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ESTUAIRE 2029

ESTUAIRE 2029

ENTRE DEUX LOIRES

Tirer des bords

Bousculer la hiérarchie des îles

Ce livret relate le chemin parcouru entre la découverte d’un territoire et l’énonciation des intentions de projet. Il conte notre voyage entre deux Loires, dont la retranscription est la synthétisation d’un travail de recherche et d’analyse, mais aussi le fruit d’une démarche basée sur la reconnaissance des rencontres et des échanges. Donges en est l’objet d’étude et se révèle peu à peu au cours du récit qui illustre une approche sensible mais également fondée sur des données objectives. Cette complémentarité entre les repérages sur le terrain et le travail à l’école nous permet de livrer une identification du territoire, d’en discerner les enjeux, de soulever des interrogations et de s’y projeter. Sous la forme d’une histoire, ces textes proposent une immersion dans un monde, exposent notre réflexion, explicitent la stratégie de groupe et aboutissent à trois propositions personnelles.

Directeurs d'étude : Saweta Clouet, Chérif Hanna, Jean-Yves Petiteau arts de faire - février 2015

Tirer des bords

Justine Cloarec (PFE), Clélie Mougel (PFE), Jeanne Roze. Directeurs d'étude : Saweta Clouet, Chérif Hanna, Jean-Yves Petiteau ensa nantes - arts de faire

DONGES


Estuaire 2029 Estuaire de la Loire, territoire en mouvement

Equipe étudiants :

Equipe enseignante :

Intervenants :

Justine Cloarec Clélie Mougel Jeanne Roze

Chérif Hanna, Architecte Urbaniste Jean-Yves Petiteau, Anthropologue Saweta Clouet, Architecte

Cendrine Robelin , Cinéaste Flore Grassiot, Architecte et Artiste Ricardo Basualdo, Artiste et Scénographe Urbain

Ouvrage édité en 20 exemplaires - Achevé d’imprimer en Janvier 2015


ESTUAIRE DE LA LOIRE TERRITOIRE EN MOUVEMENT

ENTRE DEUX LOIRES BOUSCULER LA HIÉRARCHIE DES ILES

TIRER DES BORDS JUSTINE CLOAREC (PFE) CLÉLIE MOUGEL (PFE) JEANNE ROZE (MASTER) DIRECTEURS D’ÉTUDE : CHERIF HANNA, JEAN-YVES PETITEAU, SAWETA CLOUET

École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes -arts de faire-


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Préface

SOMMAIRE

Introduction

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Découverte

12 12 14 14 16 16 18 20 20 20 21

Au coeur de l'estuaire

L’estuaire, un intérêt national L’estuaire, l’échine d’une métropole à deux têtes Donges, une situation stratégique aux portes de l’estuaire Paysages d'eaux Le mouvement des deux Loires La machinerie hydraulique des espaces naturels Une histoire particulière Des implantations humaines partagées entre les deux Loires Mémoire du bourg, un carrefour La perte de l'identité du bourg

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Immersion

26 30 34

Traversées Rencontres, entretiens et itinéraires Ateliers publics

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Discernement / Donges aujourd’hui : territoire morcelé, paysages contrastés

40 40 42 45 48 48 48 51

Les différentes facettes de Donges Effets de la ville-territoire et pratique de la grande échelle Insularités économiques et polarités à l’échelle de la commune Poids des acteurs et des règles Paradoxe de la raffinerie Le bourg, attractivité et pratiques locales Le bourg, structure et mobilité Enjeux : (Se)recentrer ?

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Intentions et projection / Impulser pour faire lien

54 55 55 57

Réinterroger l’existant et soulever les potentialités « Cardo-décumanus», mise en valeur d’un axe nord-sud et nouvelle transversalité Nouvelles mobilités Sites d'intervention

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Propositions

63 71 91

Quais en mouvement / Jeanne Roze Séjour sur le quai / Clélie Mougel Coeur de bourg / Justine Cloarec

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PRÉFACE

Chérif Hanna et Jean-Yves Petiteau

L’estuaire de la Loire : un territoire en mouvement

Tirer des bords : une métaphore pragmatique...

L’estuaire de la Loire est, de son origine à nos jours, le territoire de tous les départs, celui des voyageurs, des aventuriers, celui des conquérants et des émigrants. Les villes de l’estuaire se sont greffées sur les quais où ont transité les hommes, les marchandises et la valeur.

Mobiliser une résilience En mer, tirer des bords, c’est poursuivre sa route « au près serré » contre le vent. Remonter l’estuaire «  contre le vent  », souvent à « contre courant », c’est engager un parcours de reconnaissance. C’est retrouver au présent les traces d’une histoire.

Ce territoire instable au rythme des crues, des marées, des creusements du lit d’un fleuve « sauvage » sur lequel se croisaient émigrants et commerçants est devenu l’espace privilégié d’une immigration. Le mouvement s’inverse, le territoire s’invente au fil de l’imaginaire et devient l’enjeu de multiples investissements. La valeur de ce territoire repose sur un héritage, celui des mobilités antérieures, dont les infrastructures conservent la mémoire. Elle repose sur les déplacements et mouvements qui les investissent aujourd’hui, multipliant les croisements, liens et coïncidences sur lesquels se jouent de nouveaux rapports de civilité et une nouvelle urbanité. Un monde s’invente au croisement de ces mouvements, une métropole originale se construit sur les liens que les nouveaux et anciens habitants tissent sur un paysage redécouvert donc réinventé.

Tirer des bords, c’est, en louvoyant, réveiller les traces d’un déplacement antérieur; celles des liens qui peuvent encore mobiliser le territoire. L’estuaire est un territoire en mouvement : celui du fleuve, de la marée, des marais et de l’estran que l’on protège ou que l’on sédimente. Les bâtiments ou les infrastructures ne suivent pas la même temporalité que celle des constructions ancrées sur le sol. L’estran, les rives, les bords, les berges et les quais ne subissent pas seulement les mouvements naturels du fleuve ou de la mer, ils bordent un territoire continental. Lieux des passages et transactions qui animent, modifient et obligent à réinvestir les espaces où les hommes et marchandises embarquent ou débarquent. Ils deviennent miroir des grandes mutations économiques inscrites dans un rapport de mondialisation.

La question sur laquelle repose le «ménagement» de la future métropole estuarienne, repose sur la qualité de nouveaux «espaces-temps» sollicités par la mise en résonance des différents territoires.

Sur un tel espace en mutation, les strates de chaque occupation recouvrent la mémoire des échanges et valeurs sur lesquelles se rejoue, périodiquement, dans un rapport d’altérité, 6


une identité des hommes et des lieux.

Ce sont donc les liens, le contexte et l’enjeu de chaque traversée qui permettent de réinventer le potentiel de chaque territoire. Le repérage pour cela n’est pas neutre puisque le déplacement du découvreur est déjà une mise à l’épreuve d’une interaction ; soit la reconnaissance d’un échange, qui révèle le potentiel de chaque parcelle ou fragment sollicité, par l’expérience d’un tel déplacement.

Ces implantations et ces effacements obligent, comme le monde non encore découvert, à redécouvrir un territoire qui s’invente et renaît au fil de l’histoire. Si les rives ne recelaient pas un potentiel, jamais les nouveaux conquérants ne réinvestiraient périodiquement cet espace dont la valeur repose sur la transaction. Et parce que ce territoire s’invente à chaque phase de l’histoire ; le repérage doit être analysé et pratiqué comme une aventure  : celle d’une découverte et d’une relecture du potentiel que révèle cette identification des traces. Retrouver ces traces, c’est mobiliser des liens que chaque frontière met en tension entre des territoires, lointains ou proches. Cette reconnaissance en acte des traces qui tissent les relations potentielles d’un bord par rapport à ses différents contextes permet d’évaluer, de choisir et de construire les liens qui placent chaque projet comme l’attente d’une relation, d’un échange et d’une négociation.  Ce que nous révèle chaque négociation, c’est que ce qui s’échange déborde ou déplace l’objet dans sa fonction ou sa définition première. Les arguments de l’échange mobilisent de nouveaux contextes. Ce qui est important n’est pas toujours la fonction première, mais ce qu’elle induit comme rapports sociaux. Ce que l’on échange dans l’échange. Ce n’est jamais ni l’objet lui même ni son usage mais sa valeur1 qui est totalement relative à la reconnaissance des partenaires de l’échange et du contexte.

L’estuaire est par excellence, un territoire en mouvement. Il n’est pas seulement le lieu d’une « identité  » remarquable, mais, le territoire privilégié d’une problématique nouvelle. Le lieu d’une expérience où s’explicite un regard nouveau sur le territoire. Le master 2015 est la 8ème édition d’une démarche stratégique centrée sur l’Estuaire de la Loire. Chaque session est l’occasion d’explorer de nouveaux espaces à différentes échelles ; les mobiliser et rendre explicite des arts de faire et des arts de vivre, peu ou pas toujours reconnues par les experts et professionnels de l’aménagement. Après « La métaphore d’une île » en 2013 et «  import/export  » en 2014, la thématique retenue pour le projet actuel « tirer des bords» tente de retrouver sur les traces de la mémoire, la dynamique d’un « ménagement » capable d’inaugurer un processus de résilience in-situ. Cette démarche propose avec les personnes qui y vivent, un projet : « ménagement/ aménagement» sur les communes de : Nantes (Chantenay), Frossay, Cordemais, Donges, Paimboeuf, Trignac, Saint-Brévin. et les lisières qu’ils contaminent.

Sur un espace en mutation, la révélation de ce maillage dynamique est la première clé pour la mise en œuvre d’une problématique de l’aménagement.

Ce livre, parce qu‘il est une reconnaissance de « l’art de vivre » et « l’art de faire » sur chaque espace abordé, est un document ressource pour aider chaque communauté à réfléchir et élaborer des propositions qui valorisent l’identité des différents lieux et mobilisent les potentialités reconnues lors

Ce qu’un économiste /anthropologue: Georges Hubert de Radkowski analyse dans son ouvrage : La métamorphose de la valeur, Presses universitaires de Grenoble, 1988 1

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INTRODUCTION Ce mémoire est la synthèse du travail d’étude mené de septembre 2014 à février 2015 dans le cadre de l’option de projet “Estuaire 2029” sous la direction de Chérif Hanna, Jean Yves Petiteau et Saweta Clouet. Il présentera la démarche et le récit du chemin parcouru depuis la découverte du site jusqu’à l’aboutissement du projet.

lequel nous avons pu pour la première fois nous plonger dans les paysages qui parsèment la Loire, du nord au sud. Quelques instants de pauses pour décrire les premières impressions et sensations éprouvées. A chaque visite suivante, la réflexion s’en ait trouvé enrichie et c’est ainsi qu’a débuté notre travail d’appréhension, d’analyse et de cartographie.

Le long de l’estuaire, chaque groupe d’étudiants a choisi un territoire d’étude. De Nantes à Saint Nazaire, les communes qui ponctuent la métropole ont en commun le fleuve tout en détenant leur propre particularité. Donges est l’une d’entre elles, en lien avec l’eau, en corrélation étroite avec l’industrie du pétrole, enveloppée à la fois d’une image froide mais aussi d’un imaginaire étonnant. Le choix de Donges comme site de projet est né d’une curiosité, d’une envie de découvrir et d’appréhender un territoire touché par la complexité des éléments qui s’y confrontent. Entre raffinerie et nature, entre géant de fer et infinitude des marais, nous avons voulu comprendre Donges.

Par ailleurs, les rencontres avec les acteurs institutionnels ont apporté des données concrètes et permis d’entrevoir une réalité qui complète la première approche sensible. Enfin, la rencontre avec des acteurs qui vivent, habitent ou travaillent le territoire de Donges à été essentielle. Sous forme d’entretiens plus ou moins prévus, plus ou moins organisés ou encore sous forme d’itinéraires, ces échanges ont doté l’approche d’un caractère plus “vrai”. Ils ont permis de faire surgir des éléments clés, et surtout de révéler d’autres facettes, d’ouvrir notre vision parfois erronée a priori. Le mémoire se décompose en cinq temps : le premier lié à la découverte “technique” du site, à sa situation, à sa géographie, sa topographie ou encore son histoire; le deuxième traite de sa découverte plus “sensible” liée aux ressentis personnels aussi bien qu’aux rencontres; la troisième est l’analyse que nous proposons du territoire, mélangeant objectivité et subjectivité; la quatrième soulève les enjeux et expose les intentions du projet commun lorsque la dernière présente les trois projets personnels.

Dans le cadre de la pédagogie de l’option qui repose sur l'échange, et basée sur un travail associant pratiques et participations à l’élaboration du projet, les allers-retours entre terrain et école ont tout au long du semestre alimenté la réflexion et à terme la conception. La première approche que nous ayons eu du territoire de Donges fut celle liée au parcours de l’estuaire durant 9


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DÉCOUVERTE 11


AU CŒUR DE L'ESTUAIRE

L’estuaire, un intérêt national La Loire est considérée comme un « fleuve vivant ». Les civilisations l’ont transformée à la fois pour la dompter et en même temps pour s’en protéger, mais elle conserve des évènements paysagers naturels remarquables. Aujourd’hui encore nous l’appelons le « dernier fleuve sauvage ». L’estuaire de la Loire s’inscrit dans un environnement naturel particulier parce qu’il est à la rencontre de deux masses d’eau de salinités et de courants distincts. Ainsi, différents écosystèmes se rencontrent et confrontent leur caractère marin, fluvial et terrestre, créant des zones humides comme les vasières et les roselières, habitat d’une faune et d’une flore comptant de multiples espèces.

Le système hydrographique semble être un élément conséquent à étudier afin de réfléchir au devenir d’un territoire. Le fleuve symbolise les flux à une grande échelle puisque celui-ci se jette dans la mer et constitue une voie de communication depuis les terres. La Loire, le plus long fleuve de France qui s'étend sur près de mille kilomètres, constitue un enjeu national dans le sens où son bassin versant représente près d’un cinquième de la superficie du pays. Son embouchure figure donc comme un lieu stratégique, un carrefour. « Un estuaire est une forme particulière de littoral. C’est un port naturel se présentant comme un carrefour ouvrant des voies d’eau naturelles, de pénétration à l’intérieur du continent »

« Le fleuve n’y est plus fleuve, l’océan n’y est plus océan »

TPFE Martin Bruno, L' estuaire, matière à projets :

TPFE Martin Bruno, L' estuaire, matière à projets :

extension des installations industrialo-portuaires de

extension des installations industrialo-portuaires de

l'estuaire de la Loire

l'estuaire de la Loire 12


Orleans Donges Nantes Angers St.Nazaire

Tours

Saint-Etienne

Fleuve, situation de l'estuaire et bassin versant

DONGES

PAIMBOEUF

ST-NAZAIRE

CORDEMAIS

ST BREVIN LES PINS

NANTES

COUERON

INDRE

Urbanisation et activités liées à l l'estuaire

Terres arables Marais Zones industrielles Urbanisation Implantation de l'activité portuaire 13


L’estuaire, l’échine d’une métropole à deux têtes

Donges, une situation stratégique aux portes de l’estuaire

La superficie de l’estuaire s’étend sur plus de 100 km de long et 50km de large, entre Nantes et Saint-Nazaire, avec près de 80% d’espaces naturels et agricoles non construits. Cette métropole est considérée comme peu dense avec une moyenne de 29 habitants par hectare et 35 dans l’agglomération nantaise. Cet entre-deux, ces « vides » au cœur de la métropole, sont dessinés par plus de 40000 hectares de zones humides issues du système hydrographique caractéristique de l’estuaire.

Le port-autonome de Nantes-SaintNazaire prend place sur les rives Nord et Sud de l’estuaire de la Loire. Il facilite les échanges internationaux et accueille des navires pour les charger et décharger. Les fonctions du port sont variées et elles cohabitent avec des industries qui exploitent les ressources issues des flux maritimes. Sur la rive nord, la situation d’embouchure a déterminé la vocation industrielle et portuaire de l’agglomération de Saint-Nazaire. Dans son prolongement vers l’amont, la zone industrialo-portuaire Donges-Montoir rassemble plus de 85% des flux du Port autonome. Ce secteur s’est principalement tourné vers le commerce et l’industrie de l’énergie. Ainsi, le terminal portuaire de la ZIP (Zone Industrialo Portuaie) Donges-Montoir s’établit sur la commune de Donges où on trouve le terminal pétrolier qui jouxte la deuxième raffinerie de France.

À ce caractère naturel vient se superposer une dynamique industrielle. En effet, la situation particulière de l’estuaire en fait un territoire convoité économiquement. Une métropole est par définition un point de rencontre entre un territoire et de nombreuses fonctions nécessaires à son développement. Elle a besoin de s’intégrer dans des réseaux d’échanges et d’informations, des axes de communication que la situation du fleuve lui apporte. Ainsi, les polarités que sont Nantes et Saint-Nazaire créent une aire d’influence à l’échelle de l’estuaire.

La situation de Donges n’est pas anodine puisqu’elle représente dès son origine un choix stratégique d’implantation. En effet, le patronyme de la commune est issu du donjon établit durant les invasions normandes à l’endroit où le champ de vision est large et porte à la fois vers la porte de l’estuaire et vers l’amont du fleuve.

Son histoire et son occupation humaine en ont fait un objet maniable. Ses rives ont changé d’épaisseur et de nature à cause des contraintes de navigabilité du fleuve et des activités portuaires et terrestres qui s’y sont implantées. Les impacts anthropiques ont remodelé au fil du temps ce territoire toujours dans l’optique de favoriser l’exploitation du port et afin d’assurer un lien entre le domaine maritime et terrestre.

« Donges ça vient de Donjon, ça a été crée au Xème, XIème onzième siècle lorsque les Normands envahissaient la Loire.On avait monté un donjon au bord de la Loire, sur un éperon rocheux qui s’avançait. Ce donjon en bois, c’était une motte féodale avec une base de terre, de quelques mètres de haut, un vrai poste d’observation qui surveillait, d’un coté on voyait jusqu’à Saint Nazaire, et de l’autre côté on avait une vue sur Cordemais, donc c’était un endroit parfait pour surveiller. Donc voilà Donges Donjon, ça a toujours été un site stratégique» 14


A l'ouest, vers l'ocĂŠan

Donjon

SchĂŠma donjon

A l'est, vers Nantes 15


PAYSAGES D'EAUX

Le mouvement des deux Loires.

ses marais et sa topographie plus marquée. Ces deux Loires fonctionnent sur des rythmes indépendants mais l’ensemble de ces biotopes restent intimement connectés. La Loire fluviale évolue à la cadence quotidienne des marées alors que la Loire humide se modifie au fil des saisons. Ainsi l’hiver, les marais immergés signalent les aspérités de l’arrière-pays.

L’influence de l’estuaire sur les modes d’habiter est issu directement du rapport à l’eau. Le système hydrographique est constamment en évolution ce qui rend difficile la définition des limites du fleuve sur le territoire. Les lignes de rivage se modifient avec le temps, les flux maritimes créent des rythmes de sédimentations des berges et contraignent les aménagements.

Le territoire de Donges se découpe entre zones inondables et émergences de granit. À l’image des marais de Brière parsemés d’îles, la topographie révèle des points hauts, des éperons rocheux qui sont le socle où s’établissent les implantations humaines, caractéristiques du mode d’habiter dans l’estuaire. Nous sommes donc dans une construction insulaire du territoire, un archipel d’îles, de marais, de prairies et de zones inondables témoins des rapports étroits entretenus avec la Loire.

« La rive n’est pas une ligne mais une surface, un sol particulier, un entre deux, un espace à part entière : l’estran. » Samuel Rajalu dans Parcours d’estuaire On distingue différents milieux humides entre les terrains adjacents au lit du fleuve et les sols humides en retrait, dans les terres. Cette variation entre zones humides nous amène à voir la Loire sous deux visages marqués par des temps différents. Ainsi, la Loire fluviale est composée par le fleuve, les vasières, les berges, les roselières et les prairies humides qui jouxtent le cours d’eau; tandis que la Loire humide est façonnée par 16


Topographie et éperons rocheux

rtig Ma de nal Ca

MONTOIR

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Canal de la Tai

SAINT-MALO DE GUERSAC

Ecluse du Priory

Canal

DONGES

ory

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Ecluse de la Taillée Vanne de Martigné

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Etier de Lavau

PAIMBOEUF SAINT-NAZAIRE

Hydrographie

Mer haute Mer basse Emergences de granit Ecluses Zones humides

Canaux Rigoles

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La machinerie hydraulique des espaces naturels

« Donges est une île, avant on pouvait en faire le tour en canoë ! » Un Dongeois

L’eau assure à la fois l’unité et la diversité des paysages de l’estuaire. Comme vu précédemment, la rencontre de types d’eau de salinités et de courants différents apporte des formes d’habitats particuliers pour de nombreuses espèces d’animaux et de végétaux. Depuis la rive, on distingue les vasières où se déposent les sédiments du fleuve à chaque marée. Ce bassin riche en biodiversité est le premier maillon de la chaîne alimentaire où viennent se nourrir de phytoplancton de nombreuses espèces d’oiseaux. Puis, en partie supérieure, les berges sont colonisées par une végétation plus fournie, les roselières. Cette zone naturelle d’épuration des eaux participe à la prolifération de la faune et la végétation dessine le paysage de l’estuaire en captant la lumière et les effets du vent. Les prairies qui bordent le fleuve sont entretenues par une activité agricole extensive. Elles sont inondables, c’est pourquoi l’élevage y est pratiqué, ce qui permet un entretien régulier par fauchage et pâturage. Les prairies humides de l’arrière-pays, où prolifèrent dans certaines parties une végétation de marais, sont de vastes espaces dont les hauteurs regroupent les implantations humaines. L’ensemble de ces milieux humides est régulé par un système hydraulique complexe composé d’étiers, de rigoles et de canaux qui forment des exutoires évacuant l’eau douce vers la Loire. Le territoire de Donges se structure par son hydrographie et l’aménagement de voies d’eau contrôlées au gré des saisons et des marées par des écluses et des vannes pour faciliter son usage. L’agriculture et ses exploitants participent au maintien de ce système et en sont les garants.

18


La raffinerie de Donges depuis Paimboeuf

Paimboeuf depuis les bords de Loire de Donges (zone de Donges-Est )

La raffinerie et l'ĂŠglise de Donges depuis les terres 19


UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE

Des implantations humaines partagées entre les deux Loires

s’étant établies au cœur de la Loire humide tirent leur économie des activités agricoles d’élevage et herbagère, ainsi que du système hydraulique contrôlé par les écluses. Ces établissements insulaires assurent la maîtrise du territoire et en valorisent les ressources.

Comme nous l’avons vu, les implantations humaines et le développement économique de la commune sont étroitement liés au système hydraulique de l’estuaire. La situation de Donges entre l'embouchure et l'amont du fleuve en on fait un territoire stratégique dans l’évolution passée et à venir de la métropole Nantes-SaintNazaire.

Mémoire du bourg, un carrefour Le bourg de Donges se positionne donc au bord de la Loire fluviale, où un port de pêche se développe et entretient des liens quotidiens avec la rive opposée, par le biais d’un bac vers Paimbœuf. Dès l’industrialisation, au XIX ème siècle, la mise en place du chemin de fer marque un tournant dans l’évolution du bourg. Celuici devient un carrefour entre la route, le fer et le fleuve.

Dès le Moyen Age, Donges s’affirme comme une place importante dans le pouvoir féodal puisqu’elle représente un site commandant l’entrée de la Loire. Faisant face à Paimbœuf, elles symbolisent les portes de l’estuaire. Sur la rive nord de la Loire, les terres féodales se répartissent entre la châtellenie de Guérande, le vicomté de Donges qui s’étendait de Saint-Nazaire à Cordemais, et Nantes.

La fin de la Première Guerre Mondiale marque la métamorphose des rives du fleuve avec l’implantation d’un dépôt pétrolier par les troupes américaines à proximité du bourg. Cet évènement propulse Donges au rang de carrefour international, en l’ouvrant sur le secteur de l’industrie énergétique. Cette nouvelle

À l’échelle du territoire de Donges, les implantations humaines prennent place sur les îles dessinées par la Loire. Le bourg le plus important s’installe sur les rives du fleuve. Au dix-huitième siècle, les marais de Donges sont privatisés, contrairement à ceux de Brière. De nombreuses seigneuries 20


Ca nal d

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Le Brivet

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L’Oisillère

La Hélardière La Jallais

écluse de la Taillée

Priory

Donges

Mareil

vanne de Martigné

Paimbœuf

Origines de sédentarisation Manoirs des seigneuries Pêcheries à écluses Ports médiévaux Ecluses et vannes de régulation hydraulique Ville / bourg Zones humides Loire et ses principaux canaux

La perte de l’identité du bourg

échelle de visibilité amène le bourg à être occupé par les allemands durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette occupation et la proximité de la raffinerie ont fait de Donges une cible pour les bombardements Alliés. Celui-ci est presque totalement détruit hormis le bâtiment de la gare et les infrastructures de la raffinerie.

La question de la reconstruction du bourg est posée d’un point de vue économique. Les bords du fleuve sont envisagés pour le développement de la raffinerie. Le carrefour des Six Croix situé au niveau de la route principale reliant Nantes à SaintNazaire est proposé comme un possible lieu de reconstruction. Mais le bourg est rebâti dans les années cinquante à environ un kilomètre des rives, perdant sa 21


qualité de carrefour mais permettant néanmoins aux travailleurs de se rendre à pied, en quinze minutes, à la raffinerie. Ville de l’après-guerre, la situation de la commune de Donges est donc particulière. Il s’agit de l’une des deux seules villes de France reconstruites non pas sur ses ruines, mais à coté. Une ville “nouvelle” reconstruite à proximité des fondations de la précédente, renaissant de ses cendres sur un site vierge. Dangerosité ? Prétexte pour laisser plus de place à la raffinerie ? Le recul du bourg dans les terres reste mystérieux et laisse ses habitants suspicieux. Auparavant à fleur d’eau, le quai qui sépare la Loire du bourg est aujourd’hui large d’un kilomètre. De nos jours, le bourg se trouve cloisonné entre Loire humide et Loire fluviale, ne sachant se situer par rapport à l’identité qu’il doit adopter. Sa trame urbaine orthogonale et son architecture caractéristique de la reconstruction livrent une lecture confuse de l’appropriation du bourg par ses habitants.

1125

Vicomté de Donges Le chateau et des seigneuries s’installent sur les éperons rocheux, site stratégique pour surveiller l’embouchure.

«Donjon», à l’origine du premier boug. Economie essentiellement liée à la pêche et la chasse.

Moyen-Age

1857 Apparition du chemin de fer. Ouverture de Donges sur ces extérieurs en particulier St Nazaire et Nantes.

1850

1900 Industrialisation

Bac reliant Donges à Paimboeuf

Voie ferr

Château 1125

22

1e

1857


Frise chronologique de la ville de Donges

1917

1944

Internationalisation Développement du port et de la gare maritime

chemin

2000

Destruction du bourg

Developpement de la raffinerie Elf et Total Fina fusionnent sous le nom de TotalFina Elf SA

Bombardements alliés détruisant le bourg à 90%. 1946

Bourg provisoire constitué de Barraquement en bois.

Ouverture de Donges sur ces extérieurs en particulier St Nazaire

2003 Devient Total SA

2000 Reconstruction du bourg situé à 1km de sa position initiale. Perte du rapport direct avec la Loire. Donges se tourne vers les marais

Dépôts de pétrole Américains 1ere Guerre Mondiale

Donges: Un carrefour

énergétique

1951

Aujourd’hui

Début du Raffinage 1932 2nd Guerre Mondiale

oie ferrée

1km 1944

Bombardement alliés

1951

Aujourd’hui

23

Le bourg s’étend sur ces extérieurs, avec le développement des hameaux.


24


IMMERSION Voyage au pays des contrastes 25


TRAVERSÉES « {…} il faudrait maintenant considérer l’aventure de notre voyageur comme fragile et presque superficielle. Dans cette terre, de lui, inconnue, il rencontre les charmes du présent et, à l’aide de son intuition, il entreprend une navigation incertaine dans les eaux du passé. Il remonte tant bien que mal en amont. Jamais il n’épouse le cours des choses que de si loin ont avancé jusqu’à nous et qui déjà nous dépassent dans leur avenir. » Pierre Sansot, Variations paysagères

Notre première traversée du territoire a été guidée par la carte IGN, des cheminements tracés sur le papier pour découvrir et ressentir les lieux sur lesquels nous avions déjà projeté un imaginaire « in virtu ». Par la route, la marche, des arrêts, des silences, des observations inscrites dans nos carnets, à travers l’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra, nous étions des voyageurs traversant les paysages de Donges.

initiatique où nous devenons explorateur. « Inventer un territoire, c’est associer à des faits toutes les particularités du terrain ; une butte, un rocher, un pli ou une brèche dans le paysage deviennent le résultat des faits surnaturels ou héroïques, ce qui revient à amener du légendaire. C’est cette capacité à surinterpréter la physionomie du relief, par exemple, ou à dire que telle ou telle chose s’est déroulée ici, qui permet de s’approprier le territoire. »

Cette posture de découverte du territoire entre en résonance avec la démarche de la biennale d’art contemporain « Estuaire » qui s’est déroulée entre 2007 et 2012, et qui perdure aujourd’hui avec des œuvres permanentes disséminées le long de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire. La colonisation des espaces naturels par des œuvres d’art est une manière d’ouvrir le regard sur le patrimoine paysager que représente l’estuaire. Par ce biais, nous engageons une reconnaissance de l’autre, de l’identité des lieux et des hommes. Nous faisons partie du territoire de l’habiter. Le parcours est vécu comme une destination

Ces œuvres d’art ponctuelles font écho aux implantations humaines qui jalonnent l’estuaire. Les manifestations portuaires et industrielles le long de la Loire formalisent des allégories, des chimères qui nous interrogent en les contemplant. Elles nous fascinent dans leurs mouvements plus ou moins perceptibles. À l’instar de la raffinerie de Donges, nous avons été éblouis par cette machinerie colorée qui s’oppose à la sérénité des paysages ligériens. Nous la sentions comme venimeuse. Elle fut le point de départ de notre découverte, 26


tant sa monumentalité nous attirait.

de la traversée. L’étendu de la commune présente des lieux très différents, des paysages qui s’opposent. Ainsi, ce sont ces passages entre les lieux, les matières et les atmosphères auxquels nous avons été sensibles.

Nous avons utilisé l’outil vidéo pour formaliser cette première traversée de Donges. À l’aide de ce support, nous avons croisé nos points de vue pour offrir une lecture personnelle du territoire. Par le récit, nous avons révélé les phénomènes de transition que nous avons vécu lors

Photo aérienne et carte IGN 27


Vidéo réalisée à l'issue de la traversée "Repérages"

Aujourd’hui, j’ai pris la voie rapide. Un standard routier. Des terres pleins. Des talus. J’ai franchis le Sillon de Bretagne pour découvrir les marais, une ouverture sur le parc de la Brière. En m’engageant dans le village, je l’ai pas vu la raffinerie. Je l’ai senti.

Si j’avais longé la Loire ou emprunté la voie ferrée, j’aurais découvert Donges par ses signaux de fumées. Une usine à nuages. La raffinerie, libérant de ses hauts tubes d’aciers colorés, une fumée blanche incessante.

Le rideau brumeux se lève pour nous livrer un spectacle de tuyaux entremêlés. Le bourdonnement incessant de la raffinerie emplit tout l’espace et une odeur acre vient me troubler. Devant moi, une machine infernale, spectaculaire, aux entrailles mis à nu dans un ballet de parallèles et de nœuds qui convergent vers deux tours cracheuses de feux. Elle s’impose tel un château. Une place forte. Imprenable.

Je fuis l’attraction de ce géant d’acier qui me fascine mais en même temps me terrifie. Et si un jour elle s’éteignait ? Comment le bourg retrouverait son chemin vers la Loire en l'absence de son amer industriel ? Je remonte cette allée plantée, une droite traversant le faubourg de l’île raffinerie pour atteindre la côte sud du bourg isolé. Au bourg, on n’y passe pas par hasard, il faut vouloir s’y rendre.

Ici, c’est la place de la gare. La gare, elle n’est pas ici. Elle était là bas.

Au cœur de ces espaces de nature, je retrouve taille humaine. Je ne me sens plus dominée, écrasée par les bâtisses. Je respire profondément. Pas d’émanation d’hydrocarbure. Ici, on ne la sent pas, on ne la voit pas. Non loin de là, nous découvrons le domaine du Bois Joubert. De partout, ce n’est que prés et marais, autour d’un manoir pittoresque construit en pierre.

J’ai envie de trouver l’eau. Et si je m’esquivais pour découvrir Donges-sur-Brière.

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Je me sens privilégiée de pouvoir déambuler dans ces zones humides qui en hiver seront submergées. Inaccessibles. J’écoute les oiseaux, le vent qui agitent les roseaux et les feuilles dans les bocages. Les espaces sont ouverts, mon horizon est lointain. J’arrive à distinguer les grues de déchargement du port. Les lieux sont vastes mais je ne me sens pas perdue.

Mais où est Donges-sur-Loire ? En retournant sur le bourg, j’ai envie de l’esquiver. Je m’engage dans un hameau qui m’immerge dans des marais. Ici encore, la raffinerie ne peut pas se faire oublier, des cuves énormes me cachent la vue. Statiques. Ces imperturbables mastodontes d’acier entonnent en chœur une ritournelle de mécaniques industrielles. Tel un acouphène dans mes oreilles. J’ai mal à la tête d’entendre le chant de ces citernes. Cette raffinerie semble si inaccessible et pourtant si présente.

Je suis le grillage entourant l’enclos des cuves sans jamais y trouver de faille. Je me sens opprimée entre toutes ces clôtures. Et si ces cuves alignées avec attention devenaient demain les alignements de Donges ?

Déstabiliée, je m’écarte du tracé de la route. À l’orée d’un bois, j’accoste au bord d’un étang. Calme, imperturbable. Les arbres courbes le dos pour effleurer la surface réfléchissante du bassin. Je me sens protégée, je me tais, j’écoute. Un héron agite ses ailes. Cependant, j’entends les échos du port, des industries, de la route. Je ne doit plus être très loin de la Loire.

Les infrastructures routières s’imposent. J’ai l’impression d’avoir franchit une frontière. J’escalade une barrière pour emprunter un chemin de terre en friche. Tel un sentier de contrebande. Abrité sous un pont, je surplombe un canal. Un tracé rectiligne qui traverse le territoire. J’arpente des lieux spectaculaire, hors d’échelle.

Je l’ai trouvé la Loire. Mais elle est inabordable. Ses abords sont agités, brutaux, dangereux. L’eau elle même est anxieuse. Le vent souffle. Je me sens petite, vulnérable. Aux portes de l’estuaire, le fleuve a perdu sa douceur ligérienne. La hauteur des bateaux, la musique du port teinte les lieux d’une atmosphère maritime. Nous sommes à l’embarquement pour de lointains horizons. Pourtant je ne sens ni l’odeur du sel de mer, ni celle de la marée, mais toujours l’haleine fétide de la raffinerie. 29


ENTRETIENS & ITINERAIRES « Car tout paysage se compose d’hommes et de productions humaines » Pierre Sansot, Variations paysagères

Rencontres et entretiens

Les échanges avec quatre retraités de l’association Témoins de la vie Dongeoise ont été riches de souvenirs et d'anecdotes qui nous ont beaucoup appris sur l’histoire de la commune. La rencontre avec les retraités de la raffinerie, l’Association des Retraités des Sociétés du Groupe Total, nous ont donné la valeur et l’attachement des employés à leur lieu de travail. Par ailleurs, nous avons effectué un entretien avec Dianick Lezin, un acteur culturel, membre de l’association “La Déch’ARTge” établie dans le hameau du Bois Joubert où cohabitent plusieurs collectifs. Dans un second temps, au fil des visites sur site, nous avons rencontré des habitants et commerçants de Donges. À l’instar de la gérante du PMU, Sylvie et son compagnon Christophe employé chez un sous-traitant des chantiers navals de Saint-Nazaire, nous avons échangé sur le quotidien du bourg. Enfin, nous avons rencontré d’autres protagonistes du territoire comme le port autonome lors d’une discussion avec Katell Cornec-Lepage du service aménagement et développement territorial. Les rencontres avec ces différentes figures ont été un moment fort du semestre dans la mesure où l’acte de faire connaissance s’est révélé à chaque fois riche de nombreux enseignements.

La découverte du site s’accompagne nécessairement de rencontres avec ses acteurs. À travers des entretiens non directifs, qu’ils soient habitants, élus, qu’ils y travaillent ou qu’ils y soient simplement de passage, ces “ familiers” du territoire nous ont apporté leurs expériences dans notre découverte. Dès les premières visites, l’écoute, l’échange et la reconnaissance des paroles, des récits nous ont guidé. Les lieux, les paysages ont pris une autre dimension quand ils nous ont été contés par ces différentes “figures de Loire”. Chaque figure dongeoise avec qui nous avons lié connaissance, nous ont apporté des visions différentes du territoire et la manière dont celui ci est appréhendé. En premier lieu, notre parti pris a été de contacter l’organe institutionnel de Donges et des associations miroirs de la vie sociale. Nous avons mené plusieurs entretiens avec des acteurs de la municipalité dont certains élus et un employé de mairie. Jean Marc Daniel, responsable du service urbanisme, François Cheneau, maire de Donges et son adjoint à l’urbanisme Louis Ouisse, nous ont permis d’obtenir des clés de compréhension intéressantes et d’appréhender la facette politique. 30


“Nous on n’a plus rien à voir

« Le bourg… ni briéron, ni coté Loire »

avec la raffinerie au contraire même, elle nous embête finalement. On ne devrait pas dire ça, parce que ça amène du travail quand même, mais enfin bon avec tous les problèmes de

« On allait à la plage. Il y en avait des plages tout le long du port. C’était des plages plus… Maintenant, c’est des plages maritimes. C’était du beau sable, le sable de Loire »

sécurité qu’on nous pose maintenant, ça commence à nous…C’est vraiment, vraiment un problème.”

« Non, on ne peut pas dire ça! On ne peut pas dire qu’on connais bien le territoire... là on est une enclave de Brière, même si on est à Donges....on est vraiment à la bordure! D’ailleurs, juste après nous, ça se termine, on est vraiment au bout! »

« Nous on est sédentaires, on est enracinés et on partira pas. [rires] On a bien des possibilités d’aller ailleurs, mais je peux pas penser que je peux partir d’où je suis, j’irais pas ailleurs vivre, je pourrais pas.

« Moi je vais vous dire,

J’ai essayé mais… c’est pas possible. Je

il y a les gens qui travaillent à la raf ’ et il y a

reviens… à la base. [rires] »

les gens qui travaillent ailleurs. Et là, il y a une grosse barrière ! Les gens de la raf ’ ne fréquentent pas les gens qui travaillent en dehors. Ce n'est pas du tout pareil. Ça date depuis très très longtemps »

« Ce sont les entreprises qui profitent de la Loire. Par contre l’habitant de Donges aujourd’hui, bah il est sevré. Bon moi j’y vais parce qu’il faut que je vois l’eau au moins une fois par jour, mais on n’en profite pas »

« Pour moi, Donges et la raffinerie c’est indissociable »

« Quand on est en plein dans les marais, c’est dépaysement complet »

« C’est un travail prenant car l’usine tourne 24 heures sur 24 »

Echantillon de citations issues des entretiens

Itinéraires

sentiers battus pour nous faire découvrir des paysages surprenants. Pour le deuxième, nous avons été guidés par Chantal, directrice de l’école élémentaire de Donges et vivant dans un hameau proche du bourg. À travers une promenade de son quotidien, elle nous a conté la qualité de son hameau et des rapports de bon voisinage qui y existent.

Nous avons réalisé deux itinéraires. Le premier avec Samuel Rajalu, employé agricole à Donges et habitant Campbon. Doté de nombreuses connaissances sur le milieu qui l’entoure et sensible à la poésie qu’évoquent les paysages briérons, Samuel n’a pas hésité à nous guider hors des 31


Itinéraire n°1: Samuel

Tu vois, ce qu’on voit c’est la vallée de la Loire. C’est entre le paysage qui est plus clair et puis celui qui est flou, qui est grisé…On voit presque un peu Paimbœuf tout au loin, petite rangée de maisons. Et si on regarde bien on voit le… un fil argenté en travers, c’est la Loire. En tout cas c’est un autre pays, c’est le pays des marais. "

De Savenay à la Loire, zone de Donges-est

"Voilà, on la voit la Loire là, cette fois-ci." "C’est spectaculaire quand même. Moi, j’aime."

"Et on va aller... essayer d'aller voir Paimbœuf "

" Mais il n’y a rien de plus exotique je trouve, et en plus à porté de main, que de venir ici. Et puis on sent qu’on s’éloigne de tout, de toute la vie ordinaire. En faite cette île elle a… ils l’ont vu apparaître. Elle n’existait pas. En fait l’eau lors des grandes crues, peut monter jusqu’au vil-

"Quand on est au niveau des prés, un peu plus haut, et que des fois on voit les bateaux glisser sur l’herbe, c’est fascinant. Je trouve qu’on se sent vraiment privilégié quand on est… quand on vient ici. Ça aurait pas été

beau une centrale nucléaire en face là ? (rires)"

lage là, jusqu’aux maisons. C’est étonnant le bruit que ça fait quand la marée monte..."

"J’aime bien cette idée d’avoir un ailleurs comme ça, un peu caché, un peu… un peu pas fréquentable. Ce qui est de plus en plus faux, ce à quoi j’ai participé en m’y intéressant."

"C’est très VIP comme coin (rires)"

"Cest rigolo parce que le port, pendant 2 siècles on a essayé de le ramener vers Nantes. On a réussi en réduisant tous les méandres de la Loire en un seul chenal. Et puis finalement, bah maintenant le port est redescendu vers Saint-Nazaire et puis les bateaux qui remontaient encore jusqu’à Nantes n’y vont quasiment plus. Il y a une sorte de reconquête du côté naturel du fleuve."

"Attendez, on va d’abord faire de la négociation. Bon, les agriculteurs on les dérange toujours, il ne faut pas vous inquiéter. Il nous a dit : “ah bah vous êtes pas revenus !” "On y va ?!"

"Vous voyez, bah la caravane qu’on voyait tout à l’heure. L'agriculteur m’a dit que parfois il restait dormir ici, pour surveiller ses animaux. Ici, c’est nulle part quand même. Après l’Afrique, maintenant c’est le Far West. Les grands élevages. Mais ça c’est vraiment le... ce qui me plaît. Ici, on peut se prendre pour un cowboy."

"Voilà, les bords de Loire! " "Et en face, Paimboeuf."

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"On voit de mieux en mieux Paimbœuf non, vous ne trouvez pas ? "


Itinéraire n°2: Chantal

Promenade au nord de Donges

"Allez, en route!" "Je me promène autour de chez moi, mais voilà, je ne vais pas promener mon chien dans le centre de Donges, ni sur le sentier sportif... parce que voilà, j’ai pas non plus envie de croiser des élèves ou des parents!"

"Ca c' est ce que mes enfants appelaient quand ils étaient petits l'entrée du château! Parce qu'en fait ya une maison là bas, et heu, quand la nationale a été tracée, ils ont coupé l'allée et du coup il reste juste l'entrée!"

"Après, nous, on essaye avec les élèves de sortir... de découvrir Donges déjà...parce qu’on s’aperçoit qu’ils ne connaissent pas forcément! Il y a le sentier sportif qui mène aux marais, et il y a des enfants qui habitent dans le bourg de Donges qui ne connaissent pas!" "Donc on les emmène, et ils découvrent quelque chose qui est a porté de main pour eux..."

"Dans les maisons qui sont là, yen a qui servent de gîte aussi"

"Nous ça fait 17ans qu'on habite là, moi je suis originaire de Saint Nazaire et on a acheté ici. On savait pas qu'on était à Donges quand on est arrivé à la maison en fait. On est arrivé par la campagne et du coup on savait pas qu'on était à Donges!" "D'ici, on voit pas du tout la raffinerie, pas du tout, elle est là bas, mais là on la voit pas."

"Ici c'est un chemin qui est assez emprunté, plus ya de maisons qui se construisent, plus le chemin est emprunté forcément, avant yavait que le facteur qui utilisait ce chemin là" "C'est une piste cyclable, un chemin vert quelque

"Autour, ça reste des terres agricoles, des terrains privés... On aime

chose comme ça. De là on va jusqu'à la Pom-

meraye!"

autant que ça reste comme ça!"

"C'est très campagne, des fois dans le champ là on voit des renards mais là il est trop tard pour les voir"

"Donc là ça fait des grandes étendues, voilà... Là on sent qu'on s'éloigne de la route, le bruit est moins important"

"Donc là on voit qu'on est pas si loin que ça de la Brière, là bas, mais on va voir un petit peu mieux après "

"En fonction des saisons le paysage est différent, c'est plus ou moins vert etc..."

"Ca fait du bien, c'est ressourçant..."

"Cet hiver ce n'était que de l'eau, que de l'eau, partout! On voyait les arbres qui ressortait mais autrement ça faisait un lac"

"On voit au fil du temps les canaux qui se bouchent, tout doucement, avec l'herbe qui pousse dedans... Je crois que c'est ça la jussie, l'herbe qui envahit les marais"

"C'est la première fois que je vois des chevaux par contre, d'habitude c'est des vaches!" "Autrement on voit des cygognes, là bas, au printemps"

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"Donc voilà, le petit endroit qu'on aime bien, nous"


ATELIERS PUBLICS Démarche, lieux, dispositifs Un autre moment fort dans la relation avec les interlocuteurs s’est incarné dans l’organisation d'ateliers publics. Durant trois jours, nous avons prit place dans différents lieux de Donges et proposé un espace de rencontres et de discussion autour d’ateliers libres, de cartes ou encore d’images. En amont, la distribution de flyers et d’affiches avaient pour but de communiquer l’événement et d’inviter le public intéressé. Il a été cependant difficile d’agir suffisamment tôt pour diffuser l’information, et les personnes rencontrées découvraient pour la plupart l’atelier par hasard. Le fait de ne pas pouvoir bénéficier d’un seul et même espace durant les trois jours, ce qui au début nous ennuyait, s’est avéré très riche dans le sens où cela nous a permis de rencontrer des personnes aux profils très différents et de rendre l’échantillon des informations reçues plus représentatif des Dongeois, ne fréquentant pas les mêmes lieux en fonction de leur âge ou de leur statut. Nous nous sommes installés deux demi-journées à la médiathèque Jules Vernes, une demijournée à la Maison des Jeunes gérée par l’OSCD, Office Socio-Culturel de Donges et une journée sur la place de la mairie en profitant du jour de marché. Les différents dispositifs que nous avons conçu étaient les suivant: -”Choisissez votre photo et racontez nous” : Un atelier libre comprenant une série de cartes postales représentant différents paysages de Donges issus de nos photos et disposées dans de petits réceptacles, que chacun avait à loisir de choisir et de commenter au dos.

Affiches de communication 34


-Photos aériennes, gommettes et stylos : Deux photographies aériennes de Donges, à deux échelles différentes permettaient aux intéréssés de nous parler du territoire, de leurs lieux favoris ou encore de leurs déplacements en annotant sur la carte des éléments, et en permettant d’engager une discussion. -”Continuez la phrase” : Un atelier libre laissant à disposition des panneaux accompagnés d’un stylo pour inviter à écrire suivant un début de phrase tel que “A Donges, j’aimerais…”

Atelier à la médiathèque

- Appel au débat par des thèmes et citations : Un mur de post-its agrémenté de citations, de phrases, d’élements d’analyse qui avait pour objectif d’interpeller et de convier à l’échange.

L’expérience des ateliers publics a été intense et les supports mis en place nous ont permis de retranscrire par l’écrit ou le dessin les paroles et échanges au cours de la journée. Chaque personne qui nous accorde du temps nous offre de la matière, nous livre des informations, fait émerger de nouvelles problématiques, renforce ou anéanti des préjugés, raconte une histoire. S’il paraît par moments difficile de suivre, si on se sent parfois submergés par tant de ressources, la fin des journées est un moment essentiel pour prendre du recul. Un moment qui permet ce soulever les éléments abordés, de revenir sur chaque information afin de compiler les ressources et d’appréhender au mieux ces nouveaux éléments, matières à projet.

Stand sur la place de la mairie, jour de marché

Après-midi à la maison des jeunes

Echanges autour de cartes 35


La question de l’identité

alors des coupures de proximité ainsi que l’absence d’une identité dongeoise.

Lors des ateliers publics, certains sujets ont particulièrement attiré notre attention. D’une part, nous avons ressenti une fracture entre les habitants du bourg et ceux des hameaux qui semblent vivre indépendamment. Dans tous les cas, ils ne s’identifient que rarement au bourg ou bien en parlent au passé. Il apparaît que le poids de l’image raffinerie ajouté aux caractéristiques de son histoire ait laissé Donges sans identité particulière. Ni les élus, ni les habitants ou usagers n’arrivent à lui confèrer de particularité propre, d’unité. Les mots ont du mal à se poser sur cette commune complexe et on retrouve de manière récurrente dans les échanges avec les Dongeois une certaine ambiguïté. Il est difficile de savoir s’ils apprécient ou non la commune, de connaître leurs ressentis, d’appréhender leur vision qui oscille entre fierté, indifférence ou gêne.

L’expérience sur le terrain est donc la source du travail, il s’agit déjà du projet. La découverte, la compréhension et le diagnostic du territoire sont les étapes préalables nécessaires pour appréhender des problématiques. Les ateliers publics permettent d’alimenter la réflexion, de remettre en question des idées, de casser des préjugés . L’appréhension du territoire de Donges, aussi bien par l’analyse géographique, topographique et urbaine que par l’approche des logiques d’acteurs, rendue possible grâce aux différentes rencontres, ou encore par l’étude des documents institutionnels, permet de se forger une connaissance qui fait surgir des points de réfléxion. La construction d’un mode d’intervention est donc spécifique au territoire étudié. Issus du diagnostic effectué sur la base de l’appréhension continue et précise du site, les différents enjeux émergent.

“Je suis briéron” “Moi je viens des hameaux” “Avant on allait à la plage à Donges…” “Je ne suis pas forcément attachée à ce qui se passe à Donges, si ça ne me passionne pas j’y vais pas! Et je pense que beaucoup de Dongeois doivent fonctionner comme ça! C’est l’impression que j’ai …” Propos de Dongeois S’il est difficile d’appréhender cette question liée à l’image, à l’histoire et au social qui mériterait une étude plus approfondie, nous prenons en compte l’existence certaine d’un blocage, d’un ancrage fort de l’image et d’un morcellement d’identités perdues qui s’accompagne d’un morcellement physique du territoire que nous développerons par la suite. Entre industrie, centre-bourg, marais et hameaux, Donges est constituée d’insularités. Ces morceaux de ville entretiennent peu de liens et provoquent

Superposition d'informations reçues aux ateliers publics

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"Cartes postales tĂŠmoignages" issues des ateliers publics

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DISCERNEMENT Territoire morcelé, paysages contrastés 39


DONGES AUJOURD'HUI « Nan mais ici c’est super, c’est juste que… {…} Tout çà pour dire que, l’image de Donges ... Donges s’en sortira jamais de cette image là! La raffinerie, l’industrie…! » Un dongeois

Les différentes facettes de Donges

la pêche et la chasse. L’image apriori de Donges est donc faussée et les préjugés sont vite balayés lorsqu’on s’aventure dans les espaces encore préservés de l’épaisseur des marais.

Si Donges est connue avant tout pour sa raffinerie, derrière la zone industrielle se cache un vaste et riche territoire de marais. Avec une superficie de 4850 hectares, la commune laisse entrevoir de vastes espaces naturels et des paysages insoupçonnés. A la limite du parc de la Brière qu'il est prévu d'étendre, nous avons découvert avec fascination que le territoire de la commune recelait une facette naturelle et paysagère d’envergure. Donges n’est donc pas qu’une raffinerie. Les réservoirs de pétrole, les pieds dans l’eau, côtoient un patrimoine bâti, les cheminées industrielles dialoguent avec le clocher de l’église et les limites de son emprise jouxtent des étendues de marais. Si l’industrie et ses entreprises sous-traitantes sont ostensibles, le visage des marais demeure plus en retrait mais pas moins important. Lié à la Loire, il s’incarne dans la présence de l’eau, des zones humides, d’un milieu particulier riche en biodiversité et ressource pour l’agriculture,

Effets de la ville-territoire et pratique de la grande échelle Les deux dernières décennies, marquées à la fois par une extension de la périurbanisation et par un phénomène d’émiettement urbain ont vu apparaître la ville-territoire. Cet espace d’entre deux, qui n’est ni ville ni campagne ressemble à une constellation d’éléments mélangeant urbain et rural. Ces éléments sont le fruit des logiques sectorielles, foncières et financières qui sans coordination produisent séparément des implantations. L’urbanisation se développe ainsi selon le marché, et l’évolution des comportements sociaux qui s’individualisent vont dans le sens de ce morcellement. Par leur ampleur, ces transformations esquissent les contours 40


N

0

5

km

Polarités extérieures et temps de trajet en voiture pour les rejoindre depuis Donges Espaces à vocation agricole / Espaces à vocation industrielle

d’un nouveau type de ville : une ville qui court sur le territoire, qui devient diffuse, une ville-région, forme concrète et visible de la métropole et dont les échelles s’entrecroisent, ne rappelant plus en rien la ville-constituée.

d’une évasion liée au commerces ou aux loisirs. Le territoire est ainsi vécu dans sa grande échelle. Le lieu d’habitat n’est plus celui du travail ni forcément celui de la consommation ou des loisirs.

Donges s’inscrit dans ce contexte de villeterritoire. L’élargissement des mobilités et la recomposition de l’offre d’emplois, de services et d’habitat ont permis de créer des interactions avec les communes environnantes. Les modes de vie sortent des limites administratives et engendrent des rapports avec les extérieurs, avec les polarités situées entre Nantes et Saint Nazaire. La tendance est aux déplacements, qui concernent aussi bien les loisirs, la consommation que le travail. Ils s’effectuent majoritairement en voiture et permettent une délocalisation de certains usages. Le nombre important de Dongeois travaillant hors de la commune illustre cette tendance à la diffusion de la ville et est accompagné

“Donges, c’est ailleurs” Jean Marc Daniel “On va se promener à Saint Brévin” Un Dongeois “On est près de tout...” Une Dongeoise “ Pas loin de l’autoroute, pas loin des chemins de fer, c’est pas loin des bateaux, pas loin de Paris” Un Dongeois

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Insularités économiques et polarités à l’échelle de la commune

la deuxième commune la plus agricole de la CARENE (Communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire). Comme on l’a vu, l’économie prégnante liée à l’industrie se double d’une économie moins visible mais bien présente, celle de l’agriculture résonant à l’échelle des marais de l’estuaire. Entre les îles se déploie le tapis vert des espaces naturels.

Après avoir placé Donges dans un contexte large et compris les interdépendances entre polarités de l’estuaire, il nous a paru intéressant d’étudier Donges dans son entité propre. A l’échelle de la commune, le territoire de Donges se caractérise par un éparpillement d’éléments insulaires: implantations industrielles et portuaires, centre-bourg, étalement urbain sous forme de lotissements, hameaux, terres agricoles, présence des routes ou encore surfaces commerciales, un archipel d’îles urbaines se dessinent. Liées ou enclavées par un réseau d’axes, les îles forment un entremêlement de fonctions et de formes, qui brouille les limites. Ces éléments, systèmes économiques et entités urbaines se découpent sur la carte et diffèrent dans leurs fonctions et leur échelle.

Iles résidentielles : le bourg et les hameaux Un peu plus au nord, l'urbanisation s'est constituée à partir du centre bourg, d’un coeur attractif. L’île du bourg rassemble également les activités commerciales et de loisir. Autour, de nombreux villages et hameaux, poches de logements, se sont dispersés sur le territoire de la commune. Ils forment une constellation de lieux-dits. Frontières législatives Chaque polarité, chaque noyau détient son propre mode de fonctionnement et entre ces îles l’espacement est issu de la topographie mais aussi programmé par la juxtaposition des règles (espaces à préserver, PPRT, sites seveso, loi littoral, servitudes…) qui déterminent des périmètres.

Iles industrielles closes Les industries portuaires et la raffinerie forment une frange d’îles fermées. Ce sont celles qui sautent aux yeux, de par leur constructions gigantesques et leur machinerie interminable, celles qui paraissent les plus imperméables, infranchissables. La raffinerie est une île fascinante, un monde mystérieux qui s’éclaire la nuit et ne s’endort jamais. Ces insularités industrielles convoquent une échelle internationale liée aux échanges de l’import-export et sont sources de flux maritimes et routiers importants. Il s’agit d’îles closes dont le public est filtré voire interdit et qui forment une interface entre Donges et la Loire.

Frontières physiques Quadrillé par la nationale N171 reliant Nantes et Saint-Nazaire, d'un embranchement menant vers le nord du département en direction de Pontchâteau, la D773, ainsi que de la desserte propre aux terminaux portuaires et la voie ferrée qui relie Le Croisic à Paris, le territoire se découpe en systèmes clos et enclavés traversés de grands axes.

Marais et îles agricoles Si Donges accueille la deuxième plus importante raffinerie de France, elle n’est pourtant pas tournée essentiellement vers l’industrie portuaire. Il s'y exerce également une activité agricole importante qui en fait

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L'île du bourg

L'insularité des hameaux

Les îles industrielles

Les îles entreprises (ZI)

Les infrastructures frontières

Les îles agricoles (exploitations)

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InsularitĂŠs

Economies : entre agriculture et industrie

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N

0

1

2

km


Poids des acteurs et des règles “On ne se donne plus les moyens de notre propre réflexion, il y a comme une sorte de fatalisme”

A côté des effets de la ville territoire, il nous paraît primordial d’évoquer l’effet du poids de la raffinerie sur le développement de Donges. L’image de la ville s’est constituée autour de ce géant. Mais outre l’image positive ou négative que peut dégager la raffinerie, on ressent surtout l’importance de son poids dans les initiatives et les décisions prises par la commune. Plus qu’une image ou qu’un objet, plus qu’une entreprise ou qu’une industrie, la raffinerie a été et demeure un acteur de poids établissant son pouvoir sur le territoire. Des années 1930 jusqu’à aujourd’hui, c’est le seul élément, avec la gare, qui ai subsisté aux bouleversements de la guerre. Cette industrie pétrolière gérée par l’entreprise “Total Raffinage France” est à l’origine du développement de la ville, a été source de sa prospérité économique et permis la construction de logements et d’équipements. Ayant été présente dès l’origine, financé des constructions et fait bénéficier les habitants d‘avantages, l’entreprise a acquis un certain pouvoir qui encore aujourd’hui perdure. Si elle n’exerce plus une autorité aussi importante qu’auparavant, l’image d’un acteur puisant se perpétue. La taxe que versait jadis la raffinerie à la commune est aujourd’hui perçue par la CARENE et rend plus indépendantes les deux parties mais l’industrie reste dans les esprit un “grand” qui pèse sur les décisions. Les habitudes sont restées et les élus montrent des réticences à intervenir dans le développement de la commune et à agir face à une “logique industrielle qui pèse sur tout”. L’impression de “se sentir petits” provoque une inertie dans les actions de la municipalité. L’engourdissement est palpable et la commune ne semble pas avoir de prise sur ce géant qui a ancré un état d’esprit en même temps qu’imposé un type de développement à Donges.

Jean Marc Daniel

Par ailleurs, les règles en lien avec la raffinerie et les industries du port participent de cet engourdissement des actions dans la mesure où elles restreignent l’intervention de la municipalité en terme de développement. Trois établissement sindustriels sont classés SEVESO “seuil haut” au titre de la législation des installations classées pour la protection de l’environnement, en raison des volumes et de la nature des substances qu’ils produisent et stockent : la raffinerie, le site emplisseur de GPL exploité par Antargaz et un dépôt d’hydrocarbures. La proximité de ces trois sites a nécessité la mise en place d’un plan de prévention des risques technologiques, PPRT. Autant de classifications et de règlements qui amputent les perspectives pour la commune. Le PLU, en cohérence avec ces différentes prescriptions, applique aux zones proches du secteur industriel des interdictions de construire et des restrictions d’usages plus ou moins fortes en fonction de l’éloignement de ce dernier. La commune semble paralysée, asphyxiée par le cumul de censures. Néanmoins, un récent entretien avec le responsable du service urbanisme de Donges, Jean Marc Daniel, permet d’apporter une nuance et d’entrevoir de futurs changements en faveur d’un assouplissement des règles jugées trop oppressantes. En effet, la prochaine actualisation du projet de règlement PPRT prévoit la disparition des périmètres circulaires (cf carte des frontières législatives à la page suivante) qui seront pris en compte dans la révision du PLU courant 2015. Une mesure qui permettra peut être de redonner un souffle

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N

Frontières législatives

Protections réglementaires

0

1

2

km

Installations classées pour la protection de l'environnement ICPE

Natura 2000 Site inscrit au patrimoine régional

Site SEVESO

Arrêté de protection biotope

ICPE soumise à autorisation

Espace boisé classé

ICPE soumise à déclaration Site en cours de fermeture

Transport de matières dangereuses

Zones d'effets

Ferré

Effets graves et significatifs sur la vie humaine

Routier

Effets indirects sur la vie humaine

Zones de danger

Effets dangereux à cinétique lente

Zone des effets létaux Zone des effets irréversibles Périmètre de protection

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N

Frontières physiques

Limites naturelles

0

1

2

km

Frontières économiques

Loire

Servitudes relatives aux canalisations

Canaux

Servitudes relatives au transport d'éléctricité

Espaces boisés et haies bocagères

Servitudes relatives aux canalisations de produits chimiques

Zones humides

Servitudes relatives aux canalisations d'hydrocarbures Voie ferrée Axe routier (4voies) Zone industrielle

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Paradoxe de la raffinerie

Le bourg, attractivité et pratiques locales

Du côté des habitants, les avis concernant la raffinerie sont confus. Aujourd’hui, elle reste une source d’emplois, directs ou indirects, et est porteuse d’une dynamique locale. Elle est dans la pensée de nombreux habitants l’élément qui fait vivre Donges, dont la ville ne pourrait se passer. A l’inverse de l’image qu’elle donne à la ville, la raffinerie n’est donc pas forcément négative ni omniprésente dans la vie des habitants ou usagers. La plupart l’oublient, en tout cas vivent avec et sont loin d’en faire une préoccupation permanente.

Avec une histoire particulière, une image erronée, le poids de la raffinerie et les effets de la ville-territoire, Donges est une commune qui semble subir le contrecoup d’un certain nombre d’éléments extérieurs. Néanmoins, face à cette condition spécifique, le pessimisme ambiant cache une facette beaucoup plus positive. Si, comme on l’a vu précédemment le caractère insulaire provoque une imperméabilité physique et une cassure des liens entre espaces et acteurs, certaines pratiques observées ou décrites par ces derniers vont dans le sens opposé et favorable à des relations constructives. Les proximités sont coupées mais les pratiques regroupent. Si les pouvoirs publics et les élus semblent démunis face au cas de Donges, ses habitants continuent à vivre et à rêver.

Néanmoins, outre le côté positif des retombées économiques et l’apport d’emplois, la raffinerie est également très présente de par son aspect néfaste. Risques industriels, peurs, mauvaises odeurs, pollution…la raffinerie fait émerger de nombreuses problématiques liées à la dangerosité. Les habitants se retrouvent souvent dans l’impasse liée aux nouvelles législations en matière de sécurité qui interdisent les travaux ou préconisent des systèmes de protection couteux. Ils ne savent plus s’ils en veulent à la raffinerie ou aux mesures étatiques et aux lois qui se durcissent à mesure que l’industrie se rapproche du bourg.

Si le bourg semble déserté et asphyxié, les activités et animations sont pourtant bien présentes. La commune possède un tissu associatif relativement dense et compte ainsi plus de soixante associations à caractère social et culturel, sportif, scolaire et syndical. L’OSCD, Office Socio Culturel de Donges, propose un grand nombre d’activités pour toutes les tranches d’âges. L’Espace culturel Renaissance qui abrite une salle de spectacle-cinéma organise régulièrement en lien avec la médiathèque des représentations et met en place des expositions ainsi qu’un festival de musique Folk’enScène en partenariat avec les communes de Trignac et Montoir de Bretagne. De nombreux clubs sportifs proposent cours et compétitions. Enfin, diverses associations s’impliquent sur le territoire de la commune : devoir de mémoire, mise en valeur du patrimoine, relance du commerce… De nombreuses initiatives prennent place sous forme

« Cœur, poumon et cancer » C’est ainsi qu’apparait cet objet à la fois source, dynamique et mal de la ville. Dans les paroles des personnes rencontrées, notamment lors des ateliers publics, on sent l’ambiguïté de l’objet raffinerie, entre reconnaissance et rejet, entre nécessité et peur. Des questions se posent, à demi-mot, des interrogations taboues sur le devenir de la raffinerie, sur sa possible disparition liée à l’épuisement des ressources, sur l’après, sur l’énergie du futur. Beaucoup préfèrent ne pas y penser. Dans tous les cas le paradoxe se fait sentir.

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de projets, d’événements réguliers ou ponctuels et s’organisent tout au long de l’année. Par ailleurs, des pratiques informelles participent aussi de la cohésion sociale comme la création d’un groupe d’échanges d’objets d’occasion ou encore la vente de produits issus du potager …

sportifs et culturels. C’est ce qui revient le plus souvent dans les discussions avec les personnes rencontrées. Ecoles, Maison de l'Enfance et de la Jeunesse, piscine couverte, salles omnisports, terrains de football, terrains de tennis, skateparc, piste de tir à l’arc, salle de spectacle, salle des fêtes, médiathèque… l’époque où la raffinerie finançait de nombreux équipements se constate au vu d’une offre variée. On soupçonne cependant une absence totale de réflexion d’aménagement cohérent entre ces éléments. L’implantation de ces nombreux équipements qui se trouvent regroupés dans un espace transversal ouestest à provoqué un zoning fonctionnel. Les

Le bourg, structure urbaine et mobilité L’attractivité de la commune est liée au prix du foncier mais également, comme on l’a vu, à l’importance des associations et à la forte présence d’équipements scolaires,

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Structure urbaine : axe nord-sud, zoning est-ouest, polarités 49

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équipements scolaires, sportifs et culturels dessinent un périmètre qui s’étend aujourd’hui encore avec la création de nouveaux équipements. Ce regroupement de programmes publics dessine une “frange” qui traverse le bourg et qui se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité de s’agrandir au vu de la protection des espaces naturels. A ces extrémités, cette “frange d'équipements” est en contact avec des zones humides à préserver et pose la question de la limite entre urbain et rural.

sont faibles. Si les habitants des hameaux l’utilisent pour rejoindre le coeur du bourg, ceux qui y habitent font de même et préfèrent à la marche à pied ce mode de déplacement rapide. Cet usage qui pose question entraîne un stationnement accru et une dégradation qualitative des espaces. Le bourg a perdu son caractère de centre ville, l’animation de ses espaces publics : on n’y prend pas place, on y fait seulement des arrêts fugaces.

A côté de cet agrégat d’équipements qui dessine une frange est-ouest dans l'organisation urbaine de la commune, on distingue une ligne verticale. Un axe routier nord-sud traverse Donges. Il relie la raffinerie, les industries portuaires et la gare, déconnectée, au centre du bourg situé à 1km plus au nord. Dans son prolongement il rejoint la trame orthogonale historique de Donges qui s’articule autour de trois places : place des écoles, place de la mairie et place de la gare. Il apparaît donc une ligne ponctuée de polarités différentes et caractéristiques qui forment la structure de la ville: rond-point des écoles, place de la mairie et place de la gare. La structure urbaine du bourg est ainsi basée sur un axe historique nord sud concentrant les polarités historiques et sur une zone est ouest regroupant les équipements. Quant aux déplacements dans la commune, ils sont marqués par une utilisation massive de la voiture représentant près de 9 déplacements sur 10. Elle est dans la ville-territoire la manière de s’approprier la grande échelle et synonyme d’autonomie. Près de 68% des Dongeois ne travaillent pas dans la commune, elle est ainsi utilisée comme moyen de transport majoritaire pour se rendre au travail. Cependant, son usage reste prépondérant au sein de la petite échelle, même lorsque les distances

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Enjeux : (Se)recentrer ?

il est victime. Les évènements dynamiques du village doivent être mis en valeur ou créés en réinterrogeant leur rapport à l’espace public et à la manière d’y accéder. La diversification des services et une réflexion sur l’espace public représentent donc également un enjeu concernant l’attractivité du bourg.

D’un point de vue générique, nous l’avons vu, Donges fait partie de la ville-territoire. Non seulement par ses implantations humaines diffuses sur les grandes étendues de la commune, mais aussi par la dépendance de ses hameaux à des secteurs de services issus du pôle métropolitain. Aujourd’hui, nous nous déplaçons de manière autonome et motorisée pour accéder aux besoins de la vie quotidienne. De ce fonctionnement, la situation de bourg périurbain en pâtit et tend à perdre sa fonction de centralité, tant il est aisé d’avoir accès aux mêmes services répondant souvent à une plus grande demande, à quelques dizaines de kilomètres en voiture. Le quotidien des habitants de Donges est partagé entre les différentes polarités de services que proposent la périphérie des agglomérations de Saint-Nazaire et de Nantes. Pourtant, à l’heure où nos ressources en énergie fossile s’amenuisent, l’usage de l’automobile au quotidien pose question. La législation française définit à travers des textes tels que les lois Grenelles sur l’environnement des orientations sur la réflexion du territoire et conditionne la mise en place des règlements d’urbanisme. Une attention doit être apportée sur l’échelle des polarités urbaines afin de structurer le territoire de manière équilibrée et ainsi remettre en question la pratique du « tout » en voiture. Aujourd’hui, les bourgs périurbains représentent des enjeux fonctionnels pour le territoire. Leur développement en tant que noyaux attractifs à une échelle locale est une manière d’éclater l’homogénéité de la « ville générique » où les caractéristiques de chaque territoire perdent leurs distinctions. L’enjeu est de bousculer les fonctions actuelles du bourg afin de le sortir de l’asphyxie dont

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INTENTIONS Impulser pour faire lien 53


ENTRE DEUX LOIRES « Chez Deleuze, l'île représente un endroit sans racines ni attachements. Cette vision insulaire s'oppose de celle de Glissant pour qui l'île archipélique est, par définition, relation: elle n'existe à partir d'aucune coupure et tend toujours vers l'autre, suppose même l'autre, et cet autre ne se réfère pas seulement à une autre île, mais aussi à autrui et à son monde à lui. » Kathleen Gyssels, Bénédicte Ledent, L'ecrivain Caribéen, Guerrier de L'imaginaire

Réinterroger l’existant et soulever les potentialités

volonté est de prendre un contre pied en affirmant que Donges n’est peut être pas qu’un ailleurs.

À l’échelle du bourg de Donges, on a constaté des coupures, une perte de son attrait et un non-rapport à Loire. L’identité de la ville ne parvient pas à trouver de connexions avec le fleuve et ses paysages d’eau du fait de son cloisonnement par des échelles spectaculaires telles que la zone industrielle, le port et leurs infrastructures de dessertes. Tout en considérant comme valeur positive l’imbrication des différentes échelles, l’enjeu est porté sur l’échelle de proximité, la plus fragile, en péril. L’idée est d’intervenir dans le bourg sans oublier d’affirmer son caractère ligérien, de reconnaître la multiplicité de ses échelles et de souligner sa place dans l’estuaire. La légitimité d’une intervention dans le bourg s’appuie sur le potentiel de l’existant de répondre aux enjeux liés à la redécouverte des Loires et à la réactivation d’une centralité, d’une base où se concentre un espace urbain partagé. En ce sens, notre

Par une lecture de la physionomie du bourg, nous constatons qu’un axe traversant nord-sud concentre les points stratégiques de sa dynamique. Cette route forme non seulement un lien physique entre la Loire fluviale au sud et la Loire humide vers le nord, mais est également ponctuée de services actifs dans le fonctionnement du bourg. Cet axe est le vecteur de dynamique du bourg. Il dessert les bords du fleuve, le quai du port, la raffinerie, la gare ferroviaire, les principales polarités du bourg, les marais et plus au nord, certains hameaux. Les services attractifs du centre urbain sont les institutions, les équipements, le commerce de proximité, le système associatif et les pratiques de bon voisinage. Ces évènements existants formalisent la vie dans l’espace public. Leurs temps déterminent l’espace. L’urbanité du bourg se construit par rapport à eux.

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Impulser plutôt que planifier Les intentions ne s’incarnent pas dans une planification mais plutôt dans une impulsion. Elles permettent de répondre aux enjeux relevés sans prétendre guérir tous les maux constatés. Les interventions se font plus douces, se basent sur des forces locales et ont pour but de les conforter et de les activer. Le projet commun qui comprend les projets personnels évoqués par la suite s’adapte aux conditions et à l’échelle de Donges. Face à une action urbaine contrainte, à des projets restreints et un manque de dynamisme lié au budget serré ou à un certain fatalisme, l’idée est de proposer une intervention juste et économe qui générerait un effet d’entraînement. Il s’agit d’un travail d’acupuncture qui va proposer d’activer des microcentralités. “Finalement, penser à la micro-échelle, c’est agir sur tout un territoire”

« Cardo-décumanus», mise en valeur d’un axe nord-sud et nouvelle transversalité Nord-sud, une ligne séquentielle Est-Ouest, une nouvelle transversalité L’idée, d’une part, est de faire de l’axe nord-sud une ligne de force en le mettant en valeur, en renforçant les polarités existantes (les trois places), en en créant de nouvelles et en lui offrant des terminaisons (bord de Loire et bord de Brière). D’autre part, cet axe s’unit à une transversale estouest support des équipements en “ zoning ”. Ensemble, ils fondent un tracé cardodecumanus. Les extrémités du decumanus (les jardins et les équipements sportifs) interpellent sur la question des lisières du bourg. De cette interrogation naît une réflexion sur des pratiques qui s’inscrivent non pas le long de l’axe nord-sud mais dans

son épaisseur. Nous nous intéressons donc aussi au traitement des franges urbaines de manière ponctuelle, comme le camping municipal, afin de permettre un dialogue avec l’environnement des marais. L’intention est de réaliser des micro-interventions ayant pour objectif d’enclencher une (ré)activation. Plutôt que d’aménager, l’idée est donc de ménager le territoire et de préférer à la planification un mode d’intervention à petite échelle. A travers ces interventions, l’ajout de programmes dans les pôles repérés a pour objectif de répondre aux besoins, d’entraîner de nouveaux usages et d’impulser une redynamisation de la commune. Ces nouveaux programmes, points d’appui qui redonneraient un sens à l’axe, permettraient une lecture séquentielle de Donges en s’appuyant sur la spécificité et la qualité de chaque pôle. Des bords de Loire jusqu’aux marais, en passant par un espace industriel, en traversant la lisière et en pénétrant au cœur du bourg, la traversée nord-sud offrirait la vision des différents paysages dongeois. Le renforcement de l’axe nord-sud permettrait donc de révéler les différentes figures ligériennes qu’il traverse afin d’apaiser les tensions. Les lieux pointés mettent en relation des acteurs qui dans le fonctionnement et l’usage des espaces, sont amenés à se croiser. La diversité des interactions est saisie à travers ces pôles de rencontre dans l’idée de déclencher une mise en lien humaine. L’idée est de mettre en réseaux ces lieux supports de pratiques collectives. Liés physiquement par la route, ils seraient également liés par les acteurs qu’ils concernent, les temporalités qu’ils génèrent, les flux qu’ils drainent. Les pratiques du commun et les évènements ponctuels seraient ainsi mis en évidence par cette nouvelle trame immatérielle qui connecterait les évènements vecteurs de dynamique humaine. Celle ci est un

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« Tschumi opère par moments plus que par lieux : c’est le montage de ces moments qui fabrique les lieux. » Luca Merlini, L’archipel Tschumi : cinq îles

support sur lequel tous les usages sont possibles et permet au territoire de se révéler par ses structures de rencontre. Ainsi, nous n’opérons pas un aménagement, nous ne colmatons pas les limites entre les échelles mais tentons de faire lien. L’idée est d’encourager des pratiques existantes en les mettant en relation entre elles et en en imaginant de nouvelles, de manière à penser une évolution sur le long terme.

Intentions : le Cardo-Décumanus

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Nouvelles mobilités

du bourg. S’il ne s’agit pas de supprimer totalement la voiture, il s’agit de penser des alternatives de transport complémentaires tels que des circuits doux et des transports en commun routiers ou fluviaux. L’enjeu est d’offrir des possibilités de se mouvoir autrement à l’échelle urbaine en favorisant l’intermodalité. Aujourd’hui, l’offre de transport en commun se résume à deux lignes ferroviaires peu fréquentées, une ligne de bus (ligne T4 )desservant toutes les heures le bourg vers le centre de SaintNazaire, des cars scolaires et un système de navette à la demande reliant les hameaux au centre de Donges. En nous basant sur cette offre de déplacement collectif existant, l’idée est de créer une nouvelle ligne. Au moyen d’un circuit de mini-bus prenant place sur la voie du cardo, nous créons une connexion avec le fleuve en permettant de s’y rendre autrement qu’en voiture. La fréquence de cette nouvelle ligne de transport semi-collective s’appuie sur la temporalité des services existants et ceux créés par les programmes que nous mettons en place. Elle doit jongler entre le rythme régulier de certains équipements comme l’école, la gare et le rythme des travailleurs, et des utilisations singulières en fonction des services recherchés dans le bourg ou encore des arrivées ponctuelles de navires en bord de Loire. De ce fait, ses horaires varient entre une fréquence de passages réguliers et des temps où elle fonctionne à la demande. Elle s’appuie également sur la fréquence des flux ferroviaires et de la ligne bus métropolitaine. En découle la création d’un pôle intermodal parmi les microinterventions qui permet l’optimisation du système de transport en commun.

Les intentions citées plus haut s'accompagnent nécessairement d’une réfléxion sur la mobilité. Les modes de déplacement utilisés qui concernent des pratiques du quotidien ou des évènements plus ponctuels sont des données sociales à intégrer au projet. L’attractivité d’un territoire, la qualité des services, leur visibilité et leur viabilité dépendent de la manière dont ils sont desservis. Par ailleurs, la forme des déplacements et les mouvements engendrés dans l’espace sont vecteurs de sociabilité. C’est donc en fonction de la reconnaissance des parcours, des rythmes et des centralités que nous pouvons penser une amélioration des conditions de mobilité. L’établissement d’une nouvelle grille de lecture dans les rapports sociaux du bourg demande donc à prendre en compte la manière dont les micro-interventions sont mises en lien physiquement. L’utilisation de la voiture comme moyen de déplacement privilégié rompt les espaces-temps de sociabilité que d’autres modes de déplacements permettent. Du fait de la “ville-territoire” décrite précédemment, les habitants sont dépendants de cet outil afin de se mouvoir au quotidien. Les moments d’interruption qui normalement marquent des points de rencontre et des temps de civilité disparaissent. L’espace public du bourg souffre du monopole de la voiture. L’offre de stationnement large et étendue induit une incitation à effectuer de nombreux trajets, même très courts, par le biais de son véhicule personnel. Cette pratique crée une rupture des proximités que d’autres moyens de se déplacer ne provoquent pas.

La mise en place de cette navette renforce l’ancrage du cardo comme l’axe dynamique de la commune le long duquel, à l’avenir, nous pourrons projeter sa densification légitime. Elle relie les points structurants dont la fréquentation régulière participe

Face au système actuel qui privilégie la voiture à l’échelle métropolitaine et influence dans le même sens les comportements, l’intention est d’imaginer les déplacements à l’échelle plus réduite

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à leur propre reconnaissance et justifie ce moyen de déplacement pour les relier. Par l’usage des transports en communs, il s’agit de générer des temps d’arrêt, des espacestemps intermédiaires durant lesquels la coprésence entre usagers forment des lieux de socialité. Il est important de considérer à travers cette démarche la qualité des temps de pause et de déplacement du dispositif. Sur le long terme, cette ligne de transport participe alors à la reconnaissance et à l’attraction du bourg comme centralité.

Trégalot Guy Cadou

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Intentions : nouvelles mobilités

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Nouveaux programmes, Sites d’intervention

marais. Le traitement de la frontière passe par un agencement d’espaces de nature par le biais de programmes tels que le parcours de santé et les jardins partagés. Nous proposons de connecter le tracé du parcours de santé au nouveau cheminement doux que nous mettons en place le long de l’axe est-ouest. Ainsi, l’allongement du parcours de santé crée des séquences paysagères variées révélant les aspérités du bourg qui se conclue par une introduction dans le paysage humide des marais dongeois. En parallèle, nous souhaitons renforcer l’initiative des jardins partagés entretenus par l’association “ Les petits marais chez… ”. Ce lieu de culture est le support de rencontres et d’ouverture du regard sur les qualités environnementales du territoire. Nous le concevons comme un espace de sociabilité nécessaire aux rapports de bons voisinages et qui peut être mis en relation avec des activités agricoles et commerciales dans la commune.

Les programmations proposées au sein du schéma Cardo-Décumanus hybrident plusieurs fonctions sur des sites considérés comme des centralités de notre trame projetée. Chaque micro-intervention détaillée par la suite est pensée en cohérence avec la trame globale et trois d’entres elles seront développées dans les projets personnels. Les Écoles. Cœur des équipements. La “ place ” des écoles apparaît aujourd’hui comme un carrefour de flux entre les entrées et sorties des élèves et la concentration de plusieurs modes de déplacements. Ce lieu d’interface se situe au croisement du “ cardo-decumanus ”, au cœur de la trame dynamique des équipements. Il apparaît donc comme un espace d’intermodalité où le système de transport en commun actuel rencontre la nouvelle ligne de navettes connectant le bourg au fleuve. Le programme qui s’y développe est un pôle intermodal où le terminal de la navette cohabite avec les arrêts de cars scolaires et la ligne de bus de l’agglomération nazairienne. Une plateforme de covoiturage se couple au dispositif afin de réfléchir autrement à l’usage de la voiture. Sur l’axe “ decumanus ”, l’aménagement d’un tracé doux est-ouest permettant l’accès à chacun des équipements offre aux usagers pratiquant des sports ou d’autres loisirs d’utiliser les services de cette “ halte ” routière. De ce fait, nous voulons favoriser les déplacements des habitants par des modes doux comme la marche ou le vélo afin de ménager la place du corps dans la perception du bourg.

Les équipements sportifs. Attractions ponctuelles. À l’extrémité opposée, à l’ouest du “ decumanus ”, la juxtaposition des équipements sportifs nous mène à penser que l’aménagement du site est “ anarchique ”. Nous sommes en lisière du bourg dont l’horizon nous révèle un paysage spectaculaire où les cuves imposantes dialoguent avec les vastes étendues humides des prairies inondables. Ce lieu entretient une affluence périodique des équipements sportifs comme le stade municipal, le skatepark ou encore la piscine. C’est pourquoi, nous prenons le parti d’un programme flexible, lié à de l’événementiel pouvant se dérouler en extérieur. Nous proposons l’aménagement d’une esplanade publique libre permettant l’accueil de manifestations sportives ou culturelles et tirant parti des qualités paysagères de la lisière comme fond de scène. Dans sa programmation, nous ne considérons pas la valorisation de cet espace public comme

Les jardins. Environnement partagé. La terminaison à l’est du “ decumanus ” se structure autour d’équipements scolaires, sportifs et culturels entretenant un rapport paysager dans leur aménagement avec les

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un lieu de rassemblement quotidien mais dans son fonctionnement par rapport au bourg, apportant un point de vue décalé de la rigidité minérale des places publiques du cœur urbain. Ce lieu de “ réception ” permet de réfléchir aux connexions de Donges avec les communes périphériques où des festivités intercommunales pourrait prendre place, pour favoriser l’attrait du bourg.

avec un espace cybercafé ainsi que la création de logements de courtes durées pour les travailleurs en déplacement attenant à un atelier où les Dongeois peuvent recycler des objets et échanger des services dans un rapport de bon voisinage. L’ensemble de ce programme sera plus détaillé par la suite. La gare ferroviaire. Interface enclavée. L’enclavement de la gare au cœur de la raffinerie ne permet pas aux Dongeois d’accéder aisément aux transports ferroviaires. En favorisant la desserte du site par le système de navette entre le centre bourg et la Loire, nous envisageons une utilisation plus accrue du système ferré du fait d’un meilleur accès à celui-ci. Il s’agit donc de travailler une plateforme intermodale permettant l’arrêt de la navette et le passage sur les quais de la gare.

Place de la mairie. Amer du bourg. Dans le chapelet des places qui bordent l’axe nord-sud, la place de la mairie est le centre institutionnel et le lieu de commerce. Elle se formalise comme un grand volume vide où prennent place deux monuments architecturaux singuliers, l’église et la mairie. À travers un projet architectural qui sera plus détaillé dans la dernière partie de ce mémoire, nous suggérons le réaménagement de l’espace public et la mise en place d’un programme visant à revitaliser le commerce et donner visibilité à l’agriculture. L’implantation d’un marché couvert et d’une Maison du commerce et de l’artisanat s’appuie sur les pratiques existantes et génère un nouveau lieu d’échanges marchands et sociaux.

Bords de Loire. Ouverture sur l’estuaire. La terminaison sud de l’axe “ cardo ” s’établit sur les bords du fleuve. Nous souhaitons que le bourg se reconnecte avec le fleuve, c’est pourquoi nous traitons la liaison par une gare fluviale permettant ainsi d’accéder à la voie d’eau pour des flux touristiques. Ce projet qui sera développé ultérieurement dans le mémoire compose avec la question de la navigabilité du fleuve pour des mouvements autres que les flux marchands.

Place de la gare. Lisière du bourg. Situées à la lisière sud du bourg, le long de l’axe nord-sud, la place de la gare et dans son prolongement, la rue louis pasteur, forment un espace public bordé de plusieurs délaissés urbains. Nous faisons face au paysage des tours de distillation de la raffinerie et des entreprises sous-traitantes de la zone industrielle. Des espaces de stationnement importants pour les poids lourds et les automobiles composent la “ place ”. Ces points d’arrêt facilitent l’accès aux quelques commerces présents. Ce site révèle un caractère d’accueil des personnes en transit ce qui est le levier de notre intervention. Nous envisageons l’implantation d’un foyer d’accueil des marins hybridé

Le camping. Accueil des voyageurs de Loire. Le camping municipal de Donges prend place sur la lisière nord-ouest du bourg. Il est à l’origine un centre d’accueil pour les travailleurs en déplacement hébergeant aujourd’hui, pendant la saison estivale, des touristes qui par soucis d’économie préfèrent loger dans les terres et accéder la journée à la côte atlantique. Cette pratique qui tend à se démocratiser est un levier qu’il est intéressant de développer pour la commune de Donges. L’attrait touris-

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tique du Parc Naturel Régional de Brière est reconnu mais celui des marais dongeois l’est beaucoup moins. Via la remise en valeur du camping, nous souhaitons qu’il crée une interface avec le paysage humide et agricole qui le jouxte. En diversifiant l’offre des logements de courte durée pour les travailleurs en déplacement au niveau de la place de la gare, nous permettons au camping de s’orienter vers une dynamique touristique dont la demande existe.

Bord de Brière. Frange entre urbain et rural. En dernier lieu, la terminaison nord de l’axe “ cardo ” questionne la manière dont le bourg s’urbanise aujourd’hui. Ce site fait l’objet d’une opération de logements dans le cadre d’une zone d’aménagement concerté. La ZAC des Ecottais nous interroge sur l’extension du secteur urbain dongeois très contraint par les paysages humides qui le borde. À travers cet aménagement, nous pensons qu’il est important de réfléchir à la manière dont le bourg peut se densifier tout en expérimentant des modes d’habiter en lien avec les marais.

Trégalot Guy Cadou

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Intentions : les sites et leurs nouveaux programmes

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QUAIS EN MOUVEMENT Jeanne Roze «La loire coule comme un mince ruban au reflet métallique que l’on cherche, que l’on devine au loin, avec la brume qui ternit l’horizon, après le petit bocage et les marais qui se déroulent à nos pieds. Cet accès à un rivage est une chimère pour les urbains. Il n’y a que les infrastructures pour voir l’estuaire sans l’approcher vraiment; les ponts le survolent, le port l’aborde sans mesure, la ville de Nantes est trop en amont; il y a bien ce petit port de Paimboeuf sur les rives sud mais il s’atterit et les pêcheries voisines, ces cabanes perchées au dessus de l’eau, rattachées à la terre par une mince passerelle sont privées. Et le bac pour traverser a disparu.» Samuel Rajalu, urbaniste et employé dans une ferme bio.

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LA MOBILITÉ 1125

1500

XXeme siècle

1917

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La Loire Naviguable

Entre fer et eau

Donges et son port

Un réseau routier

La Loire représente le vecteur principale des déplacements commerciaux et humains sur le territoire. La loire est l’espace d’échange de marchandises le plus utilisé.

Apparition du chemin de fer.

Développement du port et de la gare maritime.

Ce moyen de transport s’impose devant les déplacements fluviaux. Relie les grands poles urbains.

«Tous les jours, il y avaient de petits bâteaux qui accostaient à l’estacade de bois. Il y avait un pêcheur qui mettait ses filets et prenait beaucoup de poissons.»

De nouveaux franchissements en réponse au développement des axes routiers.

«Les gens étaient pêcheurs et chasseurs»

Moyen-Age

1850

1900 Industrialisation

1ere Guerre Mondiale

Bac reliant Donges à Paimboeuf

2nd Guerre Mondiale

Destruction du bourg

Navette fluviale vers St Nazaire.

Reconstruction du bourg 1944

1957

Définition MOUVEMENT: Instabilité, fluctuation, variabilité, turbulence, inconstance, caprice, mouvant, fluidité, souplesse, ardeur, trouble, élan agitation, ancrage, changement... MOBILITÉ: Combine à la fois ce qui bouge et ce qui est fixe (référentiel).

La Loire en mouvement Au XVIIIeme siècle, la loire est un espace d’échanges de marchandises et humains. Très utilisé par les pêcheurs, le port se développe rapidement et fait de Donges une ville prospère. Toutefois, l’usage de la Loire va se perdre face à l’arrivée du chemin de fer et au développement des structures routières qui révolutionnent les transports. Les attributs ligériens disparaissent au profit d’un usage purement contemplatif. A donges, on constate une convergence de toutes ces mobilités, qui dessinent l’espace. La voiture reste néanmoins au premier rang des moyen de locomotion régionaux. La gare quand à elle, permet de s’inscrire dans un ensemble métropolitain à l’échelle de la France (essentiellement utilisé pour le travail).

Depuis toujours, Donges occupe une position stratégique. Entre l’amont et l’aval, Donges est un carrefour, humain, commercial et énergétique, qui vit au rytme des marées. Au bord de l’estuaire, le fleuve occupe une place importante dans la vie des Dongeois. En effet, lorsqu’on étudie l’histoire de la constitution de Donges par les modes de transport, le rapport qu’entretient les Dongeois avec l’estuaire s’est modifié avec le temps. Du Moyen Age à auourd’hui, on passe d’une «Loire Naviguable et nourricière» à une «Loire contemplative».

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Vers Nantes

Fin du XXeme siècle

Un réseau routier

Transports en commun

De nouveaux franchissements en réponse au développement des axes routiers.

Vers des déplacements plus doux

Gare

Vers St Nazaire Vers Paimboeuf

Vers Besné

Vers Crossac

RD 4

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Vers Nantes

RN 171

Vers Nantes

Nantes

RD 100

Reconstruction du bourg

RD 773

RD 4

RD 100

Prospectives Gare

Vers de nouveaux modes de transports.

Vers Savenay, Nantes

Vers Montoir de Bretagne, Pont de Saint Nazaire

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Dans l’ensemble, peu de circuits doux sont mis en place pour valoriser la découverte du territoire et retrouver une échelle humaine dans ce «hors échelle».

la mise en place de navettes connectées au réseau de transports collectifs de l’agglomération et doit être mis en relation avec des parking relais, permettants d’accroitre l’offre intermodale de transport et offrir des gains de temps considérables.

Si on part du constat que les infrastructures entretiennent un rapport difficile avec le territoire qu’elles traversent, la mobilité est ce qui fabrique la ville, le paysage et le territoire.

Donges a un passé nautique remarquable, tourné vers son fleuve pendant des années, l’eau était au coeur de la ville. Des anciennes liaisons par voies d’eau existaient: des liaisons quotidiennes qui reliaient Donges à Paimboeuf.

Réinventer le patrimoine fluvial, comme mode de transport quotidien.

Les motifs de déplacement sont diversifiés avec une grande part pour le travail et le loisir. Comme on a pu le montrer precedemment, Donges a un rapport avec ses extérieurs très visible, et davantage avec la rive Nord puisque la rive sud reste comme innaccessible. «De l’autre côté de l’eau», Voilà la manière dont les Dongeois décrivent Paimboeuf. Aujourd’hui plus aucun rapport n’est entretenu avec la rive sud, pourtant très agréable pour ces petits ports, et promenades.

La gestion du temps devient primordiale dans la gestion de l’espace à vivre et pour comprendre la déambulation de ses habitants. Dans l’esprit de reconquête des espaces fluviaux par la ville et par ses habitants, émerge l’idée de la réutilisation des transports par voies d’eau pour assurer un service moderne et efficace de transports collectifs. Ce mode de transport, très utilisé auparavant par les Dongeois, doit permettre la facilité de déplacement par

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Savenay

Montoir de Bretagne

DONGES

PaimBoeuf

Vers Le Croisic

St Nazaire Pornichet

Le Mindin

Le Mig Horizon 2029 La loire à vélo Location vélo Train passager Train marchandise Gare/port Navette fluviale

Le transport Fluvial

Des potentialités à exploiter

Ce mode de transport, tend à conforter la tendance actuelle qui est de rendre durable le fléchissement de la voiture au profit de mode doux. Les objectifs d’une gare fluviale sont de poursuivre le développement de la mobilité pour tous, de maintenir et de développer l’accessibilité à l’ensemble des centralités, de tendre vers un équilibre entre la voiture et les autres modes de transports, de développer une démarche de management global pour la mobilité et enfn d’associer l’ensemble des acteurs présents sur le site.

La navette fluviale est deux à trois fois moins polluantes que la voiture ou le camion, moins cher et plus efficace dans les temps de déplacements aux heures de pointes. Ces navettes permettront également de désengorger les routes et de créer de l’emploi avec le developpement du tourisme fluvial. On compte enviton 1000 bateaux par an qui arrivent à Donges. De plus, dans le cadre des Grenelles de l’environnement, l’objectif concernant le transport fluvial est d’augmenter le pourcentage de 14% à 25% d’ici 2022.

Les navettes fluviales seront donc un mode de transport quotidien pour les habitants, marins et ouvriers qui cotoient les lieux ainsi qu’un moyen de découvrir l’estuaire dans le prolongement de la ballade touristique de l’estuaire. De bord à bord, nous traverserons l’estuaire d’une tout autre manière.

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y

Cordemais

La chapelle sur Erdre

St Etienne de Montluc

Carquefou

Vers Paris

gron

Nantes

Couëron St Herblain Le Pellerin

Indre

Gare maritime

Chantenay Trentemoult

Vertou

Carte des mobilités à l'échelle de l'Estuaire

Site d’implantation Le site choisi est à la terminaison du Cardo, qui relie nos trois projets.

Depuis le début le rapport qu’entretient Donges avec le fleuve me questionne. Donges est à la fois une arrivée et un départ, on y passe mais on ne s’y arrête pas! Les Dongeois vivent de la souffrance de l’abstraction mais le fleuve reste tout de même un espace important dans la vie des Dongeois. Il s’agit ici de recréer des quais comme un espace qui s’animent, comme ils l’étaient dans le passé. L’idée de ce projet est donc de remettre en mouvement des lieux figés et oubliés afin de reconnecter les espaces et inviter à la rencontre, réveiller des «hospitalités» perdues. Il est donc important pour moi de renouer avec ce passé et de retrouver les pratiques et usages des quais et de la Loire qui tentent de persister aujourd’hui encore.

Il s’agit d’une gare fluviale à laquelle d’autres fonctions sont hybridées: Un café citoyen, une cantine et une nouvelle place publique. Par ces programmations, ce lieu deviendra un nouveau lieu festif où tous les usagers du site se retrouveront et partageront ensemble un moment.

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Situation du projet par rapport à l'axe cardo decumanus

Photographies du site

Sur les bords de Loire

festivité où les Dongeois venaient pêcher, manger dans le petit restaurant du coin ou encore prendre un verre avec les autres habitants du quartier.

Au bout de l’avenue de la gare, se trouve un vaste espace vide, un délaissé qui sert à la fois de parking sauvage et d’espace de promenade. L’épaisseur de cet espace était autrefois occupé par les quais du port de Donges. Un port où faisaient escales petits et gros bateaux. Ce lieu est à la fois bercé par la poésie et la rêverie du désir de Loire et par le poids fort de son histoire. A Donges on recherche des espaces de rencontre et de convivialité. Les bords de Loire étaient un espace de rencontre et de

«Tous les jours il y avaient des petits bateaux qui accostaient à l’estacade en bois... Il y avait beaucoup de monde, les gens de la gare venaient y manger, de même que les marins qui descendaient à terre. Le samedi et le dimanche, il y avait un café qui organisait de grands bals. Il y avait plein de musiciens! Selon mes souvenirs, le dernier bal qui eut lieu fut celui des Douniers... Il y avait

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beaucoup de joies dans ces bals, des libertés retrouvées et surtout de la joie de vivre. Ah.. C’était le bon temps... Mais après la reconstruction du nouveau nbourg, tout cela disparut petit à petit. Les gens devenaient distants...». Au bord de la Loire il y avait aussi des plages où les Dongeois venaient profiter de l’eau. «Souvent pendant les vacances d’été, ils allaient, toute une bande de jeunes, à la plage au bord de Loire et, ils se baignaient et sautaient de la jetée. On pouvait y passer des heures juste assis dans le sable à contempler l’horizon et les allers et retours incessants des bateaux. »

Monde abstrait, de tuyaux et de colonnes verticales, curieuse pépinière le long du fleuve en plein estuaire. Et pourtant, la nuit c’est Noël en été ou bien New York, scintillant de milles feux. Et si d’aventure la ligne rapide de train éclairée passe, on n’y voit qu’un trait blanc de plus.

Quand les quais se soulèvent Le tissus du site étant très lache, j’ai choisi de m’extraire du contexte proche et de questionner le rapport au site dans sa globalité. Ce nouveau bâtiment dialoguera avec l’ensemble du site en allant chercher des points de vues et des cadrages sur des éléments du paysage. Dans l’ensemble, le site est fait d’horizontalités, marqués par les quais et de verticalités, marqués par les cheminées. Ainsi, le bâtiment s’intègrera dans ce tissu, en requestionnant la question du quai. Ce nouveau bâtiment dessinera un nouveau quai au bord de Loire et ce mouvement de «soulevement du quai» créera dés lors de nouveaux points de vue sur l’ensemble du site. De béton et de verre, il viendra prendre vie la nuit, au rytme des flash des spots de la guinguette. Ce lieu d’attente deviendra ainsi un lieu en mouvement et convivial où «attendre» ne sera plus du tout une chose ennuyante.

Avec la guerre, et le développement de la raffinerie tout cela n’est que poussière aujourd’hui. Les «quais» ne sont plus ce qu’ils étaient... On y trouve des parkings, de vastes étendues de marais non constructibles, inaccessibles... De l’autre coté, il y a la les bureaux de la raffinerie. Ce site, de part sa position et sa proximité avec la raffinerie, est un site tout à fait hors échelle. Comment se retrouver dans de si vastes espaces? A y regarder de plus près, on pourrait y voir seulement qu’un immense échaffaudage, mais dans les parties hautes, les vibrations de l’air trahissent autre chose.

Vue 3D du site 69


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SÉJOUR SUR LE QUAI Clélie Mougel 71


DÉRIVER La première visite de Donges nous a fait découvrir des paysages chimériques où se rencontrent des entités hétéroclites promptes à développer notre imaginaire. J’ai saisi ces lieux comme le support de récits fantastiques, ils m’ont intriguée et incitée à travailler sur la commune de Donges.

Dans l’option « Estuaire 2029  », la particularité de la démarche est de mêler les outils d’analyse technique du territoire à la concertation avec les acteurs qui le constituent, tout en apportant notre sensibilité personnelle au travail de diagnostic et de projection. L’ensemble de ces paramètres nous a permis de développer en groupe, une méthode autonome, rythmée par des temps forts, des rencontres riches de reconnaissance mutuelle dans les rapports humains. Ainsi, ce sont dessinés des enjeux autour de la question de l’identité des territoires insulaires représentant le paysage dongeois. L’objectif de figurer un programme et un projet architectural dans le contexte énoncé en groupe, nous a demandé à chacun d’évaluer les éléments marquants, les fonctionnements qui nous questionnent individuellement.

" Lever le voile ".

Afin de traduire et résumer le diagnostic collectif, j’ai distingué des images évoquant des enjeux caractéristiques. Leur combinaison sur un support visuel crée une lecture modifiée du territoire, elle dégage un nouveau rapport. Ce collage dépeint un archipel hétérogène où chaque entité possède son échelle de fonctionnement. Le bourg est urbain et dense mais en déclin. Les hameaux sont éclatés et habités par des foyers revendiquant leur autonomie. Les zones humides et les vastes prairies sont le vivier d’une activité agricole extensive qui cohabite avec la faune et la flore des marais. Ce paysage naturel de la Loire humide s’accorde avec les rythmes quotidiens de la Loire fluviale. Une activité industrielle

Le point de départ de mon travail personnel est l’outil graphique du collage. 72


intense vient compléter le tableau en créant un environnement spectaculaire mais contraignant.

attirante, la monumentalité de la raffinerie a une influence malveillante sur le territoire à l’image du sourire du clown que j’ai choisi comme symbole. À travers ce collage, je suggère de lever le voile du paysage spectaculaire, théâtral, de la raffinerie afin de faire émerger la coexistence des îles. Il s’agit de connecter ces juxtapositions, de créer un mode de fonctionnement pour les ouvrir sur de petits échanges et leur redonner la parole. Il faut donc se positionner au niveau de l’entre, des interstices, pour contrebalancer le rapport à « l’ailleurs » et reconnaître « l’ici ». Ce serait une réponse à la question : comment sortir de l’effet TGV et s’arrêter dans les petites gares telles que Donges ?

En effet, la raffinerie s’accapare l’image de Donges. Elle exerce un monopole sur la vie dongeoise dans le sens où son économie favorise la prospérité de la commune mais en même temps l’étouffe par sa grande échelle. La trame de réseaux nationaux et internationaux se superpose à l’archipel existant et biaise l’identité des dongeois qui ne ressentent plus de lien direct avec la Loire. L’enchevêtrement des flux d’hydrocarbures, des déplacements routiers et maritimes déclenchent une asphyxie des îles. Sous une apparence 73


RÉSONNER De la démarche réalisée en amont, des entretiens et ateliers publics organisés à Donges, de mes lectures et des enseignements tirés des rencontres bruxelloises, je suis parvenue à dégager trois réalités fortes sur le territoire et la manière de s’y projeter.

Impuissance du bourg face à la « ville-territoire » estuarienne.

des frontières physiques entravant l’accès des usagers. Le bourg se retrouve d’autant plus contraint qu’il est entouré par les mouvements d’eau de la Loire humide.

Les figures urbaines et industrielles pèsent lourdement sur la vie du territoire et les décisions prises par la commune, selon le responsable de l’urbanisme à la mairie de Donges. Les instances économiques influent d’autant plus que leur pérennité est une nécessité à l’échelle métropolitaine. Pour autant, le bourg en tire des avantages financiers qui lui permettent de s’équiper et l’inertie des travailleurs industrialoportuaires lui offre une fréquentation accrue et régulière. C’est pourquoi, les rapports entre les autorités semblent paradoxaux.

La situation périurbaine de Donges par rapport à Saint-Nazaire permet à la commune d’attirer de nouveaux habitants car le coût du foncier y est moins élevé et favorise l’accès à la propriété d’une maison individuelle. Mais cet attrait se limite à la recherche d’un terrain pour bâtir, le plus souvent dans les hameaux, ce qui dessert le bourg et induit l’augmentation des logements vacants de type appartement (près de 6% du parc immobilier). La municipalité fait le dos rond face à ce fonctionnement car elle profite de l’arrivée de nouveaux habitants et pour

Lors d’une rencontre avec chargée de mission du port autonome, j’ai pris conscience de la superposition de plusieurs échelles de frontières sur la territoire de Donges. En effet, l’activité du port a une dimension planétaire. Originaires de plus de 400 ports les navires marchands accostent aux appontements répartis le long de l’estuaire dessinant ainsi une frontière internationale pour les communes riveraines. S’y superpose, un réseau routier support de flux importants de semi-remorques et un réseau de conduits reliant le dépôt pétrolier dongeois à une échelle nationale. L’enclos des activités industrialo-portuaires trace également

Ateliers publics. Rencontre avec un ancien marin. 74


cela, elle répond à leur demande de foyers individuels. Ce développement des hameaux ne fait qu’accentuer le déclin du bourg.

sociaux concrets et durables, tant leur passage peut s’avérer furtif. De plus, la dimension internationale des activités induit la présence d’acteurs étrangers qui, gênés par la barrière de la culture et de la langue, n’entretiennent pas des échanges aisés. Tous ces freins rendent difficiles les rapports des travailleurs mobiles avec les habitants.

Un carrefour humain : séjourner plutôt qu’habiter. L’intensité des activités industrialoportuaires engendre de nombreux flux marchands par le fer, la route et le fleuve. Lors de mes visites sur site, j’ai pu croiser des marins étrangers arrivés sur les pétroliers, des routiers transportant par camionsciternes la production de la raffinerie et des travailleurs en mobilité qui effectuent des contrats à durée déterminée dans les entreprises de la zone industrielle. Ces salariés en transit s’insèrent dans le tissu social social de la commune et fréquentent en particulier le bourg.

Faire résonner existantes.

des

pratiques

Quand des acteurs aux modes de vie différents mais ayant des usages similaires se côtoient, sous tension, il est intéressant de réfléchir à des programmes et des lieux qui favorisent un apaisement des relations. Durant notre séjour à Bruxelles, nous avons découvert les actions menées au quartier des Marolles par l’association Recycl’Art. Leurs missions dans et pour le quartier développent une économie sociale tout en étant un espace de création où la culture participe à la reconnaissance des habitants. Cette initiative a inspiré ma réflexion l’orientant vers une intervention mêlant le dimension social et la nécessité d’une économie viable.

Ces voyageurs professionnels recherchent dans le bourg des services leur permettant de se restaurer, voire de se divertir. Cette clientèle importante justifie la présence de nombreux commerces de bouche au centre bourg. Un ancien employé de la raffinerie m’avait ainsi résumé le constat : « La raffinerie c’est le commerce.  » Le bourg est un espace où les individus s’arrêtent, séjournent, mais pas un lieu souhaiter pour y habiter.

La dynamique du bourg passe par ses rapports sociaux. Il s’agit donc de raisonner sur la mise en lien d’acteurs venant d’échelles opposées afin de faire naître entre eux une reconnaissance mutuelle.

Les ateliers publics m’ont amenée au constat suivant : l’affluence de travailleurs en transit ne favorise pas des liens

Récit d'une image : " Camion S.G.A.E. - Transport international. livraison (pétrolier) divers. Principalement alimentaires. Environ 25 à 30 palettes. Exemples : 500 bouteilles eau, une tonne de patates etc… pour un équipage environs 20 à 38 marins. Il faut savoir que un pétrolier parcours de longue distance (ravitaillement pour 1 mois). " 75


RAISONNER Le territoire de Donges est sous tension car deux forces s’y opposent, d’une part la force métropolitaine et d’autre part les enjeux locaux. D’un point de vue physique, ce sont deux échelles urbaines incompatibles entre elles, l’une étant dépendante de l’autre. En effet, de nombreux habitants n’imaginent pas la prospérité du bourg sans la raffinerie. Nous sommes donc dans un contexte hétérogène où deux types de mouvements se rencontrent. Mouvements externes.

; elle est, en définitive, sa propre raison d’être. »

La raffinerie de Donges et les appontements pétroliers du port autonome imposent de vastes espaces au bord du fleuve qui sont difficiles à percevoir à hauteur d’homme. Cette configuration s’apparente à ce que Rem Koolhaas appelle la « Bigness  ». C’est-à-dire le contexte de la grande dimension. L’architecte l’énonce ainsi : «  La Bigness peut exister n’importe où sur ce plan. Non seulement la Bigness est incapable d’établir des relations avec la ville classique - au mieux, elle coexiste - mais, par la quantité et complexité des services qu’elle propose, elle est elle-même urbaine.  » L’emprise du port et de ses industries monopolise le bord de Loire ce qui rend le bourg orphelin d’un dialogue avec le fleuve. Cette vaste échelle est d’autant plus présente que : «  La Bigness, précisément en vertu de son indépendance vis-à-vis du contexte, est la seule architecture qui peut surmonter, et même exploiter la condition désormais mondiale de la table rase : elle ne prend pas son inspiration dans des données qu’on a trop souvent pressées comme des citrons pour en extraire la moindre goutte de signification ; elle gravite de manière opportuniste autour des lieux qui lui promettent le maximum d’infrastructures

Hors du contexte de la ville classique, cette échelle ne peut être incorporée dans le système urbain du bourg. Les activités industrielles et portuaires le long de l’estuaire sont des outils métropolitains. Leur force dépasse l’échelle locale et fonctionne dans le système global, mondial. Elles créent des mouvements économiques et humains venant de l’extérieur. Ainsi, des marins, des chauffeurs routiers et des travailleurs en déplacement pour des contrats temporaires recherchent des services que les secteurs où ils travaillent ne leur apportent pas. Le trafic pétrolier représente 51% du total des flux du Port autonome NantesSaint-Nazaire. Avec plus de 650 escales par an au niveau de ses appontements, le secteur portuaire de Donges concentre une forte activité de l’estuaire. Les marins qui travaillent sur les pétroliers sont de nationalités très différentes en fonction de la provenance des navires. Les bateaux restent à quai entre quelques heures et quelques jours, au niveau des appontements dongeois cela peut être jusqu’à 36 heures. Nous comptons près 76


forces mĂŠtropolitaines Mouvements externes : les pratiques mĂŠtropolitaines. les hameaux

la zone industrielle

la zone portuaire

le bourg

commerces

système associatif

Mouvements internes : les pratiques locales. 77

entreprises locales


d’une vingtaine de marins sur un pétrolier. Leur métier implique qu’ils sont en mer près de 8 à 9 mois par an. Quand ils sont à quais, ils peuvent circuler librement dans un périmètre défini par le préfet. Hors de celui ci, ils ont besoin d’un visa. L’enceinte s’étend de l’agglomération de Saint-Nazaire à celle la commune de Donges et leur permet d’utiliser la N171 pour se rendre à Nantes. Lors de mes visite sur site, je me suis rendu compte que des marins fréquentent le bourg dongeois, ils consomment à la supérette mais la barrière de la langue et la différence de cultures créent parfois des rapports sociaux compliqués.

social. Il n’y a que comme ça qu’ils peuvent nous parler si jamais ils ont un problème à bord. » Pourtant, ces structures sont exclusivement réservées aux marins, ce qui crée un entre-soi et ne leur permet pas de dialoguer avec l’extérieur. En parallèle du mouvement des navires, un trafic routier important gère des flux de livraison des produits raffinés. Ces déplacements sont assurés par des semiremorques, des camion-citernes conduits par des chauffeurs routiers. Ceux-ci traversent le territoire français voire européen afin de livrer leur chargement. Donges apparaît comme un terminal pour les routiers où ils viennent se ravitailler à la raffinerie. La fréquentation du bourg par les chauffeurs routiers est importante puisque les routes d’accès à la quatre voies passent par le bourg. Des aires de stationnement sont aménagées pour eux afin qu’ils puissent se reposer et se rendre dans les services de restauration.

Un service d’accueil des marins est assuré par trois associations implantées à Nantes, Montoir-de-Bretagne et SaintNazaire. Auparavant, il existait une structure d’accueil à Donges, au niveau de l’appontement n°5, mais elle a brûlé et a été déplacée à Montoir. Lors d’un entretien avec Marie-Christine Le Nay, présidente de Marine Accueil Loire à Saint-Nazaire, j’ai pu découvrir le rôle d’un foyer des marins. Un Seamen’s Club reçoit les gens de mer et leurs propose des services pour communiquer avec leurs familles, régler des problèmes juridiques, pratiquer leur religion… « On est là aussi pour dialoguer avec eux, on n’est pas que là pour leur servir une bière ou leur vendre une carte de téléphone. On est là aussi pour parler avec eux, essayer aussi d’avoir un contact

À une autre échelle de temps et d’usage, des travailleurs en déplacement viennent travailler dans le secteur industriel. Ils possèdent un logement principal dans une autre région française ou dans un autre état européen. Ils sont en contrat d’une durée déterminée avec des entreprises et ont besoin de se loger temporairement à proximité de celle ci. J’ai eu l’occasion de croiser l’un d’entre eux au bar PMU du bourg. Cet ouvrier est originaire du

Les flux quotidiens de camion-citernes et leurs chauffeurs.

Un pétrolier reste à quai pendant quelques heures. 78


Portugal et vit à Clermont-Ferrand mais pendant l’année, il traverse la France pour exercer son métier. Un centre d’accueil des travailleurs en déplacement existe sur la commune de Donges, il se situe au camping municipal les Tainières. Les logements temporaires y sont précaires car ce sont des caravanes ou des mobile homes. Ce mode d’habitat ne facilite pas l’insertion des travailleurs mobiles dans la vie sociale dongeoise.

qu’intermittente et le bourg perd son animation hors des flux de travailleurs, notamment le soir et le week-end. Le système associatif et les équipements créent aussi des occasions de rencontre et de partage. Mais chacun reste cloisonné dans son propre fonctionnement. La médiathèque située place de la mairie, est un lieu social où l’on peut se ressourcer, échanger et communiquer par le biais d’internet pour ceux qui n’y ont pas accès. Pourtant, ses horaires sont restreints ce qui limite les interactions. Des structures comme la maison des jeunes organisent des actions destinées aux adolescents afin de les engager dans la vie sociale du bourg ou des animations pour les divertir. Ainsi, un atelier mutualisé de réparation de deux roues créé dans un box de garage loué rue Louis Pasteur, montre une volonté de partager. Malheureusement, cette expérience n’a pas su s’inscrire dans la durée du fait de nombreux vols. Elle mérite d’être reconsidérée voire d’être réengagée. Ces initiatives locales créent des proximités pratiquées dans un entre-soi. Il s’agit de les révéler et de les optimiser afin qu’elles s’élargissent à d’autres usagers.

L’ensemble de ces mouvements externes crée une demande de séjour dans le tissu urbain et social de la ville. En s’appuyant sur eux, il s’agit d’inscrire le bourg dans la grande échelle métropolitaine. Pour cela, il faut prendre en compte les pratiques locales afin de légitimer ce nouveau statut.

Mouvements internes. L’économie du bourg de Donges tourne principalement autour de ses commerces de bouche qui fonctionnent en majorité du temps de midi. L’offre est large et variée entre des services de restauration « sur le pouce » proposé par les boulangeries, des restaurants routiers, des bars-brasseries, des restaurants exotiques avec un traiteur chinois et un kebab ou encore un restaurant traditionnel. Ils sont fréquentés par les actifs des entreprises locales. Ce constat révèle les rapports sociaux importants générés par des services de consommation courante. Pourtant, cette dynamique n’est

Nous sommes à la recherche de liens communautaires qui dépassent le microcosme. Il s’agit d’ouvrir les pratiques de la vie associative pour accueillir les besoins des travailleurs mobiles.

Des commerces de bouches très présents dans le tissu du bourg.

Des box de garages loués, lieu de l'atelier pour les deux roues. 79


ÉQUILIBRER LES FORCES L’hétérogénéité de Donges est une composante que nous ne pouvons pas nier dans l’aménagement du territoire. Il ne semble pas pertinent d’homogénéiser les fonctions et les échelles, ni de guérir les disparités entre des systèmes urbains opposés. Il convient de compenser la rencontre de ces deux forces contraires par une programmation répondant aux attentes des deux parties. La présence de personnes en transit dans le bourg met en avant la question de l’accueil dans la ville. Les déplacements humains créent la nécessité d’accueillir et de loger. Claire Lévy-Vroelant dans « Les avatars de la ville passagère, de la location meublée à l’hébergement incertain  », l’affirme : «  L’hospitalité est une notion centrale pour qui veut comprendre comment une société organise ses territoires, règle les rapports entre les groupes sédentaires d’accueil et les milieux mobiles et migrants, et laisse s’approprier par de nouveaux venus des éléments essentiels de sa vie.  » Les travailleurs en mobilité sont reçus dans le bourg, il importe donc de réfléchir à un programme d’accueil les concernants et qui servira également de levier pour le développement de la vie sociale dongeoise.

à l’extérieur de Donges. De plus, les services proposés ne sont réservés qu’à eux, ce qui les isole dans un entre-soi. Pourtant, l’ancien foyer des marins de Donges n’accueillait pas seulement des marins, mais aussi des travailleurs de la raffinerie et des appontements pétroliers, leur permettant de fréquenter un même lieu afin de tisser des liens sociaux et se détendre. Pour cela, je propose de créer un foyer d’accueil des marins proposant un service d’hébergement sur du court terme de type hôtelier avec une antenne d’accueil pour les professionnels maritimes ayant des difficultés. L’ensemble est hybridé avec un espace cybercafé ouvert aux dongeois et aux voyageurs en transit. L’espace d’hébergement « hôtellerie  » permet aux marins d’avoir une alternative à leur logement sur le navire et leur permet, s’ils restent à quai plusieurs jours, de s’intégrer socialement sur le territoire. Ce

L’accueil des gens de mer est assuré par des Seamen’s Club qui se trouvent Chauffeurs routiers

Quelques heures

Marins

Quelques jours

Voyageurs

Une semaine ou plus

Travailleurs en déplacement

Quelques mois

Un accueil : Pour qui ?

Pour quelle durée ? 80


SAVENAY MONTOIR-DE-BRETAGNE TRIGNAC

DONGES

PAIMBOEUF

ST-NAZAIRE

CORDEMAIS

ST BREVIN LES PINS

NANTES

COUERON

INDRE

campings centres d'accueil des travailleurs en déplacement foyers de marins

hôtels standardisés où séjournent des travailleurs en déplacement

Répartition des services d'accueil existantes pour les travailleurs en transit sur le territoire métropolitain.

lieu de séjour est aussi ouvert aux autres voyageurs afin de compenser la faible offre d’hébergement sur le bourg. Le cybercafé est un lieu qui favorise la rencontre entre voyageur et dongeois dans le sens où chacun y trouve un intérêt à le fréquenter. Par définition, c’est un café mettant à la disposition de ses clients des ordinateurs pour utiliser internet. Ce programme permet à ses usagers de communiquer avec l’extérieur via internet mais aussi d’entretenir des liens sociaux au sein d’un espace de restauration et de consommation de boissons. Ce lieu comprend aussi un espace lecture pour permettre de se ressourcer et de découvrir d’autres cultures à travers un choix d’ouvrages ouvert aux différentes nationalités. Je souhaite développer dans ce programme le fait que chacun ne vient pas uniquement chercher un service, mais qu’il fréquente ce lieu pour répondre à un besoin de reconnaissance mutuel.

déplacement. Les travailleurs mobiles justifient d’un contrat précaire avec une entreprise pour pouvoir se loger au camping. Leur passage varie de quelques mois à l’année, certains effectuant même un regroupement familial. Ainsi, des familles résident plusieurs mois dans ce contexte précaire. De plus, la situation excentrée du camping au nord-ouest du bourg, ne facilite pas l’accès de ses usagers à la vie sociale du bourg. Le responsable du service urbanisme de la mairie m’a fait part de la volonté de la municipalité de réfléchir au développement de l’hébergement touristique pour le camping tout en conservant et en valorisant le centre d’accueil des travailleurs en déplacement. Je propose d’apporter une offre alternative de logements de passage dans une structure en dur, insérée dans le tissu du bourg. Afin de garantir une relation de bon voisinage, ces logements de courte durée sont associés à un atelier mutualisé de réparation d’objets du quotidien accessible aux habitants et aux personnes en transit. Ainsi, je réactive à une plus grande échelle l’initiative d’un atelier communautaire pensée par la maison des jeunes. L’objectif est de favoriser le partage de services et de compétences autour d’une pratique du recyclage afin de tisser des liens dans la vie sociale du bourg. L’ensemble de cette programmation s’inscrit dans la trame du bourg comme des lieux d’accueil.

En parallèle de cette programmation, nous avons constaté que les ouvriers en déplacement ont recours à des logements précaires pour la durée de leur passage dans la commune. En effet, ils se logent sur le camping municipal dans des structures légères. Cet équipement communal a été créé à la fin des années 1970 en tant que centre d’accueil des travailleurs en 81


INVESTIR LA LISIÈRE Dans le but d’équilibrer les mouvements externes issus de l’échelle urbaine de la zone industrialo-portuaire avec les mouvements internes originaires de la trame du bourg, il convient d’investir les délaissés produits par la rencontre de ces entités. En intervenant dans les interstices, nous mettons en jeu la question des lisières de la ville et de leur fragilité. C’est pourquoi, le site choisi pour l’intervention se situe sur la frange sud du bourg à la confluence entre l’urbanité dense de la ville et la zone industrielle.

Une limite visible : la lisière.

bâtie du centre-ville. En résulte, une infrastructure lourde de voiries où se croisent en un carrefour giratoire, l’axe nord-sud, la D4, menant vers le fleuve et un axe est-ouest, la D100, qui contourne le bourg et permet de se diriger vers la quatre voies. Dans son écrit « La ville franchisée. Formes et structures de la ville contemporaine », David Mangin parle de vide programmé issu de la construction de ces infrastructures : «  À la sectorisation progressive du territoire, s’ajoute un espacement croissant entre les objets et les gens, un vide “sans qualité“ ni raison apparente. Ces junk spaces, chers à Rem Koolhaas ou au groupe italien Stalker, amateur de dérives périurbaines, sont tantôt dénoncés, tantôt sublimés {…}. Ces emplacements ont pourtant plusieurs origines bien précises, et tout d’abord les infrastructures routières. Elles sont à l’origine des fameux “délaissés de voirie“, liés aux marges de recul imposées, en territoire suburbain, par les normes nationales ou européennes, ou par des cultures techniques locales : vitesses tolérées, modalités d’échanges, etc. »

Par définition, une lisière est l’extrémité d’un lieu. Le terme est utilisé pour caractériser le rideau végétal qui croît au bord d’un terrain. À travers cette image, nous constatons que la lisière est un espace de transition, un seuil où se matérialise la réunion des deux entités qu’il limite. Cette zone intermédiaire n’est pas une ligne, elle a une épaisseur. Elle mêle les propriétés des milieux qu’elle borde tout en ayant des particularités qui lui sont propres. Dans le construction de la ville, la lisière se définit comme le front urbain, une limite morphologique de l’espace bâti. C’est un seuil visible puisqu’il ne correspond pas à la limite fonctionnelle de la ville dont l’influence se poursuit au-delà. Le long de l’axe nord-sud entre Donges et le fleuve, nous découvrons des séquences paysagères différentes. Leurs échelles incompatibles créent des zones vulnérables quand elles se croisent. La limite sud du village est une interface où se rencontrent les vastes espaces des marais, l’urbanité monumentale de la raffinerie et la densité 82


Définition de l'épaisseur du quai par rapport à la topographie ascendante du fleuve vers le bourg. zone d'effets graves et significatifs sur la vie humaine Périmètres de protection définis par le PPRT : zone d'effets indirects sur la vie humaine

zone d'effets dangereux à cinétique lente

Place de la mairie

Rue Louis Pasteur

Prairie agricole

Place de la gare

0

Prairies humides

Axe D4

Entreprises sous-traitantes

Contexte : la lisière urbaine comme site d'implantation. cheminements doux le long des axes routiers aire de stationnement des véhicules légers aire de stationnement des poids-lourds

Axe D100

Raffinerie

espaces urbains et bâtis délaissés box de garages 83

50 m


La limite imperceptible législation du PPRT.

:

la

croisent. C’est un espace potentiel de rencontres. De même, la location des box de garages crée aussi des lieux d’interface entre les locataires. Nous sommes sur une lisière prompte à accueillir un programme permettant de réunir ces usagers.

« Mais la réglementation environnementale - lois sur le littoral, l’air et l’eau, Plans de prévention des risques technologiques ou naturels - impose également sont lot de contraintes d’éloignement.  » (David Mangin)

La limite des parcelles construites est doublée par une bande végétale épaisse créant un espace tampon avec la route. Elle surplombe l’axe D100. La topographie des lieux offre au bourg une situation de « promontoire  » par rapport à la route, la raffinerie et le bord de Loire. De cette lecture topographique découle l’interprétation de cette lisière comme le front urbain, le « waterfront » de Donges, dont l’épaisseur du quai s’étend sur 1,5 kilomètre. L’emprise de la raffinerie et du port forment donc le quai qui se conclut au nord par la frontalité de la densité bâtie du bourg.

En effet, à la contrainte de recul des emprises bâties par rapport à la voirie, s’ajoute la réglementation du PPRT qui soumet à la définition du PLU des périmètres de protection autour de la raffinerie. La lisière sud du bourg se trouve à cheval entre la « zone d’effets graves et significatifs sur la vie humaine  » et la «  zone d’effets indirects sur la vie humaine ». La première ne permet pas de nouvelles constructions autres que des édifices liés aux services du port ou de l’industrie mais ayant un accès limité pour les êtres humains. La seconde exclut la construction d’établissements recevant du public du fait de leurs contraintes d’évacuation. La rue Louis Pasteur, parallèle au nord à l’axe de la D100, subit ces règles de construction drastiques dans le sens où nous y constatons de nombreux délaissés urbains. Cette frange constituée de box de garages vieillissants et de quelques bâtiments délaissés (l’hôtel de la gare) marque l’extrémité construite du bourg.

Je pars donc du postulat que le bourg doit affirmer son caractère de front bâti par rapport au quai. Il s’agit de faire en sorte que chaque espace regarde l’autre, au lieu de lui tourner le dos. Pour cela, le programme d’un foyer des marins hybridé à un cybercafé et celui des logements de passage pour les travailleurs en transit croisés à un atelier mutualisé, nécessitent des rapports étroits avec la trame de la ville tout en s’ouvrant sur l’échelle de la zone industrialo-portuaire. Cette programmation doit s’intégrer dans une interface de rencontres préexistantes, telle la zone de lisière au sud du bourg. C’est donc le lieu d’implantation que je propose.

Une lisière fragile. Cet îlot fort de délaissés urbains borde la densité construite du bourg. Il est proche du centre dynamique de la vie dongeoise où se trouvent les commerces et les services. Ainsi, l’îlot constitue l’épaisseur de la lisière où de nombreux flux passent. De grandes aires de stationnement s’installent sur la place de la gare où les chauffeurs routiers effectuent un arrêt pour se restaurer et se reposer. Nous pouvons lire sur ce lieu des temps d’affluence où les usagers se

En revanche, leur établissement sur le site n’est possible que grâce à l’évolution du périmètre du PPRT qui va être mis en place en cette année 2015, dans la nouvelle version du PLU. En effet, la construction de logements et d’établissements recevant du public (de moins de 50 personnes) sera autorisée dans les zones urbaines déjà 84


construites. C’est-à-dire que les cercles concentriques autour de la raffinerie vont disparaître laissant le champ libre à la réflexion de l’urbanisation de la lisière sud de Donges.

Prospective. Cette programmation s’insert dans la démarche globale de réactiver le bourg et relancer son attrait. En favorisant les déplacements sur l’axe nord-sud par des modes alternatifs à l’automobile, nous avons tracé en groupe une ligne de navette liant la ville à la gare et au fleuve. Cet outil permet de desservir les programmes mis en place et ainsi leur donnent une lisibilité pour les voyageurs qui, arrivés par la Loire, le train ou la route, empruntent ce mode de transport pour atteindre le bourg. La navette permet une découverte progressive des paysages menant au fleuve, elle est une manière de découvrir Donges. Ce moyen de transport collectif optimisé pour accéder à la gare nous amène à nous interroger sur la légitimité du projet onéreux de déplacement de la gare et de la voie ferrée. En proposant un contournement nord de la raffinerie, il ne ferait que cloisonner encore plus la lisière sud du bourg.

Place de la gare, aire de stationnement des véhicules légers.

Place de la gare, aire de stationnement des poids lourds.

Depuis la place de la gare, un point de vue en surplomb sur la zone industrielle.

La lisière sud du bourg : une frange végétale domine l'axe routier D100. 85


SE PROJETER Une intervention sur la lisière demande à réfléchir au contexte urbain où se confrontent deux échelles différentes. Quelle est la place de l’espace public sur le site ? Comment la programmation d’accueil de voyageurs prend la forme d’une architecture dans cette situation de lisière ? Ces questions m’ont amenée à faire évoluer le périmètre d’intervention de mon projet.

Mon périmètre d'intervention s'est développé et décalé au cours des découvertes sur le site et de la réflexion de mon programme. Celui ci s'est dilaté et a fait évoluer l'échelle de ma proposition architecturale.

à l'échelle de la rue Louis Pasteur. J'avais pris le parti d'investir l'hôtel de la gare qui est une friche urbaine à l'angle de cette rue et de la place de la gare. Mon programme se répartissait entre ce bâtiment où j'y intégrais le foyer des marins et le cybercafé en créant une extension de la construction. Les logements temporaires et l'atelier prenaient place quand à eux sur la parcelle des box de garage partagé à l'emplacement de l'ancien local de réparation de deux roues de la maison des jeunes.

Dans un premier temps, j'ai construit ma réflexion autour de la question des délaissés de l'espace urbain qui marquent la périphérie du bourg. Ma première intervention architecturale s'est articulée

La première forme d'intervention questionnait le rapport à la rue des espaces fragiles, délaissés, à l'échelle de deux parcelles.

Une échelle d'intervention sur la parcelle.

Image suggestive du rapport à la rue des logements de passage. 86


Dans un second temps, j'ai pris conscience du rôle de la lisière dans son épaisseur. Le périmètre s'est étendu à l'échelle de l'îlot prenant en compte le rapport à la route D100. La situation en hauteur de cet espace par rapport à l'axe m'a menée à lire

la situation du bourg par sa topographie. Ainsi, nous avons pu constater que nous étions dans une situation de front urbain. Ainsi, le projet s'est tourné vers l'aménagement d'un quai et la conception d'îlots bâtis faisant front à l'industrie.

Le dessin du quai où le stationnement des camions se fait en contrebas et les rues du bourg sont prolongées pour séquencer l'îlot.

DORTOIRS 4 LITS

CHAMBRES DOUBLES SALLE HAUTE

RDC ADMINISTRATION INFIRMERIE ASSISTANTE SOCIALE CUISINE COMMUNE

ACCUEIL

SALLE BASSE

ACCÈS FOYER CHAMBRES DOUBLES

LIBRAIRIE

LOGEMENT CONCIERGE

ESPACE INFORMATIQUE RAFRAICHISSEMENTS

ACCÈS CYBERCAFÉ LIBRAIRIE

Une intervention à l'échelle de l'îlot.

Le foyer des marins intégré sur la place de gare.

Dans un dernier temps, la lisière en partie végétalisée crée la liaison entre des prairies humides. Elle se construit comme un quai transversal donnant une orientation et une direction dans l'implantation des projets architecturaux. Le foyer des marins vient

clore la place de la gare, tel un espace tampon tout en permettant le réaménagement des aires de stationnement. L'opération de logements temporaires s'inscrit quand à elle, dans trame urbaine du bourg, en fermant l'îlot au niveau de la lisière.

La continuité végétale et la transversalité du quai se superposent et orientent l'intégration du foyer des marins et des logements.

Une échelle d'intervention entre la place et le quai. 87


L’agencement de la programmation a toujours été pensé en deux entités distinctes. Le foyer des marins et son cybercafé permettent de séjourner quelques heures à quelques jours dans le bourg de Donges. Ils sont des lieux de passage, ils doivent être visibles dans l’espace public. Ils doivent être facilement accessibles et donc mis en lien avec les aires de stationnement existant sur le site. Cette première entité se construit en relation avec le quai et aborde la question du front urbain. Son programme se répartit entre : - une fonction hébergement où une vingtaine de chambres doubles et individuelles s’accommodent avec des espaces communs partagés pour la détente et les usages du quotidien, un service d’accueil avec un concierge logeant sur place, un espace administratif avec une infirmerie et un bureau pour l’assistante sociale. - un cybercafé ouvert à tous, avec des postes informatiques mis à disposition pour les clients, un accès wifi, un espace bar pour se désaltérer et un coin librairie. - une salle de sport équipée d’appareils de remise en forme et un espace libre permettant aux personnes en transit, dont les chauffeurs routiers, d’accéder à un équipement sportif durant leur temps de pause.

Les logements de courtes durées accueillent les travailleurs en déplacement. Ce programme interroge la manière dont des personnes en transit habitent dans la ville et s’insèrent dans la vie sociale locale. Le programme d’une quinzaine de logements intermédiaires s’intègre dans le tissu urbain proche du centre-ville, à l’échelle d’un îlot, afin d’offrir une proximité des services du quotidien. L’atelier mutualisé de réparation d’objets, ouvert à tous les habitants, s’introduit dans le cœur d’îlot dans un système de cour intérieure qui le dessert tout comme les logements. Ce dessin urbain permet un rapport de bon voisinage où les habitants des logements de courtes durées sont amenés à rencontrer voire à échanger des services avec les dongeois autour d’une activité. L’ensemble de cette programmation est liée par le traitement paysager de la lisière qui par sa situation connecte deux espaces de marais d’ouest en est. L’agencement du projet architectural crée une transversalité soutenue par la création d’un cheminement doux se confondant avec la figure du quai. À travers ces deux programmes, nous interrogeons de qualité du tissu urbain dans le traitement de la lisière. Ce projet se dessine par la superposition des échelles urbaines et sociales qui définissent les limites des espaces privés et publics.

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Image suggestive d'une vue depuis le cybercafĂŠ sur le quai en surplomb de la raffinerie.

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COEUR DE BOURG Justine Cloarec 91


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Découvrir, s’étonner

Introduction

La curiosité est-elle vraiment un vilain défaut ?

L’agriculture, gage de préservation des marais Le paysage vu et raconté Quelques pratiques de bon sens

La question du commerce dans le centre bourg Contexte et fuite des consommateurs Dongeois Au rythme des ouvriers Pratiques solidaires et retour vers une proximité Du côté des commerçants, « l’union fait la force »

Vers le projet : contexte global, contexte local Intentions et programme

Une richesse à révéler, un bourg à revitaliser Des intentions au programme

Site et implantation

La figure de la place, celle du marché Saisir la vocation du site

Proposition

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Collage "RĂŠvĂŠler l'ailleurs proche"

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Découvrir, s’étonner Extrait du carnet de bord, 25 septembre 2014

« Des allers-retours Nantes Saint-Nazaire en TGV. Parfois en TER. C’est comme ça que j’ai connu Donges, au travers des vitres du train. Avant de mettre les pieds ici, pour moi Donges c’était la raffinerie. Avec une fascination semblable à celle éprouvée à chaque arrivée au port du Havre, je ne quittais du regard cet univers étonnant, jusqu’à ce qu’il sorte de mon champ de vision. Un passage d’à peine 10 secondes pour apercevoir un monde hostile et attirant à la fois, pour se croire dans un film. Jamais le train que j’ai pris ne s’est arrêté ici, mais impossible de rater Donges. De chaque côté des rails la cité mystérieuse s’impose. Comme plongé le temps d’un instant dans un autre monde, le train traverse l’industrie et il faut regarder à droite et à gauche rapidement pour apprécier le paysage métallique, le dédale de fins tuyaux, la répétition des néons, les cheminées noircies, la fumée blanche. A peine ai-je constaté l’émerveillement insolite que cela provoque en moi, que le paysage redevient habituel et que la voix du hautparleur annonce la prochaine gare»

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INTRODUCTION - La curiosité est-elle vraiment un vilain défaut ? C’est sûrement de là qu’est venue ma curiosité pour cette ville de l’estuaire. L’envie de voir au-delà. La première visite nous emmène au bord de l’eau, encore une fois au pied de la raffinerie. Mais où est la ville ? Une vue dégagée vers le large accompagne l’imaginaire que cet endroit véhicule. On dirait un château qui guette l’horizon de l’océan.

raient été négligés sans cette démarche. Les questions théoriques et logiques se doublent de questions soulevées par les acteurs. Dans les discussions, ce qui m’interrogea fut tout d’abord un sentiment général de lassitude, un sentiment d’abandon, de lâcher prise sur la situation doublée d’un fatalisme éloquent. Une vision de la ville particulière, entre rejet et attachement. La prépondérance d’une certaine nostalgie pour les plus âgés, et d’une obligation de se justifier d’habiter ici pour les plus jeunes. Et puis, au fil de l’échange, au fur et à mesure de la reconnaissance mutuelle, le discours change et on entrevoit les potentialités autour de pratiques, d’initiatives, d’imaginaire ou d’espoirs. On passe du premier sujet inévitable de la raffinerie au quotidien des personnes qui détiennent les clés et nous font passer outre nos a priori. En nous racontant des petits riens, les histoires nous révèlent de grands enjeux.

Premières approches sensibles, puis repérages, vidéos, carnet de bord, rencontres, itinéraires, cartographies, données, entretiens, paroles, chiffres… peu à peu je prends conscience de la complexité du site. Au-delà de l’imaginaire, la réalité est frappante. Choisir d’étudier Donges, c’était se confronter à la particularité d’un territoire meurtri. C’était aussi comprendre la force de ses liens avec l’Histoire, l’estuaire, le pétrole. C’était découvrir une ville archipélisée, repoussée dans les terres, loin de sa gare et de son rapport au monde. Sans rien attendre, je ne fus pas déçue de découvrir un monde caché derrière celui de la raffinerie, comme protégé : les marais, la Brière, un paysage tout autant stupéfiant. Avec cette présence de contrastes, c’est la question de la cohabitation qui se pose, celle du lien également.

Le projet personnel est né de rencontres et de constats. Né d’une prise de conscience de l’importance de l’agriculture dans ce territoire et du déclin d’un centre bourg victime de son contexte économique, politique et social. Face à une commune qui a tendance à subir, il m’a semblé intéressant de mettre en valeur les éclats d’optimisme, de donner raison aux plus positifs, d’imaginer un retournement dans un contexte global de changement. Le projet s’inscrit donc à contre-pied de l’absence de solutions proposées. Les premières parties du rapport traiteront de ces sujets qui m’ont particulièrement intéressés puis seront suivies de l’énonciation des enjeux et aboutiront à la réflexion urbaine et architecturale qui en découle.

La deuxième surprise fut de découvrir la richesse des ressources issues des rencontres. Jusqu’alors survolé dans les options de projet précédentes de mon cursus, j’ai enfin réellement compris l’importance d’aller un peu plus loin dans l’écoute des paroles. Etre là, sur le terrain, y revenir, revoir des personnes, en croiser d’autres, se sentir petit à côté de la connaissance qu’ont ces témoins du territoire, ne pas s’arrêter au premier échange fut révélateur d’éléments qui au96


« Dans la vie quotidienne nous sommes habitués à nous comporter, à travailler et à penser toujours de la même manière. N’estil pas regrettable que nous privilégions les points de vue et les intérêts mineurs au lieu de nous ouvrir aux choses et de nous élever ? Personne n’a besoin d’aller chercher un maître. Le peintre et le poète ont tout autant à nous apprendre que le paysan et le garde forestier. Voilà ce que peuvent nous apporter les promenades et les excursions, les voyages et les villégiatures. » Hermann Hesse, L’Art de l’oisiveté, Propos sur l’art de jouir des beautés de la nature

Rencontre de Samuel et découverte des paysages de marais 97


L’AGRICULTURE, GAGE DE PRÉSERVATION DES MARAIS Cochy mais Samuel, employé agricole de la ferme, que l’on rencontre. Ce moment s’avère important pour la suite du travail. On lui pose des questions, il nous explique. Architecte et paysagiste de formation, Samuel travaille ici depuis peu mais il semble connaître parfaitement ce territoire. Il nous propose de visiter l’exploitation, nous fait chausser des bottes et nous emmène à travers l’immensité de ces hectares de terres, de bois et de marais. On comprend immédiatement la valeur de réservoir de biodiversité que détient le marais. Prairies inondées en hiver, sol meuble, immensité des paysages, vaches bretonnes, roselières ou encore refuge de cigognes, il raconte le lieu de manière captivante, avec des anecdotes, avec une connaissance précise de cette nature. On ne voit pas le temps passer et l’on se sent vraiment bien. Le long d’un verger, on goûte aux pommes que Samuel vient de ramasser. On a trainé, il faut hélas bientôt y aller !»

Le paysage vu et raconté Extrait du carnet de bord, 28 septembre 2014

« Si on s’enfonce dans les terres, on se retrouve en pleine nature, entouré d’espaces agricoles ou de marais et on traverse des hameaux éparpillés. La nature. Plus d’odeur d’essence nauséabonde, juste un voyage à couper le souffle. On se sent dans un autre monde, l’horizontalité règne. Donges et la raffinerie se font complètement oublier ici.» Extrait du carnet de bord, 9 octobre 2014, La Hélardière

« D’un côté l’horizon, juste des vaches. De l’autre d’imposants monuments. La confrontation est radicale mais on s’y fait. Je ne sais pas tellement si ça me dérange. Des prairies et au loin des cheminées grises. Le paysage est doux. Contrasté mais doux. Entre eau et terre, l’épaisseur de la Loire se fait sentir.»

Cette première rencontre est déjà un itinéraire dans le sens où Samuel nous guide et où nous l’écoutons. Non préparé, non formalisé, l’échange est naturel et permet d’établir une première reconnaissance. Plus tard, lors de l’itinéraire « officiel » le lieu a changé, l’histoire n’est pas la même mais l’échange tout aussi riche. Ces deux moments forts, le premier sur les terres de l’exploitation agricole et le deuxième dans la zone de Donges-est, se sont révélés des moments clés dans la construction de la réflexion et du projet. La découverte d’une richesse biologique impressionnante, la plongée dans les terres humides, au

Extrait du carnet de bord, 13 octobre 2014, Ferme de Mr et Mme Cochy « Itinéraire non-prévu »

« Hésitants, nous avons sonné à la porte de Mr Cochy. On nous a dit au Bois Joubert qu’il s’agissait d’un agriculteur engagé dans des démarches biologiques et pédagogiques. De la bête au fromage, tout est produit à la ferme. Les mardis, il paraît qu’il vend ses produits à la ferme et que de temps à autre un groupe d’élèves vient la visiter. Comme plusieurs agriculteurs de la commune, il favorise la production biologique locale et la vente directe. Curieux nous nous sommes arrêtés sur la route. On nous ouvre et nous accueille chaleureusement. Ce n’est pas Mr 98


N

0

1

2

km

Importance de l'agriculture

Exploitations agricoles

Espaces agricoles

Urbanisation : bourg et hameaux

Espaces industriels

cœur de la Loire et de ses ressources, s’accompagnent d’une appréhension de la complexité et des enjeux du site. Je suis d’abord subjuguée par la beauté des marais et étonnée par leur invisibilité. A deux pas de l’ambiance morose du bourg, le spectacle est simplement apaisant. Le contraste est frappant avec Donges et la raffinerie de pétrole, deux espaces frères à la destinée bien différente. La sensation de se perdre dans l’immensité verte nous montre que la Brière est préservée, importante. Zones humides peu accessibles, terrains agricoles privés ou non aménagés, les marais sont des écrins préservés et cachés, comme des lieux secrets. Et c’est peut être aussi ça qui fait leur beauté. J’apprends par Samuel que l’agriculture est étroitement liée au paysage qu’elle modèle. Les canaux et rigoles sont entretenus, les roseaux fauchés pour éviter l’envahissement, les bosquets

Canaux

coupés régulièrement et dégageant de larges espaces. Le SBVB (Syndicat du Bassin Versant du Brivet) s’occupe de la gestion hydraulique délicate et technique des écluses sans lesquelles l’équilibre du milieu serait bousculé. Dans la recherche d’un compromis pour satisfaire pêcheurs, agriculteurs, chasseurs et riverains, les techniciens du syndicat ont également en charge l’entretien du marais pour éviter sa disparition et la reconquête de la qualité de l’eau. Dans ces conditions, le maintien de l’activité d’élevage est garante de la préservation et du bon fonctionnement des marais. Il s’agit en majorité d’élevages extensifs (cf carte page ? ) et concerne donc une superficie importante divisée entre 28 agriculteurs. L’agriculture existe ici grâce à ce milieu particulier, et la nature de ce milieu est préservée grâce à l’agriculture.

99


«L’agriculture est là, il faut qu'elle soit là parce que je ne sais pas comment les terres seraient entretenues. Parce que sans les agriculteurs, c'est la catastrophe, c'est la forêt qui revient. »

Je suis touchée par cet équilibre fragile, par une agriculture qui s’adapte au site et le retient sans le dénaturer, une nature contrôlée qui conserve l’aspect sauvage de sa végétation et de sa faune. Sauvage ou artificiel ? Le paysage est en lien avec l’activité humaine dans un contrôle permanent mais jamais destructeur. Comment mettre en valeur cette richesse ? Comment donner à voir ces paysages sans s’y imposer? Comment révéler cette autre facette du territoire Dongeois jusqu’ici connu uniquement sous le prisme de l’industriel ? Comment faire de cette hétérogénéité une force, une valeur positive ? Car il ne s’agit pas d’opposer agriculture et industrie mais bien de faire avec ce qui est là. Entre site classé Natura 2000 (grande Brière, marais de Donges et du Brivet) et zone soumise aux risques industriels du PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques), Donges est frappante dans ses contrastes. De la réalité du terrain au mille-feuille de règles et de textes de lois, la dualité est partout. Ce voyage au cœur des marais est donc instructif. Si je ne peux tout relever, j’en retiens la cohabitation perturbante entre deux milieux opposés, la multiplicité des ambiances, la splendeur des étendues et l’engagement de ceux qui y travaillent pour préserver, respecter et faire valoir leurs productions. Ces pérégrinations dans les marais nous montrent que la Loire s’incarne dans une frange épaisse, dans son bassin versant, dans un territoire beaucoup plus large que sa limite cartographique.

Adjoint au maire

Quelques pratiques de bon sens Plusieurs agriculteurs de la commune, proposent, en plus de la vente sur les marchés ou de la revente, un système de vente directe à l’exploitation qui permet à qui veut de venir acheter les produits à la ferme. C'est le cas de Jacques et Marie-Françoise Cochy, producteurs et transformateurs à la ferme qui proposent des fromages fermiers au lait de vache : tommes, fromages blancs, crème fraîche ou encore spécialités. La démarche est intéressante dans le sens où elle porte des valeurs : la transformation du produit sur place évite les externalités négatives liées au transport et est gage de qualité. Tout comme les AMAP, Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne, ces pratiques sont à relever dans la recherche d’une mise en avant des circuits courts. Le Bois Joubert est un petit écrin associatif situé en pleine nature. Ici ont pris place différentes personnes qui forment une sorte de communauté composée d’associations liées au recyclage, aux arts plastiques, à la cuisine ou encore à l’événementiel. Le terrain et la propriété appartiennent à l’association Bretagne Vivante, qui plaide pour la protection de la nature, des écosystèmes, de la faune et de la flore . Ici la production et consommation locale sont de mise : vergers qui donnent du jus et du cidre, pain frais, œufs de poules… Un autre mode de vie se fait sentir, plus doux, plus responsable.

« La rive n’est pas une ligne mais une surface sur la carte, un sol particulier, un espace à part entière, délimité : l’estran. » Extrait tiré du livret «Parcours d’Estuaire » écrit par Samuel Rajalu

« Oui c’est évident il y a un lien » Un Dongeois 100


Agriculture bio, vente à la ferme, fête de la nature au Bois Joubert, jardins familiaux et vente informelle

A Donges, «les jardins familiaux» explosent. La liste d’attente est longue et l’engouement du jardinage doublé de la satisfaction de manger ses propres productions est synonyme d’un changement dans les modes de vie. Par ailleurs, les potagers fleurissent dans les jardins privés et nous avons rencontré cette dame, jeudi matin au marché, qui installe son stand pour vendre ses légumes du jardin. Les habitants la connaissent bien, et son marché parallèle fonctionne et fait naître des sourires. Dans le même sens, on observe des pratiques de bon voisinage tels échanges de denrées alimentaires entre voisins, surveillance de maisons etc …

Si les pratiques évoquées ici peuvent paraître anecdotiques, je crois qu’elles révèlent en réalité beaucoup : une économie du sens, des valeurs écologiques, une envie de consommer mieux, de dépenser moins, une envie de partager, de donner, de faire changer les choses. Ces échanges marchands mais aussi sociaux sont donc à prendre en compte comme une réelle force du territoire. « Tous autant qu’on est, on ne travaille pas pour Donges. Toutes nos activités sont éparpillées sur le territoire! Une personne qui fait de l’élevage de poules pondeuses, une personne est spécialiste des chauves-souris... Le miel, les poules, tout çà...tout est fait un peu partout! Quand il vont vendre les oeufs, c’est St André je crois... Et tout est BIO ! Il y a aussi une miellerie qui est à côté! Y a une boulangerie... en fait y a plusieurs acteurs et c’est pas uniquement les associations qui sont là ! Bon on boit un coup, un peu de jus de pommes... »

Enfin, j’évoquerais la création informelle par les habitants d’un groupe facebook « Entre Dongeois » ayant pour but la vente et l’achat d’objets ou de vêtements d’occasion sur le périmètre de la commune.

Dianick et Dominique au Bois Joubert 101


LA QUESTION DUCOMMERCE DANS LE CENTRE BOURG Contexte et fuite des consommateurs Dongeois

pas exclue de la liste des communes qui pâtissent des effets néfastes d’une tendance généralisée, de l’évolution urbaine et du changement des sociétés. La présence des infrastructures routières, l’urbanisme des centres commerciaux ainsi que l’étalement résidentiel ont modifié les usages et modes de vie. Le bourg n’est plus village mais la ville se fait territoire. Face aux polarités extérieures, Donges se voit mise à l’épreuve. La facilité des déplacements vers ces polarités, notamment Saint Nazaire, Nantes mais aussi Trignac, Montoir ou Saint Brévin, provoque une désertification du centre-bourg et une perte de dynamisme. Depuis de nombreuses années, la fuite des nouveaux habitants vers les centres commerciaux extérieurs fait péricliter les commerces du centre bourg. Les grandes enseignes qui offrent plus de choix et proposent de moindres prix concurrençant petits commerces traditionnels. En modifiant l’organisation du noyau commercial, ces évolutions ont provoqué la fragilité voire l’abandon de certains commerces Dongeois : vacance, rotation fréquente des propriétaires, horaires spécifiques. La charcuterie et la poissonnerie ont disparu depuis bien longtemps. Les restaurants et les bars sont ouverts uniquement le midi. Certains proposent des repas sur réservation mais le soir il y a très peu de boutiques ouvertes. Il y a bien le marché du jeudi matin, mais petit à petit il s’amoindrit. Les habitants migrent à Trignac, Savenay ou Montoir pour faire leurs courses parce qu’il y a un manque de choix ou de diversité commerciale et un manque de moyens mis

Extrait du carnet de bord, 3 décembre 2014

« Place de la mairie. Deux objets colossaux au style breton encadrés de plusieurs alignements de maisons d’après-guerre. La dureté du granit brut. Des couleurs ternes. Une étendue minérale sans vie. Ici quelques arbres qui semblent sortir directement du bitume servent d’ombrage à des places de parking. C’est en s’arrêtant quelques instants, en y faisant plusieurs fois le tour et en observant qu’on y croise des personnes, qu’on y voit de la vie, une infime lueur d’animation. Quelqu’un attend le bus assis sous l’arrêt. Une dame ferme son commerce. Un homme suivi d’un enfant marche d’un pas pressé vers la boulangerie. Quelqu’un d’autre vient de se garer et s’engouffre dans le bureau de tabac à la hâte. D’autres discutent sur le pas de la porte. Là-bas, au café l’Annexe, plusieurs personnes parlent autour d’un verre. Une femme sort de chez le coiffeur. Des voitures circulent. Tous ont l’air d’être de passage et font halte pour plus ou moins longtemps. Il y a finalement du monde ici, de légers mouvements, de fugaces apparitions, un lien social fragile, tapis dans les espaces les plus confinés, à l’ambiance plus chaude et l’échelle plus humaine des rares commerces encore ouverts. » Place Armand Morvan, souvent appelée place de la mairie, correspond au cœur du bourg. Centre administratif avec l’Hotel l’Hôtel de ville, religieux avec l’église, place centrale avec ses commerces. De manière pragmatique, Donges n’est 102


en œuvre pour favoriser l’économie locale. Les activités et animations sont pourtant bien présentes mais le bourg est déserté … Le point commun entre la pratique des commerces du bourg et ceux des polarités extérieures réside dans les déplacements vers ces points qui sont essentiellement effectués en voiture. Sur la place de la mairie le stationnement est largement utilisé par les commerçants ou les clients et on note surtout de courtes stations destinées à des achats rapides. Un cercle vicieux s’enclenche qui réduit à petit feu l’importance de la place de la mairie, du pôle commercial villageois. Le sentiment d’abandon est réel.

Savenay ou Montoir pour faire leurs courses parce qu’on ne leur donne pas les moyens de favoriser l’économie locale, par manque de choix ou de diversité commerciale. Actuellement les créateurs d’entreprise ne trouvent pas de local pour s’implanter sur la commune : anciens locaux commerciaux transformés en logements ou en phase de le devenir, en bureaux ou voire en projet culturel... »

« A quoi sert d’avoir de nouveaux logements si les habitants migrent à Trignac,

Sylvie, patronne du PMU

Extrait d’un article publié le 8 décembre 2009 par la liste d’opposition

« J'ai acheté cette affaire il y a 16 mois mais je veux déjà partir...je ne m'y vois pas rester 5 ans ! J'ai envie de retourner à Nantes, la clientèle est différente ...et puis ici c'est mort»

Donges

Pôle de proximité : à rayonnement communal ou de quartier

Polarités commerciales de la CARENE

Pôle intermédiaire : à rayonnement intercommunal Pôle majeur : hypermarché et zone commerciale à fort rayonnement Centre ville de Saint Nazaire N

Urbanisation

0

Axes routiers

5

10 km

103


Au rythme des ouvriers

comportent des avantages reçoivent une réputation plus mauvaise. Il n’apparaît pas de hiérarchie dans le sens où l’habitantclient se tourne vers telle ou telle polarité selon ses besoins, selon les caractéristiques mais aussi selon la perception et l’image qu’il en retient. A l’approche du terrain, on peut parler d’un équilibre plutôt que d’une concurrence entre pôles commerciaux. En ce sens, la fuite commerciale ne concerne pas la totalité des habitants de la commune et on observe une persistance des habitudes de consommation dans le cœur du bourg. On peut dire que l’évasion commerciale se produit avant tout dans les branches les moins présentes du centre bourg (vêtements, sport, meubles, électroménager) et que la recherche d’un choix beaucoup plus large est présentée comme la raison presque exclusive lorsqu’on discute avec les Dongeois. En écoutant les personnes rencontrées, on se rend compte que les habitudes de consommation sont moins figées que dans nos aprioris. L’éparpillement des points de vente entre le centre bourg, les villages, les hameaux et les centres commerciaux périphériques semble finalement constituer un riche panel qui permet aux usagers de consommer ponctuellement ici ou là. Les Dongeois sont à la fois urbains et ruraux, ils pérégrinent dans la ville-territoire et jouent sur la complémentarité des différents pôles commerciaux plutôt que de viser un unique magasin. Certains nous racontent qu’ils continuent à consommer dans le bourg par solidarité, pour favoriser la pérennisation des commerces de proximité auxquels ils sont attachés. D’autres nous assurent qu’ils y trouvent tout ce dont ils ont besoin et que les achats à l’extérieur restent ponctuels quand d’autres seraient heureux de voir se ré-ouvrir l’ancienne boucherie du coin et clament avec désolation la disparition des commerces. L’histoire de la poissonnerie revient souvent, comme une certaine nostalgie et dont la disparition

L’approche de la réalité nous permet toutefois d’apporter une nuance dans la mesure où elle contraste avec la théorie et les logiques générales. S’il est vrai que le centre du bourg de Donges souffre de la concurrence de la grande distribution et d’une baisse de fréquentation, la rencontre avec les habitants apporte de nouveaux éléments. On remarque que la restauration et l’alimentaire fonctionnent relativement bien notamment en raison de la forte présence d’ouvriers. Si on parcourt la place à l’heure du déjeuner, la brasserie, le restaurant et les cafés sont ouverts et on y rencontre des personnes qui travaillent à la raffinerie ou dans les entreprises qui y sont liées, situées proches du centre-bourg. Fermés l’après-midi, ils ré-ouvrent à 17h pour s’éteindre dès 20h. Les commerces notamment de restauration rapide semblent donc vivre au rythme de ces travailleurs issus de la classe ouvrière qui résident ou non dans la commune. Pratiques solidaires et retour vers une proximité Du côté des habitants, si certains partent faire leurs courses ailleurs, à l’extérieur de la commune faute de pouvoir s’approvisionner sur place et profitant du trajet domicile-travail, on observe d’autres tendances. Finalement, la pratique des commerces du bourg et des commerces extérieurs est différenciée mais les usages ne sont pas à généraliser et mélangent souvent différents types de consommation. La périphérie offre la possibilité pour les usagers de grouper les achats et d’étaler le moment des courses tandis que les commerces du centre bourg ont plus de prestige et sont gages de qualité. Ainsi, le bourg semble apparaître comme le réservoir de commerces de qualité tandis que les établissements de périphéries, même s’ils

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apparaît être une fatalité. Les commerces temporaires du marché sont également très appréciés et les usagers l’aimeraient plus important et redoutent son déclin. On observe un timide retour vers les commerces de proximité, une envie de pouvoir consommer local. Ces attentes et ces envies sont certes doublées d’une crainte mais demeurent bien présentes. Et si cela concerne particulièrement des Dongeois habitués et les retraités, de nouvelles familles sont également en demande de commerces de proximité. Ces tendances vont sans doute de pair avec un retour

assez généralisé vers les circuits courts et la consommation plus responsable doublé d’une augmentation d’habitants. « Moi j’utilise les commerces de proximité à Donges parce que j’aime bien, mais je regrette qu’il n’y ai plus de poissonnerie et plus de boucherie parce que j’y allais! Donc moi je trouve ça dommage... ça a du fermer parce que les personnes qui les tenaient sont parti en retraite et personne derrière n’a voulu reprendre... ça doit être ça la bonne raison...» Chantal, directrice de l’école primaire

Répartition typologique dans le centre bourg

Commerces Equipements scolaires, sportifs ou culturels

Quelles propositions pourraient améliorer les potentiels de la commune ? Quelles réponses apporter aux habitants ?

Etablissements institutionnels ou religieux Centralité des commerces N

0

250

500

m

105

Comment l’offre de commerces et de services de proximité présente en centre-bourg parvient-elle à résister aux stratégies de délocalisation ou d’extension en périphérie ?


Du coté des commerçants, « l’union fait la force »

Union des Commerçants, Artisans et Industriels Dongeois qui a été créée en 2000 prône également la fédération des entreprises de Donges dans un objectif de redynamisation. Les stratégies développées par ces associations de commerçants sont portées par une volonté commune et toutes sont convaincues que les commerces de proximité et les marchés restent un lien social et une forme de commerce indispensable dans les communes rurales. Par ailleurs, d’autres associations sont actives sur le territoire comme l’ Union départementale des syndicats des exploitants agricoles, l’association « Bouge ta ville » présidée par une commerçante Dongeoise ou encore l’Union des commercants pour les marchés de Loire Atlantique. Enfin, les chiffres indiquent une augmentation de la création d’entreprises de 25 en 2013 dont 16 dans les commerces et services, montrant une facette cachée opposée au déclin apparent.

Outre la constatation du déclin des commerces visible au cours des différents arpentages et des échanges avec les personnes rencontrées aux ateliers publics, la volonté d’étudier le cas du commerce à Donges est aussi liée à la découverte de forces en présence pour modifier la tendance. Si les consommateurs Dongeois sont en demande de renouveau, du côté des commerçants il est également intéressant de noter l’existence de pratiques en faveur d’une évolution. En effet il est reproché au maire de voir disparaître les commerces de proximité sans que celui-ci réagisse et une revendication se met en place. En se rapprochant, en discutant, on entrevoit la force tranquille du réseau d’acteurs. Il semble que les clés soient déjà là, que les volontés et les enthousiasmes bien présents. Les commerces moteurs du dynamisme local et les associations de commerçants ont décidé de faire bouger les choses. Mes échanges avec ces acteurs m’ont permis de comprendre la stratégie et les actions mises en place. Le GECALA, Groupement d'Entraide aux Commerçants Ambulants de Loire Atlantique, a été créé en octobre 2012 à Donges. Il s’agit d’un syndicat qui organise des actions à Donges, Montoir et Pontchâteau afin de « redorer le blason du métier de marchand ». Bénéficiant du statut de syndicat, le groupement a pour objectif de faire perdurer le commerce, d’assurer un accueil et de garantir les prix et la qualité alimentaire afin d’inspirer confiance et de fidéliser la clientèle. La mise en place d’événements et de ventes a pour but de dynamiser les commerces non sédentaires et de donner envie aux habitants de fréquenter les lieux en même temps que de fédérer les commerçants. Par ailleurs, l’UCAID,

GECALA

Commerces donnant sur la place

Commerces donnant sur la place

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VERS LE PROJET Contexte global, contexte local La question de la mise en valeur des marais et la redynamisation commerciale dans les petits bourgs n’est pas simple et le projet ne prétend pas sauver ni guérir par un geste architectural spectaculaire. Il s’agit par l’intervention ponctuelle de tenter de réveiller et de mettre en valeur les pratiques déjà présentes et d’enclencher une dynamique à partir des acteurs qui portent déjà des volontés. Le dessin à court terme du projet est pensé dans l’optique d’activer une évolution plus lente, une amélioration à long terme qu’on ne peut prévoir mais qu’on peut espérer. En cohérence avec le projet commun, il s’agit d’impulser plutôt que de planifier. L’idée n’est pas d’imposer mais d’activer progressivement, de préparer Donges à des évolutions futures.

A l’échelle locale, le contexte est marqué par la manifestation de cette tendance générale qui semble parfois se manifester encore davantage grâce au caractère villageois d’une petite commune. Je considère comme supports et conditions du projet, à la fois ces pratiques, mais également le renforcement du poids de l’habitat à Donges. La question de la dynamique de l’économie, agricole et commerciale, me semble en effet pertinente vis-à-vis d’un territoire comme Donges dans la mesure où sa population est en constante évolution et que de nouveaux ménages s’y installent. Il me parait alors légitime d’accompagner cette augmentation de la population pour anticiper les besoins et afin de pouvoir faire bénéficier les Dongeois d’une centralité accueillante et non d’une ville-dortoir. Cela interpelle les élus qui prennent acte de la perte de croissance d’attractivité de l’offre commerciale ancienne, avec pour corollaire l’augmentation du nombre de locaux commerciaux vides, et qui notent l’importance du turn-over. Nous verrons dans la partie « intentions » quelles sont les actions mises en place et comment le projet vient s’intégrer à ces démarches.

Inconsciemment mais logiquement, le projet fait écho à un contexte global qu’il me semble important de présenter. Si ce contexte est marqué par la crise économique, une vision optimiste s’en dégage qui s’incarne dans la naissance d’une nouvelle manière de vivre. La consommation à outrance s’incline peu à peu face à une consommation plus responsable, à une attention portée sur l’origine ou la fabrication des produits, à une recherche de qualité. Les échanges remplacent les achats, le troc et le recyclage reviennent au goût du jour et le partage est de mise. Les quelques pratiques repérées à Donges et décrites précédemment sont définitivement loin d’être isolées et je pars du postulat qu’elles s’inscrivent dans un changement général des états d’esprit. Mon projet s’inscrit dans ce contexte en allant dans le sens d’une économie locale, d’une vigilance environnementale et d’une qualité sociale.

« François Chéneau a présenté ses premiers vœux de maire aux Dongeois, vendredi, devant une salle des Guifettes comble et très attentive. Notant d'abord l'augmentation constante de la population (6 785 habitants en 2007, 7 399 en 2015), il a listé les défis induits que la municipalité doit relever et en particulier en matière de logements sociaux, d'équipements scolaires et petite enfance, d'équipements sportifs ou d'offre commerciale. » Extrait des vœux du maire, François Chéneau, 12 janvier 2015 107


INTENTIONS ET PROGRAMME Une richesse à révéler, un bourg à revitaliser

centralités porteuses de verrous. Elle est le cœur de la composition urbaine établie dans les années cinquante lors de la reconstruction du bourg; elle est son centre avec l’Hôtel de Ville, l’église et les commerces. L’identification de la place Armand Morvan comme un cœur historique mais aussi un carrefour et enfin un point de névrose en fait un site de projet. Ce dernier prendra donc place au cœur du bourg, à l’endroit même de l’établissement traditionnel des bâtiments symboles de pouvoir politique, religieux et économique. Le site repéré, il apparaît important de questionner le rapport entre usage, territoire, ressource et habitant, que nous verrons par la suite. Ayant fait l’objet de travaux d’embellissement l’an dernier, la place n’a cependant jamais été repensé dans une réflexion d’aménagement urbain plus global.

Les avantages liés à l’offre diversifiée d’équipements et la dynamique des associations et des pratiques solidaires sont présents à Donges et présentent un fort et certain potentiel. Néanmoins, ces pratiques ne semblent pas avoir les moyens de s’exprimer pleinement et se voient amputées par une absence de mise en réseau et par des habitudes de non-appropriations des espaces et par des déplacements rapides. Si l’analyse de la structure et de l’attractivité du bourg montre une commune qui contient tous les éléments traditionnels de l’urbanité : groupes scolaires, services, équipements, institutions, logement, emploi et commerce, il lui manque le caractère typique de l’espace public. La rue, la place et l'espace piéton ont perdu leur nature humaine et ne réunissent plus l’essentiel de la vie sociale.

Dans la poursuite du projet, qui passe de la phase « appréhension » à un caractère plus opérationnel, les intentions qui sont nées sont mises en perspective. L’idée est de redynamiser le centre-bourg, de renforcer sa centralité, d’en faire un lieu d’animation et de valoriser les pratiques informelles. Le projet est pensé dans une temporalité séquencée en différentes étapes. Les intentions font appel aux forces en présence. Il s’agit d’une part de conforter et d’impulser les services et commerces locaux : en soutenant et en informant les commerçants, artisans, producteurs et consommateurs et en accompagnant la création d’entreprises. Dans le même sens, l’intention est de conforter les initiatives associatives et syndicales en leur offrant un lieu, de renforcer le professionnalisme de l’Union des commerçants et artisans

Comme on l’a vu dans la partie commune, la stratégie globale réfléchie en groupe s’appuie sur deux axes repérés sur le territoire de Donges. Le schéma, sous forme de cardo-décumanus, présente les lignes de force du territoire avec chacune ses caractéristiques propres. Un axe nordsud matériel ponctué de polarités. Un axe est-ouest immatériel composé d’amas d’éléments disparates. Le projet personnel s’inscrit dans le cadre du projet commun qui s’incarne dans le renforcement des polarités qui ponctuent ces lignes par un nouveau schéma de mobilité et l’apport de nouveaux programmes. L’identification de ces endroits clefs est liée à leur caractère porteur de contradictions. La place de la mairie fait partie de ces micro108


et la gestion de son autofinancement par des actions pérennes. L’objectif est par la même occasion de réduire la vacance des boutiques de la place et de favoriser l’implantation de petits commerces par le biais d’un service dédié au commerce de proximité visant à réinstaller certaines boutiques, à créer un dynamisme commercial au sein de la commune.

veiller à l’équilibre de l’offre commerciale. Au niveau local, la CARENE s’est penchée sur la question du commerce en lançant en 2011 une étude sur les pôles économiques de proximité entre Nantes et Saint Nazaire afin de répondre aux besoins exprimés par les communes. Elle souligne que l’enjeu commercial n’est pas l’augmentation significative de l’offre mais « la qualification et l’attractivité des pôles commerciaux ». En ce sens, l’enjeu annoncé par le PADD ( Projet d’Aménagement et de Développement Durables) du schéma de secteur de la CARENE est de « dimensionner l’offre commerciale à l’échelle du bassin de vie » de l’estuaire afin de réduire l’évasion commerciale. La volonté est de maîtriser la localisation des commerces en fonction de leur typologie et organiser ainsi les complémentarités commerciales entre centres et périphéries. Plus localement encore, un récent entretien avec Jean Marc Daniel, res

Ces intentions vont dans le sens du PADD et du SCOT dont les orientations sont de « concentrer le commerce au sein des polarités afin de conserver un tissu commercial dense ». Si l’urbanisme commercial, dans la mesure où il concerne acteurs publics et acteurs privés, apparaît comme difficile à contrôler, les pouvoirs publics s’intéressent de plus en plus à cette question. La réforme de l’urbanisme commercial a en effet repositionné le commerce dans le champ de la planification afin de tenter de

Commerces qui s’essouflent, évasion des clients, ...

Déclin Agriculture et production locale

Volonté d’une redynamisation

Projet Projet Court terme Activation, projet pivot

UCAID

Union des Commerçants, Artisans et Industriels Dongeois

GECALA

cants et Artisans de Loire Atlantique

Pratiques informelles

Long terme Revitalisation

-

Commerçants Habitants

Elus

Initiatives des Aides Solidarité associations, envers les financières, des syndicats, commerces de pouvoir organisation proximité décisionnel d’événements

Diagramme des relations entre contexte, acteurs et projet 109


ponsable du service urbanisme de Donges, m’a permis d’appréhender les actions mises en place. Ces moyens d’actions relèvent de l’accompagnement du commerce par une aide financière appelée FISAC (definition) mise au service d’une stratégie partagée par l’ensemble des acteurs concernés: chambre de commerce et d’industrie, chambres des métiers et d’artisanat, associations de commerçants. Si l’attractivité du centre bourg de Donges est donc déjà en cours de renforcement par une action indirecte spécifique, mon projet propose, en s’inscrivant dans ce contexte, d’apporter la complémentarité d’une action directe.

bilité évoqué dans la partie commune et de la régularité des transports au services des lieux. Des intentions au programme Flâner / Rester / Faire son marché / Consommer / Se restaurer / Attendre le bus / S'informer

L’intervention répondant aux différentes intentions évoquées précédemment s’inscrit dans un programme mixte comprenant le réaménagement de l’espace public de la place de la mairie, une halle de marché couverte, un espace de restauration et de commerces, une maison du commerce et de l’artisanat et un espace d’attente lié à la mobilité. L’idée est de proposer un équipement et des commerces « phares » en cœur de bourg, pour répondre aux attentes des habitants, éviter qu’ils ne se tournent vers l’agglomération voisine et délaissent le cœur de bourg.

D’autre part, l’intervention s’inscrit également dans la mise en valeur des richesses de l’agriculture des marais et dans une valorisation du local, des circuits courts et des produits du terroir et produits bio. En donnant une visibilité, par ces productions, aux terres intérieures et à l’épaisseur de la Loire humide, le projet participe de la redécouverte du lien entre Donges et le fleuve. La volonté est d’agir indirectement sur la préservation des territoires non bâtis et du paysage des marais en faisant découvrir les ressources insoupçonnées. De plus, l’appétence d’une alimentation plus saine et la tendance du retour au bio et au local va dans le sens d’une préservation de l’usage agricole, peut être davantage que la simple approche paysagère pouvant paraître nostalgique et sans fondement économique.

Cette programmation n’est pas immuable. Comprenant des éléments flexibles et des éléments plus ancrés, elle s’incarne dans l’offre d’une multiplicité d’usages et fonctionne comme une « boîte à outils ». A la fois fonctionnelle et répondant à des contraintes, elle se veut également souple et s’incarne dans la mutabilité à court et à long terme.

> Le marché, accueillant des commerçants sédentaires et non sédentaires, espace de restauration-bar : Le marché est un espace de vente et achat, il accueille des commerces sédentaires mais abrite aussi un lieu polyvalent pouvant recevoir des étals volants : produits issus de l’agriculture locale, vente ou échange de produits issus de pratiques ou de récoltes privées (jardins familiaux, pêche, chasse etc...), étals de troc, organisation de braderies, marché artisanal, terroir, ateliers culinaires ... Il s'agit du nouveau coeur battant du bourg qui s'éveille aussi le soir en prenant la forme d'une lan-

L’intervention est pensée à l’échelle de la commune, dans un objectif de conservation de la clientèle dongeoise pour son commerce local et d’une limitation des déplacements en périphérie pour leurs achats, mais peut également rayonner à une échelle plus large en attirant une nouvelle clientèle, séduite par une offre diversifiée et un équipement particulier. Le nouveau pôle est rendu actif entre autre par la mobilité, facteur clé de succès des transactions, et par la mise en place du schéma de mo110


terne et offrant la possibilitĂŠ d'un temps de prĂŠsence plus long.

rMFCVSFBVEVSFTQPOTBCMFEFMB.BJTPOEV commerce, rVOFTBMMFEFSÊVOJPOCVSFBVEBOTMBRVFMMF se tiendront les permanences de la CCI, les permanences juridiques etc... rVOQÔMFEFEPDVNFOUBUJPO rQÔMFNVMUJNÊEJB rVOMPDBMUFDIOJRVF MJFVEFTUPDLBHF 

rVOFIBMMFDPVWFSUFDPNQSFOBOUEFT locaux destinĂŠs Ă de nouveaux commerces sĂŠdentaires rVOFIBMMFPVWFSUFBDDVFJMMBOU temporairement les ĂŠtals volants du marchĂŠ : ÂŤ le carreau Âť

> L’espace public : Place de la mairie &

> La Maison du commerce et de

Place du marchÊ : Le rÊamÊnagement de l'espace public piÊton valorise les Êquipements prÊsents et redonne une Êchelle humaine à la place. Il influence les usages et la frÊquentation du cœur de bourg en modifiant la place accordÊe à l’automobile et aux possibilitÊs de stationnement afin de favoriser une ambiance de centre-bourg propice à la flânerie (les emprises de stationnement actuelles gÊnÊrant des contraintes d’usage ou de non qualitÊ des espaces publics).

l’artisanat : Elle rassemble diffÊrents acteurs liÊs à la dynamisation du commerce de proximitÊ en un seul lieu stratÊgique localisÊ au cœur du bourg. Sa gestion est assurÊe par la Ville et l’Union des commerçants. Lieu de rencontres et d’Êchanges : pour tous les acteurs du commerce de proximitÊ (consommateurs, Union des Commerçants, municipalitÊ‌). Lieu de ressource et d’information pour les commerçants, producteurs et habitants sur l’offre commerciale. Lieu de services pour les professionnels : mise à disposition d’informations, de matÊriel ou de fournitures, dispense de conseils et de formations, mutualisation de compÊtences et d’informations. Soutien à la transmission du commerce local, propositions d’opportunitÊs de reprise et d’installations aux porteurs de projet. rVOFTQBDFBDDVFJM rMFCVSFBVEFMˎ6OJPOEFT$PNNFSÉBOUTFU Artisans de Donges,

rVOFJNQMBOUBUJPORVJWJFOUQFSUVSCFS l’orthogonalitÊ existante rMBHÊOÊSBUJPOEˎVOFUSBWFSTÊF rMBEJWJTJPOEFMˎFTQBDFFOEFVYQMBDFTj Place de la mairie  et  Place du marchÊ , extension du  carreau  rVOLJPTRVFEFSFTUBVSBUJPOSBQJEF rVOKBSEJOFUFTQBDFQMBOUÊ rVOQPJOUJOGPTVSMFQBSDEFMB#SJ�SF rVOFIBMUFBSSËUEFCVT BSSËUEFWÊMPT rVOUFSSBJOEFQÊUBORVF rEFTKFVYQPVSFOGBOUT

Quel programme ? HALLE DE MARCHE Quoi ? Commerces sĂŠdentaires Restauration Commerces ambulants

CARREAU Espace extĂŠrieur qui permet la polyvalence des usages Commerces ambulants Etals volants

MAISON DU COMMERCE ET DE L’ARTISANAT

HALTE

KIOSQUE

POINT INFO BRIERE

ArrĂŞt de bus (ligne T4 + ligne Loires) parking-vĂŠlo

Restauration rapide, cafĂŠ, presse, ...

Les associations Les commerçants Les artisans Les agriculteurs Les locaux

Les locaux Les touristes Les ouvriers Les pĂŞcheurs

Les habitants Les locaux Les ouvriers Les promeneurs Les touristes Les touristes

JournĂŠe

JournĂŠe

Accueil, salon, bureaux PĂ´le multimĂŠdia

Accueil touristique

Pour qui ? Les habitants Les itinÊrants Les ouvriers Les commerçants Les agriculteurs

Les habitants Les itinÊrants Les commerçants Les agriculteurs

JournĂŠe Soir

Jours de marchĂŠ EvĂŠnements ponctuels

Quand?

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Midi

JournĂŠe


SITE ET IMPLANTATION La figure de la place, celle du marché Le site de projet est apparu assez logiquement. Etudier la question du commerce c’était se pencher sur la place centrale et en comprendre les fonctionnements et les dysfonctionnements. Le lieu le plus approprié pour tenter de relancer une dynamique semblait donc être le lieu même du problème soulevé par l’étude. Afin d’intervenir sur la Place Armand Morvan, il était essentiel de la comprendre, dans son histoire, sa spatialité, ses usages ou encore dans l’utilisation de son sol. J’ai cherché à comprendre pourquoi son espace n’était pas réellement vécu ni traversé. L’étude de cette place m’a amené dans le même temps à m’interroger sur la figure de la place publique, de manière générale et décontextualisée. En parallèle, je me suis penchée sur la figure du marché, presque aussi ancienne que celle de la place. L’appréhension de ces figures, en aparté, me semblait essentielle pour me doter d’éléments de comparaison aidant à la compréhension d’un espace particulier.

va s’étendre le bourg de manière moins stricte, plus informelle. Le caractère de la composition originelle est lié d’une part à la modernisation radicale qui touche la forme urbaine et architecturale, et d’autre part à la nécessité d’une construction rapide. L’architecture domestique se veut rationnelle et celle de l’Hôtel de Ville et de l’église, inscrite aujourd’hui au patrimoine du XXème siècle, s’inscrit dans un monumentalisme et dans un style breton apprécié par le maire de l’époque. Le tout forme un environnement assez austère et brut, renforcé par l’utilisation du béton et de la pierre. Le ressenti personnel, suivi de récits, d’observations et de lectures m’ont permis d’établir une petite analyse de la place. Aujourd’hui cette dernière est évidemment toujours le cœur du bourg, un lieu stratégique de par sa situation centrale, son accès aux commerces, sa fréquentation et ses passages. Elle est aussi un lieu symbolique. Néanmoins, elle semble victime d’un ordonnancement trop rigide issu du découpage en bloc isolés, bloc de maisons et bloc-place chacun encadré de rues orthogonales. Résulte de cet aménagement l’absence de direction dominante et le manque de variété dans les perspectives et la mise en valeur des édifices.

C’est Armand Morvan, en tant que maire durant la période d’après-guerre qui entreprend la reconstruction du nouveau bourg. C’est ainsi en son hommage que le conseil municipal d’avril 2011 décide de donner son nom à la place de la mairie. La reconstruction se fait en plusieurs étapes et commence par un établissement rapide en bois en 1946. Les années suivantes sont consacrées à la reconstruction « en dur » du bourg. La route nord-sud est la première intervention, suivie de la construction du bâti. On perçoit clairement sur la carte les constructions issues du plan dessiné pour la reconstruction dans la mesure où elles s’inscrivent dans un schéma d’axes orthogonaux dont le centre est la place. Peu à peu autour de ce noyau

« J’ai remarqué, du reste, dans mes voyages, que jamais il n’y avait d’enthousiasme dans les villes dont les rues sont tracées au cordeau et se croisent régulièrement à angle droit. L’alignement est incompatible avec l’effervescence populaire » Extrait de L’art de bâtir les villes, Camillo Sitte 112


Place Armand Morvan ou "Place de la mairie"

Si le déclin du commerce joue un rôle dans la non appropriation de cet espace, il semble que son organisation spatiale y soit aussi pour quelque chose. La première impression est celle d’un espace bien trop vaste, d’un terrain vide où on ne sait que regarder et dont les effets esthétiques s’éparpillent en tous sens au lieu d’être concentrés en un point essentiel. J’ai le sentiment que la place Armand Morvan a perdu les qualités caractéristiques d’une place. Après réflexion, je me suis même demandé si c’était une « place », ou si ce n’était pas plutôt un « espace libre collectif ». Car si l’on en revient à la définition, la place est, depuis l’antiquité et dans son essence, le lieu de la vie collective, l’espace animé ou se déroule une grande partie de la vie publique. Forum antique, agora, place du marché sont des lieux centraux de réunion et de passage à ciel ouvert, souvent ceints par des édifices publics. La signification des places dégagées au centre des villes a été modifiée au cours du temps mais elles restent définies par leur caractère vital, animé, ou encore repère. Elles sont des lieux de vie, de franchissements, d’attente ou de regroupement. Aujourd’hui l’espace public en général est pensé sous le prisme de la discussion, de la mise en scène ou de l’accessibilité généralisée.

ne l’ait jamais vraiment acquis. La place sert tout au plus au stationnement des voitures mais ne voit pas le mouvement des personnes qui la franchissent. Il y a bien l’affairement du marché le jeudi matin, mais de manière générale l’animation a disparu des lieux qui jouxtent les édifices publics. Si le « lieu » est un espace approprié, alors la place Armand Morvan n’est pas un lieu. Ni place ni lieu ? Il semble que l’animation se soit concentrée à l’intérieur des bâtiments, des cafés, des commerces, et que le sol de la place soit utilisé de manière purement pratique. Les usages et la fréquentation du cœur de bourg ainsi que la place accordée à l’automobile ne favorisent donc pas une ambiance de « centre-bourg » propice à la flânerie. Les espaces de commerce s’en trouvent déqualifiés et les emprises de stationnement génèrent des contraintes d’usages ou de non qualité des espaces publics qui provoquent la vulnérabilité de l’offre commerciale. « […] De même disparait l’animation pittoresque des fêtes populaires, des cortèges de carnaval et autres défilés, des processions religieuses ou des représentations théâtrales sur les places de marché. Depuis des siècles, mais particulièrement de nos jours, la vie populaire se retire progressivement des places publiques, qui ont perdu ainsi une grande partie de leur ancienne signification » Extrait de L’art de bâtir les villes, Camillo Sitte

Il semblerait donc que la place Armand Morvan ai perdu son caractère réunissant l’essentiel de la vie sociale, à moins qu’elle 113


Identification du site

Photgraphie aĂŠrienne de la place actuelle

Plan masse de l'existant

ElĂŠvations de l'existant N

0

50

100

m

114


Linéarité Eléments remarquables Restauration Petite distribution Pharmacie Médical Banque Autre Commerce fermé

Caractéristiques et commerces de la Place Armand Morvan

HOT DE E L VI LLE

Espace de stationnement conservé Espace de stationnement supprimé

(ajout de stationnement Place de la gare en contrepartie)

Axe routier Axe routier supprimé Limitation du stationnement

115


Saisir la vocation du site

d’événements temporaires (patinoire l’hiver, cirque...) et la "Place du marché" qui accueille ponctuellement les étals. Moins grandes, ces deux places offrent une échelle plus humaine et favorisent les rencontres. Le stationnement est limité dans l'optique de créer une synergie entre commerce et mobilité pédestre mais conserve une place, essentielle pour l’activité commerciale. Les déplacements à pieds et à vélo sont favorisés et la suppression d’une partie du stationnement est pensée en cohérence avec la stratégie commune: le trafic et les espaces de parking sont désormais reporté en partie là où il ne constituent plus une gêne mais un besoin, Place de la gare. Enfin, les petits élements du programme tels que le kiosque prennent place indépendamment dans l'espace public.

L'intervention sur l'espace public apparaît donc comme essentielle et complémentaire à l'ajout d'un programme. L'usage du sol, intérieur et extérieur était à questionner. Le projet propose de concentrer le marché couvert, le Carreau ainsi que la Maison du commerce et de l'artisanat dans un même bâtiment qui vient former un nouvel "élément remarquable" à la composition existante. En bâtissant une partie de l'espace vide de la place, l’idée est de créer un espace public générateur d’urbanité. L’Hôtel de ville est donc imaginé dans un cadre plus resserré et la diminution de l'espacement augmente l’effet saisissant des bâtiments . Le choix d'implantation de cet élément n'a pas été immédiat. Le premier essai a montré une disposition linéaire, suivant les axes orthogonaux du contexte. Après de nombreux coups de crayons et maintes réfléxions sur la qualité des espaces créés, il s'est avéré nettement plus intéressant de quitter le cadre rigide de la place. Si la première idée est de suivre la trame du site, elle est rapidement remplacée par l'idée d'une perturbation. Une rupture dans l'alignement des façades offrant de nouvelles perspectives, un désaxement qui crée de nouveaux espaces publics et offre une traversée. L’implantation de biais s’explique ainsi par la volonté de venir perturber l’orthogonalité du contexte bâti. Elle génère des espaces publics non-linéaires supports d’usages existants ou nouveaux : la halte, un espace d’attente lié à la mobilité, le carreau, un espace de débordement des étals le jour du marché etc ... Une traversée est induite par l’implantation et favorise l’appropriation de l’espace central. La place est transformée en un groupe de deux places : la "Place de la mairie", un parvis minéral encadré des édifices principaux (église, hôtel de ville, maison du commerce et de l’artisanat) pouvant être le lieu

« Les bâtiments sont vraiment mis en valeur que s’ils peuvent être vus à une distance convenable et sur une place qui ne soit pas trop vaste » Extrait de L’art de bâtir les villes, Camillo Sitte

« Seule la liberté dans l’agencement des places pourrait ramener le mouvement et la vie dans la forme architecturale globale de la ville » Extrait de L’art de bâtir les villes, Camillo Sitte

Intentions d'ambiance 116


Implantation qui libère des espaces non-linéaires et qui perturbe l’orthogonalité du contexte

Le carreau Place du marché

La halte

Le parvis Place de la mairie

Trois nouveaux espaces

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BIBLIOGRAPHIE Ouvrages : - Pierre Sansot, Variations paysagères, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2009, 236 pages - Luca Merlini, L’archipel Tschumi : cinq îles, Éditions B2, Paris, 2014, 66 pages - Françoise Navez-Bouchanine directrice d’ouvrage, Intervenir dans les territoires à urbanisation diffuse, ed l’Aube d’essai, bibliothèques des territoires, 2005, 335 pages - Ariella Masboungi, David Mangin, Agir sur les grands territoires, ed Le Moniteur, 2009, 160 pages -Coralie Hemon, Paysage Portuaire, Reconquête des espaces portuaires marginalisés, Plan construction et architecture, Port autonome Nantes Saint-Nazaire, 1991, 151 pages - Sous la direction d’Ariella Masboungi, Estuaire Nantes-Saint-Nazaire. Ecométropole, mode d’emploi, ed. Le Moniteur, collection projet urbain, Paris, 2012. - Martin Bruno, L' estuaire, matière à projets : extension des installations industrialo-portuaires de l'estuaire de la Loire, mémoire de TPFE, directeur d'étude Y.G Dessy, 2003, 106 pages. - Sous la direction de Yves Boquet et René-Paul Desse, Commerce et mobilités, Sociétés, Editions universitaires de Dijon, 2010, 289 pages - Thierry Guidet, Un parc naturel dans l’estuaire, Hors série Place Publique, 2014, 63 pages - Gilles-Henri Bailly et Philippe Laurent, La France des halles & marchés, éditions Privat, 1998, 153 pages - Carol Maillard, 25 halles de marchés, éditions Le Moniteur, 2004, 159 pages - Camillo Sitte, L’art de bâtir les villes, L’urbanisme selon ses fondements artistiques, Editions du Seuil, 1980, 188 pages - Isaac Joseph, Prendre place, espace public et culture dramatique,Editions Recherches plan urbain, 1995, 283 pages - David Mangin, La ville franchisée. Formes et structures de la ville contemporaine, Éditions de la Villette, Paris, 2004. - Rem Koolhass, Junkspace, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1995. - Claire Lévy-Vroelant (2002, décembre).« Les avatars de la ville passagère, de la location meublée à l’hébergement incertain ». Les Annales de la recherche urbaine, no 94, p.96-106. - Anais Jacquard, Habitat temporaire et dynamisme de quartier, mémoire de PFE, directeur d'étude Maelle Tessier, 2014, 92 pages. Internet: - http://insee.fr > Données statistiques sources INSEE 2011 - http://www.donges.fr - http://www.raffinerie-donges.total.fr > Site de la raffinerie - http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr > Site de la DREAL Direction régionale de l’environnement, de l’Aménagement et du logement - http://www.loire-estuaire.org > Site du GIP Groupement d’intérêt public Loire Estuaire

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Remerciements à : Christian Dautel, directeur de l’ENSA Nantes ; Nicolas Schmitt, secrétaire général de l’ENSA Nantes ; Pascal Pras, vice-Président de Nantes Métropole pour son investissement pour l'association arts de faire ; Chérif Hanna, Saweta Clouet et Jean-Yves Petiteau, enseignants à l’ENSA Nantes ; Cendrine Robelin, cinéaste ; Flore Grassiot, architecte ; Ricardo Basualdo, artiste et scénographe urbain ; Evelyne Thoby, responsable de la reprographie de l’ENSA Nantes, pour son travail ; Simone et Lucien Kroll, jardinière paysagiste et architecte ; François Chéneau, maire de Donges, Louis Ouisse, adjoint à l’urbanisme, environnement, cadre de vie, agriculture travaux et patrimoine; Jean Marc Daniel, responsable du service urbanisme; Le personnel de la médiathèque pour l'accueil chaleureux dans leurs locaux et le thé, Les participants des ateliers publics; Antoine Ouisse et son collègue de l'OSCD; Le service technique de la mairie, pour l'installation du stand d'ateliers publics; Les commerçants du marché pour leur curiosité et leur participation; Samuel Rajalu, urbaniste-paysagiste de formation et employé agricole, pour nous avoir guidé dans les marais, et pour nous avoir offert un bel itinéraire; Mr et Mme Cochy, pour nous avoir laissé visiter leur exploitation agricole; Chantal Vautey, directrice de l'école élémentaire publique de Donges, pour nous avoir accordé du temps pour un itinéraire; L'association "Témoins de la vie Dongeoise" dont Albert Lehuèdé, Bernard Doucet, Georges Desbois et René David pour la présentation de leur travail de mémoire "Des Dongeois racontent" 1930 1960 et leurs anecdotes; Les associations Bretagne Vivante, Ick’art et Déch’artge en particulier Dianick Lezin et Dominique pour nous avoir accueilli au Bois Joubert; L'association des retraités des sociétés du groupe Total dont Gilles Le Gal; Sylvie, patronne du PMU et Christophe; Evain Marjorie, agricultrice; Marie Christine Le Nay de l'association Marine Accueil Loire; Charlotte stanawoski, pour son aide et ses connaissances du territoire. 119


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ESTUAIRE 2029

ESTUAIRE 2029

ENTRE DEUX LOIRES

Tirer des bords

Bousculer la hiérarchie des îles

Ce livret relate le chemin parcouru entre la découverte d’un territoire et l’énonciation des intentions de projet. Il conte notre voyage entre deux Loires, dont la retranscription est la synthétisation d’un travail de recherche et d’analyse, mais aussi le fruit d’une démarche basée sur la reconnaissance des rencontres et des échanges. Donges en est l’objet d’étude et se révèle peu à peu au cours du récit qui illustre une approche sensible mais également fondée sur des données objectives. Cette complémentarité entre les repérages sur le terrain et le travail à l’école nous permet de livrer une identification du territoire, d’en discerner les enjeux, de soulever des interrogations et de s’y projeter. Sous la forme d’une histoire, ces textes proposent une immersion dans un monde, exposent notre réflexion, explicitent la stratégie de groupe et aboutissent à trois propositions personnelles.

Directeurs d'étude : Saweta Clouet, Chérif Hanna, Jean-Yves Petiteau arts de faire - février 2015

Tirer des bords

Justine Cloarec (PFE), Clélie Mougel (PFE), Jeanne Roze. Directeurs d'étude : Saweta Clouet, Chérif Hanna, Jean-Yves Petiteau ensa nantes - arts de faire

DONGES

Profile for estuaire 2029

Donges - Entre deux Loires  

Ce livret relate le chemin parcouru entre la découverte d’un territoire et l’énonciation des intentions de projet. Il conte notre voyage ent...

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