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sur le plan de l’énergie, des déchets, des ressources naturelles, de leur conservation, de leur production, de leurs processus, et c’est quelque chose qu’on peut exiger aujourd’hui. Les voitures, même les voitures thermiques, peuvent être beaucoup plus propres que ce qu’elles sont. Si on aide une marque automobile à se redresser, il faut exiger qu’elle produise des véhicules plus propres. C’est aberrant de continuer à aider des entreprises automobiles à fabriquer des SUV avec des gros moteurs pour rouler dans un pays où il n’y a ni montagnes ni neige ! Le secteur aérien, c’est exactement la même chose. Il faut l’aider, il représente des millions d’emplois dans le monde. Mais il faut exiger en parallèle des procédures opérationnelles qui consomment moins de carburant, des approches en descente constante, des voies aériennes beaucoup plus directes. Il faut interdire aux avions de faire tourner leurs réacteurs auxiliaires pour fabriquer l’électricité quand ils sont parqués dans des aéroports. Il faut prendre de l’électricité qui vient de l’aéroport, des chariots électriques pour les amener au seuil de piste. Tout existe. Si on ne saisit pas aujourd’hui l’occasion d’exiger ces changements, on n’y arrivera jamais.

La place financière luxembourgeoise a fait beaucoup d’efforts pour devenir une place de référence de la finance verte. Quel regard portez-vous là-dessus ? Voyez-vous cela comme du marketing financier ou comme une tendance intéressante et porteuse ?

C’est très bien de créer de nouveaux champs de financement, parce que cela permet d’amener les financiers à parler des questions environnementales. Jusqu’à maintenant, il y avait un front des ONG environnementales et un front de l’écono-

mie, de la finance, de l’industrie et de la politique. Je travaille beaucoup à faire parler les industriels des questions environnementales. J’ai sorti une tribune avec 12 grands patrons d’entreprises, comme LVMH, Nestlé, BNP Paribas, dans laquelle ces entreprises disent clairement qu’en tant qu’industries, elles veulent des réglementations plus ambitieuses du point de vue environnemental de la part des gouvernements. Une entreprise a besoin de certitudes quant aux directions dans lesquelles investir. Ce qu’elle ne supporte pas, c’est l’incertitude, les changements de cap politique. Si on donne une ligne très claire sur la réglementation et qu’on évite les distorsions de concurrence entre les entreprises qui jouent le jeu et celles qui ne jouent pas le jeu, si une entreprise est vertueuse au niveau de sa production, cela veut dire que c’est possible. La réglementation doit empêcher les concurrents de polluer pour essayer d’avoir un avantage commercial. Ce langage est logique autant qu’écologique. Quand on voit les financiers qui commencent à parler d’investissements verts, c’est très positif !

Beaucoup d’industriels disent qu’ils sont sensibles aux technologies plus respectueuses de l’environnement mais que celles-ci ne sont pas prêtes ou trop chères. Comme s’ils attendaient que des acteurs plus gros les adoptent. Est-ce qu’il y a un effet de meute ?

C’est la peur du changement chez des industriels, qui ont toujours fonctionné de la même manière. La peur du changement peut être mortelle ! Kodak ne s’est jamais remis de sa peur du changement. General Motors, en 2008-2009, aurait fait faillite s’il n’y avait pas eu des subventions de l’État américain,

DES SOLUTIONS PRAGMATIQUES

« Partout, les solutions sont là pour faire mieux » Bertrand Piccard revient sur quelques idées issues de son projet « 1.000 solutions » qui le bluffent particulièrement.

CO2

Carwatt Ce processus de gestion des déchets, tout d’abord, qui permet de fabriquer du plastique avec des déchets, c’est une nouvelle industrie potentielle. « Il y a un module qui se branche sur des voitures à moteur thermique pour 500 euros, qui diminue de 80 % les émissions de particules et de 20 % la consommation d’essence. Sur un taxi, c’est rentabilisé en six mois. Pourquoi n’est-il pas utilisé ? Toutes les villes devraient faire équiper tous les véhicules qui roulent beaucoup avec ce genre de technologie. Les entrepreneurs qui veulent lancer de nouvelles entreprises devraient imaginer produire de l’énergie avec tous les déchets. »

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AgRho® S-Boost par Solvay Autre initiative, celle de Solvay, où les semences sont entourées d’une substance qui permet de mettre beaucoup moins d’engrais et d’arroser beaucoup moins parce qu’elle conserve l’humidité. « Dans tous les domaines, vous pouvez faire des choses comme ça », explique Bertrand Piccard.

­ — Juillet / Août 2020

BuntBrain « L’isolation des maisons représente potentiellement 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Quand vous le dites comme ça, les gens disent ‘oui, OK’. Mais quand vous dites que ce sont des charges, des factures de gaz et d’électricité payées par des locataires, une maison mieux isolée est un avantage au niveau du pouvoir d’achat. À Bruxelles, une application détecte les fuites d’eau dans les canalisations de la ville. Cela coûte quelques centaines d’euros, mais c’est amorti en quelques jours tellement on détecte de fuites partout », cite également Bertrand Piccard.

Partenariat Un partenariat a été conclu avec la région Grand Est pour voir comment les solutions labellisées peuvent entrer dans une réduction de la consommation d’énergie ou de la pollution. « On travaille beaucoup avec le Luxembourg Institute of Science and Technology (List). On cherche des solutions pour ce nouveau quartier de la ville à la frontière entre la France et le Luxembourg (Rout Lëns), qui doit être complètement écologique, sans émission de CO2, avec des énergies renouvelables. On voit que, partout, les solutions sont là pour faire mieux. Ce sont des centaines de solutions qui vont chacune régler une toute petite partie. Mais toutes ensemble, ça règle la totalité des problèmes. »

Rout Lëns Sans occupation depuis une quarantaine d’années, le site de 10,5 hectares situé à 500 mètres de la gare centrale d’Esch-sur-Alzette appartient à ArcelorMittal.  3.000 habitants sont annoncés avec une offre sociale dans chaque bloc, et l’ambition est non seulement de « mettre l’utilisateur au centre de la réflexion », mais aussi de réduire au maximum l’empreinte carbone et de consacrer des efforts particuliers à la gestion de l’eau.

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Paperjam Juillet / Août  

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