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Paul Joseph Duribreux, premier maire de Lambersart (1790-1792) Le choix de Paul Joseph Duribreux comme maire ne constitue pas une surprise car il est déjà rentier (grand propriétaire vivant de l’affermage de ses terres) et il est le représentant du seigneur du village comme intendant, le gérant de ses terres. Cette continuité politique entre Ancien Régime et Révolution est caractéristique des débuts de la Révolution dans la région lilloise. Le maire est élu pour deux ans, renouvelable une fois, les notables quant à eux sont renouvelés par moitié chaque année par tirage au sort. Ces élections nombreuses conduisent à une rapide désaffection pour la chose publique. Les démissions abondent, dues probablement à une radicalisation de la politique dès 1792 avec la Terreur. Le maire et les officiers municipaux constituent la municipalité avec le procureur. La municipalité et les 12 notables forment le conseil qui choisit un greffier, en l’occurrence l’ancien greffier royal Jacques Joseph Piérard. L’acte de décès du 3 janvier 1816 de Paul Joseph Duribreux à 74 ans à Lambersart nous apprend qu’il est né à St-André (1742 par soustraction), qu’il est mort la veille chez lui, l’un des témoins déclarants étant Aimable Bacart, instituteur de l'école du Bourg.

BULLETIN HISTORIQUE DE LAMBERSART N°4- FÉVRIER 2018 Un lieu à découvrir : l’entrée du parc de l’Hôtel de Ville, le Pré Fleuri

On peut tester l'influence de Paul Joseph Duribreux : il est désigné comme président du comité de surveillance révolutionnaire à Lambersart pendant la Terreur (1792 à 1794, le maire étant alors Noël Deleplanque). Pierre Joseph Duribreux a pour frère Pierre Philippe Duribreux, premier maire de St-André*. Ce sont les fils de Jacques Joseph Duribreux, mort à St-André et de Marie Catherine Six, morte à Lambersart.

Borne de 1792 des 250 toises autour de la Citadelle, contemporaine de PJ Duribreux (avenue Delécaux à Lambersart)

* cette commune est créée hors les murs de Lille en 1790. Son territoire fit partie de la paroisse de Lambersart à partir de 1670, quand tout St-André fut scindée en deux par l’agrandissement de Lille avec la création du quartier Royal, absorbant au sud le St-André devenu intro-muros avec son église. St-André extra muros au nord, sans église, reste lié à notre paroisse St-Calixte jusque 1850.

Recherches du comité historique Rédaction et choix photos : Claude Reynaert, Gilbert Houviez et Eric Parize Pour nous contacter : Bulletin-historique@ville-lambersart.fr Mairie de Lambersart 19, avenue Clemenceau 59130 Lambersart www.lambersart.fr/bulletin-historique Responsable de publication : Claude REYNAERT Secrétaire de publication : Eric PARIZE Impression ville de Lambersart

À gauche un pavillon près des serres, à droite un bâtiment en U à étage, de style anglo-normand. Ces bâtiments à colombages abritaient avant la réhabilitation du château du Pré Fleuri en mairie (1949-50) ce que les châtelains appelaient les communs. Toute bonne maison bourgeoise avait besoin d’une domesticité utile qu’il fallait loger. Ces annexes abritaient donc le jardinier (depuis 1904) et de l’autre le lad et le cocher, au-dessus de l’écurie et de la charrerie. Le fiacre était estampillé du blason de Roubaix, ville d’origine des Crépy. Un puits central portant la date 1911 agrémente la cour pavée. Des anneaux pour les chevaux figurent toujours sur les murs. Bienvenue au CCAS !

SOMMAIRE : p.1 insolite : le parc de l’Hôtel de Ville - dossier « le Pré fleuri, la 8° mairie » en pages centrales - p.4 : Paul Joseph Duribreux, premier maire de Lambersart


DOSSIER

LE PRÉ FLEURI :

la 8e mairie (et non la 7e !) Le château néoclassique «  Le Pré Fleuri  » est construit de 1911 à 1913 par les architectes Jean-Baptiste et Henri Maillard, fils et petit-fils de Charles Maillard, de Tourcoing. La parcelle de prairie avait été achetée par Maurice Crépy en 1895 au fermier Auguste Defives (ferme à situer sur le parking de la cantine Watteau) puis vendue en 1909 à son cousin Gabriel. Leur père respectif est Léon Crépy (décès 1906) installé au nord de Canteleu-Lambersart depuis 1889 (fondation de sa filature de coton), et son frère Eugène (décès en 1916 comme Gabriel, pris en otages par l’armée d’occupation allemande), sa filature se trouvant rue Roland à Lille-Vauban (dépôt de tramways puis de bus Transpole). Fernand Crépy, frère de Maurice, achète une autre parcelle du secteur et fait construire le château des Charmettes (mairie de 1937 à sa destruction en 1940). Le fond du parc communique avec celui du Pré Fleuri. Le château des Charmettes est achevé en 1904, déjà par l’architecte JB Maillard. Cependant Fernand décède en 1909, ce qui laisse Maurice seul aux commandes de la filature. Comme il est veuf, il s’installe dans la maison paternelle face à l’usine, rue Flament-Reboux (nom de ses grands-parents). D’où la vente de la parcelle dite « Campagne du Pré Fleuri » à son cousin. Revenons donc à Gabriel : le jardin à la française souhaité par sa femme, aménagé par le paysagiste lillois Jules Contal, ainsi que l'avenue Frémy renommée en avenue des Lilas, permettant de relier le château à l'avenue de l'Hippodrome et Lille-Vauban, sont achevés en 1913. Le parc du château des Charmettes est romantique et à l’anglaise (style paysager), tandis le jardin du Pré Fleuri à la française est géométrique et taillé. Victor Wartelle, élève de Vilmorin et Truffaut gère les massifs fleuris de narcisses, tulipes et jacinthes de Hollande. Les serres avec orangerie permettent d'avoir des fleurs en toute saison. Le goût pour la réception est sensible tout comme la recherche de confort dans ce château. Cet ensemble carré se compose d'un rez-de-chaussée, d’un étage noble et de combles à la Mansart. La brique de parement est employée en trumeau avec des tableaux en pierre rappelant les châteaux du XVIIe siècle. L'ornementation architecturale est en pierre. Les baies sont à la fois en anse de panier et en plein cintre. Les chambranles et les arcs sont soulignés. Le bâtiment principal est flanqué de deux ailes en retour d'équerre. Le corps central de trois travées comporte un avant corps à ressaut. Des colonnes ioniques supportent un entablement d'inspiration dorique, prétexte à un balcon surplombé d’un tympan à tête de Neptune et dauphins.

A gauche : arc de promenade de 1911 et château avant extension de 1982 perçant la salle à manger au centre (trois baies). A droite : vasque de jardin aux têtes de bélier, emblèmes des filateurs Crépy.

Conformément à la tradition du XIXe siècle, le rez-de-chaussée est voué à la réception. Le hall est desservi par un escalier monumental pour accéder aux étages. Les garde-corps en fer agrémentés par un feuillage en tôle reprennent les traditions du XVIIIe siècle et sont l'œuvre de l’atelier Beuque de Tourcoing. Au-dessus des portes, des tympans ornementés de coquilles Saint-Jacques encadrent des corbeilles de fleurs et des carquois, du sculpteur Allard. Le petit salon (salle Liévin) a des murs lambrissés en chêne, du menuisier Laurenge. Une cheminée engagée est placée entre deux baies en plein cintre dans le grand salon (salle des mariages). Elle est en marbre blanc, ses piédroits sont ornés de tête de bélier, symbole de la puissance de l’industrie textile. Encadrant la baie sur le jardin fleuri, un portique soutenu par des colonnes corinthiennes donne un bel effet de perspective. Les portes ornées de miroirs agrandissent l'ensemble. Le Pré Fleuri est un domaine de plus de 2 hectares. Cette propriété a été occupée par l'armée anglaise puis allemande, enfin par les réfugiés de Dunkerque. En 1945, le conseil municipal à la recherche d’une mairie décide l’expropriation. L'ordonnance est prise en 1946. Le conseil municipal entérine la procédure d'acquisition et propose un dédommagement de 4.150.000 francs à Madame veuve Crépy, amené à 8.500.000 en 1947. La location de la villa Heurtebise de l’assureur Valéry Decroix 2 avenue Foch, 7è mairie provisoire en tant de guerre, est prolongée, des tractations pour aménager le Pré Fleuri sont engagées. Le provisoire dure, Madame Crépy ergote sur le rachat des dommages de guerre. Le 21 janvier 1949 le compromis est signé avec un rachat des dommages de guerre à 45% de la valeur 1939. On procède à l'arasement des ruines du château des Charmettes, son parc restant à la ville. Le téléphone est installé en mars. L'architecte Buhrer propose un plan de remise en état. Enfin, le 24 juin, on procède au transfert progressif des services. Il n'y a pas d'inauguration officielle, décision sans doute liée à la maladie du maire, le colonel Julien Corbeil (commandant le 87è R.I.F. couvrant Maubeuge en 1939-40, il est fait prisonnier le 22 mai 1940 et enfermé à l’Oflag IV-D près de Leipzig jusque 1945. Il est décoré de la Croix de guerre et officier de la Légion d’Honneur). Il est remplacé par Marcel Caloone en 1950.


DOSSIER

LE PRÉ FLEURI :

la 8e mairie (et non la 7e !) Le château néoclassique «  Le Pré Fleuri  » est construit de 1911 à 1913 par les architectes Jean-Baptiste et Henri Maillard, fils et petit-fils de Charles Maillard, de Tourcoing. La parcelle de prairie avait été achetée par Maurice Crépy en 1895 au fermier Auguste Defives (ferme à situer sur le parking de la cantine Watteau) puis vendue en 1909 à son cousin Gabriel. Leur père respectif est Léon Crépy (décès 1906) installé au nord de Canteleu-Lambersart depuis 1889 (fondation de sa filature de coton), et son frère Eugène (décès en 1916 comme Gabriel, pris en otages par l’armée d’occupation allemande), sa filature se trouvant rue Roland à Lille-Vauban (dépôt de tramways puis de bus Transpole). Fernand Crépy, frère de Maurice, achète une autre parcelle du secteur et fait construire le château des Charmettes (mairie de 1937 à sa destruction en 1940). Le fond du parc communique avec celui du Pré Fleuri. Le château des Charmettes est achevé en 1904, déjà par l’architecte JB Maillard. Cependant Fernand décède en 1909, ce qui laisse Maurice seul aux commandes de la filature. Comme il est veuf, il s’installe dans la maison paternelle face à l’usine, rue Flament-Reboux (nom de ses grands-parents). D’où la vente de la parcelle dite « Campagne du Pré Fleuri » à son cousin. Revenons donc à Gabriel : le jardin à la française souhaité par sa femme, aménagé par le paysagiste lillois Jules Contal, ainsi que l'avenue Frémy renommée en avenue des Lilas, permettant de relier le château à l'avenue de l'Hippodrome et Lille-Vauban, sont achevés en 1913. Le parc du château des Charmettes est romantique et à l’anglaise (style paysager), tandis le jardin du Pré Fleuri à la française est géométrique et taillé. Victor Wartelle, élève de Vilmorin et Truffaut gère les massifs fleuris de narcisses, tulipes et jacinthes de Hollande. Les serres avec orangerie permettent d'avoir des fleurs en toute saison. Le goût pour la réception est sensible tout comme la recherche de confort dans ce château. Cet ensemble carré se compose d'un rez-de-chaussée, d’un étage noble et de combles à la Mansart. La brique de parement est employée en trumeau avec des tableaux en pierre rappelant les châteaux du XVIIe siècle. L'ornementation architecturale est en pierre. Les baies sont à la fois en anse de panier et en plein cintre. Les chambranles et les arcs sont soulignés. Le bâtiment principal est flanqué de deux ailes en retour d'équerre. Le corps central de trois travées comporte un avant corps à ressaut. Des colonnes ioniques supportent un entablement d'inspiration dorique, prétexte à un balcon surplombé d’un tympan à tête de Neptune et dauphins.

A gauche : arc de promenade de 1911 et château avant extension de 1982 perçant la salle à manger au centre (trois baies). A droite : vasque de jardin aux têtes de bélier, emblèmes des filateurs Crépy.

Conformément à la tradition du XIXe siècle, le rez-de-chaussée est voué à la réception. Le hall est desservi par un escalier monumental pour accéder aux étages. Les garde-corps en fer agrémentés par un feuillage en tôle reprennent les traditions du XVIIIe siècle et sont l'œuvre de l’atelier Beuque de Tourcoing. Au-dessus des portes, des tympans ornementés de coquilles Saint-Jacques encadrent des corbeilles de fleurs et des carquois, du sculpteur Allard. Le petit salon (salle Liévin) a des murs lambrissés en chêne, du menuisier Laurenge. Une cheminée engagée est placée entre deux baies en plein cintre dans le grand salon (salle des mariages). Elle est en marbre blanc, ses piédroits sont ornés de tête de bélier, symbole de la puissance de l’industrie textile. Encadrant la baie sur le jardin fleuri, un portique soutenu par des colonnes corinthiennes donne un bel effet de perspective. Les portes ornées de miroirs agrandissent l'ensemble. Le Pré Fleuri est un domaine de plus de 2 hectares. Cette propriété a été occupée par l'armée anglaise puis allemande, enfin par les réfugiés de Dunkerque. En 1945, le conseil municipal à la recherche d’une mairie décide l’expropriation. L'ordonnance est prise en 1946. Le conseil municipal entérine la procédure d'acquisition et propose un dédommagement de 4.150.000 francs à Madame veuve Crépy, amené à 8.500.000 en 1947. La location de la villa Heurtebise de l’assureur Valéry Decroix 2 avenue Foch, 7è mairie provisoire en tant de guerre, est prolongée, des tractations pour aménager le Pré Fleuri sont engagées. Le provisoire dure, Madame Crépy ergote sur le rachat des dommages de guerre. Le 21 janvier 1949 le compromis est signé avec un rachat des dommages de guerre à 45% de la valeur 1939. On procède à l'arasement des ruines du château des Charmettes, son parc restant à la ville. Le téléphone est installé en mars. L'architecte Buhrer propose un plan de remise en état. Enfin, le 24 juin, on procède au transfert progressif des services. Il n'y a pas d'inauguration officielle, décision sans doute liée à la maladie du maire, le colonel Julien Corbeil (commandant le 87è R.I.F. couvrant Maubeuge en 1939-40, il est fait prisonnier le 22 mai 1940 et enfermé à l’Oflag IV-D près de Leipzig jusque 1945. Il est décoré de la Croix de guerre et officier de la Légion d’Honneur). Il est remplacé par Marcel Caloone en 1950.


Paul Joseph Duribreux, premier maire de Lambersart (1790-1792) Le choix de Paul Joseph Duribreux comme maire ne constitue pas une surprise car il est déjà rentier (grand propriétaire vivant de l’affermage de ses terres) et il est le représentant du seigneur du village comme intendant, le gérant de ses terres. Cette continuité politique entre Ancien Régime et Révolution est caractéristique des débuts de la Révolution dans la région lilloise. Le maire est élu pour deux ans, renouvelable une fois, les notables quant à eux sont renouvelés par moitié chaque année par tirage au sort. Ces élections nombreuses conduisent à une rapide désaffection pour la chose publique. Les démissions abondent, dues probablement à une radicalisation de la politique dès 1792 avec la Terreur. Le maire et les officiers municipaux constituent la municipalité avec le procureur. La municipalité et les 12 notables forment le conseil qui choisit un greffier, en l’occurrence l’ancien greffier royal Jacques Joseph Piérard. L’acte de décès du 3 janvier 1816 de Paul Joseph Duribreux à 74 ans à Lambersart nous apprend qu’il est né à St-André (1742 par soustraction), qu’il est mort la veille chez lui, l’un des témoins déclarants étant Aimable Bacart, instituteur de l'école du Bourg.

BULLETIN HISTORIQUE DE LAMBERSART N°4- FÉVRIER 2018 Un lieu à découvrir : l’entrée du parc de l’Hôtel de Ville, le Pré Fleuri

On peut tester l'influence de Paul Joseph Duribreux : il est désigné comme président du comité de surveillance révolutionnaire à Lambersart pendant la Terreur (1792 à 1794, le maire étant alors Noël Deleplanque). Pierre Joseph Duribreux a pour frère Pierre Philippe Duribreux, premier maire de St-André*. Ce sont les fils de Jacques Joseph Duribreux, mort à St-André et de Marie Catherine Six, morte à Lambersart.

Borne de 1792 des 250 toises autour de la Citadelle, contemporaine de PJ Duribreux (avenue Delécaux à Lambersart)

* cette commune est créée hors les murs de Lille en 1790. Son territoire fit partie de la paroisse de Lambersart à partir de 1670, quand tout St-André fut scindée en deux par l’agrandissement de Lille avec la création du quartier Royal, absorbant au sud le St-André devenu intro-muros avec son église. St-André extra muros au nord, sans église, reste lié à notre paroisse St-Calixte jusque 1850.

Recherches du comité historique Rédaction et choix photos : Claude Reynaert, Gilbert Houviez et Eric Parize Pour nous contacter : Bulletin-historique@ville-lambersart.fr Mairie de Lambersart 19, avenue Clemenceau 59130 Lambersart www.lambersart.fr/bulletin-historique Responsable de publication : Claude REYNAERT Secrétaire de publication : Eric PARIZE Impression ville de Lambersart

À gauche un pavillon près des serres, à droite un bâtiment en U à étage, de style anglo-normand. Ces bâtiments à colombages abritaient avant la réhabilitation du château du Pré Fleuri en mairie (1949-50) ce que les châtelains appelaient les communs. Toute bonne maison bourgeoise avait besoin d’une domesticité utile qu’il fallait loger. Ces annexes abritaient donc le jardinier (depuis 1904) et de l’autre le lad et le cocher, au-dessus de l’écurie et de la charrerie. Le fiacre était estampillé du blason de Roubaix, ville d’origine des Crépy. Un puits central portant la date 1911 agrémente la cour pavée. Des anneaux pour les chevaux figurent toujours sur les murs. Bienvenue au CCAS !

SOMMAIRE : p.1 insolite : le parc de l’Hôtel de Ville - dossier « le Pré fleuri, la 8° mairie » en pages centrales - p.4 : Paul Joseph Duribreux, premier maire de Lambersart

Bulletin historique n°4 fév 2018  
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