titres – cette fois, l’équipe du capitaine Berthaud se trouve sur la piste d’un tueur de flic. Âpre et percutant : le meilleur polar télé français, haut la main. • G. L .

Les uchronies revisitant l’histoire américaine sont à la mode. Après The Handmaid’s Tale, après Confederate, projet de HBO postulant un esclavage encore légal aujourd’hui dans certains États, Amazon développe une série où la guerre de Sécession se serait soldée par la cession d’un territoire autonome à la population noire affranchie du Sud. Gros débats en perspective. • G. L .

: saison 1 à rattraper

sur Netflix

: saison 6 sur Canal+

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: saison 1 en développement pour Amazon Prime Video


BD

BEVERLY QUOI ? DES ÉLÈVES SE FONT TIRER DESSUS ET TOUT.

CARA ! T’ES QU’UNE ABRUTIE.

ALORS J’AI DIS : « VA TE FAIRE FOUTRE, MEC. TU ME CONNAIS MÊME PAS. »

ÇA ROULE LES FILLES ?

SALUT KYLE.

OFF

HAHA !

QUOI DE NEUF PAR ICI ?

PAS GRANDCHOSE.

DEVINEZ QUOI ?

SAL VIENT DE SE FAIRE VIRER.

QUOI ?

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: de Nick Drnaso, traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Cerqueux (Presque Lune, 136 p.)

Et

si l’adolescence n’était que la somme des déceptions nécessaires au passage à l’âge adulte ? C’est le constat que pourrait dresser ce recueil mettant en scène des moments clés de l’existence de jeunes du Midwest entre 1990 et l’époque actuelle. La froideur du trait souligne la nature peu expansive des protagonistes, et leurs postures rigides trahissent l’ambiance répressive dans laquelle ils ont été éduqués. Vues frontales et perspectives axonométriques achèvent d’assimiler les personnages à des éléments contrôlés au destin tout tracé. Quant aux extérieurs, paysages suburbains presque déserts, ils confrontent chacun à ses désillusions et à l’impossibilité de trouver un esprit complice. « Simplicité de forme ne signifie pas nécessairement simplicité de l’expérience. » La maxime de l’artiste minimaliste Robert Morris s’applique exactement à ces six nouvelles parfaites, minutieusement reliées et conçues comme un tout. Leur auteur, 25 ans au moment des faits, pourrait s’arrêter là que son apport serait déjà considérable. • VLADIMIR LECOINTRE 107


JEUX VIDÉO

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© D. R.

HELLBLADE SENUA’S SACRIFICE

Voyage

— : PC, PS4 (Ninja Theory) —

halluciné à travers les enfers vikings, Hellblade est une expérience psychologique d’un nouveau genre. On y suit Senua, jeune guerrière picte qui descend vers Helheim (un des neuf cercles de l’enfer dans la mythologie nordique) pour y sauver l’âme de son compagnon défunt. Alternant énigmes environnementales (il faut trouver des symboles dans le décor) et combats à l’épée contre des légions de démons, le jeu nous fait traverser une ribambelle de contrées, toutes plus belles les unes que les autres. Mais l’humeur n’est pas au tourisme. Atteinte d’une maladie mentale, Senua est sujette à des hallucinations et est hantée par des voix intérieures qui, en réveillant de profondes blessures de son passé, tentent de la dissuader d’accomplir sa mission. Pensé comme une

L’INFERNAL PROGRAMME D’ENTRAÎNEMENT CÉRÉBRAL DU DR KAWASHIMA Toujours plus sollicité, notre cerveau doit développer ses capacités de concentration. Telle est la mission de cet étonnant programme ludoéducatif, avec des exercices chaque jour plus difficiles. • Y. F.

: 3DS (Nintendo)

relecture du mythe d’Orphée, Hellblade fait preuve d’une incroyable inventivité pour donner forme à la psychose de son héroïne. Constellée de morceaux de bravoure, sa mise en scène tire autant parti de la crédibilité de la protagoniste (Melina Juergens, l’actrice qui double Senua, est exceptionnelle) que d’une direction sonore binaurale qui ne cesse de chahuter nos sens. Plus Senua avance, plus les doutes se multiplient. Ses hallucinations sont-elles dues aux démons qui la persécutent ? ou sont-elles seulement le fruit de sa propre imagination ? En maintenant l’ambivalence tout au long de l’aventure, Hellblade renouvelle l’expérience même d’incarnation par un avatar. Une incarnation fascinante qui joue sur des ruptures brutales, pour mieux nous plonger dans une empathie renversante. • YANN FRANÇOIS

LAWBREAKERS

SPLATOON 2

Dans un monde futuriste privé de gravité, des champions s’affrontent dans des joutes en multijoueur. Entre fusillades furieuses et arabesques au ralenti, LawBreakers donne un peu plus de légèreté et de classe au genre du FPS. • Y. F.

La guerre des Calamars reprend de plus belle. Armés de fusils à peinture, les compétiteurs doivent asperger la plus grande surface possible d’un décor entièrement vierge. Accessible et original, Splatoon 2 est la nouvelle référence multijoueur de Nintendo. • Y. F.

: PC, PS4 (Nexon)

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: Switch (Nintendo)


INDÉ À JOUER Manette dans une main, carnet de notes dans l’autre, notre chroniqueur teste chaque mois une sélection de jeux indés.

La rentrée commence mal avec Fortnite (Epic Games | PS4, One, PC, Mac), qui me confronte à l’invasion de mes terres par des zombies. Aidé par d’autres joueurs, je construis des fortifications et des pièges pour repousser les revenants. Je troque une apocalypse contre une autre avec The End Is Nigh (Edmund McMillen | PC, Switch). Dans la peau d’un petit blob seul rescapé sur Terre, je saute de corniche en corniche, qui s’effondre dès que j’y ai posé le pied, le tout sur six cents niveaux. Pyre (Supergiant Games | PC, PS4) me parle aussi d’Armagédon, mais sur un ton autrement plus enjoué. Guidant une caravane d’aventuriers à travers une lande mystique et désolée, je suis les étoiles pour voyager de sanctuaire en sanctuaire. À chaque étape, je dois affronter une troupe adverse dans un étrange rituel : des combats magiques sous forme de matchs de football américain. Sur le papier, ça s’annonce compliqué ; à l’écran, c’est limpide et d’une beauté époustouflante. Mon dernier no man’s land à visiter se situe cette fois dans les étoiles, avec Tacoma (Fullbright | PC, One, Mac), jeu d’exploration d’une sensibilité rare. Envoyée à bord d’une station spatiale désertée, mon héroïne doit collecter les archives de ses anciens occupants, qui se manifestent sous forme d’hologrammes. Alors que chacun vaque à son quotidien, je passe d’un témoignage à l’autre, éclaircissant peu à peu le mystère qui entoure leur disparition. C’est bouleversant. • YANN FRANÇOIS ILLUSTRATION : SAMUEL ECKERT


LES ACTUS mk2

RENTRÉE CLASSE

Tout au long de l’année 2017-2018, vos salles mk2 accueillent une ribambelle d’événements culturels : conférences de philo ou de sciences, cours d’histoire de l’art, ateliers photo et vidéo, rencontres avec des artistes, concerts, cartes blanches… À vos agendas.

ART

BEAUX-ARTS

L’amour de l’art : après leur succès l’an dernier, les cycles de cours sur l’histoire de l’art et les plus beaux musées du monde sont de retour. Cette année, vous pourrez en plus tout savoir sur la Renaissance italienne et l’art contemporain. C’est beau.

: « Une histoire de l’art », les jeudis à 20 h, du 28 septembre au 21 juin, et « Fascinante Renaissance », les samedis à 11 h, du 14 octobre au 2 juin, au mk2 Beaubourg • « Les plus beaux musées du monde », les lundis à 12 h 30, du 2 octobre au 26 mars, et « L’art contemporain », les samedis à 11 h, du 30 septembre au 30 juin, au mk2 Bastille (côté Beaumarchais)

Avec l’architecture, l’homme moderne réinvente une ville dans laquelle la nature, la lumière et la circulation répondent à de nouveaux besoins. Des gratte-ciel de Chicago aux nouveaux enjeux écologiques, les fondations de l’architecture du xxe siècle sont sondées dans ce cycle de trente cours conçu par Des Mots et Des Arts.

: les jeudis à 20 h, du 28 septembre au 21 juin au mk2 Bibliothèque (entrée BnF)

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE

Depuis la Renaissance, l’écriture littéraire suit la trajectoire historique de l’art : le Baroque, le Classicisme, le Romantisme, le Symbolisme, le Surréalisme ou le réalisme magique sont mis à plat dans ce cycle de cours proposé par Des Mots et Des Arts, qui finira par s’interroger : et aujourd’hui, quels enjeux pour la langue ? À vos stylos.

: les mardis à 20 h, du 3 octobre au 27 mars au mk2 Parnasse

LA MODE, UNE HISTOIRE DE STYLE

Cette toute nouvelle série de dix cours, proposée par Des Mots et Des Arts, dévoile les grandes évolutions de la haute couture à travers les créateurs les plus célèbres et leurs créations les plus emblématiques. Les influences orientales de Paul Poiret, l’art d’Elsa Schiaparelli, le New Look de Christian Dior… Vous voilà rhabillés pour l’année.

: deux jeudis par mois à 20 h, du 5 octobre au 8 mars au mk2 Odéon (côté St Germain)

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© NATIONAL GALLERY OF WASHINGTON, RAPHAËL, LA PETITE MADONE COWPER, 1505 ; RYHOR BRUYEU / ALAMY STOCK PHOTO ; GEORGES DIEGUES / ALAMY STOCK PHOTO ; Q1 / ALAMY STOCK PHOTO

ARCHITECTURE ET DESIGN


LES ACTUS mk2 MASTER CLASSES MAGNUM PHOTOS La célèbre agence Magnum vous donne rendez-vous tout au long de l’année pour des rencontres exceptionnelles avec les plus grands noms de la photographie. Au programme : conférence et séance de dédicaces.

: un samedi par trimestre à 11 h, de septembre à juin au mk2 Bibliothèque et au mk2 Quai de Loire

LA PHOTOGRAPHIE Du photojournalisme aux clichés de mode en passant par la photographie artistique ou l’usage de la photo dans les enquêtes policières, ce cycle de cours conçu avec Des Mots et Des Arts vous en mettra plein la vue.

: les jeudis à 20 h, du 5 octobre au 5 avril au mk2 Quai de Loire

PARIS NE S’EST PAS FAIT EN UN JOUR Explorez les grandes périodes qui ont façonné le visage de la capitale de l’Antiquité à nos jours – la Révolution, le Paris romantique, la Belle Époque, les Années folles. Un cycle de cours avec Des Mots et Des Arts.

: les lundis à 20 h, du 2 octobre au 26 mars au mk2 Grand Palais

ENTRONS DANS LA DANSE Grâce aux gracieux grands écarts de ce cycle de cours (proposé par Des Mots et Des Arts), vous saurez tout d’Isadora Duncan, Merce Cunningham, Pina Bausch, les grands chorégraphes contemporains et leurs esthétiques.

: un mardi par mois à 20 h, du 3 octobre au 5 juin au mk2 Quai de Seine

MUSIQUE

CINÉ-JAM D’EDGAR SEKLOKA © RENÉ BURRI – MAGNUM PHOTOS ; AF ARCHIVE / ALAMY STOCK PHOTO ; BETTINA STRENSKE / ALAMY STOCK PHOTO

Accompagné de ses musiciens et du vidéaste Hashka, le chanteur, poète et écrivain Edgar Sekloka rend hommage à la musique noire qui a bercé son enfance lors de concerts exceptionnels accompagnés d’une projection.

: un jeudi par trimestre à 20 h, de janvier à juin au mk2 Quai de Seine

CRÉATION DIGITALE

NOS ATELIERS PHOTO ET VIDÉO

Chaque mois, la galerie Mobile Camera Club partage avec vous ses astuces de pro pour améliorer vos photos et vidéos : de la retouche au montage, de l’usage du noir et blanc à la street photo… Dites « cheese » !

: Un lundi par mois à 19 h 30, du 16 octobre au 18 juin au mk2 Bibliothèque

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LES ACTUS mk2 CINÉMA

UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « Du fantastique à la science-fiction : filmer des mondes intérieurs » ; « Stanley Kubrick : un misanthrope qui fascine »… les conférences sur l’histoire du cinéma proposées par Des Mots et Des Arts inspectent les principaux genres et les filmographies des plus grands réalisateurs à travers des angles inédits. À ne pas louper.

: les mardis à 20 h, du 26 septembre au 26 juin au mk2 Odéon (côté St Michel)

RENDEZ-VOUS DES DOCS Une programmation pour faire le tour d’un sujet affriolant – « Sous tous rapports (Sexe… le mot et la chose) » – au fil de quinze documentaires, dont Une sale histoire de Jean Eustache ou Vers la tendresse d’Alice Diop. Chaud.

: un lundi par mois à 20 h, du 18 septembre au 18 juin au mk2 quai de Loire

LES SAFDIE MATINS BY SOCIETY Préparez-vous à passer du bon temps lors des projections présentées par Society des quatre longs métrages réalisés par les frères Safdie, qui ont enchanté la Croisette cette année avec Good Time (lire p. 28) porté par Robert Pattinson.

: un samedi par trimestre à 11 h, du 23 septembre au 7 avril au mk2 Bibliothèque

DÉJÀ DEMAIN Bienvenue dans la cour des grands : soit le meilleur du court métrage contemporain en compagnie des jeunes cinéastes d’aujourd’hui qui feront les grands films de demain, comme Emmanuel Marre et son Film de l’été (prix Jean Vigo 2017).

: un lundi par mois à 20 h, du 2 octobre à juin au mk2 Odéon (côté St Michel)

MK2 BOUT’CHOU ET MK2 JUNIOR Jamais trop tôt pour commencer le ciné : pour les 3 à 4 ans, des films de moins d’une heure avec lumière tamisée et niveau sonore tout doux ; pour les plus de 5 ans, les immanquables du cinéma à (re)découvrir en famille.

: mk2 Bout’chou, de 3 à 4 ans, les samedis et dimanches matins, toute l’année au mk2 Quai de Seine, mk2 Bastille (côté Beaumarchais), mk2 Gambetta, mk2 Bibliothèque • mk2 Junior, dès 5 ans, les samedis et dimanches matins, toute l’année au mk2 Quai de Loire, mk2 Parnasse, mk2 Gambetta, mk2 Bibliothèque

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© PICTORIAL PRESS LTD / ALAMY STOCK PHOTO ; AF ARCHIVE / ALAMY STOCK PHOTO ; LE SKATE MODERNE, ANTOINE BESSE

JEUNESSE


LES ACTUS mk2 CONNAISSANCE

LE PHOTO LIVE DE 6MOIS Top chrono : vingt photos, 20 secondes par photo. Les photojournalistes vont devoir faire preuve d’esprit de synthèse pour raconter, en image, leur reportage au long cours publié dans la revue 6Mois après des mois de travail.

: un dimanche par trimestre à 11 h, du 8 octobre à juin au mk2 Quai de Seine

LA SORBONNE NOUVELLE FAIT SON CINÉMA Les chercheurs de la Sorbonne Nouvelle passent de l’écrit à l’écran : ils analysent pour nous le cinéma par le prisme du politique et du social – autour, par exemple, de la question des droits des femmes à l’écran.

: un jeudi par trimestre à 12 h 30, du 12 octobre au 14 juin au mk2 Bastille (côté Fg St Antoine)

SCIENCES SOCIALES ET CINÉMA Citizenfour de Laura Poitras, No de Pablo Larraín : cette année, les films projetés et commentés par des enseignants-chercheurs de l’École des hautes études en sciences sociales porteront sur le thème de la résistance. Irrésistible.

: un lundi par mois à 19 h 45, du 9 octobre au 11 juin au mk2 Bibliothèque

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD Laissez-vous porter jusqu’au firmament avec les conférences pédagogiques et chaleureuses du physicien Christophe Galfard, qui perce pour une nouvelle saison les secrets de l’univers. Vertige garanti.

: un samedi par mois à 11 h, du 30 septembre à juin au mk2 Quai de Loire

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN Jamais un pépin avec Charles, ses conférences de philo sont toujours un succès. Au programme cette année : « Peut-on aimer toute sa vie ? », « Vieillir, est-ce désapprendre ? » ou « Faut-il réaliser ses rêves ? ».

: les lundis à 18 h 30, du 11 septembre au 25 juin © PASCAL MEUNIER ; ASTRID DI CROLLALANZA – FLAMMARION

au mk2 Odéon (côté St Germain)

ET AUSSI DANS VOS SALLES, DE NOMBREUX AUTRES ÉVÉNEMENTS : avant-premières, master classes, cartes blanches, ciné-BD, rencontres-dédicaces, cycles en matinée, séances exclusives, festivals…

RETROUVEZ TOUTE LA PROGRAMMATION SUR WWW.mk2.COM

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mk2 SUR SON 31 SAMEDI 9 SEPT. CYCLE « JAZZ À LA VILLETTE : CUBA » En partenariat avec le festival Jazz à la Villette, projection de 7 jours à la Havane de Benicio del Toro, Pablo Trapero, Julio Medem, Elia Suleiman, Gaspar Noé, Juan Carlos Tabío et Laurent Cantet.

: mk2 Quai de Seine à 10 h 15

CARTE BLANCHE À HÉLÈNE DELPRAT En partenariat avec La Maison rouge, l’artiste Hélène Delprat présente Cutter’s Way d’Ivan Passer.

: mk2 Bastille

MARDI 26 SEPT. UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « De la naissance du cinéma aux années 1950. » (Séance gratuite.)

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

JEUDI 28 SEPT. ARCHITECTURE ET DESIGN « La révolution industrielle. » (Séance gratuite.)

DIMANCHE 10 SEPT. CYCLE « JAZZ À LA VILLETTE : CUBA » En partenariat avec le festival Jazz à la Villette, projection de Música cubana de German Kral.

: mk2 Quai de Seine à 10 h 45

LUNDI 11 SEPT.

: mk2 Odéon (côté St Michel) à 20 h

MARDI 3 OCT.

: mk2 Bibliothèque (entrée BnF) à 20 h

(côté Beaumarchais) à 11 h

DÉJÀ DEMAIN En partenariat avec L’Agence du court métrage, projection du Film de l’été d’Emmanuel Marre (Prix Jean-Vigo du court métrage 2017), des Misérables de Ladj Ly, de La Convention de Genève de Benoît Martin et de Pépé le morse de Lucrèce Andreae (sélection officielle Cannes 2017).

UNE HISTOIRE DE L’ART « L’Antiquité, berceau de l’histoire de l’art. » (Séance gratuite.)

: mk2 Beaubourg à 20 h

SAMEDI 30 SEPT.

ENTRONS DANS LA DANSE « Des danses sociales aux danses scéniques. » (Séance gratuite.)

: mk2 Quai de Seine à 20 h

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE « Qu’est-ce que la littérature ? » (Séance gratuite.)

: mk2 Parnasse à 20 h

L’ART CONTEMPORAIN « Après 1945 : bouleversements et enjeux artistiques. » (Séance gratuite.)

UNE AUTRE HISTOIRE DU CINÉMA « Des années 50 à aujourd’hui. »

: mk2 Odéon

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Qu’est-ce que rencontrer quelqu’un ? »

: mk2 Bastille

(côté St Michel)

(côté Beaumarchais)

: mk2 Odéon (côté St Germain)

à 20 h

à 11 h

à 18 h 30

LUNDI 18 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Comment conquérir sa liberté ? »

VENEZ PARCOURIR L’UNIVERS AVEC CHRISTOPHE GALFARD « Comprendre E = mc². »

: mk2 Quai de Loire à 11 h

: mk2 Odéon (côté St Germain)

LUNDI 2 OCT.

à 18 h 30

SAMEDI 23 SEPT. CYCLE « LES SAFDIE MATINS BY SOCIETY » Le magazine Society présente Good Time de Ben et Joshua Safdie.

: mk2 Bibliothèque à 11 h

LUNDI 25 SEPT. LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Pourquoi tant de jalousie ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

LES PLUS BEAUX MUSÉES DU MONDE « Le Metropolitan Museum de New York. » (Séance gratuite.)

: mk2 Bastille (côté Beaumarchais) à 12 h 30

LUNDIS PHILO DE CHARLES PÉPIN « Peut-on aimer toute sa vie ? »

: mk2 Odéon (côté St Germain) à 18 h 30

PARIS NE S’EST PAS FAIT EN UN JOUR « Le Paris antique. » (Séance gratuite.)

: mk2 Grand Palais à 20 h

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Il n’y a pas qu’au cinéma qu’on peut lire les meilleures critiques

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TROIS COULEURS #154 septembre 2017  

Directeur de la publication : Elisha Karmitz / Rédactrice en chef : Juliette Reitzer / Directeur artistique : KELH

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