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expositions

Robert Smithson pensait que le regard d’un artiste sur les choses qui l’entourent pouvait être aussi valable qu’une sculpture. Des années plus tard, le collectif Stalker explorait les alentours de Rome dans les espaces oubliés du tissu urbain. Cette attitude artistique considérant le monde réel comme un vaste atelier m’a marqué. Au début de ma pratique plastique, je me suis intéressé à l’histoire des jardins maniéristes italiens, véritables œuvres d’art total sollicitant tous les sens. En même temps, les friches étaient un terrain fertile pour l’imaginaire. J’y ai questionné notamment la notion de pittoresque : ce qui est digne d’être représenté en peinture. Pourquoi photographie-t-on telle ou telle chose au cours d’une déambulation ? Quand j’ai commencé mes séries sur les plantes de trottoir, c’était pour focaliser mon regard sur ce à quoi habituellement on ne fait pas attention. Elles présentaient une grande variété de formes et arpenter la ville à la recherche de ces jardins discrets était une petite aventure me guidant parfois vers des endroits que je ne connaissais pas. J’éprouvais aussi un sentiment de connivence avec ces « mauvaises herbes », dédaignées et indésirables, ne sachant pas bien définir ma propre présence en ces rues.

J’ai ensuite découvert leurs noms, leurs vertus médicinales ou culinaires, leurs valeurs indicatrices, et leurs rôles dans les écosystèmes dont nous faisons partie. Dès lors, une conscience écologique a aussi imprégné mon intention artistique. Ces fragments de biodiversité spontanée nous invitent à une réflexion philosophique : souhaitons-nous contrôler le vivant ou acceptons-nous aussi les surprises de la nature ? Les rudérales sont les plantes aimant les décombres, et accompagnent donc souvent les activités humaines. Dans le quartier du Peyrouat à Mont de Marsan, alors en pleine mutation, j’ai choisi d’observer les chantiers par le petit bout de la lorgnette, en photographiant ces adventices à leur hauteur, ce qui me permettait de montrer le contexte au second plan. Si à l’époque de Dürer (voir ses aquarelles botaniques) on attendait de l’artiste qu’il capte un état de ce monde sans cesse mouvant, certaines de mes images ont également constitué une mémoire des lieux. Ces plantes ont fait l’objet d’échanges et de discussions. Coquelicot, plantain, vipérine, mauve, représentent une partie de la centaine d’espèces que j’y ai identifiées. La diversité floristique dont cette série témoigne semble aussi refléter la riche diversité culturelle qui caractérise cette partie de la ville.

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Cahier pédagogique Nectar  

Nécessaire d'Education à la Curiosité Transversale Artistique Renouvelable à destination des enseignants, documentalistes, bibliothécaires,...

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