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A la veille des élections européennes

Pour une mobilisation du vivre ensemble face à la montée des intolérances Présentation de l’appel des associations du Vivre Ensemble Conférence de presse – 20 mai 2014

Les associations du Vivre Ensemble Les présidents de six grandes associations de solidarité - ATD Quart Monde, le CCFD – Terre solidaire, La Cimade, Emmaüs France, Médecins du Monde et le Secours Catholique – Caritas France - se retrouvent depuis plusieurs années pour échanger sur les sujets relatifs à la politique d’immigration et d’asile, sur la montée des phénomènes d’intolérance voire de xénophobie, et plus généralement sur les phénomènes d’exclusion et de marginalisation des minorités. Des initiatives communes ont été prises au fil de l’actualité : des actions de plaidoyer en 2011, lors du projet de loi Besson sur l’immigration, la publication du livre « Nous pouvons vraiment Vivre ensemble » en 2012, sous la signature des présidents ; Plusieurs tribunes de presse ont été cosignées et divers rendez-vous organisés avec les ministères (notamment le ministère de l’Intérieur) ; Le groupe a été reçu par le Président de la République en septembre 2013. Pourquoi ce groupe ? Nos six associations ont bien des points communs : des réseaux nationaux alliant le très fort engagement de bénévoles à celui de professionnels, un projet associatif visant à développer des actions concrètes de solidarité tout en s’attaquant aux causes mêmes de la pauvreté et des exclusions, des valeurs et des références proches sinon communes. Sur le terrain, les collaborations concrètes sont souvent anciennes entre équipes, bénévoles ou militants de nos associations. Nos associations sont présentes dans bien d’autres réseaux communs, comme le collectif Alerte ou d’autres lieux de coordination associative spécifique à tel ou tel thème. Elles sont toutes également investies dans des réseaux européens et internationaux qui leur donnent une vision large des enjeux et des conséquences des politiques menées par l’Union Européenne ou par ses membres. Notre conviction s’est forgé qu’une plus grande proximité dans l’action et le plaidoyer est un atout important pour démultiplier notre capacité à défendre et faire vivre concrètement nos valeurs communes, dans nos réseaux respectifs, dans l’opinion, et auprès des pouvoirs publics nationaux et européens.

Présentation de l’appel des associations du Vivre Ensemble. Conférence de presse du 20 mai 2014

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Nos mouvements ont un rôle et une responsabilité à assumer collectivement pour que les valeurs du Vivre Ensemble restent bien celles qui structurent le quotidien de notre société.

Pourquoi cet appel aujourd’hui ? A la veille des élections européennes, nous avons estimé nécessaire de nous exprimer ensemble : Depuis trop longtemps, les "forces" et les exigences éthiques sont étouffées par des discours et des pratiques entretenant un climat de méfiance et de peurs. Le contexte économique et social favorise la perte de repères. Les expressions d’exclusion, de racisme, d’antisémitisme se banalisent. Comme toujours dans l’histoire, la figure de « l’étranger indésirable » sert de bouc émissaire. Les préjugés et les propos mensongers visant à mettre les étrangers en opposition et/ou en concurrence avec les citoyens français se répandent dangereusement. La France n’est malheureusement pas la seule concernée, si l’on en juge par la montée des thèses xénophobes dans la plupart des pays d’Europe. Or nous sommes convaincus qu’une majorité de citoyens de ce pays sont fidèles et profondément attachés à la justice, aux valeurs de liberté et d’égalité, et sont prêts à s’engager pour que la Fraternité affichée aux frontons de nos mairies se concrétise par des actes concrets. C’est pour cela que nous avons décidé de nous exprimer fortement ! Nous ne devons plus laisser les thèses d’exclusion empoisonner l’espace public ! Le temps est à la prise de parole et à l’action de tous ceux qui veulent promouvoir ces valeurs de solidarité et d’hospitalité, et qui veulent nourrir la société et l’Europe d’une vision plus fraternelle, plus juste, plus accueillante aux vulnérables. A l’occasion des élections européennes, nous appelons à la mobilisation pour défendre les principes du « vivre ensemble » : les réactions de peur et de fermeture sont autant de menaces pour le projet européen lui-même que pour la politique de l’Union Européenne sur les questions de l’asile et de la politique migratoire dont la visée sécuritaire pourrait encore être renforcée. Nous sommes convaincus que la poursuite du projet européen n’aura de sens que si elle se fait autour de cet axe : faire de notre continent un exemple du Vivre ensemble. Nous avons été capables de nous unir au-delà de nos différences, nous sommes capables de le rester en intégrant ceux qui nous rejoignent d’ailleurs en aspirant à une vie meilleure.

Une mobilisation dans la durée Au-delà du 25 mai, nous en appelons à une mobilisation qui doit s’inscrire dans la durée. Nous mobiliserons nos réseaux ensemble pour nous opposer et refuser tout acte ou propos stigmatisant ; pour déconstruire les idées mensongères et injustes ; pour inciter les gens à se rencontrer et découvrir au-delà des clichés et des idées toutes faites tout l’apport et toutes les richesses de la diversité ; pour appeler à une politique qui s’attaque aux causes de l’exclusion et de la marginalisation des migrants Présentation de l’appel des associations du Vivre Ensemble. Conférence de presse du 20 mai 2014

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Nous voulons agir dans la durée pour renouer avec la justice et les valeurs du vivre ensemble. Le combat à mener pour contrecarrer les tendances lourdes du repli sur soi, de la méconnaissance et des préjugés sera long. Le mouvement auquel nous appelons a vocation à s’élargir et réunir autour de lui un large éventail d’organisations et de personnalités.

Des exigences fortes sur la politique européenne à l’égard des plus fragiles Notre intervention commune porte sur les valeurs, sur ce refus de la tentation du repli nationaliste qui favorise la montée des thèses d’exclusion. Mais nous avons aussi chacun des demandes concrètes : à l’occasion des élections européennes, chacune de nos associations a développé un plaidoyer et des actions propres, pour pousser et faire avancer tel ou tel aspect de la politique européenne afin que soit construire une Europe plus juste, plus solidaire, plus fraternelle. Nous avons des champs d’intervention complémentaires les uns aux autres, et il est logique que nos revendications respectives s’ajoutent les unes aux autres. Nous n’avons donc pas fait un catalogue de revendications communes, mais avons choisi d’exposer aujourd’hui chacun un thème de nos plaidoyers respectifs. Ces six thèmes, parmi d’autres, traduisent en projet et en revendication concrète les exigences que nous portons ensemble d’une société européenne ouverte et juste.

Présentation de l’appel des associations du Vivre Ensemble. Conférence de presse du 20 mai 2014

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Pour une mobilisation du vivre ensemble face à la montée des intolérances Dans son histoire, la France a su faire la preuve de sa capacité à accueillir l'étranger. Aujourd'hui encore, sur le terrain, les actions de solidarité sont nombreuses. Mais les "forces" et les exigences éthiques sont étouffées par des discours et des pratiques entretenant un climat de méfiance et de peurs. Le contexte d’insécurité économique favorise la perte de repères sur laquelle se greffent des expressions d’exclusion, de racisme, d’antisémitisme. Comme toujours dans l’histoire, la figure de « l’étranger indésirable » sert de bouc émissaire. Les préjugés et les propos mensongers visant à mettre les étrangers en opposition et/ou en concurrence avec les citoyens français se répandent dangereusement. La France n’est malheureusement pas seule concernée, si l’on en juge par la montée des thèses xénophobes dans la plupart des pays d’Europe. Leur écho amplifié par internet et certains médias donne l’impression que toute la France est gagnée par ces dérives intolérables. Or cela est faux ! Nous sommes convaincus qu’une majorité de citoyens de ce pays sont fidèles et profondément attachés à la justice, aux valeurs de liberté et d’égalité, et sont prêts à s’engager pour que la Fraternité affichée aux frontons de nos mairies se concrétise par des actes concrets. Nous ne devons plus laisser les thèses d’exclusion empoisonner l’espace public ! Il est indispensable et urgent que des voix fortes et multiples s’élèvent. Le temps n’est pas à la paralysie, mais bien au contraire à la prise de parole et à l’action de tous ceux qui veulent promouvoir ces valeurs de solidarité et d’hospitalité, et qui veulent nourrir la société d’une vision plus fraternelle, plus juste, plus accueillante aux vulnérables. Oui, le « vivre ensemble » est non seulement préférable aux relations de méfiance et de rejets mutuels, mais il est possible et déjà à l’œuvre sous de multiples formes dans notre pays ! C’est ce message que nos associations - ATD quart Monde, CCFD-Terre Solidaire, La Cimade, Emmaüs, Médecins du Monde et le Secours Catholique -, issues d’histoires singulières, représentant des sensibilités diverses, et partageant des valeurs communes, entendent porter ensemble en appelant à une mobilisation qui doit s’inscrire dans la durée. A l’occasion des prochaines élections européennes, nous appelons nos réseaux à se mobiliser pour défendre les principes du « vivre ensemble » : les réactions de peur et de fermeture sont autant de menaces pour le projet européen lui-même que pour la politique de l’Union Européenne sur les questions de l’asile et de la politique migratoire dont la perspective sécuritaire pourrait encore être renforcée. Convaincus que nos mouvements ont la capacité, ensemble, d’agir efficacement pour interpeller et faire entendre une autre voix que celle de l’exclusion, nous vous appelons à vous mobiliser. Prenons ensemble l’initiative sur le terrain !

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Nous proposons plusieurs axes de mobilisation : Ensemble pour s’opposer et refuser tout acte ou propos stigmatisant. Renforçons nos liens et nos partenariats localement pour qu’ensemble nous puissions plus fortement réagir, nous opposer et dénoncer partout où se produiront les actes et les propos qui remettent en cause la dignité de la personne et des groupes de personnes.

Ensemble pour déconstruire les idées mensongères et injustes Pour déconstruire les propos d’exclusion qui présentent l’étranger comme un « fardeau », un usurpateur voire même un délinquant potentiel, répondons par des faits et des chiffres, développons et partageons des outils propres à faire tomber ces préjugés, à faire comprendre les réalités économiques et sociales des populations qui viennent en France, à montrer les apports et la richesse de la différence.

Ensemble pour provoquer les rencontres Si les mots sont utiles, ils ne sont pas suffisants. Les relations humaines doivent aider à faire tomber les barrières. Développons ensemble toutes les occasions qui permettront l’échange et la rencontre entre français et étrangers, quel que soit leur statut et leur origine, et favorisons les échanges concrets entre personnes, qu’ils soient culturels, festifs, sociaux, sportifs, économiques...

Agir dans la durée pour renouer avec la justice et les valeurs du vivre ensemble Le combat à mener pour contrecarrer les tendances lourdes du repli sur soi, de la méconnaissance et des préjugés sera long. Le mouvement auquel nous appelons a vocation à s’inscrire dans la durée, à s’élargir et réunir autour de lui un large éventail d’organisations et de personnalités.

Pierre-Yves Madignier Président d’ATD Quart Monde

Guy Aurenche Président du CCFD-Terre solidaire

Geneviève Jacques Présidente de la Cimade

Franz Valli Président d’Emmaüs France

Thierry Brigaud Président de Médecins du Monde

François Soulage Président du Secours Catholique 2/2


Vivre ensemble en Europe

Au moment où de nombreux citoyens mettent l’Europe en question, des personnes vivant la pauvreté et l’exclusion sociale se sont réunies pendant plusieurs mois avec des personnes solidaires, certaines ayant des responsabilités au niveau européen. Elles ont cherché à comprendre ce que fait l’Europe pour que la vie change pour les plus démunis et ont apporté leurs réflexions à partir de leur expérience de vie. Elles se sont préparées à dialoguer avec des fonctionnaires et députés européens.

Le 5 mars 2014, 17 délégations venues de dix pays se sont rassemblées au Parlement européen à Bruxelles pour une Université populaire Quart Monde européenne avec le soutien de l’intergroupe parlementaire « Extrême pauvreté et droits de l’homme ». Elle a permis de construire un pont entre des personnes qui habituellement ne se rencontrent pas. Elles ont pu réfléchir ensemble et bâtir des propositions visant à ce que l’éradication de l’extrême pauvreté et la lutte contre les inégalités soient au cœur du projet européen.

Ces 14 propositions concernent la jeunesse, l'école, l'emploi, un revenu minimum décent, la reconnaissance de la discrimination pour précarité sociale, la création d'espaces permettant aux personnes en situation de pauvreté de contribuer à la création et à l'évaluation des lois qui les concernent...

La première de ces propositions serait de garantir à toute personne vivant sur son territoire le droit à l’existence légale. De nombreuses personnes en Europe n’ont pas d’existence légale reconnue. Dès lors, elles n’ont accès à aucun droit (participation, travail, santé, logement, droit de vote...). Cela concerne de nombreux migrants mais aussi des personnes sans domicile, vivant à la rue ou dans des campings, l'absence d'adresse postale fixe en fait des clandestins dans leur propre pays.

Conférence de presse des associations du Vivre Ensemble -20 mai 2014


Vivre ensemble en Europe

« Agir pour que chaque Homme, chaque société, chaque nation puisse vivre, s’affirmer et s’accomplir dans l’échange et le partage, ainsi que dans une égale dignité » (Extrait du Manifeste Universel du Mouvement Emmaüs/ 1969)

Pour une politique économique européenne démocratique, plus humaine et solidaire Depuis plus de soixante ans, le Mouvement Emmaüs, solidaire et laïc, propose des réponses concrètes et innovantes pour lutter contre toutes les formes d’exclusion. Toujours tourné vers les réalités et les expériences du terrain, il a fait de l’activité un levier incontournable pour permettre aux personnes en grande précarité de retrouver espoir et dignité. Son expérience et celle des hommes et des femmes qui le composent en font aujourd’hui un acteur incontournable de la lutte contre la pauvreté. Sa longévité et sa capacité à adapter ses réponses face aux mutations de la misère attestent de la pertinence des actions qu’il met en œuvre. Porteur d’une vision de société où l’humain est au cœur du système et où chacun a sa place, il a su développer des solutions originales autour de valeurs fortes comme l’engagement et la solidarité. Emmaüs constate aujourd’hui que l’Union européenne donne systématiquement la préférence aux choix de la Commission européenne au détriment de ceux du Parlement européen, qui est pourtant l’organe démocratique et donc représentatif des citoyens. A la veille des élections européennes, nous dénonçons donc la politique ultralibérale de la Commission, qui privilégie ce qu’elle appelle « l’intégration économique » au lieu de favoriser le bien commun et un équilibre social, qui ont fait la culture de l’Europe. Ces orientations économiques ultralibérales ont pour effet pervers de détruire le tissu social et de marginaliser une grande partie de la société, qui ne peut plus vivre dignement. Cette marginalisation se traduit par une impossibilité pour les personnes mises à l’écart de retrouver du travail dans les circuits économiques officiels. De plus en plus nombreux, ils rejoignent différentes structures de l’Economie Sociale et Solidaire dont les groupes Emmaüs de France et d’Europe, qui leur proposent un modèle économique alternatif, où l’Homme a toute sa place. En effet, grâce à l’activité de récupération, de réemploi et de vente, le Mouvement Emmaüs mène une action originale en employant dans un parcours d’insertion ou de façon durable des personnes en très grande difficulté, exclues du monde du travail, et qui retrouvent, grâce à cette activité, confiance et dignité. Dans toutes ses structures, Emmaüs démontre ainsi qu’une autre économie est envisageable : oui, il est possible de construire une société plus solidaire, où l’économique n’est qu’un moyen au service de l’humain. C’est pourquoi nous interpellons aujourd’hui les pouvoirs publics et les citoyens, pour qu’ils fassent le choix d’une Europe tournée vers les Hommes, quels qu’ils soient, et qui privilégie une économie sociale et solidaire ! Nous demandons que la voix du Parlement Européen soit entendue et reconnue à la hauteur de la légitimité que ces élections lui reconnaissent.

Conférence de presse des associations du Vivre ensemble du 20 mai 2014


Vivre ensemble en Europe Europe : les personnes migrantes aux portes d’une forteresse Près de 20 000 personnes ont trouvé la mort en tentant de rejoindre l’Europe depuis 1988, une des conséquences du durcissement des politiques migratoires de l’UE et de ses Etats membres. L’UE et le fantasme de l’étanchéité des frontières Depuis qu’elle essaie de mettre en place des règles communes en matière d’asile et de migrations, l’UE a principalement concentré ses efforts et ses moyens sur le contrôle des frontières extérieures et sur la lutte contre l’immigration irrégulière, au détriment d’une politique active d’immigration basée sur la solidarité et le respect des droits fondamentaux des personnes migrantes. Les naufrages en Méditerranée de l’automne 2013 et de ces dernières semaines sont une des conséquences de la politique sécuritaire et de fermeture menée par l’UE qui crée un cercle vicieux. Les voies d’accès légales au territoire de l’UE sont de plus en plus restreintes - notamment à travers la politique des visas -, ce qui force les personnes migrantes à emprunter des filières « clandestines » et génère des sans-papiers. Dans le même temps, les pays de l’UE, sous le prétexte de cette immigration dite « clandestine », déploient un dispositif policier et militaire pour contenir et empêcher l’accès au territoire européen des personnes migrantes. L’agence Frontex, créée en 2004 pour aider l’UE à lutter contre l’immigration irrégulière, est un symbole de ce dispositif répressif. Les opérations qu’elle mène posent de nombreux problèmes en matière de droits fondamentaux. Par exemple, elles ne respectent pas toujours le droit d’asile et le principe de non-refoulement garanti par la Convention de Genève sur les réfugiés,1 particulièrement à la frontière gréco-turque où l’agence est actuellement très active. Loin de dissuader les personnes migrantes de rejoindre l’Europe, ces dispositifs sécuritaires et répressifs les contraignent à emprunter d’autres routes toujours plus dangereuses. Ils bénéficient surtout aux industries de la sécurité et de la défense. Une coopération avec les pays tiers en trompe l’œil Pour l’aider dans sa lutte contre l’immigration dite clandestine, l’UE a développé l’externalisation de ses politiques. C'est-à-dire qu’elle confie à d’autres le contrôle de ses frontières extérieures, et la répression des personnes migrantes qui va avec, loin des yeux des opinions publiques européennes. Pour cela, l’UE mène une coopération en trompe l’œil, orientée en fonction de ses intérêts, avec les pays de départ des migrants et les pays tampons aux frontières extérieures de l’UE (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Ukraine…) Des pressions sont exercées par l’UE à travers différents moyens (allocation d’aide économique ou d’aide au développement, assistance militaire, accords de facilitation de visas...), afin qu’ils acceptent de jouer un rôle de sous-traitance du contrôle des frontières de l’UE et de réadmettre leurs ressortissants, ou ceux ayant transités par leur territoire, interpelés en situation irrégulière dans l’UE. Ceci à travers la signature d’accords de réadmission ou de « partenariats pour la mobilité » (deux partenariats de ce type ont récemment été signés avec le Maroc et la Tunisie). L’agence Frontex contribue à cette politique d’externalisation. En effet, elle signe désormais des accords, appelés « accords de travail », avec des pays tiers, par exemple pour obtenir leur coopération dans des opérations de contrôle. Ces accords ne sont soumis à aucun contrôle démocratique. Avec l’externalisation, les frontières de l’UE reculent : elles s’étendent vers le sud et l’est. L’externalisation influence la législation des pays voisins où « l’émigration illégale » devient un délit (ex. de la Mauritanie). Une rupture avec les politiques migratoires actuelles est urgente. Après les élections européennes, les institutions de l’UE doivent adopter de nouvelles orientations en matière d’asile et de migrations. La France a un rôle clé à jouer pour s’assurer qu’elles mettent au centre la solidarité et le respect des droits des personnes migrantes. En poursuivant ce modèle de fermeture, l’UE ne ferait qu’alimenter les réflexes de méfiance et de repli sur soi dans le contexte actuel de montée de la xénophobie, mettant en danger les valeurs fondamentales sur lesquelles elle s’est construite. L’UE et ses Etats membres doivent reconnaître le rôle positif de l’immigration au lieu d’alimenter les peurs de l’Autre. 1

C’est un principe clé du droit international relatif aux réfugiés, qui stipule qu'aucun Etat ne refoulera de quelque manière que ce soit un réfugié vers un pays où sa vie ou sa liberté peut être menacée. Cela inclut la non-expulsion aux frontières. Conférence de presse des associations du Vivre ensemble du 20 mai 2014


Vivre ensemble en Europe Pour une gouvernance alternative des migrations, respectueuse des droits des migrants Le Parlement européen doit faire entendre sa voix pour promouvoir les instruments de gouvernance régionale et mondiale des migrations. Dans le cadre de son « Pacte pour une Europe exemplaire et respectueuse des droits humains », le CCFD-Terre Solidaire propose aux candidats aux élections européennes de s’engager en ce sens. Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire de construire une politique européenne qui prenne en compte la complexité et le caractère mondial du phénomène migratoire. Le Parlement européen doit inciter les Etats membres à ratifier la Convention des Nations unies pour la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille. La ratification de la Convention des Nations unies pour la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille est un prérequis essentiel pour donner corps à une approche multilatérale, fondée sur les droits fondamentaux des personnes. Adopté en 1990 et entré en vigueur en juillet 2003, ce texte est à ce jour le plus abouti en matière de droit international dans le domaine des migrations. Il s’agit du premier instrument politique et juridique international qui souligne la nécessité d’une gouvernance multilatérale, globale en matière de migrations - une problématique qui ne peut plus être abordée dans le seul cadre national. Ratifiée par 47 pays, la Convention reconnaît ainsi la vulnérabilité qui caractérise les travailleurs migrants et leurs familles et la nécessité de définir des mesures de protection permettant leur accès aux droits fondamentaux. Aucun Etat membre de l’Union européenne ne s’est aujourd’hui positionné en faveur d’une ratification de cette Convention. Et malgré les tentatives de la Commission et du Conseil européen de construire des instruments de dialogue régionaux, il n’y a pas eu de véritables avancées : seuls quelques accords bilatéraux sur la réadmission, le contrôle des flux et le renforcement des moyens de FRONTEX, agence européenne de sécurisation des frontières extérieures, ont été établis, autant d’outils bien souvent non respectueux des droits fondamentaux des personnes. Où en sont les institutions Européennes ? • En 2002 et 2005, le Parlement européen a appelé les Etats à ratifier la Convention des Nations unies pour les droits des travailleurs migrants. •

En 2005, le Conseil européen réfléchit à la construction d’une gouvernance régionale et affirme sa volonté de mettre en œuvre une approche globale des migrations, en regroupant « les politiques en matière de migration, de relations extérieures et de développement, afin de traiter les multiples questions liées aux migrations en adoptant une approche cohérente, globale et équilibrée dans le cadre de partenariats avec des pays tiers ». En 2011, à la suite des événements du Printemps Arabe, la Commission européenne prend position pour « traduire [ces politiques] en des propositions concrètes de dialogue et de coopération, notamment avec les pays voisins du Sud et de l’Est, avec l’Afrique, avec les pays candidats à l’adhésion et avec d’autres partenaires stratégiques ». Ainsi, pour la première

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fois, la Commission européenne, dans un contexte mondial en évolution, souligne la nécessité pour l’Union européenne de s’engager plus avant dans une gouvernance mondiale des migrations et de la mobilité. Pour autant, les Etats membres continuent à faire des questions migratoires une prérogative nationale et n’ont aujourd’hui repris que les aspects les plus sécuritaires et répressifs de ces propositions. Il est maintenant indispensable que le Parlement européen fasse entendre sa voix pour promouvoir la Convention des Nations unies pour la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, et s’orienter vers une approche alternative des migrations, davantage respectueuses des droits fondamentaux. Dans le cadre d’un « Pacte pour une Europe exemplaire et respectueuse des droits humains », le CCFD-Terre Solidaire propose aux candidats aux élections européennes de s’engager pour : •

faire pression sur les Etats membres afin qu’ils ratifient la Convention des Nations unies pour la Protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille. La ratification de cette Convention répondra ainsi à une triple nécessité, contribuant à la construction d’une gouvernance régionale, mondiale et multilatérale des questions de migrations : - la construction d’une gouvernance fondée sur des instruments politiques et juridiques communs à l’échelle internationale ; - la création d’espaces de concertation et de décision multilatérale, à l’échelle régionale et internationale ; - l’ouverture de ces espaces aux acteurs de la société civile internationale.

Appliquer de manière effective cette Convention et s’engager à soumettre le rapport d’application devant le Comité des Nations unies pour la Protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille tous les 4 ans.

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Vivre ensemble en Europe Pour une Europe sociale et solidaire garantissant l’accès aux soins des plus précaires La crise économique et les mesures d’austérité prises par les gouvernements ont des effets néfastes sur la santé des populations. Les groupes déjà fragilisés avant la crise – ressortissants européens démunis, migrants sans papiers, demandeurs d’asile, usagers de drogues, travailleur(se)s du sexe et sans-abris connaissent une réduction, voire une privation des éléments de sécurité et des réseaux qui leur assuraient une assistance de base. En Espagne, les immigrés adultes sans papiers ont été exclus des soins depuis le Décret-loi royal 16/2012. A travers l’Europe, on observe également la montée de la xénophobie qui se traduit par des agressions et des crimes de haine. Médecins du Monde constate que l'état de santé des patients rencontrés dans ses centres est inquiétant. Alors que les femmes et les enfants devraient bénéficier d’une protection spécifique en raison de leur grande vulnérabilité, le rapport démontre qu’ils sont plus que d’autres populations victimes des impacts de la crise. Dans beaucoup de pays, les femmes enceintes sans couverture maladie doivent régler elles-mêmes tous les frais des soins prénataux et d’accouchement. Des obstacles financiers et légaux excluent aussi un nombre croissant d’enfants de l’accès aux soins et à la prévention, comme la vaccination. Certains partis politiques profitent de cette situation pour accabler ces populations démunies et en faire les boucs-émissaires de la crise. Ces injustices remettent en cause le socle social de la solidarité en Europe et doivent être combattues. Dans son rapport, le réseau international de Médecins du Monde présente les chiffres clés des données 2013 recueillies au cours de 29 400 consultations dans quelques-uns de ses centres d’accès aux soins (dans 25 villes de huit pays européens : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Pays-Bas, RoyaumeUni, Suisse) : • • • •

2/3 des femmes enceintes n’ont pas eu accès aux soins prénataux avant de consulter dans les centres de MdM. Parmi celles qui avaient accès aux soins prénataux, 43 % avaient été suivies trop tardivement. Seul un mineur sur deux, au mieux, est vacciné contre le tétanos, l’hépatite B, la rougeole ou la coqueluche. Dans certains pays, ce taux est inférieur à 30 %, ce qui est bien en-deçà des taux de couverture vaccinale de la population générale, qui se situent autour de 90 %. Seules 2% des personnes citent la santé personnelle comme motif de migration, réfutant ainsi l'idée reçue que les mécanismes de protection sociale représentent un facteur d'attraction pour les migrants. 76 % des personnes interrogées ont rapporté avoir vécu au moins une expérience de violence. Près de 20 % des violences ont été subies en Europe.

Médecins du Monde demande aux futurs parlementaires européens : -

De bâtir et préserver des systèmes de santé nationaux universels, solidaires et équitables, ouverts à toute personne vivant dans l’Union européenne (UE)

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de garantir l’accès aux soins de tous les enfants et de toutes les femmes enceintes

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de lutter contre les discours xénophobes incitant à la haine et tenant les immigrés pour responsables de la crise

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Vivre ensemble en Europe L’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés Les accords de Dublin, symboles de l’absence de solidarité européenne L’un des thèmes portés par le Secours catholique à l’occasion des élections européennes concerne la remise en cause des accords de Dublin qui, depuis 1990, déterminent l’Etat responsable de l’examen d’une demande d’asile. Ces accords, modifiés à la marge en juin 2013 (Dublin III), symbolisent l’orientation prise par les Etats de l’Union Européenne depuis plus de 20 ans : « se protéger des réfugiés » et non « protéger les réfugiés », au risque de renoncer aux valeurs mêmes qui ont fondé la démarche européenne. Que disent ces accords ? Deux choses ; Un demandeur d’asile ne peut voir examinée sa demande de protection que dans un seul Etat de l’Union. En conséquence, la décision prise par cet Etat vaut pour l’ensemble de l’Union. Nous pouvons sans difficulté admettre ce principe, conforme à l’idée de la construction de l’UE. En revanche, les accords de Dublin contraignent, sauf rares exceptions, le demandeur d’asile à déposer sa demande de protection dans le premier pays de l’UE auquel il aura pu accéder. C’est cette disposition, centrale dans Dublin, qui est profondément perverse. Elle est inadaptée, mais surtout choquante pour les conséquences qu’elle entraine. En premier lieu, elle interdit aux réfugiés, qui n’ont pas eu d’autres choix que de quitter leur pays où ils étaient en danger, de solliciter une protection à l’Etat de leur préférence. Or le choix du pays d’asile est souvent lié à la présence d’une communauté d’accueil, d’une proximité culturelle et linguistique. En ne permettant pas au réfugié de rejoindre ses proches, on l’isole, on le fragilise et donc on en augmente les difficultés qu’il a à surmonter. Mais, surtout, cette disposition a eu de lourdes conséquences en faisant reposer la politique de l’asile de l’Union européenne sur le principe de « qui laisse entrer en assume la charge» : une logique profondément contraire à l’hospitalité et à la solidarité intra-européenne. Elle entérine le cercle vicieux selon lequel chaque pays renforce ses contrôles aux frontières extérieures pour empêcher l’accès à son territoire des migrants - et des réfugiés -, puisque s’il n’y parvient pas, il doit en supporter les conséquences. On voit bien, chaque jour, le déséquilibre que cela génère entre Etats de l’Union. Les pays riverains de la Méditerranée - Malte, la Grèce ou l’Italie - sont face à une réelle difficulté puisqu’ils ne peuvent pas s’appuyer sur la solidarité européenne. Et on voit les conséquences humaines. Cette logique d’égoïsme et de fermeture portée par les accords de Dublin est un formidable encouragement aux Etats à renoncer au principe fondamental de protection des personnes en danger. Il ne faut pas s’étonner alors de voir grossir chaque jour le nombre de morts, noyés en Méditerranée. Des milliers en quelques années. On pense aussi au sort réservé depuis des années aux exilés qui, sur le littoral (Calais), tentent de se rendre en Grande Bretagne. Alors que tout le monde reconnaît que l’immense majorité d’entre eux a besoin d’une protection internationale et que ces personnes sont des réfugiés, ces exilés errent, sans droits, sans toit, sans statut, sans soutien autre que celui des associations, tout simplement parce que la France, la Grande Bretagne et les autres Etats de l’Union sont incapables de s’entendre pour leur proposer une solution digne et respectueuse de leur intégrité. Tragique démonstration de cette absence de solidarité à l’intérieur même de l’Europe. Le film Welcome avait fait couler beaucoup d’encre et de larmes en 2009. Début mai, la médiatisation d’Assef, le jeune Afghan sur un radeau à Calais, en a fait couler d’autres. L’Europe et les Gouvernements vont-ils enfin réagir ? Ou va-t-on continuer à laisser dériver nos valeurs avec ? Les accords de Dublin doivent être revus dans leur fondement même. Conférence de presse des associations du Vivre ensemble du 20 mai 2014

Pour une mobilisation du vivre ensemble face à la montée des intolérances  

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