UE 6.3:
Rapport d’Études Quels sont les mécanismes et enjeux de la reconversion des Marges Industrielles fluviales dans le territoire du Val de Loire ?
Fig 1
Paul BLOTIN
ENSACF-2020/2021
Boris BOUCHET
1
GéraldineTEXIER-RIDEAU
2
Remerciements: Avant de développer ce Rapport d’Études j'aimerais remercier tout particulièrement mes enseignants référents, Géraldine Texier-Rideau et Boris Bouchet, pour leur accompagnement constant tout au long de cette année. Leurs critiques avisées m’ont permis de faire avancer ma réflexion et de trouver des réponses à mes questionnements. Je suis reconnaissant de leur implication dans ce rôle d’encadrement. Je tiens aussi à remercier mes parents pour leur soutien sans faille depuis ma première année à l’école jusqu’à la rédaction de ce Rapport d’Études. Enfin, je voudrais remercier mes amis qui ont su m’encourager durant les derniers jours de cet exercice, lors de la rédaction finale.
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Avant-propos
Les études en architecture ont été un objectif pour moi durant mon parcours scolaire collégien et lycéen. Je me suis intéressé tôt à cette discipline et pressentais un apprentissage différent de ce à quoi j’étais habitué : plus subtil, plus flou mais aussi plus profond. Je suis issu d’un baccalauréat scientifique passionnant, mais qui avait personnellement cadré ma façon de réfléchir et restreint ma manière de percevoir les choses. Ces deux années d’enseignements ont alors assoupli mon esprit et je me suis ouvert à de nombreuses disciplines. Cette diversité d’enseignements m’a fait comprendre les enjeux de l’architecture ainsi que son importance dans la construction du monde de demain. Je pense que le processus de projet que nous développons dans les exercices de l’école est fortement influencé par les expériences personnelles et le parcours e vie. Inversement, je trouve que les études d’architecture ont modifié ma façon de vivre dans un territoire, d’appréhender le patrimoine bâti et culturel et de mieux comprendre la modernité. J’ai principalement vécu dans deux régions de France ayant pour point commun une grande ruralité : le Béarn et le Valde-Loire. Les études d’architecture m’ont apporté des outils de compréhension des territoires de ces régions, mais m’ont aussi amené à questionner certaines dynamiques urbaines. L’enseignement de la cartographie, en deuxième année m’a amené à m’interroger sur les dynamiques de fabrication de la ville et les relations qu’entretiennent la ville et un territoire. Lors de l’analyse et du dessin des cartes de Stockholm, j’ai pu découvrir une façon de vivre et d’habiter particulière, en rapport direct avec l’eau. Dans cette grande capitale faite d’un ensemble d’îles le bateau est un mode de déplacement très développé, bien plus efficace que les transports routiers pour effectuer de grandes distances sur des déplacements rapides. De nombreux habitants vivent en péri-urbanité et travaillent en ville. Des mouvements pendulaires se sont mis en place, comme dans les grandes villes françaises, cependant ce sont les ferries qui sont majoritairement empruntés. Le complexe réseau hydrographique de Stockholm est alors l’une des principale porte d’entrée de la ville, mais représente aussi un lien fort avec les villes alentours et le grand territoire. Enfin, il représente une bonne partie de l’activité économique de la communauté urbaine de Stockholm, avec de nombreux ports organisés en chapelet autour de la capitale suédoise. 4
Pour ce Rapport d’Études j’ai voulu explorer plus avant ce lien qui unit une ville et son territoire. A travers les théories bio régionales, tout d’abord, et les mécanismes de résiliences d’un espace géographique délimité ensuite. Le rapport de la ville à l’eau est cependant une intention première de ce travail. La présence d’un fleuve dans la ville a jusqu’à la fin du XIXe siècle permis d’amener biens et marchandises au cœur de la ville. Les berges étaient ainsi un espace industriel et portuaire. Cependant, aujourd’hui, ces sites industriels et ces anciens ports fluviaux sont devenus des marges dans la ville qui doivent être réaménagés. On voit depuis la décennie 1990 apparaître divers projets de transformation de ces Zones en sites culturels, en logements, en équipements publics, en lieux de loisirs ou encore en lieux artistiques contemporains. C’est ce processus de renouvellement de la ville sur les friches et zones industrielles que j’ai choisi de traiter comme sujet dans ce rapport d’études.
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Sommaire
0.1 Remerciements
p. 3
0.2 Avant-propos 0.3 Introduction
p. 4 p. 8
0.4 Les sites étudiés
Chapitre 1
p. 10
Les conséquences de l’anthropisation du fleuve
I: Une Histoire de l’eau et de la cité
1.1: La fondation d’une ville près de l’eau 1.2: Les industries textiles du XIXème siècle 1.3: Une histoire marquée par le commerce triangulaire 1.4: Au XIXème siècle, les chntiers navals
p. 14 p. 15 p. 16 p. 18
II: L’appropriation d’une histoire collective par la patrimonialisation 2.1: Une mémoire sélective 2.2: La découverte d’un nouveau patrimoine
Chapitre 2
p. 20 p. 22
Les leviers du recyclage des marges industrielles
I: La gouvernance des projets
1.1: Chronologie des diffrentes étapes de concours 1.2: Les contraintes des sites 1.3: Les enjeux de la reconversion pour les élus 1.4: Les outils administratifs et décisionnels mis en place
p. 26 p. 27 p. 28 p. 29
II: Des programmes culturels au service de la réactivation d’un quartier 2.1: Une désertification des lieux 2.2: le parti-pris culturel comme outil de renouveau urbain
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p. 32 p. 33
Chapitre 3
Les thématiques explorées par les plans-guides
I: Le renouvellement de la ville
1.1: L’importance de l’espace public 1.2: Le passage d’une zone monofonctionnelle à un morceau de ville 1.3: La parenthèse Europan
p. 38 p. 39 p. 41
II: La place de la nature dans la ville
2.1: Le développement des trames bleue et verte 2.2: Un décalage entre discours et opérations
p. 43 p. 45
4.1 Conclusion
p. 48
4.2 Bibliographie
p. 50
4.3 Iconographie
p. 52
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Introduction
La place du fleuve dans la ville a évolué au fil des siècles : ressource nourricière, voie de communication et de transport, enjeu stratégique, espace de travail manuel puis industriel, ou encore promenade d’agrément. Depuis la fin des années 70 et l’abandon successif des zones Industrielles fluviales les villes ont étés confrontés aux problématiques d’étalement urbains liés aux logiques d’urbanismes antérieures. La nouvelle doctrine a été de faire la « ville sur la ville ». Portant ainsi un nouveau regard sur les friches en centre-ville. Dans le même temps, une prise de conscience de la qualité qu’apportent les trames vertes et bleues dans la ville ont fait augmenter le fonciers des berges et des îles, en relation direct avec le fleuve. Dans ce Rapport d’Études, je vais m’intéresser plus particulièrement aux exemples des villes de Nantes et Angers. Ces deux villes font toutes deux partie du territoire du val de Loire et ne sont distantes que de 80 km, cependant ce sont deux villes de tailles différentes qui ont développés durant leurs histoire un rapport à l’eau assez différent. La Loire traverse de part en part la ville de Nantes, avant de se jeter dans l’océan Atlantique 60 km plus long, à St-Nazaire. Le site de Nantes est aussi caractérisé par l’embouchure de l’Erdre. Angers est parcourue par la Maine, une rivière longue de seulement 11,5 km. Elle est formée de la confluence de la Mayenne et de la Sarthe en amont, et va se jeter dans la Loire en aval, à de Bouchemaine. Cette présence du fleuve ou de la rivière dans les villes d’Angers et de Nantes constitue un élément paysager important, générateur d’un imaginaire fluvial lié à l’eau et au voyage. Il participe aussi à relier la ville à son territoire, en la re-situant dans une région géographique plus vaste. Les nouveaux projets d’urbanismes, depuis les années 2000, visant à reconnecter la ville avec son fleuve se heurtent à de grandes enclaves sur les quais, friches industrielles, parking, zone d’activité, réseau routier voire autoroutier... Ces projets articulent de nombreux enjeux car ces sites sont sensibles sur bien des aspects, mais leur transformation fait partie des clés du renouvellement urbain. Nous allons nous intéresser à deux projets de réaménagement de marges industrielles : l’exemple de l’île de Nantes et celui du quartier St-Serge à Angers. 8
Le premier projet est conduit à partir de 2000 par Alexandre Chemetoff et le Bureau des Paysages, en association avec l’agence d’Architecture de Jean-Louis Berthoumieu. Ce projet concerne le renouveau du territoire de l’île de Nantes, vaste de 350 ha et au cœur de la ville. Le deuxième projet analysé est le projet Angers Rives Nouvelle, conçu par l’Atelier Grether et Phytolab, en partenariat avec Contrepoint et SCE. Ce projet est sub-divisé en plusieurs séquences spatiales. La principale séquence, Berges de Maine, est la plus intéressante pour ce travail de comparaison. Elle concerne le secteur de St-Serge et la reculée, une Zone Industrielle au bord de la Maine située au Nord de l’agglomération. Elle a le statut de porte d’entrée de la ville, par la proximité de l’échangeur routier de l’A11. Ces marges industrielles sont sujet à des processus de transformation complexes qui répondent à une certaine situation et à une histoire. La comparaison et l’analyse de ces processus dans un territoire donné nous mènent au questionnement suivant : Quels sont les mécanismes et enjeux de la reconversion des Marges Industrielles fluviales dans le territoire du Val de Loire ? Afin de répondre à cette problématique nous allons tout d’abord nous intéresser à l’évolution des relations entre la ville et le fleuve durant l’histoire et aux enjeux patrimoniaux actuels, suite à la désindustrialisation. Nous pourrons ensuite comparer les mécanismes de gouvernance des projets urbains et leurs stratégies de reconnexion des marges à la ville. La dernière partie de cet argumentaire sera consacrée aux thématiques récurrentes abordées par les projets retenus.
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Fig 1.1 Situation de L’ile de nantes dans la ville
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Fig 1.2 Situation de la Z.I. de St-Serge dans la ville
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Chapitre 1
Les conséquences de l’anthropisation du fleuve
fig 2. Angers vu de ballon
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I: Une Histoire de l’eau et de la cité
Les villes de Nantes et d’Angers se sont implantées et ont grandi près d’un cours d’eau important : la Loire à Nantes et la Maine à Angers. Elles font toutes les deux parties d’un grand territoire plus vaste, le Val de Loire, qui a permis de les relier à un axe fluvial de transport et de communication connectant l’intérieur des terres à la façade Atlantique. Cette situation a fortement impacté le développement et l’Histoire de ces deux villes au cours des siècles : Elle a assuré une source de nourriture et de ressources stable et permis l’essor d’un commerce fluvial prospère mais aussi détruit des infrastructures par de grandes inondations1 ou encore ouvert une voie d’accès aux pillards nordiques.
1 Grandes Inondations de 1711 à Angers.
1.1: La fondation d’une ville près de l’eau
La ville d’Angers est fondée par les Andes vers le Vème siècle av . J.-C. Ce peuple celte profite de la position stratégique du site pour y installer un oppidum surmontant la Maine, à l’ouest. Jules César et ses troupes vont, en 57 av . J.-C., y passer l’hiver et romaniser la ville. Renommée Juliomagus, cette dernière va se développer sous l’influence romaine, selon les règles d’urbanisme de l’empire et en construisant divers monuments, dont un important amphithéâtre. Durant le moyen-age, la ville d’Angers va successivement subir des raids de pillards bretons et normands arrivants par la Maine, avant de prospérer sous les différents règnes de la dynastie Plantagenêts. Un pont (futur pont de Verdun) est construit en 1028 afin de relier le cœur de la cité au quartier de la Doutre, rive droite. Il sera secondé à partir de 1181 par le pont des Treilles. En 1360, la ville et la campagne environnante prennent le titre de Duché d’Anjou et à partir de 1434 le roi René, Duc d’Anjou, va relancer le développement local. La ville va commencer à accueillir des marchands remontant le fleuve vers Orléans. Un port est alors aménagé sur les berges de la Maine, sous le château : le port Ligny2. Il s’y déroule le commerce du bois, de l’ardoise et du tuffeau local3. En 1538 Angers est la seizième ville la plus prospère du royaume, c’est une étape incontournable du transport de marchandises entre Paris et les ports de l’Atlantique. 14
2
« Port Ligny » viens du mot Ligneux : « De la nature du bois » et renvoie aux marchandises négociés sur le port.
3
Pierre calcaire locale, tendre et poreuse, renfermant de nombreux débris coquilliers, utilisée dans la construction.
fig 3.
Le quai Ligny et les bateaux-lavoirs au XIX ème siècle
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Selon la légende, ce canal fût creusé par Charles le Chauves en 873 pour délivrer la ville de l’occupation Normande.
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Ils seront jusqu’à 34 en 1910.
Les berges de la Maine vont être progressivement aménagées et artificialisées avec la construction de diverses infrastructures qui vont remplacer les grèves et plages inclinées : quai de Boistravers en 1566, port Ayrault en 1630, quai de la Poissonnerie en 1806, pont de la Basse-Chaine et pont de la Haute-Chaine en 1839. Dans le même temps la Maine va être canalisée : les différents îlots de prairies autour desquels la rivière serpentait vont être réunis par le comblement des divers bras d’eau et du canal de la tannerie4. Le fleuve n’est alors plus qu’une voie de transport, acheminant sel, ardoises, toiles, farines, vins et charbon vers Paris. La première ligne de transport fluvial entre Nantes et Angers est aussi ouverte en 1822. Le paysage de la Maine est à cette période marqué par de nombreux bateaux-lavoirs5, gabarres et chalands commerçants ainsi que des fûtreaux de pêcheurs.
1.2: Les industries textiles du XIXème siècle
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Les Établissement Bessonneau, fondés en 1901, vont employer jusqu’à 5000 personnes et construire des équipements pour la ville (stade du SCO, crèches, harmonie musicale).
La ville d’Angers ne va pas être très fortement marquée par la révolution industrielle. En effet, l’économie de la ville étant plutôt basée sur les productions agricoles et l’exploitation de ressources naturelles, l’impact du machinisme va être relatif. Cependant, la ville va se spécialiser dans l’industrie textile et de la chaussure. Les abords de la ville vont voir fleurir différents quartiers industriels dédiés à ce secteur : quartier du Mail, îlot Thiers-Boisnet, réaménagement du quai Ligny, ou encore industrialisation du quartier Saint-Serge au nord. Dans ces quartiers vont être édifiés à partir de la moitié du XIXème siècle filatures, corderies, tissages mais aussi fours à chaux, manufactures, verreries et autres usines textiles qui vont faire la réputation d’Angers6. 15
Toute cette industrie va pourtant s’effondrer un siècle plus tard et les institutions de la ville vont devoir adapter le modèle économique d’Angers. Après la 2nd Guerre Mondiale, elles vont créer diverses zones industrielles sur les restes des quartiers industriels du XIXème siècle. La Z.I. de Saint-Serge va notamment être équipée d’un Marché d’Intérêt national (MIN), de divers ateliers et sites industriels, ainsi que des emprises de la SNCF et d’EDF. Rapidement, la zone va aussi accueillir différents commerces avec notamment un Hypermarché Carrefour de 11000 m², le plus grand du département. La zone va se fermer complètement à la rivière et, à l’instar de toutes les autres zones industrielles de France, se tourner exclusivement vers la route. Entre 1960 et 1970, le maire centre droit de la ville, Jean Turc, décide de moderniser le réseau viaire de la ville pour désengorger le centre. Il s’inspire des aménagements Parisiens de voiries au bord de la Seine et fait construire la RN23 sur les quais de la Maine. Cela ouvre la traversée d’Angers aux automobilistes sur le trajet de l’A117, reliant Paris et Nantes. C’est plus de 71.000 véhicules qui vont traverser la ville chaque jour en passant au pied du château.
1.3: Une histoire marquée par le commerce triangulaire La ville de Nantes est fondée vers le Vème siècle av. J.-C. par le peuple celte des Namnètes, profitants de la présence d’un fleuve nourricier. Lors de la conquête des Gaules de Jules César le peuple Namnète ne prend pas vraiment part au conflit et se fait annexer par la province de la Gaule Lyonnaise. La ville va s’agrandir sous la Pax Romana, et se fortifier au IVème siècle afin de résister aux assauts des pillards Germaniques, Vikings et bretons, arrivants par l’estuaire. 16
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« L’Océane »
fig 4.
Les grandes zones concernés par les travaux de démolition de 1970 / les ZAC créées.
8 « ligérien »: relatif au bassin de la Loire
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C’est le Pont de Pirmil
40% du trafic Négrier Français s ‘effectue à Nantes.
En 937 est établit le duché de Bretagne, suite à la défaite des Vikings lors de la bataille de Trans en 939. Nantes, qui n’est plus sous la menace constante de raids, va alors commencer à se développer. Cependant, les constructions vont se limiter à la rive droite de la Loire et l’activité de la cité ne va pas vraiment se tourner vers le fleuve. Ce n’est qu’à partir du XIVème siècle que l’activité portuaire de Nantes va se développer, et plusieurs lignes régulières vers l’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne et le Portugal vont être établies. De nombreuses marchandises arrivant par le fleuve vont transiter par le port : du vin de val de Loire, des draps de Normandie, des toiles d’Anjou et d’Allemagne vont alors être exportés. Au XVème et au XVIème siècle, le commerce va s’intensifier et le transit dans l’estuaire ligérien8 va s’accroître. Les berges du quartier de la fosse vont s’artificialiser pour pouvoir décharger plus de marchandises. Le XVIIème siècle va voir le développement soudain du port de Nantes et son ouverture vers l’Atlantique : de nouvelles routes sont ouvertes vers les colonies et les navires Français ramènent de nombreux produits exotiques des Antilles, de Guadeloupe et de Martinique, ainsi que du Québec. Les marchands commercent aussi avec différents comptoirs au Sénégal, en Chine et en Inde. Dans le même temps un premier pont9 franchissant les nombreuses îles de la Loire est construit, il permet ainsi la traversée rapide de fleuve et ouvre le développement de la rive gauche. Au XVIIIème siècle, les navires revenant d’Afrique déchargent des esclaves : c’est le début du commerce triangulaire et de la traite Négrière. Le port de Nantes subit alors un développement extrêmement rapide et devient le premier port d’Europe en 170410. Les bâtiments négriers sont chargés à Paimboeuf en marchandises issues de la production Française, les vendent sur les cotes Africaines où ils embraquent des esclaves, avant de vendre ces mêmes esclaves dans les colonies Françaises, principalement en Martinique et à St-Domingue. Les bourgeois nantais vont fortement s’enrichir par ce commerce, mais aussi grâce à l’importation de sucre et de coton. En 1794, l’abolition de l’esclavage est proclamée, mais des navires négriers sont toujours construits à Nantes de manière illégale. Il faudra attendre la loi de 1848 pour que cette pratique cesse.
Fig 5. Le port de Nantes et la Loire en 1203 17
1.4: Au XIXème siècle, les chantiers navals La fin de la période Négrière de Nantes coïncide avec le début de la révolution industrielle. Durant la 2nd moitié du XIXème siècle l’économie de la ville est réorientée vers la conserverie, la biscuiterie et la construction navale. Des chantiers navals sont construits au bord de la Loire, surtout sur le site de l’île Beaulieu. La Loire subit un processus de canalisation et de comblements des différents bras d’eaux regroupant les différentes îles en une seule11. Cette île va devenir le grand centre industriel et logistique de la ville. De nombreuses industries s’y implantent avec notamment les chantiers navals de Loire et de Bretagne ainsi que Dubigeon, l’usine Béguin-Say, la Biscuiterie Nantaise et Lefèvre-Utile12. Toute cette industrie va faire prospérer la ville en générant plus de 8000 emplois. De nouveaux ponts vont alors être construits pour relier les sites industriels au centre-ville : pont de la bourse, pont Maudit, pont Haudaudine. Puis les ponts de la Rotonde et un grand pont transbordeur sont édifiés. C’est aussi l’époque des grands voiliers en fer, qui vont vendre et acheter des marchandises tout autour du globe, au Chili, en Nouvelle-Calédonie, aux États-Unis ou en Australie. Le port de Nantes couplé à St-Nazaire redevient l’un des port majeur en France.
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Les îles Beaulieu, Sainte-Anne, de la Prairie-au-duc, Vertais, de la petite et de la grande Biesse vont être réunies.
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Biscuiteries « BN » et « LU ».
Fig 6. Le port de Nantes au XIX ème siècle
L’aménagement de la Loire à Nantes continue au XXème siècle avec de nombreux dragages du fond sableux, le rattachement des îles Feydeau et Gloriette au reste de la ville la canalisation de l’embouchure de l’Erdre et les aménagements de nombreux quais. La ville perd son surnom de « Venise de l’Ouest ». L’industrialisation va indirectement transformer profondément et moderniser la ville. Des grands projets d’assainissements sont menés au début du XXème siècles, la ville est la première de France dotée d’un tramway, le passage couvert Pommeraye et de grands magasins sont construits. 18
La concurrence étrangère va faire entrer la construction navale dans une profonde crise, les chantiers navals ferment un à un et il ne reste que les chantiers Dubigeon. Ces derniers vont fermer en 1987, après la mise à l’eau de leur dernier bateau, le Bougainville. Les grandes biscuiteries déménagent dans la périphérie de la Nantes. La ville subit alors une grave crise économique et sociale. En 1989 l’île de Nantes est divisée en 3 parties : une immense friche industrielle fluviale à l’Ouest, un faubourg vieillissant au centre et un ensemble résidentiel plus moderne à l’Est. L’île n’était alors plus du tout le centre névralgique de l’économie de la ville, fleuron de son industrie. Durant la décennie 1990, la mairie PS de Nantes, sous le mandat de Jean-Marc Ayrault, va lancer une grande réflexion sur l’avenir de l’île dans la ville, et sélectionner l’équipe d’Alexandre Chemetoff dans ce grand projet. Les travaux ne débuteront qu’en 2003.
Fig 7.
Construction d’un sous-marin dans les chantiers navals Nantais
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II: L’appropriation d’une histoire collective par la patrimonialisation
La Révolution Industrielle fait partie intégrante de l’histoire d’Angers et de Nantes. Les différentes entreprises tenues par des grandes familles bourgeoises ont énormément participé au développement de ces villes, en favorisant une économie florissante et en employant de nombreux habitants comme main d’œuvre ouvrière. Ces industries ont ainsi influencé l’Histoire sociale d’Angers et Nantes. Ces grandes enclaves parfois en friches sont les témoins d’un passé révolu et la question de leur patrimonialisation s’est donc posé. Les villes d’Angers et Nantes ont développé des postures très différentes vis-à-vis de cet enjeu.
2.1: Une mémoire patrimoniale sélective Le projet de l’île de Nantes est un exemple de réhabilitation et de restauration de friche industrielle qui rayonne dans la France entière, si ce n’est dans tout l’Europe. Cependant, durant la période de réflexion de la décennie 90, ce positionnement n’était pas encore indéniable. Après le départ des biscuiteries et la fermeture des chantiers navals et usines, les premiers projets de réaménagement de l’île proposaient une tabula rase : la destruction pure et dure de toute friche pour libérer les parcelles afin de construire des ensembles résidentiels et tertiaires sur l’espace libéré. Les Nantais se sont rassemblés pour protester contre ces projets, qu’ils jugeaient défigurant Nantes, et la question de la patrimonialisation des lieux et de la mémoire a intégré les nouveaux projets. La municipalité d’Angers a adopté une stratégie de renouvellement urbain différente : durant la décennie 1990 les Angevins ont vu plusieurs grands projets de démolition de bâtiments et d’îlots, concernant les anciens quartiers industriels (le sud de la future Zone Industrielle de St-Serge et le quai Ligny) et d’artisanat (le quartier de la Doutre). Ces destructions ont étés justifiés par le vieillissement des bâtiments et la nécessité de moderniser la ville afin de l’adapter à l’évolution de la société et des pratiques culturelles, hygiénistes et de production.
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Fig 8. Fours à Chaux et Tour à plomb à Angers, 1910
13
Vincent Veschambre, « Le recyclage urbain, entre démolition et patrimonialistion : enjeux d’appropriation symbo lique de l’espace », Norois, 195 | 2005, 79-92.
Dans le même temps de nombreux bâtiments médiévaux et renaissants, maisons bourgeoises, hôtel particulier, sont conservés et classés sur les listes des services des monuments historiques. Il y a donc un phénomène de sélection du patrimoine à conserver, et donc un choix du patrimoine à détruire en fonction de ce que l’on juge digne ou pas de faire partie de la mémoire collective. On peut expliquer ces décisions de la mairie de ne pas valoriser le patrimoine Industriel par une vision de cet héritage différent de la vision de la municipalité de Nantes. À Angers, les friches industrielles n’ont été perçues que comme des infrastructures dédiés au monde du travail, regroupés en enclaves consommant beaucoup de foncier, trop coûteuses à la réhabilitation et pas assez prestigieuses pour faire partie du patrimoine historique de la ville. Cette posture a mené a plusieurs bras de fer administratifs entre les partisans de la conservation et la municipalité, voulant mener a bien de grands travaux d’aménagements : « l’ABF considérant que les héritages du xixe siècle devaient structurer la rénovation du quartier, tandis que la mairie, par l’intermédiaire de son architecte, affirmait que les formes urbaines contemporaines devaient imposer une nouvelle structuration du tissu urbain, dans une dénégation de l’intérêt des héritages, notamment industriels »13. Tout un pan de l’histoire d’Angers a disparu avec la démolition des dernières cheminées, tours à plombs et manufactures textiles : la passé industriel n’étant plus représenté spatialement dans la ville, il bascule alors progressivement dans l’oubli.
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2.2: La découverte d’un nouveau patrimoine Comme vu dans la partie précédente, la prise en compte de l’architecture industrielle comme faisant partie du patrimoine de la ville de Nantes est due a un mouvement de contestation de Nantais vis-à-vis des projets de démolition. Cependant, l’acceptation de cet héritage a tout d’abord été difficile et a pris du temps. Philippe Prost explique que « La vocation patrimoniale des architectures militaires et industrielles a longtemps été dénigré, car elles sont chargés parfois d’une mémoire douloureuse de guerre ou de conditions de travail. Il faut attendre que le temps passe »14. Les Nantais ont mis du temps à accepter et assumer certaines périodes de l’Histoire de la ville. Le plus grand traumatisme est celui du commerce triangulaire, il faut attendre 2012 pour que soit construit le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage, quai de la Fosse. Le passé industriel, même s’il est moins sanglant, renvoie aux conditions de travail difficile des ouvriers sur les chantiers navals, mais aussi au traumatisme social lié à la crise économique lors de la fermeture des usines.
14
Philippe Prost, « Recycler l’Archi- tecture Industrielle », Cité de l’Architecture et du Patrimoine, 2 février 2012
Fig 9. L’ile de Nantes à la fermeture des chantiers Dubeon
Le premier projet urbain qui va être réalisé sur l’île de Nantes affirme les ruines industrielles comme faisant partie de l’identité large des Nantais et de leur histoire. La mise en valeur de cette histoire industrielle est au cœur du projet, Alexandre Chemetoff va parler d’un véritable travail d’archéologue : « Ce lieu a une épaisseur historique, tout autant que les abords du château. Quand nous valorisons un ancien chemin de grue ou une ancienne cale, nous nous livrons à un véritable travail d’archéologie. Pas par nostalgie, mais par souci du futur »15. Il livre un projet qui cherche à révéler les traces de l’ancienne activité du site, mais il développe aussi une nouvelle esthétique, liée à cette architecture industrielle. 22
15
Alexandre Chemetoff, « Ile de Nantes, une ville se construit sous nos yeux», Places Publiques #4, 2007
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Projet livré en 1999, centre cultu- rel et artistique labellisé scène nationale de Danse.
Certains bâtiments vont être rasés afin de libérer des vues sur des anciennes cheminées d’usines ou des grandes nefs d’assemblage. Mais l’ancrage du patrimoine industriel dans la ville va principalement se faire par la conservation de nombreux points de repères, témoins d’une époque révolue : la tour LU, les anciennes nefs Dubigeon et les anciennes grues Titan. Le projet d’Alexandre Chemetoff ne s’arrête pas à la revalorisation d’un patrimoine de la ville, mais il va le narrativiser et développer tout un imaginaire autour. L’installation de la Compagnie Royale dans les anciennes nefs Dubigeon ainsi que la reconversion par Patrick Bouchain de la biscuiterie LU en Lieu Unique16 vont participer au développement de cet imaginaire. Le projet de réaménagement de l’île prête aussi attention a conserver l’activité industrielle du lieu : plusieurs acteurs de la filière du bois sont implantés dans le quartier, autour d’un forum du bois. Le patrimoine industriel de l’île de Nantes a donc évolué du statut de friches encombrantes et inintéressantes à celui de repère identitaire pour la ville et pour les Nantais.
Fig 10. La grue TITAN jaune sur la pointe Ouest de l’ile.
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Chapitre 2
Les leviers du recyclage des marges industrielles
fig11. Présentation de la maquette du projet de Smets-uapS aux élus
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I: La gouvernance des projets
Les projets de l’île de Nantes et Berges de Maine s’implantent dans des sites particuliers qui entretiennent des relations complexes avec la ville, l’eau et l’histoire. Différents acteurs interviennent durant toutes les étapes de la revalorisation de ces marges Industrielles. Plusieurs outils de la transformation des lieux sont mis en place, afin de répondre de la façon la plus juste à la complexité et à la sensibilité du projet.
1.1: Chronologie des différentes étapes de concours A Nantes, le projet de réaménagement de l’île passe par une première phase d’étude exploratoire, confiée notamment à Dominique Perrault et à François Grether en 1992. Ils vont les premiers percevoir l’île comme une nouvelle centralité possible, à relier à la ville ancienne, et à redynamiser. Leur analyse intitulée « Au cœur du grand Nantes » considère l’île dans sa totalité et permet ainsi de la faire exister à l’échelle de la métropole. Suite à cette phase de recherche un marché de définition est lancé, il vise à sélectionner un architecte-urbaniste pour la suite des opérations. De grands noms de l’architecture et de l’urbanisme vont participer à ce marché de définition : Bruno Fortier, Nicolas Michelin, et Alexandre Chemetoff, qui va être lauréat. Il va guider la première phase de transformation de l’île. À partir de 2010 une deuxième phase commence et ce sont les agences Smets et uapS qui vont prendre les commandes du projet.
Fig 12. Le projet de Smets UapS pour l’ile de Nantes 26
17
Société d’Études Urbaines et de Recherche Architecturale / Agence d’Urbanisme de la Ré- gion Angevine.
À Angers l’intérêt pour la réappropriation des berges est plus tardif : la première phase d’études est menée par la SEURA et l’AURA17 entre 2003 et 2006. Suite à ces premières réflexions, la municipalité va calquer le modèle nantais et lancer en 2008 un marché de définition concernant la revalorisation des berges de la Maine dans un secteur s’étendant de la Baumette au Sud au quartier St-Serge au Nord, en passant par les quais au pied du château. La réflexion englobe aussi bien la rive gauche que la rive droite. Ce marché de définition va engendrer un concours de maîtrise d’œuvre. En 2012, il ne reste que 3 équipes finalistes : l’équipe LIN de Michel Desvignes, l’équipe Reichen de Reichen & Robert et l’équipe Grether-Phytolab. C’est finalement cette dernière qui va remporter le concours avec son projet Angers Rives Nouvelles. Ce projet prévoit de réduire la place de la voiture en ville, d’aménager des espaces de parc sur les berges de la Maine aux abords du château, et de construire des espaces publics et des équipements dédiés à l’innovation au travers d’une plateforme créative. Il prévoit aussi de dévier une partie du trafic automobile des rives, et abaisse de 71.000 à 51.000 le nombre de voitures traversant quotidiennement la ville. Mais ce projet s’est fait remarqué plus particulièrement pour l’importance qu’il donne au site de la Zone Industrielle de St-Serge, sur les rives de la Maine au Nord de la ville. Intitulé Berges de Maine, c’est un véritable sous-projet consacré au renouveau de cette marge de la ville, à son lien à la Maine et à sa reconnexion avec le centre historique. Au cœur du plan guide d’Angers Rives Nouvelles, la Zone Industrielle de St-Serge devient l’étendard de l’innovation et de la création de la ville.
1.2: Les contraintes des sites
18
Cette problématique peux être expliquée à Angers par l’absence d’aide économique de l’État, tandis que les projets Nantais bénéficient de financements Nationaux et Européens
Comme nous avons pu le voir précédemment, l’architecture industrielle se caractérise par une présence impactante dans le paysage, urbain ou rural. À Nantes de grandes zones en friches s’étendent sur l’île, alors qu’à Angers une nouvelle activité économique et industrielle s’est construite sur les ruines du XIXème siècle. Il faut relever plusieurs contraintes majeures liés à leurs situations spatiale. L’ancienne activité industrielle a légué un ensemble de bâtiments et d’infrastructures industrielles sur le site, qui sont coûteuses à réhabiliter. À Angers, cette problématique financière18 a menée à la démolition de la quasi-totalité du patrimoine industriel. À Nantes, il a pu être préservé, mais est resté à l’état de friches durant de longues décennies. L’ancienne activité industrielle a aussi affecté le sol de l’île de Nantes et de la Zone Industrielle de St-Serge, qui ont étés assez largement pollués. 27
Tout projet intervenant sur ces sites a du prendre en compte cet aspect du lieu, en proposant des solutions de dépollution et de renforcement du sol, afin de respecter les normes environnementales. L’implantation de ces sites sur les berges de la Loire et de la Maine les rendent aussi particulièrement vulnérable aux crues. Ce risque d’inondation est même générateur du projet dans le cas de Berges de Maine, à St-Serge. Les architectes prévoient d’agrandir le lit de la Maine pour prévenir toute montée des eaux, et en profitent pour créer deux nouvelles îles19 dédiés à l’observation de la biodiversité. Un travail sur le revêtement du sol par la destruction de grandes surfaces imperméabilisées permet l’infiltration des eaux de pluie. Ces contraintes économiques et environnementales se voient parfois amplifiées des contraintes Institutionnelles et opérationnelles20, lors des phases de chantier.
19
L’île aux Oiseaux et l’île Nouvelle
20
En reprenant l’analyse de Nina Cossais dans son Rapport : «Aménagement de rives en ville», 2014
Fig 13. La Zone Industrielle de St-Serge sous les eaux, 1995
1.3: Les enjeux de la reconversion pour les élus Malgré ces différentes contraintes, les marges industrielles fluviales sont des espaces de la ville plutôt attractifs pour les investisseurs privés. Le statut et la situation de ces vastes enclaves présentent de nombreux atouts pour les projets de développement urbains : proximité avec le centre, rapport privilégié au cours d’eau, réserve disponible de foncier au cœur de la ville... Les projets les concernant jouent un rôle clé dans la représentation spatiale de la politique de la mairie, à l’échelle territoriale et Européenne : Nantes et Angers sont confrontés aux mêmes problématiques d’étalement urbain, de lien entre les quartiers, de mixité sociale et de lutte contre la gentrification. La reconquête des différentes friches et zones industrielles par les projets sélectionnés par les mairies illustre leur engagement sur les problématiques sociale, écologique et patrimoniales et démontre leur conception de l’urbanité... Ces deux villes sont aussi confrontées au réchauffement climatique, à l’épuisement des ressources et la disparition d’une partie de la biodiversité, et elles cherchent donc à s’illustrer à l’échelle européenne sur le plan du Développement Durable21. 28
21
Angers est l’une des premières villes à avoir intégré le Développement Durable dans sa politique municipale, elle est nommé ville la plus verte du pays en 2020, pour la troisième année consécutive.
Fig 14. L’architecture imposante du Nouveau Palais de Justice de Nantes, Jean Nouvel
22 Vincent Veschambre, « Le recyclage urbain, entre démoli- tion et patrimonialisation : enjeux d’appropriation symbo- lique de l’espace », NOROIS, 2005
23
Nina Cossais, « Aménagements de rives en ville », 2014
Mais les projets d’urbanismes permettent aussi de marquer la ville du mandat des maires : « Dans un système politique où le pouvoir municipal est très personnifié, les maires ont le souci de marquer la ville de leur empreinte, que ce soit indirectement, par le biais d’ouvrages de prestige impulsés de l’extérieur (édifices d’État, constructions privées, etc.) ou à travers des commandes directes. »22 On remarque que les projets Angers Rives Nouvelles de Grether-Phytolab et de l’île de Nantes d’Alexandre Chemetoff comportent des monuments institutionnels démontrant l’influence de la ville. On peut citer le nouveau Palais de justice de Nantes, signé Jean-Nouvel et le centre culturel Le Quai à Angers, construit par Architectures-Studio. Le développement de projets sur les berges et le changement d’usages qui s’y déroule est enfin l’occasion pour les mairies de participer à la création d’une façade fluviale de la ville. C’est l’un des thème principal de Berges de Maine, porté par la municipalité. Il consiste à implanter plusieurs édifices singuliers, publics ou privés, mais toujours visibles depuis la Maine. Cette disposition en vitrine doit illustrer « l’innovation angevine dans le secteur du végétal »23.
1.4: Les outils administratifs et décisionnels mis en place
24
ENS, « L’ile de Nantes : du territoire industriel au « quartier de la création » ; Genèse d’un projet. », 2013
Les différents projets d’urbanismes vont être menés à bien en s’appuyant sur divers modes d’action qui répondent à une gouvernance multiple. Le pouvoir décisionnel n’est pas issu d’un acteur unique, mais d’une multitude d’acteurs indépendants : Région et Département, Communauté Urbaine, Métropole, Municipalité, Services Ministériels, Urbanistes, Paysagistes, Promoteurs, Bureaux d’études, Associations : « Le programme de réhabilitation s’appuie sur une multitude d’acteurs qui élaborent un projet et non un plan d’aménagement. Ainsi, le « projet île de Nantes » est emblématique de la « gouvernance par projets » selon Gilles Pinson. »24 29
À Nantes est créé en 2003 la Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique (SAMOA), qui va être responsable de la maîtrise d’ouvrage de l’aménagement de l’île, et qui va articuler les différents acteurs de la gouvernance du projet. Depuis sa création, la SAMOA a financé les différents aménagements de l’espace public et les nouveaux équipements de la ville, mais a aussi organisé la vente aux promoteurs immobiliers de droits à construire pour la réalisation de logements. La SAMOA est donc un outil très utile, qui a été réutilisé à Angers avec la création de la Société Publique Locale d’Angers Rives Nouvelles (SPL ARN), mais qui a eu un impact moindre qu’à Nantes. Un autre outil, administratif et législatif, a beaucoup été utilisé à Angers, il s’agit de la ZAC. C’est outil a permis à la ville de définir les zones clé de son développement, et a mené à des travaux de transformations très rapides, au déblocage de budgets et à la maîtrise globale des différents projets.
Fig 15. Le plan-guide d’Alexandre Chemetoff
Le projet d’Alexandre Chemetoff pour l’île de Nantes est caractérisé par son plan guide, qui a permis de largement diffuser le processus du projet. C’est un outil flexible ou l’architecte dessine avec la même précision l’existant et le projeté. Ce grand document est mis à jour tous les 3 mois. L’objectif du plan guide est de mettre en valeur les potentialités des friches industrielles et de l’île en général, tout en laissant le plus de liberté possible aux architectes chargés des différentes opérations. Cette vision du projet est révélatrice de la volonté d’Alexandre Chemetoff de privilégier la négociation et l’implication de chacun des acteurs à la règle stricte. Cette pratique de l’urbanisme a travers l’outil du plan guide a eu un grand retentissement, c’est un document qui est devenu l’icône du projet de réaménagement de l’île. Alexandre Chemetoff est conscient de cet aspect iconique, il l’élève même au rang d’œuvre dans ses textes : 30
25
Alexandre Chemetoff, « Plan- Guide », 2010
«Le projet urbain n’est pas un processus, c’est une œuvre portant sur la ville dans son ensemble. Cette œuvre accueille le point de vue des autres, c’est une œuvre relative. Le site est considéré comme lieu de ressource et d’inspiration, comme le support de l’invention du programme»25. Le plan-guide de Nantes est un procédé qui a influencé les nouveaux projets de développements d’Angers, puisqu’on retrouve cet outil dans les projets d’Angers Rives Nouvelles et de Berges de Maine.
Fig 16. Le plan-guide de Grether +Phytolab
31
II: Des programmes culturels au service de la réactivation d’un quartier
Le projet de revalorisation de l’île de Nantes s’est illustré par une stratégie de renouvellement urbain fortement appuyée sur la culture. Cette stratégie semble avoir fonctionné, car l’île est aujourd’hui traversée et habitée par les Nantais, qui y habitent, travaillent, s’y divertissent ou s’y cultivent. La ville d’Angers semble vouloir appliquer la même stratégie au quartier St-Serge, mais en l’axant sur l’innovation, la création et le développement durable.
2.1: Une désertifiction des lieux En 1980 l’activité industrielle de Nantes subit une grave crise économique lors de la fermeture des chantiers navals et des usines, doublé d’une crise sociale par le licenciement massif des ouvriers. Cette crise s’est traduite spatialement dans la ville par la disparition de la plupart des activités humaines sur l’île de Nantes : la fonction de cet espace dans la ville était le travail, dès qu’il n’y en a plus eu les Hommes ont quitté l’île. Durant plusieurs décennies l’île est restée une vaste enclave de friches industrielles et de faubourgs vieillissants, avant qu’un regain d’intérêt pour le site arrive à partir de 1990. À Angers la fermeture des industries textiles de St-Serge n’a pas été synonyme d’abandon des lieux, mais de démolition et de transformation en Zone Industrielle et Commerciale. Une zone industrielle semblable à de nombreuses autres en France : c’est-à-dire axée exclusivement sur la voiture, avec une biodiversité très pauvre, développant de vastes surfaces de sol bitumé pour créer des parkings ainsi qu’un réseau viaire et parcellaire rationnel et prédominant.
Fig 17. La Zone Industrielle de St-Serge vu du ciel
32
26
Dans le cas de Nantes comme dans celui d’Angers, le site était marqué par un abandon des lieux par l’Homme. Un abandon qui a généré un paysage post-industriel particulier, marqué par la figure de l’absence. Ce phénomène ne touche pas que les grandes villes de l’Ouest et du Val de Loire, mais toutes les villes marquées par la désindustrialisation. Ainsi, les photographes Langmack et Hebig ont documenté ce phénomène dans le territoire de la vallée de la Ruhr, en 1990. Leur travail développe une nouvelle esthétique des friches industrielles : « C’est l’aspect temporel, dont ces photographies sont le témoin et le repère d’une elCynthia Browne, « Réenchanter lipse narrative, qui leur confère un caractère obsédant et sailes ruines de la Ruhr Post-Indus sissant. »26 Même si le territoire est différent, le travail des trielle », 2016 deux photographes est transposable sur les marges industrielles de l’île de Nantes et sur la Z.I. de St-Serge de la décennie 1990. Les premières réflexions de la reconversion de ces marges ont donc dû penser la réactivation de l’activité humaine en même temps que la reconnexion à la ville. Ce processus de réactivation va passer principalement par l’implantation de programmes culturels, artistiques et de loisirs.
Fig 18. Mine de charbon après la désin dustrialisation, la figure de l’absence
2.2: Le parti-pris culturel comme outil de renouveau urbain
27
ENS, « la culture comme élé- ment d’une stratégie métropoli- taine », 2013
En 2012, la municipalité de Nantes a consacré un budget de 62,5 millions d’euros au domaine de la culture, preuve de l’implication de la ville dans ce domaine. Mais si aujourd’hui le rayonnement culturel de Nantes est largement établi, ce n’a pas toujours été le cas. Cette stratégie culturelle est héritée du mandat de maire de jean-Marc Ayrault : « La culture apparaît ainsi comme un potentiel outil de renouveau urbain répondant au déclin de l’activité industrielle nantaise»27.
33
La place de la culture dans le plan-guide d’Alexandre Chemetoff se fait tout d’abord au travers de deux réhabilitations emblématiques : les nefs des chantiers navals Dubigeon et La Fabrique, un centre des musiques actuelles dans un ancien blockhaus. Les nefs Dubigeon sont recyclées en ateliers pour la Compagnie Royale : la structure héritée de l’époque industrielle est conservée et mise en valeur et le bâtiment est pensé comme une prolongation de l’esplanade publique attenante. Le projet précurseur des Machines de l’île n’est pas anodin, Alexandre Chemetoff les considère comme des architectures en mouvements, qui symbolisent le processus de reconversion des friches industrielles de la ville. Ce symbole va être réutilisé dans d’autres villes de France, notamment à Toulouse et à La Rochelle. Ces grands animaux fantastiques renvoient aussi à l’œuvre de Jules Verne, ce qui correspond aussi à la vocation du plan-guide de générer un imaginaire original, lié à l’insularité, et qui doit stimuler la créativité des architectes. Dans un deuxième temps, le plan guide prévoit l’établissement d’un Quartier de la Création : ce quartier à l’Ouest de l’île est tout autant consacré à la recherche qu’à l’économie, autour de la culture et de la création : L’école des Beaux-Arts, l’école du Design, Sciences Com’, l’ENSA Nantes et la maison de l’Architecture sont dédiés à la partie Recherche et Enseignement. Tandis que des scènes musicales et théâtrales, des pépinières d’entreprises autour des arts graphiques, des studios de producteurs et de musiciens et des médias du spectacle constituent la partie économique et productive.
Fig 19. Les grandes Nef Dubigeon réha- bilités en atelier des machines de l’ile de Nantes et halles publiques
À Angers, l’aspect culturel est moins central dans les projets d’Angers Rives Nouvelle et de Berges de Maine. La ville base son rayonnement sur son savoir-faire dans le domaine horticole, et sur le développement durable. Les plan-guide laissent donc une grande place à la Nature à travers différents parcs et promenades, le long des berges et des îles. 34
28 Nina Cossais, « Aménagements de rives en ville », 2014
29
D’autres festivals culturels no- tables : « La folle journée », « Le voyage à Nantes », « Temp’rives ».
Le projet Berges de Maine de la Z.I. De St-Serge prévoit l’implantation d’un Quartier des Talents qui, reprenant le principe du Quartier de la Création de Nantes, vise à développer une identité de la ville dans la concurrence avec les grandes villes françaises et européennes : « Le projet présenté dans le Plan-Guide de mai 2013 prévoit d’une part un développement urbain, avec des caractéristiques de centre-ville dans un quartier dédié à l’expression des talents angevins autour du végétal. »28 Un équipement culturel majeur de la ville a été construit sur le quai de la poissonnerie, en face du château : le centre culturel Le Quai. La culture est donc un outil très important dans les dynamiques de renouvellement urbain, il permet par l’implantation de nouvelles activités économiques, artistiques et de loisirs d’attirer un public dans des lieux marginalisés, dans un processus plus large de reconversion et d’unification. Cette stratégie a largement fonctionné à Nantes et a participé au rattachement de l’île à l’identité nantaise. À Angers, ce principe est dérivé et appliqué de manière différente, mais dans le même objectif de réactivation de l’activité d’un lieu industriel. La stratégie culturelle Nantaise s’est étendue à l’ensemble du territoire de l’estuaire, jusqu’à St-Nazaire. Le Lieu Unique a participé à la création d’une biennale artistique, Estuaire, qui invite des artistes à marquer les 60 derniers km de la Loire d’un ensemble d’œuvres contemporaines In Situ. Cette biennale participe à la création d’une identité métropolitaine et territoriale ligérienne29.
Fig 20. Espace Culurel le Quai à Angers, sur les berges de la Maine.
35
36
Chapitre 3
Les thématiques explorées par les plans-guide
Fig21. Reconversion de quais fonctionnels en promenade publique
37
I: Le renouvellement de la ville
Les plan-guide d’Alexandre Chemetoff pour Nantes et de Grether-Phytolab pour Angers explorent des thématiques similaires qui génèrent le projet. Il ne faut pas négliger l’influence qu’a eu projet de l’île de Nantes sur celui d’Angers, mais l’on peut retrouver ces thématiques dans de nombreux autres projets d’urbanismes. Aux bassins à flot de Bordeaux, à la ZAC de Vitry-sur-Seine ou encore à Lyon Confluence, par exemple. Tous ces sites présentent une situation géographique proche de l’eau, mais ils y développent des relations différentes. Le rapport à la ville, à l’histoire, aux pratiques sociales, aux tissus viaires et parcellaires sont extrêmement variés d’un site à l’autre, mais les projets d’aménagements présentent de fortes similarités : « Une grande diversité de contextes pour des projets semblables »30 écrit Sophie Bonin. L’analyse de ces thèmes récurrents nous permet d’en savoir plus sur les questionnements écologiques, urbains et patrimoniaux des urbanistes, architectes et élus.
30
Sophie Bonin, « Fleuves en ville : enjeux écologiques et projets urbains », 2007
31
LAUA, « fiche-Projet de l’ile de Nantes, Plate-Forme d’Observa- tion des Projets et Stratégies Urbaines », 2007
1.1: L’importance de l’espace public Si le projet de l’île de Nantes cherche à redynamiser l’activité de l’île et la rendre attractive pour les Nantais, alors Alexandre Chemetoff a du redéfinir les espaces publics du site, il prévoit 72 ha d’espaces publics à créer et 83 ha à restaurer.31 Le site industriel de l’île de Nantes, durant son activité, était caractérisé par un sol infrastructurel : ce sol devait pouvoir supporter le passage quotidien de camions et de trains chargés, ainsi que le déplacement de grues portuaires sur leurs rails, et des navires en fer du XXème siècle dans leurs cales d’assemblages. Le stockage temporaire des marchandises sur les quais nécessitait aussi une réserve de surface disponible importante. Ces contraintes, dues au travail sur le site, ont mené à l’artificialisation massive du sol, largement bétonné, et a une relégation de l’espace public à une position secondaire. Le plan-guide d’Alexandre Chemetoff avait donc l’objectif de redéfinir cette place de l’espace public et de le développer largement. Il va s’employer à redessiner la composition des rues, en dégageant plus de place pour le piéton et la végétation, mais va aussi créer des vastes places publiques, comme l’esplanade des Traceurs de Coques, devant les ateliers des Machines de l’île, ou encore la promenade le long du quai des Antilles. 38
Fig 22. L’esplanade des Traceurs de coques, face à la Loire
32 Alexandre Chemetoff, PU03, 2007
Tous ces espaces publics se créent en addition à l’existant, dans un dialogue sensible avec celui-ci : « Il ne nous appartient pas de faire le tri. Ce qui est là, est là, principe fondateur de l’exception à la règle. Le projet en dresse l’inventaire et entre en relation avec ce qui existe, pour en générer la transformation »32. À Angers le projet Angers Rives Nouvelles prévoit la création de nouveaux espaces publics selon 3 principes : le port, le parc et la place. Chacun de ces principes mène à la conception d’espaces publics dirigés soit vers le fleuve, soit vers la nature, soit vers la ville. La question de l’accessibilité est aussi posée, le projet prévoit de relier les rives de la Maine au centre historique à travers plusieurs sentiers urbains. Tous ces espaces publics sont reliés entre eux, et permettent au piéton de traverser la ville au bord de la Maine, du quartier de la Baumette au quartier St-Serge. La séquence Berges de Maine concernant ce dernier prévoit la création d’une place de la Maine, grand espace public unificateur central, qui doit jouer le même rôle dans la ville que l’esplanade des Traceurs de Coques à Nantes. La prolongation de l’espace public des villes et le développement des mobilités douces est donc un enjeu fort des projets contemporains de renouvellement urbain.
1.2: Le passage d’une zone monofonctionnelle à un morceau de ville La Zone Industrielle de St-Serge est une zone monofonctionnelle, dédiée au monde du travail et à l’industrie principalement, même si une activité commerciale s’est développée dans un second temps. On peut faire la même remarque aux industries de l’île de Nantes, quand elles fonctionnaient. À l’état de friche elles n’avaient plus de fonction dans la ville. 39
Un enjeu du projet de reconversion a été de recycler les bâtiments industriels en relançant une activité, mais ce phénomène est couplé à un second phénomène de régénération urbaine, dont l’objectif est d’équiper l’île pour la redynamiser : « Ces deux dynamiques complémentaires sont imbriquées. En effet, la reconversion permet de modifier l’image de l’île et, par conséquent, d’attirer des populations. Réciproquement, la création de quartiers multifonctionnels, d’équipements et d’infrastructures font de ce « nouveau centre » un territoire particulièrement dynamique. »33 Avant le début des travaux, le projet de l’île de Nantes prévoit 550.000 m² d’habitats (6500 logements), 350.000 m² d’activités et 150.000 m² d’équipements34. C’est donc une opération d’envergure et à la programmation multiple afin de faire transiter le site de marge industrielle à quartier vivant et attractif. Le projet Berges de Maine, quant à lui, est un peu moins imposant, mais propose tout de même 500.000 m² de surfaces de planchers divisés sur 23 ha. Le programme est là aussi multiple : habitats, commerces, bureaux, équipements, halles, ateliers, locaux universitaires... Cette multiplicité du programme donne la possibilité aux architectes des deux projets de jouer sur la combinaison et l’imbrication des usages. On retrouve par exemple à Nantes la reconversion des anciennes halles Alstom35 en lieu de « convergence créative »36 accueillant des bureaux, un café, un restaurant, des ateliers, un espace d’exposition et l’école Supérieure des Beaux-Arts. Le projet Berges de Maine prévoit dans la même logique une combinaison des habitations, des bureaux, des commerces et des espaces d’activités soit par verticalité, soit par juxtaposition.
33
ENS, « L’île de Nantes : entre reconversion et régénération urbaine. », 2013
34 En surface hors œuvre nette, D’après LAUA, « fiche-Projet de l’île de Nantes, Plate-Forme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines », 2007
35
Frankin Azzi Architecture, 2017
36 Terminologie reprise du site internet iledenantes.com
Fig 23. Reconversion des halles Alstom
40
1.3: La parenthèse Europan
Si l’on peut regretter un manque de diversité dans les projets d’urbanismes concernant le renouveau des rives et des marges industrielles, il existe des contre-exemple qui proposent des alternatives : le concours Europan, par exemple, est une parenthèse émulatrice et créatrice, qui s’intègre en parallèle des réflexions actuelles sur l’urbanité. Le concours Europan 14, villes productives, a notamment proposé aux candidats le site de la Zone Industrielle de St-Serge. Les enjeux soulevés par l’analyse du site sont le lien à la rivière, la transformation durable du site, la transformation d’un site productif en un quartier actif et la question de la mémoire et du passé industriel. Plusieurs équipes d’architectes et d’urbanistes se sont illustrés dans ce concours et leurs propositions apportent des visions intéressantes du site. Leurs projets de reconversion montrent des possibilités mutations différentes des planguides d’Angers Rives Nouvelles et de Berges de Maine.
Fig 24. Axonométrie du projet Positive Loops de St-Serge
37
Solenne Sari, Pierric Amella, Florain Camani, Mathile Luguet, Positive Loops, 2017
Le projet lauréat, Positive Loops37, ne propose pas qu’une transformation spatiale de St-Serge, mais une mutation des logiques économiques et productives de cette marge urbaine afin de le réinsérer dans la ville. Ces mutations s’appuient sur des boucles vertueuses. Un système de recyclage des déchets produits par les entreprises permet de générer des matières premières et de créer de nouveaux emplois. La végétation est productive à travers le développement d’une activité sylvicole. Un remaniement parcellaire permet de faire évoluer les droits du sol. L’ensemble du projet vise à proposer un processus systémique de transformation d’une Zone Industrielle. 41
Fig 25. Transformation de la Z.I. de St-Serge
Les Chemins de Traverses38 est un projet mentionné pour ce même site de St-Serge. L’équipe a analysé le site dans son épaisseur et a abouti à la conception de 3 tracés transversaux , chacun développant un thème fondateur du projet. Le Chemin des partages vise à créer un lien entre les différents habitants par la pérennisation d’un sentier allant du quartier Montplaisir à la Maine, en desservant le grand Centre Commercial Carrefour St-Serge. Le Chemin des Usages développe des espaces publics et végétal afin de mieux définir cette entrée de ville. Enfin, le Chemin des Mémoires s’intègre dans le tissu existant afin de révéler sa richesse architecturale, industrielle et historique. Elle profite des rares ruines de l’époque industrielle textile afin de recréer des symboles emblématiques de l’histoire passée. En effet le projet s’appuie sur la reconversion des anciens fours à chaux, d’anciennes carrières et du MIN. Les architectes référencent ce processus de reconstruction du patrimoine et de restructuration de l’espace public. Ils citent entre autres le projet de l’île de Nantes d’Alexandre Chemetoff, mais aussi le parc IBA d’Emscher dans la Ruhr Allemande. Même si le projet Les Chemins de Traverses n’a pas été lauréat sur ce concours Europan 14, c’est le seul qui est sensible à la dimension mémorielle du site.
38
Océane Follador, Mael Clavier, Les Chemins de Traverses, 2017
Fig 26. Transformation de la Z.I. de St-Serge 42
II: La place de la nature dans la ville
La prise en compte des trames verte et bleue dans la ville fait partie des aspects incontournable des projets d’urbanismes récentes : les sites analysés dans ce Rapport d’Études sont situés sur des rives et berges, et développent un rapport très particulier à cette question de la nature dans la ville. Nous pouvons donc nous poser la question du traitement réservé à la nature dans les plan-guide de l’île de Nantes et de Berges de Maine.
2.1: Le développement des trames bleue et verte
39
Autres sites marquants : Végépolys, le salon du végétal, Plantes et Cités
La ville d’Angers a choisi d’axer sa stratégie de rayonnement national sur les talents du végétal et ses compétences dans le domaine du Développement Durable. Cette stratégie se développe dans la continuité d’un savoir-faire régional ancien dans le domaine horticole. Afin de construire cette image de ville verte et fleurie, la communauté de commune a investi depuis plusieurs décennies dans la création de grands parcs en périphérie de la ville, dans la formation et l’emploi dans le domaine paysager, dans la recherche de matériaux durables, mais surtout dans la création de Terra Botanica39, un parc à thème sur l’histoire du végétal.
Fig 27. Continuités végétales à Angers 43
Cette construction d’une image de ville verte passe donc aussi par les nouveaux projets d’Angers Rives Nouvelles et de Berges de Maine. Un travail d’entremêlement de la nature et de la ville est effectué afin de définir la place du végétal. Le projet paysager s’organise autour du lit de la Maine, les trames bleue et verte sont ainsi superposés et ne permettent pas un travail dans la transversalité de la ville. On peut relever différentes entités naturelles, du Nord au Sud : au Nord c’est la Maine des plaines, un site classé Natura 2000 autour de l’île St-Aubin. Puis, un peu plus en aval, c’est la Maine des jardins, au niveau du quartier St-Serge. Le lit de la Maine est agrandi pour permettre une résilience en cas d’inondation, et des îles sont créées. Le site de St-Serge est caractérisé par un sol très minéral, dû aux contraintes de l’activité industrielle. le projet paysager s’appuie alors sur une gradation de cette minéralité depuis le centre de la Z.I. jusqu’aux berges. Les différents bras d’eaux et îles permettent selon les urbanistes de « démultiplier les linéaires de contact entre eau et terre, les gradients hydriques et les typologies de biotopes. »40. Les autres entités sont la Maine en ville, au pied du château, la Maine naturelle et récréative, qui concerne le lac de Maine, et enfin la Maine ligérienne, à l’embouchure avec la Loire. Dans la Z.I. de St-Serge, les relations entre bâti, ville et nature, sont caractérisés par un entremêlement expérimental, selon le plan-guide. La végétation se retrouve sous la forme de murs, de toitures et de cœur d’îlots végétalisés. La présence de la végétation est mise en corrélation avec le développement de nouveaux usages le long des berges : « Les espaces de rives sont particulièrement propices au ressourcement, à la détente, à la promenade, aux rencontres, aux déplacements doux, à l’exercice physique ou aux sports urbains, fonctions importantes dans les modes de vie contemporains »41.
40 Grether + Phytolab, « Angers Rives Nouvelles, plan guide », 2013
41 Ibid.
Fig 28. perspective paysagère du projet Berges de Maine
44
Sur l’île de Nantes, la présence du végétal est étroitement liée au retravail des espaces publics : les places sont plantées, les promenades végétalisées et les berges sont désartificialisés. Certaines espèces qui se sont implantées sur le site lors de son état de friche industrielle sont patrimonialisés et protégés : c’est le cas de l’angélique des estuaires, qui pousse sous les voûtes du quai Wilson. La trame verte à Nantes se ramifie de façon perpendiculaire au fleuve, et transversale à la ville, par le biais de corridors écologiques. Ces corridors permettent aux espèces d’accéder à des réservoirs humides de biodiversité, en périphérie de Nantes. Il permettent aussi, comme à Angers, de créer des espaces naturels dédiés à des usages du mode de vie contemporain. Cependant, les logiques d’articulation des trames verte et bleue et de la ville sont radicalement opposées dans les deux villes.
Fig 29. Les corridors végétaux à Nantes
2.2: Un décalage entre discours et opérations
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Sophie Bonin, « Fleuves en ville : enjeux écologiques et projets urbains », 2007
La végétalisation des marges industrielles et de leurs berges est donc un point important des projets d’Alexandre Chemetoff et de Grether-Phytolab. Cette végétalisation passe par un travail sur les trames verte et bleue et aboutit à la création d’espaces verts dans la ville, attractive pour les activités quotidiennes des urbains. Cependant, cette vision de la place de la nature dans la ville peut mener à des paradoxes : ces projets d’aménagement confondent très souvent écologie et esthétisme et ne proposent aucun avenir durable à ces biotopes : « On peut se demander s’il est possible de reconquérir des berges désertées, de réinventer une nouvelle ville en relation avec l’eau en laissant la rivière, le lac ou le bord de mer dans leur état actuel de stérilité, en leur affectant un médiocre statut d’espace libre ou plus vaguement encore d’espace naturel »42. 45
En effet, l’industrialisation a mené à l’artificialisation massive du lit de la Maine et de la Loire Nantaise, ces espaces naturels ont étés vidés de leur biodiversité riche. Les projets de renouveau urbain s’appuient sur la richesse des écosystèmes aquatiques et ripisylve. Pourtant, ces milieux sont devenus stériles et ne conservent qu’une biodiversité affaiblie. Sophie Bonin dénonce ainsi les contradictions entre les ambitions écologiques affichés par les projets d’urbanismes et leur transposition dans la réalité. La nature y est trop souvent cantonnée à une place de décors de théâtre, servant de fond aux activités humaines. Ces projets ne prêtent pas attention à la réalité de la fragile biodiversité des milieux et ne contribuent pas réellement à la régénération de ces biotopes : « En termes de traitement de la nature, les projets de paysage en ville retiennent d’abord et quasi exclusivement une nature symbolique ; et le végétal est conçu dans ces projets comme élément de décor, parmi d’autres, qui va s’ajouter postérieurement à la « table rase » incontournable qu’opèrent les projets. »43. Il faut tout de même rester optimiste face à ce bilan, plusieurs signes démontrent une évolution dans les processus de gouvernance et de gestion du domaine fluvial : les collectivités locales et régionales se voient confiés plus de pouvoir décisionnel. Cette évolution permet d’entrevoir une meilleure gestion écologique du fleuve dans la ville, grâce une vision territorialisée à plus grande échelle.
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Sophie Bonin, « Fleuves en ville : enjeux écologiques et projets urbains », 2007
Fig 30. Berges de la Loire à Nantes
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Conclusion
Les marges industrielles fluviales, qu’elles soient sous forme de friche comme à Nantes ou de Zone d’Activité comme à Angers, condensent des thématiques très diverses et en font des sites complexes à transformer. Héritage du passé, travail de mémoire, enjeux environnementaux, problématiques sociales, symbole dans la ville: les facettes des projets urbains de reconversion sont extrêmement nombreuses... L’histoire industrielle des villes du territoire du val de Loire a profondément transformé leurs rapports au paysage du fleuve. Après un abandon des rives et berges au profit d’infrastructures industrielles, commerciales et de transport, on assiste à un regain d’intêret pour l’eau en ville. Cet intêret est révélateur d’une évolution des modes de vie contemporains, entamée il y a plusieurs décennies. L’analyse des projets de l’ile de Nantes et d’Angers Rives Nouvelles nous permettent de comprendre les enjeux de ces territoires marginalisés. Ils nous permettent aussi de trouver des clés pour la reconversion des friches industrielles et leur reconnexion à la ville. La stratégie culturelle éprouvée à Nantes en est un exemple. Aujourd’hui, les métropoles comme la ville de Nantes et la Communauté d’Agglomération d’Angers Loire Métropole sont engagée dans une course à l’attractivité face aux autres métropoles européennes, et mondiales. Les élus profitent des projets de renouvellement urbain actuels pour essayer de faire rayonner la ville, et son maire.
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Le changement climatique, l’augmentation de notre production de déchets et l’épuisement des ressources requestionnent nos modes de construire et d’habiter en ville. Il semble urgent d’adapter nos processus de renouvellement urbains à ces problématiques. Les architectures industrielles, adaptées à la machine, présentent des structures exceptionnellement résistantes et une très grande capacité d’adaptation. Ces qualités permettent des projets de reconversion variés et évolutifs, tandis que leur proximité avec l’eau en font des lieux particulièrement attirants dans la ville. Ce bilan sur la question des projets d’urbanismes de reconversion des marges industrielles fluviales peut s’ouvrir à la position qu’occupent aujourd’hui les espaces productifs de la ville. Relégués en périphérie selon une stratégie de zonage, il en découle des quartiers déshumanisés et dévégétalisés. Comment la mutation nécessaire de ces quartiers peut-elle s’inspirer des projets de réhabilitation des friches industrielles, de leur rapport à la ville, et à l’eau?
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Bibliographie
1: Ouvrage - Angers, images d’histoire, ouvrage issu de l’exposition homonyme de 1984 au Musée des Beaux-Arts - Patricia Perdrizet, «Usine», issu de l’exposition homonyme de décembre 2000
2: Articles de revues scientifiques - Sophie Bonin, « Fleuves en ville : enjeux écologiques et projets urbains », Strates, 2008 - Sophie Bonin et Véronique Popinet, « S’approcher du fleuve », Openfield n°15, 2020 - Cynthia Browne, « Réenchanter les ruines de la Ruhr post-industrielle », Techniques&Culture 65-66 p422-433, 2016 - Alexandre Chemetoff, « Ile de Nantes, une ville se construit sous nos yeux», Places Publiques #4, 2007 - Vincent Coëffé, Jean-René Morice, « Patrimoine et création dans la fabrique territorial: l’estuaire ligérien ou la construction d’un territoire métropolitain », Norois, 2013. - Jean Debrie, « La relation ville-fleuve-port dans les projets urbains : acteurs et instruments d’une reconnexion (Strasbourg, Lyon) », Cybergeo : European Journal of Geography, 2013 - Laurent Devisme, «Ile de Nantes: une ville se construit sous nos yeux», Revue Place Publique, 2007 - Laurent Devisme, Pierre-Arnaud Barthel, Célia Dèbre, Marc Dumont, Elise Roy , «Fiche-Projet de l’ile de Nantes», Plate-forme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines, décembre 2007 - École Normale Supérieure, Département Géographie et Territoires, Dossier consacré à Nantes, 2013 - Isabelle Garat, Maria Gravari-Barbas et Vincent Veschambre , «Préservation du patrimoine bâti et développement durable : une tautologie ? Les cas de Nantes et Angers», Revue Développement durable & territoires, 2005 - Vincent Veschambres, «Le recyclage urbain, entre démolition et patrimonialisation : enjeux d’appropriation symbolique de l’espace», Norois, 2005
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3: Thèse - Nina Cossais, «Aménagement de rives en ville : contraintes techniqueset opportunités d’adaptation au changement climatique,application au cas du secteur SaintSerge situé en bordde Maine à Angers», ENSA Nantes, 2014
4: Articles de quotidiens régionaux - Sylvain Bertoldi, «Angers. Deux siècles d’évolution de l’industrie», Ouest-France, septembre 2020 - Valentin Pasquier, «Quai Ligny, quartier huppé, avant la voie sur les berges», Ouest-France, aout 2015
5: Documents officiels - PLU Angers Loire Métropoles - Alexandre Chemetoff, Plan-guide «Ile de Nantes» - Grether+Phytolab, Plan-guide «Angers Rives Nouvelles» - Europan 14, «villes productives: dossier de site Angers St-Serge Nord», 2017
6: Conférences - Alexandre Chemetoff, « Patrimoine en commun », Cité de l’Architecture et du Patrimoine, 26 janvier 2010 - Paul Smith, « L’invention du patrimoine industriel », Cité de l’Architecture et du Patrimoine, 26 janvier 2012 - Philippe Prost, « Recycler l’Architecture Industrielle », Cité de l’Architecture et du Patrimoine, fév. 2012
7: Sitologie https://www.iledenantes.com/le-projet-de-lile/une-histoire/ https://mht-nantes.pagesperso-orange.fr/histoire_ile_de_ nantes.htm https://www.chateaunantes.fr/enseignants-themes/lage-industriel/ https://patrimonia.nantes.fr/home/actualites/histoire-desponts-de-nantes.html https://www.nantes.port.fr/fr/nantes-saint-nazaire-port/ lhistoire-du-port https://www.terresceltes.net/bretagne/histoire-de-nantes https://a3aangers.wordpress.com/2016/11/14/francoisgrether-angers-coeur-de-maine/ 51
Iconographie
Fig 1.
The Rings by Patrick Puchain and Daniel Buren. Image Niall Patrick Wals
Fig 1.1 L’ile de Nantes dans la ville, carte OpenStreetMap + PB Fig 1.2 La Z.I. de St-Serge dans la ville, carte OpenStreetMap + PB
Chapitre 1
Les conséquences de l’anthropisation du fleuve Fig 2. Fig 3. Fig 4. Fig 5. Fig 6. Fig 7. Fig 8. Fig 9. Fig 10.
Musées d’Angers, Arnout Louis-Jules, Angers en ballon, lithographie, 1847 Collection Lemarchand, Angers, AMA numérisée Les principales démolitions dans le centre-ville d’Angers (1960-2005) Vue en profil de la ville épiscopale et port de mer de Nantes en Bretagne ; fait à Paris - gravé - fol. Albert Decaris, Le Port de Nantes vu de St-Anne, Musée Dobrée Association Histoire de la construction navale à Nantes, Mer et Marine Collection Louirs Quartier, Angers, AMA numérisée La fin des chantiers Dubigeon à Nantes, France 3 Régions Photographie de la grue titan jaune, Julien francois
Chapitre 2
Les leviers du recyclage des marges industrielles Fig 11. Présentation de la maquette du projet, uaps.net Fig 12. Plan du projet de l’ile de Nantes, uaps.net Fig 13. Inondations: le 29 janvier 1995, Angers est sous les eaux, Ouest France Fig 14. Palais de Justice de Nantes, Thomas Pajot pour Alamy Banque d’Images Fig 15. Plan-guide ile de Nantes, Alexandre Chemetoff Fig 16. Plan-guide Angers Rives Nouvelles, Grether+Phytolab Fig 17. Dossier de site Europan 14, Angers City, 2013 Fig 18. Freie Vogel und Unverhofft coal mine. Dort-mund-Schüren, 2008 Fig 19. Photographie de Jean-Pierre Dalbéra, 2012 Fig 20. Architopik, A.S Architectures studio
Chapitre 3
Les thématiques explorées par les plans-guides Fig 21. Le quai des Antilles, 20 minutes, Salom - Gomis Fig 22. Esplanade des traceurs de coques, Martin Argyroglo Fig 23. Reconversion des halles Alstom, iledenantes.com Fig 24. S.Sari, P. Amella, F. Camani, M. Luguet, Positive Loops, 2017 Fig 25. BAU/LAND, Thepreparation, The cultivation, The harvest, 2017 Fig 26. Ibid. Fig 27. Trame verte et bleue à Angers, Plan-guide Grether+Phytolab Fig 28. Perspective paysagère du projet Berges de Maine, Plan-guide Grether+Phytolab Fig 29. Diagnostic des continuités écolgiques, Nantes Métropole, Jan 2015 Fig 30. Baseland, Berges de la Loire, photographie de Jean-Dominique Billaud, 2018
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