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HORS-SÉRIE N°11 DU MAGAZINE NOVO

mots sons & images RODOLPHE BURGER OLIVIER CADIOT NICOLAS COMMENT

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES À L‘AUBETTE 07.09.2016 — 19H30


4 CRÉATIONS AU TNS Iphigénie en Tauride Goethe | Jean-Pierre Vincent 13 | 25 sept

ANGELUS NOVUS AntiFaust Sylvain Creuzevault 23 sept | 9 oct

Dans la solitude des champs de coton

Bernard-Marie Koltès | Charles Berling 1 er | 11 oct

Le Temps et la Chambre Botho Strauss | Alain Françon 3 | 18 nov

Lancement de L’autre saison

Vincent Dissez, acteur associé © Jean-Louis Fernandez

Chorégraphie collective - Loïc Touzé DJ set - Céline Born Sam 17 sept

03 88 24 88 24 | www.tns.fr | #tns1617


L’essence même Par Emmanuel Abela

Il y a 10 ans de cela, au moment de la publication de la traduction de la Bible chez Bayard — celle qu’on a appelée par la suite la Bible des Écrivains sous la direction de Frédéric Boyer, avec Pierre Alféri, Emmanuel Carrère, François Bon… —, je me souviens d’Olivier Cadiot me traçant sur une feuille des traits longs et des traits courts. Nous étions assis à la terrasse devant la Cité de la Musique et de la Danse, à l’occasion d’une résidence de son ami Rodolphe Burger. Avec ces traits, il me figurait la structure du Cantique des Cantiques qu’il venait de traduire. Ce qui se faisait jour pour moi c’était l’extrême dimension plastique de ce tracé sommaire. Tout me semblait un : les mots, le rythme, la musicalité du texte. Dans son petit dessin, tout se réunissait enfin, passé et présent, contenant et contenu, intérieur et extérieur. Sans le vouloir, il réalisait pour moi un fantasme intime : celui d’un art total, décloisonné et hautement signifiant. Il le faisait de manière ultime et rayonnante. Je dissimulais mal mon trouble, mais j’y lisais la force d’un désir incroyable. Quelque chose audelà des cultures qui faisait lien entre nous tous. Par le croquis, je comprenais mieux l’émotion qu’on peut associer à toute démarche créative, la sienne bien sûr, mais aussi celle de Rodolphe et de tous ceux qui les environnent de près ou de loin. Littérature, musique et image se vivent de manière hautement fusionnelle sans distinction possible, avec là aussi une charge commune. Ce n’est pas Nicolas Comment qui démentira le fait. Auteur, compositeur et interprète, en plus d’être photographe, la forme – ainsi que la beauté qu’on peut associer à cette forme –, il l’aborde de tous les côtés. Il le fait avec une ouverture d’esprit qu’il puise dans ses lectures, parmi lesquelles les auteurs de la Beat Generation. Quand on pense à Allen Ginsberg, poète, dessinateur et photographe, ou à William S. Burroughs, adepte des collages en tout genre, on mesure l’influence de tels auteurs sur l’univers de quelqu’un qui ne se refuse jamais la voie de l’expérience nouvelle – à la manière des Chants de l’Innocence et de l’Expérience de William Blake si chers à tous. Alors dans le cadre des Bibliothèques Idéales, explorer la thématique des relations entre littérature et musique avec un plateau d’exception, Nicolas Comment en concert, Rodolphe Burger et Olivier Cadiot en discussion chorale, nous a semblé la meilleure manière d’approcher ces formes libérées qui, comme dans la structure séminale du Cantique des Cantiques, tendent à l’essence même de la création. Ou du désir irrésistible de création, ce qui revient à peu près au même. Et si c’était cela qu’interroge implicitement Nicolas Comment dans Milo, l'ouvrage qu'il dédie à sa muse ; ou Rodolphe Burger quand il chemine sur les routes en quête du musical dans le film qui lui est consacré, And I Ride And I Ride, enfin édité avec le recueil de textes L’Éloge du transport ; ou encore Olivier Cadiot quand il pose la question des contours de la littérature aujourd’hui – non, d’ailleurs, sans un sourire attendri ? Il y a des chances… De fortes chances.

Littérature et musique, un mariage heureux ! Nicolas Comment, Rodolphe Burger et Olivier Cadiot, le 7 septembre à 19h30, à L’aubette

Ours

Directeurs de la publication et de la rédaction | Bruno Chibane & Philippe Schweyer Rédacteur en chef | Emmanuel Abela Secrétaire de rédaction | Cécile Becker, Sylvia Dubost Graphisme | Clémence Viardot Rédacteurs | Emmanuel Abela, Cécile Becker, Benjamin Bottemer, Caroline Châtelet Photographes | Pascal Bastien, Nicolas Comment, Milo Mc Mullen, Olivier Roller, Christophe Urbain Couverture | Nicolas Comment Imprimeur | Ott imprimeurs — Dépôt légal | septembre 2016 — ISSN | 9782954485249 Ce hors-série du magazine Novo est édité par chicmédias & Médiapop

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Édito


LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

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Epsilon Blues Emmanuel Abela a participé à l’aventure And I Ride and I Ride, le film qu’il a écrit avec Franck Vialle sur Rodolphe Burger. Au moment de la publication du livre / DVD L’Éloge du transport chez Filigranes, il revient sur l’expérience du tournage .

En décembre 2007, je croise Franck Vialle au Café Brant, à Strasbourg. « Es-tu intéressé par le cinéma ? », m’interroge-t-il spontanément. La question me surprend : le cinéma ? Le cinéma, je m’en étais éloigné depuis quelque temps. J’isolai l’instant de rupture : une projection de Salò de Pasolini avec notre ciné-club à l’Université, à Strasbourg : le silence qui avait suivi la projection ce jour-là de longues minutes durant au moment de la sortie de la salle, a définitivement installé en moi une peur. Le cinéma ne présentait plus rien d’innocent… Oui, j’étais intéressé par le cinéma, mais j’avais peur. Franck m’expose une arrière-pensée : la création d’une collection de films musicaux autour des artistes de la région. La proposition me séduit. Puis, l’idée d’un long métrage sur Rodolphe Burger s’impose rapidement. Il ne reste qu’à poser la question au principal intéressé. Rodolphe accepte à la suite d’une projection spontanée du court métrage Pétunia et Naphtaline de Franck à la Ferme, à SainteMarie-aux-Mines. J’ai le souvenir d’une projection malaisée, mêlée d’impatience. À la fin du film, partagé entre étonnement et incrédulité, Rodolphe s’était levé : « Décidément, il se passe de drôles de choses en Alsace ». Nous nous retrouvons d’emblée au cœur du sujet : ce fascinant terreau alsacien. Au cours de l’échange qui suit, nous lui exposons les choses, Franck et moi, en procédant par élimination : nous ne pouvons pas dire précisément ce que va être ce film, mais nous savons en revanche ce qu’il ne sera pas : ni portrait, ni reportage, ni fiction. Nous le situons comme un film en mouvement qui s’intéresse aux lieux, aux trajectoires, et naturellement aux rencontres qui alimentent la démarche artistique de Rodolphe. Les modèles existent, Don’t Look Back, le film de D.A. Pennebaker sur la tournée anglaise de Dylan en 1966, ou Step Across The Border, le documentaire de Nicolas Humbert et Werner Penzel sur Fred Frith. L’idée lui plaît. Le film s’est construit pendant un an entre janvier et décembre 2008, sur la base de propositions de Rodolphe lui-même : des rendez-vous nous sont fixés, à la Maison de la Radio à Paris, en janvier, pour l’enregistrement de l’émission Équinoxe de Caroline Bourgine, en compagnie de Yves Dormoy et de quatre musiciens ouzbeks, à La Flèche d’Or en février, à Londres en avril pour deux concerts avec Rachid Taha, à Sainte-Marie-aux-Mines à l’occasion du festival C’est dans la Vallée fin mai, sur L’Île de Batz en juillet et à nouveau à Sainte-Marie en décembre. Inutile de détailler ici, la somme des instants – spontanément, je dirai que le séjour sur

L’Île de Batz, en compagnie de Franck, Aline Huber, la directrice artistique du son, Sylvain Verdet, le directeur de la photographie et Olga Viatcheslavovna Kokorina, sa compagne, restera à part. Les conditions – l’arrivée à Roscoff dans le “combi”, la v ie dans les tentes, les séances de tournage entre deux crêpes “complètes boudin” ou “complètes boudin et saucisse” –, la présence de Jacques Higelin et sa guitare-fusil – « Île de Batz, bats-toi ! » –, la rencontre avec Mamie Dirou, tout cela a contribué à l’existence de quelques très belles scènes, celle de la barque notamment, la seule scène du film qui a fait l’objet de deux prises différentes, pour des résultats aussi bons l’un que l’autre.

Alors oui, j’aimais le cinéma. * Soundcheck de Rodolphe sur l’Île de Batz en dénouant les câbles : « Des physiciens travaillent dessus : pourquoi un amas de fils tend à fabriquer du nœud ? ». * Au mois de décembre 2008, nous retournons à Sainte-Marie avec l’objectif de construire les scènes manquantes. L’occasion est belle avec les répétitions, puis l’enregistrement du matériau qui va constituer l’album Valley Sessions, avec le trompettiste Erik Truffaz. Le dispositif est unique : un travelling est installé au Studio de Rodolphe, à la Ferme ; il sépare les musiciens Julien Perraudeau (basse, claviers) et Alberto Malo (batterie). Le but est de saisir des instants musicaux inédits et d’emblée nous sommes servis. Après les premières répétitions qui portent sur des morceaux de son dernier album ou de reprises de Kat Onoma, je le surprends à ébaucher à la guitare les premières mesures d’un morceau qui m’est très familier, Love Will Tear Us Apart de Joy Division. Ses musiciens n’ont pas été prévenus et se raccrochent comme ils peuvent au morceau qu’ils redécouvrent en temps réel. Franck, Aline et Sylvain ont-ils eu le temps de suivre le mouvement et d’enregistrer l’instant ? Oui, l’image existe : on distingue la main sur la guitare et les premières notes du refrain. Le plan se termine par ce moment où Rodolphe relève la tête comme pour dire : tu as entendu ? As-tu reconnu ? Oui, j’ai reconnu…

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Par Emmanuel Abela Photos Christophe Urbain


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Parmi les scènes qui avaient été écrites – ou envisagées – avant le tournage, il y en a une qui me tenait à cœur. Nom de code : scène de la voiture. L’idée m’était venue bien avant le projet de film. J’ai eu l’occasion d’interviewer Rodolphe en avril 2006, alors qu’il était en session d’enregistrement avec Jeanne Balibar. Ce jour-là, un dimanche, il me suggère d’aller sur les hauteurs de Sainte-Marie pour manger un bibelskas dans une auberge. Au bout de deux heures de repas, nous décidons de retourner à la Ferme. Je lui propose de conduire ma voiture. Et là, il me raconte, tout en conduisant, l’histoire de Freddy Koella, le guitariste mulhousien qui est parti faire carrière à la Nouvelle Orléans. Au-delà du récit qui me permet de découvrir le parcours d’un homme qui a joué aux côtés de Dr John, Willy Deville et Bob Dylan, ce qui me fascine c’est l’incroyable talent de conteur et d’imitateur de Rodolphe. Il se courbe, se retourne et rit dans une voiture trop petite pour lui. Je m’en veux de ne pas avoir enregistré la conversation, mais surtout je me fais la réflexion que cette scène est faite pour le cinéma. Immédiatement, je pense à cette scène où l’on voit John Cassavetes descendre de chez lui en décapotable, dans Cinéma, de notre temps d’André S. Labarthe et Hubert Knapp. Il allume la radio. À l’antenne, les Beach Boys.

Aujourd’hui, la “scène de la voiture” existe.

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

Même s’il s’agissait pour la première fois de rompre avec la spontanéité qui prévalait sur le tournage pour recréer un instant vécu, Rodolphe a su nous donner bien plus que ce qu’on avait imaginé à la base. Bien au-delà du récit de Freddy, il apparaît évident qu’il se raconte lui-même, dans ses départs, ses retours, son cheminement. La scène dure précisément 22 minutes, elle est restituée en intégralité dans le film et se termine dans la neige au pied d’une station de ski, le Lac Blanc, où Rodolphe se rendait enfant. Magie du cinéma : rien n’avait été prévu en terme de timing, mais arrivé à destination, Rodolphe laisse ronronner la voiture à l’arrêt pendant son récit avant de tourner la clé de contact pour marquer la fin de la scène. Franck : Je viens de découvrir les rushes, la scène de l’Epsilon est spectrale ! Moi : La scène de quoi ? Franck : La Lancia Epsilon, ta voiture ! Moi : Yeah, l’Epsilon blues… Lors de ce fameux déjeuner sur les hauteurs de Sainte-Marie, Rodolphe m’évoquait le projet musical avec les musiciens ouzbeks et le formulait en ces termes : « Je crois qu’il n’y a pas de lieu privilégié du musical et que la musique peut se nicher n’importe où, y compris dans les endroits les plus inattendus. L’étincelle peut se produire à partir de n’importe quelle base ou provenance. Ce qui importe c’est ce chemin musical qui se trace, pour chacun, au travers de ce qu’il a entendu et reçu ». Pour Franck et moi, le message était clair : nous partions en quête de ces étincelles-là, et nous le faisions pour le

cinéma. Il s’agissait bien sûr d’interroger le parcours de Rodolphe, sa pratique musicale, les réseaux artistiques qu’il a créés autour de lui, mais pas seulement : le film nous interroge en retour, il porte les traces de cette interrogation-là : les traces d’une provenance pour lui comme pour nous, et d’une résonance possible.


chicmedias éditions

La musique comme lien

Collection desseins

lphe Burger. sentiers de traverse. nores aux contours mouvants.

Ride. Pas un portrait, plutôt graphique, humain et musical, anuel Abela.

à propos de Rodolphe Burger

livre/dvd

Éloge du transport

Éloge du transport

nsport. Pas une biographie, Des allers-retours entre enfance istoire intime, original et reprise, d’une terre d’attache à l’autre,

à propos de Rodolphe Burger

oile dolphe Burger, ot, Emmanuel Abela,

Atopic

5€

Atopic

avec Anthony Boile, Isabelle Freyburger, Bastien Gallet, Olivier Cadiot, Emmanuel Abela, Sylvain Maestraggi

La collection desseins laisse libre cours aux artistes : photographes, plasticiens ou illustrateurs en publiant leurs carnets. Une adresse au corps, à la nudité, à la sexualité voire à la pornographie.

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Ce livre réunit dans l’ ordre chronologique et de manière non exhaustive les textos poétiques et les dessins qui m’ont été adressés par H. au début de notre relation. Ces deux expressions artistiques sont nées de notre relation fusionnelle, de nos séparations régulières, et ce, dès le début de notre rencontre. L’autre absent, mais qui est là et nous inspire. Cette balade érotique évoque l’amour dans sa quête d’absolu, ses manques, les souffrances qui en découlent quelquefois, ses exaltations aussi, et le caractère « cyclique » de la relation. Ce livre est certes un objet intime, mais chaque lecteur pourra y reconnaître « son intime ». Mes réponses à H. existent, mais liberté est laissée au lecteur de les imaginer.

ASSEZ FLIRTÉ, BAISSER CULOTTE ! Anne-Sophie Tschiegg H. Schwaller

Au départ, l’idée est de Bruno Chibane. À la fin, ça me ressemble. On s’est d’abord dit que ça parlerait de couleur et que ça montrerait le cul. Pas vraiment le contraire, ou alors sans narration parce que parler de cul c’est toujours enlever, c’est recreuser les trous pour y loger le désir et tout ce qui passe.

L’ÊTRE PRIORITAIRE Hakim Mouhous Hélène Schwaller

ASSEZ FLIRTÉ, BAISSER CULOTTE ! Anne-Sophie Tschiegg

Collection desseins

Collection desseins

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Finalement, c’est devenu une sorte de journal qui dit les appétits au jour le jour. Les mots sont posés vite, par liste, comme des images et les images suivent les élans. J’avais juste envie de m’y sentir bien, que ce soit polymorphe et joyeux, que la femme y soit au centre, dessus et dessous. (Et techniquement, c’est le frottement d’un index sur un iPad). Anne-Sophie Tschiegg

L'ÊTRE PRIORITAIRE Expéditeur Hakim Mouhous Destinataire Hélène Schwaller

Chic Médias éditions Collection desseins

ISBN : 978-2-9544852-2-5

9 782954 485225

Prix : 20 €

ISBN : 978-2-9544852-1-8

9 782954 485218

Chic Médias éditions

Chic Médias éditions Collection desseins

Chic Médias éditions

d’étonnant au fait qu’il y revienne artistiquement si souvent depuis l’album que lui a consacré Kat Onoma, Billy The Kid, en 1992. À Musica, il réinterprète le personnage du hors-la-loi mythique dans le cadre d’une expérience narrative et scénique qui mêle dessin, film et musique, avant de revisiter le répertoire de Kat Onoma avec Philippe Poirier. Un clin d’œil rétrospectif sans doute au concert mémorable du groupe dans le cadre de Musica en 1989. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Rodolphe se produira lors de son automne strasbourgeois à la Cathédrale, avec le répertoire qui associe sa lecture du Cantique des Cantiques (traduit par Olivier Cadiot) et un hommage au poète palestinien Mahmoud Darwich. Un instant de pure grâce en français, en hébreux et en arabe, qui sonne en ces temps difficiles comme l’annonce d’une concorde retrouvée.

Prix : 28 €

« C’est la radio qui m’a appris la mort de Billy the Kid », Lorsqu’il découvre cette phrase signée Jack Spicer, Rodolphe Burger est frappé d’emblée. « Cette phrase explose la référence ; on se situe d’emblée dans de la fiction poétique, avec cette présence de la radio. Ce choix n’est pas innocent : la radio connecte avec le son, puis avec la musique. La radio à qui je suis redevable ; elle m’a permis de découvrir le rock’n’roll ! », nous relatet-il rétrospectivement. « Quand je regarde de plus près ce que formule Jack Spicer de sa propre conception de la poésie, cela me confirme ce que j’avais ressenti la première fois : il dit par exemple qu’un poème n’existe jamais seul, il n’est jamais dans une clôture sur soi ; selon lui, le poème est en attente de sa réponse et de son lien. Toute son écriture vise à produire des effets de ce genre. Si l’on prend le personnage de Billy the Kid, Spicer met en place tout un appareillage de langages pour capturer des instants de réel. » Rien

ASSEZ FLIRTÉ, BAISSER CULOTTE Anne-Sophie Tschiegg

L’ÊTRE PRIORITAIRE Hakim Mouhous Hélène Schwaller

MILO Songbook Nicolas Comment

chicmedias éditions Collection desseins

• L’Éloge du Transport, autour de Rodolphe Burger Recueil de textes (Anthony Boile, Olivier Cadiot, Isabelle Freyburger, Sylvain Maestraggi…) + DVD d’And I Ride And I Ride, le film de Franck Vialle et Emmanuel Abela, Filigranes • Rodolphe Burger, Soirée en deux parties Billy The Kid I love you + Play Kat Onoma, le 5 octobre à la Cité de la musique et de la danse dans le cadre du festival Musica www.festivalmusica.org • Le Cantique des cantiques & Hommage à Mahmoud Darwich, le 12 novembre à la Cathédrale de Strasbourg www.maillon.eu

MILO SONGBOOK Nicolas Comment

Commandez-le en avant-première

112 pages - 165x220 mm - 600 exemplaires

Milo, la muse, l’amante, immortalisée par Nicolas Comment. Le photographe et musicien couche ici sur le papier nudité, sensualité et les textes de certaines de ses chansons. Lettres et images d’amour.

À commander sur www.shop.zut-magazine.com Sortie en librairie octobre 2016

chicmédias éditions - 12 rue des Poules - 67000 Strasbourg - 03 67 08 20 87


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Par Benjamin Bottemer et Cécile Becker Photos Milo McMullen et Nicolas Comment

Nicolas Comment : double face Photographe et musicien, Nicolas Comment, inspiré par toute une lignée de décadents glorieux, de Théophile Gautier à Lou Reed et par les images de paysages traversés, propose Rose planète, une balade érotique élégiaque, et MILO Songbook, livre de photographies et recueil de chansons. Deux objets fantasmatiques où la femme fait figure de dernier bastion poétique. — Face A Rose planète

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

Longtemps, « l’image a pris toute la place ». C’est par la photographie que Nicolas Comment commence son voyage : dans son livre La Desserte, en 2001, se révèle déjà un goût pour l’errance et la chasse aux fantômes. Lors de ses séjours et résidences à venir, il s’attachera toujours à prolonger le mystère, à privilégier le dissimulé, jusque dans ses nus, avec, déjà, des livres sous le bras et des noms plein la tête. Tanger : Ginsberg et Burroughs. Mexico : Kerouac, Artaud et Malcolm Lowry. Ou à la poursuite de Cocteau dans des lieux indéterminés. « J’ai tendance à enquêter à partir de livres, puis j’efface les références, explique Nicolas Comment. La poésie est ce qui m’intéresse le plus : la photographie comme la musique sont des moyens détournés de l’atteindre. Ces deux pratiques me permettent de contourner l’écriture littéraire : ça me pousse à sortir dans la rue, rencontrer des gens... Il n’y a rien de plus repoussant pour moi que l’image de l'écrivain assis seul face à sa feuille. » Autour de lui, des muses, des auteurs et des artistes comme André S. Labarthe, Yannick Haenel, Bernard Plossu, Gérard Manset, plume invisible de la chanson française.Le mythe de l’artiste maudit et solitaire, très peu pour lui. Le déclic Il bascule lors d’une résidence à Berlin au milieu des années 2000, où, en situation d’errance bien réelle, coincé par une grève, ce sont cette fois-ci les esprits de David Bowie et Lou Reed qui viennent le hanter. « Pour moi, quelqu’un comme Lou Reed a rendu le rock aussi riche et intéressant que la littérature », glisse-t-il. Après une rencontre avec Rodolphe Burger de Kat Onoma, Nicolas Comment, le photographe, franchit le cap en enregistrant au côté de JeanLouis Piérot, le producteur des Valentins, un EP qui accompagnera un livre de photos sur Berlin, Est-ce l’Est ? (Berliner Romanze). Puis viendra, après Nous étions Dieu (2010) – son premier album remarqué – un livre autour du critique d’art et romancier Bernard Lamarche-Vadel et l’album Retrouvailles (2012), qui reprend ses textes. « Cette fois-ci, le lien était clair mais les deux objets séparés, autonomes. Photographie et musique sont deux mondes distincts : pour Rose planète, j’ai préféré inviter les artistes Mïrka Lugosi et Gilles Berquet plutôt que d’intégrer mes photos, explique Nicolas. » On ne peut toutefois s’empêcher de remarquer les connexions entre sa pratique photographique

et une musique saturée d’images, à la production raffinée, aux textes élégants et romantiques : le spectre de Tanger revient sur le titre L’Ange du bizarre, et surtout, la présence d’une multitude de figures féminines rappellent sa fascination pour la femme, qu’il admire, conquiert, interroge, par l’entremise de sa plume ou de son objectif. « L’amour et l’érotisme sont mes seuls sujets dans Rose planète. Je pense que le couple est une machine de guerre, la dernière des communautés, des utopies, comme l'explique si bien Maurice Blanchot dans La Communauté inavouable. Un hommage à la femme libérée qui est plus que jamais d'actualité », explique celui qui suit à la trace cette « grande lignée de décadents », de Théophile Gautier à Gainsbourg, à qui on le compare parfois pour son phrasé tout en retenue et sa passion pour les muses justement. Sur la piste du sublime Tout comme il se nourrit de littérature, dans ses voyages, « pour ne pas illustrer, ne pas photographier uniquement ce que j’ai devant les yeux, mais traquer quelque chose de l’ordre de la fiction dans le réel même », il accorde à la forme, dans sa musique, une place privilégiée. À la narration, il préfère la musicalité de la langue, une poésie évocatrice. Musique et photographie se rejoignent à travers cette approche : « Je préfère évoquer plutôt que raconter, indique Nicolas Comment. La musique est vectrice d’images, en ça, c’est un magnifique outil. » Si les fantômes d’auteurs disparus et de cités oubliées se nichent au sein de ses travaux, c’est la vie qui l’emporte : l’amour et le sexe, l’exploration et la découverte, la langue vivace, l’instrumentation entre violons, guitares et electronica discrète, la couleur, dans ses clichés, tout en étranges nuances... La beauté, si elle est volontiers sombre et étrange, prédomine. « Pendant trente ans, l’avant-garde s’est méfiée du beau, alors que je suis persuadé que sa quête reste l’objet de l’art », pose-t-il. Sur disque et sur pellicule, le jeu de pistes amoureux continue. Nicolas Comment se verrait bien à Big Sur ou à Formentera, sur les traces de cette Beat Generation ou du mouvement Hippie qui l'interrogent encore en notre époque de retour à l’ordre... « Ce sont des lieux d’utopie où l’on peut percevoir la présence d’une foi. Il y a des mots, des noms, qui font surgir une kyrielle d’images sublimes : la photo, la musique sont aussi des façons de magnifier ma vie. »

• Rose Planète, de Nicolas Comment, Kwaidan records/Because. Sortie vinyle sur Médiapop Records. www.nicolascomment.com www.mediapop-records.com En concert le 7 septembre 2016 19h30 à L'Aubette


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“La poésie est ce qui m’intéresse le plus : la photographie comme la musique sont des moyens détournés de l’atteindre.”

— Face B Elle est la muse et l’amante, Milo. Tantôtféline, tantôt mystérieuse ou mélancolique. Elle ne sourit pas, Milo. Elle laisse son regard, les plis de sa peau, ses cambrures magnétiques parler pour elle et pour l’invisible qui l’observe. Une main aux ongles peints effleure un rideau de soie, une jambe en tension sur un escalier bariolé, un corps penché sur les lignes de la ville, nu ou orné d’un porte-jarretelle. Vulnérable mais fort, au milieu de la forêt, d’un appartement, sur un lit, partout. « Cette fille a des aiguilles, cette fleur à des épines ». Il n’y a pas d’histoires, mais les paroles des albums de Nicolas Comment jetées là, comme des indices à saisir par le lecteur-voyeur. Le photographe et musicien révèle ici plus qu’il n’en dit : il est l’individu au regard subtil qui décèle la poésie à travers un rai de lumière, le reflet d’une fenêtre ou le froncement d’un drap. MILO Songbook est le troisième ouvrage de la collection desseins – une adresse au corps, à la nudité, à la sexualité voire à la pornographie – réunie par les éditions chicmedias.

Après Est-ce l’Est ? (Berliner Romanze) CD-livre composé d’une de tes balades photographiques à Berlin, te revoilà associant chansons et photographies dans MILO Songbook. Tu précises cependant dans la préface du livre avoir toujours « pris soin de séparer [tes] photographies de [tes] chansons », pourquoi ? Est-ce l’Est ? (Berliner Romanze) n’est pas un « livre » de photographie, c’est mon premier geste musical et les images étaient au départ simplement destinées à enrichir le livret d’un mini-album concept réalisé avec le producteur Jean-Louis Piérot. Ensuite, si j’ai pris le parti de ne pas mélanger photographies et chansons, c’est bien sûr parce que je voulais que mes chansons existent indépendamment de mon travail photographique mais aussi et surtout à cause du respect que j’ai pour la photographie. Pour moi, la photo ce n’est pas de l’illustration, elle peut et doit être autonome. C’est ce que j’essaie de faire en l’utilisant comme un véritable moyen d’expression qui n’est pas au service d’autre chose, comme c’est souvent le cas.


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“Photographier est une manière d’écrire.”

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

Dans cette même préface, tu écris que Bruno Chibane (éditeur chez chicmedias) t’a « poussé dans [tes] retranchements » en te proposant d’adjoindre des textes à ces photographies de Milo : c’est une expression forte… Bruno, au départ, voulait publier un florilège de mes nus déjà parus. Mais comme au même moment est tombé le projet d’exposition autour de Milo, j’ai songé à publier plutôt ces photographies inédites. Ensuite, Bruno m’a demandé des textes et j’ai alors eu l’idée de lui proposer mes chansons qui sont en fait à « caractère érotique » pour 80%. Donc, d’une certaine façon MILO Songbook est une réponse à une forme de commande avec des objectifs très précis : sujet, format, etc. Cette collection est quand même particulière puisqu’elle est censée traiter de l’érotisme… C’était la première fois que je réalisais un livre dans ces conditions. Pourquoi t’est-il aussi difficile de proposer d’autres textes que tes chansons ? Tu mentionnes « l’humilité de la chanson »… J’avais commencé à prendre quelques notes pour accompagner les images, mais je n’étais pas satisfait. Je ne sais pas s’il est plus humble d’écrire des chansons que des romans ou de la poésie mais j'ai beaucoup de respect pour la littérature... Mon travail photo en est d’ailleurs nourri. Et pour moi, photographier c’est déjà une manière d’écrire. La photographie dans sa rapidité, sa simplicité, remplace l’écrit. Quant à la chanson, c’est un moyen détourné d’aborder l’écriture sans prétention tout en attachant un vrai intérêt au texte. Je suis en fait très attaché à la forme « poétique » ou expérimentale en littérature – le roman m’intéresse peu – et la chanson permet d’utiliser ces formes devenues marginales dans la littérature actuelle.

Ce rapport à la poésie, tu cherches aussi à l’instaurer dans tes images. La photographie n’est pas documentaire, en tout cas pas dans ce livre. Pourquoi ce choix ? Tout de même, la base est documentaire et j’ai besoin que la photographie adhère au réel. J’utilise très peu de mise en scène. Je suis un peu le reporter de ma propre intimité… Chose importante : Milo n’est pas un « modèle », elle est ma compagne. Il s’agit donc d’une histoire vraie ! Par contre, je crois que la fiction est imbriquée au réel. La photographie fictionnalise la réalité. Elle va « du fait vers l’idéal » comme dirait Mallarmé. C’est pour cela qu’elle n’est pas seulement un document mais permet aussi à des artistes de s’exprimer. Le fait de rapprocher ces chansons de ces photographies induit que le lecteur les associera, comment le vis-tu ? En fait, si j’avais choisi des images réalisées au moment de l’écriture des chansons, elles auraient été illustratives. Donc j’ai préféré prendre le parti-pris de l’aléatoire : il y a là deux corpus distincts ; d’une part une série de photographies récentes sur Milo et d’autre part un recueil de chansons pour certaines assez anciennes. Les photos ne sont donc pas l’illustration des chansons et les textes ne sont pas les commentaires des photos. Il y a plusieurs couches de regards dans ce livre : ton regard sur Milo ta compagne, le regard du lecteur qui peut-être fantasmatique, le regard de Bruno Chibane sur ton travail, le regard de Clémence Viardot, la graphiste qui a mis en page ton livre – alors qu’à l’ordinaire, c’est toi même qui t’en charges. Tu sors donc de ta zone de confort, qu’est-ce que cela a causé ? D’ordinaire, j’aime tout maîtriser. Mais là, il ne s’agit pas d’un livre d’artiste. J’ai répondu à une

invitation qui a été faite par la maison d’édition en envoyant un paquet d’environ 80 images sans trop savoir si cela constituait la matière d’un livre. Si je les avais mises en page moi-même, j’aurais ajouté d’autres éléments. J’aurais gardé moins de photographies de Milo en lingerie par exemple. Mais j’aimais l’idée que ça passe par d’autres, je n’ai fait que renvoyer la balle. C’est différent de mes autres bouquins. C’est un livre à plusieurs mains. J’aime bien l’idée que les choses m’échappent de temps en temps. On sait qu’écrire sur des êtres que l’on chérit est difficile, l’est-ce aussi de photographier l’être aimé ? Il me semble que c’est tout naturel en photographie... Mais ici, l’être aimé n’est pas seulement l’être aimé. Ce ne sont pas simplement des photos de ma copine. Elle incarne ici quelque chose de l’ordre du fictionnel, du féminin. Milo possède une sorte de beauté archétypale qui fait que je n’exhibe rien d’elle en particulier. Même dans les photographies déshabillées que je fais d’elle, il me semble qu’elle est encore vêtue. Le grain, la couleur, la matité du papier sont aussi des vêtements. Pour ainsi dire c’est comme si le nu (photographique) recouvrait son corps. Ce livre me semble très pudique en définitive ! Ces photographies ont été réalisées dans le cadre de déplacements, ce qui te permet aussi de dépasser l’intimité du quotidien, en as-tu conscience ? En fait, il y a toute une lignée de photographes prestigieux qui ont photographié leurs femmes au quotidien : Emmet Gowin, Masahisa Fukase, Lee Friedlander, Bernard Plossu, Araki, etc. Mais il existe aussi un autre courant avec une manière moins « intimiste » et plus réflexive, comme les recherches formelles autour du nu que Harry Callahan a réalisé avec sa femme Eleanor, ou bien


• MILO Songbook, de Nicolas Comment, chicmedias éditions shop.zut-magazine.com Le travail photographique de Nicolas Comment est représenté par la galerie Polka (Paris)

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nte, Milo. Tantôt féline, élancolique. Une main e un rideau de soie, r un escalier bariolé, lignes de la ville, arretelles qui encadre des épines, cette fille oujours, comme ichisme qui ne dit pas stoires, mais toutes e Nicolas Comment dices à saisir es indices ? cien révèle ici plus ook) est le troisième desseins – une adresse sexualité – réunie ias.

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encore celle d’Edward Weston ou de Denis Roche qui photographiait sa femme essentiellement en voyage. Je crois que je me situe un peu entre les deux. Parfois, ces images ont été faites en parallèle d’autres projets : dans le cadre d’une résidence au Maroc, en marge de commandes pour des revues comme Edwarda ou Possession Immédiate, ou bien encore en partenariat avec une chaîne d’hôtels – d’où le côté luxueux de certains décors pour le coup très fictionnels ! Mais ces images sont aussi les notes d’une réflexion sur le nu que je mène depuis assez longtemps. J’ai puisé dans environ cinq ans d’images, mais ça ne s’arrête pas là, et je continue à faire des photos de Milo régulièrement. J’aimerais qu’il y ait un tome 2 !

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Š Nicolas Comment - Milo, Paris, 2011


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Par Caroline Châtelet Photos Olivier Roller

Olivier Cadiot, deux temps trois mouvements Dans son dernier ouvrage Histoire de la littérature récente – Tome 1, Olivier Cadiot poursuit une réflexion qu’il a entamée il y a plus de 20 ans de cela, à l’époque de la Revue de littérature générale. Dans le même temps, il travaille à l’adaptation théâtrale de son avant-dernier roman, Providence. Rencontre en deux temps : juin 2015 et août 2016.

Parmi les nombreux / rares / ponctuels / inégalables / passionnants (rayez là ou les termes inutiles) intérêts du journalisme (option culturelle) se trouve la fréquentation régulière des œuvres et l’entretien d’un dialogue avec un artiste. Côtoyer un travail de création, suivre ses évolutions comme les infléchissements de son auteur. Ces découvertes sont d’autant plus enrichissantes lorsqu’elles se déploient dans la durée, à travers diverses étapes, le dialogue s’arrêtant, reprenant, au gré du rythme de création. Ce faisant, un chemin – dont personne ne connaît ni la topographie ni la destination – se construit. Ainsi, lorsque je rencontrai Olivier Cadiot en juin 2015, je ne présumais pas l’interroger à nouveau un peu plus d’une année après. Entretemps, l’auteur a évolué, mettant notamment en œuvre certains des projets qui en 2015 n’étaient qu’à l’état d’esquisses. De Providence, avant-dernier ouvrage (sorti en 2015) à Histoire de la littérature récente – Tome I (paru début 2016) Olivier Cadiot aborde, comme il le pressentait, une nouvelle étape dans son parcours d’écriture. Tout en continuant les collaborations au long cours avec des artistes, du metteur en scène Ludovic Lagarde (qui créera cet automne la version théâtrale de Providence) au musicien et compositeur Rodolphe Burger.

— Temps 1 LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

juin 2015

Dans tous vos romans ce sont toujours les personnages (voire un seul) qui guident les récits. Pourquoi ? J’ai besoin du roman, de personnages pour sortir de la poésie. Bon, pour mes précédents livres je n’en ai eu qu’un – ce qui était aussi une manière de faire une autobiographie déguisée. Mais un jour, ce cobaye, cette doublure qui m’a accompagné pendant sept livres a disparu, je ne l’avais plus à ma disposition pour vivre les aventures à ma place. Il a fallu que je trouve une ruse, et que je disparaisse comme auteur à mon tour. Dans le premier chapitre, un personnage se retourne contre son créateur et lui explique qu’il

ne pourra rien faire sans lui. Dans le deuxième, un jeune homme – dans lequel je pourrais me retrouver – devient une vieille dame en accéléré. Dans le troisième c’est une jeune fille qui prend ma place. Et dans le dernier l’auteur est devenu un vieux monsieur perdu. En même temps les lieux, la géographie occupent une place très importante dans vos romans. Comme si vous conceviez des territoires à travers l’écriture ? Pour écrire un livre, je construis dans un premier temps des lieux séparés. Je travaille pendant des années des espaces, des figures distinctes, et progressivement se dessine une carte, une carte incomplète – les livres permettent de ne pas tout voir et laisse des trous dans le décor. Ces préparatifs durent des années... on se demande à quoi bon passer une semaine à écrire une scène dont vous ne savez pas à quoi elle va servir. Et puis le scénario finit par se construire ; les scènes les plus éloignées se rejoignent. Le livre est apparemment terminé, mais il manque de vie. Il faut le réécrire une seconde fois... du point de vue du « héros ». Il faut qu’une voix, un corps, retraverse ce territoire – comme dans les jeux vidéo où le paysage évolue et se transforme en fonction de vos mouvements. J’ai construit un espace, il faut bien y vivre. C’est le bon moment du travail, on va vers une fluidité. N’ayant pas voulu pour Providence reprendre cette drôle de méthode que j’utilise depuis Futur, ancien, fugitif, le premier roman de la série, j’ai choisi quatre territoires séparés : un non-décor situé dans les limbes ; un dans le Berlin des années 80 ; une montée à Paris balzacienne ; et une maison de repos au bord d’un lac. Comment avez-vous rencontré le théâtre ? J’avais un atelier à Ménilmontant vers 1980 et le bistrot du coin était celui de l’école de théâtre où Ludovic Lagarde et Laurent Poitrenaux étaient élèves. Un jour, alors que je venais de publier L’Art poétic’, mon premier livre de poésie, Lagarde est venu me voir et m’a dit « dans ce que vous faites, il y a du théâtre ». À cette époque, je faisais beaucoup de lectures

publiques de poésie et j’étais assez loin du théâtre, et même si je n’étais pas performer ou poète sonore, j’avais du mal à confier mes livres à des acteurs. En découvrant le premier travail de Ludovic Lagarde sur Beckett, j’ai pensé qu’il y avait une piste possible, que la scène pouvait être un endroit où se réconciliaient le livre, la voix et le corps. Lagarde, par la suite, m’a commandé un texte, j’ai écrit Sœurs et frères, ma seule pièce dialoguée. Parallèlement j’avais écrit le livret de Roméo & Juliette, le premier opéra de Pascal Dusapin. Le théâtre m’a fait travailler au présent, mais ces deux expériences m’ont fait comprendre que je n’étais pas doué pour la scène, que je ne savais pas la rêver. C’est pourquoi dans les projets suivants, qui s’inaugurent par Le Colonel des Zouaves, monologue interprété par l’extraordinaire Laurent Poitrenaux, j’ai changé de méthode et livré au metteur en scène des romans à adapter. Cela a modifié notre travail : de leur côté, ils ont dû trouver des dispositifs scéniques et sonores étonnants pour faire passer ce texte littéraire sur la scène ; et de mon côté, même si le texte ne ressemblait pas à une pièce de théâtre, il était dédié à l’oral. À partir de cette première expérience, les livres sont écrits au présent, ce sont en fait des disdacalies... vivantes. Cela a permis aussi au metteur en scène et à son équipe de déconstruire et rebâtir le texte à leur guise. Finalement cette décision nous a rendus très libres ; chacun partant dans sa direction intensément. Vous dites « Le théâtre m’a fait travailler au présent ». Et la littérature ? Et la poésie ? Finalement, après mon premier livre de poésie, j’ai fait des objets romanesques qui eux-mêmes contiennent une part de poésie, mais qui peuvent s’adapter au théâtre et dont des extraits peuvent faire la base des chansons composées par Rodolphe Burger. Je ne suis ni dramaturge ni parolier pour autant. Écrire au présent pose peut-être quelques problèmes au lecteur, il ne retrouve pas toujours cette fonction si apaisante du passé simple. Pour Providence, pour la première fois il y a un peu d’imparfait. Et c’est pas mal...


HORS-SÉRIE NOVO N°11

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“Si un livre me plaît, j’ai envie de le prolonger à ma manière et je passe mon temps à interrompre la lecture par l’écriture.”

Qu’est-ce que ça change ? Ça change tout. Ça crée un délai, un peu espace où le lecteur peut se nicher. Il n’est pas embarqué avec moi. J’ai réalisé cela en revoyant Un Mage en été, notre dernière pièce, ce présent intégral m’a tout d’un coup serré le cœur. Je me suis dit qu’il fallait que je calme les personnages. D’abord, en en prenant quatre au lieu d’un. J’ai aussi un peu changé la forme. Peut-être que sans le savoir j’ai fait jusqu’ici des romans avec une structure poétique, utilisant le blanc pour faire des coupes, avec des phrases qui viennent séparer des choses. Pour Providence, je voulais voir ce que ça pouvait donner avec une notation plus musicale, moins graphique, et j’ai remplacé le blanc par des points-virgules et des tirets. Le blanc est angoissant, il crée un soupçon de profondeur. C’est pour ça que je n’aime pas la poésie, à cause de ce soupçon et de la présence vraiment exténuante des poètes. Enfin, bien sûr que j’aime la poésie... le bord de la poésie, les expériences bizarres : Jack Spicer, Robert Creeley, Le Tombeau d’Anatole de Mallarmé. Ce texte qui se compose de notes, de préparatifs à un poème sur la mort de son fils est le plus émouvant du XIXe siècle. D’ailleurs, ce n’est pas tellement fait pour être lu, c’est fait pour être juste regardé... J’ai un rapport amour/ haine à la poésie, je passe mon temps à la faire disparaître et la trimballer. C’est un plat qui se mange froid, je n’arrête pas de la réchauffer, la reprendre ; je ne la quitte jamais. D’une certaine manière, elle est tout le temps là, en anamorphose. Qu’est-ce que ça veut dire, un poème qu’on ne voit pas ? C’est possible ça ?

mettre en rapport, ne pas les finir et les garder pour toujours sous la main. En même temps, je peux aussi dire l’inverse : c’est génial de dévorer un polar et le laisser dans la villa de location... Mais on peut aussi les ouvrir rapidement, en prendre connaissance, les feuilleter, les lire dans tous les sens. Voir si avec on voit mieux, s’approprier la méthode, la manière plutôt que le contenu. Après avoir lu le début de La Cloche de détresse de Sylvia Plath, « C’était un été étrange et étouffant. L’été où ils ont électrocuté les Rosenberg », on peut refermer le livre tellement ces phrases contiennent toute la mélancolie à venir. Mais lisez-le quand même !

Certains textes seraient faits pour « ne pas être lus » ? Parfois, c’est bien d’ouvrir un ou plusieurs livres en même temps et d’attraper juste une tournure, une sensation. Idéalement, on pourrait avoir des livres chez soi, les consulter, les

Comment se déroule l’adaptation théâtrale de Providence ? Comme pour les deux précédents monologues, c’est le metteur en scène Ludovic Lagarde et le comédien Laurent Poitrenaux qui établissent le texte, en faisant des tentatives

Quels sont vos livres de chevet ? Je relis une quarantaine de livres auxquels je reviens toujours, et heureusement s’en ajoutent d’autres. Je les emmène avec moi, comme des talismans. Je suis un lecteur un peu particulier qui ne peut pas vraiment lire : si un livre me plaît, me surexcite, si un paragraphe me bouleverse, j’ai envie de le recopier, de le prolonger à ma manière et je passe mon temps à interrompre la lecture par l’écriture. J’en ai besoin aussi quand je suis à court d’idées ou de courage. Découvrir dans un livre une similarité avec vos pensées est émouvant, il ne s’agit pas de fierté, mais d’amitié, c’est réaliser que le chemin emprunté n’est pas complètement faux. Les livres, comme les amis, servent à vous rendre moins fou, moins seul.

— Temps 2 août 2016


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successives à la table et au plateau. Pour ce projet, le dernier livre étant peut-être plus délicat à passer au théâtre, je participe un peu plus. Mais je crois être le moins bien placé pour faire ce travail presque de... traduction. Un Mage en été et Le Colonel des zouaves se prêtaient plus directement à la scène : un seul personnage, un seul trajet, une multiplicité de situations, mais une unité de lieu et d’action. C’est d’ailleurs cette paradoxale unité qui est le « sujet » de ces

“Bien sûr que j’aime la poésie, le bord de la poésie…” pièces : comment être polyphonique tout seul. Et puis ces deux livres sont écrits au présent, on y entend une voix, ils sont déjà prêts pour l’oral. Dans le cas de Providence, c’est plus compliqué, il y a quatre voix séparées et une voix au centre, comme une sorte de narrateur en creux. Comment faire ? À chaque fois c’est un pari et à chaque fois Lagarde réussit à bâtir une méthode spéciale d’approche et de restitution, à produire un système scénique sur mesure, à inventer un rapport particulier entre la voix et le public. Le rapport aux sons, à l’espace et à l’écoute n’est jamais le même.

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

Comment pourriez-vous définir le travail réalisé par le comédien Laurent Poitrenaux ? Nous travaillons ensemble depuis longtemps, et Laurent déchiffre le texte comme si c’était une partition écrite pour lui. Il comprend physiquement la syntaxe, le phrasé, il sait ce qu’il dit, il est à l’aise comme s’il enfilait un costume. Mais il change aussi, ce n’est pas le même acteur depuis vingt ans. Peut-être que cette pièce-là aura plus de lenteur, de douceur. Pour Un Mage en été et Le Colonel des zouaves il y avait beaucoup de virtuosité, de vitesse et d’excès. Providence ayant moins ce caractère un peu picaresque, les situations s’enroulent moins vite les unes dans les autres, ça produira une autre sensation. En juin 2015, vous disiez cheminer vers une nouvelle forme d’écriture — qui prend notamment corps avec Histoire de la littérature récente – Tome I. Où en êtesvous aujourd’hui de cette tentative ? C’est d’abord une façon de poursuivre une réflexion engagée il y a vingt ans avec Pierre Alferi dans la Revue de littérature générale. Dans ce gros essai en deux tomes, nous avions ainsi invité une centaine de personnes, morts ou vivants, de toutes disciplines (philosophes, paysagistes, écrivains, etc.) à exemplifier, étayer ou à dépasser nos intuitions sur l’état de la littérature dans les années 90. Pour Histoire de la littérature récente, j’avais envie, vingt ans après, de voir comment, tout seul et avec les moyens du bord, je pouvais produire une « histoire », non pas un bilan et une chronologie, mais une tentative d’approche de ce qui s’est passé plus « récemment ». Mais ce n’est pas une revue, ni un essai au sens strict, je ne fais pas une démonstration théorique, c’est un essai vu du point de vue de l’écriture, si on peut dire cela, et réalisé uniquement avec les moyens de l’écriture. Ce à quoi s’attache le premier tome est très simple, comme toujours à l’origine de mes livres – souvent ce sont des images qui les

déclenchent, là ce sont plus des discours. On entend dire souvent que la littérature aurait « disparu », très bien, c’est fini, prenons à la lettre ce faire-part de décès, enquêtons sur cette disparition. Il ne s’agit pas d’affirmer le contraire, que la littérature existe quand même, que des écrivains extraordinaires résistent au marché du livre, etc. C’est plutôt un raisonnement par l’absurde : si elle a disparu, où est-elle passée ? Quelles sont les conséquences ? Qui est en deuil ? En s’approchant le plus près possible, en oubliant le problème progressivement, par myopie, en changeant d’échelle. Le livre semble en effet comme observer, détailler la littérature sous divers angles... Peut-être que les petits chapitres sont autant d’œilletons... pour jeter un œil sur le soi-disant problème. On peut les lire séparément, sans être tenu de les relier, même si j’espère que de petits chocs électriques se produisent entre eux. Comme dans Providence, où des rapprochements bizarres, des échos se créent. Jusque-là j’entrelaçais des éléments, parfois contradictoires, le plus vite possible dans le même espace, là, j’ai changé, j’avais cette envie de traiter les questions

une par une, en les séquençant, en « désassociant » … le contraire d’une analyse. De même, le « filtre des personnages » a disparu… Si cela offre une dimension fictive, je ne l’ai pas du tout prémédité ou même simplement souhaité comme pour un « roman ». Mais il y a un micmac de pronoms personnels, et ces « je », « moi », « tu », « vous », « nous », « on » créent un kaléidoscope de personnages. Le « narrateur », s’il existe, se parle à lui-même, mais aussi aux autres, donnant des bons, des faux, comme des mauvais conseils. Ça tourne, c’est un jeu de rôles, le présumé auteur est plus lecteur et les lecteurs plus auteurs, et ça s’enroule.. Pour Histoire de la littérature récente, qu’est-ce qui, formellement, change dans l’écriture ? Le fait d’avoir écrit « à suivre » à la fin du premier volume change tout. J’ai un espace de travail où je peux continuer à avancer, sans devoir ni conclure, ni reconstruire un décor à l’intérieur duquel un personnage ou une pensée va se mouvoir d’un trait. C’est une chose très simple, mais que je n’avais jamais pensé pouvoir faire avant.


• Providence, d'Olivier Cadiot, P.O.L. • Histoire de la littérature récente – Tome I, d'Olivier Cadiot, P.O.L. Providence, d'Olivier Cadiot, mise en scène Ludovic Lagarde, avec Laurent Poitrenaux - création du 8 au 19 novembre 2016, à la Comédie de Reims–CDN. Tournée en France, dont Besançon (les 31 janvier et 1er février 2017 au CDN Besançon Franche-Comté) et Strasbourg (du 15 au 25 mars 2017 au Théâtre National de Strasbourg).

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mis à nu


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Emmanuelle Béart / Photo : Pascal Bastien

Hier, aujourd’hui et demain Dans la très belle offre de l’édition 2016 des Bibliothèques Idéales, les équipes de Novo ont fait leur choix. Parcours indicatif selon des thématiques possibles : regarder hier pour penser demain, avec la poésie comme constante.

Stanislas Nordey / Photo : Pascal Bastien

Regarder hier… Les entretiens avec Jean-Paul Sartre de Simone Beauvoir lus par Stanislas Nordey et Emmanuelle Béart, un spectacle de Tardi sur la Première Guerre mondiale – sa “putain“ de guerre –, la résistance inouïe du peintre alsacien Joseph Steib contre l’appareil de destruction nazi, la vision politique et culturelle d’André Malraux interrogée en plateau avec des lectures d’extraits de ses œuvres, philosophie et combat comme autant de possibilités qui s’offrent à nous pour appréhender notre présent fragile.

Stanislas Nordey et Emmanuelle Béart Lecture des entretiens de Jean-Paul Sartre de Simone de Beauvoir Jeudi 8 septembre 19h - l’Aubette Vendredi 9 septembre 19h | l’Aubette Joseph Steib Peintre alsacien de résistance Rencontre avec François Petry

LES BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

Vendredi 9 septembre 18h30 à la Médiathèque André Malraux Tardi et Dominique Lagrange « Putain de guerre ! » Spectacle Vendredi 9 septembre 20h30 | l’Aubette André Malraux, un visionnaire ? Table ronde avec Roland Ries, Robert Grossmann, Stanislas Nordey… Samedi 10 septembre 15h | Médiathèque André Malraux

… pour penser demain ! Un échange avec Alain Badiou qui nous exhorte à reprendre des risques, une rencontre musicale avec Yasmina Khadra et le groupe cubain mythique les Mambo Men, un dialogue entre Régis Debray et Daniel Bougnoux sur notre capacité de résistance, une discussion à trois entre Pierre Assouline, Stanislas Nordey et Jérôme Clément sur l’urgence culturelle, une autre entre Magyd Cherfi, Velibor Čolić et Nahal Tajadod sur le piège de l’identité et un plateau qui interroge le féminisme, autant de questions d’aujourd’hui qui fixent les contours de demain.

Alain Badiou Vendredi 9 septembre 17h30 | l’Aubette Yasmina Khadra et les Mambo Men Rencontre musicale Dimanche 11 septembre 17h30 | l’Aubette Régis Debray & Daniel Bougnoux Résister à l’époque Mardi 13 septembre 19h | l’Aubette Pierre Assouline, Stanislas Nordey, Jérôme Clément L’urgence culturelle Mercredi 14 septembre 18h30 | l’Aubette Magyd Cherfi, Velibor Čolić & Nahal Tajadod Lorsque l’identité est une blessure Vendredi 16 septembre 17h30 | l’Aubette Eugénie Bastié, Denise Bombardier, Bénédicte Martin, Charlène Caldero La défaite du féminisme ? Samedi 17 septembre 19h | l’Aubette


chicmedias édition

Collection desseins La collection desseins laisse libre cours aux artistes : photographes, plasticiens ou illustrateurs en publiant leurs carnets. Une adresse au corps, à la nudité, à la sexualité voire à la pornographie.

Amos Oz / Photo : DR

La Nuit

La constance de la poésie ! Au commencement était la poésie et la poésie demeure ; source d’inspiration, elle poursuit son rôle d’émulation formelle : le Cantique des Cantiques, éternel chant d’amour, Shakespeare, Aragon, Desnos, St-John Perse, Éluard, Apollinaire, Rimbaud, Verlaine, Darwich, Cavafy, Mandelstam sont réinterprétés dans le cadre de lectures, dont certaines musicales. L’écrivain et poète Amos Oz en ouverture et le compositeur Serge Rezvani, présent pour une rencontre et un concert, viennent, entre autres coups de cœur de la rédaction de Novo, illuminer cette riche édition des Bibliothèques Idéales.

Amoz Oz Mercredi 7 septembre 18h | l’Aubette Serge Rezvani La nostalgie du présent Rencontre et concert Samedi 10 septembre 16h et 20h | l’Aubette André Velter, François Marthouret & Claudine Charreye Les grands poèmes qui ont fait le siècle Lecture Dimanche 11 septembre 16h | l’Aubette Elias Sanbar, Farouk Mardam-Bey, Ersi Sotiropoulos, Vénus Khoury-Ghata, Omar Youssef Souleimane, Léopoldine Hummel L’exil des poètes Rencontre et lecture musicale Mercredi 14 septembre 20h | l’Aubette

Jérôme Mallien

chicmedias éditions Collection desseins

La Nuit Jérôme Mallien L’auteur vit au Japon depuis quelques années. La Nuit est son regard porté sur ce pays qu’il aime sans toujours bien le comprendre, passé au filtre du manga pornographique, de la littérature et du zen.

Signature du livre avec l’auteur  Jeudi 22 sept. 2016 | Minuit Cinéma Star Saint-Exupéry Avant la séance de We Are the Flesh de Emiliano Rocha Minter

Livre vendu en exclusivité pendant le Festival du Film Fantastique au Village

À commander sur www.shop.zut-magazine.com SORTIE EN LIBRAIRIE  OCTOBRE 2016 chicmedias éditions - 12 rue des Poules - 67000 Strasbourg - 03 67 08 20 87


Des magazines 5 numéros par an

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Lorraine | Luxembourg Numéro 15

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Printemps | Été Frühling | Sommer 2016

Culture — Kultur Tendances — Trends Lifestyle

Rhin Supérieur Nord / Oberrhein Nord Numéro 03

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IMPRESSIONS VIEWS FRAGMENTS

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TOMI UNGERER

EINDRÜCKE ANSICHTEN FRAGMENTE

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9 771969 789015

Hors-série Tomi Ungerer Impressions, regards, fragments Décembre 2011

Rhin Supérieur Sud N° 3

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Hors-série Internationaux de Strasbourg N° 2 Mai 2016

Gratuit

13.05 — 21.05 2016

Hors-Série

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Internationaux de Strasbourg

2016 | Gratuit

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C L O I S O N , E S PA C E S & MÉTROPOLES

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UN SIÈCLE CLESTRA HAUSERMAN

UN SIÈCLE

CLOISONS, ESPACES & MÉTROPOLES

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AUTOUR D’UN PRODUIT UNIQUE : L A CLOISON AMOVIBLE

In Inclusive Societies: A Challenge and A Goal

1913 - 2013 CENT ANS D’AVENTURE INDUSTRIELLE

CLESTRA HAUSERMAN

7th Global Forum Baku 2016 United Nations Alliance of Civilizations

Un siècle Clestra Hauserman Cent ans d'aventure industrielle autour d'un produit unique : la cloison amovible Mai 2014

Visage, mis à nu Olivier Roller Regards sur 20 ans de portraits Décembre 2014

Me We Us Des personnalités et ONG questionnent le vivre-ensemble sur l'invitation de l'Alliance des civilisations des Nations Unies. Avril 2016

Collection Desseins

H. Schwaller

L’ÊTRE PRIORITAIRE Hakim Mouhous Hélène Schwaller

(Et techniquement, c’est le frottement d’un index sur un iPad). Anne-Sophie Tschiegg

chicmedias éditions Collection desseins

ISBN : 978-2-9544852-3-2

9 782954 485232

L'être prioritaire Hakim Mouhous et Hélène Schwaller Avril 2016

chicmedias éditions

Prix : 20 €

ISBN : 978-2-9544852-2-5

MILO Songbook Nicolas Comment

Chic Médias éditions Collection desseins

9 782954 485225

Assez flirté, baisser culotte Anne-Sophie Tschiegg Avril 2016

L'ÊTRE PRIORITAIRE

Chic Médias éditions

Chic Médias éditions

Prix : 28 €

ISBN : 978-2-9544852-1-8

Collection desseins

Finalement, c’est devenu une sorte de journal qui dit les appétits au jour le jour. Les mots sont posés vite, par liste, comme des images et les images suivent les élans. J’avais juste envie de m’y sentir bien, que ce soit polymorphe et joyeux, que la femme y soit au centre, dessus et dessous.

Elle est la muse et l’amante, Milo. Tantôt féline, tantôt mystérieuse ou mélancolique. Une main aux ongles peints effleure un rideau de soie, une jambe en tension sur un escalier bariolé, un corps penché sur les lignes de la ville, nu ou orné d’un porte-jarretelles qui encadre sa beauté. Cette fleur a des épines, cette fille a des aiguilles, presque toujours, comme le symbole d’un doux fétichisme qui ne dit pas son nom. Il n’y a pas d’histoires, mais toutes les paroles des albums de Nicolas Comment jetées là, comme des indices à saisir par le lecteur-voyeur. Des indices ? Le photographe et musicien révèle ici plus qu’il n’en dit. Milo (Songbook) est le troisième ouvrage de la collection desseins – une adresse au corps, à la nudité, à la sexualité – réunie Expéditeur Hakim Mouhous Destinataire Hélène Schwaller par les éditions chicmedias.

Prix : 33 €

Anne-Sophie Tschiegg

Au départ, l’idée est de Bruno Chibane. À la fin, ça me ressemble. On s’est d’abord dit que ça parlerait de couleur et que ça montrerait le cul. Pas vraiment le contraire, ou alors sans narration parce que parler de cul c’est toujours enlever, c’est recreuser les trous pour y loger le désir et tout ce qui passe.

MILO Songbook Nicolas Comment

Collection desseins

Collection desseins

ASSEZ FLIRTÉ, BAISSER CULOTTE ! Anne-Sophie Tschiegg

ASSEZ FLIRTÉ, BAISSER CULOTTE !

Ce livre réunit dans l’ ordre chronologique et de manière non exhaustive les textos poétiques et les dessins qui m’ont été adressés par H. au début de notre relation. Ces deux expressions artistiques sont nées de notre relation fusionnelle, de nos séparations régulières, et ce, dès le début de notre rencontre. L’autre absent, mais qui est là et nous inspire. Cette balade érotique évoque l’amour dans sa quête d’absolu, ses manques, les souffrances qui en découlent quelquefois, ses exaltations aussi, et le caractère « cyclique » de la relation. Ce livre est certes un objet intime, mais chaque lecteur pourra y reconnaître « son intime ». Mes réponses à H. existent, mais liberté est laissée au lecteur de les imaginer.

Chic Médias éditions Collection desseins

9 782954 485218

3

2

1

MILO Songbook Nicolas Comment Ocotbre 2016

www.shop.zut-magazine.com www.zut-magazine.com

12 rue des Poules - 67000 Strasbourg - 03 67 08 20 87 – contact@chicmedias.com


Ailleurs Terre aimée de Laurent Brunet —

egoTrip ColleCTif de Sylvain Freyburger et Christophe Schmitt —

la lisTe, la ColleCTion samuel-weis d’arT ConTemporain de David Cascaro Photographies de Anne Immelé —

aux fronTières de l’oubli de Baptiste Cogitore —

Tisseuses de fraTerniTé de Frédérique Meichler et Darek Szuster —

aujourd’hui, C’esT Toujours mainTenanT ? de Pascal Bastien —

médiTaTions wesTernosophiques de Marc Rosmini —

1, 2, 3… isTanbul ! de Bekir Aysan —

before insTagram de Philip Anstett Préface de Daniel Carrot —

la phoTo du jour de Philippe Lutz —

je peux éCrire mon hisToire de Abdulmalik Faizi et Frédérique Meichler Dessins de Bearboz —

www.mediapop-editions.fr www.r-diffusion.org

Sublime

1964 de Kai Pohl —

La culture n'a pas de prix

www.novomag.fr


Novo hs 11 burger cadiot comment.pdf  

11ème numéro hors-série du magazine NOVO publié à l'occasion des "Bibliothèques idéales" 2016 à Strasbourg.

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