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Biennale de la Photographie de Mulhouse 2018

Attraction(s)

Hors-sĂŠrie Novo NÂş 15


ATTRACTION (S) L’ ÉTREI NTE DU TOU RB I LLON

© Alan Eglinton, Yes, No, Maybe.

Biennale de la Photographie de Mulhouse

Musée des Beaux-Arts 2 juin - 16 septembre 2018


Ours

Directeur de la publication et de la rédaction Philippe Schweyer Direction artistique et graphisme Starlight Ont participé à ce numéro hors-série Rédacteurs Florence Andoka, Nicolas Bezard, Caroline Châtelet et Sylvia Dubost. Traduction Tatjana Marwinski Couverture Alix Cléo Roubaud, Sans titre, série Correction de perspective dans ma chambre, 1980, Paris, épreuve argentique obtenue par surimpression, collection particulière. Ce numéro hors-série est édité par Médiapop 12 quai d’Isly – 68100 Mulhouse Sarl au capital de 1000 € Siret 507 961 001 00017 Direction : Philippe Schweyer ps@mediapop.fr – 06 22 44 68 67 www.mediapop.fr Imprimeur Est-imprimerie – PubliVal Conseils Dépôt légal : juin 2018 ISSN : 1969-9514 – © Novo 2018 Le contenu des articles n’engage que leurs auteurs. Les manuscrits et documents publiés ne sont pas renvoyés. NOVO est édité par CHICMEDIAS et MÉDIAPOP www.novomag.fr

PROGRAMME WEEK-END D’OUVERTURE 01 — 02 — 03.06.2018

Vendredi 1er juin 18h / Musée des Beaux-Arts de Mulhouse Vernissage général de la BPM Samedi 2 juin / Mulhouse 10h / Parvis du Chrome, Canal Rhin-Rhône et Port de plaisance Inauguration de Point Cardinal, affichages urbains des écoles supérieures d'art du Grand Est Inauguration de l’exposition Le Murmure de ton absence de Mkg 11h / Galerie de la Bibliothèque Visite de l’exposition Lebensformen par la photographe Janine Bächle, suivie de l’inauguration 12h / Chapelle Saint-Jean / Mulhouse Art Contemporain Inauguration de 45 degrés, installation éphémère de Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor 11h – 20h / Chapelle Saint-Jean 45 degrés, installation éphémère de Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor Programme de présentation d’éditions liées à la thématique de l’attraction Ateliers sténopé pour tout public avec Gautier Perrin 14h – 16h / Musée des Beaux-Arts de Mulhouse Visite de l’exposition et rencontre avec les photographes, avec Hélène Giannecchini, responsable du Fonds Alix Cléo Roubaud, Catherine Derioz, galeriste de Denis Roche et Anne Immelé, commissaire de l’exposition 17h / Cour des Chaînes Vernissage de l’exposition de Marine Froeliger 19h / La Filature Vernissage de l’exposition de Christian Milovanoff 20h / Motoco Vernissage de l’exposition de Thomas Hauser

Dimanche 3 juin 3 11h / CCFF, Freiburg Visite de l’exposition en présence du commissaire Pascal Amoyel suivie du verre de l’amitié 14h30 – 16h Parcours Chalampé, Hombourg Découverte des photographies en extérieur. Rencontres avec les photographes Nick Hannes (14h30, dans le parc jouxtant la salle des Galets à Chalampé), Paul Gaffney (15h30, caserne des pompiers à Hombourg) 17h / Vernissage à la FABRIKculture, Hégenheim Vernissage en présence des photographes et de la commissaire 11h – 18h / Chapelle Saint-Jean, Mulhouse 45 degrés, installation éphémère de Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor 14h — 17h / Cour des Chaînes et Motoco, Mulhouse Expositions de Marine Froeliger et de Thomas Hauser Ainsi que les lieux d’expositions habituellement ouvert le dimanche Vendredi 8 juin 19h / Kunsthaus L6, Fribourg (DE) Vernissage de l’exposition ATTRAKTION ?! Dimanche 24 juin 17h30 / Cinéma Bel Air Projection du film Stalker, d’Andrei Tarkovski (1979) 

Finissage Vendredi 31 août 18h30 / Musée des Beaux-Arts de Mulhouse Amplifier l’existence : la photobiographie des années 1980 à nos jours Conférence d’Hélène Giannecchini Dimanche 2 septembre 15h / Musée des Beaux-Arts de Mulhouse Visites de l’exposition et lectures de textes d’Hervé Guibert, d’Alix Cléo Roubaud et de Denis Roche


On finit par oublier entièrement ce qui est important dans la vie !

Lebensformen Formes de vie Janine Bächle

—> mediapop-editions.fr


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Infos pratiques ATTRACTION(S) - L’étreinte du tourbillon Lucile Boiron, Thomas Boivin, Anne-Lise Broyer, Alan Eglinton, Bernard Faucon, Hervé Guibert, Julien Magre, Denis Roche, Alix Cléo Roubaud Commissariat d’exposition : Anne Immelé 2 juin — 16 septembre Musée des Beaux-Arts, Mulhouse 4 Place Guillaume Tell – 68100 Mulhouse Ouvert tous les jours, sauf mardis et jours fériés : 13h-18h30 Du 1er juillet au 31 août : 10h-12h / 13h-18h30 Entrée libre Renseignements : 03 89 33 78 11

Lebensformen Janine Bächle 2 juin — 2 septembre Bibliothèque Grand-Rue, Mulhouse 19 Grand Rue – 68100 Mulhouse En juin : mardi au vendredi : 10h-12h / 13h30-18h30 Samedis : 10h-17h30 à partir du 4 juillet et jusqu’au 3 septembre : mardi au vendredi : 10h-12h / 14h-18h Samedis : 10h-12h / 14h-17h30 Renseignements : 03 69 77 67 17

Attraction Christian Milovanoff 2 juin — 2 septembre La Filature, Mulhouse 20 Allée Nathan Katz – 68090 Mulhouse Mardi — Samedi : 11h-18h30 Soirs de spectacles et dimanches de juin : 14h-18h Fermeture estivale : 29.07— 30.08 Renseignements : 03 89 36 28 28

And All That Is Left Are Fragments Which Haunt You Like Half-Forgotten Dreams Thomas Hauser 2 juin — 24 juin Motoco, bâtiment 75, Mulhouse Site DMC, 13 rue de Pfastatt – 68200 Mulhouse Samedis et dimanches : 11h-18h et sur rendez-vous : 06 99 73 81 80

Vers l’infini et OUROBOUROS Marine Froeliger 2 juin — 27 juin Cour des Chaînes, Mulhouse 13 rue des Franciscains – 68100 Mulhouse Lundi, Mardi et vendredi : 14h-17h Mercredi : 10h-17h / Jeudi : 9h-12h Renseignements : 03 69 77 77 50

Attractions#2018 Thomas Bouquin, Nolwenn Brod, Raphaël Coibion, Edouard Decam, Eliot Dudik, Nicolas Giraud, Shane Lavalette, Richard Renaldi Philippe Spigolon, Mark Steinmetz, Susan Worsham Commissariat de l’exposition : Pascal Amoyel 2 juin — 2 septembre Centre Culturel Français Freiburg (DE) Münsterplatz 11, Im Kornhaus, 79098 Freiburg Ouvert du lundi au jeudi de 9h à 17h30 Vendredis de 9h à 14h / Samedis de 11h à 14h À partir du 14 juillet : ouvert du lundi au jeudi de 9h à 15h30 Vendredis de 9h à 13 h / fermé les samedis Renseignements : +49 761 207 390

Attraktion ?! Miriam Hüning, Stefan Karrer, Mickaël Marchand Baptiste Schmitt, Jakob Schnetz Commissariat de l’exposition : Finn Schütt 9 juin — 29 juillet Kunsthaus L6, Fribourg (DE) Lameystraße 6, 79108 Freiburg im Breisgau Ouvert les jeudis et vendredis de 16h à 19h Samedis et dimanches de 11h à 17h Renseignements : + 49 761 503 87 04

ZONES Kazuma Obara, Michel Mazzoni, Ester Vonplon, Georg Zinsler Commissariat de l’exposition : Anne Immelé 2 juin — 8 juillet FABRIKculture, Hégenheim 60 rue de Bâle – 68220 Hegenheim Ouvert les samedi et dimanche de 11h à 18h et sur rendez-vous au 06 24 96 12 30


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Infos pratiques EXPOSITIONS DANS L’ESPACE PUBLIC

Les partenaires de l’édition 2018 de la BPM

Dubai bread and circuses Nick Hannes 2 juin — 2 septembre

Les partenaires financiers : la Ville de Mulhouse, la Région Grand Est, la DRAC Alsace, les communes de Hombourg, Chalampé, Pro Helvetia Fondation suisse pour la culture, Wallonie-Bruxelles Internationale

Commune de Chalampé Photographies en extérieur Parc jouxtant la salle des galets

We make the path by walking Paul Gaffney 2 juin — 2 septembre Commune de Hombourg Photographies en extérieur Caserne des pompiers

Point Cardinal Écoles d’Art du Grand Est 2 juin — 2 septembre Parvis du Chrome et le long du canal, Mulhouse Photographies en extérieur Affichages urbains des écoles supérieures d’art du Grand Est En partenariat avec JC Decaux

Murmures de ton absence Mkg 2 juin — 2 septembre Port de Plaisance (gare), Mulhouse Photographies en extérieur

ÉVéNEMENT DU WEEK-END D’OUVERTURE 45 degrés (installation éphémère) Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor 2 et 3 juin Chapelle Saint-Jean / Mulhouse Art Contemporain Une proposition de Mulhouse Art Contemporain

Les partenaires culturels à Mulhouse : Le Musée des Beaux-Arts, la Galerie de la Bibliothèque, Mulhouse Art Contemporain, la Filature scène nationale, la Haute École des Arts du Rhin (HEAR), la Librairie 47° Nord En Suisse : la galerie Oslo 8, Photo Basel En Allemagne : Kunsthaus L6, le CCFF Centre Culturel français de Freiburg. Dans le Grand Est : la FABRIKculture, le Cri des Lumières à Lunéville, L’éSAL Metz, l’ENSAD, Nancy, l’ESAD de Reims Les partenaires privés : JC Decaux, Carl Shurz Haus Freiburg, Rent A Car, Tetrascreen Les partenaires média : Novo, Open Eye et L’Alsace Les partenaires sociaux : Le Centre PAPIN Les prêteurs : La MEP-Maison Européenne de la Photographie, la galerie le Réverbère Lyon, la galerie Robert Morat Berlin, la galerie Particulière Paris, la galerie Madé Paris, Jörg Koopmann / Lothringer13 Halle, Munich la galerie VU Paris , le FRAC Franche-Comté, le fonds Alix Cléo Roubaud La Biennale de la Photographie de Mulhouse est organisée par l’association l’Agrandisseur, membre du réseau Versant Est


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L’attrait pour l’autre Par Nicolas Bezard

Après Play/Replay en 2013 puis L’autre et le même en 2016, la trentaine de photographes conviés cette année sont réunis autour de la notion plurielle et ambiguë d’Attraction(s). Anne Immelé, directrice artistique de la Biennale de la Photographie de Mulhouse, nous éclaire sur la thématique.

Hervé Guibert, Sienne 1979, Collection de la Maison Européenne de la Photographie


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L’attraction suggère cet élan qui précède le moment amoureux. Un aspect qui ne vous a pas échappé puisque vous serez la commissaire de l’exposition intitulée L’étreinte du tourbillon que l’on pourra découvrir au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse. Effectivement, quand on parle de l’attraction, on pense tout de suite à la question du désir, de l’attirance d’un être pour un autre. Pour cette exposition, le point de départ a été la photo française des années 1980 qui m’a beaucoup marquée, que ce soit Hervé Guibert, Denis Roche et ses photos prises dans des chambres d’hôtel avec sa femme Françoise ou Alix Cléo Roubaud, chez qui l’on retrouve cette dimension intime puisque la majorité des images sont réalisées dans des chambres. L’autre point commun, c’est la dimension réflexive de ces travaux qui n’oubliaient pas d’interroger le médium photographique lui-même. C’est très présent chez Denis Roche avec une mise en abyme de l’acte de photographier. L’appareil photo est montré, assumé en tant que tel. Quant à Alix Cléo Roubaud, elle a détruit ses négatifs après réalisation des tirages, conférant à ces derniers la valeur d’œuvres uniques. La particularité de cette exposition est de confronter les images pour certaines iconiques de ces grands photographes aux productions contemporaines de Lucile Boiron, Anne-Lise Broyer, Thomas Boivin, Alan Eglinton et Julien Magre. L’exposition abordera cette question : que peuton faire aujourd’hui de cet héritage de la photographie autobiographique française qui était à la fois dans l’intime et dans la narration ? Les travaux de ces jeunes auteurs perpétuent le geste entamé dans les années 1980, avec une dimension littéraire significative chez Thomas Boivin et Alan Eglinton qui utilisent directement le texte en regard des images, et un rapport à la littérature prégnant dans l’œuvre d’Anne-Lise Broyer, même si elle n’a pas directement recours aux mots. Un autre temps de la biennale nous invite à réfléchir sur le devenir de la photographie à l’ère de cette attraction généralisée suscitée par l’avènement du Web et des réseaux sociaux. Depuis l’apparition du numérique, la photographie a pris un virage extrêmement important. Nous sommes clairement entrés dans l’ère de la post-photographie, j’en veux pour preuve le nombre exponentiel d’artistes qui ne travaillent plus avec leurs propres images mais à partir de photos trouvées sur Internet. Le photographe tend à devenir un « producteur » d’images pour qui le geste de choisir ces dernières, de les manipuler, de les agencer, est presque plus important que de les créer. On glisse d’un savoir-faire purement photographique vers une pratique d’iconographie, d’editing, et cela rejoint aussi les enjeux théoriques très bien énoncés par Joan Fontcuberta sur le vrai et le faux car la mani-

pulation des images est inséparable de l’invention de la photographie. On s’éloigne ici du fameux « ça a été » formulé par Roland Barthes au sujet de la photographie analogique. Cette pensée subsiste, mais disons que l’arrivée du numérique a incité les photographes à l’interpréter différemment, à requestionner la matérialité d’une photographie prise dans ce hiatus entre argentique et numérique. C’est le cas par exemple de Thomas Hauser qui présentera à Motoco une proposition d’assemblages constitués d’images de lieux désaffectés. Ce sont des impressions laser sur papier photo-sensible non fixé, de ce fait les images tendent à disparaître au fil du temps. En découle un travail qui interroge aussi bien la mémoire des lieux photographiés que celle du support lui-même, puisque ce qui y est imprimé tend à se dérober à la vue, dans un mouvement vacillant d’apparition/disparition. D’autres propositions prenant en compte la singularité du médium photographique viendront compléter ces pistes de réflexion. Je pense aux expositions visibles au Kunsthaus L6 de Freiburg (commissaire Finn-Niclas Schütt) et à la Chapelle Saint-Jean de Mulhouse (Installation de Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor, avec Mulhouse Art Contemporain). Elles rappelleront de manière ludique ô combien désormais on exige des photographies qu’elles séduisent et génèrent quantité de like et de followers. Vous parliez d’assemblage à propos des photos de Thomas Hauser, on pense aussi au montage qui sera une autre manière d’aborder cette notion de l’attraction. Lorsqu’il s’est agi de trouver ce terme d’attraction pour rassembler les enjeux de cette biennale, nous avons aussitôt pensé à l’idée du «  montage des attractions » défendu par le cinéaste russe Sergueï Eisenstein, et cette interrogation autour du montage marquera un autre temps fort du festival, avec trois expositions qui lui seront consacrées, dont celle de Thomas Hauser. Christian Milovanoff, photographe passionné par le cinéma, présentera à la Filature ses Attractions composées d’images prélevées dans la presse et « montées » ensemble de manière à susciter des rimes ou des disjonctions visuelles et signifiantes. Sur le même principe, au CCFF, Freiburg le public pourra découvrir les rapprochements opérés par Pascal Amoyel entre des photographes américains et européens, dans la continuité du travail qu’il avait présenté lors de la précédente édition. Ces expositions seront complétées par des diptyques dans l’espace public mulhousien, ceux réalisés par les étudiants des écoles supérieures d’art du Grand Est, et ceux de l’éditeur Roi de Rats (mkg).


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Thomas Boivin, A Short Story, 2015

L’autre référence cinématographique présente cette année est le film Stalker, d’Andreï Tarkovski, une œuvre qui semble avoir nourri l’imaginaire de nombreux photographes contemporains. Par bien des aspects, ce long métrage réalisé en 1979 résonne avec les préoccupations écologiques les plus actuelles. Il narre l’expédition de trois personnages dans un territoire interdit appelé « la Zone », et qui aurait été le lieu d’un cataclysme indéterminé. Beaucoup de commentateurs y ont vu une prémonition de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Mais une autre dimension tout aussi intéressante du film se trouve dans la manière dont Tarkovski instaure un dialogue avec les éléments naturels présents dans la Zone, l’eau, la mousse, le feu, les présences énigmatiques d’animaux. Cette nature à laquelle les plans très composés du cinéaste rendent grâce a marqué Michel Mazzoni et Ester Vonplon, deux photographes que l’on retrouvera dans l’exposition Zones visible à la Fabrikculture d’Hégenheim. Leurs images en noir et blanc scrutent la surface de choses qui semblent irradier ou au contraire, sur le point de disparaître. Deux autres découvertes s’ajouteront aux travaux de ces auteurs : le japonais Kazuma Obara qui témoigne des conséquences visibles ou invisibles de Tchernobyl dans la vie d’une femme née à Kiev, 5 mois après l'explosion du réacteur, ainsi qu’une déambulation photographique de Georg Zinsler sur le site de la catastrophe. La BPM se décline aussi sous la forme d’installations dans l’espace public. De quoi s’agit-il ? Pour ces dispositifs, nous avons retenu un ensemble de travaux dont les sujets se complètent autant qu’ils se contredisent. Les photographies que Nick Hannes a réalisé à Dubaï documentent une

sorte de point de non retour atteint par la société de consommation. Le regard distancié et plein d’humour de l’auteur sur des centres commerciaux, complexes hôteliers de luxe et bases de loisirs aux dimensions pharaoniques n’empêche pas le malaise de nous saisir à la vue de cette démesure générée par le capitalisme. Ce travail visible à Chalampé offrira un contrepoint à celui de Paul Gaffney que nous montrerons à Hombourg. Au terme d’un périple à pied de plus de 3 000 kilomètres en Europe, le photographe a rapporté des images qui racontent sa relation attentive et patiente au paysage. Elles dénotent une capacité presque picturale à saisir d’infimes variations de lumières et de couleurs. Sur ce même registre de la contemplation, l’installation de Marine Froeliger à la Cour des Chaînes à Mulhouse immergera le spectateur dans un ensemble composé d’images et de sons prélevés lors de voyages dans le désert marocain. Enfin, la bibliothèque municipale accueillera l’œuvre de Janine Bächle qui a intégré des communautés post-hippies en Italie et en Lituanie, observé le retour à la nature de jeunes gens en quête d’un mode de vie qui rompt avec la surconsommation ambiante. La Biennale vous permet d’exposer pour la première fois certains artistes. J’imagine qu’il s’agit à chaque fois pour vous d’une satisfaction ? J’éprouve toujours une émotion particulière à montrer pour la première fois les photographies d’un auteur, ou l'une de ses séries inédites. Cela sera encore le cas cette année avec la série Yes, No, Maybe d’Alan Eglinton, ou le projet Internet Romance de Lucile Boiron, deux propositions très abouties. Le plaisir de ces découvertes fait tout le sel de ce genre de manifestation, nous avons la tâche de les programmer pour que le public les découvre.


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Paul Gaffney, We Make the Path by Walking, 2013


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Vertiges de l’amour Par Nicolas Bezard

Désir amoureux et désir de photographie se mêlent dans l’exposition Attraction(s) l’étreinte du tourbillon, proposée par Anne Immelé au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse. La photographie française autobiographique des années 1980 a-t-elle encore des résonances chez les photographes contemporains ?

Denis Roche, 19 juillet 1978, Taxco, Mexique, Hôtel Victoria, chambre 80. Courtesy Galerie le Réverbère, Lyon


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Bernard Faucon, La tempête de neige. La quatorzième chambre d’amour, 1985. Collection FRAC Franche Comté

France, début des années 80 : l’ombre intimidante d’Henri Cartier-Bresson plane toujours sur la photographie hexagonale. Au terme photographe on accole, presque par réflexe, celui de journaliste. Le geste qui fait loi reste majoritairement celui de l’instant décisif. Dans ce paysage d’obédience « magnumienne », des voix dissonantes commencent pourtant à se faire entendre. Il y a celle de Bernard Plossu, l’amoureux des suds et héritier sensible de Boubat. Celle de Denis Roche, le poète météore, penseur de la «  photo-autobiographie  ». Il y a aussi, aux lisières de la littérature et de l’image photographique, les œuvres fulgurantes d’Alix Cléo Roubaud et d’Hervé Guibert, ou encore les incursions de Bernard Faucon dans le champ des arts plastiques. L’énumération pourrait se poursuivre, mais c’est en partant des quatre noms dernièrement cités qu’Anne Immelé a bâti le socle d’un parcours photographique intitulé L’étreinte du tourbillon. Partie du constat que «  photographie et désir étaient intrinsèquement liés », la commissaire de cette exposition visible au Musée des Beaux-Arts a cherché à réunir des propositions en lien avec le désir amoureux et qui croisent une pluralité de regards sur l’être aimé. Le choix de l’approche autobiographique, plasticienne ou narrative des années 1980 comme

point de départ n’est pas anodin. Qu’il s’agisse de Roche, de Guibert, de Cléo Roubaud ou de Faucon, tous ont en commun d’échapper aux genres, aux carcans, aux dispositifs et de défendre une vision désacralisée du médium. Au terme trop réducteur de photographe est préféré celui d’auteur, comme on le dirait d’un écrivain ou d’un cinéaste, la notion d’écriture étant au centre de leurs préoccupations. En puisant dans l’intime et le quotidien la matière d’un langage visuel inédit, ils prouvent alors que la photographie française peut exister en dehors de la chronique, de l’actualité ou du reportage. Chacune à leur manière, les séries de ces auteurs rassemblées pour l’occasion montrent qu’il était possible de créer des œuvres rigoureuses et novatrices sur un plan formel en partant de ce qu’on répugnait encore à montrer en photographie : les sujets en apparence ténus ou anodins, les lumières difficiles, les atmosphères vacillantes, la mise en fiction d’un réel fragile. Ce faisant, elles ont contribué à ouvrir une brèche pour les générations d’auteurs français qui, à leur suite, assumeront sans complexe un regard à la première personne et trouveront dans leur entourage le plus immédiat une source de création perpétuellement renouvelée.


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Pulsion de vie

Denis Roche, 20 février 1985, Louqsor, Egypte, Habou hôtel. Courtesy Galerie le Réverbère, Lyon

Anne-Lise Broyer, Abbadia, de la série Regards de l’égaré, 2008-2018. Courtesy La Galerie Particulière

En regard des travaux actuels d’Anne-Lise Broyer, de Thomas Boivin, d’Alan Eglinton, de Julien Magre et de Lucile Boiron, les spectateurs pourront donc (re)découvrir cette photographie française des années 1980 à travers quelques unes de ses propositions les plus emblématiques. L’approche autobiographique tout d’abord, avec les autoportraits de Denis Roche et sa femme Françoise dans des chambres d’hôtels. Images spéculaires, résolument amoureuses, qui témoignent du désir de l’amant pour sa compagne, confondu dans celui que l’artiste éprouve pour l’acte photographique lui-même, mis en abîme par des jeux de reflets, fenêtres et miroirs magnifiant les compositions. Autres chambres, autre univers : celui d’Alix Cléo Roubaud qui dans cette même veine de l’intime montre de manière frontale ou latente sa relation charnelle à ses amants Jean Eustache et Jacques Roubaud. Comme pour mieux fixer le souvenir des instants d’amour partagé, la jeune femme a surimpressionné les négatifs, mêlé texte et image pour n’en garder à chaque fois qu’un tirage unique qui questionne le lien rattachant traditionnellement la photo à la notion de reproductibilité technique. Malgré sa disparition précoce en 1983 – elle n’était alors âgée que de 31 ans – Alix Cléo Roubaud a expérimenté un large champ de possibilités offertes par le médium. L’intensité et la richesse de son œuvre fait écho à celle d’un autre auteur disparu prématurément, Hervé Guibert (1955-1991), dont on connaît peutêtre davantage les écrits autobiographiques et les ouvrages traitant de la photographie que les images qui seront présentées dans l’exposition. Un travail de restitution de cette pulsion de vie contenue dans les corps, les gestes, les lumières émanant de l’expérience du quotidien, pour celui qui ne perdait jamais de vue que l’attraction photographique, par essence amoureuse, pouvait confiner au vertige. D’un abord plus plasticien, les Chambres d’amour de Bernard Faucon, réalisées de 1986 à 1988, viendront compléter ce premier versant «  historique  ». Préparées et composées dans leurs moindres détails, les chambres de Faucon sont des mises en scène de l’absence où se révèlent dans le froissé d’un drap, l’éclat d’une lumière ou la progression invasive des éléments naturels, l’empreinte d’un désir, « les traces des corps qui persistent quand tout le reste est perdu. »

Trois portraits Rétrospectivement, quel regard portons-nous aujourd’hui sur ces images autobiographiques qui interrogent autant le récit que la représentation d’un quotidien intime ? C’est en reprenant le motif récurrent de la chambre, l’idée de narration visuelle,


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Julien Magre, ELLES, extrait, 2017. Courtesy Galerie Le Réverbère, Lyon

travaillée cette fois par une jeune génération d’auteurs français, que l’exposition collective prend toute sa dimension. Au cœur des séries d’Alan Eglinton, de Julien Magre et de Thomas Boivin, trois portraits de jeunes femmes aimées qui impriment leur intensité, leur qualité de présence, même si elles demeurent énigmatiques à nos yeux. Cet abord insaisissable, qui ajoute au mystère les enveloppant, est sans doute consécutif du choix de ne pas les dépeindre de manière totalisante, mais par le recours à des formes de récits qui avancent par bribes, sur une note impressionniste. En diariste de sa relation amoureuse, Alan Eglinton nous raconte son voyage en Corée du Sud en compagnie d’Eunji, originaire de la péninsule. Yes, No, Maybe relate avec finesse et intelligence la façon dont, le temps d’un été, le couple a fait le point sur son avenir, la jeune femme n’ayant pas, dans un premier temps, offert une réponse claire à la demande en mariage du photographe. Associant photographies et notes manuscrites, l’écriture est ici fragmentaire, spontanée, teintée d’une légère dose d’humour qui nuance la douce mélancolie émanant de la figure d’Eunji. « J’ai voulu insérer des textes par touches et éviter qu’ils ne donnent trop de

sens aux images. Si c’était le cas, je pense que cela m’ennuierait », explique cet amateur de cinéma et de poésie. « Une certaine ambiguïté peut laisser de la place à l’imagination. J’aime aussi qu’une image puisse être vue et appréciée toute seule. » Avec une grande liberté, Alan Eglinton alterne photographie en couleurs et en noir et blanc, deux régimes d’images, et selon lui, deux vitesses différentes : « beaucoup des photos en noir et blanc on été prises à la hâte alors que celles en couleur sont plus posées. Je pense qu’une couleur peut être une manière de rythmer la lecture d’un travail, que cela soit sous forme de livre ou d’exposition. » Photographe qui se distingue par son usage exclusif de la couleur, Julien Magre travaille le matériau le plus sensible qui soit : sa vie de couple et de père de famille, qu’il évoque à travers un ensemble d’images courant sur une longue période inaugurée par sa rencontre avec Caroline, à la fin des années 1990. Ces images extraites du début de la série Elles sont dédiées à celle qui deviendra son épouse, et Julien Magre n’imaginait pas qu’elles deviennent un jour une œuvre. « J’ai commencé ce travail il y a 20 ans de manière totalement naïve et inconsciente. Ces premières images que l’on retrouve à la Biennale ont été une arme de séduction pour me rapprocher


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Thomas Boivin, A Short Story, 2015

de Caroline. Le poids du temps, le fait que j’ai toujours essayé de garder cette naïveté et une certaine forme de radicalité sont peut-être les raisons pour lesquelles elles ont pris un peu d’ampleur. » La radicalité dont parle l’auteur est sans doute ce qui lui permet de saisir des instants de vie très intimes sans jamais tomber dans le voyeurisme ou la sensiblerie. Une histoire de distance et d’humilité, pour celui qui aime à rappeler qu’ « il y a et il y aura toujours la notion de plaisir dans mes images, le plaisir d’en faire et le désir d’en faire. » Désir à l’œuvre également chez Thomas Boivin qui, avec A Short Story, traduit l’intensité d’une romance de 12 jours en tentant d’en épuiser toutes les possibilités poétiques et narratives. Si les artistes présents dans l’exposition accordent une grande place à la publication de leurs travaux, Thomas Boivin est probablement celui qui a porté au plus haut cet intérêt pour le livre et sa fabrication. Là où beaucoup de jeunes auteurs penseraient toucher au Graal en suscitant l’intérêt d’un éditeur, le photographe ancré à Belleville a pris le parti de l’auto-édition, gagnant en liberté ce qu’il n’a pas perdu en visibilité, puisque A Short Story a connu un beau succès et de multiples réimpressions. « La finalité du travail, c’était cette

objet-là, le livre. Une maison d’édition souhaitait le faire, mais différemment. Peut-être aurait-il mieux circulé, mais il ne m’aurait pas ressemblé tout à fait. » Ce transfuge de la bande-dessinée, diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg, accorde le plus grand soin à la mise en espace des images et des mots dans ses pages. Chaque parti pris, qu’il concerne la qualité du papier, le style de la typographie ou la dynamique générée par la mise en tension des images, est mûrement réfléchi. Il témoigne à la fois d’un sens du rythme très cinématographique – on pense aux films de Godard, d’Antonioni – et d’une vision graphique et raffinée du roman-photo. Cette intransigeance se retrouve dans la qualité des noirs et blancs de Thomas Boivin que les spectateurs pourront apprécier à travers un exemplaire du livre spécialement réimprimé pour l’occasion.

Chercher la vibration Bien que la technique analogique soit privilégiée dans la majorité des travaux qui viennent d’être évoqués, l’exposition fait cohabiter des savoir-faire très différents. Pour sa série Internet Romance,


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Alan Eglinton, Eunji under the covers, de la série Yes, No, Maybe, 2017

Lucile Boiron réalise des captures d’écran sur des sites exhibitionnistes qu’elle tire ensuite à l’aide d’un principe photographique datant du XIXe siècle : la gomme bichromatée. Au gré de ces voyages virtuels, elle a « pris en photo » le visage des inconnus qui l’interpellaient. « Tous semblaient être absorbés par quelque chose d’indéfinissable », précise cette jeune diplômée de l’École nationale supérieure LouisLumière. « Que regardaient-ils ? S’adonnaient-ils à une contemplation narcissique de leur propre reflet ? Observaient-ils les corps d’autres inconnus se mouvoir sur leurs écrans ? » Une manière très contemporaine d’interroger l’espace intime de la chambre, devenue ici virtuelle, qui se double d’un questionnement sur la matérialité d’une image à l’ère du tout numérique. Car les portraits granuleux et fantomatiques de Lucile Boiron sont nés de l’hybridation entre un procédé purement numérique, le screenshot, et une technique ancienne de tirage conférant aux image une picturalité déroutante. Façon presque magique de redonner une substance à ces présences dématérialisées et anonymes croisées sur la toile : « Les visages émergent des bacs plein d’eau dans l’obscurité du laboratoire. De nouveau, ils me regardent, vivants sur le papier. » Autre hybridation féconde, celle tentée par AnneLise Broyer par l’association de deux langages, celui de la photographie qui demeure, pour cet auteure foncièrement animée par la littérature, « une façon d’écrire sans écrire », et celui du dessin à la mine graphite, geste central dans sa formation artistique. Jusqu’alors pratiqués séparément, ces deux modes d’expression se retrouvent réunis sur un même support dans Regards de l’égaré, ensemble d’images inspirées de deux textes de Marguerite Duras, La Maladie de la mort et L’Homme atlantique. La

série est moins la recherche d’un équivalent visuel à l’univers durassien qu’une évocation restituant l’évidence d’un texte, offrant ainsi l’opportunité de « faire l’expérience de la littérature par le regard ». Le résultat : une alternance troublante de paysages de landes et de mer dont les lignes semblent prolonger les contours d’une chambre et d’un corps parcourus de délicates opalescences. L’extérieur et l’intérieur, en écho à cette dialectique Outside/Inside chère à Duras, qui qualifiait de « chambre noire » ce lieu où elle pouvait à la fois entrer dans l’écriture et sortir d’elle-même, se prolonger. « Il y a deux chambres noires », nous rappelle Anne-Lise Broyer. « Celle de l’appareil, au moment de la prise de vue, petit espace qui enferme le film, le ruban sensible sur lequel s’écrit, s’imprime l’image dans ce fragment de temps où le noir est total. J’ai ce fantasme qu’au moment où le miroir se renverse, se reflète non seulement la lumière (outside) mais aussi la pensée, l’imaginaire (inside). Et puis le laboratoire, au moment du tirage où il s’agit de faire remonter l’image (mentale). Comme Duras, je parle aussi de sédiments pour ce moment, c’est un dépôt de matière sur une surface sensible, je fais monter le grain, le gris, je cherche la vibration. » Pouvait-on trouver parallèle plus élégant pour clore ce tour d’horizon ayant fait la part belle à l’espace de la chambre, lieu de tous les vertiges que renferme l’attraction amoureuse ? ATTRACTION(S) - L’étreinte du tourbillon Lucile Boiron, Thomas Boivin, Anne-Lise Broyer, Alan Eglinton, Bernard Faucon, Hervé Guibert, Julien Magre, Denis Roche, Alix Cléo Roubaud Commissariat d’exposition : Anne Immelé Musée des Beaux-Arts, Mulhouse 2 juin — 16 septembre


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Janine Bächle, Autel devant la hutte de sudation, Italie et Olly d’Angleterre de la série Lebensformen, 2015

Retour à la nature Par Nicolas Bezard


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La jeune photographe allemande Janine Bächle a observé le retour à la nature de personnes vivant ensemble dans des Rainbow Gatherings, communautés éphémères qui promeuvent un mode de vie libre, écologique et pacifiste. Sa série Lebensformen (Formes de vie) éclaire d’une lumière douce et empathique ces rassemblements. Comment ce projet est-il né ? De mon propre désir de faire partie d’un Rainbow Gathering et de découvrir les motivations qui poussent les gens à participer et vivre dans la nature pendant plusieurs semaines. Je me demandais pourquoi ils ont choisi cette forme de vie et ce qu’ils y apprécient. Pouvez-vous nous décrire ces communautés ? Ce sont des réunions de gens de nationalités diverses, qui se déroulent partout dans le monde et dont l’origine remonte aux années 70. L’eau courante, les toilettes et l’électricité ne sont pas à disposition. La cuisine est centralisée et faite avec du feu, et toutes les tâches sont accomplies avec la bonne volonté de chacun. Elles s’inscrivent fortement dans le contexte des mouvements sociaux de 1968 et comportent des liens avec les mouvements allemands Lebensreform et Wandervogel du XIXe siècle. Ces personnes qui aspirent à la discrétion se sontelles facilement laissées photographier ? J’ai approché ces personnes en participant à leur groupe et en faisant de véritables rencontres. Je n’étais pas une spectatrice, je faisais partie de la communauté et je suis restée plusieurs semaines à chaque rassemblement. La photographie peut être une activité périlleuse dans un Rainbow Gathering car les gens veulent s’y sentir à l’aise, et surtout pas observés. Quand on s’en approche avec respect, pourtant, leurs réactions sont très ouvertes et intéressées. La nature est un motif central dans votre travail, vous portez une grande attention aux éléments et à la lumière naturelle. La relation entre les humains et la nature m’intéresse particulièrement. Cela naît de mon inquiétude en ce qui concerne l’état et le traitement actuel de l’environnement. Nous n’avons souvent pas conscience des conséquences de nos choix dans le quotidien. J’aspire à vivre plus en équilibre avec la nature et j’ai compris que mon bonheur est inhérent à une vie de simplicité.

Vous travaillez avec des appareils argentiques. C’est plus facile pour moi, même si cela implique un travail de longue haleine. Ça me permet de ne pas être dépendante de l’électricité quand je suis dans la nature pendant plusieurs semaines. L’argentique m’oblige aussi à prendre mon temps, à réfléchir davantage avant de déclencher. Les personnes photographiées se tranquillisent et cela devient ainsi comme un processus de méditation. Les images s’accompagnent de documents écrits à la main expliquant le choix de cette forme de vie. Les motivations qui reviennent souvent sont le besoin d’harmonie avec la nature, l’aspiration à la simplicité, le développement personnel. Aussi utopiste soit-elle, cette démarche ne comporte-telle pas aussi le risque de l’entre-soi ? À y regarder de près, ce reproche qui pourrait tomber sous le sens ne me semble pas justifié. Les personnes que j’ai rencontrées au cours de ces rassemblements étaient presque toutes impliquées dans des projets écologiques, sociaux, artistiques, ou politiques. Aux prises avec des thématiques actuelles, elles réfléchissent à leurs choix de vie contrairement aux personnes prisonnières du ronron du quotidien, de la société de consommation et des attentes qui pèsent sur elles. Cette clairvoyance est donc le contraire d’un repli sur soi. Les Rainbow Gatherings proposent des activités centrales comme des ateliers, des échanges internationaux et des discussions autour de sujets d’actualité. En outre, ils sont ouverts à quiconque voudrait en faire partie ! Lebensformen Janine Bächle Bibliothèque Grand-rue, Mulhouse 2 juin – 2 septembre En partenariat avec la Biennale et la bibliothèque, parution chez Médiapop de Lebensformen (Formes de vie). www.mediapop-editions.fr


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Organiser le visible Par Caroline Châtelet

Christian Milovanoff, Attraction 1, 2012


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Photographe, écrivain, enseignant ou encore auteur d’articles sur la photographie et le cinéma, Christian Milovanoff a, au cours de son parcours photographique débuté en 1976, exploré les musées (notamment à travers sa série Le Louvre revisité) comme les supermarchés, les villes comme les espaces administratifs. Si Attraction (dont une partie fut exposée pour la première fois en 2012) constitue, par le matériau utilisé, une rupture dans son travail, il s’agit bien toujours via le décadrage et le recadrage d’offrir un autre regard sur ce qui nous entoure. Cela qu’il s’agisse des espaces, des représentations du monde, comme des discours sur les mouvements de ce dernier. Rencontre avec Christian Milovanoff. Quelle est l’origine d’Attraction ? Cela fait quarante ans que je collectionne des images, des articles de journaux. Aux alentours de 2006, j’ai commencé à rassembler ces images tirées de mes archives et n’appartenant ni aux mêmes temps, ni aux mêmes histoires, en ayant recours au montage, puis aux superpositions, aux jeux de transparence, de recto-verso. Quel que soit mon travail, j’ai toujours été attiré par la mise en relation de deux images. Je n’aime pas les choses autonomes. Quant au terme « attraction », cela renvoie à une idée du cinéaste russe Sergueï Eisenstein, selon laquelle en prenant deux images, par le montage, on en fait une troisième. C’est un art du regard – après, je ne dis pas que c’est « le » bon –, mais c’est mon regard sur les choses du monde. Y a-t-il des images qui (vous) résistent ? Que vous avez dû laisser de côté ? Les images qui résistent le plus sont souvent des images que j’adore. Certaines images de journaux, de reportage – de guerre, ou, par exemple, d’enfants crevant de faim en Afrique –, sont tellement fortes et puissantes qu’on ne peut rien faire avec. Elles empêchent toute possibilité d’association. Après, ce n’est pas si facile que cela de proposer une troisième image qui ait du sens. Je pensais initialement que c’était un exercice facile, qu’il suffisait de prendre n’importe quoi. Non, il faut aller chercher le sens, cela prend du temps. À moins d’être totalement surréaliste, on ne fait pas n’importe quoi.

Pourquoi ne s’agit-il jamais dans ce travail de vos propres photographies ? Ça ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse ici c’est que ce soit de l’archive, de l’imprimé, des choses déjà produites, reproduites que – à la rigueur – tout le monde peut reconnaître. Les images de quotidiens nationaux, tout le monde peut les voir. Et puis ce n’est pas mon propos : ce qui m’intéresse c’est le hasard, comment produire quelque chose avec des images qui me plaisent. Si le monde existe dans mon travail personnel, les attractions sont le lieu pour travailler la question de ce que l’on ressent, ce pour quoi l’on s’insurge, se révolte. On nous dit que nous sommes envahis d’images – moi je veux bien, mais ce sont toujours les mêmes que l’on voit, donc je ne sais pas si nous sommes si envahis que ça. Mais acceptons l’idée. Dans ce désordre visuel – une femme déshabillée nous vendant un yaourt, des images de guerre, des étudiants occupant une fac, etc. – j’essaie de mettre de l’ordre. L’attraction est une organisation du visible. Il y a un côté très graphique dans ce projet… Je préfère le terme de « forme » à celui de « graphique ». L’art est une question de forme avant tout – ce qui ne veut pas dire formalisme, ce que pourrait sous-entendre pour moi « graphisme ». Gilles Deleuze a expliqué ce que signifiait « avoir une idée en cinéma » : cela signifie avoir une idée « en quelque chose », savoir par quelle forme, médium passer. En photographie, il est question de composition, d’arrangement, d’attraction, de répulsion, tout cela contenu dans un cadre, sans hors-champ. Attraction Christian Milovanoff La Filature, Mulhouse 2 juin — 2 septembre

Christian Milovanoff, Attraction 0, 2012


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Logique du cosmos Par Florence Andoka

Marine Froeliger, Brexit, London, 2016, extrait d’Ourobouros

Répétition, boucle, spirale, autant de motifs du cycle qui semblent structurer la démarche de Marine Froeliger dans Ourobouros et Vers l’infini, deux installations déployées à la Cour des Chaînes. Marine Froeliger est toujours en mouvement, son travail se développe à travers des rencontres. Aussi, lorsqu’elle se rend en résidence à Oujda au Maroc, à la frontière de l’Algérie, Marine Froeliger s’intéresse à la musique Gharnatie, auprès d’Ahmed Thanthaoui, l’un des maîtres de cette tradition araboandalouse autrefois très populaire. Elle découvre alors la structure en cinq mouvements de la Nouba, mais aussi sa puissance progressive, joyeuse et contemplative. Dans l’installation Vers L’infini, Marine Froeliger donne à entendre le chant de Rim Thanthaoui tandis qu’une vidéo projetée contre une surface en bois ornée de motifs arabo-andalous, se fait l’écho de la structure de la Nouba, comme de la relation de l’homme avec la nature. L’univers, le cosmos, la constellation sont également à l’œuvre dans Ourobouros, la seconde installation de Marine Froeliger. Ourobouros est un projet au long cours, puisqu’il a démarré en 2012. L’artiste

dévoile aujourd’hui le sixième déploiement de la constellation intitulé Round and round. Le corpus est toujours en mouvement pour s’adapter au lieu comme au flux de l’existence. Les images sont de nature hétérogène : dessins, captures d’écrans et photographies se mêlent. Des céramiques font cette année leur apparition. Puisque le cinéma, comme le livre, reposent sur le montage, Marine Froeliger en reprend la logique en l’appliquant à l’espace. Ourobouros est une chaîne narrative où le rythme préside à l’affaire, laissant l’œil caresser les surfaces, les couleurs et les plans. D’une image à l’autre ce sont des rapports de force qui se tissent et engendrent un récit silencieux. Marine Froeliger Vers l’infini et Ourobouros Cour des Chaînes, Mulhouse 2 — 27 juin


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L’image des songes Par Florence Andoka

Dans le bâtiment industriel du XIX° siècle qui abrite désormais Motoco, Thomas Hauser renoue avec le passé du lieu. Son installation inédite donne à voir l’érosion de la matière.

Il n’y a pas d’image en soi. Toute image a sa matière, son support, son format. La photographie n’est-elle pas avant tout un objet ? Dans le travail de Thomas Hauser, souvent l’image se fait motif et substance, entre en résonance avec les matériaux sur lesquels elle repose. Entre granit et métal, support et surface la photographie devient sculpture. L’agencement a quelque chose d’un collage, d’un montage. L’artiste emmène le médium photographique ailleurs entre sculpture et cinéma. Thomas Hauser travaille avec un corpus d’images qu’il constitue au fil de l’existence. Le portrait y est central, ce sont les visages familiers comme les têtes des sculptures d’autrefois. Il les reprend, les imprime avec des imprimantes obsolètes et endommagées sur du papier photosensible qui poursuivra son évolution, venant encore altérer la précision de l’image. Les figures de pierre se confondent avec celles des vivants. Les photographies ne sont pas pérennes, elles ne suspendent pas le temps qui les corrompt. À notre image, elles survivent, persistent comme elles peuvent, se laissent défigurer par la lumière, entre apparition et disparition. Rêve à demi oublié, le souvenir est là, fragmentaire et incertain. Dans And all that is left are fragments which haunt you like half-forgotten dreams, Thomas Hauser crée une installation horizontale composée de différents volumes. La matière est là oxydée, frémissante, dans des volumes jalonnant le sol, soumis au balancement du temps, dans cette usine d’autrefois. Thomas Hauser And All That Is Left Are Fragments Which Haunt You Like Half-Forgotten Dreams Motoco, bâtiment 75, Mulhouse 2 — 24 juin

Thomas Hauser, Étude (Eden), 2015


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L’Ami américain Par Nicolas Bezard

Il avait enchanté la BPM 2016 avec sa série personnelle Not All Rebberg. Pascal Amoyel revient cette fois en qualité de curateur d’une exposition collective qui, si elle confirme son tropisme pour les États-Unis, installe un passionnant dialogue entre photographes américains et européens. Comment ce projet d’exposition au CCFF est-il né ? Anne Immelé, commissaire de la Biennale de la Photographie de Mulhouse, m’a invité à proposer une exposition pour cette nouvelle édition. Ayant pu constater la qualité de son travail et celui de l’Agrandisseur lors des précédentes éditions de la BPM, j’ai accepté son invitation avec plaisir. Je saisis cette occasion pour l’en remercier, de même que Martine Chantrel directrice du CCFF qui accueille l’exposition, et l’ensemble des photographes et artistes qui ont accepté que je présente leurs œuvres dans cette exposition collective. Vous revenez dans un rôle de commissaire d’exposition. Comment envisagez-vous ce travail de curateur par rapport à celui d’auteur photographe ? Je poursuis un certain nombre de questionnements auxquels j’aspire à apporter à chaque fois, selon la forme à laquelle je me confronte, une réponse légèrement différente de la précédente, qui dialogue avec elle et la prolonge. Travailler avec les œuvres d’autres personnes permet une certaine agilité provenant du recul plus grand que l’on a sur des travaux qui ne sont pas les siens. Dans le même temps pourtant, il faut veiller à comprendre et montrer les œuvres pour ce qu’elles sont et non pas les dénaturer pour l’exposition... où il est cependant nécessaire de les faire travailler avec les autres œuvres et construire l’exposition. C’est un fil ténu, qui fait l’intérêt de ce genre de réalisation. Pouvez-vous nous présenter le titre et les enjeux de ce parcours photographique ? L’exposition s’appellera Attractions#2018. Ce titre, si simple qu’il ressemble illusoirement à un non-

titre, s’est imposé lorsque j’ai compris quelle serait la conception de l’exposition : j’y propose une forme construite sur le rapprochement et la disjonction, sur le proche et l’écart, sur l’assemblage et la rencontre des contraires. Rapprocher des corps distants ou des éléments contraires, et les tenir ensemble est, en effet, une des manifestations de l’attraction. Ainsi, l’exposition est construite par son titre : elle déplie le thème de la Biennale, « Attraction(s) », en choisissant de conserver et d’assumer le pluriel qu’il sous-entend, pour déployer ce terme selon ces différentes acceptions, envisager une suite de pistes possibles et les faire agir ensemble : si l’attraction est cette force invisible qui rapproche les corps physiques, il n’est en effet pas absurde d’y voir aussi la nature du lien fondamental qui fait adhérer la photographie au réel. Magnétique ou paronymique, l’attraction est aussi envisagée ici comme le moteur mystérieux qui, génération après génération, conduit au départ ou à l’exil. Qu’elle provienne du « Nouveau-Monde », de la lune, ou de la soif de transcendance, l’attraction manifeste ce désir de s’extraire de la condition originelle d’appartenance (village, pays, corps, finitude...), la tentative d’échapper à ce qui nous retient au sol, d’aller vers l’autre et l’inconnu. Attractions#2018 Thomas Bouquin, Nolwenn Brod, Raphaël Coibion, Edouard Decam, Eliot Dudik, Nicolas Giraud, Shane Lavalette, Richard Renaldi, Philippe Spigolon, Mark Steinmetz, Susan Worsham Commissariat de l’exposition : Pascal Amoyel Centre Culturel Français Freiburg (DE) 2 juin — 2 septembre


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Richard Renaldi, Reginald and Nicole, Los Angeles, CA, 2007, de la sĂŠrie Touching Strangers.


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Nicolas Giraud, Sans titre (de la série Fall), 2004-2008

Thomas Bouquin, Racines, Ellis Island, New York, USA, 2015, de la série Le Roc d’Ercé


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Der amerikanische Freund Von Nicolas Bezard

Mit seiner Fotoserie Not All Rebberg hat er die Besucher der BPM 2016 begeistert. Diesmal ist Pascal Amoyel Kurator einer Sammelausstellung, die zwar seine Zuneigung zu den USA bestätigt, aber auch darauf bedacht ist, amerikanische und europäische Fotografen in einen spannenden Dialog zu setzen. Wie ist dieses Ausstellungsprojekt im CCFFR entstanden? Anne Immelé, Kuratorin der Biennale de la Photographie de Mulhouse, hat mir angeboten, eine Ausstellung für die diesjährige Ausgabe auf die Beine zu stellen. Da ich mich während der vorangegangenen Ausgaben von der Qualität ihrer Arbeit, sowie der Arbeit von L’Agrandisseur überzeugen konnte, habe ich mich sehr gerne darauf eingelassen. Ich nutze die Gelegenheit, um mich bei ihr zu bedanken, sowie bei Martine Chantrel, der Leiterin des CCFF, wo die Ausstellung stattfindet, und bei allen Fotografen und Künstlern, die mir erlaubt haben, ihre Werke in dieser Sammelausstellung zu zeigen. Dieses Jahr nehmen Sie als Kurator an der Veranstaltung teil. Welche Unterschiede sehen Sie zwischen der Arbeit eines Kurators und die des Fotografen? Ich stelle mir eine Reihe von Fragen, und je nachdem mit welcher Form ich mich beschäftige, versuche ich jedes Mal darauf eine andere Antwort zu finden als das Mal davor, so dass die neue Antwort mit der alten im Dialog steht und sie vervollständigt. Sich mit den Werken anderer Künstler zu beschäftigen, gibt einem mehr Spielraum, da man zu Arbeiten, die nicht seine eigenen sind, mehr Abstand hat. Gleichzeitig muss man darauf achten, die Werke zu verstehen, und sie so zu zeigen, wie sie sind, sie nicht für die Zwecke der Ausstellung zu entfremden… dennoch müssen sie aber auch in Bezug zu den anderen Werken stehen und Teil der Ausstellung sein. Das ist ein fragiles Gleichgewicht, das sehr spannend ist.

Können Sie den Titel der Ausstellung erläutern und uns etwas zur Gestaltung dieses fotografischen Parcours sagen? Die Ausstellung heißt Attractions#2018. Dieser Titel, der so einfach klingt, dass man meinten könnte, es sei gar kein Titel, ist mir eingefallen, als mir klar wurde, wie ich die Ausstellung gestalten wollte: Sie besteht aus Parallelen und Unterschieden, Nähe und Distanz, zusammengeführten Gegensätzen. Attraktion ist, wenn voneinander entfernte oder gegensätzliche Körper zusammengeführt und zusammengehalten werden. Die Ausstellung richtet sich nach dem Titel: Sie entfaltet das Thema der Biennale „Attraction(s)“ und berücksichtigt dabei das in Klammern gesetzte Plural, um diesen Begriff in all seiner Vielfalt zu erkunden, mögliche Pisten zu verfolgen und sie interagieren zu lassen. Wenn die Anziehungskraft diese unsichtbare Kraft ist, die die physischen Körper zusammenbringt, ist es nicht abwegig, darin auch das grundlegende Prinzip zu sehen, das die Anziehung der Fotografie zur Wirklichkeit bestimmt. Ob magnetisch oder paronymisch: Hier wird Attraktion auch als rätselhafter Motor betrachtet, der von Generation zu Generation zur Abreise oder zum Exil führt. Ob sie nun von der „Neuen Welt“ ausgeht, vom Mond, von der Sehnsucht nach Transzendenz, die Attraktion steht für den Wunsch, sich von dem lösen, was uns bestimmt (Dorf, Land, Körper, Endlichkeit), für den Versuch, dem zu entkommen, was einem die Flügel stutzt, um auf das Andere und das Unbekannte zuzugehen. Attractions#2018 Thomas Bouquin, Nolwenn Brod, Raphaël Coibion, Edouard Decam, Eliot Dudik, Nicolas Giraud, Shane Lavalette, Richard Renaldi, Philippe Spigolon, Mark Steinmetz, Susan Worsham Kurator: Pascal Amoyel Centre Culturel Français Freiburg (DE) 2. Juni — 2. September


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Le grand déferlement Par Sylvia Dubost

L’exposition Attraktion?!, pilotée par le commissaire allemand Finn Schütt, interroge les rapports ambigus que la société de l’information entretient avec les images et la photographie.

Jakob Schnetz, Trade Show, 2013-2017

« La photographie en soi est une attraction, rappelle Finn Schütt, lorsqu’elle choisit un extrait de réalité et nous le présente. Ainsi, des domaines qui échappent à notre perception quotidienne deviennent une attraction ! » Or, aujourd’hui, des médias traditionnels aux réseaux sociaux, de la presse aux individus, chacun produit, diffuse et/ou visionne des images en permanence. Dès lors, qu’est-ce qui nous attire, comment et pourquoi ? Quel sens ont ces images ? À force d’avoir le nez sur nos écrans, avons-nous oublié de regarder le monde ? L’exposition Attraktion?! se propose d’observer encore une fois ce triangle inépuisable que forment le monde, l’homme et l’image, à l’aune de nos usages contemporains et à travers le regard de cinq photographes. Jakob Schnetz pointe ainsi l’importance de la mise en scène dans certains milieux, et dans notre société en général. Stefan Karrer questionne le contexte, ou

plutôt son absence, en présentant et réorganisant des images trouvées sur la toile. Les paysages de Miriam Hüning jouent avec notre rapport au réel et au virtuel. Ceux de Baptiste Schmitt se demandent si nous regarderions mieux un monde sans publicité. Tous nous interpellent finalement quant à la différence entre une image et une photographie, et nous rappellent la force et la pertinence de cette forme artistique qui, dans ce grand déferlement, nous apparaît plus que jamais indispensable. Attraktion ?! Miriam Hüning, Stefan Karrer, Mickaël Marchand, Baptiste Schmitt, Jakob Schnetz Commissariat de l’exposition : Finn Schütt Kunsthaus L6, Fribourg (DE) 9 juin — 29 juillet


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Die große Flut Von Sylvia Dubost

Die Ausstellung Attraktion?!, die von dem deutschen Kurator Finn Schütt geleitet wird, hinterfragt die zweideutige Beziehung, die die Informationsgesellschaft zum Bild und der Welt der Fotografie unterhält. „Die Fotografie ist per se eine Attraktion, wenn sie einen Ausschnitt der Lebenswirklichkeit wählt und uns diesen präsentiert. Somit können auch Bereiche, die unserer alltäglichen Wahrnehmung entgehen, zur Attraktion werden!“, erklärt Finn Schütt. Heute aber produziert jeder, ob für die traditionellen Medien oder für die sozialen Netzwerke, ob Presseoder Privatperson, Bilder, die er versendet und/ oder konsumiert. Daher stellt sich die Frage, was uns daran so fasziniert, die Frage, wie und warum? Was haben diese Bilder zu bedeuten? Haben wir es verlernt, die Welt zu betrachten, weil wir ständig über unsere Bildschirme gebeugt sind? Fünf Fotografen und ihr Blick auf die Welt: Die Ausstellung Attraktion?! hat sich zum Ziel gesetzt, mit ihnen diese unerschöpfliche Dreiecksbeziehung zwischen der Welt, dem Menschen und dem Bild im Hinblick auf unsere Angewohnheiten in der heutigen Zeit Baptiste Schmitt, Zeichen ohne Bedeutung, Athens, #3, 2014

noch einmal genauer unter die Lupe zu nehmen. So weist Jakob Schnetz auf die Bedeutung von Inszenierung in bestimmten Lebensbereichen und in unserer Gesellschaft ganz allgemein hin. Stefan Karrer hinterfragt die Zusammenhänge, oder besser gesagt die fehlenden Zusammenhänge, indem er Fundstücke aus dem Internet präsentiert und diese Bilder neu ordnet. Miriam Hünings Landschaften setzen sich spielerisch mit unserem Verhältnis zur Wirklichkeit und zur virtuellen Realität auseinander. Die Arbeiten von Baptiste Schmitt stellen die Frage, ob wir uns die Welt ohne Werbung genauer ansehen würden. Alle wecken sie unser Interesse, wenn es um den Unterschied zwischen Bild und Fotografie geht; Sie erinnern uns an die Kraft und die Relevanz dieser Kunstform, die uns angesichts dieser großen Bilderflut wichtiger denn je erscheint. Attraktion?! Miriam Hüning, Stefan Karrer, Mickaël Marchand, Baptiste Schmitt, Jakob Schnetz Kurator: Finn Schütt Kunsthaus L6, Freiburg (DE) 9. Juni — 29. Juli


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Incertains regards Par Nicolas Bezard

C’est un film qui a inspiré l’exposition ZONES. Stalker, réalisé par Andreï Tarkovski en 1979, nous met dans les pas de trois hommes partis s’aventurer dans ce qu’ils nomment « La Zone », territoire hostile d’une catastrophe dont on ignore la nature exacte.

Cette catastrophe fait écho à celle que Tarkovski a lui-même vécu en découvrant, son tournage achevé, que tous ses rushes avaient été détruits à la suite d’une erreur de laboratoire. Un infarctus et quelques atermoiements plus tard, le cinéaste se remettait à l’ouvrage et terminait cet inclassable et douloureux poème cinématographique. Le cataclysme liminaire de Stalker annonce de manière prémonitoire celui qui touchera les habitants de la région de Tchernobyl en 1986. S’y établira une autre « zone », aussi redoutable que celle décrite par Tarkovski. Fictionnelles ou réelles, ces zones d’attraction ont stimulé les imaginaires des photographes exposés à la FABRIKculture, Ester Vonplon et Michel Mazzoni s’imprégnant de la mythologie du film pour proposer des constellations d’images inédites, Kazuma Obara et Georg Zinsler investissant les alentours de Tchernobyl pour en traduire les puissances fantasmatiques. L’approche est sensorielle chez les deux premiers qui observent des surfaces minérales ou végétales baignant dans des atmosphères aussi mystérieuses que celles rencontrées dans la Zone de Stalker. La matérialité des images et du support sont ainsi mise à l’honneur, tandis que s’engage un dialogue entre forces telluriques et visions évanescentes. Combinant des photos prises sur le site de Tchernobyl avec des images de jeux vidéo, Georg Zinsler rebat les cartes du réel et du virtuel et brouille nos sens dans les méandres d’un récit plein de chausse-trapes. Brouillée, l’image de Mariia, née à Kiev cinq mois après l’explosion de la centrale, l’est tout autant dans la série de Kazuma Obara. Les pellicules utilisées, récupérées sur le site de Tchernobyl et voilées par les radiations, révèlent des stigmates qu’on ne peut soupçonner sur le beau visage de la jeune femme, qu’un mal invisible causé par la catastrophe continue d’affaiblir, inexorablement.

Michel Mazzoni, Waveform, 2017-2018

ZONES Kazuma Obara, Michel Mazzoni, Ester Vonplon, Georg Zinsler Commissariat de l’exposition : Anne Immelé FABRIKculture, Hégenheim 2 juin — 8 juillet


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Kazuma Obara, Exposure, 2015-2016


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Blick ins Ungewisse Von Nicolas Bezard

Georg Zinsler, The Sentinel Script, 2017

Ausgangspunkt für die Ausstellung ZONES ist ein Film. In Stalker, bei dem Andreï Tarkovski 1979 Regie führte, folgen wir drei Männern, die sich in die „Zone“ wagen, einem unwirtlichen Gebiet, das von einer Katastrophe heimgesucht wurde, deren Ursachen rätselhaft bleiben. Eine andere Katastrophe, diesmal im wahren Leben, überschattete diesen Film: Nach Beendigung des Drehs erfuhr Tarkovski, dass das komplette Filmmaterial wegen eines Fehlers bei der Entwicklung im Labor beschädigt wurde. Einen Herzinfarkt und einiges Wehklagen später setzte sich der Regisseur wieder an die Arbeit und beendete dieses unklassifizierbare und quälende filmische Gedicht. Der Kataklysmus, mit dem Stalker beginnt, scheint jene Katastrophe anzukündigen, die die Einwohner aus der Gegend rund um Tschernobyl 1986 erleben werden. Das Gebiet wird zum einem No Man’s Land, wie es Tarkovski in seinem Film beschreibt. Diese Attraktionszonen, ob fiktiv oder real, haben die Vorstellungswelt der Fotografen beeinflusst, die ihre Werke in der FABRIKculture ausstellen. Ester Vonplon und Michel Mazzoni tauchen in die Mythologie des Films ein, um einzigartige Bilderkonstellationen zu schaffen, Kazuma Obara und Georg Zinsler erkunden die Gegend um Tschernobyl, um deren gespenstische Kraft spürbar zu machen. Bei Vonplon und Mazzoni

ist die Herangehensweise eine sinnliche, sie beschäftigen sich mit der Oberfläche von Gesteinen und Pflanzen, die geheimnisvoll wirken, wie jene in der Zone von Stalker. Die Greifbarkeit der Bilder und des Mediums wird hervorgehoben, während ein Dialog zwischen den Kräften der Erde und schattenhaften Visionen entsteht. Georg Zinsler kombiniert Fotos, die in Tschernobyl aufgenommen wurden, mit Bildern aus Videospielen, und vermischt dabei Wirklichkeit und Fiktion, spielt mit unserer Wahrnehmung und führt uns auf die verschlungenen Pfade einer Erzählung voller Fallgruben. So ist auch das Foto von Mariia, die fünf Monate nach der Explosion des Reaktors in Kiev geboren wurde, in Kazuma Obaras Fotoserie verschwommen. Die verwendeten Filme stammen vom Ort der Katastrophe ; die Strahlung hat sie mit einem Schleier überzogen, der die Stigmata offenbart, die man auf dem schönen Gesicht der jungen Frau nicht erkennen kann, die ein unsichtbares Übel jeden Tag etwas mehr schwächt. ZONES Kazuma Obara, Michel Mazzoni, Ester Vonplon, Georg Zinsler Kuratorin: Anne Immelé FABRIKculture, Hégenheim 2. Juni — 8. Juli


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Ester Vonplon, Sans Titre , 2015


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Un monde perdu Par Sylvia Dubost

Sur trois panneaux installés dans un parc de Chalampé, Nick Hannes interpelle le passant avec des images d’un monde qui semble avoir perdu tout sens de la mesure. Plongée dans l’épitomé de la société de consommation, son condensé et son apothéose : Dubaï. Une ville construite en dépit du bon sens, comme un défi aux lois de la nature, à l’éthique. Le pire de la civilisation occidentale en plein désert arabe ; ce no man’s land est devenu un monde d’expatriés et de touristes fondé sur l’argent, la consommation, le divertissement, le luxe. Ses excès, on les connaît : des îles artificielles, des pistes de ski sous 50°, des centres commerciaux extravagants. Une vie sous climatisation et sous cloche dans un monde parallèle, où tout est faux, tout est trop. Un monde sous surveillance, obsédé par l’image qu’il renvoie au reste du monde, où l’on ne photographie que difficilement sans autorisation. La série Bread and Circuses (du pain et des jeux) a demandé à Nick Hannes un long temps de préparation, pour des photographies qui semblent pourtant prises sur le vif, comme volées.

Nick Hannes, Fireworks above the artificial Bluewaters Island, 2016

Photojournaliste pendant 8 ans notamment dans les Balkans et au Moyen-Orient, Nick Hannes continue d’affûter son regard critique sur le monde dans un travail documentaire désormais personnel, à travers des images qui ne manquent ni de mordant ni d’ironie. Il capte ici la densité, l’accumulation, le spectacle que livre cette ville, et ses photographies s’impriment en nous comme des métaphores de notre civilisation toute entière, dans laquelle nous sommes perdus et ridicules, comme cette famille engloutie par un arbre en béton, dans une serre géante où vit une faune tropicale, en plein désert. Dubai bread and circuses Nick Hannes Commune de Chalampé Parc jouxtant la salle des Galets 2 juin — 2 septembre


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Nick Hannes, Oasis Mall, 2016


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Eine verlorene Welt Von Sylvia Dubost

Auf drei Plakatwänden in einem Park in Chalampé präsentiert Nick Hannes den Passanten Bilder einer Welt, die jegliches Augenmaß verloren hat. Nick Hannes lässt uns eintauchen in den Kern der Konsumgesellschaft, in eine Stadt, die zu deren Sinnbild geworden ist: Dubai. Eine Stadt, die entgegen aller Regeln der Vernunft erbaut wurde, als wollte sie den Gesetzen der Natur und der Ethik trotzen. Das Schlimmste, was die westliche Welt zu bieten hat, mitten in der Wüste Arabiens; dieses No Man‘s Land ist zum Lebensraum für Expatriates und Touristen geworden, es basiert auf Geld, Konsum, Vergnügung und Luxus. Seine Maßlosigkeit ist allgemein bekannt: künstliche Inseln, Skipisten bei 50° Celsius, extravagante Einkaufszentren. Die Menschen leben unter einer klimatisierten Glocke, in einem parallelen Universum, in dem alles falsch, alles übertrieben ist. Eine Welt unter ständiger Überwachung, die wie besessen an dem Bild arbeitet, das sie den Anderen von sich präsentieren will, und Nick Hannes, Green Planet, an indoor tropical rainforest, 2017

in der es äußerst schwer ist, ohne Genehmigung zu fotografieren. Es hat Nick Hannes sehr viel Zeit gekostet, die Reihe Bread and Circuses (Brot und Spiele) vorzubereiten, und dennoch vermitteln die Fotos den Eindruck, Schnappschüsse, gestohlene Bilder zu sein. Nick Hannes war acht Jahre lang Fotoreporter auf dem Balkan und im Mittleren Osten; als freier Fotograf schärft er nach wie vor seinen kritischen Blick an der Welt, in dokumentarischen Bildern, denen es weder an Biss noch an Ironie fehlt. Hier fängt er die Hybris dieser Stadt ein, ihre Exzesse, das Spektakel, das sie bietet, und seine Fotos prägen sich uns ein wie Metaphern unserer gesamten Zivilisation, in der wir lächerlich und verloren wirken, wie diese Familie, die unter einem Baum aus Beton verschwindet, in einem Treibhaus, in dem mitten in der Wüste tropische Tiere leben. Dubai bread and circuses / Nick Hannes Chalampé / 2. Juni — 2. September


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Éloge de la lenteur Par Sylvia Dubost

Photographe-marcheur, Paul Gaffney se déconnecte du monde pour mieux l’observer. Une démarche méditative qui donne toute sa place à la beauté.

Paul Gaffney, We Make the Path by Walking, 2013

Pendant l’année 2012, Paul Gaffney arpente le sud de l’Europe à pied, pendant 3500 km. De cette expérience, il tire We Make the Path by Walking (nous créons le chemin en marchant), une série photo et un livre dont le titre tient presque de la leçon de vie. Un éloge de la marche, comme beaucoup d’artistes à travers les siècles, et de la lenteur, qui le conduit à une intense observation des paysages qu’il traverse. Ses photographies évoquent un exercice d’admiration face aux formes que la nature a donné aux éléments végétaux ou minéraux. On est frappé par ces images parfois très graphiques, par la grande attention portée aux couleurs, tantôt en camaïeu, tantôt complémentaires. Et on devine que ces images sont aussi des souvenirs d’un voyage intérieur, que ces paysages ne sont pas seulement

vus mais ressentis. Elles dégagent certes une harmonie, une tranquillité mais aussi une forme d’inquiétude. Il en sourd quelque chose d’irréel, appuyé par ces brouillards qui parfois enveloppent le paysage, par les traces de l’homme qui ne semble pas seulement momentanément absent, mais avoir totalement disparu. Un travail méditatif et poétique sur l’équilibre entre présence et absence au monde, exposé sur le mur de la caserne des pompiers et devant le presbytère de Hombourg. We Make the Path by Walking Paul Gaffney Commune de Hombourg Caserne des Pompiers 2 juin — 2 septembre


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Loblied auf die Langsamkeit Von Sylvia Dubost

Paul Gaffney, We Make the Path by Walking, 2013

Paul Gaffney, der wandernde Fotograf, entflieht der Welt, um sie besser betrachten zu können. Eine meditative Vor(gehen)sweise, die der Schönheit Raum gibt. 2012 durchquert Paul Gaffney den Süden Europas zu Fuß und legt dabei 3500 Kilometer zurück. Aus dieser Erfahrung heraus entsteht We Make the Path by Walking (unsere Schritte bahnen den Weg), eine Fotoserie und ein Buch, deren Titel wie eine Lebensphilosophie anmutet. Ein Loblied auf das Gehen, wie es viele Künstler im Laufe der Jahrhunderte angestimmt haben, und auf die Langsamkeit, die es ihm erlaubt, die Landschaften, die er durchquert, sehr genau zu beobachten. Seine Fotos vermitteln eine große Bewunderung für die Natur, für die Art, wie sie Pflanzen und Gesteine gestaltet. Eindrucksvoll sind die mitunter sehr grafischen Bilder, und die große Aufmerksamkeit, die der Künstler den Farben widmet, ob Farbschattierungen der gleichen

Grundfarbe oder Komplementärfarben. Man erahnt, dass diese Bilder auch die Eindrücke einer inneren Reise festhalten, dass diese Landschaften nicht nur gesehen, sondern auch erspürt wurden. Sie strahlen zwar Ruhe und Harmonie aus, aber auch Besorgnis. Etwas Unwirkliches geht von ihnen aus, von diesem Nebel, der zuweilen die Landschaften umgibt, und von den Spuren, die der Mensch in der Natur hinterlassen hat; er scheint aus dem Bild nicht nur abwesend, sondern für immer verschwunden zu sein. Eine meditative und poetische Fotoserie über das Gleichgewicht zwischen dem In-der-Welt und dem Aus-der-Welt-sein, die auf den Wänden des Feuerwehrhauses und des Pfarrhauses von Homburg ausgestellt wird. We Make the Path by Walking Paul Gaffney Commune de Hombourg 2. Juni — 2. September


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L’espace, entre Par Sylvia Dubost

Les étudiants des quatre écoles supérieures d’art du Grand Est ont composé des diptyques installés dans l’espace public. Le format ad hoc pour interpeller le passant et l’inciter à entrer dans les images.

Sujet : deux images qui s’attirent. Figure imposée : le diptyque. Terrain de jeu possible : un MUPI, le panneau d’affichage biface et mobile de JC Decaux. Alternative pour ceux qui préfèrent le format paysage ou carré à l’image verticale : des affiches le long du canal. À partir de cette règle du jeu, et accompagnés par leurs professeurs de photographie, les étudiants des écoles d’art du Grand Est ont exploré la notion d’attraction, chacun avec son langage visuel, de la photographie documentaire au photomontage en passant par la pratique en studio. Certains l’ont envisagée comme un sujet, comme Loïne Désenclos, qui isole deux plans du film Peeping Tom (Le Voyeur), où l’attirance d’un jeune homme pour les images et les jeunes filles bascule dans le morbide. Chez Juliette Segard, un homme et une vache s’observent intensément mais se retrouvent séparés sur deux photographies qui se repoussent et s’attirent. Car l’attraction, et c’était le postulat de départ, c’est aussi et surtout ce qui se joue entre les deux éléments du diptyque. Les photographies se complètent, se répondent, se contredisent et s’accompagnent, se manquent ou se superposent. Lucie Kerzerho propose ainsi une même image en positif et en négatif, Noria Kaouadji et Zoé Febvre Utrilla ont privilégié association et montage pour finalement proposer deux images en une. Lucas Laperrière laisse un vide entre ces images de forêt enneigée où surgissent des personnages, laissant au spectateur le soin de recréer un récit inquiétant et presque cinématographique. Le travail de Thomas Schmal renvoie lui aussi au cinéma et au mystère du montage, où ce qui se passe entre et autour de deux plans se tient dans l’œil du spectateur. Car c’est bien de montage qu’il est ici question. Au spectateur, volontaire ou passant intrigué (c’est encore mieux), de se plonger dans les interstices. Point Cardinal Écoles Supérieures d'Art du Grand Est Parvis du Chrome et le long du canal, Mulhouse 2 juin — 2 septembre

Noria Kaouadji, ENSAD Nancy


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Des images pour tous Par Caroline Châtelet

En partenariat avec l’association Mulhouse Art Contemporain, la BPM-Biennale de la Photographie de Mulhouse invite Bertrand Cavalier, Fabien Silvestre Suzor et Massao Mascaro à investir la chapelle Saint-Jean avec 45 degrés, installation éphémère enrichie d’une édition.


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Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Sylvestre Suzor, 45° , 2018

Il est toujours passionnant de voir, au sein d’une même manifestation, la manière dont certains projets dialoguent – parfois de façon inattendue. Prenons 45 degrés. Cette installation réalisée par trois jeunes photographes – Bertrand Cavalier, Fabien Silvestre Suzor et Massao Mascaro, tous trois anciens étudiants à l’école supérieure de l’image Le 75, à Bruxelles – investit la chapelle Saint-Jean. Lieu de culte construit au XIIIe siècle, puis remanié et transformé aux XIVe et XVe siècles, la chapelle induit diverses contraintes (présence de stèles, de gisants, de pierres tombales, impossibilité d’accrocher des œuvres aux murs en raison du classement du bâtiment aux monuments historiques, etc.), dont le trio a tenu compte pour penser son intervention. Mais comme ils le racontent, c’est surtout la fonction du bâtiment qui les a inspirés : « Nous avons réfléchi à ce que le lieu représente symboliquement. Dans une chapelle, où les gens se retrouvent pour être ensemble, comment l’harmonie de la communion est-elle rendue possible  ?  » S’interrogeant sur l’influence et la construction des sentiments de recueillement et de communion par

l’architecture, le trio a, pour imaginer l’installation, délimité trois critères : le son – la manière dont celuici est renvoyé ; la lumière ; et la position humaine telle qu’elle est définie par l’espace. Mais si 45 degrés explore cette notion de communion, elle le fait à travers sa transposition et sa résurgence – parfois ambiguë – sous d’autres formes, plus contemporaines et moins théologiques. Le smartphone étant l’objet qui réunit, crée du collectif, permet de communiquer autant qu’il isole, c’est à partir de son usage, notamment photographique, que le trio a travaillé. Plutôt que de réaliser de nouvelles images, Bertrand Cavalier, Fabien Silvestre Suzor et Massao Mascaro se sont, ainsi, plongés dans leurs archives personnelles. Ils ont sélectionné près d’une quarantaine de photos, « à la fois assez simples et très représentatives de ce qu’on peut faire sur un smartphone. » Créant du dialogue, des résonances entre celles-ci, le trio les met en scène par le dispositif. Dans la déambulation d’une image à l’autre, ponctuée de temps à autre par la présence d’un miroir, tout – de la taille des photographies (5 pouces, tel un smartphone classique) à la hauteur et à l’angle d’exposition (45 degrés) – renvoie aux images produites et consultées sur smartphone. Nous en arrivons ici à la résonance avec une autre exposition de la BPM. Car qu’il s’agisse de Christian Milovanoff et de ses Attractions, réalisées à partir de documents collectés au fil des années, ou de 45 degrés, il est dans les deux cas question d’images « reconnaissables par tous ». Si le geste de Milovanoff est, peut-être, encore plus radical en ce qu’il travaille à partir d’images n’étant pas de lui, la proposition de Bertrand Cavalier, Fabien Silvestre Suzor et Massao Mascaro se saisit à sa manière de la question de la profusion d’images. Près d’un siècle après la proclamation par les Surréalistes et les Dadaïstes du « tout le monde est artiste », et alors qu’il est désormais admis que «  tout le monde est photographe », 45 degrés explore cette situation. L’exposition nous interroge sur le type d’images que nous amènent à produire les nouvelles technologies, autant que sur les nouveaux usages et comportements en découlant. 45 degrés (installation éphémère) Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor Chapelle Saint-Jean / Mulhouse Art Contemporain 2 et 3 juin


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Les images ne meurent pas Par Florence Andoka

Mkg, Sans titre, extrait de Le murmure de ton absence, 2017-2018

Artiste et fondateur des éditions Roi de Rats, Mathieu Grodwohl présente dans l’espace public une série de diptyques réalisés à partir de photos de famille. La rencontre impromptue entre ces images mélancoliques est une invitation à la rêverie. Un homme est debout, en costume gris, il tourne le dos à l’observateur, il est en retrait et contemple les corps à la fête. Une seconde image, juxtaposée à la première, dévoile un bouquet de fleurs roses presque opalescentes. Le diptyque est dominé par une teinte bleutée trahissant l’esthétique des décennies passées. Ces deux images, sur le long des berges du port de plaisance, en fréquentent d’autres. Pour cette installation intitulée poétiquement Le Murmure de ton absence, Mathieu Grodwohl donne une connotation amoureuse à la notion d’attraction. Que se joue-t-il entre deux images ? Cette série de diptyques emprunte à la collection de Mathieu Grodwohl qui compte plusieurs milliers de pièces chinées sur les marchés, comme sur Internet. Ces photographies, prises dans la France des Trente Glorieuses, disent les prémices de notre actualité et pourtant on y décèle une forme d’insouciance appelant à la nostalgie. Mathieu Grodwohl offre par

la précision de son regard une seconde vie à ces images intimes et puissantes. Les clichés agrandis sont donnés à voir sans légende, pour mieux permettre au regardeur, face à ces images familières, de faire retour sur lui-même. La photographie de famille dit un monde disparu comme le destin du plus grand nombre. Et voici que l’on regarde le chien qu’on a aimé, les voyages que l’on a fait, l’enfant que l’on a eu, les fêtes que l’on ne fera plus. Quelque chose est là, sous nos yeux, prêt à revivre et mourir aussi longtemps qu’existera le cliché. Tandis que le jeu des correspondances opère entre les couleurs et les formes, un espace intérieur s’ouvre pour chacun au cœur de cette confrontation aux mille récits. Murmures de ton absence / Mkg Port de Plaisance (gare), Mulhouse 2 juin — 2 septembre


07.06 26.08 2018

étienne Chambaud bénéficie du soutien de [N.a!] PRoJeCt, de la galerie LABOR, Mexico et des Artisans du son, Mulhouse

Étienne Chambaud, SET, 2017 (détail)

étienne Chambaud

Les Gorgan © Mathieu Pernot

Nœuds Négatifs

www.kuNsthallemulhouse.Com

LA GALERIE DE LA FILATURE

Bernard Plossu David Le Breton “Comme la marche, le vélo est un pied de nez à la modernité. Il rappelle à la sensation du monde.”

mediapop-editions.fr Commande en ligne

sur une proposition de Christian Caujolle

La Filature, Scène nationale – Mulhouse / saison 18-19 découvrez les 6 expositions sur www.lafilature.org


7 avril > 16 septembre 2018

Une décennie bouleversante La photographie au service de la modernité Musée du château des ducs de Wurtemberg Jean Moral Séance de prise de vues sur le pont du paquebot Normandie pour Harper’s Bazaar, 1935 - Collection musée Nicéphore Niépce © Brigitte Planté-Moral Conception :

TRISTAN FELLMANN

Exposition réalisée avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris


2018 DIPLÔMES

28 JUIN - 1er JUILLET

VERNISSAGE LE VENDREDI 29 JUIN À 18H30

_______________________________ EXPOSITIONS, CONCERTS, PERFORMANCES, VIDÉOS ET CINÉMA D’ANIMATION

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NOVO HORS SÉRIE N°15 SPECIAL BIENNALE DE LA PHOTOGRAPHIE DE MULHOUSE 2018 ATTRACTION(S)  

Numéro hors-série de NOVO entièrement consacré à la Biennale de la Photographie de Mulhouse 2018 / Attraction(s)

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