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Croisements u

urhin.e ld a n o ti a n a r e p www.o

janvier – février – mars 2012 • n°10

flashez-moi !


Seltz, création et design au naturel ÉCO CONCEPTION FINITION NATURELLE

2 MAGASINS PROCHES DE CHEZ VOUS

Espace Seltz Mulhouse Rue des Halles, rue de Mittelbach Tél. 03 89 46 54 23 Parking : Place de la Paix ou Réunion

Espace Seltz Mittelbergheim 1 rue Principale (centre village) Tél. 03 88 08 98 30 Autoroute A35 sud - sortie 13

www.meubles-seltz.fr


Puissance, profondeur et passion : voici ce que nous promettent les deux drames lyriques qui ouvrent cette nouvelle année ! Après une remarquable Affaire Makropoulos la saison dernière – et une Bohème largement plébiscitée par le public alsacien –, Robert Carsen poursuit son cycle Janáček avec Kat’a Kabanova. Présentée pour la première fois en France, cette mise en scène nous plonge dans un espace aquatique aux pouvoirs infinis, à la fois dangereux et irrésistiblement attirant… Nous aurons ensuite l’immense plaisir d’accueillir Olivier Py, qui nous fera redécouvrir Les Huguenots, grand opéra de Giacomo Meyerbeer, deuxième opéra le plus joué au monde, avant de tomber dans l’oubli. Critique magistrale de l’intolérance religieuse, cette nouvelle production est une plongée au cœur du fanatisme religieux de la France de 1572, à la veille du Massacre de la Saint-Barthélemy.

édito

En contrepoint, côté danse, légèreté et divertissement sont de mise, avec Let’s dance !, un programme contemporain « So British » qui célèbre l’Angleterre. Antony Tudor, Thomas Noone et Mathieu Guilhaumon lui rendent hommage, entre tradition et extravagance... Jo Strømgren, ami et fidèle de la maison, revient avec Coppélia, dans une chorégraphie enlevée et pour le moins décalée ! Nos jeunes artistes de l’Opéra Studio auront encore fort à faire en ce début d’année : après avoir séduit les spectateurs colmariens en décembre, l’opéra pour enfants Le Chat botté poursuit sa route à Strasbourg et Mulhouse. Nous les retrouverons également en toute convivialité lors de concerts apéritifs, autour de Shakespeare et du Bel canto romantique. Les artistes des Chœurs, quant à eux, nous parleront d’amour…

Un début d’année qui, je l’espère, sera pour vous source de curiosité, de découverte et de plaisir, et qui suscitera l’envie de pousser les portes de nos théâtres afin d’applaudir toujours plus nombreux des artistes d’exception. Tous mes meilleurs vœux pour 2012 ! Marc Clémeur Directeur général

Contacts

Opéra national du Rhin 19 place Broglie • BP 80320 67008 Strasbourg cedex 8 +33 (0)3 88 75 48 00 opera@onr.fr

Billetterie

Strasbourg 0 825 84 14 84 (0,15 € / min) Mulhouse +33 (0)3 89 36 28 28 Colmar +33 (0)3 89 20 29 02

www.operanationaldurhin.eu

Directeur de la publication Marc Clémeur Responsable de la rédaction Mélanie Aron Conception graphique et secrétariat de rédaction Marie Brault - OnR Impression Ott Imprimeurs Journal imprimé à 25 000 exemplaires ISSN : 2103-981X licences 2-1040374 et 3-1040375

Couverture : Flashcode; design setjapan

Les Huguenots, La Monnaie de Bruxelles, photo Clärchen und Matthias Baus

Enfin, la saison de récitals se poursuit avec Anke Vondung et Werner Güra, qui uniront leurs forces pour nous présenter l’Italienisches Liederbuch de Wolf, et la talentueuse soprano sud-coréenne Sumi Jo, qui avait fasciné le public de l’OnR lors de sa prise de rôle de Lucia di Lammermoor en 1995.


WWW.MUSEE-WURTH.FR TÉL. 03 88 64 74 84 ToM PATTI, Channeled Echo with Green, 1992 Galerie Internationale du Verre – Serge Lechaczynski Photo : François Golfier

Toutes les activités du Musée Würth France Erstein sont des projets de Würth France S.A.


10

06 kat’a kabanova 06 Voler sur la Volga ? 08 L’opéra-vérité

24 Récitals 25 Anke Vondung / Werner Güra  26 Sumi Jo

10 LES HUGUENOTS 10 Un péplum lyrique 12 La revanche d’un grand opéra populaire 14 Ici l’espace devient temps

27

concerts apéritifs

28

dîners sur scène

30

Les brèves

32

La presse en parle

35

Calendrier

16 défis techniques 16 Des tuyaux pour Kat’a 17 Les Huguenots 18 Let’s dance ! Un programme « made in England » 20 coppélia Une poupée déjantée

Photo Jean-Luc Tanghe

jns Photo Annemie Augusti

Sommaire

20

Photo Clärchen und Mat

thias Baus

06

30 C’est la ouate... 31 Flashez pour l’OnR ! 31 Quatre questions à Ludovic Tézier (ou cinq)

28

22 JEUNE PUBLIC Un programme de découverte ludique et varié

L’Opéra national du Rhin est composé des Villes de Strasbourg, Mulhouse et Colmar et subventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication, la Région Alsace, associée à l’ensemble des actions programmées dans le cadre de la saison 2011-2012, le Conseil général du Bas-Rhin, le Conseil général du Haut-Rhin. L’Opéra national du Rhin tient à remercier l’ensemble de ses partenaires, entreprises et particuliers, pour leur confiance et leur soutien.

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Croisements • 5


VOLER SUR LA VOLGA? par Daniel Payot

Kat’a Kabanova, Opéra de Flandre, photo Annemie Augustijns

Trois phénomènes dessinent la géographie symbolique de Kat’a Kabanova. Le plus massif, le plus envahissant, est un espace clos, concentrique, rempli de certitudes assénées et d’obligations, enfermant les individus dans les rets d’une idéologie rabâchée reposant sur des relents de religion contraignante, de soumission aux puissants et de moralisme épais. Des liens inextricables, familiaux, sociaux, économiques, assurent la tenue de l’ensemble et la dépendance des plus faibles envers les mieux lotis. L’obéissance maintient chacun dans les limites prescrites : les pauvres doivent obéir aux possédants, les femmes aux hommes, les jeunes aux aînés et tous à Dieu. La force de ce dispositif tyrannique, c’est qu’il s’impose non pas comme la construction particulière, historique, contingente qu’il est, mais comme une donnée « naturelle », évidente, intangible. Il se présente comme un Tout sans échappées, aussi inéluctable que le cours de la Volga, aussi dénué qu’elle de perspectives alternatives. Tout semble ainsi noué, saisi dans une alliance indestructible de Système et de Nécessité. La question de l’opéra, qui était déjà celle de la pièce d’Ostrovski adaptée par Janáček, sera donc, non pas : peut-on détruire le système, en construire un autre plus juste ?, mais : comment peut-on le fuir, rejoindre une autre rive que celle de la terrible coalition de pouvoir et d’imaginaire qui rend ce bord-ci étouffant comme un après-midi plombé avant l’orage ? Comment voler au-dessus de la Volga ? * Contre l’immobilisme autoritaire du Système, contre le mythe de sa naturalité, il s’agit de tracer des voies divergentes, de dégager et de vivre des énergies centrifuges. Encore faut-il que ces tangentes soient effectives, qu’elles ne s’égarent pas elles-mêmes dans l’imaginaire, qu’elles ne confortent pas le statisme ambiant. Or nombreuses sont dans Kat’a Kabanova les fausses lignes de fuite, qui donnent un instant l’illusion de sortir de l’ordre et qui inévitablement y reconduisent, parce qu’elles n’accomplissent pas les écarts qu’elles


formulent, parce qu’elles ne strient pas les murailles pour y faire de réelles percées. Ce sont l’alcoolisme et la veulerie des hommes, des voyages qui n’en sont pas vraiment, des intrigues confinées, de toutes petites transgressions. La relation amoureuse de Katia et Boris appartient dans une large mesure à cette catégorie : elle se laisse emmener par le cours de la Volga, de l’ordre des choses et de l’imaginaire au lieu de s’en détourner, elle ne s’invente pas d’autre espace que celui de la clandestinité, une poche dans le système que celui-ci réduit d’avance sans difficulté ; elle ne peut donc être vraiment libératrice. Boris ne parvient pas à donner forme à une histoire personnelle hétérogène, il n’a pas la force de résister à la résorption dans la normalité autochtone de l’« ailleurs » qu’il pourrait représenter ; quant à Katia, elle est victime de son intégrité et de sa pureté, qui sont réelles, mais qu’elle met au service d’un sentimentalisme religieux immédiatement traduit en culpabilité pathologique, en passion sacrificielle. Sa dévotion est un imaginaire, certes sincère, mais qui en tant qu’imaginaire travaille contre tout dessein d’échapper au réel dominant. De ce point de vue, les paroles que Katia confie à Varvara à l’Acte I, sur la réalité de son désir (je rêve que je suis un oiseau) et sur le lien entre ce rêve et les fantasmes de pureté qui la ramènent à son enfance (je vivais sans rien désirer, maman m’habillait comme une poupée, j’arrosais les fleurs de la maison, j’aimais passionnément me rendre à l’église, je ne voyais personne, je priais et pleurais) sont effrayantes : elles relèvent en apparence d’une candeur frôlant la sainteté, elles sont en réalité le symétrique exact de la confession publique que fera Katia à l’Acte III et du suicide par lequel elle se livre, symboliquement et réellement, au cours inexorable de la Nécessité représentée par la Volga. * Varvara et Koudriach ébauchent, mais ne font qu’ébaucher, le troisième fil qui trame l’opéra. La liberté de leur comportement montre qu’une autre vie est possible, et ils finissent par s’échapper. Mais leur évasion est limitée : réactive, égoïste, elle n’a pas la dimension d’une véritable émancipation. Au fond, elle laisse le système en l’état, inaltéré, elle ne fait rien contre sa confirmation perpétuelle, contre ce retour à l’ordre que signifient, dans les derniers mots du livret, les remerciements que la Kabanikha adresse aux « braves gens » comme pour dire que « l’incident est clos » et que le cours inéluctable des choses reprend ses droits. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait au contraire configurer des espaces symboliques hors de la Nécessité, nouer des relations au-delà de l’espace concentrique du Système. Dans L’Orage d’Ostrovski, cette voie est indiquée par la pensée novatrice, rationnelle, scientifique qu’exprime Kouliguine : ce sont les lumières de la Raison qui finiront par triompher des mythes et de leur fausse naturalité.

Il n’est pas indifférent que Janáček, qui par ailleurs suit de très près la pièce d’Ostrovski, introduise à ce point une modification : il minimise le rôle de Kouliguine, et s’il attribue bien à l’instituteur Koudriach des idées de progrès, il n’en fait pas les moteurs principaux d’une échappée hors du Système. Cette échappée, qui n’advient pas en fait, il en confie l’imminence à deux événements conjoints : l’émancipation des femmes et l’expression musicale de la vie. Les personnages féminins sont, dans Kat’a Kabanova, décisifs, en tous les points de sa géographie symbolique. La Nécessité a besoin de leur pouvoir d’enfantement, le Système les confine dans des imaginaires sacrificiels, elles sont donc aussi celles dont la liberté effective pourra interrompre symboliquement la Nécessité et son imaginaire et ouvrir de vraies brèches. Ce qui dit cela, que l’histoire racontée et sa fatale issue semblent démentir, c’est la musique : c’est elle qui met du mouvement là où règne l’ordre statique, c’est elle qui introduit des ruptures, des superpositions, des interruptions, des entremêlements complexes là où régnait l’apparente homogénéité du cours du monde ; c’est elle qui survole la Volga ! « J’aime les musiques qui brassent toute la vie, tout l’univers, écrit Janáček à Max Brod en 1921. Ce n’est pas seulement parce qu’elle sonne que j’aime la musique. Seule une vie pleine ne s’éteint jamais ; les sons purs que nulle vie n’a enflammés risquent de s’éteindre un jour – dans leur isolement ». Cet embrasement musical de toute la vie constitue, dans Kat’a Kabanova, l’autre vraie ligne de fuite, avec l’embarquement vers les rives d’une féminité libérée. Kat’a Kabanova, c’est toute l’énergie de la dernière période, incroyablement créative, de la vie et de l’œuvre de Leoš Janáček, qui a compris ce à quoi il aspirait passionnément : annoncer un mode d’existence affranchi, tracer les linéaments d’une expérience souveraine, et qui met alors en œuvre sa conviction enfin rejointe : cette existence, cette expérience seront atteintes quand s’associeront deux dynamismes libérateurs : l’émancipation sociale, physique, affective des femmes contre tout ce qui les contraint et les réprime, et l’émancipation de la musique, puissance d’expression, d’invention, de mobilité et de surprise, hors de l’emphase et des mensonges romantiques. Daniel Payot Président de l’Opéra national du Rhin

Kat'a Kabanova • Croisements • 7


opéra strasbourg

sa 21, lu 23, ma 31 janvier 20 h di 29 janvier 15 h je 02 février 20 h

conférence de Jérémie Rousseau ˇ « Janácek et la Russie » ve 20 janvier 18 h 30 • entrée libre

la filature mulhouse ve 10 février 20 h di 12 février 15 h

Opéra en trois actes de Leoš Janáček Livret du compositeur Direction musicale Friedemann Layer Mise en scène Robert Carsen Reprise Maria Lamont Décors et costumes Patrick Kinmonth Lumières Robert Carsen, Peter Van Praet chorégraphie Philippe Giraudeau Dikoï Oleg Bryjak Boris Miroslav Dvorsky Kabanikha Julia Juon Tikhon Guy de Mey Katia Andrea Danková Koudriach Enrico Casari Varvara Anna Radziejewska

kat’a kabanova L’opéra-vérité

ˇ Kat’a Kabanova est l’un des chefs-d’œuvre de Janácek, l’un de ses préférés aussi, car il y exprime son refus du mensonge, de l’hypocrisie et des préjugés. Modèle d’opéra-vérité, rapide, dense, sans emphase, c’est l’une des œuvres musicales les plus dramatiques de notre temps.

Inspiré de L’Orage, une pièce de l’écrivain russe Ostrovki, le livret de Kat’a Kabanova, bâti par Janáček lui-même en un scénario fort et compact, met l’accent sur le drame d’une femme que son mari délaisse et qui tombe amoureuse d’un autre homme. Une œuvre dont la concision et l’intensité du langage musical sont basées sur la force théâtrale du livret. Janáček occulte les destins individuels au profit du flot incessant de l’univers. L’action se situe dans un village en Russie vers 1860. Elle dresse un tableau bien sombre de la condition féminine : archétype de la femme opprimée par les lois de sa propre morale, Katia a fait un mariage de convenance avec Tikhon, un homme faible et dominé par

une mère autoritaire, la Kabanikha. La jeune fille rêve d’un amour idéal qu’elle projette sur Boris, le neveu de Dikoï. Encouragée par Varvara, la fille adoptive de Kabanikha, Katia devient la maîtresse de Boris. Elle est rongée par le remords de son infidélité, qui l’empêche de rompre avec son milieu social répressif et hypocrite qui réduit les individus à néant en les accablant de conformisme oppressant et d’intolérance religieuse. Sa sensualité exaspérée se mue en exaltation religieuse. Durant l’orage, elle confesse publiquement sa liaison. Le tragique de son amour, la sincérité de sa conduite, la pousseront au suicide. Une mort pour rien, et sans espoir de rédemption. M.H.

Kouliguine Peter Longauer

Fiekloucha Yasmina Favre une femme Yasmina Favre un homme Laurent Roos Chœurs de l’OnR Orchestre symphonique de Mulhouse Opéra d’après Gorza d’Alexandre Ostrovski dans la traduction de V. Cervinka révisée par Sir Charles Mackerras

Production de l’Opéra de Flandre 8 • Croisements • Kat'a Kabanova

Kat’a Kabanova, Opéra de Flandre, photos Annemie Augustijns

glacha Nadia Bieber


Andrea Dankovà

« La mise en scène est sensationnelle. Les éclairages magiques et les tableaux minimalistes chorégraphiés par Robert Carsen sont une quête d’amour à vous couper le souffle de beauté. » Manuel Brug, Die Welt, 10 février 2004.

La soprano slovaque Andrea Dankovà chante des rôles tels que Micaëla (Carmen) à la Fenice de Venise, Mimi (La Bohème) à Lyon, Liù (Turandot) et Amelia (Simon Boccanegra) à Bologne, Desdemona (Otello) à Londres. Elle brille par son expressivité et incarne avec beaucoup de générosité et une grande énergie deux des héroïnes les plus émouvantes des opéras de Janáček : Jenůfa (notamment à Madrid et à la Scala de Milan), et Kat’a Kabanová à Madrid, dans la production de Robert Carsen, et plus récemment au Teatro Colon de Buenos Aires. Un critique argentin écrit à son sujet : « On ne peut rêver d’une meilleure Katia que celle qu’incarne Andrea Dankovà. » (Clarin, septembre 2010). Sa voix au lyrisme chaud et velouté est idéale pour le rôle de la douce Katia.

« Robert Carsen signe une mise en scène visionnaire. Direction colorée de Friedemann Layer qui met très bien en évidence la partition suscitant des ambiances magnifiques. » Martine Dumont-Mergeay, La Libre Belgique, février 2004.

« Un spectacle splendide, unique, qui mérite un juste triomphe. » Ugo Malasoma, Operaclick, Notizie dal mondo dell Opera, Milan, 8 mars 2006.

« Les lumières de ce spectacle sont probablement ce que j’ai vu de mieux sur scène depuis bien longtemps. Cette production est l’exemple parfait d’un spectacle réussi, peu onéreux, plein d’imagination et magnifique mise en scène. » José M. Irurzun, Madrid, 2008.

« De temps en temps, on assiste à un miracle dans un théâtre. La mise en scène de Robert Carsen perce dans le texte l’enchère musicale et dramatique de Janácek, ˇ y découvre et y explore des images puissantes, profondes, avec une direction peu courante. »

Photo www.benoitpelletier-diabolus.fr

Santiago Martin Bermúdez, ConcertoNet, Madrid, 12 février 2008.

Kat'a Kabanova • Croisements • 9


opéra strasbourg

me 14, ma 20, sa 24, me 28 mars 18 h 30 di 18 mars 15 h

la filature mulhouse ve 13 avril 18 h 30 di 15 avril 15 h 30

Rencontre avec Olivier Py animée par Guy Wach ma 13 mars18 h 30 • entrée libre

Grand opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer Livret d'Eugène Scribe et émilie Deschamps Direction musicale Daniele Callegari Mise en scène Olivier Py Décors, costumes et maquillages Pierre-André Weitz Lumières Bertrand Killyt marguerite de valois Laura Aikin valentine Mireille Delunsch

les huguenots un péplum lyrique

Raoul le protestant aime Valentine la Catholique : nous sommes en France en 1572, à la veille du massacre de la Saint-Barthélémy. Meyerbeer présente à travers cette grande fresque historique une représentation du fanatisme religieux de cette époque. Olivier Py met en scène cette critique de l’intolérance religieuse. « Une leçon de ténèbres » au caractère intemporel.

le page, urbain Karine Deshayes raoul Gregory Kunde nevers Marc Barrard saint-bris Philippe Rouillon marcel Wojtek Smilek cossé Xavier Rouillon thoré Marc Labonnette tavannes Avi Klemberg bois rosé Mark Van Arsdale retz Arnaud Rouillon méru Patrick Bolleire Chœurs de l’OnR Orchestre philharmonique de Strasbourg éditions critique de Milan Pospisil et Olivier Jacob Copyright chez G. Ricordi & Co., Buehnen und Musikverlag Munich

Coproduction avec La Monnaie / de Munt, Bruxelles 10 • Croisements • Les Huguenots

Histoire d'une odyssée Amour, sensualité, érotisme, fanatisme, horreur, tels sont les ingrédients de cette intrigue cornélienne, qui a pour scène finale le massacre de la SaintBarthélemy. Le drame découle d'un quiproquo : amoureux de la catholique Valentine de Saint-Bris, Raoul de Nangis, jeune noble protestant, se méprend sur ses intentions, alors que celle-ci demande à son fiancé, le comte de Nevers, de rompre leur engagement. Au cours d'une scène à la sensualité et à l'érotisme exacerbé, Marguerite de Valois intrigue en vain : Raoul rejette brutalement la main de Valentine. Il n'en fallait pas davantage : la soif de vengeance de cette bourgeoisie catholique dont l'honneur a été bafoué déclenche une violence qui ne s'arrêtera plus. Raoul s'aperçoit de sa méprise trop

tard, Valentine est désormais l'épouse du comte de Nevers. Les amants se retrouveront au milieu du massacre et mourront en martyrs. Hollywoodien, cet ouvrage pharaonique l'est par bien des aspects: plus de quatre heures de musique, des décors souvent monumentaux, une quantité impressionnante d'artistes, autant dans la fosse que sur scène... Le nombre de solistes a d'ailleurs souvent valu a l'opéra le surnom de nuit aux sept étoiles, en raison de la difficulté à trouver autant de chanteurs capables de tenir les rôles principaux. Rencontrant un succès sans précédent, l’ouvrage conquiert les plus grandes scènes et dépasse les mille représentations au tournant du siècle, avant de sombrer dans l'oubli. Cette nouvelle production confiée à Olivier Py, en coproduction avec la Monnaie de Bruxelles où elle a été présentée en juin dernier, rend ainsi justice à une œuvre phare, emblématique du grand opéra français.


Un poète, un visionnaire... Évitant les ornières d’une actualisation trop facile, le metteur en scène dresse des passerelles entre des moments charnières de l’histoire : parmi les costumes, les somptueuses toilettes Renaissance côtoient redingotes et imperméables. Omniprésentes, les grandes croix blanches, gages de foi, se transforment en armes. Monumental et somptueux – grands panneaux coulissants noirs et bronze, immense escalier, néons aveuglants – le décor évoque à la fois les fastes de la Renaissance et les noirceurs du Romantisme.

« Olivier Py nous redit que l’homme ne parvient jamais à maîtriser ses propres démons. Il assume toutes les dimensions de l’œuvre, sa cruauté, sa légèreté, son érotisme […]. Noir et blanc, sur lequel l’or jette ses flammes, néons aveuglants, structures métalliques volontiers coulissantes, Olivier Py est bien là […] avec son tropisme nocturne, dans ce goût pour la beauté plastique, pour le tableau – le bain rappelle Ingres –, ce penchant pour le monumental, comme s'il ressuscitait à sa façon, non sans gourmandise, les somptuosités de la peinture d'histoire. » 1 1. Didier van Moere, L’Avant-scène opéra, septembre 2011

A.G.

Palmarès La revue lyrique allemande Opernwelt distingue Les Huguenots « Meilleur opéra de l’année 2011 » L’ensemble des journalistes affiliés à cette revue (Die Welt, Der Tagesspiegel, Die Frankfurter Rundschau, DeutschlandRadio, WDR) ont salué le remarquable travail de cette super-production.

« Mireille Delunsch incarne une Valentine déchirée entre amour et devoir. »

Ci-contre : Les Huguenots, La Monnaie de Bruxelles, photo Clärchen und Matthias Baus

Philippe Venturini, Les échos, 16 juin 2011.

MIREILLE DELUNSCH, de retour à l’onR Mireille Delunsch est de retour sur les scènes de l’OnR dans le rôle de Valentine, jeune catholique que la reine Marguerite souhaite marier à un protestant pour tenter de réconcilier les deux religions. Depuis ses débuts dans les années 1990, la soprano est en passe de devenir une véritable diva. Retour sur la carrière d’une artiste hors du commun. « Je suis entrée dans l’art lyrique par la petite porte – je n’ai pas de prix de conservatoire, je n’ai pas fait l’école d’art lyrique de Paris ni de Lyon – et petit à petit je me suis fait ma place » 1.

Née à Mulhouse, Mireille Delunsch se lance dans le chant, après avoir été pianiste, organiste, saxophoniste et après des études de musicologie à Strasbourg. En 1985, elle intègre les Chœurs de l’OnR. En avril 1990, elle fait ses débuts sur scène à l’Opéra du Rhin, dans le rôle de Xenia dans Boris Godounov. Depuis, elle poursuit une brillante carrière internationale. Mireille Delunsch est connue et reconnue en France pour être une soprano qui entre dans ses rôles avec intensité, grâce à sa voix évidemment, mais également par son jeu. Elle s’est produite avec les chefs les plus prestigieux (Marc Minkowski, Jean-Claude Casadessus, Michel Plasson, pour ne citer qu’eux), avec les metteurs en scène les plus reconnus (Olivier Py, Peter Brook, Klaus Michael Grüber, Luc Bondy, Peter Sellars…) et a foulé les scènes les plus connues d’Europe. Cette artiste aux doubles facettes n’a pas peur de se lancer corps et âme dans les défis les plus inattendus et ne se ménage pas : « Je suis une soprano lyrique, j’ai besoin d’étendre ma voix. Certains pensent probablement que c’est un risque, qu’il faudrait que je m’économise. Mais justement je suis fatiguée de tous ces discours sur le fait de se ménager. Le chant c’est une énergie. Il faut s’y donner avec intensité. » 2 Cette philosophie a l’air de lui réussir ! Elle vient de recevoir le prix d’honneur de la Fond’Action Alsace. 1 Mireille Delunsch, propos recueillis par Elodie Bécu pour Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 12 novembre 2011 2 Propos recueillis par Jean-Charles Hoffelé le 10 mai 2007, pour le site Internet Concertonet.com

Les Huguenots • Croisements • 11


la revanche d’un grand opéra populaire entretien avec olivier py

Auteur, poète, metteur en scène, acteur, mais aussi directeur de théâtre, chanteur, réalisateur… Olivier Py est un tourbillon de créativité. Révélé au Festival d’Avignon en 1997, il s’est imposé depuis comme l’un des artistes les plus stimulants de la scène française. Il a notamment signé une quinzaine de mises en scène d'opéra, dont un Tristan et Isolde d'anthologie. De Wagner à Meyerbeer, il n’y avait qu’un pas…

Frédéric Aron : Que diriez-vous à un spectateur qui viendrait pour la première fois à l’opéra pour voir Les Huguenots ? Olivier Py : Je lui dirais que c’est une œuvre d’art total, une œuvre excellente à mon avis pour commencer à voir de l’opéra. Même si l’histoire est longue, elle est pleine de romance, de moments satyriques, de force politique… Elle est profondément populaire, c’est la raison pour laquelle elle a été célébrée au XIXe siècle, et c’est peut-être la raison pour laquelle elle a été oubliée au XXe siècle. F. A. : était-ce un pari d’exhumer Les Huguenots ? O. P. : Oui, complètement, un pari de Marc Minkowski et de moi-même. Nous avions ce projet depuis plusieurs années, après avoir pris conscience que cette œuvre, qui a profondément marqué l’histoire de l’opéra, était absente des scènes européennes, ou du moins françaises, depuis soixante ans. Elle a été oubliée, complètement à tort. Marc Minkowski m’a fait découvrir la musique de Meyerbeer, qu’on a injustement accusée d’être une musique facile. C’est une musique splendide, qui ne déroute pas l’oreille tout en étant extraordinairement inventive. On peut reconnaître ce qui va être Wagner, mais aussi Verdi ou Offenbach. Meyerbeer essaye tout, initie tout.

12 • Croisements • Entretien avec Olivier Py


Les Huguenots, La Monnaie de Bruxelles, photo Clärchen und Matthias Baus

F. A. : Le livret de Scribe vous a-t-il convaincu ? O. P. : On monte un opéra quand on aime et la musique et le livret, il faut croire aux deux. Je dois dire qu’au début, nous étions un peu les deux seuls au monde… J’ai trouvé le livret très fort. C’est un véritable pamphlet contre l’intolérance religieuse. Scribe, qui a beaucoup produit, a été taxé d’écrire au kilomètre, sans doute est-ce la raison pour laquelle on n’a pas pris le temps de le relire. Il est vrai que les enregistrements proposent des versions très coupées, qui mettent l’accent sur le versant sentimental au détriment du message politique et ne rendent absolument pas grâce à l’intelligence du livret. C’est l’une des raisons qui nous ont convaincus de monter l’opéra dans sa quasi intégralité. N’oublions pas que Les Huguenots avaient passionné le public, c’est important de le souligner. Ils se voient comme un grand film d’aventure, une extraordinaire comédie musicale… F. A. : N’est-ce pas incongru d’associer massacre historique et romance ? O. P. : Le grand opéra français a la volonté de contenir tous les genres. Il faut qu’il y ait des scènes de ballet, des scènes de romance, de la poésie lyrique, mais aussi une conscience politique… Il faut qu’il y ait tout, y compris musicalement. Je crois que ce mélange, qui a été considéré comme une faiblesse, constitue en fait sa force. La pièce commence avec des rendezvous amoureux, des farces, des scènes très érotiques avec les jeunes filles au bain, le ton est très léger, on se croirait presque chez Offenbach. Mais elle s’achève de manière très violente et très noire, et là on est déjà chez Wagner. La couleur change subitement, et quand sonne le glas du massacre de la Saint-Barthélemy, l’imprécation politique devient terrible. C’est une leçon de ténèbres. F. A. : Ce côté foisonnant ne se retrouve-t-il pas dans votre pratique théâtrale, qui mêle tous les registres ? O. P. : Je suis très attaché aux œuvres romantiques, au sens du romantisme français, c’est-à-dire dans lesquelles il y a un mélange des genres. Quand je monte Shakespeare, je cherche à faire entendre

la trivialité, la farce, et aussi la hauteur théologique, et la méditation sur le pouvoir, et les poèmes élégiaques… Je veux faire entendre toutes les couleurs d’un texte. J’ai également un amour pour le théâtre historique. Au fond, le spectacle que j’ai écrit sur Mitterrand est aussi une pièce historique. J’aime l’histoire rêvée, la légende historique. Ce n’est pas l’histoire mais la légende que je mets en scène. Le mélange des époques me permet de créer du sens, de rendre l’œuvre polysémique. Dans Les Huguenots, des costumes du XVIe siècle se mêlent à des tenues du XIXe siècle, nous montrons une Renaissance imaginée dans les années 1830. Dans les scènes du massacre du dernier acte, on voit des imperméables et des valises qui évoquent les années 1940. L’histoire n’est qu’un héritage… F. A. : Lors du massacre, Marcel s’exclame : « Ils chantent encore ! » Qu’est-ce qu’un homme qui ne chante plus pour vous ? O. P. : Un homme qui ne chante plus est un homme qui est mort. Vivre, c’est chanter. Chanter, c’est se mettre en harmonie avec le monde, s’oublier, jouir d’être au monde. Le chant commence là. C’est plus mystérieux que tout. C’est pourquoi j’ai pour les chanteurs une admiration sans bornes. Ils font la chose la plus difficile qui soit. F. A. : Vous chantez vous-même régulièrement travesti en Miss Knife, votre personnage de cabaret . Que ressentez-vous en chantant ? O. P. : C’est difficile à expliquer, chaque chanteur vit une expérience très différente… Mais je dirais que la douleur prend une face lumineuse. Ma souffrance d’un seul coup s’éclaire, tout en restant de la souffrance. C’est très mystérieux… Je pense d’ailleurs reprendre Miss Knife, mon double chantant me manque. Pourquoi ? Parce que c’est la chose la plus difficile que je fais… Propos recueillis par Frédéric Aron, novembre 2011.

Entretien avec Olivier Py • Croisements • 13


ici l’espace devient temps entretien avec pierre-andré weitz

Après des études de chant et d’architecture à Strasbourg, Pierre-André Weitz intègre les Chœurs de l’Opéra national du Rhin et parallèlement débute sa carrière de scénographe. Depuis vingt ans il travaille avec Olivier Py dont il réalise tous les décors et costumes, pour le théâtre, l’opéra et le cinéma. Son cœur va autant au théâtre qu’à l’opéra, même s’il souligne ce qui sépare les deux genres : au théâtre se joue le temps de la comédie, à l’opéra le temps de la musique. Sa relation avec Olivier Py n’est pas exclusive, il réalise cette saison douze scénographies, dont cinq à Strasbourg, pour des metteurs en scène différents.

M. A. : Pense-t-on à l’ennui du public, surtout lorsque le spectacle dure cinq heures ? P.-A. W. : Lorsque Olivier et moi nous ennuyons au travail, nous supposons alors que le public s’ennuiera également. C’est le même schéma que lorsque Puccini composait : s’il ne pleurait pas en écrivant, il supposait que sa partition 14 • Croisements • Entretien avec Pierre-André Weitz

n’était pas bonne... L’ennui peut cependant être positif, s’il permet d’accéder à autre chose, à cette autre réalité. Olivier et moi essayons avant tout d’être généreux. La générosité embête rarement... Dans Les Huguenots, le temps, la durée sont importants. La magie a besoin de ce temps pour opérer. M. A. : Comment avez-vous abordé l’époque historique où se situent Les Huguenots ? P.-A. W. : Les Huguenots relatent une période dramatique de l’histoire de France. Comment représenter quelque chose d’horrible, sans cesse renouvelé, dans des pays et à des époques différentes ? Le cœur du sujet est les bagarres qui sans cesse opposent les humains les uns aux autres, au fil de l’histoire de l’humanité. Comment faire fonctionner l’imaginaire pour proposer une façon d’interpréter l’histoire ? La réponse ne se trouve ni dans une proposition réaliste ni historique. J’ai imaginé des maisons qui bougent : en mouvement, au fil des différents tableaux, elles représentent le combat mais aussi la traversée des époques, pour conduire à aujourd’hui. C’est une façon contemporaine de raconter cette histoire.

Les Huguenots, La Monnaie de Bruxelles, photo Clärchen und Matthias Baus

Mélanie Aron : Comment définiriez-vous votre approche de la scénographie ? Pierre-André Weitz : J’envisage le décor comme un espace en mouvement, comme un espace musical. Je propose une chorégraphie de l’espace. J’aime penser des décors mobiles qui traduisent ce mouvement musical. Par exemple, dans la réalité les maisons ne bougent pas. À l’opéra elles le peuvent : c’est ce qui différencie un décor de théâtre d’un décor de télévision. L’espace scénique est un espace dramaturgique. En évoluant, il permet au sens de progresser et par là-même d’accroître la pensée des spectateurs. À l’opéra tout part de la musique. Il ne s’agit pas d’illustrer la musique mais de partir de la partition pour accéder à une dimension qui se trouve au-delà des notes et des mots du livret.


M. A. : Quelle est la part du symbolique dans cette recherche ? P.-A. W. : Les maisons en or représentent le monde des catholiques. Les maisons noires celui des protestants. Il faut, au théâtre, à l’opéra, savoir être didactique, utiliser des signes, des signifiants, des symboles pour aider la lecture du spectateur. L’iconographie des Huguenots est en cela classique, au sens propre du terme. Elle utilise les mythes fondateurs de notre humanité. Un homme nu avec des bois de cerf apparaît sur scène dansant avec une femme portant un croissant de lune. Ici, l’utilisation du mythe de Diane au bain surprise par Actéon. Diane ne peut être vêtue car elle sort du bain ! Nous sommes loin, il me semble, de la perversité... Mais le monde d’aujourd’hui a parfois quelques difficultés à saisir le classicisme. L’allégorie participe également de ce classicisme. Ainsi, par exemple, trois danseuses maquillées en mort. Il s’agit ici de la mort dansant avec le soldat partant à la guerre. La scénographie est une métaphore permanente. Il faut bien différencier la réalité du réel. Nous sommes dans une autre réalité. C’est pourquoi, je n’apporte pas de réponse réaliste, mais une réponse poétique. Quand on a beaucoup chanté, on accède plus facilement à cet espace, avec ses illusions. Pour faire croire à cet autre monde, à cette autre réalité, il

faut proposer des clefs de lecture au spectateur. Mais tout ceci reste de l’ordre de la proposition et non de l’interprétation, destinée à emmener le spectateur dans une réalité symbolique, métaphorique, psychologique. Je suis là pour raconter des histoires. Et pour cela j’utilise tout ce que je suis : scénographe, chanteur, musicien, acrobate, clown, peintre... Tout est important. M. A. : Si vous ne deviez citer qu’un opéra ? Ne jouer qu’un seul rôle ? P.-A. W. : Carmen est pour moi l’opéra universel, la représentation même de l’opéra. La femme opéra. Où qu’on aille sur la planète, on citera Carmen. Je suis ému à chaque fois par cette œuvre. Pas par son sujet, mais par son universalité, par ce qu’elle représente. J’aimerais incarner Calaf dans Turandot. Pourquoi ? Parce que c’est une œuvre inachevée, véritable porte ouverte dans l’imaginaire, en relation directe avec le soleil.

M. A. : Comment vivez-vous les représentations, en tant que scénographe ? P.-A. W. : Le scénographe est un passeur, entre l’œuvre et le spectacle. Il illusionne. Il faut – et c’est essentiel de le souligner – revendiquer que le principe du spectacle vivant est qu’il SE FAIT au moment où le spectateur est là, dans cet espace collectif. Il se fait en temps réel. La chose est partagée en direct. Et est par conséquent unique. Il s’agit d’une communion, d’un partage. Ainsi l’opéra est un lieu de résistance où l’on peut toucher le spectateur par tous les sens. Le spectateur vient au spectacle pour voir un autre réel, un autre possible. Il vient voir des mythes, des héros. Il est en demande de poésie, il est dans l’attente de quelque chose. Il a besoin de fantasme, de fantasmagorie. Ainsi la voix et la musique tentent, permettent de cerner un peu plus la complexité de l’humain. Toutes deux ouvrent une autre porte de l’inconscient et de l’être. L’opéra est un véritable luxe de l’âme, il n’est pas nécessaire, il est indispensable. Propos recueillis par Mélanie Aron, le 14 novembre 2011.

Entretien avec Pierre-André Weitz • Croisements • 15


s e u q i n ch e t s i f é D

des tuyaux pour kat’a

d’humidité lié à cette installation a provoqué quelques dégâts, notamment dans certains matériels électriques, nos équipes ont conclu de ne pas laisser stagner l’eau en dehors des répétitions et des représentations. Aussi faut-il aménager une cuve de stockage, située dans les dessous de scène. D’un point de vue esthétique, le metteur en scène Robert Carsen a souhaité une petite chute d’eau de 17 cm entre le bassin et le bord de la scène. Une rigole a été aménagée afin de récupérer l’eau au bas de la scène. Celle-ci coule ensuite vers la réserve pour être traitée avant d’être réutilisée sur la scène. C’est ainsi qu’une machinerie digne des décors baroques préside à la scénographie d’apparence très sobre de cette production. H.P.

L’aboutissement de la magie d’un spectacle passe souvent par des phases très techniques, qui permettront de réaliser les ambitieux projets des équipes artistiques. Celle que Robert Carsen a imaginé pour Kat’a Kabanova est de faire évoluer les artistes sur une surface d’eau. Qu’à cela ne tienne, Alan Kieffer du bureau d’études des ateliers de construction de décors s’est appliqué à mettre au point et à adapter le système pour les théâtres du syndicat intercommunal. La mise en scène de Kat’a Kabanova exige l’installation sur scène d’un bassin rempli d’eau. Certes la profondeur de celui-ci n’est que de 3 cm, mais sa surface de 260 m2 nécessite un volume d’environ 9 m3. De nombreuses contraintes... Il faut bien sûr un volume d’eau suffisant correspondant à celui du bassin lui-même, auquel il faut ajouter celui qui circule dans les tuyaux et au niveau des différentes phases du réseau. Comme le bassin doit accueillir des danseuses, l’eau doit être chauffée à quelques 30 degrés, et pour maintenir cette température, doit être réchauffée en permanence. L’eau chaude est propice au développement de bactéries, aussi doit-elle être traitée après filtrage pour en retirer les impuretés. Et qui dit circulation, dit pompage. Des prélèvements quotidiens permettent de vérifier la qualité de l’eau et de faire varier le traitement selon les résultats. Profitant de l’expérience de l’Opéra u eminer ou évacuer l’ea s de tuyaux pour ach de Flandres, dans lequel le taux Des dizaines de mètre 16 techniques Kat’a Kabanova 12 •• Croisements Croisements •• Défis L’éternel retour de Batman

Photos OnR

Kat’a Kabanova, Opéra de Flandre, photo Annemie Augustijns

Kat’a Kabanova et Les Huguenots : ces deux productions constituent des défis importants pour notre maison. Sous l’égide de Jacques Teslutchenko, directeur technique de l’Opéra national du Rhin, les ateliers de construction de décors de la Meinau et notamment son bureau d’études ont trouvé les solutions.


Les Huguenots, La Monnaie de Bruxelles, photo Clärchen und Matthias Baus

La coproduction : de la prouesse technique à l’accomplissement artistique Coproduire un spectacle est toujours une grande aventure. Financière tout d’abord, car la coproduction suppose un partage des coûts, humaine également, car elle implique une véritable et étroite coopération entre les partenaires engagés. Une coproduction nécessite une grande capacité d’adaptation. Il est en effet essentiel de respecter les contraintes financières et artistiques de chacun, mais aussi de confronter les techniques et les forces vives des théâtres engagés. Une étude technique poussée du décor est essentielle avant sa construction. La Monnaie de Bruxelles et l’Opéra national du Rhin se sont associés pour la réalisation de cette nouvelle production des Huguenots. Une collaboration culturelle permettant des échanges autant techniques qu’humains, pour une réalisation d’un niveau européen.

Un travail main dans la main Les ateliers de la Monnaie ont construit les décors. Mais les bureaux d’études de Bruxelles et de Strasbourg ont travaillé main dans la main, très en amont, pour penser et assurer l’adaptabilité des éléments aux différentes scènes concernées (une à Bruxelles, deux à l’OnR). Julien Achaintre, responsable du bureau d’études des ateliers de la Meinau a étudié le dimensionnement des éléments, suivi de près l’avancée de leur construction, la façon dont ils s’emboitent au fil des tableaux, la manière dont les tableaux se succèdent les uns aux autres. La mise en scène est composée de 26 tableaux : une véritable prouesse technique et artistique au service de l’œuvre.

Entre deux scènes

Il a aussi fallu mener une réflexion par rapport à la charpente Les cadres de scènes des théâtres strasbourgeoise, dont la résistance ayant des dimensions différentes, il a aux charges est moindre qu’à la été nécessaire, en amont, d’apporter Monnaie. Le poids de certains certaines modifications au décor et de éléments a dû être réduit. Le plateau réduire la hauteur des éléments. de la Monnaie comporte une pente De plus, la vétusté du bâtiment à 4 %, celui de Strasbourg est plat. strasbourgeois a pour conséquence Ainsi, il a fallu prévoir, pour des un investissement supplémentaire en raisons d’esthétique et de mise en matière de sécurité et de classement au scène, de construire une pente à 4 % feu : il a été requis, entre autres, d’ajouter pour Strasbourg. des gardes corps pour assurer la sécurité Les ateliers ont également fabriqué des artistes et leur éviter la sensation du une lune, élément important de la vide. scénographie. Un cyclo de 6 m de diamètre, peint, tendu sur un cadre de métal, fixé sur un châssis en bois, pour une largeur totale de 8 m 30. La dimension de cette lune a dû être réduite, afin de rentrer dans les deux cages de scène, les dimensions de Strasbourg étant inférieures à celles de Bruxelles. Le spectacle est techniquement long et éprouvant pour les équipes, de par sa durée et sa complexité. Ainsi par exemple, les façades des maisons, dont la hauteur pour certaines approche les 9 m 50, bougent comme un accordéon. Sur scène se trouvent de grands chariots – un système de machinerie baroque – fixés sur des rampes apparentes, afin de bouger symétriquement les différents éléments. Le déplacement de ces chariots est manuel, permettant ainsi souplesse et sensibilité des mouvements. Les machinistes les manipulent à vue. Le résultat est grandiose. La mécanique fonctionne, la magie s’opère. M.A

Défis techniques Les Huguenots • Croisements • 17


la filature mulhouse di 22 janvier 15 h ma 24 janvier 20 h

théâtre colmar sa 04 février 20 h di 05 février 15 h

opéra strasbourg

me 15, je 16, ve 17, sa 18 février 20 h di 19 février 15 h

danse à l'université

danse à l'université

Université de Strasbourg, Le Portique je 02 février 18 h 30 • entrée libre

Université de Haute-Alsace, Mulhouse Gymnase universitaire je 12 janvier 18 h 30 • entrée libre

répétition publique

La Filature, Mulhouse je 19 janvier 18 h 30 • entrée libre

LET's dance !

un programme « made in England » LE JARDIN AUX LILAS Créé en 1936 par le Ballet Rambert CHORÉGRAPHIE, Antony Tudor MUSIQUE Poème pour violon et orchestre, Op. 25 Ernest Chausson MANY CHORÉGRAPHIE Thomas Noone

Le Ballet de l’OnR est au cœur de l’Europe et il le prouve en mettant le Royaume-Uni à l’honneur avec un programme qui lui est entièrement dédié. Entre tradition et extravagance, Let’s Dance ! puise dans toutes les richesses de la danse anglaise. À commencer par une référence de la chorégraphie anglo-saxonne, Antony Tudor avec Le Jardin aux lilas. En contrepoint, le nouveau talent de la scène anglaise qu’est Thomas Noone pour la création Many. Enfin, c’est un jeune français, Mathieu Guilhaumon, chorégraphe et danseur de la compagnie, qui invitera le public à déguster unTea for six (or ten).

TEA FOR SIX (OR TEN) Création CHORÉGRAPHIE Mathieu Guilhaumon MUSIQUE Henry Purcell DÉCORS ET COSTUMES Christelle Reboulet Ballet de l’OnR Spectacle présenté avec des musiques enregistrées

Spectacle présenté dans le cadre de la Présidence britannique du Conseil de l’Europe

18 • Croisements • Let's Dance !

Back to classics Si le ballet anglais exerce aujourd’hui une influence internationale, son histoire est pourtant très courte. Jusqu’au début du XXe siècle, le RoyaumeUni manque d’interprètes et de chorégraphes, les bons danseurs préférant s’expatrier en France ou en Italie. La danse anglaise se cantonne alors aux divertissements chorégraphiques et aux revues de l’Alhambra ou de l’Empire Theatre préfigurant un genre fleurissant dans la Grande-Bretagne des années 1930, le « musical  » dont Let’s Dance ! est un exemple bien connu. Il faut attendre 1928 et la création du Royal Ballet pour voir naître une véritable tradition chorégraphique classique. Parmi les premiers talents alors révélés, Antony Tudor déploie un style nouveau mêlant intensité et délicatesse pour aborder les conflits intérieurs

de la société edwardienne. Son Jardin aux lilas en est l’incarnation la plus connue mais aussi la plus difficile à monter. Cette histoire d’amours impossibles donne à voir, où plutôt dissimule derrière les branches d’un décor fleuri, les émotions de quatre personnages principaux tiraillés entre raison et passion. En arrière-plan, les lilas sont témoins du drame muet d’une soirée d’adieux. Caroline rêve désespérément d’un dernier baiser de l’être aimé tandis qu’elle est promise à un autre pour satisfaire les ambitions de sa famille. La poésie tout intérieure de ce ballet représente un véritable défi. Au-delà de la technicité de la danse, c’est une atmosphère tissée de nostalgie et d’euphémisme qu’il s’agit de créer. Loin de ses apparences « romantiques » trompeuses, cette pièce reste très actuelle dans son évocation du passage douloureux de l’adolescence à l’âge adulte.

Le Jardin aux Lilas, Renjie Ma, photo Nis & For

création MUSICALE Philip Sheppard


Too much ? Invité par Bertrand d’At pour une création originale, Many, avec les danseurs du Ballet de l’OnR, Thomas Noone entend mettre à profit l’expérience d’une compagnie dont la capacité d’adaptation aux styles chorégraphiques les plus variés n’est plus à démontrer. Le BOnR, pour sa part, enrichira une fois de plus sa palette d’interprétations avec une nouvelle touche artistique bien caractéristique. Ce nouvel espoir britannique témoigne du rayonnement de l’école anglaise en Europe. Formé à l’école Rambert de Londres, il commence sa carrière en Hollande pour la poursuivre auprès de Frédéric Flamand en Belgique et finalement s’installer à Barcelone où il crée, en 2001, sa propre compagnie, la Thomas Noone Dance. Tranchant résolument avec l’art de l’atténuation « so British » d’Antony Tudor, il impose une danse physique, presque animale alliant violence et lyrisme sur des rythmes effrénés.

lon le PLURIEL se thomas noone

ENTRE ROCK ET BAROQUE Antony Tudor invite le compositeur Ernest Chausson dans sa pièce, le tact voulait donc que Mathieu Guilhaumon lui rende la pareille en conviant un compositeur anglais. Au-delà du clin d’œil, le choix de la musique de Purcell joue un rôle crucial dans la composition de Tea for six (or ten). Pour Mathieu Guilhaumon, la musique est à la fois le point de départ et le « squelette » de la pièce : « je fonctionne d’abord avec la bande musicale, c’est ce qui me donne les grandes lignes, les dimensions du cadre et de la toile. Il me reste ensuite à y ajouter les couleurs » 1. C’est d’ailleurs au cœur de la bande-son que transparaît l’intention du chorégraphe : en glissant malicieusement un morceau des Beatles interprété à la manière baroque par une Cathy Berberian déjantée, Mathieu Guilhaumon entend « créer le décalage, faire bouger les limites entre tradition et modernité » 2. 1 Mathieu Guilhaumon, propos recueillis en novembre 2011. 2 Ibid

Thomas Noone en répétition, photo Mat Hale Maquettes des costumes Tea for six (or ten), Christelle Reboulet

Thomas Noone nous dévoile les intentions qui se cachent derrière le titre énigmatique de sa création, Many. « Dans Many, je souhaite développer le thème de l’individu face au groupe, la façon dont chacun cherche à se distinguer tout en restant dépendant du regard des autres. D’où le titre… Eux, le groupe, nous tous. La pièce jouera sur la notion de pluriel dans l’unisson comme dans la cacophonie. C’est une des quêtes essentielles de nos vies. Pour ne pas vivre seul, on cherche à être au moins deux. Le couple c’est d’ailleurs un concept fondamental en chorégraphie. Quand je ferme les yeux et que j’essaie de me représenter un mouvement, je vois au moins deux personnes. Face au nombre, la toile de fond de cette pièce aura un rôle de premier plan : un portail étroit d’où tout provient et vers où tout converge. Comme si la multitude n’existait pas sans restriction ou isolement. La création musicale de Philippe Sheppard sera aussi un élément central. Je dois être plutôt « vieux jeu » sur ce point car je ne peux pas imaginer la danse sans musique. Pour moi, c’est le fil directeur d’une chorégraphie. L’atmosphère sonore a un effet presque inconscient sur le public, elle permet de nuancer et d’influencer ce que le spectateur voit ». Thomas Noone, propos recueillis en novembre 2011.

Vous prendrez bien une tasse de thé ? Mais que ferez-vous d’un parapluie, d’une horloge ou plus déroutant encore, d’une couronne ? Mathieu Guilhaumon ne cherche évidemment pas à reconstituer le Big Ben des touristes détrempés. Il se livre plutôt à un détournement de symboles. Loin des clichés, le jeune chorégraphe, désormais familier des spectateurs alsaciens avec ses créations pour le jeune public, fait surgir sur scène ces objets dans toute leur puissance évocatrice. Dès lors, l’Angleterre n’est plus qu’une toile de fond, un prétexte. Tasse de thé, parapluie, horloge et couronne sont autant de madeleines auxquelles chaque personnage sur scène attache une émotion particulière, provoquant ainsi le déroulement du récit. Parmi ces personnages, un garde ou plutôt un gardien du temple du conservatisme. Impassible, il conservera, un à un, les emblèmes d’une époque révolue et tentera d’en supporter le poids. Ni la musique racée et extravagante (donc très anglaise) de Purcell, ni les provocations des autres danseurs ne semblent pouvoir le faire remuer. Cet immobilisme pose autant aux danseurs qu’aux spectateurs la question de la tradition : qu’en fait-on ? Que fait-elle de nous ? Faut-il la préserver coûte que coûte ou se laisser entraîner par les vents du changement ?

L.D. Let's Dance ! • Croisements • 19


la filature mulhouse

opéra strasbourg

danse à l'université

danse à l'université

di 11 mars 15 h ma 13, me 14 mars 20 h

Université de Haute-Alsace, Mulhouse Gymnase universitaire je 23 février 18 h 30 • entrée libre

me 11, je 12, ve 13, sa 14 avril 20 h di 15 avril 15 h

théâtre colmar sa 02 juin 20 h di 03 juin 15 h

Université de Strasbourg, Le Portique ma 03 avril 18 h 30 • entrée libre

répétition publique

La Filature, Mulhouse sa 03 mars 16 h • entrée libre

coppélia

une poupée déjantée Après avoir réalisé quatre chorégraphies pour le Ballet de l’Opéra national du Rhin, Alexie, Casse-noisette, Last Piece by Anybody et Coppélia, Jo Strømgren nous revient pour une reprise de sa Coppélia très personnelle…

CHORÉGRAPHIE ET DéCORS Jo Strømgren MUSIQUE Léo Delibes DIRECTION MUSICALE Daniel Klajner costumes Mona Grimstad lumières Olivier Oudiou Ballet de l’OnR Orchestre symphonique de Mulhouse

L’univers Strømgren Touche à tout du spectacle vivant, Jo Strømgren franchit le domaine de la danse pour aller à la rencontre d’autres disciplines artistiques telles que le théâtre et le cinéma. Résultat de l’expérience : un large univers esthétique intégrant des œuvres diverses, riches en formes et figures prêtes à surprendre le spectateur par leur originalité et leur puissance symbolique. Son style se caractérise par un langage chorégraphique expressif et physique où toutes les disciplines de la scène se croisent.

Coppélia, c’est l’histoire d’un rêve qui a la vie dure : créer de toute pièce un être parfait. On se souvient de Pygmalion. Solitaire endurci, éternel déçu des défauts et de la superficialité de la gent féminine, il cherchait l’amour dans la pierre qu’il façonnait. « Grâce à une habileté prodigieuse, il réussit à sculpter, dans l’ivoire blanc comme neige, un corps de femme d’une telle beauté que la nature ne peut en créer de semblable, et il devient amoureux de son œuvre. » (Ovide, Métamorphoses X).

20 • Croisements • Coppélia

Coppélia, photos Jean-Luc Tanghe

Amours artificielles


Au fond, puisque la femme n’est qu’artifices, fards et perruques pourquoi ne pas la choisir artificielle ? Cette démarche est très proche de celle de Coppélius, le savant fou qui décide de créer une poupée à son image, la fameuse Coppélia. De la Grèce antique à la fin du XIXe siècle, de la statue à l’automate, il n’y aurait donc qu’un saut technologique, qu’une évolution de moyens. Seulement, Coppélius n’est pas Pygmalion. Lorsque le sculpteur étreint sa statue, par la grâce de la déesse Vénus, Galatée s’anime et lui rend son regard. Tandis que le pauvre Coppélius, lui, connaît la pire des désillusions. S’il a bien l’impression de voir les traits et mouvements de l’automate prendre vie, c’est pour faire l’amer constat que ce phénomène ne doit rien ni à son art, ni à sa science. C’est Swanilda, la malicieuse, qui a pris les apparences de Coppélia afin de reconquérir Frantz, jeune homme naïvement envoûté par les beautés artificielles de la poupée. Entre Pygmalion et Coppélius, quel charme a été brisé ? Quelle est cette créature idéale qui ne fait plus que refléter l’échec de l’homme et de sa science ? Coppélia est un « ballet pantomime comique » qui renferme l’ironie mordante et corrosive du conte d’Hoffmann, L’Homme au sable, dont il est tiré. C’est une manière de rire de soi, de la science, de l’amour, et des rêves d’une science qui se voudrait « équation de l’Amour » (Villiers de L’Isle-Adam, L’ève Future).

Une relecture décapante S’emparant de cette ironie tragique, Jo Strømgren joue les Coppélius dans un univers toujours plus loufoque. En 2008, il présente, en complicité avec le Ballet de l’OnR, une version délirante du ballet classique où l’on peut découvrir toute une série d’automates, d’espèces encore inconnues. En dehors des personnages principaux (Coppélius, le savant aigri ; Frantz, le jeune homme simple et plutôt naïf ; Swanilda, la farceuse amoureuse et bien sûr Coppélia, la poupée

au déhanché extravagant) viennent rouler des mécaniques toutes sortes de poupées, poupée femme-enfant ou se prenant pour « Cat Woman », parfois trop molle, parfois trop gonflée ou trop fragile (en porcelaine d’origine pas assez contrôlée). Spectatrice de ce défilé détonnant, la gent masculine reste interdite : « objets inanimés auriez-vous donc une âme » ? Comme on ne rit jamais assez, le BOnR vous propose de revenir vous amuser et frémir devant les vanités de l’homme et de sa science. L.D.

n coppélia selo JO STRØMGREN Pourquoi créer une nouvelle version de Coppélia ? « Pour jouer avec les attentes du public et ouvrir de nouvelles perspectives à partir de l’histoire originale. Même si l’argument de Coppélia manque de substance, tragédie, crise de conscience et déchirement psychologique, il est toujours possible d’instaurer une réflexion qui va au-delà de l’histoire et qui nous mène au sujet de la manipulation physique de l’être humain. Dans l’histoire originale, il y a la poupée Coppélia, et elle est déjà parfaite. Je tiens à mettre en valeur l’idée perverse de créer une femme parfaite, en effet je souhaite envahir la scène de poupées stéréotypes représentant d’une part le processus vers cette perfection et d’autre part, l’échec de l’expérience. Ces poupées sont le reflet des icônes de notre temps. » Jo Strømgren, propos recueillis en novembre 2007. Coppélia • Croisements • 21


jeune public un programme de découverte ludique et varié

La saison jeune public se poursuit : au programme en ce début d’année, l’occasion de partager le quotidien et le travail de nos artistes « maison » le temps d’un atelier, un concert pédagogique et une conférence dansée pour s’initier de manière ludique au spectacle vivant, sans oublier notre opéra jeune public, Le Chat botté, une invitation pour petits et grands à voyager dans le monde féérique des contes de Charles Perrault.

Le Chat botté

En complément de ce spectacle, les Musées de la Ville de Strasbourg proposent une promenade dans les images de Gustave Doré, de l’Imagerie populaire de Wissembourg et de Tomi Ungerer, sur les pas du Chat botté et des contes de Perrault.

Le Chat Botte

Un jeune meunier se lamente car il vient d’hériter en tout et pour tout d’un simple matou. Mais l’animal a plus d’un tour dans son sac et de l’esprit pour deux. Loin de finir en ragoût, il va user de ruse et de malice pour conduire son maître vers tout le bonheur du monde.

Le Chat botté, un livre illustré inspiré de l’opéra jeune public.

Texte Finzo Illustrations Laurie Agusti et Jérôme Dubois Prix : 5 € Liste des points de vente : www.operanationaldurhin.eu

5 € ISBN : 978-2-9527-9824-2

Cet album est inspiré de l’opéra éponyme de César Cui.

Finzo • agusti • Dubois

Après avoir ravi les spectateurs colmariens, Le Chat botté pose ses valises à Strasbourg et Mulhouse. Une bien jolie leçon de débrouillardise, servie par le talent d’une distribution jeune et dynamique, et sublimée par des décors et costumes inspirés de l’univers de Gustave Doré.

Finzo agusti Dubois

À découvrir absolument !

Ruse et malice au pays de Gustave Doré

l’album illustré

Accrochage spécifique jusqu’au 29 février au Musée d’Art Moderne et Contemporain

CMD** Strasbourg lu 09, ma 10, je 12 janvier 10 h* & 14 h 30* me 11 janvier 14 h 30 & 20 h ve 13 janvier 14 h 30* & 20 h La Sinne Mulhouse ve 17 février 10 h 30* & 14 h 30* sa 18 février 15 h & 20 h * Représentations réservées aux groupes scolaires Réservations : département jeune public ** Cité de la Musique et de la Danse

Shakespeare en musique … et en version pédagogique ! Le concert proposé par les artistes de l’Opéra Studio à Colmar (voir détail p.27) est accessible aux groupes scolaires. Pour aller plus loin dans la découverte des œuvres de Shakespeare mises en musique par Giuseppe Verdi, Otto Nicolai ou Charles Gounod, les airs présentés sont expliqués et commentés au fur et à mesure de leur interprétation. Théâtre Colmar ma 03 janvier 12 h 30* *Réservations : département jeune public

22 • Croisements • Jeune public

Illustration Le Chat botté, Laurie Agusti & Jérôme Dubois

Renseignements : Martine.DEBAENE@strasbourg.eu


SDP de Garry Stewart, photo Jean-Luc Tanghe

danse Raconte-moi la mA Danse et ciné Conçues sur le modèle des « Young People Concert » de Leonard Bernstein au New York Philharmonic, les conférences dansées Raconte-moi la danse sont devenues des moments incontournables de la programmation jeune public de l’OnR. Les enfants y découvrent, de manière ludique et par le biais d’extraits dansés, puis commentés, les grands thèmes de la danse. Cette nouvelle édition explore les liens entre danse et cinéma, depuis son invention par les Frères Lumière. Elle nous plonge aux origines de cette technologie récente, avant d’analyser les premiers essais de rapprochement entre ces deux formes artistiques, et de questionner l’apport de la vidéo en direct. Les danseurs du Ballet de l’OnR, quant à eux, incarnent les chorégraphies de quelques-uns des plus grands classiques cinématographiques que sont White Nights, West Side Story, Turning Point ou encore Les Chaussons rouges.

couvertes

dé les mercredis

Devenir chanteur lyrique ou danseur professionnel : n’est-ce pas le souhait de nombre d’enfants ? Le temps d’un mercredi découverte, leur rêve devient réalité ! Les jeunes artistes en herbe partagent, et surtout expérimentent, le quotidien de nos artistes « maison », de la rigueur de leur travail à la satisfaction de la création finale. Entre pédagogie et amusement, trois rendez-vous de pratique, à Strasbourg, Colmar et Mulhouse, à ne manquer sous aucun prétexte !

Petit chanteur d’un jour

Être à la Maîtrise de l’OnR, c’est bien sûr chanter, pour le plaisir, pour apprendre à se perfectionner et s’amuser, mais aussi découvrir le côté coulisses et le côté scène de l’Opéra… Une journée pour « faire comme eux » et avec eux : c’est le défi de ce mercredi découverte. Opéra Strasbourg me 14 mars 10 h

Ce programme nous prouve une fois de plus combien les richesses de la danse sont infinies, mais peut-être surtout « qu’aucune machine, si perfectionnée soit-elle, ne saurait dépasser l’imagination du vivant et sa capacité à repousser sans cesse ses propres limites »… La Sinne Mulhouse ve 10 février 14 h 30* Opéra Strasbourg ve 17 février 14 h 30* * Représentations réservées aux groupes scolaires Réservations : département jeune public

Dans la peau d’un chanteur

Le temps d’un après-midi, les enfants entrent dans la peau d’un chanteur d’opéra. Aux côtés des artistes de l’Opéra Studio, échauffements vocaux et répétitions s’enchaînent pour aboutir à la création d’un petit concert. La Manufacture Colmar me 21 mars 14 h 30

À la barre !

Rendez-vous au Ballet de l’Opéra national du Rhin à Mulhouse pour découvrir le travail des danseurs. De la barre quotidienne à la construction d’un spectacle, profitez d’une journée mouvementée, dans laquelle urgence, réflexion, rapidité et introspection sont à l’ordre du jour ! Centre chorégraphique Mulhouse ATTENTION, changement de date : me 04 avril 14 h 30 Réservé aux 8-12 ans Tarif 5,50 € Réservations : département jeune public (nombre de places limité)

Jeune public • Croisements • 23


Récital Werner Güra

Opéra Strasbourg

Hugo Wolf Italianisches Liederbuch

ma 21 février 20 h

Ténor

Anke Vondung

mezzo-soprano

Christoph Berner piano

anke vondung Werner gÜRA Au bonheur de Wolf

Heureux les fidèles des récitals de l’OnR : ces purs bijoux que sont les grands cycles de Hugo Wolf, où peut-on les entendre sinon ici ?

24 • Croisements • Récital

(Octavian du Rosenkavalier) et Georges Bizet (Carmen) comme de Mozart (Dorabella, Cherubino) ou Haendel (Giulio Cesare) et Rossini (La Cenerentola). Un événement à marquer d’une pierre blanche. M.H. 1. Sylvain Fort, critique musical et auteur

Photo Werner Güra Monika Ritterhaus

En Allemagne, les Italianisches Liederbuch se font denrée rare, et n’était le festival Wolf de Stuttgart, il y aurait fort à parier que même outre-Rhin, les Italienisches et Spanisches Liederbuch ne se verraient pas souvent donner dans leur ensemble en une seule et même soirée. Ici, pourtant, dix ans après Soile Isokoski et Bo Skovhus dans ce même recueil, cinq ans à peine après le Spaniches Liederbuch de Sophie Karthäuser et Stephan Loges, l’Italienisches Liederbuch nous revient, avec deux des plus intéressants récitalistes de leur génération, la mezzo-soprano Anke Vondung et le ténor Werner Güra. De ce dernier, les nombreux disques disent assez l’affinité avec ce répertoire. Comme le soulignait récemment Sylvain Fort sur son blog, « Werner Güra injecte dans le lied tout ce qu’il a de tendresse et d’amertume, de passion et de lassitude. Au disque cela donne une subtilité dans le phrasé, les variations de timbre, l’évocation, dont aucun ténor, qu’il soit allemand, français ou moldave, n’est aujourd’hui capable. En récital, cela donne une présence presque nue, une timidité qui ne cherche même pas à se surmonter, une volonté manifeste de s’effacer derrière les images que la voix fait naître. »1 À ses côtés, sa complice de longue date, Anke Vondung, qui sait plier son immense voix aux exigences de Richard Strauss


Opéra Strasbourg

Récital

je 15 mars 20 h

Sumi Jo

SOPRANO

Vincenzo Scalera piano

Georg Friedrich Haendel Antonio vivaldi Eva Dell’acqua Charles Gounod Adolphe Adam Heinrich Proch Franz Schubert Richard Strauss Gustav Mahler Felix Mendelssohn Johann Strauss Fils

SUMI JO

Un programme de haute voltige La grande soprano sud-coréenne revient à l’OnR, où elle fut naguère (1995) une Lucia di Lammermoor d’anthologie. Après avoir déchaîné les fidèles de l’Opéra par sa prise de rôle de Lucia restée dans les mémoires, Sumi Jo revient pour un récital en forme de vaste panorama d’un art du chant qu’elle sut glaner aux meilleures sources : on se souvient en effet que toute jeune encore, c’est auprès de Carlo Bergonzi, puis de Herbert von Karajan, qu’elle peaufinait son art du chant. On a parfois dit de Karajan qu’il allait la tuer, l’obligeant à répéter indéfiniment avec lui la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée de bon matin, risquant par là-même de perdre avant l’heure ses aigus cristallins – inutile de préciser qu’il n’en fut heureusement rien, et elle reste même l’une des rares sopranos à avoir gravé par deux fois le rôle au disque, avec Solti (1991) puis Östman (1992) ! Sumi Jo n’a rien perdu de sa virtuosité, et chante encore aujourd’hui des rôles stratosphériques avec la même aisance déconcertante. Elle fut aussi l’une des premières à se risquer dans la version aiguë de Giulietta des Contes d’Hoffmann, avant de se faire une spécialité de ce répertoire léger français, les Grétry, Adam etc. Mais ce soir, ce n’est pas la technicienne du suraigu qui nous convie, mais bien plutôt l’artiste, tout aussi gourmande d’opéra que de mélodie. À côté de deux hits tirés de Giulio Cesare, elle nous fera en effet découvrir quelques raretés du répertoire, tels Bajazet et Griselda de Vivaldi, ou encore cette Villanelle de Dell’Acqua. On attend avec impatience ses Brentano Lieder (1918), raretés parmi les raretés. Il est vrai que Richard Strauss y a accumulé les difficultés, exigeant de l’interprète une tessiture et une virtuosité exceptionnelles, ce qui explique sans doute que peu de cantatrices s’y soient risquées… Un programme de haute voltige ! M.H.

er !

à ne pas manqu

Bejun Mehta contre-ténor Photo Bejun Mehta Marco Borggreve

Julius Drake piano

Une soirée de mélodies anglaises Henry Purcell, Ralph Vaughan Williams,Herbert Howells, Roger Quilter, Gerald Finzi, Lennox Berkeley,Peter Warlock, Ivor Gurney

Opéra Strasbourg ve 16 décembre 20 h Récital présenté dans le cadre de la Présidence britannique du Conseil de l’Europe Récital • Croisements • 25


di

à lire avaNt, aPrès, Pour aller Plus loiN... entretiens, articles, analyses, photos...

s e m m a r G o r s e l les P C a t C e P s des

PhiliPPe

Y

maNour

la Nuit de GuteNberG eNtretieN aveC PhiliPPe maNourY

2011-2012

s, des   des flashe éel ; le  c n o d ,  s e « Des scèn resque, en temps r ui  és p é, q instantan ment avou  froid,  te ia d é m im la faim, le désir cru,  ement ; et  ont que trop  n n o r u o c veut  ui ne s , ces  ences et q autres urg eck et Lulu z z o W t  n s, que  ivro vraies. Su uvres type a  p   s e c t   e ens our, mais pauvres g aire glam  f s a p t  u a e f surtout il n    » . s euf sordide dré tub

la Nuit de

GuteNberG

Philippe man

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la Nuit berG N de Gute

« Au départ je n’avais qu’une seule image en tête: une tablette  d’argile qui se brise et se transforme en un immense réseau  électronique de communications »

P u C C iN i G ia C o m o

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e

Giacomo

Puccini

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me la bohè

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uN Nouv

n  our, né d’u « [...] l’am e,  ne surpris ’u d ,  e ffl u   so ain glacée  m te ti e  p e d’un oir ;  e dans le n rencontré e fille  ue la jeun q ,  ie s é o nt.  la p uleuseme c a ir  m e n incar i’’,  pelle Mim p ’a  m n O ‘‘ is,  lle deux fo elui  chante-t-e i c s s om est au mais ce n ie. » de la poés imi »,

ar  le genre p t  s  e a r é p  sûr, l’o es  «  Oh, bien  de grandes destiné z Puccini   où ais che excellence chéance. M ue du détail :  é  d la t  n e e cliniq connaiss uci presqu ’installe, le petit  o  s e  c e in dom ction s tôt  r où l’infe it qui bien a la plaie pa  f u n e  m e ou le st un  symptôm he. [...] C’e rt.  » p o tr s ta a a c de la mo nourrira l ouleur et   d a  l e  d n ort clinicie YlvaiN f ohème, s

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’aPPel me « oN m la bohè l e N u r Pierre b

OPUS CORPUS

eb PitoYabl

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la bohè

« Le Chevalier noir de Nolan est clairement pensé  comme une allégorie de l’Amérique de l’après   11 septembre : un héros vengeur qui veut imposer le  Bien, mais dont la justice personnelle et le sentiment  de toute-puissance déclenchent un chaos encore plus  grand »

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iam Forsy

Will hiNWorK r Noé Soulie WorKWit loiNtaiN s aY P N d’u r ge n In as if Joha réCi

tal

die fledermaus la marque de batmaN, frédériC aroN

« La musique est faite de retournements, de points culminants, qui rythment le temps  musical avec une légèreté plaisante, mais en même temps dramatiquement juste » die fledermaus le seCret de la valse vieNNoise, eNtretieN aveC rolaNd böer

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Y aN

les ProGrammes des sPeCtaCles soNt eN veNte aux Caisses des théâtres et auPrès du PersoNNel d’aCCueil les soirs de rePréseNtatioNs. de 5 à 10 €

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pian

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On ne change pas une formule qui gagne ! Les concerts apéritifs font partie des traditions de la maison. Des choix éclectiques à l’image des interprètes qui montent sur scène et viennent ensuite prendre un verre avec les spectateurs, un gage de convivialité.

Shakespeare en musique théâtre colmar

émilie Brégeon soprano, John Pumphrey ténor, Rudi Fernàndez-Càrdenas, baryton Svetlana Zemskova piano

ma 03 janvier 12 h 30

Il en a inspiré des compositeurs et des librettistes… L’icône de la langue anglaise a légué des pièces incontournables qui sont elles aussi devenues des opéras. Et voilà qu’Ophélie et Hamlet se mettent à chanter sous la bienveillance d’Ambroise Thomas, que Otto Nicolai met en musique Die Lustigue Weiber von Windsor (Les Joyeuses Commères de Windsor) et que Giuseppe Verdi s’empare de cette même pièce pour faire chanter Falstaff. Plus récemment, Benjamin Britten nous a fait songer le temps d’une nuit d’été avec A Midsummer Night’s Dream et Leonard Bernstein aura revisité Roméo et Juliette façon 50’s pour West Side Story. Et c’est précisément des extraits de ces ouvrages que nos jeunes chanteurs incarneront pendant cette heure de concert dédiée à ce cher William.

Opéra Strasbourg Salle bastide sa 07 janvier 11 h

Concert présenté dans le cadre de la Présidence britannique du Conseil de l’Europe

L’Elisir d’amore de Donizetti, fleur du bel canto romantique théâtre colmar

Hanne Roos (Adina) soprano, Mark Van Arsdale (Nemorino) ténor, Yuriy Tsiple (Belcore) baryton, Dimitri Pkhaladze (Il Dottor Dulcamara) basse

ma 31 janvier 12 h 30

Opéra Strasbourg Salle bastide

Nemorino est amoureux d’Adina mais celle-ci le délaisse pour le sergent Belcore. L’histoire de Tristan et Iseult inspire le premier qui aimerait bien trouver le philtre qui la rendrait amoureuse de lui. Le docteur ambulant Dulcamara lui en procure un, en fait du vin de Bordeaux, qui n’aura pas raison de la demande de mariage de son concurrent. Entre la décision du mariage et la signature, Némorino hérite de son oncle et devient un parti intéressant. De quoi faire changer d’avis la belle quant à son futur mari. L’élixir aura finalement fait son effet. C’est avec plus que ces extraits, des « tubes » de cet œuvre emblématique de Gaetano Donizetti, que nous passerons un moment de grâce.

sa 04 février 11 h 

l’ILLIADE illkirch

di 26 février 17 h 30

Parlez-moi d’amour Opéra Strasbourg Salle bastide

Aline Gozlan soprano, Susan Griffiths-Jones soprano, Violeta Poleksic mezzo-soprano Dominic Burns baryton, Vérène Rimlinger piano On connaît l’amour toujours, l’amour vache, l’amour tout court, le manque d’amour et le Grand Amour, celui dont on rêve et celui qui fait peur, celui qui dure toute une vie ou le temps d’une histoire. Chantée et illustrée en paroles et musiques le temps d’un concert, c’est une invitation à écouter les mots qui nous parlent d’amour, de nos amours. Des airs romantiques de Duparc, Satie, Saint-Saëns, Chausson ou Messager à des extraits plus enlevés de La Grande Duchesse de Géroldstein d’Offenbach ou des Mamelles de Tirésias de Poulenc, en passant par des mélodies de Prévert et Kosma, l’amour sera traité sur tous les tons… dans la langue de Molière. H.P.

sa 17 mars 11 h

Concerts présentés en partenariat avec la Cave de Turckheim Concerts apéritifs • Croisements • 27

Photo Élodie Heitz & Anne Perret

concerts apéritifs


Dîners sur scène ème 3 édition

Fêtez les 40 ans de l’Opéra national du Rhin sur scène !

Pour son anniversaire, l’OnR vous invite à partager 40 ans de spectacle et d’émotion : deux soirées inédites, dans un cadre insolite : la scène de l’Opéra. Un événement exceptionnel et convivial, en compagnie des chanteurs de l’Opéra Studio transformés en chanteurs-serveurs, pour vous offrir un moment lyrique inoubliable. Les bénéfices de la soirée seront entièrement consacrés au soutien de l’Opéra national du Rhin. Opéra Strasbourg je 19, ve 20 avril 2012, 19 h 30

« Quelle excellente initiative de nous avoir proposé cette soirée ! Bravo et merci.» Jean Marc Ritter, particulier, 1ère édition (2010)« Je vous félicite vous et

l’équipe toute entière pour le somptueux dîner d’hier au soir. Cet événement hors du commun restera gravé dans les mémoires. »

Martine Chabert, Chabert expertise comptable, 2ème édition (2011)

« Merci de cette excellente initiative; nos clients etaient ravis de ces heures passées sur la scène de l’Opéra; pour ma part je tiens à féliciter tous ceux qui ont œuvré à la réussite de cette soirée originale et de qualité. » Bernard Feissat, La Banque Postale, 2ème édition (2011)

28 • Croisements • Dîners sur scène


La participation au dîner sur scène se fait sous forme de don ouvrant droit à une réduction d’impôt de : 66 % pour les particuliers 60 % pour les entreprises Dîner particulier : 170 € * par personne (coût réel après déduction fiscale : 58 €) Dîner jeune (–de 30 ans) : 100 € * par personne (coût réel après déduction fiscale : 34 €) Dîner entreprises : 1 700 € * pour 10 personnes (coût réel après déduction fiscale : 680 €) Dès réception de votre règlement, vous recevrez un reçu fiscal correspondant au montant de votre don. * boissons comprises

Photos OnR et Philippe Leroy

Pour toute information Mélanie Aron / Marie Brault +33 (0)3 88 75 48 95 / 40 fidelio@onr.fr www.operanationaldurhin.eu (rubrique Soutenir l’Opéra)

Dîners sur scène • Croisements • 29


c’est la ouate.... Cette exposition est née suite à un échange professionnel avec les Ateliers de Perruques / Maquillages de l’Opéra Bastille.

Isabelle Dolt, Chef Perruquière / Maquilleuse de l’OnR

Hall de l’Opéra, Strasbourg, jusqu’au 10 janvier 2012

30 • Croisements • Les brèves

Photos Alain Kaiser

Les perruquiers utilisent principalement des cheveux pour la fabrication des perruques. À l’affût de nouvelles techniques pour faire évoluer toujours plus nos travaux, cette découverte nous a séduites par les volumes, les formes et les styles variés qu’elle permet de réaliser. Nous avons d’ailleurs utilisé ce matériel pour les perruques et les barbes des scribes dans la production La Nuit de Gutenberg qui a ouvert la saison de l’OnR. Durant le stage avec Jean-Jacques Sempère, perruquier/maquilleur de l’Opéra de Paris-Bastille, mon équipe et moi-même avons créé et réalisé des perruques qui nous ont permis de rompre avec nos habitudes et ainsi, de diversifier nos compétences artistiques. Pour finir cette aventure en beauté, nous avons mis ces perruques en scène lors d’une séance de maquillage et de photographie avec les élèves de l’école des arts de la transformation de l’OnR. Venez découvrir et partager la magie de ces créations.


à... (ou s n io t s e u q e quatr

Photo Cassandre Berthon

flashez pour l’onr !

cinq)

ludovic tézier Comment êtes-vous tombé dans la musique ? Avec bonheur et volupté... Plus sérieusement j’étais sans doute trop jeune pour m’en souvenir... Je ne me rappelle pas avoir vécu dans ma plus tendre enfance une journée sans musique... Tous styles confondus... À Marseille, il y avait pour moi l’amour de mes parents, l’accent, le soleil et la musique de partout... Quel est votre plus beau souvenir d’opéra (et le pire...) ? Le plus beau souvenir d’opéra me ramène dans le public, lors de ma rencontre avec le genre même, à Marseille mon berceau ; Parsifal et son sortilège qui me poursuivent encore aujourd’hui, quant au pire, pour avoir jusqu’ici été un enfant gâté, malgré quelques vicissitudes, il reste sans doute à venir... Aie aie aie...

Pour la réalisation de ses QR codes, l’OnR a coopéré avec SET, une entreprise japonaise créative, basée à Tokyo, spécialisée dans la création de QR codes originaux, mais aussi de campagnes de publicité globales, autant au Japon qu’à l’étranger. Pour lire les QR codes, téléchargez I-NIGMA sur votre smartphone.

En savoir plus sur : www.setjapan.com

Si vous étiez un instrument ? Un violon sans doute pour chanter au creux du cou de ma future épouse qui en joue si bien... Si vous étiez un personnage lyrique ? Don Juan pour plein de raisons hyper personnelles... Quel est le projet qui vous tient le plus à cœur en ce moment ? Mon mariage en Alsace avec Cassandre au milieu de mes enfants et de ceux que nous aimons. En novembre/décembre 2011, Ludovic Tézier partage son temps entre Vienne (Wolfram von Eschenbach dans Tannhäuser) et Toulouse (Ford dans Falstaff) et sera à Paris pour La Dame de pique au début 2012.

Les brèves • Croisements • 31


Photo Alain Kaiser

La presse en parle... la nuit de gutenberg « […] Partition époustouflante de Philippe Manoury. Orchestre (magnifiquement dirigé par Daniel Klajner), électronique (réalisée à l’Ircam ) et voix bénéficient d’un traitement musical magistral. Une œuvre exceptionnelle à plus d’un titre […]. » Pierre Gervasoni « L’orchestration est de premier ordre, la musique captivante. » Christian Merlin « Une œuvre ambitieuse, tant au plan musical et plastique qu’au plan intellectuel. » L’Humanité

Maurice Ulrich

« Eve-Maud Hubeaux brille, portée par le panache et la liberté du personnage de Folia. » Pierre Rigaudière « Philippe Manoury a composé une partition riche et intense, dirigée avec feu par Daniel Klajner. » Christian Wasselin « […] Les solistes brillent par leurs qualités vocales et leur présences scénique par leur intelligence du texte aussi. » Jérôme Pesque

32 • Croisements • La presse en parle

« L’OPS assume avec brio la complexité d’une partition à laquelle l’électronique donne son envergure spatiale et sa luxuriance sonore. » Michèle Tosi « Un coup de cœur ! » PIEM « Petits Chanteurs de Strasbourg Maîtrise de l’OnR et Chœurs de l’OnR, tous sont convaincants. » Caroline Alexander « Philippe Manoury peut être reconnaissant au chef mulhousien Daniel Klajner à la tête de l’OPS d’avoir su restituer consciencieusement et précisément sa partition. » Stuttgarter Zeitung H. W. Koch « La musique de Manoury stimule l’imagination, nous accapare, fixe notre attention, surprend par des solutions peu conventionnelles. » Maestro.net.pl Leszek Bernat « Yoshi Oida met en scène l’œuvre de manière expressive et inspirée. » Udo Pacolt

« ça gratte et ça râpe avec beaucoup de pittoresque dans les profondeurs instrumentales. » Deutschland Radio

Frieder Reininghaus

« Yoshi Oida, a créé une image ensorcelante, en transformant l’espace vide en événement théâtral. » Nikolaus Schmidt « Prestation extraordinaire de l’OPS, sous la direction de Daniel Klajner, ainsi que des techniciens de l’Ircam, qui ont introduit les sons électroniques en direct. » Neue Zürcher Zeitung

Alfred Zimmerlin

« Pas simplement une nouvelle production pour ouvrir la saison de l’OnR, une création, et qui plus est une commande à un compositeur français, on peut dire que c’est un grand événement. » Dagmar Guilcher


la bohème « Les Chœurs et la Maîtrise de l’OnR apporte une contribution de haut niveau . » Colette Kaufmann « Thomas Oliemans : une voix magnifique et un jeu très engagé, enlevé et dynamique. Agnieszka Slawinska et Oliemans illuminent la scène par leur énergie et leur engagement. »

Anne Suply

« Soulignons l’atout décisif que représente la direction aussi fouillée et nuancée qu’énergique de Stefano Ranzani. Un modèle d’équilibre et de suggestion. » Christian Fruchart « Stefano Ranzani et Robert Carsen ont fait preuve de minutie et d’audace pour donner vie à une œuvre que l’on ne présente plus. » Sylvain Angonin « Thomas Oliemans campe un Marcello irréprochable et justement ovationné. […] On se réjouit de constater l’excellence de l’Orchestre et la jeunesse du public. » Jérôme Pesqué « Le chef trouve un bon équilibre entre liberté dans la structure mélodique et une clarté du rythme. L’OSM, très bien disposé, le suit avec précision et sensibilité. » Georg Rudiger « Difficile de ne pas se laisser emporter par la simultanéité du plan musical et scénique, par la beauté picturale des images construites avec une délicatesse et précision, par cette vision qui suggère plutôt que de montrer et qui, grâce à cela, rend beaucoup mieux la vérité de la psychologie des personnages. » Maestro.net.pl

Leszek Bernat

La Nuit de Gutenberg & La Bohème, photos Alain Kaiser D’un pays lointain, photo Jean-Luc Tanghe

opus CORPUS « La pantomime utilisée dans les grands ballets classiques comme Le Lac des cygnes ou Giselle s’offre un lifting contemporain dans le spectacle D’un pays lointain (...) C’est charmant, évidemment. Comme on fait ses gammes, les interprètes du Ballet du Rhin accomplissent leurs variations ». Rosita Boisseau « Mécanique, signifiant, habité : le corps est au centre du programme du Ballet de l’Opéra national du Rhin, avec trois chorégraphies d’une grande richesse. (…) La surprise vient du jeune Noé Soulier dont l’étonnant D’un pays lointain s’inspire avec une rare intelligence de la pantomime du XIXe siècle. »

« La reprise en sa version intégrale de Workwithinwork, créé par William Forsythe à la fin des années 80, est un pur bonheur. Hantée par la musique de Luciano Berio, magique dans ses jaillissements, sa rigueur lancinante, son inattendue poésie, et interprétée avec force par les danseurs de la compagnie, graciles taches vert et fauve, la pièce est magistrale. » Claudine Studer-Carrot

Gille Haubensack

La presse en parle • Croisements • 33


Ăœberall wo Menschen sind.

citylightcontact info@citylightcontact.de


Calendrier janvier

ma 03 me 04 ve 06 sa 07 di 08 me 11 me 11 je 12 ve 13 je 19 ve 20 ve 20 sa 21 di 22 lu 23 ma 24 di 29 ma 31 ma 31

  Shakespeare en musique Colmar Théâtre    Die Fledermaus Mulhouse Sinne   Die Fledermaus Mulhouse Sinne   Shakespeare en musique Strasbourg Opéra   Die Fledermaus Mulhouse Sinne   Le Chat botté Strasbourg CMD   Le Chat botté Strasbourg CMD   Danse à l’université Mulhouse UHA   Le Chat botté Strasbourg CMD   Répétition publique Mulhouse Filature   Rencontre Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra   Die Fledermaus Colmar Théâtre   Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra   Let's dance ! Mulhouse Filature   Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra   Let's danse ! Mulhouse Filature   Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra   Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra   Le bel canto romantique Colmar Théâtre

février

je 02   Kat'a Kabanova Strasbourg Opéra je 02   Danse à l’université Strasbourg US sa 04   Le bel canto romantique Strasbourg Opéra sa 04   Let's dance ! Colmar Théâtre di 05   Let's dance ! Colmar Théâtre ve 10   Kat'a Kabanova Mulhouse Filature di 12   Kat'a Kabanova Mulhouse Filature me 15   Let's dance ! Strasbourg Opéra je 16   Let's dance ! Strasbourg Opéra ve 17   Let's dance ! Strasbourg Opéra sa 18   Le Chat botté Mulhouse Sinne sa 18   Le Chat botté Mulhouse Sinne sa 18   Let's dance ! Strasbourg Opéra di 19   Let's dance ! Strasbourg Opéra ma 21   Récital Werner Güra et Anke Vondung Strasbourg Opéra je 23  Danse à l’université Mulhouse UHA di 26  Le bel canto romantique Strasbourg Illiade

mars sa 03 di 11 ma 13 ma 13 me 14 me 14 je 15 sa 17 di 18 ma 20 sa 24 me 28

CMD :

                

Répétition publique Mulhouse Filature Coppélia Mulhouse Filature Rencontre Les Huguenots Strasbourg Opéra Coppélia Mulhouse Filature Les Huguenots Strasbourg Opéra Coppélia Mulhouse Filature Récital Sumi Jo Strasbourg Opéra Parlez-moi d'amour Strasbourg Opéra Les Huguenots Strasbourg Opéra Les Huguenots Strasbourg Opéra Les Huguenots Strasbourg Opéra Les Huguenots Strasbourg Opéra

Cité de la Musique et de la danse, 1 place Dauphine, Strasbourg

12 h 30 20 h 20 h 11 h 15 h 14 h 30 20 h 18 h 30 20 h 18 h 30 18 h 30 20 h 20 h 15 h  20 h 20 h 15 h 20 h  12 h 30

20 h 18 h 30 11 h 20 h 15 h  20 h 15 h 20 h 20 h 20 h 15 h 20 h 20 h 15 h 20 h  18 h 30 17 h 30

16 h  15 h   18 h 30 20 h 18 h 30  20 h 20 h 11 h 15 h 18 h 30 18 h 30 18 h 30

Opéra

Danse

Récitals

Jeune public

Concerts apéritifs

Informations communiquées sous réserve de modification

UHA :

Université de Haute Alsace, 3 rue des Frères Lumière, Mulhouse

US :

Université de Strasbourg, Le Portique, 14 rue René Descartes, Strasbourg

Calendrier • Croisements • 35


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Croisements 10  

Magazine de l'Opéra national du Rhin

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