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ornorme OR NORME STRASBOURG N°12 MARS 2014

L’INFORMATION AUTREMENT

DESTINATIONS DE LÉGENDE THAÏLANDE - VIETNAM CAMBODGE - BEYROUTH


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OURS OR NORME STRASBOURG N°12 EST ÉDITÉ PAR MÉDIAPRESSE STRASBOURG 3 rue du Travail - 67000 Strasbourg CONTACT : jlf@mediapresse-strasbourg.fr DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Jean-Luc Fournier DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Jean-Luc Fournier - jlf@mediapresse-strasbourg.fr RÉDACTION : Alain Ancian - Erika Chelly - Jean-Luc Fournier Véronique Leblanc - Charles Nouar - Benjamin Thomas MAQUETTE ET MISE EN PAGE : Juleye juleye.graphicdesigner@gmail.com IMPRESSION : AZ IMPRIMERIE - Mulhouse contact@azimprimerie.fr DISTRIBUTION : Impact Media Pub info@impactmediapub.com PUBLICITÉ : Au support TIRAGE : 15 000 exemplaires Tous déposés dans les lieux de passage de l’agglomération ( liste des points de dépôt sur demande ). Dépôt légal : mars 2014. ISSN : en cours. Retrouvez notre actualité sur Facebook : www.facebook.com/magazine.ornorme.strasbourg

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Édito L’extraordinaire épisode printanier que la météo nous a récemment offert fut comme un appel prématuré à un peu plus d’insouciance et de sourire. Le sourire, justement, nous sommes allés le rechercher en parcourant du nord au sud la Thaïlande, qui constitue le dossier principal de notre numéro annuel « Destinations de légende ». Ce pays en a fait son emblème depuis toujours et il est vrai que, même si la vie peut parfois être difficile là-bas comme sous toutes les latitudes, le peuple thaï est un adepte d’une zénitude qui contraste d’autant avec la morosité permanente que nous connaissons en Europe. Ceci dit, notre étape à Bangkok, notamment, nous a laissés sceptiques et songeurs. En revanche, les Alsaciens qui vivent en Thaïlande et que nous avons rencontrés ont retrouvé là-bas un dynamisme et une pêche qui leur manquaient de plus en plus en France. Des propos et des parcours étonnants que vous découvrirez dans ce numéro 12 d’Or Norme. Le Cambodge, le Vietnam et le Liban, avec un portrait sans fard de Beyrouth, figurent également dans notre sommaire printanier. De quoi susciter chez vous des envies de voyages, non ? Pour autant, même si ce numéro de mars fait se porter traditionnellement nos yeux très loin de l’Alsace, nous n’oublions pas l’actualité locale. Les élections municipales, à Strasbourg comme ailleurs, représentent à l’évidence un moment fort de notre vie locale. En adressant les quatre mêmes questions aux quatre principaux candidats, nous avons souhaité qu’ils se penchent sur l’essentiel et la quintessence de leur démarche. Ils nous ont répondu, à vous de juger… En rafale, les élections européennes vont survenir assez vite. On suppute un déferlement populiste d’envergure. La faute à une Europe trop technocratique et si loin des aspirations des peuples qui la composent. Nous nous sommes penchés sur la lutte pour le maintien du Parlement européen à Strasbourg, un dossier vital pour notre ville. Toutes celles et ceux pour qui l’image et l’avenir de Strasbourg comptent devraient se mobiliser encore plus. Dans ce numéro, vous trouverez des informations et des arguments en ce sens… D’autres pages vous attendent, toutes consacrées à celles et ceux qui font de Strasbourg cette ville passionnante que nous aimons. Nous avons en permanence l’envie de vous les faire découvrir tant ils cultivent eux aussi cette spécifité essentielle : ils vivent une vie qu’ils ont choisie, loin du conformisme ambiant et ils se sentent en harmonie avec leur être le plus profond. A chaque fois, recueillir leurs paroles est un bol d’air vivifiant que nous avons hâte de vous transmettre. C’est ça Or Norme : ne pas se vautrer dans les pseudo-conventions, découvrir celles et ceux qui sont sur leur chemin et s’y sentent bien. Ce sont des éclaireurs des temps modernes, ils ont juste décidé d’être eux-mêmes, avec le moins de concession possible à la morosité qui les entoure. C’est le printemps. Profitez-en. Bonne lecture et… Restez Or Norme ! JEAN-LUC FOURNIER


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Sommaire N°12 - MARS 2014

6 RENCONTRE AVEC SABINE TRENSZ

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DESTINATIONS DE LÉGENDE THAÏLANDE

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CAMBODGE

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VIETNAM

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BEYROUTH

QUE DEVIENS-TU ? JEAN-FRANÇOIS ZURAWIK

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LE MAGICIEN DU VÉLO

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LE LOBBYISTE DE STRASBOURG

ÉLECTIONS MUNICIPALES 2014 QUATRE QUESTIONS OR NORME

80 PORTFOLIO : SABINE TRENSZ

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SABINE

Trensz « MA VIE EN ZIG-ZAG M’A MENÉ LÀ OÙ JE SUIS AUJOURD’HUI » Entretien réalisé par JEAN-LUC FOURNIER

A 60 ans, Sabine Trensz a déjà vécu de multiples vies dont elle se rappelle lors d’un passionnant entretien qu’elle nous a accordé dans sa petite maison de La Robertsau, loin de l’agitation de l’hyper-centre starsbourgeois. Devenue photographe de grand talent, elle arpente le monde avec Pierre, son compagnon, réalisateur reconnu. Ce couple-là, avec sa modestie et son regard exigeant, raconte une autre histoire : celle de l’accomplissement dans un parcours de vie libre et assumé. Réjouissant...

OR NORME : On connaît la photographe, la voyageuse mais vous n’avez pas toujours été celles-là. Il y a eu d’autres vies, avant...

SABINE TRENSZ : « Oui, plusieurs. Je me suis passionnée pour mes études de biologie et, pendant une dizaine d’années, logiquement, j’ai travaillé dans un laboratoire d’hématologie puis dans un centre de transfusion. Mais la routine m’a gagnée dans ces milieux trop aseptisés. J’ai toujours été un peu bohême au fond de moi... Alors, je suis devenue... fleuriste les vingt années suivantes. Une façon, sans doute, d’exprimer un tempérament artistique que j’ai toujours senti présent au fond de moi. Je composais de beaux bouquets dans mon magasin de la place de l’Homme de Fer, j’ai beaucoup aimé ça... O.N. : Et puis, il y a eu cette rencontre déterminante, une de celles qu’on concrétise immanquablement quand on marche sur le chemin qu’on s’est choisi...

S.T : « Il y a une quinzaine d’années, j’ai en effet été amenée à collaborer avec Pierre Mann, un cinéaste animalier et éthique, animé par une énorme passion du voyage et de la découverte de l’Autre. Au fond, ma rencontre avec Pierre (devenu depuis son compagnon dans la vie – ndlr) m’a reconnectée avec tout ce que m’avaient transmis mes parents. Mon père a été un des premiers collaborateurs d’Albert Schweitzer au Gabon. A sa mort, il a même présidé sa Fondation. Papa et Maman ont beaucoup voyagé à une époque où le tourisme était loin d’être aussi développé qu’il ne l’est aujourd’hui. Ils m’ont transmis une grande ouverture au monde, aux autres cultures. J’ai également beaucoup voyagé avec eux. Notre maison, c’était portes ouvertes en permanence et leurs centres d’intérêt étaient multiples : j’y ai croisé des musiciens, des peintres, des écrivains, des artistes... Cette ouverture d’esprit-là a été déterminante pour moi. Apprendre de tout le monde, c’est passionnant. Pour en revenir à Pierre, je le suivais dans ses voyages en tant que photographe et aussi intendante. J’ai beaucoup appris de lui, au niveau du regard qu’il portait sur les êtres qu’il filmait. De son exigence, aussi. Son regard était très critique mais toujours encourageant. On apprend très vite, dans ces conditions-là. Ma passion pour la photo, née il 7


y a une vingtaine d’années maintenant, s’en est trouvée renforcée... Pierre partage sa vie avec moi désormais, mais j’ai mes propres contrats, mes propres activités. On collabore évidemment souvent ensemble, mais je vole de mes propres ailes... O.N. : Un épisode très intime a aussi beaucoup compté. Vous avez dû lutter contre le cancer...

S.T : « Ce fut en effet un épisode terrible. Cette maladie, c’est l’horreur. Mais quand on la domine et qu’on finit par la vaincre, on gagne beaucoup plus qu’on ne perd. Depuis ma rémission, ma façon de voir les choses a beaucoup changé. Je n’ai plus rien à prouver, juste à vivre. Je savoure tout. Je ne revendique plus rien. J’ai énormément gagné en sérénité, j’accepte que les choses soient ce qu’elles sont. Cette philosophie-là est née de la lutte contre la maladie. Aujourd’hui, je sais profiter de ce qui est bien... O.N. : De tous vos voyages avec Pierre, quels sont ceux qui vous ont le plus marquée ?

S.T : « Incontestablement nos rencontres avec les Bushmen en Namibie. Pierre les avait déjà filmés il y a vingt-cinq ans. Il a voulu savoir ce qu’ils étaient devenus. Nous y sommes depuis allés plusieurs fois. Ils ont d’énormes qualités : ils ne possèdent rien et n’ont aucune envie de posséder quoique ce soit. Ils n’envient rien ni personne, ils ne quémandent pas. Ils sont différents, voilà... Le chef n’est rien de plus qu’un conseiller, pas un dominateur et ils ont cette innocence naturelle qui fait du visiteur un bienvenu permament. J’ai vécu étroitement avec eux. On chassait dès le lever du jour avec des arcs et des flèches, c’est tout. Ils sont incroyables : on ne les entend pas se déplacer, ils savent d’instinct se confondre dans le paysage. Ils sont en permanence en mimétisme total avec leur environnement. Ils ont des qualités naturelles étonnantes. Par exemple, ils ont une vue extraordinaire. Ils sont capables de voir une antilope de très, très loin. Nous, il nous a fallu les jumelles pour

JE N’AI PLUS RIEN À PROUVER, JUSTE À VIVRE. JE SAVOURE TOUT. JE NE REVENDIQUE PLUS RIEN... 8

la discerner. A force, on finit par réaliser que nous ne sommes pas, et de loin, les plus évolués. Nous n’avons plus cette relation directe avec la nature, ça c’est la grande leçon ! Chez nous, on base tout, et depuis longtemps, sur la technologie. Quelqu’un qui ne la maîtriserait pas serait considéré comme un sous-développé. Eux savent encore des choses ancestrales que nous avons oubliées. Leur culture est immense. Ils ne possèdent rien mais au bout de huit jours passés avec eux, c’est nous qui apparaissons pauvres. C’est le peuple contemporain le plus ancien sur cette planète, sa façon de vivre est très proche de celle des Aborigènes australiens. Ma façon d’appréhender les choses en a été profondément bouleversée. Nous avons vécu un grand moment avec eux. Quand Pierre a terminé son film, il a tenu à le leur projeter. On leur devait bien ça... On est retourné là-bas, on a installé un grand drap blanc et, à l’aide d’un générateur, on leur a projeté le film. Ils étaient pliés de rire. Ce sont des momenst inoubliables, vous savez... O.N. : Quand vous parlez d’eux, votre regard pétille...

S.T : « Oui, et c’est parce qu’ils nous donnent une grande leçon, sans le savoir. Ils sont en permanence dans leur vérité et c’est une voie qu’il nous faut suivre, ici et maintenant, là où nous vivons tous. Nous vivons avec un mode de fonctionnement qui nous fait aller droit dans le mur. Il nous faut donc changer nos habitudes de vie et c’est si difficile. Il serait stupide et insensé de préconiser le retour de la vie à la bougie mais il y a aujourd’hui une réelle prise de conscience sur l’état de notre planète qui nous fait prendre concience que nous avons tous nos propres responsabilités à assumer. Chaque fois qu’on fait quelque chose de plus responsable, cela a un impact, même minime. Attention, je ne suis pas une donneuse de leçons, je sais très bien que nous avons tous nos travers : je suis très loin d’être parfaite, je prends l’avion, j’ai une voiture... Mais j’essaie chaque jour d’être responsable de mes actes. je n’hésite pas par exemple à boycotter les supermarchés, je m’organise autrement. Ce système est trop irrespectueux des petits producteurs, des gens qui travaillent la terre, des consommateurs aussi. Prendre conscience de ça amène à changer sa manière de consommer. Le boycott est une arme formidable, il faut l’utiliser. Nous avons, pour chacun de nous, une réelle responsabilité : tout ce que nous faisons a une conséquence, positive ou négative. Nous sommes responsables... Il faut aussi bien admettre que l’être humain n’est pas capable de comprendre cela tout seul. Il apprend souvent dans la douleur. Mais je garde confiance en nos capacités car à chaque fois


que quelqu’un change son comportement, même modestement, c’est une victoire. Je suis comme le petit colibri dont parle Pierre Rabhi, je fais ma part... Mais je sais aussi que nous sommes en état de guerre. Les grands lobbies industriels, la finance, la corruption sont en train d’altérer le vivant. Face à cela, il y a des résistances qui se lèvent, c’est certain. C’est une prise de conscience qui a été lente, certes, mais qui est bien réelle. Vous savez, l’enfer est sur terre, le paradis aussi. C’est juste une question de regard. La foi dans la vie, le détachement, la sagesse, la sérénité, c’est ça le paradis. L’enfer n’est pas la punition, le paradis n’est pas la récompense. Ces interprétations-là ont été élaborées pour que les hommes restent dans le chemin qui leur est dicté. Si je pouvais changer quelque chose instantanément, cela serait que chacun soit capable de plus de compassion. Que chacun puisse se sentir plus concerné par ce et ceux qui l’entourent. La compassion, ce n’est pas seulement prendre conscience des souffrances autour de nous, c’est aussi se réjouir de la joie d’être là dans ce monde, d’être bien en vie. Si la compassion était plus présente en chacun d’entre nous, ce serait déjà un merveilleux progrès, je pense... O.N. : Vous avez toujours un projet d’avance. Sur quoi travaillez-vous essentiellement aujourd’hui ?

S.T : En ce moment, je termine un travail avec des artistes parisiens qui mettent en scène “Les cavaliers” de Joseph Kessel. Le roman, publié en 1967, se situait en Afghanistan et comme ces gens veulent projeter des images évoquant ce pays durant la pièce de théâtre qu’ils préparent, je suis allée jusqu’en Ouzbékistan pour photographier les lieux dont ils auront besoin. Je viens également d’éditer un livre, « Le cri », consacré à la faune de la banquise arctique. Au cours des trente dernières années, elle a perdu un tiers de sa surface ! Avec elle, sa faune est en danger de mort. J’ai voulu attirer l’attention sur ce phénomène avec ce livre. Je ne pensais pas que ça intéressait grand monde mais je me trompais. Je participe aussi à de nombreux festivals. Ainsi, en avril prochain, je serai au bord de la Méditerranée pour « Escales à Sète ». J’y suis invitée avec des gens comme Maud Fontenoy ou encore Nicolas Hulot. On m’ouvre plein de portes et j’en suis ravie. Ma vie en zig-zag m’a mené là où je suis aujourd’hui. Je n’ai plus peur de grand chose, maintenant. Tout ce que j’ai vécu, on ne me le prendra pas… »

Retrouvez le regard de Sabine Trensz et ses plus belles photos dans le portfolio spécial que nous lui consacrons en page 81.

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THAÏLANDE LE SOURIRE, MALGRÉ TOUT Texte et photos JEAN-LUC FOURNIER

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LA PAGODE OUBLIÉE DE LAEM SON Au creux d’une petite anse à la pointe sud de l’île de Ko Samui, sur la côte ouest du golfe de Thaïlande, une petite pagode scintille au soleil. L’endroit, empli de sérénité, n’est pour l’heure connu que des seuls habitants de l’île qui y viennent prier. Plus pour longtemps malheureusement : à quelques centaines de mètres de là, à la lisière de la cocoteraie, s’élèvent déjà les premières villas d’un énième hôtel de luxe. Lors de la prochaine haute saison, en décembre prochain, les parasols envahiront cette petite plage encore si tranquille…

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L’EDEN… MAIS AU CINÉMA Devenu célébrissime depuis le tournage du fil « La plage » avec Leonardo DiCaprio et la française Virginie Ledoyen, la petite plage de Maya Bay n’est plus le paradis sur terre évoqué par le film. Inscrite désormais comme incontournable dans tous les catalogues des circuits touristiques, elle est littéralement prise d’assaut en haute saison par une myriade de speed-boats venus de la côte ouest de la mer d’Andaman et la cohorte des petits bateaux « long tail » basés dans les îles voisines. Quelquefois même, il faut que les embarcations fassent la queue pour accoster…

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30 000 WAT Ils seraient 30 000, dit-on. Du plus modeste au plus imposant, les temples thaïlandais (les Wat) ne font pas que magnétiser les visiteurs étrangers. Ils sont largement fréquentés par le peuple thaïlandais qui y prie avec une ferveur surprenante : très souvent, les thaïs ont auparavant fait l’acquisition de très minces feuilles d’or qu’ils apposent sur les statues de Bouddha, comme ici au Wat Yai Chai Mongkhon à Ayutthaya, la superbe capitale historique du pays, à 80 km au nord de Bangkok.

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L’OPINIÂTRETÉ DES CONTESTATAIRES Depuis le début de son essor économique, le pays est régulièrement le théâtre de l’opposition entre les chemises jaunes (les paysans des campagnes) et les chemises jaunes (les classes moyennes émergeantes). La situation est devenue inédite depuis quatre mois puisque une partie des deux camps s’oppose désormais à la première Ministre Shinawatra, issue des chemises rouges, accusée de corruption et de détournement de fonds publics. Depuis, les manifestants « bloquent » les principaux carrefours des grandes artères de Bangkok où ils campent jour et nuit. Le jour, ces manifestations prennent la forme de quasi concerts de rock, comme ici au grand carrefour de Siam, au cœur de la capitale où le slogan « Restart Thaïland » dit tout. Mais la veille de notre venue sur ce carrefour, une grenade a été lancée dans la foule et a fait trois victimes…

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AYUTTHAYA Le Wat Chaï Watthanaram

CERNÉE PAR LES EAUX L’ancienne capitale historique de laThaïlande a subi il y a trois ans des inondations catastrophiques qui ont bien failli anéantir complètement son incroyable capital architectural, témoin d’une histoire de près de huit cent ans. Peu à peu, elle se remet de cette catastrophe et en tire les leçons…

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Ayutthaya est habituée à la survie. 400 ans après sa création en 1350, la capitale de ce qui était encore le Royaume de Siam (l’ancêtre de l’actuelle Thaïlande) a été littéralement saccagée par les envahisseurs Birmans qui n’ont alors pas hésité à démolir ses innombrables temples et pagodes dont les briques rouges ont alors servi à construire ceux de Bangkok, la nouvelle capitale qu’ils avaient décrétée. Tant bien que mal, Ayutthaya s’est alors patiemment reconstruite et, au fil des siècles, a réussi à protéger l’essentiel des ruines de ses merveilles historiques. Deux fleuves imposants convergent ici, au cœur des plaines centrales thaïlandaises. Pour prévenir les effets catastrophiques des pluies diluviennes dues aux moussons titanesques qui se sont toujours abattues sur le pays, les lointains constructeurs d’Ayutthaya avaient imaginé un imposant système de canaux, chargé de faciliter le drainage des gigantesques masses d’eaux. Mais c’est toujours le même scénario sous toutes les latitudes. Enivré par l’euphorie de la « modernité », l’être humain finit par oublier le long et patient travail ancestral dont il a hérité. Durant de nombreuses décennies, on a négligé l’entretien de ces canaux. Jusqu’à la mousson de 2011, jugée comme la plus catastrophique de mémoire d’homme. La même qui a gravement submergé


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Les inondations de 2011

Bangkok au point qu’il est aujourd’hui sérieusement envisagé de « déménager » la capitale thaïlandaise, pas moins. Ayutthaya a alors été noyée sous des torrents d’eau et de boue. Des centaines d’habitants y ont laissé leur vie. Et quand le soleil est revenu après plusieurs semaines de pluies ininterrompues, les temples semblaient comme flotter dans une mer brusquement surgie de nulle part. Depuis, un intense travail de restauration des canaux d’origine a été entrepris. Trois ans plus tard, son efficacité est déjà visible. Tant mieux car sans lui, à l’évidence, le patrimoine extraordinaire d’Ayutthaya ne survivrait jamais à une seconde catastrophe de même nature.

VISITE CHEZ LES DIEUX L’essentiel des 400 temples de la ville se trouve dans le centre historique, si étendu qu’il est impossible de le parcourir à pied. Le vélo (la plupart des hôtels en assurent le prêt gratuitement) devient alors l’outil indispensable. Bien mieux que les innombrables « tuk-tuk » dont les chauffeurs harcèlent les visiteurs. A grand coups de pédales, on découvre alors merveille sur merveille. Le Wat Phra Sri Shanphet est le temple le plus imposant. Le matin, avant l’arrivée des hordes touristiques, est le moment privilégié pour parcourir ses larges espaces autour des trois imposants chedî en forme de cloche. Tout autour, une belle végétation soulage des rayons du soleil qui cogne comme jamais. On peut aussi y revenir le soir, à son coucher. Les temples se découpent alors en ombres chinoises dans un silence presque irréel, à peine perturbé par le bruit des moteurs des remorqueurs qui convoient de gigantesques barges sur le Chao Phraya en contrebas. Tout près du Wat Phra Sri Shanphet, on découvre aussi le Viharn Phra Mongkon Bopith. Ce temple est d’une construction beaucoup plus récente et il abrite un colossal Bouddah en bronze doré qui est l’objet d’une énorme vénération des fidèles de passage. Il a survécu à nombre d’exactions (les envahisseurs birmans d’il y a quatre siècles ont même essayé de le fondre, croyant à de l’or massif). Deux autres temples, même s’ils sont situés en dehors de l’île historique, ne doivent être ratés sous aucun prétexte (mais là, un tuk-tuk ou un taxi sont requis, il est exclu de s’y rendre à pied au milieu de l’intense circulation ambiante). Le Wat Yai Chail Mongkhon 21


Le Wat Chaï Watthanaram, en tout premier lieu. Au bord du fleuve Pa Sak, on se croirait sans problème à Angkor, au Cambodge voisin, avec son stupa de 35 mètres de haut dans lequel nichent les corneilles. La quasi totalité du temple est de forte inspiration khmer. Le responsable en est son édificateur, le roi Prasatthong, qui a voulu célébrer ainsi sa victoire dans la guerre menée au Cambodge et son amour de l’architecture de ses ennemis. Le Wat Chaï Watthanaram bénéficie d’une conservation exceptionnelle… Le Wat Yai Chail Mongkhon, enfin. Un lieu magique : ceinturé par plusieurs dizaines de bouddhas drapés de leur célèbre étole jaune safran, son stupa de pierre blanchâtre est le plus haut (60 m) des temples d’Ayutthaya. Dans son enceinte, on découvre un monastère encore habité par ses moines et, très près de son entrée, les fidèles ne manquent pas de couvrir de feuilles d’or un bouddha couché de 7 m de long. Au centre du temple, un bouddha de cuivre est adulé par les thaïs. Il est toujours surprenant d’y assister à leurs prières, les mains jointes devant la tête et qui enserrent des bâtons d’encens en combustion. Comme si le temps autour d’eux s’arrêtait brusquement…

centimètre, comme pour les ornements des arêtes du bloc tout entier. Même sans être spécialiste de l’art bouddhiste, on devine sans peine qu’il ne peut s’agir là d’une pièce totalement issue de son imagination. Mais notre surprise est grande quand il nous montre, avec son grand et beau sourire, un épais livre d’art sur les trésors de l’art khmer. Fièrement, il exhibe la page 72 où nous découvrons un cliché de l’original de l’œuvre. Il s’agit d’un bloc dédié au culte du Dieu Vishnu, considéré comme un bref « catalogue » de l’iconographie religieuse khmer, ramené en 1873 du temple de Preah Khan au Cambodge par un certain Louis Delaporte et conservé depuis au Musée Rimet des arts asiatiques à… Paris ! La barrière de la langue ne nous aura pas permis d’apprendre l’identité du commanditaire de cette pièce superbe, et encore moins le prix payé. Mais peu importe : nous avons partagé ce matin-là de février dernier un moment exceptionnel avec un artiste de grand talent, à deux pas des célèbres temples d’Ayutthaya que nous avions tant hâte de découvrir. Certes, Shanong copie mais sa dextérité et le respect de l’œuvre à réaliser nous ont impressionnés. Son accueil, sa gentillesse et sa simplicité aussi. Un moment… Or Norme, passé avec un autre nouvel ami du bout du monde...

L’ARTISTE SHANONG Ayutthaya est aussi renommée pour ses artistes sculpteurs de pierre. C’est en les cherchant que nous avons fait la connaissance de Shanong. L’homme ne parle pas un traître mot d’anglais, certes, mais nul besoin des mots pour se faire comprendre quand on est un artiste. Le long d’une des grandes allées de l’île historique, au bord d’un canal, son petit atelier ne sert qu’à abriter quelques pièces ou accessoires. Car Shanong travaille à même le sol extérieur. A notre arrivée, il a répondu gentiment à notre mimique lui demandant son autorisation pour prendre quelques clichés. Puis, il a tenu à nous montrer son travail sur un monolithe en pierre de sable grise. Une œuvre déjà bien avancée. Sur ses quatre faces rectangulaires, des centaines de petites figurines religieuses qu’il lui a fallu sculpter au burin les unes après les autres, centimètre après 22


UN SOIR AU MARCHÉ A deux pas du Wat Chaï Watthanaram, une fois le soir venu, on peut enfin bénéficier d’une très relative « fraîcheur ». Au croisement de Shikun et Bang Lan Road débute une longue allée le long d’un petit canal où coule pathétiquement un mince filet d’eau. Dès 17 heures s’installent des centaines de stands dont une bonne moitié est consacrée à la subtile gastronomie thaï. Sur les étals, on choisit directement les ingrédients que l’on souhaite découvrir. Viandes et légumes, certains inconnus de nos yeux et de nos palais, sont à profusion. Immédiatement, le cuisinier remplit devant vous le wok et cuisine votre composition. Certains d’entre eux sont d’une maestria extraordinaire et en jouent volontiers, au rythme de la musique diffusée à profusion. Étonnant spectacle et surtout, découverte de saveurs inédites. Attention ! Les épices sont à la Thaïlande ce que l’amer-bière est à l’Alsace. Précisezbien « no spicy » sinon votre bouche, votre œsophage et votre estomac risquent de s’en souvenir très longtemps : expérience vécue ! Le tout à un prix défiant toute concurrence, on se restaure complètement sur ce marché de nuit à moins de 2 euros par personne.

Autour de vous, les familles dînent sans chichi, les gosses courent de tous côtés. Les odeurs culinaires se mélangent gaillardement et de temps en temps, un vieux matou guette la souris au bord du petit canal tandis que, dans votre dos, vrombit le ballet des tuk-tuk. Une soirée thaïlandaise banale pour les gens d’Ayutthaya mais qui vous laissera un souvenir impérissable...

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TROIS ROIS ONT RÉGNÉ ICI IL Y A SIX SIÈCLES Le Wat Phra Sri Sanpeth est le temple le plus imposant d’Ayutthaya. Ses trois grands chedî rayonnent sur la ville et attirent chaque jour des flots de fidèles. En contrebas coule le Chao Phraya qui a failli anéantir les fragiles constructions en briques rouges lors des catastrophiques inondations de 2011. Désormais, le Wat Phra Sri Sanpeth est protégé de ses méfaits par une énorme digue en béton. Une étrange magie envahit ce site unique quand le soir tombe…

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KO SAMUI L’ÎLE DES COCOTIERS Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’il y a à peine vingt-cinq ans, l’île de Ko Samui ne comportait que peu d’hôtels, aucune route -seulement des pisteset quasiment aucun touriste. Depuis, malgré l’essor incroyable du tourisme de masse, l’île a conservé une réelle douceur de vivre et représente une étape langoureuse en Thaïlande. D’autant que nous y sommes venus pour y rencontrer quelques Alsaciens qui méritaient le détour…

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Cette étape était obligatoire. Elle correspondait à un lointain souvenir personnel. Gilles était un ami, journaliste indépendant, qui a passé les dernières années de sa vie, au milieu des années 70, à faire partager son amour de la Thaïlande aux lecteurs de nombre de magazines internationaux de l’époque. Et l’une de ses destinations favorites était justement Ko Samui, ancrée à 25 km de la côte ouest du golfe de Thaïlande. A l’époque, Samui était la garantie d’une aventure XXL. Traverser l’île de part en part (15 km, pas plus), c’était une longue journée de marche à travers une jungle inhospitalière mais, comme Gilles disait, « l’arrivée sur la côte est était une splendeur ». Puis la Thaïlande a décidé de tout miser sur le tourisme de masse. A Samui comme ailleurs. Aujourd’hui, la côte nord et les deux tiers de la côte est sont colonisés par les hôtels de luxe. Les rares villages, entre les plages de Mae Nam au nord et Lamai au sud-est sont envahis par une circulation démentielle sur la route unique de 51 km qui ceinture l’île.Heureusement, après Lamai, on peut respirer et avoir une idée assez précise de ce joyau qu’était encore Samui il y à peine 25 ans.


COCOTIERS À GOGO C’est à Samui, dit-on, qu’on rencontre la plus forte concentration mondiale de cocotiers au m2. On n’a pas compté, pour tout vous dire, mais on veut bien le croire… Il suffit en effet de louer une de ces petites motos-scooters de 125 cm3 (c’est à dire faire comme tout le monde ici…) et traquer les plages et criques innombrables pour le réaliser. Les images paradisiaques se succèdent comme autant de cartes postales, la mer est d’une profonde couleur turquoise, souvent calme et étale, le sable d’un blanc irréel et, à part peut-être l’époque de la mousson comme partout dans le sud de l’Asie, le soleil brille comme un dément. Séjourner quelques jours ici est une expérience délicieuse, au rythme local c’est à dire cette espèce de langueur régénératrice qui vous envahit et efface si vite le stress et la fatigue. A condition toutefois de se renseigner et éviter les grandes plages, leurs cortèges de boutiques de front de mer et les bars à filles-pièges à gogos… Un des avantages de Samui est qu’aucune attraction touristique majeure (contrairement à la rade de Krabi -voir page 31-) n’est là pour attirer les hordes. Bien sûr, un aéroport « international » a été construit à la pointe nord de l’île, mais le sud est beaucoup plus préservé. D’ailleurs, ceux qui choisissent d’y séjourner prennent volontiers le ferry depuis le port de Donsak et savent apprécier les 2h de traversée. A condition de ne pas rater le dernier (à 19h) comme ce fut notre cas en venant d’Ayutthaya. Reste qu’une fois sur place, la magie des paysages iliens fait son œuvre. Une parfaite étape dans un voyage au long cours en Thaïlande.

LES ALSACIENS DE KO SAMUI Fidèles à notre principe d’aller retrouver les Alsaciens du bout du monde lors de notre périple annuel pour notre numéro « Destination de légende », nous avions rendez-vous avec deux Strasbourgeois installés à demeure dans ce petit paradis.

Christophe Noth

Christophe Noth (un nom connu à Strasbourg, sa mère, Michelle, ayant été longtemps l’égérie du célèbre bar des Aviateurs dans la capitale alsacienne) s’est installé à Samui il y a huit ans. Comme beaucoup (beaucoup plus qu’on ne l’imagine, en tou cas..), son expatriation a découlé d’une situation personnelle devenue brutalement dramatique. A Strasbourg, Christophe était un cadre bancaire sans histoire, marié et père de deux beaux enfants nés au début des années 90. Puis, soudain, tout bascule en 2005. Coup sur coup, ses deux parents (qui s’étaient séparés dix ans auparavant) décèdent brutalement à cinq mois d’écart : « Un choc terrible d’autant plus qu’il était inattendu » confie Christophe. « La naissance de mes enfants avait permis à mes parents de renouer des relations normales, de se reparler. Du coup, toute la famille (mon frère, ma sœur et moi-même) s’était ressoudée. Pour nous les enfants, ces deux disparitions successives ont été un drame épouvantable. D’autant qu’en ce qui me concerne, un mois après le décès de maman, j’ai appris que ma femme me trompait, qui plus est avec le mari de ma mère. C’était trop, beaucoup trop. J’ai été anéanti. Pendant deux mois, j’ai consulté un psy mais je me sentais complètement à la ramasse et devant tout mon monde qui s’effondrait, l’idée de fuir, de partir très loin, s’est imposée et ce, malgré l’âge relativement jeune de mes enfants. J’ai décidé de prendre 15 jours de vacances en Thaïlande, à Ko Samui où, pourtant, je ne connaissais personne. Je me sentais si largué… Il fallait que je me reconstruise le plus loin possible de Strasbourg. A Samui, j’ai fait la connaissance d’une amie qui m’a beaucoup aidé et nous sommes tombés amoureux. Cet amour-là, j’en avais tant besoin, je me sentais si seul, sans parents, sans famille avec ma vie qui s’était écroulée et tant de vrac dans ma tête côté sentiments. J’ai fini par m’installer définitivement à Samui en août 2006… » S’en suivra une longue période de galères professionnelles. Un boulot dans le time-share : « essentiellement pour bénéficier d’un visa de travail. Mais j’ai claqué la porte très vite. L’essentiel consistait à gruger les clients. C’est pas du tout moi, ça… » , un restaurant ouvert avec son amie : « La flambée de Sana, inspiré de son prénom. Mais la première haute saison s’est mal passée, on a aussitôt revendu… Je me suis retrouvé à la rue, même pas de quoi me payer un billet pour mon retour. Heureusement, la solidarité a joué. Philippe, un ami strasbourgeois, résident de Samui et Pado, un autre ami suisse m’ont aidé financièrement à me refaire. Je leur dois beaucoup… » Chaleureux bonhomme que l’ami suisse. Un soir, durant notre séjour à Ko Samui, Christophe nous a invité dans son restaurant où Pado nous attendait autour des bons petits plats qu’il sert. Lui aussi a connu son lot de soucis personnels à Nyon, la petite ville sur la berge nord du Lac Léman où il s’était installé. Lui aussi a ressenti si fort l’envie de fuir, loin, très loin… Peu à peu, la situation de Christophe s’est redressée. Au prix d’un travail acharné : « J’ai travaillé six mois dans le bâtiment à bricoler de tous les côtés (peintures, Pado et Christophe toilettes, douches, sanitaires..) et tout ça pour 1000 Baths par jour (environ 25 € -ndlr). Mais c’était bien : il y avait la mer, le soleil, tous les jours je parlais aux oiseaux… C’était sympa… J’ai été aussi chauffeur-livreur pour les Glaces Rossini ce qui fait qu’aujourd’hui, je connais toute l’île dans ses moindres recoins. Je me suis fait aussi pas mal exploiter par une compagnie financière française qui m’avait confié le poste de chef de son agence de Samui. Toujours la galère… » Puis soudain, tout s’éclaircit : un autre ami reprend le management 27


DES TARTES FLAMBÉES SOUS LES COCOTIERS !

Tropical Sea View

d’une belle résidence, Tropical Sea View, nichée sur les hauteurs du sud de la baie de Lamai. Depuis deux ans, Christophe gère 36 appartements de luxe et un grand nombre de villas privées destinées à la location saisonnière.Et cela marche fort puisque une quinzaine d’autres appartements sont en cours d’ouverture. « C’est un job de fou mais ça me plait » sourit-il. « Je me suis complètement reconstruit à Samui ; le soleil, l’amitié, l’amour, les gens m’ont guéri et finalement, je me suis rendu compte que je me suis fait moi-même ma propre psychanalyse, avec tout cet environnement. Je me projette complètement en Asie et plus particulièrement en Thaïlande. La France, je ne m’en occupe plus trop. C’est loin… Les compatriotes qui viennent ici me racontent tous la même histoire, ils me parlent tous des problèmes de plus en plus inextricables auxquels ils doivent faire face et me confient tous qu’il va falloir beaucoup de temps pour que la France redevienne ce pays si agréable à vivre. Moi, ces problèmes sont désormais derrière moi et je n’ai aucune envie de les retrouver. Avant, je donnais tout aux autres. Maintenant, je m’occupe de moi. J’ai gardé suffisamment de contacts avec mes amis strasbourgeois, beaucoup viennent ici régulièrement mais à part une grave maladie, car je n’ai pas encore d’assurance-santé ici, je ne pense pas une seconde à rentrer. Fondamentalement, la vie ici est beaucoup plus simple, il n’y pas besoin d’assumer toutes ces choses superficielles qu’on doit prendre en considération en Europe. On vit chichement, certes, mais avec le sourire. On se prend moins la tête et si quelquefois on stresse aussi, c’est un stress très différent de celui que je ressentais en permanence dans l’agence bancaire que je dirigeais. Une coupure d’électricité, internet qui ne fonctionne plus ? Et bien, on s’en fout, ça reviendra… Ca ne rend personne malheureux. Il y a des contraintes certes, mais ce ne sont pas du tout les mêmes qu’en France, elles sont humainement beaucoup plus supportables. On pense et on vit autrement. Au final, on a l’esprit plus détendu, en paix… J’ai encore l’Alsace au cœur – d’ailleurs j’ai au-dessus de mon lit deux petites cigognes que des potes m’ont ramenées- mais je me sens parfaitement bien ici, à 12 000 km de Strasbourg, avec un avenir que je sens enfin serein, aussi bien personnellement que professionnellement… »

Grâce à Christophe, nous avons également rencontré Michel Schramm. Un vrai personnage, haut en couleur, entier, pittoresque (c’est un compliment dans notre bouche). Âgé aujourd’hui de 57 ans, Michel a très tôt connu les responsabilités de l’entreprise en créant, à 28 ans, Schramm Carrelage, une de ces petites entreprises artisanales alsaciennes amoureuses du boulot bien fait, à laquelle il s’est donné entièrement pendant près de 30 ans jusqu’à ce que… la maladie du carreleur le rattrape. Les genoux en miettes, Michel ne pouvait quasiment plus marcher. Une raison majeure de sa décision de changer de vie. Comme beaucoup qui ont tout donné à leur métier, l’approche de la prochaine soixantaine a joué également son rôle. « C’est sûr que vers les 55 ans, on réalise aussi qu’on vit ses derniers temps si on veut entreprendre une dernière grande chose » analyse-t-il. Juste avant de préciser abruptement : « Sincèrement, j’en avais un peu ras-le-bol du système français, ses taxes en particulier mais aussi le fait que quand tu es un petit entrepreneur, tu as toujours l’impression quotidienne d’être un délinquant en puissance : les radars, les contrôles, tout ça m’exaspérait !… J’avais envie d’un ailleurs plus paisible, moins stressant. Ici, on se sent plus libre, les contraintes existent mais elles sont plus légères : pas de casque sur la moto, aucun feu rouge, la liberté… avec la gentillesse des Thaïs en plus ! » Samui s’est alors imposée. Parce que cela faisait plus de 20 ans que Michel y passait au moins un séjour chaque année et qu’à l’évidence, une forte relation s’était établie avec l’île. « Il y a vingt ans, l’île avait un tout autre visage, c’est sûr. Il n’y avait pas grand chose ici, l’aéroport se limitait à une petite salle, tu attendais tes bagages, tu les prenais et tu partais. J’ai connu une vraie histoire d’amour avec les gens, leur sourire et leur générosité. A l’époque, les gens d’ici donnaient avec le sourire sans rien attendre en retour. Avec l’afflux de vacanciers qui est de mise depuis de nombreuses années maintenant, ça change. Beaucoup de vacanciers se comportent mal, je trouve, et du coup, les Thaïlandais se sont mis de plus en plus à considérer l’occidental comme un distributeur bancaire… L’argent a un peu pourri ce coin de paradis, c’est certain… »

Marjorie et Michel Schramm 28


Marjorie, l’épouse de Michel, décrit bien le vertige qui s’empare de tout métropolitain qui envisage l’expatriation : « J’ai eu un peu de mal à assumer ce projet, dès que l’idée s’est précisée. Bien sûr, il y avait la peur de ce qui nous attendait aussi loin de la France. Je peux dire qu’en ce qui me concerne, je n’étais pas tout à fait prête à ce grand bond dans l’inconnu. D’autant que je dois gérer aussi ma fille (d’un premier mariage –ndlr) qui poursuit ses études en Alsace et qui a besoin de moi. Mais, depuis deux ans que je suis ici, je ne regrette rien. Mon seul regret serait d’ailleurs de ne pas être partie plus tôt ! Je ne regrette pas une seule seconde d’avoir foncé quand l’occasion s’est présentée. Au point que l’idée de finir mes jours ici ne me fait pas peur, à moins que je ne trouve de l’herbe plus verte quelque part ailleurs, allez savoir… (rires). Mais revenir en France, non, pas question une seule seconde ! Le pays nous manque bien sûr un peu, mais on assume complètement notre choix. »

un autre projet en cours et qui va aboutir de façon imminente : « Je suis en train de faire retaper un vieux bateau de pêche thaï au port de Donsak. Il sera ici avant la fin avril et on va ensuite monter une entreprise qui va organiser des tours de l’île. » A notre avis, Michel aura sans doute un peu de mal d’agrémenter les périples nautiques de ses futurs clients avec ses tartes flambées (il lui faudrait réussir l’exploit d’installer un four à bord, pas évident…) mais l’idéemême de développer cette nouvelle activité le motive déjà à fond. L’avenir ? « Encore six, sept ans ici, probablement, car l’école dont je m’occupe va sans doute obtenir le statut de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger –ndlr) et là, il va falloir l’agrandir. Ensuite, on verra… Ce sera soit mon transat, soit une nouvelle idée de folie dans un autre pays qui m’attirera encore plus alors… Je n’en sais rien, la porte est toujours ouverte. Mais pas en Europe, ça non ! »

Thomas - Wine Bar

Toujours est-il que le couple s’est très bien intégré à Ko Samui. Avec une idée audacieuse, un peu folle, qui lui a servi de viatique : ouvrir un restaurant de… tartes flambées. Avouez qu’au pays du cocotier-roi, il fallait oser ! « Mais non, l’idée n’était pas aussi folle que ça » se souvient Michel. « Je l’avais depuis toujours en moi, je la sentais bien. Sûr qu’on ne s’enrichit pas avec, mais ça nous fabrique une vie locale et cela nous a permis de faire la connaissance de beaucoup de gens et ça c’est plutôt bien… Et puis, elle n’est pas si coûteuse que ça car le resto, c’est notre jardin. On travaille chez nous, c’est bien, non ? » Effectivement, c’est bien, nous avons testé. Avouez que découvrir un tel lieu et son enseigne sur les hauteurs d’une île de rêve à 12 000 km de Strasbourg représente en soi une fameuse surprise ! Et puis, les tartes flambées que Michel cuisine sont savoureuses et parfaitement dans la tradition alsacienne. Un endroit évidemment prisé par la communauté française de l’île qui s’y retrouve régulièrement. Outre son restaurant, Michel est une des chevilles-ouvrières de l’école française de Samui (lire l’encadré) à laquelle il consacre une énergie débordante. Mais le couple a également

Christophe - Ko Samui Info

Nous avons adoré rencontrer ces Alsaciens sur leur petite île du bout du monde. A l’évidence, la douceur de vivre ici les a conquis. Un même mot est revenu souvent : liberté. Une forte motivation, à l’évidence. Leurs amis sont également délicieux : Pado, dont nous avons parlé mais aussi Thomas, le patron d’un de leur QG sur l’île, le Wine Bar de Lamai qui réussit l’exploit de vous faire déguster d’excellents vins français malgré la taxe gouvernementale de… 350% ( !) qui frappe l’importation des crûs français en Thaïlande. On citera également Christophe, le rédacteur en chef d’un mensuel en langue française, Samui Info, très lu par la communauté francophone de l’île. « Une activité peu rentable mais ludique et intéressante » confie ce pionnier de l’immobilier de Samui. Si vous passez par Ko Samui, n’hésitez pas à les contacter de notre part. Nul doute qu’ils vous feront aussi partager leur amour de leur île magique qui nous a conquis par sa douceur de vivre.

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TROPICAL SEA VIEW Sur les hauteurs du sud de la baie de Lamai, Christophe Noth dirige un ensemble immobilier exceptionnel, la résidence Tropical Sea View. Arc-boutés au rocher massif, les appartements avec kitchenette sont vastes et lumineux (chacun d’entre eux bénéficie d’une terrasse avec jacuzzi) et la vue est vraiment exceptionnelle. Bien entendu, tous les services associés sont présents, notamment l’indispensable moto-scooter 125 cm3 rigoureusement indispensable pour se déplacer sur l’île, qu’on vient vous livrer et récupérer à la fin de votre séjour au pied de votre appartement) et l’endroit est franchement idéal pour séjourner à Ko Samui, suffisamment éloigné de l’unique route de l’île pour vous éviter le bruit et l’agitation et à moins de cinq minutes de la plage en moto. Le soir, quand le soleil se couche sur le golfe de Thaïlande, l’endroit est franchement somptueux. Une très belle adresse pour qui veut profiter à plein des charmes de Samui. Christophe Noth : 00 668-5787-0049 chris.noth@yahoo.fr

L’ÉCOLE FRANÇAISE DU BOUT DU MONDE Michel Schramm et son épouse Marjorie se dépensent sans compter pour le développement de l’école française de Ko Samui. A deux pas de la mer, ce petit établissement scolaire accueille 75 élèves français de la maternelle à la terminale (quelques élèves étrangers également) et emploie 22 personnes. Ses diplômes sont bien entendu reconnus par l’Education nationale et la présence de cette petite école française du bout du monde a pesé lors de la décision de la famille Schramm de s’expatrier sur l’île. Entré dans le giron de l’école via ses talents de cuisinier, Michel Schramm en a même été le directeur et, à visiter cet endroit de rêve avec lui, on comprend vite les raisons de sa passion pour ce projet entièrement pris en charge par des fonds privés et, bien entendu, les règlements des familles des élèves. « Passer du temps avec les gosses, c’est peut-être une façon de me replonger dans mes jeunes années. Et puis, il faut dire aussi que mes associés sont des amis… » confie Michel qui a pris à cœur de nous faire visiter son école. Devant la « salle des profs » (une table, huit chaises en plein air sous les larges feuilles de bananiers), on s’est dit qu’il y avait pire endroit pour enseigner. Heureux gamins français de Ko Samui… Michel Schramm : 00 668-3389-2340 schrammmichel@gmail.com


LA MER D’ANDAMAN LE TSUNAMI N’A PAS LAISSÉ DE TRACES VISIBLES Le 26 décembre 2004, en pleine haute saison touristique, la gigantesque vague meurtrière a frappé tout l’ouest de la côte thaïlandaise de la mer d’Andaman. Plus de 5 600 morts et un nombre encore provisoire (il ne sera jamais définitif…) de 2 800 disparus. Aujourd’hui, près de dix ans plus tard, les traces visibles de la tragédie sont invisibles. Les plages paradisiaques ont retrouvé leur divine et surnaturelle beauté… 71


Les noms ont toujours fait rêver : Ko Lanta, Ko Phi Phi, Maya Beach, Poda… A bien y réfléchir, il n’y a pas tant d’endroits dans le monde, par la simple évocation de leur consonance, qui procurent une telle envie de s’y rendre au moins une fois dans une vie. Le pire (Phuket et Patong Beach et leur sex-business pathétique) y côtoie le vraiment exceptionnel, voire le sublime dans certains cas (se retrouver quasi seul sur une micro-île, par exemple) même si, franchement, il faut quelquefois chercher tant, là aussi, l’industrie du tourisme fonctionne à fond. Reste que la côte d’Andaman ne saurait être zappée dès lors qu’on décide de connaître un peu mieux la Thaïlande. On évitera Phuket comme base de départ. Même si l’île recèle encore ici ou là quelques endroits « typiques » et à peu près épargnés par l’urbanisation touristique galopante, Phuket est devenue depuis longtemps une verrue grotesque, à l’image de la plage de Patong où les centres commerciaux géants se disputent l’espace avec les sex-bars les plus sordides. A fuir… Si l’on veut palier à l’enclavement sur une quelconque île au large, on préférera Krabi. Ao Nang, sa baie principale, ressemble malgré tout un peu à une espèce de SainteMaxime en miniature mais, au moins, on ne se sent pas submergé par la clientèle des mâles en rut et leurs grasses sales manières. De plus, d’Ao Nang, on a le choix en matière de transport maritime : « long tail » pour les îles les plus proches (le choix est vaste..) ou speedboat pour rallier en peu de temps l’archipel de Koh Pho Phi, par exemple. 32

DES MERVEILLES NATURELLES Au large de Krabi, d’île en îlot, de baie sauvage en plage de rêve, on en prend plein les yeux et, quelquefois, on se pince en se disant que le mot de paradis n’a pas été inventé pour rien. Mais attention, cela se mérite et avant tout, il faut trier et savoir résister aux pubs allèchantes qu’une flopée d’agences vous proposent à la queue-leu-leu le long d’Ao Nang. Et avant tout bien se mettre dans la tête une chose pourtant évidente : vous ne serez pas seul, où que vous alliez ! Un simple coup d’œil sur la plage un matin vous le prouvera : c’est une impressionnante flottille qui se dispute le droit de soulager votre portefeuille. L’armada des « long tail » tout d’abord. Ces longues barques effilées sont mûes par un moteur pétaradant (sans échappement !) qui actionne une minuscule mais efficace hélice rivée au bout d’un axe métallique de cinq ou six mètres (d’ou le surnom de longue queue) qui se lève et s’abaisse à volonté, au gré de la dextérité du pilote, tout en assurant la direction de l’embarcation. So typic, certes, mais l’engin fonctionne souvent en meute et le ballet des « long tail » évoque alors une armada de frelons, le bruit et la pollution du gas-oil en plus ! Sinon, vous avez les vedettes touristiques classiques, plus confortables, plus chères aussi mais lentes et qui ne vous permettront sûrement pas d’aller très loin. Enfin, les speed-boat. Indispensables si l’on veut pousser vers l’archipel mythique de Ko Phi Phi (une bonne heure de mer quand même, à fond la caisse grâce à deux ou trois moteurs couplés de 250 CV chacun). Un autre avantage (et non des moindres) du speed boat : celui de vous permettre, si vous êtes matinaux, de profiter de l’île choisie avant que les meutes ne l’envahissent en début d’après-midi. Ou,


au contraire, au milieu de l’après-midi car ainsi, vous arriverez au moment où la plupart des bateaux rapatrient leur passager sur le continent. Mais peu de loueurs acceptent ce plan-là… L’île de Poda, par exemple.

Imaginez une petite île (il vous faudrait une petite heure à pied pour en faire le tour complet) à 25 minutes à peine de votre port de départ. Y accoster vers 9 heures est le plan idéal. Elle est cernée par une plage de rêve. Et elle est absolument déserte sauf en très haute saison où une sorte de buvette sert le minimum vital au cœur de la cocoteraie. Malheureusement, le service de nettoyage n’est pas au top et quelques détritus stationnent un peu trop longtemps dans des poubelles vite débordées. C’est bien le seul hic car pour le reste, c’est une eau turquoise splendide qui vous attend, un sable blanc de rêve, le tout gardé par une sentinelle fantastique, un de ces éperons rocheux si caractéristiques de la mer d’Andaman qui semble posé sur l’eau de façon irréelle. Oui, à condition de se lever tôt, Poda est assez préservée des inconvénients du tourisme de masse et représente l’assurance de rêver en XXL quelques heures. Car, à partir de 14 heures, les speed-boat et les « long tail » arrivent en rangs serrés, débarquent et réembarquent sans discontinuer leurs passagers. Et là, ce n’est soudain plus pareil du tout… A Krabi, des formules tentantes vous sont proposées et, la plupart du temps, elles prévoient quatre escales (ou plus) avec un timing très minuté. Débarquement et réembarquement se succèdent, au mieux vous prendrez quelques belles photos en passant au large des îles ou des pitons rocheux qui pullulent…

et plonger à peine quelque mètres pour découvrir ces merveilles de la nature (même en speedboat, des arrêts « snorkeling » sont prévus). Bien sûr, on peut accoster à Maya Beach et, si ce n’est pas en très haute saison, avoir une vague idée de ce que fut cette plage avant que les hordes ne l’envahissent. En fermant les yeux sur la rangée des bateaux qui attendent le retour de leurs clients… Bien sûr, en croisant au large de ces pitons rocheux magnifiques et irréels, on peut imaginer ce que fut la vie ici, il y a quelques décennies, quand les pêcheurs locaux voyaient avec stupéfaction débarquer un ou deux occidentaux à la peau si blanche venus à la découverte de leur paradis sur terre. Mais franchement, s’il n’est pas question une seule seconde de vous conseiller de zapper les fantastiques paysages des îles de la mer d’Andaman, on ne peut s’empêcher de penser qu’elles n’offrent aujourd’hui au visiteur lambda qu’une très pâle idée de ce que fut autrefois cet Eden sur terre. Ce fut notre longue méditation lors que notre speed-boat, plein gaz, rejoignait en début de soirée sa base de Krabi, sous le généreux soleil thaïlandais…

Nous avons voulu voir Ko Phi Phi. Pour retrouver les paysages de Maya Beach où le film « La Plage » a été tourné, pour toucher du doigt ses eaux turquoises et imaginer le plaisir des plongeurs expérimentés, capables de s’enfoncer très en profondeur au pied des pitons karstiques, là où pullulent les rascasses, les requins-léopards et autres tortues de mer. Bien sûr, tout cela existe bel et bien mais, outre le fait de posséder les brevets de plongée nécessaires, il faudrait absolument avoir beaucoup de temps et résider à demeure à même l’une de ces îles, sans parler d’être accompagné par un pêcheur ou un guide local très amoureux de son pays. C’est possible mais là, on est réellement dans un autre type de séjour… En tout cas, le périple en speed-boat ne fera que vous faire deviner ces plaisirs-là… Bien sûr, on sait bien qu’on se situe là à l’épicentre des plus belles eaux du monde qui possèdent une richesse inouïe en matière de flore et de faune sous-marine. Bien sûr, il suffit parfois de mettre un masque, fixer un tuba 33


BANGKOK GROUILLANTE, FASCINANTE, INSUPPORTABLE…

Plongée dans la jungle urbaine des temps « modernes ». Si le centre de gravité du monde bascule, dit-on, vers l’Asie, alors la capitale thaïlandaise en sera l’archétype. Tentaculaire et sans pitié, Bangkok fait penser à maintes reprises à la ville de « Blade Runner », le film de science-fiction de Ridley Scott. Sincèrement, on n’en est plus très loin…

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Puisqu’il fallait bien rentrer en Europe, puisque, de toute façon, l’unique porte de sortie de Thaïlande était Suvarnabhumi, l’aéroport international de Bangkok, il a bien fallu se résoudre à affronter cet hydre tentaculaire et sauvage qu’est la capitale de la Thaïlande et ses 12 millions d’habitants recensés. Au fur et à mesure que notre van nous rapprochait de l’hôtel, on a vite compris. Bangkok est un monstre qui vit sa vie de façon autonome, avec ses propres règles. Des ponts autoroutiers gigantesques, tracés par le cordeau d’un aménageur dément, soutenus par des piliers de béton herculéens et qui frôlent les étages supérieurs de milliers d’immeubles, noirs de suie. Un « skytrain » dont les rails sont soutenus par d’autres gigantesques piliers de béton gris et qui déverse son flot quotidien d’être humains. A ses pieds, des milliers de petits stands où se côtoient sans logique apparente un quart monde urbain prêt à tout pour survivre et qui vit quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour engranger un maximum de Baths. Une ville fragile, aussi. Les graves inondations de 2011 ont rappelé à beaucoup que Bangkok est littéralement construite à même l’eau, prête à être submergée encore plus dès que le niveau, sous l’effet du déréglement climatique, montera un peu plus encore. Au point qu’il est sérieusement envisagé de « déplacer » la capitale thaïlandaise, rien de moins. Chiffre officiel : chaque année, Bangkok s’enfonce de 30 mm… Mais ça ne fait rien. On construit, encore et encore, tout en rasant par hectares entiers les vieux immeubles, sans pitié, sans aucun souci de valoriser le patrimoine architectural et humain. Chacun semble en avoir pris son parti… Bangkok, c’est aussi une circulation monstrueuse et qui ne peut apparemment pas être endiguée. 7 millions de véhicules, dit-on : tuk-tuk, motocyclettes, taxis, voitures individuelles, bus, camions,… se partagent sans règles un territoire urbain devenu ingérable. Des centaines de km de bouchons quotidiens, et une très vague idée du code de la route pour tous ces conducteurs : dans l’hyper-centre de Bangkok, c’est la loi de la jungle..

A HAUTEUR D’HOMME…

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Le long des avenues « modernes » de Bangkok, ils sont tous là, les Versace, Louis Vuitton, Hermès, Cartier… et autres, les prestigieux représentants de l’industrie du luxe. L’Asie est tombée sous leur magie, littéralement conquise. Les jeunes filles de la bourgeoisie aisée ne jurent que par ces marques, présentes au sein de gigantesques shopping centers surclimatisés. Il faut les avoir vues, fières et hautaines, sortir de leur temples modernes et traverser rapidement les rues où grouillent leurs semblables moins privilégiés. Au pied des boutiques Versace, Louis Vuitton, Hermès, Cartier… on vend à deux balles les copies de Versace, Louis Vuitton, Hermès, Cartier… Et ça ne dérange personne car, business is business, tout le temps, en permanence, jour et nuit. A hauteur d’homme, on saisit bien mieux de quoi il en retourne. On lève les yeux, un peu effarés, en direction des écrans vidéo haute définition de 30 mètres de long qui diffusent les marquesicônes des temps modernes, un « Skytrain » zèbre soudain le ciel, et soudain, au cœur-même de la foule, une douce musique et une voix cristalline jaillissent tout près derrière soi : c’est un couple d’aveugles. L’homme, les yeux clos, gère une table de mixage qui pandouille à son cou, reliée à une batterie. La jeune fille le suit, la main posée sur l’épaule de l’homme qui la guide, avec ses grands yeux ouverts qui n’ont jamais vu la lumière. Sa voix psalmodie une ritournelle locale. La bandeson de Bangkok… Les deux espèrent quelques Baths mais les jeunes filles bling-bling ne voient ni n’entendent rien. Très occupées qu’elles sont à franchir sans dommage l’armée de motos et de « tuk-tuk » qui les empêchent, un temps, de rejoindre l’autre gigantesque centre commercial, juste en face… C’est Bangkok, monstrueuse, inhumaine, grouillante, fascinante, insupportable…

HEUREUSEMENT, QUELQUES HAVRES DE PAIX… Evidemment, toujours emprunts de cette douce Thaïlande que nous avons côtoyée pendant dix jours, nous fuyons vite le centre de la pieuvre. A la recherche de silence, de tranquillité et de fraîcheur car, sous les piliers du Skytrain, on atteint facile les 35°, en février. Nous allons les trouver dans un endroit merveilleux et apaisant, à deux pas d’un « klong » (un canal desservi par des bateaux-métro qui soulagent quelque peu l’énorme circulation). La maison de Jim Thompson est l’une des dernières vraie bâtisses thaïes en teck que l’on peut encore admirer dans la capitale thaïlandaise. Curieux destin que celui de cet Américain, ancien de l’OSS (l’ancètre de la CIA) lors de la guerre du Pacifique et qui a découvert la Thaïlande à la fin de la seconde guerre mondiale. Il revint s’y installer définitivement en 1946 et créa la Thaï Silk Company, relançant l’industrie de la soie en la faisant connaître à New York. Considéré comme un véritable bienfaiteur, Jim Thompson fit certes prospérer ses affaires mais réussit également à préserver ces très belles maisons, vieilles de plus de deux siècles pour la plupart, en les démontant et les remontant scrupuleusement. En 1967, Jim Thompson disparût brutalement et mystérieusement lors d’une


promenade solitaire autour des monts Cameron, en Malaisie, d’où il ne revint jamais. Son corps ne fut jamais retrouvé. Aujourd’hui, l’explication la plus commune est celle d’un accident : il aurait été percuté par un camion dont le chauffeur malais aurait aussitôt fait disparaître son corps en l’enterrant. Mais son passé d’ex-espion alimente encore les rumeurs les plus extravagantes… Sa maison de Bangkok est aujourd’hui emplie de véritables trésors artistiques, au cœur d’un jardin où l’eau glougloute de toute part tandis que les poissons frétillent dans des bassins couverts de nénuphars. Une jeune guide, parlant un français impeccable, nous a fait découvrir cet endroit un peu hors du temps frais et reposant, un endroit à ne manquer sous aucun prétexte si vous visitez Bangkok. La capitale thaïlandaise ne saurait se résumer à son centre pollué et infernal. Si vous voulez découvrir le Bangkok des origines, rien de tel qu’une petite ballade sur les klongs, ces canaux ancestraux qui ont fabriqué l’image de la Venise d’Asie. A n’importe quelle embarcadère du Chao Phraya, le fleuve veine jugulaire de la cité, on vous proposera d’embarquer sur un « long tail » pour sillonner cet impressionnant entrelacis de voies d’eaux qui couvre les quartiers ouest de Thonburi. Sur les rives des klongs, les yeux se posent sur des milliers de cabanes en bois recouvertes de toits en tôle ondulée où vivent chichement des familles entières : les gosses plongent dans l’eau et vous sourient, les chiens paressent au soleil, le linge multicolore sèche sous la légère brise… Tout un petit monde vit là depuis des temps ancestraux, surmontant chaque année les pluies

torrentielles des moussons, bricolant et réparant tant bien que mal son habitat sur pilotis. De temps à autre, une villa plus luxueuse et son embarcadère privée, un temple dont le toit scintille sous le soleil… A deux pas du fleuve, s’élève le Wat Arun, « le temple de l’Aube » appelé ainsi parce que sa flèche est la première à recevoir les rayons du soleil le matin. Un de plus beaux temples de Bangkok. Il voisine avec l’église catholique Santa-Cruz. A quelques pâtés de maisons, passé le pont Phra Pokklao, la mosquée de Saifee Masjid… Pas de doute, la vraie cité est là. A deux pas des gratte-ciel et des boutiques de luxe, sous une végétation luxuriante, les klongs proposent un tout autre visage de Bangkok, celui de ses lointaines origines…

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Le Wat Phra Kaeo

Sur l’autre rive du Chao Praya, face à ce quartier de Thonburi qui recèle un Bangkok infiniment plus apaisant et authentique, s’élèvent les merveilles de la capitale thaïlandaise. Du débarcadère Ta Chan, on atteint facilement le Wat Phra Kaeo qui fait office de temple « officiel » du Grand Palais voisin et le Wat Pho, le plus ancien et le plus grand temple de Bangkok. Vous y serez accueilli par un extraordinaire bouddha couché de 45 mètres de long (et 15 m de haut), entièrement recouvert d’or dont le sourire un rien narquois vous paraîtra bien insolite. Ses pieds sont incrustés de nacre. Dans l’enceinte du Wat Pho se succèdent un grand nombre de plus petits temples, tous agrémentés de statues de bouddhas et leur robe couleur safran, blottis autour de quatre « chedî » élancés et finement ciselés. Le Wat Pho est un temple encore en activité : les moines y sont nombreux, on y trouve aussi une école de massage où les étudiants se « font la main » sur les visiteurs, un ashram de méditation… Un endroit absolument magique, parsemé de coins de verdure, un endroit absolument délicieux…

BELLE RENCONTRE Nous avions enfin une grande envie de découvrir un sport qui bénéficie d’un extraordinaire impact en Thaïlande, la boxe thaïe. Ses combats sont retransmis en direct sur les télés et, dans le moindre des villages,

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sont suivis chaque soir comme une finale de la coupe du monde football chez nous. Alors que nous nous apprêtions à mobiliser ciel et terre pour obtenir un accès photographe pour « shooter » de près les boxeurs thaïs dans un des deux grands stades de Bangkok, le Ratchadamnoen Stadium, le hasard a très bien fait les choses… Sous les piliers du « Skytrain » près de l’arrêt Asok, nous avons été dépassés par un jeune australien dont l’allure trahissait la passion. Musclé, petit et râblé, Greg, le torse et les bras tatoués, se rendait à son entraînement bi-quotidien de boxe thaïe, les gants négligemment jetés sur son épaule. A 24 ans, cet électricien décontracté a choisi sa voie : il travaille un mois sur deux. Et le mois où il ne travaille pas, il le consacre à sa passion de la boxe thaïe. Il s’entraîne comme un forcené dans le gymnase d’un ancien champion mythique de ce sport, près de l’avenue Sukhumvit. Aussitôt dit, aussitôt fait, on a topé là et Greg nous a conduit au fond de la ruelle où il s’entraîne. Nous avons pu assister, en témoins privilégiés, à une heure et demie d’efforts intenses, sous la conduite de son professeur. La boxe thaïe est un sport d’une violence rare, pour les yeux des profanes que nous sommes. Les coups, violents et spectaculaires, se succèdent sans relâche et on a l’impression que tout est permis. Ce qui est vrai. Les coups de poings, de coude, de pieds se succèdent à un rythme infernal et le but est vraiment de détruire l’adversaire par tous les moyens, ou presque… Ce sport demande une volonté de fer et un entraînement sans relâche et c’est ce qui plait à Greg. Il nous confiera vouloir devenir un professionnel, comme tant d’autres en Thaïlande, même si peu d’étrangers y parviennent. Il s’est d’ailleurs déjà rendu au Brésil pour combattre… En attendant, deux fois par jour, dans une chaleur étouffante, Greg engrange les « routines » de ce sport. Il fait ses gammes sans relâche en compagnie de son jeune professeur qui ne lui fait pas le moindre cadeau. Greg sue sang et eau et c’est à Bangkok qu’il a choisi de se « faire un nom »…


Paul Roussel IL PRÉSIDE LES « THAÏLSACIENS »… Il l’avoue lui-même : « A 51 ans, j’ai déjà passé la moitié de ma vie à l’étranger… » Paul Roussel nous aura grandement facilité notre reportage au long-cours en Thaïlande. Ce natif de Phalsbourg -mais il a vécu toute sa jeunesse à Strasbourg- a très tôt été happé par le vent du large, au gré de ses responsabilités professionnelles au sein de plusieurs multi-nationales. Il a découvert la Thaïlande à la faveur de vacances avec des amis à la fin des années 80 mais l’Asie ne lui était pas étrangère, lui qui a longtemps bourlingué sur des zones immenses : « du Moyen-Orient à la Nouvelle-Calédonie » précise-t-il lui-même. Un temps basé à Singapour, il s’est finalement fixé à Bangkok en 1999. Son épouse thaïe, Dok-Oï, ce qui veut dire littéralement « Fleur de canne à sucre », lui a donné deux beaux enfants, Prudence, 8 ans, et Loann, 5 ans, tous deux quasiment trilingues -thaï, anglais et français- ». « La Thaïlande a un charme et des atouts formidables » raconte Paul. « Bien sûr, il y a les plages mais le charme de l’intérieur du pays existe aussi. La Thaïlande bénéficie d’une culture très ancienne et très riche qui n’est malheureusement pas assez intégrée par le pays. Je trouve dommage que les Thaïs ne protègent pas plus leur patrimoine. Ce peuple est très tolérant. Ici, les tohu-bohu genre « mariage pour tous » seraient inconcevables. Hétéros, homos, transsexuels se côtoient sans problème, il y a un respect de l’autre très naturel. L’étranger est bien accueilli, en règle général. Il n’y a aucun rejet et les enfants métis restent une curiosité. Mais il y aussi le côté mercantile : aux « farangs », on fait payer le prix fort partout, sans parler des contraintes administratives : tous les 90 jours, il faut passer à l’immigration pour justifier de son adresse ; tous les ans, il faut refaire son visa avec un dossier d’une complexité administrative hallucinante. Ce formalisme administratif est vraiment éprouvant, quelquefois…»

restaurateur… corse de Bangkok et, bien souvent, nous recevions des visites d’Alsace. Je suis en train de tout relancer, je souhaite que les Thaïlsaciens revivent sous une autre forme. » En attendant, Paul Roussel et sa famille coulent des jours paisibles dans une banlieue de Bangkok bien préservée des turpitudes du centre. Dans son jardin (un luxe, là-bas…), quelques cigognes de plâtre voisinent avec la piscine rafraîchissante. Alsacien un jour, Alsacien toujours… Paul Roussel 00 668-1841-6059 paulrsl@truemail.co.th

Depuis près de quinze ans, Paul Roussel tente de fédérer les Alsaciens qui vivent en Thaïlande. « En 1999, nous étions une dizaine à nous retrouver chaque mois autour d’une Flammekueche » précise-t-il. J’ai tout de suite trouvé le mot Thaïlsaciens. Peu à peu, on avait atteint 80 personnes, on se retrouvait chaque premier mercredi du mois chez un

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CAMBODGE forever Texte VÉRONIQUE LEBLANC

L’envie de partir vous prend comme ça. Juste parce que vos enfants grandissent et que vous leur aviez promis de les emmener un jour très loin. Très loin mais où ? Il faut trouver un ailleurs qui le soit vraiment, un lieu mythique, bruissant de sons inconnus, chatoyant, inoubliable..

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Cambodge, le mot est lâché et on s’embarque, chacun dans ses rêves. Eux se souviennent des « Deux frères» de Jean-Jacques Annaud tourné dans le temple de Beng Mealea, Mo i je repense au « Pèlerin d’Angkor » de Pierre Loti et je revois les longs timbres horizontaux où se dessinaient la silhouette de temples qui me semblaient irréels... C’est là que l’on ira se tricoter des souvenirs communs, au contact de ce pays qui survécut à des siècles d’invasions étrangères, de pillages, de colonisation et ressuscita après avoir subi l’un des plus effrayants génocides de l’histoire. En lui-même, le Cambodge est une leçon de vie et le voir debout ou presque exorcisera peut-être le souvenir de «La Déchirure» de Roland Joffé, sinistres Killing Fields, aberration humaine portée à son paroxysme absurde et assassin. Deux millions de morts en moins de quatre ans et pourtant le Cambodge existe encore. C’est donc que le pire n’a pas eu le dernier mot même si à Phnom Penh nous visiterons le s21, prison khmère rouge dirigée par Douch. Seules heures glaçantes du voyage que nous traverserons presque sans un mot et sans surtout y prendre une photo. Comment fait-on pour «visiter» les lieux de l’insoutenable ? On sait aussi le drame de ces mines antipersonnel toujours embusquées dans le sol des campagnes et on se surprend à presqu’en sourire lorsque l’on voit dans les marchés et les boutiques ces plaques à l’effigie de « Tintin au Cambodge » où l’ineffable reporter est affublé d’un pilon en guise de jambe. Ironie grinçante dont on ne sait quoi faire.


LE TONLÉ SAP, DE PHNOM PENH À SIEM REAP

Le Tonlé Sap

Alors on s’en retourne vers le Quai Sisowath qui ourle le Mékong et l’on s’embarque pour remonter le Tonlé Sap en direction de Siem Reap. Un lac aux allures de mer intérieure impétueux lorsque la saison des pluies et la fonte des neiges himalayennes le remplissent et en inversent le cours ; charriant calmement une argile brune lorsque nous montons à bord. La vie tourne tout autour de ce lac poissonneux qualifié de « petite Méditerranée » par Henry Mouhot, découvreur d’Angkor en 1861, et les familles de pêcheurs s’installent sur les berges dans des maisons de bois plantées sur pilotis, changeant d’étage au rythme de crues qui peuvent atteindre 7 mètres de haut. Les barques passent, indifférentes à notre bateau chargé de touristes, des buffles plus impassibles encore se dessinent au loin... Cinq heures de voyage à s’en mettre plein les yeux sans autre bruit que celui du moteur. Et puis aux abords de Siem Reap un quasi abordage d’embarcations de fortunes, petite marchande de sodas sautant sur le pont, bassines de tôle où rament des enfants, certains avec un serpent autour du cou histoire de déclencher l’intérêt et mendier quelques sous. Du bruit et de l’agitation... on en avait perdu le souvenir... Une fois à terre, c’est le départ en tuk tuk vers Siem Reap, la bourgade aux lisières des temples où champignonnent les hôtels à touristes. Le tuk tuk tombe en panne, pas grave on attend et l’on prend rendez-vous pour le lendemain avec Kong, notre chauffeur devenu attitré. Loti à cet heure nous a rejoints qui fit le voyage en sampan mais vit lui aussi « des maisonnettes de chaume, sur pilotis », « des gens demi nus, sveltes, aux torses cuivrés circuler sous la verdure ». Lui accosta au bruit des « flûtes, des tympanons, des cithares » et partit directement en charrette vers Angkor mais comme nous, il sombra ensuite dans un sommeil apaisé de voir accompli son « souhait de jadis ».

d’Angkor, « ces hauts rochers qui, maintenant font corps avec la forêt et que des milliers de racines enveloppent, étreignent comme des pieuvres. » « Figuiers des ruines » est-il écrit dans son texte, figuiers étrangleurs qui se disputent la vedette avec les vestiges de pierre. On pressent que la lutte est âpre pour que la main de l’homme préserve la splendeur qu’elle a créée il y a 600 ans et c’est dans le Ta Prohm laissé presqu’en l’état du jour de sa découverte, qu’elle est la plus perceptible. Chaos de racines démesurées dont on ne sait si elles disloquent ou maintiennent les monuments, arbres trouant le ciel de la dentelle de leur ramure et nous laissant au sol, un peu éberlués mais pas oppressés comme le fut l’écrivain. La forêt l’épouvantait, nous la sentons contenue autant que faire se peut. Les temps ont changé et à l’entour, les 200 km2 du site sont dégagés... C’est à l’aube que nous découvrirons l’emblématique Angkor Vat, vers 5 heures du matin, lorsque la lumière voilée d’un soleil presqu’irréel dévoile les ruines en douceur. Les pierres s’éveillent une à une, la palette de couleurs est infinie et la foule qui se révèle elle aussi n’est au final pas gênante, prise tout autant que nous par la majesté de l’instant, étonnamment silencieuse.

DES RACINES COMME DES PIEUVRES Si Loti dormit dans les ruines, il nous fallut nous contenter de l’hôtel et attendre le lendemain pour fouler les dalles d’Angkor Thom, la « grande cité » témoin de la puissance de l’empire khmer, cernée de douves et de murailles. Démesurée déjà dans la béatitude de ces bodhisattvas géants surplombant la Porte Sud ... « Ce sont des constructions humaines» écrivait Loti à propos des sculptures Angkor Thom 41


MYSTÈRE KHMER

Lotus

L’ampleur du temple déborde le regard, l’infini des bas-reliefs le captive. « Murailles à personnages qui semblent d’un seul morceau » écrivait le pèlerin d’Angkor, bataille des démons et des dieux, des singes et des mauvais esprits de Ceylan, barattage de la mer de lait, combat des Khmers et des Chams... À se perdre à chaque fois dans l’infiniment ciselé, jadis peint et doré aujourd’hui revenu à la pierre « avec par place des luisances de choses mouillées ». Partout des apsaras « jolies et souriantes sous leurs coiffures de déesses, avec pourtant toujours cette expression de sous-entendu et de mystère qui ne rassure pas... Elles tiennent entre leurs doigts délicats, tantôt une fleur de lotus, tantôt d’énigmatiques emblèmes ; toutes celles que l’on peut atteindre en passant ont été si souvent caressées au cours des siècles, que leurs belles gorges nues luisent comme sous un vernis - et ce sont les femmes qui, pendant les pèlerinages, les touchent passionnément pour obtenir d’elles la grâce de devenir mères ». Les mots de Loti n’ont pas plus pris de rides que les nymphes des ruines d’Angkor. Ils font mouche aussi au Bayon, « saint des saints » d’Angkor, érigé au coeur du complexe à la gloire du Bouddha. Fantastique monument dont les tours aux quatre visages semblent dire « nous ne te connaissons pas, nous sommes des questions à jamais inassimilables pour toi. Que viens-tu faire chez nous ? ». On est dépassés par Angkor, c’est vrai. Saisis par l’indicible d’une cité qui compta à son apogée plus d’un million d’âmes mais n’a conservé que ses temples surplombés d’énigmatiques sourires khmers entre ciel et terre. Se moquent-ils de nos humaines préoccupations ? Sont-ils bienveillants ? À distance en tout cas, mais irradiants. Le temple d’Angkor Thom 42


VIETNAM DE TOUS LES TEMPS

La Baie d’Along

Texte VÉRONIQUE LEBLANC Photos VÉRONIQUE LEBLANC ERIC FUCHSMANN

Hanoï 44

Hanoï, Saïgon et Hué. Incontournables... Le Vietnam s’éveille au Nord, trépigne au Sud et s’éternise dans son ancienne capitale impériale. Au vertige de la Baie d’Along silhouettée à l’infini de ses îles translucides. Comme si elles étaient faites de papier de soie...


Le Lac de l’Épée

Hanoï d’abord. A peine les bagages posés. Et ce vertige devant la ronde incessante des scooters surchargés. Il n’y a pas de trêve. Comment fait-on pour traverser la rue dans cette ville ? Envie de rentrer à l’hôtel, de se mettre à l’abri pour reprendre pied mais il faut tenir...

Au bord du Lac de l’Epée restituée on peut se faire passant parmi les passants, flâner et humer l’air du lieu dans une symphonie de verts faite d’eau et de feuilles. Un banian en bordure se fait forêt à lui seul, dressé sur ses troncs multiples dont les racines crèvent le trottoir. Le Pont du Soleil levant s’encourbe sur le lac, rouge dans le vert de ces eaux habitées par une algue qui leur donne leur couleur depuis la nuit des temps. Des enfants dessinent à la « Pagode de la Montagne de Jade », sages comme des images, presque trop sérieux sous leur frange aux reflets d’hirondelle. Au loin on distingue quelques tours de verre. Hanoï ville millénaire lovée contre le fleuve Rouge, s’éveille à la modernité et mêle dans son quartier historique des 36 guildes les façades hautes et étroites de ses « maisons tubes » dont la largeur correspondait à la largeur de la boutique au grand bazar de ses étals. Fleurs mais qu’en plastique, téléphones portables, chaussures, tissus, herbes, lanternes de papier etc. etc. Avec, aussi, de confortables cafés, hôtels et restaurants au fait de ce qui peut donner envie de s’y poser aux touristes occidentaux. 45


LA BAIE D’ALONG RÉELLEMENT IRRÉELLE

Des jours à se promener dans Hanoï, sans plus craindre la circulation car pour la fendre il suffit d’être reposé et... déterminé. La ville garde la France en mémoire dans sa cathédrale, son opéra et le jaune de ces bâtiments coloniaux ça et là. Les galeries d’art y fleurissent, les pagodes embaument sous leurs toits de tuiles flanqués de dragons... On s’échappe pour Along, la baie du bout des rêves, réellement irréelle dans la découpe de ses près de deux mille îles comme suspendues sur une mer de jade. Elles semblent de papier, gris bleutés ou bleus grisés, on ne sait trop, l’air est changeant et le paysage trop inédit pour que les mots suffisent. Elle captive encore et toujours malgré les flottilles de jonques à touristes qui la sillonnent. Le karaoké prévu à bord, le soir, est annulé au vu du faible enthousiasme qu’il suscite et on savoure le silence de la nuit qui tombe en même temps que la pluie sur ce site dont la légende raconte qu’il serait l’oeuvre d’un dragon bienveillant descendu dans la mer pour en domestiquer les courants. Il aurait déchiré la montagne avec sa queue créant ce paysage unique émaillé de criques où s’active encore tout un monde de pêcheurs. Escale au bord des îles, escalade de l’un des pitons en savourant le fait d’être là, en essayant d’oublier que l’on n’est que touristes au milieu des touristes avant de repartir vers Hanoï pour s’envoler vers Saïgon devenue Hô-Chi-Minh Ville en 1975 lors de sa prise par les communistes. La guerre c’était il n’y pas si longtemps...

La Baie d’Along 46


SAÏGON D’INDOCHINE, CHOLON DE CHINE Métropole du Sud, poumon économique du Vietnam, la ville a gardé dans ses gênes le goût du capitalisme insufflé par la présence de centaines de milliers de soldats américains qui y ont stationné. Plus speed qu’Hanoï, moins bon enfant mais vietnamienne assurément. Pluie tropicale dès le premier matin, chaleur envers et contre tout, odeur des soupes aux nouilles vendues au coin de rues, chapeaux coniques en pagaille, tohu bohu de la circulation...

improbables en voiture-couchette à se demander comment tiennent les voyageurs de dernière classe couchés par terre ou sur des banquettes de bois. Par les fenêtres on distingue des toits fragiles qui se couvrent de sacs dans l’espoir de résister au cyclone... Il remonte lui aussi vers Hanoï annonçaient les infos à la gare de Hué pendant que les hauts parleurs lançaient leurs alertes. On décollera avant son arrivée avec au coeur comme une culpabilité d’abandonner peut-être au pire un pays que l’on s’est mis à aimer. Le pire n’a pas eu lieu, Hayan a épargné le Vietnam en cet automne 2013.

Saïgon

Du marché Ben Than, anciennes Halles centrales construites par les Français en 1914, à celui de Cholon la chinoise, tout se vend, tout s’empile en quantités invraisemblables et l’on pressent d’autres négoces dans l’ombre de ces échanges au grand jour. Mieux vaut ne pas traîner aux abords des combats de coqs, les Occidentaux ne sont pas les bienvenus. Mais comme les combats de coqs ne sont pas notre tasse de thé... Plus tard, un enfant bonze amateur de cache-cache à la pagode Giac Lam nous la fera visiter de recoin en recoin avant d’être largués au milieu de nulle part par un chauffeur de taxi dont l’anglais n’est assurément pas le même que le nôtre. On ratera donc le Mémorial de la guerre mais on flânera dans l’ancienne Avenue Catinat devenue Dong Khoi, «Canebière» de Saïgon dans les années 1920, et on finira la soirée à la terrasse du «Majestic» à l’aplomb de la rivière avec les fastes de l’Indochine en technicolor dans la tête. Nous reste à voir Hué où le cyclone Hayan s’annonce lui aussi après avoir dévasté les Philippines.

HUÉ AVANT LA TEMPÊTE L’ambiance est tendue dès l’aéroport, la ville apaisante en ellemême, semble se préparer au pire, rentre les terrasses, démonte les palissades mais reste souriante malgré l’inquiétude. Le ciel se couvre et c’est dans une ambiance étrange que nous parcourons l’ancienne Cité interdite au bord de la rivière des Parfums, silencieuse, quasi déserte, mordorée dans ses tons fanés témoins d’une splendeur impériale qui perdura jusqu’en 1945. Des heures à s’en imprégner, à oublier le temps avant d’essayer de le prendre de vitesse pour échapper à la tempête. On écourte le séjour et l’on prend le train de nuit pour Hanoï puisque l’avion semble plus que compromis. Quinze heures

Hué 47


BEYROUTH AU-DELÀ DES CLICHÉS Texte et photos CHARLES NOUAR

Le vieux port de Byblos. Plus qu’un simple drapeau, le Cèdre, symbole d’une société multiconfessionnelle, 32 qui se refuse à plier devant l’adversité.


« Beyrouth ?». Devant une table d’un café de Roissy CDG, une femme s’étonne de notre destination, ambiance « WTF, mais quelle idée d’aller là-bas ?! ». L’idée ? Le besoin de recoller, sans doute à une histoire familiale sur fond de Croix rouge internationale et d’avant-guerre. L’envie de voir ce que, plusieurs décennies après, la « Suisse de l’Orient » était devenue sans passer par la case JT. Sur place, juste sur place, au contact de ceux qui vivent et font vivre Beyrouth. Le temps d’un séjour – trop court, toujours trop court – qui en appellera sans doute de nouveaux malgré les incertitudes des lendemains politiques. Mais beau, touchant, émouvant, percutant, étourdissant. A l’image de ces gens rencontrés tout au long de cette première prise de contact. Des gens qui ne représentent qu’eux-mêmes – principalement issus de la « classe moyenne + » chrétienne et pas l’ensemble des Beyrouthins. Parce qu’il serait trop facile et malhonnête de généraliser leur regard à l’ensemble de la population. Avec cette crainte, aussi, de tomber dans les clichés tant redoutés par certains Libanais qui, forcément, qu’ils vivent ou non en permanence à Beyrouth, en sauront toujours plus que nous sur la réalité quotidienne de leur ville, de leur pays. Tout cela mis bout à bout donne donc un certain regard sur la ville. Subjectif par essence mais qui traduit tous ces moments vécus, entre Hamra et Gemmayzé, Downtown et Furn el Chebak, jusqu’à Jounieh ou Jbeil, l’ancienne Byblos. Le temps de quelques jours, de quelques heures dans une cité millénaire dont, en y réfléchissant bien, la devise pourrait à peu de choses près être calquée sur celle imaginée par quelques graphistes stanbouliotes à propos de leur propre ville : « They call it chaos, we call it home ».

me confiera quelques heures plus tard Joe Arida, un jeune artiste libanais exposé à Minus1, une galerie créée début décembre à Gemmayzé par Nisrine Faddoul et Fady Mansour. Deux jeunes trentenaires (ou presque), qui cherchent à promouvoir de jeunes artistes en devenir au cœur de l’un des quartiers branchés du moment.

Nisrine Faddoul et Fady Mansour

« AUJOURD’HUI, NOUS N’AVONS PLUS DE LARMES » Décrire Beyrouth ? Difficile, tant les adjectifs, les qualificatifs pourraient se succéder dans une valse à mille temps, pleine de pas et de vents contraires. Un peu comme ce jour de second attentat devant ce QG de l’un des fiefs du Hezbollah, lorsqu’en regardant depuis la terrasse du Café Paul les premières images sur le mobile d’Elie, je me suis moimême surpris à un étonnant détachement. La bombe avait explosé à moins de 3km, à moins de trois petits milliers de mètres de là - autant dire rien - et pourtant, c’était comme si l’événement s’était produit dans un autre pays. Ici, sur la terrasse de Paul, la vie continuait à battre sans discontinuer. Comme si le départ de l’Egyptien Amro Adib de la table voisine, le Jay Leno du Proche-Orient, avait presque plus d’importance que la vie de dizaine de gens. « Si loin, si proche », titrait Wim Wenders dans l’un de ses films. « Si proche, si loin » pourrait être celui d’une version Beyrouthine d’ « In weiter Ferne, so nah! ». « Ce n’est pas que ça ne nous touche pas, mais nous avons déjà trop pleuré. Aujourd’hui, nous n’avons plus de larmes », Joe Arida

Alors que les images de l’attentat défilent sur MTV, seul un appel téléphonique de sa sœur semble rappeler Elie à la réalité. « Rentre à la maison, ce n’est pas le moment de rester dehors ! Bouge pas de là, je passe te chercher ». Le lendemain, tous deux devaient partir à Tripoli, pour des raisons familiales. Dans la foulée de l’onde de choc, la virée est annulée. « S’il y a une riposte, elle aura sans doute lieu là-bas, m’explique Elie. C’est là que les communautés sont les plus proches les unes des autres et la situation y est déjà tendue ».

« FONT CHIER ! QUITTE À POSER UNE BOMBE, ILS POURRAIENT VISER LA CIBLE ! » Sur les hauteurs de Jbeil, à une trentaine de kilomètres de Beyrouth, Léon et Claire Brunet racontent leur histoire libanaise à deux pas du vieux port de Byblos. Lui, enseignant né à Marckolsheim, qui rencontre Claire lors d’une vacation à Beyrouth, dans les années 1970, après avoir vécu l’exode de la Seconde guerre mondiale entre celle qui redevenait provisoirement Allemagne et la Dordogne restée française. La guerre, Léon la connaît dans les moindres détails mais peine à s’acclimater à l’incertitude terroriste. « Pendant la guerre du Liban, on savait que les bombes allaient invariablement tomber entre 9h et 14h. Chaque jour,

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« BEYROUTH 1991 » : LA MÉMOIRE EFFACÉE

Claire et Léon Brunet

sans discontinuer. Ça nous donnait un repère. Pendant ce créneau horaire, vous restiez chez vous. Avant ou après, la vie reprenait son court. La différence, aujourd’hui, est qu’on ne sait ni quand ni où cela va se produire ». Alors oui, comme Joe, Elie, qui vécut une grande partie de sa vie à Strasbourg et qui partage désormais son temps entre Koweit et Beyrouth, il y a une forme de détachement dans l’appréhension des choses, mais qui n’enlève rien à l’inquiétude. Gregory, ingénieur originaire de Jounieh, ville de banlieue proche de la capitale, et expatrié à Memphis avec sa famille, tient à peu de choses près le même discours. « Revenir à Beyrouth ? Bien sûr. Notre idée était de lancer notre carrière à l’étranger puis de revenir. Mais on hésite aujourd’hui. Pas tant pour nous mais pour les enfants. Ma femme a connu la guerre et ne veut pas prendre le risque qu’eux-mêmes la vivent ». Trop de blessures, trop de peines, trop d’incertitudes, qui freinent mais poussent aussi à vivre – ce fameux cliché beyrouthin -, comme si aujourd’hui était le dernier jour. Les bars de Beyrouth en sont sans doute la plus belle illustration. Deux heures à peine après la bombe, tous sont pleins à craquer. Comme si rien, jamais, ne s’était produit. L’humour aussi est de mise. Peut-être sous forme de carapace caustique mais bien réel comme ce tweet d’une professeur de collège, lors du premier attentat en plein centre ville qui coûta cette fois la vie à l’ancien ministre des Finances Mohammad Chatah, un modéré proche de Saad Hariri, et à quelques autres qui n’avaient pour seul tort que d’être présents sur les lieux à ce moment : « Font chier ! Quitte à poser une bombe, ils pourraient au moins se contenter de viser la cible ! ». Ou Hadi, jeune producteur dans le milieu théâtral et touche-à-tout culturel qui, observant les dégâts du premier attentat depuis la fenêtre de son 4x4, ironise : « Mince ! Je ne peux pas vous montrer de cratère, cette fois la bombe n’en a pas fait ». Et de gueuler ensuite, à chaque intersection bloquée par l’armée, à coup de « fine » et de « fuck » contre les dommages collatéraux de la bêtise humaine : les embouteillages, pour cause de quartier bouclé un dimanche de funérailles... 50

« WTF », oui, sous-entendait la femme de Roissy. C’est vrai, il faut l’avouer, la destination n’est pas forcément banale. Mais putain, qu’elle est belle cette ville ! Peut-être pas architecturalement, car mille fois détruite par la guerre, bien sûr, et sans doute bien plus encore par l’avidité financière et immobilière des politiques, famille Hariri en tête, dénoncent plusieurs vieux Beyrouthins rencontrés ici ou là, au détour d’un café ou d’une rue. Comme ce type qui m’apostropha au coin de la place des Martyrs, cherchant à m’expliquer, pour une raison que je n’avais alors pas encore perçu, qu’avant il y avait un véritable quartier ici. Et non pas simplement quelques immeubles ou un pseudo carré urbanistique de créateurs, que l’on croirait, tout comme dans le Sarajevo « restauré », tout droit sorti d’un décor en carton pâte. Non, disait-il, avant « il y avait des gens, des commerces, des cafés, une vie culturelle, ici ! ». Un autre temps, que d’aucuns reprochent au « clan » Hariri d’avoir effacé, à l’image de ce fameux livre, qu’il avait pourtant financé, « Beyrouth 1991 », et dont seules 300 copies restent presque religieusement conservées par leurs détenteurs à travers le monde. Dont une, sous nous yeux, que nous ouvre avec un soin tout particulier un petit libraire sur le coin d’une vieille table de sa maison. « Beyrouth 1991 », un livre témoignage de ce qu’était la mémoire architecturale du Beyrouth d’après-guerre, photographié par d’illustres artistes, dont Raymond Depardon. Un livre, s’agace le libraire, sans doute écarté pour la simple raison qu’il aurait pu permettre au gens de voir qu’il était possible de réhabiliter le vieux Beyrouth et de ne pas le sacrifier uniquement sur l’autel de quelques intérêts plus... personnels. Une perspective aujourd’hui vaine, l’ensemble des droits d’auteur ayant été rachetés à l’exception de ceux du photographe américain Robert Frank qui parvint à les conserver et à rééditer sa partie dans l’ouvrage « Come Again »... Robert Frank - Come again

GEMMAYZÉ ET MAR MIKHAËL PLUTÔT QUE DOWNTOWN Reste que si Beyrouth n’est peut-être plus la perle architecturale qu’elle était, sa beauté subsiste. Au travers du regard, parfois nostalgique, que nombreux portent encore sur elle. Dans les échoppes pour touristes ou dans quelques galeries d’art qui n’ont rien à envier au « Berlin Style », ce ne sont d’ailleurs pas des photos du Beyrouth d’aujourd’hui que l’on trouve. Jusqu’aux cartes postales, c’est l’avant qui est mis en images. En vitrine, presque, telle une volonté de ne jamais oublier ce que fut la ville avant d’être dépréciée sous le joug des mortiers ou des pelleteuses. Ou même pendant, alors que le sang et les larmes recouvraient heure après heure, jour après jour jour, les murs de la ville. Comme pour ne jamais oublier et garder la mémoire d’un passé étrangement magnifié sous l’objectif de quelques photographes militants comme Cherine Yazbeck, auteur de « Beyrouth Destroy » et qui, malgré l’édition limitée de ses clichés, commencerait presque à faire contrepoids à la volonté de certains d’effacer « Beyrouth 1991 » au profit de nouveaux quartiers, Downtown en tête. Un quartier factice, taillé sur mesure pour satisfaire une clientèle principalement issue des pays du Golfe, dénoncent les Beyrouthins. Des boutiques haut de gamme, des ruelles joliment


pavées, des bars aux loyers déjantés, pour une ambiance de Mickey, presque fantôme, qu’année après année nul ne semble parvenir ni même vouloir s’approprier, préférant le joli délabrement de Gemmayzé ou de Mar Mikhaël, l’autre quartier relais des bars branchés où siège Radio Beyrouth, la petite Nova locale, située à deux pas de ces escaliers hauts en couleurs, où sont régulièrement organisées des manifestations culturelles particulièrement chères aux habitants. De ceux qui refusent l’amnésie architecturale et qui se sont mobilisés encore mi-novembre dernier, aux côtés de militants écolos et d’activistes pour la protection du patrimoine libanais. Tous « rassemblés sur les marches de l’ancien cinéma Vendôme après avoir eu écho d’une décision municipale prévoyant de le démolir », relatait alors Rania Massoud, journaliste à l’Orient le Jour.

« ICI ON DÉPENSE L’ARGENT QU’ON N’A PAS POUR IMPRESSIONNER LES GENS QU’ON N’AIME PAS » Là où Dubaï, Doha, Abu Dhabi séduisent par leur délirium architectural, c’est cette volonté de préserver la mémoire qui frappe et attache ici. Une mémoire fragile mais de plus en plus consciente, presque à l’inverse de cette tendance libanaise à ne s’attacher parfois qu’au neuf, qu’à la mode du moment, qu’aux derniers gadgets made in US, dans une course effrénée à la (sur)consommation, même si cela nécessite de s’endetter jusqu’à l’irraisonnable. Une réalité sans doute due au fait « qu’ici le succès se compte en argent, analyse Steven, fils d’un ancien ministre francophile, aujourd’hui à la tête d’une boutique de t-shirts graphiques dénichés à travers le monde, avant de souligner avec un sourire dont on ne sait trop s’il est amusé ou dépité qu’« il y a ici une expression qui dit qu’’on dépense l’argent qu’on n’a pas pour impressionner les gens qu’on n’aime pas’ »... Et le jeune homme d’ajouter : « Ici l’on préfère s’acheter une belle bague plutôt que de remplacer le frigo », comme si tout ou presque tenait aux apparences, à l’instar de cette chirurgie esthétique, banalisée, vers laquelle on se rue dès le plus jeune âge. « En fait, nous vivons encore sur le principe de bourgeoisie au Liban. Sur celui de “bonne famille”, des “bonnes fréquentations” », sur celui, presque, d’un miroir aux alouettes, un peu à l’image de cet après-guerre où l’on « avait envie de moderniser le pays et de montrer qu’on n’est pas dans le désert alors que nous n’avons même pas le désert... ».

« LE PROBLÈME, C’EST LA RELIGION, LA POLITIQUE. CA, C’EST ZÉRO ! » Mémoire versus modernité. Douceur de vivre versus tensions politiques. Sagesse versus excès. Mémoire transversale et communautaire aussi. Car même si rares sont les Chrétiens dont les familles acceptent les mariages mixtes de peur de diluer leur identité progressivement reléguée au rang de minorité, ou plus simplement d’aller dans les quartiers Sud, ou même à l’ouest de la ville – au-delà de cette frontière ethnique invisible - comme à Hamra - cet ancien petit bout de France qui, comme à Tanger avec la librairie des Colonnes, rappelle avec celle « Antoine », que rien ne s’efface jamais véritablement – nombreux sont encore ceux qui pensent comme Claire Brunet qu’à bien y réfléchir « entre les gens, musulmans ou chrétiens, il n’y a pas de problème ». « Le problème, c’est la religion, la politique. Ca, c’est zéro ! ». « Le problème, renchérit Léon, c’est quand on mélange les deux ». Les meilleures amies de Claire, originaire de Saïda, sont musulmanes, d’ailleurs. Aucune tension, mais des changement qui sont apparus au milieu des années 1990. « À cette époque, ici comme ailleurs dans le monde, témoigne Claire, les femmes ont commencé à se voiler, sans vraiment comprendre d’où cela était parti ». Une « mode », résume t-elle. Du moins au Liban. Un effet d’époque, « car tout ici a tendance à être remplacé ». 35


Place des Martyrs

« CLAIRE, JE N’EN PEUX PLUS. CE N’EST PLUS POSSIBLE DE VIVRE DANS CE PAYS ». « Aux premières burqas ont d’ailleurs progressivement fait place d’autres voiles, plus féminins déjà, venus d’Arabie Saoudite. Pas le voile plat des débuts, mais un voile redressé sur la tête, plus coloré, plus stylé. Mais il est vrai aussi que, dans certains endroits, le port du voile est pernicieux. Je me souviens ainsi d’une amie qui, lorsqu’elle a commencé à porter le voile, m’a expliqué que c’était son fils qui le lui avait demandé, au retour de l’école. Parce que, disait-il, cela relevait d’une certaine correction. Alors, il a demandé à sa mère, et celle-ci s’est mise à le porter ». Pourtant, là encore, les règles varient. Pas d’embrigadement particulier. Quelque chose tout en contraste, à l’image du pays. Un peu à l’exemple de cette femme musulmane qui inscrit sans difficulté émotionnelle son enfant dans l’école laïque à tendance catholique où Claire travaille. « Une femme musulmane mais également représentante du Hezbollah dans la région de Byblos », relate t-elle. Pragmatisme, ouverture, normalité, là encore la chose est difficile à dire, si ce n’est qu’on est loin de la représentation que l’on se fait de France de ce Hezbollah uniquement perçu comme « terroriste » et « fanatique ». « Ce que je crois, en fait, c’est que le vrai problème, ce sont les armes. C’est le fait que le Hezbollah en possède. Sinon, rien ne les différencierait des autres libanais musulmans », reprend Claire. Les bombes, elles ne sont que le résultat des oppositions entre clans politiques et de la circulation des armes dans le pays ». Rien à voir avec le « petit peuple » qui ne fait que payer le prix de ces luttes qu’ils ne comprennent plus. Car si les Libanais continuent à vivre avec un rare détachement affiché, entre deux explosions, l’inquiétude est de plus

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en plus palpable chez eux, revient Claire, marquée, après avoir pris l’appel téléphonique d’une amie. Une femme, une mère, qui après quelques instants de communication s’effondrait en larmes à l’autre bout du fil, repensant à la dernière explosion : « Claire, je n’en peux plus, se déchirait-elle. Ce n’est plus possible de vivre dans ce pays ».

« MALGRÉ TOUT CE QUI SE PASSE, ICI IL Y A TOUJOURS QUELQU’UN POUR PRENDRE SOIN DE VOUS » Léon, pourtant, qui écoute le récit, n’hésite pas une seconde quand je lui demande : face à la multiplication des actes terroristes, face à l’incertitude des lendemains politiques, Claire et vous pourriez-vous envisager de partir et de revenir un jour en France ? La réponse est implacable : « Non. Ici, c’est chez nous. Vous n’imaginez pas comment sont les gens. Malgré tout ce qui se passe, ici vous n’êtes jamais seul. Que vous soyez chrétien, musulman, juif, il y a toujours quelqu’un pour vous aider, pour prendre soin de vous ». Un discours également repris par Joe Arida qui, lors d’un récent accident de voiture s’est vu secourir par d’autres automobilistes ; l’un d’entre-eux, sans même le connaître, allant même jusqu’à lui


donner de l’argent pour qu’il puisse rentrer chez lui, raconte-il avec un regard presque tendre qui en ferait oublier tant de larmes qu’il a déjà versées. Un même discours repris, entendu, tel un hymne mélodique, dans une multitude d’endroits. A une terrasse de café, dans un bar, au coin d’une rue, partout ou presque et qui – méthode Coué ou non – rappelle qu’ici, si le fossé entre riches et pauvres est une réalité, l’entraide – quelque soit son niveau – est aussi bien réelle. « Que si quelqu’un t’agresse, aussi, toute le monde viendra à ton secours. Pas comme en France où la plupart des gens baissent la tête en pareilles circonstances ».

LA RELATION AVEC LA FRANCE ? UN « AMOUR CHIENNE » La France... Un « dossier », presque, à elle seule. Un autre patrimoine quasi architectural parce que quasi délaissé malgré un attachement que l’on devine encore réel chez nombre de personnes rencontrées. Un « amour chienne », aurait-on envie d’écrire. Empreinte de mille désillusions. Comme quand Paris, un temps, lâcha les Chrétiens libanais, qui n’ont pas oublié l’épisode et peinent à refaire confiance. Comme cet ambassadeur envoyé par Paris, certes apprécié des notables de la ville mais que l’on dit placer par dépit dans la case « politique » à défaut de pouvoir le mettre au cœur des échanges économiques. La faute aux élites françaises, à ce qu’on nous en dit, dont l’ambassadeur lui-même, de comprendre que le networking économique est aujourd’hui la clé des relations géopolitiques et des influences régionales. Une France qui, même si les Libanais l’aiment peut-être comme nul autre pays, s’efface tristement d’elle-même au profit, ici comme ailleurs, de ses homologues anglosaxons, États-Unis en tête. Foutue France dont les plus hauts représentants ne semblent toujours pas avoir compris que le monde avait changé. Que la diplomatie ne se limitait plus à la géopolitique mais s’était muée en géo-économie, en géo-numérique. Faire du business avec la France, alors ? « A quoi bon... », déplore un ancien haut fonctionnaire franco-libanais qui malgré son attachement viscéral au pays des Lumières n’a pas dans le sang la culture de la perte de temps... Un peu comme Steven qui, avant d’ouvrir sa boutique de t-shirt graphiques, essaya un temps de se construire une formation à l’ombre de l’Université française de Beyrouth. Un temps, car rapidement parti pour son homologue américaine, moins théorique et bien plus ancrée dans les réalités pratiques du moment. Tout à l’image de ce décalage entre Paris et Washington où, lorsque dans la première l’on vante encore les mérites du latin ou du grec, dans la seconde Obama cherche à généraliser l’apprentissage du codage informatique dès le collège... Pas étonnant, donc, à bien y regarder, que mêmes les Burgers envahissent les rues beyrouthines... Perte d’influence française malgré un attachement à son héritage culturel, montée en puissance déjà entamée du monde anglo-saxon

et du tout consommation mais aussi recomposition progressive de la société libanaise avec une communauté chrétienne qui ne représente plus que 30% de la population contre 70% avant la guerre, et qui a vu la bourgeoise musulmane des quartiers sud progressivement prendre le contrôle de l’actionnariat de ses banques – autrefois détenu à 100% -, volonté parfois clichée de vivre et de toujours sourire, Beyrouth est à elle seule une ébullition, une sorte de magma en fusion dont on ne sait jamais ce qu’il va donner. Une ville un peu perdue dans ses extrêmes et ses contradictions, dans ses forces et ses faiblesses, usée, aussi, par la lassitude de toujours (re)panser les mêmes plaies et sa volonté friable mais profondément enracinée de ne jamais rien lâcher, entre amour et désamour de ce qui fait sa réalité. Une ville qui là où d’autres auraient depuis longtemps abdiqué, s’est toujours refusée à renoncer. Un peu à l’image de ces jeunes entrepreneurs comme cet autre Joe – Mourani -, propriétaire du Stereo Kitchen, nouveau restaurant tendance implanté dans la tour Audi de Gemmayze.

Hamra

UNE INCROYABLE FOURMILIÈRE DE « WORKS IN PROGRESS » Joe, un trentenaire, ingénieur de formation, qui a décidé de tout lâcher pour partir sur les bancs français de l’école Paul Bocuse pour ouvrir son propre établissement. Non pas dans l’hexagone mais ici, à Beyrouth – sa ville - ou sur le sol californien pour, peut-être – tel un non dit -, se préserver une porte de sortie. Comme ces deux libanaises, aussi, passées par Londres et New York, propriétaires du Kitsch, petit restaurant magique, fruit d’un subtil mélange entre coffee shop tendance world food saupoudrée d’épices et show room glam hippy chic. Deux exemples déclinables à l’envi qui ne renvoient qu’une image bien réduite de cette incroyable fourmilière de « works in progress » qui émaillent les rues de la ville. Comme si, au milieu de tant de contrastes, Beyrouth tirait 53


sa richesse de tous « ses » paradoxes, au travers d’une identité malmenée, parfois cloisonnée, mais jamais totalement verrouillée, à l’exception de la scène politique où d’aucuns se désespèrent d’une impossibilité de la voir se régénérer. Non pas faute d’envie d’une jeunesse libanaise avide de changement mais en raison, une fois encore, du poids de la religion et de ses déclinaisons institutionnelles, des ces luttes de clans qui en découlent et qui freinent, empêchent toute possibilité de se mettre d’accord à cet étage sociétal. Au point de laisser penser à Joe Arida que « rien ne changera jamais tant cette situation bénéficie à trop de gens » ou de capitales dont Tel Aviv, Washington, Riad, Damas ou Téhéran, dont Beyrouth semble si souvent être l’otage, le pion sur l’échiquier des relations interrégionales. Une « prise d’otage » qui laisse craindre le pire pour l’avenir, à commencer, à force de voir les clans s’entre-déchirer, par la partition même du Liban. Une partition que redoute Rabih El Chaer, ancien pensionnaire de l’ENA à Strasbourg, ex conseiller politique de Ziad Baroud au ministère libanais de l’Intérieur et des municipalités et aujourd’hui conseiller du ministre koweitien de l’Information, du Sport et de la Jeunesse. Lui, le franco-libanais élu Personnalité d’Avenir par le Quai d’Orsay, craint désormais une perte d’unité au Liban, tout comme, sans forcément avec la même violence, en Syrie, en Irak, en Libye ou au Yemen. Autant d’États déjà morcelés dans les faits en plusieurs entités rivales et qui devraient finir de redessiner la carte régionale d’ici une vingtaine d’année. « Oui, le risque est réel, dit-il, surtout si le Liban ne se réforme pas sur le plan institutionnel, ne sort pas de ses blocages politiques où seules deux institutions sont encore perçues comme valables par la population : la Banque centrale, qui détient la monnaie, et l’armée, encore reconnue par presque tout le monde ». Loin des petits arrangements dévastateurs entre amis « politiques » qui, à seul titre d’exemple, ont permis au Hezbollah de mettre la main sur les douanes portuaires avec, en retour, de lourdes pertes fiscales occasionnées à l’État... Le prix, diront peut-être les plus cyniques, d’une paix fragile et qui pourrait expliquer, tout comme l’institutionnalisation progressive de ce parti, une riposte modérée sinon quasi inexistante du Hezbollah face aux attaques terroristes dont il fait l’objet. Au moins pour l’heure, jusqu’aux élections de mai...

« ICI, IL Y A TOUJOURS DES GENS QUI CROIENT AU MESSAGE DE PAIX MULTICONFESSIONNEL » En attendant, reste ces gens, ces visages rencontrés au détour de quelques hasards. Le temps d’un verre, d’une visite de galerie, d’un pique nique nocturne sur la plage, d’une partie de « Kings of Tokyo », d’une virée improbable en voiture à proximité d’un camp de réfugiés dont Zac Allaf, aka Assasi Nun Fus, rappeur syrien débarqué d’Alep pour une audition pour Arabs Got Talent, et depuis « stucked in Lebanon » de par la guerre dans son pays, dénonce allègrement les conditions de vie, comme nombre de choses qu’il ne s’explique pas ici, telles l’absence de véritable leader ou le peu d’attachement des Beyrouthins à la langue arabe. Mais qui, entre deux jobs de serveur, essaie malgré tout de se refaire une vie ici, à tout le moins transitoire, en portant, depuis Beyrouth, un regard croisé entre la Syrie et le Liban, avec Menace, 54

un rappeur originaire de Saïda. Ou au travers d’un Bent el Shalabya de l’icône Fairuz, remixé, revisité en version hip hop. « Un style musical, reconnait-il, qui, en dépit des griefs qu’il peut opposer au Liban, lui est malgré tout bien plus simple de défendre ici qu’à Alep où les gens, dit-il, « are racists to rap music ». Parce qu’ici, peut-être plus Zac Allaf qu’ailleurs dans cette partie du globe, concluerait Rabih El Chaer, « il y a toujours des gens qui croient à l’avenir du Liban, à son message de paix multiconfessionnel, à cette vision d’un pays qui garde ses valeurs orientales tout en défendant l’idée d’un Etat démocratique et défenseur des droits de l’homme ».

BEYROUTH PRATIQUE ET ... OR NORME MURIEL ROZELIER Une Vie de Pintade à Beyrouth Éd. Le Livre de Poche Portraits piquants des Libanaises.

FAUT-IL VRAIMENT ALLER À BEYROUTH ?

Oui, mille fois oui ! Cette ville est pleine de surprises et de rencontres assez extraordinaires. Quant aux Libanais, difficile de trouver plus accueillant.

OUI MAIS L’AIR DE RIEN, J’AI UN PEU LA TROUILLE ? Un autre paradoxe beyrouthin. Malgré

les événements, Beyrouth reste bien plus sûre que de nombreuses villes aux États-Unis où l’on se pose même pas la question avant d’y poser ses valises. Seul bémol: attendre peut-être les élections du mois de mai, histoire de voir comment la situation évolue d’ici là. Pour le reste, demander sur place aux Beyrouthins, se fier à leurs conseils et, d’expérience, éviter autant que possible les quartiers Sud.


COMMENT SE DÉPLACER ? Première règle, ne pas confondre « Service » et « Taxi ». Le premier s’arrête en fonction des pouces levés et de la place restant dans la voiture. Le second est exclusif. La différence de prix s’en ressent, le taxi étant bien plus cher que le premier. Autre possibilité, surtout lorsque l’on sort de Beyrouth en direction de Byblos, par exemple, le bus ou minibus. Le mode de déplacement motorisé le moins cher, à attraper au coin d’un rond point ou sur l’autoroute. Les arrêts étant mal signalés, se renseigner auprès des Beyrouthins.

PUIS-JE PAYER EN EUROS ? Oubliez l’Euro, il ne vous servira à rien, à l’exception peut-être du Duty Free de l’aéroport. Ici, tout se paie en dollars US – la monnaie d’usage – généralement préférée à la Livre libanaise. Pour le change, plusieurs agences spécialisées existent en ville. Dollars et Livres sont également retirables dans les DAB, partout en ville.

QUEL EST LE COÛT DE CONNEXION TÉLÉPHONIQUE ? Chers, très chers au Liban. Pour appeler à l’étranger, préférer les connexions wifi disponibles dans de nombreux cafés. A défaut, pour les accrocs à la 3 ou 4G, le retour en France risque d’être financièrement douloureux...

OÙ MANGER ?

Pepe Byblos Fishing Club Ι Sur le vieux port de Byblos. Face à la mer, la possibilité de manger des poissons tout juste sortis des filets et où il est possible de réserver une jolie chambre d’hôte et de se faire réveiller au son des oiseaux. Pépé, un lieu référence pour les Beyrouthin, lui à qui l’on doit de mythiques nuits libanaises et qui a vu passer chez lui les plus grands de ce monde. Stereo Kitchen Ι Pasteur Street, Modern Building - 11th floor, Saifi. En contrebas de Gemmayzé, non loin de la place des Martyrs, dans la tour Audi. Un lieu à la cuisine raffinée qui mélange avec subtilité cuisine française, japonaise et libanaise. Des cocktails de très haute tenu aussi, dans une ambiance lounge susceptible de se transformer en ambiance pré-boîte chic et glam dans un cadre plongeant à 360° sur la ville. Réservation (bien à l’avance) conseillée. Le Kitsch Ι Toujours à Gemmayzé, on aime son côté hippy chic, en bistrot raffiné de quartier, show room faisant à la place belle à de jeunes créateurs de mode et petits objets, de livres décalés pêchés entre Londres et New York. Un petit lieu paisible et teinté d’une belle personnalité que l’on ne saurait que vous conseiller.

QUE RAPPORTER DE BEYROUTH ? Du thym ! L’idée peut paraître surprenante mais le leur est incomparable et mis à toutes les sauces. Le problème est qu’on en devient très vite accroc au point d’essayer – déjà – de s’en faire envoyer quelques semaines après le retour en France. Des pâtisseries, aussi, que l’on pourra prendre chez le pâtissier de l’aéroport, connu dans tout le Liban pour la qualité de ses produits.

Poster de Barrack Rima Ι Plan Bey

OÙ TROUVER LIVRES, OBJETS DESIGN, TRAVAUX D’ARTISTES ?

Galerie Minus One Ι A l’entrée de Gemmayzé, en haut la rue du Liban. Un lieu étonnant cherchant à rendre l’art accessible à tous et qui fédère également de nombreuses rencontres culturelles transversales entre artistes, associations, ONG. Plan Bey Ι Sur Armenia Street (Mar Mickaël) un autre lieu incroyable où l’on peut notamment trouver des photos d’artistes beyrouthins qui cherchent à conserver la mémoire de la ville et des années de guerre, mais c’est aussi un lieu de vente de jeunes designers. Les férus de petits carnets graphiques ou d’affiches des 70s à la sauce libanaise y trouveront également leur bonheur. Tout comme Minus1, un lieu incontournable. Le patron du lieu propose également des chambres d’hôtes dans l’immeuble d’à côté, à l’ambiance mixée entre design suédois et ancienne demeure libanaise. Un lieu extrêmement raffiné qui dispose d’une jolie terrasse au calme et d’une cuisine commune où il est possible d’inviter des amis. Un lieu unique, à part, dont on ne se lasse pas. La Libraire Antoine, à Hamra Ι Sur Hamra Road, la rue principale du quartier, davantage pour son rappel à la France que pour un quelconque esprit cocon. Virgin Store Ι Sur Hamra Road, sous le Crown Plazza. Petit magasin mais vendeurs plutôt efficaces pour vous dénicher quelques morceaux à écouter.

OÙ PRENDRE L’AIR ?

A Byblos, sur le vieux port ou dans la vieille ville. Plusieurs plages à proximité, et de nombreux cafés en centre-ville où il est également possible de fumer le Narguilé. Sur les hauteurs de Jounieh, via le téléphérique éponyme : Des œufs qui circulent entre des immeubles, une sensation d’éblouissant vertige pour déboucher sur une petite plateforme avant, en quelques marches supplémentaires, d’atteindre Notre Dame du Liban. Une vue panoramique exceptionnelle, sans doute la plus belle de la région, au coucher du soleil.

PETIT FÛTÉ, ROUTARD ?

« Une vie de Pintade à Beyrouth », de Muriel Rozelier (Ed. Le Livre de Poche). Ca devrait suffire. Portrait piquants des Libanaises, leurs bon plans. Drôle et bien plus utile qu’un guide touristique pour se familiariser avec la ville et trouver mille et une adresses. 55


VOUS ÊTES CHEF D’ENTREPRISE ? VOUS CHERCHEZ À RECRUTER ?

LISEZ CE QUI SUIT… Texte JEAN-LUC FOURNIER

Belle initiative que celle du Conseil général du Bas-Rhin qui entame une intensive démarche auprès des entreprises pour qu’elles recrutent des allocataires du RSA… Sous le label « Pacte de la réussite », le Conseil général du Bas-Rhin propose un bouquet de services aux entreprises qui ont besoin de recruter des secrétaires, peintres, maçons, vendeurs, employés polyvalents de restauration, aides de cuisine, plongeurs, femmes de chambre, magasiniers, aides à domicile, agents d’entretien ou de sécurité…, la liste n’est bien sûr pas exhaustive. Onze conseillers emploi sont mobilisés pour épauler les entreprises dans cette démarche. Une véritable aide au recrutement sur mesure !

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Ces conseillers sélectionnent dans leur portefeuille de candidats ceux qui correspondent aux critères de recherche et de compétences à partir de l’analyse du descriptif de poste. Le Conseil Général garantit à chaque entreprise, dès sa décision de recrutement, une aide financière à l’embauche et un accompagnement à l’emploi en tutorat. A ce jour, plus de 4 500 personnes ont trouvé un emploi grâce au Conseil Général du Bas-Rhin. Pour plus de renseignements, chaque entreprise intéressée peut s’adresser au Service Insertion et Lutte contre les Exclusions au 03 88 76 62 60 - mail : emploi@cg67.fr Si une entreprise souhaite saisir une offre immédiatement et être contactée par un conseiller emploi du Conseil Général dans un délai maximum de 48h, elle peut renseigner en ligne le formulaire adéquat. Ce lien donne accès au formulaire : www.bas-rhin.fr/nous-contacter/solidarite-et-action-sociale

DR

TOUT POUR L’EMPLOI


QUE DEVIENS-TU ? Une nouvelle rubrique dans OR NORME. Ils ont été longuement Strasbourgeois avant de céder à l’appel du large. Ils ont encore l’Alsace au cœur mais œuvrent désormais loin d’elle. Retrouvez-les chaque trimestre. Ils ont beaucoup à nous dire…

JEAN-FRANÇOIS ZURAWIK DIRECTEUR DES EVÉNEMENTS DE LA VILLE DE LYON

PREMIER DE CORDÉE Texte JEAN-LUC FOURNIER Photos MÉDIAPRESSE - DR

Il a depuis onze ans la haute main sur les (nombreux) événements générés par la seconde ville de France. Né à Mulhouse, établi à Strasbourg à son retour du service militaire, Jean-François Zurawik a longtemps été une référence en Alsace en matière d’événements. En rejoignant Lyon en 2003, cet amoureux de la montagne a voulu gravir de nouveaux sommets…

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Il a toujours le physique svelte et le visage émacié de ceux qui ne cessent de répondre à l’appel des cimes. Passionné de montagne (il ne se passe pas un mois sans qu’il ne publie des photos de ses randonnées sur sa page Facebook), Jean-François Zurawik avait sans doute les Alpes en ligne de mire quand la lecture d’une interview de Jean-François Lanneluc, directeur de la communication de Lyon (et directeur de cabinet de son maire, Gérard Collomb), l’a interpellé. Et pour cause : les deux hommes se connaissaient très bien, l’un ayant été le client de l’autre à Strasbourg, où Jean-François Lanneluc occupait le même poste auprès de Catherine Trautmann. « Dans son interview, Jean-François disait souhaiter la création d’un poste de direction des événements de la Ville » se souvient Jean-François. « Je l’ai appelé, il m’a encouragé à postuler, c’est tout simple… Et j’ai été retenu. Je me rappelle encore de ma rencontre avec Gérard Collomb. A la fin de notre entretien, il m’a simplement dit : Bon, vous serez là quand ? J’ai très vite pris ma décision. A l’aube de la cinquantaine, je me sentais un peu à l’étroit à Strasbourg après 25 ans d’organisation d’événements et ce, même si ma société fonctionnait bien. Je l’ai laissée à mes collaborateurs. Je sentais bien que j’avais besoin de répondre à un nouveau défi, surtout ici où il y avait tant à faire. »

L’EMBLÉMATIQUE FÊTE DES LUMIÈRES Peu à peu, Jean-François Zurawik a pris ses marques dans une ville qui cultivait encore un zeste de sa discrétion légendaire du siècle dernier. Mais, très vite, le succès a enthousiasmé tout le monde entre Saône et Rhône. A Lyon, on sait se fédérer et on a sans doute compris, avant bien d’autres, que la synergie autour de la ville-capitale est un bon investissement. On retrouve quasiment côte à côte en permanence la Ville elle-même, mais aussi le Grand Lyon qui vient d’accéder au statut de métropole (à l’instar de Strasbourg) et surtout OnlyLyon, un label qui fédère des centaines d’entreprises autour d’une cause commune : la notoriété de la capitale de Rhône-Alpes. Tout ce petit monde fonctionne main dans la main, une merveille de coopération objective. « Aujourd’hui, nous sommes douze permanents pour gérer les événements de la ville. A mon arrivée, il y en avait moitié moins » confie Jean-François Zurawik. « Il faut dire que la Fête des Lumières est devenu un vrai marqueur international pour la ville. Lors de la dernière édition (voir pages suivantes -ndlr), nous avons reçu des délégations du monde entier : Singapour, les Emirats, la Chine, Valladolid, Leipzig, Birmingham et j’en passe. On leur vend notre savoir-faire, je passe beaucoup de temps à l’étranger pour ces échanges et les contrats de mécénat. Mais je ne suis pas seulement le coordinateur général de cet événement, j’en gère énormément d’autres aussi en matière d’animation culturelle ou sportive et je suis en première ligne sur les grands projets. Et 98% de ces événements sont totalement gratuits pour la population… »

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LE PREMIER VRP DE LYON : SON MAIRE… Pour qui a connu Lyon dans les années 80-90, la belle endormie s’est bel et bien réveillée. Et les événements qu’elle génère en sont la meilleure démonstration. A l’évocation de sa collaboration avec Gérard Collomb (qui postulera dans quelques jours pour son troisième mandat consécutif –ndlr), Jean-François Zurawik, sans flagornerie aucune, laisse percer une pointe d’admiration : « Ce maire est un développeur et un bâtisseur. Je n’ai jamais vu une telle boule d’énergie. C’est un vrai patron qui s’implique à fond pour sa ville. Très souvent en déplacement, il vend littéralement Lyon partout où il est reçu. Il parle mieux de ses projets urbains que beaucoup d’architectes. C’est une vraie locomotive, tout le monde économique est derrière lui. Gérard Collomb est un travailleur acharné et il peut être d’une redoutable exigence. C’est un impatient ! Au bout de dix ans, une relation de confiance s’est établie entre nous et elle facilite beaucoup de choses. En décembre dernier, lors de la dernière édition de la Fête des Lumière, nous avons investi le nouveau tunnel sous la CroixRousse (voir pages suivantes –ndlr) mais un mois auparavant, nous étions encore dans une situation très compliquée. Tout s’est débloqué grâce à lui. Encore une fois, j’ai beaucoup appris… » Toujours aussi zen, le plus Alsacien des Lyonnais confie que « donner du bonheur à des millions de gens n’a pas de prix. La renommée, l’égo, on s’en débarrasse vite quand on est responsable d’autant d’événements. Je prends mon pied, littéralement même si ce boulot est d’une exigence folle. Travailler avec les politiques peut sans doute être quelquefois compliqué mais ici, la transparence est de mise et les différents interlocuteurs travaillent en prise directe, ce qui facilite bien les choses. Je suis souvent à Strasbourg. J’y ai déjà expliqué à quatre reprises ce qui fait l’efficacité du modèle lyonnais. Tant que Strasbourg ne parviendra pas à fédérer tout le monde autour d’un projet, ce sera difficile. Mais Strasbourg et l’Alsace ont de belles cartes à jouer. Je reste très attaché à ma région natale et à ses belles valeurs. Mais Lyon est une vraie ville de commerçants et d’entrepreneurs. Auraije la possibilité de poursuivre ce travail exigeant pendant quelques années ou, au contraire, vaisje relever un dernier challenge professionnel ? Je ne sais pas… »

DANIEL KNIPPER LA LUMIÈRE SURTOUT LA LUMIÈRE

Daniel Knipper avait travaillé avec Jean-François Zurawik sur l’éclairage estival de la cathédrale de Strasbourg et « Les Nuits de Strass ». C’est donc tout naturellement qu’en 2005, celui-ci lui a demandé de collaborer à la « Fête des Lumières » lyonnaise. Depuis, il en est un des habitués. Sa patte à lui, c’est la lumière dans tous états mais rien que la lumière. « Je fais un peu figure de dinosaure avec mes projecteurs des années 1970-80, confie-t-il, ma dernière réalisation a d’ailleurs été baptisée « Vintage » dans le programme. » Point de mapping vidéo donc, pour l’édition 2013, mais des sources réparties en fonction de angles, des possibilités, des teintes afin de renouveler le regard et l’ouvrir à 360 ° sur la Place Saint-Jean. « Les images racontent une histoire dit-il, mais de mon point de vue elles font d’une façade un écran, le travail en lumières seules révèlent le bâtiment dans toute sa richesse. » Pour Daniel Knipper, participer à la « Fête des Lumières » est « un grand privilège, un grand bonheur, une grande chance ». « J’ai dit oui à Jean-François Zurawik tout de suite », se souvient-il. A Strasbourg, le défi est autre. « Tout se concentre sur la cathédrale et sur la presqu’île Malraux. » Il attend l’appel à projets 2014 pour se lancer dans une nouvelle proposition lyonnaise tout en travaillant déjà à celle qu’il présentera pour les illuminations de la cathédrale de Strasbourg l’été prochain. Avec 2015, année du Millénaire, déjà en tête. VÉRONIQUE LEBLANC

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QUEL ÉVÉNEMENT ! Invités par Jean-François Zurawik à suivre de près l’organisation de la dernière édition de la Fête des Lumières début décembre dernier, nos photos témoignent à elles seules de l’ampleur de l’événement. Derrière ces quatre jours où trois millions de personnes convergent vers Lyon pour en prendre plein les yeux, il y a une organisation au millimètre qui ne laisse rien au hasard. Tout reste parfaitement fluide aux abords des presque 80 spectacles de rues qui parsèment l’hyper-centre lyonnais. Les flux de visiteurs sont canalisés efficacement pour l’accès et la sortie des zones concernées. Les transports en commun sont de la fête aussi : ils sont entièrement gratuits lors du week-end de l’événement. Partout, la sécurité des personnes est le premier souci et tout cela se déroule dans une atmosphère bon enfant qui fait plaisir à voir… Les chiffres étourdissent : sur quatre jours, les hôteliers (qui réalisent 15 000 nuitées) et les restaurateurs sur le parcours multiplient par quatre leur chiffre d’affaires quotiden traditionnel. 50 entreprises de l’agglomération sont impactées favorablement par les prestations de service qu’elles assurent. Quant aux artistes, ils se régalent. Ils engrangent 3 M€ de retombées et, chaque année, trente de leurs créations sont reprises à l’étranger. « Une bonne réalisation va être reprises trois ou quatre fois dans les deux ans qui suivent » confie Jean-François Zurawik qui est également le véritable directeur artistique de l’événement. Et au cœur de tout cela, le coordinateur général qu’il est aussi dort très, très peu, bien sûr. Et reste d’une discrétion exemplaire. Dans l’ombre des Lumières : le symbole va bien à Jean-François Zurawik qui, en bon premier de cordée, réalise à Lyon des rêves qu’il n’avait jamais peutêtre imaginés vivre… JEAN-LUC FOURNIER 23


DES JEUNES BRILLANTS ET TRÈS MOTIVÉS Texte JEAN-LUC FOURNIER

En prévision des 43èmes Olympiades des Métiers qui, pour la première fois, auront lieu à Strasbourg fin janvier prochain, l’Alsace a sélectionné les membres de son équipe régionale. Les candidats alsaciens ont d’ores et déjà un brillant parcours à leur actif… L’Equipe d’Alsace se compose de 52 jeunes ayant remporté la médaille d’or dans chacun des 47 métiers en compétition, lors des sélections régionales qui se sont tenues du 19 janvier au 18 février derniers. Les organisations professionnelles et les établissements de formation se sont fortement mobilisés pour la réussite et le bon déroulement des sélections régionales. Plus de 500 candidats issus de 47 métiers ont tenté de décrocher leur place pour les Finales Nationales des 43es Olympiades des Métiers. En moins de deux ans, le nombre de candidats a doublé (210 candidats issus de 36 métiers en 2012), illustrant ainsi l’ampleur de cette manifestation en Alsace. 62

Au centre, Stéphane SCHLUPP, le médaillé d’or qui représentera l’Alsace dans la catégorie peinture et décoration aux finales nationales.

Ces jeunes participants aux Olympiades des Métiers sont de vrais passionnés, animés par l’envie de se dépasser et de réaliser un travail d’excellence. Du pâtissier au carrossier, du serveur en salle au paysagiste, du miroitier au contrôleur technique, tous les candidats font preuve d’un véritable engagement en se préparant à la compétition. Innovation pour cette année : les lauréats participeront ainsi à trois week-ends de préparation physique et mentale, avant la finale nationale. Une intervention sur la gestion du stress, des conseils diététiques, de la sophrologie et des épreuves sportives seront au programme. Un conseiller technique effectuera également un suivi des jeunes dans leur préparation. Lors des finales nationales de la dernière édition des Olympiades des Métiers, l’Alsace s’est brillamment distinguée en remportant neuf médailles dont trois en or, trois en argent et trois en bronze. Puis, lors des finales internationales à Leipzig, en juillet 2013, deux Alsaciens se sont démarqués : Antoine Koehler, avec une médaille d’or en coiffure et Anthony Fluhr, avec un médaillon d’excellence en imprimerie. L’enjeu des prochaines Olympiades de janvier 2015 à Strasbourg est grand pour ces jeunes brillants et très motivés : décrocher leur place dans l’équipe de France au concours international qui se déroulera à Sao Paulo, au Brésil, à la miaoût de l’année prochaine.

Cr : JL Stadler / région Alsace

OLYMPIADES DES MÉTIERS


Cr Photos : F.Gouëlou

AU PRISME DE

léopoldine Texte VÉRONIQUE LEBLANC

Un peu barrée Léopoldine ? Peutêtre, mais alors de bien sensée façon. Elle a marqué « La Nouvelle Star » sur D8 par son univers musical à nul autre pareil et sa voix magnifique. La rencontrer est une expérience kaléidoscopique entre théâtre et chansons, littérature et musique. Des mots, des sons, du jeu, du rire et de l’émotion... Léopoldine c’est la vie !

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Léopoldine rit quand on lui demande si elle à l’image du message sur son répondeur téléphonique, un peu barrée, loufoque, gentiment dingue. « Ça ne m’embête pas du tout que l’on pense cela, répond elle, ce message je n’arrive pas à le changer. Je l’ai enregistré avec des copines quand j’avais 16 ans et ce qui est amusant c’est de voir les réactions des gens qui m’appellent. Certains se prêtent au jeu, laissent eux-mêmes quelques mots en rap, d’autres rient, d’autres encore s’énervent. Parfois, on me dit « mais Léo, t’es folle, c’est pas pro ! ». Peut-être... mais ce message j’y tiens, c’est très affectif. » Dans les faits, discuter une heure avec elle est un vrai beau moment. Léopoldine « touche terre avec l’âme » selon le mot de Pablo Neruda... De retour de Liège en ce dernier jour de février, elle confie avoir eu « très froid » en résidence dans un théâtre désaffecté où elle a répété « Vénus et Adonis » de Shakespeare avec « La Compagnie des Indiens » dirigée par le Lyonnais Charly Marty. Comédienne dans le spectacle, elle en assure aussi la partie musicale. Il tournera la saison prochaine et en attendant, l’agenda


de la demoiselle ne désemplira pas. Mars sera alsacien avec, dès le 19, « Never, never, never » de Dorothée Zumstein, un texte sur Sylvia Plath mis en lecture par Charles Zevaco aux « Actuelles » des TAPS. Le 22, on la retrouvera au « Printemps des bretelles » et à chaque fois, elle se produira avec son frère Yérri-Gaspar, musicien féru de musique électronique. Ensemble ils ont créé le groupe « MAMAN ».

«JE SUIS DE FRANCE ET D’ALLEMAGNE DONC ALSACIENNE »

avec « complexité, poésie et douceur ». De mini opéras loufoques qu’elle interprète sur scène en se débarrassant progressivement des couches de vêtements cachées sous la cape dorée avec laquelle elle apparaît. Une fragile qui se dévoile au prisme de ses mots, de ceux d’Henri Michaux, de Jean-Claude Pirotte, de Guenaëlle Aubry auteure avec laquelle elle a noué de beaux liens d’amitié. Maurane et Olivier Bas, jurés de « La Nouvelle Star » lui ont dit de les appeler, de les tenir au courant de ce qu’elle va faire. Et elle le fera, tout comme elle compte bien rester en contact avec certains candidats. Alvaro et peut-être Dana pour leur talent et leur recul sur les tourbillons de la vie.

«J’AVAIS PEUR DE ME RETROUVER DANS LES CASSEROLES DE LA NOUVELLE STAR » Celle de « La Nouvelle Star » sur D8 fut-elle la bonne ? « Je ne regrette rien, les producteurs m’ont fait confiance alors que j’avais peur - avec mon univers musical si particulier - de me retrouver dans les « casseroles ». Le public n’a pas été unanime à mon égard mais ce n’est pas grave car cette expérience m’a permis de préciser mes envies musicales. » Elle a notamment appris qu’elle a du mal à chanter sans réellement travailler la musique avec les musiciens. « Dieu m’a donné la foi » d’Ophélie Winter c’était amusant à faire mais ça allait dans tous les sens et ça ne me représentait pas vraiment. C’était le jeu, je n’en veux pas du tout à la production ». « Le positif dit-elle, c’est la confiance que l’on a accordée à ce « personnage » que je suis quand je chante ». Cela s’est répercuté, je suis contente de l’image qui reste, je sens que les gens vont me suivre. » Les professionnels aussi puisque le label « Bright Record.com » lui a proposé d’enregistrer un CD avec ses chansons à elle. Compositions à l’image de son univers tout sauf cloisonné, empreint de la littérature qui parle de la vie

Cr : JP.Baudet

« Ce nom m’est venu une nuit en dormant, raconte-t-elle, le lendemain j’ai appelé mon frère, je lui ai dit en riant « tu ne devineras jamais de quoi j’ai rêvé » et... il m’a prise au mot. Je me rends bien compte que d’un point de vue psychanalytique c’est très improbable ! » Depuis ils se produisent en alsacien entre Strasbourg et Paris. Avec - pas très loin mais pas tout près - la vraie maman, Liselotte Hamm et le papa Jean-Marie Hummel, figures emblématiques de la scène alsacienne. Sacré héritage que Léopoldine - dont le nom de scène est Léopoldine HH - assume avec jubilation. « J’ai eu besoin de quitter Strasbourg à 18 ans raconte cette ancienne élève du Conservatoire. J’y étouffais. Mais une fois à la Fac de théâtre de Besançon, je me suis interrogée sur mon identité, j’ai voyagé en Allemagne d’où venait la famille de ma mère et ça a été une vraie révélation. Je sais désormais que je suis de France et d’Allemagne, donc Alsacienne. Nos parents nous ont transmis un patrimoine musical incroyable, c’est un cadeau inestimable. » Léopoldine est cependant devenue parisienne par amour pour le comédien Maxime Kérzanet. « La vie dans la capitale est un peu vertigineuse, dit-elle. On a accès à beaucoup de choses et c’est génial, chaque rencontre est une promesse potentielle mais on peut aussi y perdre une énergie considérable en se produisant dans des bars paumés. Il faut savoir choisir les portes auxquelles on frappe. » Le 1er avril, à 20 h, à l’Oenosphère - 33 rue de Zurich à Strasbourg - Léopoldine et Yérri-Gaspar présenteront leur groupe MAMAN et les chansons de Léopoldine HH. Jauge comptée, 50 personnes seulement pourront y assister. Il FAUT réserver ! >> maman.officiel@gmail.com Du 11 au 20 juin, Léopoldine se produira en Alsace dans le cadre du « Festival de Caves » organisé par la compagnie « Ce que peut l’orage ». Il s’agit d’un festival de créations théâtrales souterraines organisé du 26 avril au 27 juin dans toute la France. Léopoldine y jouera deux solos : « Du Domaine des murmures » d’après Carole Martinez mis en scène par José Pliya et « Maïkeul » d’après la vie et l’oeuvre de Michael Jackson. À Strasbourg, Mulhouse, Thann, Saint-Louis, Nordheim, Andlau et Schiltigheim. >> www.festivaldecaves.fr

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L’image des quais PIERRE APRÈS PIERRE Texte JEAN-LUC FOURNIER

Le livre que vient de publier l’architecte strasbourgeois Gérard Ecké représente un legs précieux à la mémoire architecturale de Strasbourg, le témoignage exhaustif et remarquable d’un « maître de l’art » exigeant. Architecte depuis plus de 40 ans et auteur de nombreux projets, Gérard Ecklé a dessiné l’ensemble des immeubles situés le long des berges de l’Ill. Ce témoignage de l’activité urbanistique du dernier quart du XX ème siècle est réellement fascinant : on y lit littéralement la lente évolution du paysage urbain. Tout sauf une photo à jamais figée dans le temps : chaque période de l’histoire a superposé ses strates. Ici, un immeuble a été l’objet de surélévations successives et c’est l’œil d’un quasi géologue qui l’observe et le commente. Là, on a démoli, reconstruit et pas toujours à bon escient. La pseudo modernité est parfois capable de ravages incroyables… On peine à imaginer la somme de travail représentée par la réalisation de cet ouvrage. Chaque tronçon, qu’on imaginait pourtant bien connaître, se voit ainsi ausculté en profondeur : au final, le quai des Pêcheurs, l’îlot Saint-Guillaume (le rasage de son patrimoine historique a été évité inextremis dans les années 70), les quais des Bateliers, Saint-Nicolas,

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STRASBOURG L’image des quais, pierre près pierre Editions du belvédère – 29 € Charles Frey et Finkwiller se rassemblent en une superbe sarabande qui fabrique l’image de Strasbourg. Chaque secteur fait l’objet d’un commentaire de l’auteur où est réunie une somme précieuse et incroyable des jalons qui ont permis la réalisation des projets successifs, décennie après décennie. Au final, ce manifeste : « Un bâtiment doit être en harmonie avec son environnement, s’y inscrire par les volumes, ses matériaux et ses couleurs. (…) L’Ill et ce jardin urbain qui l’entoure créent sûrement ce lien entre toutes les façades qui se reflètent dans ses eaux. La silhouette de la vieille ville le long des quais devient une partition écrite au cours des siècles, du Moyen-Âge à nos jours ». 160 pages de pur bonheur, qui se terminent par cette citation de Christian Bobin, extraite de son roman Les ruines du ciel : « Le paradis est un endroit où tout est en travaux ». Un seul mot : bravo !


LE MAGICIEN

du vélo Texte JEAN-LUC FOURNIER Photos MÉDIAPRESSE

Il a la souriante bonhomie de ceux pour qui la traversée de la vie a rarement été un long fleuve tranquille mais qui savent aujourd’hui profiter de tout, sans modération. A 66 ans, Michel Lossel Weinmann ne vit que de passion. Et celle du vélo est la première…

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A l’époque de notre première rencontre, il y a quatre ans, Michel travaillait encore dans son incroyable atelier des fronts du Neudorf. Une cour discrète et, à l’intérieur de la bâtisse tout au fond, l’antre du magicien du vélo qu’il a toujours été. Des dizaines et des dizaines de tiroirs en bois, comme dans les quincailleries des années soixante.Et une mémoire d’éléphant qui lui permettait d’accéder du premier coup à la vis exclusive d’un Nancia d’origine, une belle mécanique comme on n’en fait plus. La classe en plus… Et l’œil qui pétillait au moment où il te la donnait. Un vrai personnage !

UNE JEUNESSE À LA DURE « Ma mère a fait une grave dépression quand mon père l’a quittée » raconte-t-il. « J’avais cinq ans. J’ai été finalement élevé à la campagne par ma grand-mère. Ce qui m’a permis d’apprendre les vertus de l’indépendance assez tôt, tu comprends… » ajoutet-il aussitôt dans un grand rire complice. « J’ai toujours été bricoleur, autant que je me souvienne. Vers 10 ans, j’ai récupéré


un vieux moteur de mobylette encore en état de marche que j’ai installé à l’arrière d’une luge dont j’avais équipé les patins avec des sections de pneus en caoutchouc. Et hop ! Je venais d’inventer le premier scooter des neiges. Sans le savoir. J’aurais dû déposer un brevet ! » rigole-t-il. En 1961, j’ai travaillé pour la première fois pour un patron. Je suis devenu ouvrier/esclave de la ferme du château de Breuschwickersheim, au service du châtelain. Je n’étais qu’un frêle petit bonhomme de 40 ou 45 kg et on m’obligeait des jours entiers à labourer les champs, sillon après sillon !.. Mais ça ne m’a pas empêché de me sentir bien dans ma peau. Les antianxiolitiques n’ont jamais été pour moi, contrairement à tous ces gens, aujourd’hui. Je suis allé comme ça de boulot en boulot, avec des fortunes diverses avant de me rendre compte qu’il fallait que je récupère les années d’école perdues. Alors, je me suis inscrit dans les cours de l’Université… Populaire. Pendant huit ans, j’ai étudié le droit, la philosophie et la psychologie. C’est l’école du terrain. J’y ai beaucoup appris, dans tous les domaines. Aujourd’hui, quand je parle, il faut me suivre. Mon roman préféré, c’est le dictionnaire ! (On confirme… - ndlr). J’ai fini par monter un magasin de vélos, spécialisé dans l’achat et la revente d’occasions. On était à Koenigshoffen, et le seul dans le genre à Strasbourg, à l’époque. Puis je suis devenu associé de Vélostation. Ca a duré dix ans avant que je travaille seul dans l’atelier du Neudorf, là où tu m’as connu. J’y ai passé dix ans également… » Aujourd’hui, Michel n’est plus dans son atelier qui a fermé à cause « d’un mic-mac avec certains élus » confie-t-il pudiquement. Il est devenu bénévole au sein de l’association Bretz’Selle, près de la place d’Austerlitz. Un atelier où des jeunes, pour la plupart, viennent réparer eux-mêmes leur vélo, encadrés par des anciens. Quelquefois, le gros son du rap qui sort des bafles le gave un peu mais il peste surtout contre ceux qui négligent de ranger les outils qui sont mis à leur disposition. Il râle certes, mais il les aime bien, ces gamins, qui au demeurant le lui rendent bien.

force « j’ai le verbe, le courage et la motivation, tant je suis révolté par ce qui se passe actuellement partout dans le monde, ces injustices omniprésentes qui ne cessent d’augmenter… ». Michel a aussi un stock d’humour à revendre. Sociable au possible, jamais fâché, la rancune, il ne connaît pas. Et il conclut, guilleret : « Je suis fièrement un marginal. Sinon, je serai un mouton, comme beaucoup… » Michel, le magicien du vélo 06 66 97 82 59

MAGICIEN DU VÉLO, ACTEUR DE CINÉMA, VEDETTE DE LA PUB : IL OSE TOUT ! Quand on lui fait remarquer qu’il est connu comme le loup blanc, il rétorque aussitôt : « Non, je ne suis pas d’accord. C’est embêtant pour lui, mais il est moins connu que moi ! » Et il rigole une nouvelle fois… Il faut pousser un peu ce vrai modeste dans ses retranchements pour apprendre qu’il a joué le rôle du maire de Strasbourg dans le « Sherlock Holmes » tourné il y a trois ans à Strasbourg. Comme ça, à la hussarde, en poussant tout simplement la porte de la salle de casting. Il a depuis tourné une pub pour Kronenbourg avec Cantona. « Je n’ai jamais peur des caméras, tout me va ! En plus, il semble que j’ai l’art de créer une ambiance qui destresse les autres acteurs ! Il paraît que c’est précieux, ça… ». Mais le vrai talent de Michel reste le vélo : « Des vélos, j’en ai réparé des milliers. J’ai la connaissance de la moindre pièce, quel que soit le modèle et son âge. Ne me demande pas comment je fais, je sais tout ça, c’est tout… Des vélos, j’en ai tant amassé qu’aujourd’hui, je me sépare de temps à autre de quelques belles mécaniques de collection. Mais, à chaque fois, avec un petit pincement au cœur… ». Il faudrait encore des pages et des pages pour parler de cet adorable personnage de la vie strasbourgeoise. Un mot quand même : il a encore un autre projet, celui d’adapter des vélos pour les personnes handicapées. Et il cherche des gens pour s’associer à cette démarche. « Le charitatif, c’est mon truc » proclame-t-il avec

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LE LOBBYISTE DE STRASBOURG Texte JEAN-LUC FOURNIER

Rencontre avec Pierre Loeb qui vient de publier un second rapport qui bat en brèche les arguments des anti-Strasbourg sur la question du siège du Parlement européen. Où il apparaît clairement que d’autres motivations, moins avouables que les économies à réaliser, dictent leur démarche…

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Or Norme : Deux ans après une première mouture remarquée, vous récidivez mais, cette fois-ci, votre démarche est beaucoup plus offensive. Vous parlez ouvertement de mensonge généralisé, vous citez des chiffres officiels et surtout des faits, bref… à vous lire et à vous entendre, les anti-Strasbourg sont clairement des manipulateurs d’opinion…

PIERRE LOEB : « Vos lecteurs jugeront par eux-mêmes. Nous nous sommes exclusivement basés sur les chiffres publiés par le Secrétariat général du Parlement, c’est à dire l’Institution elle-même. C’est dire si nous sommes transparents. En résumé : là où depuis des lustres les anti-Strasbourg proclament haut et fort que le coût du maintien des sessions du Parlement à Strasbourg représente une gabegie financière qu’ils évaluent à 200 millions d’€. ils mentent, ils trichent, notamment en incluant le coût du déplacement de chaque député européen entre sa circonscription et Strasbourg. C’est fallacieux : que le député assiste à la session à Bruxelles ou à Strasbourg, il doit bien voyager, non ? Le vrai coût, attesté par les chiffres officiels, est de 50 M € ! Soit 10 cents par citoyen européen et par an. Où est la prétendue gabegie ? Ils attaquent aussi sur le coût carbone des déplacements nécessités par les sessions de Strasbourg, en avançant régulièrement une prétendue émission de 20 000 tonnes de CO2/an. Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes, là encore : le Parlement strasbourgeois a dégagé 3 292 tonnes de CO2 en 2012, soit une baisse de 66 % depuis 2006. Moins de 3% de l’émission de carbone du Parlement européen ! La semaine dernière, encore,

Cr Photos : Nika Y. Simonova

ÉLECTIONS EUROPÉENNES MAI 2014


Daniel Cohn-Bendit a encore parlé de 15 000 tonnes ! C’est n’importe quoi. D’après les propres chiffres du Parlement, là encore, Strasbourg est le plus écologique des sites de l’Union européenne, de loin ! » Or Norme : Vous évoquez aussi la fameuse pétition de 2006 qui a mis le feu aux poudres. Et là, carrément, vous dénoncez une mascarade…

P.L : Jugez par vous-même là encore. Cette pétition, annoncée comme une initiative citoyenne, aurait recueilli 1,3 millions de signatures à travers toute l’Europe. C’est une mascarade, je maintiens. Les preuves sont là encore dans les données officielles : l’enquête menée auprès de la Commission des Pétitions par le député européen Philippe Boulland (PPE) a montré que seulement 996 264 signataires étaient recensés. Pire encore, seule la signature de l’ex députée européenne et aujourd’hui Commissaire européenne Cécilia Malström est valide ! Elle est en effet l’unique signataire à mentionner nom, nationalité et domicile, les trois critères exigés par le règlement du Parlement. Et n’oublions pas certaines adresses mails apparaissant à plusieurs reprises pour des signataires de pays différents… Cette pétition est juridiquement non-recevable. Or Norme : Vous citez aussi le chiffre astronomique qui résulterait de la concentration du Parlement sur le seul site de Bruxelles. 1,2 milliards d’euros !

P.L : Et encore, ce chiffre ne concerne que la seule somme à emprunter pour le transfert des services de Strasbourg/Luxembourg à Bruxelles, pas les intérêts de remboursement. Vous pouvez multiplier par deux, à minima. Ajoutons à cela l’ensemble des investissements réalisés dans les deux villes pour cette institution, en commençant par l’IPE4, et nous atteignons aisément plusieurs milliards. Et qui remboursera ? Le citoyen européen… Un gouffre financier... Or Norme : Quelles sont les suites que vous apporterez à votre démarche ?

P.L : Dès les nouveaux députés élus en mai prochain, dès la première session en juillet, nous leur adresserons le rapport et les rencontrerons lors d’entretiens individuels, pour leur expliquer la situation avant qu’ils ne se fassent matraquer régulièrement par les campagnes de communication mensongères et fallacieuses des lobbys anti-Strasbourg. Ainsi, ils auront la vérité des chiffres et pourront juger en toute connaissance de cause. Après, je pense qu’il faut absolument que Strasbourg se dote d’un lobbying à la hauteur, professionnel et doté de moyens et d’une légitimité adéquate . Les lobbyistes sont 15 000 à Bruxelles ! C’est considérable. C’est à mon sens la prochaine étape indispensable pour que Strasbourg conserve ses prérogatives. Mes collègues de l’Association Européenne des Jeunes Entrepreneurs ayant édité ce rapport et moi-même vont tout faire pour peser dans ce sens…

COMMENTAIRE D’abord saluer l’extraordinaire travail produit par Pierre Loeb et ses collègues, sa précision, sa rigueur, son importance vitale pour dénoncer les manipulateurs de tous poils. Il fallait que quelqu’un s’y attelle, ils l’ont fait. Bravo ! Dire ensuite une conviction profonde. Pour la première fois, on insiste sur le coût de la concentration du Parlement à Bruxelles, réclamée depuis longtemps par les amis de M. McMillanScott, les pourfendeurs des pseudo-dépenses inutiles. Que de bonnes âmes… 1,2 milliards d’euros ! A Bruxelles, ça en fait du foncier à acquérir, des immeubles à construire, des bureaux à rénover, des appartements à vendre pour que les députés y installent leur résidence permanente, sans parler des services commerciaux associés, etc, etc… Voilà un business qui est juteux ! Surtout en ces périodes de vaches maigres sur le plan économique. Ça en fait des sociétés de tous poils (constructeurs, marchands de biens, promoteurs, agences immobilières, etc, etc…) qui se pourlècheraient délicieusement les babines à l’idée même de profiter d’une modeste part de ce gâteau-là. Gâteau payé rubis sur l’ongle par vous, moi, nous tous… rappelons-le sans cesse. M’est avis qu’on ferait bien de s’intéresser à qui figure au capital de ces sociétés-là… Et pour tout dire, il serait bien aussi que chacun ici même, à Strasbourg, cesse de bailler mollement dès qu’on aborde cette question de l’aspect vital du maintien du Parlement dans notre ville. Que serait Strasbourg sans ses institutions européennes ? Une capitale régionale endormie, sans relief aucun, incapable d’émerger au niveau international et de tirer son épingle du jeu de la compétition planétaire. Un peu comme Orléans, Dijon, Caen, Limoges, Clermont-Ferrand, Besançon… On n’a rien contre ces villes, toutes capitales régionales, fort agréables à vivre et qui dégagent souvent le charme d’un provincialisme de bon aloi. Mais bon… Là, on parle de STRASBOURG, non ? JEAN-LUC FOURNIER

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VÉRONIQUE DE KEYSER « LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES SERONT UN QUITTE OU DOUBLE » Trois mandats de députée européenne au compteur ! La Belge Véronique De Keyser, par ailleurs vice-présidente du groupe Socialiste & Démocrates (S&D), livre son regard sur l’Europe telle qu’elle l’a vécue. « Une autre Europe est en train d’émerger » dit-elle. « Une Europe du bon sens »... Quel est pour vous l’acquis européen le plus important ? Il reste à mes yeux cette zone de paix de plus en plus large que constitue l’Europe dans un monde de plus en plus violent. Cet acquis n’est plus mesuré à sa juste valeur au sein des pays membres mais il est très perceptible une fois que l’on passe les frontières de l’Union. Je suis persuadée qu’il va perdurer parce que la volonté de paix reste globalement très forte au niveau européen. Pour voir beaucoup voyagé durant mes mandats, que ce soit au Soudan, en Palestine, en Syrie, je mesure à quel point il est inestimable. Une zone de paix de plus en plus large mais l’élargissement de 2004 est critiqué... Je ne pense pas qu’il faille le remettre en cause. Il s’inscrivait dans une géopolitique de la paix après la chute du Mur de Berlin en 1989. Il fallait assurer à ces pays la possibilité de ne pas être repris dans le giron russe et leur ouvrir la porte de l’Europe. Il devait cependant aller de pair avec un approfondissement de la «vieille Europe» et, à ce niveau, certains pays - la Grande Bretagne notamment - ont voulu n’en rester qu’à un grand marché. Ils ont refusé des pans entiers de l’intégration, rejetant Schengen, l’euro, la Charte européenne des droits de l’homme, bloquant l’harmonisation fiscale... L’élargissement n’est pas la cause de tous nos maux. Il fait l’objet d’un processus long, c’est normal. Et quel serait l’échec européen à pointer durant cette dernière décennie ? Le fait que le citoyen européen ne se sente plus protégé socialement. L’Europe n’est pas une menace pour lui mais elle n’a pas mené à bien les réformes qu’il fallait. Avec la libéralisation, des protections ont sauté et cela inquiète les «anciens» pays de l’Union bien plus que les «nouveaux». A l’avenir, il faudra non pas rétropédaler mais pédaler vers de nouvelles protections qui concernent les travailleurs et pas seulement les consommateurs. Je perçois d’ailleurs des mécanismes en train de s’amorcer. Une «autre» Europe serait en train d’émerger ? Oui, une Europe du bon sens fondée sur ses valeurs intrinsèques reprend doucement le dessus. Cette Europe se paie moins de mots, elle allie réalisme économique et réalisme social. Il faut que les citoyens se rendent compte de la partie qui est en train 72

de se jouer, qu’ils ne baissent pas les bras et qu’ils mesurent l’importance des élections de mai prochain. Celles-ci seront un quitte ou double. Ou on comprend qu’il faut gouverner ensemble et on s’en donne les moyens ou on ne le comprend pas et on va vers une désintégration de l’Europe dont je ne peux pas prédire les conséquences. Depuis 2008, la crise a été au coeur des travaux du Parlement européen. Pour quels résultats ? On ne s’est occupé que de ça et on n’en est encore qu’au milieu du gué. Ce qui a été mis en place était impensable avant 2008 : une gouvernance économique, c’est-à-dire un contrôle budgétaire des Etats par la Commission à partir de règles définies par les gouvernements. Avec sanctions à l’appui ! Ce mécanisme est une bonne chose, son contenu en est une autre car il n’est pas normal que la Commission jette l’opprobre sur le coût de certains systèmes de santé ou de retraites. Ces matières sont de la compétence des Etats membres. Quelque chose ne tourne pas rond à ce niveau... On a bien travaillé mais on a nourri de nouveaux instruments avec l’héritage du passé. Cela peut toutefois se réajuster, il suffirait de valider la rigueur économique en acceptant de ne pas intégrer les investissements publics (service de santé, éducation nationale etc.) dans la dette. La Grèce en ce sens a été un cobaye sacrifié sur l’autel de l’austérité et cela y a favorisé la montée de l’extrémisme. Les populismes ont effectivement le vent en poupe... On sent une violence latente très polarisée par la crise. Certains extrémismes en sont nés, d’autres - en France par exemple - s’en sont nourris... Je crains aussi une déception, un désintérêt du citoyen par rapport à une Europe qui n’a pas su le protéger suffisamment. Comment motiver les citoyens ? Il faut leur expliquer clairement qu’une autre Europe est possible après cette phase de grande austérité qui a saigné à blanc certains pays, démonté les mécanismes d’amortissement de choc tels que la possibilité pour les Etats d’aider les entreprises en difficulté etc. Le rôle du Parlement sera essentiel dans ce cadre car le Traité de Lisbonne lui a donné un plus grand pouvoir de codécision. L’Europe n’est jamais qu’une part du monde... Et son environnement immédiat est de plus en plus turbulent. Les printemps arabes ont changé la donne au Sud et l’Ukraine vient de nous démontrer que l’Est que nous pensions tranquille peut basculer très rapidement. L’aspiration à se rapprocher de l’Union européenne s’y est heurtée à la pression économique de la Russie alors qu’une partie de la population se trouve «d’un côté» et l’autre «de l’autre». Personnellement, ce qui me gêne c’est que des pays aussi sensibles que l’Ukraine et la Moldavie se retrouvent dans l’obligation d’un choix : Russie ou Europe ? Pourquoi ne seraient-ils pas plutôt des interfaces entre l’Occident et la Russie ? On a trop besoin de celle-ci sur quantité de dossiers comme la Syrie, par exemple, pour en revenir à la guerre froide.


A ROCK & ROLL LIFE UNE EXPO RÉELLEMENT EXCEPTIONNELLE ! Texte JEAN-LUC FOURNIER

Jusqu’au 12 avril, Pierre Terrasson, le légendaire photographe « backstage » des années 80, présente une sélection de ses meilleurs clichés à la PopArtiserie. Ne ratez pas cette exposition remarquable et découvrez ce lieu exceptionnel à Strasbourg. Ce gars-là est une légende à lui seul : il fut le photographephare des scènes rock, punk et new wave des années 80. Attention : on parle bien d’une époque où être photographe était une vraie passion doublée de deux ingrédients obligatoires : le talent et le professionnalisme. Tout sauf Instagram, quoi… Car il en a fallu du talent et du professionnalisme à ce témoin unique de la scène rock internationale, pour tirer le portrait des plus grands : des Meteors aux Cramps, des Fishbone aux Ramones, de Midnight Oil aux Stranglers, de Boy Georges à Billy Idol, de Joe Cocker à U2, des Pogues à Motörhead, de James Brown à Tina Turner. Mick Jagger, les Clash, Alain Bashung, Jacques Higelin, Lou Reed, Vanessa Paradis, Serge Gainsbourg… et tant d’autres… Les clichés qui sont présentés jusqu’au 15 avril à la PopArtiserie sont devenus 74

aussi célèbres et immortels que les stars qui se sont entièrement livrées à l’objectif de ce grand bonhomme de la photo, de ce grand bonhomme tout court… Sans complexe, sans crainte, ces monstres de la scène ont posé pour Pierre Terrasson. En confiance totale car, il y a trente ans, ce sont des talents immenses qui s’entrecroisaient : devant et derrière l’objectif. Une autre époque, on vous dit…

L’ÉCRIN AUSSI EST EXCEPTIONNEL Pour une fois, l’écrin de l’expo est en lui-même une superbe découverte. La PopArtiserie est née de l’imagination de deux passionnés comme on les aime à Or Norme. Solveen, 38 ans, proclame haut et fort : « La PopArtisanerie veut promouvoir l’art de la rue. Redonner de la vie, de la couleur. La beauté est partout, le partage aussi. » Son compagnon, Erwann, 42 ans, renchérit : « Nous voulons que les gens poussent la porte et viennent nous découvrir, ne serait-ce qu’autour d’un café. Halte à la timidité, poussez la porte, cette galerie vous accueille avec chaleur ». Le résultat de cette démarche est plutôt somptueux. Une salle expo en façade rue de l’Ail, une cour intérieure déjà aménagée pour accueillir des événements et une grande galerie en fond de cour où flashent les œuvres des premiers artistes exposés. Une vraie maîtrise dans l’art de l’accrochage. Aux murs, du talent et encore du talent. Un espace surprenant, bousculant… Du goût, du talent, de l’audace à revendre. La PopArtisanerie veut surprendre et bousculer Strasbourg. C’est très bien parti… A Rock & Roll Life. Pierre Terrasson à la PopArtiserie, 3 rue de l’Ail à Strasbourg jusqu’au 12 avril. Tél : 03 69 57 41 65


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municipales 2014

QUATRE QUESTIONS... OR NORME. ET DES RÉPONSES… Dans quelques jours, le premier tour des élections municipales 2014. Un même questionnaire (avec le même espace pour y répondre) a été adressé par notre rédaction aux quatre principaux candidats à Strasbourg. Voici leurs réponses. A vous de juger…

Un saut dans l’espace-temps : nous sommes en février 2020 et six ans viennent de passer depuis que vous avez été élu maire de Strasbourg en mars 2014. Au vu de ses résultats, quelle est l’action que vous avez concrètement menée et réalisée et dont vous êtes le (la) plus fier (ère) ? activité, des immeubles à taille humaine se dressent désormais. Nous avons pu réaliser ce nouveau quartier grâce aux partenaires privés et publics que j’ai su convaincre de relever le défi de l’emploi, de l’économie et de l’attractivité européenne. Beaucoup de Strasbourgeois vont travailler à « Strasbourg Convergences ». Ils ont trouvé un emploi dans les entreprises implantées sur le site. Il faut dire que ce nouveau quartier d’affaires est très vite devenu l’un des plus attractifs d’Europe : grâce aux TGV, il est idéalement situé à 1 h 50 de Paris, à 2 heures de Lyon, de Francfort, de Zurich et de Luxembourg.

ROLAND RIES

DR

Strasbourg est devenue une métropole économique de dimension européenne. Au quartier du Wacken, la construction du nouveau Parc des expositions lui a permis de regagner sa place de 2ème ville de congrès de France. Les grandes manifestations européennes et internationales passent désormais toutes par Strasbourg. A proximité du Parlement européen, le Quartier d’Affaires international est sorti de terre et il accueille les grandes entreprises européennes et mondiales spécialisées dans les activités tertiaires. En seulement 3 ans, ces deux équipements ont assuré la création nette de milliers d’emplois assurant ainsi une baisse durable du chômage à Strasbourg et dans toute son agglomération. Le Parlement européen a pris possession des 30 000m2 de réserves foncières que nous lui avons allouées dans le cadre du Quartier d’Affaires, l’accessibilité de Strasbourg a encore été renforcée et il n’y a plus de débat autour du siège. Avec les éditions du Forum mondial de la démocratie chaque année plus réussies, le Lieu d’Europe qui connaît un véritable succès, Strasbourg est devenue le lieu de référence en matière de débats autour de la démocratie et de la citoyenneté dans le monde.

FABIENNE KELLER

DR

La ville de Strasbourg est en train d’atteindre son objectif de « Ville à énergie positive » c’està-dire d’une ville qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. L’épuisement des ressources naturelles et l’accroissement du coût des énergies fossiles frappe directement tous nos concitoyens et notamment les plus modestes. À travers la rénovation thermique, la sobriété énergétique, les économies d’énergie et la production d’énergies renouvelables, la ville à énergie positive c’est un plus pour le « pouvoir d’achat » pour les ménages. Cette démarche a, par ailleurs permis de créer des centaines d’emplois (non délocalisables) dans le cadre des travaux liés à cette rénovation thermique et de productions énergétiques.

FRANÇOIS LOOS

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Cr : Tristan Paviot

DR

En 2020, un nouveau quartier aura vu le jour à l’arrière de la Gare ferroviaire : le quartier «Strasbourg Convergences». Ce sont plus de 20 hectares de ville nouvelle qui ont été créés au cœur-même de Strasbourg, établissant une liaison urbaine plus harmonieuse entre le centre-ville et Koenigshoffen. Dans cette ancienne friche urbaine où, depuis des décennies, il n’y avait plus aucune

ALAIN JUND

J’ai lancé dès les premiers jours de mon élection le combat pour l’emploi. Strasbourg sera redevenue une ville qui tire l’emploi de sa région vers le haut, statut qu’elle a perdu depuis bien longtemps. Mon bilan


sera reconnu en matière de création d’emplois. Strasbourg sera classée dans le peloton de tête des villes ayant lutté efficacement contre le chômage et sera dans le peloton de tête des villes de France créant de l’Emploi. Sur les terrains de la ZAC des 2 rives, les entreprises spécialisées dans les énergies nouvelles et les économies d’énergie se battent pour implanter leur siège social sur les quelques terrains encore disponibles. Ce campus dédié aux technologies de pointe est une vitrine dans laquelle les spécialistes Allemands et Français viennent voir les dernières réalisations en matière de chauffage géothermique et d’isolation mis en œuvre dans les nouvelles constructions et dans la réhabilitation lancée à grande échelle dans tous les quartiers de Strasbourg. Le plan « Strasbourg 2020 rénovation thermique » aura en effet permis de réduire l’empreinte écologique de Strasbourg, de baisser les factures de chauffage des Strasbourgeois et de créer des milliers d’emplois. Un accord a été signé avec le port de Kehl afin d’optimiser les investissements. Ce nouveau Port Franco-Allemand se profile comme un port commercial Rhénan incontournable et attire de nombreux emplois. Là où les précédents maires auront failli à planifier notre coopération avec les Allemands sur les aéroports et les connexions routière de part et d’autre du pont Pflimlin, nous aurons réussi à créer ensemble un grand port européen. Strasbourg sera enfin devenue une ville de l’emploi numérique grâce à la mise à disposition d’espaces peu chers dans lesquels les jeunes entrepreneurs pourront s’installer. L’ouest strasbourgeois (Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau) ainsi que la gare basse avec un quartier d’affaire numérique seront devenus les lieux incontournables de l’innovation numérique, bouillonnants de start ups. L’installation de ces diverses nouvelles activités aura été rendue possible grâce à l’utilisation des nombreuses friches dont dispose Strasbourg. L’artisanat et les PME seront particulièrement aidés en les impliquant directement dans le grand plan de rénovation thermique et en leur facilitant davantage l’accès aux marchés publics. Le maintien des commerces de proximité sera également une priorité. Les secteurs de l’économie solidaire, du tourisme et de la nuit seront également des acteurs majeurs de la reconquête de l’emploi à Strasbourg. Afin de piloter cette politique ambitieuse, un conseil des entrepreneurs aura été créé afin d’établir un dialogue constant entre les élus et le monde économique.

Beaucoup pensent que l’audace est devenue une vertu indispensable aux élus d’aujourd’hui. Etes-vous prêt(e) à être très audacieux (se) sur des dossiers majeurs durant votre mandat. Lesquels ?

ROLAND RIES L’audace est la marque de notre ville, première en France à s’être lancée dans une politique cyclable et piétonne d’envergure dans les années 90 et qui demeure encore en tête des grandes villes pour le développement des modes de transport doux grâce aux différentes actions que nous avons lancées. Nous avons cru au cours de ce mandat au système, largement innovant en termes de fonctionnement et de coût, de vélo en libre service. Nous avons fait le choix précurseur

des modes doux de déplacement avec la mise en œuvre des magistrales piétonnes et cyclables, du Pass Mobilités ou encore de l’Autopartage. Le respect des prochaines générations nous a conduits à généraliser l’arrêt total de l’utilisation des pesticides dans la gestion de l’espace public. 900 agents de la collectivité (près de 10% des salariés) ont alors fait évoluer leurs pratiques professionnelles. Ce choix n’est pas toujours simple à porter. Mais je l’assume et je le poursuivrai. A l’heure où l’avenir des énergies fossiles est remis en cause et où la vie de nos enfants dépend largement des choix et des décisions que nous oserons prendre aujourd’hui, je veux engager Strasbourg dans la voie de la transition énergétique. La première tour de logements à énergie positive verra ainsi le jour à Strasbourg au sein de l’écoquartier Danube. Cette expérimentation induit des défis technologiques de conception mais aussi d’usage des habitants que j’entends assumer. De même l’Ilôt Bois, 3 bâtiments sur 20 000 m2 entièrement à ossature bois, sera créé dans notre ville. Là encore une des premières à avoir osé s’engager concrètement dans ce domaine. L’audace, c’est aussi aller prochainement chercher l’énergie dite « fatale » rejetée par les aciéries de notre voisin allemand à Kehl et l’injecter pour le chauffage de quartiers populaires au Port du Rhin. Nous avons engagé une politique innovante de création de réseaux de chaleur qui, demain, sera renforcée par le développement de la géothermie profonde.

FABIENNE KELLER L’audace est une vertu nécessaire. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que notre société traverse, depuis 2008, une crise sans précédent. Les Strasbourgeois ne sont absolument pas épargnés : le chômage a augmenté dans notre ville de 43 % en six ans ! Pour faire face, pour relever les défis qui sont immenses, pour créer des activités nouvelles et des emplois, les élus ont plus que jamais un devoir d’audace. Il ne faut pas craindre d’innover, de changer nos façons de penser et de faire, d’inventer des solutions nouvelles pour faire front. L’audace nous sera nécessaire pour faire reculer le chômage à Strasbourg et renouer avec le dynamisme économique. Ce sera le dossier prioritaire de mon mandat : tout faire pour l’emploi. Il nous faudra également redoubler d’audace pour défendre le rayonnement européen de notre ville et sa stature internationale. Strasbourg ne doit plus avoir peur. Notre ville doit reprendre l’initiative.

ALAIN JUND Le dossier le plus audacieux et le plus à « contre courant » concerne certainement la « Ville à 30 » c’est-à-dire la généralisation de la vitesse à 30 km/h. Ce n’est pas seulement une question de vitesse mais surtout de partage de l’espace public (qui me paraît nécessaire dans tous les quartiers de la ville et pas seulement au centre) entre les piétons, les vélos, et les usagers des transports collectifs. C’est une ville apaisée où le vivre ensemble redevient possible à l’opposé de nos villes, construites dans l’urbanisme des années 60 autour et sur le flux automobile. C’est certainement une des mesures les plus audacieuses pour Strasbourg ; aucune ville française n’a, à ce jour, franchi ce cap qui redéfinit notre manière de vivre ensemble dans la ville, que l’on soit habitant, salarié, en formation, touriste de passage ou encore en difficulté de mobilité (handicapé, personne âgée ou enfant). 77


FRANÇOIS LOOS Plus que de l’audace, il faudra de la détermination et de la constance au prochain maire en place. Remettre Strasbourg dans le sens de l’avenir ne pourra se faire qu’avec une vision claire des objectifs à atteindre et une gestion rigoureuse dans une période où il ne peut être question d’augmenter encore la pression fiscale, déjà insupportable pour bon nombre de Strasbourgeois. Outre l’emploi mentionné ci-dessus, les dossiers majeurs de mon mandat seront : LE LOGEMENT, LA SÉCURITÉ ET LE MIEUX VIVRE ENSEMBLE • Se loger convenablement à Strasbourg. Je permettrai la construction de logements avec un réflexe de densité plus vivable et des squares en ville comme dans les quartiers. La verdure reprendra sa place en ville avec des places vertes et non plus 100% minérales comme actuellement. La végétalisation des toits rendra la ville plus agréable à vivre et les jardins partagés seront développés. • La sécurité est un droit pour tous. La vidéo-surveillance sera renforcée au plus près des besoins. Les effectifs de police municipale seront renforcés et davantage de concierges installés là où c’est utile. • Bien vivre dans son quartier nécessite des équipements de proximité adaptés : 25% de places de crèches supplémentaires seront créés d’ici 2020 • Des actions pour le grand âge seront menées pour renforcer le lien social face à un isolement croissant • L’accès à la ville pour les personnes dépendantes sera facilité • Le secteur associatif sera aidé par un schéma « VilleAssociations 2020 » MOBILITÉ ET STATIONNEMENT • Assurer un maillage équitable des quartiers par le tram et les transports en commun. SI le centre ville est bien desservi, les quartiers périphériques sont devenus des « bouts du monde » difficilement accessibles à vélo et inaccessibles en tram. La venue du tram à Koenigshoffen sera assurée ! • La ville sera désengorgée grâce en partie au projet de l’A35 et du Grand Contournement Ouest. • Développement des modes doux et alternatifs : maillage en bornes pour véhicules électriques, renforcement de l’offre de voitures partagées, incitations au co-voiturage. • Mise en place de plans de circulation sans rupture pour la sécurité des cyclistes et des piétons. • Création de nouveaux parkings en accès directs au tram pour les visiteurs et les véhicules résidants. • Mise en place de nouvelles technologies au service de la mobilité : une application générale sur la circulation et le stationnement. RAYONNEMENT INTERNATIONAL DE STRASBOURG • Action offensive pour préserver notre statut de capitale européenne : se battre pour obtenir de nouvelles institutions européennes (la cour pénale internationale pour les crimes et délits financiers, le secrétariat de l’Eurogroupe, l’accueil de sommets franco-allemands). • Capter les événements culturels internationaux et les inscrire dans une politique des cultures urbaines européennes. 78

• Compléter l’offre des musées en valorisant leurs orientations rhénanes autour de la Cathédrale, le Musée de l’œuvre Notre Dame devant devenir le fer de lance d’un pôle muséal autour de la Via Europa. • Accompagner les artistes en résidence à Strasbourg dans leurs créations au sein du « labo », nouvel espace de promotion dédié. • Intégrer la gastronomie locale dans la hiérarchie des arts majeurs. • Créer l’office de la culture qui manque à Strasbourg.

L’image des élus politiques est désastreuse dans l’opinion française. Que vous estimiez ce constat légitime ou non, comment comptezvous y faire face concrètement si vous êtes élu ?

ROLAND RIES Je revendique cette conviction que l’élu, pour obtenir la confiance, doit être humble dans l’exercice de son mandat. Il doit porter une vision forte sans imposer autoritairement à tous son point de vue. Les Strasbourgeois ne veulent pas d’un maire qui prétende détenir seul la vérité. Nos concitoyens attendent plus de dialogue public et de transparence. Le message adressé aux élus est sévère. Il nous appartient de l’entendre. Je l’ai entendu, j’y ai répondu et continuerai de le faire avec toute l’énergie possible. Strasbourg s’est dotée des moyens financiers et humains pour expérimenter de nouvelles formes de démocratie fondées sur la participation et l’expression de chacun. Le développement du dialogue avec les citoyens est ainsi basé sur deux postulats : écouter les Strasbourgeois et surtout favoriser des lieux de débats indépendants du politique. Ces lieux ont été initiés depuis 2008 avec les conseils de quartier, les ateliers de projet, l’atelier urbain, les ateliers territoriaux de partenaires. 3 000 réunions se sont tenues depuis 2008 pour fabriquer des décisions nourries de l’expertise d’usage des citoyens. Le dialogue est devenu la règle à Strasbourg. C’est, entre autre, tout le travail effectué par des conseils de quartier que nous avons souhaité indépendants, dotés de véritables moyens pour débattre et qui émettent des avis pris en compte dans les délibérations du conseil municipal. Pour autant nous devons travailler sans relâche pour rendre plus transparente la vie publique, injecter plus d’éthique, d’outils d’évaluation. La démocratie l’exige. Ma volonté d’encourager la participation citoyenne est plus forte que jamais. La participation citoyenne est un rempart pour échapper au risque de mesures indispensables (dans le domaine énergétiques et environnementales notamment) qui pourraient être imposées autoritairement. Nous poursuivrons cette dynamique de concertation et de co-construction et nous irons plus loin. Les résultats des concertations seront plus visibles. Nous investirons davantage les nouvelles technologies numériques pour développer les échanges d’informations et d’avis et toucher un plus grand nombre d’habitants. Un


maire efficace et respecté est également d’abord quelqu’un qui sait travailler en équipe et qui confronte ses projets aux avis des habitants, lesquels apportent un enrichissement véritable aux projets et constitue un nécessaire outil d’aide à la décision. L’écoute, la concertation, la pédagogie, la transparence sont des comportements indispensables pour faire partager les idées et les projets. Pour être estimé de ses concitoyens le maire doit aussi être responsable et tenir ses engagements, en les identifiant clairement. Personne ne croit plus aujourd’hui aux promesses multiples, d’ailleurs souvent contradictoires les unes avec les autres. Dans une période ou l’argent public se raréfie, les citoyens se méfient à juste titre de celles et ceux qui annoncent 1000 projets ou une idée nouvelle par jour, sans jamais ni les chiffrer, ni dire comment ils les financeront. Je crois aussi que la loi sur le non cumul des mandats, que j’ai votée et que je m’appliquerai dès le mois de septembre, participera à ce renouveau des liens entre les élus et la population.

FABIENNE KELLER Il faut prêter une grande attention à ce que nos concitoyens disent. Beaucoup ne croient plus en la capacité de leurs élus et de leurs gouvernants à changer les choses. Ils se sentent même abandonnés par une classe politique dont ils disent qu’elle ne les écoute plus… De là vient l’abstention, de plus en plus préoccupante. Face à cette situation, l’urgence est de modifier en profondeur nos façons de faire et d’agir. La démocratie locale doit changer de logiciel. Les concertations doivent être de vraies concertations. Il faut arrêter de demander aux Strasbourgeois d’entériner des projets déjà ficelés : il faut associer le plus largement possible les habitants à l’élaboration des décisions qui les concerne. Impliquer les habitants : cela doit être le mot d’ordre des élus. C’est ce que nous ferons avec des Conseils de quartier plus proches, des budgets participatifs pour chaque quartier, une vraie e-démocratie ou encore la saisine citoyenne du Conseil municipal dès lors que 5 000 Strasbourgeois en prennent l’initiative. D’autre part, le comportement des élus doit être irréprochable. Il faut sortir du climat délétère que nous connaissons et qui nuit à la démocratie. La transparence doit être une règle absolue pour tous les acteurs publics : voilà pourquoi j’ai fait le choix de signer la charte de déontologie d’Anticor. La première responsabilité d’un élu, c’est de placer l’intérêt général au-dessus de toute autre considération…

n’est pas possible de se présenter comme Oberburgermeister si l’on a plus de 65 ans.

FRANÇOIS LOOS En effet, jamais nous n’avons constaté un tel rejet de la politique et des hommes politiques Pour nous deux grandes raisons: - Le désespoir de toute une partie de la population - Le comportement des partis politiques et de leurs représentants Nous avons le devoir de nous interdire ces comportements qui tuent la démocratie: opacité, affairisme, clientélisme, absence de convictions. Tout au long de mon engagement politique j’ai été fidèle aux idéaux qui caractérisent ma famille politique : l’humanisme, l’égalité des droits, la probité, le respect des autres. Je n’attaque pas injustement mes adversaires politiques, je ne cède pas à la démagogie, j’ai à cœur d’être au plus près des préoccupations des plus vulnérables et d’écouter tous les avis avant de trancher. Et enfin je fais ce que je dis ! C’est grâce à l’application de ces principes que j’ai pu mener la carrière politique qui fut la mienne. Je ne compte pas changer de cap.

Cinq mots, cinq mots seulement, pour caractériser le futur maire de Strasbourg que vous espérez devenir…

ROLAND RIES Responsabilité ; Détermination ; Ecoute ; Transparence ; Optimisme

FABIENNE KELLER J’ai cinq verbes pour définir le maire que je veux être : écouter, créer, protéger, agir, rassembler.

ALAIN JUND Utopique, réaliste avec une vision locale et planétaire.

FRANÇOIS LOOS Respectueux – Intègre – Rigoureux – Déterminé - Visionnaire

ALAIN JUND C’est la limitation stricte du cumul des mandats qui va constituer un changement dans l’image des élus dans l’opinion. Cette fin du cumul (plus drastique que les textes actuels) car elle doit également concerner des satellites des collectivités (sociétés d’économie mixte) doit également concerner le cumul dans le temps (pas plus de 2 ou 3 mandats) ainsi qu’une limitation de l’âge. En Allemagne, il

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PortFOLIO sabine trensz Sabine Trensz révèle tout son talent dans les images que nous avons choisies pour ce portfolio. Photographe-voyageuse, elle parcourt le monde seule ou avec son compagnon, le cinéaste Pierre Mann, avec une curiosité jamais satisfaite et un besoin évident de témoigner de la beauté de ce qui nous entoure. Elle développe ainsi un parcours étonnant, profitant à tout moment de la moindre occasion pour s’exprimer. « J’ai la grande chance de pouvoir sillonner le monde avec émerveillement. Par mes images, je souhaite témoigner, transmettre et partager mon regard » dit-elle... strensz@wanadoo.fr

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Où trouver Or Norme DANS L’AGGLOMÉRATION STRASBOURGEOISE ? Quartier Cathédrale Bar le Gayot FLAM’S Galerie Fou du Roi La Table du Gayot Le Cornichon Masqué La Nouvelle Poste Le Phonographe Mudd Club Librairie Gutenberg Piano Grill Joaillerie Eric Humbert Office du Tourisme Boutique Culture Maison Kammerzell Musée Historique Restaurant Le Strissel Hotel des Rohan Café Rohan Winstub Pfifferbrieder Hôtel Suisse Au fond du Jardin Bistrot & Chocolat Revenge Hom Roi et Son Fou Xavier Hedoire Le Tire-bouchon Les Clefs de Strasbourg Café Stein Café Montmartre Aigle Kenzo Rodier Taverne des Serruriers Foreign Coiffure Hôtel Gutenberg Librairie Oberlin Restaurant L’Ancienne Douane Brasserie à la Hache Villa Casella Terre à vins CCI / Vitrines de Strasbourg Algorithme La Loggia Ber et Pat Cat Pat Mise au Green Galler Chocolaterie Vicino L’Epicerie Adidas Avila Factory Restaurant au Petit Tonnelier Restaurant L’atelier du Goût

Jeannette et les Cycleux Restaurant La Place

Quartier BROGLIE Bulthaup Ligne Roset Optique Thomann Hôtel Mercure Tendances et Matières Ultima Bis Printemps Printemps Il Salone Hugo Boss Bijouterie Gabrièle Schwartz Ultima Hôtel Sofitel Immoval La Cave du Gourmet Hermès Boutique Edouard Artzner Boutique Escada Cartier Façonnable Yannick Kraemer Prestige Nouvelles Frontières Mont Blanc Marithé François Girbaud Wolf Musique Christofle Karanta Cinna Opéra Café de l’Opéra Raphaël Coiffeur Frey Wille Altra Marlène Pour Porcus Au Millesime Galerie Brûlée La Petite Mairie Le Flo Le Crocodile Patisserie Christian Le Boudoir Galerie Yves Iffrig Palais de la Glace Baccarat Bijouterie Humbert La Table de Christofle Albe Lilith

La Casserole La Bouquinette Galerie d’Art Nicole Buck Wolfberger Patisserie Naegel Au Clou Café Broglie Valer et Genton ISEG Bang & Olufsen Duomo Chez Yvonne Restaurant au Sanglier Heschung Pizzeria La Vetta

Quartier GARE Grand Hôtel BMS Troc’ Café L’Atelier des Chefs Galerie Stimultania MJM Hotel Mercure Institut Métamorphose MAMCS Art Café Kitsch’n Bar Quartz & Kartell Laiterie Conseil Général 67 Théâtre de La Choucrouterie ISCOM Au Camionneur Edifipierre Brasserie La Solidarité

Quartier KLEBER PETITE FRANCE Hôtel Regent Petite-France Pains d’épices Oster Restaurant L’Eveil des Sens La Chaîne d’Or Librairie Quai des Brumes IKKS Bose Le Golbasi La Part Thé Flamme & Co L’Artichaud La Taverne du Sommelier La Corde à Linge Café Max Black Angus

Aubette Restaurant de l’Aubette Be Mac D’Aberto FNAC TJP Hotel Bouclier d’Or L’Assiette du Vin Alain Batt Chocolats Costar L’Alsace à Table Librairie Kléber Cinéma Odyssée Marmara Banque Populaire Café 7ème Art Hôtel Hannong Star St-Exupéry Kirn Traiteur Cabinet Cardiologie Cohen Mise au green Accessible Cinéma Star Hôtel de France ECS Troc Mode Trolleybus L’Atelier de Grand-Père Bistro en Face

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