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LES VARIÉTÉS DU FRANÇAIS PARLÉ DANS L’ESPACE FRANCOPHONE Ressources pour l’enseignement

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Sylvain Detey Jacques Durand Bernard Laks Chantal Lyche

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Avec DVD 2 h 30 de conversations enregistrées


LES VARIÉTÉS DU FRANÇAIS PARLÉ DANS L’ESPACE FRANCOPHONE Ressources pour l’enseignement


LES VARIÉTÉS DU FRANÇAIS PARLÉ DANS L’ESPACE FRANCOPHONE Ressources pour p l’enseignement

Sylvain Detey Jacques Du urand Bernard Laks Chantal Ly yche (E Eds)

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Ouvrage publié avec le soutien de la DGLFLF Délégation générale à la langue française et aux langues de France 6, rue des Pyramides, 75001 Paris


Collection L’ESSENTIEL FRANÇAIS dirigée par Catherine Fuchs La conséquence en français, par Charlotte Hybertie La concession en français, par Mary-Annick Morel Les ambiguïtés du français, par Catherine Fuchs Les expressions figées en français, noms composés et autres locutions, par Gaston Gross Les adverbes du français, le cas des adverbes en –ment, par Claude Guimier Les formes conjuguées du verbe français, oral et écrit, t par Pierre Le Goffic L’espace et son expression en français, par Andrée Borillo Les constructions détachées en français, par Bernard Combettes L’adjectif en français, par Michèle Noailly Les stéréotypes en français, par Charlotte Schapira L’intonation, le système du français, par Mario Rossi Le français en diachronie, par Christiane Marchello-Nizia La cause et son expression en français, par Adeline Nazarenko Les noms en français, par Nelly Flaux et Danielle Van de Velde Le subjonctif en français, par Olivier Soutet La construction du lexique français, par Denis Apothéloz La référence et les expressions référentielles, par Michel Charolles Le conditionnel en français, par Pierre Haillet Dictionnaire pratique de didactique du FLE, E par Jean-Pierre Robert La variation sociale en français, par Françoise Gadet La préposition en français, par Ludo Melis Le gérondif en français, par Odile Halmøy Le nom propre en français, par Sarah Leroy Outils et ressources électroniques pour le français, par Benoît Habert Les dictionnaires français, outils d’une langue et d’une culture, par Jean Pruvost Les temps de l’indicatif en français, par Gérard Joan Barceló et Jacques Bres Les verbes modaux en français, par Xiaoquan Chu Le discours rapporté en français, par Laurence Rosier Construire des bases de données pour le français, par Benoît Habert Les expressions verbales figées de la francophonie, par Béatrice Lamiroy (dir.) Dictionnaire des verbes du français actuel. Constructions, emplois, synonymes, par L.S. Florea, C. Fuchs Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Toute représentation, reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. Par ailleurs, la loi du 11 mars 1957 interdit formellement les copies ou les reproductions destinées à une utilisation collective. © Editions Ophrys, Paris, 2010 Imprimé en France ISBN 978-2-7080-1283-7 Editions Ophrys, 25 rue Ginoux, 75015 Paris / www.ophrys.fr


Table des matières Les chapitres p surlignés g en gris gris dans la table des matières sont présentés p sur le DVD. Liste des contributeurs ........................................................................13 Introduction .......................................................................................17 Carte du monde francophone et points d’enquête......................................... e 20 Carte de France, Suisse et Belgique et points d’enquête................................. e 21 Symboles et abréviationss ............................................................................ 22 L’alphabet phonétique international........................................................... l 23

Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif Ch. 1 Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources (S. Detey, J. Durand, B. Laks & C. Lyche)...................................29 1. Introduction.............................................................................. 29 2. Méthodologie : le projet PFC .................................................... 31 2.1 Origines du projet ............................................................... 31 2.2 Méthode et conventions PFC .............................................. 32 3. Ressources : le projet PFC-EF .................................................. 33 3.1 Des repères pour l’étude des variétés de français ................... 34 3.2 Structure et conventions de l’ouvrage ................................... 34 3.2.1 Le sous corpus : constitution, anonymisation, transcription ............................................................... 35 3.2.2 Les commentaires ....................................................... 36 3.2.3 Les conventions d’écriture........................................... 38 4. Conclusion................................................................................ 41 Ch. 2 Eléments de linguistique pour la description de l’oral (S. Detey, J. Durand & C. Lyche) ................................................45 1. Décrire et prescrire .................................................................... 45 2. Ecrit et oral................................................................................ 47 3. Variation et registres de langue................................................... 48 4. Niveaux de description .............................................................. 52 4.1 Lexique et morphologie ....................................................... 53 5


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

4.2 Phonétique et phonologie .................................................... 56 4.2.1 Les phonèmes : transcription, réalisation et distribution................................................................. 56 4.2.2 La prosodie ................................................................. 60 Ch. 3 La variation socio-phonologique illustrée (J.M. Tarrier) ..............................................................................67 1. Introduction.............................................................................. 67 2. Des systèmes phonémiques différents selon la variété géographique ............................................................................. 68 2.1 La liste de mots et le texte .................................................... 68 2.2 Asymétrie de la valeur des lectures ....................................... 71 2.3 Comparaison avec des témoins québécois ............................ 72 3. Variation en fonction de l’âge, exemples en Pays Basque ............ 73 3.1 La disparition de la latérale palatale...................................... 73 3.2 Phonologie du /r/, variation intra et interlocuteurs, variation générationnelle...................................................... 73 3.3 La disparition du /h/............................................................ 75 4. Variation en fonction de la surveillance du discours ................... 75 4.1 L’exemple de l’asymétrie de la valeur des lectures.................. 76 4.2 Les schwas en fin de mot ..................................................... 76 5. Variation en fonction du positionnement social......................... 78 5.1 Des positionnements différents dans un même village.......... 78 5.2 Des positionnements différents au sein d’une même famille. 80 Ch. 4 Oralité, syntaxe et discours (N. Rossi-Gensane) .....................................................................83 1. Introduction.............................................................................. 83 2. Oralité....................................................................................... 84 2.1 Ponctuation et prosodie ....................................................... 84 2.2 Des modes de production de l’oral....................................... 85 3. Syntaxe, ou autour de la phrase.................................................. 86 3.1 De la phrase ......................................................................... 86 3.2 Temps, modes et voixx .......................................................... 86 3.2.1 Les temps.................................................................... 86 3.2.2 Les modes ................................................................... 88 3.2.3 Les voix active et passive ............................................. 89 3.3 La « polarité » de la phrase : l’expression de la négation ........ 89 3.4 Les modalités énonciatives de la phrase : l’exemple de la modalité interrogative.......................................................... 90 3.5 Autour de la fonction sujet .................................................. 92 6


Table des matières

3.6 Autour de la subordination : l’exemple des propositions subordonnées relatives ......................................................... 93 3.6.1 Des subordonnées relatives ......................................... 93 3.6.2 De certaines subordonnées relatives « non standard » .. 94 3.7 Loin de la phrase canonique… ............................................ 95 4. Discours .................................................................................... 96 4.1 L’écrit et l’oral : une différence de médium, mais aussi de conception........................................................................... 96 4.2 Ancrage référentiel dans la situation et coprésence spatio-temporelle ................................................................. 97 4.2.1 Un important recours aux déictiques .......................... 97 4.2.2 La non-réalisation de fonctions syntaxiques ................ 98 4.3 Communication spontanée.................................................. 99 4.3.1 Les « petits mots » de l’oral ......................................... 99 4.3.2 L’organisation de l’information à l’oral : succession linguistique et déroulement chronologique ............... 100 5. Une syntaxe de l’oral ? Le rôle de la macro-syntaxe .................. 101 5.1 La syntaxe de l’oral existe-t-elle ?........................................ 101 5.2 De la macro-syntaxe et de ses rapports avec l’oral ............... 102 6. Conclusion.............................................................................. 103 Ch. 5 Des données linguistiques à l’exploitation didactique (S. Detey & D. Nouveau) ..........................................................107 1. Introduction............................................................................ 107 2. Des données linguistiques........................................................ 108 3. Des données métalinguistiques ................................................ 112 4. Pistes d’exploitation didactique................................................ 113 4.1 Fiche pédagogique mono-extrait : de la compréhension orale à la réécriture............................................................. 113 4.2 Fiche pédagogique multi-extraits : les adverbes en -mentt .... 123 5. Conclusion.............................................................................. 137

Partie II. La France hexagonale septentrionale Ch. 1 Le français de référence : éléments de synthèse (C. Lyche)..................................................................................143 1. Le problème de la norme : un peu d’histoire............................ 143 2. Le système vocalique ............................................................... 146 3. Le système consonantique ....................................................... 152 7


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4. Le schwa.................................................................................. 154 5. La liaison................................................................................. 157 6. La prosodie.............................................................................. 159 7. Conclusion : des FR pour le FLE ? .......................................... 160 Ch. 2 Le français de référence : quels locuteurs ? (S. Detey & D. Le Gac).............................................................167 1. Le français de référence : quelle illustration ? ........................... 167 2. Illustrer le français de référence : quelle démarche ? ................. 170 3. Illustration de la démarche ...................................................... 172 4. Comparaison entre perception et production .......................... 174 5. Conclusion.............................................................................. 177 Ch. 2 Problématique du « Français de référence » : baccalauréat et comportements en société (12‘04) (S. Detey & D. Le Gac)............................................................... 5 Ch. 3 Conversation à Paris dans la haute bourgeoisie : l’enseignement secondaire (4’54) (K.A. Østby)..............................................................................11 Ch. 4 Conversation à Paris avec un étudiant : un parcours scolaire difficile (5’17) (A.B. Hansen) ...........................................................................21 Ch. 5 Conversation à Darnétal (Seine-Maritime) : la télévision dans les loisirs (4’58) (D. Hall & C. Lyche) ................................................................35 Ch. 6 Conversation à Roanne (Loire) : voyage de la classe 54 dans le Sud marocain (5’26) (D. Nouveau) ............................................................................47 Ch. 7 Conversation à Treize-Vents (Vendée) : le réseau social des jeunes dans un petit village (7’17) (G.M. Mallet)............................................................................59 Ch. 8 Conversation à Ogéviller (Meurthe-et-Moselle) : les enfants d’hier et d’aujourd’hui, l’éducation se perd (4’59) (C. Pagliano & D. Le Gac) ........................................................71

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Table des matières

Ch. 9 Conversation à Magland (Haute-Savoie) : regard sur la vie d’autrefois (5’) (E. Pustka & M. Vordermayer)..................................................83

Partie III. La France hexagonale méridionale Ch. 1 Le français méridional : éléments de synthèse (A. Coquillon & J. Durand) ......................................................185 1. Introduction............................................................................ 185 2. Aspects syntaxiques et lexicauxx ................................................ 186 3. Aspects phonétiques et phonologiques..................................... 187 3.1. Les consonnes................................................................... 187 3.1.1. Le /R/..................................................................... 188 3.1.2. Les obstruantes ....................................................... 188 3.1.3. Les glissantes .......................................................... 189 3.2. Les voyelles orales (sauf schwa) ......................................... 189 3.3. Le schwa .......................................................................... 191 3.3.1. La position finale de mot ....................................... 191 3.3.2. Syllabe initiale de polysyllabe ................................. 192 3.3.3. Syllabe interne de polysyllabe ................................. 192 3.4. Les voyelles nasales .......................................................... 193 3.5. La liaison.......................................................................... 193 3.6. La prosodie ....................................................................... 194 Ch. 2 Conversation à Douzens (Aude) : retour sur les deux guerres mondiales (7’54) (J. Durand & N. Rossi-Gensane) ..............................................95 Ch. 3 Conversation à Lacaune (Tarn) : une leçon d’école buissonnière (5’05) (B. Lonnemann & T. Meisenburg) ..........................................107 Ch. 4 Conversation à Marseille (Bouches-du-Rhône) : un cuisinier dans la marine (4’58) (A. Coquillon).........................................................................117 Ch. 5 Conversation à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) : langue et identité au Pays basque (5’30) (J. Eychenne)...........................................................................131 Ch. 6 Conversation avec une Aveyronnaise... à Paris : les Parisiens vus par une Provinciale (5’) (E. Pustka) ...............................................................................145 9


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

Partie IV. La Belgique Ch. 1 Le français en Belgique : éléments de synthèse (P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ....................................203 1. Situation historique et politique .............................................. 203 2. La diversité des accents et l’existence d’une norme endogène ... 205 3. Cinq extraits illustrant la diversité du français parlé en Belgique ............................................................................. 206 Ch. 2 Conversation à Gembloux (province de Namur) : deux enfants bien différents (5’10) (P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ..................................159 Ch. 3 Brève conversation à Ivoz-Ramet (province de Liège) : vivre au quotidien après la maladie (1’55) (P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ..................................171 Ch. 4 Brève conversation à Tournai (Hainaut) : la vie estudiantine (3’06) (P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ..................................179 Ch. 5 Brève conversation à Zellik (Brabant flamand) : les tensions entre communautés linguistiques (0’53) (P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ..................................185 Ch. 6 Brève conversation à Molenbeek-Saint-Jean (Région de BruxellesCapitale) : l’argent de poche des enfants (1’07) (S. Audrit, P. Hambye, A.C. Simon & R. Wilmet) ..................191

Partie V. La Suisse Ch. 1 Le français en Suisse : éléments de synthèse (H.N. Andreassen, R. Maître & I. Racine).................................213 1. Situation géolinguistique de la Suisse....................................... 213 2. Brève caractérisation du français parlé en Suisse romande ........ 217 2.1. Les différents types de variation ........................................ 217 2.2. La variation lexicale et sémantique.................................... 217 2.3. La variation morphosyntaxique......................................... 220 2.4. La variation phonétique et phonologique ......................... 222 2.5. La variation prosodique .................................................... 225 3. Insécurité linguistique ............................................................. 226 4. Conclusion.............................................................................. 227 10


Table des matières

Ch. 2 Conversation à Gland (canton de Vaud) : la culture suisse (5’48) (H.N. Andreassen, R. Maître & I. Racine) ..............................201 Ch. 3 Brève conversation à Veyras (canton du Valais) : la menuiserie (2’50) (H.N. Andreassen, R. Maître & I. Racine) ..............................213 Ch. 4 Brève conversation à Meinier (canton de Genève) : la fête de l’Escalade (2’16) (H.N. Andreassen, R. Maître & I. Racine) ..............................221 Ch. 5 Brève conversation à Bévilard (canton de Berne) : l’enjeu du bilinguisme dans un canton franco-allemand (3’12) (H.N. Andreassen, R. Maître & I. Racine) ..............................229

Partie VI. L’Afrique et les DROM Ch. 1 Le français en Afrique et dans les DROM : éléments de synthèse (A.B. Boutin).............................................................................237 1. Introduction............................................................................ 237 2. Implantation historique du français dans les colonies .............. 238 3. La situation contemporaine du français en Afrique et dans les DROM .................................................................. 241 4. Les extraits .............................................................................. 242 Ch. 2 Conversation à Bejaia (Algérie) : les femmes et le mariage (5’17) (S. Leroy) ................................................................................239 Ch. 3 Conversation à Abidjan (Côte d’Ivoire) : des études mouvementées dans les années soixante (5’) (A.B. Boutin)...........................................................................255 Ch. 4 Conversation à Ouagadougou (Burkina Faso) : parenté à plaisanterie entre Gurma et Yatenga (5’47) (G. Prignitz & A.B. Boutin) ....................................................269 Ch. 5 Conversation à Ilet à Cordes (Ile de la Réunion) : arrivée du téléphone et de la route (5’14) (G. Bordal & G. Ledegen).......................................................283 Ch. 6 Conversation à Petit-Canal (Guadeloupe) : la fête de Noël (4’56) (E. Pustka) ...............................................................................295 11


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

Partie VII. L’Amérique du Nord Ch. 1 Le français en Amérique du Nord : éléments de synthèse (J. Eychenne & D. Walker) ........................................................249 1. Situation géolinguistique ......................................................... 249 1.1. Panorama historique ......................................................... 249 1.2. La situation actuelle.......................................................... 252 2. Grands traits structurauxx ......................................................... 254 2.1. Phonologie ....................................................................... 254 2.2. Morphologie..................................................................... 257 2.3. Lexique............................................................................. 258 2.4. Syntaxe............................................................................. 259 Ch. 2 Conversation dans la ville de Québec (Québec, Canada) : la religion pour un jeune Québécois (5’02) (S. Kelly) .................................................................................311 Ch. 3 Conversation à Belle-Rivière (Ontario, Canada) : la transmission du français en milieu minoritaire (5’47) (F. Poiré) ..................................................................................325 Ch. 4 Conversation à Rivière-la-Paix (Alberta, Canada) : la francophonie rurale dans l’Ouest canadien (7’03) (D. Walker) .............................................................................339 Ch. 5 Conversation à La Ville Platte (Louisiane, Etats-Unis) : langue et musique en Louisiane (5’08) (C. Lyche, T. Klingler & A. LaFleur) .......................................351

Bibliographie générale.........................................................................267 Glossaire .............................................................................................273 Index................................................................................................... x 291 Sommaire du DVD .............................................................................295

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Liste des contributeurs (par ordre alphabétique) ANDREASSEN, Helene Nordgård Université de Tromsø (Norvège) AUDRIT, Stéphanie Université catholique de Louvain (Belgique) BORDAL, Guri Université d’Oslo (Norvège) BOUTIN, Akissi Béatrice CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II (France) & Université d’Abidjan (Côte d’Ivoire) CARRIERE-PRIGNITZ, Gisèle Université de Pau et des Pays de l’Adour (France) COQUILLON, Annelise CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II (France) DETEY, Sylvain SILS, Université Waseda (Japon) & LiDiFra E.A. 4305, Université de Rouen (France) DURAND, Jacques CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II & Institut Universitaire de France (France) EYCHENNE, Julien Université Simon Fraser (Canada) HALL, Damien Université de York (Royaume-Uni) HAMBYE, Philippe Université catholique de Louvain (Belgique) HANSEN, Anita Berit Université de Copenhague (Danemark)

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Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

KELLY, Stéphanie Université Western Ontario (Canada) & CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II (France) KLINGLER, Thomas Université Tulane (Etats-Unis d’Amérique) LAFLEUR, Amanda Université d’état de Louisiane (Etats-Unis d’Amérique) LAKS, Bernard MoDyCo UMR 7114, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, CNRS & Institut Universitaire de France (France) LE GAC, David LiDiFra E.A. 4305, Université de Rouen (France) LEDEGEN, Gudrun LCF UMR 8143, CNRS, Université de la Réunion (France) LEROY, Sarah MoDyCo UMR 7114, CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense (France) LONNEMANN, Birgit Université de Düsseldorf (Allemagne) LYCHE, Chantal Universités d’Oslo & de Tromsø (Norvège) MAITRE, Raphaël Glossaire des patois de la Suisse romande, Université de Neuchâtel (Suisse) MALLET, Géraldine-Mary MoDyCo UMR 7114, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, CNRS (France) MEISENBURG, Trudel Université d’Osnabrück (Allemagne) NOUVEAU, Dominique CLS, Université Radboud de Nimègue (Pays-Bas)

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Liste des contributeurs

ØSTBY, Kathrine Asla Université d’Oslo (Norvège) & MoDyCo UMR 7114, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, CNRS (France) PAGLIANO, Claudine Université de Nice (France) POIRE, François Université Western Ontario (Canada) PUSTKA, Elissa LMU Munich (Allemagne) RACINE, Isabelle Université de Genève (Suisse) ROSSI-GENSANE, Nathalie CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II (France) SIMON, Anne Catherine Université catholique de Louvain (Belgique) TARRIER, Jean-Michel CLLE-ERSS UMR 5263, CNRS, Université Toulouse II (France) TCHOBANOV, Atanas MoDyCo UMR 7114, CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense (France) VORDERMAYER, Martin LMU Munich (Allemagne) WALKER, Douglas Université de Calgary (Canada) WILMET, Régine Université catholique de Louvain (Belgique)

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INTRODUCTION « Le peuple est souverain de sa langue et la tient comme un fief de francalleu, et n’en doit reconnaissance à aucun seigneur. L’école de cette doctrine n’est point ès auditoires des professeurs hébreux, grecs et latins en l’Université de Paris; elle est au Louvre, au Palais, aux Halles, en Grève, à la place Maubert. » Pierre de La Ramée, dit Petrus Ramus, Grammaire Française, au Roy, Paris, (1562).

Depuis l’origine, les travaux de linguistique sont pris dans une contradiction et une tension : décrire ou prescrire  ? Si les traités et les manuels académiques, normatifs et prescriptifs, ont longtemps tenu le devant de la scène, depuis quelques décennies le paysage linguistique a changé - grâce en soit rendue aux sociolinguistes et descriptivistes des usages qui ont su renouveler notre approche de la langue française dans sa variation intrinsèque. Linguistes, préoccupés de la description et de l’analyse du français parlé, c’est dans cet esprit que nous avons lancé, il y a maintenant une dizaine d’années, le programme de recherche « Phonologie du français contemporain : usages, variétés et structure » (PFC). Plus de 60 chercheurs et de nombreuses équipes de par le monde se sont lancés avec nous dans l’aventure de renouveler les données sur lesquelles bâtir une phonologie du français plus soucieuse des pratiques et des usages. Avec leur concours s’est progressivement construite une base de données considérable qui a suscité et continuer de motiver de nombreuses analyses linguistiques modernes du français. Décrire et analyser notre langue dans sa matérialité vivante permet également d’en renouveler l’enseignement. Tel était il y a dix ans l’un de nos objectifs et c’est avec plaisir que nous pouvons aujourd’hui proposer à nos 17


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

collègues en charge de l’enseignement du français, qu’il s’agisse de langue première, seconde ou étrangère, un ensemble d’outils à vocation pédagogique leur permettant d’enseigner le français oral dans la diversité de ses usages attestés en France et dans l’espace francophone. Cet ouvrage, conçu au sein du sous-programme PFC-EF (PFC-Enseignement du français) présente ces outils et nous espérons qu’il sera utile à chacun qui tâche de faire maîtriser le français des Francophones dans sa bigarrure et pourtant son unité systématique et linguistique. L’ouvrage que nous présentons s’adresse ainsi aux enseignants, aux étudiants et aux chercheurs intéressés par le français oral vivant : il conviendra tout autant aux programmes de langue que de linguistique française. Un certain nombre de chapitres introduisent le programme de recherche et les grands domaines de l’analyse linguistique du français. Ils sont suivis par un ensemble de chapitres, chacun basé sur une enquête et la description des usages en un point géographique précis, qui illustrent tour à tour chacun des phénomènes non seulement phonologiques de notre langue mais aussi lexicaux, grammaticaux ou discursifs. Ces chapitres sont rédigés par le ou les chercheurs qui ont mené l’enquête et/ou assuré l’analyse au point géographique considéré. Afin de faciliter l’utilisation de ce qui se voudrait également manuel et support de cours, ces présentations ont été homogénéisées et chaque chapitre se conforme au même plan d’ensemble, même si chaque chercheur demeure responsable de l’analyse proposée.1 Enseigner et faire partager les beautés du français tel qu’il vit chaque jour dans la parole des Francophones de par le monde est une tâche exaltante et nous espérons beaucoup avoir aidé par cet ouvrage ceux qui s’attachent quotidiennement à défendre, illustrer et enseigner la langue que nous avons en partage. La réalisation de cet ouvrage n’aurait pas été possible sans la collaboration de nombreux chercheurs et étudiants qui ont effectué des enquêtes, transcrit et codé les données. Qu’ils en soient tous remerciés. Nous avons également bénéficié du soutien sans faille de nombreux organismes, en particulier l’Institut de Linguistique Française (ILF) et sa direction (Christiane MarchelloNizia puis Benoît Habert), ainsi que la Délégation Générale à la Langue 1. Le nom des auteurs des chapitres figure en note de bas de page dans chaque chapitre (« Ce chapitre a été rédigé par X »). Pour toute référence à des parties précises de l’ouvrage, merci de bien citer le nom des auteurs des chapitres concernés. 18


Introduction

Française et aux Langues de France (DGLFLF), qui nous a accordé une subvention spécifique pour ce projet. Dans ce contexte, nous tenons à remercier Xavier North, Michel Alessio, Olivier Baude, Claire Extramiana, Pierre Janin et Jean Sibille. Chaque année, le Centre de coopération franco-norvégienne en sciences humaines et sociales, au sein de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH), nous accueille et nous soutient dans l’organisation à Paris d’un colloque PFC qui nous permet de faire progresser nos travaux. Enfin, deux projets retenus par l’Agence Nationale de la Recherche française (PFC-COR et PHONLEX) nous ont aidés à poursuivre les recherches théoriques qui ont alimenté cet ouvrage. Sylvain Detey, Jacques Durand, Bernard Laks, Chantal Lyche

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La Ville-Platte (Louisiane)

ALBANIE, ANDORRE, BELGIQUE, COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE, BÉNIN, BULGARIE, BURKINA, BURUNDI, CAMBODGE, CAMEROUN, CANADA, CAP-VERT, CENTRAFRIQUE, COMORES, CONGO, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO, CÔTE D'IVOIRE, DJIBOUTI, DOMINIQUE, ÉGYPTE, FRANCE, GABON, GRÈCE, GUINÉE, GUINÉE-BISSAO, GUINÉE ÉQUATORIALE, HAÏTI, LAOS, LIBAN, LUXEMBOURG, ANCIENNE RÉPUBLIQUE YOUGOSLAVE DE MACÉDOINE, MADAGASCAR, MALI, MAROC, MAURICE, MAURITANIE, MOLDAVIE, MONACO, NIGER, NOUVEAU-BRUNSWICK, QUÉBEC, ROUMANIE, RWANDA, SAINTE-LUCIE, SAO TOMÉ-ETPRINCIPE, SÉNÉGAL, SEYCHELLES, SUISSE, TCHAD, TOGO, TUNISIE, VANUATU, VIÊT NAM

HAÏTI

Québec

Belle-Rivière

MAROC

MAURITANIE

Bejaia (Algérie)

SUISSE MONACO ANDORRE

TUNISIE

ALBANIE

FRANCE

ÉGYPTE

GRÈCE LIBAN CHYPRE

GÉORGIE ARMÉNIE

AUTRICHE, CROATIE, GÉORGIE, HONGRIE, LETTONIE, LITUANIE, MOZAMBIQUE, POLOGNE, SERBIE, SLOVAQUIE, SLOVÉNIE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, THAÏLANDE, UKRAINE

États observateurs (14) :

ARMÉNIE, CHYPRE, GHANA

États associés (3) :

Ilet à Cordes (La Réunion)

MALI NIGER DOMINIQUE TCHAD SAINTE-LUCIE CAP-VERT SÉNÉGAL BURKINA DJIBOUTI GUINÉE-BISSAO GUINÉE CENTRAFRIQUE Ouagadougou CAMEROUN BÉNIN CÔTE D'IVOIRE RWANDA RÉP. DÉM. Abidjan SEYCHELLES DU GHANA TOGO BURUNDI CONGO SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE COMORES GUINÉE ÉQUATORIALE GABON CONGO MAURICE MADAGASCAR MOZAMBIQUE

Petit-Canal (Guadeloupe)

Nouveau-Brunswick

Québec

LAOS

Ville des points d'enquête

CAMBODGE

Abidjan

THAÏLANDE

LETTONIE LITUANIE POLOGNE RÉP. TCHÈQUE SLOVAQUIE HONGRIE SERBIE UKRAINE ROUMANIE MOLDAVIE BULGARIE ANCIENNE RÉPUBLIQUE YOUGOSLAVE DE MACÉDOINE

NAM ÊT VI

États et gouvernements membres de plein droit (53) :

Rivière-la-Paix

C A N A D A

BELGIQUE / Communauté française de Belgique LUXEMBOURG

AUTRICHE CROATIE SLOVÉNIE

(après le sommet de Québec des 17-19 octobre 2008)

ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE

VANUATU

Carte du monde francophone et points d’enquête


E SP A GN E

Points d'enquête

Limite interne

Zone intermédiaire oïl / oc

Limite oïl / oc / franco-provençal

gallo

Bayonne

gascon

Darnétal

orléanais

ANDORRE

CATALAN

Douzens

languedocien

Lacaune

0

40

Magland

Meinier

Gland

franccomtois

ALSACIEN

Veyras

80

120

160

Marseille

provençal

200 km

MONACO

CORSE

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I S S E S U

Bévilard

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FRANCO-PROVENCAL

D' OC

Roanne

bourguignon

A L L E MA G N E

LORRAIN germanophone

LUXEMBOURG

lorrain roman

wallon

Gembloux

UE

PAYS-BAS

St-Jean-Molenbeek Ivoz-Ramet

IQ

Zellik

LG

champenois

auvergnat

LANGUE

LacroixBarrez

limousin

croissant

bourbonnais

berrichon

E

Tournai

B

D' OIL

PARIS français

picard

LANGUE

tourangeau

saintongeais

poitevin

Treize-Vents

angevin

BASQUE

Limite des langues non romanes

LÉGENDE

BRETON

normand

RO Y A U M E - U N I

Carte de France, Suisse, Belgique et points d’enquête


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

Symboles et abréviations

22

C

consonne

V

voyelle

COD

complément d’objet direct

occ.

occurrence

pers.

personne

pl.

pluriel

sg.

singulier

fam.

familier

*

interdit/impossible

#

frontière de mot

Ø

omission (omission de « de », « que », etc.).

//

liaison non réalisée

[t]]

liaison en [t] réalisée

(e)

schwa non réalisé

e

schwa réalisé


Introduction

L’alphabet phonétique international*

CONSONNES (PULMONAIRES) Bilabial Labiodental Dental Alvéolaire b

Nasale

m

Vibrante

B

t ̼

ß

f

v

Fricative latérale Approximante Approximante latérale

c

ʺ

Vélaire k

͟

ǯ

Uvulaire Pharyngal Glottal q

Ԭ

e

˜

s

z



̚

?

G N

r

ѡ

ќ Ч

đ ͣ

n

Battue Fricative

Ҳ

d

Palatal

ѕ Ҍ

‫ׯ‬

҆

‫׉‬

љ

l

ʬ

ç

ʴ

X

Ղ

j

̀

y

p

Rétroflexe

r

Plosive

Postalvéolaire

L

չ

ѡ

Ș

‫׼‬

Lorsque les symboles sont sous forme de paires, le symbole de droite représente une consonne voisée. Les cellules en noir dénotent des articulations jugées impossibles.

* adaptation au français de J. Durand 23

h

ƿ


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

CONSONNES (NON PULMONAIRES)

h w

Clics Bilabial

Injectives voisées Bilabial

Dental

˜ È

!

(Post)alvéolaire

5

Palatal

} e

Palatoalvéolaire

‰ Ú

Vélaire

Latérale alvéolaire

Dental/alvéolaire

Uvulaire

p t N U

Ejectives Exemples : Bilabial Dental/alvéolaire Vélaire Fricative alvéolaire

AUTRES SYMBOLES

—

Fricative labiale-vélaire non voisée Approximante labialevélaire voisée Approximante labialepalatale voisée Fricative épiglottale non voisée Fricative épiglottale voisée

Ø

Plosive épiglottale

À Y Ä -

24

ÛÙ

Fricatives alvéopalatales

Á

Flap alvéolaire latéral

Ë

5et Z simultanés

Si nécessaire, on peut représenter les affriquées et les doubles articulations par deux symboles unis par une ligature.

ka d ts Ê


Introduction

DIACRITIQUES peuvent se placer au-dessus des symboles qui ont une partie descendante 0°



Non voisĂŠ

n

d



VoisĂŠ soufflĂŠ

b

a



Dental

t

d

„

VoisĂŠ

t„ dh



VoisĂŠ laryngalisĂŠ

b

a

Â?

Apical

tÂ?

dÂ?

AspirĂŠ

s„ th

Linguolabial

t

Plus labialisĂŠ

n†



Moins labialisĂŠ

n

j

PalatalisĂŠ

tÂŽ dÂŽ  ~ V9 F9 t j dj n

Laminal

†

ÂŽ 9

Relâchement nasal

d eÂż dn

 _

AntĂŠriorisĂŠ

¢

VĂŠlarisĂŠ

t ¢ d¢

l

Relâchement latÊral

dl

PostĂŠriorisĂŠ

u _e

ž

PharyngalisĂŠ

Vž Fž

k

Relâchement non audible

dk

¨

CentralisĂŠ

ĂŤ

Ă?

VĂŠlarisĂŠ ou pharyngalisĂŠ

`

Centralisation moyenne

e`



ElevĂŠ

e ( ˆ = fricative alvĂŠolaire voisĂŠe)

¤

Syllabique

n¤

‚

AbaissĂŠ

e‚ ($‚ = approximante bilabiale voisÊe)

™

Non syllabique

e™

²

RhoticitĂŠ

‹²

h

FermĂŠ

C²

Central

K

Ă“



G

NasalisĂŠ

lĂ?

eÂ&#x; e

PostĂŠrieur

Œ

• W

+; Mi-fermĂŠ

Avancement de la racine de la langue RĂŠtraction de la racine de la langue

Â&#x;

AntĂŠrieur

[

LabialisĂŠ

7

1

c

2

(

o

ÂĄ

n

#

b

‹ Mi-ouvert

Ouvert

'

Â? 3 C

ÂŤ

ÂŹ m

Â?

reprĂŠsente une voyelle labialisĂŠe.

25


Les variétés du français parlé dans l’espace francophone

SUPRASEGMENTAUX

' "

Accent primaire Accent secondaire

'foUne"tI5‹P Ö

eÖ e e

Long Mi-long



Extra-bref

| ||

Groupe mineur (pied) Groupe (intonatif) majeur

·

Ê

ˆK· 3MV

Coupure syllabique Liaison (absence de césure)

TONS ET CONTOURS ACCENTUELS DE MOTS

e é

k r v

Extra haut

Moyen

e ê G

Å g µ

{

Bas

G

e

€

Extra bas

G

a ^|

|

Abaissement (Downstep) Elévation (Upstep)

e è

l

26

Haut

© ª

Montant Descendant Montant haut Montant bas Montantdescendant

Montée globale Descente globale


Partie I LE FRANÇAIS PARLÉ : ARRIÈRE-PLAN DESCRIPTIF


Chapitre 1 LES VARIÉTÉS DU FRANÇAIS PARLÉ : MÉTHODOLOGIE ET RESSOURCES1

1. Introduction Comme le rappelle le Cadre Européen Commun de Référence pour les Languess (CECRL) (2001 : 95), « il n’y a pas, en Europe [et dans la plupart des pays du monde] de communauté linguistique entièrement homogène. Des régions différentes ont leurs particularités linguistiques et culturelles. Elles sont généralement plus marquées chez ceux qui vivent localement et se combinent, en conséquence, avec le niveau social, professionnel et d’éducation ». Le développement d’une «  compétence à communiquer langagièrement  », telle que définie par le CECRL, doit donc tenir compte de ce facteur incontournable qu’est la « variation », à de multiples niveaux d’analyse. Cela est particulièrement pertinent dans le cas du français, puisque, comme le note le rapport 2006 de la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF) sur la langue française dans le monde (p. 2) ; « si la langue française emprunte des accents et revêt des statuts différents de Québec à Paris en passant par Tunis, Dakar, Djibouti ou Port-au-Prince, elle appartient à tous ceux qui la parlent, qu’ils l’aient reçue en héritage ou qu’ils aient choisi de l’apprendre ».

1. Ce chapitre a été rédigé par Sylvain Detey, Jacques Durand, Bernard Laks et Chantal Lyche. 29


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

Aussi, lorsqu’on étudie le français tel qu’il se parle aujourd’hui, que l’on soit enseignant, apprenant, chercheur ou étudiant, de nombreuses questions surgissent : qu’est-ce que le français parlé et quelles en sont les caractéristiques ? Ces caractéristiques sont-elles partagées, par exemple, par les locuteurs de Paris (France), Ouagadougou (Burkina Faso) et Nyon (Suisse) ? Le français parlé à Abidjan (Côte d’Ivoire) diffère-t-il de celui parlé au Québec (Canada) ou à Liège (Belgique) par exemple ? Si oui, sur quel plan : lexical, discursif, syntaxique, phonologique, phonétique ? Lorsqu’il s’agit d’enseignement ou d’apprentissage, les ressources pour aborder ces questions semblent parfois faire défaut, et ce de deux manières. La première est liée à un manque de données primaires structurées2, c’est-àdire d’enregistrements et/ou de transcriptions de discours authentiques destinés à l’étude. L’enseignant, ou l’apprenant, n’a généralement à sa disposition que des « discours sur »  ou des descriptions académiques reprises d’articles scientifiques, ne fournissant par ailleurs aucune donnée hormis les quelques exemples qui accompagnent les analyses. La deuxième a trait au manque global d’informations adaptées : en dépit des nombreuses publications de qualité consacrées au français parlé (p. ex. Blanche-Benveniste 1997 ; Blanche-Benveniste, Rouget & Sabio 2002 ; Abecassis, Ayosso & Vialleton 2008) l’enseignant ou l’apprenant non spécialiste de linguistique sera bien en peine, sans repères ni consignes d’observations, d’extraire les caractéristiques des données qu’il observe et de les (re)formuler précisément. Ce double constat de carences est en partie à l’origine du présent ouvrage. Depuis le XVIe siècle, et aujourd’hui encore, l’étude du français a reposé sur celle des textes, essentiellement littéraires, à partir desquels était fixé le «  bon usage  » de la langue française. Cependant, les écarts entre français parlé et français écrit sont reconnus depuis non moins longtemps, tout comme est reconnue l’imposante diversité qui caractérise les usages du français parlé, fluctuant selon les régions, les âges, les milieux et les situations de communication. Avec les développements techniques actuels (enregistrement et numérisation)3 et celui de la linguistique de corpus (Williams 2005 ; Laks 2008 ; Kawaguchi, Minegishi & Durand 2009), les corpus oraux sont devenus des sources de données incontournables tant pour l’étude que 2. Ce qui exclut les données brutes aléatoires diffusées dans les médias grands publics. 3. Voir par exemple Gougenheim, Michéa, Rivenc et Sauvageot (1956) à propos du Français Fondamental,l réalisé lors de la diffusion des premiers magnétophones portatifs. 30


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

pour l’enseignement/ apprentissage du français parlé dans ses usages attestés (Chambers 2009). Ce volume intéressera donc : (i)

l’enseignant, aguerri ou en formation, tant en linguistique française qu’en français langue étrangère (FLE), seconde (FLS) ou première (FL1), qui souhaite disposer de matériel d’enseignement pré-didactisé et/ou d’éléments de formation personnelle concernant le français parlé dans ses variétés ;

(ii)

l’apprenant avancé de français, qui souhaite élargir son répertoire langagier, et l’étudiant de linguistique française qui souhaite se former à la description du français dans ses divers usages et à différents niveaux d’analyse ;

(iii) le chercheur, expert ou novice, qui souhaite exploiter, pour ses propres recherches, tant les données primaires que les analyses proposées.

2. Méthodologie : le projet PFC Parmi les corpus oraux de français actuellement disponibles4, le corpus PFC (Phonologie du français contemporain : usages, variétés et structure) e constitue l’un des plus avancés, en termes quantitatifs et qualitatifs. C’est de ce corpus que proviennent les ressources présentées dans cet ouvrage. 2.1. Origines du projet Le projet PFC, codirigé par Jacques Durand, Bernard Laks et Chantal Lyche, était à l’origine un projet de phonologues dont l’objectif était de construire une grande base de données sur le français parlé en vue de : (a)

fournir une meilleure image du français parlé dans son unité et sa diversité ;

(b)

mettre à l’épreuve les modèles phonologiques sur le plan synchronique et diachronique ;

(c)

constituer une base de données importante sur le français oral à partir d’une méthodologie commune ;

4. Pour avoir une vue d’ensemble des corpus de la parole en français et en langues de France, p p p . consulter le site : http://corpusdelaparole.culture.fr/ 31


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

(d)

favoriser les échanges entre les connaissances phonologiques et les outils de traitement automatique de la parole ;

(e)

élargir et renouveler les données pour l’enseignement du français et de la linguistique française (Durand, Laks & Lyche 2002).

Depuis son lancement, il y a 10 ans, le projet a fédéré plus d’une soixantaine de chercheurs et étudiants du monde entier, dont le travail collaboratif a notamment été rendu possible grâce au développement d’un site internet sur lequel figurent données, outils et publications en libre-accès : www.projetpfc.net. A ce jour, sur une cinquantaine de points d’enquête dans le monde francophone, ont été effectués les enregistrements de plus de 500 locuteurs, dont la moitié déjà accessible sur le site, accompagnés de transcriptions orthographiques. Ce développement a rapidement rendu ce corpus très attractif : la base peut en effet être exploitée par tous ceux - chercheurs, étudiants, enseignants, apprenants – qui, au-delà de la phonologie, s’intéressent à l’étude du français. Par sa taille et sa constitution, le corpus PFC fait aujourd’hui figure de corpus de référence pour le français parlé. 2.2. Méthode et conventions PFC L’une des forces de PFC est l’unicité de son protocole, qui assure la comparabilité des données  : tous les locuteurs enregistrés réalisent, à quelques variations près, les mêmes tâches (Durand & Lyche 2003). Ainsi, pour chaque point d’enquête, environ 10 personnes représentatives de la communauté linguistique locale et autant que possible réparties sur plusieurs générations (p. ex. les membres de deux familles de trois générations avec une répartition égale homme/femme) sont enregistrées dans les tâches suivantes :

5. 32

1)

Lecture de la liste de mots PFC, conçue pour dégager le système phonologique des locuteurs (p. ex. l’opposition (ou l’absence d’opposition) entre les mots brun et brin, prononcés respectivement avec les voyelles [˜ œ] et [੾] en cas d’opposition) ;

2)

Lecture du texte PFC, conçu pour confirmer le système phonologique des locuteurs dans une autre tâche et observer, entre autres, leur traitement du e muet (ci-après « schwa ») et de la liaison5 ;

3)

Conversation guidée (entretien semi-dirigé avec l’enquêteur dans une tonalité plutôt formelle) ;

Pour davantage de détails concernant la liste de mots et le texte PFC, consulter le chapitre I.3.


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

4)

Conversation libre (autant que possible enregistrée sans intervention de l’enquêteur, entre le locuteur interviewé et un membre de sa famille ou de son cercle proche, de manière à obtenir une parole plus informelle et, dans tous les cas, moins contrôlée).

L’ensemble de ces tâches occupe environ une heure d’enregistrement. Une fiche signalétique accompagne les enregistrements (profils sociolinguistiques des locuteurs et talon sociologique, conditions de déroulement de l’enquête, etc.), ainsi qu’une fiche de consentement, signée par les personnes enregistrées, garantissant leur anonymat et autorisant l’exploitation des données à des fins scientifiques ou pédagogiques6. Ces enregistrements sont enrichis d’une transcription orthographique et de codages spécifiques (portant sur le schwa, la liaison et la prosodie), effectués à l’aide du logiciel Praat, t qui permet l’association et la manipulation du son, de sa transcription et des codages correspondants7. La transcription suit les codes de l’orthographe française standard (ainsi transcrira-t-on il y a quelle que soit la prononciation ([ilija], [ilja], [ja], etc.) tout comme je suiss prononcé [‫ף‬ũsȢi], [ҌsȢi [ ], [ҌȢi [ ], etc.), tout en reflétant les hésitations (« euh »), les reprises et les pauses des locuteurs, mais sans rétablir les éléments non réalisés (ainsi transcrira-t-on il ne faut pass si le locuteur prononce [infopa], mais seulement il faut pass s’il prononce [ifopa] et faut pass s’il prononce [fopa] (et non le canonique « il ne faut pas »)). Dans le cas de la particule négative « ne », lorsque sa présence est indécidable (p. ex. « on a pas... »/ « on n’a pas... »), un « ne » normatif est rétabli par convention. Les codages schwa et liaison, quant à eux, permettent d’avoir une vision quantitative des réalisations et non réalisations des deux phénomènes.

3. Ressources : le projet PFC-EF Faciliter l’exploitation des ressources de la base PFC pour l’étude du français, tel est l’objectif majeur du projet PFC-EF (Enseignement du Français) s lancé dans ce cadre en 2006, dont le présent ouvrage est l’une des premières réalisations (Detey, Lyche, Tchobanov, Durand & Laks 2009). 6. Le protocole PFC est ainsi compatible avec le Guide des bonnes pratiques pour la constitution, l’exploitation, la conservation et la diffusion des corpus oraux, coordonné au sein de la DGLFLF par Olivier Baude (2005). 7. Pour davantage d’information concernant le logiciel Praat, t consulter  : http://www.fon.hum. p uva.nl/praat/ p . 33


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

3.1. Des repères pour l’étude des variétés de français Les deux traits remarquables des données de la base PFC, envisagées dans une perspective pédagogique, sont les suivants : (i) il s’agit de données orales, indispensables pour l’étude, et plus encore l’apprentissage (Detey 2009), du français orall ; (ii) ces données permettent, de documenter, de manière structurée, la variation en français parlé, é notamment sur le plan géolinguistique, facteur incontournable dès lors que l’on prend en compte la réalité des parlers français dans l’espace francophone (Detey, Durand, Laks, Lyche & Nouveau 2007). On dépasse ainsi une pure illustration des «  accents  » des Français (p. ex. Carton, Rossi, Autesserre & Léon 1983). Quiconque souhaite étudier le français parlé doit disposer non seulement d’un corpus structuréé d’enregistrements, accompagnés si possible de transcriptions « support » (ne pouvant cependant en aucun cas se substituer aux enregistrements), mais aussi de repèress pour observer et comprendre les spécificités de ces extraits de français parlé. Il faut pouvoir les comparer à ce qu’il est coutume de décrire dans les grammaires prescriptives (académiques ou pédagogiques) traditionnellement fondées sur les grands textes de la littérature française. L’objectif du présent ouvrage est précisément d’offrir de telles ressources, à savoir des extraits de français parlé, sonores et transcrits, accompagnés de commentaires descriptifs destinés à en faciliter l’étude à plusieurs niveaux d’analyse. 3.2. Structure et conventions de l’ouvrage Cet ouvrage se divise en sept parties. Il est accompagné d’un DVD qui contient le sous-corpus sur lequel repose l’ensemble présenté. La première partie (I. Le français parlé  : arrière plan descriptif ) offre au lecteur les outils méthodologiques (ce chapitre) et linguistiques généraux (I.2. Eléments de linguistique pour la description de l’oral) nécessaires à la compréhension de la suite de l’ouvrage. Les chapitres I.3. (La variation sociophonologique illustrée) et I.4. (Oralité, syntaxe et discours) fournissent respectivement une illustration globale de la variation socio-phonologique en français et une vision d’ensemble des grandes caractéristiques syntaxiques et discursives du français parlé. Le chapitre I.5. (Des données linguistiques à l’exploitation didactique) aborde, quant à lui, l’utilisation didactique des ressources offertes dans ce volume.

34


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

Les six parties qui suivent sont consacrées à de grandes aires géolinguistiques, regroupées de la manière suivante : II. La France hexagonale septentrionale ; III. La France hexagonale méridionale ; IV. La Belgique ; V. La Suisse ; VI. L’Afrique et les DROM ; VII. L’Amérique du Nord. Chacune de ces parties comporte un premier chapitre introductif permettant de présenter les grands traits, linguistiques et/ou sociohistoriques, communs à ces aires (II.1. Le français de référence : éléments de synthèse ; III.1. : Le français méridional : éléments de synthèse ; IV.1. Le français de Belgique  : éléments de synthèse  ; V.1. Le français de Suisse  : éléments de synthèse ; VI.1. Le français d’Afrique et des DROM : éléments de synthèse ; VII.1. Le français d’Amérique du Nord : éléments de synthèse), suivis par des chapitres « commentaires » dédiés à un point d’enquête, et un locuteur, particulier (voir ci-dessous). Cette structure, commune à chacune des six dernières parties, est parfois légèrement modifiée : la question du « français de référence », par exemple, nécessite un développement dans le chapitre II.2. (Le français de référence : quels locuteurs  ?), ? tandis que la Belgique et la Suisse, à des fins d’illustration, comportent non seulement un extrait long de conversation (environ 5 minutes, comme pour tous les autres chapitres) mais aussi plusieurs extraits courts (entre 1 et 3 minutes). Nous explicitons ci-après les choix qui ont présidé à la constitution du sous-corpus, ainsi qu’à l’élaboration des commentaires descriptifs et des conventions pour l’ouvrage. 3.2.1. Le sous-corpus : constitution, anonymisation, transcription On ne peut, dans le cadre d’un ouvrage comme celui-ci, en particulier lorsque l’on songe aux différents facteurs de variation (géographique, générationnel, stylistique, social, etc.), présenter l’ensemble des variétés de français, ni même l’ensemble des variétés représentées dans le corpus PFC. Pour ce

35


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

volume nous avons donc décidé d’illustrer plus particulièrement la variation géographique8 (diatopique). Nous avons choisi un locuteur, jugé représentatif, par point d’enquête et nous avons sélectionné un extrait de conversation (guidée ou libre) de très bonne qualité sonore dans lequel domine la parole du locuteur à l’étude. Les conversations guidées et les séquences monologales ont été privilégiées au dépend d’extraits à forte interactivité moins facilement audibles. Nous avons équilibré la répartition des locuteurs du point de vue du sexe et des générations, et nous avons retenu des extraits de conversation présentant un intérêt thématique et culturel pour une exploitation didactique en classe de FLE. On pourra regretter l’absence de telle ou telle variété de français dans l’ouvrage, mais, les choix, nécessaires, ont eux-mêmes été contraints par l’espace de l’ouvrage et les ressources dont nous disposions. Chaque extrait de conversation dure environ 5 minutes, excepté les extraits courts de Belgique (IV.3.-6.) et de Suisse (V.3.-5.). Le sous-corpus compte ainsi 153 minutes (soit près de 2h30) d’enregistrements, stockés sur le DVD. Les transcriptions des enregistrements sont également stockées sur le DVD pour une impression et un usage pédagogique aisés. En accord avec le principe de protection des données privées inscrit dans le protocole PFC, ce sous-corpus a été anonymisé (Baude et all 2005), conduisant parfois à l’usage de « blanc » dans l’enregistrement et du signe « X » dans la transcription (p. ex. II.4. : l. 59, un autre euh... lycée public, qui s’appelle (X), dans le quatorzièmee). Même si, pour cet ouvrage, les conventions de (X transcription PFC ont été adaptées9, les transcriptions restent ad hocc et ne suivent pas strictement les règles – notamment de ponctuation – de l’écrit canonique, en particulier aux frontières d’énoncés. 3.2.2. Les commentaires Les chapitres « commentaires » de l’ouvrage respectent tous la structure suivante : 8. Mais voir le chapitre I.3. pour une illustration des autres variables. 9. Le point-virgule et les points de suspension sont employés, alors que seuls le point, la virgule et le point d’interrogation sont utilisés dans les transcriptions PFC ; certaines annotations phonétiques ont été supprimées ; les initiales des locuteurs ont été réduites à deux lettres (EQ pour l’enquêteur, ou E1 et E2 lorsqu’ils sont deux) ; la présentation du discours rapporté et des chevauchements des tours de parole a également été modifiée. 36


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

1.

Introduction : descriptif du lieu de l’enquête, profil du locuteur interviewé (avec mention du code du locuteur dans la base PFC), type de relations entre les locuteurs présents, date et lieu d’enregistrement.

2.

Aspects culturels et lexicauxx : selon les chapitres, cette section peut permettre de résumer et/ou de gloser le contenu de l’extrait, fournir au lecteur l’arrière-plan socioculturel nécessaire à une bonne compréhension de la conversation, mettre en relief certains termes ou expressions propres à la variété de français considérée, et, de manière plus générale, l’ensemble des traits lexicaux qui relèvent du français parlé contemporain (par opposition au domaine de l’écrit canonique).

3.

Aspects syntaxiques et discursifss : cette section offre des pistes d’observation et d’analyse des caractéristiques syntaxiques et discursives des extraits, relevant soit de l’oralité en général (pauses, amorces, répétitions, etc.), soit du français parlé (omission de la particule négative « ne », tournures « à présentatif », etc.), soit des variétés à l’étude (usage de la particule discursive « là », alternance codique, etc.).

4.

Aspects phonétiques et phonologiquess : cette section est évidemment de toute première importance, dans la mesure où la « prononciation  » des locuteurs est l’un des domaines de prédilection de la variation, et constitue une marque identitaire du point de vue géographique et social. Sont ici abordés, de manière plus ou moins exhaustive selon les chapitres, les inventaires segmentaux (consonnes puis voyelles ou vice-versa, selon les caractéristiques des variétés), leurs réalisations allophoniques, le traitement du schwa, de la liaison, et parfois, lorsque cela est pertinent, certaines caractéristiques prosodiques.

Bien que plusieurs locuteurs interviennent fréquemment dans les extraits, seul l’un d’entre eux est à l’étude. C’est au discours de ce locuteur que renvoient les comptages mentionnés (p. ex. nombre d’occurrences de la particule négative « ne »). De manière générale, ces commentaires sont essentiellement dédiés aux extraits présentés, évitant ainsi les remarques et formulations génériques non illustrées dans l’extrait ou le corpus. Cela explique en partie la quasi-absence de références dans ces chapitres : afin d’en faciliter la 37


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

lecture, en particulier pour les lecteurs non-experts, il a été convenu d’adopter un style d’exposition assez simple, économe en termes et en développements techniques (les termes techniques sont définis soit dans les chapitres, soit dans le glossaire). Sont également omises les habituelles références aux travaux antérieurs, pourtant indispensables dans tout écrit scientifique. C’est donc à dessein que seuls les chapitres de synthèse comportent une bibliographie, et que seules quelques références indispensables apparaissent parfois en note de bas de page dans les chapitres commentaires. Les travaux antérieurs dont les auteurs de ce volume ont pu s’inspirer sont mentionnés dans les notices bibliographiques figurant dans le DVD, dans les bibliographies des chapitres de synthèses, ou encore dans la section « Bibliographie générale » à la fin de cet ouvrage. 3.2.3. Les conventions d’écriture Nous présentons ci-dessous quelques conventions d’écriture mises en œuvre dans ce volume. Usage des italiques Dans les chapitres de synthèse : usage libre (citation, exemple, mise en exergue, etc.) ; dans les chapitres-commentaires : citation de la transcription de l’extrait commenté (avec mention systématique du numéro de ligne de la transcription). Usage des doubles guillemets Dans les chapitres de synthèse : usage libre (citation, exemple, mise en exergue, etc.) ; dans les chapitres-commentaires : citation hors transcription, terme particulier, autre exemple, glose, etc. Usage des caractères gras Dans les chapitres-commentaires, l’italique étant réservée aux citations des extraits, les mises en relief sont effectuées à l’aide des caractères gras. Références intra-volume (I.3.) = Partie I, Chapitre 3 ; (I.4. : 4.3.2.) = Partie I, Chapitre 4, Section 4.3.2. ; (II.6. : l. 10-11) = Lignes 10-11 de la transcription de la conversation du Chapitre 6 de la Partie II. Conventions pour les schwas, liaisons et autres aspects phonético-phonologiques En ce qui concerne le schwa : réalisé = e  ; non réalisé = (e). En ce qui concerne la liaison : réalisée = « les [z]amis » ; non réalisée = « grand// émoi ». 38


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

La syllabation est marquée par un point : « à l’heure » = [a.lœѳ]. Le signe dièse (#) représente une frontière (de mot) et un tiret long (—) une position (p. ex. : « dans la position V#C—CV »). Les crochets ([ ]) correspondent au niveau phonétique  ; les barres obliques (/ /) au niveau phonologique  ; les chevrons simples (< >) au niveau orthographique (p. ex. : « opposition phonologique /C#/ vs. /Cũ#/ en étroite corrélation avec l’opposition graphique <C#> vs. <Ce#> »). Les lettres majuscules entre barres obliques (p. ex. : /R/ ; /A/...), qui ne sont pas des symboles de l’Alphabet Phonétique International, correspondent à des segments sous-spécifiés, c’est-à-dire qui ne spécifient pas l’articulation et qui renvoient aux différentes réalisations possibles (p. ex. : /R/ Æ [ѳ, չ, r]॰; /A/ Æ [a, :] ; /E/ Æ [e, Ų] ; /O/ Æ [o, Þ] ; etc.). Conventions d’écriture des transcriptions Outre les modifications des conventions PFC déjà évoquées, signalons quatre points. (i)

La présentation du discours rapportéé (p. ex. II.3. : l. 10-15) :

LB : [...] quand... une des professeurs avait présenté la chose elle disait : «  En plus, dans le groupe des élèves en difficulté. On a que douze ou treize élèves. », elle dit : « J’en mets un par table. Donc quand on fait [...]. », donc c’est vraiment euh, ce serait une bonne solution [...]. Le discours rapporté est introduit par deux points, encadré par des guillemets doubles et constitue une unité indépendante (d’où la présence d’un point avant le double guillemet de clôture et la poursuite du discours principal sans autre modification). (ii)

La présentation des chevauchements des tours de parolee (p. ex. IV.2. : l. 12-18) :

E1 : Il commence un peu à avoir le, la notion de la réalité <CG : Mais il paraît que Sandrine>. CG : est un petit peu comme ça aussi alors je… E1 : Mais je crois qu’elle l’est moins. CG : Elle l’est moins oui. E1 : Parfois euh elle lui remue les p/ puces un bon coup et <CG : Oui c’est ça oui>. CG : mais c’est ce qu’il faut faire parce que… Parce que des autres exemples euh, je ne sais pas moi euh. 39


Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

Le point à la fin de la première ligne par exemple correspond à la fin de l’énoncé de E1. L’énoncé de CG, en revanche commence à « Mais il paraît » et se poursuit jusqu’à « alors je... », ce qui explique l’absence de majuscule à « est un petit peu », puisqu’il s’agit de la suite de son énoncé. Les sauts à la ligne (changementt de tours de parole et non chevauchementt de tours de parole) ont été décidés de manière arbitraire par les auteurs sur la base de la longueur des pauses d’une part, et de celle des énoncés et interventions d’autre part. (iii) La présentation des alternances codiquess (changements de langue) (p. ex. VI.5. : l. 4-5) : FR : [...] Il fallait sortir d’ici pour aller devant l’épicerie, loin là-b/ là-bas au lieu d’ici donc ça a été loin, hein. Parfois, mi arivé, mi gagné pa, eh bien. Un jour j’ai pris comme un… sorte de, de colère. Lorsque des éléments d’autres langues apparaissent dans le discours (créole, flamand, anglais,...), ceux-ci sont transcrits en italiques, généralement avec une glose en note de bas de page (comme le créole mi arivé, mi gagné paa = j’arrivais, je n’y arrivais pas). Les italiques sont également parfois utilisées pour des termes latins employés dans la conversation (p. ex. II.3. : l. 26, etcetera). (iv) La présentation des éléments incompréhensibless (p. ex. VI.4. : l. 36) : TH : il n’a qu’à se tromper (XXX). Dans le protocole PFC, comme dans les transcriptions de l’ouvrage, le signe X est utilisé pour signaler des éléments incompréhensibles. Le nombre de X correspond approximativement au nombre de syllabes produites. Il est cependant évident qu’un fragment incompris ne se prête pas à une analyse auditive, ce qui nous permet d’attirer l’attention du lecteur sur la difficulté des tâches de transcription (surtout lorsqu’il y a de la variation) et d’interprétation des discours oraux, ces derniers pouvant parfois conduire à des interprétations différentes selon les auditeurs. Il ne faut pas confondre ces X avec ceux utilisés pour l’anonymisation (cff supra), comme par exemple dans la transcription du chapitre VII.3. aux lignes 4-15 : DP : [...] l’école secondaire, à Tecumseh qui angl/, tu sais une école anglaise là (XXX). Il n’y avait pas de, d’école secondaire, euh catholique, euh dans la région du tout alors il s’est mis à… tu sais… à… à faire l’effort de puis il a réussi à commencer l’école. Hum…. et puis, c’est ça disons tu sais on, on, on a, on a fait beaucoup de 40


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

rencontres de famille, surtout le côté (X). Et, c’était un mélange, il y avait beaucoup de français, surtout disons la génération de mes… mes tantes et mes oncles là. Mais, tu sais les enfants se parlaient, je dirais… plutôt en anglais, hum… mais, oui, je dirais plutôt en anglais quand j’y pense là. Puis le côté (X), bien ah… il se trouvait plus hum…. Je dirais, il y avait plus d’anglais que de français. Hum… Bien, bien que les (X), tu sais tu pouvais pas avoir plus français que ça là mon grand-père mais, c’est que quand tu maries quelqu’un anglophone, tu sais ça, ça change les choses.

4. Conclusion Bien que chaque chapitre, et chaque partie, de cet ouvrage possède des spécificités propres, liées tant aux variétés étudiées qu’à leur traitement, le cadre PFC sur lequel ils reposent assure la cohésion d’ensemble du volume. Dans ce premier chapitre, nous avons présenté la méthodologie adoptée, ainsi que les ressources offertes au lecteur. Le chapitre suivant (I.2.) fournit les outils linguistiques nécessaires à la compréhension des descriptions des variétés de français, tandis que le chapitre qui le suit (I.3.) offre une vision plus détaillée du protocole PFC à travers le traitement de la variation sociophonologique. Les pistes d’utilisation pédagogiques de ces ressources, abordées dans le chapitre I.5., ouvrent au lecteur des perspectives d’élargissement des données avec, dans le DVD, une notice d’utilisation en ligne de la base PFC, accessible gratuitement à l’adresse suivante : www.projet-pfc.net.

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Partie I. Le français parlé : arrière-plan descriptif

REFERENCES ABECASSIS M., L. AYOSSO et E. VIALLETON (eds) (2008). Le français parlé au XXIIe siècle : normes et variations, Paris, L’Harmattan. BAUDE O., C. BLANCHE-BENVENISTE, M.-F. CALAS, P. CORDEREIX, I. DE LAMBERTERIE, L. GOURY, M. JACOBSON, C. MARCHELLO-NIZIA, L. MONDADA, P. CAPPEAU et F. MOLLO (2005). Guide des bonnes pratiques pour la constitution, l’exploitation, la conservation et la diffusion des corpus oraux, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, DGLFLF, CNRS. BLANCHE-BENVENISTE C. (1997). Approches de la langue parlée en français, Paris, Ophrys. BLANCHE-BENVENISTE C., C. ROUGET et F. SABIO (eds) (2002). Choix de textes de français parlé : 36 extraits, Paris, Champion. CARTON F., M. ROSSI, D. AUTESSERRE et P. LEON (1983). Les accents des Français, Paris, Hachette. CHAMBERS A. (2009). « Les corpus oraux en français langue étrangère : authenticité et pédagogie », Mélanges CRAPEL 31, 15-33. DETEY S. (2009). «  Phonetic Input, Phonological Categories and Orthographic Representations: a Psycholinguistic Perspective on Why Oral Language Education Needs Oral Corpora. The Case of French-Japanese Interphonology Development », in Y. Kawaguchi, M. Minegishi et J. Durand (eds) Corpus Analysis and Variation in Linguistics, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins, 179-200. DETEY S., J. DURAND, B. LAKS, C. LYCHE et D. NOUVEAU (2007). «  Voix de la francophonie, éducation langagière et corpus numérisé : PFC-EF, des ressources pour la didactique du français », in S. Detey et D. Nouveau (eds.) Bulletin PFC C 7, « PFC : enjeux descriptifs, théoriques et didactiques », Toulouse, CLLE-ERSS, Université de Toulouse II, 11-29. DETEY S., C. LYCHE, A. TCHOBANOV, J. DURAND et B. LAKS (2009). « Ressources phonologiques au service de la didactique de l’oral : le projet PFC-EF », Mélanges CRAPEL 31, 223-236. DURAND J., B. LAKS et C. LYCHE (2002). « La phonologie du français contemporain: usages, variétés et structure », in C. Pusch et W. Raible 42


Chapitre 1. Les variétés du français parlé : méthodologie et ressources

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SOMMAIRE DU DVD (responsable : Atanas Tchobanov)

A.

Navigation en ligne dans la base PFC : Introduction (A. Tchobanov)

B.

Etudes linguistiques, extraits sonores, transcriptions orthographiques et notices bibliographiques Partie I - Le français parlé : arrière-plan descriptif Chapitres 3 et 5 Partie II - La France hexagonale septentrionale Chapitres 2 à 9 Partie III - La France hexagonale méridionale Chapitres 2 à 6 Partie IV - La Belgique Chapitres 2 à 6 Partie V - La Suisse Chapitres 2 à 5 Partie VI - L’Afrique et les DROM Chapitres 2 à 6 Partie VII - L’Amérique du Nord Chapitres 2 à 5

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LES VARIĂ&#x2030;TĂ&#x2030;S DU FRANĂ&#x2021;AIS PARLĂ&#x2030; DANS Lâ&#x20AC;&#x2122;ESPACE FRANCOPHONE Ressources pour lâ&#x20AC;&#x2122;enseignement Dans cet ouvrage Ă destination des enseignants, ĂŠtudiants et chercheurs en français et en linguistique française, 37 spĂŠcialistes du français parlĂŠ et de sa diffusion, reprĂŠsentant 12 pays et 23 universitĂŠs, ont rassemblĂŠ leurs forces afin dâ&#x20AC;&#x2122;offrir les ressources nĂŠcessaires Ă  tous ceux qui souhaitent explorer les variĂŠtĂŠs de français parlĂŠ actuellement dans une grande partie de lâ&#x20AC;&#x2122;espace francophone. Six grandes zones francophones sont reprĂŠsentĂŠes : la France hexagonale septentrionale, la France hexagonale mĂŠridionale, la Belgique, la Suisse, lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique et les DROM, lâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠrique du Nord.

Sur DVD : près de 2 h 30 de conversations    

Â&#x2021;SRUWDQWVXUGHVWKqPHVYDULpV WUDGLWLRQVJXHUUHVpGXFDWLRQDPRXUÂŤ  Â&#x2021;UpSDUWLHVHQILFKLHUVVRQRUHVGHjPLQXWHV Â&#x2021;WUDQVFULWHVRUWKRJUDSKLTXHPHQWSRXUXQXVDJHSpGDJRJLTXHDLVp Â&#x2021;DVVRUWLHVG¡H[SOLFDWLRQVOLQJXLVWLTXHVQRQWHFKQLTXHVDLGDQWjODFRPSUp hension des diffĂŠrentes variĂŠtĂŠs de français reprĂŠsentĂŠes, et portant sur les niveaux : o lexical et culturel, o syntactique et discursif, o phonĂŠtique et phonologique.

&H'9'HVWOLpDXVLWHLQWHUQHWGXSURMHW3)&() 3KRQRORJLHGX)UDQoDLV&RQWHPSRUDLQ²(QVHLJQHPHQWGXIUDQoDLV SHUPHWWDQWXQHQULFKLVVHPHQWGHVUHVVRXUFHV HWDFFHVVLEOHHQOLEUHDFFqVjO¡DGUHVVHVXLYDQWHZZZSURMHWSIFQHW

Le livre contient tous les ĂŠlĂŠments de formation nĂŠcessaires

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Cet ouvrage-ressource est le fruit du programme PFC-EF, soutenu par la DĂŠlĂŠgaWLRQ *pQpUDOH j OD /DQJXH )UDQoDLVH HW DX[ /DQJXHV GH )UDQFH '*/)/)  ,O HVW LVVXGXSURMHW3)&TXLDSUqVDQVG¡H[LVWHQFHDUpXVVLjFRQVWLWXHUO¡XQGHV plus importants corpus de français parlĂŠ. Il peut ĂŞtre utilisĂŠ comme outil pour lâ&#x20AC;&#x2122;enseignement du français langue ĂŠtrangère (FLE), seconde (FLS) ou première (FL1), mais ĂŠgalement comme support pĂŠdagogique dâ&#x20AC;&#x2122;introduction Ă la linguistique dans les cursus universitaires de lettres et de linguistique française.

ISBN 978-2-7080-1283-7

www.ophrys.fr

9 782708 012837

Les variétés du français parlé dans l'espace francophone, S. Detey - Ed Ophrys  
Les variétés du français parlé dans l'espace francophone, S. Detey - Ed Ophrys  

Cet ouvrage-ressource est le fruit de quatre années d’effort au sein du programme PFC, avec le soutien de la Délégation Générale à la Langue...

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