FONDATION DE FRANCE GRAND EST

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…incarne l’action de la Fondation de France sur notre territoire. Il met en lumière des proj ets spécifiques à l’Alsace, à la Lorraine e t a u No rd Fra n c h e - Co mt é . I l aborde aussi des sujets de société qui nous concernent tous, portés par des associations qui agissent en proximité, juste à côté de chez vous. Notre engagement et notre travail au quotidien : soutenir ces projets qui s’inscrivent dans le temps long. Cette mission ne pourrait être remplie sans l’aide de nos bénévoles. L’équipe de la fondation régionale Grand Est, composée de 4 salariés et d’une trentaine de bénévoles, apporte son expertise et son dynamisme au

service de causes majeures comme la recherche médicale, la transition écologique, le décrochage scolaire… La crise sanitaire a creusé davantage les inégalités, la Fondation continue d’être mobilisée pour apporter des réponses efficaces et durables sur le territoire. Dans ce journal, nous avons choisi de mettre en avant le travail de nos bénévoles – grâce à leur savoir-faire et leur présence sur le territoire, ils nous aident à mieux connaitre les acteurs locaux, à identifier des initiatives, à décider de la pertinence d’un projet… La philanthropie sur notre territoire recèle aussi beaucoup de belles histoires : des parcours

de vie d’hommes et de femmes qui mettent leur engagement au service de l’intérêt général. C’est pourquoi nous voulions aussi parler du legs, du choix fait par ces personnes pour incarner leurs valeurs au-delà de leur vie. Le journal que vous tenez entre les mains a également vocation à donner une vision d’ensemble de l’action de la Fondation de France Grand Est pour l’intérêt général. Un travail rendu possible grâce à tous ceux qui sont engagés à nos côtés, donateurs, fondateurs, bénévoles, porteurs de projets. Nous les en remercions !

Jean-Damien Collin, Délégué général de la Fondation de France Grand Est


Les bénévoles

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Par Nicolas Bézard ~ Illustration : Fanny Delqué

Bénévoles à la Fondation de France Qui sont les bénévoles de la Fondation de France, ces hommes et ces femmes engagés à nos côtés, rouages essentiels d’une aventure philanthropique commencée il y a plus de 50 ans ? D’où viennent-ils et de quoi est fait leur quotidien ? Portraits croisés de trois bénévoles ayant mis le fruit d’une riche expérience professionnelle au service de l’intérêt des autres. ayant trait à l’environnement. J’ai des enfants, des petits-enfants, et je souhaiterais qu’ils puissent vivre encore longtemps sur cette planète. Le développement durable faisait déjà partie des thèmes traités en classe lorsque j’étais enseignante ou inspectrice pédagogique. Je ne me lançais donc pas dans l’inconnu. » À l’instar de sa collègue, Bernard Blochs ne s’imaginait pas garder ses compétences pour lui : « J’avais déjà un vécu de bénévole pour des associations ou des causes qui m’étaient chères, et donc une certaine affinité avec l’engagement citoyen. J’appréhendais cependant un peu ce vide de la retraite, tout comme le sens que l’on donne à ce mot. L’idée de me mettre en « retrait » de la vie sociale m’était déplaisante. Et un jour, en discutant avec un ami, ce dernier m’a dit : « J’ai quelque chose pour toi ». Il était lui-même bénévole à la Fondation de France, et m’a invité à entrer dans le cercle. »

Bernard Blochs, bénévole à la Fondation de France Grand Est

S’ils n’ont pas les mêmes parcours de vie, ils ont en commun leur investissement auprès de la Fondation de France Grand Est. Martine Knauer et Bernard Blochs sont référents sur deux programmes d’action tandis que Francis Hirn préside le comité Alsace. Opportunité, pour ces trois passionnés, de donner du sens à leur retraite au travers d’une activité solidaire et citoyenne forte. Paroles de référents Retraités de l’éducation nationale après y avoir fait toute leur carrière, Martine Knauer et Bernard Blochs ont rejoint la Fondation avec dans leurs bagages des compétences précieuses. « L’écoute est la plus importante de toutes prévient Martine Knauer, c’est celle que j’ai développée en tant que professeure d’histoire-géographie, puis en étant inspectrice pédagogique et responsable des formations au rectorat de Strasbourg. Quand on instruit un projet, il est fondamental de savoir écouter. Il faut être en mesure de faire parler les gens pour qu’ils vous donnent le maximum d’informations sur le sujet qui les intéresse, et sur ce qu’ils sont en train de faire. » Enseignant et formateur

à l’Université de Franche-Comté jusqu’au milieu des années 2010, Bernard Blochs souligne l’avantage d’y avoir aiguisé une grande familiarité avec l’écrit : « Quand je dois lire sur écran des dossiers de plusieurs dizaines de pages, cela ne me fait pas peur. Certains porteurs de projets ne sont pas à l’aise avec la rédaction. Sans leur tenir la plume, je peux les aider à structurer, à formuler leur pensée. » C’est par l’intermédiaire de proches que les activités de la Fondation de France sont venues aux oreilles de ces deux anciens professionnels de l’éducation, et qu’a pu germer en eux l’idée d’y prendre une part active. « J’avais entendu parler de la Fondation mais je ne savais pas ce que c’était. C’est une collègue et amie bénévole qui m’a expliqué de quoi il s’agissait raconte Martine Knauer. Je ne me voyais pas ne rien faire pour l’intérêt général, et il se trouvait que la Fondation lançait une campagne de recrutement. J’ai posé ma candidature qui a été retenue. Le travail d’instructrice m’a tout de suite passionnée, de même que le fait d’être référente sur des programmes

Le comité Grand Est est structuré selon un organigramme bien précis. Le délégué général et ses c ol l ab o ra t e u rs , t o u s s a l a r i é s , s’appuient sur des bénévoles qui travaillent sur les programmes d’action que la Fondation de France met en place à l’échelle nationale. Comme les autres organismes de ce type, la Fondation fonctionne selon un principe de collecte et de redistribution. Elle procède à des appels à projets dans tous les domaines de l’intérêt général : aides aux personnes vulnérables, recherche médicale, environnement, culture, éducation. Lorsqu’un programme est défini, ces appels à projets sont lancés au niveau régional, et c’est là qu’interviennent les bénévoles – une trentaine sur tout le Grand Est – qui se mobilisent pour analyser, instruire, encadrer les demandes de subventions, et faire connaître les actions de la Fondation auprès du public.


Les bénévoles

L’importance du temps long Martine Knauer et Bernard Blochs ont accepté ainsi d’être référents sur deux programmes leur tenant particulièrement à cœur : Transition écologique pour la première, La Mécanique Des Idées pour le second. Chaque programme dispose d’un temps et d’un budget définis en amont – par exemple, un million d’euros pour 5 ans dans le cas de La Mécanique Des Idées. Sur cette base, les projets préalablement étudiés, instruits et validés seront soutenus jusqu’à leur concrétisation. Les référents assurent ce soutien en intervenant sur le suivi des dossiers, s’assurent de la bonne utilisation des financements alloués, tout en communiquant sur les programmes. « Déposer un projet, c’est souvent s’inscrire sur du long terme, souligne Bernard Blochs. Ce suivi dans le temps, c’est quelque chose que j’aime et qui ne me surprend pas, j’y étais habitué lorsque je formais de futurs professeurs. Je vois parfois de jeunes porteurs d’idées qui pensent qu’en déposant leur projet le mercredi, ils seront financés le samedi. Mais le processus est rigoureux et très encadré. Entre le dépôt d’un dossier et le financement de ce dernier, il peut s’écouler plusieurs mois. » Que se passe-t-il alors dans cet intervalle ? Martine Knauer nous détaille la chose : « Il s’agit d’abord d’éplucher des dossiers qui font parfois une vingtaine de pages. Puis nous constituons un pré-jury pour discuter des projets et établir une première sélection de ceux que l’on va instruire. À l’issue de cette première table-ronde, nous prenons contact avec les porteurs d’idées et nous nous entretenons avec eux. Cette étape, appelée l’instruction, s’étale généralement sur une journée. Un rapport est rédigé dans la foulée, ce qui peut exiger une bonne journée de travail, avec plusieurs

relectures en amont. Le processus se termine avec la commission d’un jury qui dira si oui ou non les subventions seront accordées, et à quelle hauteur. Il me paraît important de préciser qu’en cas de refus, nous nous déplaçons pour en expliquer les raisons aux personnes concernées, et leur suggérer des pistes afin qu’ils puissent, en corrigeant le tir, mener à bien leur entreprise. » En mouvement permanent A l’intérieur de ce cadre bien défini, les bénévoles jouissent d’une grande autonomie. « Quand on est référent, il n’y pas une fiche de poste précise. On gère notre temps comme on le veut », explique Bernard Blochs. Dans les faits, le volume horaire de travail d’un bénévole peut, selon les mois, osciller entre celui d’un quart-temps et d’un mi-temps. « Les vacances d’été sont traditionnellement creuses », ajoute le Toulousain d’origine et habitant de l’agglomération mulhousienne depuis plus de 40 ans. « Les périodes les plus tendues viennent à l’approche des deux sessions annuelles de jury, et fin novembre, lorsque nous faisons la restitution des activités à l’intention du grand public. Quand je regarde mon agenda pour l’an prochain, j’ai déjà noté plusieurs rendez-vous où ma présence sera obligatoire. » De là à voir des contraintes dans son activité de bénévole ? « Il y en a quelques-unes, comme dans toute activité. La plupart du temps, c’est moi qui choisis là où je veux mettre le curseur. Voyageant beaucoup à l’étranger, notamment pour l’ONG Éducateurs sans frontières, je dois trouver le bon équilibre entre tous ces impératifs. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. » Quand elle n’instruit pas un projet, Martine Knauer s’attache à parfaire ses connaissances en lien avec la transition écologique : « Je multiplie les lectures sur le sujet, consulte les derniers débats qui

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ont lieu sur le vivant, la protection de la biodiversité, tous ces champs d’étude passionnants qui évoluent très vite et génèrent beaucoup de nouvelles idées. » Comme la rédaction des rapports, ce maintien à niveau se fait à domicile et non dans les locaux strasbourgeois de la Fondation, et lorsqu’on lui suggère l’idée d’avoir un bureau à disposition, cette habitante de Brumath est formelle : « Je n’en voudrais surtout pas ! Les bureaux, ce sont de vieilles habitudes de profs et d’inspecteurs. On est très bien chez soi pour faire cela. D’autant plus que la part de télétravail, déjà conséquente, a augmenté depuis la crise sanitaire. Les échanges de mails avec la direction régionale ou le siège, les visioconférences avec des structures partenaires, toutes ces tâches peuvent se faire très facilement depuis la maison. » Bernard Blochs renchérit : « Des bureaux, ce serait de l’argent en moins à mettre dans les projets. Pour le programme que nous pilotons à Mulhouse, les commissions se passent dans les locaux de Relayance, notre prestataire qui nous aide dans l’accompagnement des porteurs d’idées.» Au quotidien et sur le terrain, les rencontres avec les porteurs de projets, les structures ou les acteurs locaux, s’enchaînent : « Hier, j’étais avec des personnes du Centre Social et Culturel Papin qui souhaitaient en savoir plus sur La Mécanique Des Idées. Ce matin, je prenais un café avec quelqu’un qui désirait me consulter avant de déposer en ligne son projet. J’interviens aussi auprès de conseils municipaux ou de certains cercles, comme la Société Industrielle de Mulhouse ou la Chambre de Commerce et d’Industrie, afin de leur faire connaître La Mécanique et qu’ils puissent à leur tour en parler dans leurs réseaux. Ces relais sont essentiels car ils nous permettent d’être mieux identifiés par la population. »


Les bénévoles

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recrutement des bénévoles dans le grand est La Fondation de France a toujours pu compter sur l’engagement de personnes passionnées qui ont à cœur de mettre leurs compétences au service de l’intérêt général. Les bénévoles engagés à nos côtés sont des professionnels de la société civile, répartis sur tout notre territoire, mettant à disposition leur expertise, leur temps et leur motivation. Maillons essentiels de notre fondation régionale, ils mobilisent leur expérience et leurs réseaux pour identifier les projets, analyser les dossiers, suivre les initiatives sélectionnées, faire le lien avec nos philanthropes qu’ils soient testateurs, grands donateurs ou fondateurs. à nos côtés, ils promeuvent la philanthropie auprès des professionnels de notre territoire. Cet engagement incarne l’intervention d’une société civile généreuse au service de l’intérêt général. Au sein de notre fondation régionale, devenez, vous aussi, bénévole et aideznous à faire progresser la société ! Contactez-nous : Fondation de France Grand Est 8 rue Sainte-Marguerite – 67000 Strasbourg grandest@fdf.org

L’humain au cœur des choses Dans leurs fonctions, une part importante est donnée à la rencontre humaine. « C’est primordial », insiste Martine Knauer, sensible aux initiatives qui visent à créer un lien pacifié entre l’homme et la nature. « Une m’a particulièrement marquée récemment. Elle concerne de petits éleveurs ovins victimes d’attaques de loups, dans la Meuse. Ils se sont constitués en association, non pas dans l’idée de lutter contre l’animal, mais pour vivre avec. J’ai trouvé exemplaire leur volonté d’intégrer cet élément de la prédation dans leur façon d’élever et de produire, et de contribuer ainsi à la sauvegarde de la biodiversité. Cela m’a fait réfléchir à la façon dont l’homme peut cohabiter avec les autres êtres vivants. » Lorsque l’on demande à Bernard Blochs de résumer en quelques mots la philosophie de la Fondation, sa réponse est sans équivoque : « Mettre l’humain au cœur des choses ». Louable intention qui requiert aussi, lorsque des problèmes surviennent, bienveillance et psychologie vis-à-vis des personnes accompagnées. « La réalité du terrain peut être difficile, rappelle-t-il. Porter un projet jusqu’au bout requiert une certaine solidité, je m’en rends compte. On a parfois des gens qui ne sont pas armés. Par exemple quelqu’un qui est rattaché à une structure, et qui a le sentiment de se faire manipuler par elle. Ou une personne qui nous avouera, en larmes, qu’elle est sur le point de craquer. Que doit-on faire dans ces cas-là ? Jusqu’où doit-on aller ? Dans certaines situations, on propose un coaching de soutien avec Relayance. En même temps, il est clair que nous ne sommes pas là pour financer des psychanalyses individuelles. On est censé accompagner la part de la personne qui est liée avec l’idée, mais les gens ne sont pas étanches. » Dans ce contexte sensible, La Mécanique Des Idées apparaît comme un formidable outil permettant de prendre le pouls de la

société, de la regarder à la loupe. « Ce programme me donne accès à des gens qui ont eu parfois des vies difficiles, mais qui arrivent à rebondir et à entraîner les autres. Dans ce travail de référent, ce qui réactive sans cesse ma passion, c’est de rencontrer des porteurs d’idées qui sont eux-mêmes passionnés. Il y a un effet miroir. » Président bénévole Cette même passion est palpable dès les premières secondes où Francis Hirn s’adresse à nous pour présenter son parcours et son rôle au sein de la Fondation de France. Ce pur produit de l’ascenseur social, tel qu’il aime à se définir, a gravi peu à peu les échelons jusqu’à accéder à de hautes fonctions, dont la plus éminente reste la direction des Dernières Nouvelles d’Alsace. « Il a fallu cravacher, car rien ne me destinait à ce type de carrière, confie cet enfant issu d’une famille modeste. Si j’avais suivi la voie de mes parents et de mes grands-parents, j’aurais dû être vitrier. N’ayant pas la fibre manuelle, je me suis échappé dans la sphère intellectuelle. » Son bac en poche, il hésite entre Sciences Po et l’I.E.C.S, une école de management basée à Strasbourg, choisissant cette dernière au prétexte que « pour entrer à Sciences Po, il fallait justifier de savoir nager 50 mètres, or je ne sais toujours pas nager ! Voilà la raison qui m’a poussé à prendre l’autre option. [rires] Mais c’est certainement là où je devais aller. » L’entrepreneur précoce – il fondera sa société à seulement 22 ans – s’épanouira sur les bancs de cette école, se découvrant des dispositions pour la vente, la gestion ou l’animation : « J’y ai appris à parler, ce que je ne savais pas faire, et donc à convaincre, chose essentielle dans mes futures activités. » Quelques années après l’obtention de son diplôme, il reviendra à l’I.E.C.S en tant que chargé de cours et directeur des études, poste qu’il occupera pendant une vingtaine d’années en parallèle de la direction de sa propre entreprise d’études et conseils en développement commercial, ISERCO.

En 1991, un virage s’amorce : « J’étais dans la crise de la quarantaine. Je me posais des questions sur mon avenir. Une opportunité s’est offerte d’entrer aux DNA, client principal de ma société, en tant que directeur commercial, afin de pallier le départ de Rémy Pflimlin. On me promettait une grande équipe, la proposition m’attirait. J’ai pris la décision d’arrêter mes activités à l’école de commerce, puis j’ai quitté ma société en quelques mois. La transition s’est faite dans une relative douceur, même si ce n’est pas évident de quitter une entreprise que l’on a créée. J’ai pris mes nouvelles fonctions aux DNA où j’ai occupé plusieurs fauteuils avant d’accéder à celui de directeur général, poste que j’ai quitté il y a un peu plus de deux ans, après 50 années de vie professionnelle. »

d’« essayer », c’est à dessein, car entre temps la crise de la Covid19 est passée par là : « Les bénévoles sont en poste pour des mandats de 4 ans, renouvelables une seule fois. Pour l’instant je n’ai que deux ans et demi d’ancienneté à la Fondation, dont un an et demi en contexte Covid. Évidemment, beaucoup d’élan a été coupé. Le quotidien a été impacté. Avant la Covid, j’avais l’habitude de me rendre dans les bureaux de la fondation régionale à Strasbourg, p o u r m’ i m p r é g n e r d u c l i m a t , échanger avec l’équipe et assister aux commissions. Depuis, nous avons découvert le télétravail, les webconférences, mais ce n’est pas tout à fait pareil. Pour l’instant je suis un peu frustré. Je n’ai pas pu me déployer aussi pleinement dans ma fonction que je l’aurais souhaité. »

à l’image de Martine Knauer et de Bernard Blochs, son engagement aux côtés de la Fondation de France touche à une motivation profonde : « Comme beaucoup de Français, j’étais donateur depuis longtemps. Un jour, j’ai sympathisé avec JeanDamien Collin, le délégué général de la Fondation régionale Grand Est. Il savait que j’allais quitter mes activités, et m’a proposé de postuler pour la présidence bénévole laissée vacante en Alsace. C’était pour moi une expérience inédite, car je n’avais jamais passé d’entretien d’embauche de ma vie ! La Fondation de France recrute selon des modalités extrêmement strictes. Le processus a duré plusieurs mois, avec des entretiens répétés avec le président, la directrice générale, le directeur du développement, etc. »

État d’urgence Face au virus, il a fallu faire front et en appeler aux forces vives de la philanthropie. Devant l’étendue de ce drame humain, notamment dans la région Grand Est frappée de plein fouet en mars 2020, les équipes de la Fondation de France se sont mises en ordre de bataille : « Afin d’apporter un soutien rapide aux secteurs les plus touchés, la Fondation a su faire jouer ses réseaux pour collecter des fonds, simplifier les procédures d’instruction et d’attribution de ses aides, raconte Fra n c i s H i r n . T r è s v i t e , n o u s a v o n s pu me ttr e e n pla c e de s initiatives en faveur des Ephad ou des établissements hospitaliers qui exprimaient des besoins qui n’étaient pas couverts par ailleurs. On a senti une vraie mobilisation de la part de tous les acteurs, une prise en compte de problématiques qui jusquelà n’intéressaient pas vraiment la communauté. Je ne sais pas si cette grande épreuve rendra les gens meilleurs, mais quelque part, il y a eu un formidable signe d’espoir. »

Un travail de notoriété Francis Hirn poursuit en évoquant les particularités qui s’attachent à sa fonction : « Je ne fais pas ce travail d’instruction que j’admire beaucoup, car je n’ai pas été formé pour ça. Les instructeurs reçoivent une formation très pointue pour être en mesure de faire ce travail conformément aux objectifs. Moi, je suis plutôt un généraliste. Je n’interviens pas dans l’organisation mais j’apporte à l’équipe permanente mes compétences en matière de direction, d’animation et de gestion. Nous avons encore des progrès à faire en terme de rayonnement, de notoriété, notamment dans le milieu économique régional. La Fondation de France est un nom majuscule. Je pensais qu’il s’imposait à tout le monde et que chacun savait ce que c’était, or ce n’est absolument pas le cas. Encore aujourd’hui, beaucoup de personnes ne voient pas très bien de quoi il s’agit. Le nom fait un peu peur. Les gens s’imaginent que ce n’est pas pour eux. C’est un problème vis-àvis des donateurs qui sont essentiels pour la Fondation. Il y a donc un travail d’image à faire, et j’essaie de mettre mon expérience à disposition pour faire ce travail dans les milieux qui étaient les miens auparavant, en activant mes réseaux professionnels et amicaux. » Si Francis Hirn parle

Diffuser l’esprit de philanthropie Encore marqué par la valse des évacuations en hélicoptère au dessus de sa maison, au plus fort de la pandémie, Francis Hirn ne se lasse pas de louer la qualité des équipes qui l’entourent à la Fondation, et regarde vers les défis qu’elles devront relever dans l’avenir : « Qu’ils soient à l’origine enseignants, notaires, comptables ou autre, tous ces bénévoles ont en commun d’apporter, en plus de leurs expertises très pointues, une disponibilité, une générosité assez rare. Je l’ai encore constaté pendant cette crise sanitaire. Nous sommes dans l’univers de la philanthropie. Et je crois que ce qui me motive vraiment, c’est de contribuer à son rayonnement dans la société. Diffuser cet esprit, faire en sorte qu’il se répande, et cela notamment, a-t-il encore à cœur de rappeler, auprès des jeunes générations que la Fondation de France, de par son action permanente au profit de l’intérêt général, continuera d’accompagner, et pourquoi pas d’inspirer. »


Le legs

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Par Sylvia Dubost ~ Illustration : Lili Terrana

L’histoire continue Le legs : une contribution importante pour la philanthropie et une opportunité pour chacun de faire perdurer ses valeurs après soi. Simone Goldschmidt avocate et héritière d’une famille de commerçants a ainsi créé quatre fondations par voie testamentaire, pour perpétuer les valeurs que sa famille avait portées depuis plusieurs générations.

Quelles traces souhaitez-vous laisser après votre mort ? Des questions philosophiques et/ou ésotériques qui, plus pragmatiquement, soustendent aussi le dispositif du legs. Le volume de publicités entendues à la radio laisse supposer que celui-ci peut constituer une solution pour les donataires, soucieux eux aussi de répondre à ces questions, mais aussi un enjeu important pour les récipiendaires. Le legs, ou don par testament, est en effet un vecteur majeur de la philanthropie. Difficile pour l’heure à chiffrer intégralement (on ne dispose pas des précieuses et précises données de l’administration fiscale, comme pour d’autres dons), on ne peut avancer que des estimations, en s’appuyant sur 300 des principales organisations bénéficiaires de legs. On sait ainsi qu’il est en augmentation régulière depuis 2007, que ceux à l’Église catholique, la Fondation de France et la Fondation d’Auteuil dépassent pour chacune des institutions les 50 millions d’euros annuels. On sait aussi que les fondations reconnues d’utilité publique reçoivent près de 50 % du total des legs, que la Fondation de France en tire 21 % de ses ressources, et que près d’un quart du total (23 %) finance la recherche. Voilà pour les grandes lignes. Il s’avère donc que faire don d’une partie de ses biens à une association ou une fondation est l’option de legs la plus répandue. Pour autant, ce n’est pas la seule, l’autre étant la création d’une fondation avec un objet précis… Source : panorama des générosités 2017

Et lorsqu’il s’agit de s’assurer de la poursuite de l’œuvre d’une vie ou des valeurs d’une famille sur plusieurs générations, c’est du cousu main. Simone Goldschmidt, décédée sans héritier en 2002, en a ainsi créé quatre, dont deux à Belfort où était installée sa famille. Toutes sont sous égide de la Fondation de France, chacune a un objet différent et porte le nom d’un membre de son entourage familial dont elle prolonge l’engagement. La fondation Simone GoldschmidtParis fait ainsi écho à sa carrière professionnelle au barreau de Paris, et attribue chaque année des bourses à six jeunes avocats méritants aux revenus modestes. Elle décerne également tous les deux ans un prix littéraire à un avocat-écrivain, dont le bénéficiaire, comme les titulaires des bourses, est sélectionné en concertation avec le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Paris. La fondation Simone GoldschmidtBelfort est quant à elle dédiée à la conservation et à l’aménagement à des fins sociales, philanthropiques e t c u l t u r e l l e s d’ u n b â t i m e nt appartenant à son père, Edouard Goldschmidt, industriel dans le secteur du vêtement décédé en 1967. La fondation Marguerite Goldschmidt, du nom de sa mère, est vouée à soutenir des programmes culturels. Celle portant le nom de son père, la fondation Édouard Goldschmidt, est sans doute la manifestation la plus représentative et la plus lisible du legs comme vecteur de transmission des valeurs familiales. Parallèlement à son activité de chef

d’entreprise, Édouard Goldschmidt s’est en son temps beaucoup engagé pour l’enseignement technique sur le Territoire de Belfort. Il y f u t n o t a m m e nt i n s p e c t e u r départemental de l’enseignement technique à partir de 1927, président fondateur de l’association d’enseignement professionnel de Belfort et vice-président de l’association française pour le développement de l’enseignement technique. Il fut aussi à l’origine de la création du lycée professionnel de Belfort, désormais lycée Follereau. La fondation Édouard GolschmidtBelfort délivre ainsi depuis 2004 des bourses aux élèves diplômés du baccalauréat et aux élèves en classe préparatoire du lycée Follereau. Celles-ci leur sont remises chaque année en fonction de leurs mérites personnels mais aussi selon des critères sociaux, tenant compte des ressources limitées de certains élèves. Les lauréats du Prix Goldschmidt

pourront ainsi poursuivre leurs études dans de bonnes conditions matérielles. La fondation soutient également l’organisation de voyages éducatifs et culturels, toujours dans l’idée d’offrir à ces jeunes la meilleure formation possible. À travers ces fondations, Simone Goldschmidt poursuit ainsi non seulement les actions de son entourage proche, mais continue à rendre visible tout ce qu’il avait mis en œuvre de son vivant. Elle maintient en vie la mémoire et l’histoire de la famille. En 1940, la société d’Édouard Goldschmidt avait ainsi fait l’objet de mesures d’aryanisation, et la famille avait quitté la ville pour y revenir en 1945, quand les biens spoliés leur furent restitués. Ce legs montre l’attachement à un territoire (Simone a fait toute sa carrière à Paris, pourtant deux des quatre fondations sont sises à Belfort), et une autre manière de continuer l’histoire.

Créer sa propre fondation Si toute association ou fondation reconnue d’utilité publique peut faire l’objet d’un legs d’une partie ou de la totalité des biens d’une personne à son décès (dans le 2e cas, seulement si elle n’a pas d’héritier), la création d’une fondation à titre posthume est une autre manière de s’assurer que les causes qui lui tiennent à cœur seront soutenues. Dans le cas d’une fondation abritée – possible à partir d’un montant de 200 000 € –, et grâce à l’expertise de la Fondation de France, le testateur est accompagné de son vivant dans son projet de création de fondation par un interlocuteur privilégié qui l’aide également à clarifier ses volontés précises d’action. « Ce sont toujours des sommes importantes, rappelle Jean-Damien Collin, délégué général de la Fondation de France Grand Est, les testateurs ont besoin de s’assurer que l’argent sera bien utilisé. »


Fondation de France

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Par Coralie Donas ~ Illustration : Sylvie Kromer

Lutter contre le décrochage scolaire Identifier les moments décisifs pour éviter le basculement, faire preuve d’innovation pour embarquer les élèves dans des projets qui leur font sens, rendre chacun d’eux acteur de leur éducation pour reconstruire leur confiance en eux.... Autant d’enjeux (et plus encore) sur lesquels la Fondation de France intervient dans le cadre de la prévention du décrochage scolaire, en finançant des actions qui attaquent le problème sous plusieurs angles.

Depuis plus de dix ans, la Fondation de France est mobilisée pour la lutte contre le décrochage scolaire. Au sein du département éducation, enseignement et recherche, qui abrite environ 200 fondations, une partie des acteurs agit en prévention et en traitement du décrochage. « Nous focalisons les actions sur le collège où le décrochage devient

effectif en classes de 4e et 3e, et avons passé une convention avec le ministère de l’éducation nationale pour agir directement au sein des écoles », précise Anne Bouvier, responsable du département éducation et enseignement de la Fondation de France. Les équipes sont parties du constat que le plus gros risque de décrochage se trouvait au cœur

de l’école publique et que pour viser la réussite du plus grand nombre, il fallait agir au sein de l’institution. Les appels à projets sont directement diffusés auprès des équipes éducatives. Chaque année, la Fondation de France reçoit 200 à 250 projets et en finance entre 60 et 80. « Nous recevons des propositions qui portent sur les nouvelles pédagogies,

inversée ou renversée. D’autres actions concernent le harcèlement scolaire, de la pédagogie de projet, nous finançons aussi des projets d’insertion pour raccrocher des jeunes au système scolaire », détaille Anne Bouvier. Voici trois actions qui, dans le Grand Est, permettent à des adolescents de ne pas quitter le système scolaire trop vite.


Fondation de France

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Pédaler… éviter… Garder…

Pédaler pour reprendre confiance en soi et dans l’école Graines de cyclo est une action qui rentre dans la catégorie de la pédagogie de projet. Pendant l’année scolaire, des élèves de la section d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) du collège Lezay Marnesia de Strasbourg ainsi que des élèves de 4 e générale, identifiés comme décrocheurs, ont travaillé sur un projet de voyage à vélo, sous la houlette de Pierrick Meunier,

professeur d’éducation physique et sportive. « Le projet est un voyage à vélo, au départ du collège. A partir de cette base, les élèves choisissent leur destination, travaillent sur l’itinéraire, réservent le camping et les différentes étapes du trajet », explique Pierrick Meunier. Des professeurs de français, géographie, sciences de la vie et de la terre sont associés et les élèves, tout en préparant leur périple, travaillent différentes

compétences. Le français, pour formuler correctement les mails de réservation, la géographie en planifiant leur trajet, la nutrition en composant les menus de la semaine. Les classes de SEGPA peuvent valoriser leur savoir-faire acquis en classe, durant les ateliers de mécanique de vélo. Onze élèves sont ainsi partis pendant une semaine à la fin de l’année scolaire, pour un itinéraire qui passait par la vallée

de la Bruche, la route du vignoble, Ribeauvillé pour finalement rallier le lac de Kruth dans le Haut-Rhin. « Ils ne voulaient plus s’arrêter ! Certains élèves évoluent plus en une semaine qu’en six mois. Le projet permet de travailler la confiance en soi, la persévérance, la concrétisation d’un projet. Cela permet aussi de reconstruire la confiance dans l’adulte, parfois perdue pour certains », souligne Pierrick Meunier.

éviter le décrochage scolaire des jeunes mères à Metz, le Service d’accompagnement des mères lycéennes et collégiennes, SAMELY, aide les jeunes filles qui tombent enceintes pendant leur scolarité à ne pas abandonner l e u r p a rc o u rs s c ol a i re . I l e s t coordonné par les PEP Lor’Est, association territoriale des pupilles enseignement public, notamment active dans les domaines de l’éducation, du social et du sanitaire. « Toutes les jeunes filles n’ont pas les mêmes besoins au même moment. Certaines ont juste besoin d’accompagnement scolaire, d’autres d’une écoute, ou

d’une aide dans leurs démarches… Il n’y a pas de suivi type », explique Audrey Couvez, coordonnatrice du SAMELY. Son travail consiste aussi à faire le lien avec d’autres associations ou la mission locale, par exemple pour aider les mères et futures mères à trouver un logement ou former un projet professionnel. « J’oriente parfois des jeunes filles au sein de la PEP, dans mon service ou un autre, comme le pôle parentalité », reprend Audrey Couvez. Grâce à une convention avec l’éducation nationale et les services de la protection maternelle

et infantile (PMI), le SAMELY est connu des infirmières scolaires et des sages-femmes, qui relayent l’information auprès des jeunes filles. Un des objectifs du dispositif est d’intervenir le plus tôt possible, pour organiser l’année scolaire. « Par exemple, plusieurs stages émaillent une année de cursus en bac professionnel. Il sera possible pour la jeune fille de les rattraper mais cela doit être prévu en amont avec l’établissement », explique Audrey Couvez. Les résultats sont au rendez-vous. Sur une vingtaine de personnes suivies

l’a n d e r n i e r , Au d r e y C o u v e z dénombre une majorité de réussites : obtention de diplômes, passages dans l’enseignement supérieur, rescolarisations… « Le but de l’accompagnement est que les jeunes femmes prennent confiance en elle, deviennent autonomes. Le projet professionnel ou personnel est élaboré en adéquation avec chaque situation », reprend Audrey Couvez. Et ce ne sont pas les confinements de 2020 et 2021 qui ont changé la donne. Ils ont même permis la mise en place des cours par visio, utiles pour les jeunes filles résidant en zone rurale.

Garder un pied dans le système scolaire Les phénomènes de décrochage scolaire peuvent intervenir tôt. Le service Cèdre propose des activités de jour aux enfants dès 12 ans qui sont en rupture avec le système scolaire classique. Il est décliné dans trois centres du département des Vosges et piloté par l’Association vosgienne pour la sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et des adultes, l’AVSEA. « L’idéal est de prévenir la rupture scolaire. Nous signons une convention d’inclusion avec l’établissement pour aménager l’emploi du temps de l’élève, maintenir des heures de cours et compléter avec des ateliers proposés dans le cadre des activités de jour », expose Karine Bongiovanni, directrice adjointe du dispositif. Lorsque la rupture est consommée et que l’élève est exclu de l’école, il peut intégrer à temps plein

les activités de jour, avec l’objectif d’une nouvelle inscription dans un établissement. « Nous ne souhaitons pas que les adolescents ou enfants s’installent trop longuement dans les activités de jour car il devient ensuite difficile pour eux de réintégrer le système scolaire. Notre objectif est qu’ils restent au maximum le temps d’une année scolaire en transition, avant de rejoindre des dispositifs de droit commun », reprend Karine Bongiovanni. Les décrocheurs suivent un parcours bien rôdé. Un professeur des écoles détaché de l’éducation nationale mène une première évaluation et travaille avec l’élève sur son projet, qui peut être le retour au collège ou l’orientation vers un apprentissage. Ensuite, un coordinateur d’insertion fait le lien avec la mission locale et le centre

d’informations et d’orientation, avec un objectif de sensibilisation et de découverte des métiers en tension, comme les métiers de bouche, les secteurs du BTP, du bois. Un psychologue est présent pour accompagner le jeune et sa famille pendant le processus. Selon le centre dans lequel il est accueilli, le jeune décrocheur pourra suivre des ateliers techniques dans les secteurs de la restauration, du bâtiment, du bois. L’AVSEA a des conventions avec des partenaires extérieurs pour des ateliers de médiation animale, de support informatique ou de mécanique des deux roues. Toute l’année, des activités sportives, des sorties culturelles, des projets artistiques sont organisés. « Nous essayons de trouver la raison du décrochage, qui

peut parfois venir d’un problème de santé, un trouble psychique, un trouble dys. L’objectif est que les jeunes retrouvent de la confiance en eux et de l’estime de soi, dans un parcours où la dynamique a été cassée », appuie Karine Bongiovanni. Les équipes accompagnent aussi les jeunes pour décrocher le Certificat de formation générale, un diplôme qui valide les connaissances de base des personnes sorties du système éducatif classique, ou le diplôme national du brevet. Tous les ans, une cérémonie est organisée avec les partenaires, les familles, pour féliciter l’enfant ou l’adolescent qui a obtenu un diplôme et lui remettre un cadeau. Une manière de couronner la dynamique positive qu’insuffle le dispositif Cèdre tout au long de l’année.


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Rencontre avec Martine Knauer Par Valérie Bisson ~ Illustration : Lili Terrana

Les saisons et les heures Comment agir en faveur de la transition écologique sur le territoire ? Eléments de réponse avec Martine Knauer, ancienne inspectrice pédagogique régionale et responsable de la formation académique à Strasbourg. Elle assure avec force motivation son rôle d’instructrice bénévole dévouée pour la Fondation de France depuis 6 ans. Rencontre avec une femme passionnée et passionnante qui a renouvelé son mandat de Référente transition écologique du territoire Grand Est et qui instruit avec intelligence, curiosité et engagement entre 5 et 8 dossiers par an autour des essentielles et fondamentales questions de l’environnement et de la transition écologique.

Comment êtes-vous devenue bénévole à la Fondation de France ? Je connaissais l’existence de la Fondation de France sans bien en connaître l’utilité. Un heureux hasard ayant mis sur mon chemin une ancienne collègue qui s’y investissait m’a donné l’opportunité de la questionner et d’attiser ma curiosité. J’ai découvert en quoi consistaient les missions de bénévolat à la Fondation de France, de l’instruction des demandes de subventions répondant à un appel à projets à la rédaction des rapports d’instruction soumis au comité. J’étais très intéressée et j’ai finalement déposé ma candidature. Après quelques étapes incontournables de sélection, CV, questionnaire, rencontre avec le délégué général, j’ai été acceptée. Cela correspondait à un moment de ma vie où je sentais le besoin d’utiliser mes compétences acquises dans mes activités professionnelles, et d’engager concrètement mon intérêt pour les causes défendues telles que la philanthropie, l’intérêt général et surtout les questions liées à la transition écologique. Je suis très sensible à la manière dont la Fondation de France nourrit tout un écosystème pour engager des changements sociétaux durables. Face aux dérèglements climatiques, il est important de bien garder en tête une vision systémique du phénomène et de ses conséquences, cela permet d’être au plus juste et au plus près des projets s’impliquant dans des nouveaux modes de vie et de production.

Quelles étaient vos autres compétences par rapport à ces questions fondamentales en faveur de l’environnement ? En tant qu’ancienne professeure d’histoiregéographie, j’étais sensible à ces questions. La connaissance est une chose mais l’approche humaine et relationnelle en est une autre, fondamentale. Les dimensions d’écoute, de décloisonnement, de croisements thématiques sont primordiales pour œuvrer à la Fondation de France et c’est aussi par ces biais que sont sélectionnés les projets. En réponse au défi climatique, la Fondation de France soutient depuis fin 2020, avec le Centre Français des Fonds et Fondations, la Coalition française de Fondations pour le climat, c’est une initiative qui tend à une prise de conscience et une mobilisation rapide des fondations et fonds de dotations, quelle que soit leur taille ou leur mission, sur les questions climatiques. La coalition est un outil de partage d’expériences et de ressources, de valorisation des meilleures pratiques en vue de leur essaimage. Dans un tel cadre à grande échelle, l’écoute est une attitude très importante car elle permet d’avoir un échange constructif pour une visée à long terme. Dans mes anciennes fonctions, il était aussi important de travailler sur les axes d’amélioration plutôt que sur le jugement et la critique, qui font rarement avancer les choses. Enfin, avoir une vision systémique et réfléchir aux différents endroits sur lesquels il est nécessaire

d’agir active le cercle vertueux de l’autonomie. Tout cela me sert évidemment lors des restitutions des dossiers. Nous sommes véritablement dans l’accompagnement, ce qui est infiniment plus gratifiant. Que vous ont appris les instructions de dossiers dédiés aux causes environnementales ? J’ai depuis quelques années déjà conscience de l’état d’urgence dans lequel nous évoluons et j’essaye de faire à mon échelle la promotion d’une autre façon de vivre, plus consciente, plus sobre et responsable. Par mon métier précédent, j’ai appris bien des choses sur le développement durable et l’environnement, j’ai lu et je lis beaucoup autour de ces thèmes. Je suis aussi des moocs sur l’agroécologie, l’agroforesterie, le bien-être animal, tout cela nous mène vers de nouvelles pistes, des choses vers lesquelles on n’irait pas forcément. En ce moment je m’intéresse beaucoup aux questions du changement climatique, de la protection du vivant, de la biodiversité, de la gestion des communs. La Fondation de France a, par exemple, créé un programme Agroforesterie depuis 2011 avec l’hypothèse de départ que cette pratique, qui combine au sein d’une même parcelle des arbres et des cultures, peut être l’une des réponses de l’agriculture face au dérèglement climatique. En moins de 10 ans, le programme a financé 81 projets. L’un d’entre eux est la recherche de Guillaume Blanchet à l’UMR-System sur la


Rencontre avec Martine Knauer résistance des espaces cultivés en agroforesterie face au stress climatique et hydrique. Les observations menées dans une ferme expérimentale permettent d’extrapoler les observations de terrain. Les résultats attendus permettront de sécuriser la trajectoire des agriculteurs qui envisagent d’adopter ces nouvelles pratiques. Envisager le réchauffement en termes d’impact sanitaire sur les populations est aussi une piste qui est explorée. Ce qui m’interpelle particulièrement se passe au niveau du terrain, il y a énormément de choses qui se font par et avec des gens engagés et convaincus, Le Manifeste des Fondations et des Fonds de Dotation Français pour lutter contre le dérèglement climatique porté par la Coalition française des Fondations pour le climat en est la preuve, il est une ressource essentielle à l’avancée des idées. Beaucoup de personnes s’impliquent et font bouger les choses, cela a soutenu mon intérêt et m’a permis de continuer à me renseigner, à m’informer et à diffuser ces valeurs autour de moi. Les acteurs de la philanthropie accélèrent leur engagement sur ce terrain, en apportant leur soutien au monde scientifique comme aux citoyens… parfois réunis dans des projets communs. La Fondation de France a pour objectif de travailler pour l’intérêt général ; par quelles valeurs sont soutenus les critères de sélection ? Effectivement, le bien commun et l’intérêt général sont les axes forts des missions de la Fondation de France. Pour chaque appel à projets, un certain nombre de critères sont développés, celui qui répond à l’appel à projets connaît ces critères, ce sont les mêmes qui nous servent pour instruire les dossiers. Il y a aussi des objectifs plus larges. L’objectif ambitieux de l’accord de Paris de contenir le réchauffement climatique dans les limites d’1,5 degré d’ici 2100 implique des révisions majeures, en particulier pour les pays les plus développés. Sur ce front, les États seuls ne peuvent pas tout. Les philanthropes ont besoin d’une grille de lecture sur les objectifs du développement durable et l’ONU a fixé 17 objectifs qui couvrent l’intégralité des enjeux de développement dans tous les pays tels que le climat, la biodiversité, la pauvreté, l’égalité des genres, la prospérité économique, l’éducation, etc. Pour tous les organismes – des pays aux collectivités locales en passant par les entreprises et les associations – il s’agit de partager un langage commun pour suivre la transition écologique et solidaire. La Fondation de France en a fait un outil de pilotage : depuis 2019, les quelque 10 000 projets d’intérêt général soutenus chaque année par la Fondation de France et les fondations abritées sont qualifiés à l’aune de leur contribution à l’un ou plusieurs de ces objectifs. Un des objectifs de la Fondation de France est bien sûr d’apporter le coup de pouce qui permettra au porteur de projet de faire quelque chose pour le bien commun. Un autre critère important est de promouvoir l’innovation, de porter les idées nouvelles et de les rendre concrètes sur le terrain. Une fois les projets réalisés, la Fondation se retire. Elle soutient par ailleurs de nombreux projets de développement en partenariat avec des universités, des centres de recherches et des agences spécialisées avec l’objectif que ces outils éco-compatibles soient un jour adoptés pour orienter les choix des individus. Ces projets de recherche ne sont pas juste un simple exercice intellectuel, il s’agit d’une démarche responsable qui doit être en adéquation avec les attentes des citoyens. Elles doivent aussi ouvrir la porte vers des solutions et des décisions politiques. La Fondation de France rend des comptes à ses donateurs et elle est contrôlée par la Cour des comptes, les projets doivent être solides, les douces utopies et les projets intéressants qui ne sont pas concrets ne sont pas retenus. La Fondation ne finance pas les projets qui ne s’inscrivent pas dans le réel. Une autre valeur forte est celle de la construction des projets avec les personnes concernées, la coconstruction fait partie des grandes idées défendues par la Fondation :

après la coopération on tend de plus en plus vers le principe de la collaboration, voire de la gouvernance partagée, l’idée étant que les gens agissent et s’impliquent lorsqu’ils sont directement, et encore une fois, concrètement, concernés. La promotion du pouvoir d’agir chez chacun est essentielle. Un projet récent qui vous a particulièrement touchée ? L’école d’art Gérard Jacot de Belfort installée dans les fortifications Vauban a lancé un projet de jardins suspendus, l’originalité du projet consistait à intégrer de façon obligatoire l’apprentissage de la permaculture et la transformation des produits du jardin dans un cursus de formation artistique. Le

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jardin est pensé comme objet utilitaire et comme objet de création, j’ai trouvé cela fabuleusement intéressant car on lie la créativité à l’autonomie dans une perspective de modification profonde des comportements. Le programme est basé sur un ensemble d’ateliers visant à faire émerger une philosophie du vivant à partir de la pratique d’un jardin écologique. Cela a débouché sur une mise en relation avec les écoles d’art nationales car désormais ces idées intéressent beaucoup de monde, le projet a grandi et de plus en plus d’artistes interviennent sur le jardin dans la perspective de ce jardin suspendu. Et le lieu a gagné en beauté. Nous restons en interaction constante avec eux pour faire évoluer ce merveilleux projet.

LES JARDINS SUSPENDUS DE BELFORT Par son envie de se positionner comme un acteur environnemental à l’échelle de son territoire, l’école d’art de Belfort propose à ses publics un espace de biodiversité sauvage en milieu urbain. Grâce à cet espace, l’école intègre à tous les niveaux de programmes et de formations artistiques la pratique du jardinage, du travail de la terre et de la transformation des produits ainsi que la sensibilisation aux enjeux environnementaux, afin d’enseigner et promouvoir la recherche d’une autonomie du quotidien par une approche permaculturelle et patrimoniale, intégrant la réflexion sur les relations entre l’art et le vivant : apprendre à créer son potager, à conserver des produits alimentaires naturellement, à reconnaître des plantes communes pour les utiliser à des fins médicinales, mais aussi mettre ces pratiques en résonance avec le patrimoine et l’histoire du lieu, notre relation aux gestes artistiques et au vivant dans notre environnement proche et quotidien, autant de sujets qui invitent à la découverte d’autres habitudes de vivre et de consommer plus respectueuses de la nature et de son contexte. DESSINE-MOI UN JARDIN A Bouxwiller, commune de 4 000 habitants dans la verdoyante Alsace du Nord, au sein de laquelle un enseignement peut être suivi de l’école maternelle jusqu’au BTS, la jeune association Alysses porte un travail de réflexion encadré par des professionnels et des passionnés autour des notions de ville verte et résiliente, de trame verte et bleue, de jardin potager, de ville nourricière, et de jardin pour tous, notamment par la mise en valeur du riche patrimoine de la ville, et ce dans le but de favoriser l’émergence d’une conscience citoyenne. UN VILLAGE DE LA TRANSITION éCOLOGIQUE AU CŒUR DE STRASBOURG A l’initiative de la Fondation Terra Symbiosis, des professionnels, des citoyens et l’Organisation Professionnelle de l’Agriculture Biologique en Alsace se sont réunis dans le collectif L.a.b. Ils ont imaginé un lieu regroupant plusieurs activités autour de l’agriculture biologique organisées en économie circulaire. Vont ainsi s’implanter au cœur de la Manufacture des Tabacs, bâtiment patrimonial réhabilité, un magasin de producteurs locaux, une épicerie zéro déchet, des restaurants proposant une cuisine de saison, et un espace d’animations dédié à la pédagogie et aux initiatives citoyennes, avec l’ambition de créer du vivre ensemble et de la solidarité, et de démocratiser l’accès à des produits de qualité issus d’une agriculture respectueuse de l’humain et de l’environnement. Au sein d’un ensemble architectural rénové, dédié à l’éducation, aux jeunes, les habitants du quartier sont étroitement associés au projet, qui ambitionne de devenir un point central de la Transition écologique dans la ville. QUELLES SOLUTIONS DE COHABITATION AVEC LE LOUP ? Revenu en Lorraine en 2013, le loup est particulièrement présent dans les plaines. Bien que protégé, ses attaques envers les troupeaux exacerbent des conflits entre activités humaines et biodiversité. Ce contexte difficile a poussé l’Association Meuse Nature Environnement – en collaboration étroite avec l’association Encore éleveurs demain – à agir pour rendre possible la cohabitation entre le loup et l’élevage. Sa stratégie ? Encourager la solidarité et coconstruire des solutions pour protéger l’espèce et maintenir la biodiversité en tenant compte de l’élevage en territoire de plaine. Une belle occasion de dialogue entre toutes les personnes concernées par le retour du loup (chasseurs, défenseurs des animaux, éleveurs…) LES FLEURS QUI SE MANGENT ET LES PLANTES QUI SOIGNENT Dans la dynamique de valorisation portée par l’association Sauvons Nos Coteaux à Ludres depuis près de dix ans, ce projet se propose de créer, sur d’anciennes friches, un espace de cultures sur les thèmes « des fleurs qui se mangent » et « des plantes qui soignent ». Cet espace innovant, didactique, d’échanges, d’observations et de découvertes est également un lieu d’accueil de la population et des écoles afin de les sensibiliser à la transition écologique par la découverte des plantes qui l’habitent.

POUR UNE ALIMENTATION SAINE, LOCALE, AU SERVICE DE LA CRéATION D’EMPLOI EN MILIEU RURAL à Mirecourt, petite ville vosgienne, « TEASER Lab » favorise l’émergence d’une agriculture durable et d’une alimentation saine pour tous, notamment à travers l’éducation populaire, ou encore la revitalisation du territoire à travers l’agriculture : création d’un jardin partagé conduit selon les principes de la permaculture, mise en place de marchés et points de dépôts bio et locaux, chantiers partagés autour de productions Bio et locales, et association des plus jeunes aux réflexions sur ce que représente une alimentation saine et locale.


Terra Symbiosis

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Par Valérie Bisson ~ Illustration : Sylvie Kromer

Patricia Jung-Singh Fondatrice de Terra Symbiosis C’est un jour de printemps pluvieux et brumeux, Patricia Jung-Singh nous accueille dans les bureaux d’un bâtiment Neustadt du centre de Strasbourg. C’est la journée du vote pour la loi climat et résilience, c’est un jour où tout est calme, un jour de troisième confinement encore à l’œuvre. La nature, elle, n’attend pas et ne se met pas sur pause. On pourrait facilement faire le parallèle avec Patricia ; vive, douce et déterminée, son combat plein de sens pour la sauvegarde des espaces naturels et le respect du vivant a commencé il y a de longues années…

La fondation Terra Symbiosis a vu le jour en 2009. Elle est la somme et le résultat d’un parcours personnel réunissant de multiples éléments : « J’ai nourri ma relation au vivant depuis l’enfance, mes parents étaient très en lien avec la nature. J’ai ainsi pu alimenter cette relation positive, le goût et le sentiment de liberté qui découlent du contact à la terre sont des éléments très positifs et très fondateurs. J’ai grandi à Strasbourg mais j’ai arpenté les Vosges très souvent, j’ai un lien très fort avec le territoire et les paysages de la région Alsace ». Ses études en Sciences politiques sur la Coopération Internationale développent son envie de travailler dans le champ social et le développement et la mènent vers un poste de gestionnaire de projets dans l’ONG française Inter Aide qui soutient des projets de santé publique au Malawi et en Inde. La sensibilisation à ces politiques d’amélioration de l’accès aux soins et à l’éducation en milieu rural convient alors à la jeune femme qui arpente le globe comme pour mieux s’en approprier les contours. Mais Patricia Jung-Singh a déjà choisi sa voie : « Revenue en France, j’avais envie de continuer à travailler dans ces domaines d’aide et de développement ; j’ai hérité d’un capital financier familial, mon grand-père est à l’origine de la SASM, une société qui a dessiné l’histoire de la grande distribution territoriale et qui fut vendue dans les années 1990. J’ai commencé à gérer cet héritage un peu plus tard et ai ainsi pu construire cette aventure grâce à un patrimoine constitué de terrains exploités en agriculture conventionnelle. J’ai eu très tôt l’envie de travailler la relation au vivant, je me suis passionnée pour l’éthologie, ai réfléchi à comment améliorer la relation des hommes à la nature, soutenir des projets qui permettent à l’homme de se nourrir en recréant un pacte respectueux avec son environnement naturel. ».

Elle se concentre d’abord sur la gestion d’une ferme en agriculture biologique et laisse mûrir le projet Terra Symbiosis. L’envie : créer une fondation et soutenir des associations en lien avec la nature et l’agriculture. « C’est un vrai sujet qui a débuté à partir de 2008, à un moment où Pierre Rabhi devient médiatisé, où on commence à parler d’agroécologie. Nous étions encore avant la conférence de Copenhague sur les changements climatiques. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré la Fondation de France. Mon projet était encore un peu flou ; la Fondation de France a joué un rôle fort d’aide à la définition précise des objectifs et des sujets sur lesquels me rendre utile dans ma fondation ». Sensible aux crises écologiques et sociales, passionnée de nature, elle voit dans l’idée de symbiose le premier fil rouge d’un projet qui respecte la biodiversité, la production d’une alimentation qui préserve les sols. La symbiose, du grec sumbiôsis, signifie vivre avec une association intime et durable entre deux ou plusieurs organismes. « En reprenant la gestion de mes terrains agricoles, j’ai converti la ferme en agriculture biologique, je me suis formée pendant deux ans avec l’Organisation Professionnelle de l’Agriculture Biologique en Alsace devenue Bio Grand Est. Nous avons effectué des diagnostics des terrains, réfléchi aux rotations possibles, à comment nous pouvions réimplanter des haies, travailler en agroforesterie, choisir nos semences, réintroduire des semences anciennes, entrer dans des expérimentations telles que le pâturage sous les arbres. J’ai ainsi pu mieux comprendre les projets que je me destinais à soutenir ». Patricia Jung-Singh est convaincue de l’importance de l’agroécologie, de la nécessité de protéger les ressources naturelles, de la possibilité de créer des emplois en développant l’accès à une nourriture saine.

En 2009, la fondation Terra Symbiosis naît sous l’égide de la Fondation de France. Elle a pour vision de rétablir le lien entre l’Homme et la Nature, de soutenir des projets dans l’environnement, vecteurs de développement social, économiquement viables et protégeant les ressources naturelles et la biodiversité. L’agriculture s’est rapidement révélée comme reliant ces différents aspects, permettant d’offrir un travail et une souveraineté alimentaire aux peuples tout en respectant la terre et les écosystèmes. à ses débuts, le bio est encore marginal, seuls 2 % de la surface nationale agricole est cultivée en bio pour 10 % aujourd’hui. Terra Symbiosis participe à cette prise de conscience et à cette visibilité : « La fondation soutient les projets de structures d’intérêt général qui accompagnent les agriculteurs, en les aidant à aller vers l’agriculture paysanne, elle permet des expérimentations innovantes, l’accès au foncier avec des structures telles que Terre de Liens. Pour les jeunes agriculteurs ou les néo-ruraux, s’installer sur une terre demeure compliqué. Nous soutenons aussi les espaces test pour leur permettre de faire le pas vers l’agriculture biologique. Elle soutient aussi les recherches sur les performances des fermes agro-écologiques ; l’étude menée à la ferme en permaculture du Bec Hellouin, que l’on voit dans le film Demain, avait pour but de prouver que l’exploitation de 1000m2 de culture intensément agroécologique pouvait créer un emploi tout en mettant en valeur les espaces, la terre et la bio-diversité ». Si, les premières années, la fondation a apporté son soutien à des projets à l’étranger, Afrique de l’Ouest et Inde, elle se concentre depuis 2013 sur la France et l’Alsace, où elle est implantée, et sur trois domaines d’intervention : l’agriculture, les arbres et le lien entre enfance et nature.


Terra Symbiosis

Les projets autour de l’agroforesterie ont peu à peu émergé. Certains, soutenus par l’INRA, visent à remettre des arbres dans les systèmes agricoles, pour l’ombre et les minéraux. « Terra Symbiosis a aussi soutenu des projets tels que celui mené par Le Réseau Semences Paysannes autour des graines anciennes pour préserver l’intérêt gustatif et rustique des espèces. Promouvoir la biodiversité cultivée est une résistance, il y a une dimension patrimoniale mais aussi sanitaire avec la redécouverte et la sauvegarde des blés anciens ». Terra Symbiosis finance aussi l’éducation à la nature et s’est ainsi recentrée sur cette thématique depuis 2015. Les projets autour de l’enfance

contribuent à changer le rapport avec la nature, avec le vivant, les expériences par le jeu, l’observation et l’expérimentation vécues petits font naître une vision et un lien sensible au vivant. Près de trente projets sont soutenus annuellement. « Il est essentiel que ces prises de conscience fassent partie du développement, du parcours de l’enfant puis de l’adulte. Il y a de plus en plus de demandes autour de la pédagogie active, de projets de classes en forêt, de jardins dans la cour de l’école ». Portant un engagement encore plus fort, la fondation participe également au projet de la Manufacture des Tabacs à Strasbourg ; un lieu urbain conçu comme un réseau où acheter et

consommer des produits biologiques, un lieu de rencontre et d’échange entre les acteurs et les consommateurs. Imaginé avec l’OPABA, des agriculteurs, des restaurateurs, une Amap, des citoyens et des associations engagés, le projet de la Manufacture des Tabacs verra le jour en 2023. Terra Symbiosis en a financé le montage à partir de 2015 puis, en 2019, le comité de pilotage a décidé de créer une structure ad hoc, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif dont Patricia Jung-Singh est devenue présidente et qui représente la Manufacture avec 42 sociétaires, elle-même financée par la Fondation de France dans son appel à projets pour la transition écologique. « Les projets de la fondation Terra Symbiosis se

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concrétisent peu à peu avec le sentiment impérieux que notre civilisation doit changer et que seules des solutions éthiques, viables et positives peuvent répondre à la crise sociale et écologique que traverse l’humanité. Les projets collectifs sont de longue haleine, il s’agit d’une vraie aventure de coopération qui met en mouvement une gouvernance partagée, l’idée de bien commun dans le respect des écosystèmes naturels ». Un cercle vertueux soutenu par la Fondation de France afin de vivre en coexistence pacifiée et respectueuse des activités humaines, des ressources naturelles et de la biodiversité. Une direction vers un modèle de société pouvant être porteuse de projets et de prospérité pour tous.


Coopération transfrontalière

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Par Sylvia Dubost ~ Illustration : Fanny Delqué

Saute-frontières Main dans la main Si la philanthropie veut se développer, elle doit aussi pouvoir traverser les frontières. Une évidence sur le papier, un challenge encore dans les faits. À travers notamment les Rencontres franco-allemandes de la philanthropie, la Fondation de France travaille avec ses partenaires allemands à favoriser la coopération transfrontalière. Une dynamique encore émergente alors qu’elle apparaît comme une évidence. Pourquoi, comment, et que faire ?

Coopérer, pour quoi faire ? « Bigger is better ? Größer ist besser ? » Comme le reste du tissu économique, le secteur de la philanthropie est traversé par une nécessité de concentration, pour des raisons similaires et singulières. « Les fondations sont confrontées à des défis qu’elles ne pourront relever qu’ensemble, analyse

Jean-Marie Adam, correspondant professions juridiques et financières à la Fondation de France Grand Est. Comme les taux d’intérêt diminuent, elles subissent une baisse des ressources et ont besoin d’en trouver. Elles doivent aussi réduire au maximum leurs charges. » Les fondations doivent aussi intégrer la digitalisation des modes de

travail et de la communication, ainsi de nouvelles méthodes de levées de fonds (comme l’arrondi pratiqué aux caisses de supermarché). « Tout cela nécessite de nouvelles compétences et demande de la formation, précise JeanMarie Adam. Quand on peut la faire pour un gros réseau, c’est plus efficace et moins cher. »

Voilà pour l’état des lieux. La coopération transfrontalière n’est certes qu’un élément de ce nécessaire développement, mais elle est fondamentale car elle dépasse la dimension financière/économique/ quantitative. Elle répond autant à la question du sens des actions qu’à celle des moyens. Coopérer à


Coopération transfrontalière l’international, de l’avis unanime de tous nos interlocuteurs, c’est avant tout apprendre de l’autre, bénéficier de retours d’expériences d’autant plus riches qu’elles s’exercent dans des contextes différents. Et de manière évidente, en tout cas pour eux, peutêtre moins pour les autres citoyens : coopérer, c’est construire un espace commun. Des barrières ? Alors, si tout le monde est d’accord, pourquoi les coopérations transfrontalières ne fleurissent-elles pas davantage ? Particulièrement celles entre la France et l’Allemagne, les deux pays fondateurs de l’Europe. « Il existe beaucoup de projets franco-allemands, rappelle Hans Beitz, directeur de la fondation ASKO Europa-Stiftung à Sarrebrück, qui soutient les initiatives transfrontalières, mais les initiateurs ont toujours apporté leur propre budget. La question des dons n’a jamais vraiment été posée car jusqu’à très récemment, il existait des barrières administratives. » Elles existent encore, mais un outil facilite désormais grandement les dons d’un pays à l’autre. En l’absence de politique fiscale commune, le réseau Transnational Giving Europe (TGE) permet de faire un don à une organisation caritative d’un autre pays tout en bénéficiant des avantages fiscaux dans le sien. L’opération se fait par l’intermédiaire de la fondation référente de son pays de résidence (en l’occurrence la Fondation de France et Maecenata en Allemagne) et permet à des particuliers comme à des entreprises de soutenir des actions qui leur tiennent à cœur, par-delà les frontières. « L’incendie de Notre-Dame a ému le monde entier, indique Jean-Marie Adam, des Allemands ont aussi fait des dons via le TGE. L’opéra de Bayreuth est ainsi soutenu par des dons internationaux. » Le TGE est un outil précieux, certes, mais on parle là de transferts de fonds d’un pays à un autre, pas tellement de coopération. « Quand on regarde de près, les fondations qui ont une action transfrontalière ne sont pas nombreuses, confirme Jean-Marie Adam, et concernent certains secteurs seulement, comme l’enseignement universitaire, la recherche médicale, et dans une moindre mesure la culture. » Deux cultures « Toute coopération entre la France et l’Allemagne, économique, politique, etc., doit toujours prendre en compte le fait que nous vivons dans deux systèmes administratifs, politiques et culturels différents, résume Frank Baasner, Directeur du Deutsch-Französisches Institut. En soi, ce n’est pas grave. Mais c’est un vrai défi d’avoir toujours présent à l’esprit ces différences de fonctionnement et de conception. » Le rôle de la philanthropie est en effet radicalement différent dans les sociétés française et

allemande, où elle prend une place fondamentale et s’enracine dans une longue histoire. « En Allemagne, les fondations se renforcent dès le XIII e siècle, explique Rupert Graf Strachwitz de la Fondation Maecenata, et il existe des fondations de villes, d’universités, d’églises. À ce jour en Allemagne, 250 fondations ont plus de 500 ans. » L’Allemagne compte plus de 22 000 fondations, avec plus de 500 créations par an, quand en 2018 la France cumule 5 300 fondations et fonds de dotation. « Sur le secteur philanthropique, on a une grande différence de fond, analyse Frank Baasner : le rapport entre État et société civile, qui vient pour faire simple de la Révolution française, où la loi de 1791 a confirmé la méfiance envers le privé, la crainte de la mainmise sur les capitaux. Cette méfiance fait qu’on n’a pas laissé se développer une société civile forte. En Allemagne en revanche, il n’y a pas d’État centralisé avant 1870. » Le 17 novembre 2020, lors d’une rencontre franco-allemande, Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire de la Fondation de France, confirme et complète : « À la fin du XIXe siècle, la philanthropie était contestée par les penseurs socialistes et solidaristes. Au XXe, l’État prend largement en charge les besoins des individus. » Il a le monopole de l’intérêt général, ce qui explique en partie le développement faible et tardif des fondations. En Allemagne a contrario, de grandes et puissantes fondations mènent une activité presque politique, comme Bertelsmann, qui développe aussi des activités de recherche et interpelle régulièrement les politiques. Pour Frank Baasner, « elles se mêlent de ce qui les regarde, alors qu’en France on s’interrogerait sur leur légitimité. » Mais les choses évoluent, « l’état comprend qu’il ne peut pas tout faire, et qu’il faut laisser une part à la société civile. » Administratives, culturelles, les barrières sont parfois juridiques. Hans Beitz cite ainsi le programme Start, initié par la fondation allemande Hertie, destiné aux jeunes migrants arrivés en Allemagne, Autriche et Suisse. Il leur octroie une bourse mensuelle et propose des programmes pédagogiques. « On a essayé de l’initier en France, mais il n’est pas adaptable pour une raison constitutionnelle : ce serait discriminatoire envers les autres jeunes. » Tous ces freins, la Fondation de France Grand Est les a bien identifiés depuis qu’elle a orienté, il y a trois ans, un de ses axes de développement vers l’Allemagne. « On a aussi pris conscience des potentiels, explique Jean-Marie Adam, l’un des maîtres d’œuvre de ce rapprochement. Maintenant, il faut mettre en place des projets, des solutions. C’est ce à quoi vont s’atteler les prochaines Journées franco-allemandes de la philanthropie » [voir encadré, NDLR]. Au niveau transfrontalier, « le pari est que ceux qui au préalable auront déjà réfléchi à travailler ensemble auront un temps d’avance. »

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Pour Frank Baasner aussi, la mise en place d’une dynamique durable passe en premier lieu par les projets, les actions. « Il faudrait se mettre d’accord sur un ou deux projets communs, créer quelque chose de visible pour montrer qu’on sait faire. Cela entraînerait tout le monde. Pour cela, il faut proposer des champs d’actions où il n’y a pas encore d’acteurs. Ensuite, ce sera aux fondations d’agir. » En tous les cas, ce

n’est pas un problème de désir, sur ce point aussi nos interlocuteurs sont unanimes. « Quand je m’adresse à des Allemands, affirme Frank Baasner, par principe, ils arrivent. De nombreux philanthropes sont convaincus que travailler avec la France est essentiel pour l’Europe. Ce qui est frustrant pour des Allemands, c’est qu’après un premier contact il n’y a pas d’actions concrètes. » À bon entendeur…

Francis Hirn Président du Comité Alsace Fondation de France Grand Est « Dans la mesure où mon implication de manière générale à la Fondation est de contribuer modestement à des missions d’intérêt général, notamment dans des domaines où les pouvoirs publics seuls sont de moins en moins en mesure de suppléer aux manques et besoins énormes, cette réflexion croisée sur la philanthropie est tout à fait passionnante. Elle permet de mieux progresser sur le chemin de la recherche du mieux vivre ensemble, de la fraternité, de plus d’égalité et de moins d’injustice sociale. Dans ces domaines, j’attends plus de l’initiative privée et de l’engagement civique que des acteurs publics. Il faut pour cela une reconnaissance mutuelle et un cadre réglementaire et moral favorable, points sur lesquels l’expérience, la culture et les pratiques des autres sont utiles. Même si la philanthropie internationale existe dans de nombreux domaines, grâce en particulier à des mécanismes comme le Transnational Giving Europe, auxquels participent de plus en plus de pays européens, la confrontation franco-allemande, l’examen de nos convergences et divergences peut nous permettre d’aller vers une vision européenne plus élaborée. Et peut-être aussi sensibiliser plus fortement les autorités à cette approche. Notre voisinage géographique avec nos amis allemands et une certaine proximité culturelle, voire linguistique, sont un terrain favorable pour promouvoir une philanthropie transfrontalière. L’expérience allemande montre aussi combien la philanthropie est présente et agit localement, sur des chantiers de proximité. Dans notre pays beaucoup trop centralisé et où la règle dominante est le « top down », l’expérience de nos voisins est intéressante et séduisante pour quelqu’un qui – comme je le suis – est convaincu par les vertus de la proximité et du processus « bottom up ».

Les Journées franco-allemandes de la philanthropie Pour favoriser le rapprochement entre les acteurs de la philanthropie de part et d’autre du Rhin, pour que cette dynamique dépasse les coopérations ponctuelles sur des projets spécifiques, la Fondation de France Grand Est et la fondation sarroise Asko Europa Stitung organisent depuis 2020 des séminaires transfrontaliers. Il s’agissait d’abord de faire connaissance, de mieux connaître le terrain philanthropique dans chacun des deux pays, les dispositifs existants puis de présenter quelques projets pionniers. Vous pouvez retrouver tous les échanges et la documentation afférente sur le site : https://www.fondationdefrance.org/fr/journees-franco-allemandes-dela-philanthropie-une-premiere . Pour plus d’informations, n’hésitez pas à envoyer un mail à grandest@fdf.org.

Transform Débordant largement du cadre franco-allemand, le projet Transform (Transational Forum on Integrated Community Care) est porté par neuf fondations européennes et canadiennes (dont la Fondation de France). Lancé en 2018, il s’est donné pour mission de promouvoir un autre modèle de soin, privilégiant la prise en compte des malades dans leur cadre de vie et la coordination entre acteurs du soin, du médico-social, du cadre familial ou communautaire. Transform valorise les initiatives œuvrant dans ce sens, notamment en les recensant sur un site internet. On y retrouve des projets comme la Poliklinik Veddel, maison de santé pluridisciplinaire créée après consultation citoyenne dans un district de Hambourg, qui œuvre notamment en direction d’une population migrante et précarisée avec une gouvernance interprofessionnelle (acteurs du soin, du médico-social, juristes, interprètes…) et horizontale. L’idée est de s’inspirer d’initiatives et de réponses comme celles-ci, partout dans le monde, pour inciter les professionnels de santé à changer leurs pratiques. Et rien n’est plus efficace qu’une initiative internationale pour montrer tout le champ des possibles. transform-integratedcommunitycare.com


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Par Coralie Donas ~ Illustration : Fanny Delqué

Recherche médicale : mettre en lumière des projets peu connus La recherche médicale est une thématique centrale pour la Fondation de France. Elle soutient prioritairement des sujets montants et encore peu traités par la recherche publique.

La recherche médicale est un des piliers historiques de la Fondation de France. Une centaine de fondations sont actuellement abritées sur le sujet. Une dizaine de programmes sont soutenus directement par la Fondation de France. « Nous soutenons la recherche sur les causes majeures de décès, les cancers et les maladies cardiovasculaires. Dans ces thématiques déjà couvertes par la recherche publique, nous essayons de trouver le programme de niche, qui attire moins de financement. Par exemple, nous soutenons dans le cadre du programme sur le cancer, un axe de recherche sur la résistance aux traitements », explique Nathalie Senecal, responsable du département santé et recherche médicale de la Fondation de France. L’institution accompagne des projets sur les âges extrêmes de la vie, l’autisme et le neurodéveloppement. Un des programmes historiques de la Fondation porte sur les maladies de l’œil. Depuis trente ans, elle soutient les travaux de chercheurs et de médecins ophtalmologues. « Les maladies ont beaucoup évolué depuis le début du programme mais les besoins persistent. La cataracte se soigne bien aujourd’hui, mais la dégénérescence maculaire liée à l’âge, la DMLA, est une nouvelle source d’inquiétude », illustre Nathalie Senecal. Santé mentale Toujours dans un souci de faire connaître des sujets peu explorés par la recherche publique, la Fondation de France soutient aussi la cause des maladies psychiatriques. « C’est

la première cause de handicap en France et cela représente 3 % de la recherche publique. La santé mentale, la psychiatrie restent des sujets tabous en France, peu d’acteurs sont prêts à y aller », reprend Nathalie Senecal. Les projets retenus s’orientent sur l’aide à la vie quotidienne des personnes, ou le repérage précoce des maladies. « Nous avons aussi lancé une expérimentation sur l’accompagnement des personnes malades et vieillissantes. Après 60 ans, elles n’ont plus accès aux établissements pour travailleurs handicapés, et la seule solution qui leur est proposée est l’Ehpad », explique encore Nathalie Senecal.

dans leur pratique, d’humanisation des soins, pour les patients et les soignants. Des thématiques dont l’importance a encore été renforcée par la crise sanitaire de 2020. « C’est la force de la Fondation de France de pouvoir accompagner ce sujet qui a du mal à trouver des financements, car il ne s’agit pas de sciences dures. Certains projets ont du mal à percer car ils ne correspondent pas aux critères classiques de sélection dans la recherche, qui passent notamment par la publication d’articles dans des revues scientifiques », observe JeanDamien Collin, délégué général de la Fondation de France Grand Est.

Sciences humaines et sociales Pour être soutenus par la Fondation de France, les chercheurs répondent à un appel à projets et leurs propositions sont examinées par un comité d’experts. Parmi les critères appliqués, la pertinence, la qualité scientifique, le côté innovant du projet soumis seront étudiés. Ainsi que la structuration des équipes. « Dans un certain nombre de nos programmes, nous cherchons le croisement des disciplines, des projets portés à la fois par une équipe de chercheurs et une équipe de cliniciens par exemple », détaille Nathalie Senecal. La Fondation soutient beaucoup le travail des jeunes chercheurs. Les sciences « dures » ne sont pas les seules représentées. Le programme « Soigner, soulager, accompagner » appartient au domaine des sciences humaines et sociales. Il s’agit de projets d’accompagnement de la fin de vie, d’aide aux équipes soignantes

Témoignage « être choisi par la Fondation de France donne une visibilité » « Sans argent dans la recherche, on ne travaille pas ! » résume Yann Herault, directeur de recherche au CNRS à Strasbourg. Il travaille depuis une vingtaine d’années sur les troubles neurocomportementaux associés à des déficiences intellectuelles ou des troubles du spectre autistique. Avec deux équipes de l’université de Tours, il conduit une recherche sur la mutation et la délétion du gène « PTCHD » et ses effets sur l’autisme. Ce gène joue un rôle important dans le passage des informations entre les neurones. L’objectif des chercheurs est de comprendre les mécanismes et de trouver des approches pour pallier les défaillances induites par la mutation de ce gène. Lorsque la Fondation lance un appel à projets sur l’axe « autisme et neurodéveloppement de l’enfant », l’équipe

candidate. « Nous venions d’être publiés dans une revue scientifique. Nous avons rebondi sur cette actualité et mis en avant dans notre dossier notre protocole expérimental, les questions que nous posons avec notre recherche », explique Yann Herault. Le projet convainc le comité d’experts de la Fondation et décroche un financement de 177 200 euros en 2019. « être choisi par la Fondation de France donne une visibilité de la recherche au grand public, et aussi dans le milieu scientifique. En effet, recevoir un financement dans le cadre d’un appel à projets sélectif est une garantie que la recherche que nous proposons va dans le bon sens. Elle est évaluée et validée par nos pairs. C’est un point important car les scientifiques ne travaillent pas seuls dans leur coin », reprend Yann Hérault. Le prix a aussi permis à l’équipe de poursuivre son travail. « Ce financement a eu un effet levier, puisqu’il a été suivi d’un financement de l’Agence nationale de la recherche pour une nouvelle période de trois ans », détaille Yann Hérault.


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équipe permanente Jean-Damien COLLIN Délégué général 06 19 04 39 74 / 03 88 22 78 66 Jean-damien.collin@fdf.org Sophie AMEUR Déléguée au développement régional Accompagne les donateurs, fondateurs, entreprises et testateurs dans la concrétisation de leurs intentions généreuses. 06 68 70 59 82 / 03 88 22 78 69 Sophie.ameur@fdf.org Jean-Damien COLLIN

Sophie AMEUR

Clara APARICIO DELGADO

Elodie GRUAT

Francis HIRN

Clara APARICIO DELGADO Chargée de coordination régionale Guide et accompagne les porteurs de projets 03 88 22 78 66 / Clara.apariciodelgado@fdf.org Elodie GRUAT Chargée de relations régionales Conçoit et met en œuvre les actions de communication 03 88 22 78 67 / Elodie.gruat@fdf.org

équipe bénévole

Christian ABT

Jean-Marie ADAM

Marie AMALFITANO

Yves BACHMANN

Marie-Reine BITSCH

La Fondation de France Grand Est s’appuie sur une équipe d’une trentaine de bénévoles. Chercheurs, enseignants, dirigeants d’entreprises, médecins, travailleurs sociaux, notaires, banquiers privés, gestionnaires de patrimoine… Ces bénévoles engagés à nos côtés nous apportent, notamment par leur parcours professionnel, un regard et une expertise des plus pointus. Francis HIRN Président du Comité Alsace / Bas-Rhin Christian ABT Instructeur / Haut-Rhin Jean-Marie ADAM Correspondant professions juridiques et financières et des relations franco-allemandes / Bas-Rhin Marie AMALFITANO Instructrice, Référente Habitat / Bas-Rhin

Bernard BLOCHS

Brigitte CAHEN

Antonia CASTORINO

Blandine ERB

Éric FAURE

Yves BACHMANN Instructeur / Bas-Rhin Marie-Reine BITSCH Instructrice / Haut-Rhin Bernard BLOCHS Instructeur, Référent La Mécanique Des Idées Mulhouse / Haut-Rhin Brigitte CAHEN Instructrice, Référente Migrants / Moselle Antonia CASTORINO Instructrice, Référente EnfanceFamille et Grandir en culture / Moselle Blandine ERB Instructrice / Bas-Rhin Éric FAURE Instructeur / Bas-Rhin Claude GUIGNARD Instructeur / Haut-Rhin

Claude GUIGNARD

Jean-Claude HAYME

Fabrice JEHLE

Martine KNAUER

Chantal LABURTE

Jean-Claude HAYME Instructeur / Haut-Rhin Fabrice JEHLE Instructeur, Référent programme Insertion Femmes et sport et Correspondant professions juridiques et financières / Bas-Rhin Martine KNAUER Instructrice, Référente Transition écologique et co-référente Grandir en culture / Bas-Rhin Chantal LABURTE Instructrice, Référente Santé / Haut-Rhin Pierre LOUIS Instructeur / Moselle Jean-François MAMIAS Correspondant libéralités / Meurthe et Moselle

Pierre LOUIS

Jean-François MAMIAS

Hervé MARCHI

Robert MARTINI

Patrick MORIN

Hervé MARCHI Instructeur / Meurthe et Moselle Robert MARTINI Correspondant libéralités / Moselle Patrick MORIN Instructeur, Référent Collège et Décrochage scolaire Meurthe et Moselle Jean-Christophe MOUGEL Instructeur, Référent La Mécanique Des Idées Mulhouse et Correspondant professions juridiques et financières / Haut-Rhin Philippe MOUZON Instructeur / Meurthe et Moselle Martine RONGVAUX Instructrice / Meuse Marc SCHULTZ Correspondant libéralités / Bas-Rhin

Jean-Christophe MOUGEL

Philippe MOUZON

Martine RONGVAUX

h ors - s é rie

Marc SCHULTZ

N º 2 3

du

Maria STREBLER

Maria STREBLER Correspondante professions juridiques et financières / Bas-Rhin

maga z ine

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Directeur de la publication et de la rédaction : Philippe Schweyer — Direction artistique et graphisme : star★light — Rédacteurs : Nicolas Bézard, Valérie Bisson, Coralie Donas, Sylvia Dubost Illustrateurs : Fanny Delqué, Sylvie Kromer, Lili Terrana — Portraits : Dorian Rollin — Relecture : Sybille Duponq — Ott imprimeurs — Dépôt légal : mars 2022 — ISSN : 1969-9514 — © Novo 2022 Ce hors-série du magazine Novo est édité par Médiapop. www.novomag.fr


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