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n°149

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mars

2019

Art & CulturE

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GRATUIt

Hauts-de-France / Belgique


LM Magazine #149 Mars 2019

© Elisabeth Blanchet

sommaire

News – 08

musique – 32

reportage – 12

Les Enchanteurs, Anderson .Paak, Tony Allen & Jeff Mills, Nuit de la Filature, The Internet, Les Paradis Artificiels, The Specials, Agenda….

portfolio – 24

disques, livres & cinéma – 58

rencontre

exposition – 84

God’s Own Junkyard Et la lumière fut

Laurence Winram à fleur de peau

Le gang des vieux en colère – 20 Le péril vieux Sébastien Gnaedig – 60 Futuropolis : cases à part Fabrice Murgia – 116 Porte-voix

événement

Séries Mania – 70 Sitcom à la maison Photographier l’Algérie – 84 Regards croisés

Photographier l’Algérie, Patrick Willocq, Le Laboratoire de la Nature, Giorgio de Chirico, Agenda…

théâtre & danse – 112

Le Grand Bain, La Piste aux Espoirs, Sylvia, Peer Gynt, Festival LEGS, Ben & Arnaud Tsamere, Fary, Jonathan Lambert, J. Commandeur, Agenda…

le mot de la fin – 138 Daniel Forero L’air et la manière


Magazine LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Laurence Winram Shadow - Charlotte II nude double exposure lwinram.com

Alix Bailleau info@lm-magazine.com

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Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Céline Beaufort, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Julien Bourbiaux, Mathieu Dauchy, Marine Durand, Simon Karyef, Grégory Marouzé, Marie Pons, Laurence Winram et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

Papier issu de forêts gérées durablement


#8

Capitaine crochet

La maille a toujours la cote, surtout avec Kate Jenkins. Depuis 12 ans, cette Britannique reproduit des légumes, fruits de mer et toutes sortes d'aliments avec de la laine. Dans ces filets, elle a ici crocheté des dizaines de sardines, moules ou crevettes, pour ce qui demeure sa plus grande installation... à ce jour. Toujours prête à en découdre, la brave dame espère voyager autour du monde pour y tricoter les spécialités locales. En mai, on la trouvera ainsi au Handmade Festival de Barcelone, où elle exposera dans une boulangerie divers pains et gâteaux – en taille patron, forcément. katejenkinsstudio.co.uk

© Emma Wood

news


s w ne Sur le cul

© Lauren Ko

Jamais trop imbus de leur petite personne, nos amis les chats adorent exhiber les contours de leur intimité – après avoir défoncé le canapé, souvent. Ce dessous de verre de haute qualité a été crocheté avec un fil 100 % coton et ornementé de petits boutons noirs pour les yeux. Il rend hommage à une belle tradition féline, tout en égayant les tables les plus distinguées. etsy.com/fr/shop/GwensHomemadeGifts

Bonne pâte

© DR

Mêler cuisine et art, ce n'est pas toujours de la tarte... sauf avec la pâtissière, styliste et photographe Lauren Ko. Cette Américaine utilise des couleurs, textures ou ingrédients des plus variés et s'inspire de motifs textiles ou architecturaux pour produire des garnitures géométriques assez alléchantes. Show devant ! www.lokokitchen.com

© PizzaSlime x Crocs

Sortez les crocs Après la crocs-chaussette ou la claquette-banane (cf LM 142), voici... la crocs-banane ! Le géant du sabot en plastique s'est associé à la marque américaine PizzaSlime pour enfanter ce superbe accessoire de mode. Comptez tout de même plus de 260 euros pour avoir la classe... à quand la tong-moufle ? La cagoulesantiag ? store.pizzaslime.com


Durant quatre jours le Safran, scène conventionnée du quartier nord d'Amiens, se transforme en ruche technologique ET artistique. Les créateurs invités lors de cette quatrième édition mêlent marionnettes, mapping, théâtre, intelligence artificielle ou vidéo pour mieux interroger les grands enjeux de notre temps (l'écologie, la surconsommation ou la communication). France Cadet nous invite par exemple à converser avec des cybercréatures, Laurence Payot à attraper des particules holographiques, quand Raphaël Isdant et Chia-Chi Chiang tentent de mesurer la puissance d’une pensée sur les réseaux sociaux. Bienvenue dans la quatrième dimension... Amiens, 19 > 23.03, Le Safran, gratuit, www.amiens.fr

Anima Pachamama © Folivari

Pour cette 38e édition, le festival des destins animés projette 385 films dont 14 longs-métrages et 123 courts en compétition, pour les enfants comme les adultes. Entre deux ateliers (stop-motion avec l'illustratrice française Loup Blaster) ou master-class (de Mark Burton, scénariste pour Aardman), on rend hommage à Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles...). Sans oublier un focus sur l'animation hexagonale et une pelletée d'avant-premières.

# 10

Bruxelles, 01 > 10.03, Flagey & Cinematek, 9 h 30 > 00 h 30, 1 séance : 8 > 4 €, mini-pass (5 séances : 28 €), pass toutes sécances : 70 €, www.animafestival.be

© DR

Safra'Numériques


reportage

# 12

Marcus Bracey, l'empereur NĂŠon.


God’s Own Junkyard

à pleins tubes Texte & Photo Elisabeth Blanchet

Voilà trois générations que la famille Bracey collectionne et crée des enseignes au néon. Depuis une dizaine d’années, elle exhibe ses plus beaux spécimens dans une galerie-entrepôt située dans le nord-est de Londres. Le God’s Own Junkyard (littéralement, "la décharge de Dieu") est un temple unique, totalement dédié à cet art lumineux, et le brillant reflet de l’excentricité britannique. Visite guidée… et bien éclairée.

L

e quartier ne paye pas de mine. Il faut marcher un bon quart d’heure depuis la station de métro Walthamstow, au bout de la Victoria Line, avant d’accéder à une petite zone industrielle. Là, un entrepôt dénote par ses dehors flashy et son nom de dépotoir. Pas n’importe lequel : « Si Dieu avait une décharge, ce serait celle-ci ! Cette phrase fut prononcée par mon père, et c’est devenu le nom de cet endroit », explique Marcus Bracey, le maître des lieux. Bienvenue au God’s Own Junkyard, le paradis psychédélique des néons, à la fois galerie, magasin et café. Ce quadragénaire jovial est justement installé devant une création de son

paternel, au slogan jaune explicite : "Luxury Addiction". « Il était bien conscient de mon goût prononcé pour le luxe », se marre-t-il, avant

« Si Dieu avait une décharge, ce serait celle-ci ! » de nous raconter avec son accent cockney l’histoire de sa famille. La lumière fut « Nous fabriquons et collectionnons ce type d'objets depuis plus de 60 ans. C’est mon grand-père, Dick Bracey, qui a commencé ». suite


Le dragon créé pour Blade Runner.

Dans les années 1950, cet ancien mineur du Pays de Galles reconverti en électricien tente sa chance à Londres. D'emblée, il est fasciné par les enseignes de Soho. Les lumières coquines des peep-shows et autres clubs de ce quartier le captivent.

« On admire les enseignes produites pour Blade Runner, Batman ou Eyes Wide Shut. »

# 14

Il a trouvé sa vocation : concevoir des néons. Dick monte alors son entreprise, Electro Signs, et fournit la plupart des boîtes locales. Ce repaire émerveille aussi son fils, Chris, qui met la main à la pâte et obtient un diplôme de designer. En 1984, tandis

que le jeune homme égaye la rue d'un énième ornement, il rencontre le directeur artistique du film Mona Lisa*. Les portes du septième art s'ouvrent à lui… Certaines de ses créations sont d'ailleurs visibles ici, comme le dragon de Blade Runner ! On admire aussi l'enseigne d’hôtel produite pour Batman (de Tim Burton) ou encore le "Rainbow Fancy Dress" du dernier chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut. De l'ombre à la lumière L’autre facette du God’s Own Junkyard, c’est l’art contemporain. « Un jour, mon père a découvert les installations de l’Américain Bruce Nauman, et tout le potentiel de ces tubes ». * réalisé par Neil Jordan en 1986 avec Michael Caine.


Dès lors, il a façonné ses propres œuvres, collaborant avec la fameuse vague des Young British Artists des années 1990, tel Martin Creed. Et ce n'est pas fini ! La petite entreprise fricote avec la mode. Parmi ses clients, citons Kate Moss. «  Elle nous a commandé plusieurs pièces dont une réalisée avec sa silhouette sur l’Union Jack. Elle est folle du drapeau britannique», confie Marcus. Les créations se succèdent, la collection s’étoffe, devenant la plus importante d’Europe ! Nous sommes en 2008. Marcus et son père décident de dévoiler leurs plus beaux néons au public. Ainsi naquit God’s Own Junkyard, qui rassemble les trésors

de dix entrepôts. « Il ne s’agit pas d’une exposition figée. Nous renouvelons régulièrement le stock », précise notre hôte. D’ailleurs, ici, la mise en scène est de rigueur. Par exemple, cette flèche ornée d’ampoules et du slogan "Love and Lust" nous guide vers une chapelle où un Jésus à taille humaine tient un flingue dans chaque main… Mariage pour tous Notre balade se poursuit dans l’antre de Dieu, et la galerie se remplit. En fond sonore, des chansons rocks des années 1970 et 80. suite

Doux Jésus !

© courtesy Marcus Bracey


# 16


reportage

# 18

Constance, jeune photographe irlando-belge, pointe du doigt l’une de ses pièces préférées, sur laquelle on lit en rouge "Dirty Bitch". « Elle est signée par mon père ! Hélas, il est mort en 2014, à 60 ans », souligne Marcus, qui dirige l’affaire avec la même fibre artistique. Il expose ainsi ses propres productions, mêlant boîtes d’antidépresseurs géantes et néons roses. Et les exporte dans le monde entier. Car God’s Own Junkyard est aussi un magasin. Les prix varient de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Eh oui,

il faut bien payer la facture d’électricité, s’élevant à plus de 800 euros par semaine… Un vrai mini-Vegas ! à ce propos, le signe vintage Wedding Chapel, qui gît dans un coin, n’est pas là par hasard… « Nous avons également la licence pour marier les gens. On arrange le café en chapelle, et le tour est joué », conclut Marcus, qui souhaite organiser bientôt des concerts et des soirées DJ. à pleins tubes, évidemment. à visiter / www.godsownjunkyard.co.uk


En pleine réflexion, sur l'être et le néon.

Allumeeeer le feu…


société

Interview

Le gang des vieux en colère

l'âge de raison

# 20

On ne sait pas si c'était mieux avant, mais demain ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices. En parlant d'hospices, nos vieux commencent à voir rouge. En Belgique, ils ont formé un gang, et mettent un sacré bazar dans le pays. Leur revendication ? Une retraite plus digne pour les générations futures. Leurs méfaits ? Transformation d'un McDo en maison de retraite, occupation d'un Apple Store, fausse attaque de banque à coups de pistolet à eau… Rencontre avec Michel Huisman, un gangster de 74 ans sacrément dur à cuire.

Quand avez-vous créé Le gang des vieux en colère ? En novembre 2017, lors d'une soirée entre amis. Nous étions une douzaine, on rigolait bien. Et puis, entre la poire et le fromage, l'un de nous a révélé qu'il touchait une retraite de 550 euros par mois. Cela a jeté un froid...

Heureusement, il nous restait quelques bouteilles, et on s'est demandé comment agir pour que nos enfants et petits-enfants ne se retrouvent jamais dans cette situation. Nous avons donc lancé ce mouvement pour mettre la pression aux escrocs qui se succèdent au gouvernement.


Combien de membres votre gang compte-t-il ? Plus de 10 000 ! Notre noyau dur est constitué de 350 personnes. Un nombre qui nous permet d'agir dans les 24 ou 48 heures avec, toujours, au moins 50 activistes.

« Les gens méritent de vieillir avec le minimum vital. » Quel âge faut-il avoir pour être un "vieux en colère" ? Il n'y a pas d'âge obligatoire. Mais les gens qui descendent avec nous dans la rue ont généralement plus de 60 ans. Du coup, les flics évitent de nous toucher. Ils ont peur de provoquer une fracture du col du fémur !

Votre âge serait-il donc un atout pour manifester ? Oui, et cela comporte un deuxième avantage. à la différence d'un actif, on n'a plus de plan de carrière, pas besoin d'une promotion... Quand on est vieux, on s'en fout ! On agit librement, c'est fabuleux ! Quelles sont vos revendications ? D'abord, le droit à la dignité. Les gens méritent de vieillir avec le minimum vital. Nous estimons qu'une pension doit s'élever à 1 600 euros net en 2019. Notre deuxième revendication concerne la sécurité sociale. Après la guerre, nos parents ou grands-parents ont créé cette institution suivant cette grande idée de solidarité. Or, elle n'a depuis cessé d'être mise à mal. Il faut la suite revaloriser immédiatement.

Mon papy à moi est un gangster…


Vous ne faites pas confiance aux élus ? Bien sûr que non, ils confondent vieux avec séniles ou Alzheimer… Ils sont prêts à nous laisser crever dans la misère sans crainte d'un revers électoral. Bref, ils nous prennent pour des cons. Leur mépris sera leur perte.

Opération cornet de frites !

# 22

S'agit-il aussi de vous battre pour une société plus juste ? Oui, mais notre socle reste les retraites, surtout celles des générations futures. Notre mouvement est constitué à 95 % de retraités furax et de pré-retraités hargneux. Mais on se bat pour ceux qui deviendront vieux un jour, car pour nous c'est cuit ! Un mouvement altruiste n’a rien à perdre. Avez-vous déjà obtenu des avancées ? Oui, auxquelles les Français n'ont pas eu droit ! Notre gouvernement a complètement reculé sur son projet de réforme de pension à points. Mais nous savons qu'elle est au frigo, pour mieux ressortir...

« Nous défendons notre cause ardemment, mais dans un grand éclat de rire. »

Quels sont vos modes d'action ? Nous avons par exemple transformé un McDo en maison de retraite. Pendant plusieurs heures, nous y avons joué au bingo, fêté l'anniversaire d'une de nos petites vieilles... Il s'agissait de dénoncer le fait que cette société ne paie que 2 % d'impôt en Belgique. C'est insupportable au regard de ses milliards de bénéfices (comme Amazon ou Google). Avec cet argent, nous pourrions garantir une pension plus digne. Au final, nous avons été délogés, avec le sourire, par des policiers qui trouvent notre combat légitime. Récemment, nous avons refait le coup à l'Apple Store de Bruxelles.


Oui, on vous y a vus déguisés en Pac-Man géants, dévorant des ballons en forme d'euros... L'humour semble être l'une de vos armes favorites ? Oui, quand on est vieux, si on ne rit pas, on est mort ! Nous défendons donc notre cause ardemment, mais dans un grand éclat de rire. Avez-vous des leaders ? Non, plutôt des porte-paroles. Nous en comptons dix, dont je fais partie. Contrairement aux gilets jaunes, on ne peut pas scander n'importe quoi. Nous sommes plutôt solidaires de leur mouvement, mais nous avons une charte. Vous n'entendrez pas

chez nous le moindre murmure sexiste ou raciste... Rigoler, oui. Mettre le feu, hors de question. Vous sentez-vous proches d'autres mouvements ? Oui. Nous soutenons aussi les jeunes luttant pour le climat. Se battre pour la retraite de nos enfants, alors qu'ils n'auraient plus de planète, ce serait incohérent ! Propos recueillis par Julien Damien Photo GVC

à visiter / facebook.com/Gang-des-Vieux-en-colère à lire / L’interview intégrale sur lm-magazine.com


portfolio

# 24

Shadow - Ruby I


Laurence Winram L’illusionniste Fils et petit-fils de prestidigitateurs, Laurence Winram aurait pu suivre un chemin tout tracé. Mais « la magie était un art en voie de disparition dans les années 1970 », sourit-il. Pas de lapin jaillissant d’un chapeau ni de tours de cartes, donc. C’est appareil photo en main que l’artiste installé à Edimbourg distord la réalité, composant dans son studio encombré « de branches, tissus et morceaux de bois » de délicates rêveries. La série Shadow cherche ainsi la beauté dans les contrastes, mariant anatomie humaine et paysages. « J’aime la forme naturelle du corps, ses changements de tons et courbes, confie l’écossais. Il s’équilibre parfaitement avec les lignes plus nettes de la nature, le sous-bois enchevêtré et les pins ». Sous l’épiderme féminin, les branchages deviennent veines et veinules. Par transparence, les chevelures se muent en de timides frondaisons, tandis que le noir et blanc recouvre de velours cette fusion du vivant. On serait tenté de voir dans ces portraits une défense de notre planète. Laurence Winram préfère parler de « toiles vierges », laissant place à l’interprétation de chacun. Il met aussi en avant une part d’improvisation partagée avec ses modèles au moment du shooting. Exposé l’été dernier à la Royal Scottish Academy, le quinquagénaire multiplie les projets, entre affiches de théâtre et reportages dans des distilleries écossaises. Un sacré parcours depuis ses premiers tirages, à 16 ans, avec le vieil Olympus familial, qui n’a pas altéré son envie « d’expérimenter et de casser les habitudes ». Histoire d’injecter toujours plus de magie dans notre quotidien. Marine Durand à visiter / www.lwinram.com, www.instagram.com/winram à lire / L  ’interview de Laurence Winram sur lm-magazine.com


Shadow - Mihaela as Cerynitis


Skater Girl

Shadow - Charlotte I


Shadow - Anna V


Shadow - Eden I


Shadow - Anna II


Shadow - Mihaela I


Dahk Daughters © Igor Gaidai

musique

# 32

Sélection : 28.02 : Gauvain Sers / 01.03 : Loic Lantoine... / 02.03 : Compagnie du Tire-Laine 03.03 : Les Pinailleurs / 07.03 : Rivelaine / 08.03 : Oldelaf / 09.03 : Mon Côté Punk / 10.03 : Pierre Perret / 14.03 : Pigalle / 15.03 : La Malka Family / 16.03 : La Pieta / 17.03 : MPL / 19.03 : No One Is Innocent / 21.03 : La Rue Kétanou / 22.03 : Délinquante / 23.03 : Tété / 26.03 : Sanseverino / 29.03 : Lénine Renaud / 30.03 : Bazar et Bémols / 31.03 : Violons Barbares 01.04 : Dahk Daughters / 05.04 : Le Bal des Enragés + Ultra Vomit + Tagada Jones + Opium du Peuple / 06.04 : Les Ogres de Barback…


Les Enchanteurs

Formule magique Vingtième édition déjà pour ce festival itinérant, qui pose ses amplis aux quatre coins du Pas-de-Calais. Entre tauliers de la chanson française et jeunes pousses prometteuses, ces concerts se jouent le plus souvent en marge des grandes salles, dans des lieux intimistes. évidemment, le charme agit.

D

errière Les Enchanteurs, on trouve Droit de Cité. Cette association est née en 1991 à l'initiative d'élus de communes peu fortunées du bassin minier. Le but ? Mutualiser les moyens, pour offrir un programme digne des meilleurs festivals. Résultat ? De grands noms se produisent pour de petits prix, loin des sentiers battus, tel Pierre Perret attendu à Noyelles-Godault. Ici, le parti pris est simple : « Nous mettons l'accent sur la chanson française, soutient le programmateur, Azzedine Merabti. Mais pas n'importe laquelle, les artistes à l'affiche ont des choses à dire, ils sont en phase avec la société. Populaires, mais pas populistes ». Une définition qui sied bien à Sanseverino, aux Ogres de Barback, qui dévoilent en exclu leur nouvel album au complexe sportif de Méricourt (car oui, il va y avoir du sport) ou encore à Pigalle. Pour l'avoir applaudi, on vous le confirme : l'ex-instit dispense toujours de bonnes claques. Cas barrés Au-delà de ces darons de la scène hexagonale alternative, ce festival fait aussi la part belle aux découvertes. En cela, on vous enjoint d'écouter le spoken word tragicomique de MPL (Ma Pauvre Lucette) ou les instrumentistes virtuoses de Violons Barbares. On ne manquera pas non plus Dahk Daughters. Ces sept Ukrainiennes passent du hip-hop à la rumba, du rock aux chants traditionnels, du conte philosophique à la révolte en un claquement de corde, lors d'un cabaret baroque, punk et… enchanteur, forcément. Julien Damien Bassin minier du Pas-de-Calais jusqu'au 06.04, divers lieux, 1 concert : 26 > 5 €, pass 10 concerts : 50 €, festival-lesenchanteurs.com


# 34

Soul contact

© Israel Ramos

musique

Anderson .Paak

Anderson .Paak, ou une autre idée du rêve américain. Car avant de s'imposer comme le nouveau prince du rap, le Californien n'a pas eu la vie facile. Il a sept ans lorsque son père est incarcéré après avoir battu sa mère… qui finit elle aussi en prison, pour fraude. Il travaille ensuite dans une ferme de marijuana, puis devient SDF quand l'entreprise part en fumée. Mais Brandon Paak Anderson a de la suite dans les idées. Et une voix en or, un rien éraillée par ces épreuves. En 2015, ses productions sont repérées sur le web. Dans la foulée, il est invité par Dr. Dre à créditer six morceaux sur son fameux Compton. S'ensuit Malibu, patchwork hallucinant de jazz, r'n'b', gospel, basses funky, soul seventies, guitares rétro et synthés. Sympa, en novembre dernier, le p'tit prodige organisait un carnaval dans sa ville natale d'Oxnard, pour fêter la sortie de son troisième album dans lequel défilent Kendrick Lamar, Snoop Dogg, Kadhja Bonet… Sur scène, notre homme n'hésite jamais à prendre les baguettes, nous rappelant qu'enfant il jouait de la batterie dans une église, en écoutant Marvin Gaye et Barry White. Ses prières, sans doute, y ont été exaucées. J.D. Anvers, 10.03, Lotto Arena, 20 h, 45,30 > 36 €, www.lotto-arena.be


Cinq ans après Music for the Uninvited (2014) et l'inusable tube It's Just (House of Dupree), Leon a fait du chemin. Pas autant que ses grandsparents, mais presque… On s'explique : en 1963, les aïeux du natif de Brighton ont mis les bouts pour vivre le "rêve américain". Et en sont revenus sacrément penauds. C'est cet espoir déçu que nous conte Leon dans son dernier-né, Nothing is Still, depuis la traversée de l'Atlantique jusqu'au retour. Le tout est narré au fil d'une house soyeuse et faussement feutrée. Dans la foulée il a pris les commandes d'un DJ-Kicks, où il rend notamment hommage à Aphex Twin. Plus dansant mais tout aussi ouvragé. T.A. Bruxelles, 08.03, Ancienne Belgique, 20 h, 13 €, www.abconcerts.be

# 36

Meute Cette fanfare hambourgeoise formée en 2015 se pique de reprendre, tous cuivres dehors, des standards techno et house signés Laurent Garnier, Âme, N’To ou encore Trentemøller. Incompatibles, les infrabasses et les soubassophones, les motifs répétitifs et les trombones ? Non, comme l'avait déjà prouvé Acid Brass à la fin des années 1990. Sur disque, Meute demeure une agréable curiosité. Mais en live, cette horde festive donne sa pleine mesure. T.A. © Jennifer Schmid

Bruxelles, 07.03, Botanique, 19 h 30, Complet !

© Phil Sharp

musique

Leon Vynehall


& Jeff Mills

Black is beautiful

© Pierrick Guidou

musique

Tony Allen

# 38

Certaines rencontres annoncées au sommet nous ont déçus. La fameuse montagne qui accouche d'une souris. Comme si les talents individuels ne se mariaient pas et s'annulaient, pour aboutir à un entre-deux aussi bouillant que l'eau tiède. Non, pas de nom. Ou plutôt si : ceux de Tony Allen et Jeff Mills... parfaits contre-exemples. L'afrobeat, c'est lui. C'est bien simple : sans Tony Allen, Kuti ne saurait pas ce qu'il Fela. On a également aperçu le Nigérian derrière, entre autres, Jimi Tenor, Air, Manu Dibango, Moritz von Oswald et, bien sûr, le supergroupe The Good, The Bad and The Queen. Quant à Jeff Mills, il a tout simplement posé, au mitan des années 1980, les bases du (nouveau) son de Detroit. Pour évoquer cette collaboration, par-delà les parcours musicaux et historiques, il faut observer le dénominateur commun. La musique, bien sûr. Mais aussi ce que Senghor ou Césaire nommaient négritude, soit l'ensemble de valeurs culturelles et spirituelles revendiquées par des Noirs comme leur étant propres. Ou, dit autrement, la prise de conscience de l'appartenance à cette culture spécifique. Pour Allen, qui a joué dans les sixties au profit des Black Panthers, et pour Mills, fondateur d'Underground Resistance, ce concept n'est pas vain. Il se lit, en filigrane, dans leur œuvre commune, parue récemment chez Blue Note (excusez du peu !). Ce concentré de mélodies élastiques conjugue l'approche subtile Amiens, 13.03, Maison de la Culture 20 h 30, 29 > 13 €, maisondelaculturede Mills et le groove puissant d'Allen, afin amiens.com d'envoyer les musiques noires dans des Bruxelles, 17.04, Flagey, 20 h 15 sphères insoupçonnées. Thibaut Allemand 38 / 35 €, listenfestival.be


musique

Nuit de la Filature

La troisième édition de cette "rave" au cœur d'anciennes usines textiles, est réduite à une seule nuit. Dommage ? Oui et non : évidemment, on voudrait que ça ne s'arrête jamais, et deux nuits valent mieux qu'une. Mais on se souvient également que l'an passé, nous dûmes faire des choix – budget oblige. Cette année, on verra tout. Ou presque. Thibaut Allemand

# 40

Lil' Louis Dans le genre légende vivante qui n'a rien perdu de sa superbe, P'tit Louis se pose là. Le natif de Chicago demeure l'instigateur, avec Jeff Mills ou le regretté Larry Levan, de la révolution house (et techno, et affiliés). Il est surtout le signataire d'un tube implacable et improbable : French Kiss, où l'art de maintenir la tension en jouant sur le ralenti. Samplé par Josh Wink, Lil' Kim ou John Legend, Lil' Louis est aussi vénéré par Daft Punk, qui le cite sur le classique Teachers. Victime d'un accident de balance en 2015, qui l'a laissé sourd d'une oreille, il avait promis de jouer sa musique « deux fois plus fort ». Nous voilà prévenus. (+ Charleroi, 09.03, Rockerill, 22 h, 15 / 12 €, www.rockerill.com)

© DR

étoiles filantes


Chicago, toujours, avec la relève, nommée The Black Madonna. On s'étonne encore que l'autre Madonna ne lui ait pas collé un procès. Il faut croire qu'elle s'est reconnue dans le propos féministe de Marea Stamper, entre discours anti-Trump et hédonisme électronique. Le dancefloor comme une zone à défendre, un espace de reconquête et d'utopie ? Il y a de cela dans ses sets techno-house intransigeants. Et, surtout, généreux : elle n'est pas du genre à regarder sa montre.

Yuksek

© Julien Mignot

© Aldo Paredes

The Black Madonna

Away From The Sea, le premier LP de Yuksek, a dix bougies. Déjà ! Depuis, le Rémois a creusé son sillon. Très occupé par Partyfine et les compilations dudit label affichant Black Yaya, Get A Room!, Plaisir de France, ou encore You Man, Pierre-Alexandre Busson n'a pas encore bouclé son quatrième album. Mais apparaît sur le dernier disque de Zazie… Qu'importe, le quadragénaire demeure expert dans l'art du set pop, disco et electro, le tout rehaussé d'accents soul.

On est beau être #TeamCréon, on ne peut que saluer le parcours d'Antigone. À même pas trente ans, le Parisien a eu une vie plutôt riche. Né en France, il a passé une partie de sa jeunesse aux USA avant de découvrir l'acid house au collège, de retour dans l'Hexagone. Celui qui fut résident de la fameuse Concrete à Paris, produit une techno faussement dure et vraiment mélancolique, a priori froide mais romantique. Saint-André-Lez-Lille,16.03, Halls de la Filature, 23 h, 55 > 29 €, lesnuitsdelafilature.fr Programme : Lil' Louis, The Black Madonna, Purple Disco Machine, Yuksek, Hugo LX, Pouvoir Magique, Blutch, Pain Surprises, Supagroovalistic, AZUR, Sama', Antigone

© Construct Re-Form

Antigone


C'était la fin des nineties. Le trip-hop et la brume downtempo. Le risque était grand pour The Cinematic Orchestra de devenir l'une de ces formations jazzy oubliées, dont les disques cantonnés à une époque, exhalent un parfum de renfermé. Or, l'écossais Jason Swinscoe a plus d'un tour dans son sac. En témoigne une discographie étrange (quatre albums studio mais pléthore de concerts, remixes, BO…), preuve d'une activité tous azimuts. Mieux : en 2007, The Cinematic Orchestra a conquis un nouveau public avec To Build a Home, ballade au piano entonnée par Patrick Watson. Un classique instantané, porte d'entrée idéale vers une œuvre vertigineuse. T.A. Bruxelles, 13.03, Ancienne Belgique, 20 h, 30 / 29 €, www.abconcerts.be

# 42

© 2019 & TM Lucasfilm LTD © Disney

Ciné-concert Star Wars : L'Empire contre-attaque Après Un nouvel espoir (le mois dernier), l'onl donne corps au sombre L'Empire contre-attaque. Où l'on notera l'érudition de John Williams via l'influence des maîtres : Korngold, Wagner et Holst, bien sûr, mais aussi Mendelssohn, Stravinsky ou Chopin (La Marche funèbre ayant influencé le thème de Dark Vador). Plagiaire, John Williams ? Que nenni ! L'histoire de la musique classique est une suite d'emprunts, de clins d'œil et d'hommages. T.A. Lille, 13 & 14.03, Nouveau Siècle, 20 h, Complet !

© Brian "B+" Cross

musique

The Cinematic Orchestra


© Jabari Jacobs

# 44 musique


the internet

Haut débit Forcément, ce nom impossible à googliser a fait gloser – on avait eu le même souci avec Girls. Ceci a-t-il nuit à leur impact médiatique ? Peutêtre. Mais qui veut bien chercher finit toujours par trouver. Car après huit ans de carrière et quelques récompenses, il faudrait être de mauvaise foi pour invoquer le droit à la déconnexion.

E

n quatre albums (et quelques incursions solos de ses membres) ce groupe issu du collectif Odd Future a imposé une approche totalement décomplexée de la soul et du hip-hop. Syd Tha Kid, Matt Martians, Patrick Paige II, Christopher Smith et Steve Lacy confèrent un nouveau souffle au funk, le confrontant à des atmosphères urbaines, tout en déroulant un tapis de guitares soyeuses et de claviers moelleux. Signe des temps, l'horizontalité des influences et la mise à plat des goûts (via… l'Internet) font de la bande une formation ouverte à tous les vents. On se souvient que Tyler, the Creator, Mac DeMarco, Thundercat, Kamasi Washington et Dev Hynes (Blood Orange) croisaient le fer avec eux dans la vidéo de Roll (Burbank Funk). De leur côté, Kendrick Lamar ou Kali Uchis ont bénéficié d'un coup de main de la part de Steve Lacy. Connexions multiples Sortes de rejetons de N.E.R.D. et de Prince, ces Californiens ont tracé leur voie, balisée par les recherches formelles (un travail chirurgical sur le son) et l'amour de la soul, du Philly Sound 70's à la sensualité postmoderne d'un D'Angelo. Sur scène, nos cinq (petits) génies glissent d'un instrument à l'autre, se laissent aller à quelques improvisations et relectures de leurs (futurs) classiques. Surtout, ils s'avèrent généreux, de bout en bout – on ne peut pas en dire autant de tous les tenanciers du hip-hop ricain. Thibaut Allemand Bruxelles, 17.03, Ancienne Belgique 20 h, Complet !


musique

Les Paradis Artificiels

Treizième édition, déjà ? On évitera de causer superstition (ça nous porterait malheur) pour se concentrer sur l’affiche de ce festival, qui rayonne désormais jusqu’à Béthune et Amiens. Parmi les valeurs sûres (The Limiñanas, Clara Luciani, Jeanne Added) et belles promesses (Voyou, Canine), voici notre sélection. Subjective, évidemment, mais tout aussi bigarrée que ce rendez-vous. Julien Damien & Thibaut Allemand

Lou Doillon

# 46

C'est en 2012 que l'on a réellement découvert Lou Doillon. Le jour de ses trente ans, la belle publiait son premier album. Celle que l'on avait aperçue dans quelques films (sans vraiment nous marquer) se révélait en auteurecompositrice-interprète de haute tenue grâce un disque folk lumineux produit par Etienne Daho. Un deuxième, réalisé au Canada avec Timber Timbre, vint transformer l'essai. Le dernier, Soliloquy (2019) fut mitonné avec Benjamin Lebeau (The Shoes) et Dan Levy (The Dø). Plus pop, plus synthétique et un peu moins personnel, il nous a un peu laissé sur notre faim. Mais sur scène, la trentenaire devrait (à nouveau) nous émouvoir. T.A. + Canine + Motion Concrete : Lille, 31.03, Le Splendid, 18 h, 28 € (+ Bruxelles, 29.04, Botanique (Les Nuits Botanique), 19 h, 30 / 23 €, www.botanique.be)

© MYK

De beaux cieux


Chevelure peroxydée digne de Michel Polnareff, disco-pop salée sucrée, textes naïfs… Oui, Corine semble débarquer tout droit des seventies. Pourtant, derrière la posture kitsch (assumée) et ce prénom un brin désuet (un peu comme le duo Brigitte) se cache un projet musical tout sauf artificiel. Révélée par un premier album emballant, Un Air de fête, cette grande fan des Rita Mitsouko mêle spoken word et chants, claviers vintages et guitares, basses et batteries, nous conviant à une after-party des plus hédonistes. J.D. + Vendredi sur Mer + Claire Laffut : Lille, 26.03, Le Splendid, 20 h, 25 €

The Blaze

House déprimée, basses abyssales, voix autotunées et ténébreuses à souhait… En moins de trois ans, portés par des tubes comme Virile ou Territory et une poignée de clips léchés, Guillaume et Jonathan Alric ont imposé une patte, un style en clair-obscur. Entre euphorie et mélancolie, ces cousins ont parfaitement traduit le zeitgeist d’une époque fatiguée d’elle-même, plombée par le doute mais animée par l’envie d’en découdre avec ses démons. Et quoi de mieux qu’un dancefloor brûlant pour les exsuder ? J.D. + Jeanne Added + Bagarre + Kiddy Smile + Clara Luciani + Weekend Affair : Lille, 30.03, Le Zénith 18 h, 39 € // (+ Bruxelles, 11.03, AB, Complet !)

Georgio Vingt-cinq ans, et déjà trois albums. Georges Edouard Nicolo, aka Georgio, est passé du statut de rookie à celui d’étoile du rap français, en quelques punchlines ravageuses. Biberonné à la Scred Connexion, l’enfant du quartier Marx Dormoy, dans le xviiie arrondissement de Paris, conte ses galères de rue dans des morceaux mélancoliques et mélodiques. D’ailleurs, il n’hésite pas à nimber son flow cru de notes de piano, guitare ou synthé. Voilà un type qui sait d’où il vient, et surtout où il va. J.D. + Caballero & JeanJass + PLK + Kikesa + Nusky : Lille, 31.03, Le Zénith, 14 h 30, 41 / 39 € (+ Bruxelles, 24.04, Le Botanique, 19 h, 25 > 18 €)

© Benjamin Loyseau

© Shelby Duncan

Corine

Lille, Tourcoing, Amiens, Béthune, Oignies, 23 > 31.03 43 > 11 €, www.lesparadisartificiels.fr Sélection : 23.03 : Adam Naas (Théâtre de Béthune) / 24.03 : Nosfell (Le 9-9 Bis) – Delgres (La Lune des Pirates) / 26.03 : Vendredi sur Mer + Corine (Le Splendid) / 28.03 : Winston McAnuff ... (Le Splendid) – Hornet La Frappe (Le Flow) / 29.03 : Deus + Triggerfinger + The Limiñanas... (Le Zénith) – Cléa Vincent + Voyou (Théâtre de l’Idéal)... / 30.03 : Molécule... (Magazine Club) – The Blaze + Jeanne Added + Bagarre + Kiddy Smile + Clara Luciani + Weekend Affair  (Le Zénith) / 31.03 : Caballero & JeanJass + Georgio... (Le Zénith) – Lou Doillon + Canine + Motion Concrete (Le Splendid)...


état de grâce

© Alexandra Waespi

musique

Maribou State

# 48

L’electro sans chichi de Maribou State aurait pu ronronner dans les playlists d’ambiance, entre une flûte de pan et un sample de jazz downtempo. Chris Davids et Liam Ivory ne l'entendirent pas de cette oreille. Ils ont extrait de leur quête autour du monde un joli bouquet d’essences rares. Il faut scroller longtemps la page de Maribou State sur Spotify pour remonter à Scarlett Groove. En 2012, cet EP avait attiré l’attention de Pete Tong, aux manettes des célèbres Essential Mix de la BBC. Parus sur le label de Fatboy Slim, ces quatre titres avaient trouvé leur chemin jusqu’aux clubs, sans toutefois sortir leurs auteurs de l’anonymat. Signés par un sous-label de Ninja Tune, maison qui a encore un peu de flair, ces Anglais transforment l’essai avec Portraits, s’éloignant des ordinateurs et de l’échantillonnage stérile. Nous sommes en 2015, SBTRKT et James Blake sont passés par là, pour habiller le dubstep déjà ringard de chants habités. Maribou State entame alors une tournée sur les quatre continents. Les deux amis d’enfance profitent de ce vagabondage mondial pour réinventer leur processus de création. En parallèle des shows, ils partent à la chasse aux sons, samplés au fil de leurs pérégrinations. Kingdoms in Colour, publié fin 2018, est ainsi serti d’échos indiens, de beaux featurings vocaux et s'écarte de l’electro bêcheuse propre à la banlieue londonienne. Il côtoie les rêveries de Tycho et offre un contrepoint hédoniste aux bouderies de James Blake. Bruxelles, 26.03, Ancienne Belgique 20 h, 24 / 23 €, www.abconcerts.be Un sacré coup d'état. Mathieu Dauchy


Les parrains Les Clash leur ont prêté leur studio de répétition à Camden, avant de leur proposer d'assurer leurs premières parties anglaises. « C'était la première fois qu'on jouait devant un vrai public et on est devenu un groupe grâce à cette tournée », rapporte le chanteur, Terry Hall. Dans la foulée, leur premier album, The Specials, fut produit par Elvis Costello. A Message to You Rudy, Too Much Too Young, Gangsters, Ghost Town, Rat Race

5

© Andy Willsher

Give me

Ska de force majeure Nos Anglais enflamment une foule comme personne, mais ont aussi de la suite dans les idées. Du genre politique. Leur damier noir et blanc est brandi comme un signe d'unité entre les communautés, et Ghost Town demeure un morceau violemment anti-Thatcher, décrivant des villes sans boulot ni joie. Dans leur dernier album, Encore, ils dézinguent cette fois la classe dirigeante britannique (Vote For Me) et font la part belle au féminisme (10 Commandments).


De(ux) bons tons 2 Tone Records, leur label, renvoie au rythme binaire du ska (temps - contretemps), et a soutenu des formations comme Madness, The Selecter ou The Beat. Symbolisé par un damier noir et blanc, il fait aussi référence aux deux couleurs de peau des membres du groupe.

étude de ska

Certains come-backs sont plus réjouissants que d'autres. On n'énumérera pas toutes les reformations indignes (pas le genre), mais celle-ci a quelque chose de... spécial. Formé en 1977 à Coventry, le groupe sortit deux albums (The Specials, More Specials), une parfaite fusion entre ska, punk ou reggae, avant de se séparer en 1981. Désormais composé de Terry Hall, Lynval Golding et d'Horace Panter (Jerry Dammers se la jouant solo), le gang est de retour aux affaires. En pleine morosité postBrexit, nos rude-boys s'attaquent toujours aux maux de la société avec un sens du groove intact. ➤ Bruxelles, 30.03, Ancienne Belgique, 20 h, Complet !

Côté look ? Chemise blanche et costume noir, chapeau Pork Pie façon Lester Young, fringues Fred Perry... Leurs fripes mêlent les esthétiques rude-boy, skinhead des années 60 (pas les fachos), à la sauce Mod (le damier renvoyant aussi à leurs fameuses courses de scooter).

Le son The Specials, c'est d'abord une fusion entre le ska, le punk et le reggae, mais pas seulement. Avec Ghost Town, ils inaugurent en 1981 un blues urbain downtempo, sans lequel Massive Attack n'existerait peut-être pas. Parmi les héritiers, citons aussi Gorillaz, Sleaford Mods ou King Krule.


Post Malone

© Universal music / DR

Figure (tatouée) du hip-hop ricain, Austin Richard Post ne s'est jamais cantonné à la musique de Kanye West – avec qui il a signé Fade sur The Life of Pablo. Membre d'un groupe de metal durant ses années lycée (d'où cette habitude de fracasser sa guitare sur scène), le Texan jongle aussi bien avec la country, le r'n'b ou le rock. Double disque de platine, Posty s'attaque désormais au 7e art, donnant bientôt la réplique à Mark Wahlberg dans le film Wonderland. Pas mal, pour un type qui a fait ses gammes sur Guitar Hero. A.B. Anvers, 11.03, Sportpaleis, 18 h 30, 67,70 > 36,90 €, sportpaleis.be

et aussi… Ven 01.03 Clara Luciani Charleroi, Eden, 20h, 21>15e Des lions pour des lions Armentières, Le Vivat, 20h, 8e (boisson offerte) / gratuit -26 ans Juliette Jeumont, Centre Culturel André Malraux, 20h, 20/15e The KVB + Structures Béthune, Le Poche, 20h, 10/8e

I MUVRINI Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h, 49/20e

Laibach Bruxelles, Botanique, 19h30, 36>30e

Mer 06.03 Nicky Minaj & Juice WRLD Bruxelles, Palais 12, 20h, 79>44e

Neneh Cherry Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 26/25e

Mix Myself & I : Carte Blanche à Jiem & Mary Lille, Le Flow, 20h, gratuit

Sttellla, Le Carabistour Charleroi, Rockerill, 20h, 15/12e

Jeu 07.03

Suzane + Sein Mons-en-Baroeul, Salle Allende, 20h, 19,80e Soom T + Skarra Mucci Oignies, Le Métaphone, 20h30, 19>13e

Camera + l'objet Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Puts Marie Béthune, Le Poche, 20h30, 10/8e

Terez Montcalm Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 16,20/12,10e

Dim 03.03

Monsieur Django & Lady Swing Lille, Nouveau Siècle, 16h, 14>5e

Mar 05.03

L'Or du Commun Lille, Le Splendid, 20h, 27,80e

The lemon twigs Lille, L'Aéronef, 20h, 23>18e

Sam 02.03

# 52

Clara Luciani Mons, Théâtre Le Manège, 20h, 25>18e

Les Wriggles avec Parité mon Q Mons-en-Baroeul, Salle Allende, 20h, 19,80e

Florence & the Machine Anvers, Antwerp Sportpaleis, 18h30, 68>39e She past away + Dear Deer... Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e Récital de Sabine Devieilhe & Alexandre Tharaud Lille, Opéra, 20h, 23>5€ The Telescopes + Arrows of Love Lille, maison Folie Moulins, 20h30, 10/8,50e

Ven 08.03

Lun 04.03

Balthazar Anvers, Lotto Arena, 18h30, 34,11e

Melanie De Biasio Bruxelles, Bozar, 20h30, 38>20e

Eric Truffaz Quartet Lille, L'Aéronef, 20h, 28>20e


© Michaël Boudot

Barcella

Oldelaf + Jiminy Oignies, Le Métaphone, 20h, 19>13e Syrian Voices (Benjamin Attahir) Lille, Nouveau Siècle, 20h, 14>5€ Christophe Willem Hem, Zéphyr, 20h30, 52/39e GRAND BLANC Beauvais, L'Ouvre-Boîte, 20h30, 16>11e

Lille, 16.03, Le Splendid, 20 h, 25 €, www.le-splendid.com

Mar 12.03 Tunng Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 14/9e

Mer 13.03 Hamza Roubaix, Salle Watremez, 20h, 28>24e

Ven 15.03

Christian Olivier Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h, 15/12e Camille et Julie Berthollet Béthune, Théâtre de Béthune, 20h30, 34>17e Minuit + The pirouettes Oignies, Le Métaphone, 20h30, 19>13e Amon Tobin Dj set Lille, L'Aéronef, 21h, 22>14e

Dave Clarke + Fred Hush Lille, Magazine Club, 23h59, 15>10e

Gainsbourg for kids Dunkerque, Théâtre le bateau feu, 10h, 14h30, 6e

Sam 09.03

Grandgeorge Charleroi, Eden, 20h, 19>13e

Eddy De Pretto Bruxelles, Palais 12, 19h30, 36>32e

Reena Riot + Peuk Dixmude, 4AD, 20h, 11>2,20e

Martin Solveig Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 34/33e

Feu! Chatterton Charleroi, Eden, 20h, 32>25e

The Legendary Tigerman + The Poppers + Mazgani Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e

Mer 20.03

Tamino + Elia Lille, L'Aéronef, 20h, 22>14e The Lemonheads Liège, Reflektor, 20h, 26,50e Elliott Murphy Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 16,20/12,10e Guillaume Perret Calais, Centre culturel Gérard Philipe, 20h30, 8>5€ # 54

Héritier d'une tradition de belles lettres, ce Rémois s'inscrit à la croisée des chemins, entre Nino Ferrer et le rap affûté d'Oxmo Puccino. Créateur du festival Charabia, dédié à la chanson française et à la poésie sous toutes ses formes, il jongle avec les mots entre fausse nonchalance et ballades ensoleillées. Sur scène, le trentenaire dégingandé se fait tantôt instrumentiste, conteur, slameur, nous trimballant du rire aux larmes en un pincement de corde ou une formule ciselée. A.B.

lil' Louis Charleroi, Rockerill, 22h, 15/12e

Liz Cherhal Lomme, maison Folie Beaulieu, 20h30, 9,10/5,10€

Sam 16.03 Gainsbourg for kids Dunkerque, Le Bateau feu, 17h, 6e Daddy K & Friends Bruxelles, Palais 12, 19h30, 33>29e

Mar 19.03 The Ocean Béthune, Le Poche, 19h, 12/10e

Miossec + Lesneu Bruxelles, Botanique, 19h30, 28>22e Bumcello + Binkbeats Lille, L'Aéronef, 20h, 22>14e

Jeu 21.03 Charlie Winston Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 38,15>30,50e Lisa Ekdahl Lille, Le Splendid, 20h, 40e


© PatO'Rourke

MorMor

Grand Blanc Boulogne-sur-Mer, Carré-Sam, 20h30, 10>6e

Ven 22.03 The Wackids Armentières, Le Vivat, 19h, 8e "Fire walk with us" hommage à Twin-Peaks Lesquin, Centre Culturel, 20h, 5/3e HABIB KOITÉ & BAMADA Dixmude, 4AD, 20h, 14>2,80e Miossec Lille, Le Splendid, 20h, 25e

Bruxelles, 30.03, Ancienne Belgique, 20 h, 15 €, abconcerts.be

Bruxelles, Botanique, 19h30, 21>15e Arthur H Lens, Le Colisée, 20h, 25>12,50e Frustration + J.C. Satan + Jessica93 Oignies, Le Métaphone, 20h30, 18>12e John Zorn Bruxelles, Bozar, 20h30, 24e MariE Modiano Lomme, mF Beaulieu, 20h30, 9,10/5,10€

Jeu 28.03 The kooks Anvers, Lotto Arena, 18h30, 38,59e Xiu Xiu Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Ven 29.03 Jean Louis Coste + Inopexia + Nasty Face + Anal Bruxelles, Magasin 4, 20h, 8e Jeanne Added + Emily Wells... Charleroi, Eden, 20h, 22>16e

Dim 24.03

Nick Waterhouse Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Tiny Legs Tim Dixmude, 4AD, 20h, 13>2,60e

Ange Lille, Le Splendid, 18h, 28e

Nolwenn Leroy Hem, Zéphyr, 20h30, 45>39e

Saul Williams Anvers, Arenbergschouwburg, 20h30, 16>13e

Nosfell + Sendak + Sego Len Oignies, Le Métaphone, 18h, 16,80€

Jessica PratT Leffinge, De Zwerver, 21h, 10>8e

Tiken Jah Fakoly Béthune, Théâtre de Béthune, 20h30, 34>17e

Winston McAnuff & Fixi Arras, Le Pharos, 20h, 15e

Sam 30.03

Dima (live) aka Vitalic Charleroi, Rockerill, 22h, 15/12e # 56

Nous n'avons guère de nouvelles de Kevin Morby, ces temps-ci. Alors, pour rassasier notre soif de folk boisé, on s'est penché sur MorMor. Drôle de nom pour ce signataire de mélodies ô combien vivantes ! D'ailleurs, Seth Nyquist (pour l'état civil), ne s'arrête pas au folk et nourrit ses chansons d'arrangements électroniques, voire d'incartades hip-hop. Le tout, sans que ce ne soit le bazar. Un bel éventail des goûts et des possibilités d'un Canadien de 26 ans, dont on risque de parler longtemps. T.A.

Sam 23.03 Nick Waterhouse

Mer 27.03

Girls in Hawaii + Fabiola Oignies, Le Métaphone, 20h30, 20>14e

Arthur H Maubeuge, La Luna, 20h, 20/15e

Dim 31.03

The Limboos Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 14>10e

Fills Monkey Lille, Théâtre du Casino Barrière, 18h, 37>20e


disques Les Innocents 6 1/2

(RCA / Sony Music) On a mis du temps à s’en rendre compte : Les Innocents, c’est avant tout un dialogue entre deux plumes pop parmi les plus aiguisées de la francophonie (textes, mélodies, arrangements). Les chemins de JP Nataf et de JC Urbain s’étaient longuement écartés pour mieux se retrouver. En résultait une amitié toute neuve sur une Mandarine aux propositions en bataille (cf LM 108). Des titres sur lesquels chacun distillait le meilleur de son jus. Ce nouvel album solaire au titre fellinien (6 1/2), semble découler du morceau Sherpa concluant lesdites retrouvailles. Ici, tout semble apaisé, fondu, équilibré. Jusqu’à paraître très sage au premier abord. Mais le charme de ce disque demeure plus profond et insidieux. Entre pop, folk et bossa, ces dix chansons mêlent les deux styles comme jamais, au point de ne pouvoir discerner ce qui vient de l’un ou de l’autre (sauf un Slow #1 qu’on jurerait sorti d’un des superbes solos de JP). Aux tubes immédiats (le très "innos" Apache, les fantastiques Cascades) succèdent ainsi des douceurs entêtantes (Les Îles d’Amnésie, Mon homme). Espérons que ce dialogue ne prendra plus jamais fin. Rémi Boiteux

Séverin

# 58

Transatlantique

(Neon Napoleon / PIAS)

Guère médiatisé (hélas !), Séverin suit son petit bonhomme de chemin et, après deux albums (officiels), publie un troisième essai de haute tenue (décontractée, la tenue). Enfin, ne parlons pas trop vite. Après une ouverture qui décontenancera plus d'un (mauvais) interviewer, le Vendéen déploie son savoir-faire, héritier de Souchon (en plus vivant) et de Renaud (en moins mort). Un truc artisanal, a priori maladroit, où le sens de la formule le dispute à celui du rythme chaloupé – bossa, biguine, dans la lignée du label Saravah. Mais le trentenaire refuse de jouer la carte du branleur intégral et clôt l'ensemble avec le mélancolique 30 minutes après ma mort. On vous l'avait dit : sous l'apparente décontraction, se cache une langueur qui touche en plein cœur. Thibaut Allemand


Michael Rother Solo

(Groenland Rec. / Boogie Drugstore) Michael Rother n'est pas n'importe qui. Membre de Kraftwerk première mouture, le guitariste mit rapidement les voiles pour former Neu! en compagnie de Klaus Dinger (trois albums indispensables, Neu! 75 en tête). Il rejoint ensuite Harmonia, qui collabora (entre autres) avec Brian Eno et influença le Bowie des seventies. Et ensuite ? Une carrière plus confidentielle sous son nom. Portant sur la période 1977-82, ce coffret contient les quatre premiers albums du maître créés avec le batteur Jaki Liebezeit (Can) sous la houlette du fameux producteur Conny Plank, ainsi que deux BO des années 2010 – la version vinyle propose également un LP de remixes et live. De quoi redécouvrir les productions de l'Allemand, en espérant que soit bientôt coffré le reste de son œuvre. Thibaut Allemand

Les Ogres de Barback Amours grises et colères rouges (Irfan) Cinq ans après avoir soufflé ses 20 bougies, la famille Burguière revient avec 14 nouveaux titres. Cultivant précieusement leur indépendance, ces tauliers de la scène alternative sont toujours à l’écart des modes, mais pas à côté de la plaque. Ce joyeux bazar finement orchestré sert ainsi de sagaces fables sociétales. à l’image de Pas ma haine, inspiré du récit du journaliste Antoine Leiris, dont la femme fut tuée dans l’attentat du Bataclan. Les violons se mêlent aux trompettes, le piano à l’accordéon ou (pour la première fois) aux machines, tandis que nos Ogres s’attaquent au mal du siècle (La Nombrilïte aiguë) ou aux mâles tout court (Pas une femme). Ils n’oublient pourtant pas d’aimer (Il y a ta bouche, avec Magyd Cherfi) et surtout de rire – c’est la politesse du désespoir. Julien Damien

The Young Gods

Data Mirage Tangram (Two Gentlemen / Differ-ant) Les trois Suisses reviennent avec une collection hivernale sur mesure. Son leader, Franz Treichler, sculpteur du son aux mille projets, déploie la même ferveur (porté par le retour gagnant de Cesare Pizzi, l’un des membres originels). Leur carrière résumée dans un livre paru en 2017, The Young Gods auraient pu en rester là. Mais une résidence fortuite au Cully Jazz relança la machine. Les titres de ce nouvel opus titillent nos chakras. Ces sept plages privilégient les atmosphères paisibles sans exclure quelques flagellations par la distorsion. Au-delà des textures industrielles, voire "cabaret", des débuts (L’Eau rouge, l’album hommage à Kurt Weill), le charme vaudou des allers-retours linguistiques entre le français, l'anglais et l'allemand, sur fond de blues, demeure intact. Selina Aït Karroum


littérature

Interview

FUTUROPOLIS

Traits d'esprit Propos recueillis par Simon Karyef Photo Portrait Sébastien Gnaedig © Jean-Luc Bertini / Pasco © Futuropolis

# 60

Fondée dans les années 1970, à l'heure où l'école belge triomphe, Futuropolis s'est doucement imposée grâce à un autre type de bande dessinée. Indépendante, militante, cette maison d'édition a soutenu une nouvelle génération d'auteurs, de Nicolas de Crécy à Emmanuel Lepage en passant par étienne Davodeau… Rencontre à Angoulême en marge du 46e Festival international de la BD, avec Sébastien Gnaedig, le directeur éditorial.


Comment cette maison est-elle née ? En 1974, deux passionnés, étienne Robial et Florence Cestac, ont repris la librairie où ils achetaient leurs livres. Elle s'appelait Futuropolis, en hommage à la bande dessinée de SF créée par Pellos. Puis ils ont eu envie d'éditer les ouvrages qu'ils ne trouvaient pas, notamment de grands auteurs de strips américains tel Milton Caniff. Il s'agissait surtout d'albums en noir et blanc, privilégiant le dessin, pour des raisons esthétiques et économiques.

« Nous ne courons pas après l'air du temps. » Quels furent les premières références françaises ? Ils ont publié des auteurs collaborant à L'écho des savanes ou Métal Hurlant et des jeunes gens comme Baudoin ou Rabaté. Après de grosses difficultés financières dans les années 1990, Gallimard a relancé la structure, en créant des "duos texte-image" comme La Débauche de Pennac et Tardi. suite


Mais il n'y avait pas encore de vision à long terme. L'arrivée de Claude Gendrot, Alain David et moi-même en 2004 marque une nouvelle étape. Pourquoi présente-t-on Futuropolis comme une pionnière de l'édition indépendante ? Robial et Cestac se sont d'abord intéressés aux créateurs. Nous sommes passés d'une BD de série, où les personnages comptent plus que tout, à une démarche d'auteur. C'est la raison d'être de notre maison. Tardi est emblématique de ce parti pris. La Véritable histoire du soldat inconnu est le premier récit produit spécialement pour nous.

# 62

« Nous défendons la subjectivité de l'artiste. » Comment avez-vous fait évoluer cette maison ? J'ai voulu que la forme et le fond se répondent parfaitement. Si un auteur veut réaliser un livre en noir et blanc de 300 pages, on s'adapte ! J'ai démarché les 15 personnes les plus à même d'incarner cette philosophie : Kriss, Davodeau, David B, Blutch… Ils ont tous accepté, et j'ai pu relancer la machine.

Comment reconnaît-on la "ligne" Futuropolis ? D'abord par la forme des livres, l'objet en tant que tel, que j'ai longuement mûri avec le directeur artistique : un cartonné, dos rond, pelliculage mat, papier crème… c'était nouveau à l'époque. Nous voulions donner l'impression, en main, d'un roman. Graphiquement, ensuite. Sur la couverture, nous mettons l'auteur et son style en avant. Enfin, Futuropolis publie un type d'ouvrages particuliers : plutôt destinés aux adultes, pas forcément remplis de couleurs ni d'humour… Nous ne courons pas après l'air du temps. Pourquoi votre maison affectionne-t-elle autant les documentaires ou l'Histoire ? Ces sujets se sont développés avec les auteurs. Quand on a la chance d'éditer Joe Sacco ou étienne Davodeau, le documentaire rayonne naturellement. Dans ces récits dits "du réel", nous défendons la subjectivité de l'artiste. Sacco en est le plus digne représentant. Gaza 1956 m'a ainsi permis de comprendre comment fonctionnait la bande de Gaza, mieux que dans les grands médias. suite


Page de Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la V e République, étienne Davodeau et Benoît Collombat, 2015


# 64

Page de Gaza 1956, en marge de l'Histoire Joe Sacco, 2010


Vous adaptez aussi des légendes de la littérature, n'est-ce pas ? Oui, des classiques et des titres plus contemporains. J'aime cette relecture par un bédéiste. Cela donne ainsi La Perle de Steinbeck revu par Jean-Luc Cornette. Il a quasiment gommé tous les textes et, pourtant, tous les éléments du livre y sont ! C'est formidable. J'adore aussi la fiction, la BD d'atmosphère, où le style graphique domine. Lulu femme nue d'étienne Davodeau parle magistralement de notre société. Comment voyez-vous l'évolution de la BD ? Le marché a fortement progressé. 500 titres sortaient chaque année lors de la création de Futuropolis. On en recense dix fois plus aujourd'hui. Cette surproduction a incité de nouveaux dessinateurs à publier, sans en faire leur métier. En moyenne, une BD se vend à 3 000 exemplaires… en incluant les Astérix. Ensuite, on note une évolution des formes. Actuellement, les auteurs sont très créatifs, ils explorent des champs inédits. Notre période est extrêmement stimulante. à visiter / www.futuropolis.fr

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Futuropolis Des chiffres et des lettres Chiffre d'affaires 7,5 millions d'euros Premier tirage de 3 000 à 50 000 exemplaires Best-sellers Les Ignorants, d'étienne Davodeau (250 000 ex), Cher Pays de notre enfance, de Collombat et Davodeau (100 000 ex environ), sans oublier les œuvres de Tardi… Fréquence de parution  40 ouvrages par an Signatures  80 % des publications sont le fait d'auteurs fidèles


futuropolis

3

La preuve par Thomas Azuélos & Simon Rochepeau

La ZAD, c'est plus grand que nous

Thierry Murat

Afin de narrer cette lutte inédite (ou presque, songeons au Larzac) contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les deux auteurs choisissent la fiction et invitent des personnages hauts en couleur : autonomes, punks, hippies, étudiants en rupture de ban… Tous se coltinent les flics et, plus piquant, les paysans locaux, qui n'ont pas toujours vu d'un très bon œil cette jeunesse inventive et sauvage. En dépit de quelques maladresses, cet album demeure un témoignage "à chaud" et plein d'énergie. 208 p., 25 €. T.A.

Avec force clins d'œil à Lovecraft, Poe et Baudelaire, Thierry Murat (auteur de l'admirable Etunwan, 2016) déploie sa palette d'ocre, de pourpre, de brun clair et de gris pour conter une folle errance. Celle d'un journaliste parisien et cartésien débarquant dans le Yorkshire en 1872. Là, il inspecte les légendes locales, apparents résidus d'un autre temps. Le gratte-papier pénètre ainsi un monde mystérieux… Cette histoire magnifique fait également écho à La Tchalette (1982), de J-C Servais. 160 p., 23 €. T.A.

Animabilis

Jacques Tardi

# 66

La Véritable histoire du soldat inconnu La Bascule à Charlot On se devait de mentionner ces deux œuvres initialement parues dans les seventies (et rééditées une première fois en 2005). Si La Bascule narre "froidement" une exécution (à l'époque, la guillotine était en service), La Véritable histoire... s'impose comme un pamphlet contre l'institution militaire et la grande boucherie que fut 1914-18. Elle contient, en germe, tous les thèmes qui irrigueront l'œuvre de Tardi, de Blanc-Sec au nihilisme célinien, en passant par les savants fous. 76 p., 16 €. T.A.


livres Collectif Sarkozy-Kadhafi. Des billets et des bombes (La Revue Dessinée / Delcourt) Cette bande dessinée paraît au moment où Nicolas Sarkozy perd son procès face à Mediapart. Le site d’information était accusé de faux, suite aux révélations attestant que l’ex-maire de Neuilly avait reçu 50 millions d’euros de la part de Mouammar Kadhafi. Or, ce ne sont pas moins de cinq journalistes, dont Fabrice Arfi, de Mediapart, qui cosignent cet album dessiné par Thierry Chavant. Une BD qui n’est pas sans évoquer les grands "films-dossiers" des seventies (Yves Boisset) ou, plus près de nous, les enquêtes de La Revue Dessinée… qui coédite cet ouvrage. Ouvert par la mort, plutôt expéditive, du Guide de la révolution, il nous emmène à travers les arcanes du pouvoir, du xvie arrondissement au soleil de Tripoli. Nous voici petites souris aux basques des "intermédiaires" (Ziad Takieddine), assistant aux débats à couteaux tirés (et aux couteaux dans le dos) de ces messieurs si respectables. Malin, le dispositif installe un narrateur extérieur (un bonhomme à la figure ronde), véritable fil d’Ariane dans ce dédale politique. Un livre indispensable à quiconque voudrait en savoir plus sur ceux qui nous ont gouverné – et nous gouvernent encore. 240 p., 24,95 €. Thibaut Allemand

L214 & Eyes on Animals

# 68

La Face cachée de nos assiettes (Robert Laffont) Rendue célèbre par ses vidéos clandestines dans des abattoirs, l’association L214 publie son premier livre, cosigné avec l’ONG Eyes on Animals. Près de 250 pages qui nous plongent dans les coulisses de tournages éprouvants, rappellent les avancées obtenues devant les tribunaux, et répondent aux détracteurs de la "méthode L214". Si les mots n’ont pas la puissance des images, ils disent la réalité de l’élevage intensif, tel le pouvoir des lobbys du foie-gras, principaux financeurs des études sur le gavage des canards. On vérifie aussi le non-respect de la règlementation européenne dans le transport du bétail et sa mise à mort, ou l’absurde bilan carbone derrière certains labels de qualité... On referme l’ouvrage légèrement nauséeux, mais convaincus qu’un autre modèle est possible. 240 p., 19 €. Marine Durand


Fabrice Erre & Fabcaro Walter Appleduck. Cow-boy stagiaire (Dupuis) On ne présente plus Fabcaro, ici au scénario. Ni le dessinateur Fabrice Erre (citons au moins Une Année au lycée, 2014). Ensemble, la paire nous avait ravis avec Z comme Don Diego (qui revisitait Zorro, pour les étourdis). Cet humour perché investit à nouveau un espace balisé, le FarWest. Où Walter Appleduck, étudiant intello pétri de culture des Lumières, d’anticolonialisme et d’amour des droits de l’homme, fait son stage chez un shérif et son adjoint, un chouïa bruts de décoffrage. Chasse aux indiens, pendaisons, saloon… les situations habituelles sont détournées par l’absurde. On pourrait ajouter que l’ensemble "dénonce" le racisme, la violence et la misogynie mais on est au-delà de ces nobles considérations. 64 p., 12,50 €. Thibaut Allemand

Collectif Le Fond de l’air est jaune (Seuil) Quelques semaines après le début du mouvement des Gilets jaunes, les éditions du Seuil publient un livre sur la question. Prématuré ? Eh bien, pas tant que ça, au vu de la qualité du propos des 15 intervenants. Citons le philosophe Étienne Balibar, les sociologues Alexis Spire et Louis Chauvel, l’anthropologue David Graeber, l’économiste Thomas Piketty, les historiennes Sophie Wahnich et Ludivine Bantigny… On en passe. Sont évoqués les raisons du soulèvement, une mise en perspective historique, le pluralisme de la lutte et son champ des possibles… Réunissant des articles écrits à ce propos et parus sur différents supports, cet ensemble pluriel mais cohérent est avant tout porteur de sens et d’espoir – comme son sujet, finalement ! 224 p., 14,50 €. T. Allemand

Timothy Morton La Pensée écologique (Zulma) « Plus humain que l’humain ». La devise véhiculée par Blade Runner trouve dans la philosophie de Timothy Morton, adepte du film de Ridley Scott, un admirable écrin. Mais pas de post-humanisme ici. Selon l’Anglais, cela signifierait plutôt prendre conscience de notre fragilité, au point de coopérer avec tous les êtres vivants. L’art contemporain de Paul Chaney, la musique d’Allan Holdsworth, le film Solaris, les poèmes de Percy Shelley nous indiqueraient la voie. Tandis que Darwin, Levinas et Marx éclairent le principe. Bien loin des théories environnementalistes en cours, cette pensée écologique privilégie le global au local, le confus à l’harmonie. Elle s’affranchit du concept même de Nature, pour mieux nous enjoindre à y trouver notre place. Renversant. 272 p., 20 €. Julien Bourbiaux


événement

# 70

Game of Thrones – S7 EP3 © Photo : Helen Sloan / HBO © 2017 Home Box Office / HBO


Séries Mania

édition spéciale Séries Mania à Lille, saison 2 ! Après une première édition délocalisée avec succès (56 000 entrées l'an passé), le festival célèbre ses dix ans dans la capitale des Flandres. Au programme ? Des créations inédites issues des quatre coins du globe, des épisodes en avant-première, des cliffhangers en pagaille, des vedettes, du bingewatching… Frédéric Lavigne, le programmateur, nous offre un alléchant trailer.


événement Miracle Workers © Curtis Bonds Baker / TBS

# 72

R

appel des épisodes précédents. Depuis 2009, Séries Mania se tenait sagement au Forum des Images, à Paris. Mais en 2015, le ministère de la Culture a voulu soutenir en France « un festival de séries de dimension internationale ». Premier "twist" : c'est Lille qui rafla la mise, devant la ville lumière ou Cannes. La manifestation changea donc de décor, pas de scénario. Plus que jamais, ce rendezvous permet de lever les yeux de sa tablette pour dévorer ses séries favorites sur grand écran, gratuitement. « Cette ouverture au grand public est un événement rare, la plupart des rencontres de ce type restent des marchés destinés aux professionnels, expose Frédéric Lavigne,

le "showrunner". Nous faisons ainsi le grand écart entre exclusivités mondiales, découvertes et productions populaires ». La nuit vous appartient Ceci étant posé, entrons dans le vif du sujet : quelles fictions nous rendront complètement accros ces prochains mois ? Parmi les 70 créations dévoilées ici, intéressons-nous d'abord à nos chouchous, comme la troisième (et dernière) saison d'Irresponsable, en présence de son créateur Frédéric Rosset et de son héros débonnaire, Sébastien Chassagne. Freddie Highmore, figure de Good Doctor (qu'on a connu enfant dans Charlie et la chocolaterie) commentera lui la suite


de ses pérégrinations médicales. à ce propos, coupons court à toute excitation : non, les fans de Game of Thrones ne dévoreront pas à Lille l'ultime opus (cadenassé jusqu'au 14 avril).

« Le grand écart entre exclusivités mondiales et productions populaires.» Ils pourront toutefois réviser leurs classiques au Nouveau Siècle lors d'une nuit spéciale, devant les moments cultes des sept saisons précédentes, « jusqu'à six heures du matin ».

En parlant de binge-watching, citons "La Nuit des comédies", qui met en compétition six trouvailles internationales. On y teste par exemple Miracle Workers, l'histoire d'un ange chargé de recevoir les prières de l’humanité et, accessoirement, de sauver la Terre (avec Daniel Radcliffe et Steve Buscemi dans le rôle de Dieu). Tapis rouge pour ? Parmi les exclusivités, on attend Mytho, la nouvelle réalisation de Fabrice Gobert (Les Revenants), Une île, récit fantastique avec Laetitia Casta en sirène ou le dernier bébé suite

8 days

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OCS


événement Ouverture du festival, 2018 © Renaud Wailliez

# 74

de Netflix, Chambers, en compétition officielle. Le pitch ? Sasha, jeune survivante d'une attaque cardiaque, devient obsédée par la propriétaire du cœur qu'on lui a greffé. Au casting de ce drame surnaturel on retrouve Uma Thurman… aussi annoncée à Lille pour une masterclass ! L'Américaine croisera d'autres célébrités, dont les équipes de Dix pour cent, de Scènes de ménages et même Yves Rénier ! Le commissaire Moulin fut en effet un héros du premier feuilleton hexagonal à succès, en 1965 : Belphégor.

« C'est une histoire de la télé française à lui tout seul », s'enthousiasme Frédéric Lavigne. En sus des expositions au Tripostal (dévoilant les coulisses de The Crown ou les costumes de The Handmaid's Tale) on squatte le canapé des Simpson, à Euralille, afin de patienter entre deux projections. « D'ailleurs, n'hésitez pas à tenter votre chance à la dernière minute, même si la séance affiche complet, promet Frédéric. Il y a toujours des désistements ». Eh oui, pas de bonne série sans suspense. Julien Damien

Lille & Hauts-de-France, 22 > 30.03, Majestic et UGC Ciné Cité, Nouveau Siècle, Gare Saint-Sauveur, Tripostal, Le Flow, Lille Grand Palais, Euralille (+ divers lieux en région) gratuit, pass : 15 € (coupe-file, sans réservation…), seriesmania.com


Mon inconnue © Mars Films

# 76

écrans


Festival 2 Valenciennes

écran large Des films (plus de 40), des invités de marque, des compétitions officielles… Oui, c'est tout cela un bon festival de cinéma. à Valenciennes, on ouvre plus encore le champ, en découvrant l'envers du décor. Zoom sur une neuvième édition au scénario palpitant.

C

oincés entre la Berlinale et le Festival de Cannes, les Valenciennois ont toujours su tirer leur épingle du jeu, en proposant de remarquables avant-premières. Répartis en deux compétitions (l'une consacrée au documentaire et l'autre à la fiction), ces films s'accompagnent d'une belle sélection d'inédits, français ou internationaux. Parmi eux citons Mon inconnue, la nouvelle comédie romantique d'Hugo Gélin (l'auteur de Demain tout commence) ou Terra Willy, planète inconnue (avec la voix d'édouard Baer) dernier bijou de l'animation hexagonale – les étudiants de Supinfocom Rubika apprécieront. Ombres et lumières Pour autant, l'ADN de ce rendez-vous reste « la mise en lumière des métiers de l'ombre du cinéma », insiste Jean-Marc Delcambre, le directeur du F2V. Car, non, le septième art ne serait pas tout à fait le même sans la plume de Jean-Loup Dabadie. En sus de sketchs pour Guy Bedos et de chansons pour Polnareff ou Julien Clerc, l'Académicien a signé maintes répliques cultes pour, pêle-mêle, Un Eléphant ça trompe énormément, La Gifle, César et Rosalie… Autant dire que sa master-class est du genre immanquable. Comme celle de Madeline Fontaine. Récompensée par deux Césars (Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet et Séraphine de Martin Provost), cette créatrice de costumes a Valenciennes, 19 > 24.03, Gaumont Valenciennes, vêtu le Yves-Saint-Laurent de Université Polytechnique des Hauts-de-France, Jalil Lespert ou nos irréducThéâtre de Denain, 1 film : 6 / 4 €, festival2valenciennes.fr tibles Gaulois (Astérix aux Hommage à Madeline Fontaine : Gaumont Valenciennes 21.03, 20 h + Master-class : Théâtre de Denain, 15 h 30 Jeux Olympiques). De sacrés Hommage à Jean-Loup Dabadie : Gaumont Valenciennes habits de lumière. Julien Damien 22.03, 20 h + Master-class : Université Polytechnique, 14 h 30


Silence radieux

© Pyramide Distribution

écrans

Sibel

# 78

Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci défendent un cinéma ouvert sur le monde. Récompensé par de nombreux prix, Sibel, leur nouveau film aux allures de western, porte un regard inédit sur la société turque. Il brosse aussi un superbe portrait de femme, révélant une grande actrice : Damla Sönmez. Les cinéastes se sont distingués par une série de courts-métrages et documentaires, avant de signer Noor (2012). Ce premier format long brisait la frontière entre reportage et fiction en retraçant le combat d'un transgenre pakistanais pour devenir un homme comme les autres. Après Ningen (2015), Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci livrent ici leur œuvre la plus accomplie. L'histoire ? Sibel vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes bordant la mer noire, en Turquie. Muette, elle communique en sifflant. Tenue à l'écart des siens, elle décide de traquer le loup terrorisant le village et rôdant dans la forêt voisine. C'est ici qu'elle croise Ali, un fugitif considéré comme terroriste. Une relation amoureuse s'ensuit … Damla Sönmez, aux yeux magnétiques, porte le film en incarnant cette mystérieuse héroïne. L’actrice (récompensée par 11 prix d’interprétation) réussit le tour de force de ne prononcer aucun mot durant tout le récit, ne s’exprimant qu’avec ce langage sifflé ancestral. Remarquablement réalisé et photographié, Sibel mêle cinéma d’aventure, western féministe, De Guillaume Giovanetti et Çağla fable sur le rejet de l’autre et l'émancipation Zencirci, avec Damla Sönmez, Emin dans une société patriarcale. Coup de cœur ! Gürsoy, Erkan Kolçak Köstendil … Grégory Marouzé

Sortie le 06.03


écrans

McQueen Itinéraire d'un enfant terrible

# 80

Qui s’intéresse à la mode se souvient forcément d’Alexander McQueen, créateur génial et turbulent au destin tragique, qui se donna la mort en février 2010 à l’âge de 40 ans. Ian Bonhôte et Peter Ettedgui consacrent à ce bad boy des podiums un documentaire à son image : inventif, insolent et rock’n’roll. Attention, chef-d’œuvre !


© Le Pacte

O

n pouvait tout craindre d’un documentaire retraçant le parcours d’Alexander McQueen. Une hagiographie ou, pire, un film sensationnaliste, à l'instar des tabloïds anglais. Il est vrai que l’histoire du jeune homme s’y prête. Né en 1969 dans un quartier populaire de Londres, Lee McQueen est issu d’une famille modeste. Passionné de mode, le garçon plaque l’école à 16 ans. D’abord tailleur, il devient directeur artistique de Gucci, Givenchy, avant de fonder sa propre maison. Celui qui voyait son art comme « une célébration de la beauté et de la sauvagerie du monde » dévoile alors un royaume étrange. Gothiques et romantiques, futuristes et tribales, ses créations traduisent une certaine violence et un goût pour la provocation. Drama queen à la faveur d'images d’archives impressionnantes (interviewes inédites, défilés baroques), on découvre ici un jeune homme tourmenté et malheureux. Très judicieusement, McQueen se divise en cinq chapitres reprenant les titres chocs de ses fameuses collections (Jack l’Eventreur traque ses victimes, Le Viol de l’Écosse…). Porté par la musique de Michael Nyman (compositeur fétiche des défilés du Britannique), le film se révèle un kaléidoscope visuel et sonore, dont la force dramatique évoque les tragédies antiques. C’est le portrait d’une époque révolue comme celui d’un artiste visionnaire, qui se brûla les ailes en s’approchant trop près du soleil.

Grégory Marouzé

Documentaire de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui. Sortie le 13.03


© Jabulile Pearl Hlanze

© Bac Films

# 82

Funan

Black Snake

Funan retrace le combat d’une mère cambodgienne en 1975. Il s'agit de retrouver son fils, arraché aux siens par le régime des Khmers rouges. Pour raconter l’histoire de sa famille, le réalisateur Denis Do ne souhaitait toutefois pas que sa mère soit incarnée par une actrice. Il a donc fait le choix du cinéma d’animation. La beauté des décors, la douceur des traits, les couleurs chaudes contrastent avec la tragédie du peuple cambodgien (rappelons que les Khmers rouges provoquèrent la mort de plus de 2 millions de personnes). Si Funan est parfois dur, et n’élude pas la violence, Denis Do refuse toute complaisance en la laissant hors-champ. Son film ne juge personne, et ne sombre jamais dans le manichéisme. Il offre le témoignage bouleversant et universel de la folie des hommes. Grégory Marouzé

Paris, années 1970. Clotaire Sangala est un homme avide de femmes et d’argent facile. Il revient dans son pays natal (et fictif), en Afrique, où il a été élevé par un grand-père chinois expert en arts martiaux. Mais sur place, il est mordu par un serpent, qui le dote d'une force surhumaine. L'occasion de libérer son peuple du dictateur Ézéchias… Depuis 2016, Thomas Ngijol rêve d'un « super-héros africain », tout en rendant hommage à la blaxploitation. Si les décors sont crédibles et la B.O efficace (MHD, Orelsan…), les blagues sont navrantes – ce massage cardiaque devenant prétexte à une séance de tripotage de seins… De plus, Black Snake aborde un sujet grave, la "Françafrique", avec la lourdeur plombant souvent les comédies françaises, façon Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? Alix Bailleau

De Denis Do, avec les voix de Bérénice Bejo et Louis Garrel. Sortie le 06.03

De Thomas Ngijol et Karole Rocher, avec eux-mêmes, Edouard Baer, Michel Gohou… En salle


exposition

Photographier l'Algérie

Regards croisés

# 84

Dossier réalisé par Julien Damien


à Tourcoing, l'Institut du Monde Arabe embrasse une histoire de l'Algérie par le prisme de la photographie. Cette exposition réunit une centaine d'images prises depuis le début du xxe siècle, jusqu'à 2002. On y découvre les toutes premières représentations orientalistes, la foule en liesse durant l'indépendance, mais aussi les clichés à hauteur d'homme de Pierre Bourdieu ou ceux saisis durant la guerre… Une affaire de visions ET d'optiques.

Alger, anonyme © Photothèque de l’IMA, Paris


fortunés en quête d'exotisme », selon l'historienne Marie Chominot. Au début de ce parcours chronologique, on découvre ainsi des "indigènes" dans leur appartements, en tenues folkloriques, dans la droite ligne de la peinture orientaliste. Voile de confusion Cette exposition ne retrace toutefois pas l'histoire exhaustive de l'Algérie. Elle offre plutôt une multiplicité de points de vue, et une réflexion sur la nature même de l'image. « Elle part d'un constat simple : la photographie ne dit pas la même chose selon son auteur et sa destination », insiste Françoise Cohen. à l'instar du travail minutieux de Thérèse Rivière. Jules Gervais-Courtellemont © Photothèque de l’IMA, Paris

# 86

P

our Françoise Cohen, monter une exposition de photographie sur l'Algérie était « une évidence ». Parce que la relation entre ce pays de plus de 42 millions d'âmes et la France est viscérale. Ensuite, parce que « la photo est pratiquement née en même temps que cette conquête coloniale, explique la directrice de l'IMA de Tourcoing. L’une et l’autre se développent ensemble ». Les premiers Européens débarquent en effet sur ce territoire vaste comme cinq fois l'Hexagone en 1830, armés des daguerréotypes tout juste mis au point par Louis Daguerre. « La vision initiale est donc celle de touristes

Marc Garanger, Femme algérienne, 1960 © Marc Garanger, musée Nicéphore Niépce, Ville de Chalon-sur-Saône


© Fonds Mohamed Kouaci

Partie dans les Aurès en 1935, l'ethnologue française s'immergea dans le quotidien de la population locale, les Berbères chaouis. Ses clichés pris au

« La photo est pratiquement née en même temps que cette conquête coloniale. » Leica, sur le vif, traduisent toute son empathie. Surtout, ces sourires de femmes s'échinant dans les champs contrastent terriblement avec les regards foudroyants des Algériennes dévoilées, capturés par Marc Garanger. Dès mars 1960, ce soldat réalisa à la demande des autorités françaises

des portraits forcés de 2 000 autochtones. Il s'agissait de leur attribuer des cartes d’identité, afin de contrôler les rebelles. Guerre d'images En pleine guerre d'Algérie, le déséquilibre entre images de colons et colonisés s'accentue. « Toutefois le camp des indépendantistes s’empare de la photographie comme d’une arme de propagande, resitue Marie Chominot. Dans ses représentations, l'armée française ne faisait pas la guerre mais la paix. Depuis le maquis, les Algériens montraient quant à eux les combats, les villages suite


incendiés, les victimes… ». Responsable de l’organe de presse du FLN, Mohamed Kouaci fut lui bloqué aux frontières de son pays. Ce pionnier de la photographie algérienne révéla de nombreux camps de réfugiés. Dans ce contexte, il immortalisa ce visage très dur d'enfant (voir page 87).

« La photographie ne dit pas la même chose, selon son auteur et sa destination. » Il répond à ce portrait de jeune femme hurlant à la fenêtre d'une voiture, drapeau en main, saisie le jour de l'indépendance par Marc Riboud.

# 88

Marc Riboud, Alger, 2 juillet 1962 © Marc Riboud

Didactique, cet accrochage révèle aussi des partis pris artistiques fascinants. Tel celui de Bruno Boudjelal, lancé sur les traces de ses origines paternelles, en 1993, durant les années noires. Le Franco-Algérien ne connaît encore rien à son art, mais ses productions floues et décadrées (car contraintes par la discrétion) esquissent un récit à la fois documentaire et personnel. Il touche à l'intime pour mieux atteindre l'universel. Une question de regards… Tourcoing, 28.02 > 13.07, Institut du Monde Arabe, mar : 13 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h 5 > 2 € / gratuit (-6 ans), ima-tourcoing.fr à lire / L'interview de Marie Chominot sur lm-magazine.com


à bout portant

Jours intranquilles : Voyage à Sétif (1993-1997) © Bruno Boudjelal / VU’

Bruno Boudjelal

Membre de la prestigieuse Agence VU, Bruno Boudjelal demeure une référence de la photographie contemporaine. Il a notamment reçu le prix Nadar, en 2015, pour son ouvrage Algérie, clos comme on ferme un livre ?. Pour autant, cette carrière aurait débuté « par hasard ». Né en 1961 d'une mère française et d'un père algérien, il grandit en Seine-Saint-Denis, « dans une cité improbable ». La trentaine venue, alors guide en Asie, il éprouve le besoin de se confronter à ses racines, près de Sétif. En 1993, il se lance équipé d'un petit appareil photo. « Un ami a insisté pour que je le prenne. à ce moment-là, je n'y connaissais rien, pas même le nom de Cartier-Bresson ! ». Mais ce voyage va changer son destin, et fixer sa pratique. à cette époque, l'Algérie est dangereuse, « en pleine guerre civile ». Il manque de se faire tuer le premier jour. « J’ai vite compris qu'il ne fallait jamais sortir l’appareil ». Contraint à la discrétion et à des lieux sécurisés chez des proches à Alger, Sétif ou Oran, Bruno Boudjelal ne regarde jamais dans le viseur. Ses clichés de scènes quotidiennes, dans un pays alors fermé sur lui-même, détonnent : ils sont flous, décadrés, pris à travers des vitres et, surtout, instinctivement. Sa technique est née. Entre le documentaire et l'autofiction, son travail met en perspective l'intime et l'universel car, dit-il, « ce sont les petites histoires qui font la grande ». à lire / L  'interview de Bruno Boudjelal sur lm-magazine.com

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exposition

# 90

Marc Riboud, Alger, 1er juillet 1962 Š Marc Riboud


Interview Benjamin Stora © DR

Devoir(s) de mémoire Né à Constantine en 1950, l'historien Benjamin Stora est un spécialiste de l'Algérie. Depuis 40 ans, ses nombreux ouvrages explorent les liens entre ce pays et la France. Invité en tant que "grand témoin" en marge de l'exposition Photographier l'Algérie, et à l'aube de l'élection présidentielle algérienne, le 18 avril, il éclaire cette mémoire partagée. Pourquoi le passé colonial est-il si dur à surmonter, entre la France et l’Algérie ? Il est difficile de tourner la page d'une histoire qui a duré un siècle et demi. La France a laissé des traces importantes dans ce pays. à la différence du Maroc ou du Sénégal, l'Algérie ne fut pas simplement une colonie, c'était un département français, donc rattaché politiquement et administrativement. La séparation fut très ardue.

Qu’en est-il de la liberté d’expression en Algérie ? Ça dépend. Des films se tournent, des expositions se montent, mais il y a des difficultés. Par exemple, la fiction réalisée par Bachir Derrais sur Larbi Ben M'Hidi, figure de la révolution, a été censurée. Les sujets liés à la guerre restent extrêmement épineux. suite


exposition

En l'occurrence, ce personnage se bat sur le terrain politique, pas seulement les armes à la main. Pour autant, En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, instantané de l'Algérie contemporaine, a très bien marché.

« La séparation fut très ardue. »

# 92

L'image ne tient-elle pas un grand rôle dans le maintien du pouvoir ? Bouteflika est plutôt fantomatique… Il y a peu de représentations de lui, et celles que l'on voit sont très anciennes. C'est assez inédit, surtout dans un monde où l'on est totalement envahi par les images. Quel est le paysage politique algérien ? Abdelaziz Bouteflika fut l'artisan du retour à la paix, après dix ans de sanglante guerre civile. Il a profité de la hausse du prix du pétrole entre 2004 et 2014 pour lancer de vastes programmes d'infrastructures et désendetter le pays. Pour l'heure, seuls deux sérieux prétendants, Abderrazak Makri, chef du Mouvement de la société pour la paix, principal parti islamiste, et le général à la retraite Ali Ghediri, ont annoncé leur candidature contre lui.

Famille Gaumont, 1911 © Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Quelle est la situation de l'économie ? Elle reste ultra-dépendante des hydrocarbures. La corruption demeure très répandue. Le quatrième mandat de Bouteflika a été marqué par la chute des cours du pétrole, qui a durement touché le pays, où un tiers des jeunes de moins de 25 ans est au chômage. La tentation du départ est grande, et les "harragas" (ndlr : les migrants tentant la traversée clandestine de la Méditerranée vers l’Europe) se sont multipliés cette année. Benjamin Stora - Grand témoin Tourcoing, 01.03, IMA, 18 h 30, gratuit ima-tourcoing.fr à lire / L'interview intégrale sur lm-magazine.com


exposition

Patrick Willocq

# 94

Grandeur nature Photographe autodidacte, Patrick Willocq a passé la majeure partie de son enfance en Afrique. Présentée à Charleroi, sa série Songs of The Walés témoigne d'un rituel congolais célébrant la maternité. Entre l'art et le documentaire, ses images traduisent des codes ancestraux et profondément humains, avec tendresse et fantaisie.


suite Vue d'exposition © Julien Damien


exposition La Walé à la balançoire, Lokito – la bruyante. Village d’Ikoko. Clan Itele © Patrick Willocq / courtesy Project 2.0/Gallery

# 96

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u nord de la République démocratique du Congo, au cœur de la forêt équatoriale, vivent les Ekondas. Depuis des siècles, ce peuple pratique un rituel unique pour célébrer la maternité : celui des Walés. « La plupart de ces femmes sont des pygmées. Dès qu'elles mettent au monde leur premier enfant, elles quittent leur mari et rejoignent la case de leur mère pour une période de semi-réclusion de deux ans », explique Patrick Willocq. Durant la première année, elles apprennent à s'occuper de leur enfant. Ces filles sont alors traitées comme des reines, n'ont pas besoin de travailler, de se préparer à manger. Il leur est

aussi interdit de se promener seule et d'avoir des rapports sexuels. La deuxième année du confinement est consacrée à l'élaboration d'un spectacle dit de "libération". « Chacune raconte ce qu'elle a vécu. Tous les clans l'écoutent et, à la fin de la journée, elle redevient une femme comme les autres, mais Walé à jamais ». Les chants en images Pour autant, ce n'est pas l'aspect ethnographique qui intéresse Patrick Willocq, plutôt l'envie de « traduire la pensée intime de ces personnes ». Durant cette période, chaque Walé compose en effet une chanson qui


lui est propre, dévoilant ses projets, ses espoirs… L'artiste a ainsi tiré « une représentation visuelle de ces chants », à travers de grands tableaux vivants où « le sujet est acteur de son histoire ». Ici, on voit Epanza Makita, suspendue à une branche d'arbre par les pieds, telle la grande chauve-souris qu'elle rêve d'être. Là, Asongwaka vole à bord d'un avion de bric et de broc, sur un fond de ciel bleu peint à la main. Plus loin, Bakuku s'affiche au milieu de fourmis géantes, se plaignant de sa belle-famille qui lui servirait de mauvais plats… Ces mises en scène et décors ont été conçus «  avec les matériaux du bord et des chasseurs, pêcheurs ou artisans recrutés sur place ». L'artiste qualifie sa démarche de « documentaire artistique », quelque part entre Michel Gondry et Gauguin (ces couleurs électriques). « Il me faut 45 minutes pour prendre une photo, mais parfois trois mois pour concevoir une saynète. Mes images mêlent théâtre, installation, musique et peinture ». Et beaucoup de poésie, n'est-ce pas ? Julien Damien

1

2 1. Ntembe, Walé épervier / 2. Walé Asongwaka s’envole © Patrick Willocq / courtesy Project 2.0/Gallery

Charleroi, jusqu’au 12.05 Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h 7 > 2 € / gratuit (-12 ans), www.museephoto.be

à visiter / www.patrickwillocq.com à lire / L  'interview de Patrick Willocq sur lm-magazine.com Patrick Willocq © Julien Damien


Retour aux sources

Head Of Roses, 2017 © Anna Katharina Scheidegger

Le Laboratoire de la nature

# 98

Après Poétique des sciences et Océans, le Fresnoy aborde le "chapitre 3" de son cycle sur l’environnement. Comme les deux précédents, Le Laboratoire de la nature explore les liens entre l’art et la science, depuis la naissance de la photographie jusqu’aux technologies les plus modernes. William Henry Fox Talbot (1800-1877) ne bénéficie pas de la même aura que ses contemporains français Niépce et Daguerre, les "pères de la photographie". Le mathématicien et botaniste britannique fut pourtant le premier à fixer une image sur papier, et à breveter le procédé du négatif-positif. « Beaucoup d’artistes contemporains prennent son travail pour référence, en particulier ses premiers calotypes de feuilles d’arbre », explique la commissaire, Pascale Pronnier. Le Laboratoire de la nature nous plonge ainsi, en guise d’introduction, dans la première exposition de Talbot, en 1839, reconstituée en réalité virtuelle par Mat Collishaw (Thresholds). Plus loin, Anaïs Boudot dévoile ses tirages fantomatiques de la sierra ibérique, rehaussés à la feuille d’or. Ce parcours rassemble aussi 15 œuvres du plasticien américain Mark Dion. Citons seulement son stupéfiant Pavillon d’oiseaux à bout de souffle, une chambre noire abritant les silhouettes phosphorescentes d’espèces du monde entier, qui répond aux volatiles naturalisés prêtés par le Musée d’histoire naturelle de Lille. Pascale Pronnier n’a sélectionné que les spécimens terrassés par la révolution industrielle. « C'est notre façon de rappeler que la nature est belle, et Tourcoing, jusqu'au 21.04, Le Fresnoy qu’il faut la sauvegarder ». à bon mer > dim : 14 h > 19 h, 4 / 3 € / gratuit (-18 ans) www.lefresnoy.net entendeur. Marine Durand


exposition

# 100

Ci-dessus : Giorgio de Chirico, Cri d’amour, 1974, huile sur toile, 102 x 82 cm, Fondazione Giorgio e Isa de Chirico, Rome © SABAM Belgium 2019

Page de droite : Jane Graverol, La nouvelle mélancolie, 1961,huile sur unalit, 59 x 48 cm, Belfius Art Collection photo Hugo Maertens Bruges © SABAM Belgium 2019


Giorgio De Chirico

Les toiles mystérieuses Le Musée des Beaux-Arts de Mons confronte 45 toiles de l'Italien Giorgio de Chirico à une trentaine d'œuvres signées Magritte, Delvaux ou Graverol. Initiant un dialogue thématique, cette exposition offre une redécouverte du maître de la peinture métaphysique, tout en plongeant aux sources du surréalisme belge. Une belle leçon d'histoire de l'art, auréolée de rêves et de mystères…

A

u même titre que les frites ou les gaufres, le surréalisme demeure une composante essentielle de la belgitude. « Il est inscrit dans notre ADN », soutient Catherine Houdart, première échevine de Mons chargée de la culture. Pourtant, le plat pays doit beaucoup de son originalité à un Italien : Giorgio De Chirico (18881978). Créateur de la "peinture métaphysique", celui-ci fut dès 1910 une source d'inspiration fondamentale pour Paul Delvaux, Jane Graverol et bien sûr René Magritte, qui pleura devant son Chant d'amour. « Ce fut un des moment les plus émouvants de ma vie, déclara-t-il. Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois ». Au-delà du réel Mais en quoi le Transalpin fut-il un pionnier ? On le comprend dès la première section de cette exposition,

à travers La Mélancolie hermétique (voir page 103). « De Chirico associe dans un univers cloisonné des objets, espaces ou époques, n'ayant pas de rapports entre eux : ici des jouets, un bâton, une statue, un tableau… suite


René Magritte, Portrait de Georgette au bilboquet, 1926, 55 x 45 cm © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / C. Bahier / P. Migeat © Succession R. Magritte – SABAM belgium 2019

décrypte Laura Neve, la commissaire. Ce procédé provoque une rupture avec le réel, cette "inquiétante étrangeté" chère à Freud ». Dans Portrait de Georgette au bilboquet (1926), Magritte use de la même technique, « en reprenant au passage le thème du tableau dans le tableau, interrogeant notre rapport aux images ». Marqué par Nietzsche, Giorgio De Chirico voulait traduire en peinture « l’ambiance mystérieuse qu’il avait ressentie à la lecture de ses écrits, pour aller au-delà des apparences ».

Giorgio de Chirico, Place d’Italie avec statue, ca 1965-1970, 40 x 41,5 cm, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Musée d'Art Moderne/Roger-Viollet, Photo © Tate, London 201 © SABAM Belgium 2019

Delvaux et son Palais en ruines, « reproduisant cette ambiance atemporelle et la théâtralité de la composition ». De Chirico n'hésite pas non plus à introduire des paysages naturels dans des chambres, jouant sur la confusion entre espaces extérieurs et intérieurs… comme Jane Graverol. L'Ixelloise enferme par exemple la Terre dans une cage à oiseaux, réunissant « l’infiniment grand et le domestique ». Plus qu'un simple effet d'optique, elle sublime avec poésie cette même science des rêves. Julien Damien

# 102

Rêve party Au fil de ce parcours divisé en cinq grands thèmes, on découvre ainsi une œuvre énigmatique. à l'instar de sa Place d'Italie. « Il crée ici une atmosphère angoissante, post-apocalyptique ». La toile inspirera Paul

Giorgio De Chirico. Aux origines du surréalisme belge : Magritte, Delvaux, Graverol Mons, jusqu'au 02.06, BAM, mar > dim : 10 h > 18 h, 9 / 6 € / gratuit (-6 ans), bam.mons.be

à lire / La version intégrale sur lm-magazine.com


Giorgio de Chirico, Mélancolie hermétique, 1919, huile sur toile, 62 x 49,5 cm, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Musée d'Art Moderne/Roger-Viollet © SABAM Belgium 2019


© Véronique de Viguerie / The Verbatim Agency pour Time et Paris Match

Yémen : La guerre qu'on nous cache

# 104

L'horreur en face Voilà près de quatre ans que le Yémen est en guerre. Ce conflit oppose des rebelles chiites, épaulés par l'Iran et regroupés au Nord, aux loyalistes occupant le Sud et soutenus par l’Arabie saoudite (sunnite). Bombardé sans relâche, affamé par un blocus, ce pays vaste comme la France sombre dans le chaos. Mal couverte par les médias occidentaux, et ignorée par une communauté internationale "impuissante", cette catastrophe humanitaire aurait déjà fait plus de 15 000 morts selon l'ONU (cinq fois plus selon certaines ONG) et des millions de déplacés. Bravant les interdictions dictées à la presse, la photographe Véronique de Viguerie est parvenue à prendre des clichés derrière la ligne de front. Terrifiantes, ses images dévoilent des bâtiments éventrés, des paysages en ruine, des enfants squelettiques ou armés de kalachnikov… Présentée dans le cadre du Festival international du grand reportage d'actualité (FIGRA), cette bouleversante série valut en 2018 à son auteure le Visa d'or, le plus prestigieux prix du Festival Saint-Omer, 08 > 17.03, Théâtre Le Moulin à international de photojournalisme. Café, tous les jours : 10 h > 20 h, gratuit, www.figra.fr Julien Damien

(dans le cadre du FIGRA : Saint-Omer, 13 > 17.03)


Dream Box

à Bruxelles, l’ADAM retrace l’épopée du clubbing sous le prisme du design et de l’architecture, des années 1960 à nos jours, du rock à la techno en passant par le disco. Le Paradise Garage, l’Haçienda, le Studio 54, le Berghain… Autant de noms mythiques, mais aussi de lieux d’émancipation, observés à travers un angle inédit. En filigrane, ces films, photos, mixtapes, maquettes, meubles et même une installation immersive dessinent une passionnante histoire de la musique. J.D.

Le MIMA se transforme en temple de l'illusion. Parmi les cinq installations immersives (et ludiques) dévoilées à Molenbeek, on navigue entre les mondes fantastiques du duo belge Hell’O, le nuage de CD-ROM en trompe-l’œil de l’artiste cinétique Felipe Pantone, les distorsions psychédéliques d'Elzo Durt ou le test cognitif du collectif Gogolplex, qui dresse votre portrait psychologique en réalité augmentée… Ou quand art et science se conjuguent, pour mieux chambouler nos sens. J.D.

Bruxelles, jusqu’au 05.05, ADAM – Brussels Design Museum, tous les jours : 10 h > 18 h 8 > 5 € / gratuit (-6 ans), adamuseum.be

Bruxelles, jusqu’au 01.09, MIMA mer > ven : 10 h > 18 h, sam & dim : 11 h > 19 h 9,50 > 3 € / gratuit (-6 ans), www.mimamuseum.eu

© Thomas Laconis

# 106

Printemps de l'Art Déco Né au début du xxe siècle durant l'entre-deuxguerres, le style Art déco se caractérise par ses lignes épurées et son impeccable symétrie, inspirées par le progrès technologique. De la salle Sthrau à Maubeuge (et sa fameuse coupole en verre) au Palais de la Mode de Cambrai, en passant par le kiosque ou la salle des fêtes d'Haillicourt, ces deux mois de balade printanière, mais aussi de conférences ou d'ateliers, révèlent les joyaux architecturaux nichés dans les Hauts-de-France. J.D. Hauts-de-France, 01.03 > 30.04, divers lieux divers lieux (Amiens, Arras, Béthune-Bruay, Cambrai, Douaisis, Lens-Liévin, Roubaix, Saint-Omer, Saint-Quentin…), programme : www.printempsartdeco.fr

Downtown Las Vegas, Sept 2016 © Felipe-Pantone

© Julien Damien

Night Fever Designing Club Culture 1960-Today


Fêtes et kermesses au temps des Brueghel évoquant Pieter Brueghel l’Ancien, on pense à ses fameuses scènes de kermesses flamandes débridées. Farcies de détails, ses toiles immortalisent des paysans dansant, buvant et ripaillant. à l’heure de la célébration du 450e anniversaire de sa mort, le Musée de Flandre réveille cette fête baroque, en y invitant les contemporains du Bruxellois (Martin van Cleve et Pieter Balten) mais aussi ses fils (Pieter II et Jan I), qui ne cessèrent de réinterpréter ses modèles. Jan I Brueghel L’ancien, Danse de noces, ca. 1600 © Mairie de Bordeaux, Lysianne Gauthier

Cassel, 16.03 > 14.07, Musée de Flandre, mar > ven : 10 h > 12 h 30 & 14 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h, 8 / 6 € (gratuit -6 ans), museedeflandre.fr

Hors Pistes. Rencontres au Groenland Véritable laboratoire de la création, "Hors Pistes" initie depuis 2014 des échanges entre artisans et designers du monde entier. Cette nouvelle édition met le cap sur le Groenland et sa capitale, Nuuk. En résulte un parcours dévoilant des prototypes et objets inspirés des techniques traditionnelles, en phase avec la nature. Les Inuits travaillent en effet des matériaux comme la pierre, le bois, la terre ou les peaux et les os des animaux qu’ils chassent. Dépaysement garanti. Hornu, jusqu’au 19.05, CID, mar > dim : 10 h > 18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans), cid-grand-hornu.be

Design Orienté Verre Fondu ou poli depuis des siècles, le verre peut-il encore nous surprendre ? Oui, affirme cette exposition, qui présente une sélection d’œuvres d’art éclectiques, signées des grands noms du design contemporain. Leurs expérimentations sont ici regroupées par esthétique. à l’image des suspensions et appliques murales vaporeuses de David Dubois, ou des "architectures" d’Andrea Branzi, initiant un dialogue entre la nature et nos objets domestiques. Hornu, jusqu’au 26.05, CID mar > dim : 10 h > 18 h, 10 > 2 € / gratuit (-6 ans) www.cid-grand-hornu.be

Hervé Di Rosa

# 108

Pionnier de la Figuration libre, inventeur de l’Art modeste, infatigable globetrotter, Hervé Di Rosa puise dans tous les courants artistiques, cultures ou techniques. Il crée ainsi un langage foisonnant, entre la BD et les films de série B, le rock ou le graffiti. Ce parcours revient sur 40 années de peinture, depuis ses diptyques sur carton de 1978 à ses très grands formats, en passant par ce voyage en 19 étapes autour du monde, entrepris dès 1993. Le Touquet, jusqu’au 19.05, Musée du Touquet-Paris-Plage tous les jours sauf mardi : 14 h > 18 h 3,50 / 2 € / gratuit (-18 ans), letouquet-musee.com


Couleurs ! Et si on appréhendait les couleurs autrement qu’avec nos yeux ? Nourri par une sélection d’œuvres issues du Frac Grand Large de Dunkerque, ce parcours ludique et interactif invite les enfants (et leurs parents) à voir, toucher, entendre et (res)sentir l’ensemble du spectre chromatique. Par le prisme des nouvelles technologies, ces installations mêlent ainsi l’image, la matière, la lumière, l’espace et le son, histoire d’expérimenter, tout en s’amusant. Lille, 02 > 24.03, maison Folie Moulins, mer > dim : 14 h > 19 h, gratuit, maisonsfolie.lille.fr

Morlanwelz, jusqu’au 26.05 Musée royal de Mariemont, tlj sauf lun : 10 h > 17 h, 5 > 2 € / gratuit (-12 ans) musee-mariemont.be

L’Algérie de Gustave Guillaumet (1840 - 1887) Figure de la peinture orientaliste du xixe siècle, Gustave Guillaumet découvrit l’Algérie par hasard. Fasciné par ce pays, le Français immortalisa ses vastes étendues et ses habitants avec sensibilité et empathie, aux premiers temps du joug colonial. En sus de ses représentations quasi mystiques de paysages désertiques ou du quotidien d’une population en souffrance, sont ici révélées nombre d’œuvres méconnues, notamment des grands tableaux de Salons. Roubaix, 09.03 > 02.06, La Piscine mar > jeu : 11 h > 18 h, ven : 11 h > 20 h, sam & dim : 13 h > 18 h, 11 / 9 € / gratuit (-18 ans) www.roubaix-lapiscine.com

Alberto Giacometti, une aventure moderne

# 110

Attention, événement ! Le LaM retrace le parcours d’Alberto Giacometti à travers plus de 150 chefs-d’œuvre. De ses premiers pas cubistes et surréalistes à la création de ses fameuses sculptures de silhouettes d’hommes et de femmes, longilignes et fragiles, cette exposition célèbre l’un des plus grands artistes du xxe siècle. éternellement insatisfait, le Suisse privilégia la ressemblance au modèle vivant, avant de réduire la figure humaine à l’essentiel. Villeneuve d’Ascq, 13.03 > 11.06, LaM mar > dim : 10 h > 18 h, 11 > 5 € / gratuit (-12 ans), musee-lam.fr

Alberto Giacometti, Caroline assise en pied, 1964-65 © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris), 2019

De lin et de laine En 2015, le Musée royal de Mariemont recevait en dépôt plus de 215 pièces de textile égyptien datant du iiie au xiie siècle. C’est ce trésor qui est ici dévoilé. Rassemblant vêtements ou tissus d’ameublement, le parcours remonte le fil de l’Histoire pour mieux nous conter le rapport de l’Homme à l’étoffe, décrivant notamment les techniques de tissage ou les colorants utilisés par nos ancêtres. Bien plus qu’un défilé de mode antédiluvien, un véritable voyage au cœur des foyers d’égypte.


Narcose © Christophe Péan

# 112 théâtre & danse


Le Grand Bain

Mémoires vives Du hip-hop aux classiques du répertoire contemporain, de projections en bal participatif, le Grand Bain brasse large. Durant un mois, les 34 artistes de ce festival entrent dans la danse, sous toutes ses formes. Depuis Roubaix jusqu'à Loon-Plage, nageur confirmé ou néophyte, on se jette à l'eau.

S

i cette sixième édition ne suit aucune ligne imposée, Céline Bréant, directrice du Gymnase, remarque que « le thème de la mémoire est très présent chez les chorégraphes, dans sa dimension individuelle ou collective ». à l’instar de l'Israélienne Meytal Blanaru avec We Were the Future. Dans cette pièce, un trio de danseurs et un musicien donnent corps à la matière floue et fuyante de leurs souvenirs, instaurant un langage commun. De son côté, Thomas Lebrun revisite dix années d'écriture. à travers Another Look at Memory et avec les fidèles de sa compagnie, le natif de la région rappelle l'importance de la transmission. En eaux profondes Le Grand Bain reste en prise avec son époque. En ouverture du festival, la projection du documentaire Je danserai malgré tout ! nous emmène en Tunisie aux côtés de celles et ceux qui résistent par la danse, depuis la rue. Comme un écho, Narcose d’Aïcha M’Barek Roubaix & autres villes, 01 > 30.03 et Hafiz Dhaou montre des corps au Le Gymnase et divers lieux, 1 spectacle : 24 > 6 €, 3 spectacles : 21 €, 10 spectacles : 60 €, bord de l’asphyxie. Anxiogène, cette tous les spectacles : 70 €, gymnase-cdcn.com pièce est une métaphore de la difSélection : 01.03 : Blandine Delcroix : ficile transition démocratique (et la Je danserai malgré tout ! / 01, 02, 14, 15 & 22.03 : E. Eggermont et Robyn Orlin : Twice recherche d'un nouveau souffle poli12, 30.03, 28.04 & 03.05 : Bérénice Legrand : tique), après la Révolution de Jasmin. Let’s dance / 12.03 : Marlène Monteiro Freitas : Bacchantes – Prélude pour une purge Tout aussi engagé, l'Indien Mandeep 15.03 : Meytal Blanaru : We Were the Future 16.03 : Thomas Lebrun : Another Look at Raikhy lutte pour la dépénalisation Memory / 19.03 : Mandeep Raikhy : Queen-Size de l’homosexualité dans son pays 21.03 : Robert Swinston et le CNDC Angers : Un hommage à Merce Cunningham (au Bateau avec Queen-Size, sublimant la relation Feu de Dunkerque) / 25.03 : Bryan Campbell  : Square dance / 26 & 27.03 : Aïcha M'Barek & intime entre deux hommes. Et si, nous Hafiz Dhaou, Narcose / 28 & 29.03 : Jan Martens aussi, on se mouillait un peu ? Marie Pons & Marc Vanrunxt : Lostmovements…


Dans ton coeur © Richard Haughton

La Piste aux Espoirs

Quel cirque !

# 114

En salle, sous chapiteau, au coin de la rue… Durant une semaine, le cirque prend ses aises un peu partout à Tournai. La Piste aux Espoirs mêle amateurs et professionnels, jeunes pousses et valeurs sûres lors d'un joyeux tour de piste. Jamais avare d'une pirouette, ce festival initié par la Maison de la Culture célèbre sa 25e édition… mais ses 30 ans ! Oufti, le bazar. On le sait, le cirque a bien changé depuis ses débuts, en 1768. D'ailleurs, il n'en finit plus de jongler avec les arts qui lui passent sous le trapèze. De la musique au théâtre, des arts plastiques à la vidéo… tout y passe ! Une révolution dans la forme donc, mais pas seulement. « Il s'agit aussi de servir un propos, et de raconter une histoire », rappelle Cathy Stiévenard, responsable de la communication de la Maison de la Culture de Tournai. Parmi les 14 spectacles programmés, on citera Burning de l'Habeas Corpus Compagnie. Dans une chorégraphie mécanique renvoyant furieusement aux Temps modernes de Chaplin, Julien Fournier livre une grinçante métaphore du monde travail, illustrant tout en mouvement le burn-out. Tout aussi déjanté, Dans ton cœur (Akoreacro) met en scène le bonheur conjugal à travers moult voltiges – ou une autre façon, plus poétique, de s'enTournai, 12 > 17.03, Maison de la Culture voyer en l'air. Enfin, La Piste aux Espoirs de Tournai & divers lieux, 1 spectacle : 16 € > gratuit, maisonculturetournai.com fête ses 30 ans et, à cette occasion… eh Sélection : 12.03 : Gilles Defacque : Le Dit bien ce sera la surprise ! Tout juste saitdu cirque / 12, 16 & 17.03 : Cie Akoreacro: on que la fête est confiée au Tournaisien Dans ton cœur / 13 & 14.03 : L'Habeas Corpus Compagnie : Burning / 14.03 : Baro Amaury Vanderborght et à la fanfare d'Evel : Là (Le Prato, Lille) / 15.03 : Concert des 30 ans / 16.03 : Môme Circus : Cirque de Cirq'Constance, dirigée par éloi en poésie… / 16 & 17.03 : Cie Marcel et ses Baudimont. Bonne humeur exigée ! drôles de femmes : The Good Place – Alix Bailleau 

Le Peep show des Marcel’s…


théâtre & danse

Interview

Fabrice Murgia

# 116

Cause commune

Propos recueillis par Marine Durand Photo Fabrice Murgia © Jérôme Van Belle Sylvia © Hubert Amiel

à 35 ans, Fabrice Murgia a déjà signé une quinzaine de pièces, deux opéras, un moyen-métrage. Il a aussi obtenu un Lion d’argent à la Biennale de Venise. Sur le fil entre cinéma et théâtre, Sylvia, son dernier spectacle consacré à Sylvia Plath, est en tournée dans la région. Entre deux voyages, le directeur du Théâtre national Wallonie-Bruxelles nous présente cette immense poétesse américaine, figure de proue du féminisme, récompensée du prix Pulitzer à titre posthume. L'occasion de revenir sur la place des femmes dans la création contemporaine.


Comment avez-vous découvert le théâtre ? Un peu par hasard, car dans ma famille on n’y allait pas vraiment. Au sortir du lycée, je me suis inscrit au Conservatoire royal de Bruxelles, en art dramatique, où j'ai appris les bases du métier de comédien. Assez rapidement, pourtant, je ne me suis plus senti à ma place en tant qu'acteur, ressentant le besoin d’écrire. N'avez-vous pas envisagé de monter des pièces du répertoire ? Non, et cette démarche m’a toujours semblé étrange. Même si certains le font très bien ! Je préfère la création pure et, pour chaque projet, je compose avec le son, les images et les comédiens. On qualifie souvent mon travail de pluridisciplinaire.

« Cela soulève la question de la création quand on est une femme. » Comment est né le spectacle Sylvia ? Deux étudiantes de l’école de la Comédie de Saint-étienne, où je dirigeais un atelier, m’ont fait découvrir le journal intime de Sylvia Plath. C’était en 2014 et depuis, je

ne me suis jamais lassé de ce texte. Je me suis alors concentré sur ce matériau singulier. Il montre que la société américaine des années 1950 empêchait aux femmes d'écrire de la fiction. Sylvia Plath était tiraillée entre l’envie de correspondre au modèle de réussite de l’époque, celui de la femme au foyer, et son désir brûlant de créer. Elle a fini par se suicider, en 1963… Cela soulève la question de la création quand on est une femme. Comment cela se traduit-il au théâtre ? Sur scène, il y a neuf comédiennes qui réalisent un film sur la vie de Sylvia. Elles incarnent toutes l’auteure, réfléchissant à la façon dont on fabrique un poème. Quand résonne le mot "action", nous plongeons dans les années 1950. à partir du "coupez ", nous revenons à notre époque. Le film en cours de tournage est simultanément projeté sur un écran. Cette juxtaposition de niveaux permet de zoomer sur les émotions de Sylvia, mais également de montrer à quel point Ted Hugues, son époux qui était aussi poète, fut un obstacle dans sa carrière.

suite


théâtre & danse

# 118

Ce spectacle résonne avec ce que nous vivons aujourd'hui… En effet, il questionne la place des femmes, notamment dans le domaine de la création. Regardez le festival de bande dessinée d’Angoulême : en 45 ans, seule une poignée d'auteures ont été primées ! C’est le signe d’une injustice imposée socialement. En tant qu’homme je me sens l'allié de cette lutte. Par ailleurs, l’actualité récente, la libération de la parole dans le sillage de l’affaire Weinstein, conduit à s'interroger sur le comportement de chacun au quotidien.

Pourquoi Sylvia est-il présenté comme un "opéra-pop" ? En raison de l'importance accordée à la musique. De bout en bout, An Pierlé nous accompagne. Elle joue ses propres compositions en direct avec son quartette. Pour cela, elle s’est plongée elle-même dans les textes de Sylvia Plath. Elle s’est efforcée de traduire l’énergie découverte dans des carnets (ce que ressent l'auteure en enfourchant son vélo le matin, par exemple). L’idée étant de composer une BO de film, avec des moments de tension, des accents typiques des années cinquante.

Sylvia La Louvière, 13 > 15.03, Le Théâtre, 20 h, 15 / 12 €, www.cestcentral.be Mons, 26.03, Théâtre le Manège, 20 h, 15 > 9 €, www.surmars.be


La foire aux rêves

© Arnaud Bertereau

théâtre & danse

Peer Gynt

# 120

La farce douce-amère d'Henrik Ibsen avait la réputation d'être inadaptable. Après Hamlet et Lucrèce Borgia, David Bobée parvient à lui insuffler un vent de fraîcheur, et l'inscrire dans notre temps. Le directeur du Centre dramatique national de Normandie-Rouen signe une épopée fantastique de près quatre heures, dans un décor de fin du monde. Menteur, hâbleur, insolent... Peer Gynt passe son temps à raconter des histoires invraisemblables, et ne vit que pour réaliser « de grandes choses ». Fuyant sa condition de paysan et Solveig, sa promise, ce grand enfant part à la découverte du monde, mais surtout de lui-même. Vivant de folles aventures, il tombe amoureux de la fille du roi des Trolls, s'envole à dos de cochon géant, multipliant les quêtes pour donner sens à sa vie. Sur scène, les tableaux spectaculaires s'enchaînent, transposant ce voyage initiatique dans un décor de fête foraine désaffectée, entre le Dismaland de Banksy et le parc d’attractions abandonné de Pripyat, à Tchernobyl. Les montagnes russes sont à l'arrêt. Sur le sol une gigantesque tête de clown est renversée. Les manèges sont désossés. Ce monde en ruine représente, selon David Bobée, « l’Occident comme une fête qui a mal tourné » mais où Peer Gynt tente de bâtir ses rêves, ses idéaux. Portée par des thèmes épiques (Au matin, Dans l’antre du roi de la montagne) et des acteurs remarquables (dont Radouan Leflahi dans le rôle-titre), cette pièce écrite en 1867 résonne furieusement avec notre époque, à la fois Villeneuve d’Ascq, 20 > 22.03 La Rose des Vents, 19 h, 21 > 6 € poétique et politique. Céline Beaufort www.larose.fr


théâtre & danse

à Vif

© Nathadread Pictures

pièce d'identités

P

# 122

longés dans la pénombre, devant un écran et une grande table supportant des dossiers, deux étudiants en droit s'affrontent lors d'un concours d'éloquence. Le premier, Yann, est un élève modèle, issu de la bourgeoisie. Le second, Soulaymaan, un fils d'immigré africain qui a grandi dans une cité. Le thème de cette joute verbale ? "L'état est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ?" Dès lors, chacun argumente sur les causes de cette France fracturée. Auteur et acteur de cette pièce éminemment politique, mais aussi drôle, le rappeur Kery James met sa plume au service de son éternel combat : les inégalités sociales. Loin de tout manichéisme et des caricatures, c'est bien son personJeumont, 20.03, Centre culturel André nage qui défendra le "non", incitant Marlaux, 20 h, 9 €, scenenationale.lephenix.fr chacun à prendre son destin en main. J.D.

Roubaix, 23.03, Colisée, 20 h, 32 > 10 € www.coliseeroubaix.com


théâtre & danse

Tous des oiseaux

© Simon Gosselin

L'histoire en cage

# 124

A

près un détour par des formes intimistes, Wajdi Mouawad revient aux grandes épopées qui l'ont rendu célèbre, telles Incendies ou Forêts. Dans cette fresque, le Libano-Canadien s’intéresse au conflit israélo-palestinien, en adoptant le point de vue d'une famille juive. La pièce débute par un coup de foudre entre Eitan, Allemand d'origine israélienne, et Wahida, une étudiante arabe. Hélas, l'amour laisse place à la haine. Le jeune homme est blessé lors d'un attentat à Jérusalem. Sa petite-amie vient à son chevet, avant d'être rejetée par la famille d'Eitan. Ce dernier entre alors en conflit avec les siens… Dans ce spectacle, Mouawad tente de comprendre cette guerre que se livrent Arabes et Juifs, sans aucun manichéisme. Ici, les hommes sont "tous des oiseaux", ballotés Lille, 22 > 27.03, Théâtre du Nord par les vents de l'Histoire. J.D. mar, mer, ven & sam : 19 h, dim : 16 h 25 > 10 €, www.theatredunord.fr


La danse en héritage

Forme simple © Martin Argyroglo

théâtre & danse

Festival LEGS

# 126

Initié l’an passé par Charleroi Danse, le festival LEGS revient pour une saison 2 plus ample (14 propositions artistiques) et plus ouverte (de la danse, des films, des ateliers…). Néanmoins, ce rendez-vous reste fidèle à sa ligne : souligner les liens que la danse entretient avec sa propre histoire. Annie Bozzini le sait, « il faut du temps pour installer un nouveau rendezvous ». Avec LEGS, la directrice du festival s’est fixé un objectif : « Montrer que la mémoire de la danse est collective, car toute histoire d’un corps qui bouge appartient à l’humanité ». Cette deuxième édition fait certes la part belle aux créations belges, mais aussi aux maîtres de la discipline. Ainsi de Robyn Orlin, figure de la chorégraphie sud-africaine, qui s’attaque à Louis XIV (Oh Louis…) avec un interprète, un claveciniste et beaucoup d'ironie. De son côté, la génération émergente revient aux racines de l'art chorégraphique. Dans Labourer, Madeleine Fournier explore le pas de bourrée, rapprochant cette danse traditionnelle de la house music. L’Iranien Sina Saberi réveille lui les souvenirs de sa grand-mère dans une « cérémonie Bruxelles, 27.03 > 06.04 du thé dansée d’une immense douceur » La Raffinerie (+ Kanal - Centre Pompidou) 1 spectacle : 5 €, www.charleroi-danse.be (Damnoosh). La programmation s’affranSélection : 27.03 : Robyn Orlin : Oh chit enfin des formats standards, et les Louis… / 29.03 : Nora Chipaumire : #PUNK aînés ne sont pas les moins audacieux. 29 & 30.03 : Djino Alolo Sabin : Piki Piki 30.03 : Loïc Touzé : Forme simple Tout au long du festival, le Français Josef 03, 05 & 06.04 : A. Michard : En danseuse 05.04 : Madeleine Fournier : Labourer Nadj présente Mnémosyne, une exposi05 & 06.04 : Sina Saberi, Damnoosh tion photo, façon camera obscura, doublée 06.04 : Martin Hansen : Monumental – Cassiel Gaube : Farmer Train Swirl - Étude d’une performance bouleversant notre – Ola Maciejewska : Bombyx Mori 27.03 > 06.04 : Josef Nadj : Mnémosyne regard – et notre mémoire. Marine Durand


les vannes !

© Coadic Guirec / Bestimage

théâtre & danse

ouvrez

Ils sont corrosifs, loufoques, burlesques ou poétiques… mais pareillement hilarants. Ces valeurs sûres (ou en devenir) de la gaudriole débarquent près de chez nous pour le meilleur et le rire – et ce n’est pas de la blague. Julien Damien

# 128

Ben et Arnaud Tsamere Déjà bien barrés chacun dans leur coin, Ben et Arnaud Tsamere se sont révélés en duo sur le canapé de Michel Drucker (comme quoi...). Depuis, ils excellent dans le sketch de situation. Une vente aux enchères, une extorsion de portable... Autant de scènes de la vie ordinaire que la paire croque avec son sens de l'absurde hérité de François Rollin ou Devos. Et puisqu'ils sont programmés dans le festival Nord de rire, on en profite dès le lendemain pour

partir (complètement) à l'Ouest. Dans Duels à Davidéjonatown, Artus et ses joyeux drilles désignent un nouveau shérif lors d'un western bien burlesque. Attention, satire à tout-va ! Ben et Arnaud Tsamere Anzin, 26.03, Théâtre municipal, 20 h, 20 / 17 € www.ville-anzin.fr (festival Nord de Rire) Binche, 16.03, Théâtre communal, 20 h, 39 / 35 € — Artus - Duels à Davidéjonatown Anzin, 27.03, Théâtre municipal, 20 h, 20 / 17€ www.ville-anzin.fr (festival Nord de Rire, 16 > 30.03) Lille, 18.05, Casino Barrière, 20 h 30, 39 / 34 € www.casinosbarriere.com


© Sven Etcheverry

© Laura Gilli

Fary

Jonathan Lambert

Fary délaisse les vannes sur les leggings pour se pencher sur l'identité française. Dans Hexagone, son deuxième spectacle, le stand-upper le plus looké de France (et le premier humoriste frenchie à être produit par Netflix) cause religion, immigration, racisme, harcèlement sexuel... Un peu comme Eric Zemmour (mais en plus drôle), avec qui il a d’ailleurs partagé un vol, fortuitement : « mais ça m’a rassuré, je me disais que si l'avion s'écrasait, au moins je mourrais content ». Pas mieux.

Celui qui fit les beaux soirs d’On n’est pas couché avec ses accoutrements loufoques s’attaque aux dirigeants sanguinaires. Dans son dernier stand-up, Looking for Kim, Jonathan Lambert raille les petites manies de grands détraqués, de Néron à Kadhafi, de Staline à Kim Jong-un en passant par Hitler, cet artiste raté – « si seulement il était resté peintre… à chaque fois que mon fils fait un dessin, j’ose pas lui dire que c’est moche ». Qui a dit "mort de rire" ?

Bruxelles, 10 & 11.03, Cirque Royal, 17 h 44 > 29 € // Roubaix, 16.03, Colisée, 20 h 39 > 15 €, www.coliseeroubaix.com

Hem, 16.03, Zéphyr, 20 h, 33 > 27 €, zephyrhem.fr Jeumont, 05.04, Centre culturel André Malraux 20 h, 20 / 15 €, www.lemanege.com

© Sébastien Vincent

Jérôme Commandeur Ne pas se fier au titre de son one-man-show. Dans Tout en douceur, Jérôme Commandeur a la dent dure contre… à peu près tout. Ses rondeurs (« on ne va pas parler de mon poids pendant deux heures, ce n'est pas une réunion Weight Watchers »), les émissions de home staging, les internautes s'érigeant en critiques de films…  Au passage, il en profite pour réhabiliter Kim Jong-un : « Il est ferme mais juste. De toute façon, quand un truc fonctionne à l’étranger, on est toujours jaloux ». Ola, tout doux l’ami ! Lille, 07 & 08.03, Sébastopol, jeu : 20 h, ven : 21 h, 44 > 32 € Saint-Amand-les-Eaux, 09.03, Pasino, 20 h 30, 44 > 36 €


[JoeyStarr]

Lille, 05.03, Sébastopol, 20 h, 39 > 36 €, theatre-sebastopol.fr

© Sidney Carron

éloquence à l'Assemblée

Robespierre, Aimé Césaire, Olympe de Gouges… Leurs mots ont marqué l’Histoire et résonnent encore aujourd’hui. JoeyStarr interprète avec la puissance et le charisme qu’on lui connaît les discours célèbres prononcés à l’Assemblée nationale, depuis la Révolution française jusqu’à nos jours. En s’emparant de sujets comme le droit à la culture pour tous, l’avortement ou encore l’abolition de la peine de mort, l’ancien de NTM donne corps (et gorge) au grondement du peuple.

Longueur d'ondes

Trois contes

Bérangère Vantusso & Paul Cox

D. Lescot, G. Pesson & G-E. Octors

Fondée par la CGT, la station Lorraine Cœur d’Acier (LCA) émit pour la première fois depuis Longwy (Meurtheet-Moselle) le 17 mars 1979. Son objectif ? Mobiliser des sidérurgistes pour une grande manifestation. Mais la population s'en empara et elle devint une radio libre. Elle fut finalement évacuée par les CRS, en 1981. Sur scène, deux acteurs donnent voix à cette insoumission collective en s'inspirant d'archives sonores.

Figure de la musique contemporaine, Gérard Pesson est connu pour ses mélodies raffinées. Il s'associe ici à l'écrivain et metteur en scène David Lescot au service d'un spectacle bigarré. La pièce réunit en effet trois histoires : La Princesse aux petits pois d'Andersen, Le Manteau de Proust de Lorenza Foschini et Le Diable dans le beffroi d'Edgar Allan Poe. Ce triptyque traversé par le thème de l'étranger s'apprécie comme un livre d'images sonores, tout en douceur et fantaisie.

métropole lilloise, 05 > 08.03 (scolaires) Roubaix, 08.03, Archives Nationales du Travail 19 h, gratuit, theatredunord.fr

Lille, 06 > 14.03, Opéra, mar > ven : 20 h, dim : 16 h, 35 > 5 €, www.opera-lille.fr

La Déclaration

# 130

Sylvain Groud / CCN Roubaix-Hauts-de-France Familier du rapprochement des genres, Sylvain Groud, nouveau directeur du Ballet du Nord, initie un dialogue intime entre cinq danseurs et cinq instrumentistes, sur fond de jazz, musique classique ou orientale. Conçue avec le flûtiste Naïssam Jalal et son quintette Rhythms of Resistance, cette chorégraphie se mue en communion. Elle mêle dans un même geste, une même ronde, les corps et les cordes, les pulsations et les percussions. Une ode élégante à la fraternité et au vivre-ensemble. Roubaix, 07.03, Le Colisée, 20 h 30, 25 > 4 €, www.coliseeroubaix.com Amiens, 11.03, Maison de la Culture, 20 h 30, 29 > 13 €, www.maisondelaculture-amiens.com


Mesure pour mesure Théâtre du Prisme / Shakespeare Dans une Vienne corrompue, le duc cède son pouvoir au magistrat Angelo, qui se comporte dès lors en tyran, interdisant l'amour en dehors du mariage. Il condamne ainsi un seigneur à mort pour avoir enfreint cette loi. Mais promet de le gracier, si sa sœur se donne à lui. Fanatisme religieux, autoritarisme politique, injustice... Les thèmes sont nombreux, et atemporels. Le Théâtre du Prisme transpose cette pièce de Shakespeare dans un futur dystopique, lui offrant une troublante caisse de résonance. Maubeuge, 08.03, Théâtre du Manège, 20 h, 12 / 9 € // Béthune, 26 > 29.03, La Comédie, 20 h, 20 > 6 € Amiens, 02 > 04.04, La Comédie de Picardie, mar & mer : 19 h 30, jeu : 20 h 30, 18 > 11 € Dunkerque, 25 & 26.04, Le Bateau Feu, jeu : 19 h, ven : 20 h, 9 €

Eperlecques

No Border

Lucien Fradin / Cie HVDZ

Guy Alloucherie & Nadège Prugnard / Cie HVDZ

Entre conférence et confession, Lucien Fradin conte son adolescence à Eperlecques. Seul sur scène, armé d’un rétroprojecteur et d’un humour pincesans-rire, il incarne tour à tour un ado prénommé Lucien et un prof d’histoiregéographie, mêlant ainsi considérations sociologiques et personnelles. Tout y passe : la famille, la vie au collège, la découverte de son homosexualité… L’ancien élève du Conservatoire de Roubaix touche ainsi à l’intime pour mieux atteindre l’universel.

Dans Les Sublimes, Guy Alloucherie abordait déjà le thème des migrants à Calais. C’était en 2004 et la situation n’a pas changé. Elle a même empiré. Cette nouvelle pièce s’appuie sur un travail d’écriture mené durant deux ans dans la "jungle". Nourri de témoignages d’exilés ou d’associations caritatives, No Border s’avance comme un poème polyphonique pour acteurs, chanteurs, danseurs et circassiens, restituant les rêves et espoirs de ces vies en suspens.

Tandem Arras-Douai, 11 > 16.03, divers lieux / hors les murs, 5 €, tandem-arrasdouai.eu

Dunkerque, 12 & 13.03, Le Bateau Feu mar : complet !, mer : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com

© Alexandre Caffiaux

# 132

He’s a Maniac

[Cyril Viallon / Cie Les Caryatides]

Cyril Viallon évoque cette époque charnière qu’est le passage à l’âge adulte. Sa première boum, son premier film, sa première idole... Seul sur scène, tantôt assis sur un tabouret, chantant derrière un micro ou commentant des images projetées sur un écran, il se remémore les anecdotes qui ont jalonné sa vie. Durant un peu plus d’une heure, il se raconte avec délicatesse et humour, mais pour mieux parler de nous. Villeneuve d’Ascq, 12 > 15.03, La Rose des Vents mar : 21 h, mer & ven : 20 h, jeu : 19 h, 21 > 5 €, larose.fr


La Solitude du mammouth Geneviève Damas / Emmanuel Dekoninck Bérénice a 40 ans. Elle a consacré toute son énergie à son foyer et sa famille. Un jour, son mari la quitte pour une plus jeune qu'elle, lui laissant ses deux enfants "sur les bras". Comme tant d'autres, sans doute... Mais "Béré" ne va pas se laisser abattre, et sa vengeance sera terrible ! Dans ce monologue aussi drôle que cruel, Geneviève Damas, auteure et interprète de ce texte, incarne une femme révoltée et donne corps à sa colère intérieure. Un cri de rage jouissif. Tourcoing, 13 > 29.03, Salon de Théâtre, mar & ven : 20 h 30, mer & jeu : 19 h 30, sam : 17 h 20 > 7 €, (complet les 15, 28 & 29.03), www.lavirgule.com

Minuit

Ils se sont aimés

Yoann Bourgeois

M. Robin & P. Palmade / D. Michels

Dans ce programme composé de plusieurs formes courtes (Culbuto, la Fugue / table, Fugue / trampoline, Chaises Wakuwa, les Paroles impossibles), Yoann Bourgeois livre la pleine mesure de son art, se jouant avec légèreté de la gravité. Ici, un homme tombant d’un escalier pour y revenir en rebondissant sur un trampoline, là un autre aux prises avec une chaise se formant et se déformant sans cesse... Autant de saynètes burlesques nous invitant à rire de la chute, au sens propre comme au figuré.

Y a-t-il une vie après le divorce ? Telle est la question que se posent Isabelle et Martin, séparés après six ans de mariage. Ces retrouvailles sont propices à un minutieux et tordant examen de la vie de couple – mauvaise foi garantie. Pierre Pigeolet et Maria del Rio reprennent le flambeau autrefois porté par Pierre Palmade et Michèle Laroque. Un grand classique de l'humour, quelque-part entre le one-manshow et le vaudeville à sketches, mais toujours aussi efficace.

Bruxelles, 13 & 14.03, Halles de Schaerbeek 20 h, 16 > 8 €, (complet le 14.03), www.halles.be

Bruxelles, 13.03 > 07.04, Théâtre Royal des Galeries, mar > sam : 20 h 15, dim : 15 h, 26 > 10 € www.trg.be

© Francois Passerini

# 134

[Baro d'evel]

Compagnie parmi les plus inventives du cirque contemporain (on lui doit notamment Bestias), Baro d’evel inaugure avec Là le premier volet d'un diptyque. La pièce se déroule sur un plateau épuré, immaculé mais virant peu à peu au noir, comme s'il ressentait les humeurs des interprètes. En l'occurrence deux humains (Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias) et un corbeau-pie (Gus), qui nous emmènent dans un monde sans mots. Car ici, les acrobaties, la virtuosité et le rêve font loi... Lille, 14 & 15.03, Le Prato, 20 h 30, 17 > 5 €, leprato.fr (festival La Piste aux Espoirs, voir page 114) // Bruxelles, 19 & 20.03, Halles de Schaerbeek, 20 h, 16 > 8 €, www.halles.be (fest. Hors Pistes)


[Emmanuel Eggermont & Robyn Orlin]

Arras, 15.03, Théâtre, 19 h, 10 / 8 €, www.tandem-arrasdouai.eu Petite-Forêt, 22.03, Espace Barbara, 20 h, gratuit gymnase-cdcn.com (festival Le Grand Bain, voir page 113)

© L'Anthracite

Twice

Emmanuel Eggermont et Robyn Orlin envisagent pour la première fois la création jeune public, signant chacun(e) une pièce de 20 minutes. Le chorégraphe français s'inspire des phosphènes, phénomène optique se traduisant par l'apparition de taches colorées dans le champ visuel, suite à la fixation prolongée d'une source lumineuse. De son côté, l'enfant terrible de la danse sud-africaine pointe la discrimination sociale, sous le prisme du harcèlement scolaire. Un programme puissance deux !

Cold Blood

Piano sur le fil

Collectif Kiss & Cry

Bachar Mar-Khalifé & Gaëtan Levêque

Ni suite ni épilogue, Cold Blood est, après le phénomène Kiss and Cry, le deuxième spectacle d’un collectif formé par le réalisateur Jaco Van Dormael, la chorégraphe Michèle Anne De Mey et l’auteur Thomas Gunzig. En résulte une nouvelle façon de raconter des histoires. Un nano-monde narré du bout des doigts (en live !) confrontant cinéma, musique, danse, théâtre et bricolages géniaux. à ce jeu de mains pas vilain s’ajoutent cette fois les pieds, les genoux, l’épaule… et toujours plus de poésie.

Figure du label InFiné, Bachar MarKhalifé mêle avec maestria accents jazz, ballades orientales, electro et rythmes entêtants. Dans ce spectacle, le virtuose franco-libanais s'associe au circassien Gaëtan Levêque. Ensemble, ils revisitent son répertoire tandis que six acrobates (trampoline, mât chinois, danse, portés, fil…) rebondissent sur ses mélopées hypnotiques, leur donnant corps et mouvements. Un ballet de haute-voltige.

Calais, 15 & 16.03, Le Channel, ven : 20 h, sam : 19 h 30, 7 €, lechannel.fr Bruxelles, 19 > 23.03, KVS, Complet !

Bruxelles, 16.03, Halles de Schaerbeek, 20 h complet ! // Maubeuge, 19.03 Théâtre du Manège, 20 h, 12 / 9 €, lemanege.com

Iliade + Odyssée

[Pauline Bayle / Cie A Tire d'Aile]

# 136

Actrice, auteure, Pauline Bayle est aussi une metteure en scène audacieuse. Elle adapte ici les deux poèmes millénaires d’Homère. Dans Iliade, elle retourne les archétypes de genre exaltés par le texte, offrant à des comédiennes les rôles d'Achille et d'Hector. Dans Odyssée, sa mise en scène sobre et puissante dépeint un Ulysse de retour à Ithaque, mais en proie aux doutes après 20 ans d'errance... Une épopée venue du fond des âges, mais remise au goût du jour avec grâce. Iliade : 21 & 23.03, jeu : 20 h, sam : 19 h, 22 / 12 € // Odyssée : 22 & 23.03, ven : 20 h, sam : 21 h, 22 / 12 €, Douai, Hippodrome, www.tandem-arrasdouai.eu // Iliade + Odyssée : Douai, 23.03, Hippodrome, 19 h, 27 / 17 €, www.tandem-arrasdouai.eu / Lens, 05.05, Scène du Louvre-Lens, 15 h, 14 > 5 €, www.louvrelens.fr


le mot de la fin

# 138

Daniel Forero Ce photographe parisien met en scène des ballons de baudruche coincés entre toutes sortes de blocs de marbre ou de granit. Ses compositions installent ainsi une tension entre le poids de la pierre et ce si fragile "ciment". Intitulée Air, la série a été réalisée sans trucage ni l’aide d’autres objets. Une "simple" question d’équilibre, en somme. www.daniel-forero.com


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LM magazine 149 - Mars 2019  

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