Portraits de Territoires - Revue annuelle n°3 - 2016

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Revue Annuelle # 3 | 2015-2016 www.portraitsdeterritoires.com | portraitsdeterritoires@gmail.com

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# édito Retour en images sur une année riche : des rencontres, des échanges, du partage et des photographies. Dans ce nouveau numéro, l’équipe des Portraitistes poursuit sa quête photographique et vous emmène découvrir un chef d’œuvre de l’architecture du XXe siècle : conçue par Mallet-Stevens, la Villa Cavrois vous ouvre ses portes ! Sous l’œil impitoyable du temps qui passe (en témoignent les cadrans répartis dans chacune des pièces), le lieu a presque recouvré sa beauté d’antan, et se laisse apprivoiser par un public venu flâner. Déambuler dans la villa, sans se presser, c’est la laisser vous offrir le spectacle de son immensité, de sa verticalité, de ses lumières, de ses couleurs..... Cette nouvelle édition, c’est également l’occasion de poursuivre la visite des brasseries, chères à notre région, ou encore de partir à la découverte d’un quartier lillois bien connu de tous : le quai du Wault-! Ainsi, de nouveaux projets sont en marche : les sorties Portraits de villes, permettant aux membres de se retrouver tous ensemble et d’appréhender la ville sous un regard nouveau ; ou encore les balades à vélo, où chacun a pu sillonner les bords de la Deûle ! 2016 fut en somme une belle année pour l’équipe associative, elle nous a notamment permis d’exposer dans de nombreux lieux pour présenter l’immense travail photographique réalisé dans le cadre du projet Portrait[s] d’un patrimoine insoupçonné : les brasseries et malteries du Nord - Pas-de-Calais. Ce numéro nous montre une fois de plus que la passion et l’engagement associatif permettent de faire germer des idées, qui deviendront des projets, que l’œil du photographe viendra savamment capturer. Belle découverte à tous.

Eloïse Pimbert

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Publié par l’Association Portraits de Territoires Directeur de la publication Eloïse Pimbert Direction artistique Laurane Péan Rédacteurs Sara Guilbert, Léo Lecoq, Quentin Madec, Benoit Masson, Arnaud Picavet, Eloïse Pimbert, Philippe Saison, Marine Vignot En couverture : Villa Cavrois, Croix © Amélie Deguingand / Portraits de Territoires


#3 SOMMAIRE 03 édito 07 Arrêt sur image 09 Festival de la Biodiversité 13

La Villa Cavrois

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Portraits de Ville

23 La Deûle, Portrait passager 29 Les Brasseries 55 Contact 5


# Arrêt sur images

Sortie de l’Association en juin 2016 lors du projet La Deûle, Portrait Passager

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Sortie de l’Association en septembre 2016 lors du projet La DeÝle, Portrait Passager

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# Festival de la Biodiversité Arras

Le dimanche 14 juin 2015, les Portraitistes étaient présents pour animer un stand lors du Festival de la Biodiversité organisé par le CPIE Villes de l’Artois à Arras. Ce festival a permis de réunir une quinzaine d’associations arrageoises autour de la convivialité et du partage. Cette rencontre était l’occasion de faire connaître l’association et son action sur le territoire arrageois. Une vingtaine de photographies de la faune et de la flore régionales, réalisées par les membres de l’association, ont été exposées au public. Ces photos ont été réalisées dans le cadre de sorties associatives tels que les terrils de Loosen-Gohelle et Oignies, le Mont Saint-Frieux, l’Anneau de la Mémoire, Sainte-Cécile, etc. et les tirages ont été réalisés gracieusement par notre partenaire local ReflexPro, localisé à Arras.

Sous un soleil resplendissant, des animations et de petites activités ludiques pour les enfants ont été réalisées. Cette journée fut également l’occasion de discuter et de partager autour des projets mis en place par l’association. Une centaine d’arrageois se sont également déplacés à l’occasion du festival, déambulant parmi les stands, ils ont vivement salué le travail accompli, le regard artistique et la qualité des compositions photographiques. De jolies rencontres avec des partenaires nous permettront certainement de développer de futurs projets : ce fut une journée animée et riche en échanges. Eloïse Pimbert

Stand où étaient exposés les clichés de l’Association lors de la journée du Festival de la Biodiversité

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# La Villa Cavrois Croix

C’est de la rencontre entre deux associations qu’est née la série de photographies de la villa Cavrois. Portraits de Territoires était invitée par la Société d’Emulation de Roubaix. Depuis 1868, cette dernière s’attache à faire découvrir ou redécouvrir les gens et les lieux de vie qui ont fait, qui font ou qui feront l’histoire de leur ville. Les recherches de l’association font l’objet d’articles publiés une fois par an dans le magazine Gens et Pierres de Roubaix. Gilles Maury, président de la Société d’Emulation de Roubaix est l’initiateur de notre rencontre, formulant son souhait de nourrir un article abordant le sujet de la villa Cavrois par nos photographies. Les gens et les pierres... C’est sur cet intérêt commun à nos deux univers associatifs que s’est fondée notre collaboration. Cette interrelation entre l’Homme et son environnement bâti constitue également un axe majeur de la démarche de notre association. Mais comment aborder un sujet aussi complexe que la villa Cavrois ? Dans cette série photographique, l’enjeu est d’apporter de l’inédit et de la fraîcheur à l’effervescence suscitée par la restauration de l’œuvre emblématique de Robert Mallet-Stevens. Nous sommes alors arrivés à Croix sur la parcelle de ce véritable palais moderne avec un angle de vue offert par les premières réflexions de Gens et Pierres de Roubaix : nous devions faire avec l’idée d’un «vertige Cavrois ». Vertige par la verticalité non évidente mais bien réelle de son architecture. Vertige aussi par le succès

exponentiel de la villa comme lieu touristique dans une région où le patrimoine se rapporte peu à de grandes réalisations architecturales historiques. La villa fait aujourd’hui office de « château » remarquable à visiter. Avec cette pensée en tête, nous avons pu longuement déambuler autour et dans la villa. Nous nous sommes croisés et avons saisi certains principes qui ont dû enthousiasmer Robert Mallet-Stevens lors de la conception de ce manifeste architectural. Nous avons également observé, à travers nos objectifs, les personnes qui font que la villa est vivante entre 10h30 et 17h30. Alors, en faisant un pas de côté, en levant la tête ou baissant les yeux, nous avons, chacun à notre manière, pu nous faire une idée de ce que représentait le vertige Cavrois. 

 Ainsi, le vertige Cavrois se décline sous le clic de nos appareils, selon nos sensibilités, nos champs disciplinaires et professionnels, notre connaissance ou non du lieu et de son histoire. Le vertige est évident dans la rigueur des matérialités, dans la juxtaposition des volumes et des matériaux. Le vertige prend aussi la forme de reflets et brillances selon la position calculée des éléments architecturaux, du mobilier et des détails. Le vertige se révèle dans les vides et les grandes hauteurs offertes par l’architecte, véritables terrains de jeux pour photographes. Mais le vertige apparaît parfois dans une ombre courant sur un mur ou derrière une paroi opalescente. Avait-il prévu cet effet ? Marine Vignot & Léo Lecoq

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# Portraits de ville Le Quai du Wault

Portraits de ville & formes urbaines : Un projet pour se retrouver – un projet pour (se) découvrir L’association s’agrandit, l’association rassemble, l’association se diversifie, l’association se meut, l’association évolue. Chacun des membres est libre de proposer des projets, d’y participer, d’être présent, d’être absent, d’être investi, de l’être un peu moins, de prendre la parole, de garder le silence, de prendre des photos, de donner son avis, de partager ses connaissances, de rire... Chacun est donc libre d’être et de s’exprimer. Oui, mais dans l’association, depuis quelques mois, on grandit vite... Alors il faut prendre le temps de se retrouver tous ensemble, de se découvrir et de se connaître. Et, quoi de mieux qu’une sortie tous ensemble pour découvrir l’autre ? Selon les projets, des sorties sont planifiées, mais tout le monde n’y participe pas toujours. Portraits de ville & formes urbaines, c’est avant tout établir un calendrier régulier pour sortir prendre quelques clichés, un dimanche matin par mois. C’est le rendez-vous régulier pour les membres de l’association : qu’on soit deux cinq ou dix, c’est l’occasion de pratiquer, de s’entraîner à des techniques, de découvrir un lieu de la ville, mais aussi et surtout, de se faire plaisir et de partager un moment photo tous ensemble. On se balade, le lieu précis et le point de rendez-vous sont décidés quelques mois avant : un quartier, une rue, un parc, un endroit, quelque part dans la ville... On discute du lieu, de ce que chacun connaît, on choisit un thème et on part explorer le site. L’appareil sitôt tiré du sac, on saisit, les formes des bâtiments, les symétries, la mouvance des passants, les reflets, les couleurs, l’architecture... L’occasion de redessiner les contours photographiques du site sous un œil neuf. Petit à petit, on s’imprègne du lieu, on l’apprivoise, et, au détours d’une rue, on croise un Portraitiste, à l’affût de la photo parfaite... C’est le moment de s’arrêter pour discuter un peu. Les matinées s’achèvent généralement par un petit verre en terrasse, le temps de se rafraîchir et d’échanger sur les photos prises dans la matinée, se donner des nouvelles, discuter. Chacun publiera une mini

série photographique selon son humeur, sa sensibilité et le thème choisi. Cela permet de redécouvrir un site au travers de séries étonnantes, de clichés inattendus offrant une nouvelle lecture urbaine du site. Quai du Wault Notre première rencontre urbaine s’effectue au quai du Wault, à deux pas de la citadelle et du vieux Lille, dans la poursuite d’un linéaire de verdure. Le quai du Wault est perçu comme un véritable petit quartier où règne une impression de bien-être et de tranquillité à l’écart des remous de la ville, ce qui laisserait à penser que l’espace est déconnecté de la ville. Et pourtant, ce ne fut pas toujours le cas! Initialement, le quai du Wault permettait de relier la BasseDeûle à la Haute-Deûle. Il était alors connu sous le nom de “Petit port de la Neuve-Navie”, puis “quai Saint-Martin” en 1872, avant de s’appeler le “quai du Wault” en 1882. Ce canal de la Moyenne-Deûle était utilisé pour les activités commerciales et les livraisons de marchandises. L’ambiance qui se dégageait devait s’apparenter du tumulte des ports marchands : le quai du Wault permettait ainsi de décharger les cargaisons qui étaient acheminées vers la ville. Vers 1966, le quai du Wault fut isolé de la Deûle pour ne devenir qu’un bassin en eau. Longtemps laissé à l’abandon, il se caractérisait par la présence de détritus flottants, et par l’émanation d’odeurs nauséabondes. La démarche de rénovation et de valorisation du quai du Wault a permis de recréer un espace de vie pour les habitants de la métropole-: au moindre rayon de soleil, le site est pris d’assaut par la jeunesse lilloise, venue profiter du petit carré de verdure qu’offre le quai, les joggeurs le traversent avant de rejoindre la citadelle, et les marcheurs flânent dans la quiétude du lieu. Le quai du Wault est un des témoins du passé fluvial de la ville de Lille, historiquement, constituée de canaux ayant aujourd’hui disparu. Eloïse Pimbert

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# La Deûle, Portrait Passager De la Citadelle au Port de Wambrechies

La Deûle est une composante fondamentale du paysage et de l’organisation du territoire. Elle représente un élément fondateur de la cité lilloise et lui a donné son nom. Successivement commerciale, défensive et industrielle, elle a toujours été un support aux actes d’urbanisation de la ville.

Un reportage photographique pour faire un instantané du territoire amené à se transformer. Il nous semble important de témoigner de ce moment de transformation du paysage à travers un objectif.

Aujourd’hui, ce territoire est en pleine mutation. La Deûle qui semblait complètement oubliée reprend un rôle à l’échelle de la métropole.

De la Citadelle à Wambrechies

Le projet photographique saisit un instantané de ce paysage en devenir en trois séquences : - De la Citadelle à Wambrechies - De Wambrechies à Deulémont - De la Citadelle à Bois Blancs Nous avons développé à travers ces séquences une approche critique, sensible et documentaire : Un regard critique pour déceler les discontinuités à travers le paysage, s’interroger sur les nouvelles constructions, comprendre l’histoire des lieux et interpréter ce qu’il en reste. Une démarche artistique pour mettre en avant le caractère des lieux, un travail qui a rapport au graphisme, à l’action de saisir quelque chose de beau. Comment un paysage peut-il se retrouver dans un détail et inversement.

La sortie s’est déroulée à vélo. Les différentes étapes nous ont permis de découvrir la Citadelle, l’écluse du Grand Carré, les anciennes friches industrielles du quartier Berkem et des moulins de Paris. Puis nous avons suivi les traces d’un ancien tramway longeant la Deûle. Enfin, la sortie s’est terminée à Wambrechies au port de plaisance. Cette séquence regroupe sur une courte distance une diversité d’ambiances et de paysage, parfois brutalement juxtaposées. On se souviendra de l’image des moulins de Paris abandonnés avec au premier plan l’usine de recyclage Cibié. Cela a été l’occasion pour les portraitistes de s’exercer aux photos de paysage.

Sara Guilbert & Philippe Saison

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Portrait[s] d’un Patrimoine insoupçonné : Les Brasseries & Malteries en Nord-Pas-de-Calais


Brasserie des 2 Caps Tardinghen

La brasserie des 2 caps se situe à Tardinghen entre le Cap Gris-Nez et le Cap Blanc-Nez comme le laisse deviner son nom. Elle a pris ses quartiers dans une annexe de la ferme de la Belle Dalle. Un beau corps de ferme datant du XVIIIème siècle entouré de champs d’orge. Le site est splendide. Une grande cuve en cuivre trône dans la cour et attire la curiosité de tous les portraitistes.

Une des particularités de cette brasserie est que 95% du malt utilisé pour la bière provient des champs alentour. Si bien que Christophe Noyon a mis au point une bière de “cru millésimé” nommée la Belle Dalle du nom de la ferme toujours fabriquée à partir des mêmes champs d’orge. Tout est fait pour que l’on fasse le rapprochement entre cette bière et un vin : le style de la bouteille, le style du verre.

Le brasseur, Christophe Noyon lui-même nous fait la visite. En plus des explications sur la fabrication de la bière, il nous raconte l’histoire de sa brasserie et de sa famille. Le projet démarre en 2001 lorsque Christophe et Alexia Noyon souhaitent se consacrer à la création d’une brasserie dans la ferme familiale. Christophe, ingénieur agricole suit une formation de brasseur à Louvain (en Belgique). La structure est officiellement créée en 2003 autour des valeurs de “Qualité, Indépendance et Engagement”.

Les projets pour la brasserie ne manquent pas. Pourquoi ne pas créer une malterie pour proposer une bière fabriquée localement à 100% ?

La production de la brasserie est de 2500 hectolitres par an. La moitié est produite en Belgique à Gand dans une brasserie/laboratoire. Cette dernière possède un équipement plus important dont la brasserie bénéficie pour innover.

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La visite s’est terminée autour d’une dégustation d’une grande partie de leur fabrication. Nous avons goûté la bière Blanche de Wissant, la 2 Caps, la Noire de Slack, La Belle Dalle millésimée, La D-day ! Sara Guilbert


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Brasserie Saint-Germain Aix-Noulette

L’histoire d’Aix-Noulette est marquée par la présence d’importantes brasseries depuis la fin du XIXème siècle. En effet, une première fabrique apparaît dès 1856 à proximité de l’église et alimente plus de soixante estaminets et cantines avant la première guerre mondiale. Celle-ci s’industrialise progressivement et produit de plus en plus d’hectolitres de bière chaque année grâce aux employés sur le site. Ils représentent alors un cinquième de la population active de la ville dans les années 1980. En 1986, la production de la brasserie Brasme s’arrête laissant une friche industrielle au cœur d’Aix-Noulette dont il ne reste aujourd’hui plus de trace. En 2003, une nouvelle brasserie au nom du saint patron de la ville démarre son activité route d’Arras et ne cesse d’augmenter sa production au fil des années. Aujourd’hui à plus de 10 000 hectolitres de bière par an, la production rattrapera peut-être bientôt celle de l’ancienne brasserie Brasme à savoir plus de 200 000 hectolitres en 1986. Les bières de garde sont élaborées à partir de matières premières provenant exclusivement de la région et sont distribuées en France et à l’étranger.

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À l’intérieur des entrepôts, le matériel tout en métal inox contraste avec les anciens fûts en bois à vin et à whisky dans lesquels les bières spéciales sont gardées. Certaines pièces concentrant de la technologie et de la mécanique servent de laboratoire notamment pour de jeunes brasseurs venant élaborer et expérimenter leurs recettes. Accompagnés par un médiateur, nous découvrons au fur et à mesure de la visite que le chiffre 24 est omniprésent dans le processus de fabrication de la bière (notamment pour le dosage du malt et la température de garde de la bière). Il prend alors une dimension mystique à l’instar de l’étoile des Motte-Cordonnier, d’autant plus que la fameuse page 24 serait celle qui vanterait les bienfaits du houblon dans un livre écrit par la religieuse et herboriste Hildegarde de Bingen au Moyen-Âge. Cependant, la brasserie Saint Germain est tournée vers l’avenir. Elle est un exemple significatif de moyenne brasserie évolutive et innovante qui ne cesse de grandir. Quentin Madec


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Brasserie Catry Wambrechies

Dés l’entrée dans la propriété, nous sommes interpellés par la façade à pas de moineaux qui s’érige devant nous. L’inscription sur l’atelier de fabrication, « 1883 » indique la date de fondation de la Brasserie. Le caractère atypique de cette brasserie réside dans le fait que «-la brasserie vient compléter une activité agricole déjà présente sur le site1 » depuis le début du XIXème siècle. Ainsi, la ferme, qui est juxtaposée à la brasserie, possède encore les traces du passé malgré un état avancé de destruction : des tracteurs et machines agricoles sous les granges, des caisses et cagettes en bois avec les inscriptions du fondateur « Paul Catry », des fers à cheval scellés dans les murs en briques des écuries… Cela laisse apparaître l’organisation du lieu contigu à la brasserie.

Les propriétaires actuels, descendants de la famille Catry et habitant le logement de contremaître, nous guident pour la visite de la brasserie laissée dans son jus depuis des années. L’atelier de fabrication abrite les cuves et les silos à grains. En 1927, « l’usine produisait de la bière de fermentation haute avec cuves ouvertes2-». À côté, une salle des machines loge un imposant moteur « Delahousse Rasson – Tourcoing ». Les carreaux de ciment d’époque mettent en valeur cette construction mécanique. Au cours de cette visite, nous avons eu l’impression de faire irruption au début du siècle dernier. Dans l’atelier de réparation, nous découvrons les anciennes étiquettes des bouteilles, des pochoirs et des caisses au nom de la « Brasserie Jean Catry – Wambrechies », dernier exploitant qui a cessé l’activité dans les années 1940... Arnaud Picavet

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Nathalie Van Bost, Brasseries et malteries du Nord-Pas-de-Calais, 2000, p137. Ibid, p137.


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Brasserie Paul Collignon Lécluse

Au début du XXème siècle, dans le Nord Pas-de-Calais, se développent de nombreuses brasseries. De taille modeste, artisanale voire familiale, ces brasseries avaient pour vocation de subvenir aux consommations locales. La bière était consommée dans les cafés ou livrée à domicile en voitures à cheval. La première Guerre Mondiale fut désastreuse pour ces petites brasseries, qui se sont vues réquisitionnées et démantelées pour la récupération des métaux. Au sortir de la guerre, les brasseries se modernisent et l’on voit apparaitre les premiers grands groupes. Fondée en 1923, la brasserie Paul Collignon fait partie de ces brasseries « modernes » de l’après-guerre, mais elle garde tout de même la dimension locale des brasseries du début du siècle. Une trentaine de cafés seulement distribuaient sa bière la plus réputée : « les Quatre As ». Au plus fort de son activité, 30 000 hectolitres de bières étaient brassés dans les bâtiments de Lécluse, grâce aux 70 personnes qui travaillaient là. La seconde guerre mondiale est un second coup dur pour les brasseries, qui se voient rationnées en matières premières. Les années 50 marquent également un nouveau tournant pour le secteur de la bière et de l’industrie : le nombre de petites brasseries ne cesse de diminuer et les grands groupes ne cessent de croitre. La consommation de la bière se métamorphose également avec l’apparition des grandes surfaces : ce produit qui était généralement consommé dans les cafés ou livré à domicile fait son apparition dans les supermarchés. Ainsi, l’activité de la brasserie Paul Collignon cessa en 1951. Les bâtiments furent rachetés par la Grande Brasserie de Lille, grande coopérative de bière, et les bâtiments se sont vus utilisés comme dépôts de boissons.

Aujourd’hui, le site en friche a été racheté par l’EPF (Etablissement Public Foncier) du Nord Pas-de-Calais, et un projet de logements est planifié sur le site. Dans le cadre de notre projet « portrait d’un patrimoine insoupçonné », et plus particulièrement pour notre dossier sur les brasseries du Nord Pas-de-Calais, nous nous sommes rendus dans ce lieu. Il est bien difficile d’imaginer l’activité qui a pu régner là dans ses plus fastes années. Tout le matériel et les machines ont disparues, ne reste que çà et là des tuyaux, des étagères « range-bouteilles », des caisses, des étiquettes, des bouteilles en verre ou encore un baril en bois. La végétation a envahie la cour, les vieux pavés équarris ne sont presque plus visibles. Les voitures à cheval ont également disparues, ne restent que les écuries, témoin de leur présence. L’Histoire, avec un grand « H », est également présente au sein du site. A l’intérieur des logements, de vieux journaux allemands jonchent le sol et des graffs marquent les murs. La seconde guerre mondiale est belle et bien passée par là. Faits de briques pour les plus anciens ou mélangeant briques et béton pour les plus récents, les bâtiments offrent de beaux espaces. La plupart des planchers sont constitués de voutains en terre-cuite et une grande surface de caves se cache en sous-sol (endroit où devaient être entreposées les bouteilles). Les membres de l’association ont pleinement profité de ce lieu pour immortaliser ce qu’il en reste, afin que le patrimoine local que constitue la brasserie Paul Collignon, véritable exemple de l’évolution des brasseries du Nord Pas-de-Calais, ne soit pas oublié. Benoit Masson

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Toutes les photographies présentées dans cette revue sont la propriété exclusive des membres de l’association et ne peuvent en aucun cas être reproduites sans autorisation préalable écrite. Tous droits réservés © Portraits de Territoires.


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