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Strasbourg.eu

Ce livre contient un dvd. DVD PAL / Code free / Format 16 : 9 / durée 62 minutes Les oeuvres fixées sur ce support sont exclusivement réservées à un usage privé. Toute autre utilisation, reproduction, prêt, échange, diffusion en public même gratuite, sans autorisation est strictement interdite.

Parole et Vécu d’Habitants Ordinaire ?

HORIZOME, Nathalie DOLHEN, Hervé ROESCH

Une Rénovation Ordinaire ? Parole et Vécu d’Habitants

S

ous la forme d’un film documentaire et de la mise en oeuvre d’un dispositif visuel, sonore et photographique, ce projet s’est articulé autour d’un moment clé de la rénovation du quartier : la démolition. Le projet de rénovation urbaine prévoyait entre autres l’effacement de deux bâtiments, l’un place Büchner et l’autre boulevard Ronsard. Ces deux lieux d’habitation avaient une histoire distincte ; c’est du souffle de soulagement qu’apporterait la destruction du premier, au cœur d’un lieu fortement stigmatisé du quartier, comme si l’effacement du bâtiment pouvait emporter les problèmes avec lui. Tandis que l’incompréhension de la destruction intéressait la deuxième démolition. C’est autour de cette dialectique que s’est construit le projet. Chaque démolition est sensée apporter son renouveau et c’est à travers le vécu des habitants que nous gardons une mémoire de ces évènements.

Une Rénovation

HTP 67 Hautepierre Strasbourg

Horizome HTP40

Une Rénovation Ordinaire ? Parole et Vécu d’Habitants


L

e quartier d’Hautepierre est né dans les années 70 d’une idée novatrice avec une structure en nid d’abeilles entourée par des axes routiers : c’était la période du tout voiture, mais aussi celle de la sortie d’une partie de la population de l’habitat insalubre, grâce à la construction des grands ensembles. Aujourd’hui, les urbanistes repensent et restructurent le quartier selon des logiques différentes : désenclaver, ouvrir, connecter, sécuriser. Les hautepierrois vivent au quotidien ce renouveau urbain qui passe nécessairement par la destruction d’une partie du patrimoine du quartier. Le point de départ du projet de rénovation urbaine fut la démolition de deux immeubles, le premier au 75 de la place Büchner et le second 21 boulevard Ronsard. L’ immeuble de la place Büchner représentait pour les habitants un point noir du quartier qu’ils étaient d’accord d’écraser. Utilisé pour reloger des personnes en grande difficulté, ainsi que des réfugiés, le bâtiment se vidait progressivement. Dans la place Büchner, on recensait aussi des problèmes de deal. Depuis plus d’un an, ce bâtiment était en train de devenir une ruine et il agonisait sous les yeux de tout le monde : bouc émissaire, il a pourtant eu un destin, mais il garde aussi la mémoire de ce qui était, et la préconisation de ce qui sera. A l’inverse, la destruction de l’immeuble du boulevard Ronsard n’était pas comprise ni évidente, et les habitants ne souhaitaient pas quitter leur habitat.


Ce projet a été réalisé dans le cadre du projet de rénovation urbaine de Hautepierre

©CoEdition 2012 : Horizome, Ma Lucarne, dln_lesproductionscollectiv Création graphique, mise en page : Nathalie Dolhen ©dln_lesproductions collectives


Une Rénovation Ordinaire ? Parole et Vécu d’Habitants

Echos 75-1 mouvement 12.4.B75


Ce Projet a fait l’objet d’une exposition et projection au Théâtre de Hautepierre en décembre 2012. Hervé ROESCH : Réalisateur / Film documentaire / A chantier Ouvert / 40 minutes Nathalie DOLHEN / Photographe, vidéaste, plasticienne sonore / Mise en oeuvre du dispositif Echos 75 et Echos 21 Vidéo / PROJ.B75.2-21.1 / 22 minutes Photographies / Portrait-mouvements Chronophotographies / Echos 75-1/4 mouvement 12.4.B75 Sur la base d’entretiens anthropologiques / HORIZOME et Camille CHAN Enregistrements sonores / Nathalie DOLHEN


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TABLE DES MATIERES

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éditorial

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une rénovation ordinaire ?

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parole et vécu d’habitants 5

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échos du 75 büchner échos du 21 ronsard

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à chantier ouvert

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dvd

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remerciements


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Amhet Yesil durant le tournage


Philippe BIES Serge OEHLER

Editorial

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ed

ito

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E

ntrepris en 2009, avec le soutien de l’Etat et des collectivités locales, le vaste programme de rénovation du quartier de Hautepierre touche à tous les aspects de la vie de ses habitants. Tramway, places et parcs publics, activités économiques, vie associative, logement…, c’est un nouveau Hautepierre qui émerge ici, avec les habitants, pour les habitants. Des immeubles sont démolis pour donner plus d’oxygène, des arbres sont plantés et des jardins créés. Des rues sont percées pour créer

autant de voies nouvelles. L’environnement urbain s’apaise peu à peu pour apaiser la vie de celles et ceux qui vivent là. A chaque étape de cette démarche partagée avec les habitants, nous avons perçu leur attachement à leur quartier. Nous nous sommes rendu compte que le véritable défi n’était pas technique ou financier, mais bien de parvenir à rénover le cadre de vie sans briser la vie, sans effacer ce qui fait la richesse de vivre ici. Des décennies écoulées depuis l’émergence de Hautepierre, dans les années 1970, il ne faut rien oublier, rien gommer. Des rires et des pleurs. Des moments heureux comme des instants tristes. Des visages et des vies, venus de là ou de plus loin, voire de très loin. Tout cela, il faut le garder à l’esprit, pour que les pierres nouvelles n’effacent pas la mémoire des lieux, mais au contraire la conservent, non pas comme un souvenir nostalgique mais bien comme la pierre d’angle du quartier rénové.


Il nous faut saluer et féliciter le travail qui a été réalisé par les habitants de Hautepierre avec l’association Horizome pour capter cette mémoire, à travers leurs témoignages et leurs images, avant que les maisons où ils ont vécu si longtemps disparaissent. Grâce à ce travail patient et minutieux, restitué dans ce livret et le dvd qui l’accompagne, cette mémoire restera vivante. L’avenir ne se construit jamais sans mémoire.

Philippe BIES /

Serge OEHLER /

Vice-président en charge de la rénovation urbaine

Adjoint au Maire en charge du quartier de Hautepierre

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Nathalie DOLHEN

Une RĂŠnovation Ordinaire ?

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Passage au 21 Ronsard, 18 novembre 2011


or

dinaire ?

Cet environnement se construit chaque jour, dans une configuration qui de loin en loin pourrait paraître banale : le quotidien n’est pas extraordinaire, mais c’est justement dans l’empreinte de ces quotidiens multiples que surgit « l’infra-ordinaire ». De ce ciment naît l’attachement au quartier et au cœur de maille et c’est dans cet espace journalier que chacun fait émerger avec énergie son propre univers.

Nathalie DOLHEN /

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Photographe, vidéaste, plasticienne sonore

A

u delà d’un simple travail de mémoire, archivant les souvenirs témoignés et la pierre disparue mais bien réellement en place et lieu, ici et maintenant, il s’agit de traduire ces « espaces autres » qui lient l’homme à son oïkos, son chez soi. On ne peut nier la part essentielle de l’humain dans la construction de son propre espace et de la part qui l’attache à son environnement.

Hautepierre a fêté ses 40 ans avec l’arrivée de pelleteuses (au son de la déconstruction, rénovation et transformation des voies). Bien sûr la rénovation amène de nouveaux aménagements, mais « retourner les mailles » comme j’ai pu l’entendre dire, enlever une partie du tout, ne va pas sans l’incompréhension de certains. Parce que justement, beaucoup d’habitants sont attachés à cette idée d’ensemble du cœur de maille. Qu’il s’agisse de personnes ayant tissé dans ce quartier des liens et des souvenirs parfois depuis plus de trente ans, ou celles qui enfin ont pu « poser leur valise ». Ils n’y voient pas


un enfermement, pour eux la maille est ouverte, ils y sont mobiles et ils ne ressentent aucun enclavement. La question du désenclavement d’ailleurs ou de son utilisation comme prétexte ne date pas d’aujourd’hui, mais des années 1840, avec l’arrivée du chemin de fer, rapprochant ville et campagne et la naissance des faubourgs drainant une population venue d’ailleurs, un ailleurs des campagnes françaises certes, mais un ailleurs, un inconnu, non délimitable, ni limitable. L’architecte Pierre Vivien souhaitait des cœurs de mailles pour rapprocher. Penser que cela est une utopie urbanistique dépassée, c’est effacer le pouvoir et le droit de chacun de désirer. Ce n’est donc pas une rénovation ordinaire, si on décide de la placer en vis à vis de contextes particuliers : le cœur même des raisons de la maille autrefois recherchées par Pierre Vivien, et le contexte actuel de chaque habitant qui, jour après jour, fabrique du « journalier », du non-repérable,

si on n’y prête pas attention, puisque qu’il s’agit de choses infra-repérables. Dans cette fenêtre interstitielle chacun développe des savoir-faire et des savoir-être modestes. Ces manières ou façons de vivre le quartier témoignent d’espaces de liberté puissants qui « inventent le quotidien ». Le fait de personnaliser les immeubles, de les nommer « la Buch » et « le Ronsard », relève d’une appropriation de l’espace en tant que trace émergente des lieux-dits, non d’un événement. Car ce qui est événementiel, comme par exemple le numéro de l’immeuble et le nom de la voie ne me décrit pas moi ou vous dans notre rapport singulier à un environnement, mais dans un rapport officiel, donc recouvrant le quotidien, le rendant non repérable, non détectable, sinon sous une couche d’éléments convenus comme : bien vivre, bien se loger, bien s’intégrer par exemple. La démolition d’un immeuble est à la fois de l’ordre de l’événementiel, en ce sens qu’elle apparaît extraordinaire aux yeux des passants en opérant une fascination de l’ordre du spectaculaire, mais

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elle est aussi de l’ordre du singulier : que tel appartement de tel étage ait une tapisserie avec des nounours qui s’en soucie sauf celui ou celle qui voit la croqueuse en avaler le mur. On voit bien que plusieurs espaces, au sens foucaldien du terme, à la fois réels et symboliques, événementiels et singuliers, cohabitent et peuvent parfois avoir du mal à se comprendre ou s’entendre.

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Les habitants ne reconnaissent pas les noms des rues implantées, mais ils connaissent des endroits particuliers, des points de rencontre possibles car familiers. Si vous vous fiez à votre carte « google maps » ou aux seuls sens giratoires, vous avez des chances de vous perdre dans Hautepierre. Mais si vous prenez le temps de demander à une personne familière du quartier, elle vous indiquera sûrement mieux le chemin, il vous faudra alors contourner et peut-être accepter un détour par « la Passerelle », puis passer là où autrefois se trouvait « la Coccinelle » et vous déboucherez à « la Karine » à l’exact emplacement de l’ancien immeuble situé 21 boulevard Ronsard. Ou encore en suivant votre instinct vous arriverez

forcement à « la Jack », à l’instant même ou vous reconnaîtrez « l’Amphithéâtre », puis plus loin devant vous un arbre, légèrement déraciné par les travaux : c’est votre point d’ancrage, il vous dit, là sur ce terrain se situait le 75 place Büchner. Bienvenue et bonne route La Buch, la Boule, la Cuvette, l’Oeuf, la Pomme, Le Rond, Le Trou ...

Notes « Espaces autres » : voir Michel Foucault. « Infra-ordinaire » : voir Georges Perec. « L’ invention du quotidien » : voir Michel de Certeau.

Pique Nique à la Karine, 27 juin 2012


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Portrait-mouvements : Chaque entretien a donné lieu à un triptyque. Somme visuelle du passage de l’ancien au nouveau logement, faisant échos à la bande sonore des trajets de vie de chacun. A chaque fois un objet du quotidien est choisi et présenté, objet familier associé au déménagement et à l’attachement du foyer.

Les photographies retracent le parcours de relogement et le quotidien intime des personnes. Elles ont été prises à des vitesses lentes comme suspendues au temps et en ektachrome moyen format pour le rendu de la matière. Lors de chaque rencontre, j’ai demandé à photographier un objet qui avait fait le voyage du déménagement. Les photographies sont accompagnées d’une bande sonore, montage des entretiens enregistrés, que l’on retrouve chapitrée dans la vidéo PROJ.B75.2-21.1. Pour Aïkanush Sarkasyan Il n’y a pas eu de prise de vue portrait, j’ai donc décidé de convoquer sa non présence par un tirage blanc, à la fois projection de cette absence mais aussi respiration comme en musique, afin de laisser s’interpréter ce qu’aurait pu être l’image de ce visage caché.


Nathalie DOLHEN

Parole et Vécu d’Habitants 17


CR

claire reinhardt

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« le bleu ... je vois du bleu ... »

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AY

amhet yesil

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« Au 21, il y en avait qui étaient là depuis quarante ans ... c’était comme l’implosion de la ruche »

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?

souhait anonymat

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« J’ai beaucoup lutté ... je voulais le meilleur ... qui voudrait vivre comme ça Le déménagement ...un dégoût des cartons ... »

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?

souhait anonymat

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« Intégré quoi ... et oui, faut bien travailler ! »

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AS

aĂŻkanush sarkasyan

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Aïkanush Sarkasyan : « Papa, Maman, y’a plus ... Ah oui ! ... rêver Arménie ... maison là-bas »

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MS

marie santos

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« Hautepierre me plaisait … du blanc dans la cuisine du rose dans les chambres … salle de bain bleue … j’ai jamais eu de cafards … quatorze ans au 75 »

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31 Nathalie DOLHEN

Echos du 75 Büchner Echos du 21 Ronsard

Echos 75-4 mouvement 12.4.B75 Une succession de photogrammes numériques, échappées chronographiques à la manière de Muybridge. Epuisement quotidien et répétitif du temps de la démolition, de cet espace de labeur journalier pour les ouvriers ou nocturne pour le gardien. Un ouvrier : « La démolition c’est rien de particulier, c’est un travail comme un autre »


échos

75 et 21

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Nathalie DOLHEN / Photographe, vidéaste, plasticienne sonore

PROJ.B75.2-21.1 avec les Voix de : Claire Reinhardt (75) Madame S. (75) Amhet Yesil (21) Aïkanush Sarkasyan (75)

L

orsque nous avons visité le 75 place Büchner en mai-juin 2011, il était déjà vide. Depuis longtemps. Les anciens habitants avaient déjà été relogés depuis parfois deux ans. Le 21 boulevard Ronsard, lui, était encore habité. L’expérience de ces deux lieux a été à la fois différente, mais aussi convergente : car aux lieux vides, encore chargés de mémoire du « 75 », ont correspondu des lieux dans lesquels la présence d’habitants était encore perceptible, puis, le temps faisant les choses, de moins en moins palpable : au final, seuls des traces d’objets, d’effets personnels, des témoins de vie étaient encore présents sur les lieux. Au coeur de cette expérience, pour moi, une césure : le moment de la démolition du « 75 » en août, qui, comme une page se déchire, a signifié pour moi concrètement le projet. Ainsi, ce jour-là, j’ai fait la connaissance de Claire Reinhardt, qui a ainsi pu me montrer l’endroit exact de son ancien appartement, au moment précis où la « croqueuse » le détruisait, et en arrachait les derniers murs. Elle m’a alors parlé du passé, de ses


souvenirs et de son enfance : elle m’a dit qu’elle aurait aimé avoir un morceau de ces murs en souvenir. Lors de notre entretien quelques temps plus tard, j’avais apporté avec moi un de ces fragment du «75 » (d’autres fragments ou objets retrouvés sur les lieux, comme une girafe en plastique et des morceaux de mur, ont fait par ailleurs l’objet d’une exposition, en contrepoint aux photos exposées).

deux moment se répondant l’un et l’autre et le point commun à ces deux temps est le présent, ou plutôt le moment de temps arrêté que représentent les nombreuses traces mémorielles que j’y ai trouvées, à chaque fois après que les habitants s’en soient allés : ils y ont laissé, en même temps que des souvenirs, des objets, des oublis, et je me suis donc attachée à faire parler ces témoins muets.

Au « Ronsard » en revanche, et imprégnée de l’expérience vécue au « Buchner », j’ai pu saisir les dernières traces des habitants tandis qu’ils étaient encore présents, avant la démolition. Puis plusieurs semaines après, là encore, j’ai vu et visité des lieux vides, mais respirant les souvenirs. Avec l’impression, comme le dira par la suite Amhet Yesil « d’entrer à l’envers dans l’appartement », de ne pas le quitter, le laisser, mais d’y entrer comme au premier jour de location. Je revois la porte de la famille Yesil avec un petit papier accroché, destiné au technicien du gaz. Ces deux temps, sur les deux immeubles, se rejoignent donc comme deux échos, c’est-à-dire,

Ces objets ou détails abandonnés, oubliés ou volontairement laissés, sont également l’écho, à leur tour, des objets que les habitants ont tenu a emporter avec eux : Ahmet a par exemple beaucoup insisté pour m’expliquer que lorsqu’il a emménagé le nouveau logement pour ses parents, il a installé en tout premier la pendule qu’il y avait au mur du précédent appartement, afin que ses parents ne soient pas dépaysés - de sorte qu’il faisait ainsi le lien entre deux lieux, l’un évanoui, l’autre déterminant pour son présent actualisé. C’est encore là la preuve, à mes yeux, que la charge symbolique des objets dépasse leur « obsolescence programmée » : puisque, dotés

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d’une vie interne, infra-ordinaire, ils sont des marqueurs de lieux, de ce qui se construit. A vrai dire, au-delà même du lieu, absent, présent, détruit ou à reconstruire, ils sont les traces actualisées de ces «espaces autres», espaces mentaux, espaces émotionnels, et sphère intime. L’intime, sur le lieu vidé, est encore bruissant, présent, et ne perd pas pour autant sa charge affective et réelle, quand bien même les traces semblent des fantômes, des spectres ordinaires, ils sont encore là, et persistent. 34

Pour le gardien de nuit du chantier chargé de veiller sur les gravats, ou l’ouvrier, de jour, au travail au pied de la « croqueuse », triant le métal de l’ascenseur du béton de fondation, il ne s’agit a priori là que d’un chantier de plus, rien de moins. Mais les objets trouvés, ressentis, observés, sont tout à la fois diurnes comme nocturnes : leur temporalité est ailleurs, dans ces «espaces autres», ils sont donc des signes apparents très forts de la volonté et la capacité de chacun à se créer une vie pleine. Les habitants de «la Buch’» et du «Ronsard» (c’est

ainsi qu’ils nomment ces deux immeubles) ont aimé et aiment leur quartier. Ils y sont agissant. Le fait d’avoir rencontré les habitants et de leur proposer un entretien a apporté dans une certaine mesure la structure permettant de dévoiler la relation intime « infra-ordinaire » des habitants à leur quartier, en parallèle du traitement officiel représenté par la mise en place du dispositif de relogement, le caractère inévitablement normatif de tout projet de rénovation. Ce sont donc bien, ici, les habitants qui ont travaillé à l’émergence d’un autre type de dispositif, à la fois relationnel et artistique, me confiant leur paroles, me prêtant leurs voix, m’indiquant leurs souvenirs, leurs objets, leurs traces. Le travail que je présente ici, en tant que vecteur d’une parole confiée, est donc le dispositif de mémoire active des habitants du «75 Buchner» et du «21 Ronsard». Echos 75-3 mouvement 12.4.B75


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photogrammes, extraits du film


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HervĂŠ ROESCH

A chantier Ouvert


à

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chantier ouvert

Hervé ROESCH / Réalisateur

L

a rénovation urbaine a été le déclencheur de ce projet. Hautepierre est en pleine mutation : des immeubles sont détruits, d’autres sont rénovés, les axes de circulation sont réagencés et le tram va pénétrer au coeur du quartier. Avec tous ces changements qui s’opèrent il fallait que nous gardions une trace, une mémoire de cette métamorphose. L’idée de base était donc de faire un film qui se construit parallèlement aux transformations du quartier. Le point de départ du projet de rénovation urbaine a été la démolition de deux immeubles : le premier place Büchner et le second boulevard Ronsard. Les habitants de ces immeubles ont alors été relogés. Nous avons décidé d’aller à leurs rencontres pour s’attarder sur leurs expériences. Nous avons discuté du relogement, de la recherche d’un nouvel appartement, du déménagement et plus globalement du quartier. Ce fût toujours avec beaucoup d’émotions et parfois même avec des larmes que les habitants se sont exprimés. C’est à travers ces rencontres et plus particulièrement celles avec Claire Reinhardt et


Ahmet Yesil que le fil rouge du film s’est dessiné. Claire a vécu au 75 place Büchner et Ahmet au 21 boulevard Ronsard. Bien que très différents, ces deux interlocuteurs nous apportent une complémentarité. Ils n’ont pas grandi dans la même maille, n’ont pas la même histoire mais à eux deux, ils nous apportent une vision sur le quartier et sur la rénovation. L’idée directrice du film est donc de nous projeter au coeur d’Hautepierre à travers le regard d’un homme et d’une femme. L’objectif du documentaire est multiple, la trame de fond est bien évidemment la rénovation urbaine et ce qu’elle implique au quotidien pour les habitants, mais c’est également l’occasion d’apporter une autre vision des quartiers soit disant « sensibles ». Car malheureusement oui, Hautepierre est stigmatisé et c’est toute une population qui est montrée du doigt. Le coté sensible je l’ai trouvé dans chaque personne que nous avons rencontré. Chacun s’est dévoilé et nous a fait partager un moment de vie. La générosité existe et est bien présente à Hautepierre, personne ne peut la voler

ou la tronquer. C’est au coin de chaque rue, de chaque quartier, de chaque village qu’on peut la rencontrer, mais c’est à nous, de la remarquer et de la partager. Le film progresse avec les témoignages de Claire et Ahmet et c’est par la simplicité de leur quotidien qu’il nous dévoile un quartier et ses habitants qui vivent de grands changements. La relation de confiance que j’ai instauré avec Claire et Ahmet se traduit par un naturel et une liberté dans les prises de parole. Cette confiance apporte une dimension humaine au film car c’est avec justesse qu’ils s’expriment et c’est avec émotion qu’ils nous transcrivent leurs opinions.

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DVD :

durĂŠe 62 minutes

Passage au 75 Buchner, 10 juin 2011


d

vd durée 62 minutes

projet de rénovation urbaine a été la destruction de ces deux immeubles. Ces habitants qui ont résidé plus de 20 ans dans leur logement respectif, nous dévoilent leurs sentiments sur Hautepierre. Le quartier ? Le relogement? La rénovation? L’avenir? Ce film est une vision intimiste d’un quartier atypique qui change de visage. Note du réalisateur :

42 A chantier ouvert un film documentaire réalisé par Hervé Roesch Durée : 40 minutes Résumé : « A chantier ouvert » est une lecture de la métamorphose qui s'opère sur le quartier d'Hautepierre à travers le projet de rénovation urbaine. D’un coté, il y a Claire qui a vécu au 75 place Buchner et de l’autre, Ahmet qui a vécu au 21 boulevard Ronsard. Le point de départ du grand

Hautepierre est en plein renouveau et ses habitants sont les premiers concernés par la rénovation urbaine. Le film s’articule autour des expériences et du vécu de Claire et Ahmet. J’ai filmé leur quotidien afin de livrer une mémoire d’Hautepierre, d’immortaliser une image du passé et d’imaginer celle du futur. Toute la force des propos vient du naturel avec lequel Claire et Ahmet s’expriment et c’est en toute liberté qu’ils font progresser la narration du film. Au-delà de faire un documentaire sur la rénovation urbaine, j’ai eu l’envie de rendre hommage aux Hautepierrois.


PROJ.B75.2-21.1 une vidéo réalisée par Nathalie Dolhen durée : 22 minutes Résumé : Partant de la démolition de l’immeuble situé 75 place Büchner et des restes de présence de celui qui était situé 21 boulevard Ronsard, « Proj.B75.2-21.1 » interroge la sensation de présence et disparition en tentant une réponse onirique et en juxtaposant en boucle le temps de la démolition dans un mouvement silencieux. Le passage des habitants sur les lieux vient souligner la trace sensible. La vidéo est rythmée en retour par l’écho des voix des habitants relogés. Traçant ici une mémoire éphémère des lieux.

leur parole. Ce sont ces mêmes personnes que l’on retrouve dans les portraits photographiques accompagnés de l’objet qui a déménagé de l’ancien appartement vers le nouveau. Fragiles, ces objets le sont : tout comme la fragilité des destins. Ils détiennent ainsi une charge symbolique puissante et dont la force, rémanente, est un témoin des vies passées, des liens tissés, entre le quartier et ses habitants, dans leur vécu quotidien. Ces objets fixes, et anodins, sont aussi le contrepoint de la mobilité des vies cheminées, au détour des allées du « 75 » et du « 21 » : comme les voix entendues dans le film, ils sont une persistance forte et fragile. La voix des habitants témoigne ainsi de la façon dont sont mobilisées des «capabilités» : une façon d’être et de faire qui témoigne de l’autonomie agissante de chacun à envisager son propre futur dans son quartier et au-delà.

Note de la vidéaste : Dans son montage la vidéo s’appuie sur les rencontres fortes que j’ai eues avec les habitants : quatre voix émergent et portent la vidéo par

Ce qui m’intéressait ici était de faire surgir la charge symbolique et la force sensible de ces entretiens.

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REMERCIEMENTS au pied du 75 Buchner


re

à:

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Saïd Atmani Haddou Boujloud Claudine Loseille Majida Kamal Claire Reinhardt Marie Santos Aïkanush Sarkasyan Sakina Yahi Ahmet Yésil Les personnes qui ont souhaité garder l’anonymat mais dont le témoignage a été d’un éclairage essentiel pour l’élaboration de ce projet

Souvenirs du Buchner, Le Rond. Claire, à l’âge de quatre ans ? avec l’aimable autorisation de Claire Reinhardt


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Avec le soutien de : l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU) le Plan de Relance La Direction du projet de rénovation urbaine (PRU) de la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS) CUS Habitat

achevé d’imprimé en novembre 2012 à Strasbourg sur les presses de l’Imprimerie de la CUS.

Tous droits réservés Horizome crédit film : Hervé Roesch crédit vidéo et photos : Nathalie Dolhen

Dépôt légal et ISBN : sans


e on Acti re de vi cad

Une Rénovation Ordinaire ? Parole et Vécu d’Habitants A chantier Ouvert : réalisation Hervé Roesch Proj.B75.2-21.1 : réalisation Nathalie Dolhen

Profile for nathalie dolhen

Une rénovation ordinaire ? parole et vécu d'habitants  

Ce livre est issu du projet réalisé dans le cadre du projet de rénovation urbaine de Hautepierre, Strasbourg entre 2011 et 2012. Il a été...

Une rénovation ordinaire ? parole et vécu d'habitants  

Ce livre est issu du projet réalisé dans le cadre du projet de rénovation urbaine de Hautepierre, Strasbourg entre 2011 et 2012. Il a été...

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