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ARS 2013 8M

Dossier de presse

8 mars 2013

LIBRES

DE CHOISIR LEUR VIE ;

JournĂŠe internationale des droits des femmes

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édito En 1994, la conférence du Caire marque un tournant décisif en introduisant et définissant le concept de santé sexuelle et reproductive (SSR). Il ne s’agit plus seulement de santé maternelle mais d’un état de bien-être général, tant physique que mental et social, de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l’absence de maladies ou d’infirmités. Cela suppose donc qu’une personne peut mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, qu’elle est capable de procréer et libre de le faire aussi souvent et aussi peu souvent qu’elle le désire. Près de 20 ans plus tard, si de nets progrès ont été réalisés, ils restent néanmoins limités et les droits des femmes sont régulièrement remis en question. Au moins deux pays en Amérique latine ont revu leur code pénal pour interdire les avortements même en cas de viol, d’inceste ou de mise en danger de la vie de la femme (El Salvador 1998, Nicaragua 2006). Médecins du Monde a choisi de faire de la santé sexuelle et reproductive une de ses priorités, au regard de l’impact en termes de santé publique et de la volonté d’agir en faveur du respect des droits sexuels et reproductifs de chacun. En 2010, on estime que 287 000 femmes sont décédées des suites de leur accouchement. 99 % de ces décès ont lieu dans les pays en voie de développement, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud représentant 85 % de ces décès. Des pays comme le Tchad ou la Somalie ont un taux de mortalité maternelle supérieur à 1 000 pour 100 000 naissances vivantes ! Le taux de mortalité maternelle est un très bon « marqueur » non seulement de la santé des femmes mais aussi de la fonctionnalité d’un système de santé ; néanmoins il ne capture pas toute la complexité et la dimension politique de la santé sexuelle et reproductive. En 2012, on estime que plus de 200 millions de femmes dans le monde ont un besoin de planification familiale non satisfait et

Côte d’Ivoire © Sébstien Duijndam

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Médecins du Monde


plus de 20 millions de femmes auront recours à un avortement à risque. Au minimum 13 % des décès maternels sont imputables à ces avortements à risque ; des millions de femmes souffrent de séquelles temporaires ou permanentes suite à ces avortements. Les violences faites aux femmes restent très largement répandues : dans le monde, près d’une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de son existence1. La mise en œuvre de nos programmes s’articule autour d’une double approche basée sur la santé publique et les droits humains : une offre de soins globale, accessible, de qualité, renforçant le continuum des soins, et un plaidoyer pour les droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Les avancées récentes reposent sur le respect des droits et la plus grande participation des femmes aux décisions à tous les niveaux, mais aussi sur la volonté politique des états de garantir un accès aux soins équitable pour toutes et tous, comme par exemple au Népal. L’action de Médecins du Monde vise à renforcer la disponibilité des services en santé sexuelle et reproductive mais aussi à garantir l’accès à ces services. Les déterminants socio-économiques comme les inégalités de genre entravent au quotidien l’accès aux soins des femmes (le coût des services mais aussi l’absence de pouvoir de décision, de liberté de mouvement ou de gestion des finances). C’est à partir de nos programmes de terrain que nous développons nos actions de plaidoyer, en particulier pour la prévention et la prise en charge des grossesses non désirées, la levée des barrières financières aux soins et le renforcement des capacités des femmes. Catherine Giboin, Responsable du groupe Santé Sexuelle et Reproductive à Médecins du Monde 1. María José Alcalá, L’état de la population mondiale 2005. La promesse d’égalité : égalité des sexes, santé en matière de procréation et objectifs du Millénaire pour le développement, UNFPA, 2005, p. 65

TCHAD © Raphaël Blasselle

LAOS © Lâm Duc Hiên

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© Benoît Guenot

Répondre aux enjeux sanitaires du Népal

; Alors que dans les pays développés la moyenne du taux de mortalité maternelle est de 16 pour 100 000 naissances2, le Népal atteint le taux de 170 décès maternels pour 100 000 naissances3. Classé 157ème sur 187 sur l’indice de développement humain4, le pays porte encore les séquelles de 10 ans de confrontations violentes entre pouvoir monarchique et mouvement maoïste malgré la signature d’un accord de paix en 2006. La persistance des querelles politiciennes et l’attente d’une nouvelle Constitution depuis 2008 empêche le pouvoir intérimaire en place de répondre aux problèmes économiques et sociaux du pays. Du point de vue sanitaire, le gouvernement népalais a prévu dans sa Constitution intérimaire un système de santé très avancé. En réalité, les fortes disparités sociales et géographiques du pays empêchent une application effective de ce système, et la qualité des soins ainsi que leur accès restent insuffisants. Le poids économique que représente l’utilisation des services de santé liés à la maternité reste très élevé pour les familles et la disponibilité de ces services dans les établissements de soins est régulièrement défaillante. Médecins du Monde est présent au Népal depuis plus de 15 ans à travers des projets allant du développement communautaire à la lutte contre le VIH et la tuberculose. MdM intervient depuis 2007 auprès des communautés isolées du district du Sindhupalchok, et particulièrement auprès des femmes en âge de procréer. L’objectif du programme est d’accroitre l’utilisation des services de santé publique en matière de santé sexuelle et reproductive et de réduire les facteurs favorisant la mortalité maternelle et néonatale. Le projet de Médecins du Monde prévoit à la fois d’assurer la disponibilité des services de santé de qualité au niveau communautaire (rénovation et équipement des structures, formation du personnel soignant, référencement) et de renforcer les capacités des femmes dans leur accès aux services de santé. L’originalité et la pérennité du projet résident dans la participation des femmes à des activités de micro-finance et à des sessions d’éducation aux questions de prévention et de prise en charge de la grossesse, de l’accouchement et du postpartum.

2. http : //www.who.int/mediacentre/factsheets/fs348/fr/index.html 3. http : //www.who.int/gho/countries/npl.pdf. Selon le Nepal demographic health survey 2011, le taux est de 281 pour 100 000 naissances. 4. http://hdr.undp.org/fr/statistiques/idh/ 4

Médecins du Monde


En tant qu’infirmière sage-femme, j’essaie de faire prendre conscience aux femmes de leur propre santé. Beaucoup de belles-mères qui ont dû retourner travailler aux champs seulement quelques jours après leur accouchement estiment qu’il ne devrait pas en être différemment pour leurs belles-filles. C’est pourquoi je sensibilise les femmes enceintes sur la nécessité de se reposer avant et après l’accouchement et sur l’importance d’avoir une nutrition adaptée pendant cette période. Les mentalités changent, mais encore beaucoup de femmes ne connaissent pas leurs droits ni les endroits où trouver les soins nécessaires. Elles ne savent pas de quoi elles ont besoin en tant que femme ». Srijana Lama, responsable infirmière à Sunkhani

© DR/MdM

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UN ACCèS AUX SOINS EN THéORIE POUR TOUTES ET TOUS

Sur le papier, un système de soins en net progrès Les 20 dernières années ont été marquées par une réelle prise de conscience du gouvernement sur les carences du pays en matière de santé. Un réseau de structures sanitaires a été mis en place à travers tout le territoire via des centres de soins de santé primaires et des hôpitaux de districts, accompagné d’un appui à la formation du corps médical. Depuis 2008, la Constitution intérimaire garantit les soins médicaux de base comme droit humain fondamental des citoyens du Népal. Désormais, les soins essentiels et certains médicaments indispensables sont gratuits dans les établissements de santé. Dans les hôpitaux de district, les soins d’urgence et les médicaments sont également gratuits pour les personnes vulnérables et pour les groupes marginalisés.

Des avancées pour la santé sexuelle et reproductive La reconnaissance constitutionnelle du droit reproductif comme droit fondamental a rendu possible d’importants progrès en matière de santé sexuelle et reproductive. Entre 1990 et 2010, le taux de mortalité maternelle a diminué de 78 %5. La dernière décennie a vu naître différentes mesures gouvernementales : campagnes d’éducation sur la grossesse, augmentation de la couverture des soins prénataux, augmentation de l’âge légal du mariage, développement de programmes de planification familiale, amélioration de l’état des routes pour faciliter le référencement... En 2009, les frais liés aux soins d’accouchement sont supprimés dans les hôpitaux publics, permettant ainsi d’étendre les soins pour un accouchement sûr à toutes les femmes du pays. La légalisation de l’avortement en 2002, à la suite d’une importante mobilisation de la société civile, et la mise en place de services permettant d’y accéder en 2004 font aussi partie des facteurs déterminants dans la baisse de la mortalité maternelle.

Le coût et les difficultés d’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive représentent un obstacle majeur pour beaucoup de femmes.

5.http://www.unfpa.org/webdav/site/global/shared/documents/publications/2012/Trends_in_maternal_mortality_A4-1.pdf 6

En pratique, un système de santé difficilement accessible pour certaines populations Si en théorie le système de santé népalais garantit le droit à la santé pour toutes et tous, la pratique démontre qu’il demeure encore fragile. La seule mise à disposition de certains services de santé est loin de garantir leur utilisation : 48 % des femmes utilisent aujourd’hui des moyens de contraception alors que les services de planification familiale existent depuis 1968. Les communautés vivant dans les campagnes, soit 87 % de la population népalaise, ont un accès nettement plus faible aux services de santé qu’en milieu urbain, et particulièrement les femmes enceintes : le nombre de naissances assistées par du personnel de santé qualifié est de 52 % en milieu urbain mais chute à 19 % en milieu rural6. Ce phénomène est aussi accentué par le manque de personnel soignant dans les centres de santé de campagne, pas assez nombreux et qui préfère venir exercer en milieu urbain ou dans les établissements de santé privés. Le coût et les difficultés d’accès à ces services représentent un obstacle majeur pour beaucoup de femmes, surtout lorsque s’y ajoutent le prix des médicaments ou celui du transport vers un centre de santé, situé souvent à plusieurs jours de marche. Ces multiples contraintes sont d’autant plus problématiques pour les femmes qui risquent de développer des complications obstétricales nécessitant une intervention d’urgence (en moyenne 15 % d’entre elles).

6. http://www.who.int/gho/countries/npl.pdf

Médecins du Monde


© Stéphane Lehr

� Objectif du Millénaire pour le Développement En 2000, l’ONU a adopté huit objectifs à atteindre pour 2015 dont l’objectif n°5 est d’améliorer la santé maternelle. Il vise à réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle entre 1990 et 2015 et à rendre universel l’accès aux soins de santé reproductive d’ici 2015. Au niveau mondial, l’ONU souligne que le nombre de

� INTERVIEW Que pensez-vous du système d’accès aux soins au Népal ? Dans les textes, le système d’accès aux soins est semblable à ceux des pays développés. Il prévoit la gratuité pour certains soins essentiels, un personnel médical qualifié, un réseau de centres de soins à travers tout le pays… Cependant la réalité est différente, surtout en milieu rural. On constate régulièrement que le niveau de développement des centres de soins est très en-dessous de ce qui est prévu, en termes d’équipement, d’accessibilité géographique, et surtout de ressources humaines. Il y a un taux d’absentéisme inquiétant car les postes vacants ne sont pas pourvus. Quelles sont les conséquences de cette réalité ? L’absence de personnel médical qualifié et d’équipement adéquat donne une impression négative aux femmes qui font plu-

décès maternels, soit 287 000, représente une diminution de 47 % par rapport à 1990. L’objectif insiste sur la nécessité d’augmenter la proportion d’accouchements assistés par du personnel de santé qualifié6. Le Népal a atteint l’objectif n°5, soit moins de 213 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes7.

kamala ADHIKARI, responsable technique sSR sieurs heures de marche pour venir consulter. Par conséquent, elles ne refont pas la démarche de venir consulter une nouvelle fois, s’exposant alors à des risques de complications parfois importants pour leur santé. Que prévoit le programme de MdM pour répondre à ces carences ? Médecins du Monde et son partenaire le CDECF (Community development environment and conservation forum) ont formé et recruté des infirmières sages-femmes qui sont actives dans les établissements de soins soutenus par MdM. Ce personnel pallie les manquements qui subsistent entre ce qui est prévu par les textes et la réalité du terrain. Nous essayons aussi de favoriser l’écoute de la patiente et de l’inviter à poser les questions qu’elle pourrait avoir en matière de santé sexuelle et reproductive. Si la patiente est satisfaite, elle aura envie de revenir consulter !

7. http://www.who.int/gho/publications/world_health_statistics/FR_WHS2012_Full.pdf 8. http://www.undp.org/content/undp/fr/home/mdgoverview/mdg_goals/mdg5/ Dossier de presse 8 mars 2013

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CONTRIBUER à LA RéDUCTION DE LA MORTALITé MATERNELLE ET NéONATALE DANS LE SINDHUPALCHOK � Médecins du Monde et le Sindhupalchok Le Sindhulpachok est l’un des 75 districts du Népal. Il comprend 79  cantons dont celui de Chautara, capitale du district. Constatant les besoins importants en termes de soins et l’absence d’ONG médicales, Médecins du Monde a étendu son programme de micro-finance et d’éducation à la santé dans 10 nouveaux cantons en 2011. Les statistiques du district en terme de santé sexuelle et reproductive sont alarmantes : seulement 30 % des accouchements sont assistés par du personnel médical compétent, 35 % des femmes ont recours à un moyen de contraception, et 20 % des cantons disposent de moyens de transport de base pour le référencement. En collaboration avec les autorités de santé, Médecins du Monde a choisi de mener un programme d’amélioration de l’offre de services de soins de santé, et particulièrement la santé sexuelle et reproductive.

Au total, ce sont plus de 45 employés médicaux et paramédicaux qui ont été formés aux soins obstétricaux et néonataux.

Améliorer l’accès et la disponibilité des services de soins en santé sexuelle et reproductive9 Pour répondre à la nécessité d’améliorer les structures de soins, MdM renforce et développe un réseau de santé durable en y assurant une présence continue grâce à plusieurs infirmières qui apportent un appui technique dans les différents centres de soins soutenus par l’association, en collaboration avec les autorités nationales et locales ainsi que des ONG partenaires. Médecins du Monde a financé la réhabilitation de neuf structures de santé depuis 2007. Le programme prévoit de créer des salles d’accouchement dans chaque poste de santé et de développer des services de soins d’urgences obstétricales de base sur certaines structures de santé en lien avec les autorités sanitaires du district. Aujourd’hui, MdM est présent dans 12 structures sanitaires. Le programme prévoit la formation du personnel de santé gouvernemental dans tous les établissements de santé soutenus par les équipes de MdM et a permis de recruter dix infirmières sages-femmes auxiliaires. Au total, ce sont plus de 45 employés médicaux et paramédicaux qui ont été formés aux soins obstétricaux et néonataux. Le programme vise à intégrer du personnel compétent et disponible 24h sur 24h pour ces soins d’urgence. Parallèlement, Médecins du Monde équipe les centres de soins en matériel de santé sexuelle et reproductive : table d’accouchement, stérilisateurs, pèse-bébé, entre autres. Des brancards ont été distribués afin de faciliter le transport des femmes sur le point d’accoucher vers les structures de santé, les chemins étant souvent longs et difficilement praticables. Si le programme a permis de rendre les services de santé sexuelle et reproductive davantage disponibles et de meilleure qualité, son objectif de contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale ne pouvait être atteint qu’en s’adaptant à certains déterminants socio-économiques de la société népalaise.

9. Santé sexuelle et reproductive : http://www.medecinsdumonde.org/NosCombats/Priorites-d-action/Promotion-de-la-sante-sexuelle-et-reproductive-SSR 8

Médecins du Monde


Dans le district du Sindhupalchok, les contraintes géographiques sont importantes et participent au manque d’accès à l’information des populations isolées. Grâce au programme de MdM, nous informons les femmes sur leurs droits et nous leur indiquons où se trouvent les centres de soins. La santé est un droit fondamental, il est nécessaire pour maîtriser son propre corps. Une femme ne devrait pas attendre que quelqu’un lui donne la permission et l’argent nécessaire pour aller consulter. Un ophtalmologue m’a raconté l’histoire d’une femme veuve qui vivait avec son fils. Celle-ci s’était gravement blessée à l’œil, mais elle a attendu trois jours que son fils revienne du travail pour lui demander la permission d’aller voir un médecin. Si elle était venue trois jours avant, le traitement aurait été moins lourd ». © DR/MdM

Sumina Shrestha, coordinatrice du programme au CDECF

© Stéphane Lehr

Je vois beaucoup de femmes qui viennent consulter pour une descente d’organe, des diarrhées, des vomissements... Pour venir jusqu’au centre de soins, les habitants peuvent mettre jusqu’à deux heures en bus, ou six heures à pied. Entre 20 et 30 personnes viennent consulter quotidiennement. Les médicaments ne sont pas suffisants et la pièce pour accoucher devrait être mieux équipée, plus grande, plus éclairée. Certaines femmes connaissent les symptômes de complications liées à la grossesse. D’autres sont illettrées, et c’est difficile de les convaincre qu’elles pourraient avoir des problèmes de santé ou de les conseiller de venir accoucher dans le centre plutôt que chez elles ». Ang Lahnu Sherpa, infirmière/sage-femme à Thokarpa.

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VALORISER L’ACCèS AUX SOINS ET RENFORCER LES CAPACITéS éCONOMIQUES DES FEMMES

Les déterminants socio-économiques dans l’accès aux soins La société népalaise est organisée en castes et demeure très marquée par sa dimension patriarcale. Les femmes subissent des restrictions sévères en matière de santé, d’éducation, de maîtrise de leurs corps et de leurs choix de vie. Ce sont les maris et les beaux-parents qui sont souvent décideurs, y compris concernant la santé sexuelle et reproductive, tandis qu’elles sont traditionnellement cantonnées à leur rôle maternelle et limitées dans leur possibilité de développer des activités génératrices de revenus. Dissuadées d’aller consulter pour des soins liés à la grossesse et au post partum, 63 %10 d’entre elles accouchent à leur domicile. Dans les campagnes où elles doivent s’acquitter d’un travail agricole intensif, les femmes n’ont pas ou peu de temps à consacrer à des réunions d’information ou de prévention que la société considère comme non productives.

Ce sont les maris et les beaux-parents qui sont souvent décideurs, y compris concernant la santé sexuelle et reproductive (...)

Profiter des séances de formation à la micro-finance pour sensibiliser à la santé sexuelle et reproductive

annuelle a lieu dans chaque canton. à cette occasion, des messages de santé sont diffusés sous forme de compétitions de chants et de danses et les femmes enceintes peuvent bénéficier d’une visite médicale sur place. Par ailleurs, Médecins du Monde met à disposition un fond d’urgence obstétrical au sein des coopératives qui permet aux femmes de disposer d’une réserve d’argent en cas d’urgence liée à la grossesse (transfert en ambulance...).

Soutenir les femmes dans leur volonté d’autonomie Soutenir une prise de conscience sur l’importance de recourir aux services de santé sexuelle et reproductive est le cœur du programme de Médecins du Monde au Népal. L’enquête menée en 2012 par les équipes de Médecins du Monde montre désormais que 61 % des décideurs familiaux, qui se rendent aux séances de micro-finance, connaissent au moins 3 signes de danger obstétrique. Grâce au programme, 96 % des femmes, 90 % des belles-mères et 94 % des maris estiment que les femmes devraient se rendre à au moins 4 consultations prénatales, comme recommandé par l’OMS. Les femmes avouent qu’elles se sentent plus libres de parler de leur expérience personnelle sur leur grossesse grâce à ces réunions mensuelles. Elles sont unanimes dans leur volonté de ne plus taire leurs problèmes de santé et de mettre fin à un mutisme qui les a empêchées de vivre leur vie de femme sereinement.

Les séances d’éducation à la santé et de formation à la microfinance se déroulent mensuellement et sont réalisées par des animateurs préalablement formés. Les femmes y échangent sur des sujets liés à la grossesse, aux soins prénataux, aux méthodes de contraception, etc. Des femmes plus jeunes, ainsi que des hommes et des adolescents peuvent assister en tant que spectateurs aux réunions. La partie consacrée à la micro-finance s’articule autour de la gestion du budget du foyer et des dépenses, mais aussi sur les méthodes d’emprunt et d’épargne, et de distribution des intérêts qui ne sont pas réinvestis. Les prêts sont essentiellement affectés à des activités génératrices de revenu (achats de semences, d’animaux de ferme), mais sont aussi destinés à des soins médicaux payants. Outre ces réunions mensuelles, une grande campagne de santé © Stéphane Lehr

10. Nepal demographic health survey 2011

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Médecins du Monde


© Stéphane Lehr

� Les partenaires de Médecins du Monde Médecins du Monde collabore avec deux partenaires nationaux pour la conception et la mise en œuvre des différents volets du projet : • Le Community Development and Environment Conservation Forum (CDECF), association locale du Sindhupalchok, intervient auprès des communautés dans le cadre des activités de sensibilisation à la santé

et de formation aux services de micro-finance. • Le Center for Micro Finance (CMF) fournit une assistance technique aux différentes étapes de création des coopératives. MdM a également développé une étroite collaboration avec PlaNet Finance qui partage son expertise dans le domaine de la micro-finance par le biais de formations, d’évaluations et de conseils.

� Les coopératives : un processus de création évolutif Les femmes forment des petits groupes au sein de leur communauté et s’initient à des activités génératrices de revenus grâce à un capital de départ fourni par MdM. Dans un second temps, les groupes fusionnent en centres puis en coopérative, qui est

la structure la plus aboutie et unique par canton. Grâce au soutien financier de MdM et aux conseils techniques du CMF, le CDECF assure la formation des membres des coopératives aux modalités des services de micro-finance.

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� INTERVIEW

Dip Adhi Kari, directeur et manager de la coopérative de Thokarpa

Comment s’organise vos activités de microfinance dans cette coopérative ? 350 des emprunteurs sont des femmes et 200 sont des hommes. Les emprunts sont plutôt accordés aux femmes car elles sont plus honnêtes et remboursent à temps. Lors de nos réunions mensuelles, il y a des activités de sensibilisation à la santé maternelle et infantile. Nous disposons aussi d’un fond obstétrique d’urgence. Pourquoi faire de la micro-finance dans votre coopérative plutôt que dans d’autres organismes accessibles aux habitants de Thokarpa ? Le taux d’intérêt d’un emprunt contracté auprès d’un riche pro-

priétaire est de 24 %, et il est de 18 % auprès des banques de développement. Ici nous pratiquons un taux d’intérêt de 14 % pour l’emprunt et de 8 % pour l’épargne. C’est l’assemblée générale qui décide du taux d’intérêt. Avez-vous constater des changements depuis que les gens viennent faire de la microfinance dans la coopérative ? Avant, les gens n’avaient pas l’habitude d’épargner. Mais ici, l’emprunt et l’épargne sont transparents. Petit à petit, les habitants de Thokarpa ouvrent de plus grosses entreprises. Au-delà des bénéfices, la coopérative développe des activités sociales. Nous avons par exemple des comptes dédiés au projet de scolarisation des enfants.

© DR/MdM


© Stéphane Lehr

© DR/MdM

Avant, les femmes manquaient d’attention en classe et étaient de toute façon trop craintives pour parler de leurs problèmes liés à la grossesse. En tant qu’animatrice, il fallait les convaincre que communiquer sur ce sujet leur permettrait de trouver des solutions, d’être soignées, et de ne pas souffrir. Au fur et à mesure des réunions, une interaction s’est créée : les femmes échangent sur leur expérience et parlent ouvertement de descente d’organe, de contraception ou encore de saignement pendant la grossesse, même lorsque des hommes sont présents. En tant qu’animatrice de ces réunions, j’encourage les femmes à faire entendre leur voix, à faire valoir leurs droits. Aujourd’hui, les femmes partagent leurs idées, ont conscience que leur capacités sont renforcées grâce à cette liberté de parole. Désormais, ce sont elles qui viennent me voir en début de réunion pour proposer des sujets qu’elles veulent aborder tout en me disant « s’il te plait, nous voulons apprendre plus ! » Laxmi Maya Pajavili, animatrice à Thokarpa

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RENFORCER L’ACCESSIBILITé FINANCIéRE à DES SERVICES DE SANTé SEXUELLE ET REPRODUCTIVe En travaillant au renforcement des services en santé sexuelle et reproductive et leur accessibilité, Médecins du Monde poursuit ses actions afin d’appuyer les efforts nationaux et internationaux dans ce domaine. Il existe des interventions simples et efficaces qui pourraient prévenir la majorité des décès maternels dans le monde, et notamment l’accès à des services de planification familiale, à des soins obstétricaux de qualité ainsi qu’à la prévention et la prise en charge des grossesses non désirées. L’accès à ces services est malheureusement le plus souvent entravé par la distance et/ou le coût des services, l’absence d’infrastructure ou de moyens de transport, ou encore les barrières socioculturelles (absence de pouvoir de décision, de liberté de mouvement ou de gestion des finances par la femme, comme c’est le cas au Népal).

Mexique Haïti

Dans le Sahel, en Haïti, au Laos et en Côte d’Ivoire, MdM et ses partenaires locaux mettent en place des actions qui visent à lever les barrières financières qui peuvent entraver l’accès à une offre de soin globale et de qualité, et représentent une rupture dans le continuum de soins.

Guatemala Nicaragua

Colombie

Pérou

Uruguay

Haïti Programmes de santé sexuelle et reproductive

à Grande Anse : programme auprès des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans.

Retrouvez les photos et vidéos des programmes de Médecins du Monde au Népal, au Laos, en Côte d’Ivoire et au Tchad sur le site : www.femmes.medecinsdumonde.org 14

Médecins du Monde

Côte d’Ivoire Dans le Bas-Sassandra, Médecins du Monde soutient les autorités sanitaires au niveau régional et du district afin d’améliorer la mise en œuvre de la gratuité ciblée pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.


France

Tchétchénie

Népal

Pakistan Égypte

Inde Mali

Niger

Laos

Tchad

Burkina Faso Côte d'Ivoire

Somalie

Liberia

Kenya Rép. dém. du Congo

Angola

SAHEL

LAOS

Au Mali (district de Koro et région Mopti), Niger (district de Keïta, région Tahoua) et Burkina Faso (district de Djibo), plaidoyer régional en faveur de l’accessibilité financière aux soins des femmes.

Dans la ville de Champassak, MdM a introduit une approche innovante grâce à un système de bons dont le but est à la fois d’assurer un accès gratuit aux services de santé pour les femmes enceintes mais aussi de renforcer ces femmes dans leur droit à accèder aux soins.

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Conception : Aurore Voet / Médecins du Monde

© DR/MdM

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Contact presse Agnès Varraine Leca Emmanuelle Hau Aurélie Defretin 01 44 92 14 31 / 14 32 / 13 81 06 09 17 35 59

www.femmes.medecinsdumonde.org

© Stéphane Lehr

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LIBRES DE CHOISIR LEUR VIE - Dossier de presse  

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