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CLAUDE DE GASPÉ ALLEYN A V A N T L E C H A O S  !


« About the keys » acrylique 15 cm x 20 cm

Photo page couverture : « The coming of the Beaver » acrylique 107 cm x 94 cm


CLAUDE DE GASPÉ ALLEYN AVANT LE CHAOS ! Du 17 novembre au 1er décembre 2012

BEFORE CHAOS! From November 17 to December 1st, 2012


Avant-propos

Il est rare pour quelqu’un comme moi, qui évolue dans le milieu des arts depuis si longtemps, d’être pris par surprise, captivé et ravi par la découverte tout à fait par hasard d’un tableau créé par un artiste qui m’était jusqu’alors totalement inconnu. Ce jour-là mon coeur s’est presque arrêté lorsque, dans cet espace rempli d’une quantité d’autres tableaux, j’ai été littéralement hameçonné par une oeuvre dont l’originalité et la technique se distinguaient des autres. J’espérais qu’elle fut à vendre mais aussi qu’il y en ait beaucoup d’autres. Et c’est exactement ce qui s’est passé lors de ce premier contact avec une oeuvre de Claude De Gaspé Alleyn. J’ai tout de suite acheté ce tableau et il est toujours accroché à la maison. Il n’arrête pas de me charmer et je suis heureux lorsqu’il charme aussi mes invités. Il y a plusieurs lectures possibles des oeuvres de Claude. À une certaine distance, on aperçoit les angles, la géométrie et la couleur mais dès que l’on s’approche, on remarque l’originalité de la technique. D’autre part, l’oeuvre vous parle, vous raconte une histoire à la fois avec humour, profondeur et humanité, teintée d’une certaine critique sociale, tout cela mélangé avec soin. Je suis heureux que le hasard m’ait donné la chance de croiser l’oeuvre de Claude ce jour-là et que cela ait permis alors de démarrer non seulement une relation professionnelle mais aussi une amitié avec un être profond et talentueux. Il y a maintenant un peu plus de deux ans qui se sont écoulés depuis cette rencontre et je suis fier de vous inviter à cette première exposition solo dans ma galerie. J’espère que vous aussi serez pris par surprise… Jean-Pierre Valentin

Foreword

It is rare, after all of these years in the art business, to be caught by surprise ; to be captivated and delighted by a chance encounter with a painting by an artist you haven’t previously heard of, that makes your heart actually skip a beat. You are immediately drawn to it, in a room full of other paintings, this one stands out, impresses with its originality and technique and makes you hope instantly that it is for sale, and that there may be more! That is what happened to me when I first saw a painting by Claude De Gaspe Alleyn.

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I did buy that painting that day, and it still hangs in my home. I am continuously charmed by it, and happy when my guests are too. There are many layers to his work. From a distance you see angles, geometry and colour, but as you approach you see astonishing technical detail. You also are told a wonderful story ; with humor, social comment, thoughtfulness and humanity all carefully mixed together. I am glad through a fortunate stroke of serendipity that I happened upon Claude’s work that day and that I could start a professional relationship, and friendship with an extremely thoughtful and talented artist and human being. We have now been representing Claude for two years and are pleased to invite you to his first solo show with us where I am quite certain you too will be caught by surprise! Jean-Pierre Valentin


« Magasin Général no. 5 » acrylique 50 cm x 39,5 cm

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Claude De Gaspé Alleyn…

qui êtes-vous et qu’avez-vous à dire ?

Rien n’est plus éreintant pour un peintre de se définir et d’expliquer l’incertaine substance des images qu’il extirpe de lui-même et la trajectoire souvent erratique des choix qu’il pose tout au long du processus de création. Attraper sa propre pensée est certainement une entreprise aussi téméraire que d’essayer de capturer un poisson à mains nues, dans un torrent tumultueux… En essayant de couper court, voici tout de même quelques balises arrachées au torrent… ! Je suis né à Québec vers la toute fin de la guerre, dans une famille où la culture et le culte de la nature étaient les valeurs cardinales qui encadraient la vie et l’éducation des enfants ; la peinture notamment y était valorisée. Le dessin et les griffonnages y étaient fortement encouragés et assez souvent récompensés par des visites au Musée ou chez le marchand de couleurs.

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Après la démobilisation de mon père, notre famille s’installa à Montréal où j’ai fait l’essentiel de mes études ; les humanités d’abord et ensuite, des études d’histoire qui étaient alors l’une des étapes préalables pouvant mener vers une carrière diplomatique. Cependant, c’était sans compter sur l’effervescence et le tourbillon des années 70 dont l’ambiance et les opportunités m’ouvrirent tour à tour des portes que je n’avais pas entrevues : d’une part, la perspective de découvrir ma voie à travers la peinture et d’autre part, l’entrée dans le monde des communica-

tions, un milieu capable de m’offrir assez de liberté pour mener mes explorations. Au fil de mes découvertes je fus vite séduit par certains peintres américains de la Côte Ouest américaine dont l’oeuvre me communiquait directement le sentiment de mon américanité avant toute autre identité. Parmi eux, Richard Diebenkorn, David Park et Wayne Thiebaud qui gravitaient alors autour de l’U.C.L.A. (Université de Californie à Los Angeles). Diebenkorn, surtout, m’impressionna durablement par sa capacité à comprimer la force de ses images à travers des réseaux de lignes audacieux où s’entrecoupent les verticales, les horizontales et les diagonales. Je pense qu’il a beaucoup influencé ma façon de structurer et de charpenter fortement les sujets qui m’intéressent. Dans cette mouvance, j’ai été mêlé d’assez près au développement et à la diffusion de l’art contemporain dans les Laurentides. Malgré le plaisir stimulant que cette forme d’art sans frontière éveillait en moi, j’ai résolu d’aller à contresens et d’explorer le chemin inverse, en descendant l’escalier de la peinture aussi profondément qu’il pourrait me mener, c’est-à-dire dans le sous-sol, quelque part dans l’univers de la figuration et de l’art populaire, une option assez conspuée à une époque où triomphait l’art universitaire et le minimalisme. Sans avoir véritablement trouvé mon assise, j’avais par contre l’intuition que le langage pictural qui me convien-


drait et les thématiques que je choisirais devraient pouvoir être lues par un spectateur ordinaire, sans nécessiter de sa part un conditionnement culturel préalable. Comment trouver un dénominateur commun large entre moi et ce spectateur ? En évoquant, pensais-je, des tranches de la vie nord-américaine en général ou encore des moments que la plupart d’entre nous avons vécus ou dont nous avons été témoins à un moment ou l’autre de notre existence. Cette gamme conjugue tout le spectre de la condition humaine qui s’étend de la grandeur à la turpitude. Pendant plusieurs années j’ai cherché sans succès une technique capable de donner le maximum d’envol à des images qui, somme toute, nagent dans une certaine banalité. À force d’essais infructueux, j’abandonnais l’usage du pinceau après avoir conclu qu’il avait surtout pour effet d’étendre la sauce sans lui donner le piquant que je recherchais. Je me mis donc à la recherche d’instruments plus incisifs, capables de briser la surface de la couleur en révélant la couche précédente. La pointe de bâtonnets de brochettes BBQ s’avéra l’outil idéal pour parvenir à cette fin. J’employais ensuite la pointe d’une aiguille à coudre pour introduire, dans les interstices créés par les bâtonnets, des points de couleur complémentaire. En répétant plusieurs fois la manœuvre sur une même surface, il se crée une multitude de microcontrastes qui tirent le maximum d’énergie de la couleur. Le résultat final s’apparente en quelque sorte à un phénomène de pixellisation et de là, à une haute définition de l’image.

Pour employer une métaphore radiophonique, cela permet de monter le volume de la couleur… et même de le rendre assourdissant pour l’œil. En examinant mon travail, certaines personnes ne manquent pas d’établir un rapport avec Seurat et la technique pointilliste ; ce n’est pas faux, mais Seurat déposait ses couleurs beaucoup plus par traits que par points et n’a pas poussé à si petite échelle la fragmentation de la couleur. Comme beaucoup d’entre nous je pressens la menace que fait peser sur la planète l’inconséquence de notre espèce et, comme chroniqueur pictural de mon époque, je vois le sillage des images que j’ai réalisées comme les traces et les vestiges d’une civilisation qui existe encore, mais qui tire à sa fin. Mes images et leurs acteurs dansent encore insouciants sur le pont du Titanic ; mais pour combien de temps encore ? En quelque sorte, ne pourrait-t-on pas dire, à l’instar du recueil de nouvelles que publiait Alain Grandbois, pendant l’entre-deux guerres, qu’il s’agit d’images d’Avant le Chaos !

Claude De Gaspé Alleyn

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« Barkmere » acrylique 61 cm x 76 cm


« Red Warning » acrylique 91,5 cm x 61 cm

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Claude De Gaspé Alleyn…

who are you and what is it you have to say ?

Nothing is more gruelling for a painter than having to define himself and having to explain the uncertain substance of the images that he drags out of himself and the often erratic path of choices he makes throughout his creation process. Ensnaring your own train of thought is certainly as foolhardy an undertaking as trying to catch a fish in a turbulent mountain stream with bare hands… Nevertheless, in an attempt to keep a long story short, here are a few pointers snatched from the torrent… ! I was born in Quebec City, towards the very end of the war, into a family where culture and nature worship were the cardinal values that oversaw the children’s’ life and education, with painting being held in particularly high esteem. Drawings and rough sketches were strongly encouraged within the family and were often rewarded with visits to the Museum or the hardware dealer.

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After my father’s demobilisation, my family settled in Montreal, where I pursued the majority of my studies ; firstly in Classics and then in History, being one of the preliminary stages that could lead to a career in the diplomatic service. However, that did not take into consideration the excitement and whirlwind of the 70s, whose atmosphere and opportunities in turn opened doors to me that I had not foreseen. On the one hand, I was faced with the prospect of finding my way through painting but on the other hand, I was introduced to the

world of communications, which was a sector that was able to afford me enough freedom to conduct my explorations. In the course of my pursuits, I was quickly seduced by certain American painters of the West Coast of the United States, whose works directly conveyed to me the sense that my American identity was stronger than all others. Amongst them were Richard Diebenkorn, David Park and Wayne Thiebaud, who gravitated at that time around UCLA (the University of California, Los Angeles). Diebenkorn especially left a lasting impression on me due to his ability to condense the force of his images through networks of bold lines, where verticals, horizontals and diagonals all intersect. I believe he strongly influenced my organization and highly structured composition of the subjects that interest me. Within this sphere of influence I was quite closely involved with the growth and diffusion of contemporary art in the Laurentians. In spite of the stimulating delight that this boundless art form awoke in me, I decided to go against the grain and to explore the opposing path. I climbed down the painting ladder as deep as it could take me, that is to say in to the basement, and found myself somewhere within the world of figurative paintings and Folk Art. This choice was greatly decried in an era during which university art and minimalism prevailed.


Although I had not truly found my course, I sensed that the pictorial language that would suit me and my chosen themes needed to be able to be understood by an ordinary spectator, without them requiring prior cultural conditioning. How was I to find a broad common denominator between myself and the onlooker ? By evoking, I thought, slices of North American life in general or even moments that the majority of us have experienced or witnessed at one time or another in our lives. This range of events unites the entire spectrum of the human condition that stretches from greatness to depravity. For many years I unsuccessfully searched for a technique that could provide the biggest lift to pictures that are, all things considered, mundane to a certain extent. By dint of fruitless attempts, I abandoned the use of paintbrushes after having concluded that they mostly had the effect of thinning down the sauce without giving it the spice I was looking for. Therefore, I started looking for sharper instruments capable of breaking the surface of the colour and revealing the previous layer. The point of BBQ kebab sticks proved to be the ideal tool to accomplish this. I then used the tip of a sewing needle to introduce complimentary dots of colour into the openings made by the sticks. The repetition of this operation on a single surface creates a multitude of microcontrasts that draws the maximum amount of energy from the colour. The finished result is similar in sorts to a pixellisation phenomenon and hence, to a high definition image.

In terms of a radio metaphor, this technique allows the volume to be turned up on the colour…and even to make it deafening to the eye. When studying my work, certain people never fail to establish a link to Seurat and the pointillist technique. This is not untrue however, Seurat placed his colours more often in dashes than dots and he did not pursue the colour fragmentation to such a small degree. Like many of us, I sense the danger that weighs heavy on the planet due to our race’s thoughtlessness and, as a pictorial chronicler of my time, I perceive the wake of the images that I created as the traces and relics of a civilization that still exists but that is coming to an end. My pictures and their characters still dance carefree on the deck of the Titanic, but for how much longer ? To a certain extent might we not say, like of the news collection published by Alain Grandbois during the Interwar period, that these are images of Before the Chaos !

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Claude De Gaspé Alleyn Translated from the French by Louise Davis


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« Lawn Boy », acrylique 76 cm x 76 cm


Claude De Gaspé Alleyn : le temps qui passe Par René Viau Familiers et proches, les personnages créés par le peintre Claude De Gaspé Alleyn nous plongent dans nos souvenirs. Ils inspirent la tendresse plus que l’ironie critique alors que ses scènes passent au scalpel de l’humour la vie quotidienne et sempiternelle des gens « comme tout le monde ». Lawn Boy par exemple réunit les rituels sacro-saints des dimanches à la campagne. Chalets sur le rivage d’un lac. Grillades sur charbons de bois. Lecture des journaux quotidiens. Volley-ball. Voiture garée qui cache la vue sur le paysage. La scène est traversée de personnages poussant leur tondeuse à gazon. L’un deux taille une bande de pelouse qui découpe, comme au cordeau, son empreinte rectiligne. La tondeuse délimite une ligne rectangulaire qui traverse la toile. Au loin, un protagoniste fait de même. Ces rubans de gazon tondu dialoguent en un rapprochement imprévu avec la trace, aussi fortement géométrisée, que laisse le reflet du soleil au fil des eaux dansantes du lac. En un clin d’œil à Signac ou à Seurat, la scène est traitée dans un style divisionniste ou pointilliste. Plantés au pinceau ou au stylet puis creusés à l’aiguille, les points en se multipliant sont à la base de l’image comme autant de pixels appliqués selon une méthode on ne peut plus artisanale. L’aspect étrange de l’univers pourtant familier qui nous est restitué saute aux yeux. On pense à une certaine forme de réalisme magique. Une donnée clef de ces tableaux réside dans cet alliage de saynètes au sein d’un

ensemble comme immobilisé dans la vibration qui les construit. De la même façon, le peintre nous transporte à l’intérieur du magasin général d’un village rural. Plusieurs tableaux reprennent ce sujet. À l’humour et l’ironie se joint une dimension contemplative. Sur les tablettes, les boîtes de conserves et les produits en tout genre s’alignent et se juxtaposent. Ici une fois de plus la géométrie s’allie à des formes plus organiques. Lampes de poche et lampes à l’huile se retrouvent derrière les comptoirs aux côtés d’outils et d’objets quotidiens appartenant au monde rural : bottes de cow-boy, salopettes, haches, outils, vestes de chasse… Nous voilà transportés dans une autre période. Sommes nous dans les années 50, 60, 70 ou il y moins longtemps ? Les détails témoignant de la chronologie se contredisent. La lampe à l’huile voisine le four micro-onde. Les produits se retrouvent en hauteur et tapissent les murs entiers. Pour peu, on devine dans ce théâtre les conversations familières que l’on pourrait y entendre : sport, politique, blagues, cancans et rumeurs du village. Mais il règne également une impression de silence. Le ludique transparaît en même temps que la nostalgie. Au-delà de l’anecdote, le même soin un peu maniaque apporté à rendre la multitude foisonnante des éléments du tableau et les joies de la multiplication d’éléments visuels se retrouvent dans ces billes de bois entassées sur la benne d’un camion. Les contours sinueux de montagnes, les rivages d’une rivière et la ligne bleue des cimes forestières tressent comme en couches leurs entrelacs (Transport de bois, Hautes Laurentides). L’attention

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au détail est hallucinante alors que le tableau semble se boucler en bandes serrées sur lesquelles se referme la composition. Les volumes représentant le village de Newport au Vermont sont disposés selon une harmonie rigoureuse. La ville forme un carré quasi parfait où s’entassent les maisons rougeoyantes. Cette zone s’avance sur les masses de la montagne et d’un plan d’eau. Tout se découpe en angles et en courbes pour assurer l’imbrication surprenante des composantes. La composition est sans cesse rééquilibrée, unissant le statique et le dynamique. Au-delà d’une certaine naïveté voulue et d’une simplicité bon enfant, ces tableaux sont des prodiges d’équilibre. Camp d’été montre le soir un feu de joie. La toile ordonnance les courbes ondoyantes qui la composent autour de la lumière crépitante des flammes et des braises. Au feu répond en écho le halo de la lune. Entre lumière et ombre, les couleurs qu’arborent les vêtements des personnages poursuivent le dialogue de la composition : rouge, jaune, vert. Au fond de la toile, le blanc des toiles des tentes surgit dans une zone intermédiaire entre ombre et lumière.

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Les choix ici opèrent à deux niveaux. Le constructeur chez De Gaspé Alleyn privilégie la composition rigoureuse de la surface qu’unifient les pointillés rustiques des touches. Forme et couleurs suivent cet élan tandis que les scènes sont représentées avec un humour et une joie de vivre diaboliques. Derrière la solidité de ces architectures et la répartition des volumes se joue parfois, hormis l’humour, une forme de mélancolie rêveuse. Ailleurs, les protagonistes sont figés dans une attente. Celle du retour d’un hydravion par exemple. Malgré l’animation des scènes, on sent une forme de pétrification un peu léthargique qui contraste avec le mouvement exprimé. Les cadets de l’air qui paradent et jouent pour une fanfare paraissent englués. La familiarité de ces scè-

nes fait contraste avec l’onirisme que l’on y retrouve et qui pourrait à tout moment prendre le dessus. Attachées avec des cordes, les meules concentriques de foin se font médiation sur la morphologie du cercle. Ce tableau apparaît presque comme une œuvre géométrique abstraite si ce n’est que les textures, celle du foin coupé et du bois de la plate-forme, se font sentir de même qu’une lumière irradiante, celle de la fin de l’été. Le rappel à la réalité ambiante fait de ces constructions géométriques, si précises avec leurs mouvements giratoires, une scène étrange où le mouvement lutte avec une forme de fixité comme ébranlée et mise en péril. Devant ces toiles, on pense ici à un croisement incongru entre Seurat et le Douanier Rousseau, entre l’art géométrique abstrait et le réalisme magique d’un Colville. Cette peinture réussit le tour de force d’être à la fois abstraite et figurative, naïve et savante, géométrique et narrative, et ce sans jamais exclure la poésie! Qui plus est, ces étranges alliages sont au service d’images qui nous reconduisent à notre propre enfance, à une période d’avant le maïs transgénique, l’I Phone ou Photoshop. L’environnement est villageois ou rural, agreste ou forestier. On pense à la campagne ou aux grandes vacances d’antan. Pourtant, cette fenêtre qu’est chaque tableau s’ouvre, non pas sur un proche passé déjà remisé dans la naphtaline des antiquaires, mais au contraire sur une forme de pérennité. « Bulles immobiles et silencieuses » comme l’écrit De Gaspé Alleyn de ses œuvres, celles-ci explorent le temps qui passe avec les changements et les bouleversements qu’il amène. Mais si tout change, bien des choses demeurent. Les gamins qui vont aujourd’hui camper ou se baigner s’amusent de la même façon que les personnages, rescapés des années 50, des toiles du peintre. Ses tableaux ne s’arrêtent pas dans le temps mais nous parlent de ce qui reste, de ce qui revient.


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« Camp d’été », acrylique 76 cm x 76 cm


16 « Transport de bois, Hautes Laurentides », acrylique 76 cm x 89 cm


« Village de Newport, Vermont », acrylique 53,5 cm x 84 cm

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« Cadets de l’air », acrylique 15 cm x 20 cm

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Claude De Gaspé Alleyn: the passage of time By René Viau Translated from the French by Louise Davis We are taken on a trip down memory lane by the familiar and cherished characters brought to life by the painter Claude De Gaspé Alleyn. Even though this artist humorously dissects the perpetual daily lives of “regular” people, these individuals evoke affection rather than critical irony. Lawn Boy, for example, convenes the sacrosanct Sunday rituals of the countryside: summer cottages on a lakeshore, char-grilled meat and volleyball, the reading of the daily newspaper and a parked car blocking the view of the landscape. People pushing their lawnmowers intersect the scene. One of them is cutting out a strip of grass, carving its rectilinear form with great precision. The lawn mower marks off a rectangle that crosses the canvas and in the distance, a counterpart does the same. Creating an unexpected parallel, these bands of cut grass interact with the highly geometric form of the path left by the Sun’s reflection on the dancing flow of the lake. Alluding to the works of Signac or Seurat, the scene is executed in a divisionist or pointillist style. It is this multiplication of dots, placed by brush or stylus and accentuated by needle that forms the foundation of the picture, as if just as many pixels had been applied with the utmost artisanship. Although the world created here is a familiar one, its strange appearance is all too plain to see. It is like a certain form of magical realism. A key element of these paintings resides in this combination of playlets in the

midst of a whole that appears immobilised in the vibration from which they were born. In the same way, the artist transports us into the general store of a rural village, a theme captured in several paintings. Here a meditative dimension accompanies the humour and irony. The cans of food and varying products are lined up side by side on the shelves. Geometry is once again paired with more organic shapes. Flashlights and oil lamps find themselves together behind the counters amongst tools and objects of everyday rural life: cowboy boots, overalls, axes, shooting jackets… Here we find ourselves transported to another time period. Are we in the 50s, 60s, 70s or at a more present moment in time ? The chronological details contradict each other: the oil lamp is near the microwave oven. Products are disposed high up and line the walls from floor to ceiling. We can all but guess the familiar conversations that could be heard on this stage: sport, politics, jokes, gossip and village rumour. However, a sense of silence also prevails. Fun and nostalgia show through simultaneously. In addition to this point of interest, the same almost obsessive care used to render the painting’s myriad of elements and the joys of multiplying the visual components can be found in these logs of wood stacked up in a truck’s skip. The meandering contours of the mountains, the banks of a river and the blue line of the forest treetops weave in layers their interlaced design (Transport de bois, Hautes Laurentides). The attention to detail is astounding while the painting appears to enclose itself in tight bands that confine the composition.

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The shapes portraying the village of Newport, Vermont are positioned with precise harmony. The town forms an almost perfect square, in to which the glowing red houses are crammed. This area stands out from the mass of the mountain and stretch of water. All of these features are accentuated through the use of angles and curves in order to maintain the surprising interlocking of the compositional elements. The balance is being constantly restored to the composition, combining the static and the dynamic. The paintings are full of more than just a certain desired naivety and easy-going simplicity, they are extraordinary wonders of balance. Camp d’été depicts an evening bonfire. The rippling curves, which form the composition of this canvas, are arranged around the crackling light of the flames and embers. The halo of the moon echoes the firelight. Between light and shadow, the colours displayed by the people’s clothes pursue this compositional dialogue: red, yellow and green. Towards the back of the painting, the white of the tent canvases loom up in an area half way between shadow and light. Here the choices operate on two levels. The technician in De Gaspé Alleyn favours the meticulous composition of the surface created through the rustic stippling of the strokes. Both form and colour mirror this keenness, whereas the scenes are portrayed with devilish humour and joie de vivre.

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As well as this humour, a sort of dreamy melancholy sometimes plays out in the background of this structural solidity and layout of shapes. Elsewhere, the protagonists are frozen in wait, for the return of a hydroplane for example. In spite of the bustle of the scenes and contrary to the expressed movement, a type of slightly lethargic petrification can be felt. The Air Cadets on parade, playing in a military band, appear glued in place. The familiarity of these scenes plays in contrast with the dreamlike

quality that is present and could take over at any moment. The concentric haystacks, attached with cords, act as an intermediary on a circle’s morphology. This painting appears almost to be an abstract geometrical study, apart from the fact that the textures of the cut hay and the wood of the platform make their presence known like a radiating light, as at the end of summer. This reminder of the surrounding reality makes a strange scene to behold with these geometric constructions and their perfectly precise whirls, where movement does battle with a sort of fixity, which is undermined and at risk. Looking at these paintings, we perceive an incongruous hybrid between Seurat and le Douanier Rousseau: between abstract geometrical art and the magical realism of Colville’s work. This artwork accomplishes the feat of being simultaneously abstract and representational, naïve and wise, geometric and narrative, and all this whilst maintaining a sense of poetry ! What is more, these strange amalgams are applied in paintings that take us back to our own childhood, to a period before genetically modified corn, the iPhone or Photoshop. The setting is rural or of village life, rustic or in a forest. The countryside and erstwhile great holidays are brought to mind. Nevertheless, each painting is a window that opens, not on a recent past already packed away in the naphthalene of antiquarians but on the contrary, on to a form of permanence. Described as “immobile and silent bubbles” by De Gaspé Alleyn, his works explore the passing of time with the changes and disruptions that accompany it. Although everything changes, many things remain. The children of today will go camping or swimming and will have fun in the same way as the characters, survivors of the 50s, of this painter’s canvases. His paintings are not stopped in time but rather speak of what remains, of that which is recurring.


« Jaune », acrylique 76 cm x 101,5 cm

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« Three boys in a car » acrylique 35 cm x 54 cm

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« Éclipse de lune » acrylique 51 cm x 41 cm

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« Ravitaillement » acrylique 46 cm x 35,5 cm


« Août-Comté de Brome », acrylique 66 cm x 79 cm

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Biographie Peintre autodidacte, Claude De Gaspé Alleyn est né à Québec en 1946. Après des études d’histoire à l’Université de Montréal, il mène une carrière en communication qu’il partage avec la peinture. Depuis 1985, l’artiste participe à plusieurs expositions dans des institutions telles qu’Arts Sutton (Sutton) et le Centre d’Exposition du Vieux Palais (Saint-Jérôme). En 2009, il fait l’objet d’un reportage télévisé dans le cadre du projet Mural Mosaic à Edmonton en Alberta. Depuis juillet 2007, l’artiste travaille dans son atelier de West Brome (Québec). En marge des courants dominants de l’art contemporain, sa peinture résolument figurative, narrative même, exprime une vision sociale fraîche, singulière et parfois critique de notre univers. Claude De Gaspé Alleyn est représenté depuis l’automne 2010 par la galerie Valentin où il expose en permanence.

Biography Claude De Gaspé Alleyn is a self-taught artist born in Québec City in 1946. Subsequent to obtaining a History degree at the University of Montréal, he pursued a career in the field of communications, all the while continuing to paint.

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Since 1985, he has participated in exhibitions in several institutions, such as Arts Sutton (Sutton) and the Centre d’Exposition du Vieux Palais (Saint-Jérôme). In 2009, he was featured in a televised report on a project called Mural Mosaic which took place in Edmonton, Alberta. Since July 2007, he has painted in his studio in West Brome (Québec). On the fringes of mainstream contemporary art, Claude De Gaspé Alleyn’s paintings, resolutely figurative and undeniably narrative, express a social vision that is fresh, individualistic, and sometimes critical of our world. Claude De Gaspé Alleyn’s work has been shown as part of the permanent collection at Galerie Valentin since fall 2010.


« Bal de graduation-Limousine », acrylique 61 cm x 76 cm

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« Partie de pêche annuelle des gérants Wawaneesa » acrylique 79 cm x 66 cm


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« The many layers of life » acrylique 76 cm x 76 cm


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« Montreal Maine & Atlantic Express » acrylique 76 cm x 91,5 cm


« Étude pour Transport de bottes de foin », 11 cm x 13,5 cm

Photo couverture dos : « Red Bull » acrylique 76 cm x 76 cm

31 Conception artistique : Communications Sencha. Photos : Galerie Valentin. Publication et distribution : Galerie Valentin 14628945 Québec Inc. Membre de l’Association des Marchands d’art du Canada Inc. Member of the Art Dealers Association of Canada. Membre de l’Association des Galeries d’Art Contemporain. © Tous droits réservés pour les textes. Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec, novembre 2012. Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada, novembre 2012.


Claude De Gaspé Alleyn  

Exposition à la galerie Valentin du 17 novembre au 1er décembre 2012

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