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implantologie

LA ZIRCONE : Pour une utilisation raisonnée Alexandre Bienfait (Lyon) - Jacques Vermeulen (Flumet)

Il n’est pas de magazine, de revue professionnelle qui ne fasse l’éloge de la Zircone. Mais nous avons actuellement plus de publirédactionnel que d’articles et d’études scientifiques. Ce recul scientifique s’avère indispensable pour l’intégrer de manière habituelle dans notre exercice. Au laboratoire nous travaillons sur la Zircone depuis 2001, ce qui nous permet d’avoir un recul clinique important. Ces 8 années nous ont permis de mieux connaître ce matériau, séduisant à priori par ses qualités esthétiques et mécaniques. Pourquoi alors ne pas le systématiser dans notre pratique ?

Figure 1 Un pilier implantaire avant taille

Bien connaître ce nouveau matériau est indispensable pour devenir un utilisateur « responsable », afin que le rapport bénéfice/risque soit toujours largement positif, pour le bien-être et le confort de des patients, et au-delà pour la sérénité de nos exercices respectifs : laboratoire et clinique.

1. Q U ’ EST

CE QUE LA

Z IRCONE ?

On trouve l’oxyde de zirconium (Zr 02) à l’état naturel sous forme de minerai rare appelé Baddeleyite (découvert par Joseph Baddeley au Sri Lanka en 1892). Les principaux gisements sont

Figure 2 Après taille on note la fragilité

situés en Afrique du Sud. Mais la zircone est principalement obtenue à partir du sable zirconifère australien. L’utilisation de la zircone à l’état naturel se limite sous forme de poudre abrasive ou d’additif de renfort car elle se fissure. Son système cristallin est monoclinique.

2.E XISTE - T- IL

PLUSIEURS

Z IRCONE ?

Il existe qu’une zircone utilisée dans le dentaire : la zircone stabilisée a l’oxyde d’yttrium. Mais elle se travaille sous deux protocoles d’usinage/frittage différents. Dans un cas, l’usinage se fait

Figure 3 A ne pas faire.

dans un bloc simplement préfritté (le frittage final est réalisé seulement après usinage), dans l’autre cas le frittage est réalisé avant usinage pression

sous

haute

isostatique

(zircone HIP), ce qui lui garantit un frittage parfait, mais la rend beaucoup plus contraignante à usiner (figure 9,10). (...)

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3.Q UELS

SONT SES QUALITÉS ET SES DÉFAUTS

?

Nous nous attacherons à analyser chaque caractéristique et en définir les limites et contraintes (figure 6) dans notre domaine d’application. Pour définir en l’état de nos connaissances les utilisations : • Résistance à la flexion : très élevée • Module d’élasticité : relativement bas (Mais élevée pour une céramique) • Ténacité : importante mais encore mal maîtrisée • Translucidité: bonne, elle véhicule la lumière • Opacité : suffisante pour cacher un faux moignon métallique • Biocompatibilité : élevée Les propriétés mécaniques varient en fonction de la qualité de frittage.

4. P EUT- ON

TOUT FAIRE EN

QUE PEUT- ON FAIRE

Z IRCONE ?

Figure 5 Bridge mandibulaires sur dents naturelles

SINON

?

Nous sommes au cœur du problème, à l’évidence : non. Les éléments unitaires font maintenant partie des données acquises de la science, même la Sécurité Sociale semble sur le point d’en accorder l’équivalence de prise en charge (à confirmer). Les piliers implantaires, (Figure 1 et 2) s’ils nous ont été proposés en premier ont posé des problèmes de fiabilité et toutes les marques s’orientent vers des piliers composite (Titane-Zircone) où la connectique Titane/Titane offre une sécurité qui n’est plus à démontrer. Les bridges de faible portée (3 ou 4 éléments) (Figure 3) dans des conditions occlusales et des armatures aux dimensions généreuses nous assurent sécurité et pérennité en particulier sur dents naturelles où la résilience desmodontale gomme le faible module d’élasticité (figure 7). Il n’en sera pas de même sur piliers implantaires.

5. Q UELLE

PERSPECTIVE POUR LA

Figure 6 A ne jamais faire !

Z IRCONE ? Figure 7 bridge maxillaire sur dents naturelles

Figure 4 Armature Zircone

A l’horizon proche : des bridges complets sur piliers implantaires. Plusieurs praticiens s’y sont risqués avec succès. (figure 4,5). Ces succès ne sont pas le fait du hasard mais de la maîtrise parfaite des différents paramètres de fabrication associée avec un savoirfaire du duo « technicien et praticien dépendants ». Lorsque ces différents protocoles seront contrôlés et qu’ils s’absoudront du facteur opérateur dépendant, nous aurons levé les dernières réticences dans l’utilisation. Il ne faut pas pour autant négliger les techniques plus traditionnelles qui sur le plan esthétique touchent, comme la céramique pressée, à la perfection.

Figure 8 bridges zircone Dr Chapotat Vienne

L’utilisation de la zircone, on le voit, doit être raisonnée. Figure 9 machine d’usinage numérique DCS

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