Issuu on Google+

1

d’Oslo à Bergen et retour via Lillehammer 25 juin au 2 juillet 2013


2

Sommaire Premières impressions

3

Court circuit : Oslo

6

L’effervescence Vigeland

11

Ode aux Viking s

14

Chapeau bas MM. les explorateurs

15

Opéra iceberg

16

Âpres plateaux

18

Trolls et mythes

21

Ruisseaux, torrents et chutes

22

Fjords somptueux, décor pluvieux

24

De Flam à Myrdal

30

Eglises et dragons

31

Balestrand et Fridtjof

37

Pittoresque palette, cabanes, maisons

38

Bergen l’hanséatique

43

Peuples d’avant et d’aujourd’hui

47

L’envol à ski planant

48

Efficacité norvégienne

51

NB – l’alphabet norvégien a sauf exception été francisé pour simplifier l’écriture et par pure paresse, assumée et revendiquée par le rédacteur.

et pour en savoir plus sur :

l ’histoire antique

52

les Vikings

54

la christianisation

63

le court âge d’or

64

les avatars de la Norvège

67

de fameux explorateurs

72

les richesses et les ressources

74

le fonds souverain

76

l’âme norvégienne

79


3

Premières impressions

Dans cette partie la plus méridionale de la Norvège, pour nous, visiteurs des latitudes tempérées de l’hémisphère nord, dans la période où se situe notre séjour vers la fin juin, après la première nuit passée, on est marqué d’emblée par : - la versatilité du ciel, où se succèdent sans prévenir pluies et soleil ; la température oscille entre 15 et 25°C, mais les nuits, d’autant plus qu’on loge en altitude aussi modeste soit-elle (1000 à 1500m), sont vite fraîches. Un dicton norvégien affirme : « il n’y a pas ici de mauvais temps : il n’y a que de mauvais vêtements ». La Norvège en a développé une gamme remarquable et efficace, bien adaptée à ce climat, sans nuire à l’élégance ; mettons de côté les autres vêtements traditionnels d’hiver, faits de chaude laine, que l’on reçoit en cadeau et qu’on ne remet jamais. - la longueur de la lumière diurne qui s’étire comme une évidence jusqu’à presque minuit, puis réapparaît derrière les lourds rideaux sans qu’on y prenne garde dès 3 à 4h le matin ; à l’inverse, on imagine ce que peuvent être les nuits d’hiver.

- l’incroyable découpage des côtes, plus de 26 000 km alors que la plus grande dimension à vol d’oiseau nord-sud n’est que de 1780 km (la France n’en présente que 3430 km). Etre vastes fjords et plateaux criblés de lacs, l’eau s’écoule de partout, et l’on côtoie les masses blanches parfois fantomatiques d’immenses glaciers, si proches et si bas, La circulation est donc plus difficile qu’ailleurs. Les 9 principales compagnies de ferries s’affairent dans tous les sens, et doivent recourir à des milliers de bateaux (sans même parler des paquebots de croisière internationaux).


4 La richesse pétrolière a permis de construire environ 900 km de tunnels (merci à un site anglophone de cyclotouristes, seul à avoir tenté l’inventaire) dont la moitié fait plus de 1 km de long. A la différence de Madère vrai gruyère où par exemple, le financement n’est pas celui de l’UE. On a là le plus long tunnel routier du monde (en tout cas en 2008 quand il a été ouvert ; mais que font les chinois?!!!), celui de Loerdal avec 24,5 km. Malgré les consignes de sécurité, - qui cependant ne s’encombrent pas d’autant de contraintes que celles du tunnel du Mont Blanc avec ses 11 petits kilomètres - un camion polonais a pris feu le 5 août dernier dans celui de Gudvangen, long de 11,4 km, provoquant un peu plus de 70 blessés. Probablement l’un de ceux que nous avons traversés entre Oslo et Bergen. La construction des tunnels se poursuit. La Norvège lance même un énorme chantier (2018 à 2022) d’un tunnel pour bateaux de fort tonnage (plus de 16 000 tonneaux) entre deux fjords. D’autres tunnels de la sorte existent déjà en Europe mais n’atteignent pas une telle envergure, qui permettra le passage des paquebots. Démesure… Le pays a aussi construit et continue de construire des ponts par-

dessus certains fjords là où ils se rétrécissent. Combinés aux tunnels, ils apportent plus de fluidité au trafic.

- l’apparente qualité de vie : les villes les plus importantes s’insèrent dans une verdure enveloppante qui n’a rien de l’artifice du jardin urbain, et qui doit tout à l’authenticité du pays vert profond ; le bleu et le vert avec toutes leurs nuances sont les couleurs dominantes. Quant au niveau de vie, il semble très confortable, même si son coût au quotidien reste assez élevé.


5

- l’abandon des norvégiens au moindre flux de lumière dès que paraît un rayon de soleil, au point que les jeunes filles sont déjà hâlées fin juin ; artifice ou exposition naturelle ? Où que l’on soit, les fenêtres, très bien isolées, n’ont jamais de volets. On ne se protège pas ici de l’implacable constance du soleil comme sous d’autres latitudes (tels les anciens égyptiens ou les Mayas) ; on fête avec volupté sa renaissance et celle, irrésistible, du cycle annuel, plus qu’ailleurs véritable cycle de vie, - des habitants accueillants, ouverts et empathiques, rarement réservés mais d’une urbanité discrète et directe, simple, avec lesquels il est possible de discuter pourvu que l’on pratique l’anglais. Fiers de leur culture et de leur histoire, férus de pêche et de sport, en général athlétiques et robustes, ils ont très souvent pour nous semi-latins, cette toujours surprenante pâle blondeur de la chevelure (lors des invasions viking, les roux irlandais appelaient « pâles étrangers » les envahisseurs scandinaves) qui rehausse l’éclatante beauté de certains visages féminins, des plus jeunes aux plus âgés,


6

Court circuit Oslo

Le pays s’étire en une longue goutte pédonculée ou bien comme une fronde de David, entre la mer de Barents au nord et la mer du Nord au sud, flanqué de la mer de Norvège plein ouest. Notre tour s’est limité à un parcours en boucle (ou en 8) d’Oslo à Bergen et retour via Lillehammer correspondant grossièrement au plan ci-contre. Il y a pour le fourmis que nous sommes des chemins grégaires sanctuarisés qui laissent peu de place à la fantaisie ou à l’improvisation, mais qui permettent de ne pas manquer l’incontournable, et ici l’incontournable est légion, fût-il parfois un brin pesant.

On a rassemblé ici les sujets par grands thèmes plutôt que de relater chronologiquement les points d’intérêts rencontrés dans le déroulement du trajet. Edifiant séjour, même s’il est resté très éloigné du cercle arctique et du mythique Cap Nord, dont on se prend à rêver, bien après.

Et tout d’abord Oslo la capitale Appelée Christiana de 1624 à 1924, Oslo compte 600 000 habitants (dont presque 1/3 d’immigrés). Ce gros 1/2 million d’habitants représente presque 12% de la population du pays. La ville s’inscrit dans la région du même nom qui compte plus de 1 400 000 habitants. Pied dans l’eau, au bord du Oslofjord dont les rives sont ici de modeste hauteur, son port accueille quelques voi-

liers. Elle est construite sur des collines assez douces sauf sur l’une des falaises de la rade. On aperçoit déjà cette statuaire expressive très figurative qui embellit les places, les jardins, les quais, certaines avenues et qui s’inspire probablement de ce sculpteur remarquable de force dans la représentation du cycle de la vie humaine, Vigeland.


7 Pour la plupart, les immeubles, les maisons sont des 18 et 19ème siècles ; il en subsiste beaucoup faites de bois, souvent comme à Bergen, reconstruites après des incendies. Mais immeubles ou maisons, hôtels anciens, relèvent le sombre hiver arctique par des couleurs vives, parfois tranchées, qui se retrouvent aussi dans les fermes des vallées au bord des fjords. De plus, jusque dans les campagnes reculées, aucun bâtiment n’est en ruine, voire même vétuste, soit qu’il s’agisse de constructions récentes, modernes, soit que les fermes, les bâtiments urbains plus anciens de pierre ou de bois, fassent l’objet d’entretiens très réguliers Les façades n’ont pas la tonalité des couleurs tropicales ni leurs associations contrastées ; mais leur monochromie est rehaussée ici et là par de belles dentelles de lambrequins, ou le liseré tranché de l’encadrement des portes et des fenêtres ; et la juxtaposition des façades colorées délivre un patchwork harmonieux qui semble hésiter entre exubérance et retenue. Certains quartiers réhabilités comme ces anciens docks au sud du port d’Oslo, tranchent par leur modernité, avec une remarquable architecture mariant le verre et la blonde couleur tabac du bois, jetant des avancées de hauts toits comme des étraves de navires au-dessus des passages piétonniers. Les anciennes rives du dock ont été aménagées en une suite agréable de pontons de bois, au-dessus du reflet clair du ciel dans la tranquille étendue de mer parsemée d’îlots. Quartier maintenant très commercial de beau, voire de grand standing, qui dit-on était auparavant une

sorte de dangereux coupegorge.


8

Là, on trouve l’immense édifice de la mairie fait de sombres briques, flanqué de deux tours carrées massives. Elle se pare sur le côté opposé au port d’une agréable perspective de mini-cascade avec une grande horloge dorée et deux galeries latérales abritant des sortes de bas reliefs modernes symbolisant l’histoire et les mythes norvégiens. Architecture « soviétique » pour certains par sa dimension monumentale et sa sévère symétrie. Mais la surprise est à l’intérieur : un immense et étonnant volume vaste comme un hall de gare déserté par les trains, avec de grandes fresques chatoyantes figurant des scènes de l’histoire du pays. Un long et haut escalier droit un peu à l’italienne conduit vers de grands vestibules et

les salles de délibération. L’ensemble séduit immédiatement, jusqu’aux cohortes de groupes japonais, les seuls que l’on retrouve dans le monde entier avec cette soif enthousiaste et insatiable de la découverte (ne sommes-nous donc pas tous japonais?).


9 Dans les rues et les quelques larges avenues, la circulation reste fluide et somme toute assez tranquille, se coulant avec le trafic du tramway dont souvent les voies ne sont pas séparées de celles des voitures et des bus. Cette quiétude « provinciale » (dirait un parisien) doit peut-être à l’obligation de payer un droit d’entrée dans la ville quand on y pénètre en voiture (19 points d’entrée pour 40 km² de surface, avec un boîtier électronique embarqué et le contrôle par vidéo des plaques d’immatriculation, ceci pour 2,70€ en moyenne par accès), probablement sur un principe comparable à celui de Londres. Il semble pourtant que l’effet ne soit pas suffisamment dissuasif pour réduire significativement le nombre de véhicules circulant. On peut aussi se déplacer en cette saison à vélo, avec un système de location dont on n’a pas élucidé le fonctionnement. Il s’agrémente ici et là de petites stations de pompage gratuites. Les vélos utilisés ici sont anciens, moins modernes que les Velib parisiens, mais aussi moins lourds et plus maniables. Tous ne sont pas de location ; les parcs à vélo prennent parfois des allures originales, mais gardent taille humaine sans atteindre l’incroyable amoncellement de certains parcs à vélos hollandais.


10 Plus près du port, un haut bâtiment à la façade jaune doré : c’est celui du Prix Nobel de la Paix, le seul à être décerné là en Norvège, pour ce prix de création suédoise. En effet, lors de la création des prix Nobel en 1901, la Norvège et la Suède sont encore rassemblées sous la même couronne. Lors de l’indépendance en 1905, un arrangement confie au parlement norvégien la désignation du prix Nobel de la Paix, alors que les autres prix Nobel, choisis par l’Académie de Suède, sont remis à Stockholm.

C’est justement dans l’immense hall de la mairie d’Oslo qu’est remis chaque année ce prix.

l’avenue la plus célèbre d’Oslo.

Une mention particulière pour l’avenue Carl XIV Johann, large et rectiligne avenue qui est le lieu privilégié des badauds en été. C’est en mémoire de Bernadotte, roi de Suède et de Norvège dont la descendance royale est toujours au pouvoir en Suède, qu’a été nommée

Bernadotte est né à Pau en 1763. Quand notre empereur part, bicorne sur les yeux et une main à la redingote, à la conquête sanglante de l’Europe, Bernadotte l’un de ses proches, épouse en 1798 Désirée Clary. C’était la première fiancée de Napoléon,. Bernadotte se méfie de Napoléon, et s’il progresse dans sa carrière militaire au point d’atteindre le cercle rapproché, il ne participe pas au Coup d’Etat du 18 brumaire ni plus tard à certaines batailles comme celle d’Austerlitz. Nommé maréchal d’empire en 1804, il se montre brillant contre les prussiens à la bataille de Lübeck en 1806. Là, il traite avec égard et courtoisie ses prisonniers suédois du moment, alliés des prussiens. Il se lie notamment avec l’un d’eux le conte Mörner. Après qu’il ait été blessé à la tête, Napoléon le nomme en 1807 gouverneur des villes hanséatiques (Brême, Hambourg et Lübeck) ; dans cette fonction où ses qualités d’administrateur sont reconnues, il s’enrichit et devient populaire notamment à Lübeck. En 1809, le roi de Suède, Gustave IV est destitué après avoir perdu la Finlande contre la coalition napoléonienne et est remplacé par le vieux Charles XIII, en attendant la désignation d’un nouveau roi. Au lieu d’envahir la Scandinavie comme le lui demande l’empereur, Bernadotte conclut un armistice avec la Suède . Par ailleurs, l’héritier suédois choisi, le danois Charles Auguste d’Augustenbourg meurt opportunément lors d’une manœuvre militaire.


11

L’effervescence Vigeland

Alors que Bernadotte est en disgrâce à Paris pour quelques échecs militaires, les élites suédoises, du fait de la popularité et de l’estime dont il jouit dans cette région et de sa mémorable magnanimité envers les suédois, lui proposent d’être candidat pour le trône de Suède. Avec l’accord de Napoléon qui voit en lui un futur allié au nord de l’Europe contre les russes. Après une adroite propagande, mais cependant à la surprise générale, Bernadotte est élu prince royal le 21 août 1810 par les représentants des différents ordres suédois. En 1812, quand l’empereur qui a lancé le blocus continental, envahit la Poméranie, Bernadotte dans sa nouvelle fonction, mais encore proche des français, tente de jouer le médiateur. Mais il finit par rompre dès 1813 avec Napoléon, se rapproche des Russes et du tsar Alexandre 1er. Il combat victorieusement Ney et Oudinot, mais ne participe pas à l’invasion de la France. C’est dans cette phase militaire qu’il obtient que le Danemark cède la Norvège, danoise depuis 3 siècles, à la Suède par le traité de Kiel en janvier 1814, A la mort de Charles XIII en 1818, Bernadotte est proclamé roi des royaumes unis de Suède et de Norvège le 5 février, sous le nom de Charles XIV Jean (Karl Johan). Ainsi Bernadotte, fils d’avocat palois devient roi de Suède. Il conserve paisiblement le trône pendant 25 ans jusqu’à la fin de sa vie, et le transmet à son fils Oscar. Son règne est prospére. Les Suédois lui témoignèrent un vif attachement pour avoir su relever le pays d’une décadence qui semblait irrémédiable. Commerce, agriculture, industrie, finances, marine, travaux publics, se sont ranimés sous son règne.

La visite du Palais Royal, où habite le roi de Norvège est pour une partie du parc en travaux. S’il est possible d’en visiter quelques ailes, la priorité est donnée à ceux qui ont réservé par internet ; et pour ceux-là seulement, l’attente est déjà si longue que nous avons battu en retraite, nous qui n’avions pas réservé du tout. Le ciel est menaçant ; mais le plumeau-houppette du soldat de garde qui parade avec fierté et sérieux est quant à lui primesautier.

Etrange et puissant sculpteur Gustav Vigeland (1869—1943), c��lèbre sculpteur norvégien puissamment expressif, représente le cycle de la vie humaine en 214 oeuvres dans le Parc Frogner, le plus grand parc d’Oslo, A une époque où le puritanisme s’imposait encore au début du 20ème siècle, il ose la représentation symbolique de l’abandon humain à la liberté du corps et de l’esprit. Il faut certainement chercher dans son enfance ce besoin de libération : son père le fouettait le Vendredi-Saint pour lui faire éprouver les souffrances du Christ. Si, si!!! Voyons d’ailleurs le bonheur qui, à 60 ans, irradie encore de son visage dans cette photo de 1929.


12 Vigeland a été influencé par le mouvement symboliste, et au sens premier du terme, les symboles sont apparents et permanents, toujours immédiats. Sa matière première est le corps nu dans tous les âges de la vie. À chaque coin du carré central, une colonne au sommet de laquelle figure la lutte contre le péché, puis l’acceptation, enfin la fusion avec le plaisir défendu de l’époque, celui de la liberté des esprits et des corps. Mais cette sorte d’étreinte entre le monstre, symbole de cette liberté nouvelle à gagner, à laquelle l’homme ou la femme finit par s’abandonner, confine au malaise : le monstre tel qu’il est représenté, reste monstrueux même après qu’on lui ait cédé (et donc encore démon?) A trop montrer… Les autres scènes de vie sont tout autant puissantes, exprimant de manière réussie la joie, la colère (en particulier celle, célèbre, d’un petit garçon qui trépigne), la douleur, depuis la naissance, en passant par l’enfance, l’adolescence, l’âge mur (la représentation de l’enfant accompagné du père ou du grand-père a tout son sens quand on connaît l’enfance de Vigeland) et la vieillesse jusqu’à la mort, qui à nouveau précède la re-naissance (voir les fontaines de bronze dont les fresques latérales déroulent à nouveau ce cycle). Le monolithe central de 17 m de haut au symbolisme viril évident, accumule de bas en haut à nouveau les corps nus de la spirale du cycle de la vie. Autour de lui, en gradins sont représentés d’imposants groupes de nus qui, quand on en fait le tour, sont aussi l’illustration du cycle, mais avec des variantes nombreuses, souvent de grand intérêt, parfois amusantes.

Ces œuvres, ou bien le mpnolithe trouvent-ils un écho particulier pour ce groupe de japonais, des hommes seulement, qui posent fièrement et finissent la séquence par une

sorte de cri (de guerre, de joie, d’hommage?).


13 Alors est-ce le ciel bas ou l’insistance de la représentation du cycle de vie répété encore et encore, ou bien encore le caractère finalement stéréotypé des statues? Malgré l’ampleur et la belle perspective du site, malgré la qualité manifeste des œuvres sculptées dans le granit ou fondues dans le bronze, on sort du parc de Vigeland le

moral accablé, comme si à force de vouloir exprimer la vie, on finissait par l’engluer. Ce caractère obses-

sionnel est aussi déprimant que son auteur a pu être déprimé. Alors thérapie exhibitionniste ou épanouissant chef d’œuvre? Gustav s’est-il jamais allongé sur le divan de Sigmund? Et l’eûtil fait... Soudain, un défilé spontané de belles et jeunes mères en sweats fluo, dans un footing tonique et mobile, léger, poussant chacune devant elle un berceau, traverse le parc. Comme jamais on n’imagine en croiser en France. Et l’on retrouve sur le champ l’enthousiasme et de nouvelles et fraîches raisons d’espérer. Ouf jeunes dames, vous nous avez sauvés!!!

Avant de nous diriger vers le beau site du musée qui parle d’un peuple animé d’autres motivations moins paisibles, et qui conquit le monde connu de son époque : celui des Vikings.


14

Ode aux Vikings

Voir l’annexe pour (beaucoup) plus de détails sur l’épopée Viking, qui fonde notamment la Norvège, et dont l’ère s’étale de manière conventionnelle entre +793 et +1066. On comprend que les norvégiens dans leur ensemble, aujourd’hui et depuis longtemps un peuple paisible et animé des meilleures intentions, s’en réclament avec parfois une vive ferveur et toujours une certaine fierté. On peut saluer l’organisation du musée et son architecture dont deux longues voûtes sobres en croix abritent les trésors vikings retrouvés, et les

superbes bateaux qui à eux seuls constituent des oeuvres d’art. Les objets exposés, traîneaux, figures de proue des knarrs en forme de dragon, baquets, marmites, l’ensemble des objets de décoration, colliers, bracelets,… les armes retrouvées, montrent le degré technique des moyens de l’époque et le raffinement dans lequel certains chefs (hommes mais femmes aussi) savaient vivre, en tout cas pour le décorum et sa symbolique. Bateaux et autres objets, retrouvés sur les sites funéraires de chefs vikings datent des années +850 à 900. Mais des témoignages, notamment d’envoyés arabes, décrivent le contexte dans lequel ils vivaient : l’hygiène n’était pas leur premier souci, tout tournés qu’ilds étaient vers les conquêtes, le commerce, l’installation dans de nouvelles contrées, la création de cités, de petits royaumes, devenant ici mercenaires (à Constantinople), ailleurs s’intégrant à la civilisation locale… Certains de leurs descendants norvégiens du 20ème siècle ont hérité de leur esprit d’aventure et de conquête.


15

Chapeau bas MM. les explorateurs polaires

L’annexe donne quelques informations sur ces deux explorateurs majeurs des pôles qui étaient norvégiens, le précurseur Nansen, et plus connu peut-être dans le monde, Amundsen, son cadet de 10 ans. Descendants des vikings probablement, mais cette fois à la conquête de la connaissance du monde, et de celui qui leur est le plus familier et pour lequel ils sont le mieux armés. Avec son épais bateau de chêne construit spécialement pour les glaces septentrionales, le Fram (« en avant! » dans sa langue), Nansen a tracé la voie et développé les techniques pour les explorations polaires. Le Fram originel lui-même se visite dans un haut bâtiment probablement construit autour de lui, où l’on déambule dans une lumière de jour polaire. Impressionnant et très pédagogique. Peut-être ce musée ne souligne pas suffisamment le rôle humanitaire qu’a joué Nansen pour la Société des Nations après la 1ère Guerre Mondiale, et pour lequel il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1922. Nansen irradie dans ses portraits une énergie indomptable mise aux service de causes de grande noblesse, mise au service de l’indépendance de la Norvège quand il a fallu en 1905 trouver un représentant des monarchies européennes pour placer à la tête de la monarchie constitutionnelle norvégienne enfin souveraine. Les explorations d’Amundsen sont plus connues, peut-être parce qu’à son époque, les USA sont dans la course et leurs exploits très médiatisées. Peut-être aussi parce qu’il est considéré comme un héros, pour avoir disparu en portant secours à des amis explorateurs comme lui, qui étaient repartis vers le Pôle Nord en dirigeable. Il a tiré parti du Fram que son aîné Nansen a mis à disposition pour atteindre le Pôle Sud. Le voilier léger, le Gioa (?), dans lequel il est parti explorer une voie nord-ouest de traversée via le Pôle Nord se voit aussi dans une annexe du même musée, où une maquette du dirigeable « Norge » avec lequel il a survolé le Pôle Nord est aussi exposée.


16

Opéra iceberg

Dans la modernité, Oslo est fière d’un édifice totalement original, construit directement sur une partie de baie, et qui commence à intriguer sans savoir encore de quoi il s’agit dès qu’ on l’aperçoit depuis le haut de la lente pente de l’avenue Radhusgata. C’est l’opéra d’Oslo ouvert en avril 2008. On dit qu’il est le deuxième opéra dans le monde par son architecture après celui de Sydney en Australie. De l’extérieur, son toit est conçu comme une colline à lente pente et plusieurs pans, couverte de marbre blanc de Carrare que l’on peut gravir jusqu’à des terrasses d’où émerge un énorme bloc de verre, le puits de lumière de la salle d’opéra. Cette composition de volumes semi-cubiques débordant des pentes d’une blancheur immaculée, éblouissantes sous le soleil, elles-mêmes coupées d’arêtes obliques tranchées par une ombre acérée comme fil de rasoir est en soi déjà un spectacle grandiose. On peut penser, en laissant aller l’esprit, à la pente enneigée d’un flanc de montagne, mais aussi par ses arêtes qui jouent avec la lumière à un mystérieux navire aux étraves aigues, ou bien encore à la partie émergée d’un iceberg figé. Et le décor se prête à des séances de photos sur l’eau verte du verre des parois.


17 L’intérieur, en tout cas l’espace cathédrale du hall d’entrée, partiellement couvert par ces pentes combine avec allégresse le vertigineux arrondi de bois fauve qui délimite l’espace de l’enceinte elle-même et les lignes verticales et obliques des piliers et des pentes externes. Superbe réussite ! Même les toilettes et les volumes de consigne sont délimités avec bonheur (rares sont les toilettes qui suscitent le bonheur!!) par des murs de dentelle de pierre blanche où la lumière joue dans les motifs géométriques une symphonie visuelle qui change selon d’où l’on regarde. Hélas, il n’a pas été possible de visiter l’intérieur même de l’opéra. Cette œuvre, colossale et éclatante, tranche violemment avec les immeubles modernes en construction à l’arrière-plan et les collines boisées parsemées de quelques bâtiments qui apparaissent sombres comme l’enfer. Par contre, quand le regard se tourne vers la ville, du haut des terrasses une perspective de bâtiments anciens aux chaudes couleurs s’incendie de soleil.

Le panorama sur la grande baie au bord de laquelle il est construit s’orne aussi d’une sculpture aérienne, navire en partance toutes voiles dehors, ou aigle dressé sur son aire.


18

Âpres plateaux

Les plateaux traversés quand on passe d’un fjord à un autre sans long contournement n’excèdent pas dans cette région du sud norvégien 1000 ou 1500m. Ils sont une autre constante typique de la Norvège. Parfois surmontés d’autres plateaux plus élevés arasés par l’usure glaciaire, ils restent même en juin tachetés de névés, parcourus de ruisseaux et de torrents formant souvent des cascades qui se déversent à leur tour dans les lacs innombrables où se reflètent des glaciers plus lointains. L’herbe est rase sur les rochers gris, et les lichens épais. Ici, solitaire et vaillant, un kayak longe patiemment une rive de lac. Ailleurs, de loin en loin, une cabane, sans eau ni électricité, ou bien un camping-car ; les norvégiens aiment passer le week-end ou plus de temps en été dans un contexte encore sauvage et authentique qu’ils prisent spécialement, se partageant entre pêche et randonnées dans un parfait silence. Peut-être, aux confins de l’horizon où les nuages rejoignent la brume, croisent-ils parfois un élan, certainement des groupes de moutons curieux qui rappliquent en trottinant sans s’approcher de trop près. Et bien plus au nord des troupeaux de rennes.

Ces paysages désolés, sans arbres, le reflet des nuages bas qui filent, le ciel, rarement troué d’un bleu azur, les névés et les vallonnements ras et érodés qui se dévoilent à perte de vue, le vent chargé de gouttes qui fouettent le visage, ce spectacle de l’été des plateaux norvégiens saisit par sa beauté, sa rudesse, son âpre authenticité, loin du confort des villes. Mais que dire alors de l’hiver? Forcément, une part du caractère intime des norvégiens en est forgé.


19 Sur l’un de ces parcours en plateau, un barrage (du type barrage-poids en remblai) domine une belle vallée au fond de laquelle bondit un rapide qui s’élargit et s’assagit ensuite. Parcourant le chemin de pierre qui constitue sur quelque 1000m la crête du barrage, le vent qui souffle depuis le plateau rebrousse l’eau du lac Sysenvatn. Des bouleaux grêles aux branches torturées comme bras suppliants poussent dans les pentes de la basse montagne. Au loin, une longue chute d’eau rebondit sur les rochers. Transition du plateau vers la vallée plus riante, le site ne manque pas d’une certaine majesté même si l’aller retour le long du chemin du sommet du barrage présente à peine plus d’intérêt que celui d’une marche tonifiante ; et c’est déjà ça. On reste sur l’impression d’une immersion aux

limites d’une nature sauvage illustrée par des contrastes étonnants, les couleurs des rochers qui forment la grève des rives du lac et cet aquilon puissant et constant, déjà assez frais, qui souffle depuis les sommets voisins

parfaitement arasés au-dessus du lac. Nature à peine domestiquée par l’homme avec la construction de cet ouvrage d’art discret et bien intégré dans l’environnement, dont on ne voit même pas, au pied de la haute digue, les édifices habituels de production hydro-électrique. Y en a-t-il même? Mais peut-être ne s’agit-il que d’un barrage de stockage de l’eau. Tonique et salutaire âpreté.


20 Hébergés dans un de ces hôtels de plateau, malgré l’altitude plus faible, les pentes plus douces et le rocher moins apparent, la même impression revigorante du climat prévaut. Certains chalets sont faits de gros rondins, probablement dans un dessein touristique et pédagogique (c’était le type primitif de construction) ; de nombreuses maisons sont ici recouvertes de toit verduré. Dès le petit matin, mais point trop tôt libérés par les fermiers voisins, des moutons, si blancs qu’on les dirait fraîchement lessivés, broutent ici et là, déambulent entre les chalets, réveillant au passage avec leur sonnaille les lève-tard, curieux de nos mouvements. Un seul d’entre eux est sombre comme Lucifer : l’inévitable mouton noir. Un vent frisquet balaie la pente. Mais c’est l’été norvégien, les champs fleuris apportent d’agréables nuances qui avivent un peu le panorama gris-bleu ; en arrièreplan, le profil d’un plateau lointain tranche à peine du ciel. Là, nous avons vu à l’œuvre un traîneau sur roues tiré par 4 chiens, langue pendante entre canines, gueules fendues d’un heureux rictus. Il filait en passant devant notre hôtel, sur la route qui devient ensuite une

piste un peu plus haut. Au mur, un tableau attire l’œil : triste et prostré, traversé de terribles doutes, terrassé par son ignorance, un très vieux troll hirsute à la trogne teigneuse se demande quel est son âge (copie d’une œuvre bien connue de Théodore Kittelsen de 1911). Une boutade scandinave dit que les danois sont banquiers, les suédois ingénieurs et les norvégiens fantasques ou trolls peut-être. Injuste et caricaturale affirmation, au moins pour les norvégiens.


21

Trolls et mythes

Les trolls, ces personnages représentés de manière débonnaire et grotesque sont des êtres sombres et néfastes dans la mythologie scandinave. Peut-être a-t-on voulu conjurer leur part de méchanceté et de nuisance en les évoquant de cette manière délibérément loufoque. Le personnage du troll n’est pas de création récente. Peu ou prou incarnation de la magie, il s’oppose aux hommes et aux dieux, et s’assimile souvent aux Jötunns, les « Géants » de la mythologie scandinave, dans le paganisme viking par exemple. À partir du Moyen Âge, le troll apparait comme une créature surnaturelle des légendes et croyances, lié aux forces des mers, des montagnes et des forêts, respecté et

craint à ce titre, étrange et dangereux. Diabolisé par le christianisme, la croyance du troll persiste néanmoins dans le folklore scandinave jusqu’au 19ème siècle. Mais ne confondons pas, le troll n’est pas un elfe. Aujourd’hui, le troll appartient à la culture populaire ; s’il était dans le passé représenté par l'archétype d'un géant de grande force, maintenant, et probablement après la christianisation, on le rencontre sous la forme d’une sorte de nain au très long nez, naïf et benêt, en tout cas amusant pour le néophyte, personnage comique et repoussoir exemplaire dans les livres pour enfants. Bien sûr, il finit aussi par entrer sous l’inévitable influence picturale de l’univers de Disney. ————————Un peu plus loin se visite un site de dessins rupestres au bord d’un beau torrent puissant dans le Oppland, gravés dans la pierre plate érodée des rives (pétroglyphes) il y a plus de 6000 ans. Les traits sont soulignés de couleur rouge pour être plus visibles. Il s’agissait d’un important lieu de chasse de l’élan pendant l’Âge de Pierre ; les élans sont encore fréquents ici. Une femelle broutait paisiblement un peu plus loin sur le bord de la route, levant à peine la tête (sans bois bien sûr) au passage de notre bus, mais aperçue trop tard pour être photographiée. Notons que même comme ici au plus profond de la campagne, les toilettes sont en parfait état de fonctionnement et d’une impeccable propreté.


22

Ruisseaux, torrents et chutes

Les innombrables retenues d’eau qui criblent le relief, l’exposition océanique, les plateaux et les vallées des fjords délivrent d’innombrables ruisseaux, des torrents, des chutes d’eau, des cascades, des cataractes, qui se révèlent soudain au regard après une falaise, dans le creux des vallées, qui dévalent en bondissant des parois verticales. Certains de ces sites font partie du circuit convenu et voit défiler des norias de bus proprets dégurgitant des files de touristes ankylosés qui vont se dégourdir les jambes. Bien sûr, les chutes ainsi répertoriées ne manquent pas d’allure. L’une d’elles, sans être la plus puissante, présente une topographie qui permet sans même se mouiller, de passer à l’arrière du voile d’eau, sous un rocher protecteur en surplomb. Là, comble de la propreté norvégienne : dans les toi-

lettes, la recommandation de nettoyage s’exprime aussi en idéogrammes, à l’adresse des japonais pour qui la propreté est déjà une obsession!! A moins que le message concerne les touristes chinois, et c’est alors une autre affaire... Une autre abondante chute s’épanouit en bondissant sur les rochers ; elle porte bien sûr le nom de « voile de la mariée ». Au recoin d’une très profonde et sombre gorge (Voringsfossen) au bord du sommet de laquelle se retient avec terreur un grand hôtel rouge minuscule, l’une d’elles déverse avec constance son puissant flux dans une brume d’embruns sur 145m de hauteur directe. Le spectacle enferme chacun dans le mutisme de la contemplation, pour certains dans un effroi délicieux tant qu’on reste ainsi bien à l’écart.


23 Ailleurs, plutôt que d’emprunter notre bus depuis un point haut, nous descendons à pied par une route à forte déclivité au pied de laquelle il nous rejoindra. Elle zigzague dans une flore dense au vert émeraude intense. Deux cascades grondent de part et d’autre, l’une très haute au flux tendu

« fossen » = gorge? Hé « chute ») ; l’autre , plus rochers puis s’abîme dercarme constant, dans une tranquilles paressent tite vallée encaissée.

(Stalheimsfossen ; de là à déduire hardiment que non, ça signifie plutôt puissante, jaillit sur des rière les arbres en un vatorrent dont les méandres plus loin au fond de la pe-

Ailleurs, en prenant le fameux train grinçant qui relie la ville de Flam dans un recoin du Sognefjord,à la petite gare de Myrdal à 980m d’altitude, un arrêt intermédiaire obligé permet d’admirer le spectacle saisissant d’une énorme cataracte (Kjosfossen) qui jaillit du sommet assez proche de la montagne depuis le déversoir d’un lac, et s’engouffre sous le passage de la petite voie ferrée vers la vallée (225m de hauteur au total). Impressionnant spectacle de la colère sans faiblesse des eaux partant à l’assaut des rochers noirs imperturbables (heureusement pour les touristes du monde qui viennent là) dans une éructation permanente d’écume, se fracassant en jaillissements grondants pour se jeter enfin dans le ravin sous la voie. Mais pourquoi a-t-il fallu que des organisateurs zélés inventent à destination des fourmis à caméscopes une sorte de spectacle maladroit où apparaît sur le côté droit du monstre un minuscule personnage vêtu de rouge, censé incarner non pas un troll (comme le croit la masse des fourmis) mais Huldra, séduisante dame de la forêt dans la mythologie nordique, sur une chorégraphie d’oiseau malade tournant ses maigres ailes sur un fond sonore à peine audible? De plus, en guise de dame, c’était plutôt un monsieur avec perruque. La fascination que provoque le spectacle de la cataracte se suffit pourtant largement à elle-même. A trop vouloir montrer...


24

Fjords somptueux, décor pluvieux

La chaîne de montagnes des Alpes scandinaves ou Scandes s'étend tout le long de la côte ouest de la péninsule Scandinave, avec deux zones élevées, l’une au sud de la Norvège où se trouve le Galdhøpiggen (2 469 m), point culminant de la chaîne et de la Norvège, et une autre dans le Nord en Suède. Elle se situe au niveau de l'ancienne chaîne calédonienne, qui s'est formée il y a 400 millions d’années lors de la collision entre l’Amérique du Nord actuelle (Laurentia) et l’actuelle Scandinavie (Baltica), et dont l’ampleur a été au moins comparable à l'Himalaya d’aujourd’hui. Pour s’effondrer ensuite sur elle-même et être presque entièrement aplanie par l’érosion dans les millions d'années qui suivent.

L’histoire géologique de la Scandinavie explique donc l’existence de ces bras de mer immenses qui pénètrent très en profondeur dans l’intérieur du pays norvégien. Ainsi la tête pédonculée du sud norvégien ressemble plus à un talon crevassé avant passage chez le pédicure qu’à la côte des Landes.

Le relief actuel provient d’un soulèvement tectonique des plaques continentales du nord de l'océan Atlantique à partir de 60 millions d’années. Cette pénéplaine s’est ensuite rehaussée puis a été érodée dans les 2 derniers millions d’années par les énormes glaciers du Quaternaire, sculptant le relief actuel. C’est cette érosion, très importante sur le versant ouest de la chaîne, qui a formé de profondes vallées glaciaires dont beaucoup descendent sous le niveau actuel de la mer (-1300m pour le Sognefjord) , constituant les célèbres fjords norvégiens.

Mais il suffit d’entrer dans l’une de ces crevasses pour en saisir la beauté, entre la mer qui pénètre jusqu’au plus profond de chaque fjord et les sommets qui les bordent (jusqu’à 1000, abruptes ou au mieux dessinant de petites vallées enclavées. Comparativement, les calanques marseillaises dont on ne peut sûr, si une sardine a bouché un jour le Vieux Port, Vé! Bonne bien le Sognefjord... Le plus grand d’entre eux, qu’on appelle « le roi des fjords » est en effet le Sognefjord. Il pénètre ainsi d’ouest en est de 168 km à vol d’oiseau sur les quelques 440 km de largeur estouest entre la côte et la frontière suédoise. Sa longueur effective en suivant son contour est de 204 km. Il est le 2nd plus long du monde après celui de Scoresby Sund au Groenland (Eric le Rouge y a-t-il jamais navigué dans celui-là?).

1500, 1700m) tombant le plus souvent en falaises Les panoramas sont somptueux. contester la beauté, ne sont que des micro-fjords. Bien Mère! c’est certain alors que la calanque d’En Vau vaut


25 Le tout premier contact est à Erdal. Descendant vers le Hardanger, dans ce coquet village la grande anse sombre que forme le fjord cerné par ses falaises constitue un intéressant panorama. Mais l’immédiate surprise, c’est ce paquebot accosté, dont les étages supérieurs dominent en l’écrasant de sa stature le grand hôtel du port qui paraît là bien effacé. Comme il doit le faire à Venise dans l’enfilade d’un canal par-dessus les palais. On ressent une sorte de curieux vide après son départ ; hé oui, il s’est enfui à notre approche comme un vieux chien sournois qui rase les murs (les falaises sombres)! Encore sauvages les paquebots!! Le lendemain, le temps est clair ; nous traversons le Hardangerfjord quelques km plus loin, qui prend des allures de grand golfe. En longeant ensuite l’autre rive, on aperçoit quelques élevages du fameux

saumon norvégien, en pleine eau de mer du fjord, mais assez industriel ; le pou de mer est éradiqué à coup de pesticide (la France est le 1er importateur, non pas du pou mais du saumon ; quoique...). D’assez beaux petits villages aux maisons de bois peintes de couleurs vives signent joliment le paysage.


26


27 L’autre mini-croisière est partie de Undredal jusqu’à Flam sur un bras sud du Sognefjord, l’Aurlandsfjord. Cette fois, le temps est à la pluie mais les panoramas restent magnifiques. Le petit village de départ (100 habitants, 500 chèvres disent les guides), malgré la pluie battante, révèle une modeste église coquette, blanche aux tuiles rouges, et deux pimpantes boutiques pour touristes dans lesquelles on trouve ce fameux fromage de chèvre au caramel, le geitost. Fameux par la notoriété, peut-être aussi par

le goût… pour les amateurs, et qui se vend sous forme de pains cubiques comme un savon de Marseille. Quand on s’en approche, l’apparente modernité de la petite église doit être corrigée : contour des fenêtres, forme du clocher sont beaucoup plus anciens. Elle date de 1147 et fait partie de celles qui subsistent encore et qu’on appelle « de bois debout », sans cependant présenter l’architecture lyrique et la couleur sombre du goudron d’autres églises de bois debout vues ailleurs. C’est aussi l’une des plus petites ; à regret, elle ne se visite pas. Le confort intérieur plutôt douillet du bateau permet de mieux apprécier notre parcours quand les gouttes ne cessent de frapper les vitres carénées. Même sous la pluie, les panoramas sont superbes. Le bateau est accompagné de

mouettes gourmandes et chapardeuses, planant tête oblique et œil fureteur à l’aguet de miettes perdues sur le pont.


28 Perdus au milieu du fjord, un couple de kayaks moustiques progresse à son rythme. Et le roi des fjords révèle ses splendeurs, en lente majesté, ici en contournant un cap, là au détour d’une falaise. Des nuages bas s’effilochent, écharpent en lambeaux le flanc des montagnes, apportant une

touche mélancolique que ne dénieraient pas les romantiques. On ressent pourquoi de tels cadres se prêtent aux légendes scandinaves et à leurs dieux, à la chevauchées des walkyries (et non au val qui rie : aujourd’hui il pleure, bof...), ou bien peut-être même à l’irruption de trolls et au lyrisme drapé d’ombres et de lumière de la musique de Grieg. Et que serait le paysage si le soleil daignait se montrer? Mais non, la pluie persiste quand on aborde la belle vallée évasée en auge de Flam, 2h plus tard. Là, quelques autres bateaux et paquebots laissent pressentir le caractère très (trop?) touristique du lieu. Et nous voilà à pied d’œuvre pour prendre le célèbre train qui gravit la montagne jusqu’à Myrdal, et retour.


29


30

De Flam à Myrdal

A Flam, la proximité du petit train de montagne avec les bateaux surprend comme s’il s’agissait d’un paradoxal port d’altitude. Quand on a connu les vertiges du petit train d’Artouste (par exemple) dans les Pyrénées, on est presque déçu que le choc ne soit pas au rendez-vous : bien sûr il y a la couleur chaude du bois lisse à l’intérieur des wagons, la ligne pittoresque qui s’élève progressivement au-dessus de belles vallées, qui traverse de courts tunnels taillés dans la roche noire et luisante ; bien sûr certains passages plus fragiles nécessitent de ralentir, où l’on frémit un peu ; bien sûr les vallées et les cascades, les rochers dans les torrents, les lacets sinueux qui gravissent la montagne sont là ; bien sûr il y a la formidable chute d’eau du Kjosfossen. Mais la parcours est assez convenu,

agréable sans plus, pas aussi spectaculaire que la notoriété le dit. Et le plateau de la gare de Myrdal est plutôt morne ; un train passe juste au-dessus, reliant par le tunnel dont on voit l’entrée Oslo à Bergen.

Après quelques pas sur le quai, réembarquement pour la descente. Mais les panoramas restent grandioses, si si.


31

Eglises et dragons

Dans ce pays aux longs hivers sombres, là encore toute la magie de la lumière prend son plein sens : qu’auraient été ces paysages si le soleil avait brillé? Persévérons : le voilà enfin en abordant les deux sites où se dressent deux superbes églises « de bois debout ». Le beau village de Vik I Sogn (Vik signifie « anse ») dans une large et riche vallée dominant la rive sud du Sognefjord est doté d’au moins deux églises qui se particularisent, l’une par son style roman en pierre, l’autre de bois debout. Des fouilles ont permis de montrer que Vik était un site de départ des raids vikings. Plus tard, frappé par un glissement de terrain en 1811, puis par la famine, Vik a fait l’objet d’autres départs, ceux d’émigrants allant chercher fortune en Amérique à partir de 1840. Ces deux églises ont été construites au 12ème siècle. L’église romane en pierre se pare de lambrequins de bois gon, sous les lières.

sculpté où apparaît le motif du dratoits de lauzes arrondies très régu-

On peut aussi voir en cette saison où les jours sont les plus longs mais où la pluviométrie reste élevée quelle est la technique de séchage des foins : sûrement coupés quand l’herbe est la plus haute, ils sont étendus sur des rangées de supports qui évitent le contact avec le sol, comme des draps sur leur fil. L’autre église remarquable est de bois debout, elle aussi à l’écart du centre du village. Construite vers 1130, elle est à triple nef avec un autel gothique, et une richesse de sculptures et de gravure du bois remarquables, notamment dans la manière de décliner le thème du dragon cher aux néo-chrétiens de cette époque. Avec l’insigne avantage d’être libre d’accès pour les curieux de notre espèce. Alleluia! Tel n’est pas le cas partout.


32 Tout est ici d’une superbe élégance et d’un accomplissement artistique étonnant, jusque dans le détail foisonnant des entrelacs de bas en haut de l’entrée principale. Les artisans-artistes harmonieusement et

du Moyen-Âge ont su décorer l’intérieur richement mais dans les limites de la sobriété. A l’extérieur, les pentes successives des toits à double pente et les pignons extérieurs surmontés de dragons tendus vers le ciel, donnent à l’ouvrage un

peu l’ allure de pagode asiatique. Mais la peinture grossière au goudron dont on voit le granulé des gouttes, voire même

les petits stalactites en atténuent l’exubérance. Le mariage réussi du rustique et de l’art.

Une merveille, vrai coup de cœur.


33 Comment avec ces ornementations de pignons et de faîtes ne pas rapprocher ces dragons dressés sur les églises de bois debout de ceux d’un bâtiment asiatique comme le temple thaï ci-dessous par exemple? Mais d’abord, quel symbolisme que celui du dragon? Pour les chrétiens du Moyen-Âge, c’est le démon, le mal ; il est toujours repré-

senté terrassé par le bien qu’incarne St Michel.

aussi celui, le drakkar, que les Vikings représentaient

Là, dans l’art post-viking, certains disent que c’est un symbole positif, celui de la force et du courage ; c’est à la proue de leur knorr.

De ce point de vue, il se rapproche du dragon asiatique, symbole positif représenté aussi seul, lié à la fécondité et à la vie. Sans qu’aucune preuve n’ait été apportée, on peut se plaire à imaginer des sens, voire des origines communes, entre dragon viking et dragon d’Asie ; au moins des influences. En tout cas en Scandinavie, la volonté, avec la christianisation, de ne pas se couper des fondements païens antérieurs en adoptant cette nouvelle religion est une évidence. Bien en a pris les peuples de l’époque, qu’on peut saluer pour les chefs-d’œuvre édifiés dans cet esprit et encore sauvegardés de nos jours. L’autre site où l’on peut voir probablement le plus bel exemple et le mieux préservé d’une église de bois debout est celui de Laerdal ; c’est là l’église de Borgund, construite vers 1200, avec un étage et une abside semi-circulaire. La fibre commerciale norvégienne reprend le dessus : la visite est payante et nous n’entrerons pas. Mais il est vrai, le site est superbe, et l’église avec ses jupes de toits polygonaux est une autre merveille.


34 Une tour-clocher médiévale bien entretenue en est la voisine et un peu plus haut une autre église luthérienne plus récente où il nous est permis d’entrer avant l’office de 16h et l’arrivée refoulée d’un groupe. Sans ce robuste poêle monumental, les ouailles dans les aprèsmidis glacés et sombres de l’hiver resteraient blotties

dans le confort douillet et profane de la maison familiale. Non loin se trouve le fameux plus long tunnel du monde, entre Laerdal et Aurland avec ses 24.6 km, qui permet un accès enfin aisé au site. Longtemps, le chemin était très dif-

ficile et dangereux jusqu’à la construction des premières routes au début du 20ème siècle. Des enfants, descendants de vikings escaladent en riant dans un jeu innocent et vigoureux les pierres de granit qui délimitent le cimetière, dans lequel les tombes ne se repèrent que par des pierres dressées sur le sol de gazon. Sobre sérénité.


35 D’après un article de Håkon Christie en 2008

Les premières églises érigées au 11ème siècle - période appelée le temps des missions - étaient faites de poteaux et de planches dressés verticalement. Poteaux plantés dans des trous creusés dans le sol, assurant la rigidité d’ensemble, mais exposés à la putréfaction par le sol, malgré la dureté du pin nordique. Ces églises archaïques n’ont pas survécu plus d'un siècle. Alors dès le 12ème siècle, on encastre poteaux et planches non plus dans le sol mais sur des sablières (dans le vocabulaire du charpentier) elles-mêmes posées sur des fondations de pierre. Ainsi surélevés du sol, les murs sont protégés de l’humidité, solution si efficace que des bâtiments de bois édifiés dans les années 1100 sont parvenus jusqu'à nous. C’est à leur technique de construction que les églises vent leur nom : les murs sont faits de palis (suite de petits pieux pointus rangés côte à côte) et ticalement, encastrées en bas dans une sablière rainuune panne (pièce de charpente posée horizontale-

de bois debout doipoteaux dressés verrée et en haut dans ment).

L’exemple le plus imposant et aux formes les plus avancées est encore celui de l'église de Borgund. Dans ce type d'église, la partie médiane de la nef, du choeur et de l'abside est plus élevée que les parties extérieures appelées collatérales (à ne pas confondre avec les galeries extérieures qui ceinturent le bâtiment).

Les églises de bois debout sont de superbes constructions, très richement sculptées. Elles s’ouvrent presque toutes sur un portail dont l'extérieur est sculpté sur toute la hauteur. Cette tradition décorative provient des ornements animaliers de l'ère viking. Les dragons en sont le motif préféré, développé en créatures fantastiques aux membres interminables qui s’entrelacent avec des volutes végétales et des feuillages élaborés. Ces compositions exécutées de main de maître élèvent ces portails au rang de chefs d'œuvre de l'art national. L'intérieur des églises de bois debout est sombre. À l'origine, les seules sources de lumière sont les petites ouvertures circulaires percées dans la partie supérieure du mur de la nef. Elles ne dispensent qu'une faible lueur. Dans certaines églises, les colonnes s'achèvent par des chapiteaux qui rappellent ceux des églises de pierre romanes, mais l'ossature de bois, dictée par les caractéristiques techniques du matériau, garde toutefois sa pleine originalité. Au Moyen-âge, il y a près de 1000 églises en bois debout en Norvège. Puis elles vieillissent, se délabrent. Considérées avec le passage au protestantisme en 1537 comme une réminiscence du catholicisme, elles sont à bannir. Elles sont donc rapidement remplacées par d’autres types d’édifices religieux, comme les églises en rondins. En 1650, il subsiste encore 270 églises en bois debout.


36 Au 19ème siècle, avec l’industrialisation, la société se modernise. Ces vieux édifices ne sont plus considérés que comme des opportunités de récupération de matériaux de construction pour de nouvelles maisons, dans cette période d’optimisme et de progrès où il faut faire du neuf. De plus, une loi de 1851 décrète que les églises paroissiales doivent pouvoir accueillir au moins 30% des paroissiens. Presqu’aucune église ancienne ne peut satisfaire ce critère. Entre 1880 et 1885, 59 églises en bois sont démontées ou détruites. C’est dans ce climat qu’à été créée l’association de protection du patrimoine norvégien (16.12.1944). Aujourd’hui il ne reste que 28 églises en bois debout en Norvège. Les piliers sont faits de ce pin nordique dont la densité et par conséquent la dureté sont réputées (sa lente croissance explique pour partie cette caractéristique), à côté duquel nos pins et nos sapins ont une tendreté qui se prête trop bien à la malléabilité industrielle et à la fameuse obsolescence programmée, pour des finalités souvent médiocres.


37

Balestrand et Fridtjof

En référence à la saga de Fridtjof, le kaiser Guillaume II, dernier empereur allemand et aussi dernier roi de Prusse (il abdique en 1918), a fait élever en 1913 une statue de 10,5m au sommet d’un tertre de 12m sur la colline qui domine le village de Vangsnes, près de Vik I Sogn. Elle représente ce personnage célèbre, guerrier posant l’épée au sol, mollet cambré, main sur la hanche en posture avantageuse. Cadeau de remerciement à la Norvège. Guillaume (Wilhelm) appréciait en effet beaucoup la station réputée de Balestrand où venaient artistes, rois, aristocrates, acteurs de cinéma, en face, de l’autre côté du Sognefjord. Dans le fameux hôtel Kvinke, décoré à la manière des chalets suisses, il est venu passer plusieurs étés, jusqu’à la veille de la Grande Guerre en 1914. Intelligent, doué d’un grande mémoire, le développement du tissu économique allemand lui doit certainement. Mais impulsif, coléreux, orgueilleux et fanfaron, cyclothymique, grand collectionneur d’uniformes (jusqu’à 200) dont il se changeait deux

fois par jour, sa politique après Bismark a été militariste, autoritaire,. Elle a contribué largement au déclenchement du grand et désastreux conflit. Sa fréquentation d’un petit cercle de jeunes nobles officiers prussiens faisait aussi jaser, de même que la recherche dans le choix de ses vêtements et de son apparence, tout comme le contour de sa moustache. Sans aller cependant jusqu’à prétendre qu’il préférait le kilt ou la jupette guerrière au jupon : son penchant pour la Norvège se concrétise en effet par un fils naturel qu’il eut d’une relation avec une femme de Bergen. De là-haut en tout cas sur la colline, le point de vue sur le Sognefjord est splendide. Sur les pentes, des rangs bien cultivés et parfaitement entretenus de framboisiers s’étirent lentement au soleil des longs jours d’été. Les fraises norvégiennes sont aussi réputées pour leur pleine saveur, qui doit beaucoup à cette longue exposition solaire, fûtelle intermittente et même tempérée. Et cette réputation n’est pas usurpée ; en comparaison, certaines de nos fraises à nous, au mieux de la saison paraissent souvent bien insipides, sauf chez nos jardiniers du dimanche aux petits soins de leur culture. Ici, la récolte avait 15 jours de retard ; nous sommes là juste à temps pour les goûter.


38

Pittoresque palette, cabanes et maisons

Une partie du village de Laerdal est constitué de maisons anciennes protégées. C’est le vieux village (Gamle Laerdalsoryi) avec ses 161 maisons de bois, toutes plus pittoresques et charmantes les unes que les autres, comme une sorte de style colonial allégé aux lambre-

quins dentelés parfois d’un grand raffinement au-dessus des balcons et des terrasses. Construit entre 1700 et 1800, ce village est un remarquable témoignage de l’architecture en bois de cette époque, qui s’agrémente de fleurs à profusion. La plupart sont toujours habitées, au moins pendant la belle saison, ou ont été reconverties en hôtels paisibles et agréables, ou en boutiques pour touristes. Un couple âgé, visages burinés, décharnés et sportifs, joue manifestement avec délectation les lézards sous le soleil qui reparaît. En anglais, ils racontent volontiers qu’ils passent l’autre partie de l’année à voyager ailleurs, notamment aux USA. Au bord de l’ancien quai d’accès au fjord, quelques maisons témoins aux toits de lauses, non repeintes ou peutêtre goudronnées qui devaient avoir une fonction dans l’activité des siècles précédents sont conservées intactes (pêcheries du saumon ou de la truite…). Tranquillité, bonheur de vivre… On y trouve ici des fantaisies comme cette niche à chien dont le toit est couvert de gazon fleuri. Heureux les chiens de Norvège, presqu’autant que les enfants-(rois).


39 Les toits végétalisés sont fréquents. Stabilité et étanchéité sont en effet meilleures que celles des toits traditionnels, ainsi que l’isolation phonique. Quoique ce dernier intérêt soit tout relatif pour les maisons ou les cabanes construites au fond des campagnes et des plateaux où le silence règne, si ça n’est peut-être le vent. Leur grande inertie thermique absorbe les brusques variations de température et permet de réaliser des économies d’énergie consistantes. Leur inertie hydrodynamique permet aussi, en cas de soudaine pluie diluvienne par exemple, d’amortir l’écoulement par absorption. Sans parler de leur valeur esthétique. Mais la structure est ici le plus souvent de bois et doit pouvoir supporter le poids important de l’installation, qui peut doubler voire tripler lorsqu’elle est gorgée d’eau. La membrane qui assure l’étanchéité entre la structure de bois et la couche végétale était initialement faite d’écorce de bouleau, remplacée dans les constructions plus modernes par un matériau synthétique adapté. Les coûts de réparation pour une fuite sont aussi plus élevés qu’avec un toit traditionnel. Le drainage et la filtration vers les gouttières doivent bien sûr être efficaces. Le substrat, c’est-à-dire le terreau utilisée, doit être léger, résistant à l’érosion, capable de retenir l’eau mais aussi de la drainer, suffisamment imperméable.

Les huttes samis, dont le toit de terre est totalement enveloppant, sont un exemple rustique mais tout aussi douillet à l’intérieur, dont on se demande si ça n’est pas l’habitation d’un troll, ou d’un hobbit. On trouve fréquemment de tels toits pour les fermes, les cabanes de loisirs, mais aussi pour les anciens greniers à foin ou à grain. Aujourd’hui, comme sur les pentes de la station de ski de Myrkdalen, les bungalows et les immeubles d’appartements en sont aussi pourvus, pour le plaisir des yeux.


40 Le pittoresque des maisons norvégiennes, avec ou sans toit végétalisé, mérite d’être spécialement souligné, quoiqu’on n’en ait jamais vu que l’extérieur. Le parti pris est ici de ne parler que des maisons ou des fermes isolées, ou parfois appartenant à de petits villages ; et non des maisons de ville évoquées ailleurs. Les planches de bois de la moindre d’entre elles jusque dans les coins les plus reculés sont peintes de tons unis, mais variant de l’une à l’autre, s’harmonisant ici avec la couleur d’une barrière, là se relevant du contour contrasté des ouvertures. La découverte à mesure que l’on progresse le long des routes est permanente, et toujours agréable. On retrouve souvent ce rouge soutenu, presque bordeaux, appelé « rouge de Falun » car la couleur était faite à partir de scories d’une mine de cuivre de cette ville suédoise. On dit aussi que ce rouge était fabri-

qué aux origines à partir du sang de baleine. Mais la palette est très large, les harmonies toujours réussies ; les tuiles de certains toits, les murs eux-mêmes sont parfois gou-

dronnés d’un goudron noir et épais. Dans tous les cas, la ferme la plus banale prend des airs coquets, d’autant plus que le toit se couvre de lauzes régulières ou que les couleurs s’opposent entre habitation et grange. D’autres maisons osent sans choquer des contrastes plus durs comme le rouge carmin et le bleu pétrole, rappelant les couleurs nationales. Au bord des fjords ou des lacs, certaines sont cossues, mais même le plus modeste hangar reprend de la noblesse au-dessus du plan d’eau.


41 L’intensité des couleurs vient parfois comme un antidote à la grisaille. Souvent, un fanion allongé se gonfle au vent, perché au sommet d’une haute hampe ; nationalisme tranquille. Rarement, une grange de bois reste en sa configuration brute, fonctionnelle. Parfois, un ancien grenier à foin ou à grains, construit sur courts pilotis et qui semble en équilibre incertain, a été reconverti en modeste résidence secondaire; et la petite lucarne s’éclaire d’un encadrement coloré. Peut-être là, sous le torrent traversant un pâturage, des cabanes bergeries. Ailleurs sur le plateau, une maison vigie. Et le long des chemins, parfaits exemples d’harmonie de tranquille élégance, pour de maisons qui se font plus riches aborde les rives d’un fjord ou vallée.

quelques rustique et belles quand on un creux de


42

Je ne sais pas vous, mais on ne s’en lasse pas...

Mais arrachons-nous, il est temps d’aller faire un tour du côté de Bergen.


43

Bergen l’hanséatique

Allons donc en ville, vers cette cité qui fut la 1ère capitale de la Norvège (voir l’annexe).

marins, étonnés de cet exotisme nordique.

Malgré ici encore un temps souvent pluvieux, l’attrait du port de Bergen bien protégé de l’Océan, adossé à des collines hautes au bord du fjord est puissant. Un voilier mexicain mouille là, dont on croise parfois des

Belle ville, pour son fameux marché aux poissons du fond du port. On y déguste des sandwichs aux fruits de mer, du steack de baleine rouge sombre comme sanquette, de la morue (célébrée dans la partie ancienne par une énorme sculpture de bois représentant probablement une morue séchée) et l’inévitable saumon. Mais aussi pour sa fa-

meuse façade de maisons de bois avec ses dédales de couloirs et de coursives accessibles par les escaliers.


44 Mais la partie de la ville à flanc de colline avec ses rues en rebonds, tortueuses parfois, ses chemins pentus où le pas se retient aux courtes rangées parallèles de briques transversales qui font relief et permettaient aux chevaux de les gravir sans glisser, présente un charme irrésistible. Les maisons de bois sont souvent flanquées d’un jardinet accueillant derrière une barrière de bois. Le piéton est chez lui et s’en délecte. Là est aussi l’autre vraie séduction de Bergen, en s’élevant au-dessus du port et du centre, Les

façades faites de ces palissades de planches horizontales régulières si caractéristiques jouent dans de doux tons polychromes et sages, s’harmonisant sous les tuiles des toits à 4 pans, puis basculent parfois dans le vif, le contraste et l’éclat sans qu’on y trouve à redire, bien au contraire. Les enfilades courbes toutes en pentes dévoilent d’autres toits vers le port, parfois plus vénérables, sans jamais de monotonie, avec une élégance naturelle qui ajoute au pittoresque.

Un quartier à rêver où l’on aimerait prendre le temps de rencontrer les habitants, de mieux apprécier la qualité de vie.


45 Parfois même, héritages plus anciens peut-être, le toit de certaines maisons se relève aux quatre coins comme les anciennes maisons portugaises, ou tranchent des tuiles en se revêtant de noir goudron.

Le musée hanséatique offre quant à lui des témoignages intéressants de l’époque de la puissance commerciale de la ville en cette période. Les salles de délibération et de réfectoire sont marquées par une sobriété, voire une certaine austérité (les riches commerçants n’exhibaient pas leur richesse)

du mobilier de bancs et de coffres, que relèvent quelques rares et superbes objets de cuivre, et le beau bois sombre des murs et du plafond à charpente apparente ; jusqu’aux cuisines au fond desquelles préside un haut poêle de céramique (?) blanche.


46


47

Peuples d’avant et d’aujourd’hui

Des lapons — mais il faut utiliser le nom de Samis, celui tif, qui signifie installé quelque le plateau des riques façon cette herbe par endroits.

de Lapon est pour eux péjora« porteur de haillons »— ont part sur la route qui sillonne huttes de terre hémisphéigloo, sur lesquelles pousse drue, fleurie coquettement

Pour un peu, on verrait un troll en sortir. L’intention est touristique ; mais le témoignage de ces habitations semble authentique. La tranquille dignité des Samis, qui reçoivent les touristes pour vendre des objets typiques réconforte quand on connaît d’autres pays, d’autres villes où les marchands du temple ne sont que des employés zélés, rarement indigènes, au service d’un mercantilisme intensif. Les Samis (ou Samés, ou Saami) ont été les premiers occupants de la Scandinavie septentrionale (Suède, Norvège, Finlande et la péninsule de Kola en Russie). Ils sont les indigènes de l’Europe du nord, mais ne constituent pas un groupe ethnique. Ils ont en commun leur langue (d’origine finno-ougrienne : pays baltes, Scandinavie du nord, Finlande, Russie du Nord, Sibérie, Hongrie) qui se décline en 9 dialectes dont certains sont toujours utilisés. Une étude récente montre que même s’ils sont européens, ils ont en leurs gènes une petite part asiatique et se rapprochent de l’ethnie turque des Iakoutes de Sibérie orientale. Ils appellent leurs terres ancestrales Sápmi. Les activités traditionnelles des Samis étaient originellement la pêche et la chasse, puis à partir du 16ème siècle l'élevage de rennes en transhumance. Aujourd'hui, ceux que certaine nomment « les indiens blancs » représentent quelque 75 000 habitants semisédentarisés en Norvège. Les Samis ont en Suède, en Norvège et en Finlande (mais pas en Russie) le droit de vote dans les parlements Samis, des organisations gouvernementales destinées à collecter les revendications des communautés samies, et démocratiquement élus par les Samis euxEn 1732, le grand naturaliste suémêmes. dois Carl Linné ici représenté en costume sami, entreprend un voyage en Laponie pour explorer cette contrée encore très mystérieuse. Il en revient outré par la manière bornée dont les religieux catholiques traitent les samis.

La Norvège a reconnu les Samis comme « peuple indigène de Norvège ».


48

L’envol à ski planant

Sur les hauteurs lointaines d’Oslo, on s’interroge sur une sorte de crête métallique, comme un accent grave ou aigu selon qu’on vient du nord ou du sud, qui brille au soleil d’un éclat vif. On croirait voir une colossale sculpture métallique ou bien la silhouette d’un brachiosaure de métal : il s’agit de la piste de saut à ski d’Oslo, sur le site de Holmenkollen. Parmi les sports d’hiver, le saut à ski appartient étroitement à la culture norvégienne. Les jardins des maisons sont très souvent équipés d’une trampoline, avec laquelle les enfants apprennent à sauter, à trouver l’équilibre et la stabilité « en vol ». Ils se préparent ainsi à l’étape suivante, sur de modestes sauts à la piste de bois, pour enfin s’essayer, puis s’épanouir sur les grandes pistes comme ici à Oslo ou bien à Lillehammer. Les pistes de saut d’Oslo ne sont pas taillées dans la montagne auxquelles elles s’adossent comme à Lillehammer, mais construites sur cett infrastructure toute de métal dont l’architecte a certainement voulu faire une véritable œuvre d’art, pardessus le sommet de la montagne : pari tenu. C’est aussi ce qui la rend visible de très loin. Notre guide raconte que tout est fait l’hiver pour la pratique des sports de neige ; les horaires de travail sont aménagés pour permettre aux habitants, en sortant tôt l’aprèsmidi où la nuit tombe très vite, d’aller pratiquer la descente sur les pentes aménagées et vivement éclairées, avant le retour à la maison.


49 L’activité sportive des norvégiens est bien connue. L’entraînement aux sports d’hiver se pratique à longueur d’année. Comme ce skieur de fond qui patine sur le bitume, ou bien même cette jeune habitante d’un plateau qui utilise un chariot à pneus tirés par 4 chiens de traîneau sur une route reculée, en guise d’entraînement pour l’hiver. A la grande joie de ses chiens-là. Mais ce n’est qu’à Lillehammer, sur le chemin du retour, qu’on a pu admirer l’envol majestueux de skieurs sur une piste de cylindres de porcelaine arrosés d’une brume d’eau, - ils s’entraînent donc été comme hiver -, et leur spectaculaire atterrissage sur le gazon de la piste tout en bas. Décuplée pendant les 17ème Jeux Olympiques d’hiver de 1994 (Johann Koss fut le héros national après avoir gagné 3 épreuves du patinage de vitesse et battu à cette occasion à chaque fois le record du monde), les infrastructures hôtelières de cette petite ville se sont ensuite vite retrouvées surdimensionnées. Le mode de construction a permis à certains hôtels d’être démontés puis reconstruits ailleurs. L’économie « durable » est un principe mis en pratique avec volontarisme par la Norvège. Ainsi Oslo se classe au 9ème rang mondial des villes les plus écologiques du monde. L’objectif est de faire de la Norvège un pays neutre en carbone d’ici 2050. L’un des projets consiste à alimenter 80 bus de la ville avec un bio gaz issu des toilettes (200 000 personnes concernées) : chacun produit en effet l’équivalent de 8l de diesel par an. Alors grands et petits, soyons civiques et solidaires! Parisiens, encore un effort, tous à nos sièges! Et si la banlieue se rallie, nous pourrons contribuer à rendre enfin la Régie des Transports Parisiens vraiment Autonome (100% de la flotte de ses 4000 bus)…


50 Mais revenons à la pureté du vol. Au bout de la descente fulgurante, l’envol se prend, bras rejetés à l’arrière, d’un puissant coup de rein en bout de la piste étroite et vertigineuse ; puis l’oiseau, si maladroit au sol avec ses longues spatules (albatros scandinave) s’envole avec majesté au-dessus du tremplin comme au ralenti, et les spatules en V ouvert se font ailes, vers lesquelles le corps tendu se penche, bref planeur. Trajectoire magique. Puis les skis viennent rejoindre et épouser l’asymptote de la piste ; là, le contact sur le gazon n’est pas assuré. Le glissement coule ensuite tranquille ; puis l’athlète s’assoit sur ses skis pour finir carrément « en fauteuil » bien tenu par ses hautes chaussures et ses cuisses d’acier, avant de se redresser finalement. Un oiseau rouge suit un oiseau noir, puis un 3ème encore rouge, et l’on repart avec regret. Très haut degré de préparations physique et technique, pour quelques secondes de saut.

A côté de la performance en distance, c’est l’un des sports dont l’esthétique est la plus aboutie. Ce sport a été inventé ici, en Norvège. L’engouement dont il bénéficie est donc intact. Il a donné lieu à sa première compétition en 1862 et a été introduit aux Jeux Olympiques d’hiver dès leur création en 1924. Deux variantes de saut se différencient : le saut à ski traditionnel pour lequel la piste d’élan est de 120m et le vol à ski (sans parachute!!), plus rare, où la piste est de 200m.

Récemment cependant, la Fédération internationale a dû fixer un critère d’IMC (Indice de Masse Corporelle) pour éviter les candidats trop légers jouant de l’anorexie pour voler plus loin!!! Les candidats musclés sont depuis au devant de la scène, risques de dopage à la clé..


51

Efficacité norvégienne

Merci à l’efficacité norvégienne!! Il y a pourtant des circonstances dans lesquelles on ne souhaiterait pas la tester. Il suffit d’une route de plateau un peu étroite récemment rénovée dont les bords sont encore meubles. Alors, quand un camion croise notre bus sans trop se soucier de lui, notre chauffeur serre un peu à droite, un peu trop ; et voilà les roues qui glissent dans le fossé. En quelques secondes, presque lentement comme dans un ralenti, notre bus qui marchait à une allure modérée se couche irrémédiablement dans le fossé. Quelques secondes où l’on voit le destin s’accomplir. Sauf pour trois d’entre nous, plus de peur que de mal, mais cependant quelques fêlures et des étirements de ligaments. Notre surprise : les secours sont si prompts qu’ils semblaient nous attendre. Nous voilà extirpés très vite du bus par une ouverture sur le toit (qui est maintenant latérale) ; les services de sécurité, l’ambulance, un hélicoptère, des minibus pour ramener la plupart d’entre nous vers un lieu d’hébergement : tout ça en quelques minutes, alors que nous avions l’impression d’être au fin fond d’une campagne très profonde et peu accessible. Premier coup de chapeau! Notre bus a l’air d’une coquille crevée une fois qu’on a brisé non sans mal l’immense pare-brise, ou bien d’un éléphant blessé qui ne parvient pas à se relever. Puis, en dehors des personnes qu’il est nécessaire d’acheminer par hélicoptère vers un hôpital voisin, les autres sont amenées vers la cafeteria d’une mairie, celle de Gol le gros village voisin dans une vallée, à la fois pour subir un examen médical si nécessaire, et patienter en attendant un autre bus pour reprendre le circuit. L’organisation du soutien est là aussi remarquable, avec collation à volonté, soutien psychologique notamment pour notre pauvre chauffeur lituanien désespéré de l’évènement, réquisition d’interprètes sachant parler la langue (la nôtre) parmi les habitants du village, sous la férule d’une dame au large sourire qui gère et coordonne l’ensemble. Chacun à sa place et au bon moment. Deuxième coup de chapeau!! Et grand et chaleureux merci à la Norvège.


52

L’âge de bronze

Pendant cette période dite de l’Âge de bronze de -1800 à -450, prédomine le commerce de l’ambre, que les Scandinaves échangent avec l’Europe du Sud contre les premiers objets de métal. La route de l'ambre est l'une des plus importantes voies de commerce de l'Antiquité. Elle relie la mer Baltique à la Méditerranée en suivant le cours de la Vistule, de l'Elbe et du Danube. L'ambre est une résine fossile. Elle provient de conifères nord européens d’il y a 40 millions d’années qui ont été engloutis ensuite par les eaux baltiques. Très recherchée par les peuples du sud, outre son aspect translucide qui l'apparente à une gemme, on lui prêtait des vertus magiques et curatives. Ainsi, on a retrouvé dans la chambre funéraire du pharaon Toutânkhamon des objets faits d'ambre de la Baltique, et l'on sait que des offrandes en ambre étaient expédiées de la mer du Nord vers le

sanctuaire d'Apollon à Delphes. NB– Le cachalot, ce cachottier, est aussi riche d’ambre, mais sans aucun rapport avec l’ambre résine : c’est l’ambre gris qui est fait de ragoutantes concrétions intestinales provenant de restes de calmars, et l’ambre blanc ou « blanc de baleine » que l’on trouve dans une poche cérébrale (pour les baleines plus intellectuelles). Parmi les œuvres de bronze, l’un des plus beaux exemples est ce char solaire danois.


53

L’âge de fer

Cette période, de –400 à +800, voit la technique de forge des armes s’améliorer progressivement et finit par doter les habitants d’une redoutable panoplie. - les Celtes occupent l’Europe centrale et désorganisent le commerce et la route de l’ambre. En outre, à cause d’une phase de refroidissement de la région, certaines populations de la Scandinavie méridionale tentent de migrer vers le sud ; ce qui sera à l’origine des Burgondes et des Lombards. Les peuplades natives du nord, les Samis migrent aussi vers le Sud, celui de la Scandinavie, entrant en conflit avec les Scandinaves. - C’est à partir du 3ème siècle que l’on commence à parler de « Norvégiens » pour désigner les Gautars (futurs Goths) qui vivent à l'ouest. Mais cette origine scandinave des Goths est controversée. Cependant, 500 ans après les invasions de ces ostrogoths et wisigoths de la période antique sur les côtes nord de la Mare Nostrum, il n’est pas improbable que leurs descendants installés là aient été envahis, cette fois depuis la mer, par les autres descendants goths, les Vikings. Mais les cousins perdus de vue n’ont pas dû se reconnaître, tant ceux du sud avaient lutiné de brunes méditerranéennes et perdu leur blondeur et leur stature initiales. Et les combats furent féroces. - Jusque vers +400, la Rome antique marque plus ou moins directement son influence en Scandinavie par les produits qu’elle vend : objet en métal et en verre, mais aussi esclaves. Les Scandinaves vendent aux Romains et aux autres peuples du Sud de l'ambre, des fourrures et du cuir. - La phase dite « germanique ancienne » dure de 400 à 600 environ. La mémoire orale transcrite plus tard en saga (la saga des Ynglingar et celle de Beowulf) n’est pas claire. On sait cependant que cette période est marquée par de nombreux conflits entre petits groupes de population, notamment dans le Sud de la Scandinavie. - Enfin, à l'époque dite « germanique récente » (600-800), la situation se stabilise un peu avec un arrêt des grandes migrations, La Norvège reste encore très fragmentée ; ses différents peuples pratiquent intensément le commerce. L’épée franque y fait son apparition.


54

s ntable Epouva pâles géants

La période des Vikings On a coutume de dire que la période viking commence et s’achève en Angleterre, s’ouvrant par le pillage, en 793, du monastère de Lindisfarne (prestigieux sanctuaire symbole de la réussite de la christianisation) par des pirates nordiques et se clôturant en 1066, avec la défaite du roi de Norvège Harald Hardrada contre les Anglais lors de la bataille de Stamford Bridge. Pendant près de 300 ans, de 800 à 1100 après JC, les vikings conquièrent, s’installent, administrent, forment souvent des royaumes pérennes, sont à l’origine de la création de la Russie, du peuple des Normands au nord de la France, retournent au pays, se christianisent, s’assimilant progressivement à la chrétienté de l’Europe du Nord. Le mot « viking » lui-même signifie dès le 7ème siècle « partant en expédition maritime », puis a été repris en anglais au 18ème pré-romantique pour désigner un solide guerrier. Les Anglais redécouvrent alors ces envahisseurs et s’enthousiasment rétrospectivement pour ces conquérants qui les avaient pourtant vaincus. Les Vikings habitent le Danemark et, dans le continent scandinave, ces multiples petits royaumes enclavés sur les rives des fjords adossés à la montagne. La mer pénètre là profondément et reste tout le temps accessible, seul moyen de circuler et d’échanger. Dès le 6ème siècle, on sait qu’ils sont d’abord commerçants à la recherche de produits que n’offrent pas leur pays, pauvre et au rude climat, mais offrant aux civilisations du sud l’ambre de la Baltique, les peaux (castors, loups, ours, renards, zibeline…) et l’ivoire des morses. Déjà en contact commercial encore pacifique dès le 7ème siècle avec le monde chrétien, puis le monde arabe, les Vikings se frottent pendant la fin du 8ème siècle à Charlemagne, porteur de l’expansion puissante du christianisme et ardent prosélyte, convertissant « par le feu et le sang » les païens, qu’ils soient saxons au nord ou issus des goths avec les Lombards en Italie, ou les musulmans en Espagne. S’opposant à la soumission, la réaction Viking est violente et contribue à forger leur motivation de conquête et d’invasion. Puis avec les successeurs carolingiens, divisés et affaiblis, le terrain devient plus propice à leurs raids. C’est aussi sous la poussée démographique, et pour trouver le sel et accéder aux gisements de fer que ces peuplades lancent à partir des années 800 leurs invasions terribles (même si ceux qui les ont subies sont seuls à en avoir témoigné par écrit et ont certainement amplifié le caractère d’épouvante inspiré par ces envahisseurs). Leurs adversaires sont aussi impressionnés par leur taille, de 10 cm en moyenne plus haute que la leur.


55

Conquê

tes

, Après Lindisfarne, le plein régime des invasions commence en 833. La machine est lancée. Appelés en France les hommes du Nord, les Normands, ils brûlent Rouen en 841, Nantes en 843, Paris succombe en 845 et Tours en 853.

Pise et remontent jusqu’au Rhône, à Valence où ils sont arrêtés.

Les invasions atteignent l’Europe centrale, contournent l’Europe occidentale, atteignent l’Afrique du Nord. En 844, les Vikings pillent la Galice, Lisbonne et Séville. En 859-862, ils ravagent les côtes du Maroc puis gagnent la Toscane. De là, ils détruisent

Vers le Nord-Ouest, de 834 à 850, ils pillent les royaumes anglo-saxons. En 865, une véritable armée occupe York. De raid en raid, ils arrivent jusqu’à Londres en 871. Les anglais témoignent : « ça fait 350 ans que nous et nos pères avons habité cette aimable terre, et jamais avant une telle terreur n’est apparue en Angleterre et maintenant nous avons souffert d’une race païenne ; jamais ne pensions subir une telle incursion depuis la mer. Voyez l’église de St Cuthbert éclaboussée du sang des prêtres de Dieu, dépouillée de ses ornements : un endroit plus vénérable que tous en Angleterre est donné en proie aux peuples païens ». 'Lo, it is nearly 350 years that we and our fathers have inhabited this most lovely land, and never before has such terror appeared in Britain as we have now suffered from a pagan race, nor was it thought that such an inroad from the sea could be made. Behold the church of St Cuthbert spattered with the blood of the priests of God, despoiled of all its ornaments; a place more venerable than all in Britain is given as a prey to pagan peoples...'. Letter from Alcuin to Ethelred, king of Northumbria.


56

ars Drakk o rrs tôt kn u l p u o

Le bateau viking est un élément essentiel des conquêtes : moyen d’exploration et de commerce mais aussi d’incursions et d’invasions. Dès le 4ème siècle, des bateaux plus longs sont construits, dont la forme s'affine. Vers 700 les accessoires comme le gouvernail se développent. Ces fameux bateaux sont indument nommés drakkars en français (il ne s’agit que de leur figure de proue qui a la forme d’un dragon, drakkar en scandinave) ; il faut les appeler knorrs ou knarrs, A fond plat et faible tirant d’eau (1m), ils sont mus par une voile carrée ou bien les bras de 32 rameurs. Très stables, rapides (10 nœuds et 200 km en 24h), leur technique d’assemblage permet une souplesse de déformation adaptée aux houles des mers du nord ; ils sont faciles à manier. Leur accostage ne nécessite aucun port, ils peuvent transporter des cargaisons importantes, hommes, femmes et bétail. Ces qualités réunies leur permettent de jouer de l’effet de surprise, aussi bien pour envahir que pour se retirer. Les conquêtes et les explorations vikings doivent beaucoup aussi à la folle audace des marins qui ont osé s’éloigner des côtes droit vers le large, grâce à leur grande expérience maritime, leur art pour se diriger quand le sextant faisait encore partie des rêves à venir (1730) et qu’ils ignoraient l’astrolabe et la boussole. Audace servie aussi par ce contexte si particulier de l’influence extrême du Gulf Stream, qui empêche la glaciation de la côte jusqu’au nord, même en plein hiver. Cet atout maritime est une constante dont ne bénéficient pas d’autres pays sous les mêmes latitudes (Sibérie, Canada,…). On voit aussi l’esthétique rejoindre l’efficacité fonctionnelle avec ces superbes vestiges de knorrs de 22 à 24 m de long, dont la proue et la poupe sont d’une élégance remarquable. Ils marquaient la mémoire des populations envahies quand débouchait de derrière les collines leur puissante volute en tête de monstre (le dragon) dominant la proue gonflée comme un jabot, soudain suivie de la clameur terrible des guerriers partant à l’assaut.


57

Certains guerriers, les berserks (« peau d’ours »), devaient frapper d’horreur les adversaires ; vêtus en effet de peau d’ours ou nus, ils combattaient en transe, probablement sous l’emprise d’une drogue, roulant des yeux, l’écume à la bouche, mordant leurs boucliers, invincibles dans l’action, s’effondrant ensuite. Et aujourd’hui héros invraisemblables de mangas violents. Le fameux et coquet casque à cornes est certes d’origine scandinave, mais beaucoup plus ancien. Il n’existe plus à l’époque viking : pénurie de vaches?… Il ressemblait plutôt à ça, comme d’ailleurs ceux de leurs adversaires anglais ou francs. Avec les mêmes bateaux, les guerriers envahissaient et conquéraient les îles et les contrées, puis venaient les coloniser avec hommes et bétail, repoussant ou composant avec les populations locales, ou bien s’installant dans des régions encore vierges. Ce sont sans exclusive mais principalement les danois qui s’engagent vers l’ouest et le sud, les suédois (appelés Varègues localement, mais Rus plus largement en Europe continentale) vers la Russie qu’ils fondent sur ses premières bases et administrent à la demande même des Slaves locaux, et les norvégiens vers l’Atlantique nord, l’Islande, le Groenland et même l’Amérique du Nord. De fait, les Îles Britanniques attirent aussi bien Danois que Norvégiens, mais ce sont surtout les Danois qui vont vers l’Angleterre. Cette période d’invasions est appelée « l’Âge sombre » par les britanniques.


58

a Canad u a s g Vikin

Cette carte du monde atlantique septentrional montre l’ampleur des incursions, avec l’Europe à droite et le nord du Canada à gauche.

L'Écosse est la cible des Norvégiens et les Orcades sont colonisées au cours du 9ème siècle de même que les Shetland. Par contre dans les Hébrides, ils sont assimilés par les populations locales. En Irlande, où ils sont appelés là les « pâles étrangers » (Finn-gall, mais de fait il s’agirait plutôt des « tribus étrangères »), ils fondent un petit royaume près de Dublin, qui subsiste jusqu'en 1052. L'origine exacte de Rollon, fondateur du duché de Normandie est discutée, l'une des hypothèses avancée étant une origine norvégienne, mais ses troupes se composaient pour la plupart de Danois.

Tous les vikings ne partent pas de leur propre initiative. Certains sont même condamnés à l’exil, la crème de la crème dans la violence… C’est le cas du fameux Eric le Rouge (vers 950-1003), né en Norvège, banni pour meurtres et rapines, qui vers l’ouest, s’installe en Islande, découvre le Groenland vers 985, le nomme (c’est dire qu’elle était verte cette île continent) et fonde là une colonie norvégienne. Son fils Leif Ericsson (fils d’Eric) lance une expédition plus à l'ouest. Le continent américain n’est pas si loin. L’a-t-on surnommé « le chanceux » pour l’avoir atteint? Il s'installe dans le Vinland, correspondant sans doute au futur Canada (à peu près 500 ans avant Christophe Colomb, mais sans en faire une colonie durable : l’aimable accueil des indiens est très acéré et les flèches tombent en pluie ; dehors les géants blonds roux et la terre aux Peaux Rouges!!!


59

ps, ce tem t n a d Pen ie ndinav a c S n e

Helge Ingstad, fameux archéologue norvégien découvre en 1960 les restes d’une implantation viking de la période entre 980 et 1020. Les recherches menées jusqu’en 1970 apportent la preuve de cette origine à L'Anse aux Meadows (beau mélange des langues qui a dû signifier d’abord en français l’Anse aux Méduses) à la pointe Nord Est de Terre Neuve et du Nouveau Brunswick au Canada. Hommage lui est rendu ainsi qu’à sa femme à l’entrée du Musée Viking d’Oslo. Mais les exégètes discutent encore âprement pour savoir s’il y avait du vin (ce pays était nommé Vinland), si ce fut le point de départ d’explorations vers le sud, et comment cette importante parcelle d’histoire s’articule avec les sagas vikings du 13ème siècle (ce sont elles qui ont orienté les archéologues vers le Canada). Et pendant ce temps-là, au pays, que se passe-til? La vie continue son train train et chacun vaque : le continent scandinave s’organise et se développe. Même si l’histoire de la Norvège à l'époque viking et jusqu'à son unification reste mal connue, on sait que le territoire, sauf le Nord occupé par les Samis, est alors divisé en 29 petits royaumes (ou plus modestement districts), appelés fylke, correspondent à une zone géographique, souvent autour d'un fjord. Chaque fylke dispose d’une assemblée de représentants des villages ou des provinces, le thing. Ces petits royaumes sont indépendants, ruraux, autarciques ; il y prédomine l’élevage, la chasse et la pêche dans les vallées enclavées des fjords. Mais, début d’unification, les différents fylker se regroupent en quatre rassemblements régionaux pour certaines activités notamment militaires, géographiquement réparties. Les seigneurs locaux portent des noms que l’on croit sortir de la saga (moderne) du Seigneur des Anneaux ; ou bien plutôt Tolkien s’est-il inspiré de cette patronymie ?


60

re Premiè

ge Norvè

C’est la dynastie des Ynglingar, originaire de Suède et contrôlant le Vestfold, qui est à l'origine de l’unification : - Halfdan le Noir (1/2 ceinture noire?!!) soumet le sud-est et s'installe sur la côte sud-ouest. - Harald aux Beaux Cheveux, son fils, après la bataille de Hafrsfjord en 872, unifie les régions côtières du sud vers 870. Selon les sagas de l'époque, il a d’abord été « crépu » puis « ébouriffé » pour avoir fait le vœu de ne pas couper ni peigner ses cheveux tant qu’il ne serait pas roi de Norvège, tout ça pour épouser la fille d’un roi voisin. Là, c’est avant. Devenu roi, il lui reste à démêler ses cheveux, s’épouiller, prendre un bon shampoing viking suivi d’un brushing avec un peigne en ivoire de morse, puis touche finale à se parfumer avec une rasade d’Aquavit, et le jeune premier peut épouser Gyda. C’est ainsi après qu’il devient Harald à la Belle Chevelure (voyez mesdames la différence et les blondes bouclettes). Puis il établit les premiers impôts royaux. Comme quoi, pour entretenir son opulente toison, Harald n’hésite pas à tondre ses sujets, Il est considéré comme le premier roi de Norvège. Mais comme toujours, les successions sont difficiles. Le partage de l'héritage entre les différents enfants du souverain conduit à des épisodes à côté desquels les règlements de comptes à la kalach dans les quartiers nord de Marseille sont des bluettes. Ainsi un fils de Harald 1er, Éric Ier, le bien nommé « hache sanglante », trucide pas moins de 18 de ses frères (sauf un), se proclame roi de Norvège, mais ne gouverne en réalité que le Vestlandet. Il est détrôné en 933 par son dernier frère épargné Haakon Ier qui s’était prudemment réfugié en Angleterre, dit le Bon (pour avoir épargné son frère multi fratricide ?). Baptisé en Angleterre, celui-ci veut christianiser la Norvège, mais se heurte à de vives résistances. L’opposition à la foi chrétienne est cependant ensuite brisée plus tard avec violence d'abord par le roi Olaf Tryggvason, baptisé en 995 et appelé Olaf 1er, celui qui fonde Trondheim (Nidaros) en 997. Vaincu à son tour par une coalition dano-suédoise en l’an 1000, son œuvre est achevée par Olaf Haraldson (1016-1028).


61

Au 10ème siècle, la civilisation viking fait l’objet de plusieurs témoignages d’émissaires du sud, qui soulignent la manière dont ils rendent hommage à leurs seigneurs, rassemblent le knarr et différents objets et armes du défunt, puis le plus souvent les brûlent. Cependant, même si ces témoignages divergent sur leur manière de vivre, leur propreté, leur culture, ils présentent certainement une meilleure objectivité que les témoignages des européens envahis et épouvantés. Car la relation entre

Arabes et Vikings était en effet d’abord commerciale. Un chroniqueur arabe, inégalé dans le détail de ses descriptions, Ibn Fadlan rencontre les « Rus » (Vikings suédois, ou Varègues, qui commercent avec les Perses, les Grecs, les Arabes) sur la Volga vers 921-922, allant à la rencontre d’un roi Bulgare de l’époque qui souhaitait une instruction sur l’Islam. Dans sa relation intitulée « Risala », 20% est dévolu aux « Rus ». « Je n’ai jamais vu de spécimen au physique si parfait, grands comme des palmiers, cheveux blonds et la peau vermeil… et les pommettes hautes. Chaque homme a une hache, une épée et un couteau dont il ne se défait jamais… ».. Mais il dit aussi « Ce sont les créatures de Dieu les plus sales, … même s’ils se lavent les mains, la face et peignent leurs cheveux chaque jour, ils le font de la manière la plus dégoûtante possible, dans une bassine commune... Les hommes sont tatoués des ongles des pieds jusqu’au cou de dessins vert sombre». Il décrit aussi des beuveries et des scènes de débauche. Shocking pour ce musulman raffiné habitué aux ablutions à l’eau courante et à des mœurs plus civilisées. Il dit aussi que les femmes portent des colliers d’or ou d’argent, et de nombreux objets faits de perles ; il rend hommage à la prouesse et au courage des hommes dans les combats (les Varègues constitueront des milices réputées à Byzance). Sur le plan religieux, il décrit un officiant viking qui choisit à son gré le bétail ou l’humain (homme ou femme) qui sera sacrifié par pendaison. Il assiste aussi aux funérailles sur la Volga d’un chef viking brûlé avec son bateau, entouré de nourriture, de boissons, de chevaux et de chiens, de ses armes, mais aussi d’une esclave qui avait demandé à être brûlée avec lui. Par contre, un autre témoin explorateur perse, qui voit les « Rus » à Novgorod, Ibn Rustah, dit au 10ème siècle « qu’ils sont propres pour leurs vêtements et traitent bien leurs esclaves ». Ont-ils vu les mêmes peuplades? Un arabe de Cordoue, Al Tartushi décrit un marché danois : bruyant, sale, où les gens suspendent les animaux sacrifiés sur un pieu devant leur maison : mais il dit qu’aussi bien les femmes que les hommes se fardent les yeux, ce qui accroît leur beauté.


62

Ensuite, l’histoire est complexe. Scandinavie et îles britanniques partiellement sous influence viking veulent gagner le pouvoir, avec des alliances qui déjà se font et se défont entre Danois, Suédois et Norvégiens. La dynastie Ynglingar et des jarl de Lade (« jarl » est équivalent de duc ou de conte en langue scandinave, de earl en anglais) joue un rôle important. Les années 1030 à 1066 sont marquées par de nouvelles et déterminantes tentatives d'unir Norvège, Danemark et/ou Angleterre. De retour d’un exil en Russie centrale puis à Constantinople, Harald III Hardrada (1) (qui signifie « sévère »), un géant de 2m, veut reconquérir l'Angleterre sur laquelle il estime avoir des droits. En bon chemin, il est surpris par l’arrivée rapide du beau blond Harold (2) roi d’Angleterre (anglo-saxon peut-être descendant de danois, dont un chroniqueur Orderic Vital, un moine anglo-normand contemporain disait : « Cet Anglais était très grand et élégant, remarquable pour sa force physique, son courage et son éloquence, ses plaisanteries vives et ses actes de bravoure », mais il est connu pour trahir ses serments et notamment un qu’il avait fait à 1 Guillaume le bâtard). Harald Hardrada le roi viking n’a pas même le temps d’enfiler sa cotte de mailles. Défait, il est tué dans le Yorkshire à la bataille de Stamford Bridge le 5 septembre 1066. Des 300 bateaux vikings envoyés, seuls 25 2 reviennent en Norvège.

Harald Hardrada est considéré comme le dernier roi Viking.

3

Notons que Harald (le viking) et Harold (le saxon) étaient tous deux très grands, dignes descendants des lignées scandinaves. Deux semaines plus tard seulement, un 3ème larron va brillamment tirer son épingle du jeu. Harold d’Angleterre, dont les forces sont déjà épuisées après sa victoire contre Harald, est battu et tué à son tour à la fameuse bataille de Hastings (cf la tapisserie déroulante de Bayeux) par Guillaume le Conquérant le Normand (3) (bâtard, très probable descendant de Rollon le viking, peut-être danois après les invasions du siècle précédent). Il prend sa place sur le trône anglais le 25 décembre à Westminster. Par rapport à ses récents adversaires, il ne mesurait « que 1,80m » mais fut longtemps robuste.

Harold II est le dernier roi saxon d’Angleterre.

Etrange carrefour de l’histoire, dont le trône d’Angleterre était l’enjeu. Ceci met fin en tout cas aux tentatives d'union anglo-scandinave.


63

io n nisat a i t s i Chr

Avant la conversion des Vikings au christianisme, existait tout un panthéon de dieux et déesses, qui constitue des croyances, sans construction d’une foi véritable, ni prêtre, ni temple, ni dogme. Ces croyances font des Vikings des peuplades qui ne croient pas au fatalisme, et ne voient qu’un moyen de modifier leur destin : leur propre action. Quand un chef viking a un enfant mâle, d’après Ibn Rustah il dit, jetant son épée au

sol : « Je ne te lèguerai aucun bien : tu n’auras que ce que tu peux te procurer

avec cette arme. »

Odin (ou Wotan) , vieux et sage, borgne à la longue barbe grise est le chef des dieux et vit dans le Walhalla. Thor l’un de ses fils est le dieu des guerriers, Frigg la déesse de la fertilité du sol et du bétail est la femme d’Odin, Les dieux ont de dangereux adversaires - les jotuns, (ou géants) - qui représentent la face obscure de la vie (cf les trolls archaïques). Loki, l’un de leurs fils est un sorcier fourbe en qui les autres dieux n'ont pas confiance Cette mythologie est assez comparable à celle des dieux grecs et romains de l’antiquité. Elle est reprise largement dans les œuvres de Wagner. Déjà en contact commercial encore pacifique dès le 7ème siècle avec le monde chrétien, ils s’y opposent d’abord au 8ème siècle en réaction au sanglant prosélytisme de Charlemagne. Mais à mesure qu’ils envahissent les pays chrétiens, ils commencent au 9ème siècle à voir dans cette religion une opportunité de consolidation de leur pouvoir et d’unification des clans. En Norvège, ce sont surtout des missionnaires anglo-saxons qui engagent une action de conversion. Cette politique porte ses fruits sur la côte, moins à l'intérieur des terres où la population reste païenne plus longtemps. Mais au total, l'adoption du christianisme semble s'être faite rapidement malgré certaine résistances sanglantes déjà évoqué es. C’est de cette période que commence la construction d’un millier d’églises dites « en bois debout », dont 28 existent encore aujourd’hui.


64

yen au Mo e g è v r La No d’or t âge r u o c Âge,

De 1100 jusqu’en 1320, la Norvège : - voit s’affronter les descendants de Sigurd 1er, - puis sous l’influence croissante de l’église, sacre son premier roi, Magnus V en 1164, à Bergen,. La ville est confirmée alors dans son statut de capitale du royaume de Norvège. Puis Magnus V est à son tour contesté . - est ensuite administrée par Sverre Sigurdsson, habile homme d’état qui est sacré roi en 1194 à Bergen,. Il établit une monarchie puissante, combattant les grandes familles et la puissance de l’église, réorganisant l’administration locale dans le sens du renforcement du pouvoir royal. La tête un peu gargouille de Sverre exprime une volonté à toute épreuve. - atteint son apogée économique, culturelle et politique au Moyen Âge sous le règne de Haakon IV dit l’Ancien (1217 à 1263) qui, se dégageant de ses relations anciennes avec la Scandinavie, la Russie et les îles britanniques, se tourne vers l’Europe occidentale, Sa réputation et sa grande flotte lui permettent d’entretenir de bonnes relations tant avec le Pape qu’avec le Saint Empire Romain malgré leurs conflits en cours. Il lui est même proposé par St Louis de prendre la tête de la flotte pour l’une des croisades, ce qu’il décline. Il introduit plus avant la culture européenne en Norvège en important et traduisant de grands textes comme Tristan et Iseult ou la légende du Roi Arthur. Le territoire norvégien sera le plus important de l’histoire du pays à la fin de son règne, incluant l’Islande et le Groenland. - affaiblit son aristocratie terrienne avec Hakon V et devient une nation de propriétaires paysans nombreux. C’est ce roi qui, vers 1300, fait d’Oslo sa résidence permanente au détriment de Bergen, moins centrale dans la volonté d’unification.


65

le nse et a H a L déclin

Après la fondation de Lübeck (vers 1158), se crée la « Communauté des marchands allemands saisonniers de Gotland » (1161). Ses marchands et ceux de Hambourg obtiennent du roi Henri III d’Angleterre en 1266-67 le droit de constituer des associations. Celles-ci fusionnent avec la Hanse de Cologne (1281) pour former la Hanse teutonique. La Hanse est donc cette puissante association de cités marchandes de la Baltique et de la mer du Nord. Celle-ci devient progressivement une association de villes marchandes, constituée vers 1350 et dotée d'une diète en 1356. Elle regroupe 70 à 80 villes qui en sont le noyau actif et plus d'une centaine qui entretiennent des relations avec elles. Sa croissance a lieu dans un monde où colonisation et évangélisation vont de pair, avec la montée des Chevaliers Teutoniques. Cet ordre issu de la période des Croisades finit en 1400 par posséder la Prusse et d’autres contrées le long de la Baltique, avant de décliner ensuite sous l’emprise du luxe, de la débauche, de la débâcle financière Le déclin de La Hanse s'accélère après la défaite contre les Danois (1534-1535). Elle survit à la guerre de Trente Ans, mais sa dernière diète se tient en 1669. Elle aura duré presque 400 ans.


66

Bergen (et son fameux quai Bryggen) est l’un des 4 comptoirs permanents de la Hanse (avec Londres, Bruges et Novgorod). A ce titre, Bergen prend un essor remarquable dans la période 1347 à 1563 sans faire pour autant partie des villes hanséatiques. Ici une représentation en 1581 et une autre en 1816.

En 1349, la terrible peste noire introduite par un bateau anglais, et d’autres épidémies déciment le tiers de la population. Pour la Norvège, la conjonction des conséquences économique (avec les pertes liées au commerce désormais détourné par la Hanse), sociales (avec les épidémies), climatiques (un refroidissement de la région) et agricoles (les terres s’appauvrissent) fait entrer le pays dans une période de famines et de récession. Après plusieurs rois successifs, la couronne de Norvège échoit de fait vers 1380 à Marguerite Ire Valdemarsdatter, fille du roi du Danemark. Maîtresse femme, elle devient, à la mort de son fils l’héritier Olaf, souveraine de Norvège et du Danemark, puis de Suède en 1389. Elle fait ensuite élire son petit-neveu Eric de Poméranie (très toutou de sa grand-tante, même s’il n’avait rien d’un loulou) pour faciliter une alliance avec les Allemands.


67

lmar de Ka n o i n L’U anoise d e g è N o rv

La réunion des trois pays Norvège, Danemark, Suède est scellée par l’Union de Kalmar en 1397 : les trois pays s'accordent pour avoir toujours le même roi, ainsi qu'un organe consultatif commun, chaque pays conservant son propre système législatif. Mais l'Union fonctionne mal notamment du fait de la Suède. Elle est formellement dissoute par le départ de la Suède en 1523 sous l’impulsion de Gustave Vasa. Puis la Norvège devient danoise Dès 1536, Christian III, le pas commode roi du Danemark déclare unilatéralement que la Norvège est province danoise, ce que n’entérine pas le Conseil royal danois. Mais il passe outre, dissout le Conseil royal norvégien, et la Norvège passe sous administration danoise qui occupe les fonctions principales du pays. Déjà bien affaiblie, la Norvège ne résiste pas. Plus luthérien que Luther : dans la foulée, avec l’aide du duché allemand d’Holstein (qui n’est pas encore le nom d’une race de vache hollandaise à gros pis), Christian III introduit et impose brutalement contre les catholiques encore nombreux la Réforme luthérienne dès 1537 ; Martin Luther lui-même blâme cette violence. Il renfloue les caisses royales en sécularisant les biens ecclésiastiques, détournant la dîme au profit des nobles danois implantés en Norvège, acceptant seulement de garder en place les prêtres locaux s’ils se soumettent à ces nouvelles règles. Néanmoins au 16ème siècle, l’économie norvégienne se redresse, notamment avec la pêche (celle du hareng spécialement qui s’exporte vers l’Italie, le Portugal) et surtout le bois exporté vers l’Europe occidentale fortement demandeuse, et dont la production recourt à de nouvelles techniques de sciage. Cet essor concerne aussi l’extraction du cuivre, de l'argent et surtout du fer. Le commerce international se développe dans la seconde moitié du siècle. Vers 1600, un conflit dano-suédois concernant les frontières mal définies du pays finnois tourne en 1613 à l’avantage des danois, et le Finnmark devient possession norvégienne. Au 17ème siècle, les villes norvégiennes croissent lentement même si vers 1650 la plus peuplée des villes norvégiennes, Bergen, ne compte que 8 000 habitants. Quelques villes nouvelles sont créées, essentiellement autour d'une activité économique. Oslo, incendiée en 1624, répond à une autre logique : elle est rebâtie un peu à l’ouest. En hommage à son reconstructeur Christian IV du Danemark, elle est baptisée Christiana, ce nom qu’elle portera pendant 3 siècles jusqu’en 1924.


68

e danois 4) à 181 (1536

ge Norvè

La rivalité dano-suédoise persiste, la frontière entre Suède et Norvège évolue ; la Suède finit même en 1658 par accéder à la mer de Norvège en prenant possession de la province de Trondheim, coupant la Norvège en deux. Affaiblie par la Russie, elle la restitue sous la pression danoise en 1660. De cette époque date la frontière actuelle entre Norvège et Suède Le roi Frédéric III du Danemark impose la monarchie absolue en 1660, avec une organisation administrative qu’il applique radicalement à la Norvège. Le nouveau code des lois issu largement du droit danois introduit en 1687 par son successeur Christian V (voilà un roi qui a voulu s’inspirer du viking Harald aux beaux cheveux, mais dont ni le brushing ni la couleur ne sont à la hauteur) et le contrôle administratf danois finissent par susciter un mouvement de révolte chez les Norvégiens. Au 18ème siècle, le commerce du bois reste florissant mais certaines forêts commencent à s'épuiser. La Norvège développe la pelleterie et l'armement. Son urbanisation reste faible. Bergen n’atteint que 14 000 habitants environ en 1770, alors qu'Oslo reste à moins de 10 000. Le courant patriotique norvégien se développe à partir de 1760 par la création d’organismes culturels propres (Académie des Sciences, université), et plus encore au plan économique : conscient du redressement norvégien, certains veulent introduire des investissements capitalistes, créer une banque centrale. Les maîtres des forges nourrissent l’idée d’une séparation d’avec le Danemark et d’un rapprochement avec la Suède. A la Révolution française, le Danemark est neutre mais se rapproche en 1807 de la France et Napoléon. A l’inverse, la Suède s’engage en 1805 contre la France (voir l’épisode Bernadotte) avec l’arrière -pensée de s’approprier la Norvège en cas de victoire. Mais la Norvège subit durement le blocus continental de Napoléon et de ce fait diverge du Danemark en se rapprochant de la Suède.


69

se suédoi e g è v r No 5) à 190 (1814

A la fin des guerres napoléoniennes, Carl Johann de Suède, Bernadotte, s’attaque en janvier 1814 au Danemark et obtient par le traité de Kiel que la Norvège soit transférée du Danemark à la Suède (excepté le Groenland, l’Islande et les îles Feroé). En réaction, le gouverneur général danois de Norvège proclame l’indépendance de la Norvège en avril et fait adopter en mai une Constitution inspirée de la Constitution française de 1791. Carl Johann engage alors des actions militaires victorieuses contre les danois, qui se ponctuent le 14 août par la convention de Moss. Elle établit que les deux royaumes Suède et Norvège sont unis sous le même souverain mais chacun conserve son indépendance et la Constitution de mai n’est pas remise en cause. Jusqu’en 1870, le législatif (le Storting) est dominé par les forces conservatrices. Puis comme ailleurs en Europe du Nord émergent le socialisme plutôt de nature travailliste et le bipartisme du législatif. La gauche (Venstre) et la droite (Hoyre) veulent introduire une monarchie constitutionnelle. Après une crise et des élections dont la gauche sort gagnante, le roi s’incline et accepte le nouveau régime parlementaire. Le sentiment nationaliste norvégien fait aussi son chemin, même si la cohabitation entre les deux pays se passe sans heurt majeur. Vers 1880, la Suède prend des mesures protectionnistes qui n’arrangent pas le commerce maritime des norvégiens. Ces derniers adoptent alors en 1892 une résolution pour créer des consulats norvégiens en propre, ce que la Suède refuse. La crise dure jusqu’en 1905, où la Norvège récuse en juin le roi de Suède Oscar II. Enfin là, la Norvège devient indépendante. Une commission finit par proposer le 13 août 1905 que l’Union soit dissoute à la condition que les norvégiens approuvent cette décision par référendum : 368208 pour et 184 contre. Après un difficile travail sur les modalités de séparation, l’Union est officiellement dissoute le 26 octobre. Cependant, c’est la date de la la fête nationale.

1ère Constitution norvégienne du 17 mai 1814 qui est


70

rs pas Premie ndants indépe

Toujours en manque… de danois cette fois, mais pour asseoir la légitimité de la monarchie constitutionnelle. Le monarque pressenti pour prendre le trône de la Norvège est en effet le prince Charles de Danemark. Fridtjof Nansen ardent promoteur de l’indépendance en 1905 parvient à le convaincre d’accepter le trône norvégien. Il acquiesce à la condition qu’un nouveau référendum confirme le maintien de la monarchie parlementaire. Principe adopté par 79% des voix le 13 novembre 1905. Le nouveau roi est proclamé le 18 novembre sous le nom de Haakon VII. A cette époque, la Norvège a beaucoup perdu sur le plan économique dont le niveau très bas se rapproche de celui des pays d’Europe de l’Est. Une bonne partie de la population a émigré aux Etats-Unis et en Irlande. Le pays manque d’élites. Dans sa nouvelle vie d’indépendance, le vote est totalement ouvert aux femmes en 1913, une politique sociale avancée est promue dans les années 1915 à 20. Neutre et plutôt isolationniste pendant la Grande Guerre, la Norvège souffre cependant de la perte de la moitié de sa flotte marchande, et instaure le rationnement alors que l’inflation est forte. Dans l’entre-deux-guerres, le parti travailliste continue à déployer ses réformes (congés payés, assurance chômage, retraites pour tous en 1936,…), mais doit combattre l’inflation et le chômage qui reste élevé. Au cours de la même période, la Norvège apporta un soutien actif à la mise en place d’organisations consacrées à la sécurité collective, par exemple la Société des Nations (SDN) en 1920. Par son engagement personnel, le même Fridtjof Nansen contribue à établir une tradition norvégienne d’aide humanitaire et d’assistance au niveau international. Il en est récompensé par l’attribution en 1922 du prix Nobel de la Paix pour son rôle en faveur des victimes déplacées lors de la 1ère Guerre mondiale. L’Office international Jansen pour les Réfugiés, créé par la SDN juste avant sa mort subite en 1930 reçoit à son tour le Prix Nobel de la Paix en 1938. Beau retour de l’histoire qui récompense, dans une période tourmentée de l’histoire du monde, un norvégien exceptionnel, avec le seul Prix Nobel qui soit attribué en Norvège, celui de la Paix.


71

Un parti nationaliste lié au parti nazi allemand est créé en 1933. Pendant la 2nde Guerre mondiale, la Norvège dont la situation en Europe du Nord est stratégique (façade océanique accessible hiver comme été et façade arctique), a du mal à maintenir sa neutralité et refuse le passage à tous belligérants de quelque bord qu’ils soient. Qu’à cela ne tienne, les Allemands envahissent le pays en avril 1940, où les alliés franco-britanniques viennent les combattre. Mais c’est l’échec, ces derniers se retirent en juin et la Norvège capitule. Le roi et le gouvernement en exil à Londres participent aux actions des alliés, notamment avec plus de 100 navires de la marine norvégienne et la mise à disposition d’une partie de l’énorme flotte marchande. A partir de 1942, un gouvernement norvégien pro-nazi gouverne, suscitant une résistance de la part des anti-nazis. Après la défaite allemande en 1945, ses membres sont condamnés à mort ; la peine capitale est rétablie pour cette occasion. En 1946, dans la ligne de recherche des solutions internationales pacifiques, l’ONU nomme son 1er secrétaire général, et il est norvégien, Trygve Lie (ça n’a pourtant pas l’air d’être sa tasse de thé). Sortie exsangue de la guerre, grâce malgré tout à ses ressources (la pêche, la production hydraulique, puis le pétrole à partir de 1960) elle se redresse rapidement. Pendant à peu près 20 ans, le parti travailliste gouverne cette démocratie sociale, consolide la notion d’Etat providence, renforce l’égalité entre citoyens et la parité homme femme, redistribue adroitement les ressources, crée les allocations familiales en 1946, adhère enfin à l’OTAN du fait de la montée d’une menace soviétique proche de ses frontières. Avec l’introduction de zones économiques exclusives de 200 milles marins dans les années 1970, la Norvège, pays maritime, dispose de zones maritimes d’une superficie totale de deux millions de km2, soit cinq fois plus que la superficie de la Norvège continentale ! Et par la même occasion s’assure du contrôle des considérables ressources de pétrole et de gaz découvertes à partir de 1960, qui vont bouleverser son économie et sa situation dans le monde. Après deux refus en 1972 et 1994 d’entrer dans l’UE, les débats continuent ardemment et divisent les deux camps (à peu près à moitié), même si la Norvège appartient à l’espace économique européen comme l’Islande et à l’espace Schengen depuis 2001. D’un clivage entre ouverture vers l’extérieur et isolationnisme, la Norvège est passée à une opposition entre les considérations de sécurité du pays à forte connotation politique et son rôle humanitaire dans le monde, très empreint d’idéalisme que ses nouvelles grandes richesses rendent réalisables. Cette social démocratie reste quoi qu’il en soit plus transparente et ouverte qu’en Europe de l’ouest et du sud.


72

Fameux explorateurs des pôles

Fridtjof Nansen Né en 1861, dès 26 ans, il est animé d’une passion pour l’exploration, et commence par tenter de franchir la calotte glaciaire du Groenland en 1888. L’opération, un succès, lui permet de dégager une hypothèse des grands courants marins arctiques qui se déplaceraient depuis la Sibérie en passant par le pôle nord vers le Groenland. Il entreprend de la vérifier avec un bateau de bois le « Fram » (qui signifie « en avant !» en norvégien), goélette à 3 mâts construite en chêne, d’une épaisseur de 70 à 80 cm, conçue avec soin pour résister aux pressions des glaces et se dégager vers la surface de celles-ci, comme un noyau de cerise pressé entre deux doigts. Sur ce bateau, il envisage de se laisser prendre par les glaces et de vérifier la dérive. Parti en juin 1893, en août 1897, le Fram revient après avoir confirmé l’hypothèse. Outre son rôle humanitaire pour lequel il reçoit le prix Nobel de la Paix, Nansen se consacre ensuite à l’océanographie avec la même passion, développant des techniques propres aux pays glaciaires.


73

Roald Amundsen Né en 1872 et donc contemporain de Nansen, il commence ses explorations en confirmant le passage arctique du nord-ouest entre Europe, Asie et continent nord américain à travers les glaces. Aucun bateau ne l’avait encore franchi sur toute sa longueur (son bateau est ce voilier équipé d’un moteur de 13 CV!!!), dans une expédition qui dure de 1903 à 1906. Il localise pour l’occasion le pôle nord magnétique et ramène des données ethnographiques sur les esquimaux et les inuits. Le Pôle nord ayant été atteint par d’autres en 1909, frustré mais combatif, il réoriente ses explorations. Dans une vive compétition avec les américains, il se lance à la conquête du Pôle sud, avec le Fram que Nansen met à sa disposition. Il atteint pour la 1ère fois de l’humanité ce Pôle le 14 décembre 1911. Il avait gardé secrète sa destination y compris à son équipage qui croyait aller dans une nouvelle expédition vers l’arctique et le détroit de Bering. jusqu’à ce qu’il la leur dévoile en juin 1910.

En 1926, il survole avec le dirigeable « Norge » le Pôle nord, partant depuis la Norvège jusqu’à l’Alaska. Mais il disparaît en 1928 dans une expédition portant secours à une autre exploration en ballon au-dessus du Pôle nord avec un dirigeable appelé Italia (organisée par son ami Nobile qui avait participé avec lui à l’expédition précédente).


74

Richesses et ressources

1– Données de base La population de la Norvège est de 5 millions d’habitants (2012), 13 fois moins élevée que celle de la France (presque 66 millions d’habitants en 2013). Sa surface est de 324 800 km², 40% plus petite que celle de la France métropolitaine (551 700 km²). La Norvège est donc peu peuplée, avec une densité moyenne de 16 hab/km², presque 8 fois moins que pour la France métropolitaine (120 hab/km²). Mais la disparité est forte puisque la population est urbaine à plus de 80%. Dans le reste du territoire, on rencontrera donc difficilement plus de 3 habitants par km², et beaucoup plus de rennes au nord. 2– Ressources hydroélectriques L'hydro-électricité est la source principale d’énergie. La part d’électricité issue de l’hydraulique atteint 95% en 2011 (presque 100% quelques années avant), le plus élevé au monde, juste avant le Brésil. En France, c’est 9% environ (contre 77% au nucléaire). Comparativement, la Norvège produit 130 000 GWh (G=milliard), la France 67 000 GWh. La topographie et l'hydrographie concentrent les pluies à l'Ouest : le débit des rivières et des chutes d'eau est très abondant. La Norvège tire parti des multitudes de lacs naturels de montagne et édifie dans ces zones peu peuplées des digues et réservoirs où l’eau de printemps et d’été est stockée. pour être utilisée au cours de l'hiver suivant. 3– Ressources en hydrocarbures Les autres considérables ressources sont le pétrole et le gaz extraits du plateau continental norvégien. En mai 1963, après avoir affirmé très opportunément ses droits souverains sur toutes les ressources de son secteur de la mer du Nord, la Norvège lance des prospections. Commencées le 19 juillet 1966, elles révèlent fin 1969 d'importantes réserves. Fin 2012, le NPD (Norwegian Petroleum Directorate, ou Conseil d’Administration du Pétrole Norvégien, qui en est là remercié), estime à 13,6 milliards de m3 (Gm3) d’équivalents pétrole le volume total des gisements pétroliers norvégiens récupérables, Comparativement et pour fixer les idées, celui de l’Arabie Saoudite serait plus de 3 fois supérieur (41 Gm3 ??). Ces chiffres croissent du fait des découvertes récentes en Mer de Barents et aux frontières arctiques avec la Russie. Dans les négociations russo-norvégiennes, la haute technicité norvégienne concernant les plateformes d’extraction arctiques est un élément majeur. Le potentiel des ressources nouvelles serait d’environ 3 Gm3 (source NPD). La majeure partie est exportée à hauteur d’au moins 90%.


75

Ci-contre (source NPD) l’évolution des ventes de produits pétroliers (en millions de m3 équivalentspétrole). En vert, le pétrole, en rouge le gaz.

le 8ème producteur.

La Norvège en 2012 occupe le 7ème rang des exportateurs et le 14ème rang des producteurs mondiaux de pétrole. Pour le gaz, elle était en 2010 le 3ème exportateur et

Dans ce pays au rude climat où les longs hivers se drapent d’obscurité glacée, on vit beaucoup entre soi ; isolation clanique sous domination matriarcale, où la solidarité luthérienne est un maître mot. Elle se décline aussi le vendredi soir dans une solide fraternité de vapeur de bière qui échappe au monopole d’état (moins de 4,75° d’alcool) de la vente d’alcool. Cette culture et l’esprit social-démocrate expliquent que les dividendes de la manne pétrolière et gazière n’aient pas, comme dans d’autres grands pays producteurs, été accaparés par une ploutocratie vorace et exclusive. Plus, avec une volonté écologique et gestionnaire intéressantes, le gouvernement taxe les carburant plus qu’en France (plus de 2€/l pour le super). Pour cela, l’Etat conserve 70% du capital de la compagnie pétrolière nationale Statoil, qui est aussi la plus grosse entreprise norvégienne. La balance commerciale est devenue depuis les années 1980 largement bénéficiaire. Personne n’ignore en Norvège, que ces ressources, même encore potentiellement considérables, sont limitées, qu’elles s’épuiseront un jour, avec des impacts significatifs pour dans 20 ans. Aussi, avec une sage gestion, l’Etat développe un usage raisonné, prudent mais volontariste et socialement évolué des fonds souverains issus de cette manne exportatrice. Toute la population en profite donc. La croissance économique du pays depuis le milieu du siècle dernier (vers les années 1960) est spectaculaire, tout comme celle des fonds souverains depuis leur création en 1990 (ici en couronnes norvégiennes, la NOK). Le PIB/habitant de la Norvège est le 2ème ou 3ème au monde (selon les définitions, FMI, PIB PPA, …), celui de la France est moitié moindre. L’Indice de Développement Humain (IDH basé sur l’espérance de vie à la naissance, le niveau de vie et le niveau d’éducation) donne le 1er rang mondial à la Norvège et le 20ème à la France en 2012.


76

ins vera u o s s Fond s égien norv

Les fonds souverains sont propriété d’un Etat, et financés par des excédents de l’activité économique du pays (ici l’exportation des hydrocarbures). L’objectif est de les faire fructifier pour en recueillir les bénéfices dans un futur plus ou moins lointain. Ce ne sont ni des fonds de pension publics, ni des réserves de liquidités. La Norvège détient deux fonds souverains (souvent appelés « fonds pétroliers »), l’un destiné à subvenir aux besoins de financement sociaux futurs, l’autre à développer l’activité économique. Les fonds souverains norvégiens s’élèvent mi-2013 à environ 570 milliard € (G€). Ils sont les premiers du monde, avant même la Chine (3ème rang), les Emirats Arabes (2ème rang) et l’Arabie Saoudite (4ème rang). Chaque norvégien est donc potentiellement riche de 114 000€. Pour fixer les idées, en 2008 le fonds souverain français (appelé Fonds Stratégique d’Investissement) est de 20 G€, et se réduit en 2013 à 12 ou 14 G€ avec la Banque Publique d’Investissement (BPI)!! Soit à peine la moitié des seuls intérêts produits en un an par les fonds souverains norvégiens… De quoi rester pensif, un peu comme les bœufs ruminant la perte de leurs attributs. La France est le 3ème pays utilisateur des fonds norvégiens, qui sont le 1er investisseur étranger sur le marché français, notamment dans les entreprises du CAC 40 (voir le tableau ci-dessous en millions d’euros).


77

Puissance de l’économie

Le gouvernement norvégien veut être exemplaire dans le gestion de ces fonds en conciliant prudemment : - la recherche d’un peu de rendement (au moins pour compenser l’inflation) ; « se procurer des profits solides est important pour anticiper l’avenir, mais pas à n’importe quel prix ». - le respect des pays, des entreprises auxquels les fonds prêtent ou dans lesquels les fonds investissent : les participations restent minoritaires, "grâce à une diversification des investissements et des risques à travers plusieurs marchés...développés", - l’éthique : dès 2005, les entreprises par exemple liées à la production ou à la vente d'armes, de tabac ou faisant travailler les enfants étaient exclues de tout investissement. Aussi, pourquoi partager plus une telle richesse, tant qu’elle continue à servir directement les intérêts du pays ? La Norvège a décliné par 2 fois déjà son intégration à l’UE. Rêvons un peu : cette ressource eût-elle été française et non norvégienne, serionsnous dans l’Europe? Et comment se serait alors comporté le village gaulois? Et puis lâchons-nous façon Bacri en évacuant notre bile devant ce confort de nantis : - ouais d’accord, on peut être verts de jalousie avec les salaires tous secteurs confondus qui sont de 60% supérieurs à ceux de la moyenne européenne, alors que c’est ici qu’on glande le plus en Europe, en tout cas après les hollandais et les allemands. - mais la productivité dans tout ça? Hé bien elle n’a cessé de baisser entre 2006 et 2012, ha! ha! - alors ils deviennent quoi les coûts de production? Ils augmentent, et sont répercutés sur les prix de vente. Et… qui c’est qui perd des parts de marchés??? Non mais…. En tout cas, les politiques s’emparent du sujet et se préoccupent de ce glissement progressif qui les obligent à scruter l’horizon lointain plutôt que les lendemains immédiats d’abondance.


78

Secteurs économiques L'industrie compte pour plus de 40% du PIB, dont environ 25% concerne l’activité pétrolière. Avec ses grands groupes, la Norvège développe la chimie, les raffineries, les constructions navales et la métallurgie. Ces industries se maintiennent, malgré les crises parmi les premières du monde en ce qui concerne l'innovation, la qualité et le développement des investissements à l'étranger. Les machines pour champs de pétrole et de gaz naturel, la transformation alimentaire, l'industrie marine, l'ingénierie des métaux et mécanique, la pulpe et le papier (exploitation des forêts avec 20 000 personnes), sont d’autres formes importantes de l'industrie. Parmi les leaders mondiaux dans la construction navale, la Norvège possède l'une des flottes les plus grandes et les plus modernes du monde. Les entreprises norvégiennes ont une part de marché de 25% dans la production de bateaux de croisière et de 20% dans la production de navires-citernes pour les gaz de pétrole liquéfiés et les produits chimiques. Mais la concurrence de la Corée du Sud est féroce L'agriculture reste limitée et contribue pour plus de 1,5% au PIB. Les subventions gouvernementales pour l'agriculture sont très importantes. Le secteur des services emploie plus des 3/4 de la population et représente près de 60% du PIB. Bien que très dépendante du prix du pétrole, l'économie norvégienne reste solide et ses perspectives sont positives. Le principal défi de court terme est de maintenir la croissance dans un environnement international instable, tout en réduisant les vulnérabilités intérieures que sont la pression fiscale, le haut niveau d'endettement des ménages et le prix élevé de l'immobilier. Le programme du gouvernement met l'accent sur le soutien à l'emploi, l'environnement, et la réforme du système éducatif et de santé. Equilibres commerciaux La Norvège possède une économie très ouverte. Principalement le pays exporte des produits à forte valeur énergétique et importe des produits à valeur technologique élevée. Ses principaux partenaires commerciaux sont les pays de l'Union Européenne. La Norvège se classe parmi les 30 plus grands exportateurs mondiaux. En 2010, A côté du pétrole (73%), les produits industriels (bateaux, plateformes pétrolières, etc.) constituent près de 19% des exportations totales. Avec la pêche, la Norvège est l'un des plus gros exportateurs de poisson au monde (harengs, saumon, morue,…). Elle importe principalement des marchandises manufacturées (machinerie, transporteurs, technologies de l'information), qui comptent pour 76% du total des importations.


79

L’âme norvég i

enne

La Norvège est le berceau de quelques grands artistes, écrivains, dont la période de gloire a couvert principalement la 2nde partie du 19ème siècle et la 1ère moitié du 20ème. Pour les citer en vrac, ce sont : - Grieg (1843—1907), compositeur romantique né et mort à Bergen, auteur de « Peer Gynt », illustration du drame du même nom de son ami Ibsen et d’un fameux concerto pour piano; - dans le domaine de la peinture Munch (1863—1944, prononcer « mounk ») le très tourmenté qui passe du réalisme à l’expressionnisme puissant, dont « Le Cri » est mondialement connu. Il y avait il est vrai de quoi le pousser : dans son environnement familial, ses proches meurent comme des mouches, la Grande Guerre se prépare. Ses séjours artistiques en France où l’on entre dans la période post-impressionniste le révèlent notamment à luimême. - Ibsen (1828—1906), dramaturge nourri dit-on des sagas, et dont le succès tardif avec « Peer Gynt » puis « La maison de poupée » et son théâtre très apprécié parmi les auteurs nordeuropéens. Son imposante statue en pied trône devant le théâtre d’Oslo. - mais aussi d’autres auteurs comme Jostein Gaarder celui du très fameux « Le Monde de Sophie »... La notoriété de Vigeland le sculpteur peine cependant à dépasser les frontières mais mérite un détour. Bien sûr, cette liste est loin incomplète et ne prétend pas du tout couvrir la palette complète des talents norvégiens anciens et actuels. Elle exclut par exemple le design, ou l’architecture ; pour celle-ci, on peut citer le cabinet Snohetta créateur de l’opéra d’Oslo et de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie en 2002. Cette trop courte liste se limite au périmètre visité, qui réduit le champ et élude un certains nombres de chefs-d’œuvre et de très estimables personnalités. Mais, ce serait faire injure que de ne pas rendre hommage au personnage le plus universel , même s’il n’est pas vraiment norvégien, que même les enfants chinois leur envient : j’ai nommé cet icône des années 50,… celle qu’on appelle chez nous « Fifi Brindacier », et qui est une création originelle suédoise. Un spectacle est re-re-re-re-re-joué à Oslo quand on y passe. On l’appelle ici « Pippi Langstrompe » (longue chaussette). La Scandinavie dans son ensemble n’en sera jamais assez remerciée.


"Ma Norvège" fin juin 2013