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n°155 / octobre 2019 / GRATUIt

Art & CulturE

Hauts-de-France / Belgique


sommaire

LM Magazine #155 – Octobre 2019

Toxic Cocktail © Cubbish & Álvaro Peñalta

magazine

news – 10 For Forest Vodka atomique Les 30 ans de l'Aéronef Nobel de la bêtise Beatles Day Marché du livre de Mariemont Con-Front Mons Street Festival

reportage – 14 Whitby Goth Weekend Le Bal des vampires

portfolio – 24 Álvaro Peñalta Géométrie variable

événement Institut pour la photo - 72 Droit de regard Le Dragon de Calais - 110 Les ailes du désir

rencontre - 80 Youssef Nabil Le passé recomposé

le mot de la fin – 138 Tetris Challenge Imbriquez c'est gagné !


sommaire sélection

musique – 34 Sinkane © Daniel Dorsa

Tourcoing Jazz Festival, Ärsenik, black midi, NAME Festival, GiedRé, Bobby Oroza, New Order, Festival des Libertés, Ibrahim Maalouf, The Dream Syndicate, Metronomy, Nilüfer Yanya, Sinkane, Jamila Woods, Jesca Hoop, Synapson, The Divine Comedy, Agenda...

exposition – 72 Institut pour la Photographie, Laura Henno, Youssef Nabil, Kiki Smith, Panorama 21, Cool Japan, Chiharu Shiota, Memento Mons, Dalí & Magritte, Charles Carpeaux, Teresa Margolles, Pologne, Agenda...

Le Dragon de Calais © DR

théâtre & danse – 110 Le Dragon de Calais, Biennale de Charleroi Danse, Qui a tué mon père, The Indian Queen, La Peste, Pablo Mira, Laura Laune, Constance, Élodie Poux, François Morel, Jamel Debbouze, Ahmed Sylla, Agenda...

disques – 62

livres – 64

écrans – 66

Yolande Bashing Mark Lanegan Band Allah-Las Center Of The Universe Temples

Thierry Jourdain Frédéric Tallieux Christophe Tison Bérengère Cournut Fabcaro Raphaël Malkin

Ne croyez surtout pas que je hurle Downton Abbey Le Dindon J'irai où tu iras Papicha


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Tanguy Croq info@lm-magazine.com

Couverture Direction : Álvaro Peñalta & Josep Prat Sorolla Photography : Hellobienstudio I See Faces - Sandra, 2018 alvaropenalta.com

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Sarah Elghazi, Hugo Guyon, Grégory Marouzé, Raphaël Nieuwjaer, Françoise Objois, Álvaro Peñalta, Marie Pons et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


For Forest, Klaus Littmann © Unimo

news news

Stade terminal

news

On ne sait pas si Klaus Littmann est bon footballeur, mais il occupe bien le terrain. Cet artiste suisse a transformé la pelouse du stade autrichien de Klagenfurt en forêt. Visible jusqu'au 27 octobre, cette œuvre composée de 300 bouleaux ou chênes se contemple du haut des gradins, « comme des animaux en voie de disparition dans un zoo ». Aux aaaarbres ! www.klauslittmann.com

Des scientifiques ont mitonné une vodka à partir de grains de seigle et d’eau issus de la zone d’exclusion de Tchernobyl. C'est le premier produit de consommation provenant des environs immédiats du réacteur qui a explosé en 1986. Apparemment, c'est sans risque. « N’importe quel chimiste vous le dira : quand vous distillez quelque chose, les impuretés restent dans les déchets », assure la "Chernobyl Spirit Company". Et le nuage radioactif n'est pas non plus passé au-dessus de nos têtes… www.atomikvodka.com

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© DR

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Vodka atomique


Le 77 © Elodie Drareg

Les 30 ans de l'Aéronef 30 ans, 30 heures de fiesta. Logique, non ? Pour son anniversaire, l'Aéronef a combiné un programme non-stop de concerts et performances (mini-parc d'attractions de la compagnie DUT). Le gâteau, et tout un tas d'autres bonnes choses, se dégustent dans un restaurant éphémère posé sur la grand scène – la vedette, c'est vous ! Lille, 18 & 19.10, L'Aéronef, vendredi dès 18 h, 1 j. : 21 / 14 € • 2 j. : 37 / 25 € (nombreux événements gratuits), aeronef.fr Sélection / 18 & 19.10 : Prieur de la Marne, Jules-Edouard Moustic, Blondin • Compagnie DUT : Manège Fitness & Top Prénom • Restaurant sur la grande scène avec Florent Ladeyn • 9eme Concept 19.10 : La Fine Equipe, Zombie Zombie, Jonathan Jeremiah, Le 77...

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Nobel de la bêtise Chaque année depuis 1991, le prix Ig Nobel (ou Ignobel, pour "ignoble") salue les recherches scientifiques « qui font rire puis réfléchir ». Parmi les pépites de ce cru 2019, notons l'invention d'une machine à changer les couches, et surtout la résolution du mystère des crottes cubiques des wombats, soit des marsupiaux dotés d'un étonnant système digestif. C'est vrai, ça fait réfléchir... www.improbable.com

Mons, 05.10, Lotto Mons Expo, 10 h, 22 / 12 € (gratuit -16 ans), beatlesday.eu

© Bruno Marchese

© DR

Beatles Day Plus grande convention consacrée aux "Fab Four" en Europe, le Beatles Day célèbre lors de cette 32e édition les 50 ans de l'album Abbey Road. Au menu ? Des concerts de cover bands, une foire aux vinyles, une exposition rassemblant les "100 meilleures pochettes de 1969" et, bien sûr, des séances photos sur une reproduction du plus illustre des passages piétons.


© Stills documentaire Hey Youth

© Marché du Livre de Mariemont

Marché du Livre de Mariemont

Con-Front

Ce festival bisannuel célèbre des livres publiés hors des sentiers balisés. Durant trois jours, on découvre ici des auteurs et (micro)éditeurs rares. On profite aussi de lectures dans un joli parc à l'anglaise ou des rencontres avec des artistes atypiques, tel Paul Cox. Invité d'honneur de cette 12e édition, le Français a conçu pour l'occasion une immense table ornée de centaines de peintures, se lisant comme un récit unique. Morlanwelz, 18 > 20.10, Musée royal de Mariemont ven : 16 h-20 h • sam : 10 h-19 h • dim : 10 h-18 h gratuit, www.marchedulivre.org

Œuvre de huit artistes belges, français, slovènes et nord-macédoniens, Con-Front relate le récit universel de citoyens contraints de quitter leur foyer pour fuir la guerre. Mêlant images d'archives ou animation, post-rock ou electro, ce ciné-concert s'inspire des deux grandes guerres mondiales, des conflits déchirants les Balkans ou de l'actuelle crise des réfugiés. Tourcoing, 09.10, Le Grand Mix, 20 h, gratuit Dunkerque, 10.10, Les 4 Ecluses, 20 h, gratuit Dixmude, 11.10, 4AD, 20 h 30, 17 > 13 € (+ Dez Mona) // Menin, 12.10, CC de Steiger, 20 h 15 gratuit, con-front.eu

Entre improvisations savamment orchestrées, battles, chorégraphies, rap, graff ou sports extrêmes (en BMX et même trottinette !), ce festival décline toutes les disciplines du hip-hop. évidemment, le remix est de mise. à l'instar de la fresque de Denis Meyers, Ben Fury et Harold Henning, métamorphosant la Margin’Halle ou de Musicality is The Key, combinant human beatbox, diabolo, scratching et portés acrobatiques. Mons, 17 > 26.10, Maison Folie, Théâtre le Manège et divers lieux en ville, 15 € > gratuit, surmars.be

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BMX © David Bormans

Mons Street Festival


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ge r e p o rta

Whitby Goth Weekend

| Le Bal des vampires | Halloween approche. Une destination s’impose aux amateurs de vampires et de stations balnéaires hors du temps : Whitby. Dans ce petit port de pêche du Yorkshire, au nord de l’Angleterre, les gothiques du monde entier se retrouvent durant un weekend pour célébrer une contre-culture apparue à la fin des années 1970, dans le sillage post-punk. Au programme ? Une parenthèse joyeusement désenchantée sur fond de musique ! Rencontre du type mordante, avec en arrière-plan la ville où naquit Dracula. Surveillez vos arrières… Texte & Photo Elisabeth Blanchet


L'enfer du décor

Whitby, Whitby, terminus ! Tout le monde descend… Le spectacle commence à la sortie de cette station balnéaire du nord du Yorkshire. Des centaines de "corbeaux" débarquent pour le Whitby Goth Weekend. Ce festival a lieu fin avril et en automne pour Halloween. Comme beaucoup de bonnes choses en Angleterre, cette aventure est née au pub, en l’occurrence à l’Elsinor. « Tout a commencé en 1994, par accident : une fête entre amis gothiques que j’avais organisée. J’attendais une vingtaine de personnes et on a fini à plus de 200 ! », se souvient Jo Hampshire, 48 ans, instigatrice d’un phénomène malgré elle. Car l’événement est devenu, 25 ans après sa création, le plus grand rassemblement mondial du genre. Depuis 1997, chaque édition accueille entre 4 000 et 6 000 personnes de tous âges, horizons et nationalités. Du fish and chips du coin à la jetée qui longe la mer, en passant par les rues pavées de Whitby, cette faune de noir vêtue, avec bottes à talons compensés, piercings ou mèches de cheveux fluo, forme un ballet bon enfant. ■◆

Sang d'encre

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« Cela fait 14 ans que je viens ici, confie Liam Brandon Murray, styliste et designer. Je suis fasciné par le côté obscur de cette culture et l'atmosphère "vampiresque" de cette cité ». Il n'est pas le seul. Avant Jo et ses amis, la petite ville que la reine Victoria appréciait tant a accueilli à la fin du xixe siècle


La vie en noir

quelques auteurs de renom, dont Lewis Carroll, Charles Dickens et le fameux Bram Stoker. L'Anglais y a écrit son "best-seller ", Dracula, en s'inspirant du décor en pierres grises et noires un tantinet austère de cette commune de 13 000 âmes, et surtout des ruines de l’abbaye millénaire surplombant la mer du nord (adjacente à un cimetière). D’ailleurs, les festivaliers n’hésitent pas à gravir les 199 marches menant à l'ancien édifice religieux. Le spectacle des gothiques surgissant derrière des murets ou des colonnes géantes, sous un ciel brumeux, évoque un film fantastique… Mais « On s’échappe en contrebas, dans les rues, la vision rappelle de la vie réelle. » davantage un défilé de mode. Ouf ! «  J’adore me balader et regarder comment les autres sont habillés », ajoute Liam, qui crée des costumes uniques, des robes-sculptures inspirées par cette culture. D'ailleurs, le temps d'un week-end, la ville abrite le Bizarre Bazaar où des exposants proposent toutes sortes d'objets (bijoux, vêtements, accessoires en cuir et en latex, vinyles…) à condition qu'ils soient bizarres, bien sûr. ■◆

bénéfices mortels

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Mais on ne se rend pas seulement à Whitby pour faire des emplettes. Il est aussi question d'une grande fête ! Rock goth, metal, cold wave… •••


Dandy cool


Ĺ“il pour Ĺ“il

Le corbillard passe


Entre les concerts ou les DJ sets dans les pubs, les playlists broient du noir toute la nuit. Ces lieux sont d'ailleurs propices aux rencontres, sur fond de grands classiques tels A Forest de The Cure. Les costumes brisent naturellement la glace. « Ici, personne ne nous juge, les gens sont chaleureux. On s’échappe de la vie réelle », explique Rupert, « Nous ne incarnant la version gothique de Jack Sparrow. Près sommes pas de lui, paradent Maurice et Suzie. Leurs dentelles, nés à la bonne froufrous, coiffures et accessoires leur confèrent des époque. » allures de héros de romans victoriens. Dans la « vie réelle », ils sont propriétaires d’un garage dans le Lincolnshire mais, ce soir, ils sont le "comte et la comtesse de Dragonscape". « Dommage que l’art de bien s’habiller ait disparu, commente Maurice. Nous avons le sentiment de ne pas être nés à la bonne époque ». En tout cas, ces déambulations n’effrayent en rien les locaux ni les commerçants. Chaque édition rapporte environ 1 300 000 euros à la ville ! Historic England, l’équivalent des Monuments Historiques en France, est aussi conscient du potentiel lucratif de l’événement. L'institution organise depuis 2017 des sons et lumières à l’abbaye, des expositions sur les goûts macabres des Victoriens (le spiritisme, entre autres) voire des lâchers de faucons dans les ruines… Malgré cette surenchère, Whitby Goth Weekend préserve son âme (noire), sous le regard bienveillant de Dracula, entre autres fantômes…

Mortelle randonnée


Le pari Drakkar.

Whitby Goth Weekend Whitby, 25 > 27.10, divers lieux en ville, whitbygothweekend.co.uk Bonnes adresses / Pub Elsinor, sur facebook.com : The Elsinore Whitby Fish and chips : Magpie Cafe : www.magpiecafe.co.uk DĂŠcouvrir les "wearable sculptures" de Liam Brandon Murray : www.liambrandonmurray.co.uk Ă lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com


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Álvaro Peñalta C’est pour « sortir le spectateur d’une grise réalité » qu’Álvaro Peñalta emplit ses images de couleurs éclatantes. Reconnaissons à ce graphiste et photographe un talent indéniable pour attirer l’œil. Directeur artistique du studio Super Fuerte, qu’il a fondé à Valence avec son ami Natxo Ramón, l’Espagnol développe des projets personnels en parallèle de ses réalisations pour la publicité. Chacune de ses compositions est un petit bijou de mise en scène. Et d’abnégation. Pour I See Faces, il aborde « six personnages comme six toiles blanches ». Au préalable, il a étudié l’anatomie de chaque modèle avant de réaliser 50 pièces en bois et en méthacrylate, pour les suspendre devant leurs visages. Ces clichés s’inspirent du phénomène de la paréidolie. « Vous savez, quand notre esprit identifie une forme familière dans un paysage, un nuage, des figures géométriques… » . Car oui, Álvaro Peñalta aime les carrés, triangles et cercles, qu’il superposait déjà pour la série Point (2015). Il affectionne aussi La Panthère rose, les films d’horreur, l’exubérance des années 1980 et l’œuvre de Jean-Paul Goude. « En effet, c’est incroyable de penser que les photographies si flamboyantes de cette époque ont été conçues sans retouche digitale  », s’enthousiasme-t-il. S’inscrivant dans leur sillage, notre directeur artistique cultive aussi de manière ironique une esthétique kitsch. Ainsi, Post Party, tout en jambes et en orteils, évoque une nuit de fête dégénérant en orgie. « On y retrouve le bodypainting de Keith Haring sur Grace Jones ou la scène de Shining dans laquelle un homme déguisé en ours s’unit à un autre homme dans un acte sexuel ». Renversant, n’est-ce pas ? Marine Durand

| Géométrie variable |

à lire / L’interview d’Álvaro Peñalta sur lm-magazine.com

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à visiter / alvaropenalta.com

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hanging on the telephone, 2014 Art direction & postproduction : Álvaro Peñalta Photography : Mariano Bascuñana


I See Faces, 2018 Creative & art direction : Álvaro Peñalta & Josep Prat Sorolla Photography : Hellobienstudio Art & photo assistant : Laura Esparza / MUAH : Miriam Anaya Postproduction : Álvaro Peñalta & Pep Sanabra


Point, 2015 Production & art direction : Álvaro Peñalta & Natxo Ramón Photography : Mariano Bascuñana & Natxo Ramón Postproduction : Álvaro Peñalta


FIU In The Mix Party, 2016 Creative & art direction : Berta O. Peig, Ă lvaro PeĂąalta, Josep Prat Sorolla Photographer : Bernat Oller


Cubbish : Post Party - Aftersex, 2016 Creative direction : Cubbish & Álvaro Peñalta Production : Berta O. Peig / Director of photography : Bernat Oller Art direction / postproduction : Álvaro Peñalta & Josep Prat Sorolla


Manu Dibango Š L. Vincent

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Tourcoing Jazz Festival

L'expression la plus odieuse de la langue française ? Non, ce n'est pas "fin de droits". Ni "je préfère qu'on reste amis". Oui, c'est bien "jazzy" ! Un vocable centriste, mou, désignant tout ce qui compte quelques cuivres et un rythme guère violent. Or le jazz, c'est heureusement autre chose. Pour en avoir le cœur net, passez donc par le Tourcoing Jazz Festival.

| Le sens du rythme |

Fidèle à son credo, cette 33e édition vise haut mais ne flatte pas les amateurs (de musiques) d'ascenseur. Bref, rien n'est "jazzy" ici. En sus de quelques invités devenus familiers des lieux (Hugh Coltman) sont ici conviées des pointures de tous âges, des pianistes Baptiste Trotignon et Bojan Z en passant par le saxophoniste sarthois Manu Dibango ou le trompettiste Stéphane Belmondo. Au rayon monstres sacrés, certains apprécient le slapping de Stanley Clarke et l'exubérance de Calypso Rose – ils en ont tout à fait le droit. ■◆

Kaléidoscope

Pour notre part, on se réjouit de revoir Kokoroko, dignes héritiers des visions afrobeat de Fela, avec ce je-ne-sais-quoi britannique qui fait tout le sel de la formation. Représentant d'une pop moderne hybride, classique et pour tout dire inclassable, Chassol dévoile de nouveaux "ultrascores". Cousin du jazz, le blues est également à l'honneur, via ses rejetons – plutôt sages et folk pour Mélissa Laveaux, bien plus énervés et militants du côté de Delgres… Et si le jazz est devenu un genre légitimé, pour ne pas dire… classique, on est impatient de découvrir la rencontre entre le Quatuor Debussy et Jacky Terrasson (piano), Franck Tortiller (vibraphone), Vincent Peirani (clarinette, accordéon). Osez encore nous parler de "jazzy" après ça, vous serez reçus. T.A. Tourcoing, 12 > 19.10, Théâtre de l’Idéal, Le Colisée, Théâtre Raymond Devos, Magic Mirrors, maison Folie Hospice d’Havré, Le Grand Mix et divers lieux, 1 concert : 30 € > gratuit, tourcoing-jazz-festival.com

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●●● Sélection / 12.10 : Eric Legnini, Bojan Z, Baptiste Trotignon… // 13.10 : Manu Dibango

14.10 : Stéphane Belmondo et Sylvain Luc Duo, Le Quatuor Debussy invite Jacky Terrasson, Franck Tortiller et Vincent Peirani // 15.10 : Anne Paceo, Chassol, Delgres… // 16.10 : Rhoda Scott, Alfa Mist, Hugh Coltman… 17.10 : Beat 4 Slicer feat Jacqueline Baghdasaryan, The Headshakers, Stanley Clarke, Mélissa Laveaux… 18.10 : Yannic Seddiki Trio, Calypso Rose, Blick Bassy… // 19.10 : Youn Sun Nah, Dianne Reeves, Kokoroko…


© Romain Rigal

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Ärsenik

Évoquer Ärsenik, c'est se replonger dans le rap français d'une annéeclé, 1998. Souvenez-vous : Fonky Family, Fabe, X-Men, Expression Direkt, 113, La Rumeur, NTM, Oxmo Puccino, Ideal J… et Ärsenik, donc. Membres, comme le Ministère A.M.E.R., du fameux Secteur Ä, les frères M'Bani se sont bâti une solide réputation avec quelques trucs gravés dans l'imaginaire collectif, dont ces survêts Lacoste au blanc immaculé. Sur fond de boom-bap, samples violons/piano et autres scratches, ces cousins de Passi développent des rimes multi-syllabiques aux images bien senties, des références au cinéma, le tout rehaussé d'un célèbre gimmick vocal (le fameux « Tch Tch » de Lino). « Calbo c’est l’chant d’outre-tombe, Bors la voix nasillarde », clament-ils sur Mic Machette. Bien résumé. Nos désormais quadras fêtent les 20 ans de l’album Quelques gouttes suffisent, et se frottent de nouveau à ces textes finement ciselés et pas si faciles à rapper. Le tandem évoque un troisième disque avant la fin de l'année. Parole tenue ? Thibaut Allemand

Lille, 05.10, Le Splendid, 20 h, 28,80 €, www.le-splendid.com

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| Au compte-gouttes |


© Dan Kendall

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black midi

Ils sont fuyants avec les médias mais électrisent toutes les oreilles qui passent à proximité. Les jeunes Anglais de black midi font dérailler le rock. Au menu ? Post-punk et blues urbain sur fond de noise en guise de carte postale envoyée d’Albion. C’est la rentrée, on ne sèche pas la leçon de vacarme.

| Mur du son |

Bruxelles, 10.10, Beursschouwburg, 20 h, Complet !, beursschouwburg.be

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Que se passe-t-il lorsque de jeunes lettrés s'attaquent à une musique originellement dévolue aux mauvaises graines ? Cette question, les Londoniens de black midi y répondent avec Schlagenheim, premier album en forme de déflagration. Pas d’autre mot pour définir ce mélange d’érudition et d’énergie pure, comme le rock n’en avait pas connu depuis le Sun Coming Down de Ought. Car ces Anglais passés sur les bancs de la Brit School, comme d’autres prestigieux congénères (le génial King Krule), partagent avec ces Canadiens une rare intelligence punk. Ils sont capables d’empiler au sein d’une même chanson toute l’histoire d’un genre et de ses ramifications, avec une pertinence inouïe – sans oublier de secouer la nuque. Les guitares tordues et distordues de Matt Kwasniewski-Kelvin et le chant habité de l’extravagant Geordie Greep les posent en héritiers de Sonic Youth. Mais, curieux et fouineurs, ces quatre gusses jonglent avec les goûts et brouillent les pistes (les excellents Reggae et Western n’ont plus grand-chose à voir avec la langue d'Elvis). Tels des jazzmen, ils jouent de la répétitivité comme des brusques changements de rythme. Ne cherchez pas black midi à quatorze heures : c'est immanquable. Rémi Boiteux


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NAME Festival

Faut-il encore présenter le NAME Festival ? Depuis 2005, cette institution des musiques électroniques rayonne de jour comme de nuit dans la métropole lilloise, en région et bien sûr dans son quartier général : La Condition Publique à Roubaix. Dans cet écrin de béton, de brique et de métal, on retrouve les habitués (Laurent Garnier, Ellen Allien) et des têtes (chercheuses) de circonstance : Pantha du Prince, Rødhåd ou Maceo Plex. Petite revue des troupes. Julien Damien

[12.10]

De l'eau a coulé sous les pistes depuis les débuts de Laurent Garnier à l'Haçienda, en 1987. Ce fils de forain se faisait alors appeler DJ Pedro (sic), et s'éclatait avec les premiers disques du label Underground Resistance. Tout ça ne nous rajeunit pas, et le patron de l'electro française (désolé, Jean-Michel Jarre) ferait presque figure d'ancêtre aujourd'hui. Trente ans plus tard, cet érudit assure à merveille son rôle de passeur (dans l'émission What’s Next?! sur Radio Meuh), sort à l'occasion quelques EP rageurs (Feelin'Good, en juillet dernier) et garde toujours Detroit dans le viseur, lors de sets souvent marathons. Un monument, quoi.

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Laurent Garnier

© GB.Pictures

| Courant continu |


© P. Honnemann

© Birgit Kaulfuss [12.10]

[11.10]

Modeselektor

Pantha du Prince

Modeselektor, ou une autre idée de l'electro. Plutôt brutale, l'idée. Formé après la chute du mur de Berlin, le duo « qui crache de la distorsion » s'est toujours situé à la croisée de la techno et de l'IDM. Tempérant à l'occasion ce cocktail abrasif avec Apparat (le projet plus "pop" Moderat), Gernot Bronsert et Sebastian Szary reviennent aux fondamentaux avec Who Else : beats tribaux, vibrations dubstep, boucles trance, percussions electropunk... Rien de neuf, mais une belle science des raves.

On avait laissé Hendrick Weber sonner les cloches dans l'envoûtant The Triad. On le retrouve en pleine tentative de communication... avec les arbres (la drogue, c'est mal). Dans son dernier projet, Conference of Threes, le prince allemand de la techno minimale poursuit ses expérimentations avec le collectif The Bell Laboratory. Le voici à la tête d'un orchestre de percussions façonnées avec tous types de bois, histoire de mieux dialoguer avec la forêt – lors d'un concert, évidemment, haut perché. Lille, L'Aéronef, 20 h, 21 > 14 € (Before NAME Festival et soirée "Chez Ti, Chez Mi")

Né à Cuba voilà 40 ans, Eric Estornel n'a cessé (lui) d'ouvrir son jeu. Depuis ses débuts à Ibiza dans les années 2000, l'Américain installé à Barcelone collectionne les alias (Maetrik, Mariel Ito ou Jupiter Jazz avec Danny Daze) et les styles. De la techno la plus sombre de son sous-label Ellum Black à l'electronica lunaire de Solar, en passant par les expérimentations sinoques de Mutant Series, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser lors de ses sets. Ça tombe bien, c'est le but !

© Chin Photo

Maceo Plex [11.10]

Roubaix, 11 & 12.10, La Condition Publique, 22 h-6 h, 1 nuit : 40,20 > 25,20 € • 2 nuits : 65,20 > 41,20 €

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●●● Sélection / 11.10 : Ben Klock, Len Faki, Maceo Plex, Recondite b2b Marcus Worgull, Rødhåd, Solomun, David Asko, Mainro, Marcus Worgull // 12.10 : Ellen Allien, Jennifer Cardini, Laurent Garnier, Lehar b2b Musumeci, Modeselektor, APM001, Fur Coat, Hap, Lehar, Péo Watson

NAME by Day : Mystery Affair, Santiago Garcia, Coeus, Blac, Kadosh, Lexx, Raw District Lille, 11 & 12.10, Gare Saint-Sauveur, ven : 18 h • sam : 16 h , gratuit, www.lenamefestival.com


© Solenn Bos

GiedRé Cette chansonnière un poil borderline fut révélée avec des morceaux joués sur des tons enfantins, et s'amusant de la pédophilie, de la prostitution, entre autres sujets trash (citons Pisser debout, Toutes des putes…). Dans son dernier spectacle, présenté à Hazebrouck, l'ex-comédienne incarne de drôles de gens, du nécrophile occasionnel à la mère tentée par l'infanticide. à Lille, invitée du festival de lectures théâtralisées Prise directe, la Lituanienne s'empare cette fois d'un texte de circonstance : Je déteste les putains de Mexicains, de Legom. Il y est question d'amour (un peu fou), de haine, de frontière… Oui, ça risque de déraper. J.D. Lille, 12.10, L'Aéronef, 20 h, 14 / 7 €, aeronef.fr (festival Prise directe) Hazebrouck, 20.11, Centre André Malraux, 20 h, 15 > 5 €, centreandremalraux.com (festival Si ça me chante !)

Bobby Oroza

Bruxelles, 16.10, Ancienne Belgique, 20 h, 15 €, www.abconcerts.be Béthune, 18.10, Le Poche, 20 h 30, 12 / 10 €, www.lepoche.fr Tourcoing, 19.10, Le Grand Mix, 20 h, 14 > 5 € (+ goûter-concert : 16 h, 5 €), legrandmix.com

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© DR

Complice de Jimi Tenor et adoubé par Lee Fields, Bobby Oroza creuse son sillon soul. Rétro, le jeune crooner dévoile des compositions parfaites, qui auraient pu surgir il y a soixante ans mais tiennent la route au xxie siècle. La preuve ? La chanson-titre de son premier album, This Love, a déjà été samplée par Earl Sweatshirt. Reste désormais au Finlandais à convaincre le grand public, et pas uniquement les nostalgiques d'un supposé âge d'or… T.A.


Dans la nuit du 17 au 18 mai 1980, Ian Curtis se pend dans sa cuisine, dans la banlieue de Manchester. C’en est fini de la courte vie de Joy Division – mais le début de sa légende. Bernard Sumner, Peter Hook, Stephen Morris et sa petite amie Gillian Gilbert décident de poursuivre l'aventure, et changent de nom : ce sera New Order. Pour l'anecdote, le blase avait déjà été utilisé par des anciens des Stooges.

Give me

© Nick Wilson

Nouvel ordre

Influencés par Kraftwerk, Moroder et quelques virées aux états-Unis, les Mancuniens délaissent le post-punk pour un son plus synthétique et dansant. Apparition de la boîte à rythmes, voix désincarnée de Sumner, basse mélodieuse de Peter Hook... Ce dernier résume l'esthétique du groupe ainsi : « la magie de New Order réside dans cet effet d’attraction et de répulsion entre les facettes rock et électronique de la musique, entre le yin et le yang, entre moi et Barney ».

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Ceremony • Temptation Blue Monday • Confusion Bizarre Love Triangle True Faith

Lundi bleu Parfaite illustration de cette évolution musicale, et chef-d'œuvre de New Order, Blue Monday reste le maxi 45 tours le plus vendu de tous les temps. Une rythmique hypnotique, un riff piqué à Ennio Morricone par-ci, une pincée de disco par-là, avec cette ligne de basse calquée sur celle de You Make Me Feel de Sylvester, et le tour est (bien) joué !

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© DR

Changement de ton


Tout à l'ego

© S. Bollmann

Comme tout groupe culte qui se respecte, New Order a connu ses hauts et ses bas(ses). Dans le rôle du trublion en chef, on retrouve Peter Hook, qui claque la porte en 2007. Il a intenté un procès à ses ex-comparses, déplorant "son exclusion financière". L'affaire « entre la bande de vieux types bedonnants » (sic) a été réglée en 2017, et "Hooky" joue de son côté le répertoire de ses deux anciens groupes. Toujours avec son sale caractère. En janvier dernier, il insultait un spectateur handicapé, au Bikini à Toulouse, pas assez "joyeux" à son goût...

New Order | Synthé esprit |

Né sur les cendres post-punk de Joy Division en 1980, New Order devint à son tour un groupe légendaire, imprégnant durablement l'histoire de la musique électronique. Les Mancuniens repartent en tournée pour défendre un album enregistré sur les lieux de leur première apparition télé, en 1979, avec Ian Curtis : les Old Granada Studios de Manchester. Dans cette galette au titre imprononçable (∑(No,12k,Lg,17Mif) New Order + Liam Gillick : So it goes...), ils recomposent leurs morceaux phares avec douze synthétiseurs ! Un concert immanquable, à la hauteur du mythe.

Bruxelles, 14.10, Forest National, 20 h, 57 €, www.forest-national.be

© DR / Ben Kelly

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Dans la boîte L'histoire de New Order est aussi liée à celle de The Haçienda, adresse mythique de Manchester. Le groupe finance avec le label Factory ce lieuclef de la rave culture européenne. Des figures du mouvement comme Laurent Garnier, The Happy Mondays ou A Guy Called Gerald y ont fait leurs premiers pas. Hélas, une gestion désastreuse sur fond de guerre des gangs conduira ce club à la faillite et sa fermeture en 1997.


Alpha Blondy © DR

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Festival des Libertés

Il y a une vingtaine d'années, le nom de ce festival aurait semblé saugrenu. Dans une Europe en pleine construction, ouverte sur le monde et sans frontières, où le progrès social semblait inéluctable, ces libertés paraissaient acquises. En 2019, c'est une autre affaire… Un œil aux nouvelles (mauvaises, d'où qu'elles viennent, comme chantait l'autre) suffit pour constater l'ampleur du désastre. Dès lors, ce rendez-vous a tout lieu d'être. Proposant conférences (à propos de la montée des extrêmes-droites ou des violences policières), expositions (sur Manille, le Sénégal, les réfugiés…), théâtre (citons Codebreakers, hommage aux anticonformistes de tous temps, de Claudel à Chelsea Manning), l’événement s’intéresse à toutes les facettes de nos sociétés. Festival oblige, quelques concerts émaillent l'affaire. Des revenants Les Négresses Vertes aux déifiés dEUS, des énervés Kate Tempest et Kompromat au poète Thiéfaine, en passant par Alpha Blondy, ces soirées s'annoncent comme des bouffées d'air frais dans un monde étouffant. T.A.

| Appel d'air |

●●● Sélection / 17.10 : Les Négresses Vertes (concert) • Qu’est-ce qu’un fait ? (débat)… // 18.10 : Habitants en résistance (débat) • Vladimir Steyaert : Codebreakers (théâtre) • Eating Animals (documentaire) • Bagarre (concert) • Kompromat (concert)… // 19.10 : Hamburger Gitter (documentaire) • Loyautés radicales (débat) The Feminister (documentaire) • échec et matraque (débat) • L’Internationale féministe sera-t-elle le genre humain ? (débat) • dEUS (concert)… // 20.10 : Alice on The Roof (concert) • Gaza Surf Club (documentaire)… 21.10 : Désordre dans le genre, chaos dans la nation ? (débat)… // 22.10 : Abd Al Malik (concert) • L’ordre sans le progrès (débat)… // 23.10 : Hubert-Félix Thiéfaine (concert)… // 24.10 : Odezenne (concert) • Juicy (concert) Solutions démocratiques pour un désastre écologique ? (débat)… // 25.10 : Kate Tempest (concert) Cie Motus : MDLSX (théâtre)… // 26.10 : Alpha Blondy (concert) • Horace Andy (concert) • Luttes sociales hors cadre (débat)… + Expositions : Living Among What's Left Behind par Mario Cruz • Bargny, ici commence l'émergence par Pierre Vanneste et Laurence Grun…

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Bruxelles, 17 > 26.10, Théâtre National, www.festivaldeslibertes.be


© Yann Orhan

Ibrahim Maalouf Trompettiste, compositeur, arrangeur, producteur, professeur d'improvisation... Ibrahim Maalouf multiplie les casquettes. Considéré comme l'un des prodiges du jazz contemporain, et même une pop-star (avec une trompette, qui l'eût cru ?!) le Franco-Libanais a très vite imposé son style : un métissage tous azimuts, associant note bleue, musiques orientales, latines et afro-cubaines (dans son nouvel album, S3NS) ou même hard-rock ! Pour l'anecdote, ce virtuose reste l'un des rares instrumentistes capables de jouer avec une trompette à quatre pistons (quarts de ton), inventée par son père dans les années 1960... T.C. Lille, 19.10, Le Zénith, 20 h, 85 > 35 €, zentihdelille.com

The Dream Syndicate

© Linda Pitmon

Bruxelles, 19.10, Ancienne Belgique, Complet ! 20.10, Dixmude, 4AD, 20 h, 19 > 15 €, www.4ad.be

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Au début des années 1980, du côté de L.A., émergeait le Paisley Underground, mouvement marqué par le psychédélisme de Love et les harmonies vocales des Byrds, le tout mâtiné d'éthique punk rock. On croisait là-bas Green On Red, Opal ou The Dream Syndicate. Cette formation culte (grande aura, peu de ventes) s'est réunie en 2012 après une décennie de silence. Un retour on ne peut plus digne qui lui vaut, et c'est tant mieux, des acclamations longtemps attendues. T.A.


Metronomy Jadis outsider, Metronomy fait désormais partie des poids lourds et des valeurs sûres de la scène anglaise. Un bulldozer auquel rien ne résiste, venant de publier un sixième album de haute tenue. Une machine de guerre partie pour durer ? à la réflexion, on n'est plus vraiment sûr de rien avec la bande de Joseph Mount. © Dan Kendall

| Retour aux sources |

Anvers, 19.10, De Roma, 20 h, 31 / 29 €, www.deroma.be Lille, 07.04.2020, Le Zénith, 20 h, 44 / 38,50 €, www.zenithdelille.com

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© Grégoire Alexandre

En 2008, un deuxième album (Nights Out) surprit son monde. à commencer par Joseph Mount, sorte de cousin éloigné de Hot Chip et âme de Metronomy, qui s'agitait vainement depuis presque dix ans. Vaguement inadapté, plutôt solitaire, l'Anglais dut assurer le service aprèsvente, entre interviews, tournées dantesques, et fut condamné à réitérer l'exploit. Il ne se fit pas prier, signant au passage le single Love Letters, l'un des sommets des années 2010. Surtout, ces disques donnaient à entendre un groupe (un vrai) délaissant l'electropop pour une variante plus luxuriante, un rien bâtarde et touche-à-tout. Effrayé, peut-être, par la célébrité, et forcément nostalgique, Joseph Mount se souvint de ses débuts, de l'innocence perdue (Summer 08, en 2016) et se fit un peu plus silencieux. Ces jours-ci paraît un album bien écrit : Metronomy Forever. Serait-ce l'ultime ? Un intitulé pareil, franchement… À la basse solide. Aux mélodies malignes. Flanqué d'un tube potentiel (Salted Caramel Ice Cream). Il renoue avec les synthés en relisant la new wave. Alors, reste à applaudir la troupe sur scène – toujours pro, toujours carrée, à jamais sous contrôle. C'est peut-être aussi pour ça qu'on l'aime, malgré tout. Thibaut Allemand


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© Molly Daniel

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Nilüfer Yanya Sa chambre était tellement mal rangée que Nilüfer Yanya n’a pas su trier ses influences, au moment d’enregistrer son premier album. Lasse, la Londonienne de 23 ans a saisi dans un même élan sa guitare, ses disques de Frank Ocean, Blood Orange et The XX, et sorti 17 pistes d’une pop minimaliste pleine d’ardeur. Sur le grand sac dans lequel elle a déposé ses chansons, elle a écrit Miss Universe, clin d’œil à ses origines turques, irlandaises et barbadiennes. Elle y a aussi jeté une poignée de vêtements en prévision d’une longue tournée. En un geste élégant et déterminé, Nilüfer s’installait à la table de quelques héroïnes à guitare, telles Anna Calvi et St Vincent. Elle demeure néanmoins plus fraîche et spontanée. La jeune songwriter contient volontiers son timbre altier, ménageant des silences entre deux incursions de guitare saturée. Chemin faisant, elle garnit sa besace de touches électroniques, soul, folk et jazz. Sans négliger de larges poches de veston, qu’on devine extensibles à l’infini. Mathieu Dauchy

Gand, 29.10, De Centrale, 19 h 30, 18 / 15 €, decentrale.be

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| Maîtresse de l'univers |


© Daniel Dorsa

Sinkane En quelques albums très différents les uns des autres (Mean Love tenant le haut du pavé), cet ex-musicien de l'ombre (celle de Yeasayer, Caribou ou Of Montreal) s'est imposé comme un digne héritier de Cymande, Funkadelic ou Curtis Mayfield (cette voix haut-perchée). Citons aussi William Onyeabor car il fut l'instigateur d'un super-groupe rendant hommage au maître africain. Si l'attirail est classique (guitare, basse, batterie, synthé, cuivres et flûtes), émanent de ces instruments une ampleur et une plénitude certaines. Il prend son temps pour laisser l'élément principal s'installer : le groove. Et joue, au sens premier et noble du terme. T.A. Tourcoing, 03.11, Le Grand Mix, 18 h, 14 > 5 €, www.legrandmix.com Anvers, 09.11, Trix, 19 h 30, 18 / 16,50 €, www.trixonline.be

Jamila Woods mêle soul, rap, jazz et R’n’B ultra-moderne – des musiques noires, donc. Mieux, son dernier album en date, Legacy ! Legacy !, s'empare de thèmes actuels (condition des Afro-Américains, féminisme…) et s'inscrit dans le présent sans jamais oublier ses racines. La Chicagoane intitule chaque titre d'après une grande figure, de Miles (Davis) à Sun Ra, de Basquiat à Frida (Kahlo). De quoi célébrer l'héritage en imaginant un nouvel avenir. T.A. Bruxelles, 04.11, Ancienne Belgique, 20 h, 15 €, abconcerts.be

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© Bradley Murray

Jamila Woods


Jesca Hoop Depuis 12 ans, Jesca Hoop embrasse tous les genres avec la même fougue. L’Américaine marie à merveille une voix séraphique et des trouvailles sonores, éclaboussant de modernité des pop songs délicieusement embrumées. Dotée d'un souffle voilé, tour à tour puissant ou mutin, cette héritière de Kate Bush se love avec la même classe dans le blues marécageux ou le folk lumineux. Elle batifole ainsi, sans filet de sécurité, sur fond de cordes acoustiques ou de gratte électrique un poil tordue. T.A.

M ar 0 1 . 1 0

Alex Cameron Lille, L'Aéronef, 20h, 12>5e L’Odyssée mahlérienne continue Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>5e Miossec Béthune, Théâtre, 20h30, 22/18e Stéphane Belmondo et Sylvain Luc Mouscron, Centre culturel, 20h30, 6/4e M er 0 2 . 1 0

Mix Myself & I / DJ DJEL Lille, Le Flow, 20h, gratuit DJ Chloé (DJ) et Vassilena Serafimova (marimba) Louvain, Ferme du Biéreau, 21h, 15>8e Jeu 03.10

Freak Monkeys + Les Agités Du Comptoir Dunkerque, Les 4 Ecluses, 19h, gratuit Pépite Bruxelles, Botanique, 20h, 21>15e V en 0 4 . 1 0

Paula Temple + Leon

Vynehall + Glitter… Bruxelles, Bozar, 21h, 18e Pépite + Norma Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 13>5e (gratuit abonnés) Daughters Anvers, Trix, 19h30, 19/17.50e

L u n 0 7. 1 0

Bertrand Belin Bruxelles, La Madeleine , 20h, 26.70e M ar 0 8 . 1 0

Biche + Temps calme with BdM Lille, mF Moulins, 20h, 11/9,50e

Alexis HK (Comme un ours) Dunkerque, Le Bateau-Feu, 20h, 9e

Canine Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h, 9,30/5,20e

The Rumjacks + Shandon Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 13/10e

Elias Dris + Ondine Horseas Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

esplanades Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h30, 5/3e

Jan Garbarek Group Anvers, De Roma, 20h, 39>37e

Lou Doillon Arras, Théâtre, 20h30, 22/12e

Tiwayo + Vigor Hugo Béthune, Le Poche, 20h30, 11/8e S am 0 5 . 1 0

Casey + AL + Vîrus… Lille, Le Flow , 19h, 10/7e Jordan Rakei + Arlo Parks Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 22/21e Mass Hysteria + Redemption Lille, L'Aéronef, 20h, 26>19e Féfé & Leeroy + Lexa Large Oignies, Le Métaphone, 20h30, 19>13e

M er 0 9 . 1 0

Dr Feelgood Verviers, Spirit Of 66, 20h, 20e Les grands maîtres du classique (ONL) Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>5e Yolande Bashing Lille, mF Wazemmes, 21h, 5>2e Jeu 10.10

Ben + Rare Akuma + YouNiqueMe + Jahstyle + Les Rappeurs en Carton Lille, Le Flow , 20h, gratuit

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© DR

Bruxelles, 16.10, Botanique, 20 h, 19 > 13 €, www.botanique.be


Last Train + The Mystery Lights Lille, L'Aéronef, 20h, 21/14e Nusky + Hyacinthe Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14>5e Abraham Inc. Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 29>11e V en 1 1 . 1 0

Dog Eat Dog + Waltari… Anvers, Trix, 19h30, 25/24e Barcella Lesquin, Centre Culturel, 20h, 15/9e DERYA YILDIRIM & GRUP SIMSEK Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14>5e Nusky + Hyacinthe + Ygo Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 12/9e Clinton Fearon + Natty Jean Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 15>10e Dez Mona + CON-FRONT Dixmude, 4AD, 20h30, 17>13e Ben Klock + Len Faki + Maceo Plex + Recondite b2b Marcus Worgull + RØDHÅD… Roubaix, La Condition Publique, 22h, 40,20>25,20 / pass 2 nuits : 65,20>41,20e

S am 1 2 . 1 0

VITTORIO FORTE Mouvaux, L'étoile, 20h, 16/9€

Abou Diarra Faches Thumesnil, Les Arcades, 20h, 16>8e

Calypso Rose Béthune, Théâtre, 20h30, 34/30e

Solomun + Maceo Plex + Pan-Pot + Maxim Lany… Bruxelles, Palais 12, 20h, 75>29e

M er 1 6 . 1 0

Françoiz Breut Lesquin, Ctre Cult., 20h, 10/6e

Les Wriggles Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 33>27e

Keren Ann Lille, Le Splendid, 20h, 28.90e Pixies Bruxelles, Forest National, 20h, 45,80e

Youv Dee + Di-Meh Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 17>5€

Reverie + SCRATCHATTIC Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14>5e

Les négresses vertes Saint-Omer, Sceneo, 20h, 38/30e

J e u 1 7. 1 0 D im 1 3 . 1 0

Ezra Collective Bruxelles, AB, 20h, 19e

Bror Gunnar Jansson Baisieux, Espace J. Villeret, 17h, gratuit

Lysistrata + Bison Bisou Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Sly Johnson Lille, Théâtre du Casino Barrière, 18h, 34>28e

V en 1 8 . 1 0

Lun 14.10

Apparat Anvers, De Roma, 20h, 27>25e M ar 1 5 . 1 0

Aguamadera Marcq-en-Barœul, Médiathèque La Corderie, 17h, gratuit

Les ritournelles de vacances annoncent parfois une jolie carrière. La preuve avec Synapson. Propulsés au sommet des charts en 2015 avec le tube de l'été All in You, ces deux autodidactes sont devenus des piliers de la scène electro française. Des platines brûlantes, des collaborations bien senties (avec Tim Dup, Mai Lan...), quatre bonnes oreilles... soit le cocktail idéal pour s'enjailler, entre nu disco, deep house et rap. Sur scène, le duo assure le show – et électrise les synapses. T.C. Lille, 19.10, Théâtre du Casino Barrière 20 h 30, 27 €, www.casinosbarriere.com

© DR

Synapson

Chaton Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, gratuit Brandt Brauer Frick + The Slow Readers Club + French 79 Dj Set + LIFE + Tshegue… Lille, L'Aéronef, 18h, 21/14e (pass 2 jours : 37/25e)


The Divine Comedy

© Raphael Neal

Scott Walker est mort. Nous en sommes tristes mais franchement, à quand remontait son dernier disque audible ? Les trente dernières années l'avaient vu s'enfoncer dans des expérimentations absconses – il faut être sacrément snob pour prétendre le contraire. Heureusement, Neil Hannon est arrivé et, sans égaler le maître, le farfadet irlandais a su proposer les pop songs orchestrales que Walker n'offrait plus. Son dernier essai en date, le plus synthétique Office Politics, vaut aussi le détour. T.A. Roubaix, 20.10, Le Colisée, 18 h, 38 > 32 €, coliseeroubaix.com Bruxelles, 27.10, Cirque Royal, 20 h, 30 €, cirque-royal-bruxelles.be

Chant de la nuit Symphonie n°7 Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>5e

Gaspard Royant + Bobby Oroza Béthune, Le Poche, 20h30, 12/10e Henryk Górecki : Symphony no. 3 par Beth Gibbons (Portishead) Lens, La Scène du LouvreLens, 20h30, 5e>gratuit Inüit Arras, Théâtre, 20h30, 10/8e Sam 19.10

La Fine Equipe + ZOMBIE ZOMBIE + Jonathan Jeremiah + Le 77 + Mathieu Harlaut… Lille, L'Aéronef, 17h30, 21/14e (pass 2 jours : 37/25e) Matias Aguayo Bruxelles, Beursschouwburg, 22h, 14/11e Dim 20.10

Burna Boy Bruxelles, Palais 12, 20h, 60>35e Sting Lille, Le Zénith, 20h, 128>67,5e Amenra + Johan + Tahon Menin-Halluin, Isle de la Lys, 20h, 12/10€

Mar 22.10

Lolo Zouaï + guest Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 14>5e Thomas Azier + Schézarade Lille, L'Aéronef, 20h, 14>5e Jeu 24.10

Shannon Wright Bruxelles, Botanique, 20h, 20>14e Le Bal des Enragés… Calais, Centre culturel Gérard Philipe, 20h30, 15>10€ V en 2 5 . 1 0

DVTCH NORRIS + Kojey Radical + Brass X Malter… Mons, Maison Folie, 18h, 7>5e Badie Roubaix, La Condition Publique, 19h, gratuit Beat Assailant Arras, Le Pharos, 20h, 9>2,50€ Black Box Revelation Charleroi, Eden, 20h, 22>16e

Kassav’ Lille, Le Zénith, 20h, 44>36e Jay-Jay Johanson Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 21>5e Nick Waterhouse Anvers, De Roma, 20h, 19>17e D im 2 7 . 1 0

Nick Waterhouse + The Roves Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, 17>5e Youngblood Brass Band Dunkerque, Les 4 Ecluses, 18h, 13e/gratuit Kate Tempest + Awir Leon Lille, L'Aéronef, 18h30, 21>14e Jay-Jay Johanson Bruxelles, Botanique, 20h, 23>17e M er 3 0 . 1 0

Daughters + Jeromes Dream Lille, L'Aéronef, 20h, 17>5e Jeu 31.10

Grand Corps Malade Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 43,60>29,43e

Sorciers, sorcières ! Lille, Nouveau Siècle, 14h30 & 18h30, 14>5€

Rodrigo Y Gabriela Lille, L'Aéronef, 20h, 34/25e

Belle and Sebastian Lille, L'Aéronef, 20h, 27/20e

S am 2 6 . 1 0

Tinariwen Anvers, Trix, 19h30, 29/27e

V en 0 1 . 1 1

Miel de Montagne Bruxelles, Botanique, 20h, 18>12e

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Accidente Roubaix, La Condition Publique, 19h, gratuit


Yolande Bashing

Yolande et l’amour

(Bruit Blanc)

Extrait de la formation electropunk Les Dents, ce nom intrigant avait circulé dès juin 2018, dans le sillage d’une sélection pour les iNOUïs du Printemps de Bourges et d’un premier EP empli de bonnes intentions. Au programme de la République de Yolande Bashing ? Synthés désaccordés, textes abscons, spoken word désabusé, mélancolie exaltée… Figure de proue d’une informelle scène indé lilloise, menée par le label-collectif-fanzine Bruit Blanc (NUMéROBé, Cendrars), Baptiste Legros récidive avec dix titres tout aussi recommandables. Enfin, à condition d’aimer les fins de soirée un peu schlass sur les parkings, les amours foireuses ou la solitude des grands ensembles. Dans ce premier album, le Nordiste « construit son lit avec du linge sale », s’enivre sur Claude François « avec [s]es enfants et Jean-Pierre Pernaut » (Claude, l’un des sommets brindezingues du disque). Il s’amuse aussi à « plonger sous Marine » ou « à réparer les vivants » – comme Maylis de Kerangal, mais façon "freak show". Ni tristes ni gaies, ces chansons bipolaires évoquent une fête foraine qui aurait mal tourné, sur fond de beats sidérurgiques, mais dans laquelle on prend un malsain plaisir. Julien Damien Sortie 11.10 + Concert : Lille, 09.10, maison Folie Wazemmes, 21 h, 5 > 2 €, maisonsfolie.lille.fr

Mark Lanegan Band — Somebody’s Knocking Tout arrive, paraît-il. On ne s'étonnera donc pas qu'un prophète du grunge assume son amour pour Depeche Mode et New Order. Mark Lanegan, masse critique de la bascule vers le rock stoner (avec Queens Of The Stone Age) réveille à 54 ans le Dave Gahan qui sommeille en lui. Ces 13 titres écrits avec son Band ne forment pas encore un album de synth-pop, mais ils respirent moins la cendre que ses prédécesseurs, Gargoyle et With Animals. La voix de Lanegan est toujours apte à doubler Dark Vador, mais son blues a dû passer l’hiver au soleil. Il révèle en tout cas des facettes inédites, jusqu’à un Penthouse High qu’on jugerait composé par Martin Gore. Somebody’s Knocking ? La crise de la cinquantaine… Sortie 18.10. M. Dauchy

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(Heavenly Recordings / PIAS)


Center Of The Universe

Allah-Las

Lahs

(Mexican Summer /

Unknown Album

Differ-Ant)

(Metronomicon Audio)

Nostalgique de l'été ? Reprenez-donc un ticket pour le soleil avec les AllahLas. Leur dernier disque soigne sa dégaine californienne. Soit un habile cocktail de folk, garage et rock psyché bardé de surf music. L'album s’ouvre avec Holding Pattern, tirant vers le répertoire des Doors, avec sa guitare nonchalante où se pose la voix de Pedrum Siadatian. La suite est un joyeux melting-pot. On y chante portugais sur Prazer Em te Conhecer ("ravi de te rencontrer"), mais aussi japonais (Royal Blues) et espagnol. Un voyage autour du monde donc, mais aussi intérieur, via le plus frais Polar Onion, trip introspectif focalisant sur les angoisses de la création. Un album foisonnant, en forme de carte postale sonore. Sortie 11.10. Hugo Guyon

Âme du précieux label Metronomicon Audio, le Norvégien Jørgen Sissyfus Skjulstad est également un compositeur surdoué. On l'avait découvert, avec son complice Easy, grâce à Aksak Maboul, autres têtes chercheuses certifiées. Cet Unknown Album, le vingtième de son auteur (au bas mot) est une petite merveille. Relecture de l'electrofunk eighties mâtinée de mille et une trouvailles sonores (Playback), bricolages moyen-orientaux (Mirwaiz Spesial, soit Moroder chez Khidja), synthés charmeurs de serpents (l'étrange After Hours), house hypnotique (le conclusif Colundi Egg)… Center Of The Universe magnifie tout ce qu'il touche, et immortalise l'axe Manchester - Rimini  - Istanbul le temps d'un Italo Böregi magistral. Bref, un sommet de déterritorialisation. Thibaut Allemand

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Temples — ­Hot Motion

(ATO Records / PIAS)

En deux albums, Temples s’est imposé comme l’une des formations incontournables du rock britannique des années 2010. Au crépuscule de cette décennie, le désormais trio (depuis le départ du batteur Sam Toms) revient avec un troisième opus très attendu. Hot Motion démarre fort avec l'envoutant single-titre, et surtout You’re Either On Something, morceau pop ultime nourri d'une foultitude d’échos, de chœurs, de voix déformées et de guitares. Le disque perd en intensité par la suite, avec les passables Holy Horses et Context mais reprend du poil de la bête avec The Beam, rappelant les grandes heures d’Electric Light Orchestra ou de MGMT. Notons aussi Atomise, qui débute comme une ballade folk, avant de monter crescendo pour finir en véritable feu d’artifice psyché. Hugo Guyon


Thierry Jourdain Miossec : Une bonne carcasse - 176 p., 17 € Frédéric Tallieux étienne Daho : L'Eden retrouvé - 456 p., 27 € (Le Mot et le Reste)

Un bon chanteur mort. Ainsi s'intitulait l'essai de Dominique A en 2008. Vrai que pour un biographe, mieux vaut écrire sur une personne disparue – ainsi, on peut se pencher sur une existence achevée. Jusqu'alors deux livres, vieux de plus de dix ans, faisaient autorité pour Miossec et Daho. Il s'agissait d'En quarantaine et d'Étienne Daho : Portraits et entretiens, respectivement rédigées par Vincent Brunner et Benoît Cachin en 2007. Thierry Jourdain et Frédéric Tallieux leur emboîtent le pas. Dans le cas du Brestois, Jourdain a rencontré le songwriter et quelques collègues (Tiersen, Mellano, Gilis…) laissant d'autres avis sur le bas-côté. Dommage, car l'ouvrage précité exposait davantage d'invités et surtout des voix dissonantes. Quant à Étienne Daho, cette biographie fondée sur la discographie du natif d'Oran, de Mythomane (1981) à Blitz (2017) comporte des lacunes. Malgré une volonté d'exhaustivité, nulle trace de sa participation au premier essai de Yan Wagner par exemple. Ceci posé, ces deux sommes restent recommandables à qui ne possède pas les références antérieures. T.A.

Christophe Tison — Journal de L. (1947-1952) Réécrire Lolita, le chef-d’œuvre de Nabokov, en changeant de point de vue pour prendre celui de Dolorès Haze. C’est le pari relevé par Christophe Tison. Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, le roman originel raconte la relation entre Humbert Humbert, 37 ans, et une enfant de 12 ans. Cette réécriture prend la forme d’un journal intime fictif de l’adolescente, découpé en cinq périodes, de sa rencontre avec le trentenaire jusqu’à sa fuite en Alaska. Un récit initiatique, écrit d'un ton faussement maladroit, pour mieux coller au caractère de la "nymphette". Un livre particulier pour Tison, lui aussi victime de l’emprise d’un pédophile lorsqu’il était enfant. Il en a tiré un premier ouvrage en 2004, Il m’aimait, et dont ce Journal de L. fait originalement écho. 280 p., 19,50 €. Hugo Guyon

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(éd. Goutte d’Or)


Bérengère Cournut

De pierre et d'os (Le Tripode)

Après les Amérindiens dans Née contente à Oraibi, Bérengère Cournut, romancière attentive aux autochtones laissés dans l’ombre de la colonisation, part sur les traces du peuple Inuit. Ce livre initiatique est porté par la narration d’Uqsuralik, jeune fille séparée de sa famille par une fracture de la banquise. Ce déchirement sera le point de départ de sa quête identitaire, aussi physique que spirituelle. Car la survie en territoire arctique nécessite l’harmonie entre humains et animaux, éléments et esprits de la nature. Rituels et épreuves émaillent la trajectoire de cette femme puissante parmi les glaces. Ce roman évite avec grâce les écueils du regard ethnographique, rendant ces histoires de luttes et d’amours fabuleusement vivantes. 219 p., 19 €. Sarah Elghazi

Fabcaro

Formica. Une tragédie en trois actes (6 Pieds Sous Terre) On pourrait diviser l’œuvre de Fabcaro en trois vastes catégories : l'autobiographie (les trois albums réunis sous le titre Steak it Easy), l'autofiction (Zaï Zaï Zaï Zaï, Pause, La Clôture…) et enfin, la fiction pure (Parapléjack, Et si l'amour c'était aimer…). Formica relève de cette dernière. Sur le fond, le Montpelliérain trace son sillon, observateur acéré des mœurs de ses contemporains (ici, une réunion de famille), maniant l'humour absurde et la critique féroce avec maestria. Sur la forme, outre l'usage de la couleur et d'un trait plus réaliste (Fabcaro se répète rarement) c'est la forme de la tragédie (avec le chœur antique !) qui est ici joyeusement dynamitée. L'alliance entre Jean Anouilh et un plat de nouilles, donc. 68 p., 13 €. Thibaut Allemand

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Raphaël Malkin — ­Le Rugissant

(Marchialy)

En 1999, au premier étage d’un café parisien, un corps est criblé de balles. Cet homme, c'est Marc Gillias, connu comme producteur sous le pseudo de Rud Lion. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il représente un pan de l’histoire du rap français des années 1990. Le journaliste Raphaël Malkin retrace le parcours chaotique de Gillias, de son enfance à Pantin et Vitry, aux premiers succès avec le groupe Expression Direkt dont il était le manager, en passant par la prison de Fresnes où il tombe pour braquage. Pourtant, Rud Lion a frôlé la gloire en composant la mélodie de Ma petite entreprise de Bashung… qui ne le crédite pas. Il retombera dans l’anonymat jusqu’à son assassinat. Voici le portrait sans complaisance d’un pionnier, qui a sa place dans le panthéon du hip-hop hexagonal. 256 p., 20 €. Hugo Guyon


© Les Bookmakers, Capricci Films

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| Miroir brisé |

Coincé dans un petit village d'Alsace après une rupture amoureuse, désormais seul et sans emploi à 45 ans, Frank Beauvais tente de retrouver le fil de son existence en cheminant dans le labyrinthe du cinéma. Ce flot d'images compose la matière d'un premier long-métrage au croisement du journal intime et de la chronique d'un pays en état d'urgence. D'un côté, une voix blanche livre le récit méthodique d'un deuil amoureux et d'une impuissance à agir. De l'autre, des images, toutes piochées dans les films vus jour et nuit, se mêlent ou s'entrechoquent au rythme des battements de cœur. D'un côté et de l'autre, vraiment ? Non, car Beauvais trouve des échos, fraye des passages entre sa vie et le cinéma, la France d'après le Bataclan et le flux hypnotique des films téléchargés. Aussi, ces extraits et plans ne s’avèrent pas de simples illustrations. Ce sont des masques, des visions déformées, parfois grotesques, d'un réel hors d'atteinte. Ne croyez surtout pas que je hurle a ainsi la texture d'une nuit d'insomnie. Ressassement, attente inquiète des lueurs du jour, vacillement.

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Contre-plongée

Œuvre de cinéphile, ce long-métrage ne fait pourtant pas du septième art une langue secrète partagée par quelques initiés. L'enjeu n'est pas de reconnaître et d'identifier, mais de vivre l'expérience d'une déstabilisante étrangeté. Peu de visages apparaissent : plutôt des objets, des gestes sans cause, des fragments de monde déconnectés. C'est la beauté du film, mais aussi sa limite. La colère n'y est jamais assez De Frank Beauvais. En salle vive pour dépasser la complainte, si à lire / Ne croyez bien que le fétichisme ne manque pas surtout pas que je hurle, d'affleurer. Reste alors ce mal-être dont de Frank Beauvais (éd. Capricci), 8 € le récit, par son cheminement patient et capricci.fr douloureux, offre l'issue. Raphaël Nieuwjaer

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Ne croyez surtout pas que je hurle


© 2019 Focus Features Llc. All rights reserved

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Downton Abbey | Au service de sa majesté |

La déclinaison cinématographique de Downton Abbey est autant attendue que redoutée par les fans de la série britannique. Après six saisons, trois Golden Globes, un succès planétaire public et critique, était-il nécessaire de la transposer sur grand écran ? Yes !

De Michael Engler, avec Hugh Bonneville, Michelle Dockery, Maggie Smith, Elizabeth McGovern… En salle

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Vous êtes passés à côté de la série ? Alors, plantons le décor. Downton Abbey se déroule au début du xxe siècle dans un manoir anglais, et relate la vie des Crawley et de leurs serviteurs. L'œuvre doit son succès à la qualité de sa direction artistique (décors, costumes, lumière), au soin apporté au script, à la mise en scène et à l'interprétation. Surtout, cette reconstitution historique reflète, telle un miroir, toutes nos préoccupations actuelles (amours interdites, lutte des classes…). Dans le film, les Crawley vivent l’évènement le plus important de leur existence : la visite du roi et de la reine d’Angleterre. Pour nourrir deux heures d’intrigues tourmentées, la production a veillé au grain. On retrouve au scénario le créateur Julian Fellowes, tandis que Michael Engler (réalisateur de plusieurs épisodes) signe la mise en scène. L’intégralité du casting s’est donné rendez-vous : Hugh Bonneville, Michelle Dockery, la vénérable Maggie Smith… Au final, Downton Abbey s'offre comme une production classique et élégante, à l’écriture finement ciselée. Les habitués ne seront pas déçus. Les nouveaux spectateurs passeront un bon moment. à l’heure où les séries tiennent le haut de l'affiche, cette adaptation prouve que le cinéma n'est pas encore mort. Tant mieux ! Grégory Marouzé

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© Julien Panié

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Le Dindon | Farce et attrape |

Après les succès d'Yves Saint Laurent ou d'Iris, Jalil Lespert s'attaque à un monument du théâtre de boulevard avec Le Dindon. Dans cette farce jugée très avant-gardiste pour l'époque (1896), Georges Feydeau raillait les jeux de séduction de la petite bourgeoisie. Portée sur grand écran, son œuvre fait toujours mouche.

De Jalil Lespert, avec Guillaume Gallienne, Dany Boon, Alice Pol, Ahmed Sylla… En salle

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Pontagnac, dragueur invétéré, poursuit Victoire jusque chez elle. Mais son mari, qui n'est qu'autre que son ami Vatelin, déboule. S'ensuit une (basse) cour amoureuse où tout le monde veut coucher avec tout le monde par vengeance. Les fans du genre auront reconnu l'intrigue du vaudeville de Feydeau, Le Dindon. Pour lui rendre hommage, Jalil Jespert évite l'écueil tant redouté (trois actes, trois décors principaux) du "théâtre filmé", grâce à une mise en scène virevoltante et au jeu des acteurs. Le quatuor Gallienne, Boon, Pol et Calamy fonctionne effectivement à merveille. Mention spéciale à Ahmed Sylla, sorti de sa zone de confort dans le rôle du dandy, et à Camille Lellouche, touchante en titi parisienne. Remise au goût du jour, cette comédie respecte le texte original et sa mécanique. L'action est replacée dans le Paris pré-mai 68, avant la libération sexuelle, dans une société hésitant entre mœurs traditionnels et plus débridés. Saluons enfin le travail sur les couleurs (très pop) et le soin apporté aux décors et costumes, emblématiques des sixties. Certes, cette honnête adaptation ne révolutionne rien. Elle souligne néanmoins la force d'un classique brocardant nos petits travers. Tanguy Croq

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Dix ans après l'excellent Tout ce qui brille, Géraldine Nakache repasse derrière la caméra pour sa première réalisation en solo. L'histoire ? Mina et Vali sont sœurs mais ne s'adressent plus la parole. Leur père, Léon (Patrick Timsit), voudrait à tout prix les réconcilier. Il soutient l'aînée qui se rêve en choriste de Céline Dion, mais tombe malade… C'est la cadette qui accompagnera donc la frangine aux auditions. L'occasion de régler leurs différends. Malgré un bon jeu d'acteurs (coup de cœur pour Nakache, en sacrée chanteuse), une mise en scène habile (ce parallèle entre la maladie de Léon et celle de René, le mari de Céline) et une B.O efficace (Dion, mais aussi France Gall, Barbara…), cette comédie demeure stéréotypée et prévisible. Cette fois-ci, on n'ira pas. Tanguy Croq De Géraldine Nakache, avec Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Patrick Timsit, Pascale Arbillot… Sortie le 02.10

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© Mars Films

© Jour2Fête

J'irai où tu iras

Papicha Alger, dans les années 1990. Nedjma rêve de devenir styliste. L'étudiante vend ses robes cousues main dans les toilettes des boîtes branchées de la ville. Elle fait le mur la nuit avec sa meilleure amie et regarde l’avenir d’un œil brillant. Son chemin se heurte toutefois à la violence de la guerre civile frappant l’Algérie au début de ces années noires. Les attentats se multiplient et l’intégrisme ronge le pays autant que la vie de la jeune femme. Son passage à l’âge adulte se mue alors en combat pour la liberté. La caméra de Mounia Meddour saisit la fièvre qui gagne les personnages, Nedjma en tête, magnifiquement incarnée par Lyna Khoudri. Pour son premier long-métrage, l’Algérienne dresse le portrait vibrant d’une bande de filles luttant pour leur indépendance. Marie Pons De Mounia Meddour, avec Lyna Khoudri, Nadia Kaci, Yasin Houicha… Sortie le 09.10


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Institut pour la Photographie | Droit de regard | The Smith Family, Fife 1989 Š Thomas Struth


Initié en 2017 par la Région Hauts-de-France et les Rencontres d'Arles, l'Institut pour la Photographie inaugure sa première exposition collective. Centrée sur la vie quotidienne, extraORDINAIRE retrace l'histoire et les usages d'un medium omniprésent dans nos existences, à travers le regard d'artistes de renom ou d'amateurs. Foisonnant, ce parcours préfigure par la même occasion toutes les possibilités d'un ambitieux projet. C'est le propre de ce qui est omniprésent : on finit par ne plus le voir. En tout cas le regarder. Dans nos sociétés numérisées, l'image est partout, tout le temps. Mais est-elle seulement comprise ? Comment la fabrique-t-on ? Dans quel continuum s'inscrit-elle ? Voici quelques-unes des questions posées par l'Institut pour la Photographie. « Notre pari est de développer une culture de ce médium, devenu un langage universel. Il y a donc un considérable travail de recherche et critique à effectuer », explique Anne Lacoste, la directrice. Lieu de création, de pédagogie, de diffusion et de conservation, ce projet nourrit une ambition territoriale, « en collaborant avec les structures existantes, comme le CRP de Douchy-les-Mines ou l'association Diaphane », mais aussi internationale. ■◆

Pas si banal

En attendant son installation définitive, l'Institut inaugure son premier événement. L'endroit a été bien choisi : un ancien hôtel particulier, situé au cœur

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L’Institut pour la Photographie © Pierre Thibaut


du Vieux-Lille. Ce bâtiment réunit dans de vastes pièces, sur plus de 1 500 m2, sept expositions, pour autant de regards portés sur le quotidien. Pourquoi ce sujet ? « Parce qu'aujourd'hui, nous documentons plus que jamais notre vie en images. Il s'agit donc de réinscrire ces usages dans leur histoire ».

« Nous documentons plus que jamais notre vie en images. »

« Il est nécessaire d’aiguiser notre regard pour analyser une image. »

Par exemple avec cet étonnant focus sur la carte postale américaine, de 1900 à 1940. « Nous avons aussi vocation à accueillir de grands artistes ». Thomas Struth en est un bon exemple. L'Allemand présente une série de portraits de famille réalisés aux quatre coins du monde, en très grands tirages (jusqu’à deux mètres sur trois). « Il nous invite à reconsidérer la photographie, et son sujet, en sortant du format traditionnel. Conçues en chambre, ses productions révèlent une multitude de détails ». Et immergent le spectateur dans des histoires pas si banales, suggérées au détour d'un regard, d'une expression... ■◆

Le vrai du faux

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Après s'être fait tirer le portrait dans un photomaton argentique des années 1960, l'ancêtre du selfie en quelque sorte (3 minutes pour obtenir la bande), le visiteur affûte son sens critique devant les négatifs amassés Beijing Silvermine © Thomas Sauvin

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Smokers, Halcyon Road © Ken Grant

© McCoy Wynne

par Thomas Sauvin. Datant des années 1990, ceux-ci sont l'œuvre de quidams chinois posant à Beijing World Park, un parc d'attractions de monuments à échelle réduite. Leurs instantanés dialoguent avec ceux des touristes côtoyant des édifices bien réels. Et parfois, on ne sait plus distinguer le vrai du faux... « On se rend alors compte de la nécessité d’aiguiser son regard pour analyser une image. D'ailleurs, avec l'intelligence artificielle, il sera de plus en plus difficile d'éviter la confusion ». à ce propos, l'"hacktiviste" Paolo Cirio s'est réapproprié des captations de Google Street View. L'Italien les a agrandies, découpées et replacées à Lille, à l'endroit exact où elles avaient été prises. « Il interpelle ainsi les riverains sur leur droit à l'image, désormais en libre accès. Ces gens ont été immortalisés sans le savoir, leur visage a juste été flouté ». En filigrane, il tisse « un lien entre les mondes réels et virtuels, tout en brocardant les travers des pratiques modernes de la photo ». Joli clin d'œil, n'est-ce pas ? Julien Damien Institut pour la Photographie Lille, 11 rue de Thionville, + 33 (0)320 880 833, www.institut-photo.com extraORDINAIRE Lille, 12.10 > 15.12, Institut pour la Photographie, mar > dim : 10 h-18 h • sauf jeu : 10 h-21 h, gratuit

à lire / La version longue de cet article sur lm-magazine.com

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●●● Programme / Lisette Model, une école du regard // Greetings From America. La carte postale américaine, 1900 - 1940 // Home Sweet Home. 1970 - 2018 : la maison britannique, une histoire politique Thomas Struth : Portraits de famille // Laura Henno : Radical Devotion // Thomas Sauvin : Beijing World Park Emmanuelle Fructus : 6610 // Paolo Cirio : Street Ghosts


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Horse Shoe Falls From Goat Island, Niagara Falls


Annie at church, Slab city (USA), 2018 © Laura Henno

Laura Henno Originaire de Croix, désormais installée à Paris, Laura Henno s'est révélée avec une œuvre entre la fiction et le documentaire. Soutenue par l'Institut pour la Photographie, elle présente à Lille Radical Devotion, un projet en immersion à Slab City, dans les ruines d'un ancien camp militaire américain, et peuplé de laissés-pour-compte.

Laura Henno s'est toujours située "entre deux". Qu'elle s'intéresse aux mineurs étrangers isolés (Missing Stories) ou aux flux migratoires (Koropa), cette ancienne élève de La Cambre et du Fresnoy évolue entre la photographie et le cinéma, le documentaire et l'art, la grande et la petite histoire. « Mon travail est ancré dans le réel. J'aborde des thèmes difficiles mais laisse place à l'émotion ». Pour son nouveau projet, la Nordiste a délaissé son goût pour la mise en scène. Elle s'est installée quelques semaines, en 2017 et 2018, dans le désert californien, à Slab City. "Slab", pour dalles de béton, seuls

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| Entre deux mondes |


io n s it o © Megane Fontaine

n - e xp The Chocolate Mountains Gunnery Range, Slab city (USA), 2017 © Laura Henno

vestiges de cette ancienne base miliaire des années 1930, où vit désormais une centaine de marginaux. ■◆

Instinct de survie

« Quand le camp a été démantelé dans les années 1950, quelques soldats y sont restés. Puis c'est devenu un lieu où se réfugient les laissés-pour-compte : ceux qui ont perdu leur logement dans la crise des subprimes, des taulards ou des marines incapables de se réinsérer… Bref, c'est le carrefour des défaillances de la politique américaine ». Loin de l'imagerie "trash" véhiculée sur le Net et de la « décadence facile à photographier », Laura Henno a opté pour une approche « humaine et respectueuse ». Elle a saisi avec pudeur des « élans de vie », le quotidien des familles… Sublimes, ses images suivent un fil conducteur : « l'élaboration de stratégies pour survivre dans ce monde ». Julien Damien Radical Devotion Lille, 12.10 > 15.12, Institut pour la Photographie, mar > dim : 10 h-18 h • sauf jeu : 10 h-21 h, gratuit www.institut-photo.com à visiter / laurahenno.com

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à lire / L'interview de Laura Henno sur lm-magazine.com


e x p o si t Catherine Deneuve, Paris 2010

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Self-portrait with a Pyramid, Caire 2009

Youssef Nabil | Le passé recomposé | Né au Caire en 1972, évoluant désormais entre Paris et New York, Youssef Nabil expose ses portraits à l’esthétique surannée dans le monde entier. Catherine Deneuve en madone endeuillée, Natacha Atlas en princesse au narguilé… Jusqu’au 12 janvier, l’Institut du monde arabe de Tourcoing présente une trentaine de photos et des films jamais montrés dans les Hauts-de-France. à cette occasion, l’artiste revient sur son parcours, les libertés remises en cause en égypte et la nostalgie d’un Orient disparu.

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Propos recueillis par Marine Durand Photo © Courtesy Youssef Nabil et Galerie Nathalie Obadia, Paris / Bruxelles


You Never Left #III, 2010

Mais lorsque je questionnais ma mère à leur sujet, elle me répondait qu’ils étaient morts… Alors, j'ai réalisé qu’on pouvait rendre les gens éternels à l'aide d'une caméra ou d'un appareil photo. Ça m’a donné envie de les approcher avant qu’ils ne disparaissent. La mort traverse d'ailleurs tout mon travail. D’où tenez-vous cette technique spécifique de colorisation, héritée des années 1930-40 ? Je l’ai acquise auprès des derniers retoucheurs d’Égypte, des photographes, souvent d’origine arménienne, chez qui on se rendait pour les portraits de famille. à l'époque, 82

Comment avez-vous découvert la photographie ? Au départ, j'étais surtout un passionné de cinéma. En égypte, où j’ai passé les 30 premières années de ma vie, le quotidien est rythmé par la télévision. Quand je rentrais de l’école pour dé« Une jeuner, en pretechnique acquise nant mon goûter auprès des ou le soir, je rederniers gardais un film. retoucheurs C’était comme d’Égypte. » ouvrir une fenêtre sur un autre monde. J’étais amoureux de ces acteurs hollywoodiens ou égyptiens magnifiques.


tout était en argentique. Chez eux, on choisissait entre des clichés en noir et blanc ou colorisés à la main. L’idée de mélanger photos et peinture, de retravailler un détail ou la couleur d’une robe vient de là. J’ai rencontré une dizaine d'orfèvres en la matière entre Alexandrie et Le Caire, puis j’ai développé ma propre technique. En m'appuyant sur l’aquarelle, que je mêle à des huiles ou des crayons…

Sweet Temptation, Cairo 1993

Pourquoi avoir quitté l’égypte en 2003 malgré votre attachement à ce pays ? Sur place il y a peu de galeries, cette culture de la photo d’art n’existe pas. Lorsque je voulais monter une exposition, je me heurtais à des refus systématiques, notamment à cause de mon jeune âge. Je n’ai pas été admis aux Beaux-Arts ni à l’Académie de cinéma… Pour percer dans ce milieu il faut avoir un réseau, et connaître les bonnes personnes. Il m’a fallu du temps pour être repéré. Et puis la censure est encore présente. à un « C’est mon moment, j’ai fait métier de le tour de ce qui révéler la beauté des était possible dans mon pays. gens. »

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Pourquoi sublimez-vous les femmes dans votre œuvre ? J’aime les magnifier. C’est mon métier de révéler la beauté des gens. Natacha fume le narguilé, Cairo 2000

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I Saved my Belly Dancer # XII, 2015 (visuel capturé depuis la vidéo)

Comme on le faisait avec les splendides acteurs de mon enfance à la télévision. D'ailleurs, selon moi, il est plus courageux d’être sexy dans un pays arabe, d’être une danseuse du ventre qui s’assume, car c’est presque dangereux.

« J'ai sauvé la danseuse du ventre de mon enfance. »

Pourquoi ? La danseuse utilise son corps pour exercer son art. Après les événements de 2011 en égypte, de

nombreux clubs ont fermé, des danseuses ont été emprisonnées. Aujourd'hui, on empêche les filles de pratiquer ce métier, alors que j’ai grandi à une époque où c’était une profession valorisée et respectée. Cela m’a rappelé la situation d'autres pays, où le gouvernement a progressivement demandé aux femmes de se couvrir. Voilà pourquoi j’ai nommé la vidéo avec Salma Hayek et Tahar Rahim I Saved my Belly Dancer. De cette façon, j'ai sauvé l’idée de la danseuse du ventre de mon enfance.

à lire / L'interview intégrale sur lm-magazine.com

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Tourcoing, 05.10 > 12.01.2020, Institut du monde arabe, mar : 13 h-18 h • mer > dim : 10 h-18 h 5 > 2 € (gratuit -6 ans), ima-tourcoing.fr


Sitting With a Snake, 2007 Š Collection Galerie Lelong, Paris


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Kiki Smith

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Depuis près de 40 ans, l’œuvre de Kiki Smith oscille entre la pénombre et la clarté, le trait et le volume, l’animalité de l’homme et sa fragilité. Ou encore "entre chien et loup". Cette expression désignant le passage du jour à la nuit est aussi le titre de la première exposition belge que le Centre de la gravure et de l’image imprimée de la Louvière consacre à une grande dame de l’art contemporain.

| Corps et âme |

Touch, 2006 © Photo : Marc Segond / Coll. Galerie Lelong, Paris

Pour accueillir Kiki Smith, Catherine de Braekeleer a repoussé son départ à la retraite. C’est dire l’importance de l’événement qui s’ouvre ce mois-ci rue des Amours. « J’avais déjà réuni plusieurs de ses pièces en 2008, pour Cris et chuchotements, dédié à 23 femmes artistes, explique la directrice du musée de la Louvière. Puis, j’ai attendu qu’elle soit disponible pour cette exposition monographique. Sa démarche m’a toujours intéressée ».

« Le corps est notre dénominateur commun. » Sans être rétrospectif, car « son œuvre forme un "grand tout" », le parcours retrace les différentes périodes de cette autodidacte, ralliant brièvement les cours de cinéma de la Hartford Art School de San Francisco avant de développer, à New York, sa pratique du dessin, de la gravure et de la sculpture.

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Anatomie imparfaite

Le corps humain se révèle central dans le travail de l'Américaine. Elle le fragmente et le reconstitue dans l’inquiétant puzzle Las Animas (photogravure de 1997). Elle explore sa chair et ses fluides dans une démarche émotionnelle. •••

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« C'est notre dénominateur commun, la scène de notre désir et de notre souffrance », confirme l’artiste, inspirée un temps par les manuels d’anatomie. Le lien vital avec la nature surgit également des 120 pièces sélectionnées. La beauté du végétal traverse ainsi ses estampes. Elle pointe la fragilité de notre biotope dans des représentations de mites et de papillons « car elle ne fait pas de distinctions entre les sujets nobles et populaires », indique la commissaire.

« Aucune distinction entre les sujets nobles et populaires. »

Friend, 2008 © Photo : Fabrice Gibert Collection Galerie Lelong, Paris

Souvent, on se trouve à la lisière de l’homme et de l’animal, parfaitement incarnée par la Wolf Girl (1999) de l’affiche, « entre la sauvagerie et l’innocence de l’enfance », avec sa fourrure et sa robe de petite fille.

Sorcières et sirènes

Au premier étage, Catherine de Braekeleer a rassemblé les pièces « tenant davantage de l’esprit ». Celles où Kiki Smith, se grimant parfois en sorcière (l’un des autoportraits majeurs de l’exposition), propose de se reconnecter au cosmos. Figures tirées des contes aux accents chamaniques, sirènes sorties des eaux… Il faut alors se laisser porter par la puissance d’une œuvre chargée d’énigmes, invitant à ressentir le monde autrement. Marine Durand

Out of the Woods, 2002 © Collection Galerie Lelong, Paris La Louvière, 05.10 > 23.02.2020 Centre de la gravure et de l’image imprimée mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 3 € (gratuit -12 ans) www.centredelagravure.be

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Nocturne, 2007 © Photo : Marc Segond Collection CGII


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Zoryas, Installation 2019, Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains © Claire Williams

Panorama 21 C'est la vitrine d'un savoir-faire unique en France. Conclusion d'une année de recherches artistiques tous azimuts, l'exposition annuelle des étudiants du Fresnoy dévoile 50 œuvres inédites, et un large éventail de techniques : photo, vidéo, sculpture... et parfois tout cela à la fois ! Cette année, ces jeunes créateurs internationaux s'intéressent aux "revenants". Derrière ce thème se cachent nombre d'interprétations et de sujets. C'est par exemple Eliane Aisso qui interroge le souvenir des défunts, à travers les sculptures béninoises "assen", liant les vivants et les morts. Dans le court-métrage Pol-len, Blanca Camell Galí filme elle le retour d'une jeune femme hantée par son amour de jeunesse dans sa Barcelone natale, désormais transformée par le tourisme de masse. à travers l'installation Khthon, Yan Tomaszewski imagine une nouvelle ère géologique, succédant à l'animal et au végétal, et marquée par le retour au minéral. En filigrane, il émet l'hypothèse d'une humanité ayant provoqué sa propre fossilisation après avoir exploité toutes les énergies fossiles de la Terre. Pétrifiant. Julien Damien

Tourcoing, jusqu'au 29.12, Le Fresnoy, mer > dim : 14 h-19 h, 4 / 3 € (gratuit-18 ans) www.lefresnoy.net

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| Les revenants |


Masuda, Colorful Rebellion - Seventh Nightmare © photo Gion

Cool Japan Le pays du Soleil-Levant s'invite à Anvers. Le MAS célèbre la culture graphique nippone en recevant Zelda, Sailor Moon et tous leurs nakamas (ou compagnons). L'exposition montre comment les estampes anciennes des grands maîtres influencèrent les mangakas. Une partie de la galerie fait la part belle à l'art contemporain japonais, telle l'installation monumentale, organique et colorée de Masuda, Colorful Rebellion - Seventh Nightmare. Côté look, outre les fameuses chaussures Hello Kitty de Lady Gaga, le parcours révèle aussi comment les créateurs anversois se sont inspirés de cette culture. à l'image des "plissés" d'Haider Ackermann, conçus selon le pur esprit origami. Kawaii ! T.C. 92

Anvers, 18.10 > 19.04.2020, MAS, mar > dim : 10 h-17 h, 10 / 8 € (gratuit -12 ans), mas.be


Me Somewhere Else, 2018, installation view © Courtesy Chiharu Shiota and Blain Southern © Photo Peter Mallet

Chiharu Shiota Connue pour ses créations immersives et spectaculaires, Chiharu Shiota utilise du fil pour "dessiner" en 3D. Composée de tissu rouge sang et présentée aux Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles, Me Somewhere Else est suspendue au plafond de la salle Bernheim, dont elle occupe tout l'espace. L'œuvre semble naître de deux pieds en bronze posés sur le sol, et forme un gigantesque réseau où le visiteur est invité à se perdre – ou se connecter. J.D. Bruxelles, 11.10 > 09.02.2020, Musées royaux des beaux-arts de Belgique mar > ven : 10 h-17 h • sam & dim : 11 h-18 h, accès libre à l'achat d'un billet pour l'expo permanente : 10 > 3 € (gratuit -18 ans), www.fine-arts-museum.be

Les Beaux-Arts de Mons se transforment en gigantesque cabinet de curiosités ! Cette exposition reste fidèle à ces assemblages hétéroclites d'œuvres ou d'objets dévoilant les raretés du monde, dans les salons européens du xviie siècle. Le parcours mêle pièces inédites issues des collections historiques montoises et créations contemporaines. Ici, des pots de tabac en tête de singe côtoient les sabliers emplis de semoule de Mehdi-Georges Lahlou. De quoi piquer notre curiosité. J.D. Mons, 05.10 > 26.01.2020, BAM, mar > dim : 10 h-18 h 9 / 6 € (gratuit -6 ans), www.bam.mons.be

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Untitled, 2013 - 2015 © Maddalena Ambrosio

Memento Mons


René Magritte, La Magie noire, 1949, © RMFAB, Brussels © 2019, Succession Magritte c/o SABAM | photo: J. Geleyns- Art Photography


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Dalí & Magritte Dalí versus Magritte ? Voilà une idée… surréaliste. Pour la première fois, les Musées royaux des Beaux-arts de Belgique décryptent les rapports entre ces deux icônes du xxe siècle. Ce dialogue réunit près d'une centaine de leurs œuvres issues du monde entier, offrant un éclairage (forcément) rêvé sur un moment phare de l'histoire de l'art.

| Dialogue surréaliste |

Dalí et Magritte demeurent deux références du surréalisme, l'affaire est entendue. Mais se connaissaient-ils ? Sans s'apprécier outre mesure, ils s'admiraient. Durant l'été 1929, l'excentrique Catalan invite le timide Belge chez lui, à Cadaqués. Des vacances documentées « Les par des photos dévoilées lors de cette exposition, et trouvailles importantes pour les deux hommes : Dalí y rencontre de l'un Gala, sa muse (qu'il pique à Paul Eluard) et Magritte alimentent celles de bouleverse sa technique. « Il a compris au contact de l'autre. » l'Espagnol l'importance de peindre avec exactitude, explique Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-arts de Belgique. Ses premières toiles étaient exécutées assez grossièrement. Mais à partir de 1929, il reproduit le réel de façon quasiphotographique. La Réponse imprévue, par exemple, montre un beau mur, une belle porte… Ce sens du détail va rendre plus "vrai" l'irréel ». ■◆

Clins d'œil

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Salvador n'est pas en reste. Fasciné par la série du Lessinois mettant en scène des tubas en feu, il imagine lui des girafes enflammées. « Ils se répondent, c'est un challenge. Les trouvailles de l'un alimentent celles de l'autre, sans pour autant qu'il y ait d'intimité entre eux… ». Les deux hommes sont en effet très différents, dans leurs conceptions politiques ou spirituelles. •••

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Salvador Dalí, La Tentation de Saint-Antoine, 1946 © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí, Figueres - photo : J. Geleyns - Art Photography

« Magritte est communiste et a une vision très laïque, quand Dalí soutient Franco, et nourrit un rapport particulier au religieux ». Pourtant, ils conservent de nombreux points communs… ■◆

L'envers du décor

Cette exposition fait ainsi dialoguer près d'une centaine d'œuvres des deux maîtres, à parts égales, via un parcours comprenant 11 thématiques. Celui du paysage, par exemple, « que tous deux considèrent, non pas comme un lieu inerte, mais une extension de l'objet ». Citons aussi ce jeu avec les textures (une pomme en granit par ici, une montre coulante par là) ou leur rapport aux femmes. « Ils eurent chacun leur muse, Georgette pour l'un, Gala pour l'autre… Dans La Magie noire de Magritte et ce nu de Gala, elles apparaissent dans le même embrasement solaire ». C'est tout l'enjeu de cette causerie artistique : « révéler la substance de leur créativité ». Non, ceci n'est pas une exposition (comme les autres). Julien Damien

à lire / La version intégrale de cet article sur lm-magazine.com

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Bruxelles, 11.10 > 09.02.2020, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique mar > ven : 10 h-17 h • sam & dim : 11 h-18 h, 16 > 8 € (gratuit -12 ans), www.fine-arts-museum.be


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| L'Indochine révélée… |

Charles Carpeaux en gaulois © RMN-Grand Palais-Mathieu Rabeau

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Charles Carpeaux

Valenciennes, 12.10 > 12.01.2020, Musée des beaux-arts, mer > dim : 10 h-18 h • jeu : 10 h-20 h 6 > 3 € (gratuit -12 ans), valenciennesmusee.valenciennes.fr

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à l'instar d'Antoine Watteau, Jean-Baptiste Carpeaux demeure un nom bien connu des Valenciennois. Pourtant, il y eut bien deux Carpeaux dans la Cité du Hainaut. Charles, le fils aîné du sculpteur (et seul enfant qu'il considéra comme légitime), ne rencontra certes pas la même gloire, mais vécut lui aussi un destin hors norme… en Indochine. Formé aux techniques de moulages, il fuit son pays et une situation familiale difficile après la mort du père, et se battra même en duel pour laver l'honneur de sa mère calomniée. Le jeune homme tente le pari colonial et part pour l'Asie dès 1901, pour rejoindre l'École Française d’Extrême-Orient. Sur place, il participe notamment aux fouilles du Bayon d’Angkor et de son temple royal, et mène des travaux archéologiques d'importance au Vietnam et au Cambodge. Comme Jean-Baptiste avant lui, Charles Carpeaux documente et note scrupuleusement tout ce qu'il voit. Cette exposition révèle les photographies stéréoscopiques sur plaques de verre, sculptures ou bas-reliefs façonnés par cet aventurier, offrant le témoignage unique d'une Indochine rêvée. Julien Damien

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Demolida © T. Margolles Galerie Peter Kilchmann, Zurich

Teresa Margolles Née à Culiacán, ville mexicaine rongée par le trafic de drogue, Teresa Margolles a notamment étudié la médecine légale. Cette formation lui donna accès aux morgues, témoins de la réalité sociale du pays. Au début des années 1990, elle produit ainsi des œuvres à partir de dépouilles humaines, dénonçant les maux de sa terre natale, avant de puiser sa matière dans la rue. Pour cette première exposition en Belgique, dévoilant ses photos, vidéos ou installations, l'artiste a aussi créé des pièces en lien avec Charleroi. J.D. Charleroi, jusqu'au 05.01.2020, BPS22, mar > dim : 10 h-18 h, 6 > 3 € (gratuit -12 ans), bps22.be

La Pologne et les Hauts-de-France partagent une grande histoire. Le 3 septembre 1919, la convention entre Paris et Varsovie « relative à l’émigration et à l’immigration » entraînait l’arrivée massive de travailleurs issus d'Europe de l'Est dans le bassin minier. Cette rétrospective de la peinture polonaise du xixe siècle rassemble près de 130 toiles de 1840 à 1918 (année de l'indépendance du pays) et signées Jan Matejko, Józef Brandt ou Jacek Malczewski, entre autres artisans de la "Polonité". J.D. Lens, jusqu'au 20.01.2020, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi 10 h-18 h, 10 > 5 € (gratuit -18 ans), www.louvrelens.fr

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Jacek Malczewski, Eloe d'Anhelli, 1908-1909 © Pracownia Fotografii Cyfrowej MNP

Pologne


© Daniel Fouss, Musée de la BD

Boule et Bill Boule et son chien Bill ont 60 ans, mais n'ont pas pris une ridule. Né la même année que Le Petit Nicolas ou Astérix, ce binôme créé par Jean Roba (1930-2006) demeure l'une des grandes vedettes du neuvième art. Dans un décor inspiré par la série, le Musée de la BD de Bruxelles célèbre ces aventures emplies d'insouciance. Divisée en sections thématiques, cette exposition présente nombre de planches originales, des agrandissements et même des jeux pour les enfants. Bruxelles, jusqu'au 31.12, Musée de la BD, tous les jours : 10 h-18 h, 10 > 3,50 € (gratuit -6 ans), www.cbbd.be

Blase - White Trash

Brancusi

Au départ restaurateur de tableaux, Blase a délaissé sa formation originelle pour détourner des toiles anciennes, souvent signées de petits maîtres. Ici un portrait de Jésus tenant un hamburger, là une scène champêtre aux faux-airs de Millet mais investie par une soucoupe volante... Ce joyeux faussaire connecte passé et présent, tout en brocardant le consumérisme moderne. Cette première exposition monographique belge dévoile une dizaine de ces œuvres "hackées".

Considéré comme l'un des pères de la sculpture moderne, Brancusi a poussé son art dans ses retranchements, en regardant vers l'abstraction et le surréalisme. Première grande exposition consacrée au Roumain depuis 25 ans, ce parcours montre des pièces emblématiques, comme sa célèbre Muse endormie ou Le Baiser. En provenance du monde entier, ces œuvres répondent ici à d'illustres contemporains, de Man Ray à Modigliani, en passant par Rodin duquel il fut apprenti.

Bruxelles, jusqu'au 11.10, Pierre Bergé & associés, lun > ven : 10 h-17 h, gratuit pierre-berge-associes.fr

Bruxelles, 02.10 > 12.01.2020, Bozar mar > dim : 10 h-18 h • jeu : 10 h-21 h 6 > 2 € (gratuit -6 ans), www.bozar.be

Conquête urbaine

Calais, jusqu’au 03.11, Musée des beaux-arts, mar > dim : 13 h-18 h, 4 / 3 € (gratuit -5 ans) www.calais.fr

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Le musée des beaux-arts de Calais ouvre pour la première fois ses portes au street art, rassemblant les œuvres d'une soixantaine de créateurs emblématiques, des années 1960 à nos jours. On trouve évidemment les signatures de Keith Haring, Banksy ou Shepard Fairey (Obey), mais aussi pas mal de "frenchies", qui occupent une place de choix dans cette "conquête urbaine". à l’image de Gérard Zlotykamien, qui tapissa dès 1963 les murs de ses "éphémères", finalement plus pérennes que prévu.


© Julien Damien

Olivier Theyskens In praesentia C'est l'un des créateurs les plus en vue. Ancien directeur artistique des maisons Rochas et Nina Ricci, Olivier Theyskens se distingue par un style alliant classicisme et modernité, mais aussi par son goût pour la dentelle. Conçue comme une "expérience émotionnelle", entre trompe-l'œil et nostalgie, cette exposition instaure un dialogue entre les vêtements du couturier belge et les collections textiles et industrielles de la Cité de la dentelle et de la mode. Calais, jusqu'au 05.01.2020, Cité de la dentelle et de la mode tous les jours (sauf mardi) : 10 h > 18 h, 4 / 3 €  (gratuit -5 ans) www.cite-dentelle.fr

Photographie, arme de classe

Les Abeilles de l’invisible

Marquée par des mouvements politiques d’ampleur, du Front Populaire à la Guerre d’Espagne, l’Europe vit surgir dans les années 1930 une photographie sociale et documentaire, plus particulièrement en France et en Belgique. Nourrie d’une centaine de clichés issus des collections du Centre Pompidou, cette exposition thématique (l’antimilitarisme, la lutte contre les colonies…) rapproche de grands noms, tels Willy Ronis, Cartier-Bresson ou Lisette Model.

L’invisible ? Vaste sujet. Inspirée d’une métaphore de l’écrivain autrichien Rainer Maria Rilke, cette exposition réunit les œuvres d’une dizaine d’artistes contemporains. Chacun dans leur domaine, ils illustrent cette notion par essence insaisissable, mais ô combien poétique. à l’instar des sculptures en limaille de Daniel Turner, jouant avec notre perception, des sublimes aquarelles dans l’eau de Sarkis ou des tableaux du peintre Jean-Pierre Bertrand, amalgamant ses pigments à du miel, du sel ou du citron.

Charleroi, jusqu’au 19.01.2020, Musée de la Photographie mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 4 € (gratuit -12 ans) www.museephoto.be

Hornu, jusqu’au 12.01.2020, MAC’s mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans) www.mac-s.be

La Véritable histoire des super-héros

Marcq-en-Barœul, jusqu’au 02.11, La Corderie, mar & jeu : 14 h-18 h • mer & sam : 10 h-18 h ven : 14 h-20 h, gratuit, corderie.marcq-en-baroeul.fr

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Dulce Pinzón a photographié des Mexicains travaillant clandestinement à New York et habillés en… super-héros. Ici Spiderman lave les vitres d’un gratte-ciel, là Superman s’élance à vélo pour livrer des colis… Au-delà de l’aspect ludique des images, cette artiste originaire de Mexico rend hommage à des hommes et femmes qui se sacrifient pour leur famille. Baptisée La Véritable histoire des super-héros, cette série illustre la thématique de l’Eldorado initiée dans la métropole par lille3000.


Obsessions ! Né à Dublin en 1970, Malachi Farrell est un artiste cinétique. Ses installations cybernétiques mêlent son, lumière et mouvements de machines. Cette chorégraphie technologique traduit une préoccupation face à une société devenue brutale. Cette exposition explore des thématiques antagonistes (et autant d’obsessions) : amour et haine, espaces privé et public, impulsions et limites. En filigrane, ses œuvres présentent l’humanité sous le prisme du paradoxe et de la métaphore électromécanique. Roubaix, jusqu’au 03.11, La Condition Publique, mer > sam : 13 h-19 h, gratuit, laconditionpublique.com

Traverser la lumière

Picasso illustrateur

Peintres méconnus d’après-guerre, Roger Bissière, Jean Bazaine, Elvire Jan, Jean Le Moal, Alfred Manessier et Gustave Singier formèrent un groupe soudé. Ils n’étaient pas liés par une esthétique, mais une solide amitié. Toutefois, ces six artistes non-figuratifs partagèrent ce même attrait pour la lumière, qu’ils ont chacun capturée à leur façon : physique, naturelle, symbolique ou mystique. Cette centaine de toiles et de dessins nous dévoilent leurs secrets.

Peintre, sculpteur, graveur, Picasso fut aussi illustrateur. Cette exposition éclaire l’intérêt du génie espagnol pour le texte et son rapport à l’image. Elle a été montée en collaboration avec le Musée Picasso-Paris, qui conserve un grand nombre de "gribouillages" de l’artiste sur divers supports (notamment des magazines). Nourri de dessins rarement vus ou d’œuvres emblématiques, ce parcours thématique témoigne aussi de l’importance de ses relations avec les écrivains, poètes et philosophes.

Roubaix, 19.10 > 02.02.2020, La Piscine mar > jeu : 11 h-18 h • ven : 11 h-20 h sam & dim : 13 h-18 h, 11 / 9 € (gratuit -18 ans) www.roubaix-lapiscine.com

Tourcoing, 19.10 > 13.01.2020, MUba tous les jours sauf mardi : 13 h-18 h, 8 > 1 € pour les Tourquennois (gratuit -18 ans) www.muba-tourcoing.fr

Au milieu du xixe siècle, en Europe, la communication avec les esprits devint un phénomène de société. Originaires du Nord de la France, Lesage, Simon et Crépin furent des artistes spirites. Respectivement mineur, cafetier et plombier, ils s'en remettaient aux voix de l’au-delà… pour peindre. Minutieuses, souvent symétriques, leurs créations associent des influences de diverses cultures et époques. à partir de ces œuvres, l’exposition retrace l’histoire et les secrets d’une pratique fascinante. Villeneuve d’Ascq, 04.10 > 05.01.2020, LaM, mar > dim : 10 h-18 h 10 / 7 € (gratuit -12 ans), www.musee-lam.fr

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Augustin Lesage, L’esprit de la pyramide, 1926 © Adagp, Paris,2019. Photo : N. Dewitte / LaM

Lesage, Simon, Crépin


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Assemblage de la tête du Dragon de Calais Š Pauline David


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& théâtr

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événement

Le Dragon de Calais | Les ailes du désir | Vous avez aimé les joutes de Long Ma le cheval-dragon et de Kumo l'araignée géante ? Alors vous adorerez Le Dragon de Calais. Monumental, ce spectacle de la compagnie La Machine préfigure un projet unique en France. Engagée dans un vaste programme de requalification visant son front de mer et son patrimoine architectural, la cité côtière du Nord de la France accueille à la faveur de cette rénovation urbaine dix créatures géantes ! En somme, voici l'histoire d'une ville bouleversée par la crise migratoire, mais en passe de renaître grâce à l'art.

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Vous l'ignoriez sans doute, mais sous l'épaisse couche terrestre circulent de profondes galeries. Celles-ci relient les mers et les continents, et sont habitées par des titans. « Nos grandes villes sont les portes de ce dédale enfoui, prévient François Delarozière. Depuis l'aube des temps, elles sont scellées par des pierres sacrées ». Hélas, lors des travaux de rénovation en cours sur le front de mer de Calais, des ouvriers « C'est à ce ont brisé ladite pierre, libérant un immense dragon jour notre dans la ville (oups). Vous n'y croyez pas ? Pourtant, créature la plus aboutie. » le monstre apparaîtra du 1er au 3 novembre. •••


Sculpture sur bois © Mika Dimier

D'abord échoué de tout son long (25 mètres !) sur la digue Gaston-Berthe, il va reprendre ses esprits pour se promener dans la cité portuaire... et y élire domicile ! ■◆

à dos de dragon

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Après Nantes et son illustre Grand éléphant, puis Toulouse et son Minotaure, Calais héberge à son tour l'extraordinaire bestiaire mécanique de la compagnie La Machine, dont la pièce maîtresse demeure ce « On dragon. « C'est à ce jour notre créature la plus aboutie », embarquera prévient François Delarozière, le fondateur. Cette grâce à un escalier dans bestiole de 72 tonnes de métal et d'acier peut cracher des flammes d'une dizaine de mètres, déployer ses la queue. » ailes, remuer la tête, la queue... Elle dormira d'abord au sein d'une cité provisoire, puis fin 2020 dans une nef en verre et métal, posée sur le front de mer. Dès le 17 décembre, elle transportera une soixantaine de personnes sur son dos. « Les gens embarqueront grâce à un escalier caché dans la queue », moyennant un ticket inférieur à dix euros. Le parcours reste


Collage de la coque en bois Š Mika Dimier


à déterminer mais « nos promenades garantiront un spectacle permanent », indique Jean-Philippe Javello, le directeur de la Compagnie du Dragon. ■◆

Terre de reptiles (géants)

Cette équipe d'une vingtaine de dragonniers, « pilotes et vétérinaires » spécialement formés pour s'occuper de ce nouvel hôte, risque de s'agrandir ces prochaines années. Car d'autres machines monumentales sont attendues. D'ici 2023, deux varans de 13 mètres de long s'installeront au pied du Dombunker, un ancien blockhaus. Ils emmèneront une vingtaine de personnes au Fort Risban, élevé lors de la Guerre de Cent ans. Ils seront suivis deux ans plus tard par une famille de six iguanes, cette fois-ci au Fort Nieulay, soit un "fort-écluse" bâti par Vauban. « L'objectif est de visiter le patrimoine historique et architectural de Calais, sur le dos de ces créatures fantastiques », ajoute François Delarozière. « Oui, il s'agit de redorer l'image de la commune, aujourd'hui atteinte par la crise migratoire, assure Jean-Philippe Javello. On avait besoin d'un projet emblématique et fédérateur ». Cette ambition touristique est fixée à 150 000 visiteurs supplémentaires par an. ■◆

éléments naturels

C'est à Natacha Bouchart, la maire de Calais, que l'on doit cette idée. Celleci est née lors de la présentation du spectacle L'esprit du cheval dragon par

Plan du Dragon de Calais © François Delarozière


Collage de la coque en bois © Mika Dimier

La Machine, en juin 2016, orchestrant dans les rues le combat entre Kumo, une araignée de 38 tonnes, et Long Ma, un cheval-dragon de 12 mètres. « La maire a vu les yeux des Calaisiens s'illuminer, et a souhaité prolonger cette aventure », raconte François Delarozière. Le pari est audacieux, le budget tout autant (27 millions d'euros). Pour imaginer ce projet, le génial Marseillais s'est s'inspiré de l'histoire et de la géographie de la ville, guidé par ses fameux « rêves éveillés ». Mais pourquoi un dragon ? « Calais ne possède pas d'animal emblématique, de légende ni de faune spécifiques. Par contre, c'est l'un des plus grands détroits du monde. Ici, la terre et l'eau se mélangent pour façonner ce paysage magnifique. L'air est aussi important, le vent souffle fort... J'ai donc rassemblé tous ces éléments ». Et Jean-Philippe Javello de renchérir : « cela colle parfaitement à l'identité industrielle et technologique de la ville. Aujourd'hui, nous souhaitons nous positionner comme le joyau de la Côte d'Opale ». Calais gagnera-t-elle son pari ? Pour l'heure, on n'en saurien. Julien Damien

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Calais, 01 > 03.11, divers lieux en ville, gratuit, www.calais.fr à lire / La version longue de cet article et l'interview de François Delarozière sur lm-magazine.com

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Natacha Bouchart, la maire de Calais et François Delarozière visitent les ateliers © Frédéric Collier


Infini de Boris Charmatz © Marc Domage

Biennale de Charleroi Danse

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| Boris Charmatz à bras-le-corps | La Biennale de Charleroi Danse prend le pouls de la scène chorégraphique internationale. Le pari ? « Saisir l’air du temps et partager cette diversité », indique Annie Bozzini, la directrice. Parmi les invités, Boris Charmatz donne le coup d’envoi de cette édition avec une pièce réalisée sur-mesure pour le festival, mais aussi sa dernière création, la bien nommée Infini. Artiste nomade, Boris Charmatz a quitté la direction du Musée de la Danse à Rennes, pour s’installer entre la Belgique et les Hauts-de-France. L'ancien élève de l’Opéra de Paris multiplie les collaborations et les projets dans le monde entier depuis les années 1990. Il met par exemple en scène 26 enfants dans la cour d’honneur d’Avignon en 2011(enfant), une Danse de nuit éclairée au néon sur les parkings en 2016 ou un duo avec Anne Teresa de Keersmaeker sur la musique de Bach (Partita 2). Cet explorateur insatiable organise aussi bien des expositions dansées au MoMa à New York que des spectacles participatifs dans les rues de Brest ou de Berlin.

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Le compte est bon

à Charleroi, le Savoyard présente Levée, pièce inédite taillée pour la Biennale avec 40 gamins du cru, mobilisés au gré d’ateliers. « Boris souhaitait travailler à nouveau avec des gestes d’enfant, pour créer une forme courte. Inaugurer le festival de cette manière c’est questionner Bruxelles & Charleroi, 04 > 26.10, La Raffinerie, Les écuries, 1 spectacle : 10 / 5 € (-12 ans) l’avenir, et on peut l’espérer plein (sauf Requiem pour L. : 24 > 10 € au PBA d’espoir » précise Annie Bozzini. Il de Charleroi), www.charleroi-danse.be Programme / 04.10 : Boris Charmatz : y présente aussi Infini, sa dernière ●●● Levée + Infini // 04 & 05 : Michèle Noiret : Le Chant chorégraphie. Sur le plateau, six des ruines // 06.10 : Bruno Beltrão : Inoah 09.10 : Israel Galván : El Amor Brujo interprètes se lancent dans une 11 & 12.10 : Ayelen Parolin : WEG 12.10 : (LA)HORDE : Marry Me In Bassiani entreprise vertigineuse : compter à 17 & 18.10 : Louise Vanneste : Clearing / Clairière voix haute sans arrêt (en solo, en Florencia Demestri & Samuel Lefeuvre : Glitch 18.10 : Lara Barsacq : IDA don’t cry me love groupe, à l’endroit ou à l’envers) 19.10 : Azusa Takeuchi : Kara-da-Kara Félicette Chazerand : rOnde • Arno tout en produisant un vaste chœur 23.10 : Schuitemaker : If You Could See Me Now de gestes, donnant corps à l’infini – 25 & 26.10 : Alain Platel & Fabrizio Cassol : Requiem pour L. // 26.10 : Olivier Tarpaga : et bien au-delà. Marie Pons When Birds Refused to Fly •••


La preuve par

Inoah

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(Bruno Beltrão)

© Kerstin Behrendt

Installé à Rio de Janeiro, Bruno Beltrão et sa compagnie Grupo de Rua bousculent le hip-hop et les danses urbaines. Dans Inoah, dix interprètes questionnent la figure du migrant, dans un déploiement d’énergie impressionnant. Composée de rapprochements et d’éclatements, la chorégraphie s'apparente à une forme de résistance, en résonance avec l’actualité du pays. Charleroi, 06.10, Les écuries, 15 h, 10 / 5 €

Marry Me In Bassiani

© Gaelle Astier Perret

((LA) HORDE) Parti à Tbilissi, en Géorgie, le collectif (LA) HORDE s’est intéressé à l’énergie politique du club Bassiani, devenu théâtre de la résistance gouvernementale. Friands de circulation entre les genres, Marine Brutti, Arthur Harrel et Jonathan Debrouwer en reviennent avec 15 danseurs du Ballet Iveroni pour orchestrer une rencontre entre danses traditionnelles et techno. Charleroi, 12.10, Les écuries, 20 h 30, 10 / 5 €

Charleroi, 26.10, Les écuries, 20 h, 10 / 5 €

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à l’origine de cette création du chorégraphe burkinabé Olivier Tarpaga, il y a la musique jouée par son père dans l’orchestre Super Volta. La bande son mâtinée de rythmes africains, cubains, européens et américains restitue les bouillonnantes années 1960, entre luttes pour l'indépendance en Afrique et pour les droits civiques aux états-Unis.

© Gery Barbot

When Birds Refused to Fly (Olivier Tarpaga)


© Jean-Louis Fernandez

Qui a tué mon père Après En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, édouard Louis publiait en mai 2018 Qui a tué mon père. Dans son troisième livre, le Picard décrypte les mécanismes de la domination sociale, broyant les classes les plus fragiles. Stanislas Nordey met en scène et interprète ce brûlot politique dans un solo rageur.

| à marche forcée |

Béthune, 09 > 11.10, La Comédie (Le Palace), 20 h, 20 > 5 €, www.comediedebethune.org

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Certains auteurs "sentent" le vent de l’histoire avant les autres. édouard Louis est de ceux-là. Six mois avant la naissance des gilets jaunes, l’élève du sociologue Didier Eribon sortait Qui a tué mon père. Dans ce J’accuse contemporain, il démontrait comment la politique avait physiquement « détruit » son père. Et de citer les coupables, de Nicolas Sarkozy remplaçant le RMI par le RSA et obligeant son père à travailler « malgré sa santé désastreuse », à Emmanuel Macron qui retirait cinq euros par mois aux plus précaires. à bien y regarder, ce pamphlet était fait pour la scène. D’ailleurs, son commanditaire n’est autre que Stanislas Nordey. Le directeur du théâtre national de Strasbourg interprète ce texte bref et cinglant sous la forme d’un monologue intime. Meurtri par un accident à l’usine, le corps paternel est représenté au plateau par un mannequin de cire, entre une table et deux chaises, au milieu d’images évoquant cette ville du Nord où il (sur)vit. L’histoire de cet homme prend forme grâce au récit de son fils, des souvenirs d’enfance jusqu’à sa « mort sociale ». En filigrane, il rend la parole à ces fameux "invisibles", dans un cri bouleversant. Julien Damien


© Jb Cagny

The Indian Queen Au xviie siècle, les Anglais John Dryden et Robert Howard imaginèrent une Amérique latine traversée par les luttes de pouvoir. Une épopée fantasmée pour laquelle le baroque Purcell composa une partition sublime. Emmanuelle Haïm, à la direction musicale, et Guy Cassiers, à la mise en scène, s’emparent de cette œuvre méconnue, et très politique.

| Jeux de pouvoir |

Lille, 05 > 12.10, Opéra, sam : 18 h • mar, mer & ven : 19 h 30, 72 > 5 €, www.opera-lille.fr

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The Indian Queen, c’est l’histoire improbable d’une guerre imaginaire entre les Incas du Pérou et les Aztèques du Mexique. Le Pérou sortira vainqueur grâce au jeune général Montezuma, avant qu'il ne change de camp. Héros hors norme, vengeance, trahison, amours impossibles, conquêtes sanglantes… Le suspense est à son comble ! Connu pour sa pratique multimédia, Guy Cassiers s'empare d'un genre hybride entre le théâtre et l'opéra : le semi-opéra. Considéré comme l'un des grands créateurs européens (on lui doit l’adaptation des Bienveillantes de Jonathan Littell), l'Anversois révèle ici l’envers du pouvoir, interrogeant en filigrane le discours colonial d’hier ou d’aujourd’hui. à partir de ce drame classique, quelque part entre Shakespeare et Corneille, il plonge le spectateur dans le passé et le présent, grâce à un dispositif de cinq grands écrans mobiles. La pièce préalablement filmée y est projetée sans le son. Ces images subliment la rhétorique héroïque, où les protagonistes sont habillés de superbes costumes. Sur scène, les comédiens et chanteurs doublent leurs personnages en direct. Plus sobrement vêtus, ils soulignent ce contraste entre l'exubérance du pouvoir et sa violence, dans un dialogue halluciné – et hallucinant. F. Objois


© Fabrice Gardin

La Peste Après Le Journal d'Anne Frank, Fabrice Gardin met en scène La Peste d'Albert Camus, au Théâtre Royal des Galeries. En adaptant cette chronique d'une résistance, et la lutte collective qu'elle a suscitée, le Carolo interroge notre époque, en proie à une autre maladie : la résurgence des populismes.

| Le mal par les mots |

Bruxelles, 16.10 > 17.11, Théâtre Royal des Galeries, mar > sam : 20 h 15 • dim :15 h, 26 > 10 €, trg.be Louvain-la-Neuve, 03 >14.03.2020, Th. Jean Vilar, mar, mer & ven : 20 h 30 • jeu : 19 h 30 • sam : 19 h, 22 > 10 €

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Oran, années 1940. Une épidémie de peste frappe la ville, souricière coincée entre mer et montagnes, obligeant les citoyens à s'organiser… Lorsque Camus publie La Peste en 1947, ses contemporains perçoivent rapidement l'analogie avec l'arrivée du nazisme, cette peste brune qui décime tout sur son passage. C'est cette mise en garde intemporelle contre les totalitarismes qui a séduit le metteur en scène. « Oui, le retour des extrémismes aux quatre coins du monde nous rappelle la nécessité de les combattre, en actions et en paroles ». Ainsi, Fabrice Gardin se veut le plus fidèle possible à l'auteur. Pour garantir une dynamique à son spectacle, il a sélectionné les scènes et dialogues les plus importants. Neuf comédiens incarnent les personnages du roman, dans un décor tout en sobriété, laissant place à l'imagination des spectateurs. Un guitariste assure quant à lui les transitions sur des mélodies évoquant la B.O. du film Paris, Texas, de Wim Wenders. Comme pour ses précédents spectacles, le dramaturge souhaite stimuler la réflexion tout en touchant le plus grand nombre. Camus n'écrivait-il pas que « la vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent » ? Tanguy Croq


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Ils sont corrosifs, loufoques, burlesques ou poétiques… mais pareillement hilarants. Ces valeurs sûres (ou en devenir) de la gaudriole débarquent près de chez nous pour le meilleur et le rire – et ce n’est pas de la blague. Julien Damien

© Aksel Varichon

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Ouvrez les vannes ! Pablo Mira

Liévin, 05.10, Centre Arc en Ciel, 20 h, 13 > 8 €, arcenciel.lievin.fr Lille, 08.01.2020, Théâtre Sébastopol, 20 h, 32 €, www.theatre-sebastopol.fr Béthune, 10.01.2020, Théâtre municipal, 20 h 30, 22 / 18 €, www.theatre-bethune.fr

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Découvert en 2012 avec Le Gorafi et ses infos parodiques, puis dans Quotidien avec sa "revue de presse des haters", Pablo Mira dit aussi "des choses contre de l'argent", pour citer le titre son spectacle. Sur scène, il incarne un éditorialiste (très) à droite et franchement borderline. Au hasard, sur le "vivre-ensemble" : « certains disent que le problème en France, ce n'est pas les musulmans, mais le racisme. Peut-être, mais les racistes ont parfaitement su s'intégrer à la République ». Quelque part entre Bedos et Desproges, ce type provoque des soupirs d'indignation à tire-larigot, mais distille un humour noir lumineux.


© Josette Productions

© Laura Gilli

Laura Laune

Constance

« Le show-biz, c'est comme les toboggans à la piscine : on avance plus vite quand on se couche, même si ça fait parfois mal au cul », lâche Laura Laune. Cette jolie blonde n'aura sans doute pas eu besoin de ça (enfin, on imagine...). Lauréate de l'émission La France a un incroyable talent, la Montoise s'est révélée avec des textes licencieux, voire trash. Quand elle ne rend pas les migrants responsables de la montée des eaux, elle n'hésite pas à comparer le Jamel Comedy Club à un camp d'entraînement de Daech. Oui, ça fait mal...

Cette Picarde n'a pas froid aux yeux, et nulle par ailleurs. En août 2018, elle avait dévoilé sa poitrine lors d'une chronique sur France Inter. Sur scène, elle n'hésite pas à montrer sa culotte, et surtout un talent pour la transformation saisissant. De la bonne sœur obsédée sexuelle à la fillette rêvant d'être alcoolique, elle se glisse dans la peau d'une foule de personnages barrés, en un claquement de talons et une chanson bien choisie (au hasard, de Philippe Katerine). Culottée !

Arras, 17.10, Casino, 20 h, Complet ! // Hem, 18.10, Le Zéphyr, 20 h, Complet ! // Bruxelles, 22.11, Cirque Royal, 20 h, Complet ! // Mons, 23.11, Th. Royal, 20 h, Complet ! // Lille, 20.12, Th. Sébastopol, 20 h, 35 €

Lille, 26.10, Théâtre Sébastopol, 20 h, 31,20 € www.theatre-sebastopol.fr

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Cette ancienne animatrice périscolaire n'a rien d'une humoriste pour enfants (« on comprend que dalle à ce qu'ils disent ! »), versant plutôt dans le cynisme. Elle a même été condamnée à 2 000 euros d'amende pour s'être moquée d'un torero, blessé par un coup de corne dans les arènes de Bayonne (« il a fini en jambon »). Si on ne peut plus forcément rire de tout, cette jeune femme « née en 1982 dans le 91» n'épargne pourtant rien ni personne. Surtout pas nos têtes blondes et leurs parents – à qui elle cherche des poux, donc... Bruxelles, 04.10, C.C. d'Uccle, 20 h, 29,50 > 25,50 € // Liège, 20.10, Théâtre le Trianon, 20 h, 30 € // Lens, 20.12, Le Colisée, 20 h, 25 > 12,50 € // Cambrai, 21.12, Théâtre, 20 h 30, 23 > 7 €

© Quentin Le Gall

Elodie Poux


Raymond Devos n'est plus, mais son œuvre demeure. Fasciné par ce clown jonglant avec les mots et l'absurde, François Morel lui rend hommage sans jamais verser dans la vaine imitation. Dans J'ai des doutes, l'inoubliable Deschiens fait sonner les sketches iconiques du maître (de Caen à Mon chien, c'est quelqu'un, en passant par J'ai des doutes, donc). Accompagné d'un pianiste, il éclaire avec la faconde qu'on lui connaît toutes les subtilités d'une langue éternelle.

Jamel Debbouze

Ahmed Sylla

Sept ans après son dernier one-manshow, le roi de la "tchatche" signe son retour sur scène. Dans Maintenant ou Jamel, ce Zébulon francomarocain parle (un peu) de politique – « Emmanuel Macron, il est plus petit que moi. 40 ans, c'est pas un âge présidentiel, c'est une pointure » – et beaucoup de sa famille. Désormais père de deux enfants, il s'amuse de leur vie de riche, lui qui porta à leur âge pour vêtement de marque « un polo La Poste ». Bref, il est "toujours Debbouze".

Révélé par Laurent Ruquier (encore lui…), Ahmed Sylla porte un regard acéré sur l’actualité avec un talent certain pour la caricature (voir ses imitations de Karine Le Marchand). Après avoir conquis les sommets (dans le film L’Ascension) ou volé dans les plumes de Dany Boon (Le Dindon, cf page 70) et apprivoisé la scène (Avec un grand A), ce grand fan de Louis de Funès étrenne son deuxième one-man-show, Différent, dans lequel il dézingue la xénophobie avec son arme favorite : l’absurde.

Lille, 31.10, Le Zénith, 20 h, 54 > 32 € Bruxelles, 12.10, Forest National, 20 h, 54 > 32 €

Roubaix, 02.11, Le Colisée, 20 h, 43 > 34 € www.coliseeroubaix.com

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© Mathieu Puga

© Fifou

Anzin, 18.10, Théâtre municipal, 20 h 30, 31 > 20 € scenenationale.lephenix.fr // Armentières, 19.10, Le Vivat, 20 h 25 €, levivat.net // Liège, 22.10, Théâtre de Liège, 20 h, 40 € theatredeliege.be // Ath, 26.10, Le Palace, 20 h, 25 > 13 €, mcath.be

© Manuelle Toussaint

François Morel


© Christophe Loiseau

Un week-end dans l'atelier de La Licorne Depuis 30 ans, le Théâtre La Licorne monte des spectacles où l'objet rivalise avec le mot. Le temps d'un week-end, le Boulon accueille ce monde fabuleux de masques, de machines, de marionnettes manipulées ou mécanisées, en bois ou en ferraille. Pour compléter ce joli tableau, la compagnie dunkerquoise dévoile L'Homme qui rit, adapté du roman de Victor Hugo, et Sweet Home, sans états d'âme, une farce jubilatoire sur l'art de détester ses voisins ! Vieux Condé, 03 > 05.10, Le Boulon, 12 € > gratuit, leboulon.fr Programme / 03 > 05.10 : Les Bagages de la Licorne (exposition), gratuit 04 & 05.10 : L'Homme qui rit (théâtre), 20 h, 12 / 9 € 05.10 : Sweet home, sans états d’âme (théâtre), 17 h, 3 €

Adolescent

Un ennemi du peuple

Sylvain Groud / Françoise Pétrovitch

Henrik Ibsen / Jean-François Sivadier

Cruelle et tendre, protéiforme et bouillonnante. Ainsi pourrait-on qualifier l'adolescence... mais aussi le travail de Françoise Pétrovitch. Dans sa nouvelle création, Sylvain Groud organise la rencontre entre arts plastiques et chorégraphie. Sur scène, dix jeunes interprètes illustrent la tension propre à cet âge, en circulant entre des œuvres de la plasticienne française. Rythmée par la techno abrasive de Molécule, cette danse instaure un émouvant dialogue entre l'intime et le collectif.

Dans une petite ville de Norvège, à la fin du xixe siècle. Tomas est médecin et son frère, Peter, le maire. Ensemble, ils ont fondé "L’Établissement des bains", assurant la prospérité de la cité. Un jour, le docteur découvre que les eaux de la station thermale sont contaminées. Il veut lancer l'alerte mais Peter, en bon politicien, l'en empêche pour protéger ses intérêts... Ecrite en 1883, cette pièce d'Ibsen fascine par sa modernité. Sivadier s'empare de cette fable écologique dans une mise en scène aussi drôle que virulente.

Roubaix, 04 & 05.10, Le Colisée, ven : 20 h 30 sam : 20 h, 25 > 10 €, www.coliseeroubaix.com

Lille, 08 > 12.10, Théâtre du Nord, mar, mer & ven : 20 h jeu & sam : 19 h, 25 > 4 €, www.theatredunord.fr Dunkerque, 14 & 15.11, Le Bateau Feu jeu : 19 h • ven : 20 h, 9 €, www.lebateaufeu.com

écoute à mon oreille — ­Cie du Creac'h

Villeneuve-d'Ascq, 09.10, La Rose des Vents, 16 h, 12 > 6 €, www.larose.fr Hénin-Beaumont, 26.11, L'Escapade, 18 h 30, 9 / 7 €, www.escapadetheatre.fr

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Lucas est un petit garçon différent, c'est un "enfant de la lune". Attachant, poétique, il vit au milieu de ses dessins, de sa peinture, et d'une collection de secrets… Sa grande sœur a écouté à son oreille et a tout entendu. Sur scène, trois personnages nous emmènent à pas de velours dans leur monde intérieur. Ils nous dévoileront peut-être une part de leur intimité. Ou comment parler de l'autisme aux plus petits, mais intelligemment.


© Dominique Chauvin / Lucie Massart

Dans la peau de Cyrano — N ­ icolas Devort Pas facile d’être le petit nouveau de la classe. Surtout quand on est mal dans sa peau et "différent". Heureusement, le soutien d’un professeur de théâtre et de Cyrano s’avèrera déterminant. Seul sur scène, avec pour tout accessoire une chaise, Nicolas Devort donne vie à sept personnages, de l’ado qui bégaie à la fille populaire et maniérée, en quelques gestes ou mimiques. Une ode aux bienfaits de la scène, et une relecture jouissive de l’œuvre d’Edmond Rostand. Mons en Barœul, 10.10, Salle Allende !, 20 h 30, 22 > 10 € Haubourdin, 15.10, La Ferme du Bocquiau, 19 h, 5 € Mouvaux, 17.10, L'étoile, 19 h, 15 € Marcq-en-Barœul, 18.10, Th. Charcot, 20 h 30, 24 > 21 €

Requiem pour L. Alain Platel / F. Cassol / Mozart Quatorze musiciens venus du monde entier se réapproprient le fameux Requiem de Mozart. Le résultat ? Un mélange de jazz, d’opéra et de rythmes africains dirigé par le compositeur Fabrizio Cassol et mis en scène par le Gantois Alain Platel. Sur le plateau, les danseurs des Ballets C de la B traduisent avec leur corps les thèmes de la mort et des rites d’adieu, de la messe jusqu’à la fosse commune où le génie autrichien fut inhumé. Ou comment parler du trépas avec grâce. Maubeuge, 15.10, La Luna, 20 h, 20 / 15 € lemanege.com // Charleroi, 25 et 26.10, Palais des Beaux-Arts, 20 h, 24 > 19 €, www.pba.be Bruxelles, 26 > 28.11, Théâtre National, mar & jeu : 20 h 15 • mer : 19 h 30, 30 > 17 €, www.theatrenational.be

Tout le monde ne peut pas être orphelin Les Chiens de Navarre Ah, la famille. Voici une source d’inspiration inépuisable, de Sénèque jusqu'à Festen de Thomas Vinterberg. Quelque part entre les deux, Les Chiens de Navarre s’emparent du sujet avec un humour mordant. L’histoire ? Au cours d’un repas de Noël arrosé, des parents (les ex-Deschiens Olivier Saladin et Lorella Cravotta) annoncent à leur progéniture leur intention de la déshériter… Dans un décor bi-frontal (le public voit la scène des deux côtés), le jour de fêtes vire au règlement de comptes. Douai, 15 > 17.10, Hippodrome, mar & jeu : 20 h mer  : 19 h, 22 / 12 €, www.tandem-arrasdouai.eu

Hôtel — ­Cirque Eloize

La Louvière, 16 > 20.10, Le Théâtre, mer > sam : 20 h • dim : 16 h, 30 > 10 €, www.cestcentral.be Compiègne, 21 & 22.01.2020, Espace Jean Legendre, 20 h 30, 22 > 13 €, www.theatresdecompiegne.com

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On ne présente plus le Cirque Eloize, si ? Depuis 25 ans, ces Québécois redessinent les contours du cirque. Nourris de danse, théâtre, musique et moult acrobaties, leurs spectacles se déploient à chaque fois dans un contexte original. En l’occurrence, un hôtel où se croisent d’étranges personnages, du maître d’hôtel dépassé à la soubrette espiègle. Dans une ambiance burlesque, 12 interprètes, tous agrès confondus (main à main, mât chinois, hula hoop…) se débattent pour le meilleur et le rire !


M Festival "M" comme malin, minuscule, monumental et… marionnettes, pardi ! Ce rendezvous célèbre toutes les formes d’un art foisonnant. C’est par exemple Citron, narrant les aventures d’une main bleue surmontée d’un gros œil et d’un fruit, ou Souvenirs d'un amnésique, qui mêle jeu et cinéma d'animation pour marier amnésie et... super-héros. Pour le reste, à vous de juger sur pièces ! Lille, 17 > 27.10, maison Folie Moulins, 10 € > gratuit, maisonsfolie.lille.fr Sélection / 17.10 : Cie Tantôt : Souvenirs d’un amnésique // 19 & 20.10 : Le Bruit des Casseroles : Citron Moquette Production : Mange tes ronces ! // 23.10 : Cie Tourneboulé : Les enfants c’est moi 24.10 : Cie Les Chiennes Savantes : L’homme qui plantait des arbres // 25 & 26.10 : Typhus Bronx : La Petite histoire qui va te faire flipper ta race... // 26 & 27.10 : Cie De Fil et d’Os : Mangeuse de terre…

Ogres Yann Verburgh / Eugen Jebeleanu

Wulverdinghe Lucien Fradin / Cie HVDZ

De la France à la Russie, en passant par l’Ouganda, l’Iran ou la Bulgarie, Ogres propose un voyage au cœur de l’homophobie. Dans un décor évoquant une forêt, comme dans les contes, on suit le parcours de Benjamin, torturé et laissé pour mort dans un bois, jusqu’au procès de ses agresseurs. Entre les deux, il est question de témoignages (réels) d’autres victimes, mais aussi d’espoir et surtout d’amour, comme une lumière éclairant les ténèbres.

Wulverdinghe, c’est un village des Flandres un peu magique où l’eau de la fontaine peut guérir les yeux. C’est ici que vit la grand-mère de Lucien Fradin, qui pratique une forme de médecine alternative : elle est rebouteuse. De là à parler de sorcellerie, il n’y a qu’un pas… Après Eperlecques, le Lillois approfondit son théâtre documentaire en convoquant l’esprit de son aïeule sur scène. L’occasion d’insister sur les notions de transmission et de croyance.

Dunkerque, 17 & 18.10, Le Bateau Feu jeu : 19 h • ven : 20 h, 9 €, www.lebateaufeu.com

Loos-en-Gohelle, 17 & 18.10, La Fabrique Théâtrale, jeu : 21 h • ven : 20 h, 10 > 3 € www.culturecommune.fr

Initiées par Le Prato, Les Toiles dans la ville dévoilent durant quatre mois les multiples facettes du cirque contemporain. En pleines festivités de lille3000, cette cinquième édition suit la route de l’Eldorado. Ou plutôt de « L’Aile du Radeau », selon Gilles Defacque. Derrière ce calembour se cache un temps fort de la programmation : des circonvolutions existentielles autour de Don Quichotte. « C’est de la commedia dell’arte avec un mât chinois, un chœur de femmes, du cinéma muet … tout se tricote ! ». Sans s’emmêler ! Lille, 17 > 22.10, Le Prato, jeu & ven : 20 h • sam & mar : 19 h, 17 > 5 €, leprato.fr // Vieux-Condé, 07.12, Le Boulon, sam : 20 h 30, 9 / 6 €

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© DR

L’Aile du radeau — Le Prato


la

fin - l

Tetris Challenge © Police Anvers

l e m ot d e

septembre, le Tetris Challenge amuse tous les services de secours de la planète. Le principe ? Sortir tout le contenu, matériel ou humain, que comptent la caserne et le commissariat... avant de tout empiler à la façon des briques dudit jeu. Photographiez le résultat avec un drone, et l’affaire est pliée. On saluera ici l’abnégation (ou le cynisme ?) des bien nommées forces de l’ordre d’Anvers, qui n’ont pas oublié leur brigand menotté – au fait, n’avaient-ils pas d’autres chats à fouetter ?

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Tetris Challenge – Lancé par la police de Zurich début


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LM magazine 155 - octobre 2019  

Art & Culture, Hauts-de-France & Belgique

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