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Guerre d’AlGérie lettre ouverte Au Président

CAmPs de ConCentrAtion : lutter Contre l’oubli

le réveil Avril 2010 - N°761 - 5 e

rAssemblement nAtionAl - ChArtres sAmedi 29 mAi 2010

des combattants

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

anniversaire

de la libération des camps de concentration Avec le poète Paul Éluard, nous disons, à propos des victimes : « Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons. » Le journal des droits de tous les anciens combattants et victimes de guerre


LE RÉVEIL initiatives comités

Alfortville : À l’initiative de l’ARAC d’Alfortville

et du comité départemental du Village de l’amitié du Valde-Marne, s’est tenu le 9 décembre à l’église Notre-Damed’Alfortville un concert donné bénévolement par le quatuor à cordes Bedrich. Concert sous le parrainage de l’ambassadeur du Vietnam en France et du député-maire de la ville. L’initiative a permis l’envoi de 1000 euros au Village de l’amitié à Van Canh.

Vitrolles : remise de drapeaux

Samedi 14 avril 2010, en présence de plusieurs centaines de personnes, le maire Loïc Gachon remettait à Joseph Marco, président de la section ARAC de Vitrolles, le premier drapeau de cette section, créée voici deux ans, lors du 53e congrès départemental dans cette ville. De nombreux élus étaient présents dont Monsieur Frisoni représentant la région. Outre le maire et le conseil municipal de Vitrolles, Henri Agarra et Pascal Bianco représentaient le groupe communiste. De nombreux anciens combattants étaient présents, dont l’ARAC et la FNACA qui s’est vue également remettre un drapeau. L’ARAC était représentée par son président d’honneur Michel Caccioti. La fanfare vitrollaise fit retentir La Marseillaise et un apéritif fraternel ont conclu cette remise de drapeaux.

Fréjus Saint-Raphaël :

L’ARAC a participé aux émouvantes cérémonies de la journée nationale de la libération des camps de concentration. Le 14 juin prochain, l’ARAC se déplacera à Vinon-sur-Verdon pour honorer notre doyen résistant Roland Galmiche.

Le réveil des Combattants - Bulletin d’abonnement

A retourner au Réveil des Combattants - 2, place du Méridien - 94807 Villejuif cedex Tél. 01 42 11 11 12 - reveil-des-combattants@wanadoo.fr Individuel

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Collectivités (lycées, collèges, centres de documentation, bibliothèques…)

10 numéros - au prix de 28,00 e par an

10 numéros (5 exemplaires par parution) au prix de 100,00 e par an

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Ci-joint un chèque de 100 e libellé à l’ordre du Réveil des Combattants

LE RÉVEIL - N° 761 - avril 2010


ÉdIto LE RÉVEIL

SoMMAIRe Actualités p. 4 Guerre d’Algérie : lettre ouverte au Président de la République . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Morano ou l’enfance en danger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Désarmement et sécurité internationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 La commune de 1871 et les services publics . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 International p. 10 Soutien à Salah Hamouri . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Israël défie la communauté internationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Une arme peut en cacher une autre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Vie de l’ARAC p. 21 54e Congrès : présentation du Réveil des Combattants . . . . . . . . . . . . . . 21 Initiatives et renforcement de l’ARAC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Vos droits p.26 Tout justiciable peut saisir le Conseil constitutionnel . . . . . . . . . . . . 26 OPEX : chômeurs et sans ressources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 Carte du combattant aux OPEX, campagne double. . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Pension d’invalidité militaire : + 5 %. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 Magazine p. 30 Missak, l’enfant de l’Affiche rouge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

P. 13 d o S S I e R

65e anniversaire de la libération des camps de concentration Lutter contre l’oubli,

alerter les consciences

LE RÉVEIL DES COMBATTANTS Fondé en 1931 par Henri-Barbusse Mensuel de l’Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre. Commission paritaire n° 0713-A 06545 Édité par les Éditions du Réveil des Combattants SARl au capital de 45 734,41 - Siret : 572 052 991 000 39 2, place du Méridien, 94807 villejuif cedex téléphone : 01 42 11 11 12 télécopie : 01 42 11 11 10 reveil-des-combattants@wanadoo.fr Gérant-directeur de la publication : Raphaël

vAHÉ • Directeur délégué : Patrick StAAt • Rédacteur en chef : Raphaël vAHÉ • Directeur promotion et publicité : Claude delevacq • Secrétariat de rédaction, conception graphique : escalier d Communication • Impression : RIvet P.e. - 24 rue Claude-Henri-Gorceix, 87022 limoges cedex 9 Tirage : 60 000 exemplaires Ce numéro du Réveil a été tiré le mardi 4 mai et remis le jour même à la Poste. Il devrait donc parvenir à chaque abonné le 7 mai au plus tard. Merci de nous faire part de vos observations.

l’ARAC,

maison commune pour résister au présent

L

e gouvernement a subi, en mars, une défaite. Il est nécessaire de se rassembler pour aller plus loin et obliger le pouvoir à reculer sur le démentellement engagé des services publics, sur la politique de rigueur et de régression que subit l’ensemble de la population. Les militants de l’ARAC sont mobilisés dans leur comité, leur UDAC, à l’UFAC et ils seront, comme à leur habitude, au premier rang des résistances et des actions qui se développent, notamment contre la nouvelle attaque sur les retraites. Construire de nouvelles solidarités, comme le font les UDAC d’Ile-de-France, pour défendre le droit à réparation, favoriser l’intervention des citoyens partout où c’est possible, sont autant d’enjeux qu’il faut relever. Notre 54e Congrès national a confirmé que c’est sur notre socle solide de valeurs, d’idées de progrès humain, de revendications légitimes, en étant fidèles à nos fondateurs que se construit notre action. Le Rassemblement national de l’ARAC à Chartres, où Jean Moulin fut préfet, va nous donner, le 29 mai prochain, la possibilité de mettre en valeur le contenu du programme du CNR avec ses avancées sociales inédites. Nous apporterons ainsi notre contribution à la compréhension des enjeux pour la France de s’opposer à la casse de ces acquis sociaux par le gouvernement et le MEDEF, notamment pour les jeunes générations. Invitons-les à rejoindre notre association, faisons appel à leur esprit de résistance, à leur rejet de la soumission ! Nos fondateurs Henri Barbusse, Paul VaillantCouturier, Raymond Lefèbvre, Georges Bruyère pensaient qu’un autre monde, pacifique, solidaire, fraternel est possible. Nous invitons tous les citoyens et citoyennes, ACVG ou non, épris de cet espoir, à venir dans la maison commune de l’ARAC, pour se rassembler, transmettre la mémoire, résister et créer au présent. Raphaël Vahé

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LE RÉVEIL ACTUALITÉS

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

Guerre d’Algérie

Politique mémorielle, désunion nationale et discordes bilatérales Dans le domaine de la mémoire liée à la guerre d’Algérie, la démarche du gouvernement est devenue de plus en plus ostensiblement discriminatoire. Les conséquences négatives n’ont pas tardé : le 19 mars dernier, les organisations extrémistes qui inspirent cette politique se sont opposées frontalement au déroulement des commémorations du cessez-le-feu et provoqué, localement, des incidents et troubles à l’ordre public. De façon brutale, en l’absence de toute concertation préalable avec les associations d’anciens combattants concernées et sans la moindre considération à l’égard des porteurs d’autres mémoires, le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants a annoncé, en décembre 2009, qu’hommage serait officiellement rendu aux participants à une manifestation interdite, initiée par l’OAS, le 26 mars 1962 à Alger. Ainsi la colonne centrale du Mémorial national des Morts pour la France en AFN, quai Branly à Paris, a-t-elle été mise à la disposition d’associations d’anciens activistes et sympathisants de l’OAS pour y faire défiler les noms des victimes de la fusillade ayant tragiquement conclu cette manifestation, rue d’Isly. Pourtant, le souvenir en est déjà rappelé dans la capitale avec le monument dit de la butte du Chapeau rouge, dans le XIXe arrondissement de Paris, inauguré par M. Jacques Chirac le 11 novembre 1996 ; leurs noms sont même gravés sur des plaques individuelles auprès de la statue de Notre-Dame d’Afrique, érigée sur un promontoire à Théoulesur-Mer (Alpes-Maritimes). Au respect dû à toutes les victimes de la guerre d’indépendance de l’Algérie, l’État a préféré la mise à l’honneur de celles et ceux qui ont obéi à une organisation terroriste dont l’objectif consistait à faire obstacle, par les armes, à l’application des accords d’Évian, majoritairement approuvés par les Français. L’inscription sur le Mémorial national, désormais effective, a soulevé l’indi4-

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gnation du monde rapatrié comme du monde combattant : le premier y a vu le risque d’une identification du peuple pied-noir à des partisans de l’OAS ; le second y a vu une tentative d’assimilation des morts de la rue d’Isly aux Morts pour la France, tombés sous les coups notamment de l’OAS, de l’officier supérieur de corps d’armée à l’appelé du contingent et au membre des forces de l’ordre. Bienveillant à l’égard des anciens séditieux, l’État s’est par contre montré hostile à toute marque, où que ce soit, quai Branly ou ailleurs, du sacrifice des victimes de l’OAS en Algérie et en France, civils, militaires, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République. Moyennant le soutien renforcé des pouvoirs publics, les associations extrémistes peuvent, dès lors, se déchaîner en falsifiant l’histoire, en conspuant publiquement le nom du général de Gaulle, en élevant leurs requêtes au paroxysme de la puissance revancharde, en diffamant la mémoire des victimes de l’OAS et en menaçant ceux qui la défendent. Alors que les instances en cours devant les juridictions administratives et judiciaires aboutissent à la condamnation de l’apologie des factieux, il est un membre de la représentation nationale qui ose, à présent, demander au gouvernement d’étendre le bénéfice du dispositif arrêté en faveur de victimes civiles de la fusillade de la rue d’Isly à celles des événements survenus, dans un contexte semblable, à Oran au lendemain de l’indépendance.

Encouragée par la surenchère politique, la violence du discours peut précéder la libération des actes : l’assassinat de Jacques Roseau, figure emblématique du monde rapatrié, commis en 1993 à Montpellier par un ancien membre des commandos Delta de l’OAS avec la complicité de deux de ses amis au sein de l’Union syndicale de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie, en a apporté la plus malheureuse démonstration. L’État doit se ressaisir, se détourner de la voie du déshonneur, revenir à ses fondamentaux républicains pour redevenir une référence, en particulier à l’égard des collectivités territoriales : il doit mettre un terme au désordre mémoriel, à la transgression de la vérité historique et à la division entre Français. Dans cette perspective, les organisations soussignées exigent que cessent au plus vite toutes les initiatives, nationales et locales, d’inspiration révisionniste, non seulement parce qu’elles interviennent au mépris du droit et affaiblissent le crédit de nos institutions, mais aussi parce que, deux ans avant le grand rendez-vous du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie, elles nuisent à la réconciliation des mémoires ainsi qu’à l’apaisement des rapports entre la France et l’Algérie. Dans un premier temps, le Mémorial national du quai Branly doit retrouver sa vocation d’origine et être remis en l’état où il se trouvait antérieurement à mars 2010.


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

Le 19 mars dernier, la direction nationale de l’ARAC, sur les Champs-Élysées

Ont signé cette lettre : • Pour l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS 106 rue de Lourmel 75015 Paris Le président, Jean-François Gavoury

• Pour la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) 10 rue Leroux 75116 Paris Le secrétaire général, Robert Créange

• Pour l’Association nationale des cheminots anciens combattants (ANCAC) 7 rue Château Landon 75010 Paris Le président, Robert Moullière

• Pour l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) 2 place du Méridien 94800 Villejuif Le président, Raphaël Vahé

• Harkis et droits de l’homme Maison des associations 60, rue Saint André des Arts 75006 Paris

• Pour Coup de soleil B.P. 2433 - 75024 Paris Cedex 01 Le président, Georges Morin

• Pour l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et de leurs amis BP 30045 - 13368 Marseille Cedex 11 Le président, Jacques Pradel

• Pour la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) [37-39, rue des Gâtines 75020 Paris] Le président, Wladyslas Marek

• Pour Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons 87 bis rue Georges Gosnat 94853 Ivry-sur-Seine Le président, dr Jean-Philippe Ould Aoudia

• Pour l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre Istricou - 81140 Cahuzac-sur-Vère Le président, Bernard Pointecouteau • Association France-Algérie Hôtel de la Monnaie de Paris 11 quai de Conti 75006 Paris

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LE RÉVEIL actualités

L’article qui suit n’est pas une erreur de choix de la rédaction, il a toute sa place dans Le Réveil des Combattants qui apporte chaque mois à ses lecteurs ACVG ou non, des éléments de réflexion, des analyses sur la situation politique, économique, sociale en France, en Europe et dans le monde, conformément aux orientations confirmées lors du récent 54e Congrès de l’ARAC. En France, il manque près de 350 000 places de garde d’enfants, tous modes confondus. On peut légitimement parler de pénurie, mettant les parents face à des difficultés parfois insurmontables, au détriment trop souvent de leur vie professionnelle et privée. Cette situation perturbe la vie de nombreuses familles. Le gouvernement, empêtré dans son obstination de réduction de dépense publique (RGPP), refuse de débloquer les moyens nécessaires… Le Réveil des Combattants, avec les forces progressistes de notre pays, appuie l’idée d’un service public de la petite enfance, gratuit… Il s’agit d’une question de vie quotidienne sur laquelle les lecteurs du Réveil ne peuvent pas ne pas se sentir concernés, qu’ils soient grands-parents ou tout simplement en qualité de citoyens… Avec le projet de décret de Nadine Morano, l’accueil individualisé de la petite enfance serait gravement mis en cause.

Morano ou l’enfance en danger Après la journée du 11 mars, les professionnels de la petite enfance ne lâchent rien et seront à nouveau dans la rue, contre les menaces sans précédent qui pèsent sur le secteur. Un enfant est-il une valise ? Une valise qu’on dépose le matin à la consigne et 6-

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qu’on reprend le soir, sans trop s’inquiéter du contenu, pour peu qu’elle ait l’air en bon état... Depuis l’année dernière, tout ce que la France compte de professionnels de la petite enfance est vent debout contre le projet de révision d’un décret de 2007 sur les services et les établissements d’accueil de jeunes enfants (EAJE). Syndicats et associations, regroupés dans un collectif intitulé « Pas de bébés à la consigne » (www.pasdebe-

besalaconsigne.com), sont à la base de la journée de protestation du 11 mars, qui a fortement mobilisé le secteur. Ils dénoncent la dégradation des taux d’encadrement. Dans les accueils collectifs, il est aujourd’hui d’un adulte pour cinq bébés, puis d’un pour huit dès qu’ils savent marcher. Le texte porté par la secrétaire d’État à la Famille, Nadine Morano, permettrait de porter ces seuils à six et dix enfants par adulte.


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

Idem pour l’accueil par les assistantes maternelles, qui pourraient s’occuper de quatre enfants au lieu de trois. Cerise sur le gâteau : des « jardins d’éveil », créés pour les enfants de deux à trois ans, auraient des taux d’encadrement de huit à douze enfants par adulte. Ces structures, payantes, puisqu’à la charge des communes, sont vues comme une « machine de guerre » contre l’école maternelle, alors qu’en quelques années les suppressions de postes dans l’Éducation nationale ont pratiquement divisé par deux le taux de scolarisation des moins de trois ans, passé de 35 % en 2000 à 18 % en 2007. Autre sujet de colère : la formation. Selon le décret, les crèches pourraient désormais comptabiliser les titulaires de CAP ou de BEP petite enfance dans les 50 % de personnel qualifié requis pour faire fonctionner la structure. Aujourd’hui, seules les puéricultrices, auxiliaires de puériculture et les éducateurs de jeunes enfants (EJE) sont comptabilisés. Pour les assistantes maternelles, un « progrès » du même type est attendu : l’obligation de formation initiale étant ramenée à 30 heures au lieu de 60 heures.

ternelles s’ajouterait dans ces MAM l’absence totale de cadre : pas de projet, pas de structure administrative, tout au plus une vague convention avec le Conseil général et la Sécurité sociale. Plus que la volonté de créer les places d’accueil qui manquent, c’est surtout la transposition de la directive européenne sur les services (autrefois dite Bolkestein) qui se profile derrière ces projets. Elle institue l’obligation d’ouvrir au secteur marchand l’accueil de la petite enfance. C’est bien pour refuser que les bébés deviennent demain une source de profits pour quelques actionnaires cacochymes que l’ensemble des professionnels du secteur, et les parents, se mobiliseront à nouveau le 8 avril prochain dans toute la France.

Enfance à la sauce Bolkestein

Témoignage

Pour les professionnels, ces évolutions mettent directement en cause l’accompagnement individualisé des très jeunes enfants, seul à même de leur assurer une évolution physique et psychique satisfaisante hors du cadre familial. Une pratique qui suppose une exigence absolue en matière d’encadrement et de qualification ; ce que ne saurait remettre en cause le besoin, dont l’urgente nécessité n’est aucunement contestée, de développer rapidement et en nombre des structures d’accueil, surtout en milieu rural, le plus mal loti dans ce domaine. Pour y répondre, le gouvernement s’appuie sur un projet de loi (adopté en première lecture par le Sénat) proposant de développer des maisons d’assistantes maternelles (MAM). Problème : à la dégradation prévue de l’encadrement et de la formation des assistantes ma-

Olivier Chartrain Article publié avec l’aimable autorisation du journal La Terre N° 3411 et d’Olivier Chartrain

Une colonie de vacances, en 1936

Les tout-petits, un investissement pour l’avenir Aujourd’hui le problème c’est qu’il n’y a pas assez de places. Le nouveau décret va nous imposer 20 % d’enfants en plus. Nous sommes contre parce que la crèche a été construite pour 60 enfants. Au point de vue surface ça va faire juste. Au niveau des toilettes, du matériel… tout doit être rajouté. Et puis, avec ce décret, la qualification va être moindre : 40 % des personnes seront formées pour s’occuper des toutpetits, alors qu’actuellement nous devons avoir un minimum de 50 %. La solution, c’est d’ouvrir plus de crèches, on ne peut pas faire autrement. Les tout-petits, c’est un in-

vestissement pour l’avenir. Une fois qu’ils ont une bonne première expérience de la socialisation en crèche, c’est pratiquement gagné lorsqu’il arrive à l’école maternelle. Dans le nouveau décret, il y aura une autre nouveauté : les jardins d’enfants. Les enfants de plus de deux ans ne seront plus en crèche pour libérer des places. On nous parle de 12 enfants par personne, alors qu’actuellement le seuil est de 8, ce qui est déjà difficile. Joséphine Groult Directrice de la crèche de Gien (Loiret) avril  2010 - N°761 - LE RÉVEIL

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LE RÉVEIL ACtuAlItÉS

Désarmement et sécurité internationale Les véritables enjeux la récente signature du nouvel accord StARt qui prévoit une réduction de 30 % des arsenaux nucléaires stratégiques des États-unis et de la Russie est probablement le fait majeur d’une actualité riche en événements portant sur les enjeux de la sécurité internationale. Aujourd’hui, les stocks nucléaires des deux principales puissances restent à un tel niveau quantitatif qu’ils permettraient de détruire plusieurs fois la planète Terre. Les limites de cet accord sont donc évidentes. Même le projet américain d’installation d’un système de défense antimissile en Europe de l’Est n’est pas mis en cause. Mais l’essentiel est politique : on (re)parle enfin de désarmement. Il faut s’en féliciter. Le problème est : comment continuer ? Une bonne partie de la réponse appartient à toutes les forces politiques et sociales qui se sentent concernées – c’est évidemment le cas de l’ARAC. L’ensemble des organisations et mouvements qui agissent pour la paix en France, en

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le RÉveIl - N° 761 - AvRIl 2010

Europe et dans le monde doivent s’impliquer activement. La question du désarmement doit figurer au rang des priorités de politique internationale. Affirmer que l’exigence est au désarmement est indispensable mais cependant insuffisant. Le véritable enjeu politique, en ce début de XXIe siècle, est tout de même plus complexe. Il faut répondre à la question : comment rendre le monde plus sûr ? Ou comment construire un nouvel ordre international de sécurité pour les peuples ?

Responsabilité collective Pour démilitariser les relations internationales, il est indispensable de changer la conception même que l’on se fait de celles-ci, de promouvoir le multilatéralisme, en particulier au sein des Nations unies, car le désarmement et la sécurité sont des responsabilités collectives. Il faut aussi trouver les moyens de faire reculer tout ce qui produit et alimente les vulnérabilités humaines, sociales, les violences et les conflits. A quoi peut conduire, en effet, des étapes dans le désarmement nucléaire si, dans le même temps, on n’accorde pas l’attention nécessaire aux tensions et aux crises régionales, en particulier au Moyen-Orient (question de la Palestine, enjeu iranien, guerre en Afghanistan…), puisqu’au cœur de ces tensions et de ces crises il y a chaque fois un enjeu nucléaire qui structure les confrontations et les stratégies en cause ? Tout se tient : désarmement nucléaire et non-prolifération, règlement des conflits, démilitarisation par la repro-

duction contrôlée de tous les types d’armes (y compris les armes légères), développement et coopération comme base d’une sécurité qui a aussi des aspects économiques, sociaux, environnementaux… On ne peut plus considérer le désarmement comme un « simple » processus de réduction quantitative. Dans le nouvel état du monde, né de la chute du mur et de la mondialisation capitaliste, il faut penser la sécurité des peuples dans la globalité des enjeux politiques touchant au développement et à la sécurité humaine. Cela révèle le besoin d’un nouvel ordre international. Nous appelons les autorités françaises et européennes à intervenir de façon déterminée pour qu’avec la signature du nouvel accord START, l’ensemble des questions de la sécurité internationale soit pris en compte afin de favoriser une véritable dynamique de désarmement, de démilitarisation des relations internationales et de règlement des conflits. D’ici quelques jours, à l’ONU à NewYork, les 190 États participant au Traité sur la non prolifération des armes nucléaires (TNP) devront tirer les enseignements de 40 ans de régime de non-prolifération qui ont contenu les risques depuis 1970. Le risque majeur aujourd’hui réside dans la modernisation des arsenaux des États nucléaires qui sape le bien-fondé du désarmement, comme c’est le cas de la France avec la mise en service du missile M 51. Claude Delevacq

Claude Delevacq, secrétaire général de l’ARAC, sera présent à New-York.


actualités LE RÉVEIL

De la commune de 1871 à aujourd’hui

Défendre et améliorer les services publics Dans l’œuvre riche et diverse de la Commune de Paris, les Amis de la Commune s’attachent, cette année, à la défense des services publics. Dès le 18 mars 1871, premier jour de l’insurrection, la Commune prend des dispositions pour assurer le fonctionnement des services publics. Il y a urgence, car Thiers a intimé l’ordre aux fonctionnaires et agents publics de quitter la capitale en emportant le matériel, les fonds et les archives. Malgré ce diktat, un fonctionnaire sur quatre est resté à son poste. Le Comité central de la Garde nationale est amené à recruter de nouveaux agents pour remplacer ceux qui ont fui à Versailles et à nommer des responsables à la tête des principaux services (Finances, Santé, Justice, Enseignement, Culture, Poste, Chemins de fer, Monnaies et médailles, Imprimerie nationale, Voirie…). L’assemblée communale, élue le 26 mars, complète ces mesures d’urgence en créant des commissions qui élaborent les propositions de décrets discutées préalablement avec les organisations populaires : clubs, Garde nationale, chambres syndicales, sections de l’Internationale, comités de l’Union des femmes, Fédération des artistes… Dans les conditions extrêmement difficiles de l’encerclement de la capitale et des nécessités de la défense contre les agresseurs versaillais, les services publics vont fonctionner de manière exemplaire et répondre aux besoins immédiats de la population. Sous le contrôle des citoyens, ils assurent le ravitaillement de la capitale, les secours aux indigents, la sauvegarde de la santé, le fonctionnement des hôpitaux et de l’assistance publique, la sécurité et la justice, l’ouverture et la laïcisation des écoles, la levée et la distribution du courrier, l’ouverture au public des

musées, bibliothèques, salles de spectacles, la collecte des impôts nécessaires au fonctionnement des services et au paiement de la solde des gardes nationaux. La manière exemplaire dont les Communards ont su gérer démocratiquement les services publics sera largement reconnue et inspirera les mouvements démocratiques et progressistes du XXe siècle, notamment pendant le Front populaire et à la Libération avec le programme du Conseil national de la Résistance. Aujourd’hui, ces avancées sont gravement mises en cause par les héritiers et successeurs des Versaillais. Mais les atteintes au fonctionnement des services publics, les privatisations sont fermement combattues par les salariés, les usagers et leurs organisations. Comme au temps de la Commune, lutter pour la préservation et l’amélioration des services publics, c’est faire œuvre de démocratie et livrer un combat moderne. 

Pour continuer et amplifier ces combats, nous nous retrouverons

le samedi 29 mai 2010 à 14h30 à l’entrée du cimetière du Père Lachaise rue des Rondeaux Paris XXe Métro Gambetta

Jacques Duclos Un homme véritable Le 25 avril 1975, il y a 35 ans, disparaissait Jacques Duclos. Figure marquante du XXe siècle, il marqua la vie politique et sociale de notre pays. Avec son frère Jean, ils furent d’éminents dirigeants de notre ARAC. Jacques, dès son retour de la guerre 14/18, après avoir été fait prisonnier au Chemin des Dames, le 16 avril 1917, adhère à l’ARAC et assure la direction du journal de l’ARAC avant de devenir son vice-président aux côtés d’Henri Barbusse. Jacques aimait à dire « ne prétendre nullement être un homme différent des autres ». Non, mais ambitionner d’être simplement un homme de bonne volonté et de courage, car il sait que le courage s’acquiert avec le sentiment de sa propre responsabilité et du devoir accompli. Une ambition, être un homme dévoué à la cause des travailleurs, à la cause du peuple, à la cause de la Nation. Passionné, il savait convaincre et séduire. Quelques lignes pour un homme véritable.

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LE RÉVEIL INTERNATIONAL

Soutien à Salah Hamouri Lettre du Bureau national de l’ARAC

Cher Salah, C’est avec une profonde indignation que nous avons appris que tu ne peux plus, ni recevoir des livres ni lire des journaux français. Cette décision de la part du gouvernement israélien de te tenir au secret est d’autant plus inadmissible que rien ne saurait la justifier. Sache que tu peux compter sur notre entière solidarité, que nous continuerons à mobiliser les adhérentes et adhérents de l���ARAC et ses ami(e)s et, au-delà, les citoyennes et citoyens attachés au respect des droits de l’homme, afin que justice te soit rendue ainsi qu’à tes compagnons de détention et hâter l’heure de ta libération. Nous enregistrons avec satisfaction, que le rapport Goldstone, commandité par l’ONU, à la suite de l’opération « Plomb durci » de janvier 2009 sur la population civile de Gaza, condamne aussi ta détention arbitraire. Nous sommes des dizaines de milliers de citoyens en France à exiger du président Nicolas Sarkozy et de son gouvernement qu’ils interviennent effectivement en faveur de ta libération, auprès du gouvernement israélien. Nous tenons à te réaffirmer que nous apportons également toute notre solidarité à ta famille, et plus particulièrement à ta chère et courageuse maman. Notre souhait le plus cher serait que le 25 avril prochain, tu puisses célébrer en toute liberté avec eux ton 25e anniversaire. Dans cette attente, reçois, cher Salah, l’expression de nos sentiments cordiaux et solidaires. Villejuif (France), le 31 mars 2010 10 -

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Israël défie la communauté internationale

Alors que le discours de Barack Obama, prononcé au Caire quelques mois après son investiture, avait soulevé beaucoup d’espoir au MoyenOrient – la nouvelle administration américaine semblait vouloir ouvrir une nouvelle page de ses relations avec le monde arabo-musulman, basé sur le dialogue et le respect mutuel plutôt que la confrontation militaire si chère à George W. Bush – l’attitude du gouvernement israélien est comme une douche froide. Pis, il pourrait embraser la région et reléguer toute paix aux calendes grecques. Le Premier Ministre israélien, Benyamin Netanyahou, semble faire peu cas de la communauté internationale. Son cabinet n’a pas craint d’annoncer la construction de nouveaux logements à Jérusalem-est, occupée, alors même qu’il recevait le vice-président américain, Joe Biden. Un véritable camouflet pour ce dernier et, par voie de conséquence, pour Barack Obama lui-même. De fait, les relations entre Washington et Tel-Aviv n’ont jamais été aussi distendues. C’est qu’en réalité, pour la première fois depuis longtemps, l’agenda américain diffère de celui des Israéliens. Un certain nombre de responsables, dont des officiers de haut rang, estiment que l’attitude israélienne met en péril les intérêts américains dans la région et la vie des « boys » engagés en Irak et en Afghanistan. Pour autant, l’heure n’est toujours pas aux sanctions contre Israël qui poursuit contre vents et marées l’occupation des territoires palestiniens, la construction du mur en Cisjordanie et

impose un blocus meurtrier contre la bande de Gaza dont les habitants s’enfoncent dans une mortelle misère sans que la communauté internationale ne réagisse. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait pourtant accepté, sous la pression des Américains, de reprendre des « négociations indirectes » avec Israël malgré la poursuite des constructions dans les colonies. Une décision prise à une courte majorité, la gauche palestinienne, notamment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et les communistes du Parti du peuple palestinien (PPP), estimant que des discussions bilatérales ne mèneraient à rien, demandent plutôt aux pays occidentaux et aux États-Unis de reconnaître dès maintenant l’État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est comme capitale. Ce qui aurait pour conséquence une véritable prise en compte du problème par l’ONU qui aurait alors affaire à deux États et


international LE RÉVEIL

non plus un État et un mouvement de libération. La stratégie américaine vise à renforcer le pouvoir du Premier ministre palestinien, Salam Fayad, dont l’intégrité est réelle mais qui n’a aucun poids dans la société. L’idée serait de mettre en place, d’ici deux ans, de véritables institutions qui deviendraient celles du futur État. Mais rien ne dit que cette échéance sera tenue. D’autre part, un tel plan ne concerne pas Gaza ! Tout le monde a en tête les précédentes annonces. Les accords d’Oslo de 1993 devaient déjà amener la constitution d’un tel État. C’est ensuite la Feuille de route, élaborée sous l’égide du Quartette (États-Unis, Russie, Union européenne, Onu), qui avançait la date de 2005. Puis, la conférence d’Annapolis annonçait la création de l’État palestinien pour la fin 2008. Nous sommes en 2010 et les Palestiniens attendent toujours. Pour le gouvernement israélien, il s’agit en réalité d’empêcher que cet État ne voit le jour. D’où la poursuite de la colonisation qui morcelle la Cisjordanie en petits territoires, comme des bantoustans, pour reprendre l’imagerie de l’apartheid sud-africain dont la référence est de plus en plus fréquente. Comme si cela ne suffisait pas, un décret militaire vient d’être publié par Tel-Aviv, qui menace d’expulsion des milliers de Palestiniens vivant en Cisjordanie mais domiciliés à Gaza, au mépris des accords d’Oslo qui considèrent les deux territoires palestiniens comme une seule entité. Isolé comme jamais, Israël tente de créer le désordre au sein de la société palestinienne. Et rien ne dit qu’une nouvelle offensive militaire ne soit déjà programmée, contre le Liban sud ou contre la bande de Gaza. Pierre Barbancey

Incroyable mais vrai Selon le quotidien israélien Maariv du 19 mars, le désaccord Washington/Tel-Aviv est terminé. Benyamin Netanyahou a voulu calmer les esprits (dit-on) et répondre positivement aux demandes américaines concernant le gel de la colonisation à Jérusalem-Est. La réponse israélienne est : « Don’t ask, don’t tell ». En français : ne rien demander, ne rien dire. Si l’on comprend bien, pour ne pas embarrasser l’administration américaine, comme ce fut le cas lors de la visite de Joe Biden le 9 mars dernier à Jérusalem, le gouvernement israélien s’engage à ne plus donner d’information sur cette colonisation. Et pour tout le monde, le silence serait donc la règle. De surcroît, les autorités israéliennes s’engageraient à « ralentir les procédures ». Selon Tel-Aviv, la colonisation à Jérusalem-Est va donc se poursuivre, la dépossession des Pa-

lestiniens va continuer, le droit international et les résolutions de l’ONU seront toujours bafoués… mais tout pourrait donc se faire désormais dans le silence et la discrétion... Benyamin Netanyahou et Hillary Clinton inscrivent cette misérable connivence dans l’ordre des « mesures de confiance ». On reste stupéfaits devant de telles pratiques qui mélangent un mépris consternant pour le peuple palestinien et ses droits avec des petites combines politiciennes et des fourberies qui ne pourront pas longtemps tromper le monde. Face à cette imposture, on opposera la dignité, l’éthique et le haut niveau d’intervention du tribunal Russel pour la Palestine. Les considérations et les conclusions politiques et juridiques de ce tribunal sont d’une grande importance pour la suite des batailles solidaires sur la question de la Palestine, pour les sanctions et boycott contre la colonisation, pour une solution juste en deux États au conflit du Proche-Orient. Jacques Fath avril  2010 - N°761 - LE RÉVEIL

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LE RÉVEIL international

Une arme peut en cacher une autre La Conférence des Nations unies pour la révision du Traité de nonprolifération des armes nucléaires (TNP) s’est tenue du 29 avril au 8 mai à New-York. Une nouvelle étape ? Cette initiative intervient après la signature à Prague, le 6 avril dernier, d’un accord pour la réduction des armes nucléaires stratégiques entre les ÉtatsUnis et la Russie qui détiennent à eux seuls 90 % des armes atomiques. Une semaine plus tard, elle était suivie par le sommet sur la sécurité nucléaire, organisé à Washington, les 13 et 14 avril. Il serait évidemment naïf de croire qu’un processus irréversible est engagé. Mais nier que des intentions ont changé le serait tout autant, et l’on ne peut que saluer les évolutions impulsées par le président américain qui veut justifier ainsi l’obtention du prix Nobel de la paix. La Conférence de New-York est donc de première importance. Le TNP, 40 ans après son entrée en vigueur, reste la pierre angulaire du régime de non-prolifération, le fondement de la recherche d’un monde sans arme nucléaire et un cadre pour la promotion de l’usage du

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nucléaire à des fins pacifiques. Jusqu’où Obama voudra-t-il aller, pourra-t-il aller, face aux pressions du complexe militaro-industriel et des faucons du Pentagone. Allons-nous vers une remise en cause du leadership américain en matière d’armement ? Rien n’est moins sûr. La nouvelle stratégie nucléaire des USA est désormais connue. Elle a pour objectif de lutter contre le terrorisme nucléaire, d’interdire la prolifération et de réduire le rôle de l’arme nucléaire dans la stratégie militaire de la MaisonBlanche, de ne pas l’utiliser contre un pays qui ne la détient pas « exception faite de l’Iran (aux ressources en gaz et en pétrole extrêmement riches) et de la Corée du Nord » . L’histoire nous dira si Obama a l’intention d’être aussi sévère avec son allié israélien (qui possède l’arme nucléaire et refuse de signer le traité de non-prolifération) en l’obligeant à s’engager sur cette voie.

Une nouvelle stratégie US Ces nouvelles orientations du président américain interrogent bon nombre d’experts en matière d’armement qui, pour la plupart, arrivent à cette même conclusion : l’objectif zéro arme nucléraire favoriserait les États-Unis. Du fait de la puissance du complexe militaro-industriel, la MaisonBlanche s’assurerait la suprématie absolue dans un monde où il ne resterait plus que des armes conventionnelles. La presse d’outre-atlantique a confirmé cette hypothèse dans plusieurs quotidiens en annonçant que l’Amérique envisagerait de compenser le recul

de l’atome par le développement de la défense antimissile et de nouvelles armes conventionnelles notamment, mais seulement à proximité du Golfe Persique « pour faire face à une éventuelle menace iranienne ». Ce nouvel arsenal serait complété par des missiles intercontinentaux dotés de charges explosives “conventionnelles” puissantes capables de frapper n’importe ou dans le monde en moins d’une heure. On est loin du « monde sans arme » qu’appelait de ses vœux le président américain dans son discours de Prague, il y a tout juste un an. Surtout, si ces options se confirmaient, elles n’encouragent pas les autres puissances au désarmement nucléaire. Particulièrement la Chine qui, envers et contre tout, poursuit dans la voie de l’augmentation de son stock de missiles.

Et la France dans tout ça ? La troisième puissance nucléaire mondiale, par la voix de son président, est, semble-t-il, très soucieuse de protéger son propre arsenal de dissuasion. Le 12 avril dernier à Washington, Nicolas Sarkozy répondant aux questions des journalistes de CBS a déclaré qu’il « ne pourrait un jour renoncer à l’arme nucléaire que dans la mesure où il serait certain que le monde soit stabilisé et en sécurité ». Il a qualifié cette situation « de rêve » et de « monde virtuel ». En attendant, dans le monde bien réel où nous vivons, le gouvernement poursuit la construction et l’équipement des sous-marins français du missile balistique M51, en violation de l’article 6 du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), selon les organisations pacifistes. Pacifistes de tous les pays, unissez-vous ! L’intervention des citoyens est plus que jamais d’actualité. Jean-Pierre Delahaye


Le CAHIeR MÉMoIRe

le réveil

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des combattants

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

La France commémore le soixante-cinquième anniversaire de la libération des camps de concentration hitlériens. Soixante-cinq ans ! Certains de ceux qui ont accueilli les revenants, qui ont écouté leurs récits tragiques ou qui les ont lus, ont pris leurs distances sur l’événement, d’autant plus que d’autres n’ont pas cru d’abord l’incroyable ou ont oublié, ou bien sont disparus. Et ceux qui n’ont pas la conscience tranquille, du moins ceux d’entre eux qui sont encore vivants, nient et mettent en doute. Par contre, ceux qui sont nés à cette époque et, depuis, sont devenus des hommes, ne savent pas, ne peuvent savoir, à moins qu’ils aient

rencontré en classe des déportés venus témoigner ou vu à la télévision des récits historiques sur les camps. Cependant, les rares rescapés de 1945 ne sont pas encore tous disparus et ils témoignent encore lorsque leurs forces le leur permettent. Et puis, il y a les historiens qui n’entendent pas laisser ce drame passer aux oubliettes. Ce cahier de la mémoire que vous allez feuilleter est leurs témoignages. Il n’est, bien sûr, qu’un reflet très partiel de la réalité des camps, car « on ne décrit pas l’indescriptible », et même si nous disposions de photographies les plus horribles, ce qui n’est pas le cas, nous ne

Édité par le Réveil des combattants - 2 place du Méridien - 94807 Villejuif - Tél. 01 42 11 11 12

les publierions pas par respect pour les familles cruellement éprouvées qui déjà ne pourront lire ces lignes, regarder ces quelques images, sans ressentir l’atroce peine vécue par leurs parents à la libération en accueillant les leurs. Mais il faut que les générations nouvelles sachent, il faut lutter contre l’oubli et alerter les consciences. Car, comme l’a écrit le grand dramaturge allemand Berthold Brecht : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». Et le poète Paul Eluard, parlant des martyrs des camps, a lancé à tous cet avertissement : « Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons. »

ÉDITO

« Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons »

Par Paul Markidès

65e anniversaire de la libération des camps de concentration


LE RÉVEIL DOSSIER

La déportation : de l’origine à la fin Paul Markidès

1933 à 1939, 222 500 Allemands furent condamnés à 600 000 années de prison. Un million furent jetés pour un temps plus ou moins long dans ces camps. Plus de 32 000 furent condamnés à mort et exécutés.

L’Europe à feu et à sang Mai 1940 : c’est la guerre de Hitler, des centaines de villes écrasées sous les bombes. C’est l’invasion et les populations jetées sur les routes de l’exode. Pendant quatre années, l’armée nazie envahira notre pays, l’occupera, le pillera, le martyrisera. Et, sous le nom de « collaboration », les nazis organisent leur mainmise sur la France. Ils se servent du gouvernement qui s’est installé à Vichy, sous la direction du maréchal Pétain, entouré de politiciens corrompus et d’aventuriers à la solde de l’Allemagne, souvent depuis longtemps.

La France sous l’occupation

A l’origine des camps A l’origine des camps de concentration, il y a d’abord l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, à la faveur de la division des démocrates allemands et de conditions internationales qui l’ont plutôt encouragé. L’Allemagne était, de plus, secouée par une profonde crise économique et déjà en cours de remilitarisation. Sa politique dictatoriale était fondée sur le racisme (idée de la supériorité aryenne, extermination des Juifs et de tous ses adversaires, même aryens : communistes, socialistes, chrétiens, syndicalistes et autres), et sur la théorie de « l’espace vital ». Insatisfaits, voire révoltés par la 14 -

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défaite qui leur avait été infligée en 1918, les chefs militaires allemands avaient trouvé dans les principaux maîtres de la grande industrie et des banques, qui soutenaient Hitler, les alliés qu’ils recherchaient pour redonner à l’Allemagne la place d’une grande puissance capable de disputer à nouveau, aux vainqueurs d’hier, l’hégémonie mondiale.

Les premiers déportés : des Allemands Dès leur arrivée au pouvoir, les nazis ouvrirent des camps de concentration. Les premiers furent installés à Orianenburg, Sachsenhausen et Dachau. De

Tous les produits nécessaires à la vie courante ne sont vendus qu’avec des tickets d’alimentation et ces tickets n’assurent que des rations de pain, de lait, de viande etc. insuffisantes. La population doit faire la queue devant les boutiques pour les obtenir. Les Allemands ont introduit des mesures racistes en France, contraignant les citoyennes et citoyens, y compris les enfants, d’origine juive au port de l’étoile jaune.

Naissance et développement de la réaction populaire Face à l’occupation et à la trahison, des prises de conscience se font, jour après jour, plus nombreuses, notamment à partir des appels de juin et juillet 1940 (Charles de Gaulle, Charles Tillon, Maurice Thorez et Jacques Duclos). Chez certains, cela commence


par le rejet de Pétain dont ils ont cru un moment qu’il sauverait le pays, puis débute alors l’écoute clandestine de Radio Londres et du général de Gaulle avec ses messages « Les Français parlent aux Français ». Et les premiers actes ont suivi : cache de citoyens, citoyennes et enfants d’origine juive, organisation de relais pour assurer des départs vers Londres ou vers les armées de la France Libre en Afrique noire, sabotages, actions armées contre l’occupant telle celle du jeune franc-tireur et partisan français (FTPF) qui abattit un officier allemand au métro Barbès-Rochechouart à Paris et qui deviendra le colonel Fabien au sein de la Résistance. Ou encore, un peu plus tard, à la suite de l’appel des jeunes hommes ayant atteint leur majorité (21 ans à l’époque) pour le Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, l’arrivée de nombreux réfractaires (refus de départ et donc entrée en clandestinité) dans les maquis etc. Évidemment, l’occupant et ses complices français ne sont pas restés sans réagir. Ils pourchassent et arrivent à certains moments à se saisir des résistantes et des résistants qu’ils qualifient de « bandits » et de « terroristes », qu’ils torturent, fusillent ou déportent.

Massacres et déportations Dès les premiers mois de l’occupation, de nombreux massacres ont été perpétrés, et pas seulement en zone occupée, mais aussi en zone dite « libre » et par conséquent sous la responsabilité du gouvernement collaborationniste de Vichy et donc exécutés par la police française. A la Maison centrale d’Eysses, en zone libre, une révolte massive des détenus, pour la plupart des communistes et des républicains espagnols, est écrasée dans le

Quand l’espoir s’accrochait aux petits papiers… Cuise La Motte, 18 juin 1944(1) Madame, Ce matin vers 11 heures un train de prisonniers est parti pour l’Allemagne. C’est que plusieurs ont lancé des petits bouts de papier pour faire parvenir à leur famille. C’est pour cela que je m’empresse de vous l’envoyer et j’espère, madame, que vous serez heureuse de savoir où est votre mari. Prenez courage, madame, bientôt il sera de retour. (1) Cuise La Motte dans l’Oise

sang. Des tentatives d’évasion ont lieu à Melun, à Châlons-surMarne (aujourd’hui Châlons-enChampagne), à Mende en Lozère, à Thonon en Haute-Savoie… Certaines sont couronnées de succès, comme à Châteaubriant, à Compiègne, à la prison de Monluc à Lyon où des condamnés à mort s’évadent avec l’aide des francstireurs et partisans français revêtus de l’uniforme allemand… Mais, malheureusement pour de très nombreux autres détenus des prisons de France, ce sera le peloton d’exécution, la guillotine à Vichy, la déportation. La répression est terrible. Aux premières fusillades sommaires, vont les massacres d’otages en série : - 22 octobre 1941 : 27 otages fusillés à Châteaubriant, dont un lycéen de 17 ans, Guy Môquet, - 24 octobre 1941 : 50 otages assassinés à Souges où tomberont ensuite 300 autres victimes, - 15 décembre 1941 : 100 otages, parmi lesquels le journaliste Gabriel Péri, sont fusillés au mont Valérien,

- A Arras, 218 résistants sont passés par les armes dans les fossés de la citadelle, - En 1942, 1943 et 1944, c’est une augmentation constante des fusillés et des massacrés.

Les convois de l’inconcevable Mais les nazis ne s’en tiennent pas à massacrer, fusiller et déporter les résistants. Ils pourchassent les juifs, les communistes, les socialistes, les chrétiens, comme toutes les personnes qui protègent les poursuivis ou expriment protestation contre toute atteinte à la liberté des individus. De mars 1942 à août 1944, 62 608 juifs partent du camp de Drancy vers les fours crématoires allemands. 120 000 juifs de France, parmi lesquels 25 000 enfants furent déportés. Sur les 111 000 internés à Auschwitz, 2 800 seulement ont survécu. Les 16 et 17 juillet 1942, des milAvril  2010 - N°761 - LE RÉVEIL

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liers de juifs parisiens, hommes, femmes, enfants, vieillards sont arrêtés par la police française et parqués dans des conditions atroces dans l’ancien vélodrome d’hiver, rue Nélaton. Par cette rafle, organisée par les autorités de Vichy de concert avec les nazis, ces bourreaux voulaient arrêter 28 000 juifs. Grâce à la solidarité de la population parisienne, il n’y eut que 12 884 arrestations. A dater de ce jour, Paris compta des milliers de « Justes » qui ne se sont jamais fait connaître. Quant aux 12 884 arrêtés et déportés, 800 seulement ont survécu. De l’année 1941 à l’année 1944, les convois de déportation se sont multipliés : 1941, 19 convois ; 1942, 104 convois ; 1943, 257 convois ; 1944 : 326 convois. Entassés à 80, 100 ou 120 dans des wagons à bestiaux, les déportés de France, cahotés dans des wagons presque obscurs, s’efforcent malgré tout de griffonner quelques mots de réconfort et d’espoir pour leur famille. Ces petits morceaux de papier glissés par les fentes des wagons, au passage des dernières gares françaises, ont été très souvent recueillis par des cheminots

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et transmis aux familles, accompagnés de quelques lignes émouvantes de solidarité et de réconfort. 238 000 hommes, femmes et enfants ont quitté la France dans ces conditions, 30 000 seulement sont rentrés en 1945.

L’entrée et la vie aux enfers Le cerveau vidé par le terrible voyage, sortis des wagons, les déportés respirent de l’air en espérant que leurs geôliers vont les laisser un peu en paix. Malheureusement, quelques instants plus tard, ce sont les cris, les coups, les chiens et l’entrée par cinq dans l’enfer. Ceux qui ne sont pas dirigés vers « les douches », ainsi sont dénommées par les gardiens nazis les « chambres à gaz » à Auschwitz, Birkenau ou Treblinka, doivent se dévêtir et sont tondus, rasés, badigeonnés. Les SS appellent cela la « désinfection » au terme de laquelle les prisonniers ne sont plus que des matricules qu’ils vont épuiser, martyriser par l’organisation infernale de la vie du camp et le travail exigé. Au grand camp d’Auschwitz, les appels sont multipliés. Le matin, une heure, de cinq à six heures,

avant le travail ; le soir trois heures, de six à neuf heures au garde à vous. Ce sont là les appels normaux, mais n’importe quel incident, et il est facile d’en provoquer, justifie un appel de deux à trois heures supplémentaires, généralement quand il pleut et qu’il fait froid. Ce sont là des moyens efficaces pour faire mourir sans se donner de mal. Durant ces appels, il y a des exécutions sommaires de gens innocents devant leurs camarades : pendaison d’un supplicié, camarade dévoré par des chiens et en musique par-dessus le marché., Quant à l’alimentation, évidemment très mauvaise, elle ne couvrait que 35 % des besoins de chaque prisonnier : soupe inconsistante, 200 à 500 grammes de pain au son et à la sciure de bois, quelquefois complété par une rondelle de saucisson ou une cuillerée de marmelade. Enfin, pour ce qui est du travail que les détenus devaient effectuer, il était exécuté sous les coups des kapos et des SS qui contraignaient les personnes jusqu’à l’épuisement total.


DOSSIER LE RÉVEIL

Savoir pourquoi ? Ce n’est pas pour faire renaître de la haine que nous rapportons succinctement ces faits. C’est pour appeler à la vigilance. Car les femmes et les hommes de paix ont beau s’opposer au fascisme, nous le voyons ressurgir sous des formes renouvelées en certains pays, en certains endroits. Ils et elles ont beau agir contre la guerre, celle-ci se répand encore dans certains lieux de la planète. Il faut donc redoubler d’efforts et d’actions afin de faire connaître largement ce passé dramatique pour qu’aucun peuple n’acceptent qu’en son sein soient enfantés des monstres comme en a produit le nazisme, qui a poussé au paroxysme la haine raciale, la haine nationale, le mépris de l’homme et de la civilisation. Or, malheureusement, cela s’est encore produit après coup. C’est pour cela que nous voulons que chacun sache et réagisse avec vigueur lorsque se manifestent des symptômes alarmants dans les rapports humains où que ce soit. Il faut combattre l’oubli pour savoir et se rendre capable d’agir pour servir la cause de la liberté, de la dignité des hommes et de la paix. Nos aînés ont su faire face, combattre et finalement triompher de la barbarie. Soyons dignes d’eux, saisissons-nous de la mémoire historique pour agir.

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LE RÉVEIL DOSSIER

Convoi 31000

Madeleine Odru Déportée Convoi 31000, d’AuschwitzBirkenau, Ravensbrück et Mauthausen

Il y a 67 ans, le 24 janvier 1943, partait du fort de Romainville le seul convoi de Françaises résistantes pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Nous étions 230 arrêtées par la police française qui nous avait livrées à la Gestapo. Après de durs interrogatoires et des mois d’isolement dans les cellules des prisons allemandes, nous avions été regroupées comme otages 18 -

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au fort de Romainville, presque toutes au cours du mois d’août 42. Nous y avons appris à nous connaître et s’étaient tissés entre nous des liens très forts d’affection et de solidarité. Quand nous sommes parties en déportation, nous avons pensé que, fortes de ces liens et de ce que nous avions vécu, nous serions capables, ensemble, de surmonter toutes les difficultés.

Nous n’imaginions pas ce qu’était un camp d’extermination. Nous l’avons découvert quand se sont ouverts, le 27 janvier au matin, les wagons à bestiaux dans lesquels nous étions entassées : des SS armés avec leurs chiens, hurlant et frappant pour nous chasser vers le camp, un sol gelé semé d’excréments, des piles de cadavres devant les blocs, et cette odeur inoubliable de malpropreté et de chair brûlée. Alors, dans un mouvement de révolte, nous avons chanté la Marseillaise à pleins poumons pour lancer un défi à nos bourreaux. 181 sont mortes dans cet enfer, mortes sous les coups, mortes dans les chambres à gaz, mortes de maladies non soignées, mortes de faim, de soif, de froid, d’épuisement. Un seul convoi de résistants français nous avait précédées dans ce camp : 1 175 hommes partis de Compiègne le 6 juillet 1942. Seuls 119 ont survécu. Et nous n’oublions pas les Tziganes et les milliers de juifs partis de Drancy et qui y ont été massacrés. Lors de l’approche des armées soviétiques, nous avons été évacuées à Ravensbrück, puis à Mauthausen, pour la plupart d’entre nous, où nous avons été libérées par la Croix-rouge internationale. Lors de la libération des camps, les rescapés ont fait le serment de lutter et d’appeler à la lutte pour que de tels crimes ne soient plus possibles. Nous avons tenu notre promesse, mais la lutte s’est avérée longue et difficile. Aujourd’hui, alors que les luttes se multiplient contre la politique réactionnaire du gouvernement, notre vœu le plus cher est qu’elles s’amplifient et fasse reculer la misère, l’injustice, le racisme, pour un monde plus humain, plus solidaire.


DOSSIER LE RÉVEIL

Matricule YD A 16696 Témoignage d’Yvette Lévy Déportée à Birkenau Cette année, pour le 65e anniversaire de la libération d’Auschwitz, à la cérémonie organisée par la Pologne, la France était présente. La délégation officielle était accompagnée des 35 lauréats du Concours de la Résistance, de fils de déportés d’Auschwitz (appelés couramment les 45 000) et de responsables du monde combattant. Tous résisteront au froid cruel à Birkenau (moins 17 degrés). Vers 17 heures, ce 27 janvier, l’hommage de la France à ses victimes de la barbarie nazie a été rendu au monument international de Birkenau par un dépôt de fleurs. Transis de froid, nous avons remonté la « lagerstrasse » pour récupérer nos cars puis l’avion direction l’aéroport Charles de Gaulle. Auschwitz-Birkenau, symbole

du génocide, fut le plus grand des camps de la mort nazis. Les crimes qui y furent perpétrés sont sans précédent dans l’histoire de l’humanité. C’est ici même que le programme d’extermination massive du peuple juif se réalisa ; ici même aussi que la tentative d’anéantissement des Polonais et des Tziganes eut lieu. Entre le 18 et le 27 janvier, 60 000 hommes et femmes partirent à pied vers d’autres lieux : ce sont « les marches de la mort » . Il y eut aussi les actions des SS pour l’effacement de leurs crimes : - faire sauter les « krématoires »  II et III et le dernier, le V, le 23 janvier 1945, - brûler les archives, - mettre le feu au « Canada », (1) - et fuir à l’approche de l’Armée rouge. Le 26 janvier, les troupes russes traversent la Vistule. Dans la matinée du 27 janvier, les éclaireurs

de la Division sous le commandement du major Fredor Krasavin arrivent à la « Buna-Monowitz, à 3 ou 4 kilomètres du camp principal d’Auschwitz. Il reste environ 6 000 grands malades à Birkeneau, des morts vivants. (1) Chaque pays a sa façon de qualifier le pays idéal, dans lequel chacun pense trouver travail, bonheur et richesse. C’est l’Eldorado, le Pérou, l’Amérique… A la fin du XIXe siècle, de nombreux Polonais émigrèrent vers ce pays qu’ils pensaient idéal, le Canada de préférence aux USA. C’est en souvenir de cette émigration pleine d’espoirs que, dans les camps de concentration, ils donnèrent ce nom à l’ensemble des bâtiments où les nazis stockaient les objets (vêtements, bijoux, dents, cheveux etc.) pris aux nouveaux arrivants dans les camps. Des kommandos étaient chargés de trier ces objets… situation relativement moins dure à supporter pour ces déportés que les travaux des kommandos extérieurs, ces bâtiments regorgeant de richesses étant considérés comme un quasi eldorado.

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LE RÉVEIL DOSSIER

Le serment de Buchenwald Le 19 avril 1945, les 21000 déportés rescapés de Buchenwald se réunissent sur la place d’appel du camp pour faire tous ensemble le serment à tous les camarades morts en déportation à BUCHENWALD DORA, dans les commandos, au cours des marches de la mort, Que leur martyre ne sera jamais oublié, et qu’ensemble, jusqu’au bout, les survivants combattent les fléaux que sont pour l’humanité : le fascisme, l’antisémitisme, le racisme et la haine de l’autre.

Le serment qui lie toujours les survivants de Buchenwald, Dora et leurs kommandos, a préfiguré de la Charte universelle des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1945. 20 -

LE RÉVEIL - N°761 - Avril  2010


vie de l’arac LE RÉVEIL

54e Congrès national

Présentation du Réveil Lors des Conseils nationaux qui ont suivi le 53e Congrès, nous avons mis en œuvre la décision prise de rénover notre Réveil des Combattants. Nous l’avons construit autour de 5 axes : - le cahier mémoire de 8 pages, - la vie de l’organisation - la vie nationale - les droits - la vie internationale Sans oublier une partie magazine.

Le Réveil est le moyen d’expression de l’ARAC Le mensuel est pour nous le moyen de développer et de faire avancer nos idées et nos valeurs. Pour preuve, quand Jaurès a voulu engager la lutte pour la paix et développer ses idées, convaincre, s’attaquer aux causes de la guerre, il a créé un journal. Il a été assassiné le 31 juillet 1914, à la veille de la guerre. On voit également que la question de la formation passe par l’écrit, même si les technologies ont évolué et qu’il y a Internet. L’écrit est toujours présent au cœur de l’information et le problème d’Internet et des nouvelles technologies, c’est un peu comme lorsque l’on débat de la paix, on peut s’en tenir aux questions de culture de paix et oublier les clivages de classes… Internet c’est un peu pareil, on peut avoir le sentiment d’être informé, le seul problème c’est qu’il n’y a aucune hiérarchisation de l’information. Le Réveil c’est aussi le moyen de rassembler. On est toujours soucieux de l’unité, et du contenu du rassemblement du mouvement combattant. Faire en sorte qu’avec Le Réveil, des associations qui sont sur des valeurs communes aux nôtres puissent avec nous les exprimer. Quand on voit le rôle que veut faire

jouer à la Fondation mémoire le gouvernement, on ne peut être qu’inquiet de l’impact que cela peut avoir sur des associations en difficulté qui peuvent voir la Fondation mémoire comme une solution. Mais la Fondation mémoire c’est la volonté du gouvernement de mettre la main sur l’utilisation, la construction, la diffusion et la maîtrise de la mémoire. C’est une mainmise sur la pensée et la mémoire collective. Le Réveil, dans notre volonté de rassemblement du mouvement combattant, peut permettre aux associations de continuer d’exister, de porter leurs valeurs, leur force spécifique d’activité, d’action, il doit être ouvert à ces associations en leurs accordant si elles le souhaitent, une place dans notre mensuel.

Pourquoi un cahier mémoire ? Parce que le travail sur la mémoire, c’est non seulement un besoin pour nous, mais c’est aussi notre responsabilité

politique à l’égard de ce qui se passe en France. La mémoire est l’enjeu d’une bataille idéologique puissante pour maîtriser une conception de l’histoire, pour maîtriser la construction de la pensée. Pourquoi ? Parce que connaître son histoire, c’est aussi pouvoir mieux comprendre la situation présente et mieux pouvoir aspirer à construire autre chose. De l’ignorance du passé naît l’incompréhension du présent. L’histoire ne se répète jamais totalement, mais elle a tendance quand même à ce que les mêmes questions se répètent de façon récurrente. On a comparé la crise de 2009 à celle de 1929, même si les causes ne sont pas exactement les mêmes. La compréhension d’hier nous permet de dire ce qu’a dit Anicet Le Pors, au congrès, que ce qui a été un amortisseur pour la France, de la crise en 2009, ce sont les services publics que nous avons mis en place en Avril  2010 - N°761 - LE RÉVEIL

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LE RÉVEIL vie de l’arac

cœur de l’actualité dans les combats du moment. Comme on ne vit pas en vase clos, il faut que Le Réveil soit aussi un endroit de confrontation, de bataille d’idées, d’échange avec d’autres et donc, lieu de convergence de combats communs. La preuve, c’est qu’avant même que ne soit lancé le débat sur l’identité nationale, nous avons lancé le débat sur la nation et les valeurs républicaines. Vous noterez le lien entre les deux, quand ce débat a été décidé, nous avons cherché des textes considérés comme fondamentaux pour le lancer et y réfléchir. Ainsi à notre manière, nous avons pesé dans le débat politique, à partir de nos valeurs.

Le Réveil, porteur de nos valeurs

1945, et qui n’existaient pas en 1929. Je fais ce lien pour bien montrer comment la compréhension d’hier nous permet de peser sur les choix d’aujourd’hui. Le cahier mémoire a une vocation : correspondre à nos préoccupations, certes, mais de nous adresser au monde enseignant. Nous n’avons pas assez de culot de ce point de vue là. Les enseignants sont à la recherche d’éléments leur permettant de contrer, d’améliorer les contenus officiels qu’ils ont pour développer leurs cours d’histoire. Le cahier mémoire, il nous faut l’améliorer. D’ailleurs Raphaël Vahé avait fait une proposition : créer une sorte de comité pédagogique autour du cahier mémoire de manière à ce qu’il puisse être utilisé le plus possible dans les collèges et lycées, et qu’il soit un vecteur pédagogique de transfert de la mémoire vers les jeunes générations. Il n’est pas pour nous, ce cahier mémoire, il est pour aller vers les jeunes et les générations à venir qui ont besoin de connaître les combats et nos batailles. En ce sens, je crois que Le Réveil, c’est aussi, même si on doit l’améliorer, un 22 -

LE RÉVEIL - N° 761 - avril 2010

élément décisif de la formation et de l’intelligence collective de l’Association républicaine des anciens combattants.

Les droits Je remercie André Fillère sur l’apport des pages droits, parce que j’en ai découvert l’enjeu, en arrivant à l’ARAC. Quand on parle de lieux de formation, que cela soit sur les questions des droits, les questions internationales, les questions nationales, la connaissance des valeurs de l’ARAC, notre journal est ce lieu de formation. C’est l’objectif du Réveil pour que nous soyons des militants actifs. Avec Le Réveil, nous devons amener les éléments pour décortiquer, comprendre et analyser les grands enjeux politiques, économiques, sociaux et humain de la planète. Tout ce qui est humain est une question importante pour nous, car toute atteinte à la valeur humaine crée les conditions de guerre. Mais l’important pour nous, on l’a vu tout au long du congrès, c’est que nos valeurs, si elles étaient hier en lien avec l’actualité de l’époque, le sont toujours autant aujourd’hui, car elles sont au

Je crois qu’on peut dire en trois ou quatre mots que Le Réveil c’est l’ossature de notre organisation, de notre bataille, de nos valeurs et de nos conquêtes de nouvelles générations. Le Réveil doit être une préoccupation, un effort collectif parce que sans vous et sans les départements, on ne pourra pas le faire vivre avec cette ambition. Il nous fait orienter aussi Le Réveil vers la prise en compte des OPEX. Pour qu’il devienne le lieu d’échanges de rencontre de ces gens, qui aujourd’hui sont, pour nombre d’entre eux, au ban de la société du fait du comportement de l’État. Enfin nous devons mesurer le rôle d’éducateur du Réveil où, en plus des éléments de réflexions, d’analyses, nous devons faire vivre l’utopie, pour faire vivre l’espérance qu’une autre vie, qu’un autre monde sans guerre entre les êtres humains est possible. Je pense comme vous, c’est important, l’utopie, c’est quoi, c’est qui ? C’est les jeunes soldats qui, en 1917, ont pensé qu’il fallait s’organiser pour ne plus reproduire cette boucherie et ont créé l’ARAC. C’est en 36, ceux qui ont permis qu’on puisse avoir d’autres rapports humains dans les entreprises et ont fait face a la montée du fascisme. L’utopie, c’est ceux qui ont eu le courage


vie de l’arac LE RÉVEIL

en 39/40 et après de rentrer en résistance au moment où notre pays était recouvert d’une couverture noire et qui pensaient qu’en se battant, on pourrait venir à bout du nazisme et ouvrir la voie à la liberté. L’utopie c’est ceux qui, au Conseil national de la Résistance, ont décidé sous la botte nazie, de créer un programme qui a construit la France d’aujourd’hui. L’utopie, c’est ceux qui, en 68, se sont battus et qui ont obtenu de très grandes avancées comme en 1945, des droits des travailleurs. Enfin l’utopie, c’est celui qui pense que la société de demain mérite d’être construite autrement que celle qu’on veut nous imposer. Le Réveil doit être porteur de cette démarche auprès des jeunes, surtout dans un pays où les nouvelles générations vivent plus mal que les générations qui nous ont précédés, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité. Il est de notre responsabilité à nous, avec l’ARAC, de faire vivre dans ces générations nouvelles l’idée qu’on peut mettre en place autre chose que ce qu’on subit aujourd’hui de plus en plus durement. Personne, jeune, homme, femme, ne

peut s’engager sans comprendre les tenants et les aboutissants, les raisons et les responsabilités d’une situation. Le problème, ce n’est pas de subir mais d’essayer de comprendre pour développer l’espoir, pour développer la lutte. Nous avons une responsabilité en terme d’éducation, en terme de compréhension, en particulier pour que les gens aient le plus possible d’éléments de compréhension en main et qu’ils construisent un autre avenir. Je crois que c’est cela aussi les valeurs que l’on doit porter en permanence. Je terminerai par une formule, car je crois que les formules ça compte aussi : s’attaquer à la misère humaine et aux inégalités, c’est s’attaquer à ceux qui rendent le monde dangereux, c’est le débat d’hier, c’est le combat d’aujourd’hui, c’est la lutte de demain. Je crois que Le Réveil est au cœur de tout cela. Patrick Staat

Notre camarade André Guillery nous a quittés André était né à Paris le 12 septembre 1929. Il allait donc avoir 89 ans en septembre prochain. Entré très jeune à la RATP, il avait été membre et dirigeant des Cadets de la RATP, syndicaliste CGT et membre de la section du PCF de ce service public. En 1968 il adhère à l’ARAC et en devient le secrétaire général de la section de la RATP. Retraité, il s’installa à Viviers-sur-Rhône, en Ardèche et devint peu après le secrétaire général du comité départemental de l’ARAC, puis le président. Entre temps il fut élu au Bureau national de l’association dont il resta membre plus de 10 ans. Il était aussi membre des Amis de l’ANACR, avait reçu la Médaille des Chemins de Fer RATP, été fait Chevalier du Mérite agricole. Le Bureau national de l’ARAC tient à lui rendre hommage et présente ses condoléances à son épouse et à ses proches en leur exprimant l’amitié et la solidarité de ses membres.

NOS PEINES avril 2010 Le Réveil des Combattants adresse aux familles et aux amis de nos camarades décédés ses sincères condoléances. ALLIER (03) Moulins : Pierre CLUZEL, AC 39-45. GARD (30) Cévennes : Bernard MIEL, AC ATM. Vallée d’Auzonnet : François BARBERAN, AC 39-45. HERAULT (34) Montpellier : Gérard DALMASSO 69 ans, AC ATM. André GALABROU, 76 ans, AC ATM. Claude PEITEBI, 91 ans, AC 3945. Sète : Emile BROUSSE, AC 39-45. LOIRE (42) Saint-Étienne : Marcel SOMMACAL, 82 ans, secrétaire juridique départemental pendant de nombreuses années puis président de la section durant 10 ans.

LOIRE-ATLANTIQUE (44) Vertou : Paul MARION, 83 ans, AC 39-45 MEURTHE-ET-MOSELLE (54) Villerupt : Gilbert CALZUOLA, 84 ans, AC 3945, trésorier départemental. NORD (59) Somain : Octave BERNARD, 95 ans, AC 39-45. Ferdinand POLLARD, 87 ans, Résistant. PYRENÉES-ORIENTALES (66) Perpignan : Dario AMADORI, 88 ans, AC 39-45 RHONE (69) Villeurbanne : Henri MATHIEU, 95 ans, AC 39-45.

Saint-Vallier : Roland VILLEBOEUF, 74 ans, AC ATM. Isolés : Raymond LOUIS, 75 ans, AC ATM. YVELINES (78) Trappes : André DESLANDES, 84 ans. VAUCLUSE (84) Montfavet : René ROGER, AC Indochine et ATM. SEINE-SAINT-DENIS (93) Noisy-le-Sec : Mme Raymonde CERCEAU. Romainville : Mme Marie-Rose DA SILVA, veuve.

SAONE-ET-LOIRE (71) Chalon-sur-Saône : Robert CHOLLET, 92 ans, AC 39-45. avril  2010 - N°761 - LE RÉVEIL

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LE RÉVEIL vie de l’arac

Des initiatives pour l’ARAC

et son renforcement Lors de notre 54 e Congrès, les délégués(es) ont unanimement décidé de relancer notre campagne Combat pour la Paix, combat pour la vie. Ce vœu doit se traduire dans l’action de chaque jour de notre association par l’organisation de multiples activités. Bien évidemment en premier lieu, un compte rendu du Congrès avec la participation d’un membre du Secrétariat ou du Bureau national. Mais, bien audelà de cette assemblée indispensable à la bonne vie de nos comités et de nos sections, l’imagination doit être d’actualité. Partout soyons présents aux différentes commémorations mais aussi, n’oublions pas les atteintes portées par le pouvoir actuel aux acquis du programme du CNR et faisons voir et entendre haut et fort la voix de l’ARAC et les nombreuses revendications du monde combattant. Imaginons un autre avenir, pour faire mieux connaître l’ARAC, (concours de pèche, concours de pétanque, sorties, voyages, visites de lieux historiques ou de mémoire et combien d’autres activités…) C’est avec cela que l’ARAC, à tous les niveaux de responsabilité, s’assurera que chaque adhérente et adhérent soit bien en possession de sa carte 2010. Redoublons d’efforts afin d’éviter tout risque de perdre un adhérent par oubli ou négligence. Un maximum d’initiatives permettra le renforcement de l’ARAC et, avec notre journal Le Réveil des Combattants, faisons adhérer les combattants de la paix et de l’amitié. Allons sans crainte au-devant des anciens combattants, de leurs familles, de tous nos amis(es), proposons l’adhésion avec fierté pour nos justes revendications et une audience encore plus large.  Claude Delevacq 24 -

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Pacifistes à l’île Longue

L’ARAC présente au rendez-vous des pacifistes de l’île Longue pour l’abolition des armes nucléaires. Étape de Creuzon (Finistère) de la Marche pour la paix et le désarmement nucléaire. L’île Longue concentre 95 % des armes nucléaires française. 200 délégués de notre pays seront présents à New-York avec des milliers de pacifistes du monde entier qui manifesteront à l’ONU. Plusieurs membres de notre association seront présents, dont Claude Delevacq, secrétaire général de l’ARAC.

ONAC

Les personnel des neuf écoles de reconversion professionnel de l’ONAC en grève contre la mise en place de la fondation privée, manifestent devant le Cercle national des armées, le 3 février 2010.

Dordogne

La cérémonie annuelle du monument du Sablou en Dordogne a eu lieu le samedi 10 avril 2010. Organisée par l’ARAC, l’ARDIEP, l’ANCAC, la FNDIRP, la FMD, cette cérémonie permet de contribuer à ce que les souffrances, les engagements de ces hommes arrêtés par le gouvernement de Vichy ne tombent pas dans l’oubli et l’indifférence.


vie de l’arac LE RÉVEIL

Vaucluse Finistère

Participation de l’ARAC du Finistère aux cérémonies de la Déportation (monument de la déportation).

Le 27 février dernier sous la présidence du maire de Morières-les-Avignon, en présence d’une centaine de camarades et d’amis de l’ARAC, Georges Doussin a remis la médaille d’or des Mérites civiques à Lucien Larguier, président départemental, et la médaille de bronze à Roland Thomas, secrétaire général.

Monument aux morts Vaucluse le 24 avril 2010

Vauhallan (91)

Deux journées organisées par l’ARAC de Vauhallan (91) et le Comité pour le Village de l’Amitié de l’Essonne ont rassemblé près d’une centaine de personnes sur le thème « Guerre d’Indochine et Village de l’Amitié à Van Canh ». Cette initiative a reçu le soutien de son Excellence Le Kinh Tai, ambassadeur du Vietnam, de Roger Martinache, maire de Vauhallan, et de Thomas Joly, conseiller général de Verrières-leBuisson.

Val-de-Marne

L’ARAC de Villejuif aux cérémonies locales du 65e anniversaire de la libération des camps.

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LE RÉVEIL Vos droits

Réforme constitutionnelle

Tout justiciable peut saisir le Conseil constitutionnel Pour la première fois, le Conseil Ce sont ceux figurant dans la consti- Le refus par la juridiction de première instance ou par la Cour d’appel ne peut tution du 4 octobre 1958 telle que moconstitutionnel installé dans l’aile difiée à plusieurs reprises et les textes être contesté qu’à l’occasion d’un apMontpensier du Palais Royal à Pa- auxquels renvoie la constitution de pel ou d’un pouvoir en cassation. Le refus par le Conseil d’État ou la ris va, depuis sa création en 1958, 1958. Cour de cassation n’est susceptible • Pourquoi ce qualificatif de « prioritenir des audiences publiques et taire » ? d’aucun recours. ce grâce à l’entrée en vigueur de Lorsque la question de constitutionna- • Déroulement de la procédure devant la réforme permettant à tout jus- lité est posée devant une juridiction de le Conseil constitutionnel La question prioritaire de constitutionpremière instance ou une Cour d’apticiable de le saisir. Jusqu’alors, la pel, la question doit être examinée nalité (QPC) doit être jugée dans un saisine du Conseil constitutionnel sans délai. délai de 3 mois. Elle sera évoquée lors d’une audience retransmise en audio• N  écessité ou non de prendre un avoétait réservée au pouvoir exécutif, visuel et diffusée en directe dans une cat ? aux présidents des deux assem- Devant une juridiction ou la représen- salle ouverte au public dans l’enceinte blées et à un groupe d’au moins tation par un avocat est obligatoire, la du Conseil constitutionnel. Par contre le délibéré se tiendra à huis clos. question prioritaire de constitutionnasoixante parlementaires. Le règlement intérieur adopté par le Conseil constitutionnel pour répondre à l’élargissement de la saisine a été publié au Journal officiel en même temps que le décret détaillant les conditions dans lesquelles les justiciables pourront s’adresser à lui (décret n° 2010-148 du 16 février 2010 portant application de la loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009, relative à l’application de l’article 61-1 de la constitution). Ce règlement intérieur organise la mise en œuvre de la « question prioritaire de constitutionnalité », nouvelle possibilité offerte aux citoyens par la réforme constitutionnelle de juillet 2008. La question prioritaire de constitutionnalité (QPC) est « le droit reconnu à toute personne partie à un procès et à une instance, de soutenir qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la constitution garantit ». Des précisions sont nécessaires quant à cette définition. • Disposition législative Texte essentiellement voté par le Parlement (loi organique ou ordonnance ratifiée par le Parlement). • Droits et libertés que la constitution garantit 26 -

LE RÉVEIL - N° 761 - avril 2010

lité ne peut être posée que par un avocat. En revanche devant les juridictions ou une partie peut exercer elle-même sa défense, cette partie peut déposer directement une question prioritaire de constitutionnalité. • La saisine directe du Conseil constitutionnel par le justiciable est-elle possible ? La réponse est négative. C’est la juridiction saisie de l’instance qui procède sans délai à un premier examen. Si les conditions légales sont remplies, la juridiction transmet la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d’État ou à la Cour de cassation. • Trois conditions sont à remplir pour que la question prioritaire de constitutionnalité puisse être adressée au Conseil constitutionnel : - la disposition législative critiquée est applicable au litige ou à la procédure ou bien constitue le fondement des poursuites, - la disposition législative critiquée n’a pas été déclarée conforme à la constitution par le conseil constitutionnel, - la question est nouvelle ou présente un caractère sérieux. • Que faire en cas de refus de saisir le Conseil constitutionnel ?

• Quelles seront les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel ? Si le Conseil constitutionnel dit la disposition législative conforme à la constitution, cette disposition conserve sa place dans l’ordre juridique interne. La juridiction saisie du litige doit l’appliquer, à moins qu’elle ne la juge incompatible avec une disposition législative contraire à la constitution ; la décision aura pour effet d’abroger cette disposition. Elle disparaîtra de l’ordre juridique français. • Date d’entrée de la réforme 1er mars 2010. Elle est applicable aux instances en cours, mais seules les QPC présentées à compter du 1er mars 2010 dans un écrit ou un mémoire distinct sont recevables.

En conclusion, il faut attendre les premières décisions pour savoir si cette réforme constitutionnelle est réellement une avancée dans la défense des droits des citoyens ou un simple leurre, compte tenu du domaine restreint qui lui est réservé et des conditions limitatives de son application.


Vos droits LE RÉVEIL

Opérations extérieures Un arrêté ministériel du 31 décembre 2009 apporte un certain nombre de mises à jour quant aux durées retenues pour les opérations extérieures suivantes : •A  fghanistan, pays et eaux avoisinantes, notamment le Kirghizstan, les opérations « Héraclès », « Pamir » et « Epidote ». fin de période actuellement retenue : 2 octobre 2011. • Bosnie-Herzégovine  Mission de police européenne (MPUE) : du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2009. • Côte d’Ivoire et ses approches maritimes Opérations « Licorne » et « Calao » (ONUCI) : 19 septembre 2002 au 17 septembre 2010. • Gabon Du 2 juin 2003 au 1er juin 2011. • Kosovo Mission des Nations unies (MINUK) : du 10 juin 1999 au 9 juin 2009 • République du Liban et Israël, pays et eaux avoisinantes Opérations « Daman » (FINUL) et « Baliste » : 2 septembre 2006 au 31 août 2010. • Ouganda 2 juin 2003 au 1er juin 2011 • République Centrafricaine - 1ere période : 20 septembre 1979 - 19 septembre 1982, - 2e période : 18 mai 1996 - 17 mai 1999, - 3e période : 3 décembre 2002 au 2 décembre 2010. • Opération Boali (menée au titre de la police des Nations unies - MINURCAT) - 1ere période : 25 septembre 2007 - 24 septembre 2008, - 2e période : 15 mars 2009 au 14 mars 2011. • République Centrafricaine et pays avoisinants : Tchad Opération EUFOR Tchad/RCA : 28 janvier 2009 au 27 janvier 2011 • République démocratique du Congo

Opérations « Mamba » et MONUC : 2 juin 2003 au 1er juin 2011. •T  chad et pays avoisinants Opération de la police des Nations unies (MINURCAT) - 1ere période : 25 septembre 2007 au 24 septembre 2008, - 2e période : 15 mars 2009 au 14 mars 2011. Opération EUFOR Tchad/RCA, territoire du Tchad, de la République Centrafricaine et pays avoisinantes : 28 janvier 2009 au 27 janvier 2011. • Ex-Yougoslavie (nouvelle appellation) - Yougoslavie, Slovénie, Croatie, pays limitrophes et eaux avoisinantes : 1er janvier 1992 - 31 décembre 1994

- Forces multinationales en ex-Yougoslavie, pays limitrophes et eaux avoisinantes, opérations « Trident », « Astrée » et « Proxima » : 1er janvier 1995 - 31 décembre 2009.

Ceci étant… Les listes d’unités combattantes n’étant toujours pas publiées, pas plus que le décret en Conseil d’État chargés de définir les critères d’attribution… les OPEX attendent toujours que leur soit reconnue la qualité de combattants avec la carte qui la justifie. Combien de temps encore ce scandale va-t-il durer ? Qu’attend le gouvernement ? Il est bien de demander aux associations des candidatures OPEX pour créer la nouvelle Commission nationale d’attribution de la carte du combattant. Mais faute de celle-ci… ils ne peuvent pas y siéger ! Le gouvernement se moquerait-il d’eux ? Avec les OPEX, revendiquons leurs droits à réparation à part entière !

OPEX

Chômeurs et sans ressources ! Lorsqu’ils quittent l’armée « de façon involontaire » (fin de contrat, par exemple), les anciens militaires qui n’ont pas retrouvé d’emploi dans le civil ont droit à des indemnités chômage censées être assurées de façon spécifique par le ministère de la Défense. En 2009, la Défense a consacré 98,2 millions d’euros à indemniser ses anciens salariés (110,2 millions d’euros avec les gendarmes). Soit, pour les seuls anciens militaires, 8 191 personnes touchant cette allocation. Seulement, d’autres restent sur le sable et attendent depuis six ou sept mois de toucher ce chômage, ce qui les met dans des situations financières inextricables. La cause de ces « retards » incomberait au CTAC de Bordeaux (Centre territorial d’administration et de comptabilité) où s’accumulent les dossiers (15 000 nouveaux en 2009) et s’allongent les délais de traitement.

Déjà, fin 2008, le député Maxime Gremetz (PCF) avait interpellé le ministre de la Défense quant à cette situation qui, selon lui, « perdure depuis plus d’une décennie ». En vain… Aujourd’hui, certains de ces anciens soldats s’apprêtent à saisir les tribunaux administratifs pour obliger l’armée à leur payer l’indemnité due… en exigeant, en plus, le dédommagement du préjudice subi. La justice contre l’Armée… Engagezvous, l’armée vous apprend un métier. Et, si vous devenez chômeur, que faitelle de votre dignité ?

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LE RÉVEIL Vos droits

Carte du combattant aux OPEX, Campagne double…

Deux dossiers décisifs

Conformément aux orientations en matière de défense du droit à réparation du 54e Congrès national de l’ARAC exposées dans le rapport d’ouverture du secrétaire général Claude Delevacq, approfondies dans l’intervention d’André Fillère, vice-président honoraire, adoptées à l’unanimité après un vaste débat nourri par les résolutions et vœux émanant des congrès départementaux, l’ARAC s’engage sans attendre dans l’action à quelques semaines de l’ouverture de la discussion budgétaire ACVG 2011. Première étape : la lettre de doléances que la direction nationale a envoyé à Hubert Falco, le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants. Monsieur le Ministre, Nous vous accusons réception de la copie de votre courrier du 14 courant destiné aux préfets relativement aux Diplômes d’honneur destinés aux combattants de l’Armée française 1939-1945 et nous vous en remercions. Nous en avons pris connaissance avec attention et nous prenons acte du caractère symbolique de cette démarche, même si nous estimons que les anciens combattants concernés auraient préféré une mesure identique à celle prise en faveur de leurs pères de 1914-1918, à savoir l’attribution de la Légion d’honneur. • Nous avons pris note que cette mesure : - sera mise en application par les maires et nous pouvons vous assurer que notre association fera en sorte que le mouvement anciens combattants soit systématiquement et pleinement associé à cette démarche, avec le souci de lui conserver un caractère patriotique éloigné de toute manœuvre politicienne ou électoraliste au cours des périodes à venir, riches en élections diverses, - concernera les anciens combattants percevant la retraite du combattant, donc ayant la carte du combattant, étant toujours en vie et demeurant aux adresses indiquées sur les listes transmises aux services départementaux de l’ONAC. 28 -

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• Par contre, une telle disposition, alors que le gouvernement entend célébrer en 2010 les combats de 1940, écartera tous les combattants qui, à cette époque et compte-tenu de la rapidité des combats, n’ont pu obtenir la carte du combattant. Ont-ils démérités  ? Certes non… D’ailleurs, une mesure a été prise pour leur attribuer un Titre de reconnaissance de la Nation. Il serait donc particulièrement injuste de les écarter du bénéfice de ce Diplôme d’honneur. Les services départementaux de l’ONAC ayant eu la charge d’attribuer ces TRN, un croisement entre leur fichier et celui des « diplômés » prévus devrait permettre de corriger cette lacune. Nous vous demandons, par conséquent, que soient données des instructions pour une telle extension de cette démarche.  • Par ailleurs, ll existe toujours d’anciens résistants qui n’ont pu obtenir ni la carte volontaire de la Résistance, ni la carte du combattant au titre de la Résistance et qui, pourtant, ont été décorés pour faits de Résistance. Vont-ils être écartés de ce Diplôme d’honneur ? Nous attendons d’être rassurés par vous quant à leur sort. D’autres cas d’espèces existent sans doute au plan de certains PG, d’internés politiques, etc. Allez-vous, Monsieur le Ministre, autoriser au niveau départemental le

règlement de tels litiges et l’élargissement au TRN de l’attribution de ce diplôme ? • S’agissant des réfractaires au STO : depuis des années, le Mouvement anciens combattants, consulté par vos prédécesseurs, s’est prononcé unanimement pour l’attribution du TRN aux réfractaires au STO. Où en êtes-vous de cette démarche ? Et sous quelles formes ces réfractaires au STO pourront-ils bénéficier de l’attribution de ce Diplôme d’honneur 1939-1945. • Enfin, s’agissant de la carte du combattant : vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Ministre, les difficultés rencontrées pour la constitution de la Commission nationale d’attribution de la carte du combattant, compte tenu du peu de combattants des OPEX titulaires de cette carte. Or, depuis deux ans, un décret en Conseil d’État devant établir les critères d’attribution de la carte du combattant aux OPEX est en attente des signatures interministérielles permettant sa parution. Pouvez-vous indiquer où vous en êtes sur cette question et quand ce décret sera-t-il publié ? Pouvez-vous également nous faire savoir où en est le gouvernement quant à l’attribution de la carte du combattant aux militaires arrivés en Algérie avant le 2 juillet 1962 et ne totalisant pas les 120 jours de présence requis avant cette date ?


Vos droits LE RÉVEIL

• Quant à la campagne double, une décision du Conseil d’État vient d’intimer au gouvernement d’avoir à en accorder le bénéfice aux Anciens Combattants en Afrique du Nord (1952-1962), fonctionnaires, travailleurs de l’État et assimilés. L’État dispose de quatre mois pour cette mise en œuvre. Pouvez-vous nous indiquer quelles sont les intentions du gouvernement sur cette question et quels critères de mise en œuvre envisage-t-il pour répondre au Conseil d’État dans les délais impartis ? Nous tenons à vous rappeler que, pour sa part, le Mouvement anciens combattants demande la mise en œuvre de la première hypothèse retenue par l’avis du Conseil d’État du 30 novembre 2006, à savoir : une mesure générale qui conduirait à attribuer le bénéfice de la campagne double à l’ensemble des personnes ayant participé au conflit, comme ce fut le cas pour Madagascar, la Corée, l’Indochine et Suez. Monsieur le Ministre, malgré plusieurs demandes, vous n’avez pas encore répondu favorablement aux demandes d’audiences formulées par l’ARAC et sa Mutuelle. Nous regrettons ce mutisme et cette situation qui ne correspond nullement aux volontés de concertations que vous affirmez. Par conséquent, nous espérons que vous accepterez de répondre au présent courrier, voire même à lui apporter les réponses orales attendues. Nous demeurons donc en cette attente et vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de notre respectueuse considération. André Fillère Vice-président honoraire Raphaël Vahé Président National de l’ARAC

Pension d’invalidité militaire 5 % de plus pour un œil perdu Jusqu’ici, la perte d’un œil (dite monophtalmie) était, selon le guide barème des pensions PMI, indemnisée par une pension de 65 %. Aujourd’hui, les connaissances en neurosciences montrent que cette monophtalmie entraîne des troubles indéniables, plus ou moins bien compensés, des mécanismes de l’attention et du comportement. En expertise, ces troubles sont évalués à 5 % de majoration de l’affection principale, le taux de celle-ci étant donc en pratique de 70 %. Il s’agit donc d’un droit nouveau dont les intéressés peuvent désormais se prévaloir, à condition que le médecin expert qu’ils devront consulter ait mis en évidence l’existence de ces troubles et qu’ils ne proviennent pas d’autre cause que la monophtalmie. Ce qu’il devra préciser dans son compte rendu d’expertise. Le point de départ de l’indemnisation sera fixé à la date de réception de la demande, en application de l’article L.6 du code PMI. L’admission au bénéfice de cette nouvelle majoration de taux est subordonnée au dépôt d’une demande en ce sens

lorsque l’intéressé est déjà pensionné pour perte de la vision d’un œil. Pour toute démarche, se référer à l’Instruction ministérielle n° 5592/DSPRS/ DAGE/BERG relative à l’indemnisation de l’asthénopie.

Rente viagère mensuelle des orphelins des victimes de la barbarie nazie ou des persécutions antisémites Deux arrêtés ministériels en date du 26 mars 2010 ont modifié le montant de la rente viagère mensuelle que touchent les orphelins relevant des décrets du 13 juillet 2000 (persécutions antisémites) et du 27 juillet 2004 (actes de barbarie nazie). A partir du 1er janvier 2010, cette rente est portée, dans les deux cas, à 480,50 euros par mois.

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LE RÉVEIL magazine

Missak, l’enfant de l’Affiche rouge

Didier Daeninckx à la Fête de l’Humanité en 2006

Alors même que sortait sur les écrans le film L’armée du crime, paraissaient un roman, Missak de Didier Daeninckx et un album pour enfants, Missak l’enfant de l’Affiche rouge de Didier Daeninckx et Laurent Corvaisier. L’album est en deux parties : une BD, puis un court récit documentaire, Missak Manouchian et les immigrés résistants de l’Affiche rouge, avec photos d’archives ou prêtées par la famille de Missak et Mélinée. C’est un outil de qualité pour les passeurs de mémoire collective. Cette articulation permet de mettre cet ouvrage entre les mains des plus jeunes aux plus âgés, et de rappeler la courte vie (1906-1944) d’un jeune Arménien fuyant la guerre dans son pays, réfugié à Marseille, puis devenu héros et martyr de la Résistance française. C’est une double trajectoire, celle de l’homme sensible, poète, ami des peintres et celle du citoyen engagé que le livre met à la portée des enfants. L’album est conçu autour d’un jeu de volets qui se déplient pour donner d’avantage d’ampleur aux illustrations. Peintures en couleurs et dessins à l’encre de chine s’entremêlant, les images colorées évoquent les moments heureux de la vie de Missak, tandis que celles au trait noir disent les temps de guerres et de luttes.

Les unes et les autres peuvent se répondre de pages en pages. Par exemple, lorsque Missak rédige sa dernière lettre, le jour de son exécution par les nazis au Mont-Valérien. Arrêté, torturé, il écrit à sa femme Mélinée des mots sans haine, délibérément tournés vers la vie, qui seront mis en poème par Louis Aragon en 1955 et chantés par Léo Ferré. « Je meurs en moi sans haine contre le peuple allemand… Et quand tout sera fini, plus tard en Erevan Je te dis de vivre et d’avoir un enfant » Cette lettre, reproduite in-extenso, grandeur nature, dans la seconde partie de l’album, clôt l’album BD par deux double volets marquant à la fois la mort des noirs corbeaux, l’azur de l’espérance entrant entre les barreaux et, surtout, un message d’espérance en couleurs, un acte de foi en l’amour et en la vie, un acte de foi en l’avenir de l’homme libéré.

Missak, de Didier Daeninckx, Éd. Perrin Missak, l’enfant de l’Affiche rouge, de Didier Daeninckx et Laurent Corvaisier, Éd. Rue du Monde, 17 euros

Un manifeste pour la liberté des hommes et des peuples Le 8 avril dernier, dans une des salles du Sénat, sous la présidence de notre ami Guy Fischer, vice-président du Sénat, nos amis de l’ACCA (Agir contre le colonialisme aujourd’hui) lançaient solennellement ce Manifeste. Nous y étions présents Raphaël Vahé, notre président national, et moi-même. Dès son introduction, l’ACCA annonce les directions de la lutte anticolonialiste à notre époque : lutter contre le révisionnisme historique qui tente de justifier le colonialisme français (rappelons-nous la loi du 23 février 2005), lutter pour la dissolution des années coloniales 30 -

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opérant actuellement en Afrique, en Afghanistan et au Proche-Orient), lutter pour soutenir les combats des peuples qui tentent d’obtenir leur souveraineté politique (Irak, Afghanistan, Palestine, Sahara Occidental) ou économique (Venezuela, Bolivie, Équateur, Brésil).


VIEMagazine DE L’ARAC LE RÉVEIL

Puis suit une véritable histoire de la colonisation, du XVIe siècle à nos jours. Cette histoire se termine par la néo-colonisation (de 1960 à 1990), sur la base des politiques économiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et par la Banque mondiale, véritable esclavage pour les pays dits décolonisés. Et depuis 1980, l’action militaire des pays développés est devenue l’instrument direct de reconquête et d’implantation pour avoir la maîtrise totale sur les réserves d’énergie : l’attaque de Panama, l’invasion de la Somalie, le bombardement de la Serbie, la guerre d’Irak et l’encerclement de l’Iran qui, jusqu’à maintenant, a échappé au contrôle, sont l’expression dramatique de cette stratégie de dictature économique de l’impérialisme mondial. Et les hommes au pouvoir de notre pays s’efforcent d’être parmi les meilleurs artisans de cette politique d’écrasement des peuples, victimes de cette domination meurtrière.

A cette politique qui met en péril toute l’humanité, le manifeste donne les moyens de résistance à mettre en œuvre par tous les humanistes de la terre. Au plan national, dissoudre toutes les bases militaires françaises installées dans les pays étrangers pour voir l’armée française uniquement utilisée pour la défense du territoire national ; et pour assurer la survie de l’humanité, établir de nouveaux rapports internationaux fondées sur le principe de l’égalité entre les États. Le manifeste se termine par ces lignes : « Le droit à réparation des injustices commises, l’annulation de la dette, l’évacuation immédiate de toutes les armées étrangères sont des préalables à une vraie coopération future, à des échanges mutuels authentiques, seuls gages de paix et de progrès pour les peuples du monde. » L’ARAC ne peut que faire sien un tel manifeste. Aussi, immédiatement, lors de cette présentation au Sénat, nous avons exprimé non seulement notre plein ac-

cord mais également notre volonté de nous faire, aux côtés de l’ACCA, les propagandistes des analyses et des propositions défendues par le manifeste. Nous sommes même convenus d’initiatives communes pour le populariser et en faire un texte de référence dans nos luttes pour la paix, pour la défense des idéaux républicains de liberté, d’égalité et de fraternité pour tous les peuples du monde. Cet engagement a été pris au niveau national. Il appartient maintenant à toutes les structures locales et départementales de l’ARAC de le réaliser. La première étape est de commander le manifeste, de le lire et de le diffuser. Georges Doussin

Manifeste pour la condamnation du colonialisme et de ses crimes, pour l’instauration de nouveaux rapports mondiaux - ACCA - 28 rue VictorHugo - 92240 Malakoff - 1 euro minimum.

Exilés : collaborer ou résister ? Georges Bartoli, né à Béziers en 1957, est fils, petit-fils, neveu de combattants de l’armée républicaine espagnole exilés en France lors de la défaite du gouvernement de Frente populare, agressé par Franco, Hitler, Mussolini et lâché par les gouvernements français et anglais. Malgré les Brigades internationales venues à leur secours, ces Espagnols durent subir l’exode et l’exil. Joseph Bartoli a dessiné le terrible sort de ces familles républicaines derrière les barbelés des camps de concentrations français de Bacarès, Rivesaltes, Agde, Bram, SaintCyprien, Argelès-sur-Mer. Dans un livre intitulé La Retirada (exode et exil des Républicains d’Espagne), Georges Bartoli commente les terribles dessins de guerre de son oncle. Grand reporter-photographe pour la télévision française, il s’est ensuite trouvé à son tour « embarqué sur les terrains de conflits auprès des nouveaux exilés des guerres modernes, de Bosnie et d’ailleurs ».

Il témoigne à sa façon contre la politique des Sarkozy, Besson et autre Hortefeux : « Je n’ai aucune prétention d’historien, je raconte leur tragédie avec le regard subjectif du photographe fils d’exilé (…). En tant que reporter, j’ai ressenti le besoin d’aller en Yougoslavie, en Palestine, pour rencontrer des gens qui se sentent exilés sur leurs propres terres. Ce n’est pas un hasard si je me sens proche des Palestiniens ou des Kurdes. Ce sont tous des invisibles, des indésirables ou des vaincus de l’Histoire. Tous ces exilés des « guerres modernes » ont en commun le sentiment de trahison et l’obsession des racines perdues. Les Palestiniens qui sont partis au Liban, après les guerres de la Naqba en 1947, imaginaient revenir au pays six mois après. Depuis soixante ans, depuis que l’ONU a installé des tentes, ils vivent dans des bidonvilles que l’on appelle encore des camps. Ce qui me fascine dans l’exil, comme dans la mort, c’est la vitesse et la brutalité avec

lesquelles une vie entière peut basculer. Ma mère a quitté Barcelone en chemise de nuit, abandonnant sa maison pour un camion qui a roulé jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence. Ta vie, c’est rien, c’est ce que tu portes sur toi, une couverture ou un baluchon. Qu’il soit politique ou économique, chaque exil est noble. Il n’est pas plus illégitime de fuir la misère que de fuir la répression. Le Ghanéen sans papiers qui arrive avec son pauvre sac de Gibraltar est tout aussi magnifique que le soldat de la liberté, vaincu par le fascisme. J’ai retenu de mon oncle et de mon père un principe de vie : collaborer ou résister face à l’Histoire ?  Je crois qu’on a toujours le choix. »

La Retirada de Georges Bartoli, Éditions Actes Sud BD - 18 euros.

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RASSEMBLEMEnT nATIonAL DE L’ARAC

Samedi 29 mai 2010 à 9h30 Chartres (Eure-et-Loir) Pèlerinage de mémoire 18 juin 1940 - 21 mai 1943

PRoGRAMMe 9h30

• Accueil des participantes et participants dans l’Hôtel de ville - salle Marceau

10h00

• Salut du représentant de la municipalité • Hommage à Jean MOULIN qui fut préfet d’eure-et-loir, délégué du général de Gaulle en France occupée, premier président du Conseil national de la Résistance, par Paul Markidès, vice-président national de l’ARAC, chargé de la Mémoire et de la Citoyenneté et de l’uFAC.

• Prestation des jeunes • le travail de Mémoire, une exigence universelle, par Raphaël vahé, président national de l’ARAC

11h00

• Dépôt de gerbes au monument Jean Moulin et recueillement

11h30

Réception de Jean-Pierre Gorges, député-maire de Chartres et de la municipalité à l’Hôtel de ville

12h00

Fin du Rassemblement

STATIonneMenT DeS VÉHICuLeS Autocars : dépose des participants rue Charles Brune. Stationnement guidé par les services municipaux. Voitures particulières : parking « Cœur de la ville ».


Le Réveil des combattants 761 avril 2010