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FRANCE NOVEMBRE 2018

HORS DU COMMUN EN KIOSQUE CHAQUE 3 e SAMEDI DU MOIS AVEC MAGAZINE SPONSORISÉ

Musique, théâtre, cinéma, business

SOFIANE

étend son empire


FRANCE NOVEMBRE 2018

HORS DU COMMUN EN KIOSQUE CHAQUE 3 e SAMEDI DU MOIS AVEC MAGAZINE SPONSORISÉ

Le retour de

Robyn

La chanteuse suédoise brise huit ans de silence AU-DELÀ DU HIP-HOP : L’EMPIRE DE SOFIANE


ÉDITORIAL

Vu – ou entendu – de loin, le rap est encore souvent perçu comme seulement radical et violent. À mesure que l’on s’approche de ceux qui le font, le vivent et se régalent à le diffuser quotidiennement auprès d'une audience de plus en plus large, on se retrouve en fait en présence de ­passionnés positifs. Parmi eux, Sofiane, ou Fianso, est l’un des plus acharnés. Le rappeur du 93 ouvre son cercle à The Red Bulletin page 34 et évoque son empire de ­l’entertainment, aux fondations authentiques.

Pour connecter Sofiane et le photographe Felipe Barbosa, le Little Grand Studio à Aubervilliers, 93, était le top. Avec ses enceintes Bluetooth, le rappeur a ambiancé le shooting page 34 de ses moves calés sur le son.

Cercle de jeu, électronique, pour Gunfight, expatrié au Japon, dont la double vie gagne en intensité à mesure qu’il régale les fans du jeu de combat Street Fighter page 66. Des « cercles » autour du monde, Thomas Coville en aura fait sur son bateau. Il repart pour sept jours d’une montagne russe émotionnelle sur la Route du rhum page 44. Bonne lecture ! Votre Rédaction

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CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

THOMAS LOREILLE

Présent dans la communauté du jeu de combat depuis 2005 où il a été joueur, organisateur et journaliste, le Français Thomas Loreille couvre les événements et personnalités du milieu. « J'aime trouver des profils atypiques qui cassent le stéréotype du joueur introverti et asocial », explique-t-il. Gunfight, le « héros normal » installé au ­Japon qu'il a interviewé pour ce numéro, en est un bon exemple. Mise au poing page 66.

WERNER JESSNER

Non content d’interviewer le champion de F1 Max Verstappen ou d’écrire sur le Championnat du monde des rallyes, notre ­spécialiste autrichien des sports mécaniques, Werner Jessner, est aussi capable de se pointer dans le désert de l’Utah, aux USA, pour y être le témoin de la plus ­incroyable compétition de VTT. En page 24, il vous plonge en ­immersion dans le toujours très radical Red Bull Rampage.

THE RED BULLETIN

FELIPE BARBOSA(COUVERTURE SOFIANE), HEJI SHIN (COUVERTURE ROBYN)

ENTREZ DANS LEURS CERCLES


SOMMAIRE novembre

REPORTAGES

2 4 V  élo tout risque

Comment un bled en Utah devint le plus dingue des spots VTT.

3 4 S  ofiane/Fianso

Sofiane ! Le rappeur ? L’ambassadeur du 93 est plus que cela : ­ cteur, entrepreneur, fédérateur… Jusqu’où s’étend son empire ? a

4 2 E  n nage

Quand ils ne bossent pas, ces frangins barbotent en eaux hostiles.

4 4 R  oute du rhum

Thomas Coville partage son vécu dans l’enfer de la solitaire.

5 2 F  ree spirit

La pop star suédoise Robyn hibernait. Elle brise la glace.

5 8 E  n roue libre

Des nanas, des motos, des teufs… Bienvenue au Camp VC !

6 6 L  e héros normal

Benoit Arquilla change de peau quand il joue à Street Fighter, et s’y affirme dans la différence plutôt que dans la victoire.

7 4 M  ode sauvage

Pour Mad Mike, c’est 100 % drift… De la gomme va chauffer !

44 SUR LA ROUTE

Parti pour sept jours d’enfer sur une solitaire mythique, Thomas Coville emportera quand même ses livres de philo...

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THE RED BULLETIN


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SOIT TU GAGNES, SOIT TU CRASHES

Ce pourrait être le slogan du Red Bull Rampage : incroyable compétition de VTT où seuls les riders les plus solides osent participer.

BULLEVARD Un mode de vie hors du commun

BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL, JEAN-MARIE LIOT, IRWIN WONG

10 Ski : s’il gravit le K2, c’est avant

66 COURANT ALTERNATIF

En croisant Gunfight dans les rues de Tokyo, vous ne vous douteriez pas qu’une nation de gamers le suit avec respect.

tout pour en redescendre ! 12 On a mis Superman dans un désert dont ne s’échappe pas 14 Freddie Mercury est ressuscité 16 Dans ce zoo sous-marin, c’est vous l’espèce curieuse… 18 Warm Brew, rappeurs à l’ouest 19 Ce « surf » à moteur sera-t-il au top… ou fera-t-il un flop ? 20 Quand Travis « Knievel » Pastrana fait son show à Vegas 2 2 Un petit hélico, perso, sur l’eau

GUIDE

Faire. Voir. Avoir. 80 Voyage : si vous êtes perdu(e)... 84 Food : Prince aurait adoré 85 Fitness : du ballet au barillet 86 Agenda : ils donnent des ailes 88 Red Bull TV : restez branché 90 Montres : changez d’heure 96 Ours : ils et elles font le TRB 98 Photo du mois : à leur tour !

THE RED BULLETIN 

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BULLEVARD U N

ST Y L E

D E

V I E

H O R S

D U

C O M M U N

Bargiel en pleine ascension du K2 le 21 juillet dernier. Le lendemain, il devenait le premier à skier depuis le sommet.

PREMIÈRE DESCENTE

MAREK OGIE Ń/RED BULL CONTENT POOL

Atteindre le sommet du K2, le défi ultime pour de nombreux grimpeurs, pas pour ANDRZEJ ­BARGIEL. L’ascension n’était que le prélude de la descente à ski la plus folle au monde.

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MAREK OGIE Ń/RED BULL CONTENT POOL, MAREK OGIE Ń/RED BULL CONTENT POOL, PIOTR PAWLUS/RED BULL CONTENT POOL

B U L L EVA R D

Le skieur alpiniste ­polonais s’est hissé sans oxygène jusqu’au sommet du K2 avec son équipement de ski sur le dos.

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« JE N’ÉPROUVAIS PAS DE SENTIMENT DE VICTOIRE CAR LE PLUS DIFFICILE RESTAIT À VENIR »

Bargiel détient le record de la descente la plus ­rapide du Manaslu. À ski, bien sûr.

L’

idée naît dans la tête d’Andrzej Bargiel en 2015, alors qu’il escalade le douzième sommet le plus é­ levé au monde situé dans le massif du Karakoram. Inattentif à l’énorme tâche qui l’occupe, l’alpiniste polonais se prend à rêver d’un défi ­encore plus grand. « Pendant la longue ascension et toute la descente du Broad Peak, j’avais la face du K2 sous les yeux, raconte l’alpiniste. Je n’avais encore ­jamais envisagé de m’y attaquer, mais en l’observant, une voie m’est ­apparue et j’ai tout de suite su que je pouvais la skier. » Le ski-alpinisme est une discipline dangereuse : il s’agit de grimper au sommet d’une montagne et d’en redescendre à ski, avec tous les risques inhérents : avalanches, glaciers fragiles, crevasses et dénivelés mortels. Mais Bargiel, 30 ans, fait partie des as. Outre le Broad Peak et ses 8 051 m à la frontière sino-­pakistanaise, il a déjà skié d’autres 8 000 m : le Shishapangma au Tibet (8 013 m, 14e sommet mondial) et le Manaslu au Népal (8 156 m, 8e). Mais le K2 c’est du lourd. Ses 8 611 m d’altitude, 237 m de moins que l’Everest, en font le deuxième relief le plus élevé, et sans doute le plus mortel et le plus technique. Seulement trois cents personnes environ en

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sont venues à bout, et près d’une centaine d’autres y ont laissé la vie. En 2009 et 2010, deux alpinistes y sont morts en tentant la descente à ski depuis le sommet. Aucune tentative n’avait jusque-là abouti. En 2017, B ­ argiel se lance une première fois, mais un fort risque d’avalanche et d’éboulement l’oblige à renoncer. « Je n’aime pas revenir au même endroit, mais je me ­devais de ressayer, confie ­Bargiel. Le changement climatique me faisait craindre une transformation rapide du grand glacier, le tracé aurait été impraticable, et tout mon travail gâché. » Le 22 juillet dernier, à 11 h 30, après trois jours et demi d’escalade sans oxygène, Bargiel atteint le sommet du K2. « J’ai pris un selfie mais n’éprouvais pas de sentiment de victoire, car le plus difficile restait à venir. » Le K2 présente des dangers mortels, notamment le bottleneck, un ravin ou couloir étroit, à 300 m du sommet, avec une pente abrupte de 50 à 60 degrés. Au-dessus, des ­séracs (énormes piliers de glace) instables menacent de s’écraser à tout instant. « Il faut y passer au bon moment,

quand la neige n’est ni trop dure ni trop molle, réduisant ainsi les risques d’avalanche, et avec un ensoleillement ­o­ptimal, explique Bargiel. Mais pas trop chaud non plus, sans quoi les séracs vous tombent dessus. Les données sont ­multiples.  » Pour le guider, son frère Bartek utilise un drone, et – le hasard faisant bien les choses – sauve une vie : en b ­ alayant la face du K2, il r­ epère Rick Allen, un grimpeur écossais qui avait chuté d’une falaise à 7 000 m d’altitude et était présumé mort. Les signes de mouvement observés lui ont permis d’orienter les secours. Bartek détient depuis le r­ ecord d’altitude d’une vidéo filmé par drone. Mais le ­record du jour est ailleurs. Huit heures après avoir quitté le sommet, Bargiel ­atteint le camp de base à ski. Il vient de dévaler 3 600 m de dénivelé en reliant quatre voies distinctes et devient ainsi le premier humain à skier ­depuis le sommet du K2. « Ma joie est immense, ­déclare ­Bargiel à l’arrivée. Et je suis surtout content de ne plus avoir à y ­retourner ! » Revivez la descente du K2 de Bargiel sur Red Bull TV.

Bargiel en pleine ascension. Sa descente relie quatre voies : l’arête des Abruzzes, la Cesen, la transversale Messner et la Kukuczka-Piotrowski.

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B U L L EVA R D

f­ enêtres ouvertes avec la ­sensation d’être dans un four, et fouetté par le sable. »

Comment…

SURVIVRE À UN DÉSERT MORTEL

Rester attentif

« Les dunes de sable ­atteignent des centaines de mètres de haut. Il faut de la vitesse pour les grimper mais attention au sommet. Mieux vaut vérifier l’autre versant avant de s’y lancer, le vent peut changer l’angle de la pente. De quoi f­ inir en tonneaux. En transpirant, vous perdez des sels minéraux, ce qui diminue la capacité à se concentrer. Et sur les dunes, la moindre baisse de concentration se paie cash. »

Superman pourrait-il vous sortir de cette ­galère ? Pour traverser ce désert, le superhéros lui-même (du moins celui qui l’incarne au cinéma) s’en remet au chef d’expédition Aldo Kane…

Attention aux coups de chaud

« C’est un tueur silencieux ; l’apparition de rougeurs, ou des visages sans transpiration sont autant d’alertes. Le sable fin et mou favorise l’enlisement des voitures parfois jusqu’aux portières, obligeant à sortir par la fenêtre pour ­dégager le sable. L’effort physique en pleine chaleur rend l’opération particulièrement dangereuse. »

Avoir le bon look

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est membre des Royal ­Marines, la survie il connaît – et ça tombe bien car dans le ­Taklamakan la température passe de + 50 à – 15 °C. Entre hypothermie et gelure la nuit, et coup de chaud le jour, la mort guette en permanence. » Kane nous livre cinq astuces pour la tromper… Kane (à gauche) et Henry « Superman » Cavill ­lors d’un tournage dans le désert de Taklamakan en 2013.

Vivre dans un four

« Dans le Taklamakan, il faut boire six litres d’eau par jour pour rester en vie. Il fait si chaud qu’on peut pocher un œuf dans un sac en plastique sur le tableau de bord. Ici, pas de climatisation – on roule

Plus tard, on en rira

« Une partie de l’esprit commando consiste à garder le sourire dans l’adversité. Le fait d’avoir des expériences de type 2 à son actif s’avère utile. À savoir, des épreuves difficiles au moment de les vivre mais dont le souvenir procure du plaisir. Car rien ne dure éternellement, et tout cela nous fera rire le moment venu avec Henry C ­ avill. » THE RED BULLETIN

MATT RAY

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itué au nord-ouest de la Chine, le désert du Taklamakan, surnommé la « Mer de la mort », est le deuxième plus grand désert de sable aux dunes mouvantes au monde. Dans l’Antiquité, les commerçants de la Route de la soie préféraient le contourner que le traverser. « Les pistes étaient inexistantes. Ceux qui s’y aventuraient y périssaient », explique Aldo Kane, l’aventurier chargé en 2013 d’y guider l’acteur Henry Cavill, alias Superman, pour l’émission Driven To ­E xtremes. « Le frère de Cavill

ALDO KANE

La voiture de Kane et Cavill enlisée dans une mer de sable fin mortelle.

« Lunettes et foulard sont ­indispensables, sans quoi vous risquez l’aveuglement et l’étouffement en cas de tempête de sable. Une nuit, un tourbillon de poussière a emporté la plupart de notre équipement et sacs de couchage. J’ai dû évacuer l’équipe, dans l’obscurité à l’aide d’une boussole, en marchant devant les gars et les voitures tout en étant b ­ attu par le sable. »


« UNE SOURCE D’INSPIRATION ÉNORME »

Incarner la légende Freddie Mercury, de Queen, peut faire décoller votre carrière ou la briser. Pour la star de Mr. Robot, ce fut une révélation.

E

n endossant le rôle d’un hacker dans la série à succès Mr. Robot, Rami Malek a démontré son talent pour incarner des personnages fascinants. Le projet suivant s’avère autrement ­difficile et ambitieux : l’Américain de 37 ans doit livrer une version convaincante de ­Freddie ­Mercury, Dieu ­iconique et frontman de l’un des plus grands groupes de rock britanniques dans le film de Dexter Fletcher et Bryan ­Singer, Bohemian Rhapsody (le 31 octobre au cinéma). C’est en s’y appliquant qu’il découvre la clé de l’accomplissement. « Mercury était un ­esprit rebelle, dit Malek. C’est ça qui lui a permis de donner pleinement corps à son Moi ­véritable.  »

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the red bulletin : Qu’estce qui vous attire dans ce rôle ? rami malek : Pour moi, ­Freddie Mercury est ce que je pense qu’il est pour tous : une énorme source d’inspiration. Quand il avait décidé de faire quelque chose, il faisait tout pour que ça devienne réel. Et si ça ne marchait pas, au lieu d’essayer de dissimuler l’échec, il était le premier à en parler. C’est ça qui fait qu’on peut s’identifier à lui. Il a combattu les stéréotypes et cassé les conventions dans la musique et dans sa façon de vivre. Qu’est-ce qui l’a façonné ainsi à votre avis ? Il est né à Zanzibar, est allé à l’école à Bombay et est revenu chez lui au moment de la ­révolution, ce qui l’a contraint avec sa famille à se réfugier en Angleterre. Son héritage familial l’a rendu timide et pudique en surface, alors qu’il était animé d’un certain esprit de provocation et d’une forme de dureté.

Comment se met-on dans la peau d’un tel personnage ? La clé, c’est sa façon de bouger. Le public lui répond de manière viscérale quand il est sur scène, parce qu’il a le pouvoir de connecter : en une ­seconde, il est à lui. Alors je suis allé voir un coach pour doper ma manière de bouger. Le p ­ remier mois, on n’a pas ­seulement regardé ses performances en concert mais aussi la manière dont il se tenait en interview : son aspect ­physique, son regard provoc ou l’intensité avec laquelle il pouvait scruter un détail sur le canapé. Étiez-vous capable de déchiffrer tout cela chez lui ? Ce fut une étape. Les infos sur la façon dont il s’articulait nous ont aussi été données par les gens qu’il aimait. Je regardais Bowie, Jagger, ­Hendrix, Aretha Franklin presqu’autant que Mercury, car pour le comprendre, il fallait que j’aille au plus profond de son être en explorant les personnes qu’il admirait. Son esprit de révolte brûlet-il aussi en vous-même ? Je suis un Américain première génération. Mes parents ont quitté l’Égypte non sans risque pour habiter un pays étranger afin que leurs enfants aient plus d’opportunités. Au début, ils ont eu du mal, j’en avais conscience. Alors quand je leur ai dit que je voulais être un artiste, ce fut un sacré challenge. Il se passe quelque chose en moi quand je joue : je relève des défis que je déclinerais dans d’autres domaines de ma vie. Ça me transporte.

foxmovies.com RÜDIGER STURM

Rami Malek

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Malek : « ll se passe quelque chose en moi quand je joue : je r­ elève des défis que je déclinerais dans d’autres domaines de ma vie. »

THE RED BULLETIN 

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The Coralarium

LE MUSÉE IMMERGÉ C’est une sculpture géante couplée à un zoo sous-marin. Les œuvres vivantes exposées ici ne sont pas des créatures océanes, mais bien les humains qui viennent en visite…

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À l’intérieur de la cage, des statues sont mélangées avec du corail. Avec le temps, il va coloniser la surface de la sculpture.

des organismes filtres, elle rendent l’eau plus claire.

M

JASON DECAIRES TAYLOR

FLORIAN OBKIRCHER

aillot et tuba… le dress code pour l’expo de Jason deCaires ­Taylor. L’artiste anglais de 44 ans a créé des sculptures pour les exposer à la surface de la mer et dans les profondeurs marines. Comme au ­Underwater Sculpture Park de La Grenade (Antilles), l’une des 25 merveilles du monde selon N ­ ational Geographic. La dernière création de Taylor est le Coralarium, dans les Maldives : un cube d’acier de 6 m de haut que la faune ­marine autant que les bipèdes peuvent pénétrer à leur guise. « C’est un zoo inversé, dit ­Taylor. Normalement, on regarde des animaux en cage. Ici, c’est la faune sous-marine qui nous observe. C’est mon objectif : traiter l’océan comme un ­musée qu’il est ­important de protéger. »

Le public et les hôtes aquatiques visitent le Coralarium à 150 m de la rive, tantôt immergé, tantôt émergé au gré de la marée.

THE RED BULLETIN 

the red bulletin : Les fonds marins sont-ils un ­espace d’expo attrayant ? taylor : J’installe une sculpture et le jour suivant, elle a changé d’aspect. Mon dernier projet est dans un fjord près d’Oslo. L’eau y est froide et trouble, on n’imagine pas que quelque chose survive ici, et pourtant, en six mois, des milliers de moules, de crabes et d’éponges ont colonisé les surfaces. Et les moules étant

Qu’est-ce qui attire la vie marine sur vos sculptures ? J’ai développé un ciment au PH neutre qui attire la faune aquatique et l’invite à grandir à sa surface. Ces sculptures vont perdurer des centaines d’années, et elles sont si lourdes qu’elles ne peuvent être ni emportées ni déplacées par les courants. Comment les œuvres sontelles fabriquées ? Nous avons découpé Ocean Atlas (une sculpture en référence au titan Atlas, ndlr) en neuf morceaux puis les avons assemblé sous l’eau à l’aide d’une grue, au centimètre près. J’étais là avec mon masque et mon tuba et j’expliquais aux grutiers et aux plongeurs comment s’y prendre. Quel est le sens de cet art ? Inciter les gens à respecter la fragilité de la nature. À La Grenade, il y a trois zones de plongée, les touristes y ont fait beaucoup de dégâts. Les sculptures du parc attirent 30 000 personnes par an dans une autre baie. Une deuxième raison ? La sensibilisation. Sensibilisation à quoi ? Les scientifiques prédisent que dans cinquante ans, il ne restera que 10 % du récif corallien actuel, avec la perte de 40 % des espèces de l’océan.

underwatersculpture.com   17


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Warm Brew

« COMME DU MARVIN GAYE, VERSION RAP »

Le groupe de L.A. délivre son guide ­perso du hip-hop made in West Coast.

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otes depuis l’école, Ray Wright, Manu Li et Serk Spliff étaient occupés à raffiner leur mélange soutenu de riffs funk sur des rythmes psychédéliques quand l’icône hip-hop Dom Kennedy les découvre en 2014. Un an plus tard, le trio californien (originaire de Venice et de Santa ­Monica, en bord de mer) sort son album Ghetto Beach Boyz, une ­pépite acclamée par la critique. Ils ont ­aujourd’hui le vent en poupe. Nos ambassadeurs hip-hop ont choisi quatre titres emblématiques qui ont façonné leur approche du son tel qu’on le ressent sur la côte ouest. New Content, le dernier album de Warm Brew, est dispo ; redbullrecords.com

MAC DRE CALIFORNIA LIVIN’ (1991)

Wright : « C’est avec ce titre que le hip-hop West Coast est né. Avant ça, le rap venait ­surtout de la côte est, comme dans Rapper’s Delight : “The hippie to the hippie/ The hip hip a hop”. Avec ­Eazy-E, on comprend à quoi ça ressemble de vivre par ici. On l’entend même des années après sa mort (en 1995, ndlr) dans les vieilles Chevrolet. »

Spliff: « California Livin’ a joué un rôle déterminant dans l’histoire du hip-hop de la West Coast, car il apportait une nouvelle perspective. ­Originaire d’Oakland, Mac Dre décrit la beauté de la Californie et parle aussi des difficultés d’y faire partie d’une minorité. C’est la version rap du livre de W. Golding, Sa ­Majesté des Mouches (1954, ndlr). »

WARREN G & NATE DOGG REGULATE (1994)

KENDRICK LAMAR ALRIGHT (2015)

Li : « Cette chanson, c’est l­’intro du G-funk au monde, c’est un son smooth et funky. Ça parle de gangs et de ­vengeances. C’est du ghetto ­gospel, c’est aussi un ­enseignement sur la vie à Long Beach. Le morceau ­s’inspire du hit de Michael McDonald dans les années 80, I Keep Forgettin’ (Every Time You’re Near). »

Li : « Quand on s’intéressera à l’administration Trump dans un avenir proche, on se souviendra de ce morceau comme d’un hymne de protestation. Son énergie rebelle fait penser aux rappeurs de NWA : seul un ­esprit ouvert à la diversité de la culture californienne peut connaître cela. Ça me rappelle What’s Going On, de Marvin Gaye, mais en version rap. »

ROBB KLASSEN

FLORIAN OBKIRCHER

Le crew du Brew de gauche à droite) : Serk Spliff, Manu Li et Ray Wright.

EAZY-E BOYZ-N-THE HOOD (1986)

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La batterie du Boost affiche 45 minutes d’autonomie et se remplace aisément. Temps de recharge : 120 minutes.

Lampuga Boost

TOP OU FLOP ?

Les surfeurs passeraient 54 % de leur temps à pagayer et 24 à attendre la vague. Cette planche promet 100 % de glisse.

L

é­ changeable offre 45 minutes d’autonomie sur une mer calme. Mais le chiffre le plus important est sans nul doute son prix : 21 000 € (ce qui en fait un jouet de luxe ou le genre de récompense que le personnage de Bodhi dans Point Break pourrait s’offrir en braquant une banque de plus). Reste à voir si le Boost séduira les surfeurs purs et durs… Ce qui est sûr, c’est que la planche est produite à Hambourg (Allemagne), ville où est établi la société Lampuga, à deux bonnes heures de route de la côte, houle la plus proche des e­ nvirons. Et, pour les inconditionnels de la vieille école, le Boost garantit l’expérience de surf à l’ancienne, c’est-à-dire qu’avec ses quarante k ­ ilos, il est aussi lourd, sinon plus, que les ­premiers longboards en bois des P ­ olynésiens. lampuga.de

TOM GUISE

a planche de surf a bien changé depuis le morceau de bois de six mètres de long qu’utilisaient les ­Polynésiens d’antan. Au début du XXe siècle, l’Hawaïen George Freeth – surnommé le « père du surf moderne » – introduit une planche plus courte. En 1926, le surfeur américain Tom Blake invente la première planche creuse qu’il dotera peu de temps après d’un aileron. Le modèle à trois ailerons ou Thruster créé par le surfeur australien Simon Anderson n’apparaît qu’en 1980 et reste à ce jour la norme en ­v igueur. Mais une nouvelle génération de planche pointe le bout de son nez : le Lampuga Boost. Longue de 2,56 mètres, elle est dotée d’un moteur électrique 14 chevaux qui la propulse à 58 km/h sans l’aide d’aucune vague. La puissance du Boost permet même de r­ emonter les vagues si ça vous tente. Une manette contrôle la vitesse, et l’orientation se fait en déplaçant le point d’équilibre. Sa batterie

LAMPUGA

Le manche à gaz ­fonctionne sans fil et peut être débranché de la planche et porté au poignet. THE RED BULLETIN 

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Travis Pastrana

L’HÉRITIER DE KNIEVEL

En une soirée, la star du motocross réalise trois sauts épiques, battant une série de records qui avaient ­demandé huit ans à l’icône de la cascade, Evel Knievel.

2018 Un demi-siècle après Knievel, Pastrana ­survole la fontaine du Caesars Palace dans le sens opposé.

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a veille du Nouvel an 1967, le cascadeur américain Evel Knievel saute par-dessus les fontaines du Caesars Palace à Las Vegas (USA). La réception est désastreuse. Il passe au-dessus du guidon de sa Triumph Bonneville T120, et fini inconscient au bout du parking. À 29 ans et seulement deux ans de ­carrière de casse-cou, Knievel cumule déjà les fractures en tout genre : bassin, fémur, hanche, poignet, chevilles, en plus d’une commotion cérébrale grave. Ces blessures lui valent une renommée mondiale et le poussent à réaliser des cascades toujours plus ­ambitieuses durant plus

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1967 Knievel saute au-dessus de la fontaine, atteignant 43 mètres, plus long saut jamais réalisé… au prix d’une douloureuse réception.

THE RED BULLETIN


Chiffres en cascade Les exploits légendaires de Knievel surclassés par Pastrana.

« C’EST LA CHOSE LA PLUS COOL QUE J’AIE FAITE À CE JOUR. » Travis Pastrana

Saut de voiture

NEILSON BARNARD/GETTY IMAGES, BETTMANN ARCHIVE TOM GUISE CHRISTINA LOCK

Le 10 novembre 1973, au Los Angeles Coliseum, Knievel ­survole 50 voitures écrasées sur une Harley-Davidson XR75. Un record vieux de 35 ans.

d’une décennie. Il décédera à l’âge de 69 ans. Le 8 juillet dernier, le pilote FMX Travis Pastrana a rendu hommage au saut qui a propulsé Knievel dans la ­célébrité en s’élançant lui-même au-­ dessus de la fontaine de Vegas, vêtu comme son prédécesseur d’une combinaison de cuir blanc paré d’un V. Roulant sur une ­Indian Scout FTR750 plus légère et plus puissante, le ­pilote de 34 ans réussit là où Knievel a échoué. Une journée conclue par l’amélioration des cascades de Knievel. Pastrana a d’abord survolé 52 voitures empilées, puis sauté par-dessus 16 bus Greyhound. Le Nevada est gage de chance pour Pastrana, déjà habitué au triomphe. « Las Vegas a marqué une grande partie de ma vie, confie-t-il. C’est ici que j’ai fait ma demande en mariage et que j’ai réalisé mon premier show Nitro C ­ ircus. Mais là, c’est incontestablement ce que j’ai fait de plus cool à ce jour. » Il reste un record de Knievel que Pastrana n’a pas battu et que nous ne lui souhaitons pas de battre : celui du plus grand nombre de ­f ractures. L’icône de la cascade en comptait 433… nitrocircus.com THE RED BULLETIN 

Voitures survolées

37 M

50

43 M

52

Saut de bus 25 octobre 1975 : Knievel s’élance au-dessus de 14 bus. Sa roue arrière touche le dernier et lui évite de basculer en arrière.

Bus intacts

41 M

14

59 M

16

Saut de fontaine 51 années après le saut de Knievel, la zone autour du Caesars Palace s’est densifiée, réduisant la rampe d’accélération pour atteindre les 112 km/h dont a besoin Pastrana.

43 M

46 M

saut de Knievel

ÉCHEC

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B U L L EVA R D

UN CIEL SANS PÉAGE

Une « voiture » volante facile à diriger et n’exigeant pas de ­licence de pilotage ? Un type l’a construite juste pour vous.

T

Afin de faciliter le ­pilotage, le Flyer utilise un système d’autostabilisation, proche de ­celui d’un drone.

odd Reichert est un habitué des véhicules novateurs. En 2010, l’ingénieur aérospatial canadien crée et ­pilote avec succès le premier avion à ailes battantes à propulsion humaine. En 2013, son équipe remporte le prix ­Sikorsky pour le premier hélicoptère à propulsion humaine. Et en 2016, Reichert bat le record de vitesse sur un vélo qu’il a contribué à développer. Sa dernière invention : la machine volante pour tous. Le Flyer est un hélicoptère monoplace à propulsion électrique composé de 12 pièces mobiles (10 hélices et 2 manches de contrôle) et des o ­ rdinateurs de vol, le rendant très facile à pi-

loter. Au site de formation Lake Las V ­ egas du fabricant Kitty Hawk, les novices maîtrisent l’appareil en moins d’une heure et demie. L’altitude de vol limitée à 3 mètres et la vitesse maximale (32 km/h) rendent le Flyer conforme aux règles de la FAA relatives aux ULM, lesquelles n’exigent pas de licence de pilotage en zones à faible fréquentation. « Nous l’utilisons donc au-dessus de l’eau », explique Reichert, directeur technique du projet. Kitty Hawk a pour mission de « libérer les gens de la circulation ». Le ciel est la prochaine frontière du moyen de transport privé, mieux que la ­voiture : plus rapide, moins cher, moins de matière, moins d’énergie et plus sûr. Le Flyer n’est pas la solution ultime, mais la première étape de ce que Reichert décrit comme un cheminement passant des « ­loisirs à l’exploration puis au transport », Kitty Hawk a d’ailleurs ouvert les précommandes en juin. « Nous espérons que le Flyer deviendra aussi répandu et pratique que la voiture aujourd’hui », conclut Reichert. kittyhawk.aero

TOM GUISE

Kitty Hawk Flyer

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KITTY HAWK

Construit avec des matériaux légers et étanches, le Flyer peut décoller verticalement et amerrir.

THE RED BULLETIN


Un canyon rempli de serpents à ­sonnette, du sable magique et un saut au-dessus d’une faille rocheuse de la ­largeur d’une autoroute à quatre voies : au Red Bull Rampage dans l’Utah, les pros du VTT ­repoussent les frontières du possible ­depuis 2001. Nous vous avons concocté un best of de l’événement VTT le plus ­barré au monde. 24  

CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

UNE PISTE CYCLABLE DU GENRE HARDCORE


L’apogée du VTT radical Au RED BULL RAMPAGE, chacun des 21 riders crée sa propre ligne dans les falaises du parc national de Zion dans l’Utah (USA). Quatre jours durant, les pros taillent leur tracé dans le grès, aidés en cela par deux acolytes (les diggers, en photo). Pendant la compétition, les juges évaluent le style, la vitesse et la créativité de chacun à la ­descente de sa ligne. Pour celui qui arrive au bout. Texte WERNER JESSNER


LE PLEIN DE CHUTES LIBRES Les VTT de descente sont les seuls à être à la fois suffisamment maniables pour ­assurer des atterrissages précis, et assez solides pour supporter ce genre de drops vertigineux. Le double vainqueur Brandon Semenuk (ici en photo) est considéré comme le virtuose des drops.


« C’est notre ­raison de vivre. »

CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL, PARIS GORE, JENS STAUDT @ 4ZIG.NET

Le Néo-Zélandais Conor ­Macfarlane, rookie lors du Red Bull Rampage 2016, porte les marques de sa première participation.

Ce tatouage autour de la cicatrice d’un participant au Red Bull Rampage 2014 ­dénote un sacré sens de l’humour. THE RED BULLETIN 

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« Chacun détermine le niveau de difficulté de son Rampage… qui ne sera ­jamais facile. » Cam McCaul, États-Unis, ­vétéran du Red Bull Rampage

CODE D’HONNEUR : CHACUN SA LIGNE Il existe une règle tacite entre les riders : pas question d’aller piétiner les lignes des autres, que ce soit en descente ou en montée, et aussi pénible que puisse être le parcours. Cela vaut aussi pour les équipes de diggers, chargées ici de transporter les VTT de Tyler McCaul (à g.), Rémy Métailler (m.) et consorts jusqu’à la ligne de départ. 28  

CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

Alerte, serpents ! Outre les riders, les conditions météo au parc national de Zion (au-dessus de 40 degrés en été, une sécheresse infernale) ­incitent d’autres formes de vie extrêmes à venir visiter le coin. La bonne nouvelle : les serpents à sonnette seraient des animaux nocturnes… Mouais.


UN SABLE SPÉCIAL POUR RÉCEPTIONNER LES CHUTES À VÉLO LES PLUS RUDES Il n’y a bien qu’ici, à Virgin (Utah), que le grès est suffisamment dur pour qu’on puisse rouler dessus, tout en se montrant souple et friable en cas d’impact. Ici, une chute de l’Américain Nicholi Rogatkin lors de son premier Rampage en 2014.


Le repos, ce sera pour après. Le Red Bull Rampage est le dernier grand événement VTT de l’année.

Des photos de ce type prises sur un Rampage, généralement, vous n'en voyez pas. Quand une chute se révèle fatale pour le matériel, le staff fait disparaître les cadavres en moins de deux, car c'est l'action pure qui prime. Faites comme si on ne vous avait rien montré…

JENS STAUDT @ 4ZIG.NET, PARIS GORE, GETTY IMAGES

Télévision, livestream, des centaines de journalistes et de photographes sur place, sans compter les ­athlètes et leurs quelques 250 000 followers sur les ­réseaux sociaux : le Red Bull Rampage est le plus gros événement VTT retransmis dans le monde.

« Il n’y a pas une seule fois où j’ai réussi à bien ­dormir les nuits précédentes. Mais ça ne m’a jamais empêché de revenir. » Le Canadien Thomas Vanderham, ­véritable légende du freeride, a participé sept fois au Red Bull Rampage.

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UN SAUT POUR ENTRER DANS L’ÉTERNITÉ Le « Canyon Gap » est aussi large qu’une ­autoroute à quatre voies. En dessous : rien d’autre que des rochers, des serpents à sonnette et des broussailles. Ce saut, c’est l’un des plus gros challenges qui soient sur deux roues. Au passage, depuis 2015, il faut réaliser au moins un backflip en le franchissant pour avoir une chance de remporter le Red Bull Rampage.


« “Win, crash or go home” : il faut que tu t’éclates là-dedans. Sinon, tu n’as rien à faire ici. » Andreu Lacondeguy, Espagne, vainqueur 2014

Les vainqueurs comme Andreu Lacondeguy ont ­accompli tout ce qu’il était humainement possible en freeride. Ou comment devenir un s­ uperhéros.

DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL, JENS STAUDT @ 4ZIG.NET, PARIS GORE

Même pour les riders pro, cette compétition, ce n’est pas de la gnognote. Ethan Nell, natif du coin, dit au revoir à sa copine avant de r­ ejoindre la ligne de départ.

RED BULL RAMPAGE 2018 La 13e édition, le 26 octobre en ­direct de l’Utah et sur Red Bull TV. 21 riders dont le vainqueur de l’année dernière, Kurt Sorge, le recordman Brandon Semenuk et le petit génie des tricks, le Belge Thomas Genon, sont de retour pour le grand show du vendredi, après quatre jours de pelletage et quatre jours d’entraînement. Les fans le savent bien : la météo dans le désert – en particulier le vent – est imprévisible, donc on se garde le week-end de libre s’il fallait repousser la compétition.

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LE SON DE LA RUE Des vues et écoutes par millions dans les voitures et les smartphones… L’audience de Sofiane explose.


« Tue un Sofiane… il en reste plein ! » Sofiane (ou Fianso) est plusieurs : rappeur, acteur, entrepreneur ou bâtisseur acharné d’un empire de l’entertainment… Un profil et une motivation rares au sein du rap français. Pour nous en faire une idée concrète, nous avons rencontré les Sofiane derrière Fianso. Texte PH CAMY Photos FELIPE BARBOSA



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L

a veille de notre rencontre, sur un écran de ciné, en mode acteur, Sofiane s’arrachait d’une puissante berline avec un sac de sport lesté de billets. Argent sale, business de cocaïne, déjà quatre morts… Les ingrédients du film Frères Ennemis, sorti le 3 octobre, dans lequel le rappeur tient un rôle convaincant aux côtés des solides Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Quelques semaines plus tôt, il est installé avec l’un des patrons de France Inter, Guy Lagache, pour discuter d’un projet surprenant : Sofiane en Gatsby le Magnifique sur une scène du prestigieux Festival de théâtre d’Avignon. Projet concrétisé les 15 et 16 juillet derniers, Sofiane honorant le classique de l’auteur américain Scott Fitzgerald avec assurance. Sur YouTube, Sofiane s’échappe de taule, dans le clip de Woah illustrant le premier extrait de son album collectif, 93 Empire, réunissant toutes les générations de rappeurs issues du département francilien. Des pionniers locaux, Supreme NTM, aux plus jeunes gâchettes comme Vald ou Kalash Criminel, Kaaris ou Mac Tyer. Sofiane Zermani dirige aussi un label (Affranchis Music), des studios d’enregistrement, accompagne des artistes en développement, parle avec les pontes du music business. Ou s’engage auprès d’associations venant en aide à des gens de la SeineSaint-­Denis dans le besoin. Sur la toile, on peut aussi voir Sofiane, l’homme du 93, pacifiant des tensions entre habitants de Bobigny et des CRS lors d’une manifestation de soutien au jeune Théo. Venu présenter Frères Ennemis à la Mostra de Venise, prestigieux festival de 36  



« Ce Gatsby que j’ai joué sur une scène de théâtre, c’est ça, le summum de la caillera ! » cinéma, le magazine Vogue l’y intègre à son classement des « meilleurs looks sur le tapis rouge ». Et quand il donne un concert en Algérie (pays ­d’origine de ses parents) en juin 2017, c’est en plein air et devant un public de 25 000 personnes, au bénéfice du ­Croissant-Rouge algérien. Vous en voulez encore ? Tourner un clip à La Castellane, quartier chaud de ­Marseille, impossible pour un rappeur d’Île-de-France. Sauf quand ce rappeur s’appelle Sofiane, et que son réseau dans les « quartiers » de France est tentaculaire. Avec trois albums (disques de platine) à date et des dizaines de collaboration au compteur, l’homme est dans le « rap game » depuis une dizaine d’années, mais vraiment exposé au plus grand nombre depuis trois ou quatre ans. Malgré ce palmarès rare dans le monde du rap français, pour beaucoup, ce père de deux enfants âgé de 31 ans se résume encore et seulement à un rappeur. Persuadés que l’homme originaire de Seine-Saint-­Denis est bien plus copieux que cela, nous voulions rencontrer les ­Sofiane derrière Fianso. Et vous permettre, peut-être, de changer d’opinion à son sujet. Ressentir son authenticité. Elle vous pète à la gueule dès la première seconde. Le type est intense, comme le noir dans ses yeux. Assurément habité par les vices et les vertus d’un département populaire qu’il a dans les tripes. L’interview ? Sofiane, direct : « Je suis là pour ça, poto ! » the red bulletin : Avec toutes vos activités, comment faites-vous pour ne pas péter les plombs ni vous disperser ?

sofiane : Il y a plein de maux qui ne sont pas reconnus dans mon monde : la ­dépression, le burn out… Chez moi, c’est : « Tais-toi et lève-toi ! » Tu n’as pas le choix. Mais j’explose quand même, toutes les 48 heures, dans mon coin. C’est un genre de schizophrénie. La compartimentation dans mon cerveau, entre les différentes activités, me rend fou, parfois. Quel est le Sofiane que le grand public connaît le moins ? Quel compartiment de vous n’a-t-il pas eu l’occasion ­d’explorer  ? Le littéraire. Celui à qui l’on propose un Gatsby au Festival d’Avignon et qui kiffe direct, parce que je lis du théâtre depuis que je suis tout petit. C’est le dernier truc que tu penserais me voir faire si tu m’as déjà vu dans un clip tourné aux Mureaux ou à La Castellane, ou en train de gérer une émeute en plein Bobigny.   On peut voir cette représentation de Gatsby en ligne : une ambiance feutrée, avec des musiciens classiques, vous ­assis sur un banc donnant la réplique à une sympathique comédienne… Pas le « cercle » de Fianso habituel ! J’ai kiffé ! Ça tue ! Comment avez-vous contenu votre ­caractère explosif dans ce cadre précis ? Pour ce projet, qui était une pièce, sur scène, mais aussi une adaptation radiophonique et musicale, j’ai écouté Pauline Thimonnier, l’adaptatrice du texte, et Alex Plank, le réalisateur. Alex m’a vu ­arriver en répétition comme le Fianso que je suis d’habitude… Je faisais les cent pas… Il m’a dit : « Contiens-toi ! » Il m’a appris le b.a.-ba, le silence après la « ­punch », qui est une similitude avec le rap. La manière de se tenir, de poser un mot, le poids que prend ce mot quand tu fais le mouvement qui va avec. J’ai fait très peu de répétitions et me suis mis une grosse pression.   Pourquoi ces gens de France Culture et du Festival d’Avignon ont-ils cru en vous ? Parce que ça a matché avec eux dès le ­début. Avec Blandine Masson, la directrice de la fiction sur France Culture, les responsables de Radio France, comme Guy Lagache, ou d’autres… On s’est mis directement à échanger sur la littérature, la lecture, la philo. Quand tu mets trois, THE RED BULLETIN


BÂTISSEUR D'UN EMPIRE

Sofiane, un père de f­ amille de 31 ans, dirige un label, des studios, un média et travaille au développement d’un « empire » dédié à l’entertainment.


LÀ POUR FÉDÉRER

À l’image de son album 93 Empire, réunissant des rappeurs de renom, Sofiane est en mode ­collectif, et soutient les jeunes talents.


YA RIEN NADIR

quatre, cinq références dans la conversation, on te prend un peu plus au sérieux. Ensuite, tu ne gonfles pas le torse, tu ne fais pas le malin, tu n’es pas dans ton monde, pas dans ton domaine, alors tu te calmes bien comme il faut. Je pense que je leur ai inspiré confiance. Un type comme vous, avec sa position dans le rap français, a été capable de ne pas se mettre en avant… Je me suis surtout mis en danger. Tous les mecs de cité auraient pu dire : « Vas-y, c’est bon, frère, Sofiane a changé, c’est terminé, qu’est-ce qu’il fait celui-là ?! » En fait, ce Gatsby que j’ai joué, c’est ça le summum de la caillera ! C’est ça, ma gueule, être une caillera ! C’est assumer. Faire Gatsby, c’est plus caillera que faire un truc de caillera ? Tu as tout compris ! C’est plus caillera que de se montrer armé devant une caméra.   Théâtre, grands patrons de Radio France ou du business musical… Vous évoluez dans différents cercles et avez créé le vôtre en ligne, avec le programme Rentre dans le Cercle, sur YouTube. Quel est sa fonction, à la base ? La base, c’est mettre les gens en lumière, il y aussi le côté très business… Pas une histoire de gain, mais de contrôle.   Un contrôle de qui, sur quoi ? En vingt ans d’existence, le rap, c’est quoi ? Cinq ou six sites Internet qui comptent, deux radios, dont une qui boîte, zéro ­magazine puisque RAP R&B n’est plus ­édité… Pourtant, c’est nous qui vendons ces millions d’albums, qui remplissons ces salles partout en France. Mathématiquement, ce microcosme va exploser, réellement. Et ça me fait peur que des grands groupes viennent et assènent des lignes de crédit à des blogs, des pages Facebook, rachètent tous les sites, et que ce monde-là nous échappe, qu’il ne nous appartienne plus du tout. Je ne suis pas le révolutionnaire de ­l’année, à mes heures je suis même un ­capitaliste en puissance, mais il faut que l’on garde un contrôle. Et le Cercle en fait partie. C’est une solution de sourcing d’artistes… Les deux sources principales de jeunes talents dans le rap sont Daymolition et Rentre dans le cercle. Je suis entré au capital de Daymolition, la chaîne rap de YouTube, et Rentre dans le cercle ­m’appartient. Ça me permet d’avoir des discussions concrètes avec les patrons de labels.

Dans le Cercle, rappeurs et rappeuses de tous horizons sont à l’honneur.

L’impro rentre dans le Cercle Dans le cadre de son show en ligne Rentre dans le cercle, Sofiane a accueilli les candidats du battle d’improvisation Red Bull Dernier Mot. Lancé par Sofiane en 2017 sur Daymolition, la chaîne hip-hop de YouTube, Rentre dans le cercle est un show unique dans lequel il convie rappeurs, hommes comme femmes, connus comme débutants, producteurs d’instrumentaux, journalistes et figures du business musical français. Des artistes majeurs de la scène rap française tels Kaaris, Bigflo & Oli, Vlad, Busta Flex, Demi Portion, Romeo Elvis, Caballero et JeanJass ou encore Sadek ont pris la parole lors de freestyles d’anthologie aux côtés de t­ alents bruts jusqu’alors très peu exposés. Tous peuvent s’y exprimer sur le même pied d’égalité. Et le programme donne également l’occasion aux internautes de rencontrer celles et ceux qui font l’industrie et l’image du hip-hop en France. Lors d’un tournage réalisé le 15 septembre dernier, Rentre dans le cercle a accueilli des candidats de la seconde édition du Red Bull Dernier Mot. Tournoi d’un genre nouveau, il mixe battle de rap, impro, prose, poésie et présence scénique. Lorsque les MC’s montent sur la scène du Red Bull Dernier Mot, ils s’affrontent via des figures imposées

et des thèmes révélés au dernier ­moment. Ils ne savent pas qui sera leur adversaire, ni sur quel instru ils vont rapper. Un événement dont les qualifications se déroulent lors de trois étapes en région et à Paris, et une quatrième tenue dans le cercle de Sofiane. Huit candidats se sont donc affrontés devant Sofiane et un jury d’experts composé de Lino (du duo rap Arsenik), de Solo (du fondamental groupe ­Assassin), et de Rizwan (du média ­Rapunchline). Au terme de cette qualification inédite, les trois meilleurs improvisateurs ont pu ajouter leurs noms à ceux des treize autres participants à la grande finale du 24 novembre au Trianon.

Retrouvez l’événement Rentre dans le cercle spécial Red Bull Dernier Mot sur YouTube et Daymolition ; Finale du Red Bull Dernier Mot : au Trianon, à Paris, le 24 novembre 2018 redbullderniermot.com

Est-ce que des équivalents de ces ­Daymolition ou Rentre dans le cercle THE RED BULLETIN 

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vous ont manqué quand vous vous êtes lancé il y a une dizaine d’années ? Bien sûr. Rentre dans le cercle, c’est une idée que l’on a presque tous eu dans ma génération, on voulait tous le faire. Youssoufa a commencé avec ses punchlines sessions, et j’ai moi-même été invité dans l’une d’entre elles. On s’est tous dit qu’on allait faire plein de choses, mais la vie et la carrière faisant, la plupart des mecs ne sont pas allés au bout de leurs trucs. Sauf que moi je suis borné et entêté, je dis, je fais. Et je les ai donc faites, ces choses. C’est juste incroyable comme tu étonnes les gens quand tu fais ce que tu dis, c’est fantastique. « Je vais faire ça, ça et ça ! » Et puis tu le fais, et là, les gens sont ­choqués. C’est quoi, en fait, votre « milieu » ? On va le résumer à l’industrie du divertissement, à l’entertainment. Comme aux USA où ils sont se regroupés en lobby, et ça m’inspire de fou. On doit siéger, on doit se former aux rouages du business de la musique… Les organismes de subvention, comment ça marche ? La SPPF, la FCPP, la Sacem, comment ça fonctionne ? Moi je veux savoir ! Même sur l’aspect le plus froid qui est l’aspect financier, l’oseille, ça sort d’où ? Comment tu gagnes ton argent ? Expliquez-moi, je veux comprendre. En vérité, aujourd’hui, dans le rap en France, tu as des mecs qui jouent des Ligues des champions mais qui ne savent pas ce qu’est un coup-franc ou un corner. Ils se pointent sur le terrain de foot avec des raquettes de tennis et des ballons de rugby, et ils essaient de mettre des buts. La plupart des rappeurs ont le talent mais ne connaissent rien au business ? Ils ne connaissent pas ! Et ça ne les ­intéresse même pas.   Vous avez envie de les aider ? De les emmener vers ce futur que vous créez, vers cette ouverture ? Oui, je soutiens beaucoup de jeunes ­artistes, des gens que j’ai amenés dans mon wagon ces deux dernières années. Je pourrais t’en citer plein... Il y en a un qui me vient en tête, Hornet la Frappe. Un jeune artiste d’Épinay-sur-Seine qui a fait un gros hit, Je pense à toi, et qui a été produit par le rappeur Busta Flex (rappeur parmi les plus prisés des années 90, ndlr) avant de prendre son indépendance. Il faisait mes premières parties, et à un moment, je lui ai proposé de signer chez moi. Il m’a dit : « Gros, tu es mon grand frère, mais je veux faire comme toi, je veux mon label, je veux ma structure. » 40  



Ça vous a rendu fier que ce jeune ­artiste que vous avez épaulé souhaite s’émanciper, créer ses propres ­structures, comme vous ? À mort. Car lui était prêt. D’autres non. Ceux-là, tu les associes, tu les aides, tu leur présentes ton fiscaliste, ton baveux (avocat, ndlr), tes équipes, ton comptable, « signe des contrats avec ta société, ne signe pas en nom propre », « attention aux abattements »… On crée des patrons, et à un moment, dans cinq ans, dans dix ans, on sera assis autour de la table, ils produiront des artistes, j’aurai produit des

« C’est juste incroyable comme tu étonnes les gens quand tu fais ce que tu dis. » ­ rtistes, et on fera du vrai lobbyisme. a C’est nous qui choisirons les patrons des labels, parce qu’on aura créé une force de frappe, de plusieurs millions d’albums par an. Donc, ceux qui nous voudront devront ­aller dans notre sens. Vous êtes en train de créer des entrepreneurs sur le « modèle Sofiane » ? Des entrepreneurs, des clubs d’influence. C’est comme ça que ça se passe dans la vie, tu ne feras pas autrement. Lino, l’un des rappeurs du duo Arsenik, disait : « Signe-moi mon chèque, on fera la révolution plus tard. » Je kiffe ça. Je mets des clés de tous les côtés… Démultiplier les activités me permet… pas d’être immortel, mais presque. (sourire) Tue un ­Sofiane, il en reste plein ! On dit que les acteurs, avec leurs films, deviennent immortels. On vous voyait hier dans Frères ennemis, film sombre sur le trafic de drogue et le banditisme. Qu’est-ce que vous a a ­ pporté ce projet ? Quand on a commencé à faire des ­lectures avec les comédiens en préparant

le film, c’est là que le réalisateur David ­Oelhoffen a eu l’idée de me solliciter. Dans l’univers du trafic, il y a des mots qui ne se disent plus, des manières de faire qui n’existent plus… C’est un réalisateur de film qui n’est pas coutumier, pas familier de ce monde, il ne sait pas ce que c’est qu’un PGP… C’est quoi, un PGP ? C’est un téléphone intraçable. Il y a plein de petits mots, de petits codes… Par exemple, dans mon texte, à l’origine, je devais dire : « Je suis resté là avec la came… » La came, frère, qui dit la came en 2018 ? Bah alors, on dit la coke ? Non. Si tu parles d’un « truc », soit tu dis un mot en arabe, soit tu dis un mot vague : les « machins ». Du coup, on a changé plein de choses. Au-delà de ça, c’était une belle aventure. Je me suis retrouvé avec l’acteur belge Matthias Schoenaerts (meilleur espoir masculin aux César 2013 pour De rouille et d’os, ndlr), qui est un monstre, qui s’adapte au tac au tac.   À l’inverse, qu’est-ce que vous avez ­appris de ces gens du cinéma ? J’ai retenu cette espèce de fulgurance que l’on attend de toi sur un plateau de tournage. En tant que rappeur, tu prépares un album pendant des mois, mais tu as quinze titres pour te défendre. Là, tu ­prépares une scène pendant trois heures, quatre heures, il y a trente, quarante ­personnes en train de travailler sur le ­plateau, et tu as quinze minutes pour ­rentrer la scène. C’est tout de suite, c’est « one shot » ! Je kiffe ça. Je ne suis jamais meilleur que sous la pression. Ce film est tourné dans le 93, département souvent médiatisé pour la réalité de son trafic de drogue, et rarement pour autre chose, il reste donc un ­cliché de la banlieue « chaude ». Qu’estce que vous souhaitez aujourd’hui à tous les gens du 93, rappeurs, gosses, mères de familles, qui y vivent au ­quotidien  ? Je leur… pardon… je NOUS souhaite la réunification des forces vives. Je nous souhaite d’être unis, car il n’y a pas d’autre manière de faire. On a un hashtag entre nous qui dit « neuf trois c’est neuf trois » : je ne peux pas me mettre en embrouille avec un mec de chez moi pour un mec d’ailleurs. Si on est en embrouille chez nous, ça se règle chez nous. Pour le reste du monde, on est compact.

@fiansolevrai 93 empire, album collectif de Sofiane Frères ennemis, au cinéma THE RED BULLETIN


PLEIN ÉCRAN

Au cinéma ce mois ­d’octobre, le film Frères ­ennemis de David Oelhoffen met en scène un Sofiane gangster, au cœur du nid de serpents qu’est le narcotrafic.


TAK E F I V E

CALUM HUDSON, un type ordinaire qui adore…

… NAGER EN EAUX VIVES Employé de bureau en semaine, cet Anglais de 28 ans a un passe-temps peu commun : plonger dans des eaux h ­ ostiles, en compagnie de ses frangins, Jack et Robbie.

2 Tant de potentiel inexploité

Sur les 30 plus grandes rivières au monde, seules cinq ont été parcourues à la nage par le Slovène sexagénaire Martin Strel. Notre objectif, c’est de nager dans les sept plus gros maëlstroms de la planète. Avec un capitaine de bateau expérimenté et une bonne connaissance de l’endroit, on peut y accéder à certaines périodes de l’année. Nous en avons trois à notre actif : les tourbillons de Moskstraumen et Saltstraumen (Norvège), et Corryvreckan (Écosse).

3 Risque n  1 : se faire manger

° On a eu droit aux orques dans l’océan Arctique, aux requins-bouledogues au Venezuela et aux requins blancs dans la baie de San Francisco. Une compagnie de production voulait nous filmer en train de remonter le fleuve Congo : on était sur le point d’obtenir les dernières autorisations quand on a entendu parler de cinq cas d’attaque de crocodile dans le fleuve. Au Venezuela, les fameux crocodiles de l’Orénoque (jusqu’à 7 m de long) m’ont aussi fait abandonner certains projets.

4 Ça peut donner froid

7 °C dans l’océan Arctique (grâce au Gulf Stream) et seulement 3 °C à Glasgow, en mars, lors des Red Bull Neptune Steps. En Arctique, il y avait un test d’hypothermie toutes les 30 minutes : il fallait décliner ses nom, prénom, date de naissance et réciter des multiplications. Une erreur, et c’était la sortie. J’étais paniqué à l’idée de ne plus savoir mes tables de multiplication !

Une passion commune : (de g. à dr.) Robbie, Calum et Jack Hudson.

de vous reconnecter à 1 Illas’agit nature 5 Mais ça vous libère

Les lacs et les rivières peuvent devenir de formidables terrains d’aventure. » CALUM HUDSON

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Nous avons grandi au plein air, dans la magnifique région de Lake District (un parc national au Royaume-Uni, ndlr). Puis il y a eu la fac, les soirées arrosées, et la vie à Londres avec sa routine métro-­boulotdodo. Au bout de deux ans à Londres, nous avons vendu la maison de famille, et j’ai proposé à Jack et Robbie de descendre à la nage les 145 km de notre rivière, l’Eden, qui coule devant la maison, comme pour dire au revoir à ce lieu de notre enfance. Ce fut le début de l’aventure.

La nage en eaux vives est un sport parmi les plus accessibles. Il suffit de bien connaître les coins où l’on nage : l’Écosse par exemple est moins domestiquée que l’Angleterre. Prenez les lacs et les rivières autour de chez vous : ils peuvent devenir de formidables terrains de jeu entre potes.

thewildswimmingbrothers.com Entretien TOM GUISE Photo JODY DAUNTON THE RED BULLETIN


16 CHAMPIONS INTERNATIONAUX

1 SEUL VAINQUEUR

10 & 11 NOVEMBRE - PARIS


GRANDIR,

De l’émotionnel Sodebo Ultim, 32 mètres de long et 23 mètres de large. À bord de sa « machine », le skipper français Thomas Coville va prendre le départ de sa cinquième Route du Rhum. Sept jours d’enfer comme de purs sommets émotionnels.

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JEAN-MARIE LIOT / DPPI/ SODEBO

TOMBER...


Foule, solitude, enfer, puis la terre promise où tout peut se jouer pour quelques ­secondes… La Route du Rhum, qui se court entre Saint-Malo et Pointe-à-­ Pitre tous les quatre ans, est une montagne russe d’émotions parfois fatale. Le Français Thomas Coville, l’un des navigateurs les plus capés dans cette solitaire, nous fait vivre de l’intérieur ce sprint transcendant à travers l’Atlantique. Texte PATRICIA OUDIT

RENAÎTRE


Cœur à 200 Colonne de winch ou moulin à café ? Sur un Rhum, le skipper passe 90 % de son temps au winch. Sur les Ultims, ces maxi-trimarans difficiles à manœuvrer, le cœur monte souvent à 200. Thomas Coville s’y colle à nouveau le 4 novembre.


VINCENT CURUTCHET/SODEBO (2), ELOI STICHELBAUT/SODEBO

T

rente-trois mille cinq cent dix milles marins d’une transatlantique unique au monde, qui mêle tous types de bateaux et de concurrents, marins amateurs et professionnels va débuter le 4 novembre : à bord de Sodebo Ultim, son géant des mers de 32 mètres de long et 23 mètres de large, Thomas Coville, le skipper de ­Locmariaquer (Morbihan) prendra le ­départ de sa cinquième Route du Rhum. La première rencontre de Coville avec le Rhum a lieu en 1994. « Je suis alors préparateur de Laurent Bourgnon, vainqueur de la course. Il m’y associe à tel point que j’ai eu le sentiment de la gagner ! » Cette première émotion nourrira toutes les autres. « En 1998, le navigateur Yves Parlier, victime d’un accident, me donne l’opportunité de skipper son bateau et je gagne en monocoque pour ma première vraie participation. En 2002, j’abandonne en tête, une grosse cicatrice dans ma carrière… Par contre, j’ai adoré l’édition 2006, une bagarre d’anthologie entre les quatre premiers (Coville termine troisième, ndr). En 2010, je fais troisième, mais c’est un goût un peu amer, car il n’y a pas de match : Franck Cammas casse les codes en se lançant sur le premier grand trimaran et en explosant les scores… » Mais ce cycle béni de podiums se rompt à la dernière édition en 2014. ­Coville (cinq tours du monde en solitaire à son actif) part favori sur son nouveau maxi trimaran, il est serein. Mais quelques heures après le départ, la catastrophe : le skipper percute un cargo. À deux mètres près. « Le Rhum fait partie de ces courses où l’on peut perdre tellement et tout sur un seul geste… Accepter ça, miser des années pour de l’aléatoire, c’est inacceptable pour 99 % des individus qui vivent dans le mesuré, le confort… Après cet abandon prématuré, je me suis rongé de l’intérieur. THE RED BULLETIN 

Le vital passera après En dix éditions, la Route du Rhum n’a jamais tracé un sillage tranquille. Les tempêtes de novembre de l’Atlantique Nord sont souvent furieuses et parfois funestes. Dans ce sprint-machine à laver, dormir et manger, actes pourtant vitaux, sont soumis à la météo et la stratégie qui en découle.

Pour m’en sortir, j’ai décidé d’entamer un travail avec Lynne Burney, une Néo-Zélandaise spécialiste en coaching. Au bout de six séances avec elle, je me suis senti plus léger de quinze ­kilos…  » Cette fortune de mer, comme il l’appelle aujourd’hui, qui le plaque durant des mois dans une dépression digne d’un Atlantique Nord en novembre, marque ­fatalement son histoire avec cette course hors-norme. « Le Rhum, c’est un voyage, dans tous les sens du terme, qui fait passer par des états d’âme et de mer uniques en très peu de temps, un concentré de sensations et d’adrénaline à haute dose. À chaque fois que je pars pour l’autre côté de l’océan, j’ai une émotion particulière. » Enfant de Bretagne Nord, Thomas allait admirer les premiers multicoques au

« Miser des ­années pour de l’aléatoire, c’est inacceptable pour 99 % des individus qui vivent dans le mesuré, le ­confort…  »

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LE DÉPART : COMME AU MANS

« On évolue dans un sport où on est assez peu en contact direct avec public. Or, là, à Saint-Malo, on est d’un seul coup au centre de l’arène, tous les projecteurs braqués sur nous. Dans cette vieille ville corsaire, avec ses remparts de granit chargés d’histoire, dans les superbes lumières changeantes d’automne, on se croirait vraiment dans un décor de cinéma. ­Pendant les quinze jours qui précèdent la course, la ville noire de monde vit, mange, dort Rhum ; des dizaines de milliers de personnes viennent admirer les bateaux sur les pontons, nous saluer. J’essaie de rester dans ma bulle, je vais courir jusqu’à Cancale, ou sur la plage, mais je suis pris par cette intensité. Cela n’arrive que tous les quatre ans, alors on accepte finalement de se laisser porter par toute cette énergie… Et puis, c’est le jour J. Sur la ligne de départ, plus d’une centaine de bateaux à touche-touche. La rejoindre est très compliqué. Les Ultims sont des monstres, très complexes à manœuvrer, et on a peur de se rentrer dedans entre concurrents, sans oublier les bateaux des plaisanciers et les navettes affrétées pour suivre le d ­ épart qui sont légions. Avant le go du starter, c’est la foire d’empoigne pour se placer sans faire un faux départ et subir une pénalité. On se sent sur le fil du rasoir, le cœur monte tout de suite dans les tours, la tension nerveuse est à son comble : un peu comme dans les starts d’un 100 mètres, les favoris se jaugent. Ça se frotte, ça se frôle, coques contre coques, à tel point que la course va parfois s’arrêter là pour cause d’incident mécanique. Quand on a la chance de pouvoir s’élancer, on a très vite le Cap Fréhel en ligne de mire : la première bouée est très proche de la côte, c’est chaud, très chaud, d’autant que sur nos bateaux ultra-­ puissants, la moindre manœuvre doit ­s’anticiper. Mais pas le temps de flipper, la concentration est déjà au maximum. On passe si près qu’on peut voir les ­regards des spectateurs. De toute la course, rien n’est aussi fort, aussi anxiogène que ce ­départ jusqu’à la pointe Bretagne : je ­compare ça à une course de ­voiture, le 48  



premier virage au Mans. Les bateaux sont collés-serrés comme on dit aux Antilles, ça se joue au bluff, à l’intimidation pour savoir qui va lâcher les chevaux tout de suite… C’est le début d’un subtil dosage entre agressivité et contrôle. »

L’ATLANTIQUE NORD : UNE MACHINE À LAVER

« Après avoir passé le Cap Fréhel, c’est la première grande nuit en Manche. On est très vite pris à la gorge, on s’use le regard à force de tenter de percevoir les nombreux dangers de cette zone saturée d’activités, cargos, vedettes, casiers… Tous ces OFNIS (Objets Flottants Non Identifiés) qui peuvent tuer la course et qui me l’ont tuée il y a quatre ans. Très vite, avant qu’une certaine “routine” s’installe dans les longs bords, la question se pose : où je mets le curseur pour ne rien casser ? Sur le Rhum, 95 % de la course se fait sous pilote automatique et la majorité des manœuvres se font à la colonne de winch. C’est physique de faire avancer un tel gabarit sur des mers déchaînées. Je me suis entraîné pour, notamment en salle, avec une machine qui reproduit ces moulinets de bras si particuliers. Dans les premiers enchaînements de manœuvres, je suis super vigilant, impensable de dormir. D’ailleurs, sur le Rhum, des actes vitaux comme manger et dormir sont totalement soumis à la météo et à la stratégie qui en découle. On ne se dit pas : tiens et si je me faisais un petit lyophal (lyophilisé, ndlr) ? On mange quand on peut et comme on peut, en se faisant brinquebaler de partout ! Dans les trentesix premières heures, on est au pied au plancher, on met les watts, d’autant que sur nos Ultims, la course se joue en sept jours, pas question d’économiser le bateau. Il peut y avoir de la casse mais pas d’usure, la course n’est pas assez longue… Je passe beaucoup de temps à la table à carte, sur mon ordinateur, avec mon routeur météo, Jean-Luc Nélias, qui va me donner la stratégie la plus évidente à suivre, en fonction aussi des choix des autres concurrents. Dans ce début de course, tout le monde veut enchaîner les milles et prendre de l’avance. Dans la machine à laver de l’Atlantique, dans les tempêtes de novembre, où c’est grain sur grain, je suis trempé en moins de deux, j’ai froid, ce que je gère un peu moins bien qu’avant, surtout au niveau des mains, car je me suis gelé les doigts pendant un tour du monde. Quand je barre, je suis en mode casque lourd, en ciré intégral, le plus possible à l’abri du cockpit, emmitouflé dans toutes les couches que j’ai à bord. Parfois, la ­tempête est si

Moments de solitude Cinq faits historiques sur cette course mythique, tirés du livre L’Épopée transatlantique, les multicoques sous l’emprise du rhum, par Dino Diméo et Antoine Grenapin. Paru aux éditions Hugo et Cie.

1978

À quelques secondes... Sur son trimaran, le Canadien Mike Birch remporte la première édition de l’épreuve avec seulement 98 secondes d’avance sur le Français Michel Malinovsky. Ce dernier, sur son monocoque, y a cru jusqu’à quelques encablures de Pointe-à-Pitre.

1986

La route du drame

Le navigateur Français Éric Caradec disparaît en mer : Florence Arthaud se déroute pour le retrouver mais il n’est plus à bord. Vainqueur cette année-là, Philippe Poupon lui dédie sa victoire.

1990

Arthaud la miraculée

La victoire épique de Florence Arthaud (photo ci-dessous), alias la petite fiancée de l’Atlantique. Pour sa première participation en 1978, la jeune fille (21 ans alors) avait manqué de finir par-dessus bord, suite à une glissade du haut du mât et n’avait dû la vie sauve qu’à un cordage enroulé autour de sa jambe…

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GETTY IMAGES, VINCENT CURUTCHET/SODEBO, JEAN-MARIE LIOT/DPPI/SODEBO

­ épart, dans le bassin Vauban à Saint-­ d Malo, puis les voyait passer au Cap ­Fréhel, de nuit. L’ambiance de cette course a bercé sa j­ eunesse. Des années plus tard, devenu marin, cette course a changé sa vie. « À chaque fois, mais de manière ­différente. C’est un curseur dans mon existence, tous les quatre ans, elle permet de voir le chemin parcouru. De me voir ­grandir, tomber, et renaître. »


Un sprintathon Cavaler sur les filets dans les alizés fait partie du job sur cette solitaire particulière, où la vélocité, la réactivité doivent être celles d’un sprinteur qui serait en capacité de gérer une distance marathon.

« De toute la course, rien n’est aussi fort, aussi anxiogène que le départ jusqu’à la pointe ­Bretagne.  »


forte comme dans le Golfe de Gascogne en 2002, avec des creux de 8 mètres et 45 nœuds de vent violent, qu’il est impossible d’aller au mât ou d’aller sur le pont. Là, je suis en mode survie, à chaque vague, je me fais passer au karcher, il faut que je reste près des écoutes, mais en même temps, je dois rester mobile et véloce pour éviter que le voilier ne chavire. Et si le ­bateau est inerte, il se fait broyer par les vagues. La seule issue, c’est de ­garder de la vitesse pour fuir le chaos. La pression mentale est énorme. Il faut ­savoir décider rapidement, il n’y aura ­aucun droit à l’erreur. Il faut tenir encore, sans dormir ni manger. Si je me trompe dans l’enchaînement des changements de voile, c’est le point de non-retour. Physiquement, je me mets minable sur certaines manœuvres où il faut être super ­explosif au moulin à café. J’ai le cœur qui monte à 200, le goût du sang dans la bouche. En 4 minutes, il faut donner tout ce qu’on a dans les tripes. C’est l’effort d’un 400 mètres sur une piste mouvante, mais à fournir à un instant où l’on n’est pas ­forcément préparé pour : cela peut survenir au milieu de la nuit, au sortir d’un ­sommeil haché de 20 minutes. Et si je rate, soit je casse tout, soit je chavire. »

Comme un coup de vieux Les mains enflées, le corps usé, les traits creusés. Pour les Ultims, la route du Rhum ne dure que sept jours, mais fait prendre parfois dix ans aux skippers. L’arrivée à Pointe-àPitre dans une ambiance de Tour de France libère les corps et ravit les esprits. Ensuite, a minima, rattraper la trentaine d’heures de sommeil perdues en mer, à terre.

LES ALIZÉS : UN SCHUSS, EN ÉTÉ...

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l­ ’Atlantique, accepter la loi de la nature et s’occuper : lire (j’emporte toujours des essais de philo, au moins), prendre une douche, contempler les couchers de ­soleil, discuter de choses plus légères avec son routeur, réparer le bateau s’il y a de la casse. Si au contraire, les grains violents surviennent, c’est comme une longue ­descente vers l’arrivée, un gros schuss de ski. Là, l’engagement est total avec tous les risques que cela comporte : un multicoque ça peut chavirer !Mais la récompense est énorme : surfer avec des pointes à 40 nœuds (près de 80 km) qui font au passage prendre un pied terrible, avec cette impression de voler, de planer ! Au fil des jours, je suis de plus en plus à l’écoute de mon bateau. Un multicoque, ça fait un bruit assourdissant mais je ne le subis pas, au contraire : je sais au moindre cliquetis en tête de mât ou à un micro

2001

Un Rhum intraitable L’édition catastrophe, l’hécatombe due à une succession de grains ultraviolents à l’entrée de l’Atlantique Nord. Au total, trente abandons, des chavirages et beaucoup de casse. L’Anglaise Ellen MacArthur remporte la course. « Ce Rhum était intraitable, il me fait penser à Paris-Roubaix », résume Thomas Coville.

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JEAN-MARIE LIOT/SODEBO

On est au milieu de la course, on arrive près de l’Équateur. En quelques heures, on change d’ambiance. On est partis en hiver, on arrive en été, c’est quand même un truc de fou !On a subi la baston au nord en ciré intégral, et on se retrouve en mode short et tee-shirt. Avec l’expérience on arrive à s’adapter à cette mutation ultra-rapide, mais c’est quand même usant. La chaleur, c’est un peu un piège, il faut faire attention à la déshydratation, et boire n’est pas souvent la priorité. On change aussi d’alimentation. Sur un Rhum, je suis moins protéiné que sur les tours du monde : on a besoin de plus de glucides sur ce genre de sprint. Chaque jour, je me sers les ­rations caloriques lyophilisées qui ont été préparée par le nutritionniste. Plus on va vers le chaud, plus les saveurs et les textures sont adaptées, je suis plus sur des semoules, des pâtes. Dans les Alizés, la fatigue commence à se faire cruellement sentir : sur un Rhum on ne dort que deux heures par jour en moyenne et par tranches de 20 minutes. J’indique à mon routeur quand je vais dormir, au cas où (même si ça ne m’est j­ amais arrivé) je ne me réveillerais pas. Plus on arrive près de l’Équateur, plus il y a de l’instabilité météo : soit c’est pétole (pas de vent, ndlr), dans ce cas, il faut se réinitialiser après la baston de


« Si le bateau est inerte, il se fait broyer par les ­vagues. La seule issue : garder de la vitesse pour fuir le chaos. »

s­ ifflement qu’il se passe quelque chose d’anormal. Même si je suis au bout du bout, cramé, dans la limite du médicalement raisonnable, je fais corps avec ma machine, plus que jamais… »

JEAN-MARIE LIOT/SODEBO

L’ARRIVÉE : GRÂCE ET EUPHORIE

« On est sous les Tropiques, on va savourer, vacances… Non. Cette arrivée est très complexe : c’est comme un atterrissage en avion sur la Guadeloupe. Le parcours nous impose de passer dans les dévents de Basse Terre (île principale de la Guadeloupe, ndlr), et là, on peut perdre tout le temps que l’on avait grappillé les jours précédents en seulement deux heures. C’est injuste, aléatoire, mais ce n’est pas le moment de flancher. En prime, il y a cette bouée au ras de la côte, dangereuse pour nos Ultims, où on peut encore se mettre sur le toit. La fatigue aidant, THE RED BULLETIN 

l­ ’effort de concentration demandé est dingue… Les yeux auraient besoin d’allumettes pour ne pas se fermer, mais le Rhum est un blockbuster à suspense, et tant que la ligne n’est pas passée… Il faut y aller. Sur certaines éditions, la victoire s’est jouée à quelques minutes. Puis on file vers la Marina, et là, le choc : je viens de passer une semaine seul, et voilà qu’on m’escorte sans transition vers la civilisation. Une puissante communion avec le public, une vraie sensation de fraternité. Souvent, je crains même les risques de collisions avec tous ces petits bateaux à l’eau, mais c’est une telle fête qu’on a la banane jusque-là… Un moment de grâce et d’euphorie, qui se termine dans les bras des proches, entre larmes, sono, et fumigènes… La magie et la folie du Rhum ! »

2014

Le remplaçant

Loïck Peyron remplace Armel Le Cleac’h, blessé, au pied levé, et s’impose sur Banque Populaire VII en explosant le record de la course en 7 j 15 h 08 min 32 s. En quarante ans de course, les navigateurs ont gagné plus de deux semaines pour parcourir les 5 648 km séparant la Bretagne et la Guadeloupe.

routedurhum.com   51


ESPRIT libre

Elle est le pire cauchemar d’un manager musical : un genre de pop star qui serait la quintessence du cool nonchalant, selon sa fan, Katy Perry. Après une pause de presque dix ans, la chanteuse suédoise ROBYN révèle comment son désir d’indépendance a fait d’elle la musicienne préférée de votre musicienne préférée.  Texte FLORIAN OBKIRCHER  Photos HEJI SHIN 52  


Perfectionniste pop, nerd : la versatilité de ­Robyn en a fait un modèle pour de jeunes artistes et ­musiciens de par le monde.


« J’ai levé le pied. Je n’ai jamais été aussi calme de toute ma vie. »

Robyn façon Madonna 80’s – photographiée par Heji Shin, en collaboration avec Red Bull Music – pour la pochette de son nouvel album.

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F

aire les choses à sa manière. C’est le leitmotiv qui a ­r ythmé les vingt-cinq ans de ­carrière de Robyn. Dès le moment où la chanteuse suédoise a décidé de délaisser sa carrière préfabriquée de pop star adolescente pour rechercher l’indépendance et suivre sa vision artistique, elle a activement collaboré avec des a ­ rtistes qui l’inspiraient, quel que soit leur style musical. Au fil des ans, elle a travaillé avec presque tout le monde dans le milieu, de l’un des plus grands producteurs de chansons à succès de notre époque, Max ­Martin (Katy Perry, Ariana Grande, Pink), à l’icône de rap Snoop Dogg, tout en esquivant le clinquant du business musical. Ses chansons électro-pop parlent de ruptures douloureuses et d’amours p ­ erdues, ne connaissent pas les happy end et sont ­plutôt cash. Dans le clip de son single Call Your G ­ irlfriend (qui s’est classé en tête du ­palmarès des Hot Dance Club Songs à l’époque), elle force même le trait en s­ ’affichant avec un pull à poils et une chorégraphie faiblement élaborée. La chanteuse de 39 ans a aussi choisi de s’éloigner de la norme en ce qui concerne son emploi du temps. Il s’écoule de longs intervalles entre les parutions de ses enregistrements. N’importe quel manager de l’industrie de la musique vous le dira, on attend des musiciens d ­e nos jours d’avoir le don d’ubiquité et de partager fréquemment de nouveaux morceaux sur les plateformes de streaming. Le dernier album de Robyn, Body Talk, ­remonte à 2010. C’est dire l’euphorie de ses fans lorsque qu’elle signe H ­ oney, un titre créé à la d ­ emande de Lena Dunham pour la d ­ ernière saison de l’émission Girls en 2017, et qu’elle annonce lors d’une conférence au Red Bull Music F ­ estival de New York plus tôt cette année que son huitième album est sur le point de sortir… À l’occasion de la parution de ce disque – intitulé lui aussi Honey – Robyn nous ­explique pourquoi l’indépendance dans une carrière est essentielle et pourquoi ­lever le pied peut vous aider à vous ­remettre en marche.

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the red bulletin : Vous êtes connue comme l’une des collaboratrices les plus polyvalentes de la musique pop. Mais pour cet album, vous avez décidé de travailler seule. Pourquoi changer votre méthode de travail ? robyn : D’habitude, j’ai des idées pour mes chansons mais je laisse souvent la production à d’autres. Pour mon dernier Honey, je savais mieux à quoi je voulais que l’album ressemble. Il était primordial que j’explore cela par moi-même. Le travail de collaboration est un processus qui m’est très cher mais qui laisse peu de possibilités pour savoir ce que l’on veut vraiment tout au fond de soi. Cette fois, je savais vraiment ce que je voulais. Travailler seule fut-il un avantage ? Pour arriver à cet espace où je pouvais faire les choses instinctivement, j’avais besoin de temps toute seule, afin de pas subir d’influences extérieures. Je me sentais très seule par moments. Ce fut un processus d’apprentissage qui m’a permis d’apprécier le fait d’être seule et de devenir une vraie nerd avec des trucs comme l’apprentissage d’un nouveau logiciel, aller à mon studio de danse et pratiquer. J’avais l’impression d’être une étudiante à nouveau. Vous avez pris votre temps, mais n’estce pas le contraire de ce que chaque ­expert de l’industrie de la musique vous dirait aujourd’hui ? Les artistes lancent de nouvelles chansons tous les mois afin de garder leur nom présent dans l’esprit du public... Probablement, mais après une séparation et la perte d’un très bon ami (et collaborateur de longue date, Christian Falk, ndlr) à cause d’un cancer, il m’a semblé normal de faire une pause. J’ai commencé une thérapie, intense, et je ne voulais pas i­ nterrompre le processus en faisant d’autres choses. Quel type de thérapie ? Une psychanalyse. Trois à quatre fois par semaine, pendant cinq ans. Fondamentalement, vous établissez une relation avec votre thérapeute et vous passez en revue les choses que vous aviez peut-être laissées de côté jusqu’à présent. Le thérapeute est là pour vous suivre à travers   55


les différentes phases. Parfois, c’est ­formidable, parfois, c’est frustrant. Il s’agit de laisser les choses suivre leurs cours et de ne pas les interrompre. C’est comme une guérison. Quel effet cela a-t-il eu sur votre vie quotidienne ? J’ai levé le pied. Je n’ai jamais été aussi calme de toute ma vie, parce que j’ai fait très peu de choses. Du coup, chaque chose que je fais gagne en informations. Qu’est-ce que vous voulez dire ? Quand on travaille beaucoup, la vitesse d’exécution est tout autre. Vous vous ­précipitez, vous forcez les choses au sein de votre emploi du temps, mais vous n’êtes pas vraiment présent. Avec la 56  



4 moments de la carrière de Robyn qui

1997

2005

À seulement 18 ans, Robyn enregistre Show Me Love qui se classe dans le top 10 des singles aux USA et au Royaume-Uni. Elle fait aussi partie des rares artistes non noirs à s’être produits à l’émission de musique américaine Soul Train. Un an plus tôt, elle faisait la première partie de Tina Turner en Suède.

Après que sa maison de disques ait réagi négativement à ses nouvelles chansons, Robyn lance son propre label, Konichiwa Records, afin de ­libérer son potentiel. Cela se traduit par Robyn, un album électro-pop acclamé par la critique, qui lui vaut une nomination aux Grammy ­Awards suédois. THE RED BULLETIN


« J’aime ne pas savoir exactement où vont les choses. »

­psychanalyse, j’ai commencé à simplement goûter le fait d’être. Quand on est dans cet ­espace, il est vraiment difficile de forcer les choses. La précipitation ne fonctionnait plus. Je sentais le besoin de ­m’autoriser à être présente dans tout ce qui m’était p ­ roposé. Comment conservez-vous ce calme maintenant que vous êtes de nouveau exposée avec votre nouvel album ? Depuis que tout a recommencé à s’accélérer, j’ai réalisé que la méditation était un très bon outil. Elle vous aide à vous centrer sur vous-même et à revenir à vos sensations. J’essaie aussi d’avoir une discussion virtuelle dans ma tête avec ma thérapeute. Je pense à ce qu’elle ­dirait. Dans une analyse, vous apprenez à ­discuter de vos émotions avec vousmême et vous pouvez vous l’imaginer même si vous n’êtes plus en analyse. Il s’agit de prendre le temps de réfléchir ; vous pouvez simplement vous asseoir dans un parc, n’importe où, et être avec vous-même. Quand vous vous êtes sentie prise au piège de l’industrie du label il y a treize ans, vous avez décidé de brûler tous les ponts et de sortir l’album Robyn toute seule. Avez-vous l’impression d’en être arrivée à un point similaire, en train de redémarrer votre carrière après huit ans de difficultés personnelles ? Je me sens beaucoup plus calme par ­rapport à ce que je fais. J’ai vraiment fait l’album que je voulais faire. Et je pense que c’est aussi ce que j’avais fait en 2005, sauf que je n’en savais pas autant sur moi-même.

ont contribué à son capital cool

2010

2013

Allant à l’encontre des règles de ­l’industrie musicale, Robyn sort trois albums. Pourquoi ? « Trop de bonnes chansons », dit-elle. Rolling Stone qualifie la trilogie Body Talk de meilleure parution dance-pop de l’année alors que le magazine suédois Fokus la nomme « Suédoise de l’année ».

Elle reçoit le Grand Prix de l’Institut royal de technologie à Stockholm pour « sa contribution artistique et son utilisation de la technologie ». Avec l’argent du prix, elle lance le festival Tekla, un événement visant à améliorer l’accès à la technologie et aux carrières technologiques pour les adolescentes en Suède.

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Qu’avez-vous ressenti à l’époque après avoir laissé derrière vous le filet de sécurité que représentait votre grande maison de disques ? J’ai vraiment eu peur. J’ai passé des nuits blanches, parce qu’à l’époque il semblait presque impossible d’être une artiste sans maison de disques. C’était un gros risque, mais je sentais que je n’avais rien à perdre. Pas même votre carrière ? Elle me semblait aller nulle part. Je ne connaissais personne dans l’industrie – ou, du moins, dans le créneau dans lequel je travaillais – qui ressentait la musique de la même façon que moi. Je n’avais donc pas vraiment le choix. Mais en même temps, l’option de faire quelque chose par moi-même n’était pas claire non plus. C’était une chute libre, mais je pense que c’est aussi ce que j’apprécie aujourd’hui. J’aime ne pas savoir exactement où vont les choses. Robyn a été un grand succès, donc votre choix a payé. Mais beaucoup de gens auraient choisi l’option la plus sûre. Comment avez-vous résisté à la tentation de prendre un chemin plus facile vers le succès ? Dans mon cas, la peur de stagner était plus grande que la peur de ne pas réussir. Et en musique, si vous ne risquez pas quelque chose qui compte vraiment pour vous, comme votre intégrité, votre fierté, votre temps, votre sécurité ou votre ­réputation, ça s’entend tout de suite dans votre musique. Avez-vous des conseils pour aider les gens à sortir de leur zone de confort et prendre un nouveau départ ? Établissez vos propres routines et votre propre processus auxquels vous pouvez vous fier. Prenez aussi le temps d’explorer et de vous donner de l’espace, ne vous précipitez pas dans ce qui est nouveau. Enfin, parlez à des personnes en qui vous avez confiance. Faites-leur écouter votre musique ou faites-leur lire quelque chose que vous avez écrit, peu importe ce que c’est. Trouvez votre équilibre entre un e­ space plus isolé et un autre plus f­ réquenté. Compter sur ces deux ­éléments a v­ raiment été déterminant pour moi quand j’ai commencé à travailler sur mon nouvel album.

Regardez la conférence de Robyn sur ­redbullmusicacademy.com/lectures/robyn  ; robyn.com   57


En roue libre Des motos, du bordel, et des routes désertes à gogo : bienvenue au Camp VC, un endroit où les femmes repoussent leurs limites, éclatent les stéréotypes et dansent jusqu’à l’aurore. Texte JESSICA HOLLAND

Photos JANE STOCKDALE


Jene Bons (à gauche), 30 ans, était à quelques semaines d’ouvrir une pizzeria quand elle a pris la route depuis les Pays-Bas avec son amie, la coach de vie Merel Neeltje Molenaar, 25 ans. « C’est plus fun d’aller sur place voir ce qu’il se passe, dit Molenaar. On y va, c’est tout ! »



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NAMIN CHO (30 ans), MAÏTE STORNI (28 ans) et GEMMA HARRISON (33 ans). Les fondatrices de Camp VC sur le chopper de Storni.

O

nze heures du matin, un dimanche d’août, dans une bergerie au pied des Brecon ­Beacons, massif montagneux du sud du Pays de Galles. Des centaines de motos jonchent l’herbe, dont un chopper nacré décoré d’un (vrai !) scorpion ­incrusté et une Harley Davidson Sportser avec la devise Don’t Fuckin’Die sur le réservoir. Ces bécanes appartiennent à quelquesunes des 400 motardes qui émergent des tentes, éblouies par le soleil, et qui commencent à planifier leur trajet retour depuis le Camp VC. Certaines vont traverser le continent ­européen, d’autres se dirigeront vers l’aéroport et embarqueront pour les States. Les pilotes sont aussi éclectiques que leurs motos, quoique le look général tienne moins de l’uniforme de cuir noir 60  



des Hell’s Angels que des tenues colorées de la génération Y : combinaisons moto, sweat rétro, tricots, brassières, cheveux fluos, salopettes et foulards années 50 associés à de simples jeans et T-shirts. Les clichés se vérifient : nombre d’entre elles ­arborent des tatouages, du DIY stick and poke au dragon. ­Clairement, encre et moto font toujours bon ménage. La nuit précédente a fini dans le chaos le plus total. En conclusion des sets de deux groupes 100 % féminin, la DJ Georgie ­Rogers a fait tout péter, de Whitney Houston à Childish Gambino, dans une grange servant à la fois de bar, de skate park, de salle de projection ou de jeux d’arcade, de hall d’expo ou de bingo, de magasin de fringues et de piste de danse. Les corps en sueur se dévêtissaient tandis que certaines faisaient le grand écart ou tentaient THE RED BULLETIN


FLORA BEVERLEY (23 ans) La blogueuse food & fitness n’avait jamais passé autant de temps sur une selle de moto avant son arrivée au Camp VC. Au bout de trois leçons, elle emprunte une moto de cross 250 cm³ pour faire un tour. « C’était génial de passer plein de temps en extérieur pour faire quelque chose de différent, de rencontrer plein de gens cool. Ça m’a permis de me sentir ­super positive.  »


« J’ai fini par trouver ma place : elle était au milieu des motos et des gens qui gravitent autour des motos. » de faire du crowdsurfing. Bières gratuites et gobelets de punch sont servis jusqu’à épuisement des stocks au petit matin. « Vous pourriez tuer pour en être », lance Lorna Paterson, une responsable de la planification pour des événements comme Women of the World ou Meltdown, dans la queue pour un café le matin ­suivant. « Les filles étaient tellement désinhibées en dansant, c’était joie et excitation à l’état pur. » Elle salue toutes les femmes du lieu (à l’exception de quelques gars au bar) pour l’ambiance, soulignant qu’on peut débarquer ébouriffée d’un tour à moto et abandonner son engin dans la cours. « Ici, les nanas sont libres. » À midi, les esprits s’éclaircissent, on prend place sous un auvent de fortune pour le petit-déjeuner. Kirsty Gregory, arrivée le vendredi sur le site, seule et avec un sentiment d’appréhension, a suivi un cours de moto pour débutantes le jour suivant. « Je ne savais pas trop quoi attendre du week-end, mais je savais que je pouvais à tout moment me retirer dans ma tente. À la seconde où je suis entrée dans la cour, j’ai vu Jane me faire coucou de la main par la fenêtre. » Jane Parson et Emma Yates, un couple o ­ riginaire du Derbyshire, réunissent autour d’elles toutes les femmes qui

NÚRIA PÉREZ (34 ans) Basée à Londres, la réalisatrice a grandi au milieu des motos, s’évadant de sa ville d’origine, Barcelone, vers les villages alentour quand elle était ado. « Le vent sur mon visage, les routes escarpées face à moi, ce shoot d’adrénaline quand on est impatient de savoir à quoi va ressembler le paysage après un virage… C’est addictif. Les sens convergent dans l’instant présent. Vous, la route et la bécane. »

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­ rrivent, un peu perdues et inquiètes. Leur équipe nouvellement a constituée d’une camionneuse, une maçonne, une chirurgienne orthopédique, une constructrice de bateau, une prof… a désormais son propre fil WhatsApp et discute d’une future virée en moto dans le désert californien.

C

ette camaraderie est exactement la raison d’être du Camp VC – et de VC London, le collectif derrière ce ­rassemblement. Les fondatrices Gemma Harrison, ­Namin Cho et Maïte Storni (qui fait des jalouses au ­guidon de ses choppers customisés ; c’est à elle notamment qu’appartient la moto au scorpion) ont toutes trois été initiées au monde de la moto par leurs pères et leurs petits-copains. Après leur rencontre et plusieurs virées en bécane ensemble, elles ­décident de s’engager pour encourager plus de nanas à faire la même chose. Harrison se lie d’amitié avec Cho alors qu’elles travaillent comme stylistes de mode, et rencontre Storni, graphiste, dans un café de motards, où elle lui propose de lui apprendre à conduire une moto. « Je n’avais jamais rien piloter, même pas une voiture, dit Storni. J’étais pétrifiée. Mon père a toujours fait de la moto, mais il ne lui est jamais venu à l’esprit de l’enseigner à sa fille. Comme si s’était dangereux, ou que ce n’était pas pour moi. » Après avoir passé un permis moto qui autorise à rouler avec des plaques d’apprenant, Storni déclare se sentir très fière : « Ça m’a donné une grande confiance en moi. » Le trio commence à faire des sorties moto sur des « petites 125 de geek », se choisit un nom (Vicious C**ts, un titre déconne inventé à l’origine par l’un de leurs copains), et se crée un compte Instagram (@VC_London) pour échanger ses expériences. Elles commencent à donner des cours gratuits pour ­débutantes sur des parking de supermarchés les samedis après-midi, sans pression et en prenant tout le temps nécessaire pour parler des peurs et des blocages mentaux. À ce moment-là, elles n’imaginaient pas combien de femmes avaient besoin du soutien qu’elles proposaient. « On a rencontré des filles qui nous disaient : “Je suis trop petite pour une grosse cylindrée”, dit ­Harrison, et on les orientait alors vers des comptes Instagram où l’on voit des nanas de 1,50 m sur des Harley 1200. » Les leçons deviennent des cours exclusivement féminins, en partenariat avec une école de conduite du coin. Le nombre des inscrites ­augmente régulièrement. Il n’y a jamais eu de réel gros projet d’expansion pour transformer cette communauté en un empire de bikeuses. Mais en 2015, Cho et Harrison s’envolent pour Joshua Tree en Californie, où elles participent au Babes Ride Out, un rassemblement annuel dédié aux motardes. L’années suivante, elles se retrouvent à donner un coup de main à l’organisation d’une version anglaise de l’événement, et en août 2017, Camp VC voit le jour : 120 campeuses se rendent au Pays de Galles, venant d’aussi loin que du Canada ou d’Australie. Pendant ce temps, Harrison, désabusée par l’industrie de la mode, décide de sauter le pas. « Tous ces trucs géants qui arrivaient, c’était grâce à VC, c’était organique, dit-elle. Je suis allée à l’encontre de tous les conseils qu’on a pu me donner et je me disais : “On verra bien.” Chaque jour, je ­m’attendais à ce que ça se casse la gueule, mais en fait, ça ne ­faisait que progresser. » Aujourd’hui, le collectif VC propose des panels de discussions, accueille des rencontres mensuelles dans un club de motards, THE RED BULLETIN


KITTY COWELL (31 ans) Fan de l’univers moto depuis de nombreuses années, la styliste de mode et blogueuse s’est finalement retrouvée en selle à Camp VC. « J’ai toujours eu envie de m’investir. Apprendre à piloter une moto a changé ma vie. J’ai passé le week-end à essayer de nouvelles choses et à réussir des trucs qui me tentaient. »


En haut : party time au Camp VC. « Vous pourriez tuer pour en être », lance une motarde comblée. Ci-­ dessous : le collectif de roller-skate Chick in Bowls London, sur une rampe de skate signée Vans.


« Après mon accouchement, on m’a dit d’arrêter la moto, mais rien à mon mari... Cela m’a motivée à venir ici. » ­ rganise des sessions de dirt bike, possède un atelier, The Shop o Customs, ainsi qu’une marque de vêtements pour femmes, VCC. « On ne pouvait pas s’attendre à un tel phénomène, ni le planifier », dit Harrison. Parmi les nanas qui gravitaient à VC, certaines pratiquaient des sports extrêmes et étaient issues de milieux créatifs. « C’est là que nous avons commencé à échanger des leçons, et avons fini en imaginant cet immense réseau, sans prétention. » Cette année, Camp VC s’est agrandi pour inclure des leçons de skateboard, de lecture du tarot, de yoga, un workshop de cinéma, des démos de rollerskate… Les cours sont dispensés par des pointures. Comme Tamsin Jones, propriétaire de la ferme où Camp VC a pris ses quartiers et qui, entre autres exploits, détient le record féminin de la plus haute ascension de l’Everest en moto. Elle donne un cours d’enduro où les participantes font des essais de franchissement d’obstacle. Lucia Aucott, 29 ans, pilote une moto depuis deux ans. Le soir de son premier cours à Camp VC, elle s’achète une moto sur eBay. Aujourd’hui, elle enseigne aux côtés de son ancienne instructrice et participe à des compétitions dans la catégorie intermédiaire. « J’ai fini par trouver ma place, dit Aucott. Elle était au milieu des motos et des gens qui gravitent autour des motos. » C’est ce sentiment d’appartenance qui frappe Jane Parson lorsqu’elle discute avec ses nouvelles amies. Elle et sa partenaire sont des vétéranes de la moto (Emma Yates roule depuis qu’elle

est partie en Gambie pendant son Service volontaire outre-mer dans les années 80). Pourtant, ce sentiment d’acceptation qui émane de Camp VC lui semble toujours aussi neuf. « J’ai fait mon coming out dans un village minier (de l’Angleterre, ndlr) au début des années 80, explique-elle. J’aurais souhaité qu’il existe quelque chose de similaire à Camp VC quand j’avais 20 ans. » L’acceptation est le dénominateur commun qui rassemble ces femmes autour de Parson, car elles ont toutes eu à se battre pour elle en tant que membres d’une communauté massivement ­dominée par le genre masculin. Au cours du week-end, elles ont noué des liens en roulant et en échangeant leurs histoires et les commentaires condescendants entendus au fil des ans. Nea Steel, une prof qui fait du dirt bike depuis l’âge de onze ans, a eu un bébé l’an dernier, ce qui, selon elle, a autorisé son entourage à lui expliquer qu’elle devait « arrêter de faire de la moto. Personne n’a rien dit de similaire à mon mari. C’est cela qui m’a motivée à venir ici. Je me disais qu’il devait bien y avoir des gens avec des enfants qui continuaient à faire des choses p ­ erçues comme dangereuses. » Être mère et avoir un appétit d’aventure était l’un des sujets de discussion du panel de la veille. Installé sur des meules de foin, l’auditoire écoutait Gemma Harrison et la surfeuse Sally McGee échanger sur le fait que toutes deux avaient récemment mis un enfant au monde, et qu’aussitôt après, elles étaient retournées à leurs activités favorites. McGee serait allée surfer les eaux glacées au large de Tynemouth (Angleterre) tout au long de sa grossesse, raconte-t-elle, « mais heureusement, je me suis cassé le bras au bout du deuxième mois où j’étais enceinte. Ça m’a fait prendre un peu de recul ». Une autre intervenante est la cycliste sur piste double-médaillée d’or olympique Victoria Pendleton. Elle a commencé la moto il y a six mois. « On m’a toujours dit que j’étais trop petite et trop “fifille”, que je n’avais pas la mentalité d’une championne. » Les années passant, elle apprend à ignorer ces voix et à devenir elle-même. « Je suis émotive et vulnérable par moment, et pourtant je continue à gagner des prix. »

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Jene Bons a inscrit son itinéraire depuis les Pays-Bas au marqueur sur le réservoir. « Vous avez plus de liberté quand vous cherchez votre route que quand vous suivez aveuglément votre GPS. » THE RED BULLETIN 

our Laura Mills, native du Yorkshire, occupée à ranger sa tente dans sa Honda 125 cm³ pendant que Parson et son gang s’échangent des anecdotes, ce voyage à Camp VC est un rêve qui devient réalité. « C’était un si bon sentiment, vraiment stimulant et super motivant. Je trouve qu’il est difficile de rencontrer des filles qui font de la moto, mais maintenant, je sais qu’elles existent et je sais où elles sont ! » L’année prochaine, Mills dit qu’elle reviendra avec une bécane suffisamment grosse pour emmener une copine comme passagère. C’est exactement ce que Gemma Harrison de VC a toujours souhaité : que ces vagues d’enthousiasme et de confiance qui ont démarré avec trois copines à Londres continuent de s’étendre. Elle a conclu le panel de discussion de samedi soir en incitant la foule à continuer d’explorer, et de transmettre ses compétences. « Il y a partout des personnes bien intentionnées prêtes à vous donner un coup de pouce et à vous emmener sur leur skate ou leur moto, et cela peut changer le cours de votre vie, dit-elle. Si vous n’avez personne comme ça dans votre entourage, partez à leur rencontre à l’extérieur. On va plus vite et plus loin si on y va ensemble. »

vclondon.co.uk   65


LE HÉROS NORMAL Trop tranquille la vie de Gunfight ? Méfiez-vous… Parti de la Lorraine et débarqué au Japon, animateur 3D le jour et compétiteur esport la nuit, le Français a fondé une nation de joueurs et une équipe qui promeuvent les parcours atypiques. Texte THOMAS LOREILLE

Double jeu : Benoit Arquilla dit « Gunfight » combine les carrières d’animateur 3D et de compétiteur dans le sport électronique.

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Photos IRWIN WONG


Gunfight, un animal rare au Japon. Si les expatriés français y sont légion, rares sont ceux dans le jeu de combat à haut niveau.


La semaine, Benoit Arquilla est un jeune homme de 29 ans, normal et sans histoire.

CAPCOM

Animateur 3D dans une société de production d’images de synthèse, officiant pour le cinéma et le jeu vidéo, il vit au ­Japon depuis maintenant cinq ans. Il y partage son temps libre entre ses amis, sa compagne japonaise et ses loisirs. Parmi les quelques 7 000 expatriés français qu’on trouve au Japon, il est de ceux qui se sont bien intégrés et qu’on ne remarque pas dans la très normée société nippone. « Ce qui m’a plus au Japon et qui m’a donné envie de vivre ici, nous explique-t-il, c’est le sentiment de tranquillité que le pays m’apporte ; un sentiment de sécurité et de bien vivre que je n’avais pas lorsque j’habitais en France. » Pourtant, si personne ne remarque ­Benoit se rendant au travail, des milliers d’autres le reconnaissent immédiatement sur internet. Car une fois son maillot d’e-athlète (joueur de jeu vidéo de haut ­niveau) revêtu et la manette en main, ­Benoit se mue en Gunfight, un féroce compétiteur parcourant le monde pour imposer son style, anachronique et ravageur, dans les compétitions de Street Fighter V. Street Fighter, c’est ce jeu de combat né dans les années 90 dans lequel s’affrontent deux joueurs manœuvrant des combattants aux styles variés. Si les boules d’énergie et autres coups enflammés ne laissent aucun doute sur l’aspect fantaisiste du titre, des compétences bien réelles telles que la gestion des distances, du risque et de l’endurance sont primordiales pour gagner. Dans les tournois, Gunfight est souvent vu comme l’underdog, l’outsider qui peut renverser la compétition. NUL DÉDOUBLEMENT de personnalité pour autant, pas de Docteur ­Arquilla et Mister Gunfight ! Rien qu’un homme normal, de son propre aveu un peu casanier, qui se laisse porter par la vie. Benoit a grandi en Lorraine où il a vécu une enfance tout ce qu’il y THE RED BULLETIN 

a de plus normale. L’école l’ennuyait, le sport et les jeux vidéo beaucoup moins. Quand arrive l’âge des études supérieures, il ­tâtonne et hésite entre plusieurs voies. ­Finalement, motivé par les jeux auxquels il adore jouer, il préfère une carrière dans l’animation 3D. Comme beaucoup de sa génération, il est fasciné par le Japon, en partie grâce à sa passion pour le jeu vidéo, dont les ­productions nippones dominèrent les ­années 90. Quand il termine ses études en 2012 mais ne trouve pas de travail en région parisienne, il décide de faire de cette contrariété une opportunité : « Je me suis dit que c’était l’occasion de faire une année sabbatique. J’ai mis de l’argent de côté pendant huit mois, puis j’ai pris l’avion pour le J­ apon et je ne suis plus ­jamais rentré ! » Une fois sur place, fort de voyages précédents lui ayant permis d’apprivoiser le pays et la langue, il vit de petits boulots puis décide de faire carrière dans l’archipel. Il se crée un nouveau book, postule en ligne et se retrouve ­immédiatement e­ ngagé par une société qui voit en lui du potentiel. Aujourd’hui animateur confirmé, il se dit infiniment redevable envers ceux qui lui ont donné une chance. Un parcours atypique mais

Quand Benoit devient Alex Pas le personnage le plus connu de Street Fighter, Alex reste emblématique par son style de combat. Dans le milieu des années 90, les créateurs du jeu Street Fighter cherchent à renouveler le casting de personnages pour le troisième épisode. Au karatéka vagabond emblématique Ryu succède Alex, un héros américain baroudeur, un poil tête brûlée, inspiré du catcheur Hulk Hogan et du chanteur Axl Rose. Fort au corps à corps, il possède une panoplie de projections et coups d’approche qui font de lui un combattant unique, ce qui a plu à Gunfight : « J’aimais déjà Alex dans Street Fighter III mais il n’était pas très fort. Quand j’ai su qu’il revenait dans Street Fighter V, j’ai décidé de le jouer. »

Costaud : Alex est un personnage ­faisant la part belle aux coups d’éclat. Avec lui, ça passe ou ça casse !

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Au corps à corps, Alex panique l’adversaire. Ses attaques lentes mais puissantes peuvent causer d’énormes dégâts.

LE JEU DE COMBAT, Gunfight le rencontre en 2005 avec Street Fighter III, un épisode datant pourtant de 1999. « J’y ai joué un an rien que dans le mode entraînement, je trouvais ça tellement intéressant, le jeu me faisait kiffer ! » De fil en a ­ iguille, 70  



Gunfight constate qu’Alex, son personnage fétiche, n’a pas la cote dans les compétitions. Pour lui, il créera une nation ...

DANS UN MILIEU comme le streaming, où des joueurs diffusent leurs parties sur internet et interagissent avec les ­spectateurs, le succès repose sur le culte de la personnalité, les réseaux sociaux et les r­ elations. Gunfight n’a rien de tout cela et n’est pas dans cet état d’esprit. ­Plutôt que de mettre son nom en avant, il crée la « Alex Nation », une communauté et un signe de ralliement pour les joueurs d’Alex esseulés en quête de conseils et d’échanges. Il streame ses sessions d’entraînement trois fois par semaine après le travail et rapidement, sa communauté de spectateurs grandit. Il devient l’Alex que tout le monde connaît, reprend du ­niveau et commence à rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde. Gunfight et ses pairs le savent, jouer Alex c’est choisir un sentier difficile. Le catcheur est un spécialiste des projections et frappe fort, mais il ne possède pas la versatilité lui permettant d’appliquer son jeu en toutes circonstances. Il doit faire plus d’efforts que la moyenne THE RED BULLETIN

CAPCOM

qu’il raconte sans emphase, avec toute la modestie qui le caractérise, comme si tout ceci valait à peine d’être conté. « Dans mon parcours, rien n’était prémédité. Pendant mon working holiday, je ne ­pensais pas rester là-bas. » Si le Japon apporte à Benoit la tranquillité d’esprit qu’il recherchait, cela n’a pas pour autant émoussé son esprit compétitif. Gagner est un plaisir mais pour lui, la compétition qu’il pratiquait en club de tennis et de football est avant tout un ensemble de rencontres qui ­permet de grandir. « Je veux progresser pour moi-même, nous raconte-t-il. Je veux repousser mes limites. Pas forcément la victoire à tout prix mais voir jusqu’où je peux aller. »

À l’ancienne : Gunfight utilise toujours un stick arcade, manette issue des bornes d’arcade des années 90.

Gunfight rencontre la communauté de joueurs de Lorraine puis celle de Paris. Il s’y fait des amis et progresse sur le jeu. « Je n’avais pas l’objectif de devenir le plus fort », pourtant il devient à la fois très fort et très connu en 2012. Sa victoire dans un tournoi officiel l’emmène à en disputer un autre aux USA où il finit septième et joue devant des centaines de spectateurs. Quand le cinquième épisode de Street Fighter sort en 2015, Gunfight reprend la manette et retourne sur le ring qu’il avait délaissé pour se consacrer à sa carrière. Il choisit Alex, un personnage méconnu du grand public, inspiré du catcheur Hulk Hogan et dont le style est impulsif et fait de coups d’éclats spectaculaires mais ­difficiles à initier. Gros consommateur de compétitions diffusées sur Internet, Gunfight constate en les regardant que son personnage ­fétiche n’a pas la cote dans les compétitions. « J’ai cherché d’autres joueurs d’Alex et constaté qu’il n’y avait pas grand monde. » Il décide alors de diffuser ses sessions d’entraînement et sa progression au classement général en ligne sur ­Twitch. « J’étais au Japon, je jouais un personnage méconnu, je me suis dit que ça pouvait ­intéresser des gens. »


La sortie favorite de Gunfight ? Une bonne bouffe entre amis ! Ses plats préférés ? Yakiniku, shabu-­ shabu et ramen !


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Le jeu en ligne a la cote, mais les tournois de jeu de combat se font toujours localement, comme ici Ă la Red Bull Gaming Sphere de Tokyo.

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TEDDY MORELLEC/RED BULL CONTENT POOL

afin d’imposer son style et de briller. Pas question pour autant de changer pour forcer les résultats dans les compétitions mondiales. Gunfight s’amuse avec son combattant et préfère cultiver sa différence plutôt que de rentrer dans le rang, où il ne serait qu’un joueur parmi tant d’autres : « Si je change de personnage et que je ne gagne pas, je n’ai aucune ­manière de me démarquer. » CEPENDANT, CE SUCCÈS par la différence est difficile à poursuivre dans ce milieu compétitif pas comme les autres. Les compétitions de jeu de combat sont en effet presque toutes en format ouvert et ont très rarement lieu sur internet. N’importe qui faisant le déplacement peut donc s’inscrire et se retrouver assis à côté du meilleur joueur du monde. Cela donne lieu à des tournois accueillant ­parfois des milliers de joueurs, qui composent des arbres de tournoi ­gigantesques. Quand le chemin qui mène à la victoire se compose de plus d’une douzaine de rencontres dispersées sur deux jours, difficile de garantir sa place sur le podium. En conséquence, les joueurs professionnels, sponsorisés par des marques et tenus de faire des résultats, mettent toutes les chances de leur côté. Ils jouent plusieurs combattants aux compétences variées afin de parer à toute rencontre qui leur serait trop défavorable. Par exemple, un combattant orienté combat rapproché sera plus facilement contré par un autre ayant de la portée et des ­options défensives. Un joueur fidèle à son avatar doit donc se contenter des forces de celui-ci et compenser ses faiblesses par son expérience. Il diminue ses chances de faire des résultats mais apporte un spectacle bienvenu. De l’avis de Gunfight, ce qui est un avantage pour les joueurs professionnels ne l’est pas forcément pour le jeu et les ­spectateurs, ces derniers se lassant de voir toujours les mêmes visages et les mêmes combattants. Pour peu que le format du tournoi ne soit pas un marathon, un personnage comme Alex peut renverser l’ordre des choses. C’est pour cette raison que ­Gunfight est un des joueurs directement qualifiés pour le top 16 du Red Bull ­Kumite (voir notre encadré), une compétition se déroulant en novembre à Paris et faisant fi des règles traditionnelles. ­Quatorze joueurs internationaux y sont invités et deux doivent atteindre la finale sur place. L’objectif ? Créer des rencontres originales et faire la lumière sur des ­compétiteurs méconnus mais méritants. THE RED BULLETIN 

« Si je change de personnage et que je ne gagne pas, je n’ai aucune manière de me démarquer. » Benoit Arquilla

ET LE RED BULL KUMITE n’est pas le seul à vouloir de l’originalité. Contacté par un mécène souhaitant, comme lui, cultiver cette différence, Gunfight a cofondé Atlas Bear, une équipe de joueurs de Street Fighter aux profils variés qui, Gunfight l’espère, apportera un vent de fraîcheur dans les compétitions. Avec ce support financier, ils ont déjà participé à une dizaine de compétitions en 2018, dans des pays aussi variés que les USA, le Vietnam, la France, l’Indonésie et Taiwan. Pour Gunfight, ces voyages se mêlent harmonieusement avec sa carrière dans la 3D, où son employeur supporte cette passion en adaptant son emploi du temps. Si le modeste Benoit Arquilla semble donc avoir déjà trouvé le bonheur dans cette vie paisible qu’il s’est construite au Japon, Gunfight ne semble pas prêt à baisser les poings. Les deux s’accordent au moins sur une chose : la réussite prend souvent des formes inattendues.

Gunfight dans la cage du Red Bull Kumite Benoit, alias Gunfight, fait partie des joueur présélectionnés pour le Red Bull Kumite, un tournoi de jeu de combat pas comme les autres. Depuis 2015, le Red Bull ­Kumite fait s’affronter des ­gamers sur le jeu vidéo Street Fighter V dans un cadre unique. En plein cœur de ­Paris, dans l’exceptionnelle salle Wagram, un ring central en forme de cage côtoie les lustres et les balcons datant de Napoléon III. Le temps d’un weekend, les bals et dîners mondains laissent place à une ambiance survoltée proche du catch ! Seize compétiteurs, dont quatorze présélectionnés pour leur niveau, leur parcours ou leur personnalité, s’affrontent pour repartir avec le trophée. Un tournoi ouvert à tous est organisé la veille. Il permet de départager les prétendants aux deux places restantes et se conclut souvent de manière surprenante. Ainsi, en 2017, deux joueurs français méconnus à l’interna­tional ont défié tous les pronostics et ont accédé au ring pour y affronter les meilleurs au monde ! Red Bull Kumite, les 10 et 11 novembre 2018. Infos et billetterie sur redbull.com

La salle Wagram, où se déroule le tournoi.

Au centre de la salle, le ring en forme de cage.

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Les années de motocross de Mike W ­ hiddett qui précèdent celles consacrées au drift lui ont valu de n ­ ombreuses ­fractures et commotions cérébrales et, de là, son ­surnom : « Mad » Mike.

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THE RED BULLETIN


En mode sauvage MIKE WHIDDETT, expert en drift (dérapage contrôlé), est l’un des talents les plus doués du sport automobile, mais ce Kiwi a davantage en commun avec un danseur de ballet qu’avec un pilote de Formule 1. Voici, de son propre aveu, le frimeur qui peut transformer le chaos en une harmonie unique et fortement enfumée entre un humain et une machine.

GRAEME MURRAY/RED BULL CONTENT POOL

Texte TONY THOMAS

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La beauté est subjective. On la trouve même dans l’œil d’un ouragan automobile, dans la fumée produite par les pneus et au cœur d’un mélange explosif de forces maintenues dans un équilibre fragile par un maître-pilote. C’est ça, le drift : une quête autrefois secrète née dans les rêves gorgés d’essence des jeunes gens pour aller vite, puis sur le côté en tournoyant, et en marche arrière dans les virages, les pneus arrière crissant, tout en exhibant leur technique ­sublime et une dextérité qui dépassent celles des simples « pilotes de course ». Émergé des ruelles et maintenant un passe-temps qui, s’il n’est pas tout à fait au premier plan est devenu socialement acceptable, le drift est autant une question de style que de vitesse. Contrairement aux sports motorisés conventionnels où la victoire est remportée contre une meute de rivaux ou contre la montre, le drift exige la maîtrise de la forme – habileté technique et précision – avant la v­ itesse pure. Cela fait de ses principaux représentants, comme le Néo-Zélandais Mike

Whiddett, 37 ans, à la fois des « danseurs de ballet e­ xtrême » pour reprendre sa formule, et les pionniers d’une discipline en plein essor dont les origines populaires se r­ etrouvent aussi dans la composition de son public. L’élitisme n’a pas cours ici : le drift est ouvert à tous ceux qui réunissent ­assez d’argent pour s’acheter ne ­serait-ce qu’une vieille bagnole à traction arrière. Ensuite, tout est possible – les meilleures caisses de drift sont des assemblages exotiques de pièces dotés de moteurs de bolide, de suspensions réglables et de pneus spécialement conçus. Mais, comme le confirmeront les pilotes et les fans lors d’événements comme le Red Bull Drift Shifters, le drift est beaucoup plus individualisé qu’aucun autre sport auto. The Red ­Bulletin a rencontré « Mad » Mike pour comprendre ce qui fait un as du drift... the red bulletin : Pour le spectateur, le drift semble fluide et contrôlé. Comment est-ce pour le conducteur ? « mad » mike whiddett : Pour moi, c’est une chorégraphie, un ballet à quatre roues. Certaines choses se font naturellement. Avec ces constantes : on a toujours trois pédales (accélérateur, frein et embrayage), et un frein à main hydraulique, à gauche. Pour le drift, les freins sont r­ églés de façon à ce que la pédale ne contrôle à peu près que l’avant ; les roues arrière, elles, sont contrôlées par le frein à main. Les voitures pour le drift s’inspirent de modèles d’exposition. Devezvous les préparer d’une manière particulière ? Il y a dix ans, quand j’ai commencé, j’ajustais ma voiture pour qu’elle glisse avec un léger survirage. Maintenant, elles sont de plus en plus rapides, ce qui donne plus de puissance pour les faire déraper. Les véhicules que je construis avec mon équipe sont de plus en plus sophistiqués : ­suspension ajustable, pneus spécifiques, etc. C’est effrayant la vitesse à laquelle le drift progresse. En êtes-vous l’une des raisons ? Quand j’étais jeune, je faisais du motocross. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’aimais bien frimer. Mon père n’était pas là pour me dire ce qu’il fallait faire ou pas, ni pour me mettre des limites. Les pères des autres enfants leur criaient dessus, alors que moi, tout ce qui m’intéressait, c’était mon style et le fait qu’il soit unique.   75


La précision est-elle cruciale dans un drift ? Évidemment, car on est jugé sur sa ligne. Il faut donc rester dessus. Ce qui m’a vraiment poussé à me lancer dans le drift, c’est le style et le fait de pouvoir exprimer ma personnalité dans ma conduite et dans le design du véhicule. J’ai toujours aimé construire des bagnoles. Je les prépare moi-même, je ne paye personne pour faire ça à ma place. Et elles sont toutes uniques.

Whiddett a remporté la victoire lors du Formula Drift Japan à Suzuka en mai plus tôt cette année.

Voulez-vous toujours gagner ? Je n’ai jamais fait de la victoire ma priorité, c’est ce qui me plaît tant dans le drift. Je n’ai jamais eu de modèle non plus. Je veux que tout ce que je fais soit une première mondiale. Cette culture du sport automobile, menée par les ­Japonais, met l’accent sur le caractère et son articulation avec la conduite. Ce sont aussi eux les premiers à en avoir fait une attraction, comme au cirque. Est-il difficile de concourir dans un sport avec des juges ? Tout ce qui est jugé est sujet à l’erreur humaine. Nous voulions donc créer un événement qui rendrait le drift accessible, ce qui s’est passé lors du Red Bull Drift Shifters en août à Liverpool. Le parcours était un flipper géant, avec effets sonores. Même si la ligne, la vitesse et l’angle sont jugés électroniquement, le style reste toujours purement subjectif. Le drift est-il utile sur la route ? Absolument. Un drift est le bon réflexe à avoir quand on dérape, par exemple. Au moment où vous dérapez, vous ­entrez dans une autre dimension avant de perdre totalement le contrôle du ­véhicule et de tournoyer. Savoir drifter peut vous donner confiance. Mettons que vous conduisiez sur une route et qu’un énorme camion s’approche soudain de vous et que, pour une raison ou une autre, vous dérapiez. Si vous savez utiliser l’accélérateur et le contre-braquage, vous avez un énorme avantage. Le drift est-il aussi exigeant mentalement que physiquement ? Conduire et garder le contrôle du véhicule est aussi physique qu’une séance d’entraînement, sauf que l’intensité est de courte durée. Donc pas besoin d’être super musclé. Par contre, il faut être fort mentalement. Quelques virages, une ­petite erreur de concentration et c’est game over, vous rentrez en remorque. Psychiquement, c’est très dur. 76  



Fan de Mazda depuis son adolescence, Whiddett n’a rien conduit d’autre depuis 2007.

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Le meilleur trick de Mad Mike : Puissance le wildstyle ninja flick « J’adore les entrées renversées, c’est ma signature. La voiture surgit en trombe, et vous commencez par l’arrière dans un virage. C’est comme pour le scandinavian flick développé dans les rallyes, mais en beaucoup plus rapide et plus agressif. La voiture passe à plus de 90 ° par rapport au virage puis elle entre par l’arrière. Je le fais depuis des ­années, et c’est toujours un défi. »

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Dévalant le col Franschhoek en Afrique du Sud dans sa vidéo réalisée en 2016, Conquer The Cape.

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DAVID ISHIKAWA/RED BULL CONTENT POOL, MILES HOLDEN/RED BULL CONTENT POOL, TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL

RESTEZ DANS LE DÉRAPAGE La voiture est à 90 ° ou plus par rapport au virage. Le dérapage est contrôlé par la ­direction et le pied du conducteur sur l’accélérateur qui fait tourner les roues arrière. Transfert de poids

Sens du déplacement

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Direction du volant Sens du déplacement Direction du volant

INVERSEZ L’ENTRÉE Les roues arrière sont propulsées et poussent la voiture dans le sens inverse de la direction. ­Bientôt, la voiture pivotera afin que les roues avant soient à nouveau à l’avant et que la conduite de la voiture puisse ­reprendre vers l’avant.

Puissance

3

FAITES SORTIR L’ARRIÈRE Braquez à droite, puis effectuez un « coup d’embrayage » qui freine puis redonne de la puissance aux roues arrière. L’arrière pivote et la voiture dérape.

« C’est comme un scandinavian flick, mais en plus agressif. »

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PRÉPARATION DU DÉRAPAGE CONTRÔLÉ Avant l’entrée, ­braquez à gauche pour amorcer le transfert de poids et le ­déséquilibre qui est la clé du dérapage.

Transfert de poids

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APPROCHE DU VIRAGE Tournez à droite pour un virage à droite (pas la trajectoire habituelle).

Puissance, direction du volant, sens du déplacement

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guide au programme

LES LUBIES ­D’INSTAGRAM

UNE FORME DE CHAMPION

LES DATES À RETENIR

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page 85

page 86

Vous laisserez-vous envoûter par le pouvoir ultra violet de l’ube ?

Dusty Button est une danseuse tout sauf classique.

Une sélection de rendezvous sportifs et culturels à ne pas manquer.

MATTHEW STERNE

CIUDAD PERDIDA

Notre reporter, parti à la découverte d’une cité disparue en Colombie, est revenu avec un trésor. page 80

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Faire.

Notre reporter, Tom, gravit les marches vers la terrasse la plus élevée de Teyuna. Fut un temps où ces pierres rondes servaient de socle à une maison, école ou salle commune.

CUIDAD PERDIDA

À LA RECHERCHE DE LA CITÉ PERDUE La jungle de la Sierra Nevada de Santa Marta (Colombie) cache une cité antique depuis 1 200 ans. La mission de Tom Guise : cinq jours pour redécouvrir ce trésor.

F

orcément, notre histoire commence dans une ville appelée Machete. Forcément. C’était il y a deux jours. Au moment où j’écris, je suis quelque part dans la jungle de la Sierra ­Nevada colombienne. Je traverse ma deuxième rivière de la jour-

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née, et il n’est que 5 heures du matin. J’agrippe les boots qui pendent, lacets attachés, autour de mon cou et les chausse quand Juan Diego, notre guide s’exclame en pointant les feuillages : « Les marches ! » Nous atteignons enfin l’accès dissimulé à la ciudad

Certaines des nombreuses rivières à traverser sur la route de Teyuna sont si profondes qu’il faut s’aider d’une corde.

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Colombie

BON À SAVOIR

COMMENT NE PAS SE PERDRE EN COLOMBIE

Notre trek de 5 jours démarre dans la ville de Machete Pelao. Santa Marta, à 2 heures de route, est notre meilleur point de chute. Santa Marta Ciudad Perdida

Medellín

Avec la pluie, l’argile sèche et dure devient une boue de caoutchouc en quelques minutes.

De déc. à mars, c’est la saison sèche. En octobre et novembre, la saison des pluies est à son max. En septembre, Teyuna est fermée à cause des cérémonies ­religieuses.

Bogotá

Colombie

MONNAIE

VACCINS

Pesos colombien (COP) 1 € = env. COP 3 500 1 COP = 100 centavo

Typhoïde, tétanos, hépatite A, fièvre jaune, ­diphtérie, rage

Un conseil de chefs de la tribu wiwa nous accueille. Au milieu, mamo Ali Jose Miguel.

GETAWAY/MATTHEW STERNE

TOM GUISE

MANGER perdida. Une petite mise au point s’impose ici. Primo : la cité perdue n’est pas une ville. Construite par le peuple tayrona 650 ans environ avant le Machu Picchu (­Pérou), Teyuna (le nom indigène de la cité) était un temple, le lieu de ­résidence des guides spirituels et gardiens du monde naturel, les mamos, jusqu’au XVIe siècle et ­l’arrivée des Espagnols. ­Secundo : elle n’était pas « perdue ». Les tribus wiwa, kogi, kankuamo et arhuaco (descendantes des Tayronas qui n’ont cessé de vivre dans cette forêt) ont toujours su l’existence de Teyuna. Mais ce n’est qu’en 1972 qu’elle fut « retrouvée » par des huaqueros, des pillards d’antiquité. L’or enterré à

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Avec la pluie, les sentiers deviennent des rivières de boue. Les crabes s’agglutinent à mes pieds. l’époque dans les tombes a aujourd’hui entièrement disparu. Faire du trek ici, c’est rude. Il fait chaud et humide. Avec la pluie, les sentiers deviennent des rivières de boue. Les crabes s’agglutinent à mes pieds. Rien ne sèche. Atteindre les premières marches menant à Teyuna ne signifie pas que le repos est proche :

AJIACO Un copieux bouillon de poule parfumé au guasca ou « herbe piment » CEVICHE Un plat de poisson cru mariné dans du jus de citron AREPAS Petites galettes de maïs fourrées au fromage

VISITER MUSEO DEL ORO (BOGOTÁ) Le musée de l’or héberge d’incroyables objets indigènes EL RODADERO BEACH (SANTA MARTA) Une plage de sable blanc bordée de bars et de clubs branchés PARQUE DE LOS NOVIOS (BOGOTÁ) Un parc animé mais aussi le point de départ d’une virée nocturne ­authentiquement colombienne

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Faire.

Colombie

MYSTÉRIEUSES CITÉS OUBLIÉES

UNE MÉTROPOLE DANS LA JUNGLE

Le peuple tayrona commence à construire la ville de Teyuna en l’an 800 après J.-C. et est parvenu à la garder secrète pendant plus d’un millénaire. Impressionnant quand on connaît l’échelle de ce gigantesque ensemble. TOUT SUR LA CIUDAD PERDIDA

ABANDON fin du XVIe siècle

POPULATION 3 000 (début du XVIe siècle)

REDÉCOUVERTE en 1972 (par des pillards)

VILLE LA PLUS PROCHE Machete Pelao

SURFACE 300 000 m2

DURÉE DU TREK 2,5 jours

TERRASSES plus de 200

DISTANCE DE TREK env. 70 km

ALTITUDE 1 100 m

ASCENSION AU TOTAL 420 étages

LE BOSS Ramón Gil, le mamo doyen des Wiwas, est âgé de 77 ans et habite au cœur du village wiwa de Gotsezhy. Alan Ereira, réalisateur de From The Heart Of The World: The Elder Brother’s Warning, l’interrogeait dans ce film de 1990 sur la destruction du monde naturel.

LA POPULATION En 1991, les Indigènes de Colombie se voient octroyer l’autonomie de leurs territoires. Quoiqu’il en soit, tout ce qui est enterré à 30 mètres ou plus sous la surface du sol, c’est-à-dire tous les minéraux, l’or, etc. appartient au gouvernement colombien.

D’AUTRES CITÉS PERDUES Un plan de la Sierra Nevada gravée sur une pierre révèle d’autres cites perdues non découvertes à ce jour. L’habileté à lire cette carte s’est perdue au fil du temps. Seuls les mamos se transmettent le secret de père en fils.

La carte gravée sur pierre, à Teyuna, impossible à déchiffrer. Le guide kogi donné sa langue au chat(man).

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Une zone préservée de Teyuna, loin du sentier touristique. Certains Kogis y habitent encore.

il y en a 1 200 à gravir. Et comme les Tayronas étaient de petite taille (1,50 m d’après des ossements), ces marches sont dangereusement minuscules. Au sommet, notre guide Jose nous attend dans un cercle en pierre. Il taille son danburro, sorte de gourde qu’il enduit d’une mixture de coquillages broyés, de salive et de feuille de coca mâchée (absolument sans effet). Avec le temps, les couches de cette mixture ­s’accumulent sur le tube comme les anneaux de croissance d’un tronc. Un mamo jauge la vie d’un homme à son danburro qui a ­valeur de journal intime. Jose nous donne comme instruction de déposer notre négativité dans le cercle, afin d’être libérés avant d’entrer dans Teyuna. Au premier abord, la cité semble à peine plus grande qu’un jardin. En pénétrant la clairière, un panorama époustouflant s’ouvre à nous : des pierres recouvertes d’herbe s’élevant vers les cieux et disposées en cercle. Sur le plus haut plateau, Edwin Rey, 57 ans, nous domine. Pendant 24 ans, il a fait le guide ici. Jusqu’à ce jour de 2003 où des rebelles le ligotent, l’abandonnent, et enlèvent son groupe. « Les autorités m’ont ­accusé de travailler avec les ­guérilleros », dit-il. Sa voix est

étouffée par un hélicoptère qui atterrit sur la plus grande terrasse. Depuis que l’armée s’est implantée ici, il n’y a plus eu de kidnapping et le tourisme s’est accru. Trois jours plus tard, au village de Gotsezhy, mamo Ali Jose ­Miguel nous attend pour nous ­laver spirituellement. Il se distingue de son compagnon wiwa par son chapeau, ses pieds nus, son danburro massif et son aura, sereine. Il nous attache un fil au poignet. Et nous explique que la découverte de Teyuna est pour son peuple une incitation à respecter ce site qui est le cœur du monde. Eux, les Wiwas, en sont les gardiens. Grâce au tourisme, ils ont pu racheter les forêts qu’on leur avait volées (pour un commerce illégal). « Nous avons besoin de terres pour rembourser notre dette envers Mère Nature. Nous ne devrions pas arracher les arbres, ni exploiter les mines, ni extraire ni minéraux ni pétrole. » Aujourd’hui, ils se battent pour que la forêt soit reconnue comme entité vivante. Je suis ­parti en ­Colombie à la recherche d’une cité perdue ; j’y ai trouvé un trésor. The Red Bulletin a voyagé avec G Adventures, partenaire de Wiwa Tours, une ­organisation gérée par des autochtones pour la promotion et le financement de la culture locale ; gadventures.com

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TOM GUISE

MARCHES 1 200

MATTHEW STERNE

CONSTRUCTION vers 800 après J.-C.


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food

MISE AU POINT

4:30 OU 4:00 ?

Une couleur qui pète, un CV santé irréprochable : l’igname pourpre a tout d’un petit miracle culinaire.

Le mystère de la cuisson de l’œuf enfin résolu. Pas si facile d’aller se faire cuire un œuf : heureusement, la science s’est penchée sur le problème, analysant tous les paramètres, du poids de l’œuf à la densité de la coquille en passant par la température de l’eau et l’emplacement de la cuisine par rapport au niveau de la mer… Voici sa réponse à cette épineuse et ancestrale question.

LES POUVOIRS INSOUPÇONNÉS DE L’UBE Grand classique de la gastronomie philippine, ce tubercule à la c­ ouleur très particulière est aujourd’hui la star des créations culinaires sur Instagram : il faut dire qu’il multiplie les atouts.

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remier point fort : son incroyable look ­ultra violet qui vient égayer nos tristes cuisines d’Occidentaux. Mais ce n’est pas tout, puisque l’ube (prononcez ou-beh), ou igname pourpre, est aussi sain que délicieux : avec son goût oscillant entre la vanille et le chocolat blanc et sa forte teneur en antioxydants, vitamine C, fibres et bonnes graisses, ce petit légume originaire d’Asie du Sud-Est a tout bon, et il ne contient que très peu de sucre. Avec un CV ­pareil, rien d’étonnant à l’avoir vu déferler cette année sur Contrairement à la betterave rouge, le ­petit tubercule violet ne tache ni les doigts, ni les vêtements.

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I­ nstagram, lui que les pâtissiers amateurs comparent au Messie des desserts puisqu’il parvient, par sa seule présence à sauver tant le goût que l’apparence de n’importe quel cupcake insipide. Un exemple de dessert typiquement philippin : le « Ube Halaya », sorte de ­pudding à base d’ube, de lait condensé, de beurre, de sucre et de lait de coco. Autre classique : la glace à l’ube, un régal pour les yeux comme pour le palais. Seul petit hic : cet igname est encore difficile à trouver en Europe. On pourra tout de même se rabattre sur la poudre d’ube, plus courante et moins chère, ­vendue dans certains magasins dits exotiques.

4:30, 6:30 ET 9:00 MINUTES C’est le temps respectif qu’il faut pour cuire un œuf de taille M, ­sortant du frigo, à la coque, mollet et dur. Pour la taille L, rajouter 40 à 60 secondes. MOINS 60 SECONDES Si l’œuf est à température ambiante, enlever une minute de cuisson.

6 minutes 30, point barre : vous ne raterez plus jamais votre œuf mollet.

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ROWENA SALANGA @RAGRINDS, @OHDOUGHNUTS, SHUTTERSTOCK, GETTY IMAGES

#UBE

WALTRAUD HABLE

65 DEGRÉS CELSIUS Le jaune coagule à ­partir de cette température, le blanc durcit à partir de 62 °C.


Faire.

fitness

Dusty Button, 29 ans, est danseuse et chorégraphe.

ESPACE FORME

QUE LA FORCE SOIT AVEC VOUS ! Trois accessoires fitness Star Wars.

BALLON D’EXERCICE ÉTOILE DE LA MORT Ce ballon de 9 kilos s­ ’inspire de l’Étoile de la Mort, la légendaire ­station spatiale de Star Wars. Son mélange spécial de caoutchouc le rend indestructible à moins d’utiliser la Force et de la t­ orpiller comme Luke Skywalker…

KETTLEBELL DARK VADOR Le kettlebell peut être autre que sphérique. Cette tête en acier ­massif de Dark V ­ ador de 27 kilos fait aussi bien l’affaire. Des modèles à ­l’effigie de Boba Fett (22,5 kilos) et de Stormtrooper (32 kilos) sont également disponibles.

DUSTY BUTTON

LA BALLERINE FLINGUEUSE

MITCHELL BUTTON/RED BULL CONTENT POOL, ONNIT

Viande, série d’abdos et Call of Duty pour la détente : les ingrédients d’une ballerine tout feu, tout flamme.

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lle dit d’elle-même qu’elle est le mouton noir du ballet. Il est vrai que Dusty Button, 29 ans, danseuse au style athlétique (plutôt punk rock et hiphop) n’a rien de la danseuse menue en tutu. « J’ai besoin de viande et jusqu’à 1 800 calories par jour », lance l’ex-première danseuse étoile du Boston Ballet. Un apport ­d’énergie loin d’être ­excessif vu son v­ olume d’entraînement : quarante-cinq minutes d’endurance, quarante-cinq

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­ inutes d’étirements et une m heure de musculation six fois par ­semaine minimum. « En danse, l’impression de f­ acilité ­s’obtient au prix d’une ceinture ­abdominale en béton. Ça tombe bien, j’adore travailler les abdos ! J’aligne trois séries de 100 à 125 répétitions et trois séries de 50 abdos latéraux. » Et pour se motiver, Lady Button écoute du Kanye West ou du Skrillex. Une danseuse tout sauf classique. Instagram : @dusty_button

LE REPOS DE LA GUERRIÈRE Se détendre dans un bain avec un verre de vin ? Très peu pour elle. « Après un spectacle, je sirote un ou deux verres avec mon époux à la maison. ­Vodka tonic de préférence, confie Button. Suivi d’une partie de Call of Duty ou de ­Mario Kart. Il est important d’avoir des loisirs aux antipodes du ballet ou du travail. »

TAPIS DE YOGA HAN SOLO Probablement le tapis de yoga le plus cool de la ­galaxie. Pourquoi ? Parce qu’il a Han Solo, alias Harrison Ford, figé dans sa carbonite. Ses mains se prêtent bien aux ­postures de soutien. onnit.com/starwars

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Faire.

agenda

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au 30 novembre

QUI PARVIENDRA À S’EN ÉCHAPPER ? Le Red Bull Escape Room World Championship est de retour en France : énigmes ou puzzles mettent au défi la résistance intellectuelle des gamers qui s’y attaquent en ligne. Huit qualifications (Paris, Lyon, Metz...) sur 20 jours vont permettre aux meilleurs de gagner leur place à la finale mondiale en mars prochain. redbullmindgamers.com

La quatrième édition du tournoi est toujours parisienne, toujours accueillie dans la Salle Wagram et toujours ­promise à un grand succès. Le 11 novembre, il propose l’affrontement entre seize des meilleurs joueurs mondiaux sur Street Fighter V – Arcade Edition. Qui succèdera au palmarès au japonais Nemo, vainqueur en 2017 ? Quatorze compétiteurs sont directement invités, et la veille 256 joueurs se disputeront les deux places restantes. Hadouken ! Paris ; redbullkumite.com

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et 18 novembre Supercross de Paris L’événement fait le show dans la U Arena à Nanterre pour deux soirées. Les meilleurs ­pilotes de Supercross et de freestyle sont annoncés au rendez-vous. La piste tracée aux normes américaines élève le degré d’exigence et d’intensité de la compétition. Tout ce qu’aiment riders et spectateurs, sur trois générations. Nanterre ; supercrossparis.com

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19

novembre Montagne en scène Le festival du film de montagne reprend sa tournée à travers la France et quelques autres pays voisins. Soit 40 dates en ­Europe. La soirée d’ouverture est parisienne puis des milliers de spectateurs pourront découvrir une sélection d’œuvres toujours plus originales. Dont l’impressionnant Surf The Line avec les Flying Frenchies. montagne-en-scène.com

novembre Battle of the Year Montpellier et des milliers de spectateurs ­attendent la finale internationale du BOTY et les crews qualifiés au cours des derniers mois. Vagabond crew (notre photo), vainqueur du Monster Blaster BOTY en mai, y ­représentera la France face à une forte concurrence ­internationale. En amont de l’événement, une semaine entière est ­consacrée au hip-hop, avec masterclasses, débats et rencontres professionnelles. Montpellier, Zénith sud ; botyfrance.com

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PREDRAG VUCKOVIC/RED BULL CONTENT POOL, SIMON COUSI

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et 11 novembre Red Bull Kumite


SLASH25 PRO BACKPACK

NITROBAGS.COM


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RAMPAGE ON THE ROCKS

Parmi les festivités du mois figurent la plus ­relevée des compétitions VTT freeride, un périple en BMX et des tricks d’enfer au cœur de l’hiver.

REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en ­direct ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et ­créatifs.

26

octobre   EN DIRECT 

RED BULL RAMPAGE

Le sol rouge et rocheux de Virgin, dans l’Utah, accueille à nouveau le plus grand défi de courage, d’habileté et de créativité en VTT freeride. À l’occasion de la ­treizième édition de Red Bull Rampage, 21 riders d’élite s’affrontent, dont les ­vétérans Kurt Sorge (Canada) et Cam Zink (USA), respectivement médaillés d’or et d’argent en 2017. Le héros local, Ethan Nell, espère quant à lui faire mieux que sa précédente troisième place.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

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octobre / novembre Kurt Sorge, vétéran du Red Bull Rampage, sur le parcours de l’Utah en 2017. Il y remportera l’or.

Musique de très haute qualité et interviews d’artistes influents. Restez à l’écoute…

Brandon Semenuk, vainqueur de ­l’édition en 2016.

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GARTH MILAN/RED BULL CONTENT POOL, ORCHARD ENTERPRISES NY, CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL, PETER MORNING/RED BULL CONTENT POOL

12

novembre 

À LA DEMANDE 

ROGUE ELEMENTS

Alors que 2017 s’achève, la rudesse de l’hiver sévit à ­travers les États-Unis et l’Europe. Une situation qui crée le terrain de jeu idéal pour une certaine race d’athlètes de sports d’action, héros de ce film à couper le souffle.

TRUE LAURELS

5

20

novembre   À

LA DEMANDE 

ETNIES: CHAPTERS

La société de skatewear Etnies présente sa troisième ­vidéo de BMX d’une série primée. Tournée dans quinze pays sur une période de trois ans, elle met en scène ­certains des teams de riders parmi les plus respectés.

octobre   EN

DIRECT 

RED BULL STRAIGHT RHYTHM

L’épreuve de supercross entame une nouvelle saison au Fairplex de Pomona, en Californie, mais cette fois en mode rétro : seules les motos 2-temps sont autorisées.

17

octobre

 SUR LES ONDES 

Animée par le célèbre ­journaliste et éditeur ­Lawrence Burney (photo), cette nouvelle émission hebdomadaire (tous les mercredis à 23 heures BST) a pour ambition d’élever le débat dans le monde du rap et du hip-hop. True Laurels y aborde les questions cruciales de la culture rap d’aujourd’hui, faisant le lien entre le meilleur du hip-hop, dancehall et afrowave de la planète et les problèmes sociaux des communautés d’où il est issu.

À ÉCOUTER SUR REDBULLRADIO.COM

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TEMPS FORTS

Ces montres ont des super-pouvoirs, et il ne vous reste plus qu’à trouver celle qui vous conviendra. Si le jargon horloger vous perturbe, voici sept notions à connaître. Texte WOLFGANG WIESER

Inversement : les aiguilles de l’une des faces de la Jazzmaster de Hamilton courent à l’envers.

VOLTE-FACE HAMILTON JAZZMASTER FACE 2 FACE II AUTO CHRONO

Éloge au principe universel de la dualité, cette montre possède un boîtier pivotant qui lui confère deux visages distincts. Un côté face classique avec deux chronographes et un guichet date. Au dos, deux échelles pulsométrique et tachymétrique ainsi qu’un télémètre. Typique d’une Hamilton : la fonction chronographe fait tourner les aiguilles dans le sens antihoraire. Tout un symbole. 3 795 € ; hamiltonwatch.com

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1 NOSTALGIQUE TUDOR BLACK BAY FIFTY-EIGHT

Directement inspirée de la ­Submariner 7924 (sortie en 1958, d’où son nom), cette ­Tudor affiche les mêmes proportions discrètes (39 mm de diamètre) que son illustre ancêtre. ­Aiguilles Snowflakes caractéristiques de la marque, écriture ­dorée du cadran, bracelet cuir d’un joli brun ou textile avec ­motif jacquard. Du vrai vintage comme on aime. 3 060 € ; tudorwatch.com

C’est quoi un chronomètre ?

Il s’agit d’une montre ultra-précise qui indique les secondes : pour mériter l’appellation de chronomètre, une montre doit recevoir le certificat du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) et être testée pendant deux semaines. Les procédés de contrôle chez Omega et Rolex sont souvent encore plus contraignants. Il ne faut pas confondre chronomètre et chronographe : ce dernier est un mécanisme servant à mesurer un laps de temps.

2 L’échappement

à ancre relie rouage et balancier et assure la constance du mouvement des aiguilles.

TEMPS SUSPENDU FORMEX AUTOMATIC CHRONOMETER

Le boîtier étanche de cette montre-chronomètre certifiée par le COSC, de 43 mm de ­diamètre, est un petit bijou de technologie : fabriqué dans un alliage d’acier inoxydable et de titane, il possède un système breveté de suspension qui ­protège son mouvement des ­secousses brusques et rend la montre plus confortable au poignet. Prix sur demande (env. 580 €) ; formexwatch.com



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CARBURANT SOLAIRE EDIFICE EFS-S540DB

Au premier abord, au-delà d’un look cool, il est difficile de déceler l’originalité de cette montre. Et pourtant : ce modèle Casio de la collection Edifice jouit d’une autonomie d’énergie quasiconstante, grâce à ses petites cellules solaires cachées sous le cadran, et qui fonctionnent ­aussi à la lumière artificielle. Tout surplus est stocké dans un accumulateur jusqu’à 24 mois. Plus jamais besoin de piles ! 199 € ; edifice-watches.eu

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Est-ce que ma montre aime l’eau ?

L’étanchéité d’une montre se calcule en bars et s’affiche en mètres : ainsi, une étanchéité de 30 mètres correspond à une pression de 3 bars – quelques éclaboussures. Pour l’emmener sous la douche, elle devra résister à une pression de 5 bars (50 mètres). Pour nager avec elle, 10 bars, soit 100 mètres. Et pour ­plonger, ce sera à partir de 20 bars, soit 200 mètres.

L’ESPRIT FERRARI CHRISTOPHER WARD C7 ROSSO CORSA

Inspirée par le monde du sport automobile, cette Christopher Ward saura accélérer votre ­quotidien. Les fans de F1 et de Ferrari sauront de quoi l’on parle à propos du « Rosso Corsa ». Pour les autres, il fait référence à ce fameux rouge emblématique de la F1, et notamment aux écuries italiennes (soyons précis : pourcentage de la ­quadrichromie CMYK : respectivement 13, 100, 100 et 4). 1 240 € ; christopherward.eu

4 La « réserve

RÉSISTANTE CITIZEN PROMASTER TOUGH

Un design simple, épuré qui nous ramène vers l’essentiel. La ­Promaster Tough reprend le ­mécanisme Ecodrive que Citizen a développé dès les années 90 et qui lui permet de s’alimenter à l’énergie solaire. Son boîtier ­monocoque est spécialement conçu pour résister aux chocs. 370 € ; citizenwatch.eu

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de marche » est l’autonomie d’une montre mécanique, soit le temps qu’elle peut fonctionner avant d’être ­remontée. THE RED BULLETIN


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COPILOTE IDÉAL PRO TREK WSD-F20

Avis aux amateurs de sorties en plein air et d’aventures outdoor : cette montre connectée est dotée d’un GPS avec localisation ­automatique. Autre gros avantage : sa grande autonomie d’énergie, qui permet de garder la fonction GPS activée pendant presque deux jours d’affilée. 499 € ; protrek.eu

AGENT 007 OMEGA SEAMASTER DIVER 300 M

Montre de légende et star au ciné, cette montre a orné le poignet de James Bond durant des années. Et Daniel Craig porte le modèle que vous découvrez ici. Étanche à 300 mètres, elle possède une i­ ndispensable valve à hélium, ­caractéristique des grandes ­plongeuses qui lui permet de ­résister à la pression des fonds marins. 4 400 € ; omegawatches.com

Bracelet bleu en caoutchouc, ­cadran irisé  : cette plongeuse ­affiche un beau look ­maritime. THE RED BULLETIN 

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ESPRIT SEVENTIES ORIS CHRONORIS

Plongez dans l’univers « racing » des années 1970 avec ce modèle de la maison Oris, qui ­assume avec panache les couleurs et les lignes de l’époque. Vintage, donc, mais pas vieillotte : la Chronoris se démarque tant par son esthétique que par ses performances. Une montre haut de gamme produite en série limitée à 200 exemplaires. Petit bonus : en plus de son bracelet en cuir brun, la montre est livrée avec un bracelet Nato. 3 300 € ; oris.ch

Dans son étui, la Chronoris d’Oris accueille deux bracelets et un kit de ­montage.

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Pourquoi est-il toujours la même heure dans les pubs pour les montres ? Dans la plupart des campagnes publicitaires pour des montres, elles sont réglées sur 10 h 08. Cette position des aiguilles, qui aurait été introduite par Seiko dans les années 1960, permet non seulement de faire « sourire » la montre, mais aussi ­d’afficher le nom de la marque. Oris règle ses montres à 06 h 53 (ce qui les fait sourire une fois allongée sur leur cadran).

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MONTRE DE SURVIE VICTORINOX I.N.O.X. CARBON

Condensé de technologies ­innovantes, la Inox Carbon est conçue pour résister aux températures et aux chocs extrêmes. Grande originalité de cette montre issue du grand fabricant de couteaux suisses : son côté multifonctions, grâce au bracelet Naimakka en paracorde ­tressée, qui se délie en cas de besoin pour servir de corde de survie (pour les plus discrets, elle est livrée avec un bracelet de rechange en caoutchouc). 990 € ; victorinox.com THE RED BULLETIN


CHARISMATIQUE SEVEN 24 LEADER

Imposante avec son boîtier en acier inoxydable de 46 mm et son bracelet milanais qui saute aux yeux, le modèle Leader de Seven 24 n’est pas fait pour passer inaperçu. Comble de la ­noblesse : la fabrication en série limitée à 255 exemplaires, et l’affiche des chiffres, qui relie avec élégance le 12 au 6. 299 € ; seven-24.watch

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Ce qu’est une complication ?

Drôle de jargon que celui des horlogers : une complication, c’est tout simplement une fonction additionnelle, un mécanisme qui vient se greffer sur celui des heures et des minutes, dans une montre mécanique. Le guichet date, le chronographe, les phases de la lune, les ­aiguilles des secondes sont des exemples de complications. Et les révélatrices du savoir-faire de l’horloger : généralement, plus il y en a, plus le modèle est sophistiqué, et plus il est cher.

POIGNET D’HUMOUR SWATCH DRAWING

La seule raison pour laquelle nous avons choisi de faire figurer cette Swatch dans notre palmarès, c’est son côté complètement décalé. Dans un univers qui aime parfois tant surenchérir en taille, ce petit dessin qui se moque de ses 41 mm, on adore. Pourquoi ? Parce que c’est pile dans la moyenne, et que ça m ­ érite d’être salué, comme le fait Swatch avec beaucoup de dérision. 70 € ; swatch.com THE RED BULLETIN 

POLE POSITION TAG HEUER MONACO GULF SPECIAL EDITION

Symbole d’une révolution horlogère, la Heuer Monaco fut, lors de sa sortie le 3 mars 1969, la première montre automatique, dotée du désormais célèbre Chromatic Calibre 11. Alors ­célébrée pour l’excellence de son savoir-faire horloger et ­l’originalité de son boîtier carré, elle revient en arborant les couleurs de la compagnie pétrolière Gulf Oil International que portait (ainsi que cette montre) l’acteur et pilote Steve McQueen dans le film Le Mans en 1971. 5 250 € ; tagheuer.com

7 La référence de chaque modèle de montre est la combinaison d’une lettre et de plusieurs chiffres.

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MENTIONS LÉGALES

THE RED BULLETIN WORLDWIDE

The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans sept pays. L’édition autrichienne consacre sa une au rendez-vous musical Red Bull Soundclash : 2 groupes, 2 scènes, 1 battle. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

Les journalistes de la SAS L’Équipe n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. La SAS L’Équipe n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

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Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteurs en chef adjoints Waltraud Hable, Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English Directeur photos Fritz Schuster Directeurs photos adjoints Marion Batty, Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Rédaction Christian Eberle-Abasolo, Arek Piatek, Stefan Wagner Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur global Media Sales Gerhard Riedler Directeur Media Sales International Peter Strutz Directeur commercial & Publishing Management Stefan Ebner Publishing Management Sara Varming (Dir.), Magdalena Bonecker, Manuela Gesslbauer, Kristina Hummel, Melissa Stutz, Stephanie Winkler Marketing & Communication Alexander Winheim Directeur créatif global Markus Kietreiber Solutions créatives Eva Locker (Dir.), Verena Schörkhuber, Edith Zöchling-Marchart Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier Emplacements publicitaires Andrea Tamás-Loprais Production Wolfgang Stecher (Dir.), Walter O. Sádaba, Friedrich Indich, Michael Menitz (Digital) Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovi c,̀ Maximilian Kment, Josef Mühlbacher Fabrication Veronika Felder Office Management Yvonne Tremmel Informatique Michael Thaler Abonnements et distribution Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser (Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements) Siège de la rédaction Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone : +43 (0)1 90221-28800, Fax : +43 (0)1 90221-28809 Web : www.redbulletin.com Direction générale Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier, Dietmar Otti, Christopher Reindl

THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Alessandra Ballabeni, alessandra.ballabeni@redbull.com Contributions, traductions, révision Étienne Bonamy, Frédéric & Susanne Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Claire ­Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Prinovis Ltd. & Co. KG, 90471 Nuremberg Publicité PROFIL 134 bis rue du Point du jour 92100 Boulogne +33 (0)1 46 94 84 24 Thierry Rémond : tremond@profil-1830.com Elisabeth Sirand-Girouard : egirouard@profil-1830.com Arnaud Lietveaux : alietveaux@profil-1830.com

THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor David Mayer Révision Hans Fleißner (Dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Natascha Djodat Publicité Martin Olesch, martin.olesch@de.redbulletin.com

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La tour est folle Le principe du Dahi Handi : rassembler trente-cinq amis prêts à se monter dessus sans complexe, les plus lourds portant les plus légers sur leurs épaules. Le grimpeur au sommet doit briser une jarre en argile suspendue en hauteur. Red Bull Jod ke Tod s’est inspiré de la fête traditionnelle indienne célébrée fin août à Mumbai. ­Résultat : une prouesse d’équipe remarquable, une tension extrême et des hommes… grandis.

THE RED BULLETIN n° 82 sortira le 17 novembre 2018 98  



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