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mgversion2>datura mgv2_70 | 07_12 Cool on My Island Tranquille sur mon Île Š mgversion2>datura & contributors, 2012


Saziley, Mayotte, Walter Ruhlmann

“Fair Isle at Sea - thy lovely name Soft in my ear like music came. That sea I loved, and once or twice I touched at isles of Paradise.” Robert Louis Stevenson

Fair Isle en mer – la musique de votre nom charmant Venait doucement à mes oreilles. Cette mer que j’aimais, et une ou deux fois J’ai touchée aux îles de Paradis. French Translation Fern G. Z. Carr, 2012 Translations by Walter Ruhlmann except where stated. All work © by respective authors. All rights revert to all contributors upon publication. © mgversion2>datura 2012, all rights reserved. Many huge hugs and thanks to Fern G.Z Carr, Jan Bardeau, Bruno Tomera & David Herrle whose helping hands and minds were much appreciated.


Contents | Sommaire Stephen Farr Robert L. Stevenson Walter Ruhlmann Victor Hugo Lyn Lifshin Sébastien Ayreault Walter Ruhlmann Fern G. Z. Carr Cathy Garcia Eleanor Bennett Marlène Tissot Eleanor Bennett Jules Verne CH Barbant Ben Nardolilli Alex Galper Kevin Dooley Christopher Barnes Elizabeth Bishop Stéphane Bernard Stephen Mead Eleanor Bennett Walter Ruhlmann Mick Fitzgerald Fabrice Farre Patrice Maltaverne Tio Tom Tomlinson Daniel Defoe Christophe Siébert Caleb Puckett Stephen Farr Vincent Shakespeare Johann Henry Fuseli J.J. Steinfeld Walter Ruhlmann Helen Hagemann Károly Sándor Pallai Daniel Y. Harris Stephen Farr Karla Linn Merrifield Walter Ruhlmann

Cover Illustration Cool on My Island “Fair Isle at Sea...” Saziley, Mayotte Les travailleurs de la mer (excerpt) Song to a Seagull Dreamland A blue sun on a blue truck Northern Islet, Mayotte Temptress Mermaid Un moyen de s'apprivoiser Sea Out L'île mystérieuse (excerpt) The Mysterious Island Errors on the Page Where It All Once Was New York Summer 2011 Film-Making (Lesbian Art House) Crusoe in England (excerpt) une île Shipwrecked Bandrele Islet, Mayotte An Irish Summer Personne Tranquille sur son île 1 Tranquille sur son île 2 Beach Silloette Robinson Crusoe (excerpt) La Place du mort My Consort The Energy Battle Une carte postale du Paradis... The Tempest (excerpt) Prospero Miranda Caliban and Ariel The Metaphysics of Seashells Seashell, Mayotte Mapping Island Fields Filet, isolation, élevage Blue Splice Superior's Benevolence The Price of Souvenirs Canoe Remains, Mayotte

Contributors' biographies Walter Ruhlmann Over Libya, July 2011

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Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. Dédicace au roman Les travailleurs de la mer, Victor Hugo, 1866.

Photograph used by kind permission of http://www.visitguernsey.com I dedicate this book to the rock of hospitality and liberty to that portion of old Norman ground inhabited by the noble little nation of the sea to the Island of Guernsey severe yet kind, my present asylum perhaps my tomb. Toilers of the Sea, Victor Hugo, 1866 Translation into English by W. Moy Thomas.


mgv2_70 |08_12 Lyn Lifshin Song to a Seagull who isn't wild for what they can't share? For what they can't can't possess? I think Joni wanting to be as free, away from concrete beaches, away from city lights instead of stars, away from false flowers. I think of her wanting to be away from microphones and pills, reviews and studios. Out of reach, out of cry. Just sun on her shoulders, wind in her hair

Chanson à la mouette qui n'est pas envieux de ce qu'on ne partage pas? De ce qu'on ne peut peut pas posséder? Je vois Joni voulant être aussi libre, loin de ces plages de béton, loin des lumières de la ville au lieu des étoiles, loin des fleurs de papier. Je la vois voulant être très loin des microphones et des cachets, des revues et des studios. Hors de portée, hors du bruit. Seul le soleil sur ses épaules, le vent dans ses cheveux

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mgv2_70 |08_12 Lyn Lifshin Dreamland I think of her blonde hair bleached, nearly snow. Sun scorched and her skin smelling of coconut. I think of island dreams, sambas and trumpets, heat dazed, dream fazed, a lover's tongue, a glass of rum. Island colors, guava, rose, peach and avocado. Drunk on sun and carnival music. Licorice skin swaying. Gambling and rambling. White snow drifts 6 feet in New York City

Le pays des rêves Je pense à sa chevelure blonde délavée, presque couleur de neige. Brûlée par le soleil et sa peau à l'odeur de coco. Je vois des rêves d'îles, les sambas, les trompettes, étourdie de chaleur, engourdie par les rêves, la langue d'un amant, un verre de rhum. Les couleurs de l'île, goyave, rose, pêche, et avocat. Soûle de soleil et de musique de fête. Peau de réglisse dans le vent. Paris, divagations. Accumulation de deux mètres de neige à New York.

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mgv2_70 | 08_12 Sébastien Ayreault A blue sun on a blue truck

A Blue Sun on a Blue Truck

Des heures, des jours Ne rien foutre Mâchonner le monde Cette chose

Hours and days To do fuck all To chew the world That thing

Une chaise Une table Une bière de la Sierra Nevada Une nuit calme Un briquet orange Des feuilles Et du tabac

A chair A table Beer from Sierra Nevada A quiet night An orange lighter Rolling paper And tobacco

Une belle paire de seins À dévorer plus tard

A nice pair of breasts To devour later

Aujourd’hui j’ai vu Des dauphins danser, touché Du bout des doigts Un requin-marteau Ma femme m’a dit Tu vois, c’est ça la vie

Today I saw Dolphins dancing, touched From the tips of my fingers A hammerhead shark My wife told me See, that's life

Nos enfants qui nous rappellent Qu’il y a une île Une île au loin Qui nous tient debout

Our children reminding us There is an island An island afar That keeps us standing

Tendresse Et baisers doux

Tenderness Sweet kisses

Les vilains ont gagné Les gentils ont perdu Les autres Hésitent encore

The bad ones won The good ones lost The others Still hesitate

A blue sun on a blue truck, M’a dit mon fils.

A blue sun on a blue truck My son told me

Photograph by Walter Ruhlmann, Northern Islet, Mayotte, 2010

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mgv2_70 |08_12 Fern G. Z. Carr Temptress A mermaid beckons and enchanted, he wanders into the surf where she is swimming – full lips slightly parted, flowing golden tresses, bare breasts, an iridescent silvery tail fin caressed by the waves; his belovèd gently guides her mortal lover throughout Poseidon's kingdom; a place where eternity is found among the coral and seaweed – the fantasy of a sandy-haired boy.

Tentatrice

traduit par l'auteure elle même | translated by the author herself

Une sirène appelle et enchanté il erre dans la mer où elle nage – lèvres charnues légèrement entrouvertes, chevelure dorée flottante, seins nus, une queue argentée iridescente caressée par les vagues; sa bien-aimée guide doucement son amant mortel partout dans le royaume de Poséidon; un lieu où l’éternité se trouve parmi les coraux et les algues – la fantaisie d’un garçon aux cheveux blond vénitien.

(Opposite page) « Mermaid », Watercolour on cardboard by Cathy Garcia 6


Photograph by Eleanor Bennett


Marlène Tissot Un moyen de s’apprivoiser Il y a cette impression parfois de n’avoir jamais quitté la petite mer acre enfermée dans ton ventre. Une mer sans berge, sans plage, sans port, sans fond. Une mer éternelle. A chaque fois que j’essaie de réfléchir à tout ça, c’est la même chose : je me noie. Au bout d’un moment, on dirait que je me noie, maman. Regard paniqué, gorge tendue, joues creusées. Suffocation. Et le cœur qui s’affole. Au bout d’un moment le temps ne coule plus comme il en a l’habitude. Il se met à suinter, épais et poisseux. Un jus de plaie géante piétinée par des insectes voraces. Au bout d’un moment je ne suis plus qu’un morceau de viande offerte à ta morsure. J’ai toujours su deviner lorsque le coup allait tomber. Sans doute, l’attente me faisait-elle souffrir davantage que ta main. Les instants s’égrainant dans le vent orageux. J’observais chacun de tes gestes comme une scène au ralenti, la raideur de ta nuque, tes sourcils froncés, ce rictus tellement particulier. C’est étrange comme dans ta rage tu avais parfois l’air de sourire. Malgré la colère qui brillait à l’arrière de tes yeux. Et je n’ai jamais pu t’en vouloir, je sais comme ma présence a bouleversé le cours de ta vie. On ne réalisait ni l’une ni l’autre ce qui arrivait. Je ne comprends pas plus que toi pourquoi je suis là, en chair, en os, debout. Pourquoi j’ai continué de pousser en toi envers et contre tout. Et je me déteste aussi parfois, mais je n’ai jamais trouvé le moyen de réparer tout ça. Je cherchais où me glisser pour disparaître, pour me cacher de toi. J’avais un peu peur aussi, j’avoue. Encore plus peur des jours qui se suivaient que de tes mains qui tombaient. C’était il y a mille ans. C’était hier. Et parfois encore, dans le vaste océan de larmes que j’emprisonne, je cherche une île où tout serait paisible, où il n’y aurait que toi et moi et l’éternité pour se figurer un moyen de s’apprivoiser.


mgv2_70 |08_12 Marlène Tissot A Way to Tame Each Other Sometimes, I have this feeling I have never left the small, acrid sea kept inside your womb. A sea deprived from any banks, beaches, ports, depths. An eternal sea. Each time that I try to think about all this, I come to the same conclusion: I drown. After some time, it seems I drown mum. Wild-eyed, my neck is stretched, my cheeks bony. I suffocate. My heart goes wild. Shortly after, time does not flow like it is used to. It oozes, thick, sticky. The juice from a gaping wound on which voracious insects tread. After some time I am just a piece of meat offered to your bite. I have always been able to guess when the blow would fall. Certainly waiting was more hurting than your hand. Moments go by, one by one, in the stormy wind. I watched each of your movements like a slowly moving scene, your rigid neck, your knitted eyebrows, this peculiar grin of yours. It is strange how you seemed to smile sometimes in your rage. Despite your anger which glittered at the back of your eyes. I have never been able to blame you for this though, I know how my presence upset the course of your life. Neither you nor I realised what was happening. I do not understand more than you do why I stand here, bones and flesh. Why I kept growing inside you, against all odds. I hate myself sometimes too, but I have never found a way to mend all this. I looked for a hole to disappear in, to hide from you. I was a little scared too, I must admit. Even more scared by the days going by than by your hands falling down on me. That was a thousand years ago. That was yesterday. Sometimes, still, in the huge ocean of tears I hold back, I look for an island where everything would be peaceful, where there would be only you and I and eternity to figure out a way to tame each other.

(Opposite page) Sea Out. Photograph by Eleanor Bennett.

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«Nous sommes sur un îlot! dit Pencroff, et nous l'avons arpenté d'une extrémité à l'autre!» L'observation du marin était juste. Les naufragés avaient été jetés, non sur un continent, pas même sur une île, mais sur un îlot qui ne mesurait pas plus de deux mille en longueur, et dont la largeur était évidemment peu considérable. Cet îlot aride, semé de pierres, sans végétation, refuge désolé de quelques oiseaux de mer, se rattachait-il à un archipel plus important? On ne pouvait l'affirmer. Les passagers du ballon, lorsque, de leur nacelle, ils entrevirent la terre à travers les brumes, n'avaient pu suffisamment reconnaître son importance. Cependant, Pencroff, avec ses yeux de marin habitués à percer l'ombre, croyait bien, en ce moment, distinguer dans l'ouest des masses confuses, qui annonçaient une côte élevée. L'île mystérieuse, Jules Verne, chapitre 3, 1874

"We are on an islet," said Pencroft, "and we have surveyed it from one extremity to the other." The sailor was right; they had been thrown, not on a continent, not even on an island, but on an islet which was not more than two miles in length, with even a less breadth. Was this barren spot the desolate refuge of sea-birds, strewn with stones and destitute of vegetation, attached to a more important archipelago? It was impossible to say. When the voyagers from their car saw the land through the mist, they had not been able to reconnoitre it sufficiently. However, Pencroft, accustomed with his sailor eyes to piece through the gloom, was almost certain that he could clearly distinguish in the west confused masses which indicated an elevated coast. The Mysterious Island, Jules Verne, translated by Ellen E. Frewer. Illustration by C.H Brabant


mgv2_70 |08_12 Ben Nardolilli Errors on the Page Is this al dente enough for you? Why do you ask, I’m inside you, Only because I hope if I put it out Into this space, something can be said, It was said, friend, It was said, and you were fooled, By who, and who even knows? I know friend, But how can you say that, and say There is no distance between us? Who said there was no such thing? You’re talking You’re talking to yourself And who else? You’ve driven the rest away.

Des erreurs sur la page Est-ce assez al dente pour toi? Pourquoi demander, je suis en toi, Simplement parce que j'espère qu'en l'exprimant En cet endroit, quelque chose sera dit, Ce fut dit, mon ami, Ce fut dit, et tu t'es fait avoir, Par qui, et qui le saura? Moi, je le sais, mon ami, Mais comment peux-tu dire ça, et dire Qu'il n'y a nulle distance entre nous? Qui a dit qu'il n'y avait rien de cela? Tu parles Tu parles tout seul Et à qui d'autre? Tu as fait fuir tous les autres.

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mgv2_70 |08_12 Alex Galper Where It All Once Was translated from Russian by Misha Delibash New York is burning, fallen Genghis Khan breaks ground In Central Park Waldorf Astoria and the rest of the lumber deluxe suite 5 stars With their golden toilet bowls and talking toilet paper are burning; Silicon surgeons hang from poles Fake tits tumble underneath Heads of hedgehog & hermaphrodite rights activists fixed on stakes Here, minced bodies of famous American existentialist authors Politically correct poets get a mouthful of molten lead The best web developers in the world are boiled alive. They knew the most difficult languages, Should make a pretty good soup. Genghis Khan gets a line up of fashion models According to rumors the most beautiful girls in the world But they're missing both tits and ass He can't make out whether they're boys or girls And orders to feed them well A sheep per day each The ones to refuse will have their guts split open by his own sword A new day begins In the history of mankind Everything returns to where it all once was.

Photograph Š Kevin Dooley. Used by kind permission of the author. http://www.flickr.com/photos/pagedooley/

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Chaque chose à sa place originelle New York brûle, elle s'est écroulée Genghis Khan innove A Central Park Le Waldorf Astoria et tous les autres grands hôtels de luxe Aux cuvettes de toilettes en or et au papier hygiénique qui parle brûlent Les chirurgiens plastiques sont pendus De faux nichons tombent de leurs blouses Des têtes de hérissons et de militants des droits civiques hermaphrodites Sont plantées sur des pieux Ici, la chair hachée de quelques intellectuels existentialistes américains La bouche des poètes politiquement corrects est remplie de plomb fondu Les meilleurs développeurs du web sont bouillis vivants Ils parlaient le langage le plus compliqué Ils devraient faire une bonne soupe. Genghis Khan aligne des top modèles Les plus belles filles du monde d'après certaines rumeurs Sauf qu'elles n'ont ni cul ni nichon Il ne sait pas si ce sont des filles ou des garçons Et ordonne qu'elles soient bien nourries Chacune un mouton par jour Et celles qui refusent seront éventrées par sa propre épée L'aube d'un nouveau jour Pour l'histoire de l'humanité Chaque chose à sa place originelle. 15


mgv2_70 |08_12 Christopher Barnes

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Now I live here, another island, that doesn't seem like one, but who decides? My blood was full of them; my brain bred islands. But that archipelago has petered out. I'm old. I'm bored too, drinking my real tea, surrounded by uninteresting lumber. Crusoe in England, Geography III, Elizabeth Bishop

Illustration from Geography III, Farrar, Straus and Giroux

Je vis maintenant ici, sur cette autre île, qui n'y ressemble pas, mais qui décide? Mon sang en était rempli; mon cerveau berçait des îles. Mais cet archipel s'est effacé. J'ai vieilli. Je m'ennuie aussi, je bois du thé anglais, entouré d'objets en bois sans intérêt. Crusoe in England, Geography III, Elizabeth Bishop French translation, Walter Ruhlmann, 2012


mgv2_70 |08_12 Stéphane Bernard une île l’enfant, l’amour, l’ami. que de blablas. essences et contingences. bruit. hors la mort la phrase du sang n’a pas de point. ou alors il faut être le mot de trop, la saillie. la colère isole. raturez mon nom, je gagne l’ombre et la pause. ma solution “être une île” est terrible. elle me sauve. quand il advient, le silence, prière s’exauce. entre en moi comme une ivresse, un vague menthol ravigotant mon âme et ma peau. je suis cette île sur la Vilaine et presque loin de chez moi. cette langue de terre coupée où ne tiennent que douze mimosas, dont un mort. onze bouquets jaunes, éclatants, monumentaux, tordus par le vent d’ouest absenté, impressionnés par lui, courbés par l’habitude de son souffle, et qui encadrent l’image noire, sans fleurs, de leur frère, de leur sort. où les glomérules sont des pompons solaires, qui filtrent mes humeurs, résorbent ma brune. où leurs rayons sont des ponts de parfum qui pudiquement vous pénètrent.

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mgv2_70 |08_12 StĂŠphane Bernard an island the child, the lover, the friend, so much blah blah. essences and contingencies. noise. out of death the sentence of blood has no stop. or then you have to be the word too many, the salient. wrath isolates. crosses my name out, I enter the shadow and the break. my solution “to be an islandâ€? is terrible. it saves me. when it comes, the silence, the prayer fulfils itself. penetrates me like dizziness, a blurred mint invigorating my soul and my skin. I am this island on the Vilaine river and almost far away from home. this cut tongue of land where only twelve mimosas stand up, one dead. eleven yellow bouquets, bright, huge, twisted by the excused western wind, impressed by it, bent by the wont of its blow, and they frame the black, flowerless picture of their brother, their fate. where the glomerules are like solar pompoms that filter my moods, reduce my dusk. where their rays are bashful bridges of perfume that get into you.

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mgv2_70 |08_12 Stephen Mead Shipwrecked In the end waves became ballast, helped loosen the flung upon rocks that only crawling recalled. Then fingers found crevices that the crab ocean dug away the silt from. Stacking took forever with sea weed a meal between sleep & more digging. Imagine getting high enough to one day feel dry, accept heat beyond skin & right into bones. Driftwood honed became spears & shale from this self-made cave taught its first fire lesson. Remembering identity was not in the scheme of things any more than it would be for a patient delivered to other hands, Demerol, dementia. Dreaming returned however with friendly faces suggesting unfamiliar rites to ward off further violation. "Marry this God," they said, Or this other of three. Yes, they may be savage but you need one who can kick ass, not warm, not fuzzy." Choices, choices, and all with tithing of some lifetime lying down with 20


mgv2_70 |08_12 that God, weekly at least, if just for one night... But the island harbored no fear any longer, once designed for aloneness, & there were other dreams, self-sufficient, with veils of orange, of peach, with valances of marmalade, bridal sails each. Something was rising, breathing sun through stones to warm the washing pool, the fingers scooping a recognition to be named. All right, "I do," said this tongue & hugged the great rock God every raising wave saved me for, beached on resources, same as any sacrifice.

Photograph by Eleanor Bennett

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mgv2_70 | 08_12 Stephen Mead Echoué Au final les vagues devinrent des pierres, elles permirent un échouage sur les roches ressemblant plutôt à une glissade. Puis les doigts trouvèrent des lézardes vidées de tout leur limon par les crabes de l'océan. Cette entreprise d'empilage dura l'éternité avec pour seul repas des algues entre deux sommes et plus de forage. L'on s'imagine arriver suffisamment haut pour être au sec un jour, accepter la chaleur sur sa peau et jusque dans les os. Le bois flotté poli servit de lances et l'argile de cette caverne artificielle permit au feu de donner sa première leçon. Se souvenir de son identité n'était pas au programme pas plus qu'il ne le serait pour un patient conduit vers d'autres mains, Demerol, démence. La divagation reprit cependant sous des masques plus amicaux suggérant des rites non coutumiers pour empêcher quelque autre violation. « Epouse ce Dieu », dirent-ils « Ou cet autre parmi les trois. Oui, ils sont peut-être tous sauvages mais l'essentiel est qu'ils te secouent un peu, pas besoin de douceur ou d'émotion. »

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mgv2_70 | 08_12 Choisir, choisir, et le payer de toute façon toute sa vie couché auprès de ce Dieu chaque semaine au moins, sinon pour une nuit... Mais nulle crainte ne mouillait plus en cette île, alors conçue pour la solitude, et il y avait d'autres rêves, auto-suffisants, voilés de couleurs orange, pêche, aux goûts de confiture, chacune comme des voiles de bateau. Quelque chose montait, un soleil respirant à travers les pierres pour réchauffer l'étendue d'eau salée, les doigts creusant une reconnaissance à nommer. « Très bien, je le veux, » dit cette langue et dans l'étreinte de ce grand Dieu de roche pour lequel chaque vague m'avait gardé, échoué sur les ressources, comme pour tout sacrifice.

Bandrele Islet, Mayotte. Photograph by Walter Ruhlmann. 23


mgv2_70 |08_12 Mick Fitzgerald Tales from Sparrowfart Hill – Part 38 – An Irish Summer The first thing I remember was swimming, all babies can swim. I had been born under the hole in the roof of the house which was of great benefit to my parents as the rain kept me constantly clean and lacking in thirst. My crib was safely moored to the kitchen table in case I sailed off in the night. There was a strange looking object with a big nose staring down at me taking a keen interest. This was the family pig who also served as midwife and babysitter. My diaper had been handed down from father to son since 1798, avoiding the forces of the British crown many times cunningly disguised as a headscarf. One dark July with a squelching sound, the family water hen swam into the kitchen. The water hen spent the whole day squelching and had not laid an egg since the Rebellion of 1916 and then lost it. I was now old enough to swim alone and spent my days doing the backstroke in the kitchen admiring the rainbow over the sink But this was the day something strange happened. The rain stopped. My father came in, fell over the pig and created a tidal wave which knocked my mother through the kitchen window.

“Jesus today is Summer” he cried in

excitement, ripping off his trousers and throwing them over his shoulder. They landed on my mother who was climbing back through the window.

In blind

confusion she fell through the rainbow into the sink and smashed the family plate. My father turned to help her, revealing a hole in his longjohns and a tatoo of Saint Patrick on his arse. Then he picked me up and threw me out of the kitchen where I landed in two feet of mud beside the water hen who was visible only from the neck up. “Yahoo” went my father as he dived headlong into the mud followed by my mother who landed on something hard. It was an egg with a pin in it and some writing on it. “Sell-by date 23/4/1916”. Before anyone could react, the 24


mgv2_70 |08_12 water hen pecked my mother and the egg was dropped leaving the water hen with the pin in its beak. There was a hollow bang and my father flew across the roof. True to form the summer was gone by midnight and the rain again lashed down. It had been a tiring summer. I fell into a peaceful sleep beside the sink in a floating position. The next morning I woke upon the back window ledge. But the end of the summer signalled the beginning of the underwater football season. I became adept in underwater football at St. Muckbo’s Hedge School, where I attended.

On many occasions I was seen not only with my

schoolbook but also with my obligatory head protective snorkel. The water hen shared my enthusiasm and regularly swam onto the pitch during bad refereeing decisions and tried to do the official actual bodily harm. It had been banned many times for “underwater football hooliganism”. It was no wonder then that the day of the All-Ireland Underwater Football Final was a big day for us all. N o matter what teams played, there was a great buzz of excitement around the house. Even the mud shook in anticipation. Team colours were festooned everywhere. The rainbow over the link regularly turned to the colours of the day. It was a tradition on All-Ireland day that the family with the radio put it on the window ledge and neighbours swam from far and wide to listen in. There was a carnival atmosphere and my family were the lucky ones with the radio. Us kids squelched around the mud with our little football and snorkels while our proud parents looked on. The younger kids played “Mutiny on the Bounty” in the kitchen. In the middle of this the pig wandered around listlessly.

In all the

excitement nobody had bothered to feed it and its stomach began to complain noisily. It became very irritable and made constant lunges at the water hen who was painted in the Tipperary colours, which was odd because they were not playing. Meanwhile the build-up to the game went on. The Artane Boys Band

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mgv2_70 |08_12 squelched up and down the inside of the radio playing “I’ll Take You Home Again Kathleen”. Suddenly the pig snapped and began to swim in circles. With one leap it grabbed the radio and devoured it complete with the Artane Boys Band who were playing “The Sweet Little Shamrock”. “Mutiny on the Bounty” was destroyed by the ensuing tidal wave as four children and a wooden parrot went out through the kitchen window. The pig leaped into the mud followed by my father and mother and neighbours. From its stomach the radio announced that the teams were coming onto the pitch. My father was in tears. As it reached the foot of Sparrowfart Hill, the inside of the pig struck up the National Anthem and stood rigidly to attention with my parents and neighbours who sang with gusto. The Anthem ended and 45,000 voices cheered from inside the pig as it tore up Sparrowfart Hill away from its pursuers. “I’ve only one thing to say to you”, roared my father after it, “Rashers”. Later the pig stood forlorn on the hill, its stomach beating out the six o’clock news and the farming report. The latest bacon prices did nothing for its pride as a pig’s head was now worth two Euro and its arse two Euro and six cent. Darkness crept around the pig and brought with it a feeling of helplessness. It lay down exhausted muffling the sound of a ceili band and the master of ceremonies who had false teeth. Its weary eyes were stretched ever downwards and in a mind that only pigs have, it dreamt of joining a circus. With the radio inside its stomach it could pretend it was doing impressions. Every Sunday it could do Gaelic games impressions featuring the Artane Boys Band, the Irish President, two teams, five bishops, sixty priests, a man selling souvenirs, the owner of car number DXL 1026 which had been broken into by thugs and finally a break for News Headlines. As an encore it could do a halfhour cookery programme with a woman’s voice.

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But that night on top of Sparrowfart Hill broadcasting ended with the National Anthem. The pig stood up in its sleep and at the end fell down in a lump ruining a promising career for there was a click from its inside and Radio Moscow suddenly beamed out to far and wide. It was Joseph Stalin with the farming report. A pig’s head was worth one rouble and its arse was worth one and a half roubles. No circus wanted a pig doing Joseph Stalin impressions, so it pulled itself wearily to its feet and decided to face the punishment and go home. A once reassuring drizzle of rain was of little comfort. Stars twinkled their annoyance and a cobweb clung to the pig’s nose giving the impression that its face had cracked. The moon created this impression from its position above the darkened house. How dark the house would remain was anybody’s guess. Maybe the inevitable kick it expected would turn it back to National Radio and it would perch for evermore receiving the odd slap for fine-tuning. Or, and this was the unthinkable, the word “Rasher” would wind its way to the very heart of Sparrowfart Hill. It was either “Tune the Pig” or “Pass the Butter”. *** Mick Fitzgerald Les contes de Sparrowfart Hill – Chapitre 38 - Un été irlandais La première chose dont je me souvienne c'est de nager, tous les bébés savent nager. J'étais né sous le trou dans le toit de la maison ce qui était d'un grand secours pour mes parents puisque la pluie me nettoyait toujours et me permettait de boire. Mon berceau était amarré à la table par prudence, au cas où j'aurais décidé de mettre les voiles un soir. Il y avait un drôle d'objet avec un gros nez qui se penchait sur moi pour m'observer avec grand intérêt. C'était le cochon de la famille qui servait aussi de sage-femme et de nourrice. Mes couches étaient

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mgv2_70 |08_12 héritées de père en fils depuis 1798, chacun échappant aux forces de la couronne britannique plusieurs fois, savamment déguisé sous une écharpe. Un sombre juillet, la poule d'eau de la famille nagea jusque dans la cuisine en éclaboussant tout sur son passage. La poule d'eau passa toute la journée à patauger et n'avait pas pondu un seul œuf depuis la Rébellion de 1916, œuf qu'elle avait d'ailleurs perdu. J'étais alors assez âgé pour nager seul et passer mes journées à faire la planche dans la cuisine en admirant l'arc-en-ciel dans l'évier. Mais ce fut aussi le jour où quelque chose d'étrange arriva. Le pluie cessa. Mon père entra dans la cuisine, trébucha sur le cochon et créa un raz-de-marée qui éjecta ma mère par la fenêtre de la cuisine. « Bon Dieu mais c'est l'été aujourd'hui » s'écria-t-il, arrachant son pantalon et le jetant par dessus son épaule. Il atterrit sur ma mère qui tentait de repasser par la fenêtre en grimpant sur le mur. Dans cette confusion aveuglante elle tomba dans l'évier à travers l'arcen-ciel et brisa la vaisselle de la famille. Mon père se retourna pour l'aider et on apercevait un trou dans son caleçon long au travers duquel apparaissait un SaintPatrice tatoué sur son cul. Puis il me souleva et me jeta hors de la cuisine. J'atterris dans plus de cinquante centimètres de boue près de la poule d'eau dont on ne voyait que le cou dépasser. « Youpi » cria mon père tandis qu'il plongeait lui-même dans la boue suivi de près par ma mère qui tomba sur quelque chose de dur. C'était un œuf avec une épingle plantée dedans et quelque chose écrit dessus. « A vendre avant le 23 avril 1916 ». Avant que quiconque n'ait pu réagir, la poule d'eau becqueta ma mère et l’œuf tomba et la poule d'eau resta avec l'épingle dans le bec. Il y eut une détonation assourdissante et mon père s'envola par le trou du toit. Fidèle à son habitude, l'été fut terminé à minuit et la pluie reprit de plus belle. C'avait été un été fatiguant. Je tombai dans un sommeil profond près de l'évier dans une position de flottaison. Le lendemain, je me réveillai sur le bord de la fenêtre de derrière.

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mgv2_70 |08_12 Cependant, la fin de l'été signalait la reprise de la saison de football subaquatique. Je devins un adepte de football subaquatique à St. Muckbo's Hedge School que je fréquentais. À plusieurs occasions, j'y étais non seulement avec mes livres scolaires mais aussi avec mon masque de plongée de protection. La poule d'eau partageait mon enthousiasme et nageait régulièrement sur le terrain lorsque de mauvaises décisions d'arbitrage étaient prises. Elle essayait souvent de blesser l'arbitre. Elle fut interdite de stade plusieurs fois à cause de son hooliganisme lors des matchs de football subaquatique. Sans surprise, la finale de la coupe de la ligue de football subaquatique irlandais était un événement important dans notre famille. Peu importait quelles équipes jouaient, il y avait toujours une vague d'excitation autour de la maison ; même la boue remuait par anticipation. Les couleurs des équipes étaient posées partout. L'arc-en-ciel au-dessus de l'évier prenait lui aussi les couleurs du jour. C'était la tradition chez nous que le jour de l'Union irlandaise la famille se rassemble autour de la radio posée sur le bord de la fenêtre et que les voisins nagent de loin jusqu'à nous pour l'écouter. Il y avait une atmosphère de carnaval et ma famille était bien chanceuse d'avoir cette radio. Nous autres, les enfants, nous pataugions dans la boue avec notre petit ballon de football et nos masques de plongée pendant que nos parents nous regardaient. Les enfants les plus jeunes jouaient aux « Révoltés du Bounty » dans la cuisine. Le cochon se baladait paresseusement parmi tout ce monde. Dans l'effusion personne n'avait pensé à le nourrir et son estomac commençait à se plaindre de la faim bruyamment. Il devint très irritable et courait après la poule d'eau qui était peinte aux couleurs de Tipperary pour l'occasion ; ce qui était somme toute étrange puisque ce n'était pas cette équipe qui jouait ce jour-là. Cependant, le jeu s'intensifia de plus en plus. La fanfare des Artane Boys répliquaient à cette agitation dans la radio en jouant « I'll Take You Home Again Kathleen ».

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mgv2_70 |08_12 Soudain, le cochon devint fou et se mit à nager en cercle. En un saut il attrapa la radio et la dévora totalement avec la fanfare des Artane Boys qui jouaient « The Sweet Little Shamrock ». La scène des « Révoltés du Bounty » fut détruite par le raz-de-marée qui s'ensuivit et projeta quatre petits enfants et un perroquet en bois par la fenêtre de la cuisine. Le cochon sauta dans la boue, suivi par mon père, ma mère et les voisins. De son ventre on entendait la radio, la voix annonçait que les équipes entraient sur le terrain. Mon père était en larmes. Alors que le cochon atteignait le pied de Sparrowfart Hill, ses entrailles sonnèrent l'hymne national et se raidirent avec attention, mes parents et les voisins entonnèrent le chant avec élan. L'hymne prit fin et 45000 voix acclamèrent des entrailles du cochon comme il gagnait Sparrowfart Hill en semant ses assaillants. « Je n'ai qu'une chose à te dire » gronda mon père au cochon «Bacon». Plus tard, le cochon resta seul et triste sur la colline, son estomac annonçait le journal de six heures et le bulletin agricole. Les derniers cours du porc ne le ragaillardirent guère puisqu'une tête de cochon ne valait plus que deux euros et son cul deux euros et six centimes. Les ténèbres encerclèrent le cochon et amenèrent avec eux un sentiment d'impuissance. Il s'allongea, épuisé, étouffant le son d'un ensemble de violoncellistes et d'un chef d'orchestre sans dent. Ses yeux fatigués se baissèrent d'autant plus et dans son esprit, que seul les cochons ont, il se mit à rêver qu'il rejoignait une troupe de cirque. Avec une radio dans l'estomac, il pouvait prétendre être capable de faire des tours surprenants. Chaque dimanche, il aurait pu retransmettre les jeux gaéliques et la fanfare des Artane Boys, le président irlandais, les deux équipes, cinq évêques, soixante prêtres, un vendeur de souvenirs, le propriétaire de la voiture immatriculée DXL 1026 qui s'était fait ouvrir par des voleurs et enfin un flash info. Pour le rappel, il pouvait aussi produire un cours de cuisine d'une demie-heure

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mgv2_70 |08_12 présenté avec une voix féminine. Mais cette nuit-là, au sommet de Sparrowfart Hill, la retransmission s'acheva avec l'hymne national. Le cochon se leva dans son sommeil mais finit par tomber dans un fracas et acheva là une carrière prometteuse car un cliquetis se fit entendre de l'intérieur et Radio Moscou se mit à gueuler. C'était Joseph Staline et le bulletin agricole. Une tête de cochon valait un rouble et son cul un rouble et demi. Aucun cirque ne voudrait d'un cochon qui retransmettrait Joseph Staline, alors il se releva et décida qu'il devait faire face à son destin lugubre et rentra à la maison. Un court passage de bruine ne fut que de peu de réconfort. Les étoiles scintillaient avec ennui et une toile d'araignée se colla au groin du cochon donnant l'impression que son visage était fêlé. La lune accentuait cette impression depuis la position qu'elle tenait au-dessus du toit de la maison gisant dans les ténèbres. À quel point la maison resterait-elle sombre était la question du jour ? Peut-être que le coup fatal permettrait de nouveau de retransmettre la radio nationale et il serait de nouveau le bienvenu, recevrait une bonne tape sur l'échine pour ce programme agréable. Ou bien, et c'était impensable, le mot « bacon » serait porté par le vent jusqu'au cœur même de Sparrowfart Hill. Ce serait alors soit « Allume le cochon » ou « Passe-moi le beurre ».

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mgv2_70 |08_12 Fabrice Farre Personne Là où je meurs il n’y a ni territoire à parcourir ni parole à poursuivre La mer devient le ciel par l’un de ces caprices insulaires. Vendredi, je reviendrai. La houle prendra des airs sourds de métro souterrain. Il n’y aura sans doute que des regrets pour ces moments partagés nulle part, à n’avoir été personne d’autre de plus.

Nobody Where I die there is neither land to race through nor words to follow. The sea becomes the sky by one of these insular whims. Friday, I will come back. The swell will shape in dull looks as an underground station. There will only be regrets for these moments shared nowhere, to have been nobody else more.

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mgv2_70 |08_12 Patrice Maltaverne Tranquille sur son île 1 Au milieu des carrousels de l’amour repeint Personne n’ose l’accoster Et pour l’éviter Un sens giratoire est obligatoire Sa figure est le fruit pourri De la pauvreté et de l’indifférence Au milieu des yeux décollés du hasard De ces parfums à bon marché La tête lui tourne Il n’a pas assez de pavés en réserve Pour se la frapper Un instant le vertige le tient Puis il pense très fort A une cathédrale Ou à un cheval pris au piège C’est pour mieux sentir l’emprise du licol Les murs glissants Enfin l’onde de choc S’écarte de lui Pauvre piéton qui rumine Au sortir de sa carcasse

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mgv2_70 |08_12 Cool on His Island 1 Amongst the carousels of love painted again No one dares to talk to him And to avoid him A roundabout is compulsory His face is the rotten fruit Of poverty and indifference Amongst the eyes unstuck from chance From these cheap fragrances He is dizzy He has not enough cobbles aside To hit his head For a moment dizziness holds him Then he thinks very hard About a cathedral Or a trapped horse To feel the hold of the halter The slippery walls Eventually the shock wave Diverges Poor pedestrian pondering Out of his carcass

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mgv2_70 | 08_12 Patrice Maltaverne Tranquille sur son île 2 La plage est un livre ouvert Dont il tourne une à une les pages Comme des fesses en maillot de bain Paires et impaires Elles se mélangent dans l’après-midi Qui avance Et seul le soleil refuse de se perdre En cette immensité Quand la marée sera haute Saura-t-il se noyer ? Epuisera-t-il le mystère De ces embryons d’aventures Qui lui montent sur le corps Comme des fourmis d’hôpital ? Cool on His Island 2 The beach is an opened book He turns the pages one by one Like butts in a swimming suit Evens and odds They mix in the afternoon Progressing Only the sun refuses to lose itself In this vastness When the tide is high Will he be able to drown? Will he drain the mystery Of these tiny bits of affairs Crawling up on his body like nurse ants? Beach Silloette, photograph by Tio Tom Tomlinson

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And now I saw how easy it was for the providence of God to make even the most miserable condition of mankind worse. Now I looked back upon my desolate, solitary island as the most pleasant place in the world and all the happiness my heart could wish for was to be but there again. I stretched out my hands to it, with eager wishes - "O happy desert!" said I, "I shall never see thee more. O miserable creature! whither am going?" Then I reproached myself with my unthankful temper, and that I had repined at my solitary condition; and now what would I give to be on shore there again! Thus, we never see the true state of our condition till it is illustrated to us by its contraries, nor know how to value what we enjoy, but by the want of it. It is scarcely possible to imagine the consternation I was now in, being driven from my beloved island (for so it appeared to me now to be) into the wide ocean, almost two leagues, and in the utmost despair of ever recovering it again. Robinson Crusoe, Chapter 10, Daniel Defoe, 1719 Je compris alors combien il est facile à la providence de Dieu de rendre pire la plus misérable condition de l’humanité. Je me représentais alors mon île solitaire et isolée comme le lieu le plus séduisant du monde, et l’unique bonheur que souhaitât mon cœur était d’y rentrer. Plein de ce brûlant désir, je tendais mes bras vers elle. – « Heureux désert, m’écriais-je, je ne te verrai donc plus ! Ô misérable créature ! Où vas-tu ? » Alors je me reprochai mon esprit ingrat. Combien de fois avais-je murmuré contre ma condition solitaire ! Que n’aurais-je pas donné à cette heure pour remettre le pied sur la plage ? Ainsi nous ne voyons jamais le véritable état de notre position avant qu’il n’ait été rendu évident par des fortunes contraires, et nous n’apprécions nos jouissances qu’après que nous les avons perdues. Il serait à peine possible d’imaginer quelle était ma consternation en me voyant loin de mon île bien-aimée, – telle elle m’apparaissait alors, – emporté au milieu du vaste Océan. J’en étais éloigné de plus de deux lieues, et je désespérais à tout jamais de la revoir. Robinson Crusoë, Daniel Defoe, 1719 Traduction française Petrus Borel, 1836


mgv2_70 |08_12 Christophe Siébert La place du mort – Chapitre 1. Je m'appelle Blandine et les connards ont trouvé toutes sortes de rimes pourries avec mon prénom, mais c'est pas eux qui sont assis là où je suis assise, c'est moi et moi seule, c'est pas eux qui filent à travers la nuit dans une voiture volée, c'est moi, c'est pas eux qui sourient, c'est pas eux, c'est moi, c'est pas eux qui se marrent et qui sentent monter l'exta en regardant défiler les arbres à cent dix kilomètres heure, c'est moi, tout ça, c'est moi et c'est pas eux. Moi je ne suis pas dans un canapé merdique, avec une vie merdique, en train de regarder des films de merde pour oublier mon boulot pourri, moi un boulot j'en ai pas, j'ai pas non plus de canapé, pas de télé, d'appart, de mec, je n'ai rien, je ne suis pas comme tous ces connards, j'ai une voiture volée, de la drogue dans mon sang qui cavale à tout berzingue et Sammy à côté de moi, et c'est tout ce dont j'ai besoin pour cette nuit. Je suis assise côté passager et je regarde droit devant. Je regarde la nuit, les arbres défiler, je regarde la départementale et la campagne prise dans les phares. Sammy ne parle pas, il conduit concentré, j'ai envie de le regarder mais je ne le regarde pas, ça n'est pas le moment. Il est sérieux comme un pape, c'est un héros de film, c'est un héros de jeu vidéo, beau et tout entier dédié à sa tâche. Je ne sais pas où on va. De temps en temps je perçois l'odeur de son parfum, mêlé de sueur piquante. Lui non plus, il n'a aucune idée de notre destination. On s'en fout, on s'en fout, on va péter le moteur et après on baisera, on s'en payera une tranche, ça ira, ça ira bien comme ça. Par la fenêtre ouverte j'écoute le bruit du moteur, je crie et je n'entends pas le bruit de ma voix, nous allons plus vite que le son, nous sommes dans un putain de vaisseau spatial, nous sommes une foutue comète, nous sommes lancés à travers le néant, nous sommes tirés d'un canon et nous filons, filons, loin de tous les cons. J'ai vingt-six ans et une grosse poitrine, les mecs aiment souvent se branler contre, moi ça n'est pas ce que je préfère. J'ai vingt-six ans et une grosse poitrine, Blandine a une grosse poitrine, j'ai une grosse poitrine et je ne vois 37


mgv2_70 |08_12 aucun problème à la montrer, tout le monde l'a vue, ma poitrine, tout le monde la connaît, tous ces connards qui disent que je suis conne, que je suis débile, que je suis attardée, tous ces connards l'ont vue, tous ces connards se sont branlés en y pensant. Je sens la drogue monter, je sens une excitation et une angoisse en même temps. Une main sur ma nuque, chaude, et une autre dans mon ventre. — Eteins les phares ! je dis à Sammy. Et nous nous engouffrons dans le noir. Nous nous enfonçons dans la nuit à la vitesse d'un avion à réaction, d'un vaisseau spatial, d'une balle. Je bascule en avant, j'attrape le tableau de bord de toutes mes forces, je souris à la route. L'impression que la route se jette sur moi, que le monde est un vent contraire qui souffle à deux cent kilomètres heure. — Plus vite, plus vite ! J'écoute le bruit du moteur qui s'emballe, j'écoute le bruit de l'air que nous transperçons. Les vibrations de la voiture dans tout mon corps. Mes tétons durcissent. Nous sommes lancés comme une torpille et nous n'allons nulle part. Nous allons au bout du monde, nous sortons du monde. Dans le noir qui n'est pas tout à fait noir, à cause de la lune et à cause de la drogue, je perçois des formes. Je vois des fantômes. J'entends même le vent qui essaie de me dire des trucs, mais ma concentration n'est pas assez grande, et puis je pense à des oiseaux. D'abord des oiseaux incroyables. Des Cracoucass. Des oiseaux géants. Et puis des hiboux. Ce serait terrible, de voir un hibou, là. Ce serait incroyable qu'un hibou nous percute. Il apparaîtrait d'un coup, sorti d'entre les arbres, flashé par les phares, les ailes écartées et le bec grand ouvert. Ses yeux affolés, le bruit du choc et Sammy qui panique, la voiture qui part en zigzag pendant quelques secondes, pendant que le sang recouvre ce qui reste du pare-brise et gicle en même temps que des plumes dans l'habitacle, pendant que nos cœurs s’affolent et que nos poumons se vident de leur air, que les pneus crissent, que le ciel tourne comme une toupie au-dessus de nous. Je nous imagine ensuite, la sueur

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mgv2_70 |08_12 qui commence à sécher dans le froid, en train d'examiner les dégâts, notre cœur qui bat, nos jambes molles, notre cerveau vide, le moteur qui cliquette dans le silence revenu, des plumes qui volent autour de nous comme dans un western. — Tu aurais envie de moi si j'étais couverte de sang ? Tu aimerais ça, mes nichons tout rouges, dégoulinants ? Il me regarde et fronce les sourcils. Couverte de sang rouge sombre et gluant. Couverte de plumes blanches. Sa langue sur mes seins. Ses dents. Ses doigts qui tracent des sillons dans le sang sombre et épais comme du pétrole. — Va plus vite ! Va toujours plus vite ! Il faut toujours accélérer. Il rit, il accélère. Il ne parle pas beaucoup. Je me demande ce qui se passe dans sa tête, et je trouve dommage qu'il ne soit pas dans la mienne. J'aimerais quelqu'un dans ma tête. J'aimerais quelqu'un qui sache avant moi ce que je pense. Est-ce que quelqu'un comme ça pourrait exister ? Est-ce que ça ne foutrait pas la trouille, au bout du compte ? La lumière plus vive d'un coup me blesse les yeux, me contrarie la montée. — Pourquoi tu remets les phares ? Eteins les phares ! Ca me donne froid, les phares, j'ai l'impression que mes parents vont débarquer et m'engueuler, j'ai l'impression qu'ils vont me punir, m'enfermer dans ma chambre. — Il y a un village. Tu te sens comment ? Ca va ? T'as des yeux de dingue, c'est excellent, ça y est, t'es bien perchée ? — Ca monte. J'ai des fourmis partout. C'est cool. — Tu peux me rouler un pétard ? J'ai envie de fumer. Y a tout ce qu'il faut dans ma veste. — Attends. Attends un peu. J'ai envie de faire quelque chose, là. Je me mets à genoux sur le siège. Pieds nus contre le dossier, des frissons qui me remontent jusque dans la nuque, penchée en avant, le visage presque écrasé contre le pare-brise, cramponnée au tableau de bord, j'écarquille les yeux. Je voudrais ne jamais plus les fermer. Je vois tous les détails dehors, tous les détails

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mgv2_70 |08_12 saisis par les phares, qui foncent vers moi. J'ai la bouche ouverte, la bouche grande ouverte, je pourrais tout avaler, avaler tout le décor, le monde entier, je mouille, j'ai les tétons durcis. — Fonce, fonce ! Ne t'arrête jamais ! Il pousse un cri un peu sauvage qui l'espace d'un instant me coupe de ma montée, mais ça va mieux aussitôt, et écrase l'accélérateur. Le bruit de sa voix, le bruit du moteur qui s'emballe, pénètrent directement dans ma moelle épinière, foncent au cerveau et m'allument tous les neurones. Tous mes muscles en prennent pour leur grade, tous bandés, tendus, caressés par un courant de chaleur. J'avale une grosse goulée d'air et l'électricité crépite au bout de mes doigts et nous traversons le village comme une bombe. L'exta fonce à travers mes veines, mes nerfs, mes synapses à la même vitesse, j'ai l'impression d'être nyctalope et d'entendre la moindre nuance sonore, le moteur, les grognements de joie de Sammy, les pneus sur le goudron, le skaï des sièges, une putain de symphonie et tout s'accorde pour me faire jouir le cerveau, elle est bien bonne cette drogue. Les maisons saisies par les phares, c'est d'une beauté qui me coupe le souffle. Tout est plat et lumineux comme un décor de théâtre. Tout est mystérieux et poétique. J'ai envie de voler, de traverser le toit et de foncer comme Superman. J'ai envie de faire quinze fois le tour de la Terre en trente secondes. J'ai envie de sauter sur Sammy et de le baiser à mort pendant que la voiture fonce dans le vide sans jamais rien rencontrer que le ciel noir et les étoiles. D'un coup je me demande à quoi ressemble sa bite, à lui, et quel goût elle peut avoir. Le sang dans mon corps cavale, cavale, aussi vite que cette putain de voiture, et en quelques secondes le village n'est plus qu'un souvenir. L'excitation retombe un petit peu, je sens toute l'électricité refluer de mon corps, revenir au centre, au cerveau, aux reins, au ventre, je suis un vaisseau en train de quitter l'hyper-vitesse. On retrouve la route, le noir, la campagne, les arbres qui sont alignés le long de la route. Je souffle lentement. Je suis hypnotisée par la régularité et la

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mgv2_70 |08_12 profondeur de mon souffle, j'adore ce son, il se mélange bien avec le bruit du moteur et le décor. Je caresse le siège du bout des doigts, et puis de la paume, sensations terribles. Sammy éteint les phares, ralentit, roule moins vite. Il a raison, il a bien fait. Ca me fait redescendre encore un peu, juste ce qu'il faut, juste assez pour être bien, vraiment bien. Il tourne la tête vers moi et sourit, il va pour parler mais d'un regard je lui fais comprendre que j'ai compris et que ce n'est pas la peine de parler, qu'il ne faut pas parler. Me pencher en arrière pour choper sa veste, sensation extrême, ça aussi, comme si la grande roue partait à l'envers dans toutes les dimensions à la fois. Je mets au moins dix minutes à rouler le joint. La flamme du briquet me crispe un peu mais ça ne dure pas longtemps, et puis l'odeur du shit que j'effrite m'apaise. Ca va. Je suis bien. Je suis bien. Je suis coupée de tout, du futur, du passé, je suis même coupée du présent, je crois. J'ai les mâchoires serrées, les yeux comme des soucoupes, je transpire. J'ai les mains moites, ça rend pas l'opération roulage très évidente. Quand c'est terminé je le lui tends et ensuite je me laisse aller, je me laisse glisser le long du siège, le faux cuir me caresse le dos et j'ai l'impression que ça dure des heures, que je descends et remonte le long d'un toboggan, j'ai la tête renversée et je regarde le plafond, à la périphérie de mon regard j'ai juste ce qu'il faut de mouvement, de route, d'arbre, de temps en temps je bouge les yeux et je vais dans le ciel, tout au fond. J'ai l'impression que plus rien ne bouge, que plus rien n'avance, que nous sommes dans une stase infinie, animée de vibrations, de douceur, j'éprouve une extase molle et je sens aussi revenir les pensées, je crois que je suis en train de descendre, j'hésite à reprendre un cacheton mais je ne veux pas baiser en étant trop perchée. Je ferme les yeux un moment, je les rouvre, le ciel est toujours pareil, toujours noir. J'ai vingt-six ans et le ciel n'a jamais, jamais changé en vingt-six ans. Tous ces connards, ils ne m'aiment pas, ils ne m'ont jamais aimée. Ca fait vingt-six ans qu'ils me prennent pour une gourde qui ne comprend rien, pour une salope, pour une tordue. Ca fait vingt-six ans qu'ils bandent tous pour moi, les

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mgv2_70 |08_12 jeunes, les vieux, les moches, les canons, tous, qu'ils bandent et qu'ils me méprisent, à croire que ça les dévalorise ces connards d'avoir la trique pour moi. C'est pas maintenant que ça va s'arranger, ça, non, pas après ce que j'ai fait, là c'est terminé, je suis grillée à vie, même pas le purgatoire, l'enfer direct. Sammy me tend le pétard, je décline d'un mouvement de la tête tellement doux que je ne suis pas sûre qu'il a vraiment eu lieu. Tous mes muscles sont tellement, tellement au repos, massés simplement par les vibrations de la voiture. Au moindre micro-mouvement que je fais, je sens l'air qui résiste, qui s'enfonce comme une matière molle et élastique, douce. Les étoiles ne bougent plus, le ciel ne bouge plus. Je me demande depuis combien de temps nous sommes arrêtés. Je ne suis même pas certaine que nous soyons arrêtés, en fait, mais un coup d’œil sur la gauche me le confirme, Sammy n'a plus les mains sur le volant. — Ca va ? Tu vas bien ? Je hoche la tête et je fais un sourire mais mon corps est tellement apaisé que je ne suis même pas sûre que ça se voit. Je ne peux bouger qu'en pensée, mon corps est inerte et tellement bien, je n'ai pas envie de parler, je respire l'odeur du pétard, je regarde les volutes de fumée remplir l'habitacle et dessiner des formes éphémères et belles. J'ai les mâchoires qui se serrent, j'ai soif, mais en cet instant précis je suis absolument, absolument incapable de faire un truc aussi compliqué et violent que boire de l'eau froide. Vingt-six ans qu'ils me prennent tous pour la dernière des putes, la dernière des connasses, et voilà que je viens de leur porter le coup de grâce. Non, ça ne va pas s'arranger maintenant. Ca ne va plus jamais s'arranger, plus jamais. Mais ça n'est pas comme si je voulais que ça s'arrange, de toute manière. Ca n'est pas comme si je voulais faire amende honorable. Ca n'est pas comme si je voulais un tel truc. Je ne veux plus rien d'eux, je ne veux plus rien à voir avec eux, tout ce que je veux c'est qu'on reparte bientôt. J'entends le cri d'un oiseau de proie. Un cri bref, aigu, je ferme les yeux un

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mgv2_70 |08_12 instant. Mes pensées sont un peu plus claires, je me sens moins perchée, je me demande quelle heure il est, depuis combien de temps on roule, si nous sommes loin. Et puis je me demande loin par rapport à quoi et ça me fait rire. En tout cas il fait encore nuit. L'explosion du démarreur et l'embrayage me figent un instant et j'ai envie de dire à Sammy d'arrêter ça. Mais passé ce bref moment de stress je retourne à la paix et la voiture avance doucement et le bruit du moteur se stabilise et le ciel bouge à la bonne vitesse. Tout va bien, tout va bien. Je respire normalement. Mes sensations visuelles, tactiles, auditives ne sont plus aussi exacerbées. Je cale mon regard sur le ciel. Les vibrations de la voiture sont toujours aussi bonnes, mais maintenant c'est davantage dans le genre shiatsu que dans le genre expérience cosmique. Je me concentre pour trouver la force de parler. — Il y a à boire, ici ? — Non, je suis désolé. — C'est pas grave, t'inquiète, c'est pas grave du tout, je suis bien. D'avoir bougé, parlé, réfléchi, voulu faire quelque chose, utilisé ma conscience, ça relance la drogue et je subis une deuxième montée, moins forte que la première mais comme j'étais déjà assez haute, je me retrouve à nouveau à bloc, je suis collée au plafond, ça fait du bien. Je recommence à caresser le siège avec mes paumes. Je recommence à penser aussi, à penser à tous ces connards. Peutêtre que je devrais pas, mais j'ai du mal à m'en empêcher, je n'ai pas assez de force pour me fermer à quoi que se soit pour l'instant. Tous ces connards... Tous ces foutus connards... En me concentrant sur la route, sur le moteur, sur les arbres qui défilent, je peux les sentir s'éloigner et ça me fait du bien, ça me fait un bien fou... A commencer par mon beau-père... Le premier... Blandine, elle est pas maline... Combien de fois je l'ai entendu, ça ? Pendant toute mon enfance. Pendant toute mon enfance, je l'ai entendu. La première fois je devais avoir huit ou neuf ans. C'était la première fois qu'on faisait rimer mon nom. Je m'en souviens, j'avais trouvé ça drôle, j'avais trouvé ça

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mgv2_70 |08_12 gentil. A l'adolescence, ça s'est corsé. A l'adolescence, les rimes sont devenues moins marrantes, plus humiliantes. *** Christophe Siébert The Dead Man Seat – a novel Chapter 1 My Name is Blandine, and all the morons found all sorts of dirty names rhyming with my first name, but they are not the ones sitting where I sit. It is me and me only. They are not the ones being driven swiftly through the night in a stolen car, it is me. They are not the ones smiling, they are not, I am. They are not the ones having a good time and feeling ecstasy flowing inside while watching the trees at over sixty miles an hour. I am; all this is for me, not them. I am not sitting in a fucking sofa, living a fucking life, watching crap films to forget my job. I haven't got a job, neither have I a sofa, a TV set, a flat, a man, I have nothing. I am not like all these ass holes: I have a stolen car, drugs in my blood that rush at top speed, and Sammy by my side – and that's all I need for tonight. I sit on the passenger seat and I am looking straight ahead. I am looking at the night, the trees going by, the county road and the countryside in the car lights. Sammy keeps quiet. He is driving, concentrating. I feel like looking at him but I don't; it is not the time to. He is as grave as one can be, as a film hero a video- game hero: handsome and dutiful. I have no idea where we are going. Now and then I smell his fragrance mixed with acrid sweat. He doesn't know where we are heading to either. Who cares? We don't. We're going to override the engine then we will fuck, we'll have a whale of a time. That'll do, that will do well. Through the opened window I am listening to the noise of the engine. I yell and can't hear the sound of my voice, we're driving faster than that sound, we are in a fucking space ship, we are a damn comet, we are going through nothingness, we've been shot from a canon and we are flying, flying, away from all those morons. I am twenty-six and have big breasts, men usually like to wank against them

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mgv2_70 |08_12 though this is not what I prefer. I am twenty-six and have big breasts. They said, “Blandine a une grosse poitrine.” I have big breasts and I can't see any problem to show them, everybody saw them, my breasts, everybody knows them, all these morons who say I am a stupid cow, I am retarded, I am silly, all these morons saw them, all these morons jerked off thinking about them. I can feel the drug rising, I can feel excitement and anguish at the same time. A warm hand on my neck and another one inside me. — Switch off the lights! I say to Sammy. So we rush into the darkness. We sink into the night at the speed of a jet plane, a spaceship, a bullet. I lean forward and grab the dashboard with all my strength; I smile to the road. I have the feeling that the road is flying on me, that the world is like the wind blowing in the other direction at one hundred miles an hour. — Faster, faster! I listen to the revving engine, I listen to the noise of the air we pierce through. I can feel the vibrations of the car through my body. My nipples harden. We are thrown like a torpedo and we are heading toward nowhere. We are heading to the other end of the world, we are leaving the world. In the darkness that is not completely dark because of the moon and the drug, I can perceive shapes. I can see ghosts. I can even hear the wind trying to talk to me, but I am not concentrated enough, and I think of birds. First: amazing birds. Howlibirds. Giant birds. Then owls. It would be awful to see a owl right here. It would be incredible that one smashed into the wind-shield. It would appear all of a sudden, coming from the trees, spotted by the lights, its wings spread, its beak wide open. Its bewildered eyes, the sound of it smashing and Sammy panicking, the car swirling for a few seconds, while the blood splatters on what remains of the shield and spills inside the car with feathers, while our hearts rev and our lungs expel all air from within, the tyres squeak, the sky twirls like a whirligig above us. Then I imagine us: the sweat starting to dry up in the cold, checking the damages, our

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mgv2_70 |08_12 hearts still beating, our legs like cotton wool, our brains empty, the engine rattling in the silence that has finally come back, feathers flying all around us like in a Western picture. — Would you fancy me if I were covered with blood? Would you like that, my tits all red, dripping? He looks at me and frowns. Covered with red, dark and sticky blood. Covered with white feathers. His tongue on my breasts. His teeth. His fingers furrowing the blood as dark and thick as oil. — Drive faster! Drive faster and faster! You must keep on driving fast! He laughs and drives faster. He doesn't talk much. I wonder what is going on in his head and find it sad he is not in mine. I'd like to have someone in my head. I'd like someone who would know what I think before I do. Would someone like that exist? Wouldn't it be scary in the end? The light becoming more vivid suddenly hurts my eyes and upset the rising. — Why did you switch on the lights back ? Switch them off! They make me cold, these lights, I have the feeling that my parents are going to get there and tell me off, they're going to punish me, lock me up in my bedroom. — There is a village. How do you feel? You're OK? You've got crazy eyes, that's just great, are you high now? — It's coming up. I have ants in my pants. That's cool. — Can you roll a joint for me? I need a smoke. You'll find everything in my jacket. — Wait! Wait a little, I feel like doing something else right now. I kneel on the passenger seat. My bare feet touch the back of it, shivers rising up to the back of my neck, bent forward, my face almost crushed against the shield, I clutch the dashboard, I open my eyes wide. I wish I could keep them so. I can see all the details outside, all the details captured by the lights of the other cars rushing towards me. My mouth gaping wide open – I could swallow

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mgv2_70 |08_12 everything, swallow all the setting, the whole world, I wet myself, my nipples harden. — Faster! Faster! Never stop! He screams a wild yell that stops the rising in me for a short time, but the rising starts again just after. He pushes the gas more. The sound of his voice and the sound of the engine revving penetrate my marrow, rush to my brain and start all my neurons. All my muscles are at stake, all stretched, tensed, brushed by a warm wave. I swallow a massive mouthful of air and the electricity sizzles at the tip of my fingers and we drive through the village like a rocket. The ecstasy rushes through my veins, my nerves, my synapses at the same speed, I feel like I have nyctalopia and am able to hear the least sound grade, the engine, Sammy's growls of joy, the tyres on the road, the artificial leather of the seats, a fucking symphony and everything unites to make my brain jerk off, this drug is such a good one. The houses spotted by the lights are such a beauty that it leaves me breathless. All is flat and bright like a theatre set. All is mysterious and poetic. I feel like flying out of the car, though the roof and to speed like Superman. I feel like flying around the Earth fifteen times in thirty seconds. I feel like crashing onto Sammy and fucking him to death while the car rushes in emptiness with nothing in front but the dark sky and the stars. All of a sudden, I wonder what his dick looks like and what it tastes like. The blood in my body rushes, rushes, as fast as this fucking car, and in a few seconds the village is just a memory. The excitement falls back down a little, I can feel all the electricity flowing back from my body, getting into the centre again, in my brain, my kidneys, my stomach, I am a spaceship leaving the hyper-speed. The road is here again, the darkness, the countryside, the trees lined up along the road. I breathe in and out slowly. I am hypnotized by the regularity and the depth of my breathing, I love that sound. It mingles well with the sound of the engine and the setting. I touch the seat with the tips of my fingers, then with the palm of my hand: amazing feelings. Sammy switches off the lights, slows the car

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mgv2_70 |08_12 down, kills the speed. He is right, he did well. It makes me go down a little more, just what it takes to feel good, to feel really good. He turns his head towards me and smiles He is going to say something but with one glance I keep him quiet, he knows I know, he understands it is unnecessary to speak. To stretch backward to grab his jacket, this is also an extreme sensation, as if the big wheel was going backward in every dimension at the same time. It takes me about ten minutes to roll the joint. The flame of the lighter makes me nervous a little but not for long, and the smell of the hash soothes me. It's OK. I'm fine. I'm fine. I'm cut from the all the world, from the future, from the past, even from the present, I think. My jaws are tight, my eyes are as big as saucers, I sweat. My hands are wet. It does make rolling even more difficult. When it is done, I hand it to him then I let myself go, I let myself slip onto the seat, the artificial leather rubs my back and I feel like it lasts for hours, that I slide up and down on a slide. My head is bent backward and I look at the roof, at the edge of my eyes, I have just the necessary movement, road, trees, from time to time I move my eyes and I reach the sky, at the bottom of it. I have the feeling that nothing moves any more, that nothing progresses, that we are in a permanent stasis, moved by vibrations, softness, I feel a soft ecstasy and I can also feel my thoughts come back, I think I am going back down totally, I wonder if I should have another pill but I don't want to fuck in a too-high state. I close my eyes for a while, open them up again, the sky remains the same, still dark. I am twenty-six and the sky has never changed for the last twenty-six years. All these morons, they don't like me, they have never liked me. They have been considering me as a dumb girl who can't understand anything, a slut, a jerk. They have been horny for me for twenty-six years, the young, the old, the ugly, the hot, all of them have been horny and scornful, as if it debased them to be horny for me. It is not going to get better now, no it isn't, not after what I did, it is over now, I'm done for the rest of my life, not even purgatory, straight to hell. Sammy hands me back the joint but I say no with my head so softly that I even

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mgv2_70 |08_12 wonder if it really occurred. All my muscles are so at ease, so at rest, simply massaged by the vibrations of the car. At the least micro-movement I intend, I can feel the air resisting, it penetrates into the car as a soft and stretchy material, a sweet material. The stars don't move any more, neither does the sky. I wonder how long we have stopped. I am not even sure we have stopped, really, but a glance on my left hand-side confirms it, Sammy is not at the wheel any more. — Are you OK? You're fine? I move my head up and down and smile but my body is so at ease that I am not even sure it can be seen. I can move only in my head, my body is inert and so peaceful I don't feel like talking, I can smell the perfume of the joint, I watch the smoke filling up the pit and drawing beautiful and ephemeral shapes. My jaws tighten, I am thirsty, but at this precise time I am absolutely, totally unable to perform such a difficult and violent act as to drink cool water. They have been considering me as the worst of the tarts, the worst of the ass holes for twenty-six bloody years, and I have given them the final blow. No, it is not going to get better now. It is never going to get better, never again. It is not as if I wanted it to get better anyway, not as if I wanted to apologize publicly. It is not as if I wanted such a thing. I don't want anything else from them, I don't want to have any links with them any more, all I want is that we start driving again soon. I hear the cry of a bird of prey. A short, strident cry, I close my eyes a minute. My thoughts are a little clearer, I feel less high, I wonder what time it is, how long we have been driving, if we are far. Then I wonder far from what and it makes me laugh. It is still dark anyway. The start of the engine and the gear freeze me a moment and I want to say to Sammy to stop. After this short, stressful time, I go peaceful again, the car goes slowly and the sound of the engine settles and the sky moves at the right speed. All is well, all is well. I breathe peacefully. My sight, my touch, my hearing are

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mgv2_70 |08_12 not so sharp any more. I stick my eyes toward the sky. The vibrations of the car are still so good but now it is more in a Shiatsu style than a cosmic trip. I concentrate to find the strength to speak. — Is there anything to drink in here? — Sorry, there isn't. — That's OK, don't worry, it doesn't matter a bit, I’m fine. To have moved, talked, thought, wanted to do something, used my consciousness, it makes the drug start again and I experience a second flow, less powerful than the previous one but because I was already quite high, I find myself at the top again, I am stuck to the roof, it is good. I rub the seat with the palms of my hands again. I start thinking again, thinking about all these morons. Maybe I shouldn't, but I can't prevent myself from it, I am not strong enough to shut myself from anything for the time being. All these morons... all these fucking morons... as I concentrate on the road, the engine, the trees passing by, I can feel them go away and it soothes me, it fucking soothes me... The first was my step-father... The first... Blandine, she isn't cunning... how many times did I hear him say that? For all my childhood. For all my childhood I heard him. The first time, I must have been nine years old. It was the first time my name was made to rhyme. I can remember, I thought it was funny, I thought it was nice. When I became a teen, it got harsher. When I became a teen, the rhymes became less funny, more humiliating.

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mgv2_70 |08_12 Caleb Puckett My Consort My consort, a passing thunderstorm, reanimates the prairie valley, sculpting the red petals of asters and gilding the flint with silver. My consort threshes and dampens, insisting the scene take on seed time in earnest, or so it seems with a charitable mind to spare as the evening sky dries into a black husk around this cul-de-sac. What insult or incentive does this consort offer us, smashing the bright masses free from their stalks, winding down the season in a hasty frenzy, when what we want is a powder blue horizon and soft rain from subsoil to tree top? What is this forced union it perpetuates—a splintering without spark even— rendering stunted offspring on a whim, on an unobligated Sunday afternoon when oblivion is the only clear calling? What is this demonstration but futility compounded by loneliness—a foundering role with envy scripting the dialogue, stealing a melodramatic scene before curtain call? This twisted artifice covers my naked pretense. Unfit—this fiction of mine in the offing—much less fit than the capricious storm I conjure to help populate this bit of static earth with magic, demanding the low masses bow with penance to its bewitching whims. I come, then, neither to consult nor to console my consort with the trickster logic of personality. I come only to force some lyrical dynamism on a prosaic weather bulletin, to fool a mind grown weary of bland patterns, flat maps—predictability. Fallow at last, I am unable to enliven the symbol each of us needs in order to instigate this last blush of growth before winter blanches the prairie valley altogether. My consort is a mere construct, dissipating at last against the teeth of a chimneyed skyline braced together with satellite signals. My imagined association matters little behind this well-insulated glass where seeing is obscured by breathing, where the air is recycled indefinitely.

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mgv2_70 |08_12 Caleb Puckett Mon partenaire Mon partenaire, cet orage passager, rend la vie à la vallée verte, il sculpte les pétales rouges des asters et saupoudre les pierres d'argent. Mon partenaire bat et trempe le paysage, il insiste sérieusement pour que la scène se passe en saison de semailles, c'est ce qu'il semble, une façon d'être dévoué sans rien demander en retour alors que le ciel du soir sèche et devient une cosse noire qui recouvre ce cul-de-sac. Quelle invective, quelle motivation ce partenaire nous inflige-t-il lorsqu'il libère les masses lumineuses de leur tige dans le fracas, souffle la tempête sur la saison dans un mouvement rapide et frénétique, lorsque ce que nous voulons c'est un ciel fardé de bleu et une pluie légère se répandant du soussol aux sommets des arbres ? Quelle est cette union forcée qu'il perpétue – une étincelle sans même un éclat – qui engendre des rejetons chétifs sur un caprice un dimanche après-midi vide de toute obligation où plonger dans l'oubli est la seule occupation ? Quelle est cette manifestation sinon la futilité aggravée par la solitude – un rôle naufrage où l'envie écrit le dialogue, le vol d'une scène mélodramatique avant le rappel. Cet artifice tordu couvre mes prétentions nues. Inapte, dans l'imminence, cette fiction qui est mienne, bien moins apte que cet orage que je conjure de repeupler cette terre aride grâce à sa magie, demande aux basses masses de se prosterner avec repentir vers ses caprices envoûtants. Puis je jouis, non pas pour recevoir l'approbation ou contenter mon partenaire de la logique friponne de ma personnalité. Je jouis seulement pour infliger un peu de dynamisme lyrique à ce bulletin météorologique prosaïque, pour tromper l'esprit fourbu de modèles fades, de cartes sans relief et prévisibles. Laissé à l'abandon, enfin, je suis incapable de donner vie à ce symbole dont chacun de nous a besoin pour faire avancer ce dernier rougeoiement de croissance avant que l'hiver ne blanchisse la

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mgv2_70 |08_12 vallée verte toute entière. Mon partenaire est fabriqué de toutes pièces et se dissipe enfin sur un horizon denté de cheminées reliées entre elles par des signaux satellites. Mon association imaginaire n'a que peu d'importance derrière cette fenêtre à double-vitrage au travers de laquelle la vision est obscurcie par la respiration et derrière laquelle l'air est recyclé à l'infini.

The Energy Battle, © Stephen Farr

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mgv2_70 |08_12 Vincent Une carte postale du Paradis à l’autre bout du monde J’ai posé un pied sur la plage de sable blanc avant de plonger dans l’eau claire, Et Je me suis dit que ce serait un bel endroit pour mourir Je ne voyais pas pourquoi Je devrais rentrer, Sans doute le manque de courage, La peur de tout quitter (on a plus vite fait le tour de mon âme que celui de l’île) pourtant je savais qu’ici, les requins ne nagent pas sur la terre ferme. A Postcard from the Heaven at the Other End of the World I set foot on the white sandy beach before diving into the crystal water, and I said to myself that it would make a nice place to die in I could not see why I should go home Certainly a lack of courage, The fear to leave everything (you can walk around my soul faster than around my island) yet I knew that here the sharks do not swim on dry land.

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[Caliban to Prospero] This island's mine, by Sycorax my mother, Which thou takest from me. When thou camest first, Thou strokedst me and madest much of me, wouldst give me Water with berries in't, and teach me how To name the bigger light, and how the less, That burn by day and night: and then I loved thee And show'd thee all the qualities o' the isle, The fresh springs, brine-pits, barren place and fertile: Cursed be I that did so! All the charms Of Sycorax, toads, beetles, bats, light on you! For I am all the subjects that you have, Which first was mine own king: and here you sty me In this hard rock, whiles you do keep from me The rest o' the island. The Tempest, Act I Scene 2, William Shakespeare

Illustration : Henri Fuseli Cette île est à moi par Sycorax ma mère ; — tu me l’as prise… Lors de ton arrivée ici, — tu me caressais et me gâtais ; tu me donnais — de l’eau, avec des baies dedans ; et tu m’apprenais — à nommer la grosse et la petite lumière — qui brûlent le jour et la nuit ; et alors je t’aimai, — je te montrai toutes les ressources de l’île, — les ruisseaux d’eau douce, les bassins de saumure, les endroits arides et les fertiles. — Maudit sois-je de l’avoir fait !… Que tous les charmes — de Sycorax, crapauds, escarbots, chauves-souris fondent sur vous ! — Car je suis tous vos sujets, — moi qui étais mon propre roi, et vous me donnez pour souille — ce roc dur, tandis que vous m’enlevez — le reste de mon île. Traduction française, François-Victor Hugo,1865.


mgv2_70 |08_12 J. J. Steinfeld The Metaphysics of Seashells (first published in Tower Poetry) A visit to an unencumbered beach a stage setting for damnation or salvation difficult to determine which as the wind, fierce and secretive, slaps my face, the sand, however, is consoling but reticent. I look at two seashells and wonder which is older as if I could extract the wisdom of the older one if only I were certain. I hurl one of the seashells into the mysterious ocean and as I watch the seashell enter the water I suspect I have thrown the wrong one losing a last chance at the truth of seashells and the ocean’s mysteries.

La métaphysique des coquillages Je me rends sur une plage totalement vide un lieu de décor pour l'enfer ou le paradis difficile de déterminer lequel tandis que le vent, farouche et secret, bat mon visage, cependant, le sable est consolant mais réticent. Je regarde deux coquillages et me demande lequel est le plus ancien comme si je pouvais puiser la sagesse du plus ancien si seulement j'étais certain de moi.

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mgv2_70 |08_12 J'envoie l'un des coquillages dans l'océan mystérieux et tandis que je regarde le coquillage entrer dans l'eau je crois bien avoir jeté le mauvais perdant ma dernière chance de découvrir la vérité des coquillages et les mystères de l'océan.

Seashell, Mayotte 2011. Photograph by Walter Ruhlmann

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mgv2_70 |08_12 Helen Hagemann Mapping Island Fields I have come across water to cast shadows on the ocean. Thompson Bay peers at me through its blue magenta, observing the wind’s clutch, grab of overnight bag. The settlement mirrors little change, the day in Daisybush yawning half awake. Somewhere to the north of the island lies memory, hearts in sand, a reef cut. Quokkas play havoc with a leaf’s serrated edge − blown in − offering no resistance to their anaemic summer. Moreton Bay figs hang heavy with shade and relief. Left to bloat only because of island heat, the road’s thin marriage to bikes and moving feet. At Oliver Hill, you recognise why you’ve come − tunnels worn by men, patient in war socks. Walls of remembrance. A battery fired for practice not death, still guarding its past and present values. Here, projects raised notices of foreign beaches, air raids, letters home, tins of peaches. Memory remains in us for all time. We all come back to the wind and waves choosing what we must remember, what we need to forget. Each of us mapping island fields like the Pied Oystercatcher strafing salt, shaking the rag-tacky-end of white clay.

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mgv2_70 |08_12 Helen Hagemann Cartographier l'insularité J'ai traversé l'eau jusqu'ici pour poser des ombres sur l'océan La baie de Thompson me fait face à travers sa couleur bleue et magenta, j'observe l'emprise du vent et attrape un sac de voyage. L'installation reflète quelque changement, la journée à Daisybush à bâiller à demi éveillée. Quelque part au nord de l'île gît la mémoire, des cœurs dans le sable, une coupe du récif. Les quokkas font des ravages avec le bord dentelé d'une feuille – ils débarquent sans prévenir – elle n'offre aucune résistance à leur été anémique. Les figues de la baie de Moreton, si lourdes, pendent dans l'ombre, soulagées. Laissées à gonfler dans la chaleur de l'île, le mariage fluet de la route aux vélos et aux pieds. À Oliver Hill, tu te souviens pourquoi tu es venue - les tunnels creusés par des hommes, patients dans leurs chaussettes militaires. Des murs du souvenir. Une batterie qui tire pour l’entraînement et non pour tuer, garde encore les valeurs de son passé et de son présent. Ici, des projets ont soulevé l'intérêt de plages étrangères, des raids aériens, des lettres aux proches, des boîtes de pêches. La mémoire reste en nous pour toujours. Nous revenons tous vers le vent et les vagues et choisissons ce dont nous devons nous souvenir, ce que nous devons oublier. Chacun d'entre nous cartographie l'insularité comme le huîtrier à long bec qui éjecte le sel, soulève l'argile blanche collante comme une éponge sale.

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mgv2_70 |08_12 Károly Sándor Pallai Filet, isolation, élevage rêves fracassés, dévoilés, embrassés, éloignés dans nos démarches incertaines, dans les secrets hagiographiques d’inlassables millénaires. bleus enfoncés, éclairés, enlacés, érigés dans nos partages et disséminations, ciselant les contours d’absences, d’inventaires crénelés. je lis des sédiments pulpeux et des envols disgraciés sous ta peau, aux aveuglements de tes pores, aux saccages de tes vains soupirs. s’évertuer dans l’octobre des océans, dans la frénésie, dans la vivacité des flots déversés. évidences d’amour pliés, silhouettés, stridents. les naufrages se textilisent sur tes lèvres, textualisent tes mimiques savantes, tes chirurgies orfèvrières, tes officiels renoncements, tes dégradations résignées. tu es mon premier paragraphe artériel, ma première subversion qui dénature les nuages, les constellations ombilicales ; qui assaisonne les violets, les ailleurs assassins ; qui décline les logarithmes et lithographies émotionnels. notre futur arrose inéluctablement les champs des confins. nous serons héritiers de successions calmes, auteurs de voluptueuses complications. rassuré, j’embrasse tes enlacements, les déclarations de tes cheveux, de tes consignes folles. je partage. je presse. j’inaugure. je transpire. j’emmêle. je marginalise. je. réunion. je. recensement. je. seins. sépia. je te colle à mes dents. serre-lèvres. je.

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mgv2_70 |08_12 Kรกroly Sรกndor Pallai Net, Isolation, Breeding dreams shattered, unveiled, kissed, kept afar in our uncertain gaits, in the hagiographical secrets of restless millennia. blues broken, spotted, embraced, erected in our sharings and disseminations, carving the frames of absence, dented inventories. i read pulpy sediments and disgraced flights under your skin, to the blindness of your pores, to the rampages of your vain whispers. to strive in the october of the oceans, in the franticness, in the vividness of the flows poured. obviousness of love folded, shaped, sharp. the wreckages textilize themselves on your lips, textualize your smart mimics, your goldsmithy surgeries, your official renunciations, your resigned degradations. you are my first arterial paragraph, my first subversion that denatures the clouds, the umbilical constellations; that dresses the purples, the criminal remote places; that declines the emotional logarithms and lithographies. our future inevitably waters the fields of the borders. we will be the heirs of calm successions, the authors of voluptuous complications. reassured, i embrace your intertwinings, the declarations of your hair, of your mad guidelines. i share. i press. i inaugurate. i sweat. i mingle. i marginalise. i. reunion. i. census. i. breasts. sepia. i stick you to my teeth. lip-clenches. i.

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mgv2_70 | 08_12 Daniel Y. Harris Blue Splice for Walter Ruhlmann Icy blue cyanosis—in my zone, a rare blue dahlia in a saucepan of herring with blue-back and the discoloration of a bruise, at loggerheads. At once, blue pills, blue pencils, Blue Danube and lilac, or blue veins, blue moods, the rarefied blue disk longhorn beetle, pale compared to blue-mold in the blue light of a freezer icing a copy of The Blue Octavo Notebooks, a postcard of Picasso’s Les Noces de Pierrette with a list of Der Blaue Reiter on the back, Turkish tiles, several plastic blue jays and lapis lazuli costume jewelry. Alone, there’s the blue skin of cold built as psychosis of spent haunts, left to sequence, slated to be strung together like blue pearls: beryl, cobalt, damson, cadet and periwinkle, tinting the bluish shades of verdigris toward the final bleached blue of me.

Superior's Benevolence, photograph by Stephen Farr

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mgv2_70 | 08_12 L'épissure bleue à Walter Ruhlmann Glace bleue cyanosée – dans ma zone, un dahlia rare et bleu dans une marmite de harengs au dos bleu et la décoloration d'un hématome, dans l'affrontement. D'un bloc des pilules bleues, des crayons bleus, Le Danube Bleu et lilas, ou des veines bleues, l'humeur sombre, le longicorne disque bleu, pâle comparé au moisi bleu dans la lumière bleue d'un congélateur givrant la copie des Carnets in octavo, une carte postale représentant Les noces de Pierrette par Picasso et la liste des membres Der Blaue Reiter au dos, des tuiles turques, plusieurs jais de plastique et des lapislazuli en paillettes sur des costumes. Seule la peau bleue du froid construite comme la psychose de repaires, laissés en séquence, prévus pour être enfilés les uns après les autres comme des perles bleues : béryllium, cobalt, quetsche, cadet, pervenche font teinter la teinte bleutée du vert de gris jusqu'à mon moi final bleu délavé.

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mgv2_70 | 08_12 Karla Linn Merrifield The Price of Souvenirs We leave something of our souls in our footprints in foreign lands and take only these photographs: The one where I left a flicker of myself reflected in a gray whale’s eye in Magdalena Bay in the Baja of Mexico. One where I left a scrap of being in Los Islotes on those rocks of seals and pelicans in the Sea of Cortez. You saw me amid cardon cactus and elephant trees leaving one last innocence aside on Espiritu Santo like skin drying in desert air. You have seen how I leave a dream behind among Pacific turtle bones and sand dollars on a bleached island beach by an ocean of death.

Photograph by Walter Ruhlmann, Mayotte, 2011 64


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Le prix des souvenirs Nous laissons un peu de nos âmes dans nos empreintes sur les sols étrangers et ne prenons que ces photographies : Celle où j'ai laissé l'une de mes lueurs en reflet dans l’œil gris d'une baleine dans la baie de Magdalena de la péninsule californienne. Celle où j'ai laissé un jet de mon être à Los Islotes sur ces rochers envahis de phoques et de pélicans dans la mer de Cortés. Tu m'as vue parmi les cactus cardon et les burséracées laissant un reste d'innocence de côté sur Espiritu Sancto comme on laisse une peau sécher au soleil. Tu as vu comment je laisse un rêve partir entourée des os de tortues du Pacifique ou de lunules sur la plage d'une île blanchie par un océan de mort.

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Contributors (in order of appearance) Stephen Farr a photographer based in Michigan. http://www.flickr.com/photos/farroutdude Robert Louis Stevenson is a Scottish novelist and poet Lonely Planet travel guides could have done with. Walter Ruhlmann most of the time a TESL, but also a poet, writer, editor, publisher, rover, book collector, music addict, picture-goer, computer buff, agoraphobic; anything else darling? Victor Hugo was some leftist intellectual and literate man from the 19 th century who, in his later years, probably thought he was Santa Claus. W. Moy Thomas translated Hugo's work... What else? Lyn Lifshin has been called "The Queen of the Lit Mags" and "The Queen of Modern Romance Poetry". Over 120 books and chapbooks of her work have been published. She has also edited 4 anthologies (appearing in innumerable others) and was the subject of the award winning documentary film, Not Made of Glass. Her work has appeared in numerous literary magazines and cultural publications. [from wikipedia.org] Sébastien Ayreault was born in 1976. He published two books of fiction at StoryLab, "Sous Les Toits" and "Le cri de l'oiseau moqueur" He is also a singer-songwriter His blog : http://ayreault.blogspot.com Fern G. Z. Carr is a lawyer, teacher and past president of the local branch of the BC Society for the Prevention of Cruelty to Animals. A member of The League of Canadian Poets and former Poet-in-Residence, she composes and translates poetry in five languages. A winner of national and international poetry contests, Carr has been published extensively world-wide including countries as far abroad as Finland, Thailand, Israel, South Africa, Nepal, New Zealand and India where she has been cited as a contributor to the Prakalpana literary movement. Canadian honours include being featured online in Canada’s national newspaper, The Globe and Mail, having her poetry set to music by a Juno-nominated musician and having her poem, “I Am”, chosen by the Parliamentary Poet Laureate as Poem of the Month for Canada. www.ferngzcarr.com Cathy Garcia is a complete artist, almost Promethean. Poetry, literature, pictorial works, drawings, collages, theater, singing ... The most remarkable is that she excels in all these areas. Something like a form of compelling vitality. Two of her blogs: http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com http://delitdepoesie.hautetfort.com Marlène Tissot was born in the seventies around Reims. She currently lives in Valence, listens to a lot of music, sleeps too little, writes mostly at night, with a roller pen rather. She writes poetry and has published collections Nos parcelles de terrain très très vague (Asphodèle) and fiction. Her first novel Mailles à l'envers was published in February 2012 by éditions Lunatique. She is a reglar contributors to many magazines and reading/performance nights. Her blog: http://monnuage.free.fr/ Eleanor Leonne Bennett is a 16 year old internationally award winning photographer and artist who has won first places with National Geographic,The World Photography Organisation, among others. Her photography has been published in the Telegraph , The Guardian, BBC News Website and on the cover of books and magazines in the United States and Canada. Her art is globally exhibited, having shown work all around the world and especially The Environmental Photographer of the Year Exhibition (2011) amongst many other locations. She was also the only person from the UK to have her work displayed in the National Geographic and Airbus run See The Bigger Picture global exhibition tour with the United Nations International Year Of Biodiversity 2010. http://www.eleanorleonnebennett.zenfolio.com Jules Verne was a French novelist whose books have been transferred into real machines – most of them. Ellen E. Frewer was an English translator of several Jules Verne novels for Sampson Low and according to wikipedia was born in 1848 but might not be dead... CH Barbant was a French engraver... yeah, well... Ben Nardolilli currently lives in Arlington, Virginia. His work has appeared in many publications. His chapbook Common Symptoms of an Enduring Chill Explained, has been published by Folded Word Press. He maintains a blog at http://mirrorsponge.blogspot.com and is looking to publish his first novel. Alex Galper was born in Kiev, Ukraine, Mr. Galper has been writing poems and short stories since he can remember. Immigrating to the United States at the age of 19 did not change this; on the contrary, majoring in creative writing at Brooklyn College and being influenced mostly by American poets created a fusion in him of Russian pessimism, Jewish humor, and Western literary traditions and philosophy. Translations of his poems appeared in more than 30 magazines in the U.S. and the U.K. In his homeland, he is considered a cult underground poet whereas mainstream Russian literary magazines ignore him for his lack of respect for rhyme; heavy erotic imagery; and being ''too American.'' Misha Delibash translates Alex Galper's work. Kevin Dooley a photographer based in New-York City. http://www.flickr.com/photos/pagedooley Christopher Barnes' collection LOVEBITES is published by Chanticleer. He reads at Callander Poetry Weekend, hosted by Poetry Scotland each year and has recently had art criticism published in Peel magazine. Elizabeth Bishop is a notorious American lesbian poet – I love you Lizzy!


Stéphane Bernard was born in Saint-Nazaire (France) in 1972. He currently lives in Rennes. His work appears in many journals: N4728, Verso, Diérèse, Gong, Haïkaï, 575, Les Etats Civils, FPDV, Microbe, Magnapoets, Le Capital des Mots, Francopolis, Rue Saint Ambroise. http://unemainestaussiunpoing.blogspot.fr Stephen Mead resides in NY, he is a published artist, writer and maker of short collage-films. Much can be learned of his multi-media work by placing his name in any search engine. His latest project, a collaboration with Kevin MacLeod, is entitled "Whispers of Arias", a two volume CD set of narrative poems sung to music, http://stephenmeadmusic.weebly.com Mick Fitzgerald (1951), born, raised and still living in Dublin, is a man of many talents. Besides working as a journalist for many years, he was a member of bands like Tipsy Sailor and The Wild Geese, still performs as a musician in Dublin, but mainly works as an actor these days. And as an author, of course. His short stories and his poetry have been published in magazines and various collections, his story "The Fiddle Lesson" was nominated for the prestigious Hennessey Award. He has also issued two solo-CDs of his own songs. His website: www.mickafitzgerald.com Fabrice Farre was born in 1966 in Saint-Etienne where he now works for the state. He is currently graduating for a PhD in contemporary poetry and translates poets such as Lorca, Montale... His collection Les chants sans voix is going to be published by Encres vives éditions, in June 2012. His blog – http://fabrice.farre.over-blog.com Patrice Maltaverne wa born in Nevers in 1971. He published poems in many magazines and collections such as: “Souvenirs d’une ville illégitime” (Encres Vives, 2008), “Faux partir” (Editions « Le Manège du Cochon seul», 2009), “Prélude à un enterrement sur la lune” (36° Edition, 2010). He has edited the poetry journal Traction-Brabantsince January 2004; 45 issues to date and the blog: http://www.tractionbrabant.blogspot.com Tio Tom Tomlinson http://www.flickr.com/photos/68416904@N03/ Daniel Defoe wrote strange novels about convicts, wreckages and other stuffs I have not enough rooms to mention. Petrus Borel was a French writer of the Romantic movement also called The Werewolf... Christophe Siébert / konsstrukt writes dephased books aimed at unclear lectorship. Most publishers reject his work but it can be found here: http://www.christophekonsstruktsiebert.blogspot.com He also edits a magazine called Charogne (Carrion). It can be found here :

http://www.revueangoisse.blogspot.com Caleb Puckett lives in Kansas. His writing has appeared in the Mad Hatters' Review, Moria, Wheelhouse, and With+Stand. His newest book, Market Street Exit, is available through Otoliths. Vincent was born in 1970 and lives in Clermont-FerrandHe published poetry in many journals and maintains a blog http://mapoesieetpaslatienne.blogspot.fr He is convinced to take parti in the reconciliation of the USA and Russia when drinking huge quantity of Vodka-Cola William Shakespeare was an obscure English playwright and poet some like to call “The Bard”. François-Victor Hugo is known as the translator of the Bard's work. John Henry Fuseli was a British painter of Swiss origin... This explains some things... J.J. Steinfeld Canadian poet, fiction writer, and playwright J. J. Steinfeld lives on Prince Edward Island, where he is patiently waiting for Godot’s arrival and a phone call from Kafka. While waiting, he has published fourteen books — ten short story collections, two novels, two poetry collections — along with five chapbooks, the most recent ones being Misshapenness (Poetry, Ekstasis Editions, 2009), A Fanciful Geography (Poetry Chapbook, erbacce-press, 2010), and A Glass Shard and Memory (Stories, Recliner Books, 2010). His short stories and poems have appeared in numerous anthologies and periodicals internationally, and over forty of his one-act plays and a handful of fulllength plays have been performed in Canada and the United States. Helen Hagemann's latest poetry collection is Evangelyne & other poems (2009). She was a recent resident at the Tyrone Guthrie Centre in Newbliss, Ireland working on a new collection. Her blog http://helenhagemann.blogspot.com/ Károly Sándor Pallai is a researcher and graduating for a PhD at Budapest Univeristy – ELTE. His reaseaches are dedicated to the literatures in the French language in the Caribbean, the Indian Ocean and the Pacific Islands. He edits the magazine Vents Alizé created to sustain and promote the authors from the above mentioned regions of the globe. He also started an electronic publishing business Edisyon Losean Endyen, created to ameliorate the accessibility of theCaribean, Pacific and Indian Ocean islands literature. He writes poetry in French, English, Seychelles Creole and Hungarian. Daniel Y. Harris holds a Master of Arts in Divinity from The University of Chicago. He is the author of Hyperlinks of Anxiety (Cervena Barva Press, 2011). Hyperlinks of Anxiety (Cervena Barva Press), is due out in the next few months. His poetry, experimental writing, art, and essays have been published in numerous publications. He was born in Paris, France and now lives in Orange County with his wife. His website http://www.danielyharris.com Karla Linn Merrifield is an award-winning poet, National Park Artist-in-Residence, and assistant editor and book reviewer at The Centrifugal Eye, Karla Linn Merrifield has had work published in dozens of journals and anthologies. She has seven books to her credit, including Godwit: Poems of Canada, which received the 2009 Andrew Eiseman Writers Award for Poetry, and her new chapbook, The Ice Decides: Poems of Canada, from Finishing Line Press. Forthcoming from Salmon Press is her full-length collection Athabaskan Fractal and Other Poems of the Far North. You can read more about her and sample of her poems and photographs at http://karlalinn.blogspot.com


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