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Le Journal de la médecine du travail

Bulletin officiel de la Société Algérienne de Médecine du Travail. SAMT- N°21- 2ème trimestre 2016

Cancer et travail Risques professionnels dans l'agroalimentaire et la restauration . Ergonomie et management en santé et sécurité au travail.

Le journal de la médecine du travail - N°21 - 2ème trimestre 2016


Le journal de la mÊdecine du travail - N°21 - Juin 2016


Le Journal de la Médecine du Travail Bulletin Officiel de la Société Algérienne de Médecine du Travail (SAMT) N°ISSN : 1112 – 2438 N°21 Directrice de la Publication Dalila. NAFAI BOUTOUCHENT Secrétaire Général de la SAMT Rédacteur en chef Hayette Benmessaoud Comité de rédaction -

BELKHATIR Achouaq CHIBANE Lynda DJAKRIR Larbi KHOUDOUR Zoubida OUAREK Abdesselam REZAK Amina ZEMMOURI Nadia

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Comité de Lecture -

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AKIF Nora ARIB Amel BEGHDADLI Benali BOUCELMA Malika BOUHADIBA Fouzia CHAIB Samia DJAZOULI Med Amine FISSAH Aziza GHEZINI Younes GHOMARI Othmane HADDAR Mustapha IDDER Cherifa KANDOUCI Abdelkrim KANDOUCI Chahrazed KORICHI Eseid LAMARA Mahamed LIANI Nora NEZZAL Abdelmalek OUAAZ Meriem SEKKAL Samira SEMID Abdelkader TALEB Abdeslem ZATOUT Ahmed

Membres d'honneur: (in memorium) ABED Djamel Eddine

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MASSEBOEUF Sadek MOKHTARI Radia

SOMMAIRE Editorial Dossier 1 : Cancer et travail. Programme de prévention des risques CMR dans la région de Sousse par la méthode INRS. E.Essanaa, N. Azzouz, S. Amimi, W. Mansour, E. Bouslah, A. Charrada, H. Bouslah..........................1 Étude des cancers en milieu hospitalier cas : du CHU d'Annaba Algérie. S.Khatmi,H.Sekhri.......................................................................................................................................7 3.Dépistage de la mutagénicité cellulaire : des tests du futur. A. Lamara Mahamed...........................10 4.Peut- on traiter le cancer sans s’exposer ? Expérience d’un service de médecine du travail d’un centre anti cancer. . N. Liani ; N. Akif ; Z. Khoudour , A. Lamara Mahamed et Coll...........................12 5.Les cancers chez le personnel de soins dans la région du centre tunisien. Une étude épidémiologique à propos de 62 cas. I. Rassas1, S. Chatti1, CH. Amri2 , A. Braham , S. Guedri , H. Kalboussi , M. Maoua1, O. El Maalel, F. Debbabi , N. Mrizak ......................................................................................16 6.Dépistage du cancer chez le personnel de santé exposé aux rayonnements ionisants et dosimétrie biologique. K. Youcef, C.B. Tebboune, A.N. Messal, L. Lohibi, A. Boudjama......................................19 7.Étude de l’exposition professionnelle et environnementale dans la survenue des lymphomes malins non-Hodgkiniens (LNH). O. Bencherguia, C. Kandouci, A. B. kandouci, Z. Zouaoui..........21 8.Évaluation de l’exposition professionnelle aux médicaments cytostatiques dans un service d’oncologie médicale à l’est d’Alger. T. Melzi, A. Rezak, M. Haddar.................................................28

Dossier 2 : Risques biologiques dans l'agroalimentaire et la restauration. 1.Les risques professionnels dans le secteur de l’industrie agroalimentaire. S. Korichi, A. Ouarek, N. Kaced...........................................................................................................................................................32 2.Évaluation des risques liés au travail au froid dans une entreprise agroalimentaire, selon les normes ISO 15743 et 7730. H. Ouafi, M. Ouaaz, M. Haddar.............35 3.La prévention des risques professionnels profite-elle du renouvellement de l’outil de production ? Ouaggadi, C. Idder Laib, A. Ouarek.........................................................................................................41 4.Asthme professionnel à la farine, à propos d’un cas. G. Fodil Cherif, A. Rezak etcoll. .................44 5.Prévalence du portage de microorganismes intestinaux chez le personnel de la restauration, Tizi Ouzou. 2014. A. Zatout, A. Tibiche, A. Arib , F. Chebouche , D. Brahimi, G. Touahria.................47

Dossier 3 : Ergonomie et management en santé et sécurité au travail. Le ou les systèmes de gestion de l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail dans les entreprises en Algérie ? Am. Nezzal ................................................................................................................................51 2.Les systèmes de management de la santé et sécurité au travail. M. Ouaaz, M. Haddar...............56 3.Les systèmes de management de la sante & sécurité au travail (SMSST) : enjeux, difficultés, pistes d’action. M. Favaro, E. Drais....................................................................................................................60 4.Fondamentaux pour un Système de Management Santé au Travail. F. Ouail, S. Chaabane.......70 5.Charge de travail chez le personnel de l’office nationale d’assainissement de Tlemcen. L.Benrezkallah, A. Taleb............................................................................................................................77 6.Evaluation de l'astreinte cardiaque chez les pompiers (expérience de l'Algérie) M. Djazouli M.Zegagh, CB. Tebboune..........................................................................................................................85 7.Obstacles à l'introduction de stratégies participatives à l'amélioration des conditions de travail dans le secteur des soins. W. Benhassine, S. Ahmani, R. Boussaha.............................................................87

Forum: Ethique

Conception réalisation: IAMA

Prévention et enjeux éthiques. A. Lamara Mahamed..........................................................................95

Pédagogie: 1.Atélectasie pulmonaire par enroulement due à l’exposition à l’amiante (à propos d’un cas) A.Haider, A. Belkessa, A. Nehal et Coll.................................................................................................98

Publication Web: ISUU Site web:http://samtalgerie.com/

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2.Cas d’un syndrome d’irritation bronchique(SIB) lié à un accident d’élimination de déchets cytostatiques. L.Younsi ,H..Benmessaoud , A. Atoui, A. Semid.....................................................101

Thèses soutenues en santé et sécurité au travail.............................................103 Agenda des congrès et manifestations scientifiques.............................................104


Organes de la Société Algérienne de Médecine du Travail. BUREAU DE LA SAMT Président : Pr. HADDAR M. EPH « DjamelEddine Abed » Rouiba president@samtalgerie.com Secrétaire Général, Chargé de la revue JMT : Pr. NAFAI D. CHU Mustapha Bacha secretaire@samtalgerie.com Secrétaire Général adjoint : Pr.BENMESSAOUD H. CHU Bab El Oued secretaireadjoint@samtalgerie.com Trésorier : Pr NEZZAL AM. CHU Annaba tresorier@samtalgerie.com Trésorier adjoint : Dr. KHEZZANE Dj. CHUAnnaba tresorieradjoint@samtalgerie.com Vice-président Région Ouest : Pr. DJAZOULI M.A. CHU Oran vicepresidentouest@samtalgerie.com Vice-président Région Centre : Dr OUAREK A. EPH « Djamel Eddine Abed » Rouiba vicepresidentcentre@samtalgerie.com Vice-président Région Sud : Dr. BABZIZ H.S. Ouargla vicepresidentsud@samtalgerie.com Vice-président Région Est : Dr. DERRADJ CHU Bougie vicepresidentest@samtalgerie.com Président du Conseil Scienti ique : Pr. LAMARA MAHAMED A pcs@samtalgerie.com Secrétariat du Comité de Rédaction Tél. / Fax : +213 21 65 12 73 Email : secretaire@samtalgerie.com Email : secretaireadjoint@samtalgerie.com

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Éditorial Le Journal de Médecine du Travail, dans ce numéro, aborde des thématiques relatives au cancer professionnel, les risques professionnels dans l’industrie agroalimentaire et la restauration et le management en santé au travail. Ces thématiques ont été abordées lors des 19èmes journées nationales de médecine du travail et restent des sujets d’actualité dans le monde du travail. Les systèmes de management en santé et sécurité au travail sont de plus en plus intégrés par les entreprises algériennes dans le management global. Ils visent la normalisation des processus de travail et la maîtrise des risques professionnels en impulsant une dynamique de progrès et d’amélioration continue. L’objectif est d’introduire sur le plan des concepts, cette nouvelle approche et d’évaluer, à travers les pratiques de l’entreprise et des experts, la performance de ces systèmes en matière de santé et de sécurité au travail. Le cancer constitue actuellement, un problème de santé publique dans la plupart des pays. Des estimations nationales, faites par l’Institut National de Santé Publique, en Algérie, montrent que le nombre de nouveaux cas de cancer est de 40.000 par an. La part attribuable au travail dans cette pathologie est évaluée globalement par les différentes études entre 10 à 20% selon les sites de localisation. Aux États-Unis, les experts du National Cancer Institute prédisent que dans les années à venir, 30% des cancers pourraient être dus à une exposition professionnelle. L’Algérie a adopté son plan cancer 2015-2019 qui a inscrit dans son premier axe stratégique la prévention des cancers en général et des cancers professionnels en particulier et retenu comme action la maîtrise des facteurs de risque notamment le tabagisme, les facteurs professionnels, les modes alimentaires. Les risques professionnels et les effets sur la santé restent peu abordés dans un secteur agroalimentaire, employeur de main d’œuvre important et qui est, par ailleurs, en plein développement en Algérie. Je saisis aussi cette opportunité pour souligner l’importance du travail accompli par l’équipe de rédaction pour faire redémarrer notre revue.

Le Président de la SAMT Pr M. Haddar

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Dossier 1 : Cancer et travail. Programme de prévention des risques CMR dans la région de Sousse par la méthode INRS. E. Essanaa*, N. Azzouz*, S. Amimi*, W. Mansour*, E. Bouslah*, A. Charrada*, H. Bouslah**. *Groupement de Médecine de travail *Inspection médicale et de sécurité au travail. Sousse, Tunisie.

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Introduction :

A l’instar des pays industrialisés, l’utilisation des produits chimiques dans les PME Tunisienne est en constante évolution. Les risques professionnels liés à l’utilisation des produits chimiques, en particulier ceux classés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques constituent une préoccupation de santé à l’origine de nombreuses réglementations et recommandations dans le monde. En Tunisie, on a constaté que d’une part, il y a une multitude de procédés industriels exposant les salariés à des risques diversifiés d ont l’exposition aux produits dits CMR, (Cancérigènes, Mutagènes et Toxiques pour la reproduction), et d’autre part, il y a une augmentation de cas de cancers en milieu professionnel. Ainsi, le Groupement de Médecine du Travail de Sousse a entamé, en 2012, une étude prospective de cas dans le cadre d’un large programme de prévention des risques CMR. Définition des CMR : Un cancérogène (C) est un agent capable de provoquer le cancer ou d’en augmenter la fréquence dans une population exposée. Un mutagène (M) est un agent qui modifie le code génétique de l’individu et de sa descendance. Un toxique pour la reproduction (R) est un agent qui altère les fonctions de reproduction chez l’homme ou la femme, ou qui induit des effets néfastes non héréditaires sur la descendance.

Figure 1 – Principaux cancérogènes profession-nels et leurs organes cibles par un cancer professionnel.

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Il s’agit d’un programme de prévention primaire du risque CMR selon la méthode INRS adaptée aux entreprises adhérentes au groupement de médecine du travail du gouvernorat de Sousse. Le Team-project ou les parties prenantes liées au programme se compose d’un médecin du travail coordinateur du programme, des ingénieurs du Groupement ainsi que l’ensemble des médecins du GMT Sousse. Ce groupe de travail coordonne son action avec les entreprises adhérentes au GMT Sousse et particulièrement par l’intermédiaire du responsable de sécurité quand il existe. Notre programme est réalisé en 4étapes : 1. D’abord une longue étape d’inventaire des agents chimiques et des situations de travail pouvant donner lieu à des expositions.

Principaux cancérogènes professionnels et leurs organes cibles. Pratiquement tous les organes du corps humain peuvent être atteints

2. Puis une Hiérarchisation des risques selon une matrice logicielle. 1

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Description du projet :


3. Puis la recherche et la priorisation des ac- (notamment la rubrique 15 des tableaux tions de prévention. de maladies professionnelles) , et en étayant 4. Enfin la réalisation de Plan d’action (pour au besoin les modes opératoires. les situations à risque les plus préoccu- Il peut recourir aux fiches d’aide au repérage (FAR) établis par l’INRS (Institut national de pantes). recherche et sécurité) ; ou utiliser d’autres fiches Le programme de prévention des risques CMR FDS collectées et rassemblées par le se base essentiellement sur la prévention tech- médecin coordinateur du programme. nique, cependant le suivi médical constitue une Chaque médecin du travail dispose de la étape importante et se base sur : Classification réglementaire des substances cancérogènes avec une mise à jour directe sur le – Le recueil et l’inventaire des expositions aux site de l’European Chemicals Bureau : produits CMR. – L’application d’un suivi médical spécialisé Le Bilan du repérage : SMS (selon des Fiches métier établies au En fin d’étape de repérage la liste finale des Groupement). entreprises retenue concernées par le – La réalisation éventuelle d’un Biomonito- programme de gestion des risques CMR ring pour évaluer les IBE de groupe. compte 102 entreprises, totalisant environ

2.1

18600 salariés. Cette liste est validée par le médecin coordinateur du programme et l’ingénieur du groupement. La liste finale des produits retenus par le programme de gestion des risques CMR compte 348 produits validés en fin d’étape de repérage. Chaque produit validé est noté sur une fiche étayant les principales données qui seront utilisées dans les étapes suivantes.Cette liste peut être modifiée si nécessaire. Les données de fin d’étape ainsi recueillies sont introduites sur une base de données informatisée avec un document Excel incluant l’ensemble des données concernant les agents CMR identifiés. Cette base mentionne les postes ou les activités concernées, les phases pouvant donner lieu à une exposition, les modes d’exposition potentielle principalement respiratoire ou cutanée. Un recours à la métrologie d’ambiance peut être réalisé au besoin. Ce document servira de base de travail pour la phase suivante de hiérarchisation des risques.

Critère de sélection des CMR.

La sélection des produits CMR se fait de manière exhaustive selon : La Classification internationale CLP (SGH) : – Catégorie 1A : Effet CMR avéré pour l’homme – Catégorie 1B : Effet CMR présumé pour l’homme – Catégorie 2 : Effet CMR suspecté La Classification du CIRC : – Group-1 : L’agent est cancérogène pour l’homme – Group-2A : Probablement cancérogène pour l’homme. – Group-2B : Peut-être cancérogène pour l’homme

2.2 2.2.1

Les étapes techniques : Étape no 1 Repérage du risque chimique cancérogène (CMR) :

Il s’agit d’une étape longue mais essentielle pour la planification d es a ctions suivantes. Le repérage du risque chimique cancérogène (CMR) est réalisé par le médecin du travail par l’observation des postes ou des situations de travail réelles, ainsi que par l’inventaire de toutes les substances utilisées dans son entreprise. Par la suite, il fait le tri des produits en se basant sur les fiches de données de sécurité

Figure 2 – Base de données finale. 2

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Analyse préliminaire : – Population exposée: Sur la population totale de l’étude on compte 19% d’exposés à un produit CMR dont 3% de multiexpositions. Cependant, les expositions sont souvent irrégulières et intermittentes. Base de données finale :

– Sexe :Les expositions directes aux produits CMR concernent essentiellement des salariés de sexe masculin (96% des cas).Cependant pour les expositions indirectes elle est presque égale (sex-ratio =1). – 94% des exposés ont un âge entre 18 et 50 ans ; toutefois dans 2% des cas il s’agit de jeunes dont l’âge est inférieur à 18 ans). – Secteurs d’activité : Tous les Secteurs d’activité sont concernés par les produits CMR et notamment les industries manufacturières et les services.

Figure 3 – Population exposée.

Figure 4 – Secteurs d’activité.

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– Type d’activité :les principales activités concernées sont la peinture et vernissage puis le nettoyage dégraissage notamment dans les garages et ateliers mécaniques puis les poussières de bois. Table 3 – Type des CMR. 2.2.2

Étape no 2 La hiérarchisation des produits (CMR) :

La hiérarchisation des produits (CMR) collectés dans l’étape de repérage est réalisée selon la méthode INRS. Pour cela on a eu recours à un logiciel qui utilise la méthode INRS et qui tient compte surtout du score de risque CMR par rapport aux autres risques des produits chimiques. Table 1 – Type d’activité. Ce logiciel propose des points d’action de prévention adaptés à la situation de travail et – Comparaison avec l’étude SUMER permet d’en faire le suivi. Son utilisation a été 2010 :On retrouve pratiquement les proposée et recommandée pour les responsables mêmes taux d’exposition des salariés. de sécurité concernés par le programme. Cependant, l’étude Summer retrouve un taux important de salariés exposés aux gaz d’échappement et à la silice cristalline retrouvée dans le secteur bâtiment. Ce secteur n’est pas inclus dans l’activité du Groupement.

Figure 5 – Logiciel : hiérarchisation des produits (CMR). Table 2 – Comparaison avec l’étude SUMER 2010. – Type des CMR :Les produits CMR sont essentiellement des produits cancérigènes (50%) ou reprotoxiques (39,1%). Cependant ces derniers sont souvent à la fois reprotoxiques et cancérigènes.

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2.2.3

Étape no 3 Préparation des actions de prévention :

mettra de planifier des actions de prévention plus radicale (substitution d’un produit CMR ou système de vase clos par exemple). Pour la substitutions, la préparation du plan Modélisation des actions :Chaque médecin a pu d’action a utilisé les FICHES FAS Fiches d’Aide choisir une ou plusieurs entreprises dans le à la Substitution (sur inrs.fr) , ainsi que le site cadre de son secteur dominant. Il a ensuite agrée www.substitution-cmr.fr. bénéficié d’au moins 2 visites des ingénieurs Les actions proposées sont adaptés à la réalité H-S afin de valider des mesures préventives de l’entreprise avec l’implication des chargés de en place. Puis, une métrologie d’ambiance est sécurité et/ou des représentants du personnel faite sur demande du médecin. Puis, un plan au CSST. Le type d’action est modélisé puis d’action « PA » incluant des recommandations standardisé aux autres groupes exposés à un technique et une surveillance médicale est risque identique. préparé par le groupe puis transmis au La Participation et l'expression de l’avis coordinateur du programme pour des salariés est primordiale. enregistrement et validation selon un standard. La conduite d’un plan d’action priorise des actions établies en fonction de l’importance des risques évalués, en fonction des mesures de prévention déjà en place en suivant les 2.2.5 Place de la surveillance médicale. indicateurs de métrologie d’ambiance(Polluant, La surveillance médicale est ciblée se basant ventilation, thermo-hygrométrie). sur la fiche m étier é tablie a u G roupement. Elle En résumé, la conduite d’un plan d’action utilise une fiche de surveillance SMS ainsi qu’un de prévention du risque cancérogène a pour registre spécial. finalité : Elle associe des bilans complémentaires adaptés selon un standard convenu au Groupement. – Supprimer ou, à défaut, diminuer les La Biométrologie :Elle est réalisée de façon rescontraintes physiques pesant sur certains treinte et se réfère aux valeurs limites biologiques postes, activités ou situations de travail, « VLB » quand elles existent et on préfère dans – Améliorer les environnements de travail, le programme CMR étudier les Indices Biolo– Des mesures organisationnelles ainsi qu' giques d’Exposition « IBE » de groupe .Pour une formation et une sensibilisation du les cancérogènes, un IBE est utilisé comme indipersonnel exposé à des risques CMR. cateur de l’exposition sans qu’il n’y ait de VLB – La mise en œuvre de mesures d’hygiène : associée. nettoyage régulier des sols, des murs et autres surfaces, l’interdiction de toute prise alimentaire et tabac sur les lieux de travail, 3 Conclusion. les douches Le programme de prévention des risques CMR se base un bilan du repérage exhaustif des proo 2.2.4 Étape n 3 : Réalisation et planifiduits chimiques avec l’inventaire des situations cation des actions sur le terrain : de travail exposant à un agent cancérogène. – À court terme, il peut être envisageable de Des actions de prévention technique et des mofaire mieux avec ce qui est déjà en place, dalités de surveillance médicale ont été propoc’est-à-dire d’obtenir le maximum d’effica- sées et entamées. cité des mesures existantes, ou de mettre Au total, le programme a retenu et validé 348 en œuvre des solutions simples de préven- produits et procédés CMR dans une liste de tion (comme par exemple modifier ou ajou- 102 entreprises sélectionnées dans la région de ter un dispositif de captage des émissions Sousse. L’exposition aux produits CMR concerne la plupart des secteurs d’activité et se sur un poste de travail). – À moyen et long terme, une étude répartit dans toutes les délégations de la région. technique, organisationnelle adaptée aux Les secteurs les plus concernés sont : l’Indusmoyens et possibilité de l’entreprise per- trie du meuble et peintures, les services de com5

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merce, les services automobile (garages) et l’industrie du bois et liège. Globalement 19% des salariés sont exposés à au moins un produit CMR et 15.6% de ces salariés sont concernés par la multi-exposition à des agents CMR. La préparation du plan d’action a utilisé une hiérarchisation logicielle selon la méthode INRS.Il a été préparé de manière adapté aux dispositions techniques et financières de l’entreprise. Les dispositions du plan d’action comporte des mesures qui nécessite un suivi périodique, a priori des recommandations et des actions réalisées. Enfin, il faut rappeler que tout programme de prévention du risque CMR passe nécessairement par la lutte anti-tabac en milieu du travail. Bibliograhie : 1. INRS - Prévenir les risques liés aux agents chimiques CMR sur le site www.inrs.fr 2. L’enquête Sumer 2010 réalisée par la Dares et la Direction générale du travail (DGT)

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Étude épidémiologique des cancers en milieu hospitalier cas : du CHU d’Annaba Algérie. S. Khatmi, H.Sekhri. Université BADJI Mokhtar, Laboratoire Santé Environnement, Faculté de Médecine Service de Médecine du Travail, CHU Annaba.

1

Introduction :

Les antécédents personnels médicaux, hypertension : 26% , diabète : 7,4% Antécédents personnels chirurgicaux : 29,63%. La Vaccination de nos patients est relativement correcte HVB : 74% et dT : 67%. La date du diagnostic du cancer est l’année 2011 dans 25,9% des cas. Répartition selon la localisation du cancer :le cancer du sein est prédominant avec 33%. L’exposition aux facteurs de risque :Chimiques 70%, Biologiques 67%. Traitement : Intervention chirurgicale : 92,6%. Traitement par chimiothérapie : 62,96%. Traitement par radiothérapie :37,04%. Évolution : Guérison 15% - Décès 33% - Métastases 15%. Application de mesures préventives : la prévention technique individuelle (70%), la prévention médicale assurée par la visite périodique(80%). Le nombre de jours d’incapacité temporaire chez la population étudiée est en moyenne de 578 jours avec des extrêmes de [90 à 1170 jours]. Maladie longue durée : 48%. Invalidité catégorie 2 : 7,42%. Reprise du travail : 59%.

Le cancer est une pathologie d’origine multifactorielle. De nombreux agents cancérogènes peuvent être retrouvés.

2

Objectif.

Déterminer la fréquence des cancers et les facteurs de risques chez le personnel hospitalier.

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Matériel et méthode.

Étude rétrospective à partir des dossiers médicaux et à l’aide d’une fiche de dépouillement préétablie sur 27 salariés atteints de cancers et ayant consulté au service de médecine du travail du 01/01/2009 au 31/12/2013.

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Résultats.

Les principales caractéristiques de la population d’étude sont : Sexe féminin : 74%, Sex ratio : 0,3. Age moyen : 50 ans, avec des extrêmes : 32 - 62 ans. Surcharge pondérale : 33,34%, Obésité modérée : 7,41%. Hôpital IR de chirurgie : 60 % : Service administratif 18,5% et Gynéco-obstétrique : 18,5%. Agents de service : 30% . Ancienneté moyenne : 25 ans, ancienneté moyenne au poste actuel : 23 ans.

5 5.1

Caractéristiques sionnelles.

socioprofes-

L’âge moyen dans notre étude est de 50 ans, une étude Française sur l’épidémiologie de tous les cancers en 2012 retrouve un âge médian de 68 ans chez l’homme et 67 ans chez la femme. Le sex ratio est de 0,33 avec un taux de 74% de femmes, cela s’explique par une prédominance 7

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Discussion.


féminine dans la population étudiée.Les agents de services (29,7%) sont les plus touchés ce qui est concordant avec l’enquête Sumer 2003 qui considère que les ouvriers (catégorie la moins favorisée) sont les plus atteints (70%). L’ancienneté moyenne au poste des cas étudiés est 23 ans, on peut alors suggérer qu’il existe un lien entre l’exposition professionnelle et l’apparition de la maladie, selon la littérature le cancer professionnel touche en moyenne les sujets ayant eu une durée d’exposition de 10 à 50 ans. L’hôpital IR de chirurgie représente la structure d’activité la plus touchée (51,9%), ce nombre élevé peut s’expliquer par l’importance de l’effectif des employés. Le service de gynécologie-obstétrique reste le service le plus touché avec 18,5%, cela est probablement dû à l’importance de l’effectif du personnel d’une part, et d’autre part du fait de la manipulation de produits chimiques tels que les cytostatiques ainsi que le rythme de travail. Une étude sur 7565 femmes ayant un cancer du sein, montre un risque relatif significatif de 1,5 pour celles qui travaillaient la nuit.

5.2

produits chimiques dont des cytostatiques, avec l’inhalation comme mode de contamination prédominant (70,37%), la voie cutanée représente également un taux important de 66,67% en milieu hospitalier (accident d’exposition au sang, ramassage des déchets).

5.3

Aucun cas des cancers n’a été déclaré en maladie professionnelle car l’origine professionnelle n’est pas prouvée.

5.4

Les limites de l’étude.

Notre étude n’est que descriptive, elle ne nous permet pas de conclure que les cancers retrouvés sont forcément d’origine professionnelle, néanmoins, elle nous a permis d’avoir une idée sur l’état de santé en matière de cancer chez le personnel hospitalier de notre CHU. L’étude se heurte à de nombreux problèmes tels que la faible taille de la population d’étude.

Caractéristiques de la maladie 6 (le cancer).

Conclusion.

Au terme de notre étude on peut conclure que nous retrouvons une prédominance du cancer du sein qui touche surtout les agents de service féminin âgé de 50 ans avec une ancienneté de 23 ans, au niveau du service de gynéco-obstétrique de l’hôpital IR de chirurgie manipulant des produits chimiques. Le lien de causalité n’est pas établi. La mise en place de moyens d’investigations : dosage spécifique des métabolites urinaires des produits chimiques utilisés en milieu hospitalier tels que (cytostatique, formol, solvants, détergents etc.) reconnus cancérigènes est nécessaire. Il est donc indispensable de repérer les nuisances et situations d’expositions professionnelles en cause, afin de mettre en place des stratégies de prévention efficaces, associées à une surveillance étroite des salariés potentiellement exposés. Bibliographie :

Concernant l’IMC des malades, 33,34% présentent à une surcharge pondérale qui constitue un facteur d’initiation à l’obésité. L’étude des antécédents personnels médicaux et chirurgicaux permet d’identifier l’existence de certains facteurs de risque tels que l’HTA et le diabète qui sont dus à l’obésité et de là ils pourraient être incriminés dans la survenue du cancer. Une étude américaine conclut que l’obésité est une cause probable de cancer. La majorité des employés a été vacciné contre l’hépatite B (74%) ce qui constitue un facteur protecteur surtout en milieu hospitalier contre l’hépatite B et de là contre le cancer du foie Le cancer du sein (33,36%) représente le cancer dominant dans notre étude, cela peut s’expliquer d’une part par la prédominance féminine dans la population étudiée, Le rythme du travail (2 jours, 2 nuits, 2 repos), des études attribuent une part de risque au travail de nuit chez les infirmières travaillant au moins 3 nuits par mois. Pour les différents secteurs d’activité, les employés étaient exposés dans 70,37% des cas à des facteurs de risque chimique, du fait de la manipulation de différents

1. Charbotel B., Normand J.-C., Bergeret A. Cancers professionnels. Généralités. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Toxicologie - Pathologie professionnelle, 16-532-A-05, 2007. 8

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Prise en charge médico-légale.


2. Cancers professionnels. Programme d’action des SST dans le cadre du plan national cancer. Dr Lionel SCTRICK ANMTEPH FMC Rabat 9-11 juin 2009 3. Les cancers professionnels. Le point sur les inégalités en termes d’expositions professionnelles à des cancérogènes. Claire Chauvet Isabelle Tordjman.Institut National du Cancer Journée ACSE/INCA , 23 mai 2011 4. Dossier INRS. Risque cancérogène en milieu professionnel (septembre 2006).

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Dépistage de la mutagénocité cellulaire : des tests du futur. A. Lamara Mahamed. Laboratoire de Biogénotoxicologie et Santé au Travail Université d’Alger I. Benyoucef BENKHEDDA. Alger, Algérie. Janvier, 24, 2014 Plus de 45 000 cancers sont diagnostiqués chaque année dans notre pays. Très souvent, ces diagnostics sont tardifs, ce qui implique une prise en charge lourde dans des structures intégrées spécialisées avec un coût élevé. La prévention qui consiste à dépister précocement les cancers doit reprendre toute sa place, ce qui permettrait de prendre en charge cette pathologie dès les premiers stades. En médecine du travail, nous participons pleinement à cette prévention pour le dépistage du cancer du sein, cancer du col, cancer de la prostate et le cancer de la vessie, sans oublier les leucémies. La réalisation de ce dépistage fait appel, à l’examen clinique, les examensbiologiques, les examens radiologiques, la recherche et l’évaluation des marqueurs tumoraux.

cellulaire (métaphase / anaphase) . Il peut être formé par un fragment acentrique de chromosome (événement clastogène) ou un chromosome entier (événement aneugène). Ces micronoyaux correspondent aux éléments d’origine chromosomique éliminés après réparation des lésions occasionnées à l’ADN. Ce test est basé sur la numération d’entités nucléaires, les micronoyaux présents dans le cytoplasme des cellules en interphase et dont le diamètre est compris entre 1/16 et 1/3 du diamètre du noyau principal. Ils sont le reflet d’une action génotoxique et peuvent révéler le premier stade de la cancérogénèse chimique au même titre que les aberrations chromosomiques.

Pour les cancers de la vessie induits par exemple par certaines amines aromatiques telles que : naphtylamine, Benzidine, 4 Aminodiphényle, dont le métabolite ultime est cancérigène, nous recherchons chez les travailleurs exposés la microhématurie , quand celle ci est présente une échographie est effectuée, en cas de tumeur, le patient et adressé à l’urologie. Nous constatons dans la majorité des cas que le pronostic est péjoratif aboutissant au décès. La recherche de la microhématurie ne semble pas être un bon moyen de dépistage.

Figure 1 – Test des micronoyaux schéma 1.

Figure 3 – Test des micronoyaux : technique.

Dans les pays occidentaux depuis les années 80 la recherche a développé de nombreux tests à court terme afin de mettre en évidence le risque génotoxique. C’est ainsi qu’en 1985 ,le test des micronoyaux sur lymphocyte a été décrit. Un micronoyau est formé durant la division

Figure 4 – Lymphocytes T avec un micronoyau. 10

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Ce test peut s’appliquer aux travailleurs exposés aux amines aromatiques. On sélectionne 2 populations de travailleurs : une population exposée et une population non exposée. On recueille les urines de 24h auxquelles on fait subir une centrifugation afin d e recueillir les cellules vésicales exfoliées , que l’on met en culture et on leur fait subir la technique décrite ci dessus. Une fois la coloration de Giemsa effectuée, on effectuera le comptage de 500 cellules vésicales mono-bi-tri et tétra nucléés pour chaque travailleur et dans les 2 populations témoin et exposée. Le résultat s’exprime par un quotient : nombre de cellules bi-tri et tétra nucléés sur les cellules vésicales mononucléés. A chaque travailleur correspondra un quotient rapporté à 1000, on fait la moyenne des quotients pour chaque population exposée non exposée et on compare les moyennes. Une différence statistiquement significative incriminera de façon probable l’action des amines aromatiques dans la genèse des micronoyaux. Bibliographie : 1. Beaumont Simon. Biologie moléculaireUE1. 1ère Année Santé. Edi.science janvier 2010. 2. Cau. Pierre, Seite Raymond. Cours de biologie cellulaire. Ed. Ellipses. septembre 2007. 3. De Meo M . P. Applications des tests de génotoxicité à la biosurveillance des risques cancérogènes. Information précongrès. 25 mai 2005. 28èmes Journées Françaises de Santé au Travail dans le BTP. 4. DiGiorgio.C, Botta. A, DeMeo. M. P, Laget. M, Dumenil. G. Le test de numération des micronoyaux dans les lymphocytes T binucléés. Analyse de la répartition et des facteurs de variation sur une population de 200 sujets. Annales de biologie clinique 1992. 50, 21-24. Elserier Paris. 5. Fity Serge. Le dépistage biogénotoxicologique Application et interprétation en médecine du travail. Thèse pour le Doctorat en médecine. Marseille 1997. 6. Lauwerys. R. Toxicologie industrielle et intoxications professionnelles. Masson 4ème Ed 2000. 11

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Peut-on traiter le cancer sans s’exposer ? Expérience d’un service de médecine du travail d’un centre anti cancer. N. Liani, N. Akif, Z. Khoudour, Lamara Mahamed et Coll. Laboratoire de Biogénotoxicologie et Santé au Travail Université d’Alger I. Benyoucef BENKHEDDA. Alger, Algérie.

1

Introduction.

La chimiothérapie anticancéreuse, la radiothérapie et la curiethérapie font partie de l’arsenal thérapeutique du cancer. Elles font appel à l’utilisation d’agents cytotoxiques et de sources radioactives elles-mêmes cancérogènes. Le diagnostic, le bilan d’extension de certains cancers exigent des investigations radiologiques et des examens anatomo-pathologiques nécessitant l’utilisation de moyens et de substances cancérogènes avérés tel que le formaldéhyde, les radio- isotopes et les radiations ionisantes. La nature de l’activité du personnel soignant des Centres Anti-Cancer (CAC) l’expose au risque mutagène qui peut évoluer parfois en cancer , lorsque la prévention et la réglementation inhérentes ne sont pas respectées.

2

Objectif.

Ce travail a pour objectif de faire un inventaire des principales situations d’exposition au risque cancérogène du personnel d’un CAC situé à Alger.

3

Matériel et Méthode.

Un état des lieux des conditions d’exposition aux cancérogènes du personnel et une évaluation de la surveillance médicale ont été réalisés.

4 4.1 4.1.1

Exposition aux radiations ionisantes. identification des sources radioactives utilisées.

Près de 180 personnes travaillant par équipe sont quotidiennement exposées au risque radiologique. Cet effectif composé de médecins, de techniciens et radio physiciens exerce dans 06 services différents : la radiologie, la radiothérapie, la médecine nucléaire, le laboratoire de chimie hormonale et l’endocrinologie. Ce personnel est soumis dans leur service respectif à un risque d’irradiation ou de contamination voire même aux deux. Le laboratoire de chimie hormonale et le service de médecine nucléaire utilisent des sources non scellées, principalement le Technétium 99 méta-stable, le Gallium 67 pour l’imagerie médicale et l’Iode 131 pour la thérapie . Dans ces secteurs ,des sources scellées servent également à la calibration des détecteurs. Les générateurs de rayonnements ionisants (rayon X basse énergie) sont eux utilisés en radiologie pour la scanographie, la radiologie conventionnelle et la mammographie. En radiothérapie deux accélérateurs de particules (mono et poly énergétique) génèrent des électrons et des rayons X fortement énergétiques. Parmi les autres utilisations des sources radioactives scellées élevées nous citons la curiethérapie à haut débit, la curiethérapie à bas débit pulsée nécessaires au traitement de certains cancers et les banques de sang pour irradier les produits sanguins (irradiateur de sang,émetteur de 12

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Résultats.


rayons ). 4.1.2

Le dispositif de radioprotection.

L’évaluation du dispositif de radioprotection de notre établissement révèle : Une absence de délimitation des zones surveillées et contrôlées ainsi qu’une absence de contrôle d’ambiance en curiethérapie et en médecine nucléaire. La contamination interne est contrôlée par anthropo-radiamétrie une fois par an et uniquement pour le personnel du service de médecine nucléaire. Seuls 70% du personnel exposé est doté d’un dosimètre de poitrine. Pas de dosimétrie des extrémités pour les personnels confrontés à la manipulation des sources non scellées. Pas de dosimétrie opérationnelle lors d’opération ponctuelle en zone contrôlée. Pas de protège seringues ni de de gants radio atténuateurs pour les produits radiopharmaceutiques utilisés en médecine nucléaire. Le suivi dosimétrique nominatif passif (dosimètre de poitrine) des travailleurs se fait de façon trimestrielle qu’elle que soit la catégorie du travailleur. Une absence de classement des travailleurs exposés en catégorie A et B. Une absence de formation du personnel à la radioprotection. La surveillance médicale du personnel exposé est aléatoire ; le personnel ne se présente pas régulièrement aux visites médicales réglementaires. La désignation d’une personne compétente en radioprotection depuis seulement un an.

4.2 4.2.1

par semaine. L’administration des traitements est assurée généralement par le personnel paramédical, par le personnel médical si la voie d’administration est particulière comme la voie intrathécale ou intravésicale. Toutes les classes pharmaco thérapeutiques sont utilisées.En se référant à la classification de l’IARC[7]on constate que parmi les agents cytostatiques manipulés : – 03 agents sont classés au groupe 1 :Busulfan, Cyclophosphamide,Melphalan – 04 agents classe 2A : Cisplatine, carmustine, Doxorubicine ,Etoposide, Ténoposide – 07 agents classe 2B : Amsacrine, carbazine, Bléomycine, Chlorméthine, Daunorubicine, Mitomycine, Mitoxanthrone

Table 1 – Exposition du personnel paramédical. HDJ : Hôpital de jour Hotte * : Hotte à flux laminaires verticale de type II B. Pour l’année 2014 20% du personnel exposé aux anticancéreux a validé son aptitude au poste.

Exposition aux cancérogènes 5 chimiques. Les agents cytostatiques.

En raison du nombre croissant des prises en charge de patients atteints de cancers dans nos services hospitaliers, l’activité de préparation des poches de cytostatiques est en constante augmentation. Cette préparation est quotidienne, assurée de 09H à 12H par le personnel paramédical travaillant par équipe, 2 à 3 fois

L’expérience de notre service montre qu’au niveau d’un Centre Anti Cancer(CAC) les types d’exposition aux agents cancérogènes sont diverses. Ainsi, dans le contexte actuel, il est difficile pour le médecin du travail de remplir sa mission de façon efficace et satisfaisante.[5 ;8] L’évaluation du risque radiologique révèle de nombreux manquements dans le dispositif de radioprotection. L’absence de dosimétrie active ne 13

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Discussion.


permet pas d’évaluer une exposition anormale ayant comme origine le rayonnement direct de la source ou atténué seulement par le corps du patient. Cette situation survient fréquemment lors de l’intervention des radio-physiciens dans une chambre de curiethérapie à bas débit pulsé pour un blocage de la source dans le patient. Le personnel médical et/ou paramédical courent le même risque lors d’une assistance médicale nécessaire à un patient chargé (radioactif). Bien qu’obligatoire, la définition d es zones contrôlées et réglementées au niveau de la curiethérapie et de la médecine nucléaire est difficile à obtenir [2 ; 6]. Ces unités ne sont pas à l’écart des circulations générales de l’établissement et distantes l’une de l’autre. L’idéal aurait été un regroupement des locaux dans une extrémité d’aile du bâtiment pour former un seul tenant, ce qui permettrait la délimitation aisée d’une zone contrôlée. La réception des résultats de non irradiation (suivi dosimétrique) n’est sûrement pas satisfaisant du fait de l’absence de suivi médical du personnel exposé et de l’absence d’études de poste. L’expérience de notre service montre ainsi la nécessité d’optimiser la sécurité radiologique du personnel par un renforcement de la réglementation en ce qui concerne le contrôle de la radioprotection. A l’exception de l’unité « greffe de moelle », la manipulation des agents cytotoxiques n’est pas sécuritaire malgré la mise à disposition de moyens de protection collectifs et individuels adaptés au besoin. Cette situation est en partie liée à l’absence d’un programme d’entretien préventif et de maintenance des équipements collectifs mais en grande partie à une résistance du personnel soignant au changement. En effet, l’apport depuis 2010 de nouvelles techniques (hottes) pourtant légitimées sur le plan de la sécurité se heurte (malgré les multiples sensibilisations) à un échappement , une résistance et une persistance des comportements dangereux, irrationnels et inadéquats. En effet, la difficulté dans la prévention du risque professionnel lié à l’exposition aux anticancéreux implique l’introduction de précautions particulières [1 ;4] à l’origine d’une modification de la gestuelle , d’une inflexion des comportements de travail et de changements d’habitude. Par ailleurs, nous pensons que le travail heb-

domadaire concentré sur deux à trois jours est à l’origine de pics d’hyperactivité. Cette situation génère une concentration de soins de haute technicité et à haut risque sur des plages horaires réduites. Ces derniers paramètres concrets viennent entraver la mise en œuvre des mesures sécuritaires. Un travail de qualité à l’hôpital nécessite des effectifs en adéquation avec la charge de travail. Il est à rappeler que l’exposition aux agents cytotoxiques survient à toutes les étapes du circuit du médicament, depuis sa réception à la pharmacie jusqu’à son élimination. Par conséquent, une proportion notable de travailleurs, pour la plupart des agents polyvalents à contrat à durée déterminée, est quotidiennement exposée dans notre CAC.

6

Le travail dans un CAC conduit à des expositions régulières à une large gamme de substances cancérogènes. Notre expérience montre qu’il serait justifié p our l es f uturs CAC de veiller à l’application de la réglementation concernant la radioprotection et la maintenance des équipements ,d’engager au préalable une réflexion par rapport à la conception des locaux et de développer à travers les programmes de formation du personnel soignant la culture de prévention. Pour le personnel soignant en activité , les efforts de prévention doivent agir dans l’axe d’une formation très normative. Il s’agira d’éduquer et de former tout ce personnel dont les comportements sont jugés inadaptés avec souvent des conduites dangereuses induites par un manque d’informationet donc, par ignorance. Au besoin, les manquements flagrants aux règles élémentaires de sécurité peuvent être sanctionnés. Un effort considérable doit être porté sur l’instauration d’une discipline de travail, mettre en place un contrôle rigoureux sans occulter l’effort pour la formation et l’information. "Mieux vaut éclairer les consciences que les contraindre" Diderot. La collaboration entre les différentes parties à savoir les chefs de service ,la direction ,le COMENA et le service de médecine du travail pourrait nettement améliorer l’état des lieux. 14

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Conclusion.


7

Déclaration d’intérêts.

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article. Bibliographie : 1. American Society of Health-System Pharmacists :ASHP Guidelines on handling hazardous drugs.Am J Health-System Pharm ,vol 63 15 juin2006 p 1172-1191 2. Arrêté interministériel du 20 janvier 2011 fixant la signalisation particulière des zones réglementées contenant des sources de rayonnements ionisants 3. Arrêté interministériel du 20 janvier 2011 fixant les conditions d’utilisation des dosimètres individuels 4. Centre National Hospitalier d’Information sur le médicament :CNIMH Anticancéreux :utilisation pratique 5ème édition Aout-Sept 2004 5. Décret exécutif 93-120 du 15 mai 1993 relatif à l’organisation de la médecine du travail 6. Décret présidentiel du 11 avril 2005 relatif aux mesures de protection contre les rayonnements ionisants. Agency for 7. International on Cancer (IARC) :Cancer http ://wwww.iarc.fr

Research Database

8. Loi 88-07 du 26 janvier 1988 relative à l’hygiène , à la sécurité et à la médecine du travail.

15

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Les cancers chez le personnel de soins dans la région du centre tunisien. Une étude épidémiologique à propos de 62 cas. I. Rassas*, S. Chatti*, CH. Amri**, A. Braham *, S. Guedri *, H. Kalboussi*, M. Maoua*, O. El Maalel*, F. Debbabi*, N. Mrizak* Service de Médecine de Travail et de Pathologie Professionnelle, CHU Farhat Hached de Sousse, 4000, CHU Fattouma Bourguiba de Monastir5000-Tunisie.

1

Introduction.

Le Centre International de Recherche sur le Cancer [1] estime que le taux des cancers liés à une exposition professionnelle, serait de 4% chez l’homme et de 0,5% chez la femme. Le secteur de la santé expose ses travailleurs à une variété d’agents potentiellement cancérogènes. Plusieurs études ont été menées pour évaluer le risque des cancers chez les différentes catégories professionnelles de ce secteur. Cependant, les résultats étaient controversés et variaient en fonction du genre, de la catégorie professionnelle et de la localisation cancéreuse. Dans ce cadre, nous avons effectué cette étude dont les objectifs étaient d’estimer l’incidence des cancers chez le personnel de soins du secteur public de la région du centre tunisien, d’identifier les différents agents cancérogènes omniprésents en milieu de soins et d’étudier la prise en charge médicolégale des cas de cancers colligés.

2

Matériel et méthodes.

Il s’agit d’une étude descriptive rétrospective sur 8 ans, menée auprès du personnel de soins du secteur public des gouvernorats de Sousse et de Monastir, et dont le diagnostic de cancer a été porté entre 2005 et 2013. Le recueil des données s’est basé sur un questionnaire portant sur les caractéristiques sociodémographiques

et professionnelles des patients, les données médicales, ainsi que les modalités de reprise de travail après cancer. L’étude a été complétée par un inventaire des principaux agents chimiques et physiques potentiellement cancérogènes, omniprésents en milieu de soins. La saisie et l’analyse des données ont été réalisées grâce au logiciel SPSS version 18.0.

3

Durant la période d’étude, 62 cas de cancers ont été colligés, soit une incidence annuelle de 103, 88 cas/100000 personnes. Une nette prédominance féminine a été notée 74,2%. L’âge moyen au moment du diagnostic était de 44, 74 ± 5, 83 ans. Près de quarante pour cent 38,7% du personnel avait des antécédents familiaux de néoplasies, 29% étaient tabagiques et cinq personnes 8% étaient porteurs de conditions précancéreuses. Le cancer du sein a été la localisation cancéreuse la plus fréquemment rencontrée 46,8%, avec une incidence de 81 cas/100 000 femmes/an, suivi par les cancers colorectaux 12,9%, les cancers broncho-pulmonaires 9,7%, les hémopathies malignes 8% et les cancers cutanés 6,4%. La catégorie professionnelle la plus représentée était celle des infirmiers et des aides-soignants 54,7%, suivie par celle des techniciens supérieurs 22,5%. La majorité du personnel exerçait dans des centres hospitalo-universitaires 64%. 16

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Résultats.


L’ancienneté professionnelle moyenne au poste de travail était de 22, 4 ± 7, 11 ans. L’inventaire des expositions professionnelles a objectivé l’exposition des différentes catégories professionnelles à une multitude d’agents cancérogènes avérés et/ou susceptibles de l’être, de différentes natures : chimiques (formaldéhyde, oxyde d’éthylène), radiations ionisantes, virus oncogènes, travail posté et/ou de nuit, tabagisme passif. Sur le plan professionnel, les cancers ont été responsables d’un arrêt de travail moyen de 289, 7 ± 113 jours 10 ± 4 mois. Deux ans après le diagnostic du cancer, le taux global de reprise de travail était de 83,8%, tout type de cancer confondu. Ce taux a été plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et il diminuait avec l’âge. Les cancers du sein et de la thyroïde avaient les taux de reprise les plus élevés 93 et 100% respectivement. Le taux le plus bas 33,3% a été enregistré pour les cancers bronchopulmonaires. Après reprise de travail, 13,4% du personnel ont bénéficié d’un reclassement professionnel. Deux personnes ont été proposées au titre de la retraite anticipée, et les autres 82,7% ont gardé le même poste plus ou moins aménagé. Sur le plan médico-légal, seulement deux cas ont été déclarés : un au titre de maladie professionnelle cancer de la vessie secondaire à l’exposition aux colorants à base d’amines aromatiques et l’autre en maladie à caractère professionnel cancer de la thyroïde secondaire à l’exposition aux radiations ionisantes.

4

Discussion.

Selon les registres des cancers Tunisiens pour l’année 2006, l’incidence des cancers est de 117,9 cas/100000 H/an, elle est plus élevée chez les hommes que les femmes [2]. Dans la présente étude, l’incidence retrouvée chez le personnel de soins a été proche de celle de la population générale tunisienne. Toutefois, elle été plus élevée chez le personnel féminin 128 Cas/100 000 Femmes/an VS 67 cas/100 000 Hommes/an. Cette différence pourrait être expliquée en partie par la prédominance féminine dans le secteur de la santé. Pour le cancer du sein, nous avons retrouvé

une incidence de loin plus élevée que celle retrouvée chez la population générale féminine tunisienne. Ceci pourrait être attribué en partie à un dépistage meilleur chez le personnel de soins. Toutefois, le rôle des facteurs de risque professionnels notamment l’oxyde d’éthylène, les radiations ionisantes et le travail posté, ne peut être éliminé. Par présomption légale d’origine, et à travers la revue de la littérature, l’origine professionnelle de certains cancers colligés dans notre population d’étude, nous paraissait plausible. Cependant, seulement deux cas ont été déclarés. Ceci signale que l’origine professionnelle des cancers demeure sous-estimée, et ceci pour plusieurs raisons. En effet, l’incrimination d’un agent cancérogène particulier chez le personnel de soins est difficile à mettre en évidence vue le caractère multifactoriel des cancers, la multiplicité des expositions à faible dose, les insuffisances dans les approches adoptées pour l’analyse des risques et/ou l’évaluation de l’exposition aux cancérogènes sur les lieux de travail. Conformément aux données de la littérature [3,4], nous avons retrouvé un taux de reprise de travail de 83,8%, avec des arrêts de travail souvent de longue durée. La réinsertion professionnelle des patients est sujette à de multiples contraintes physiques et psychologiques, d’où la nécessité qu’elle soit accompagnée.

5

Notre étude a permis d’estimer l’incidence des cancers chez le personnel de soins qui était plus élevée que celle de la population générale pour le genre féminin. En outre, elle a permis de révéler l’exposition du personnel à une multitude d’agents potentiellement cancérigènes. L’augmentation du risque de certaines tumeurs malignes chez le personnel de soins, en particulier le cancer du sein, retrouvée dans notre étude et rapportée par certains auteurs, requiert des investigations plus poussées vu l’exposition de ces professionnels à un ensemble hétérogène d’agents dont le potentiel cancérigène est établi ou suspecté. Signalons par ailleurs, que l’origine professionnelle des cancers en général et chez le personnel de soins en particulier, demeure 17

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Conclusion.


sous-estimée. Néanmoins, la prévention trouve tout son intérêt dans la lutte contre ce fléau. Bibliographie : 1. Autier P, Boffetta P, Boniol M, Boyle P, Ferlay J, Aurengo A et al. Attributable Causes of Cancer in France in the year 2000. IARC Working Group Reports 2007 ;3 :177p. Lyon, France. Disponible sur : http ://www.iarc.fr consulté le 26-04-2014. 2. Ben Abdallah M, Ben Ayoub W, Jouini S, Hsairi M, Achour N. Registre des cancers Nord-Tunisie, Données 2004-2006. Registre des cancers NORD-TUNISIE 2012 (132p. Disponible sur : http ://www.insp.rns.tn (consulté le 08-02-2014. 3. Asselain D, Belin L, Le Bihan S, Stakowski H, Asselain B, Bourillon MF. Difficultés rencontrées lors de la reprise du travail après un cancer du sein. Arch Mal Prof Environ 2011 ;72 :585-97. 4. Bouknight RR, Bradley CJ, Luo Z. Correlates of return to work for breast cancer survivors. J Clin Oncol 2006 ;24 :345-53.

18 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Dépistage du cancer chez le personnel de santé exposé aux rayonnements ionisants et dosimétrie biologique. K. Youcef*, C.B. Tebboune*, A.N. Messal**, L. Lohibi**, A. Boudjama**. * Médecine du travail CHU Oran ** Laboratoire de génétique moléculaire et appliquée.

1

Introduction.

La première étape de la démarche globale de dépistage chez un sujet apparemment sain mais susceptible de développer un cancer professionnel consiste à identifier d es agents mutagènes dans l’environnement du travail et de poursuivre l’évaluation des risques en analysant les modalités d’exposition en faisant appel à différents outils de mesure. Parmi ces approches, la dosimétrie biologique peut répondre à ce besoin par la mise en œuvre de biomarqueurs d’exposition, que ni les examens d’investigations habituels, ni les examens plus performants ne permettent de dévoiler. On peut la considérer « comme la chronique d’une vie annoncée à l’avance, avec le déroulement de ses processus génétiques, ses risques, mais aussi, l’espoir d’échapper à la fatalité ou l’espoir de pouvoir la maîtriser par les directives individuelles préventives ou curatives ». Le cancer professionnel est défini comme, un cancer primitif résultant d’une exposition professionnelle à certains produits, agents ou procédés, avec un temps de latence important entre l’exposition et la survenue de la maladie (Abadia G. et al. 2008). Les Rayonnements ionisants (RI) ont la capacité d’induire différentes lésions de la molécule d’ADN, notamment des cassures double-brin, à l’origine d’aberrations chromosomiques et de micronoyaux. La re-cherche de tels remaniements chromosomiques au sein des lymphocytes périphériques de salariés exposés aux RI, constitue un indicateur de choix, largement documenté. La dosimétrie biologique mesure les variations radio-induites. Le dicentrique est un indicateur de l’irradiation (Voisin, 2001).

Nous nous sommes intéressés aux manipulateurs radio exerçant au service de radiothérapie car ils comptent parmi les professionnels les plus exposés aux RI.

2

Nous nous sommes fixés comme objectifs d’identifier les personnes exposées aux rayonnements ionisants dans le cadre de leur travail et nécessitant une surveillance spéciale et étudier l’intérêt de la dosimétrie biologique dans le cadre de la surveillance médicale à mettre en œuvre.

3

Matériel et méthodes.

Il s’agit d’une étude portant sur le personnel hospitalier des services à risque d’exposition aux rayonnements ionisants (radiodiagnostic, radiothérapie, chirurgie, urgence .). Après accord des volontaires, une prise de sang à été faite en vue de faire un caryotype. – Critère d’inclusion : Professionnel de la santé exposé aux RI depuis au moins 01 an, âgé de 20 -60 ans. – Critère d’exclusion : Refus, gros fumeurs, exposé < 1 an, exposition aux autres cancérigènes. Méthode. elle consiste à établir un caryotype après le consentement des personnes concernées (radiothérapie Oran). La courbe d’étalonnage en dosimétrie biologique a été établie au laboratoire de génétique appliquée d’Oran pour déterminer, par interpolation, la dose absorbée par un individu potentiellement exposé. 19

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Objectifs.


4

Résultats et discussion.

5

La dosimétrie biologique (cytogénétique) semble intéressante selon la littérature et pourrait rendre compte de la radiosensibilité propre de l’individu concerné de manière plus fiable et précoce. C’est aussi la seule technique qui permet d’évaluer la dose lorsque l’insuffisance de données rend la dosimétrie physique difficilement applicable. Les résultats retrouvés chez les volontaires le démontrent. La dosimétrie biologique semble prometteuse et ouvre une voie de recherche intéressante. Une détection précoce permettra au médecin du travail et de l’employeur, une prédiction précoce du risque, un retrait immédiat du poste de travail et un suivi au long terme. La question éthique reste à débattre. Bibliographie :

Nous avons recensé 384 salariés exposés aux RI dans des structures de santé publique et privée. Le tableau I et la figure1 montrent les différentes aberrations chromosomiques qui ont été trouvées chez quatre sujets sur les prélèvements sanguins (25 lames avec des préparations métaphasiques réalisés et analysés). Les critères d’analyse cytogénétique sont les métaphases issues de la première division cellulaire contenant 46 centromères. Le Dicentrique est comptabilisé quand un fragment acentrique est présent. La translocation est attestée quand la morphologie de 2 chromosomes homologues est différente. L’estimation exacte de la dose reçue est faite grâce à l’équation de la courbe linéaire quadratique. La variabilité de l’effet d’irradiation d’une personne à une autre est dûe à plusieurs facteurs : le mode d’exposition, facteur épigénétique, l’efficacité du système de réparation, la radiosensibilité cellulaire et la variabilité inter individuelle.

1. VOISIN P., et al., Criticality accident dosimetry by chromosomal analysis, Radiat. Prot. Dosim. 110 (2004) 443-447. 2. VOISIN, P., et al., The cytogenetic dosimetry of recent accidental overexposure, Cell. Mol. Biol. (Noisy-Le-Grand) 47 (2001) 557564. 3. Abadia G. et al., Les maladies professionnelles. Guide d’accès aux tableaux du régime général et du régime agricole de la Sécurité sociale. 2008, Paris : INRS.

Table 1 – Résultats d’analyse cytogénétique.

Figure 1 – Métaphase montrant les différentes aberrations chromosomiques instables.

20

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Conclusion.


Étude de l’exposition professionnelle et environnementale dans la survenue des lymphomes malins non-Hodgkiniens (LNH). O. Bencherguia*, C. Kandouci*, A.B. kandouci*, Z. Zouaoui**. *Laboratoire de recherche en environnement et santé. UDL. **Service d’hématologie, CHU de Sidi-Bel-Abbès, Sidi-Bel-Abbès, Algérie.

1

Introduction.

L’intérêt particulier porté aux LNH est dû à l’augmentation de leur incidence. On assiste ces dernières années à une augmentation constante des LNH, la fréquence relative est, selon les registres de cancer mis en place dans les pays développés, de 12 à 15 cas pour 100000 habitants avec une augmentation de 5 à 10 % / an ;En Algérie ; L’incidence moyenne nationale des LNH est de 5/100.000 habitants. [1] Dans l’Ouest algérien ;On note une fréquence élevée des lymphomes de haut grade et des stades IV, les LNH à grandes cellules (28,6 % ), suivie de lymphome lymphocytique (11,4 % ) [2] A Sidi-Bel-Abbès (Ouest algérien) ; Une progression de l’incidence des hémopathies malignes a été constatée avec une prédominance masculine. Les lymphomes non hodgkiniens (LNH) et les lymphomes de Hodgkin (LH) sont les hémopathies les plus fréquentes dans cette région. [3]

3 3.1

Matériel et méthodes. Matériel.

Il s’agit d’une étude analytique de type castémoin menée de février à juillet 2014. Population d’étude. – Les cas : tous les sujets atteints de LNH âgés de plus de 18 ans confirmés histologiquement et suivis au niveau du service d’hématologie du CHU de Sidi Bel Abbès. On a exclu des cas tous les patients dont l’état confusionnel ou le performans status rendait peu fiable l’interrogatoire. – Les témoins : Sujets fréquentant le service de médecine du travail et indemnes de toute hémopathie maligne. Les cas et les témoins sont appariés selon le sexe et l’âge du diagnostic des cas. Pour chaque cas correspondaient deux témoins du même sexe dont la différence d’âge ne dépasse pas 5 ans. On a exclu des témoins les sujets atteints d’hémopathie maligne et âgés de moins de 18 ans.

3.2

Méthode.

Le support de l’enquête est un questionnaire anonyme comporte quatre volets : 2 L’objectif. – Données sociodémographiques : Âge, sexe, lieu de résidence (rural,urbain), niveau de notre étude est de déterminer le rôle d’instruction, antécédents personnels et fades facteurs professionnels et environnementaux miliaux. dans la survenue des LNH à travers une enquête – Les habitudes de vie : Activité sportive, tacas-témoins. bagisme, consommation d’alcool, consom21 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


mation d’eau de puits de source ou rivière, l’habitat près d’une centrale électrique ou transformateur électrique, l’habitat à proximité d’une ligne à haute tension, l’habitat à proximité d’une antenne émettrice. – Des informations relatives à la maladie : Âge de début de la maladie, type du LNH, stade histologique, protocole thérapeutique. – Histoire professionnelle : a été recherchée dès le début de l’activité jusqu’à la retraite ou la cessation de travail .La profession ou le poste de travail occupé,l’exposition aux pesticides, l’exposition aux solvants, dont le benzène, champs électromagnétiques, rayonnements ionisants, poussières de bois et le contact avec les animaux. Les données ont été saisies et analysées par le logiciel SPSS.Les résultats sont exprimés sous forme de moyenne avec écart-type pour les variables quantitatives et pourcentage pour les variables qualitatives. Pour la comparaison des fréquences pour les cas et les témoins on utilise le test de chi-2 de Pearson. Les intervalles de confiance ont été estimés au risque 5 % . L’analyse de l’association entre LNH et l’exposition fera appel au calcul des OR (OR brut : analyse univariée)

4 4.1

L’âge moyen des cas et des témoins était respectivement de 53, 23 ± 16, 22 ans et 50, 40 ± 15, 20 ans (âge minimum = 18 ans ; âge maximum = 79 ans). Le rapport hommes / femmes est sensiblement identique à ce qui a été rapporté par les études publiées, avec un sex ratio (M / F) de 1,03. Les cas de LNH dont l’âge est supérieur à 50 ans représentent plus de la moitié 52,9 % de l’ensemble des cas étudiés. Près des deux tiers des cas 64,1 % et la moitié des témoins 49,5 % ont un niveau d’étude bas (soit jamais scolarisé ou avoir un niveau primaire). Plus de la moitié des cas de LNH 52,8 % habitent en milieu rural, contre seulement un cinquième des témoins 20,4 % . Les antécédents familiaux d’hémopathie ou de cancer ont été retrouvés chez 18,9 % des cas et 12,4 % des témoins. Plus d’un quart des cas 26,4 % ont une maladie auto-immune sous jacente contre seulement 13,3 % des témoins.

Résultats. Partie descriptive.

Table 2 – Description des habitudes de vie.

Les fumeurs représentent presque un tiers 30,2 % des cas et plus d’un quart 26,5% des témoins. La consommation d’alcool est retrouvée chez 3,8% des cas de LNH contre 10,6 % des témoins. La pratique du sport était rapportée chez seulement 15,1 % des cas contre presque les trois quarts des témoins 74,3 % . La moitié des cas 43,4 % consomme l’eau de puits,de sources ou de rivière contre seulement un quart des témoins 24,8 % . Le quart des cas sont exposés au champ élecTable 1 – Caractéristiques personnelles de la tromagnétique 26,4 % contre plus d’un tiers des population d’étude. témoins 36,3 % . Seulement 11,3 % des cas et 21,2 % des témoins Notre population d’étude était composée de habitent à moins de 300 m d’un transformateur électrique. 53 cas de LNH et 113 témoins. 11,3 % des LNH et 14,2 % des témoins habitent 22

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


à proximité d’une ligne de haute tension et pas prises sont les secteurs les plus fréquents chez plus que 5,70 % des cas et 13,3 % des témoins les témoins 23,9 % contre seulement 5,7 % habitent à moins de 400 m d’une antenne des cas. émetteur.

Table 5 – Exposition professionnelle.

Table 3 – Les caractéristiques des LNH. Plus de la moitié 52,9 % des LNH ont été diagnostiqués après l’âge de 50 ans dont le symptôme initial était un syndrome tumoral périphérique chez presque la moitié d’entre eux 47,2 % , une douleur épigastrique dans un tiers des cas 34 % . Presque la totalité des lymphomes sont de type B 84,9 % et plus des deux tiers sont de siège extra ganglionnaire 67,9 % .

L’exposition aux pesticides a été retrouvée chez 17 % des cas contre seulement 6,2 % des témoins. Plus de un tiers des cas 41,5 % et un cinquième des témoins 21,2 % ont un contact avec les animaux. La notion d’exposition au benzène a été retrouvée chez 18,9 % des cas de LNH et chez 9,7 % des témoins. Cette exposition a été rapportée chez des peintres et des mécaniciens (mazout, huile, ex : dégraissage entretien des pièces). Seulement 7,5 % des cas sont exposés aux solvants et aux colorants de cheveux contre respectivement 13,3 % et 0,9 % des témoins. L’exposition aux poussières de bois a été retrouvée chez 3 témoins seulement.

4.2 4.2.1

Analyse univariée. Facteurs personnels.

Table 4 – Secteur d’activité de la population d’études. NAA : Nomenclature Algérienne des Activités. Un tiers des cas 28,3 % et un cinquième des témoins 21,2 % n’avaient aucune activité professionnelle (représentés par les femmes au foyer). L’agriculture (fellahs et éleveurs) était le secteur activité le plus représentatif chez les cas de LNH : plus du un cinquième ayant travaillé dans l’agriculture 20,8 % contre seulement 4,4 % des témoins. L’immobilier, location et services aux entre-

Table 6 – Calcul de l’OR brut pour les facteurs personnels (IC 95%). Le développement des LNH est fortement lié à :l’habitat en milieu rural [OR=4,431 (2,185 -8,988) p=0,00001],la consommation d’eau de source, de puits ou de rivière [OR=2,247 23

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


(1,130 - 4,469) p= 0 ,020],et le fait d’avoir une la consommation de tabac et LNH, ce qui maladie auto-immune préexistante [OR=2,369 concorde avec les résultats rapportés par Druet et coll 2005[5] ; contrairement aux (1,049-5,364) p= 0,035]. résultats de Stagnaro et coll 2001[9] ; et Monnereau et coll 2008[10] qui a rapporté une association négative. 4.2.2 Facteurs professionnels. Aucun lien n’a été retrouvé aussi entre la Tableau VII : consommation d’alcool et le développement de LNH ce qui corrobore les résultats de Ellen et coll 2004 [11] ; Contrairement aux résultats de Monnereau et coll 2008 [10] avec [OR= 0,7 (0.5-1.0)]. On a trouvé une association significative avec une corrélation positive entre LNH et le fait Table 7 – Calcul de l’OR brut pour les facteurs d’avoir une maladie auto-immune préexistante professionnels (IC95%). [OR= 2,369 (1,049 -5,364), p= 0,035] rejoignant les résultats de Jill Koshiol et coll 2011[12], Le développement des LNH est fortement lié Fabbro-Perray et coll 2001[13]. au : Pas d’association entre LNH et l’exposition aux champs électromagnétiques rejoignant les résul– travail en agriculture(p=0,00004) tats de Tom Koemen et coll 2013[14] ; Karipidis [OR=5,977 (2,264-15,77)] , et coll 2007[15] ; Tynes et coll 2003[16]. Nos résultats montrent une association positive – contact avec les animaux extrêmement significative entre le travail dans (p=0,007)[OR=2,632 (1,296-5,344)], l’agriculture [OR=5,977 (2,264 - 15,77) p= 0,00004] et les LNH ce qui corrobore la majo– exposition aux colorants de cheveux rité des études :Orsi et coll 2009[17] ; Mester et (p=0,019)[OR=9,143 (0,996-83,91)] et coll 2006 [18] ; Lee et coll 2002[19]. La relation entre l’exposition aux pesticides et – l’exposition aux pesticides les LNH a été positive et significative [OR= (p=0.028)[OR=3,097 (1,086-8,837)]. 3,127 (1,096-8,919) p= 0,02] rejoignant : Orsi et coll 2009[17] ; Purdue et coll 2007 [20] ; Chiu Aucun lien significatif n’a été retrouvé entre les et coll 2006[21]. LNH et l’exposition aux poussières de bois et Notre enquête ne retrouve pas une association aux solvants dont le benzène. entre LNH et l’exposition aux solvants rejoignant les résultats de Miligi et coll 2006[22] ; Lin Fritshi et coll 2005[23] ; Ikukokato et coll 5 Discussion. 2004[24] ; contrairement à Rego et coll 2002[25]. Le même résultat pour l’exposition au benzène Nos résultats montrent une association rejoignant les données de Kirkeleit et coll 2008 positive fortement significative e ntre L NH et [26] ; Lamm et coll 2005[27] ; Fabbro-Perray et l’habitat en milieu rural [OR=4,431 (2,185- coll 2001[13] contrairement à celui rapporté par 8,988) p=0,00001] ce qui concorde avec les Wong et coll 2010[28]. données de la littérature de De Roos et coll L’exposition aux poussières de bois été positi2003[6] ; Khuder et coll 1998 [4] ; Hoar et coll vement associée aux LNH mais statistiquement 1986[7] contrairement à Blair et coll1992[8]. Un non significative [OR= 1,477 (1,329-1,642) lien positif significatif a été retrouvé avec la p=0,233] rejoignant ainsi les résultats de Lin consommation d’eau de source, de puits, de fritshi et coll 2005 [23] ; Druet et coll 2005[5] et rivière [OR=2,247 (1,130-4,469) p= 0 ,020] ce contrairement à ceux de Demers et coll qui concorde aux résultats de Druet et coll 1998[29]. 2005[5]. Nos résultats montrent une association positive L’étude ne révèle aucune association entre significative entre LNH et le contact avec les 24 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


animaux [OR=2,661 (1,311-5,402) p=0,006] ce qui concorde avec les résultats des études de Svec et coll 2005[30] ; Druet et coll 2005[5] contrairement aux résultats de Moore et coll 2007[31].

compléter cette analyse par une régression logistique multivariée et de nouveaux travaux prospectifs, multicentriques et à plus grande échelle Bibliographie : 1. N Boudjerra, Epidémiologie des lymphomes malins non hodgkiniens, Revue Algérienne d’Hématologie, Jan 26, 2013

Les limites de l’étude. Le questionnaire est le moyen le plus utilisé pour l’identification de facteurs de risque ou l’estimation de l’exposition dans les études épidémiologiques. Cependant, en milieu professionnel, le recueil des expositions par questionnaire auprès des travailleurs est fréquemment incomplet. Les difficultés sont liées d’une part, à la nature des produits (herbicides, insecticides, fongicides et rodenticides) qui correspondent à un nombre élevé de familles de produits et un nombre encore plus important de substances actives et de spécialités commerciales. Cette multiplicité conduit à la quasi-impossibilité de distinguer l’exposition à ces substances ; d’autre part, au biais liés aux sujets. Notre étude fait principalement appel à la mémoire chez une population âgée pouvant présenter des troubles mnésiques ou un syndrome confusionnel. Un autre facteur retrouvé dans notre population d’étude concerne l’illettrisme présent chez la moitié des sujets ou ayant un niveau d’étude bas ce qui rend la détermination des noms chimiques des produits manipulés et des classes de pesticides impossible. La taille de l’échantillon de l’étude limite également l’interprétation des résultats vu le faible effectif du fait de la courte durée de l’enquête (6 mois).

6

2. S. Zeggai, N. Harir, H. Touhami, S. Moulesshoul, S. M. A. Benlazar, N. Mesli, K. H. Tayer, Profil histoépidémiologique des lymphomes des adultes dans l’Ouest algérien : à propos de 1 544 cas ; Journal Africain du Cancer Août 2013, Volume 5, Issue 3, pp 127-132 3. S. Bachir Bouiadjra, S. Moulessehoul, A. Sebaa, A. Snouci, M. Benali, Z. Zouaoui : Apport de la cytogénétique moléculaire à l’étude des hémopathies malignes chez les patients hospitalisés à l’hôpital de sidi bel Abbes (Algérie), Journal africain du cancer 2009 Volume 1, Issue 4, pp 188-192 4. Khuder SA, Schaub EA, Keller-Byrne JE. Meta analysis of non-Hodgkin’s lymphoma and farming. Scand J Work Environ Health 1998 ;24 :255-61. 5. M. Druet-Cabanac, S. Moalic-Juge, F. Fritsch, D. Dumont, D. Bordessoule, Analysis of occupational and environmental exposures in the occurence of non Hodgkin’s -lymphoma in Limousin Arch Mal Prof Env 2005 ; 66 : 523-531 6. De Roos A.J. Integrative assessment of multiple pesticides as risk factors for nonHodgkin’s lymphoma among men Occup. Environ. Med. 2003 ; 60 : E11

Conclusion.

Notre étude a permis d’identifier plusieurs facteurs de risque des lymphomes malins non hodgkiniens :

7. Hoar S.K. Agricultural herbicide use and risk of lymphoma and soft-tissue sarcoma JAMA 1986 ; 256 : 1141-114

1. Un facteur personnel qui est la présence de maladie auto-immune préexistante

8. Blair A., Linos A., Steward P.A. Evaluation of risks for non Hodgkin’s lymphoma by occupation and industry exposures from a case control study Am. J. Ind. Med. 1993 ; 23 : 301-312.

2. Deux facteurs environnementaux représentés par l’habitat en milieu rural et la consommation d’eau de puits, de sources ou de rivières

9. E. Stagnaro,V. Ramazzotti,P. Crosignani,A. Fontana,G. Masala,L. Miligi,O. Nanni,M. Neri,S. Rodella,A. SenioriCostantini : Smoking and Hematolymphopoietic

3. Trois facteurs professionnels le travail agricole, l’exposition aux pesticides, le contact avec les animaux d’où la nécessité de 25

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


10.

11.

12.

13.

14.

15.

16.

17.

Malignancies ; Cancer Causes and Control May 2001, Volume 12, Issue 4, pp 325-334 Monnereau,L. Orsi,X. Troussard,C. Berthou,P. Fenaux,P. Soubeyran,G. Marit,F. 18. Huguet,N. Milpied,M. Leporrier ; Cigarette smoking, alcohol drinking, and risk of lymphoid neoplasms : results of a French casecontrol study ; Cancer Causes and Control 19. December 2008, Volume 19, Issue 10, pp 1147-1160 Ellen T. Chang,KarinEkströmSmedby,Shumin M. Zhang,HenrikHjalgrim, Mads Melbye,ÅkeÖst, AlicjaWolk, Hans-OlovAdami, 20. Bengt Glimelius , Alcohol intake and risk of non-Hodgkin lymphoma in men and women : Cancer Causes and Control December 2004, Volume 15, Issue 10, pp 21. 1067-1076 Jill Koshiol, Tram Kim Lam, Gloria Gridley, David Check, Linda Morris Brown, and Ola Landgren : Racial Differences in Chronic Immune Stimulatory Conditions and 22. Risk of Non-Hodgkin’s Lymphoma in Veterans From the United States, J ClinOncol volume 29, number 4, february 2011 29 :378- 23. 385. Fabbro-Perray P., Daures J.P., Rossi J.F. Environmental risk factor for non hodgkin’s lymphoma : a population based case control study in Languedoc Roussillon, France Can- 24. cer Causes Control 2001 ; 12 : 201-212 Tom Koeman, Piet A. van den Brandt, PaulineSlottje, Leo J. Schouten, R. Alexandra Goldbohm, HansKromhout, RoelVermeulen : Occupational extremely low frequency magnetic field exposure and selected cancer outcomes in a prospective Dutch cohort ; Cancer Causes Control February 2014, Volume 25, Issue 2, pp 203-214. 25. Karipidis K. Occupational exposure to power frequency magnetic fields and risk of non-Hodgkin lymphoma Occup. Environ. Med. 2007 ; 64 : 25-29 ; 26. Tynes T, Haldorsen T. Residential and occupational exposure to 50Hz magnetic fields and haematological cancers in Norway. Cancer Causes Control 2003 ;14 :71520. Orsi L. Occupational exposure to pesticides 27. and lymphoid neoplasms among men : re26

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

sults of a French case-control study Occup. Environ. Med. 2009 ; 66 : 291-298 [crossref] ; Mester B. Occupation and malignant lymphoma : a population based case control study in Germany Occup. Environ. Med. 2006 ; 63 : 17-26 ; Lee E, Burnett CA, Lalich N, Cameron LL, Sestito JP. Propor-tionate mortality of crop and livestock farmers in the United States, 1984-1993.Am J Ind Med 2002 ; 42 : 410420 ; Purdue M.P. Occupational exposure to organochlorine insecticides and cancer incidence in the Agricultural Health Study Int. J. Cancer 2007 ; 120 : 642-649 ; Chiu B.C. Agricultural pesticide use and risk of t(14 ;18)-defined subtypes of nonHodgkin lymphoma Blood 2006 ; 108 : 13631369. Miligi L. Occupational exposure to solvents and the risk of lymphomas Epidemiology 2006 ; 17 : 552-561 ; Fritschi L. Risk of non-Hodgkin lymphoma associated with occupational exposure to solvents metals organic dusts and PCBs (Australia) Cancer Causes Control 2005 ; 16 : 599-607 ; IkukoKato, Karen L. Koenig,Hiroko Watanabe Meserve, Mark S. Baptiste, Patricia P. Lillquist, Glauco Frizzera, Jerome S. Burke, Miriam Moseson, Roy E. Shore ; Personal and Occupational Exposure to Organic Solvents and Risk of Non Hodgkin’s Lymphoma (NHL) in Women (United States) ; Cancer Causes Control December 2005, Volume 16, Issue 10, pp 1215-1224 Rego MA, Sousa CS, Kato M, De Carvalho AB, Loomis D, Carvalho FM. NonHodgkin’s lymphomas and organic solvents. J Occup Environ Med 2002 ; 44 : 874-881. Kirkeleit J., Riise T., Bratveit M., Moen B.E. Increased risk of acute myelogenous leukemia and multiple myeloma in a historical cohort of upstream petroleum workers exposed to crude oil Cancer Causes Control 2008 ; 19 : 13-23 ; Lamm S.H., Engel A., Byrd D.M. NonHodgkin lymphoma and benzene exposure :


a systematic literature review ChemBiol Interact 2005 ; 231-237 ; 28. Wong O. A hospital-based case-control study of non-Hodgkin lymphoid neoplasms in Shanghai : analysis of environmental and occupational risk factors by subtypes of the WHO classification Chem. Biol. Interact. 2010 ; 184 : 129-146. 29. Demers PA, Vaughan TL, Koepsell TD, Lyon JL, Swanson GM, Greenberg RS et al. A case-control study of multiple myeloma and occupation.Am J IndMed1993 ; 23 : 629-639 Svac et al 2005. 30. Svec MA, Ward MH, Dosemeci M, Checkoway H, De Roos AJ. Risk of lymphatic or haematopoietic cancer mortality with occupational exposure to animals or the public. Occup Environ Med 2005 ;62 : 726-35. 31. Moore T, Brennan P, Becker N. Occupational exposure to meat and risk of lymphoma : a multicenter case-control study from Europe. Int J Cancer 2007 ;121 :27616.

27 Le journal de la mÊdecine du travail - N°21 - Juin 2016


Évaluation de l’exposition professionnelle aux médicaments cytostatiques dans un service d’oncologie médicale à l’est d’Alger. T. Melzi*, A. Rezak**, M. Haddar***. *Service de médecine du travail, EPSP DJELFA, **EPH DJELFA, ***Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

1

Introduction.

Il s’agit de faire une mise au point sur l’exposition professionnelle aux médicaments cytotoxiques, à la suite de plaintes exprimées par le personnel de soins, manipulant quotidiennement ces médicaments, au niveau d’un service d’oncologie.

cours de toutes les étapes de leur utilisation : réception, stockage, préparation, gestion des déchets, transport et administration du médicament. La liste des médicaments anticancéreux utilisés a été établie sur la base des informations reçues de la pharmacie centrale de l’établissement et des prescripteurs (oncologues)

3.2

2

Objectifs.

Méthodes.

Une étude épidémiologique descriptive de type transversale, exhaustive, a été mise en Ce travail s’est fixé les objectifs suivants : œuvre pour évaluer les effets toxiques chez les sujets en contact avec les médicaments – Déterminer les conditions de manipulation cytostatiques. des cytostatiques par le personnel chargé L’évaluation s’est basée dans un premier temps des soins ; sur l’étude des conditions du travail au niveau – Identifier les cytostatiques utilisés dans le du service d’oncologie en particulier la service ; salle de préparation et la salle des soins avec – Évaluer l’exposition des opérateurs par le une analyse de l’activité des opérateurs calcul de l’index de contact cytotoxique(ICC) manipulant les cytostatiques par la méthode – Proposer des actions de prévention et mise de l’observation , suivie d’un questionnaire en œuvre d’un suivi médical spécifique. dirigé (9 items) avec un entretien avec le personnel et un examen clinique. Le questionnaire, préétabli, est inspiré de celui 3 Matériels et méthodes. de l’INRS (Institut français de recherche et de sécurité). Il comprend plusieurs items : 3.1 Matériels. l’état civil (âge, sexe, situation familiale) ; L’étude est réalisée au niveau d’un service l’ancienneté au poste de travail, la durée d’oncologie. La population ciblée est composée d’exposition, la fréquence des préparations, les par le personnel paramédical (infirmiers, aides différents produits utilisés, la formation sur soignants) au nombre de 04, en contact per- la manipulation, les plaintes exprimées par manent avec les médicaments anticancéreux au le personnel, la recherche d’effets éventuels 28

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


sur les grossesses antérieures et la fertilité, les tains classé groupe 1 de la classification CIRC malformations chez les enfants, les moyens de (tableau1, 2). protection utilisés (blouse, gants, masque, calot, lunettes de protection), la survenue éventuelle d’un accident de projection du liquide lors de la reconstitution de la chimiothérapie. L’évaluation du niveau d’exposition a été effectuée en calculant l’index de contact cytotoxique (ICC). L’étude s’est déroulée durant la période du mois de janvier à juin 2012.

4 4.1

Résultats. Analyse et traitement questionnaires.

des

L’effectif total des paramédicaux est de 04 IDE (infirmières diplômés d’état) et 02 aides soignantes. 04 ont répondu au questionnaire : 02 infirmières et 02 aides soignantes (les 2 autres étaient en congé et formation). L’effectif est exclusivement de sexe féminin, dont 03 célibataires et 01 mariée avec 04 enfants en bonne santé, la moyenne d’âge est de : 30,5 ans. L’ancienneté dans le service est de 02 ans pour une infirmière, alors que les 03 autres ne dépassent pas 01 an d’exercice. Pour l’évaluation de l’exposition professionnelle, toutes ont eu un contact professionnel avec les cytostatiques et jugent très forte la fréquence de manipulation. Pour les moyens de protection individuelle, ils sont disponibles et portés. Lors de la préparation, les portes et fenêtres sont maintenues fermées et l’éclairage est jugé satisfaisant. Le personnel rapporte un contact accidentel lors de la préparation et l’administration des cytostatiques dont le siège est le visage et les yeux surtout. Les signes cliniques présentés lors de la manipulation de ses produits sont à type de chute de cheveux, gout métallique, troubles digestifs et des réactions allergiques respiratoires. Par ailleurs, elles rapportent toutes qu’elles n’ont pas suivi une formation ni été informées sur les risques des cytotoxiques. 24 cytostatiques ont été identifiés dont cer-

Table 1 – Répartition des anticancéreux selon la classe thérapeutique.

Table 2 – Répartition des anticancéreux selon la classification CIRC.

4.2

L’évaluation du niveau d’exposition par le calcul de l’index de contact cytotoxique (ICC) qui a été calculé sur une période d’une semaine, retrouve un ICC égal à 2,5.

4.3

Les conditions de travail.

Le service d’oncologie est un hôpital de jour, où se fait la préparation et l’administration des cytostatiques, d’une capacité de 20 lits. Il y a une salle pour la préparation des cures de chimiothérapiede 09 m sur 2 m dont l’accès n’est pas réglementé et une salle de soins. La préparation se fait sous 29

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

L’index de contact cytostatique .


une hotte à flux laminaire vertical utilisé par 02 infirmières à la fois ce qui réduit l’espace de travail.Les surblouses non fermées par le personnel. Les murs sont constitués d’une moitié supérieure lisse et d’une moitié inférieure avec de la faïence et des jointures ce qui favorise l’accumulation de particules et germes. L’entretien du local se fait 02 fois par jour, assuré par une femme de ménage, le matin avant le début de l’activité et en fin de travail mais pas toujours respecté. L’élimination des déchets produits par cette activité se fait dans des sachets rouges pour les produits toxiques tandis que les sachets jaunes sont utilisés pour le consommable et le matériel des activités de soins infectieux mais on note l’absence de support pour les sachets des déchets toxiques (sachet accroché au chauffage).

5

d’ergonomie du poste de travail doivent être respectés. Ceci concernent notamment la climatisation, l’éclairage, la position de travail et les horaires. L’indice de contact cytotoxique calculé de 2,5 est compris entre 1 et 3 (1 <ICC<3), ce qui correspond à un niveau 2 d’exposition avec une fréquence de préparation modérée imposant le travail sous des hottes à flux laminaire d’air vertical HFLAV. Des séances de travail ont regroupé les médecins du travail, les oncologues et la direction de l’établissement. Les décisions suivantes ont été arrêtées : – L’installation effective de la hotte a été effectuée. – La formation du personnel aux bonnes pratiques – Toute nouvelle affectation doit être précédée par une formation spécifique et une vi-site médicale. – La systématisation et l’obligation de la visite médicale périodique. – L’extension du service afin d ’apporter l’espace nécessaire à la mise en place de sanitaires séparés et d’une salle d’attente. – L’externalisation de la consultation d’onco-logie. – La rédaction d’un guide de bonnes pratiques en oncologie.

Discussion

Il s’agissait pour nous d’intervenir dans une phase de mise en fonctionnement d’un service d’oncologie récemment ouvert au niveau de notre établissement. Des plaintes ont été exprimées notamment par le personnel chargé des soins, nouvellement affecté dans cette structure et qui n’a pas reçu de formation préalable. Dans cette situation, les dosages biologiques (dosage de molécules ou de leurs métabolites tant dans leurs urines) auraient été utiles pour compléter cette investigation. Concernant notamment les plaintes rapportées par les infirmières, n otamment l es p ertes de cheveux, ces manifestations cliniques sont décrites chez les personnels manipulant les cytostatiques comme effet immédiat d’une sur exposition à des cytostatiques, de même que les réactions cutanées observées. Il s’agit probablement de manipulation de cytostatiques par un personnel non initié par la formation à de tels gestes et qui n’a pas respecté les bonnes pratiques usuelles pour ce type de manipulation. Des mesures de bonne pratique lors de la manipulation des cytostatiques ont été recommandées tels que des locaux servant à la reconstitution des cytostatiques qui doivent faire l’objet d’une signalisation. Le plan de travail et toutes les surfaces doivent être lisses et aisées à nettoyer.Les principes

6

Ce travail nous a permis d’accompagner le démarrage d’un service d’oncologie au niveau de notre établissement. Les plaintes exprimées par le personnel et les recommandations des médecins du travail et des oncologues ont permis de dégager les moyens nécessaires au fonctionnement de cette structure. Par ailleurs, de nouvelles dispositions réglementaires spécifiques à la manipulation des cytostatiques doivent être prévues par le législateur. Bibliographie : 1. ARCS.ASSO. La chimiothérapie : les grandes thérapeutiques [en ligne]. Disponible sur : http ://arcs.asso.fr . Consulté le 19/02/2012 2. Caillaud V, Benegas-Bernard M, Sanchez 30

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Conclusion.


D, Teuliers A.M. Exposition du personnel de soins aux cytostatiques, l’expérience des centres hospitaliers de DAX et de BAYONNE. Document pour le médecin du travail, 89, 1er trimestre 2002. 3. Centre national hospitalier d’information sur le médicament CNHIM. Médicaments utilisés en cancérologie, 4éme édition, 2001. 4. Dossiers CHSCT. La prévention des risques des soins infirmiers [en ligne]. Disponible sur : http ://officiel-prevention.com. Consulté le 22/06/2012 5. Falcy M, Pilliere F. Cytostatiques : évaluation des risques professionnels. EMC toxicologiepathologie professionnelle, 16-545-05, 2007.

31 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Dossier 2 : Risques biologiques dans l'agro-alimentaire et la restauration.

Les risques professionnels dans le secteur de lindustrie agroalimentaire. S Korichi , A Ouarek, N Kaced , C.Laib, M.Ouaaz, M.Haddar. Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

1

Introduction.

La dénomination «industries agroalimentaires» recouvre toute une série d’activités industrielles visant au traitement, à la préparation, à la transformation, à la conservation et au conditionnement des denrées destinées à l’alimentation humaine et animale. Pour l’Office National de Statistiques (ONS), la branche d’activité « Industries alimentaires » est représentée par : L’industrie des viandes,l’industrie du poisson,l’industrie des fruit et légumes,l’industrie des corps gras,l’industrie laitière,la transformation des céréales et fourrage ; l’amidonnerie,la transformation des farines et gruaux, autres industrie alimentaires (fabrication de sucre, chocolaterie, confiserie, transformation du thé et du café, fabrication des condiments et assaisonnements) , l’industrie des boissons. Actuellement, cette industrie est hautement diversifiée ; ses établissements vont de la petite exploitation familiale traditionnelle, qui exige une importante main d’œuvre, à l’usine fortement mécanisée et moderne. C’est une industrie en pleine expansion par le développement de la PMI et PME (secteur privé essentiellement).

mentaire (septembre 2006) estime que les industries agroalimentaires seraient, en Algérie, au nombre de 8.000, dont 4.000 artisanales, et assureraient 40 % du Chiffre d’affaires de l’industrie. (*) – La répartition des employeurs et des effectifs dans les industries agroalimentaires selon la CNAS (octobre 2006) est représentée par le tableau 1.

Table 1 – Répartition des employeurs et des effectifs dans les industries agroalimentaires. (*) Séminaire sur la contribution des industries agroalimentaires nationales à la sécurité alimentaire du pays le 22 mars 2009 à l’Hôtel El Aurassi

2.2

2

Le Secteur AA en Algérie.

2.1

Caractéristiques de l’activité et risques professionnels dans l’industrie agro alimentaire.

Expérience du SUMT Rouïba dans le cadre de Les IAA dans l’économie All’activité médecine du travail (convention type). gérienne.

Le service de médecine du travail de Rouïba – Un rapport du Ministère de l’Industrie et de prend en charge 21 entreprises relevant de la Promotion de l’Investissement sur l’appui l’industrie agroalimentaire pour un effectif de aux investissements dans le secteur agroali- 4327 salariés ; Ces entreprises représentent 14% 32

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


de toutes les entreprises prises en charge par le service et toutes les filières y sont représentées.

2.2.1

Structure de l’emploi.

– Flexibilité – Travail saisonnier – Période de charge (été, saison agricole, ramadan) – Contrats à durée déterminée 2.2.2

Caractéristiques de l’activité.

Les procédés utilisés dans l’IAA, sont spécifiques à chaque filière, mais d’une manière générale, on retrouve : – La manutention et le stockage des matières premières – L’extraction – Les procédés de transformation – Les procédés de conservation – Le conditionnement et la distribution – Travail posté – Micro climat (ambiance froide/ ambiance chaude) – Pénibilité de travail (manutention, postures de travail.) – Travail sur des chaînes de production (gestuelle, hyper sollicitation des membres) – Cadences de travail élevées – Intensification du travail (flux tendu) – Polyvalence

Table 2 – Différentes études réalisées au SUMT de l’EPH Rouïba.

3

Discussion.

Les accidents du travail sont très fréquents dans l’industrie agroalimentaire ils sont la conséquence des efforts de manutention, de la manipulation d’ustensiles et d’outils (couteaux), du travail sur machine, de la collision avec des objets en mouvement ou fixe. En Algérie selon les données de la CNAS, les AT du secteur de l’alimentation ont représenté en 2006, 5,9% des AT avec arrêt de travail (2559 / 43.375) 2.2.3 Risques professionnels. avec un taux d’IPP moyen calculé de 11,5% En France, selon les données de la CNAMTS, Les risques professionnels dans l’IAA sont liés ils ont représenté en 2006, 16,8% des AT avec aux procédés utilisés et aux caractéristiques de arrêt de travail Les maladies professionnelles l’activité, ce qui en fait une industrie à risques, souffrent d’une sous déclaration manifeste en aussi, on y retrouve : Algérie. Cette situation se retrouve aussi dans – Les risques d’accidents et de MP le secteur de l’agroalimentaire, d’autant plus – Les risques physiques, que ce dernier échappe en partie à la prise en – Les risques chimiques, charge par la médecine du travail. – Les risques biologiques, Selon les données de la CNAS, les MP dans le – Les risques liés à l’organisation du travail secteur de l’agroalimentaire, déclarées en 2006 – Les risques psycho sociaux ont représenté 1,4% de toutes les MP déclarées Les différentes études réalisées au SUMT de soit 12 / 853. l’EPH Rouïba : En France et selon les statistiques de la CNAMTS, les MP déclarées en 2006 dans le secteur de l’agroalimentaire ont représenté 14,6% de toutes les MP soit 6190 / 42306.

33

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


4

Conclusion.

5. Analyse des AT par la méthode de l’arbre des causes dans une entreprise de production de boissons S.Arbouche, C.Idder Laib (SUMT, EPH Rouiba) ; mémoire de résidanat, année universitaire 1998/1999.

Les risques professionnels dans l’industrie agroalimentaire sont importants et variés et méritent une attention particulière. La concertation entre tous les acteurs concernés, qu’ils soient institutionnels ou à l’intérieur de l’entreprise est nécessaire afin de mettre en place des stratégies de prévention, qui prendront en compte la spécificité de chaque activité et qui auront pour objectifs l’amélioration des conditions du travail des salariés. Dans ces stratégies de prévention, une place devra être donnée à la surveillance médicale des travailleurs. Le rôle des institutions (santé, inspection du travail, CNAS,.) est capital dans la définition de la politique de prévention des risques professionnels dans cette branche d’activité ou la PME / PMI voire la TPE, occupe une place importante. Bibliographie : 1. Les substances Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR) dans le secteur de l’agroalimentaire Kaced N ; Idder-Laib C ; Chibane , Ouaaz M, Korichi S, Sellam K, Ouarek A, Dechicha, Laoufi, Djoudi, Sehibi, Abbas, Belaid, HaddarM ; (SUMT, EPH Rouiba) 6èmes Entretiens de Santé au Travail, SUMT de l’EPH de Rouiba,INDEFOC Rouiba, le 01 -04-2009. 2. Aperçu sur les Industries Agroalimentaire F. BRABEZ ; ENSA/CREAD 6èmes Entretiens de Santé au Travail, SUMT de l’EPH de Rouiba,INDEFOC Rouiba, le 01 -042009. 3. Caractéristiques de l’activité et risques professionnels dans l’industrie agro alimentaire A.Ouarek , C.Laib, K.Sellam, F.Chibani , S.Korichi, M.Ouaaz, M.Haddar (SUMT, EPH Rouiba) 6èmes Entretiens de Santé au Travail, SUMT de l’EPH de Rouiba,INDEFOC Rouiba, le 01 -04-2009. 4. Prévalence des troubles respiratoires chez une population exposée aux poussières d’additifs dans une entreprise agroalimentaire TAHAR.L ; KACED.N ; HADDAR.M,(SUMT, EPH Rouiba) 6èmes Entretiens de Santé au Travail, SUMT de l’EPH de Rouiba,INDEFOC Rouiba, le 01 -04-2009.

6. Evaluation des conditions de travail dans une biscuiterie et analyse du risque accident de travail W.Boussiala, N.Kaced (SUMT, EPH Rouiba) ; mémoire de résidanat, année universitaire 2009/2010. 7. Asthme à la farine : enquête dans une minoterie M.Haddar*, R.Alloula ** (* SUMT, EPH Rouiba,** Service de Pneumo- Phtisiologie, EPH Rouiba) 2003 8. Enquête sur le Bruit M.Meziane, M.Haddar (SUMT, EPH Rouiba) ; mémoire de résidanat, année universitaire 1998 /1999 9. Travail posté dans une entreprise agroalimentaire S.Korichi,M.Benslimane,M.Haddar,C.LaibIdder, M.Ouaaz (SUMT, EPH Rouiba) 10. Accidentabilité et nouvelles formes d’organisation du travail : enquête dans le secteur agroalimentaire L.Sahli, M.Haddar (SUMT, EPH Rouiba) ; mémoire de résidanat, année universitaire 2002/2003. 11. Office National des Statistiques(ONS), Nomenclature Algérienne des Activités 12. Ministère de la Petite et Moyenne Entreprise et de l’Artisanat(MPMEA) 13. Caisse National de L’assurance des Salariés (CNAS). 14. Ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’Investissement (MIPI), Séminaire sur la contribution des industries agroalimentaires nationales à la sécurité alimentaire du pays le 22 mars 2009 à l’Hôtel El Aurassi .

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Évaluation des risques liés au travail au froid dans une entreprise agroalimentaire, selon les normes ISO 15743 et 7730. H. Ouafi, M. Ouaaz, M. Haddar. EPSP khmiss el khechna Boudouaou , Boumerdes *Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

Résumé Dans le but d’évaluer les risques liés au travail au froid en utilisant les normes relatives à ce domaine, nous avons mené une étude dans une entreprise du secteur agro-alimentaire située dans la zone industrielle de Rouïba, et dont l’activité principale est la transformation de la viande surgelée. Parmi les résultats majeurs le calcul des indices PMV-PPD liés à l’évaluation des ambiances modérées, a retrouvé une situation d’inconfort ther-mique lié à la chaleur ainsi qu’au froid, ceci peut être expliqué par l’augmentation de la production de chaleur interne, l’importance de l’isolement thermique vestimentaire mis en place. Le calcul de l’IREQ pour l’ambiance froide n’a pas retrouvé de problèmes lié au froid, puisque l’isolement vestimentaire des tenues des travailleurs est supérieur à l’ l’isolement vestimentaire requis (IREQ). En rapport avec les résultats, nous avons proposé d’ajuster le niveau d’isolement thermique de la tenue vestimentaire portée par le travailleur, afin d’atteindre une valeur proche de l’IREQ, ou alors d'agir sur la charge de travail en réduisant la production de chaleur interne. Dans une perspective future, il est nécessaire d’évaluer l’aspect organisationnel et humain du travail afin d e p ouvoir c erner l es c auses d e l’insatisfaction au travail et du turnover constaté.

1

L’exposition professionnelle au froid, naturel ou artificiel, p eut s e r encontrer d ans d e nombreuses situations professionnelles, et peut engendrer des risques plus ou moins graves. Il n’est pas possible de définir une valeur seuil de température «froide» en milieu professionnel. Des critères physiques, climatiques ou individuels sont à prendre en compte, ainsi que la dépense énergétique liée à la réalisation du travail En revanche, pour des températures inférieures à 5 °C et en particulier dans toutes les situations d’exposition à un froid négatif, il existe un risque immédiat vis-à-vis duquel il faut être particulièrement vigilant L’évolution de l’industrialisation du secteur agroalimentaire ces dernières années , a poussé les décideurs à promulguer une règlementation, dans le but d’améliorer la qualité bactériologique des produits, de multiplier les zones de fabrication sous température dirigée, ceci a contribué à l’augmentation des effectifs exposés.

2

Problématique.

L’intérêt de cette étude est suscité par le nombre élevé de plaintes des travailleurs de l’entreprise de transformation de viande surgelée relatives aux ambiances thermiques froides ; formulées au médecin du travail lors des différentes visites des lieux et au cours des consultations médicales. Ainsi que le turn over important que nous avons constaté au sein de l’entreprise. La particularité de l’ambiance thermique froide de travail à attiré notre attention et nous a incité 35

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Introduction.


à établir une évaluation des risques liés au froid dans le but de déterminer la responsabilité de ce facteur dans les plaintes rapportées par les salariés et d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés.

3 3.1

Objectif. Objectif principal.

de 0 à 100% avec une précision de ±3% pour une humidité entre 10 et 90% ; la température du globe noir (Tg) entre 0°C et 80°C avec une précision de ± ° C pour une température du globe entre 15 et 35 o C ; - Un anémomètre à ailette : pour mesurer la vitesse de l’air.

5.3

L’activité des salariés

a été observée en continu et la dépense énerEvaluer les risques liés au froid au niveau de gétique a été estimée par dépistage et analogie l’unité de production et la chambre frigorià une activité similaire selon les tables de Spitfique de l’entreprise de transformation de viande zer et all 1982 et la norme ISO 8996 (Spitzer H. surgelée. Hettinger T,1965).

4

Objectifs secondaires.

5.4

L’isolement vestimentaire

a été calculé à partir des tables de la norme – Évaluer l’impact du froid sur la santé des ISO 9920 (International Organization for Stantravailleurs. – Proposer une stratégie de prévention des dardization. 1995). risques liés au froid. – Déterminer la part de responsabilité du 5.5 Le calcul du PMV- PPD froid dans les plaintes rapportées par les est motivé par l’existence de situations de tratravailleurs vail, exposant à une ambiance thermique modérée comme celle rencontrée chez les agents de production (température entre 10°c et 15°c). Le 5 Matériels. calcul a été effectué en employant un logiciel apL’entreprise : L’étude a porté sur l’évalua- pelé PMVcalculate Version 2.0 (Shaharon M-N. tion du risque lié au froid dans une entreprise Jalaludin J, 2012). agro-alimentaire située à Rouiba, dont l’activité principale est la transformation de la viande 5.6 Le questionnaire surgelée. est inspiré de la norme ISO 15743 qui a Outils d’évaluation : été utilisée dans le cadre de ce travail, auquel il a été ajouté les caractéristiques de 5.1 Observation des situations de personnes et des postes de travail. Les caractéristiques des sujets : sexe, travail ; âge, poids, taille, BMI, intoxication tabagique, antécédents médicaux ; 5.2 Entretien avec les salariés ; Les caractéristiques du poste : tâche, horaires de La mesure et l’évaluation de l’ambiance ther- travail, ancienneté au poste, durée d’exposition, mique de travail aux différents postes concernés les pauses prévues ou non par l’organisation du par l’étude est réalisée par : travail (Fernane. 2012). -Un matériel de mesure dit « WBGT Heat Stress Effets du froid sur la santé des travailleurs, Meter », étalonné, modèle 800036 qui nous a rubrique issue du questionnaire de la norme permis de mesurer : ISO15743, concerne : La température de l’air (Ta) en degré Celsius ou 1. Sensibilité au froid ; en kelvin selon notre sélection il peut nous don2. Urticaire au froid ; ner des températures de 0 no C à 50 o C avec o une précision de ±0.6 C ; l’humidité relative 3. Symptômes respiratoires ; 36 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


4. Symptômes cardiovasculaires ;

6.1.1

Étape 1 l’observation :

5. Symptômes relatifs aux troubles circulaConsiste à identifier les éventuels risques liés toires périphériques ; au froid sur le lieu du travail. Pour cela, une méthode d’observation est utilisée en s’aidant 6. Troubles vasomoteurs ; d’une liste de contrôle proposée par la norme, 7. Troubles relatifs au système musculosque- qui porte sur des points relatifs au type d’exlettique ; position au froid, à l’utilisation de vêtements 8. Autres symptômes (par exemple vertige, fa- de protection et à l’utilisation d’équipements tigue inhabituelle, dysménorrhée, paralysie de protection individuelle (ÉPI), ainsi qu’à des transitoire des membres, perte de mémoire facteurs environnementaux. Chaque facteur est classé selon trois catégories, en fonction de sa temporaire) ; gravité : 9. Blessures locales au froid ; 10. L’effet du froid sur les performances.

5.7

L’analyse statistique des données du questionnaire.

La saisie et l’analyse des données sont effectuées sur un micro-ordinateur équipé d’un logiciel de traitement statistique EPI-INFO 6.04 dans sa version française. ? Population d’étude : La population d’étude est composée de 54 travailleurs représentant l’effectif de l’unité de production et de la chambre froide, soit 48 agents de la production et 06 agents de stock.

6

– «Sans problème» (note = 0) ; – «Problème léger» (note = 1) ; – «Problème grave» (note = 2). Aucune mesure préventive immédiate n’est requise pour les deux premières classes. Cependant, un problème léger lié au froid, indique que des améliorations visant à réduire ou à éliminer la cause du problème pourraient être apportées sur le long terme afin d’améliorer la santé et la sécurité des opérateurs au travail. Par contre si le problème est grave une action corrective doit être mise en œuvre immédiatement. Une analyse approfondie est nécessaire si les actions préventives ne suffisent pas pour garantir la santé et la sécurité des opérateurs.

Méthode d’étude.

La méthodologie utilisée dans le cadre de ce travail repose sur des analyses ergonomiques contenues dans les normes ISO relatives aux ambiances thermiques froide et modérée. Pour les ambiances modérées, la norme ISO7730 a été utilisée pour le calcul des indices PMV-PPD afin d’évaluer les situations d’inconfort thermique dans l’unité de production (International Organization for Standardization. 2005) Pour l’ambiance froide, la norme ISO15743 a été utilisée. Cette norme propose une méthode ergonomique basée sur 03 volets (Organisation internationale de normalisation. 2008).

6.1.2

Etape 2, l’analyse.

vise à quantifier, analyser et estimer les effets du froid observés et identifiés comme problèmes à l’étape 1. Les paramètres à évaluer sont la contrainte liée à l’air froid, les buts de l’évaluation à cette étape sont :

– D’effectuer un nombre de mesurages limités ; – De trouver des solutions faciles à mettre en œuvre et rentables ; – D’envisager le recours possible à une évaluation spécialisée (étape 3). L’évaluation de la contrainte liée au froid se fait 6.1 Évaluation des risques liés au avec l’indice d’isolement vestimentaire requis IREQ (Required Clothing Insulation Index), sa froid. détermination nécessite de : Premier volet comprenant trois étapes successives qui sont : – Mesurer ou estimer la température de l’air ; 37 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


– Mesurer ou estimer la vitesse du vent ; – Déterminer des durées d’exposition ; – Estimer le niveau d’activité pour le calcul de la production de chaleur métabolique ; – Estimer l’isolement thermique d’une tenue vestimentaire ; – Calculer IREQ au moyen d’abaques. – Comparer l’IREQ avec l’isolement thermique réel d’une tenue vestimentaire : Si l’isolement thermique de la tenue vestimentaire est inférieur à IREQ, calculer la durée limite de travail (figure1) (Organisation internationale de normalisation. 2008). 6.1.3

Étape 3, l’expertise :

concerne les situations de travail dans des ambiances thermiques extrêmement complexes et implique des mesurages très spécifiques réalisés par des experts.

Légende : X : température opérative, to o C Y : IREQ, isolement requis, clo Vitesse de l’air : 0, 4l.ms−1 Perméabilité à l’air de la couche externe : 8l.m−2s−1 Niveaux de chaleur métabolique : a 70W m−2 ; b 90W m2 ; c 115W m2 ; d 145W m2 , e 175W m2 , f 200W m2 , g 230W m2

6.2

Évaluation de la santé :

deuxième volet de la norme ISO 15743 : L’évaluation de la santé par rapport à l’exposition au froid consiste en un dépistage médical en trois étapes. Chaque étape comprend l’identification des risques liés au froid au poste de travail et l’évaluation de la santé des personnes. – L’étape 1 : la méthode d’investigation s’appuie sur un questionnaire médical dont l’objectif est d’identifier les personnes souffrant de maladies dues au froid ou éprouvant des limitations dans leur travail en raison du froid. – L’étape 2 : se compose pour une grande part d’un entretien et d’examens cliniques conduits pour les personnes suspectées de présenter une pathologie due au froid. – L’étape 3 : si les problèmes dus au froid demeurent sans réponse, une analyse plus détaillée est menée dans des unités spécialisées de centres hospitaliers ou de laboratoires de recherche.

6.3 Figure 1 – Exemple d’abaque, IREQmin en fonction de la température opérative ambiante pour huit niveaux de production de chaleur métabolique.

Proposition d’une stratégie de prévention des risques liés au froid :

Troisième volet de la norme ISO 15743 : Ce volet propose des pratiques managériales plus efficientes afin de maitriser le risque lié au froid, comprend : – Des mesures préventives organisationnelles contre les risques liés au froid. – Des mesures préventives techniques contre les risques liés au froid. 38

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


– Agent de production:durée d’exposition au froid 100% sur 10h/j et agent de stock de 23.8% sur 7h/j. – Les pauses ne sont pas prévues par l’organisation de travail sauf une pause déjeuner de 30 minutes – Presque la majorité des travailleurs font du travail posté à type de 3 fois 10 continu. Nous remarquons que c’est un système d’organisation de temps de travail non conforme à la règlementation en vigueur puisque la durée hebdomadaire de travail dépasse les 50 heures. – 50% des travailleurs ont une ancienneté au poste inférieure à 1 an, du fait d' un turnover incessant des travailleurs à cause des conditions de travail. – Globalement, les résultats montrent que les travailleurs présentent peu de symptômes liés au froid. Cependant, les troubles relevés par les travailleurs concernent la rhinite allergique (24,1%), les troubles visuels (13%), la migraine liée au froid (25,90%), les troubles musquelo-squeletiques et la fatigue avec une proportion importante (72,2%). Concernant la baisse de la force de préhension (22,2%), elle serait due essentiellement au refroidissement. Les troubles cognitifs sont relevés dans les conditions étudiées avec des proportions relativement importantes et concernent les troubles de la mémoire (22,2%), de la concentration (35,2%) et de la motivation (44,4 %). – Les mesures effectuées en rapport avec l’exposition au froid ne confortent pas les résultats subjectifs du questionnaire. Les plaintes et les insatisfactions rapportées au médecin du travail et relevées par le questionnaire ne peuvent être expliquées et imputées au froid seulement. Cette étude devra être complétée par d’autres études afin de déterminer et d’identifier les vrais problèmes au niveau de cette entreprise et de proposer des mesures préventives adéquates et adaptées aux maux recensés.

– Des mesures de prévention individuelles et collectives.

7

Résultats, Discussion. – Le calcul des indices PMV-PPD a permis d’objectiver des situations d’inconfort thermique lié à la chaleur dans l’unité de production pour les différents niveaux de métabolisme dans cette unité. Ceci peut être expliqué par l’augmentation de la production de chaleur interne, l’importance de l’isolement thermique vestimentaire et l’absence de courant d’air, emprisonnant ainsi les flux d’échanges par évaporation. – Les résultats du calcul de l’IREQ au niveau de l’unité de production (température varie entre 0°c et +10°c) montrent que l’agent de production ne se trouve pas dans une situation de contrainte thermique lié au froid. L’explication est que l’isolement vestimentaire du travailleur est supérieur à l’IREQ calculé et par conséquent le travailleur est très bien protégé du froid. – Les valeurs calculées au niveau de la chambre froide montrent beaucoup d’écart entre l’isolement thermique de la tenue vestimentaire qui est de 2,4 clo et l’IREQ. Cependant, ces valeurs ne sont que partielles et incomplètes car, d’une part les températures réelles dans la chambre froide atteignent les -18c°, et d’autre part, les durée d’exposition sont courtes, variant entre 10 et 20min. – Pour évaluer le refroidissement par contact et la manipulation de la viande surgelée à une température négative, il aurait fallu se référer à l’ISO 13732 non disponible lors de cette enquête. – Concernant le dépistage des effets du froid sur les personnes par l’utilisation du questionnaire médical, l’analyse montre que la population est exclusivement masculine, plutôt jeune, en bonne santé, mais en surpoids avec une moyenne de l’Indice de Masse Corporelle (IMC) de 25,27 kg/m2, et sans notion de tabagisme pour plus de la moitié des cas. – Le poste d’agent de production est le plus fréquent (89%) par rapport au poste d’agent de stock (11%).

8

– En rapport avec les résultats, on a proposé d’ajuster le niveau d’isolement thermique de la tenue vestimentaire portée par le tra39

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Recommandations.


deux (02) unités de la zone industrielle de Rouiba, fonderie-forge(SNVI). [Mémoire]. Médecine du travail : Alger,84 p

vailleur en allégeant l’ensemble vestimentaire, afin d ’ atteindre u n e v aleur p r oche de l’IREQ ou alors agir sur la charge de travail en réduisant la production de chaleur interne. Il faut se méfier des mesures préventives excessives inadaptées qui n’éliminent pas le risque mais qui le déplacent ou pire font apparaitre d’autres dangers parfois plus grave. L’inconfort thermique par la chaleur dans une ambiance froide identifiée dans cette étude en est un exemple concret.

2. International Organization for Standardization.(1995) Ergonomie des ambiances thermiques. Détermination de l’isolement thermique et de la résistance à l’évaporation d’une tenue vestimentaire. ISO 9920.

L’organisation du travail dans cette entreprise est à revoir dans les meilleurs délais. Des réunions avec les responsables sont à programmées en espérant que cette étude les éclairera sur l’intérêt de la prévention et surtout l’apport du médecin du travail et sa collaboration dans la mise en place d’une politique de prévention adéquate et adaptée au risque réel existant dans l’entreprise.

4. Organisation internationale de normalisation. (2008) Ergonomie des ambiances thermiques. Lieux de travail dans le froid. Évaluation et management des risques. ISO 15743, 40p.

9

3. International Organization for Standardization. (2005) Ergonomie des ambiances thermiques. Détermination analytique et interprétation du confort thermique par le calcul des indices PMV et PPD et par des critères de confort thermique local. ISO 7730, 60p.

5. Shaharon M-N, Jalaludin J. (2012) Thermal confort assessement- A stydy toward workers’s satisfaction in a low energy office building. American journal of applied sciences, 9 (7) ;1037-1045.

Conclusion.

6. Spitzer H, Hettinger T. (1964) Tables donnant la dépense énergétique en calories pour le travail physique. Dans : L’Étude du travail : no 164, juillet-août ; no 165, septembre ; no 166, octobre, et no 168, décembre. Revue mensuelle du BTE. Centre de documentation de la CSST.

En milieu professionnel les individus manifestent souvent des insatisfactions pouvant être liées à différent facteurs. L’étude des conditions du travail, l’entretien avec les salariés et la réalisation de certaines mesures, si nécessaire, permettent généralement d’identifier l es v rais problèmes et de les cibler. Cette démarche constitue un volet important de l’activité du médecin du travail. Notre étude illustre parfaitement cette situation, puisqu’on est parti d’un problème qu’on croyait lié aux conditions de travail dans le froid, pour aboutir à une situation d’inconfort thermique lié à la chaleur, des durées de travail illicites avec un turnover important. L’organisation du travail est plutôt à revoir dans cette entreprise que les conditions de travail au froid afin d’apporter une certaine sérénité à ces salariés. Dans une perspective future, il est nécessaire d’évaluer les caractéristiques du travail dans leurs aspects organisationnels et humains afin de pouvoir cerner les causes de l’insatisfaction au travail et du turnover constaté. Bibliographie : 1. Fernane M.(2012) Travail à la chaleur en milieu industriel : Evaluation au niveau de 40

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La prévention des risques professionnels profite-elle du renouvellement de l’outil de production ? Ouaggadi, C. Idder Laib, A. Ouarek. Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

1

Problématique.

– L’exploitation des dossiers médicaux et des registres réglementaires de médecine de travail afin de déterminer de façon rétrospective :les pathologies rencontrées, les accidents de travail et maladies professionnelles ayant été enregistrés durant la période de notre étude.

À l’occasion de la mise en place et du démarrage d’une nouvelle chaine de production, nous avons décidé de suivre le montage et la mise en production de ce nouvel outil. Pour nous rendre compte de l’apport de cet investissement nous avons fait la comparaison entre la nouvelle chaine (C9) et l’ancienne (C3) du point de vue des conditions de travail, de la cadence et des 3.2 Matériel. accidents de travail. Cette étude a concerné une entreprise agroalimentaire spécialisée dans la fabrication de jus de fruits de la région Est d’Alger et employant 2 Objectifs. 827 travailleurs. L’analyse des ambiances de travail a nécessité 1. Étudier les conditions de travail et identi- le recours à des matériels de mesure tels que : fier les différents risques auxquels les travailleurs sont exposés au niveau des deux – Un sonomètre intégrateur conforme à la chaînes. norme NFS 31109-NFS 31009 type DBF classe 2. – Un WBGT« Heat Stress Meter » étalonné, modèle 800036 – Un luxmètre IM-1 échelle 500 -5000 lux de référence RO 1332. – Un appareil photo numérique.

2. Comparer entre les deux chaînes (l’ancienne et la nouvelle) : - L’organisation et les conditions de travail. - Les cadences de travail. - Les accidents de travail.

3

Méthodes et matériels.

3.1

Méthodes.

4 4.1

Résultats et discussion. Ambiance sonore.

Nous avons pris des mesures instantanées à – L’observation directe du process et des conditions de travail ; plusieurs visites ont l’aide d’un sonomètre intégrateur. Le niveau sonore dépasse le seuil de danger au été effectuées au niveau de l’entreprise. niveau de 5 postes de l’ancienne chaîne C3 et à 4 postes de la nouvelle chaine C9. Le bruit – L’entretien libre avec les travailleurs et les est diminué de 2dB à 19 dB à tous les différents acteurs de prévention. postes de travail de C9 (19 dB pour le poste opérateur 41 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


de l’homogénéisateur), sauf le poste de palettisation. Ceci est expliqué par l’utilisation des nouveaux matériels, qui sont neufs et moins bruyants et les machines sont bien encoffrées. Le niveau sonore élevé au niveau du poste de palettisation de C9 à 98 dB par rapport 82 dB au niveau C3 peut être expliqué par la présence du clark à moteur diésel à C9.

4.2

Ambiance thermique.

Nous avons calculé le WBGT moyen à chaque poste de travail dans les deux chaînes. La charge de travail a été classée selon les valeurs de la norme ISO 8996, l’activité du salarié a été observé en continu et la dépense énergétique a été estimée par dépistage et analogie à une activité similaire selon les tables de SPITZER ET ALL 1982. La comparaison du WBGT calculé au niveau des deux chaines, nous a permis de constater que l’ambiance thermique à C9 est plus chaude au niveau de tous les postes que celle retrouvée au niveau de C3 et les écarts dépassent parfois les 5 °C à certains postes, comme le cas du poste des points des vérifications. Cette différence est due à l’absence d’un système d’aération (pas de système de ventilation ou d’extraction, il n’existe pas de fenêtres).

4.3

Ambiance lumineuse.

4.4

Risques biomécaniques.

Nous avons observé plusieurs postures de travail pourvoyeuses de troubles musculosquelettiques (TMS) tels que des cervicobrachialgies, dorso-lombalgies et des tendinites ainsi que l’insuffisance veineuse. C’est presque les mêmes postures, les mêmes gestes et les mêmes mouvements observés au niveau des deux chaînes, mais avec une cadence et une répétitivité plus importante au niveau de la nouvelle chaîne.

4.5

Cadence.

La cadence de travail est presque doublée à C9 (la moyenne de production est à 9920 fardeaux par équipe à C9, contre 5670 fardeaux à C3). Ceci est expliqué par les matériels neufs utilisés à C9 et par la diminution de nombre de pannes par rapport C3, donc une charge de travail plus élevée pour les travailleurs de C9.

4.6

Accidents du travail.

L’étude statistique des accidents de travail recueillis dans l’entreprise durant la période allant du 01/01/2014 au 30/06/2014, nous a permis de constater que les accidents de travail sont multipliés par trois au niveau de C9. Pour comparer l’incidence des accidents de travail des deux chaînes, nous avons effectué le test du khi2. Le khi2 = 26, 98, le khi2>3, 84 donc il y a une différence significative entre l’incidence des accidents de travail des deux chaînes. La différence d’incidence des accidents de travail entre les deux chaînes pourrait être expliquée par la cadence de travail qui est presque doublée, par la présence du clark et par la difficulté de circuler entre les différents postes de travail (une étude plus poussée à l’avenir, pourrait préciser ce point).

L’éclairage est artificiel d ans l a p lupart des postes au niveau des deux chaînes. Les niveaux d’éclairement mesurés au niveau des deux chaînes sont inférieurs aux valeurs indiquées par le décret exécutif n° 91-05 du 19 janvier 1991 relatif aux prescriptions générales de protection applicable en matière d’hygiène et de sécurité en milieu de travail (art. 13), sauf pour 3 postes de la chaîne C3. Bien que les niveaux d’éclairement mesurés au niveau des deux chaînes soient inférieurs aux normes, il est plus important au niveau de C9, 5 Recommandations. du fait du nombre important des lampes défectueuses au niveau de l’ancienne chaîne C3 et Pour l’ancienne chaîne, l’entreprise a décidé à l’empoussiérage de celles-ci. de la démonter et de la remplacer par une 42 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


nouvelle, donc ces recommandations concernent la C9 et la prochaine nouvelle chaîne. Faire des mesures plus approfondies au niveau des postes bruyants, où le niveau sonore est > 85 dB et la mise en place des actions de prévention. Revêtir les parois du local, le plafond et les murs par des matériaux possédant la propriété d’absorber le son. Interdire de laisser les encoffrements des machines ouverts. Améliorer l’éclairage à tous les postes de travail, il doit être adapté en fonction des caractéristiques de la tâche. Entretenir de façon permanente des sources d’éclairage. Renforcer l’éclairage naturel par l’augmentation du nombre de fenêtre. On recommande des mesures pour augmenter l’aération au niveau de cette chaîne comme prévoir un système de ventilation ou d’extraction. Opter pour des clarks électriques pour diminuer le bruit et éviter le gaz d’échappement. Prévoir un endroit plus vaste pour la nouvelle chaîne, afin de permettre une bonne circulation dans l’atelier.

6

nication. Acte 6èmes Entretiens de Santé au Travail.INDEFOC Rouiba, 01 avr.2009. 2. Séminaire sur la contribution des industries agroalimentaires nationales à la sécurité alimentaire du pays. Ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’Investissement (MIPI). Cite en 2009 ; [environ164 écrans]. Disponible à l’URL :http :// www.kompass.com/c/ministere-de-lindustrie-de-la petite./dz016015.pdf. 3. Arbouche S, Idder Laib C. Analyse des AT par la méthode de l’arbre des causes dans une entreprise de production de boissons. [Mémoire]. Médecine de travail : Alger ; 1999. 59p. 4. Statistiques ATMP de la CNAMTS.CNAMTS. [cite en 2010] . Disponible à l’URL : http :// www. Statistiques ATMP de la CNAMTS I N T E R, L’Observatoire 5. Haddar M, Alloula R. Asthme à la farine : enquête dans une minoterie. La Société Algérienne de la Médecine du Travail (SAMT) ; Cite en 2003. Disponible à l’URL : http :// www .daroum.emonsite.com/medias/files/jmt6.pdf.

Conclusion.

6. Tahar L, Kaced N. Prévalence des troubles respiratoires chez une population exposée aux poussières d’additifs dans une entreprise agroalimentaire. Mémoire. Médecine de travail : Alger ; 2009. 92p.

Ce travail nous a permis de constater que les accidents du travail représentent actuellement pour cette entreprise, un réel risque et que la volonté de réduire ce risque est exprimée par les différents partenaires. Ce travail nous a permis de constater que les changements entre les deux chaînes ont concerné les points permettant d’abord d’augmenter la production et la cadence ; accessoirement, ils ont permis la diminution du niveau sonore dans certains postes ; par contre, on note une augmentation importante des accidents du travail. Ce travail nous a permis de découvrir que l’investissement dans de nouveaus équipements, ne suffit pas à lui seul à améliorer les conditions de travail. Sans l’investissement dans les ressources humaines et dans l’organisation de travail, les difficultés peuvent se multiplier. Bibliographie :

7. Kaced N, Idder-Laib C, Chibane F, Ouaaz M, Korichi S, Sellam K, et al. Les substances Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR) dans le secteur de l’agroalimentaire. Communication. Acte 6èmes Entretiens de Santé au Travail. INDEFOC Rouiba, 01 avr.2009. 8. Korichi S, Benslimane M. M,.Laib-Idder C,.Ouaaz M. Travail posté dans une entreprise agroalimentaire. Mémoire. Médecine de travail : Alger ; 2008. 98p. 9. Malchaire J. Ergonomie de l’environnent thermique. Détermination du métabolisme énergétique.Cite en 2004. http ://goo.gl/VoOqP4

1. Ouarek A, Laib C, Sellam K, Chibani F, Korichi S, M.Haddar, et al. Caractéristiques de l’activité et risques professionnels dans l’industrie agro-alimentaire. Commu43 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Asthme professionnel à la farine, à propos dun cas. G. Fodil Cherif, A. Rezak , N. Kaced, M. Haddar. Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

1

Introduction, Epidémiologie.

La pathologie respiratoire professionnelle d’origine allergique représente 73 % des affections respiratoires professionnelles d’une consultation de pathologies professionnelles au SUMT de l’EPH Rouiba [1], L’asthme professionnel constitue actuellement la plus fréquente des pathologies respiratoires dans les pays industrialisés [2]. Selon la littérature, 15 % des cas d’asthme chez l’adulte seraient attribuables à l’exposition professionnelle [3]. En France, selon l’ONAP (observatoire national de l’asthme professionnel) : les farines de blé et de seigle constituent les agents étiologiques principaux de l’asthme professionnel dans le secteur de la boulangerie-pâtisserie. Ce secteur regrouperait à lui seul 20 % des asthmes professionnels [3].

2

Observation.

Nous vous présentons le cas de Mlle R.N âgée de 34 ans, aux antécédents d’atopie personnelle et de rhinite allergique saisonnière traitée, qui occupe le poste d’ouvrière de production (en contrat à durée indéterminée) depuis le mois de février 2008 dans une société privée du secteur agroalimentaire spécialisée dans la production de biscuits. Il s’agit de sa deuxième expérience professionnelle ; en effet, la salariée a occupé pendant 4 ans le poste d’opératrice sur machine dans une société de fabrication d’articles de bureau. La symptomatologie a débuté en février 2011 par des épisodes de toux avec sifflement survenant en fin de poste mais la salariée n’a pas consulté chez un médecin pour autant. Au

mois de mars de la même année, elle a présenté une crise d’asthme sévère au poste de travail avec perte de connaissance après inhalation de fumées de biscuits brulés. La patiente a bénéficié d’un traitement à base de corticoïdes à raison de 40 mg en intramusculaire et de deux bouffées de bronchodilatateur toute les 20 minutes pendant une heure. Suite à cela, la salariée a été orientée vers la consultation de pathologies professionnelles respiratoires du SUMT de l’EPH de Rouiba où une exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) a été faite 15 jours après la crise initiale revenant en faveur d’un syndrome obstructif sévère du à une importante inflammation avec une légère amélioration sous bronchodilatateur (tableau 1). Devant les résultats de l’EFR, un traitement à base de corticoïdes inhalés a été prescrit en complément du traitement de la rhinite allergique. Une seconde EFR a été faite après une cure de corticoïdes de 4 jours avec des indices spirométriques dans la limite de la normale et une nette amélioration des chiffres du VEMS par rapport au résultat de la 1ère EFR (réversibilité de 1.33 L) (tableau 2). Devant ces résultats, le diagnostic d’asthme a été posé et une origine professionnelle étant suspectée, une étude du poste de travail a été faite. La salariée occupe le poste d’ouvrière de production, elle effectue plusieurs tâches dont la principale est un travail à la chaine où elle dépose les biscuits dans des lignes pour être emballer, elle s’occupe aussi du nettoyage de son poste de travail deux fois par mois à l’aide de deux produits : le Divosan reconnu comme irritant pour les voies respiratoires et le Multiclean qui peut provoquer une allergie cutanée. Mais aucun d’eux ne provoque de sensibilisation respiratoire. Elle s’occupe aussi 44

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du balayage du sol à raison d’une fois par semaine. Les horaires de travail sont 2x8h discontinue, 5 jours par semaine.

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Discussion.

L’asthme à la farine du boulanger est l’un des premiers asthmes décrits dans la littérature, mais on ne retrouve pas d’articles concernant l’industrie de la biscuiterie. Sachant que la survenue de sensibilisation respiratoire dépend largement des conditions de travail, cela nous donne à réfléchir s ur c elles a u s ein d e cette entreprise. Néanmoins, une étude française portant sur 27 cas retenus comme ayant un asthme professionTable 1 – Résultats de la 1ère EFR. nel dans les milieux de la boulangerie par des cliniciens experts retrouve [7] : Un cas d’asthme chez une femme qui occupe le poste de vendeuse en boulangerie. On pourrait assimiler ce cas à celui de notre patiente par rapport à l’intensité de l’exposition à la farine. L’asthme de la salariée a été déclaré au mois de mai 2012 en maladie professionnelle au titre du tableau 65 avec un aménagement de poste contre indiquant l’exposition aux poussières et aux fumées d’aérocontaminants ainsi que l’exposition aux produits détergents. Un suivi Table 2 – Résultats à la 2ème EFR (post cure trimestriel en consultation de pneumologie de corticoïdes). professionnelle a été instauré. La mesure du débit expiratoire de pointe (DEP) Nous avons suivi la salariée afin de démontrer sur les lieux du travail ne permet pas toujours l’origine professionnelle de son asthme, nous d’identifier d e f açon c ertaine l ’agent responavons remarqué une nette amélioration des sable de l’asthme professionnel. Néanmoins, symptômes pendant les week-ends et durant une correspondance étroite entre une activité 3 mois d’arrêt d’activité de l’entreprise où la professionnelle précise et la chute significative salariée nous déclare ne pas avoir eu recours à et répétée du débit de pointe permet d’armer l’utilisation de bronchodilatateur ainsi que la la responsabilité de la profession dans l’asthme récidive des symptômes après reprise du poste. professionnel. Dans notre cas, la mesure du La salariée est exposée de par son activité débit expiratoire de pointe n’a pas pu être fait journalière à différents allergènes dont les par manque de débitmètre au service. poussières de farine grandes pourvoyeuses de pathologies allergiques respiratoires. Les premiers symptômes ont débuté 3 ans après la prise du poste. 4 Évolution. La salariée a bénéficié de tests cutanés qui en faveur d’une sensibilisation aux graminées, La salariée a bénéficié d’un poste aménagé où allergie prédictive d’une allergie à la farine. La elle s’occupe de mettre les paquets de biscuits débitmètrie pluriquotidienne (DEP) au poste emballés dans les cartons et l’ensemble des chefs et pendant les périodes de repos n’a pas pu d’équipe ont reçu des directives de la laisser être faite par manque de moyen. Devant ce sortir de l’atelier en cas de présence de fumées tableau, le diagnostic d’asthme professionnel de biscuits brulés ou de travaux de soudure. à la farine a été posé. Plusieurs EFR ont été fait avec des indices 45 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


spirométriques dans la limite de la normale voire en faveur d’un syndrome obstructif minime malgré un traitement bien conduit. Ce qui nous amène à penser qu’elle est toujours exposée aux poussières de farine malgré son changement de poste de travail. Pour cela, nous avons recommandé à l’entreprise qui l’embauche de la doter de moyens de protections à type de masque de type FFP2. L’asthme de la patiente a été reconnu comme maladie professionnelle en février 2014, soit presque deux années après la déclaration. Elle a bénéficié d’un taux d’IPP de 15%.

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D,Toren K,Viegi G :American thoracic society statement ;Occupational contribution to the burden or airway diseaser.American journal of respiratory and critical care medicine 2003. 4. Reported incidence of occupational asthma in France, 1996-99 : the ONAP programme. Occupational and environmental medicine 2003. 5. Pauli G, Bessot J.C, Kopferschmitt M.C, Popin E. démarches diagnostiques, L’asthme professionnel, Margaux Orange, Paris 1999. 6. Kopferschmitt-Kubler M.C, Bessot J.C, Pauli G. l’ashtme professionnel.

Conclusion.

7. Fourgaut G,Popin E,Kopferschmitt MC,Newinger G,Pauli G.L’asthme à la farine : étude clinique de 27cas (nécessité d’un algorithme décisionnel).Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 42 (2002).

Afin d’affirmer le diagnostic d’asthme professionnel, il est nécessaire de rassembler un faisceau d’arguments concordants en procédant par étapes successives [5]. En rappelant que la législation algérienne n’impose pas d’apporter la preuve tant que les critères du tableau 65 sont respectés. Cependant il faut noter la lenteur des procédures depuis la déclaration jusqu’à la reconnaissance de la pathologie en maladie professionnelle. L’asthme professionnel à la farine devenu fréquent, l’ensemble des données actuellement disponibles est en faveur d’une éviction précoce et totale afin d’éviter la pérennisation de l’asthme. Cette situation idéale sur le plan scientifique et médical pose néanmoins des problèmes d’ordre socio-économique avec le risque de la perte d’emploi et du chômage [6]. En sachant que l’atopie est un facteur de risque de sensibilisation aux allergènes de haut poids moléculaire, il faut éviter l’exposition des personnes présentant une atopie aux poussières de farine. Sinon les doter de moyens de protections individuelles adaptées à ce risque. Bibliographie : 1. Bilan d’une consultation de pathologie professionnelle.SUMT-Rouiba 2006. 2. Jeebhay MF,Quirce S :Occupational asthma in the developing and industrialised world :a review.Int J Tuberc Lung Dis 2007. 3. Balmes J,Becklake M,Blanc P,Henneberger P,Kreiss K,Mapp C,Milton D,Schwartz 46

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Prévalence du portage de microorganismes intestinaux chez le personnel de la restauration. A. Zatout**, A. Tibiche*, A. Arib** , F. Chebouche** , D. Brahimi**, G. Touahria**. *Service dÉpidémiologie et de Médecine Préventive C.H.U de Tizi Ouzou, **Service de Médecine du Travail C.H.U de Tizi Ouzou, Algérie.

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Introduction.

valence du portage de germes digestifs chez ce personnel et identifier les agents pathogènes Le portage de micro-organismes au niveau du en cause. tube digestif peut être à l’origine de leurs disséminations dans l’alimentation. Le personnel de la restauration porteur constitue un risque 3 Matériels et Méthodes. pour la contamination des denrées alimentaires et pourrait être responsable de toxi infections C’est une étude descriptive, rétrospective alimentaires collectives. Selon les estimations ayant porté sur le personnel de la restauration de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) conventionné avec le Service de Médecine pour l’année 2002, le nombre de sujets infectés Travail du Centre Hospitalo-Universitaire de par des parasites digestifs était estimé à 3,5 Tizi Ouzou (CHU TO) de 2004 à 2014. La milliards et le nombre de malades 450 millions collecte des données a été réalisée à partir des (8). En 2012, en France, 1 288 foyers de toxi- dossiers médicaux du personnel pris en charge infections alimentaires collectives (TIAC) ont au service de médecine du travail. Les variables été déclarés, affectant 10 258 personnes, dont collectées étaient l’âge, le sexe, le poste de 6 sont décédées (9). Au Maroc, le nombre de travail, le lieu de travail et le résultat de l’exacas et des épisodes de TIAC de 1996 à 2001 men copro-parasitologique. Les examens étaient avait doublé. Les TIAC représentaient 11% prescrits à la visite périodique durant les années des intoxications (11). En Algérie, en 2011, de prise en charge. Les travailleurs ayant une l’incidence des dysenteries est passée de 1,57 copro-parasitologie positive ont été convoqués en 2010 à 1,44 cas pour 100.000 habitants et réexaminés. Cette prescription était régie par (10). La recherche des parasitoses intestinales la loi 88-08 du 02/07/1988 qui stipule dans ses est obligatoire dans le cadre des examens articles 13, 17 et 18, que tout travailleur ou apsystématiques de dépistage et de diagnostic prenti est obligatoirement soumis aux examens réalisés pour l’aptitude et le suivi du personnel médicaux d’embauche, périodique ainsi que les de la restauration. L’analyse de la prévalence du analyses utiles et l’arrêté N° 33 du 09 juin 1997 portage sain permet de déterminer l’importance qui oblige les employeurs à faire subir au moins du risque de contamination. une visite médicale semestrielle complétée par les examens para-cliniques appropriés pour tout travailleur exerçant les travaux nécessitant une surveillance spéciale. Les données étaient contrôlées, saisies, analysées sur le logiciel Epi 2 Objectif. inf. 6.04. Déterminer le taux de réponse du person- Nous avons défini le porteur sain comme étant nel de la restauration aux examens copro- une personne qui héberge un micro-organisme sans présenter de signes cliniques et nous parasitologiques prescrits, déterminer la pré47 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


avons défini l e c a s d e p o rteur s a in c o mme tout travailleur de la restauration, ayant consulté au service de médecine du travail lors de la visite périodique, non motivé par une visite spontanée (sans signes cliniques) pendant une année d’activité et ayant une copro-parasitologie positive. Nous avons aussi identifié et défini un Grand restaurant: comme un restaurant hôtel ayant un effectif de plus de 10 travailleurs, un Petit restaurant: comme un restaurant complet ayant un effectif de moins de 10 travailleurs, alors que le Fast Food correspond à celui des préparations rapides avec un effectif très réduit. Table 1 – Prévalence de portage du personnel de la restauration selon l’âge et le sexe, l’activité, Tizi Ouzou, 2014.

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Résultats.

Parmi 931 établissements à caractère alimentaire (restaurants, cafeterias, boulangeries et pâtisseries) de Tizi Ouzou (12), seuls 63 (6.8%) étaient conventionnés avec le CHU de Tizi Ouzou et pris en charge au niveau du Service de Médecine du Travail de 2004 à 2014. Le taux de réponse à la demande d’examen de copro-parasitologie était de 62.9%. Ce taux était variable selon : l’âge (41.1% pour les 4049 ans, à 86.6% pour les moins de 19 ans), le sexe (féminin 40%, masculin 63%), l’activité (52% pour les serveurs à 81.6% pour les pâtissiers). Le lieu de travail (29 % pour les grands restaurants à 100 % pour les cafétérias). La majorité du personnel conventionné ayant remis les résultats de la coprologie était âgé de 20-39 ans, de sexe masculin (97.5 %) et travaillant comme serveur (33.8 %) dans les Fast-Food (87 %) et comme pâtissiers (84.4 %). Quatre cent huit (408) travailleurs de la restauration étaient concernés par l’étude, 257 (62.9 % : IC à 95% = 53.4-72.3) travailleurs avaient remis 441 (1.7 %) les résultats de coproparasitologie dont 91 étaient positives. Le taux de prévalence était de (20.6 % : IC à 95 % =12.7 - 28.5). Ce taux de prévalence enregistré était variable.

Il n’y a pas de différence significative e ntre la prévalence du portage sain de micro-organisme et l’âge, les taux de prévalence du portage diffèrent significativement entre les différents postes de travail, avec un taux de prévalence plus élevé chez les boulangers. On remarque qu’il y a une différence significative e ntre l a prévalence du portage et les différentes catégories de restaurants. La prévalence du portage est plus élevée chez le personnel des Fast- Food avec 44.4 % et faible dans les grands restaurants avec 14.3 %.

Table 2 – Résultats des copro-parasitologies.

N=91 * Nombre de parasite / nombre total de parasites de même espèce, ** Nombre de parasite /nombre total de copro-parsitologie. Le groupe des protozoaires représentaient 94.4 p.100 dont d’Emtamoeba histolytica avec une proportion de 25.2 % et giaradia intestinalis de 9.8 %. L’espèce candida avait une proportion de 2.2 %. 48

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Discussion.

Le taux de réponses aux examens était de 62.9 %. Ce taux était variable de 29.3 % chez le personnel des grands restaurants à 100 % dans les cafétérias, et de 37.9 % chez les cuisiniers à 81.6 % chez les pâtissiers. Vu l’importance accordée à l’hygiène dans le milieu de la restauration, ce taux paraît faible, mais néanmoins, les travailleurs de certains établissements (cafétérias) conventionnés avaient tous répondu à la demande de cet examen, ce qui pourrait s’expliquer par une meilleure sensibilisation, un contrôle rigoureux des services d’hygiène. La non représentativité de l’échantillon, la non réponse à la demande d’examen coproparasitologique des selles serait liée probablement à la banalisation de l’action de prévention par les travailleurs, le manque de sensibilisation et d’éducation sanitaire (rôle du bureau communal d’hygiène (BCH) et des services de médecine du travail). La réalisation des examens difficulté de complémentaires était liée à plusieurs facteurs, notamment la méconnaissance, voire la négligence de la réglementation en vigueur par les employeurs et les travailleurs eux-mêmes, l'insuffisance de visites d’inspection des lieux de travail. Le taux de prévalence du portage sain était de 20.6 % (1 travailleur sur 5). Ce taux est élevé en termes de risque, mais intermédiaire entre un taux de 12.2 % en France(2) et 42.1 % au Niger(3). D’autant plus que, seuls 6.8 % des établissements étaient conventionnés avec le service de mé-decine du travail. Bien que, des justifications d’examens médicaux de bonne santé soient four-nies à chaque travailleur, mais aucun d’eux n’est complété par un examen copro-parasitologique obligatoire, comme le précise la réglementation en vigueur. Ceci accentue l’ampleur du risque, car un porteur sain est physiquement indemne de tous signes cliniques. Ce taux de prévalence augmenterait le risque de contamination des consommateurs et de reinfestations du personnel lui-même, en entretenant le cycle des agents pathogènes. Le taux de prévalence était variable selon l’âge, le sexe, l’établissement et le poste de travail.

Aucune femme n’a remis de résultat positif, cela pourrait s’expliquer par le faible nombre de femmes travaillant dans la restauration, mais aussi par l’importance du respect d’hygiène. Le taux de prévalence chez les pâtissiers était 5 fois plus que celui des plongeurs, cela pourrait être secondaire à l’activité (lavage fréquent des mains). Tous les germes retrouvés peuvent être portés d’une manière saine (réservoir inconnu), donc facile à disséminer. 70 p 100 des porteurs de giardias intestinalis sont asymptomatiques (5), l’OMS estime à 200 millions le nombre annuel d’infestations en Afrique (6) et selon l’OMS, 10 % de la population mondiale sont des porteurs de l’amibiase intestinale (7) et avait estimé à 480 millions le nombre de cas d’infestations en 1981 dans le monde (6). Les autres germes sont généralement non pathogènes. La prévalence de la giardia intestinalis était de 9.8 %, ce taux est élevé comparativement à d’autres pays développés, comme la France (1.6 %) (2). A la république du Yémen, en 2007, chez le personnel du restaurant universitaire, la prévalence était de 14,8 % pour E. histolytica , et de 5,2% pour Giardia lamblia, tandis qu’il était de 4,4 % pour Hymenolepis nana (3). Bien que ce parasite soit très répandu dans le monde, particulièrement en zones chaudes et humide, le climat Algérien est favorable à son évolution, aggravé par des conditions sanitaires particulières (manque d’eau, comportement de la population). Les autres protozoaires observés (59 %) étaient considérés comme occasionnellement ou absolument non pathogènes (Entamoeba Coli, Endolimax nana, Chilomastix meslini et Blastocyste hominis), ce qui pouvait expliquer l’importance de l’infestation liée au manque d’hygiène. Alors que les métazoaires étaient observés dans 3.3 % et les champignons dans 2.2 %.. Ces chiffres sont comparables aux résultats d’une étude réalisée par le service de médecine du travail, CHU de Bab-El-Oued en 1999, chez le personnel d’une unité de restauration (1) où 70 % des coproparasitologies remises étaient positives, dont 42.8 % étaient des kystes d’Entamoeba histolytica et 14.2 % étaient des kystes de giardias intestinalis et des levures, Alors que 28.5 % étaient des kystes d’endolimax nana. 49

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de Niamey, Niger. Bulletin de la pathologie exotique, 1995,p

6

5. P. Jacquemein J-l Jacquemin protozoaires clinique Masson 3 ed 1987 p 11-26

Conclusion.

Ces résultats conduisent à comprendre que les mesures sanitaires ne sont pas ecaces et que cette situation dangereuse facilitera la répartition des agents parasitaires chez les clients. L’efficacité du dépistage à la visite d’embauche et la surveillance systématique du personnel de la restauration est nécessaire en plus de l’éducation sanitaire. Le portage sain des micro-organismes intestinaux pose un problème de santé pour le consommateur dans les collectivités de la restauration, Le climat algérien est favorable aux multiplications de ces microorganismes. Le dépistage et le traitement du portage impliquent la participation du travailleur lui même par le respect d’hygiène individuelle et les visites médicales périodiques, du chef de l’établissement par la mise en place de moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de travail et le respect de la convention, du bureau d’hygiène communale par l’action de sensibilisation et d’éducation, de l’inspection du travail et le service de contrôle qualité et la répression des fraudes par l’application de la réglementation en vigueur. Bibliographie :

6. Comité d’OMS d’expert importances de parasitoses intestinales santé publique 1988 vol 66 N°1 p23-34 7. Marc gentilini, Bernard Duflo Amibiase, Médeine Tropicale Flammarion 1986 p 141155 8. P. Buchy. Les parasitoses digestives dans la région de Mahajanga, côte Ouest de Madagascar Bulletin Société Pathologie Exotique, 2003, 96, 1, 41-45. 9. Institut National de Veille Sanitaire, Surveillance des toxi infections alimentaires collectives. Données de la déclaration obligatoire, INVS. France. 2011 10. Institut National de Santé Publique. situation épidémiologique provisoire de l’année 2011 sur la base des cas déclarés à l’INSP. relevés épidémiologiques mensuels (REM). Vol XII. Algérie. 2011. 11. M. Belomaria, A.O.T. Ahami, Y. Aboussaleh, B. Elbouhali, Y. Cherrah, A. Soulaymani, Origine environnementale des intoxications alimentaires collectives au Maroc : Cas de la région du Gharb Chrarda Bni Hssen, Antropo, 2007. www.didac.ehu.es/antropo

1. D. Nafai, N. Booukhedra, A. Semid . Profil de morbidité chez le personnel d’une unité de restauration, SMT CHU BEO. Le journal de médecine du travail ; No 3 nouvelle série

12. Direction du commerce de la wilaya de Tizi Ouzou, année 2014

2. E. Hernandez, J.D. Cavallo, H. Debuysere, J.C. Fiorina, E. Garrabé, Prévalence des parasitoses digestives asymptomatiques : mise en évidence lors des examens d’aptitude aux emplois de l’alimentation. BEH N°14/1997, p) 3. S Haj Baswaid 1, Am Al-Haddad Parasitic Infections among Restaurant Workers in Mukalla (Hadhramout/Yemen), Iranian J Parasitol : Vol. 3, No. 3, 2008, pp. 37-41 4. J. Julvez , M. A. Badé , M. Lamotte , G. Campagne , A. Garba , G. Gragnic , A. Bui , S. Kehren , F. Cluzel, J.P. Chippaux Les parasitoses intestinales dans l’environnement urbain au Sahel. Étude dans un quartier 50

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Dossier 3 : Ergonomie et management en santé et sécurité au travail.

Le ou les systèmes de gestion de l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail dans les entreprises en Algérie ? Am. NEZZAL. Laboratoire Santé Environnement Faculté de Médecine, Université BADJI Mokhtar, Service de médecine du travail CHU Annaba. Algérie.

1

Introduction.

Pour toutes les nations, le développement est une préoccupation constante des gouvernants. L’intérêt se porte sur le développement durable, qui est un « mode de développement qui satisfait les besoins des générations présentes, sans compromettre les besoins des générations futures, qui donc concilie les contraintes économiques, écologiques et sociales, en les croisant dans leur mode de gestion ». [1] Le développement s’appuie sur l’entreprise : L’entreprise est « une organisation ou une unité institutionnelle, mue par un projet décliné en stratégie ou en politiques et plans d’action, dont le but est de produire et de fournir des biens ou des services à destination d’un ensemble de clients ou usagers ». La mondialisation : L’entreprise interagit avec son environnement économique, social, culturel, politique et prend des risques pour survivre, se développer dans un contexte concurrentiel et éviter ainsi la faillite. Le contexte de la mondialisation est impitoyable pour l’entreprise, il peut constituer une opportunité comme aussi être une menace. Satisfaire ces clients : L’entreprise doit pour cela veiller à satisfaire ces clients et les parties prenantes (propriétaires, salariés, fournisseurs, institutions). Qualité Sécurité Environnement : D’où l’intérêt grandissant pour les systèmes de management de la qualité de la sécurité et de l’environnement et la responsabilité sociale des entreprises. Normes :

Le développement et la mise en place de normes internationales (ISO) et/ou nationales (IANOR), connait une embellie qui s’étend à tous les domaines et en particulier à celui qui nous concerne nous les médecins du travail, la santé et la sécurité au travail (SST). Santé Sécurité au Travail : Le projet de norme ISO 45001 sur les exigences de management de la santé et de la sécurité au travail, s’inspire de la norme OHSAS 18001 (BS). Ce projet met en avant l’exigence de tenir compte du contexte de l’organisme et de l’engagement de tout l’encadrement. Résistances : Ce projet rencontre, contrairement à ce qui s’est passé pour les normes sur la qualité (ISO 9001) et l’environnement (ISO 14001), des résistances de la part de certains États qui arguent de la disponibilité d’un arsenal juridique qui encadre le domaine de la SST.[5]

2

Notre propos ne vise pas à détailler le contenu et toutes les exigences du système de management de la santé et sécurité au travail (SMSST), tel que le BSI OHSAS 18001. Mais plutôt de tenter de cerner les déterminants du comportement des organismes en Algérie vis-à-vis de la SST en particulier et des SMSST en général, à travers quelques expériences vécus par nous même au sein de certaines entreprises. 51

Le journal de la médecine du travail - N°20 - Juin 2016

Objectif.


3

Quelques concepts de management dans la norme ISO 9001 v 2008.[6]

La roue de DEMING : La roue de Deming est une méthode qui s’applique à la maîtrise de tout processus ayant un impact sur la santé et la sécurité au travail (SST).

Un mythe : entreprise = organisme ? Le concept d’organisme (ISO 9001) pour qualifier une entreprise et l’approche systémique de l’organisation du travail et du management, ne nous sont pas étrangers en tant que médecins. Il dénote d’une fascination pour le modèle d’une entreprise vivante et adaptée qui se développe telle que l’organisme humain.

Ces cycles sont une base universelle de l’amélioration continue : Shewhart cycle Plan : préparer, planifier. Do : Développer, réaliser. Check : Contrôler, Vérifier. Act : Agir, réagir.

Processus : Il en est de même du concept de processus avec ses intrants, les transformations qui s’y déroulent et ses extrants, ainsi que les feed-back de régulation, qui nous rappelle les processus physiologiques qui se déroulent dans les cellules, les tissus et glandes endocriniennes. Qualité de vie des organismes : Les besoins de l’organisme, les coûts énergétiques des efforts, les demandes et leur satisfaction ainsi que les processus de communication, la motivation, les relations sociales, l’écologie sont autant de paramètres qui déterminent la qualité de vie des organismes. Dysfonctionnements : Les Entreprises sont confrontées à des facteurs de risques internes et externes qui déterminent des écarts par rapport aux exigences « normes », ceci va engendrer des dysfonctionnements, des incidents, des accidents et des maladies professionnelles. Les principaux processus :

Figure 2 – La roue de Deming.

Figure 1 – Les principaux processus du management de la qualité 52

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Exigences réglementaires : Une des exigences du SMSST est la mise en conformité des organismes avec la réglementation et une veille réglementaire doit être assurée.

3. le rôle du médecin du travail est privilégié, alors qu’il n’est qu’un des acteurs de l’équipe. 4. le service de sécurité élabore les plans avec la CPHS, il n y’a pas de référence à l’évaluation des risques.

Planification : Autrement dit à la mise en place de programmes de prévention adaptés au contexte de l’entreprise L’intervention des institutions de contrôle : L’exemple de nombreux pays nous montre que l’intervention des institutions de contrôle et de la réglementation favorise ce déclenchement.

4

5. le canevas du plan / rapport d’hygiène et sécurité, n’est pas défini.

5

Le contexte de la mise en place du SMSST,

est fortement lié aux caractéristiques du tissu économique en Algérie : nous allons le présenter.

L’évaluation des risques :

Pour le SMSST l’évaluation des risques constitue un préalable à la planification. Pour toutes les entreprises cette évaluation des risques constitue le déclencheur, du processus de prévention. Nous nous sommes intéressés, à ce qui se rapporte à l’évaluation des risques professionnels, dans la législation algérienne. Table 2 – Le contexte de la mise en place du SMSST.

Figure 3 – Le Portrait-robot de 90% des entreprises.

Table 1 – Inventaire exhaustif sur le concept d’évaluation des risques dans les principaux textes en vigueur en Algérie. Cet inventaire met en évidence que : 1. le concept d’évaluation des risques est absent dans tous les textes 2. la responsabilisation de l’employeur pour l’évaluation des risques n’est explicitement formulée nulle part.

Figure 4 – Le Portrait-robot des 10% des entreprises restantes. 53

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


6

Les études de cas.

1. Entreprise Publique autonome production (Chimie) 2. Entreprise Privée (BTP) 3. Entreprise Association Internationale (Hydrocarbure) 4. Institution (Santé)

6.1

Table 5 – Entreprise association Internationale Hydrocarbure.

Entreprise publique autonome 6.4 production de chlore. (EPA)

Table 3 – Entreprise publique autonome production de chlore.

6.2

Entreprise (EBTP)

Privée

BTP

Administration, santé, Hôpital (HOP)

Table 6 – Administration : Hôpital.

6.5

Les exigences auditées : critères OHSAS 18001 [3]

Les principales éxigences auditées sont résumées ci-après.

Table 4 – Entreprise Privée BTP (EBTP).

6.3

Entreprise association Internationale Hydrocarbure (ASS).

Table 7 – Exigences auditées. Elles sont auditées à l’aide de techniques usuellement appliquéess : Interview, observation, enrégistrements et documents . 54

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


6.6

Résultats synthétiques de l’au- 8 dit :

Bibliographie :

1. Wikipédia définitions wikipedia.org/

https://fr.

2. OFFICE National des statistiques Algérie, statistiques économiques 2011 http: //www.ons.dz/ date 15/01/2015 3. Norme OHSAS BSI 18001 Version 2007 4. Projet de code du travail Algérie Ministère du travail et de la Formation professionnelle 2016. 5. Eurogip"vote négatif sur le projet ISO 45001"Article : http ://goo.gl/JuwmV4 6. Norme ISO 9001 v 2008

Table 8 – Résultats de l’audit. Le prescrit et le réel : Les quatre organismes ont des non conformités à des degrés plus ou moins variables. Ceux qui en ont le plus sont l’Hôpital (HOP) et l’Entreprise privée du BTP (EBTP). Le diagnostic met en évidence que l’organisation prescrite est contrebalancée par l’organisation réelle. L’organisation bascule entre l’informel et le formel, la fréquence des non conformités augmente lorsque l’organisation se rapproche du mode de gestion informelle. Les systèmes de management : En réalité les entreprises s’adaptent à leur environnement, pour tenter de survivre et éventuellement de croître.

7

Conclusion.

Pour cela Les entreprises tolèrent la présence concomitante de plusieurs systèmes de management. Une lueur, le projet de code du travail Art 569 : L’employeur est tenu d’évaluer les risques prévisibles, et planifier les actions de prévention. [4] Ce modèle d’organisation CHAOTIQUE, (chaos : Confusion générale des éléments avant leur séparation et leur arrangement pour former le monde) pourra t’il constituer le lit de l’émergence de futurs entreprises modernes et orientées vers le développement durable. 55 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Les systèmes de management de la santé et sécurité au travail. M. Ouaaz, M. Haddar. Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba Alger, Algérie.

1

Introduction.

La norme est un "document établi par consensus qui fournit, pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné" (ISO/CEI) Ce sont des documents techniques d’application volontaire élaborés par l’ensemble des acteurs économiques sous l’égide des organismes de normalisation. La norme peut être obligatoire par mesure réglementaire(France). De plus, Il est fait référence obligatoirement aux normes dans les documents d’appel d’offre dans les marchés publics. (1)

2

Normalisation des systèmes de management de la santé sécurité au travail.

Un projet de normes relatives aux systèmes management de la santé et sécurité au travail a été entamé dès 1995 par l’ISO (International Standards Organization) et la CEI (commission électrotechnique internationale). Les travaux internationaux de normalisation s’effectuent dans deux cadres principaux, le premier est l’ISO, le plus ancien et ouvert à tous les pays du monde (compte plus de 100 pays), associée à la CEI ; et le deuxième le CEN (Comité Européen de Normalisation) limité aux 25 pays membres de l’Union Européenne entre lesquels les disparités économiques et

techniques sont faibles, de même qu’il existe des liens juridiques forts, facilitant la mise en application de normes. l’ISO et le CEN ont passé des accords de coopération visant, entre autres, l’élaboration et l’adoption des normes. L’élaboration de la norme est confiée au Comité Technique compétent de seulement l’une des deux organisations, puis l’adoption est soumise au vote parallèle des deux organisations(2). La force du système est d’intégrer la santé et la sécurité au travail dans toutes les fonctions de l’entreprise. De nouveaux défis se posent aux entreprises, il s’agit d’optimiser les modes d’organisation et de fonctionnement et de maîtriser de plus en plus les activités critiques. C’est alors que la dimension « santé et sécurité au travail » occupe une place prépondérante dans l’organisation et appelle à une gestion plus structurée et formalisée des risques professionnels. (3) En juin 2000, l’ISO a pris acte du vote négatif de ses membres, quant à la normalisation des systèmes de management de la santé-sécurité au travail. Parmi les raisons avancées, est que le domaine de la santé et de la sécurité au travail relève dans la plupart des pays en général du domaine législatif, dans lequel les responsabilités sont déjà établies, et du domaine des relations sociales où il est nécessaire de prendre en compte les spécificités culturelles, structurelles et opérationnelles de chaque pays. Le BSI (British Standard Institute), a produit un document "guide" la BS 8800 (4) "Guide des systèmes de management de santé et de sécurité au travail » qui a été proposé à l’ISO, mais il 56

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


n’a pas été retenu. Finalement, la branche "certification" de BSI décide, pour mettre un terme à la multiplication de référentiels et harmoniser les pratiques, de préparer un référentiel OHSAS 18001 : Occupational Health and safety Assessment Series (5)(6) qui est utilisé par les organismes certificateurs dans le domaine de la santésécurité au travail.

3

La mission est d’atteindre trois niveaux de performance, la réduction des accidents du travail, la conformité réglementaire et la gestion et maîtrise des risques professionnels. Ces performances sont dépendantes de trois dimensions qui sont le degré de conformité du système par rapport au référentiel choisi comme modèle, la qualité de la mise en œuvre de ce système et aussi le niveau d’appropriation du système par le personnel (8).

Définitions du système de management de la santé et sécurité au travail. 4

« Une partie d’un système de management global qui facilite le management des risques associés aux activités de l’organisme relatifs à la santé et à la sécurité au travail et qui comprend l’organisation, les activités de planification, les responsabilités, les pratiques, les procédures, les processus et les moyens nécessaires pour développer, mettre en œuvre, réaliser, revoir et tenir à jour la politique de l’organisme en matière de SST ». (OHSAS, 1999). L’INRS le définit comme « Un cadre de gestion globale et structurée des risques » (2005) ; et le NOSHC(comité national de santé-sécurité au travail, Autralie) le décrit comme « Une méthode planifiée, documentée et contrôlable de gestion des dangers et risques associés » (2001).

Les référentiels.

Les entreprises qui mettent en œuvre des systèmes de management de la sécurité s’appuient sur des référentiels ayant comme base une influence réglementaire (Espagne, Etats-unis, Corée.), normative(norme BS 8800), norme OHSAS 18001 (Occupational Health and Safety Managment System) référentiel d’audit utilisé par les organismes certificateurs pour combler l’absence de normes ISO sur les exigences d’un système de management SST ; ou de l’entreprise qui se dote d’un référentiel « maison » pour répondre aux enjeux spécifique exigeant une efficacité de fonctionnement (9). Les référentiels les plus utilisés sont OHSAS 18001 dans un but de certification, ILO.OSH 2001 (BIT) (10), pour ses principes directeurs de management de la santé et sécurité au travail, et le MASE (manuel d’amélioration de la sécurité des entreprises) en France. Aujourd’hui, l’évolution de l’organisation au sein des entreprises est de regrouper les différentes composantes Qualité, Environnement, hygiène et sécurité au sein d’une même direction afin de bénéficier d’une approche globale allant vers un système de management intégré QHSE (11). L’impact de ces systèmes est relatif (12) ; les facteurs de succès résident dans l’engagement de la direction, la compatibilité réglementaire, et l’existence d’une culture « sécurité » au sein de l’entreprise, (13).

C’est un système standardisé se distinguant du système informel par son degré de formalisation à travers une documentation minutieuse, étoffée, des procédures, des spécifications, des instructions des modes de travail, des plans d’actions ainsi que l’enregistrement de toutes les traces des pratiques managériales (7). La logique d’amélioration continue qu’il introduit, bouleverse les pratiques managériales et impulse une dynamique de progrès. Sa formalisation selon la roue de Deming, demande une planification (Plan) d’actions à mettre en œuvre, le déploiement de ces actions (Do), la vérification des performances sécurité (Check) et leur amélioration (Act). Ces Systèmes de management sont très développés sur la partie vérification (Check) et amélioration (Act), et 5 Normalisation en Algérie. recommandent une participation active des saIl existe deux laboratoires accrédités qui lariés et leur Implication réelle dans le processus reconnaissent la qualité et la conformité des à mettre en œuvre. 57 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


produits, le centre d’études et de services technologiques de l’industrie des matériaux de construction (CETIM), relevant du groupe public des ciments (GICA) et le centre national des technologies et du consulting (CNTC). La normalisation des produits et biens d’équipements en Algérie nécessite la mise en place de laboratoires de référence accrédités. Le contexte socio-économique algérien a connu de profonds changements, politiques, économiques et sociaux, et la question qui se pose alors est comment passer d’un système de marginalisation de la sécurité à un système où celle-ci devient un critère de performance de l’entreprise. Peut on parler de culture sécurité dans nos entreprises, eu égard au contexte historique et socio-économique Algérien ? Le dispositif juridique et réglementaire relatif à l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail est exhaustif et ambitieux ; cependant tout le monde doute de son application sur le terrain, tant les mécanismes de contrôle sont insuffisants, voire défaillants. Les motivations des entreprises ayant mis en place ces systèmes s’expliquent par les exigences de partenariat ou de clients, les spécifications des donneurs d’ordre, la mise à niveau et l’optimisation des modes de fonctionnement dans un environnement concurrentiel. Les référentiels servant de guide sont OHSAS 18001 (le plus utilisé), le référentiel OGP et le référentiel propre à l’entreprise. Les insuffisances relevées portent sur l’harmonisation des définitions et des concepts en regard de la réglementation Algérienne, l’inadéquation des moyens alloués par rapport à la politique entreprise, la difficulté d’estimation de certains indicateurs (pollution industrielle, fuites d’hydrocarbures), le défaut de consolidation de l’information à des niveaux hiérarchiques intermédiaires, le flux important d’informations et de procédures par rapport à l’organisation. D’autres éléments issus de l’analyse de la mise en place de ces systèmes complètent ces déficiences, à savoir, le manque de sensibilisation, de formation et de préparation du personnel quant à la venue de ce système, la difficulté de reporting du risque chronique par absence de procédure ce qui représente le point faible du système. De même que des dérapages de procédures instaurant la culpabilisation, voire la sanction ont été relevés,

ce qui incite à la tricherie et la dissimulation des données. L’association du médecin du travail dans ce processus est faible, voire nulle, alors que paradoxalement, il est le conseiller de l’entreprise en matière de santé-sécurité au travail (14). Le marché de la certification a sensiblement évolué au cours des 05 dernières années. Selon les données de l’IANOR, le nombre d’entreprises certifiées est de plus de 1000 (2012) tout système confondu. Les données du Ministère de l’industrie et des Mines pour l’année 2013, indiquent que pour : – La Certification ISO 9001 (qualité) : le nombre d’entreprises est de 540 (6ème place en Afrique) (9). – La Certification ISO 14001 (environnement) : 101 entreprises (4ème place) (15). – La Certification ISO 22001 (sécurité des denrées alimentaires) : 11 entreprises (7ème place) Ces systèmes représentent de puissants vecteurs de structuration et de modification des organisations. Pour la certification des système de management de la santé-sécurité au travail, les données sont parcellaires et émanent de quelques organismes certificateurs (quatre sur six opérant en Algérie). Pour l’année 2013, il est enregistré un nombre d’entreprises certifiées OHSAS 18001 de plus de 36, avec 11 entreprises en voie de certification. Toutefois, il reste prudent de se méfier des certificats de complaisance délivrés par des organismes de certification étrangers. A cet effet, ALGERAC, agence Algérienne d’accréditation, a été créée pour contrôler ces organismes. Bien qu’il n’existe aucune mesure réglementaire relative à l’accréditation de ces organismes en Algérie, celle-ci est nécessaire pour permettre le contrôle, la communication, la traçabilité, et l’évaluation de l’évolution de ces systèmes au sein des entreprises en termes de performance et d’efficacité, (16). Connaissant les caractéristiques des PME algériennes, petite taille, à dominance familiale, la résistance aux changements est inévitable. Peut on espérer voir ces systèmes se généraliser ? (17) 58

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


6

Conclusion.

11. Y. B. Brett, « Sécurité et environnement, même combat», Face au risque, no 366, oct. 2000, pp 18-21.

Intégrer le management de la santé et la sécurité au travail dans le management global est une 12. E. Drais, « La mise en place des systèmes de nécessité. En Algérie, l’intérêt pour ce système management de la santé-sécurité : une quesest grandissant, dicté en partie par les exigences tion de gestion de projet » INRS, hygiène et de partenariat et de clients. L’expérience comsécurité-CND- 1er trimestre 2005. mence à mûrir, l’évaluation de la performance du système s’impose à chaque étape de son évo- 13. S. Chabane, « Le concept de culture sécurité dans l’entreprise », IUT, Université de lution. Bordeaux Bibliographie : 1. M. Gauvin, Structures et procédures de la 14. M. Ouaaz, les systèmes de management de la santé-sécurité au travail, évaluation normalisation en ergonomie, 39ème congrès des mises en œuvre dans trois entreprises de la SELF, Genève, 2004, pp 25-35. de la région d’Alger, thèse de doctorat 2. B. Metz, Historique et visées de la normaen sciences médicales, faculté de médecine lisation en Ergonomie, 39ème congrès de la d’Alger, Janvier 2012, 250p. SELF, Genève, 2004, pp 17-20. 3. « De l’évaluation des risques au manage- 15. ISO 14001 (International Standard Organization) norme relative au système de manament de la santé et de la sécurité au travail gement de l’environnement (1996) » INRS, ED 936 (2004) 4. A. Richoux, « Management de la santé au 16. Gauthey, G. Gibeault, « Santé et sécurité au travail, 100 questions pour comprendre travail, retour de quelques expériences d’enet agir », AFNOR 2004 treprises sur l’utilisation de la norme BS 8800. CRAM de Bretagne, 2000. 17. D Bendaoud, le marché de la certifica5. OHSAS 18001 (Occupational Health and tion en Algérie, El Watan économique du Safety Managment System), British Stan13/05/2013 dard Institute, édition Française AFNOR 6. Gey, Courdeau, « le management de la santé et de la sécurité au travail, maîtriser et mettre en œuvre l’OHSAS 18001 », éditions AFNOR, 2009, 242 p. 7. O. Gauthey, X. Bernard, « Les clés de la santé sécurité au travail, Principes et méthodes de management », AFNOR 2004 8. J. Cambon, « Vers une nouvelle méthodologie de mesure de la performance des systèmes de management de la santé et sécurité au travail ». Thèse de doctorat de l’école des mines de Paris, 2007, 300 p. 9. E. Drais, « L’usage des référentiels, résultats d’une étude nationale », INRSActualités en prévention, Marseille Juin 2005, paru dans hygiène et sécurité, Cahiers de notes documentaires, 3ème trimestre, 2005. 10. ILO-OSH 2001 : Principes directeurs concernant les systèmes de gestion de la sécurité et de la santé au travail, Bureau International du Travail-Genève, 2002, 44 p www.ilo.org/public/english/protection/index.htm 59

Le journal de la médecine du travail - N°21- Juin 2016


Les systèmes de management de la sante and sécurité au travail (SMSST) : enjeux, difficultés, pistes d’action. M. Favaro*, E. Drais**. *Laboratoire Ergonomie et Psychologie Appliquées à la Prévention ** Laboratoire Gestion et Organisation de la Santé-Sécurité au Travail, INRS, France.

1

SMSST : De quoi parle t’on ?.

Commençons par indiquer que les SMSST constituent un développement, une intensification de pratiques gestionnaires plus communes, appliquées aux questions de prévention en entreprise. Autrement dit, la nécessité de gérer le dossier de la prévention n’a pas attendu l’avènement des SMSST pour produire nombre de dispositifs, d’outils visant à divers titres et avec un succès variable à maîtriser l’exposition aux risques professionnels. Par conséquent, en quoi les SMSST se différencient-ils de pratiques gestionnaires plus générales de prévention ? Essentiellement par la mobilisation de trois éléments spécifiques de mise en œuvre : un principe d’amélioration continue, l’usage de référentiels et d’une approche normative, des procédures de certification.

1.1

Un principe continue.

d’amélioration

En France, un groupe de travail institutionnel (CNAMTS-CARSAT-INRS) 1 intitulé « Management et prévention » propose la définition suivante d’un SMSST : « dispositif de gestion combinant personnes, politiques et moyens et visant à améliorer en continu la performance d’une entreprise en matière de santé et de sécurité au 1. CNAM : Caisse Nationale d’Assurance Maladie ; CARSAT : Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail ; INRS : Institut National de Recherche et de Sécurité.

travail ». De cette formulation, il ressort pour notre propos la notion « d’amélioration en continu », popularisée par Deming (1986) et son fameux adage « plan-do-check-act ». A l’origine conçue pour des motifs de mise en place des politiques de « qualité totale », « l’amélioration continue » a ensuite été étendue aux politiques environnementales et plus récemment aux politiques de prévention. C’est d’ailleurs ici l’occasion de noter une filiation historiquement constituée entre ces trois domaines : communauté de principes, de méthodes, de finalités. Bien que l’idée d’amélioration continue contribue depuis longtemps à guider diverses pratiques de gestion des risques, on notera qu’avec les SMSST, cette notion apparaît systématiquement associée, bien entendu dans la documentation technique, mais aussi dans une littérature plus académique consacrée à ces questions 2 . Surtout, elle s’incarne en pratique dans des dispositifs qui en opérationalisent les principes, imposant notamment de réviser à intervalle régulier le niveau d’atteinte des résultats attendus (pratiques d’audits). De plus, ce même principe d’amélioration continue offre la possibilité de rediscuter la pertinence de tel ou tel outil, notamment à l’occasion des « revues de management ».

2. Par exemple Robson et alii (2007) : "OHSMSs, commonly understood, are distinguishable from traditional OHS programs by being more proactive, better internally integrated and by incorporating elements of evaluation and continuous improvement" (op. cit., p. 332, c’est nous qui soulignons).

60 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


1.2

L’usage de référentiels et de management de la prévention 7 . Surtout, un projet de norme ISO (ISO 45001) intitulée d’une approche normative.

Qualifier un dispositif de gestion des risques au travail de « Système de Management (de la Santé-Sécurité au Travail) » suppose aussi l’utilisation d’un « référentiel » 3 . En règle générale, un tel usage répond à un objectif de recherche de conformité, ceci en vue de satisfaire des exigences spécifiques ou des caractéristiques attendues d’un système. Selon les domaines d’applications et les besoins, quatre catégories de référentiels peuvent être distinguées : la réglementation, les normes, les spécifications techniques et les codes d’usage (d’après Couret et alii, 1995). De fait, concernant le management de la prévention, ces catégories s’appliquent comme dans d’autres domaines (qualité et environnement notamment). La réglementation, c’est à dire l’arsenal réglementaire relatif à la SST et en particulier pour l’Europe la Directive-Cadre (Directive 89/391 CEE, dans ses transpositions nationales) 4 peut être tenue comme « le référentiel de référence », ne serait-ce que par son caractère d’obligation légale. Toutefois, si un SMSST doit évidemment tenir compte de la réglementation SST, on ne saurait le réduire à la seule recherche de conformité réglementaire, au risque sinon d’indifférencier les intentions du Législateur et celles de l’entrepreneur 5 . En matière de normes, la situation est plus incertaine. En effet, à l’heure actuelle, il n’existe à proprement parler aucune "norme" en prévention des risques au travail 6 . Il n’en reste pas moins que la "normativité", c’est à dire la volonté de standardiser les pratiques, est centrale dans les démarches 3. Exemples de référentiels couramment utilisés par les entreprises : OHSAS 18001, ILO-OSH 2001, MASE, DT78. 4. Concernant la France, mentionnons l’obligation d’évaluer les risques professionnels (par décret en date du 5 novembre 2001) qui introduit une exigence spécifique, notamment en matière de hiérarchisation des expositions. 5. Intentions et motivations étant objet d’arènes politiques constantes entre pouvoirs publics et représentations professionnelles autour des enjeux réglementaires (cf. Renn, 1992). 6. Ainsi évoquer par exemple une "norme ISO 18000" ainsi que l’on peut le lire ou l’entendre est un abus de langage. Il s’agit en l’espèce d’un guide dépourvu de toute valeur normative officielle.

« Occupational health and safety management systems-Requirements with guidance for use » (Systèmes de Management de la santé et de la sécurité au travail-exigences et lignes directrices pour son utilisation) est actuellement en cours d’élaboration. Quant aux spécifications techniques et autres codes d’usage, ils correspondent à l’introduction et à la diffusion de référentiels SST (par exemple la BS 8800 ou l’OHSAS 18001 pour les plus connus) 8 . Notons que la plupart ne font qu’appliquer et adapter à la gestion de la prévention les processus caractéristiques des référentiels qualité et environnement, de diffusion antérieure (cf. les séries ISO 9000 et 14000 respectivement). Il pourra aussi s’agir de "référentiels" maison », développés à l’initiative interne de certaines entreprises. En pratique, on observera qu’en vue d’optimiser le bon déroulement d’un SMSST, tous les référentiels en circulation impliquent une série d’étapes à parcourir. Ces dernières peuvent être rassemblées dans les termes des pratiques gestionnaires suivantes : – Analyse/bilan initial : inventaire des risques et des compétences nécessaires ; – Politique/charte de prévention : engagement écrit de la direction ; – Mise en place d’une organisation : mobilisation de compétences, maîtrise de la documentation, information/consultation du personnel ; – Planification : évaluation des risques, veille réglementaire, établissement d’objectifs, élaboration du programme d’action ; – Mise en œuvre : réalisation des actions, traitement des situations d’urgence, vérification (le cas échéant) de l’application aux soustraitants, intérimaires, etc. ; – Contrôles et actions correctives : surveillance des indicateurs et tableaux de bord, examen des écarts, analyse des accidents et maladies professionnels, réalisation 7. En cela, la plupart des pays adoptent à leur initiative une variété de "standards" en prévention des risques professionnels. 8. OHSAS : Occupational Safety Assessment Series. Pour plus d’information sur les référentiels, leurs caractéristiques communes autant que leurs spécificités, cf. Zvetsloot (2000).

61 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


d’audits ; – Revue de direction : définition si besoin de nouveaux programmes d’actions ou de nouvelles politiques.

1.3

Des procédures de certification.

La certification est une « procédure par laquelle une tierce partie donne une assurance écrite qu’un produit, un processus ou un service est conforme aux exigences spécifiées » (ISO, 1996) 9 . Dans le domaine de la prévention des risques professionnels, on observe un fort développement de pratiques de certification de référentiels de SST (ceci bien qu’aucun référentiel ne soit normalisé et que tous ne soient pas estimés certifiables). Les motifs de ces évolutions sont divers. Cependant, ils nous semblent à l’heure actuelle largement résulter de la rencontre entre une demande de notoriété de la part des entreprises (ou d’exigences en provenance des donneurs d’ordre) et une recherche de débouchés commerciaux de la part des organismes certificateurs. Toutefois, au-delà de cette logique d’intérêts bien compris, à l’heure actuelle une incertitude demeure : quelle plus-value ces pratiques de certification apportent-elles en termes de maîtrise des expositions professionnelles ? L’interrogation se justifie notamment du fait que la méthodologie de certification consiste à établir « la conformité aux exigences ». Par conséquent, l’organisme certificateur reste libre d’évaluer « en chambre » la conformité à ses exigences propres du référentiel prévention de son client. Sur un plan de principes (sinon des pratiques réelles, très variables d’une situation à l’autre), il n’y a donc nul impératif d’établir une correspondance entre cette conformité aux exigences d’un référentiel donné avec le terrain de l’entreprise, a fortiori avec les situations concrètes de travail et les expositions associées.

9. Exemples d’organismes certificateurs : AFAQ (Agence Française pour l’Amélioration de la Qualité), BVQI (Bureau Veritas Quality International), DNV (Det Norsk Veritas), LRQA (Lloyd’s Register Quality Assurance), SGS (Système de Gestion de la Sécurité).

2

En vue d’apporter des éléments observationnels du fonctionnement des SMSST, autrement dit des informations de terrain et non plus seulement déclaratives, une étude intensive 10 de suivi de la mise œuvre concrète des SMSST a été conduite à l’INRS auprès de dix entreprises françaises, appartenant à divers secteurs d’activités (Drais, Favaro and Aubertin, 2008 ; Drais, Favaro, 2012). L’objectif était de renseigner les caractéristiques technico-organisationnelles d’implantation et d’usage de ces dispositifs, en vue de se prononcer quant à leur intérêt et limites, puis de formuler des recommandations. Nous rapportons ici un enseignement important de ce travail : le constat de la forte sensibilité du dispositif théorique SMSST aux diverses réalités contextuelles de sa mise en œuvre, par conséquent la nécessité pratique d’adaptation de l’outil au cas par cas 11 . Ces résultats sont résumés en trois catégories complémentaires d’observation : importance des facteurs contextuels, rôle attribué aux partenaires sociaux et aux acteurs de la santé au travail, écarts entre déclarations de principe et réalités observées.

2.1

Importance contextuels.

des

facteurs

L’étude montrait que bien que les SMSST soient des programmes de prévention formels reposant sur l’élaboration d’une politique, la mise en place d’un plan d’action, de procédures, d’indicateurs, de moyens de contrôle et d’évaluation, etc., ils apparaissent en pratique fortement conditionnés par une série de facteurs contextuels internes autant qu’externes et spécifiques à chaque entreprise. Cette variabilité est par exemple notable en ce qui concerne les individus ou entités les plus impliqués dans les implantations observées de SMSST : directions générales 10. Au sens où pour chaque entreprise participante, l’étude nécessitait notre présence sur une durée de 3 à 6 jours (consécutifs ou non). 11. D’autres résultats ont été produits, notamment une proposition de typologie de classement différentiel des entreprises selon une série de critères distinctifs (cf. Drais, Favaro and Aubertin, op. cit.).

62

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Mise en œuvre des SMSST : Un retour d’expérience INRS.


ici, services QSE là, coordinateurs SST ailleurs. De même a-t-on observé une diversité quant aux principales difficultés rencontrées : coûts de mise en œuvre hétérogènes, passage problématique d’une culture orale vers une culture écrite, mobilisation insuffisante de moyens humains, etc. A noter aussi des niveaux de participations très variables des personnels, ainsi que de fortes différences de qualité d’harmonisation des SMSST avec les démarches d’évaluation des risques professionnels (ERP).

2.2

Rôle attribué aux partenaires sociaux et aux acteurs de la santé au travail.

2.3

Écarts entre déclarations de principe et réalités observées.

De ces résultats, il ressort donc une lecture a priori nuancée de la valeur des SMSST pour la maîtrise globale du dossier des risques professionnels : engagement inégal des directions, participation des personnels et harmonisation méthodologique avec l’ERP non optimales, marginalisation des instances représentatives des personnels, sous-estimation des thèmes de santé au travail au profit de la sécurité. Sans préjuger d’une évolution favorable de la mise en application des SMSST, il n’en reste pas moins qu’au regard des discours dominants en la matière, un tel degré de variabilité observable dans leurs fonctionnements au quotidien interroge 13 . En effet, par contraste les positions exprimées par les divers supports promotionnels des SMSST (littérature commerciale d’entreprise, médias spécialisés, brochures d’information, documents de formation) véhiculent massivement une conception optimiste et universalisante de ces outils, censés être d’application simple et identique quels que soient les contextes d’entreprises (secteurs d’activités, technologies, tailles) ! Afin d’expliciter les motifs d’une telle diversité observable de la mise en œuvre d’un SMSST, il est utile d’effectuer un retour sur quelques motifs historiques ayant contribué à former les conceptions et pratiques de la gestion des risques professionnels, telles qu’elles s’expriment fortement dans ces dispositifs.

Pour nuancer ce constat de forte variabilité des formes d’usages des SMSST de notre échantillon, il convient de noter à l’inverse une remarquable similitude des données recueillies concernant, d’une part, le faible rôle attribué aux partenaires sociaux et autres instances représentatives des personnels, notamment les CHSCT 12 , d’autre part, la place bien modeste réservée aux compétences médicales. De fait, hormis quelques exceptions, on ne pouvait que faire le constat d’une certaine marginalisation de ces deux catégories d’acteurs dans les programmes SMSST. En somme, en matière d’implication des personnels, les SMSST apparaissent certes en mesure de susciter une certaine mobilisation (5 entreprises sur les 10) et d’une façon compréhensible, un surplus de légitimité, voire de professionnalisme pour les préventeurs en charge de mettre en œuvre ces programmes. Mais ces derniers 3 Les SMSST : Héritiers (ou leurs encadrements) prévoient-ils pour d’une culture Taylorienne. autant un rôle bien défini pour ces deux autres catégories importantes d’acteurs que sont les Si l’émergence des préoccupations relatives représentants du personnel et les personnels aux questions de prévention au travail date médicaux ? Nos observations et analyses (par de plusieurs siècles , leur consolidation régleentretiens individuels ou collectifs, examen de documents, assistance à réunions de travail) 13. Ce constat d’hétérogénéité entre discours et pramontraient qu’au-delà des intentions ou des tiques n’est pas de notre seul fait, la littérature scientifique adoptant dans l’ensemble une position comparable apparences, ce n’était guère le cas.

12. Les CHSCT (Comités d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail) sont des instantes représentatives, obligatoires en France à partir de 50 salariés pour toute entreprise ou établissement d’entreprise.

à la nôtre, en l’occurrence une posture de prudence quant à l’utilité des SMSST. Par exemple, au terme d’une métaanalyse de 4837 publications internationales faisant intervenir ces systèmes (recherche par mots-clefs sur des serveurs documentaires spécialisés), Robson et alii (op. cit.) concluent prudemment sur l’impossibilité scientifique de statuer en faveur ou non des SMSST

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mentaire s’est opérée, pour les premiers pays engagés dans ces transformations (Etats-Unis et divers pays européens, dont la France), essentiellement durant le dix-neuvième et surtout au début du vingtième siècle 14 . Ce même vingtième siècle est aussi celui de l’élaboration des premières grandes théories et pratiques dans le domaine de l’organisation du travail. Une telle contemporanéité n’est pas pour surprendre. En effet, l’évolution des activités réglementaristes et organisationnelles ne faisait que répondre, chacune dans leurs registres propres, aux nécessités techniques, sociales, politiques d’un développement industriel très rapide. Dans ce contexte, un des moments fondateur de l’émergence d’un paradigme proprement managérial (au sens nord-américain du « safety management ») de la prévention au travail aura été celui de la publication en 1931 à New-York de l’ouvrage de Heinrich, « Industrial Accident Prevention » (Heinrich et alii, 1979). Dans les milieux de la recherche en prévention, on retient surtout de cet auteur, qui jouissait d’une grande notoriété (il sera réédité à cinq reprises), d’avoir focalisé l’attention, d’une part, sur la sécurité (les accidents du travail) au détriment des questions de santé (les maladies professionnelles), d’autre part sur le « safe behavior » (comportements sûr) au détriment du « safe place » (situations de travail sûres). On tend cependant à délaisser le fait que c’est ce même Heinrich (op. cit.) qui le premier imposera une conception selon laquelle, si les causes d’accidents résultent d’actes dangereux, de négligences, d’erreurs et autres infiabilités des personnels exposés 15 , la prévention des 14. Pour la France et pour s’en convaincre s’il était besoin, on pourra consulter le petit fascicule édité par le musée du CNAM (CNAM, 1983) à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Villermé (promoteur de la physiologie du travail et donc de la « préhistoire » de l’ergonomie francophone). Hale et Hovden (1998) évoquent même une loi babylonienne qui, 2000 ans avant notre ère, prévoyait des sanctions contre les bâtisseurs d’édifices qui viendraient à s’écrouler sur leurs occupants 15. La version académique de ces conceptions étant la « proneness accident theory » (théorie de la prédisposition aux accidents) qui a dominé sans partage depuis sa première formulation (en 1919) jusqu’à l’après-guerre. Du moins pour la France où, sous l’influence des travaux CECA (Communauté Economique du Chrabon et de l’Acier) et du développement consécutif de l’ergonomie de la sécurité, le paradigme prédispositionnel s’affai-

accidents se doit cependant d’être de la stricte responsabilité du management. Ainsi seront présentés dans « Industrial Accident Prevention » divers principes, parmi lesquels on notera la nécessité pour ces mêmes niveaux de management de rédiger une politique de sécurité, de planifier, d’organiser, de contrôler et mettre en place des objectifs atteignables (« achievable goals ») ainsi que des procédures en vue de fixer les responsabilités (« fix accountability »). Mais bien que de telles conceptions aient contribué à imposer aux Etats-Unis, puis rapidement à l’international 16 , la nécessité de gérer le dossier de la prévention, il reste qu’elles se situaient dans une veine exclusivement taylorienne. De ce fait, les propositions de Heinrich (op. cit.) auront légitimé le développement de pratiques managériales de prévention d’orientation « top-down » (le management conçoit les programmes, le personnel les applique), « one best way » (une seule et unique façon prônée pour manager la prévention) et « everything under control » (la rationalité de l’action réglerait tous les problèmes). Légitimité en outre largement entretenue, si l’on observe qu’au cours des cinq éditions successives de cet ouvrage fondateur du management de la prévention, aucune conception post-taylorienne de l’organisation-conceptions qui pourtant s’imposaient progressivement dans le paysage intellectuel des « organization sciences » américaines-n’aura été exploitée 17 ! blira rapidement (pour plus d’information, cf. Leplat et Cuny, 1974 ; Favaro, 2005a). 16. En particulier au plan public via l’action de l’OIT (2001) et au plan commercial via la diffusion des méthodes de consulting de DuPont (cf. Frick and Vren, 2000). 17. Petersen, qui fut avec Roos co-auteur de la dernière édition (en 1989) de l’ouvrage de Heinrich (op. cit.), effectuera à la même époque mais à son initiative (cf. Petersen, 1989) de timides excursions dans l’univers de la contingence (Lawrence et Lorsch, 1989). L’auteur indiquait par exemple que différents types de production étaient susceptibles de produire différents types d’accidents (critique de la « théorie des dominos » de Heinrich). Ou encore que la recherche de proportions vraies partout entre accidents graves, moins graves et presque accidents n’était plus vraiment d’actualité (critique de la « pyramide » de Heinrich). Voire même que différentes entreprises pourraient envisager diverses solutions à leurs problèmes de politiques et de structures organisationnelles...

64 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Cette situation contribue à expliquer que, faute d’enrichir la compréhension des questions de prévention à l’aide de nouvelles lectures organisationnelles-relations sociales (Mayo, 1933 ; McGregor, 1960), rationalité limitée (Simon, 1945), incertitude (March and Olsen, 1976), contingence (Lawrence et Lorsch, 1989)le modèle managérial actuel de la prévention, largement héritier des travaux de Heinrich (op. cit.), puisse faire état de difficultés à apporter des réponses convaincantes à certains des grands défis actuels de la SST (en particulier TMS et risques psychosociaux). Une avancée ne serait-elle pas alors de repenser et resituer les démarches de contribution des personnels dans la mise en œuvre des programmes SMSST ? A l’évidence oui, et ceci d’autant que de très nombreuses analyses, observations ou interventions de terrain en surdémontrent depuis des décennies l’impératif 18 ! Toutefois, dans un paradigme de la prévention demeuré jusqu’à nos jours essentiellement taylorien, une telle avancée paraît bien compromise. Il y manque en particulier le recul épistémologique et l’outillage conceptuel qui permettraient de faire émerger et de poser sérieusement cette question de la participation des travailleurs à l’effort de prévention. Car, ainsi que le remarque Nielsen (2000), une des conséquences notables de la domination exclusive et prolongée d’un corpus théorique taylorien, aujourd’hui daté (pour ne pas dire obsolète), sur les premières formulations managériales de la prévention, aura été de diffuser l’idée que les travailleurs sont sources d’irrationalité et le management source de rationalité (Nielsen, op. cit. p. 100). Or, on ne peut que constater à quel point de telles conceptions de l’action de prévention, directement héritées de Heinrich (op. cit. 1931), lui-même héritier de Taylor (Taylor, 1914), continuent largement d’alimenter en ce vingt-et-unième siècle les discours, productions et représentations de l’action managériale en général et de la prévention des risques en particulier. De ce point de vue, les SMSST en in-

carnent le développement le plus manifeste. Ceci étant, la nécessité de gérer le dossier de la prévention des risques professionnels n’étant pas en soi contestable, il convient en conséquent de contribuer à accompagner le développement des SMSST de telle sorte qu’ils s’avèrent progressivement en capacité de s’amender de travers historiquement constitués. Ainsi peut-on former le souhait que les recommandations qui suivent puissent contribuer à cet effort d’amélioration de la mise en œuvre, du fonctionnement et donc de l’intérêt d’un SMSST pour la prévention des risques au travail.

4

Produire des recommandations est toujours un exercice périlleux, a fortiori lorsqu’elles entendent s’appliquer à un domaine véhiculant nombre d’idées reçues (ou vieillies) et faisant en outre l’objet d’enjeux commerciaux importants comme peut l’être celui du management de la SST. C’est pourquoi nous nous en tiendrons à quelques considérations qui, si elles peuvent paraître assez générales, n’en sont pas moins dérivées des observations de terrain effectuées, ainsi que de l’expertise des auteurs sur les questions de prévention des risques au travail. – La première des recommandations est de garder ses distances à l’égard de discours tendant à présenter les SMSST comme une sorte de nouvelle révolution copernicienne, appliquée au domaine de la prévention des risques professionnels. En effet, les SMSST n’ont rien inventé de fondamentalement original, si ce n’est une proposition de responsabilisation et de structuration de l’action de prévention, qui effectivement en a souvent besoin. En réalité, l’examen des divers documents de promotion des SMSST (compte rendus, plaquettes, brochures commerciales, articles de la presse professionnelle) surprend plutôt par la relative indigence conceptuelle des propos exprimés. Comme si antérieurement à l’émergence des SMSST, la prévention était une tabula rasa ! La fameuse « roue de Deming »

Ceci étant, l’auteur partagera toujours avec Heinrich la « méfiance taylorienne envers les travailleurs » (« both writers share a general mistrust in workers with Taylorism », Nielsen, 2000, p. 108). 18. Cf. Monteau (2010) pour un aperçu de synthèse.

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Mettre en œuvre un SMSST : Six recommandations.


(Deming, op. cit.), représentation métaphorique dominante et donc très fréquemment mentionnée de la gestion du changement dans les organisations, peut-elle sérieusement être tenue pour le principal, voire l’unique concept managérial applicable à la gestion de la prévention ? – Une deuxième recommandation, plus opérationnelle que la précédente, est de prévoir, dans la mise en œuvre d’un SMSST, une place pour l’analyse ergonomique du travail et des expositions qu’il induit. Les programmes observés de SMSST frappent en effet par l’absence quasi-totale de préoccupation de connaissance fine des activités de travail et des expositions associées, objet de l’ergonomie. Cette connaissance contribuerait pourtant de façon substantielle à correctement définir objectifs et moyens de les atteindre. Ainsi, le constat récurrent d’écarts marqués entre les représentations des risques des responsables en charge des programmes de prévention et celles des personnels exposés devrait suffire à convaincre de la nécessité d’analyses ergonomiques de poste, menées par des personnes correctement formées dans cette discipline. – La troisième recommandation porte sur les conditions à réunir d’une compétence affirmée en matière d’analyse des accidents et des risques. Trop souvent en effet, nous constatons le décalage entre, d’une part, les capacités d’un SMSST à développer des formalismes, parfois sophistiqués, de pilotage des actions et, d’autre part, nombre de faiblesses méthodologiques en matière d’analyse des événements indésirables, qu’ils soient réalisés (accidents, pathologies) ou non (établissement en qualité, fréquence et gravité de divers scénarios d’expositions). Doit-on rappeler que la maîtrise intellectuelle autant que méthodologique des mécanismes de formation des accidents et des pathologies liés au travail est la première des compétences à acquérir pour qui prétend faire de la prévention en entreprise ? – Une quatrième recommandation est d’être vigilant en termes de couverture des fac-

teurs de risques, par voie de conséquence en termes de niveaux d’actions des SMSST. En effet, ces programmes tendent à mettre préférentiellement l’accent sur les risques mécaniques à l’origine d’accidents du travail. Seront-ils dans ces conditions en capacité de répondre aux attentes d’une prévention confrontée de plus en plus massivement aux atteintes cumulatives à la santé ? Autrement dit aux risques de maladies liées au travail ainsi qu’aux risques psycho-sociaux : TMS, stress professionnel, harcèlement, épuisement au travail, violences organisationnelles (Favaro, 2014). En outre, les SMSST s’implantent essentiellement, pour ne pas dire exclusivement dans l’industrie. Qu’en est-il alors de leur applicabilité au secteur tertiaire, en forte croissance et lui aussi affecté par nombre d’atteintes à la santé et par un accroissement de la pénibilité au travail 19 ? Répondre à ces questions qui conditionnent l’utilité des SMSST, passe par une exigence de réflexion lucide des professionnels de la prévention sur leurs propres pratiques. – La cinquième recommandation revient à préconiser l’intégration optimale des différentes instances en charge de la prévention des risques dans l’entreprise. Nos observations ont montré la situation de mise à l’écart, du moins de sous-utilisation dans les programmes SMSST autant des instances représentatives des personnels que des compétences médicales ou paramédicales (plutôt que de participer aux processus de décision, elles apparaissent cantonnées à un rôle traditionnel d’experts, consultables uniquement en cas de besoin). A terme, la persistance d’une telle situation n’est guère tenable car elle conduit à amputer les SMSST de formes et de contenus d’actions de nature sociales et médicales, au profit des seules préoccupations organisationnelles et 19. Que serait par exemple demain un SMSST implanté dans un Centre d’Appels Téléphoniques, où les personnels sont moins exposés à des risques de chute, de coupure ou d’explosion qu’à des situations de stress provoquées par l’exigence d’un traitement « téléinformatique » en continu de recouvrement de crédits ou de gestion de contentieux (Grosjean, Van de Weerdt, 2003) ?

66

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techniques. – Une sixième et dernière recommandation concerne la conception et la mise en place de divers outils de gestion nécessaires au pilotage des actions dans le cadre de la mise en œuvre des SMSST. En effet, nous constatons que les entreprises qui implantent ces programmes rencontrent des difficultés dans l’élaboration, l’usage ou la compréhension des systèmes d’information dédiés à la prévention. Face à ce constat, il convient de promouvoir des méthodologies de conception participative d’indicateurs et de tableaux de bord de santé-sécurité au travail (Favaro, 2005b). Au risque sinon que les SMSST se limitent à l’usage d’indicateurs commercialisés « prêt à l’emploi », censés être d’application universelle mais qui, en pratique, nécessitent bien souvent des adaptations. En outre, toute démarche favorisant l’appropriation de méthodes de conception d’outils de gestion SST constitue un antidote efficace contre les tentations de pilotage excessivement « top down » des SMSST, autrement dit, contre les excès d’une prévention par trop taylorisée.

5

En conclusion : Est-il raisonnable de gérer la SST ?

Les SMSST sont encouragés internationalement comme moyens d’organiser la prévention au travail (via l’OIT notamment, cf. OIT, op. cit.). Ils sont développés pour être appliqués soit aux entreprises en général (par exemple avec les référentiels OHSAS 18001 du BSI, ILO-OSH 2001 du BIT), soit à un secteur donné ou à ses partenaires, ainsi avec les référentiels MASE (Manuel d’Amélioration Sécurité des Entreprises), VCA (Veiligheidscheccklist : Certification Sécurité Contractants), DT 78 (Union des Industries Chimiques), destinés essentiellement aux entreprises extérieures 20 . Dans tous les cas, l’application de ces systèmes s’étend, notamment dans leur mise en œuvre 20. Pour plus d’information sur les référentiels mentionnés, le lecteur pourra consulter le dossier suivant de l’INERIS : http://www.ineris.fr/centredoc/addenda_ juin_06.pdf (notamment les annexes techniques).

sous forme certifiée. Le projet de norme de management de la SST ISO (ISO 45001), en cours d’élaboration, participe bien entendu de cette doctrine gestionnaire, normée, standardisée et certifiable du dossier de la prévention des risques professionnels. Pourtant, un nombre croissant de professionnels et d’observateurs attentifs du monde du travail, notamment en France, alertent sur les effets délétères de nombre des pratiques gestionnaires à l’œuvre dans les entreprises. Or, quoi de plus « gestionnaire » dans son principe qu’un SMSST ? Toutefois, réitérons que malgré de telles critiques, souvent très sévères (Dejours, 2012), on ne voit guère comment le dossier de la prévention des risques pourrait se dispenser d’être géré, au même titre d’ailleurs que les autres fonctions de pilotage dans les entreprises (qualité, environnement, production, commercial, finance). En termes pratiques, la question posée revient alors, à partir du croisement entre les attendus de principes des SMSST et l’observation située de ces outils, à débattre des possibilités d’en tirer le meilleur parti. Ceci sans en dissimuler les travers, effectivement assez nombreux comme l’ont montré nos observations. En cela, les recommandations proposées ont été formulées en ayant présentes à l’esprit les fortes tensions qui s’observent entre lectures « managériales » et « cliniques » du travail, et en conséquence le débat qu’elles suscitent quant à l’intérêt des SMSST. Ainsi que nous avons tenté de le montrer, il est manifeste que la domination d’une conception et d’une pratique pour l’essentiel tayloriennes de l’action managériale dans le champ de la prévention des risques au travail contribue (entre autres motifs) à entretenir la critique. L’enjeu pour le management de la prévention, par conséquent pour les SMSST qui en représentent aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, une des figures imposées, nous paraît donc d’en reconnaître sans détours les insuffisances, mais tout autant les apports. Ceci afin d’examiner les possibilités permettant que ces programmes, devenus incontournables dans les représentations et/ou pratiques de prévention contemporaines, contribuent au mieux à l’effort de maîtrise des questions de 67

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SST - traditionnelles ou émergentes- auxquelles le monde du travail est confronté.

Safety Management. Amsterdam : Pergamon, pp. 17-42. 11. Grosjean V., Van De Weerdt C. (2003). Les modes de management dans un Call Center et leurs conséquences sur le bien-être des opérateurs, INRS, Notes Scientifiques et Techniques de l’INRS 234.

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Fondamentaux pour un Système de Management Santé au Travail. F. Ouail*, S. Chaabane**. *Association SH-Pertamina Ouargla ** École s3d, Alger, Algérie.

Cette évolution est donc une grande opportunité pour la médecine du travail pour Les dirigeants d’entreprises ont longtemps pu reprendre sa place au travers de ce nouveau considérer que l’application des prescriptions vecteur, santé au travail. particulières de la loi en matière de médecine Nous avons saisi l’opportunité pour apporter du travail pouvait être suffisante. Depuis une notre contribution par une réflexion s ur la dizaine d’années, les travailleurs et parallèle- construction des systèmes de management, ment les médecins du travail et les médecins sur le rôle, très important que peut jouer le d’entreprises expriment d’autres demandes voire médecin du travail et le médecin d’entreprise d’autres exigences. La satisfaction de ces de- et également sur la place qui leur revient dans mandes passe par une interprétation plus large les services et départements HSE dans les et plus globale du concept santé au travail. L’in- entreprises. terprétation doit s’effectuer dans un contexte et une culture proactive qui appelle non seulement Avant d’aborder le sujet des systèmes de mal’application des règles mais surtout la décision nagement il est utile de fixer quelques repères et le management. de l’histoire du sujet tant du point de vue des L’objectif est de montrer l’intérêt de revenir concepts que du point des actions et moyens. aux fondamentaux pour construire un système Nous présenterons l’évolution des concepts assode management santé au travail plutôt que ciés à la santé au travail et nous traiterons des de se laisser entraîner dans une démarche exigences managériales pouvant conduire à des d’implémentation de simples procédures venant systèmes de management. Nous évoquerons les alourdir un complexe de procédures déjà en fondamentaux d’un management pour éviter la place. confrontation du système santé au travail avec Mots clés : Système, Santé au Travail, Milieu les systèmes existants qui peuvent être certifiés de travail, Prévention, Management, Culture du type ISO, OHSAS ou ILO OSH. En effet, la prolifération des systèmes de management dans un même organisme est telle qu’il y a risque de rajouter encore un autre système alors que les 1 Introduction. systèmes existants n’ont pas toujours produit les En faisant appel aux communications sur effets escomptés, même si chacun des systèmes le thème des systèmes de management santé a pu conduire à la certification visée [1]. au travail, les organisateurs de cette rencontre retiennent l’importance et l’utilité des systèmes 1.1 Des concepts : de management pour la santé au travail. Ce qui n’a pas été fait dans le cadre de la médecine du C’est certainement la notion d’hygiène qui travail peut sûrement être envisagé dans cette est intervenue la première dans les entreprises grande évolution vers la santé au travail. « hygiène et sécurité ». Pendant longtemps

Résumé

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l’hygiène était exclusivement concernée par la conservation de la santé. Aujourd’hui la médecine moderne lui ajoute un objectif plus ambitieux, celui de l’amélioration de la santé. Le mot est associé à l’idée d’action et signifie « l’ensemble des mesures et des pratiques relatifs à la conservation de la santé » [2]. La santé nécessite l’existence d’une situation positivement satisfaisante ; c’est-à-dire l’état de non-maladie n’équivaut pas à l’état de santé. L’hygiène y contribue pour beaucoup mais pas totalement. La santé suppose l’absence de menace prévisible et un certain bien-être physique [3]. Sur le plan moral, la notion de santé au travail et ensuite celle de Santé-Sécurité au travail relèvent de celle de développement humain en réaction à la notion de développement économique. Le développement humain considère que le bien-être des humains ne se résume pas à l’économie et aux revenus. Cette notion est dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ( art. 22 et suivants). Elle a été reprise dans la définition de l’OIT/OMS et sous-tend l’obligation de sécurité du chef d’entreprise dans tous les textes législatifs de tous les pays ; en Algérie c’est la loi du 26 janvier 1988.

1.2

Des actions.

atteinte à la culture de l’entreprise. En effet, partis pour être des méthodologies de recherche de la performance globale de l’entreprise et d’amélioration de sa culture, les systèmes de management aux divers référentiels sont devenus un véritable produit de marché. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a conduit les États et les organisations des travailleurs à ne pas laisser passer le sujet de la Santé-Sécurité au niveau d’une norme ISO. En effet par l’approche certification, le sujet est pensé en externe (certification par la satisfaction des exigences d’audit) et non en interne (culture de recherche de performance). Aussi, nous assistons à des pratiques trop souvent sectorisées, conduisant à du gaspillage d’énergie, à des accroissements de coût et finalement à une efficacité relative.

2

De la Médecine du Travail à la Santé au Travail.

Pour discuter cette évolution de médecine du Travail vers Santé au Travail, nous utiliserons comme source les textes de l’OIT/OMS (Convention C155) avec une lecture au travers du modèle de la science du danger [5]. Le statut des textes de ces deux instances se distingue de celui des normes de type ISO par le fait qu’ils émanent d’instances tripartite (EtatEmployeurs-Salariés) reconnues de longue date. Ces textes sont ratifiés par presque l’ensemble des pays dont l’Algérie. A ce propos, la définition et le concept de système qu’ils proposent sont inscrits dans la définition de santé au travail adopté par le comité mixte OIT/OMS de 1995, que nous rappelons ici pour prendre la mesure de l’étendue du concept santé au travail et voir également la notion de management et de système de management basés sur la culture et poussés jusqu’à la qualité de l’entreprise.

C’est certainement le rapport Robens depuis 1972, qui a introduit la dynamique et a conduit à l’adoption de normes de management que nous connaissons aujourd’hui sous divers référentiels (OHSAS, ILO OSH, Mase, ISO etc.). Le rapport a en outre, introduit un concept plus fondamental : l’application à la SST (Santé-Sécurité au Travail) d’une démarche fondée sur l’élaboration d’une politique. Enfin et surtout, le rapport a recommandé l’abandon des réglementations spécifiques au profit d’un statut cadre applicable à toutes les 2.1 Définition (Première partie). industries [4]. Ceci s’est affirmé plus tard par l’obligation de résultat au lieu de l’obligation « L’objectif de la santé au travail est de : des moyens. – promouvoir et maintenir le plus haut degré Sur le plan des normes, la mise en œuvre de bien être physique, mental et social des des processus de certification porte un peu travailleurs dans toutes les professions ; 71

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– prévenir tout dommage causé à la santé de ceux-ci par les conditions de leur travail ; – les protéger dans leur emploi contre les risques résultant de la présence d’agents préjudiciables à leur santé ; – placer et maintenir le travailleur dans un emploi convenant à ses aptitudes physiologiques et psychologiques ; – en somme adapter le travail à l’homme et chaque homme à sa tâche.

2.2

Définition (Deuxème partie).

Les activités en matière de santé au travail comportent essentiellement trois volets :

2.3

Où en sommes nous par rapport à cette définition ?

Le modèle ci-après est une adaptation du modèle de référence générique de la science du danger, il nous permet de visualiser les activités de médecine du travail et également celles du médecin d’entreprise.

1. le maintien et la promotion de la santé des travailleurs et de leur aptitude au travail, 2. l’amélioration des conditions et du milieu du travail pour assurer la sécurité et la santé au travail 3. l’adoption de systèmes d’organisation du travail et de cultures d’entreprises susceptibles de contribuer à la sécurité et à la santé au travail et de promouvoir un climat social positif et le bon fonctionnement de l’entreprise. Dans le présent contexte, l’expression culture d’entreprise désigne les systèmes de valeurs adoptés par une entreprise donnée. En pratique, elle se reflète dans les méthodes de gestion, dans la politique appliquée en matière de personnel, de participation, de formation et dans la gestion de la qualité de l’entreprise.

Figure 1 – Modèle de Référence Science du Danger (Adapté) , Dos Santos et al 1995.

Dans cette définition on voit bien l’étendue du concept santé au travail dans la première partie et on voit également la notion de management et de système de management poussée jusqu’à la culture et la qualité dans et par l’entreprise. C’est sur cette notion santé au travail, très complète, que reposent l’obligation de sécurité du chef d’entreprise et l’obligation du salarié de travailler en sécurité.

72

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Par rapport à ce modèle, la première partie de la définition de la santé au travail (OIT/OMS) se situerait plutôt dans la partie (source du danger, conditions et circonstances).

vers santé au travail étant acquis ; il reste que cette évolution n’est pas simple. Ce n’est pas un simple changement d’expression comme ce fût le cas dans le passage de gestion à management [6]. La responsabilité de la santé au travail relève Dès les premiers textes sur la médecine du des chefs d’entreprise et/ou des employeurs qui travail, cette première partie de la définition ont l’obligation légale d’offrir des conditions de Santé au Travail a été plutôt confiée à l a méde- travail saines à leurs salariés. La mise en œuvre cine du travail accompagnée par une obligation de la prévention sur le terrain se pose en termes plus complexes. du tiers temps ou actions sur le milieu du Nous citerons trois aspects : travail. Les lois dans tous les pays, sous l’influence de l’OIT, ont inscrit les actions sur le milieu de travail au premier rang des – Si les causes des maladies déterminent le activités des médecins du travail. plus souvent les actions, il y a cependant celles qui sont issues du corps du malade et celles qui proviennent du dehors. Le concept Cependant dans beaucoup de pays dont de santé au travail veut aller très loin dans l’Algérie, la médecine du travail se retrouve à cette deuxième catégorie tout en distinla fois dans le code du travail et dans le code guant celles qui sont réellement liées aux la sécurité sociale ; elle est même dominée par conditions de travail pour rester dans l’oblile second. Ainsi l’action de la médecine du gation évoquée plus haut. travail est dominée par la visite médicale et le – La santé a des liens évidents avec la santé diagnostic pour revenir enfin vers la nature du publique. Ainsi, on se trouve soumis à danger et sa source. C’est dire que les activités deux régimes juridiques, comme évoqué du médecin sont dans la partie droite du modèle plus haut, couvrant la vie professionnelle et à savoir les effets et les impacts. la vie citoyenne de l’individu. Un effort de clarification est nécessaire mais avec beaucoup de résistances. Les employeurs ont tenL’évolution de la médecine du travail vers dance à gonfler le rôle des facteurs externes la santé au travail est une opportunité. Elle et les organisations syndicales et l’Etat à permettra le recentrage sur l’action en milieu gonfler plutôt le facteur conditions de trade travail tant attendu. Elle impose la distincvail. Le médecin du travail est au centre de tion entre médecin du travail et médecin des ces enjeux. travailleurs. – Les premières lois sur ce sujet attendaient Aussi, la réussite de cette évolution suppose, de la santé qu’elle apporte de la force de entre autres, un renforcement des relations production pour les entreprises. Aujourdes services de médecine du travail avec les d’hui, on demande aux entreprise de proentreprises. Elle permettra de réorienter l’acduire de la santé, du bien-être et de la quation sur ce qu’elle devrait être, une action de lité de vie [7]. prévision et de prévention comme inscrites dans la définition plus haut. Cette mission du médecin s’accentue davanCela suppose également un dispositif législatif tage, car les enjeux de la santé au travail ne de capacité supérieure qui permet l’intégration sont pas tout à fait les mêmes que ceux des et pas simplement l’addition. Même si les risques professionnels. Il y a comme toujours, législateurs continuent à opérer par secteurs et l’indemnisation, l’assurance, la sécurité sociale par thème, l’obligation de résultat exige des mais il y aura aussi les phénomènes non indementreprises d’opérer par des approches globales. nisés comme le stress, les risques psychosociaux Les travaux de ces journées vont démontrer et comme la pénibilité, l’exclusion, la désinserexpliciter ces exigences. tion sociale.(voir programmes NEBOSH chez s3d.Ecole pour certains exemples) [8]. Le principe de mutation médecine du travail 73

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3

Vers un système de management santé au travail.

pas être confinée dans un fichier d’ordinateur. Cette ressource doit évoluer dans l’énergie que fournit la santé au travail de l’entreprise pour reprendre la réflexion de Dab évoquée plus haut.

Comme pour la première partie, il y a lieu de revenir aux fondamentaux. Aussi, l’entreprise doit être envisagée dans sa globalité économique, Définir le mot système peut paraître anodin ; sociale c’est-à-dire dans sa double composante seulement c’est de la définition qu’on lui donne employeur-salarié ou encore capital-travail. que dépend la rigueur qu’ont met pour son exploitation. Dans ce contexte, la traduction de l’obligation Il s’agit d’un ensemble d’éléments matériels, de résultat évoqué plus haut peut se traduire logiciels et humains en interactions, organisés par l’engagement suivant : Nous exploitons pour remplir une mission dans des conditions et des systèmes que nous devons maîtriser par un environnement donné. La connaissance des des systèmes afin d ’assurer l eur s écurité, la éléments est une condition pour la connaissance santé et la sécurité de l’homme, la protection de l’ensemble. La notion de système exprime les de l’environnement et la confiance d e l a so- multiples articulations entre cinq concepts clés : ciété. Les deux types systèmes sont conçus, Structure, Activité, Finalité, Environnement et construits, exploités et pilotés par des Évolution. "Hommes Responsables". Le médecin intervient dans la conception (Etudes et Ergonomie) et – La structure qui repose sur le triptyque revient encore dans le pilotage. (THO : Technique, Humain et OrganisaLes premiers systèmes sont les systèmes d’extion) ploitation (entrepise etc.) et les deuxièmes sont – le système fait une activité, il fait de la prédes systèmes de management pour la maîtrise vention au travers de la précaution et de la des premiers. Ils sont donc aussi importants prévision. que les premiers. Ces derniers systèmes sont – le système a une finalité, c’est la santé de entièrement entre les mains des ressources l’homme, la santé des ressources humaines humaines. de l’entreprise et la santé de l’entreprise ellemême. La deuxième partie de la définition santé au – le système est toujours dans un environtravail (OIT/OMS) présentée au début de ce nement (opérationnel immédiat et/ou lointexte trouve sa traduction dans le modèle que tain). C’est aussi la culture qui l’alimente. nous discutons brièvement ci-après. Nous n’al– le système évolue sinon il meurt, c’est l’amélons pas insister sur l’intervention du médecin lioration continue. et son importance à chacune des étapes de la construction tant il est clair que le système est C’est ainsi qu’un système de management SSE, construit autour des ressources humaines et c’est d’abord une construction, c’est ensuite une avec les ressources humaines. mise en place (les procédures) et c’est enfin un entretien (le suivi et le pilotage). Le médecin La présentation va interpeller le rôle du dans l’entreprise participe pour beaucoup dans médecin du travail dans le cadre de cette impor- la construction de ce système de pilotage, tante opportunité que représente l’évolution du c’est-à-dire ce système de management. concept médecine du travail vers santé au travail Nous choisissons la notion de construction par et que nous considérons comme une opportunité comparaison à celle de mise en place, pour pour l’entreprise elle-même. C’est l’opportunité ses qualités : concrète et durable. La notion de s’adresser aux ressources humaines de l’en- de construction renvoie à deux autres notions treprise par une approche fondamentale réelle fondamentales : le terrain et les fondations. dans le cadre du management des ressources Les éléments ci-après sont présentés dans une lohumaines par opposition à gestion du personnel. gique de construction pour signifier les étapes et L’homme est une ressource et non pas un ma- comment chaque élément conditionne le suivant. tricule. L’homme est une ressource qui ne doit 74

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décisionnelle et la maîtrise opérationnelle. Les efforts sont nécessaires pour passer d’une approche réactive et gestionnaire vers une approche pro-active et managériale.

4.3

Figure 2 – Éléments fondamentaux pour tout système de maîtrise des pertes.

4 4.1

Les fondements de la construction du système Culture.

Il s’agit d’envisager la culture comme « Produit des valeurs, des attitudes et des compétences des individus et des groupes qui détermine l’engagement. ainsi que le style et le professionnalisme qui les accompagnent » [9]. Dans ce contexte, Les valeurs sont l’ensemble des règles de conduite et des lois jugées conformes à un idéal et auxquelles on se réfère. La compétence ne va pas se limiter aux qualifications ; elle va chercher le savoir faire, c’est à dire l’expérience et également le savoir être, c’est à dire l’attitude vis à vis des fondements du sujet et de ses valeurs. Dans ces deux aspects, le rôle du médecin est déterminant dans la mesure où c’est non seulement une personne compétente (HAKIM), mais aussi c’est la personne qui jouit de la confiance de tout le monde dans l’entreprise. Nous mesurons combien sa contribution peut être utile aux développement de la culture.

Management et/ou Gestion.

Loin du phénomène de mode et du débat sur les définitions, il s’agit d’un appel à un autre raisonnement. Il nous paraît judicieux de libérer la notion de management de celle de gestion pour deux raisons principales : – Encourager l’affirmation du concept de management dans les sites et les organisations annoncera concrètement le changement avec pour effet de secouer la culture et les comportements. – Libérer le développement des approches que le management propose à savoir : système, ressources, audit, revue de direction etc. L’effort de changement doit s’inscrire dans une culture qui va refonder la médecine du travail, l’organisation et son management ; le mot refonder étant employé dans son sens strict c’est à dire faire référence aux valeurs.

5

Conclusion.

Les détails peuvent être évoqués dans un autre contexte [8 Op.Cit], A ce stade nous concluons sur la nécessité de saisir l’opportunité de l’évolution de la médecine du travail vers santé au travail pour faire accompagner par des valeurs telles que la culture, la responsabilité, la compétence, le leadership, l’équipe etc. dans une approche managériale, c’est-à-dire pro-active occupant les principes de précaution, prévision et prévention plus que la réaction. Bibliographie :

4.2

Responsabilité.

1. Ganier D, 2002 Dixième réunion plénière du Comité Technique ISO /TEC 207 Johannesburg 10 au 16 juin.

La responsabilité, c’est surtout la raison, c’est à dire la conscience, la capacité de comprendre, d’analyser et de choisir et donc de décider [10]. Ainsi la responsabilité associée à la compétence sont au service de la maîtrise du système. Un système de management exige trois niveaux de maîtrise : la maîtrise stratégique, la maîtrise

2. Selon la définition détaillée adoptée par le Comité mixte OIT/OMS de la santé au travail, lors de sa première session (1950), et révisée à sa douzième session (1995). Voir : www.ilo.org/safework. 75

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3. Dictionnaire Grand Robert 4. Robens, Safety and health at work, rapport du comité, 1970-1972 (Londres, 1972). 5. Dos Santos J. Lesbats M. Périlhon P (1995) : Contribution à l’élaboration d’une science du danger, Département HSE, Université de Bordeaux 1 6. Chaabane S. ; Bakiri M. (2010) : De la gestion vers le Management : le mutation est nécessaire pour assurer l’amélioration continue, 8 ème Journées Scientifiques et Technique Sonatrach, Algerie. 7. Dab W. (2014) : Quelques pistes de réflexion, Dossier Santé au Travail, Preventique N° 135, mai-juin [8]. Nebosh Certificate in the Management of health and wellbeing at work, a course run by s3d.Ecole HSE, Hussein Dey Algeria : www. S3dEcole. 8. Définition given by the Health and Safety Commission , UK (1993). 9. Seillan H, et Chaabane S, 2000, Le système de Management Santé-SécuritéEnvironnement de l’Office Chérifien des Phosphates Maroc, Préventique Sécurité N° 51, Mai-Juin 2000

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Charge de travail chez le personnel de l’office national d’assainissement de Tlemcen. L. Benrezkallah, A. Taleb. Service de médecine du travail Centre hospitalo-universitaire de Tlemcen, Laboratoire de recherche Toximed, Faculté de médecine, Université, Tlemcen, Algérie.

1

Introduction.

socioprofessionnelles d’une unité. Ce dernier incite l’entreprise à s’engager pour une analyse de L’office national d’assainissement (ONA) créé la situation par approche ergonomique. Celle-ci par décret no 01-102 du 21 avril 2001 est une à été accepté et réalisée sur une durée de 12 mois. EPIC 1 exerçant son activité sous la tutelle du ministère des ressources en eau. Sa principale Contexte et Objectif. mission est de préserver l’environnement hy- 2 drique en concertation avec les collectivités loLe médecin du travail, conscient de la situacales (APW, APC, Daira) 2 et la direction de tion et des variabilités incontournables pouvant l’hydraulique (DRE). affecter les différents déterminants (humains, En effet, l’ONA est composée d’une direction gétechniques et organisationnels) de toute situanérale centrale (Alger) et de zones régionales. tion de travail et du fait que l’activité réelle n’est Chacune regroupe plusieurs unités locales dont jamais aussi rationnelle que le travail prescrit celle de Tlemcen. Celle ci est composée d’Une ( fiche de poste),incite l’ONA à engager une unité administrative, de centres d’exploitation intervention ergonomique en vue de des réseaux d’assainissement ou système d’assaidiagnostiquer la situation et d’apporter nissement (SR) et de trois stations d’épuration d’éventuelles transformations tout en des eaux usées ou STEP 3 dotée chacune d’un garantissant à la fois l’efficacité de l’entreprise laboratoire. et la santé et la sécurité des travailleurs. Une L’ONA adhère à la certification ISO 14001 et géanalyse du contexte a été entamée. néralise le système management environnemental dans un objectif d’optimiser l’hygiène (Lutte 3 Méthodologie. contre les MTH), la sécurité et l’environnement. Devant cet engagement et sa principale mission Après analyse de la demande et choix de la (l’entretien du réseau d’assainissement), l’ONA situation à analyser (activité des agents est confrontée à une demande récurrente de d’exploitation), nous avons procédé par : changement de poste. En vue de limiter ces demandes, L’ONA remet 3.1 Une analyse des documents en question la décision d’aptitude à la visite médicale d’embauche et envoie au médecin du trafournis par le service du personnel, le responvail les fiches de poste des différentes catégories sable hygiène et sécurité au travail. Il s’agit de : 1. EPIC : Entreprise à Caractère Industriel et commercial 2. APC : Assemblé populaire communale. APW : Assemblé populaire de wilaya 3. STEP : Station dépuration des eaux usées.

– Le décret de création de l’ONA : forme juridique, objectifs, but et relations; – L’organigramme de l’entreprise ; 77

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– Listing du personnel, âge et répartition par surface ou la contamination de l’eau potable en service, par catégories socioprofessionnelle, souterrain. le type de contrat et son évolution par rapport à l’ancienneté. 4 Organisation – Les fiches de poste.

3.2

4.1

L’entretien

avec les responsables des services sus cités et la directrice de l’unité afin d’expliciter les données fournies.

3.3

Le personnel d’exploitation se réparti comme suit :

Observation

– Un chef de centre chargé de : - la planification des interventions sur la base de réclamations transmises (directement, téléphone) par les citoyens. Les réclamations peuvent provenir aussi des autorités locales et de l’hydraulique. - Formulation des besoins en termes de moyens techniques et humains. - Compte rendu des interventions sur la base des constats qu’il fait lui-même ou ceux que lui rapportent les chefs d’équipes.

globale de l’activité et des conditions de travail de l’activité d’exploitation, aussi bien au niveau de la station d’épuration des eaux usées qu’au niveau du réseau d’assainissement. Les explicitations fournies par les personnels d’exploitation confrontées avec celles recueillies à travers les documents et les services administratifs ont permis de valider notre compréhension sur le fonctionnement de l’ONA à Tlemcen.

3.4

Consultation d’archives :

photographies d’interventions, réunion de la Commission MTH .

3.5

PV

4

– Un agent administratif : chargé de l’enregistrement des réclamations et de la tenue du registre.

de

– Un coordinateur exploitation prévu par l’organigramme mais n’existant pas à l’unité de Tlemcen. Le chef de centre assure cette mission. – Les chefs de secteurs eux aussi n’existant pas à l’unité de Tlemcen, les chefs d’équipes assurent leurs mission. – Les chefs d’équipes : au nombre de quatre (04) dont un chef d’équipe hydromécanique. Les autres chefs assurent en même temps le rôle de chef de secteur et celui de chef d’équipe. Ils organisent et gèrent les interventions en concertation avec le chef de centre et gèrent leurs équipes quotidiennement, ils apportent de l’aide aux agents d’exploitation. – Les agents d’exploitation : au nombre de (25) répartis sur quatre secteurs dont le nombre varie en fonction du périmètre du réseau et du volume de travail. Les agents de chaque secteur sont répartis en équipes de deux. Les agents d’exploitation sont chargés des travaux (curage, levée d’obs-

Exploitation des données médicales

recensées par le service de médecine du travail permettant d’évaluer l’état de santé du personnel, notamment celui de l’exploitation.

3.6

Analyse des données épidémiologiques

sur les maladies à transmission hydrique (MTH) 5 depuis 2005, date d’inauguration de l’ONA à Tlemcen, fournies par le service d’épidémiologie du centre hospitalo-universitaire de Tlemcen. La demande de changement de poste provient, essentiellement, des agents d’exploitation du système réseau (SR) dont l’activité consiste en l’entretien et le contrôle du réseau d’assainissement en vue de préserver sa continuité et éviter le débordement des eaux usées en 4. PV : procès verbal 5. MTH : Maladie à transmission hydrique

78

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Effectifs et répartition des agents d’exploitation d’assainissement :


tacle, remise en état et réhabilitation du ré- protection individuels(EPI) 6. Après détection de seau et des ouvrages) permettant la conti- l’accès, les agents balisent les frontières de nuité du réseau. l’ouvrage et portent leurs EPI (masque, gants, bottes, cuissard). A l’aide d’une pioche ou d’une barre à mine, selon le poids, le ou les agents ouvrent le regard en relevant le tampon ou la 4.2 Protocole de l’intervention. dalette. L’intervention est différée jusqu’à échappement des gaz toxiques. Le détecteur à Les interventions des équipes du réseau sont gaz est utilisé quand l’ouvrage est profond et/ou de type préventif et curatif. Ces dernières se sa conception n’est pas maitrisée. L’agent font souvent en urgence. Les premières se font d’exploitation habitué aux odeurs des gaz selon un programme hebdomadaire établi en connait le moment approprié de l’intervention concertation avec le service d’hygiène de l’APC même en l’absence de détecteur. et la direction de l’hydraulique. Les interven- Malgré le balisage, les interventions dans des tions de réhabilitation de réseau dépassant les endroits populaires posent un problème de 100 mètres sont pris en charge par la direction sécurité pour le public, particulièrement pour de l’hydraulique, cependant celles de 30 à 100 les enfants. Les interruptions sont fréquentes. mètres sont réalisées par l’APC. L’agent pénètre dans l’ouvrage (regard, réLe Programme est établi par le coordinateur ceptacle, conduites) à l’aide d’une échelle avec exploitation en collaboration avec les chefs ou sans harnais de sécurité, au delà d’une de centres lesquels reçoivent des réclamations profondeur de 1,50 mètre avec l’assistance de provenant en grande partie des citoyens. La deux collègues et du chef d’équipe. L’agent à concertation avec l’APC et l’Hydraulique est de l’intérieur, cure à l’aide d’une louche les boues règle dans le cadre de réunions. L’autorisation cémentées puis recherche l’obstacle. Quand le d’intervention est fournie par l’APC. regard n’est pas profond le curage se fait en Les chefs d’équipes mobilisent les agents surface. A l’aide d’une pèle, on enlève tous les d’exploitation et exécutent ce programme. Le déchets apparent puis on introduit le tréfilé en procédé est identique quel que soit le type l’enfonçant jusqu’à la butée contre d’intervention ; préventive ou curative. l’obstacle. De là la distance de celui-ci est Un obstacle (déchets ménagers, sable, pièces déterminé et son siège est situé d’où le réfractaires en béton, cumul de déchets sur une diagnostic du débordement. L’équipe se buse branchée dans la conduite, ) sur le réseau concerte sur le moyen à utiliser pour le lever. est reconnu par le débordement des eaux usées, Il peut s’agir de : le retour de celle-ci dans les ménages ou bien - un moyen manuel type tréfilé de 6mm de par l’infiltration d’une conduite d’eau potable diamètre et de 12 mètres de longueur. il est par les eaux usées. manipulé par un ou deux agents selon la proPour y accéder, les agents recherchent l’accès fondeur de l’ouvrage. Il existe deux procédures ; (regard), quand ce dernier n’est pas apparent quand l’ouvrage est profond (>1,50 m), un (couvert par du bitume ou inondé) en s’aidant agent introduit le tréfilé dans la conduite en du plan du réseau. Devant l’absence de plans, adoptant une posture penché en avant à 90° les on utilise la caméra de prospection. On fait membres inférieurs écartés de part et d’autre appel au coordinateur exploitation de de l’ouverture de l’ouvrage. Le deuxième agent zone . Toutefois la sensibilité de celle-ci à distance du premier tient le restant du tréfilé (limitée à 50 centimètres d’épaisseur) et sa enroulé et le fait avancer en le déroulant selon disponibilité, incitent les agents à recourir aux les consignes de son collègue par des mouvemoyens les plus simples et à leur expérience du ments conjugués et répétés d’antépulsion des SR. deux épaules et prono-supination des La présence du responsable hygiène et sécurité poignets . Quand l’obstacle correspond à des du travail (HST) est obligatoire pendant les déchets réfractaires par destruction de la conduite, ils interventions à risque. Il veille sur la sécurité curent uniquement à l’aide d'une louche », des agents par le contrôle de la concentration des gaz toxiques et le port des moyens de 6. EPI : Equipements de protection individuels 79 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


puis rétablissent l’ouvrage. - Un moyen mécanique ou camion hydro cureur quand les moyens manuels sont insuffisants et /ou inefficaces. Lors des interventions curatives programmées et dont le diagnostic est déjà posé, les agents ne sont pas soumis à la contrainte de temps à l’opposé lors des interventions d’urgence ils sont soumis à des contraintes multiples en termes de moyens techniques et humains qui ne sont pas toujours disponibles et la durée d’intervention est plus longue. Après évacuation de l’obstacle, l’agent d’exploitation remonte en surface et la relève est prise par ses collègues, lesquelles retireront les boues à l’aide d’une louche trouée permettant d’égoutter ces dernières et les déposer directement dans des sachets. Quand l’eau ne stagne plus et le courant devient continu on confirme l’absence d’obstacle, l’équipe décide de refermer l’ouvrage. Après désinfection du périmètre balisé et de tout endroit ayant été contaminé par les boues et les eaux usées, le tampon ou la dalette est remis en place ainsi que les morceaux de bitume. Ces objets sont déplacés par les agents manuellement en les soulevant à une ou à deux personnes, selon le poids. Les agents adoptent souvent des postures permettant de maintenir l’équilibre mobilisant ainsi le tronc et les articulations des membres inférieurs et de déplacer un objet en adoptant différentes positions tout en mobilisant les membres supérieurs dans des positions variées et répétées. Les agents veillent sur la remise à niveau du périmètre de l’ouvrage pour éviter l’éboulement et l’engrenage des personnes et des véhicules. Parfois, on laisse sur place le balisage jusqu’ à ce que le relais soit pris par le personnel de l’APC. Par la suite, les agents évacuent manuellement les sachets de boues dans le camion à une hauteur de plus de un (01) mètre et en parcourant une distance de quelques mètres. Aucune goutte d’eau ne doit couler du camion, afin de ne pas contaminer le trajet parcouru par le camion et le risque d’être renvoyé par le centre d’enfouissement de Tlemcen (CET). En fin de chantier, un agent d’exploitation désinfecte les lieux par épandage de la chaux. Les autres agents rangent le matériel qu’ils remettent

dans le camion, pour rejoindre un autre point d’intervention, en dehors de l’heure de pause. Le nombre d’interventions quotidiennes est variable selon leur nature préventive ou curative mais surtout de la nature du problème à résoudre. Quand il s’agit du curatif, une intervention peut durer toute la journée. Il est fixé à trois par jour et par équipe au maximum. Les interventions préventives sont réalisées au passage car elles sont rapides et demandent moins d’efforts.

4.3

lors des interventions curatives, le plus souvent urgentes, les agents d’exploitation interviennent dans les conditions suivantes : - Climat variable ; en hiver sous la pluie et le froid et en été sous l’effet de la chaleur. - Dans des espaces étroits et/ou profonds, de sol glissant et encombrés de déchets. - Des postures contraignantes et maintenues. - Des efforts lourds et des gestes répétés et durables dans le temps. - L’hygiène atmosphérique polluée par des gaz toxiques et des odeurs nauséabondes. - Les EPI sont d’efficacité insuffisante (masque chirurgicale) et gênants (lunettes). - Des interruptions fréquentes et intervention dans des endroits publics (enfants) source d’insécurité. - La relation avec les citoyens est source de malaises vécus par les agents (oppositions et comportements agressifs), à l’ opposé, d’une minorité généreuse et coopérative. - Le manque de coordination entre les différents organismes concernés comme prévu par le décret de création de l’ONA. Ceci surcharge les personnels d’exploitation. Ces organismes doivent mettre à la disposition de l’ONA, les archives du réseau d’assainissement et prendre en charge les points noirs (points nécessitant la réhabilitation) déclarés par celle-ci. Les données sanitaires et socio-économique, montre que les agents dont 25% sont des contractuels présentent des troubles musculosquelettiques (hernie discale, tendinite épaule et poignet, inflammation genou) et infectieux à répétition. Par ailleurs, tous les produits (eaux purifiées, engrais, réseau particulier) et services (réhabilitation de réseau) de l’ONA sont gratuits 80

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Les conditions d’intervention :


malgré son caractère commercial. Le centre d’assainissement de l’unité ONA de Tlemcen complétant l’activité de la STEP fonctionne actuellement avec 43 personne (statistiques 2012- 2013) au centre d’exploitation dont 25 agents d’exploitation. Ces agents posent un problème de demande récurrente de changement de poste pour l’entreprise. Celle-ci s’expliquerait probablement par

durée des contrats). En vue d’établir un diagnostic et valider ces hypothèses, des observations systématiques portant sur les interventions curatives sont faites selon le protocole ci-dessous en se référant à la définition ci-après. Le terme de charge de travail représente généralement la quantité de travail physique et intellectuelle qu’un travailleur peut accomplir sans mettre en danger sa santé et sa sécurité, ainsi que celle des autres, tout en demeurant efficaces [2, 3]. Le modèle ergonomique ou modèle de l’analyse de l’activité place la charge de travail au cœur de l’activité réelle de travail. Celle-ci se construit progressivement et est le lieu d’actualisation des contraintes (prescriptions) et des ressources dans une situation donnée, d’où son caractère dynamique. La charge de travail se construit progressivement selon les actions et les compromis individuels et collectifs possibles, en fonction des situations rencontrées, produisant ainsi des effets sur les individus et sur le travail [4]. Toutefois la charge de travail n’est probablement pas seulement une question de quantité, mais aussi une question de conditions dans lesquelles se fait le travail. Elle doit être abordée dans sa globalité c’est-àdire par l’analyse qui prend en considération l’activité comme le résultat d’une combinaison de facteurs dans la situation de travail entrainant un coût physiologique et psychologique pour l’individu [2, 5, 6].

la charge de travail qui semble déterminée par :

1. Les efforts physiques lourds en rapport avec des postures pénibles (maintien d’une force) sur des plans d’appui insécuritaire en termes d’équilibre. à ces postures s’associent des gestes répétitifs et des efforts musculaires importants (force requise par un geste, outils utilisés) Ces postures sont définies comme position forcée des articulations, source d’inconfort lorsqu’elles sont maintenues dans des angulations importantes (positions à genoux, accroupi, tronc en torsion, les bras au dessus de l’horizontale.)[1]. Trois types de facteurs interviennent généralement en combinaison et peuvent rendre ces postures nocives. Le maintien (en particulier dans un environnement de travail inadapté). Les efforts musculaires produits. Les appuis prolongés sur des articulations (telles que celles du poignet, du coude ou surtout celles des genoux). Elles sont souvent associées à d’autres facteurs tels que la répétition (rythme de travail), le travail en ambiance froide, l’utilisation d’outils, machines et/ou engins vibrants, le port et la manutention de charges) [1] Ces efforts sont exercés dans des conditions techniques, et organisationnelles insuffisantes et climatiques défavorables. 2. La charge cognitive déployée par les agents devant l’absence d’archives et de procédure préétablie ainsi que de moyens technologiques de diagnostic. 3. La charge psychique ou subjective vécue par les agents face à des prescripteurs externes (citoyens et autorités locales), aux risques biologique et chimique, à la gestion de leur carrière (insécurité de l’emploi, inégalité de droits entre contractuels et permanent, l’ambigüité des critères de permanisation et

5 5.1 5.1.1

Protocole du diagnostic. Méthodes.

A travers les observations globales et les entretiens avec les opérateurs et chefs d’équipes, il a été conclu que les interventions curatives, sont les situations non nominales. Celles-ci ne sont pas programmées et de diagnostic souvent méconnu et par conséquents les moyens techniques et humains à mobiliser ne peuvent êtres déterminés au préalable. Celles ci ont constitué l’objet des observations systématiques. 81

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Diagnostic


Observation directe. des agents d’exploitations en interventions curatives afin d’identifier les déterminants de leurs charges de travail physique, cognitifs et subjectifs. Les différentes stratégies utilisées pour composer avec les différentes situations rencontrées ont été repérées. Ceci permet de mettre en lumière les caractéristiques de l’activité pouvant influer sur la qualité de vie des agents et par conséquent, leur rapport au travail dans ce service. Ces observations ont été répétées jusqu’à ce qu’elles n’apportaient plus de nouveaux éléments. Toutes les interventions ont été filmées afin de pouvoir interroger les agents sur les différents modes opératoires et stratégies de régulation. Des groupes d’entretien ont été organisés pour compléter les observations et obtenir :

prenant l’allure d’une urgence. Cela implique d’intervenir sous l’effet de la contrainte temps sans oublier le programme du curage préventif. L’analyse de l’activité des agents d’exploitation lors des interventions curatives à permis d’expliquer la demande récurrente de changement de poste par les variables suivantes :

5.3

– Postures adoptées qualifiés pénibles du fait des positions articulaires extrêmes, de leur durée et de leur force de maintien. Les articulations les plus sollicitées sont celle du dos, (rachis lombaire et cervicale), celles des membres supérieurs et celles des membres inférieurs. Ces postures sont imposées par les espaces où on intervient (en sous sol, étroits, profonds, insuffisamment éclairés, glissants, sans support d’appui ou support accidenté). – Les forces déployées pour creuser, tirer, pousser ou soulever une charge lourde (tampon, gosse pierre, seau et sacs de déchets) en utilisant ou pas des outils manuels euxmêmes lourds. La force pour guider le flexible de l’hydro cureur, le placer et le maintenir (contre une forte pression d’eau) dans le regard ainsi que la posture adoptée sont aussi contraignants. – La répétition des gestes variant de 2 à 3 par seconde et l’alternance avec d’autres gestes toujours répétitifs mobilisant une même articulation dans une autre position. Il s’agit des articulations des membres supérieurs. – Ces mouvements associés à des efforts de maintien de positions statiques du dos et des membres inférieurs sur un sol glissant, terrain accidenté, bords de regards abimés, en se déplaçant sur une voie irrégulière ou en trainant un obstacle lourd (buse de gros calibre). La durée de maintien est variable de 10 à 20 minutes selon qu’il s’agisse respectivement d’un nouvel ou ancien agent. – Des efforts de manutention de charges lourdes (anciens tampon en fonte ou en béton dont le poids varie de 70 à 100 kg voire plus telle que dalette en béton renforcée,

1. Les explicitations des stratégies mise en œuvre par les agents pour atteindre les objectifs qui leur sont assignés repérées lors des observations et sur des photos archivées par le HST. 2. Les éléments cognitifs utilisés. 3. La perception de leur activité. Après synthèse des données recueillies, une séance de validation du diagnostic a été organisée avec les agents d’exploitation, les chefs d’équipe, les ingénieurs d’exploitation et le responsable HST. Les interventions ont été filmées afin de pouvoir repérer et quantifier les déterminants de la charge physique de travail des opérateurs et de les interroger sur les différents modes opératoires et stratégies de régulation.

5.2

Résultats.

Au total 18 heures 45 minutes ont été consacrées à l’observation de sept (07) situations d’intervention sur le système réseau (SR). L’objectif assigné aux agents d’exploitation de l’ONA et de lever tout obstacle sur le réseau d’assainissement public et d’assurer sa continuité dans le but de lutter contre les MTH et préserver l’environnement. Les interventions curatives sont quotidiennes et consistent à répondre à une réclamation 82 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

La charge physique que subissent les agents d’exploitation relevant de :


buse, ..), de chargement des sacs de déchets et boues récupérées après toute intervention, dans le camion à une hauteur de 1.20 à 1.40 m et dont le poids varie de 5 à 15 Kg par sac. Le nombre de sac est aussi variable selon le volume des déchets récupérés. Il varie d’un minimum de 3 sachets et atteint un maximum de 15 à 20 sachets par intervention. Cette charge doit être multipliée par le nombre d’interventions quotidien. En effet, une à trois interventions curatives sont programmées quotidiennement en plus du programme préventif que les agents réalisent au fur et à mesure, à leur passage. Cette charge est influencée par :

recours aux informations qu’ils perçoivent en situation réelle grâce aux outils simples qu’ils utilisent (longueur du tréfilé introduite dans l’ouvrage, la sensation de la percussion du tréfilé à la main, la couleur de l’extrémité du tréfilé au retrait et les objets qui s’y fixent) et à leurs sens perceptifs tactile, visuel et auditif (bruit de contact du bitume avec la massette indiquant l’implantation du regard, le bruit des eaux à l’intérieur de la conduite et le dégagement de bulles gazeuses indiquant la nature de l’obstacle et l’évolution de l’obstacle) développés avec le temps à travers des situations caractéristiques. Ceci distingue les agents, en termes d’expérience. Toutefois le travail en équipe et la coordination étroite entre les agents d’une même équipe et ceux des différentes équipes entre elles quant à la mémorisation de ces informations et à leur cristallisation dans de nouvelles rencontres (interventions), entretiennent leur opérationnalité et par conséquent le développement de leurs compétences [7]. – Vécu d'insécurité pour soi et malaises perçus par les agents : -Face aux citoyens quant à leurs oppositions (travail empêché) et leurs prescriptions dépassant le cadre de ce qui est assigné aux agents d’exploitation. -Par rapport au risque toxique et infectieux, particulièrement lors des interventions dans des milieux clos et confinés (vides sanitaires, hôpitaux). Les moyens de protection individuels semblent d’efficacité insuffisante. A titre d’exemple, en portant le masque chirurgical, on ressent toujours les odeurs dégagées par les déchets et les lunettes protectrices gênent la visibilité par cumul de vapeurs. -Lors des interventions sur des ouvrages implantés sur la voie de circulation des véhicules sans accompagnement par des agents de l’ordre et de la sécurité public. La déviation de la voie n’est pas toujours possibilité. Les interventions dans des endroits fréquentés par les enfants (quartiers populaires et/ou près des établissements scolaires) posent également un problème de sécurité pour les agents et pour autrui. Ces situations sollicitent par excès, la vigilance

– l’ambiance climatique (froid en hiver, – chaleur en été) et odeurs désagréable. – mais surtout les défauts de conception du réseau en relation étroite avec l’aménagement de la ville de Tlemcen, la multiplication des branchements secondaires par rapport aux voies principales restant sous dimensionnée et source de points noirs. – la multiplication des constructions illicites retentissant sur le réseau d’assainissement public officiel. – le manque de moyens matériels (véhicules en nombre insuffisant et pannes fréquentes, un seul hydro cureur pour toute l’unité) et d’outils de travail dont la disponibilité dépend de celle des véhicules (servant lieu de stockage du matériel, équipement, détergents et citerne d’eau) ainsi que le manque de conducteurs de camion hydrocureur qualifiés.

5.4

Lors des interventions curatives, les agents d’exploitation de l’ONA se trouvent souvent confrontés à :

– L’absence de procédure pré-établie et de moyens de prospection facilitant le diagnostic. – Le manque ou l’absence d’archives par défaut de coordination entre les différents intervenants sur le réseau depuis sa conception jusqu’à sa mise en service et sa gestion (Hydraulique, DUC, service technique de l’APC). Les équipes d’exploitation ont 83

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


des agents et génèrent des interruptions répétés allongeant ainsi, la durée d’intervention, et retentissant. – L’insécurité de l’emploi du fait de la différence de la durée des périodes d’essai en terme les promotions de 2010 et celle de 2012. Cette différence est expliquée par le service du personnel, la différence entre deux directives nationales distinctes sur l’emploi. Par ailleurs, l’inégalité des droits sociaux entre contractuels et permanents et l’ambigüité des critères d’évaluation inquiète aussi les agents d’exploitation et retenti sur leur efficacité.

6

de l’environnement pour sensibiliser les citoyens sur la gestion des déchets. - Compte tenu de la charge de travail, et de la longueur de la période d’essai, proposer et faciliter la titularisation des anciens agents d’exploitation. - Dans le cadre de l’évaluation des agents, tenir compte de la charge de travail en quantité et en qualité sachant que la promotion en dépend fortement. - Ajuster le programme quotidien en fonction de la charge réelle requise par chaque intervention. Humaines : 3. - Encourager la pratique sportive -Informer et sensibiliser aux risques et à l’intérêt des moyens de prévention.

Préconisations.

Compte tenu des éléments du diagnostic et des éléments du débat lors de la dernière séance de restitution avec les agents d’exploitation en présence de la maitrise et des cadres d’exploitation des pistes solutions ont été dressées et se résument comme suit :

Bibliographie : 1. Smia, s.a.t., Aide à l’évaluation de la pénibilité , document pour l’employeur. 2013. 2. Cazabat.Barthe.Cascino.SELF.06., Approche exploratoire du stress perçu et de la chargede travail dans le secteur hospitalier.

1. Techniques : agir sur la charge de travail des agents d’exploitation par : - Dotation de l’unité en caméra de prospection compte tenu de l’absence de plans du réseau et /ou de leur non-conformité - Dotation en véhicules et camion hydrocureur avec flexible suspendu à la citerne. - Compte tenu des potentialités que possède le centre d’exploitation de l’unité (technicien et ingénieur en hydraulique), dresser les plans réels du réseau en puisant des savoirs acquis des agents d’exploitation. - Adaptation de la tenue de travail (blouse mixte, coton et imperméable, masque de qualité supérieure type FPP2, lunettes ou écran visage respectant la visibilité). - Un système de soulèvement des tampons en béton renforcé (lève-tampon, lèveplaque).

3. Fournier, P.-S., et al., Étude exploratoire des facteurs de la charge de travail, ayant un impact sur la santé et la sécurité, Étude de cas dans le secteur des services. irsst, 2010. 4. Guerin F., L.A., Daniellou F., Duraffourg J., Kerguelen A., Comprendre le travail pour le transformer, la pratique de l’ergonomie, 2007. 5. Rousseau, T., travail et changement, mieux évaluer la charge . Edition ANACT, 307,2006. 6. Georges Toulouse, L.S.-A., Denis Duhalde, Julie Lévesque, and A.D.e.A.-S. Comtois diagnostic-ergonomiquele cas des-centres d’appels d’urgence 9-1-1.PISTES, 15-22013. 7. Cloutier E., Fournier P-S., Ledoux É., Gagnon I., Beauvais A., Vincent-Genod C., La transmission des savoirs de métier et de prudence par les travailleurs expérimentés, Comment soutenir cette approche dynamique de formation dans les milieux de travail, Etudes et recherches, rapport R740, irsst 2012, ISSN : 0820-8395.

2. Organisationnelle : - Transmettre les difficultés rencontrées par les agents de l’ONA aux instances locales concernées (DRE, APC, environnement) afin d’en tenir compte à la conception. - Saisir aussi les associations chargées 84 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Évaluation de l’astreinte cardiaque chez les pompiers. M.A. Djazouli, M. Zegagh, CB. Tebboune. Service de Médecine du Travail CHU-Oran, Laboratoire de recherche Santé Environnement, Université d’Oran, Algérie. Janvier, 24, 2014

1

Introduction.

Dans la protection civile, la prédisposition des pompiers au stress est omniprésente du fait de la spécificité de l’organisation du travail notamment , l’existence de plusieurs intervenants dans leur mission, obligés de travailler en équipe afin d’accomplir convenablement ladite mission, l’imprévisibilité , l’obligation d’assurer la permanence 24 heures sur 24,en plus de la confrontation avec la souffrance et la mort et ce qu’elles posent comme difficultés de réponses psychologiques chez les pompiers. A cet effet, nous avons mené cette étude auprès des pompiers dans le but de faire une évaluation objective de l’astreinte cardiaque par l’enregistrement cardiofréquencemetrique chez cette population.

2

Objectifs.

Table 1 – Caractéristiques générales des sujets Évaluer les indices de l’astreinte cardiaque explorés. par l’enregistrement continu de la fréquence car4 Résultats, Discussion diaque durant le travail chez les pompiers.

3

Matériel et méthodes

C’est une étude descriptive de type transversale des facteurs générateurs de stress professionnel et de la pénibilité au travail qui peuvent être associés comme facteurs de risque cardiovasculaires chez les pompiers lors de la prise de poste de travail.

Notre étude a porté sur un échantillon de 12 pompiers de sexe masculin avec une moyenne d’âge 36.72 ± 7.2 ans, une moyenne d’ancienneté au poste de 8.75 ± 7.7 ans et un indice de masse corporelle moyen de 25.8 ± 2.9 Kg/m2. Selon l’analyse des données statistiques de l’enregistrement cardiofréquencemetrique chez les pompiers, on trouve que la moyenne du coût cardiaque absolu CCA (bpm) est de 24.9 ± 13.3, avec un coût cardiaque relatif moyen CCR(%) de 18.5 ± 11.5. Le travail observé lors des interventions entraîne des augmentations de la fréquence cardiaque avec un indice δF C de 53.8 ± 13.9 bpm, dont le coût cardiaque relatif percentile 99ème (CCR 99) est égal à 33.59 %

85

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


ce qui correspond à une appréciation de pénibilité professionnelle de crête. Les sujets qui ne sont pas anciens au poste d’agent d’intervention (moins de 5ans), enregistrent une FCMt, un CCA et un CCR plus élevés par rapport à leurs collègues anciens dans le métier. Ainsi que, la moyenne de FCMt, CCA, CCR, et l’indice dFC sont proportionnels par rapport à la situation de job-strain et de l’iso-strain en plus de la combinaison de la charge de travail physique et des conditions d’ambiance thermique qui ne permettent pas au travailleur d’évacuer adéquatement la chaleur produite par son corps durant le travail.

5

Conclusion.

Notre étude a permis de préciser, par le biais d'instruments validés à l’échelle internationale, la variation des astreintes physiologiques de l’activité cardiaque chez les pompiers. Du fait que les facteurs institutionnels, organisationnels, les fortes contraintes physiologiques et les manifestations psychosomatiques du stress chez les pompiers risquent d’altérer leur santé par l’apparition de pathologies diverses telles que les troubles psychosomatiques et les maladies cardiovasculaires en absence de moyens de prévention adaptés. Bibliographie : Linda Rosenstock. and Jorn Olsen Firefigh1. ting and Death from Cardiovascular Causes England College of Occupational and Environmental Medicine, 2010. Susan Berg, How Contributor Fire Fighter 2. Diseases, Health condition and treatments medical conditions, 2013.

Figure 1 – L’enregistrement continu de la fréquence cardiaque chez un pompier.

Christopher Naum Respiratory diseases and 3. the fire service, Archives for occupationalhealth-of-firefighters, 2010. Philippe MEUNIER Cardiofréquenceme4. trie : Bases pratiques d’interprétation et classification des tracés. Société de Santé au Travail de LYON, 2009. Denise L Smith and Stefanos N Kales Ex5. treme sacrifice : sudden cardiac death in the US Fire Service. Extreme Physiology and Medicine 2013. Kåre Karlsson, Patrik Niemelä and Anders 6. Jonsson Heart Rate as a Marker of Stress in Ambulance Personnel : A Pilot Study of the Body’s Response to the Ambulance Alarm , Prehospital and Disaster Médecine , 2010.

Figure 2 – La fréquence cumulée de la Fc lors de l’intervention de la protection civile.

Mandigout S et col L’appel d’urgence noc7. turne chez les pompiers conséquences sur la régulation autonome du myocarde Science and Sports, Elsevier Masson, 2012.

86

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Obstacles à l’introduction de stratégies participatives à l’amélioration des conditions de travail dans le secteur des soins. W. Benhassine*, S. Ahmani*, R. Boussaha*, A. Sahraoui* ; W.Bouhidel*, AM.Nezzal**. *Service de médecine du travail CHU Batna, **Service de médecine du travail, Laboratoire de recherche santé environnement CHU Ibn Sina Annaba, Algérie.

Résumé L’intervention sur les situations et les postes de travail est, de nos jours, supportée par des recommandations scientifiques solidement établies par l’ergonomie. Cependant, il n’est pas rare que les concepts de l’ergonomie s’opposent totalement aux préférences des salariés. Ces derniers sont les premiers concernés par toute intervention sur les conditions et la sécurité de leur travail. Cette situation conflictuelle a p ermis à certains auteurs de proposer une intervention participative associant les salariés à l’amélioration de leurs propres conditions de travail. L’introduction d’une stratégie de concertation dans nos entreprises aurait elle le succès escompté c’est à dire acceptation par l’employeur, contribution de la hiérarchie et participation active et effective des salariés. L’objectif de ce travail est d’identifier les obstacles à l’application d’une in-tervention participative pour l’amélioration des conditions de travail et situer le niveau auquel la stratégie s’interrompe. L’intervention porte sur l’amélioration des conditions de travail des soignants au niveau des blocs opératoires. La stratégie SOBANE est proposée aux responsables de 14 services de chirurgie du secteur privé et public. Le guide DEPARIS check-list spécial secteur des soins de santé a été utilisé pour identifier les contraintes les plus appréhendées par les salariés. Les résultats sont surprenants : après identification des obstacles entravant le déroulement de la stratégie SOBANE, la comparaison avec la liste des obstacles et réticences (132

points) établie par J.Malchaire (l’auteur de la méthode) révèle l’existence de différences profondes dans la nature même des préoccupations des salariés. Conclusion : les efforts de sensibilisation doivent viser la prise de conscience de l’importance de la contribution à la politique préventive de l’entreprise. Mots clés : stratégie SOBANE, méthode Déparis, prévention participative, secteur des soins, risques hospitaliers. The intervention on the situations and the workstation is supported , nowadays, by scientific recommendations solidly established by the ergonomics. However, it is not rare that the concepts of the ergonomics oppose totally the preferences of the employees. These ones are the first ones concerned by any intervention on the conditions and the security of their work. This situation of conflict allowed certain authors to propose a participative intervention associating the employees with the improvement of their own working conditions. The introduction of a dialogue strategy in our companies would it have the expected success : that is acceptance by the employer, the contribution of the hierarchy and the active and effective participation of employees. The objective of this work is to identify the obstacles to the implementation of a participative intervention to improve the working conditions and to place the level in which the strategy breaks off. The intervention concerns the improvement of the working conditions of the nursing operating blocks. The strategy SOBANE is suggested to the persons in charge of

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14 departments of surgery in private and public sector. The guide DEPARI, a special check list for sector of health care was used to identify the constraints the most dreaded by the employees. The results are surprising : after identification of the obstacles hindering the progress of the strategy SOBANE, the comparison with the list of the obstacles and reluctances ( 132 points) established by J.Malchaire (the author of the method) reveals the existence of deep differences in the nature of the concerns of the employees. Conclusion : the sensitization efforts have to aim to raise awareness of the importance to contribute at the preventive policy of the company. Key-words : SOBANE strategy, Déparis method, participative prevention, care sector, hospital risk.

probablement de la plus délicate des 4 étapes, puisqu’elle a connu des réticences quant à son application dans diverses entreprises. Malchaire lui-même en a relevé 132 principaux points de discorde relevés par les employeurs, les salariés ou encore les conseillers de prévention. L’entreprise algérienne ne se trouve pas dans l’obligation d’évaluer les risques aux quels sont exposés leurs salariés. Certes, il leur est imposé de leur assurer la santé et la sécurité mais sans qu’il soit mis à leur disposition des outils d’une quelconque évaluation. L’opportunité même de la présence sur terrain de conseillers de prévention, d’ergonomes ou de tout autre partenaire de la prévention n’est pas envisageable. Les seuls recours reste le médecin du travail et dans certains cas l’ingénieur en hygiène et sécurité si ce dernier n’est pas détourné vers des missions autres que la sienne. C’est dans ce contexte 1 Introduction, probléma- organisationnel que nous désirons vérifier le taux de succès d’une approche participative tique. des risques professionnels, en l’occurrence la méthode Déparis (Dépistage participatif des L’intervention sur les situations et les postes risques), auprès de salariés et employeurs du de travail est, de nos jours, supportée par secteur des soins dans la ville de Batna. des recommandations scientifiques solidement établies par l’ergonomie. Ainsi, Il est pratiquement difficile de pouvoir intervenir sur une situation de travail sans avoir recours aux 2 But et objectifs. normes ergonomiques. On est arrivé au point de dresser des grilles qui exigent des compétences En introduisant une méthode participative au physiologiques des candidats à des postes qui dépistage des risques, nous espérions d’abord fane sont pas aussi exigeants. Par ailleurs, dans le miliariser les employeurs à une approche simple, but d’être en conformité avec les accréditations fiable et peu onéreuse qui est l’avis propre de "normalisantes", les employeurs ont recours à leurs salariés et surtout incriminer ces dernier des métrologies d’ambiance régulières, souvent dans la politique préventive de leur entreprises. très onéreuses, ne pouvant être supportées par Notre objectif principal est d’établir une liste des les finances des petites et moyennes entreprises. contraintes rencontrées au cours des réunions Plus surprenant encore, est de constater qu’il Déparis et la comparer à celle établie par n’est pas rare que les concepts de l’ergono- J.Malchaire pour en relever les particularités du mie s’opposent totalement aux préférences terrain. Les suites et résultats obtenus par l’apdes salariés. Cette situation conflictuelle a proche SOBANE menée au cours de cette expépermis à certains auteurs de proposer une rience feront l’objet d’une publication ultérieure. intervention participative associant les salariés à l’amélioration de leurs propres conditions de travail. Après tout, ces derniers sont les 3 Matériel et méthodes. premiers concernés par toute intervention sur leurs conditions et leur sécurité au travail. La Les chefs de cliniques (secteur privé) et de stratégie SOBANE (Screening - Observation - services chirurgicaux (établissements publics), Analyse - Expertise) s’inscrit dans ce principe. au nombre de 14, ont été sollicités pour l’inSon auteur, J.Malchaire la veut à son premier troduction de la stratégie SOBANE comme stade une approche participative. Il s’agit méthode participative pour l’évaluation des 88

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


risques liés aux conditions de travail de leurs personnels affectés aux blocs opératoires. Une lettre introductive à cette action ainsi qu’une entrevue avec les responsables permettent une meilleure explication de la méthode. Une visite des lieux de travail permet à notre observateur une meilleure connaissance des lieux et conditions de travail. Dans un second temps a lieu une réunion avec l’employeur ou bien son représentant et les six salariés délégués par chacune des catégories professionnelles exerçant au niveau du bloc opératoire à savoir : un chirurgien, un réanimateur, un infirmier ou instrumentiste, un auxiliaire d’anesthésie et un agent d’hygiène. L’ensemble des participants doit renseigner la check-list du Déparis spéciale "soins" avec ses 18 items. La mission des participants est de hiérarchiser les risques aux quels ils doivent proposer des solutions au cours d’une seconde réunion.

4

Résultats.

Sur les 14 chefs de bloc opératoires contactés 11 ont répondu favorablement à notre requête. Cinq (5) sur 6 du secteur public et les 8 cliniques du secteur privé. De ces dernières nous avons choisi cinq. La seule structure qui a refusé notre projet est une maternité publique dont le Directeur et le Médecin chef de service nous ont formulés tous les deux, violement, leur refus catégorique de toute concertation autour des conditions de travail. Leur unique allégation est la crainte d’être jugés sur des conditions dont ils n’ont pas total contrôle.

4.1 4.1.1

Lors de l’introduction de la stratégie. La compréhension de la stratégie :

– Notre lettre introductive de la stratégie SOBANE n’a été lue que par deux personnes, un Directeur médical d’une clinique et un médecin chef d’unité opératoire (secteur public). Pour quelques destinataires, elle était trop longue (66 lignes), pour la majorité le manque de temps en est la cause.

– Les employeurs ou leur représentants sont surpris de l’existence de cette stratégie, s’en félicitent de la voir introduite dans leurs établissements mais n’en voient pas l’utilité. – La longueur du guide et ses détails les déçoivent également. – Ils ne posent pas de questions : quand utiliser ce guide. 4.1.2

La question du chiffre est unanime : ils demandent tous des normes pour savoir si on doit procéder à des corrections parce que les avis divergent et la subjectivité empêche une vision réelle de la situation de travail. 4.1.3

Les aspects réglementaires :

analyse des risques, besoin de quantification, inspection du travail. Dans le secteur privé la réglementation dispose de quelques textes qui veillent à la sécurité et au confort du patient mais aucune référence n’est faite aux conditions de travail des soignants. 4.1.4

L’utilisation dans l’entreprise d’autres méthodes d’analyse des risques :

comme nous l’avons déjà signalé, aucune méthode n’est utilisé pour le dépistage des risques en milieu des soins. 4.1.5

L’aspect participatif :

Explicitement il n’y a aucune crainte de l’aspect participatif de la méthode de dépistage et tout le monde est invité à exprimer ses préoccupations. Mais la censure vient des travailleurs eux même qui craignent les représailles ultérieures. Les revendications sont très individualisées et rapportées à la nature même du poste : lorsque le chirurgien se plaint de la chaleur émise par les scialytiques, les autres participants se taisent comme si la contrainte ne concerne que lui alors que la différence de températures entre la zone 1 et la zone 4 de la salle opératoire n’est que de quelques dixièmes de degrés. Aussi bien dans le secteur privé que dans le public, la difficulté était de trouver des représentants des travailleurs. Ceux-ci ont été désignés 89

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

La quantification.


par leurs chefs. L’aspect hiérarchique est repris scrupuleusement dans les réunions : Le médecin a tendance à parler au nom de tous, il interprète leurs idées par ses propres mots et quand l’agent d’hygiène ou l’instrumentiste le conteste, il leur réexplique l’objet de la réunion en suggérant leur incompréhension par la vulgarisation du thème. Dans une clinique privée la préposée à l’hygiène a refusé catégoriquement de s’assoir autour d’une table avec son patron. Dans certaines structures privées, le personnel ne se sentait pas concerné par l’événement pour la simple raison qu’ils y exercent un travail au noir ou bien se considèrent en situation provisoire. Un auxiliaire d’anesthésie qui travaille pendant les jours de repos dans une clinique privée nous assure que cette méthode ne peut aboutir que dans les établissements publics à cause du turn-over important du personnel du privé. Enfin, les directeurs médicaux de plusieurs cliniques doutent de la capacité de leur personnel à participer à l’élaboration d’un programme de prévention du fait que la majorité n’a pas une formation dans le domaine de la santé.

4.1.6

4.1.8

Les réticences des conseillers de prévention internes et externes :

néant 4.1.9

Les réticences des syndicats :

les syndicats ne s’associent pas à l’évaluation des risques dans le secteur de la santé. 4.1.10

Les réticences des travailleurs :

les travailleurs contribueront à l’identification des risques, proposeraient des solutions mais savent que les décisions reviennent inexorablement à la direction pour qui l’argument financier prime sur le sécuritaire. 4.1.11

L’adaptation du guide Déparis aux particularités de l’entreprise :

le contenu du guide Déparis ne semble pas beaucoup importuner les soignants ; cependant, la mission de l’adapter à la structure serait confiée volontiers au médecin du travail. D’ailleurs, il est le seul partenaire de la prévention présent sur les lieux du travail.

L’approche globale de tous les problèmes y compris des facteurs psy- 4.2 chosociaux :

Organisation des réunions de concertation Déparis.

les participants ne font pas attention à la qua- 4.2.1 Le choix de la situation de travail : lité exhaustive et précise du guide ; seule sa lonnous avons choisi les blocs opératoires comme gueur (presque ennuyeuse) qui les incommode. Les réticences de la direction : les différentes la situation de travail de prédilection des risques directions n’ont exprimé ni satisfaction ni réti- tant l’intrication de cence, l’expérience étant nouvelle pour tous le monde. 4.2.2 Le choix du coordinateur : le médecin du travail Les participants du Les réticences de la ligne hiérar- groupe de travail : les directeurs médicaux des cliniques et les chirurgiens des services publics chique : ont représenté leurs employeurs et en même la hiérarchie salue l’initiative dans la plupart temps la hiérarchie. Les soignants ont eu du mal des structures en signalant sa probable ineffica- à se faire représenter obligeant leurs supérieurs cité dans le secteur privé et l’espoir de la voir à désigner des représentants de chaque catégopersévérer dans le secteur public ne tient qu’à rie professionnelle. Mais aucun d’entre eux ne la bonne volonté des lanceurs de cette action. s’est engagé à poursuivre les réunions de concerL’absence d’une réglementation encadrant cette tation, alléguant des impératifs sociaux ou proaction fessionnels. 4.1.7

90 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


4.3 4.3.1

La conduite de la réunion de l’ensemble des participants. concertation Déparis. Les convocations :

les représentants des salariés sont choisis au moment de la réunion parmi les présents. Mais, dans une clinique, des jeunes n’étaient pas d’accord pour être représentés par des plus anciens. À leur avis, ces derniers auraient été appelés, par le passé, à travailler dans des conditions parfois impossibles et trouveraient certainement les conditions actuelles idéales et très confortables. Nous avons dus consulter les représentants des deux générations. 4.3.2

L’endroit de la réunion :

dans les structures privées, la réunion a eu lieu dans des salles à proximité des blocs opératoires. Les participants n’étaient pas tous assis et n’étaient pas tous présents au même moment car toujours sollicités au bloc ou ailleurs. Dans les services hospitaliers, des salles de réunion ont été mises à disposition du groupe.

4.3.3

Le moment de la réunion :

4.3.5

La réunion :

facile à introduire. Les objectifs sont rapidement assimilés. La liste du guide Déparis n’est pas parcourue item par item et les participants préfèrent toujours discuter le plus urgent et le plus évident. Les questions exigeant des investissements considérables ne sont pas du tout abordés : tout ce qui nécessite extension, agrandissement, reconstruction n’est pas du tout proposé. Néanmoins les préoccupations des salariés différent selon que l’on soit en structure publique ou privée. Dans le privé, ce sont les salaires et les promotions, le nombre d’heures de travail et les relations psychosociales liées au travail qui reviennent pratiquement dans ce même ordre. Les salariés du secteur public interrogent l’organisation du travail : qui fait quoi et quand.

4.3.6

très difficile à fixer. Dans le secteur privé, le moment idéal se situe entre deux interventions. Les interventions programmées sont peu nombreuses et avant l’arrivée d’une urgence, le personnel peut se permettre une pause plus ou moins longue permettant de se réunir. Dans une clinique dont le bloc a un planning chargé, la réunion a eu lieu durant la pause du chirurgien. Dans les services hospitaliers, la même difficulté de trouver un moment pour la réunion existe. Le personnel du bloc opératoire est autorisé à partir dés la fin du programme opératoire. Dans un bloc opératoire du CHU, le réanimateur, l’instrumentiste, l’infirmier et l’auxiliaire d’anesthésie n’ont pas participé à la réunion qui a eu lieu juste à la fin du programme du bloc c’est-à-dire vers 14h. Dans un autre service, la réunion a été reportée à 4 reprises.

Le déroulement de la réunion :

la méfiance est surtout ressentie dans le secteur privé où les soignants s’expriment beaucoup mieux individuellement. Autour d’une table lorsqu’un soignant évoque la question des promotions et son directeur médical réagit négativement, le reste du personnel ne prononce aucun mot pour approuver leur collègue, mais en fin de réunion toutes les langues se délient. Dans toutes les réunions, les médecins monopolisent la parole et croient connaitre tous les postes et tous les risques. Ils attribuent les plaintes du reste du personnel à des comportements pervers de personnes ne voulant pas travailler à tout prix. Ils vont jusqu’à minimiser les risques des rayonnements ionisants et des gaz anesthésiants pour les femmes enceintes. Dans une clinique, le chirurgien décrit ses infirmières (diplômée d’une école privée) du bloc opératoire comme de "véritables buches" à qui on demande de faire un travail scientifique. À chaque fois que 4.3.4 La durée : nous rappelons à l’assistance que tout le monde elle varie de 20 minutes à 1heure et demi. Au- doit participer, les médecins répliquent que c’est delà de cette durée, il serait impossible de retenir juste pour gagner du temps. 91 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


4.3.7

Jugement pour les smiles et l’es- 4.3.9 timation des conséquences financières :

les smiles ont été acceptés par tous même si certains nous ont proposé d’ajouter un quatrième celui en larmes puisque des conditions de travail sont plus que lamentables. Comme nous l’avons cité plus haut, les soignants n’abordent jamais les questions à grande conséquences financières même si leur rapport avec le coût des soins est très délicat. Une seule fois, lorsque la question des salaires et des promotions s’est posée, un directeur médical a attiré l’attention sur la répercussion financière d’une pareille opération.

à aucun moment les salariés n’ont exprimé le besoin d’un avis plus spécialisé sur la question.

4.4

La recherche concrètes :

de

solutions

à chaque contrainte constatée, une solution est proposée par les salariés toute prête à l’utilisation car très mûrement réfléchie et longtemps discuté avec les collègues. Dans la plupart des cas, même si elle est irrationnelle, la personne concernée la présente comme étant la seule et unique solution. Parfois n’étant pas capable de convaincre l’assistance, on a recours au "faites moi confiance, je suis le mieux placé". Et l’on peut aller jusqu’à détourner la vérité pour se faire suivre dans ses allégations : un agent d’hygiène nous assure qu’elle ne termine sa journée de travail au bloc que 2 heures après l’horaire légal et sans qu’elle soit rémunérée pour ses heures supplémentaires. Son chef nous assure que le matin, elle débute en fait son travail 2 heures après ses collègues. Sinon, le salarié a tendance à considérer uniquement l’aspect qui le concerne n’acceptant aucun compromis. Par ailleurs, la plupart des salariés justifient les dysfonctionnements toujours par un manque de moyens (matériels ou humains) et en demandent toujours plus. Dans le secteur privé, les propositions sont rares (en dehors de l’augmentation des salaires et la liaison des promotions avec l’ancienneté) et les salariés les attendent du côté de l’employeur.

Analyse et discussion.

De prime abord, la tentative d’introduction d’une stratégie de gestion des risques professionnels au niveau des structures soignantes publiques et privées semble réussie. En l’absence de toute réglementation obligeant l’employeur à une quelconque évaluation des risques, des blocs opératoires nous ont ouvert grandes leurs portes et ont consentis à discuter de l’organisation et des moyens de leur travail. Malgré le manque de temps, les soignants se sont apprêtés au jeu des discussions et des analyses. Cependant, plusieurs points nous font craindre le contraire : Dans le secteur privé, pour les employeurs ou leurs représentants qui ont salué l’initiative, ils se trouvent sans repères en matière d’évaluation des nuisances. Émanant tous du secteur public dans lequel ils n’ont jamais été appelé à rendre compte sur les conditions de travail des salariés, ils se trouvent sans modèle à suivre. La réglementation gérant les cliniques privées ne porte que sur les paramètres architecturaux des établissements. Avec l’absence d’une quelconque autre méthode d’évaluation des risques professionnels, la stratégie SOBANE et principalement la méthode Déparis ne peuvent être que les bienvenues. Par ailleurs, nous ne pensons pas qu’à l’occasion d’un événement nécessitant un Déparis, l’employeur, fasse le choix d’emprunter ce chemin long et chronophage qui est celui des réunions, plutôt que le raccourci de la décision unilaté92

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

le suivi après la réunion.

La présentation des résultats à la direction : du fait de la difficulté de trouver un moment et un endroit pour se réunir, nous avons proposé que les résultats des réunions soient transmis aux directions par écrit. Plus tard, celles-ci nous avertiront de la possibilité de mener des discussions en réunissant les différents partenaires.

5 4.3.8

La reconnaissance de ce qui nécessite une Observation complémentaire :


rale. D’autant qu’en face de lui, les représentants des travailleurs ne sont pas toujours d’une compétence (chacun en son domaine) suffisante pour assurer une critique ou une proposition de qualité : Les soignants d’une clinique privée nous disent craindre pour leur santé vis-à-vis des rayonnements ionisants alors qu’aucune source radioactive scellée ou pas ne soit disponible dans cette clinique. Enfin, l’absence de conseiller de prévention, d’ergonome ou d’hygiéniste sur le terrain fait que le personnel soit habitué au seul médecin du travail. Celui-ci médicalise le problème pour lui trouver une solution. Il est donc difficile aux salariés comme aux employés d’imaginer des solutions ergonomiques ou organisationnelles à ce qui les incommode dans l’exercice de leur métier. Les soignants des blocs opératoires constituent un corps professionnel assez singulier faisant des règles de métier un principe de fonctionnement et d’intégration. Habitués à n’exprimer leur avis sur les conditions et les risques de leur travail qu’entre eux et les résoudre selon leur propre vision, se trouvent invités, pour la première fois, à formuler leurs inquiétudes, les hiérarchiser puis leurs trouver des solutions concrètes qui doivent convaincre l’employeur. Il s’agit là d’un défi qu’on ne peut relever qu’au prix de nombreuses expériences du genre. Et notre crainte est de voir cette expérience soit ressentie comme leur dérobant le plein pouvoir qu’ils ont sur la discipline.

5.1

Comparaison avec la littérature :

L’expérience tunisienne dans l’industrie textile menée par AMRI Ch. et coll. (2006-2007) a touché 6 entreprises et a aboutit à 270 actions préventives. L’auteur pose le problème de textes réglementaires qui devraient encadrer l’évaluation des risques au travail, néanmoins, les conseillers de prévention sont actifs sur terrain. Toujours en Tunisie, HENCHI M.A. et coll. du CHU de Monastir ont utilisé la stratégie lors d’une intervention ergonomique sur les conditions de travail dans un laboratoire d’anatomie pathologique. Ils ont dû solliciter des interventions de niveau 3 de la stratégie. L’auteur n’a toutefois pas relevé des contraintes

ou des réticences à l’application du Déparis. Nous n’avons pas trouvé de publications marocaines sur la stratégie SOBANE mais elle est bien présente dans les projets de fin d’études de nombreux ingénieurs qui la citent comme compétence sur leurs profils LinkedIn et Viadeo.

5.2

Cette étude nous a permis de découvrir le monde secret des blocs opératoires des cliniques privées, les conditions de travail, la qualité des personnes activant dans la chirurgie, mais également, les préoccupations des employeurs, leur désarroi devant la pénurie des compétences paramédicales, leur existence menacée par un secteur public très concurrentiel et l’acharnement des pouvoirs publics en appuyant des préjugés infondés. Les soignants du secteur public, tout corps confondus, se sont enfin réunis autour d’une table pour discuter des questions que seul le médecin avait pour habitude de trancher. Mais il s’agit d’une toute première expérience et que rien ne permet de prédire sa pérennisation. En l’absence de toute réglementation obligeant à une évaluation à priori ou à posteriori des risques professionnels, il est très difficile pour un employeur, quelle qu’en soit sa volonté, de procéder à des discussions participatives alors qu’il ne dispose ni d’ergonome ni de conseillers de prévention sur terrain.

6

Conclusion

L’évaluation des risques est une obligation faite à tout employeur en Union Européenne par des directives en plus des textes législatifs propres à chaque pays. Alors s’il y’a réticence c’est en rapport avec le type de méthode et non avec le principe. En étudiant les préoccupations des employeurs, des travailleurs et de leurs hiérarchies, listées par J.Malchaire, les réticences sont envers l’introduction de la stratégie SOBANE comme une (autre) méthode d’évaluation des risques et sa pertinence par rapport à d’autres telle que la méthode Kinney par exemple, qui est largement utilisée en Belgique. Puis se posent les questions relatives à 93

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Points faibles et points forts de l’étude :


l’aspect participatif de la méthode. Dans notre cas, l’évaluation des risques professionnels n’a aucun fondement juridique. Il est certes fait obligation à l’employeur d’assurer santé et sécurité à son personnel mais rien n’est dit sur le comment de la question. Ainsi, il apparait tout à fait normal que les salariés et encore plus leur employeurs se réjouissent de l’apport bénéfique de SOBANE ne serait ce qu’en matière de concertation et de relations psychosociales au travail. Mais on est bien loin de conclure quant à son adoption comme une stratégie de prévention primaire des risques professionnels. Enfin, les efforts doivent également se concentrer sur la prise de conscience du salarié à la contribution à sa sécurité et au maintien d’une bonne santé au travail et ne plus se contenter des fameuses primes de nuisance. Bibliographie : 1. Stratégie SOBANE prévention risques guide Déparis français ; http ://www.deparisnet.be J.Malchaire : The Sobane risk management strategy and the Déparis method for participatory screening of the risk . Arch Occup Environ Health : 2004 Aug ;77(6) :443-50. Epub 2004 Jun 16. 2. Ch.Amri , al ; Dépistage participatif des risques professionnels dans l’industrie textile tunisienne. 3. Ghittori S, Ferrari M, Negri S, Serranti P, Sacco P, Biffi R, Imbriani M ; Recent prevention strategies and occupational risk analysis : Control Band and SOBANE. G Ital Med Lav Ergon. 2006 JanMar ;28(1) :30-43.

94 Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Forum : Ethique. Prévention et enjeux éthiques. A. Lamara Mahamed. Laboratoire de Biogénotoxicologie et Santé au Travail Université d’Alger I. Benyoucef BENKHEDDA Alger, Algérie.

1

Introduction.

La prévention est l’ensemble des actions qui tendent à promouvoir la santé individuelle et collective. Elle a pour but d’assurer l’intégrité physique et mentale et de développer les capacités de chaque personne, d’autre part de réduire les menaces que font peser sur les personnes et les groupes leurs environnements physique, psychologique et sociale. Le champ de prévention a pu bénéficier des progrès scientifiques et techniques et s’adresse à des populations. Il a longtemps été délaissé par la réflexion éthique. Désormais, bousculée par le débat ouvert par les dilemmes de l’heure (scandale du sang contaminé, menaces de l’environnement), la prévention compte au nombre des objectifs « sensibles » que se donne la société en matière de santé. La « prévention médicale » souvent appelée « médecine préventive » qui sera abordée au même titre que la dimension « sociale » déterminant l’état de santé d’une population, s’intéresse aux aspects éthiques de l’application des actions de prévention.

2

des droits de l’Homme est une des conditions nécessaires à la santé. Véritable stratégie de santé publique.

3

« Standardisées », bénéfiques pour tous, à fortiori coercitives, devant des besoins aussi singuliers et évolutifs, sans menacer l’intérêt et l’autonomie individuels. La prévention s’adresse à des personnes en bonne santé. Totalement différent du colloque singulier médecin malade. Campagne de dépistage des cancers, par exemple, implique le risque d’inquiéter à tort, d’imposer des examens inutiles (aux conséquences parfois néfastes) à des sujets repérés faussement comme positifs par le test, et de transformer brutalement un bien portant, qui ne demande rien, en malade.

Particularités des actions 4 de prévention :

La santé est une réalité éminemment variable selon les personnes, l’environnement socioculturel, les périodes de l’existence. Les différents groupes sociaux ne valorisent pas les mêmes éléments de la vie et ne perçoivent pas la santé selon des représentations identiques. La santé requiert en permanence ses capacités d’adaptation à l’environnement et se construit dans une dynamique du provisoire. Le respect

La prévention est de nature probabiliste.

Des arguments existent sur ce que doit faire une communauté pour rester en bonne santé, mais cela demeure incertain pour une personne donnée. Les bénéfices individuels de la prévention sont le plus souvent faibles, aléatoires, décalés dans le temps ; alors que les bénéfices collectifs sont habituellement importants, assurés, plus immédiats. 95

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Comment envisager alors des mesures préventives ?


5

L’application d’un outil de prévention est souvent plus difficile, plus complexe, plus longue que son invention, ex : la vaccination.

Nuancer les actions de prévention est un des enjeux à venir. Si un vaccin contre le SIDA devient disponible, sera-t-il justifié de l’appliquer à l’ensemble de la population compte tenu de la faible incidence générale de l’infection ? Faudra-t-il orienter la vaccination sur les sujets à haut risque avec pour conséquence une stigmatisation que l’on cherche justement à éviter ? Ou proposer la vaccination sur une base volontaire ? Le succès de cette dernière éventualité n’est pas assuré si l’on se réfère au relatif échec de la vaccination contre l’Hépatite B. (mêmes voies de transmission, mêmes groupes à risque que le virus responsable du SIDA). L’accès à cette vaccination autorisera-t-elle par ailleurs l’affranchissement individuel vis à vis des comportements à risque de transmission de ce type d’agents infectieux ? Le même constat a été fait pour la vaccination contre l’hépatite B au Centre Pierre et Marie Curie.En 1986, le Centre Pierre et Marie Curie d’Alger (CPMC) a acquis des vaccins HEVAC/B et le programme vaccinal de masse a été instauré le 11/08/1986. L’espoir d’éradiquer l’hépatite B a repris. En octobre 1995, une évaluation de la vaccination contre l’hépatite virale B au CPMC a été réalisée. En 9 ans, seul 106 sur 1600 travailleurs soit 6,62 % furent vaccinés. Parmi ces 106 travailleurs on retrouve seulement 04 médecins. L’évaluation de la vaccination contre l’hépatite B chez 106 travailleurs a montré que 100 sont immunisées , soit 94%. Ceci démontra que le vaccin est fortement immunogène donc d’excellente qualité. Cette évaluation montre aussi l’échec de la campagne de vaccination car seul 106/1600 soit 6,62% ont répondu à l’appel. Pourquoi cet échec ?

1. Peur de la Iatrogénie dû au vaccin (sclérose en plaque rapportée par certains comme induite par le vaccin) ; 2. Banalisation et déni des conséquences de la maladie (hépatite chronique, cirrhose et cancérisation) y compris par les médecins ; 3. Cela n’arrive qu’aux autres ; 4. Non réponse aux convocations, aux visites périodiques où la sensibilisation individuelle aurait pu se faire ; 5. Non respect des bonnes pratiques ; 6. Culture de la prévention inexistante. A l’issue de ces constatations, nous avons pensé que l’obligation légale de la vaccination serait probablement la solution comme dans le cas de la vaccination de l’enfance ou les appelés enrôlés dans l’armée. L’arrêté du 25 avril 2000, relatif à la vaccination contre l’hépatite B dans son article 1er et 2 vint à point comme pour exhausser notre vœu. Au plan éthique ,la coercition s’oppose à l’autonomie de la personne. La vaccination contre l’hépatite B a été introduite dans le programme élargi de la vaccination et initiée le 1er janvier 2003. L’introduction de cette vaccination déjà en cours dans les pays occidentaux ,s’est basée sur le rapport bénéfices/risques en faveur de l’éradication de l’hépatite virale B. Cette dernière induit une prévalence élevée dans les populations générales à cause de sa transmission sexuelle. Cette vaccination désormais légale, malgré sa iatrogénie toujours d’actualité, à savoir l’induction de SEP, n’a jamais formellement été écartée par des études scientifiques. Cette épée de Damoclès fait que nous sommes pour une coercition dissuasive et non pour une coercition sanctionnelle.

6

Trois repères peuvent servir de guide : 1er Repère : Concilier l’intérêt particulier et l’intérêt général est un des dilemmes nuageux de la prévention. A l’épreuve de l’Ethique, les actions de prévention sont déterminées par la relation entre l’acteur de santé publique et la population. 96

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016

Repères éthiques pour l’application des actions de prévention :


L’Ethique médicale est orientée vers l’intérêt particulier de la personne, de l’individu. L’Ethique de prévention ou celle liée à l’investigation épidémiologique est orientée vers l’intérêt général de la population. Ainsi l’un et l’autre type d’Ethique auront des principes communs, mais qui dans la deuxième situation se verront appliqués en fonction du modèle de santé publique. Ces principes sont de : – Promouvoir l’autonomie (respect du droit de l’individu) ; – Apporter un bénéfice ; – Ne pas nuire ; – Défendre la justice (distribution équitable des ressources). Ces deux approches peuvent être en contradiction apparente. Si l’une et l’autre s’imposent la confidentialité, la première privilégie la protection de la vie privée et la seconde l’information en vue de la protection de la communauté. Bibliographie : 1. Beauchamp TomL,Childress James F. Les principes de l’éthique biomédicale. Médecine et sciences humaines. Les belles lettres. Ed 2008. France. 2. Denis Malvy. L’Ethique à l’épreuve de la prévention. Ethique et thérapeutique Témoignages européens. Presse universitaire de Strasbourg, Edition Juin 1999. 3. LamaraMahamed. A, Akif. N. Prévention des hépatites virales sériques d’origine professionnelle et réflexions éthiques. Abstracts des 4èmes Journées AlgéroFrançaises d’Ethique Médicale. 28-29 et 30 septembre 2013 Alger. Palais de la Culture Moufdi Zakaria. Laboratoire de Biogénotoxicologie et santé au travail. Université d’Alger I.

97

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Pédagogie: Atélectasie pulmonaire par enroulement due à l’exposition à l’amiante (à propos d’un cas). A. Haider*, A. Belkessa*, A. Nehal**, M.Fernane*, N.Kaced*, M.Haddar*. *Service universitaire de médecine du travail, EPH Rouiba. **Service hospitalo-universitaire de pneumophtisiologie EPH Rouïba, Alger, Algérie.

1

Introduction.

3

Radiographie du thorax (fig. 1)

– L’atélectasie ronde ou l’atélectasie pulmoOpacité grossièrement arrondie à contour naire par enroulement (AE) est une forme flou, de topographie lobaire inférieure gauche, bénigne de trouble ventilatoire passif dévepostéro-basale développée en regard d’un épaisloppé au contact d’un épaississement de la sissement pleural. plèvre viscérale [1]. – Cette lésion dont l’amiante est la principale étiologie pose parfois des problèmes de diagnostic différentiel avec le cancer bronchopulmonaire [1]. – L’atélectasie ronde est une forme rare et particulière de collapsus pulmonaire, décrite pour la première fois par Loeschke en 1928 [2].

Figure 1 – Radio du thorax face.

2

Histoire clinique.

Mr B.N âgé de 53 ans est adressé à la consultation de pathologie respiratoire professionnelle (dans le cadre d’une démarche systématique, qui existe depuis une quinzaine années pour des échanges et décisions collégiales entre le service de medecine du travail et le service de pneumologie de notre hopital) par son medecin traitant pneumophtisiologue, pour le diagnostic étiologique d’une atélectasie pulmonaire par enroulement. L’exploration d’une toux chronique depuis 3 mois, rebelle à la médication, révèle l’atélectasie pulmonaire par enroulement.

Figure 2 – Radio du thorax profil.

98

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4

Tomodensitométrie thoracique (fig. 2)

5

EFR

Trouble ventilatoire mixte modéré, à prédominance restrictif dont la composante obstructive peu réversible au test de bronchodilatation.

Formation tissulaire arrondie, adossée à un épaississement pleural partiellement calcifié, située dans le lobe inférieur gauche. Enroulement des structures vasculaires et bronchiques dirigées vers cette formation, prenant un aspect particulier curviligne. Lésions emphysémateuses pulmonaires bilatérales.

Table 1 – Résultats EFR.

6 – – –

7

Pas de lésion endobronchique. La recherche de BK et de cellules malignes dans le liquide d’aspiration bronchique est négative. Par ailleurs, le patient est hypertendu, ancien fumeur (30 p/année) sevré depuis 08 ans. La reconstitution du curriculum laboris, retrouve que Mr B.N est chauffeur de camion depuis 10 ans, et a travaillé comme maçon pendant 25 ans. Le ciment manipulé pendant ces années est un ciment mélangé à de l’amiante provenant notamment de la cimenterie de Meftah et un ciment provenant de celle de Rais Hamidou.

Discussion.

Nous rapportons le cas d’une atélectasie ronde chez un patient aux antécédents d’exposition professionnelle à l’amiante ciment pendant 25 ans. Le Diagnostic d’atélectasie arrondie est retenu sur un faisceau d’argument :

Figure 3 – Tomodensitométrie

– – – 99

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Fibroscopie bronchique.

Notion d’exposition professionnelle à l’amiante Particularités sémiologiques de l’anomalie à l’imagerie médicale (la TDM est la technique de choix pour poser le diagnostic) Absence d’évolutivité et la fixité de l’image radiologique


Normalité de l’exploration endoscopie bronchique – Les signes cliniques, l’atélectasie ronde étant asymptomatique, occasionnellement une toux sèche [1] (comme dans notre cas) Le Diagnostic étiologique. – L’étiologie la plus fréquente de l’atélectasie ronde est l’exposition à l’amiante [2] – Les pathologies inflammatoires, les infections pulmonaires, la tuberculose, l’infarctus pulmonaire sont des étiologies plus rares. [2] Le Diagnostic différentiel. –

– La clinique permet d’exclure plusieurs pathologies telles que les tumeurs pulmonaires primitives et métastatiques, les malformations artério-veineuses, pneumonies organisées, les pneumonies à foyer rond, les abcès pulmonaires, les collections enkystées, certaines lésions inflammatoires et les hématomes. [1] – Chez un patient âgé de plus de 40 ans ,aux antécédents tabagiques, le diagnostic différentiel le plus probable reste le cancer bronchique primitif, ce qui pourrait justifier une biopsie percutanée. Reconnaissance de l’origine professionnelle. – Les lésions pleurales bénignes causées par l’amiante sont indemnisées par le tableau Algérien n° 30 des MP qui répare les affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante. – AE n’est pas mentionnée sur le tableau Algérien contrairement au tableau Français. – Dans notre cas, le patient ne peut déclarer sa maladie au titre du tableau Algérien n° 30 des MP car il n’a jamais été déclaré à la CNAS, ni quand il a travaillé chez des entrepre-neurs, ni quand il a travaillé pour son propre compte, CASNOS. Traitement – Le suivi permet de vérifier et de constater l’absence d’évolutivité [1] – Aucun traitement particulier [1]

8

ployeurs et sur les insuffisances de la CASNOS. – Le suivi professionnel et post-professionnel pour les travailleurs qui sont exposés à l’amiante quel que soit leur statut vis-à-vis de la CNAS ou de la CASNOS reste une préoccupation du médecin du travail que nous sommes. Bibliographie : 1. P.J. Bruyère, P. Bartsch, B. Ghaye. Atélectasie ronde : dix ans de suivi par tomodensitométrie. Rev Med Liège 2005 ; 60 : 10 : 767-77 2. M C Bayeux, M Letourneux, P Brochard, C Raffaelli, JC Pairon, Y Iwatsubo, J Ameille. Atélectasie par enroulement et amiante : A propos de 26 patients. Revue des maladies respiratoires ISSN 0761-8425 CODEN RMREEY .1998, vol. 15, no3, pp. 281-286 (25 ref.).Masson, Paris, FRANCE (1984) (Revue)

conclusion.

– Ce cas nous interpelle sur la non déclaration des travailleurs à la CNAS par certains em100

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Cas d’un syndrome d’irritation bronchique(SIB) lié à un accident d’élimination de déchets cytostatiques. L. Younsi, H. Benmessaoud, A. Atoui, A. Semid. Service de médecine du travail du CHU Bab El Oued Alger, Algérie.

1

Observation.

Patiente âgée de 52 ans sans notion d’atopie, agent d’entretien au service d’urologie, consulte pour irritation laryngée et toux suite à l’inhalation du contenu d’un sachet de déchets hospitaliers survenue deux jours auparavant. A part une gorge irritée, l’examen du jour était sans particularités, le téléthorax et l’EFR sont revenus normaux. Un traitement par corticoïdes a été prescrit par l’ORL. Trois mois après, une dyspnée surtout à l’effort se greffe sur la toux nocturne et diurne. Une orientation en pneumologie a été faite, la patiente a été mise sous traitement bronchodilatateur et corticoïdes. Après 6 mois, on note une légère amélioration de son état clinique.

2

Discussion.

L’enquête post accident a révélé des méthodes d’élimination des cytostatiques à risque pour le personnel avec rejet des sondes vésicales de patients traités par les cytostatiques dans des sachets non conformes ; sachets de couleur verte non fermés .On nous rapporte que le sachet de déchets contenait d’une part de la mitomycine, produit utilisé ce jour avec le matériel de la séance de chimiothérapie en intra vésical, d’autre part des sondes urinaires à demeure avec des résidus de mitomycine des séances de chimiothérapies antérieures éliminées aussi dans le même sachet. Les agents de service ne portent aucune protection individuelle. Eu égard aux données de la littérature la mitomycine ne saurait être retenue comme

seul agent causal du SIB vu le faible pouvoir irritatif de ce produit même si l’effet irritant cutané [2] a été déjà rapporté. Ce qui soulève une interrogation ; existerait il un autre agent qui aurait pu potentialiser l’effet irritant de la mitomycine comme l’ammoniaque produit par les urines des patients ? effectivement d’après la bibliographie le stockage dans un récipient non hermétiquement fermé de l’urine est a l’origine de l’oxygénation et l’échappement de l’ammoniaque [4]même a faibles concentrations, l’ammoniaque inhalé se dissout essentiellement dans le mucus des voies aériennes supérieures. Des signes cliniques peuvent être observés a type de toux, de pharyngite, de laryngite, ou de trachéo-bronchite [5] l’exposition aux excrétas est largement sous estimée et les mesures en place de protection souvent insuffisantes [1]. Fiche de recommandation pour la manipulation des urines de patients traités par mitomycine [3] Lors de la manipulation des déchets liquides avec risque de projection d’urines le personnel soignant doit prendre des mesures suivantes : – une blouse à manches longues et à poignets resserrés – une à deux paires de gants d’examen non stériles en latex ou en vinyle – des lunettes de protection – un masque chirurgical traditionnel ou un masque protection respiratoire type FFP1 en cas de forte concentration. La blouse doit être changée tous les jours. La monture et la visière des lunettes de protection doivent être décontaminées tous les jours (eau savonneuse ou détergent) Après avoir ôté la tenue de protection, il faut procéder à un 101

Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


lavage simple des mains. La mitomycine est excrétée dans les urines durant 3 jours c’est la durée pendant laquelle les mesures de protection sont nécessaires Les sondes et tout matériel utilisé lors de la séance de chimiothérapie doivent être collecté dans des contenants fermés hermétiquement, jetés tels quels, sans autre manipulation.

3

Conclusion.

Le syndrome irritatif bronchique lié aux déchets cytostatiques ne correspond pas au syndrome de Brooks typique mais néanmoins sa gravité par la persistance des signes respiratoires plus de six mois, nous interpelle sur les risques qu’on peut rencontrer lors de la banalisation de l’élimination des déchets notamment les excrétas contaminés par des cytostatiques. Le personnel doit recevoir des instructions appropriées relatives aux risques potentiels, aux bonnes pratiques de la manipulation et à l’utilisation d’EPI. Les connaissances de ce personnel doivent t être évalués régulièrement afin de vérifier que les procédures sont respectées. Bibliographie :

Figure 1 – Pictogramme GHS07.

1. Bellaflamme S.,Rezette JP. Les cytostatiques une gestion des risques évolutive et pluridisciplinaire ,ULg les jeudis de la santé au travail, mars 2011 2. CCLIN Sud-Ouest Recommandations pour la manipulation des médicaments cytotoxiques - version no 1 juillet 2002 3. HUSSON M. Echos du CNHIM utilisation pratique des cytotoxiques 4ème édition 2001 Tome XXII 4. LAMINOU S. ,identification des risques sanitaires et des opportunités de production de fertilisant dans le système de collecte d’urine du projet d’assainissement productif dans le département d’aguie au niger, mémoire pour l’obtention du diplôme de master spécialisé en génie sanitaire et environnement (GSE) 2006,65 pages

Figure 2 – Pictogramme GHS08 danger pour la santé.

5. TISSOT S., PICHARD A. Seuils de Toxicité Aiguë Ammoniac (NH3) Rapport Final Unité d’Expertise des Substances Chimiques (ETSC) Direction des Risques Chroniques, 2003,41pages

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Le journal de la médecine du travail - N°21 - Juin 2016


Thèses soutenues en santé et sécurité au travail

N.B: Sauf erreur ou omission, contacter la rédaction, en prenant soin de préciser l’auteur de la thèse, l’intitulé, la date de soutenance et le directeur de thèse.

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AGENDA DES CONGRES ET MANIFESTATIONS SCIENTIFIQUES NATIONALES 20èmes Journées nationales de Médecine du Travail, 24-26 janvier 2017, Ouargla Thèmes : – Risques liés au travail dans le secteur des hydrocarbures – Travail en horaires décalés (atypiques) – Surveillance médicale en santé au travail – Alimentation et travail – Risques psychosociaux – Communications Libres – Table Ronde : Législation en santé au travail. – Ateliers : (ambiances physiques) : - Atelier 1 : Métrologie du bruit - Atelier 2 : Métrologie d’ambiance thermique - Atelier 3 : Exploration fonctionnelle respiratoire. – Symposium. Information : http ://samtalgerie.com INTERNATIONALES 34èmes Congrès National de Médecine et santé au travail en France, 21-24 Juin 2016, Paris Thèmes : – Maintien dans l’emploi – Approches préventives par branche professionnelle dans les Services de Santé au Travail (SST) – Actualités autour des pathologies professionnelles – Missions des Services de Santé au Travail ( SST) : « de la législation à la mise en œuvre pratique » – Recommandations pour la bonne utilisation de la surveillance biologique des expositions professionnelles (à des agents chimiques) – Urgences en santé au travail – Cancers professionnels (polyexposition, connaissances actuelles, prévention, inégalités de genre) – Sous-traitance et nouveaux secteurs professionnels à risque, activités précaires. Information :http :// www.medecine-sante-travail.com 51èmes congrés de la SELF (Société d’ergonomie de langue française), 21-23 /09/ 2016, Marseille Thèmes : Ergonomie/ergonome(s) : Quelles évolutions à la croisée d’une discipline et d’un métier ? Information : http ://www.ergonomie-self.org 25th EPICOH 2016-RHICOH 2016 Information : http ://www.mondial-congress.com

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Président d’Honneur

Informations utiles

Abdelkader SEMID Président des 20èmes JNMT

Contact (secrétariat) Dr Guelmani à HMD Tél : +213 7 73 64 41 74 Hadj Salah BABZIZ Dr Ouaggadi Touggourt Tél : +213 5 51 97 57 76 Dr Nine à Ouargla Tél : +213 6 61 94 52 39 Président du Comité Siège : CMT SONELGAZ Scientifique Email : 20jnmt@samtalgerie.com Site Web: http://samtalgerie.com/ Djamel Tourab Adresse pour les correspondances : CMD Ibn Sina du Dr BABZIZ Avenue de la République. Membres Ouargla Télé/Fax : +213 29 70 44 00 & +213 29 70 32 11 AGGAB KH. AKIF N. Comité chargé des relations publiques et de la communication : ARIB-MEZDAD A. HADJ KOULA Y., KHEZZANE D., NINE Y., OUAGADI A., OUAREK A. SALEM H. BAHLOULI A.L. BEGHDADLI B. Soutien logistique et organisationnel : BENHASSINE W. BENMESSAOUD H. BOUKERMA Z. Mr SALHI Karim Tél : +213 6 72 37 79 49 CHAIB S. CHEMAA F. DJAZOULI G. GHEZINI Y. GHOMARI O. GUELMANI N. GUEROUI S. HADDAD M. KAMEN F. KANDOUCI C. KORICHI S. LAIB-IDDER C. LIANI N. NEZZAL AZ. OUAAZ M. OUAGGADI A. OULDKADI F. REZKALLAH B. SEKKAL S. TEBBOUNE B. TALEB A. ZATOUT A.

Président du Comité d’Organisation Hadj Salah BABZIZ Membres ABDI A., ADOUANI A, OUAGGADI A., BANKALAI N., BIA A., BOUKHRIS T., CHERTOUH A., DAOUD M., FASSOULI S., GUELMANI N., HACHANI K., HADJ HENNI A., HADJ KOULA Y., HAMADACHE T., KETMI M., KHELIFA S., KHERFI M. LAHLAH K., NINE Y., OUAGGADI A., OUAREK A., SALEM H., SEROUKANE .A

Secrétariat des journées Nadjia GUELMANI Khaled AGGAB

Comité chargé des finances et de la comptabilité : Mr ABDI Abderahman, Mr BABZIZ Mohamed Commissariat aux comptes : Cabinet d’audit, de comptabilité et de commissariat aux comptes (CACC) Mr Kahal Smail Ouargla La participation aux ateliers se fera sur inscription (le nombre de places est limité). Dates importantes inscriptions en ligne exclusivement: http://goo.gl/aRBAzF: Début des inscriptions : 01/06/2016 Clôture des inscriptions : 31/12/2016 Soumission des résumés des communications : 20 avril 2016 au 30 septembre 2016 Réponse sur les suites réservées au dépôt des résumés des communications avant le 15/11/2016 Frais d’inscription : Non adhérents : 3000,00 DA, Adhérents SAMT : 2000,00 DA. Ces frais ouvrent droit aux sessions scientifiques, à la documentation, aux pauses-café et aux déjeuners de travail. Lieu : le congrès se déroule entièrement à l'Université d’Ouargla. Hébergement : les participants et les communicants souhaitant être hébergés à Ouargla pour la durée des journées doivent prendre contact, pour leur réservation, avec Mr SALHI Karim Tél : +213 6 72 37 79 49 Email : karim.salhi30@yahoo.com Les frais d'hébergement sont à la charge du participant et/ou du communicant. L’ouverture du congrès est fixée au 24 janvier 2017. L’accueil des congressistes est prévu le 24 janvier 2017. La clôture des 20èmes JNMT est programmée pour le 26 janvier 2017. Les inscriptions se font en ligne et le payement des frais d'inscriptions aux sessions et aux ateliers se fait sur les lieux du congrès. L'inscription aux ateliers se fera sur le principe de l'ordre d'inscription, les places sont limitées. Les soumissions de résumés de communications se font exclusivement en ligne sur le site de la SAMT. : http://goo.gl/aRBAzF

Mobile : 06 68 78 03 99 & 06 63 34 80 52 Tél. / Fax : 029 70 44 00 & 029 70 32 11 E-Mail : cmcksar@gmail.com

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Bulletin officiel de la Société Algérienne de médecine du travail. SAMT- N°21-2ème trimestre 2016

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