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BTP I SERVICE I COMMERCE & ARTISANAT I INDUSTRIE I INTERIM

Pénibilité

MOINS DE PÉNIBILITÉ PLUS DE PERFORMANCE ! Vos droits, vos devoirs :

Le droit à la déconnexion p8

Zoom sur :

Les produits d’entretien p24

Pr Claire Mounier-Vehier:

Le stress, les maladies cardiovasculaires p27

N°32

4ème Trimestre 2015 www.entrepriseetsante.fr


SOMMAIRE

N°32 • 4ème Trimestre 2015

VRAI OU FAUX ?

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BRÈVES

EN DIRECT :

La santé s’associe à la sécurité au travail Des « Journées santé » au sein de l’entreprise La prévention des TMS fait partie de la recette ! VOS DROITS, VOS DEVOIRS :

Le droit à la déconnexion s’inscrira-t-il dans le Code du travail ? ERGONOMIE & ORGANISATION :

La préparation de commandes pour tous grâce à l’ergonomie ! VOTRE SANTÉ, VOTRE EMPLOI :

Banque : l’ergonomie... tout simplement !

DOSSIER p.11 à 22 Moins de pénibilité, plus de performance ! -

Interview du Docteur Matthieu Méreau Nettoyages de citernes : la complexité n’arrête pas l’évaluation du risque chimique Travaux publics : sur les chantiers, les protections auditives sont nos amies ! Facteurs de pénibilité : la prévention donne des forces ! Compte individuel de prévention : la pénibilité donne des points !

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Fiche détachable Facteurs de pénibilité Obligations

INVESTIR :

Des gains de 1 610 € à 8 170 € par salarié concerné ! ZOOM SUR :

Les produits d’entretien sont des produits chimiques

ENVIRONNEMENT & TECHNIQUE :

Utilisation des solvants et soudage : du « sur mesure » ! INTERVIEW :

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Claire Mounier-Vehier : « Le stress, aigu ou chronique, peut provoquer des accidents cardio-vasculaires »

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AUX ALENTOURS :

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Ruche d’entreprises, ruche de santé ! ACTU :

Votre agenda

Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr


ÉDITO

Hervé Delpierre Aujourd’hui, l’information passe par le multimédia. Et l’impression connectée est arrivée ! Pour vous donner toujours plus d’information, Entreprise & Santé est à présent connecté. Visualisez certaines pages avec votre smartphone ou votre iphone… vous vous retrouvez directement sur notre site pour un complément d’information ! Entreprise & Santé donne la parole aux entreprises. Des reportages vidéo complètent certains articles. Retrouvez-les sur www.entrepriseetsante.fr . Quoi de plus parlant que la vidéo pour être au cœur des entreprises ? Et découvrir ce qu’elles peuvent réussir grâce à leur service de santé au travail…

Le dossier central de ce 32ème numéro d’Entreprise & Santé fait le point sur la question de la pénibilité au travail. En effet, la loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi apporte des simplifications pour la création et la gestion du compte individuel de prévention de la pénibilité. C’est essentiel pour les TPE et PME. Sans oublier que réduire la pénibilité augmente la performance tout en développant santé et bien-être. Aujourd’hui, l’entreprise qui progresse est celle qui préserve la santé de ses salariés. Parmi les autres rubriques, « Investir » nous éclaire sur le retour sur investissement en Santé au Travail. La rubrique « Vos droits, vos devoirs » aborde une question d’actualité : la nécessité de se déconnecter pour préserver l’équilibre entre la vie « personnelle » et la vie « au travail ».

en entreprises, effectuées grâce à l’expertise des services de santé au travail : « En direct », « Environnement et Technique », « Ergonomie et Organisation », « Zoom sur… ». Claire Mounier-Vehier est professeur de Cardiologie à la Faculté de Médecine de Lille et chef de service au CHU de Lille. Merci à elle de nous avoir accordé une interview. Prévenir le stress, c’est possible. Et cela réduira le nombre d’accidents cardio-vasculaires. Claire Mounier Vehier nous démontre que les femmes sont autant, voire plus concernées que les hommes. Bonne lecture ! Hervé Delpierre Directeur de publication pour les Services de Santé au Travail

Les autres rubriques apportent autant de témoignages sur des réalisations

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ENTREPRISE & SANTÉ N°32 Numéro diffusé gracieusement aux entreprises des services adhérents ! > AISMT - Association Interprofessionnelle des Services Médicaux du Travail - 1461 avenue du Cateau place Santos Dumont CS 50182 - 59404 Cambrai Tél. 03.27.72.63.63 www.aismtcai.com > ASMIS - Association Santé et Médecine Interentreprises du département de la Somme 77, rue Debaussaux CS 60132 80001 Amiens Cedex 1 Tél. 03.22.54.58.00 www.asmis.net > AST 62-59 - Association Santé Travail 62-59 6, rue de la Symphorine Parc des Bonnettes - CS 60503 62008 Arras Cedex Tél. 03.21.15.12.32 www.ast6259.fr Contact : entrepriseetsante@nordnet.fr Les éditions de l’encre vive Tél. 03.20.14.07.77 Fax : 03.20.14.06.16 Directeur de publication : Hervé Delpierre Comité de rédaction : Alain Cuisse, Francine Lemonnier, Louis-Marie Hardy, Dr Alain Moniez Conception et Responsable de rédaction : Dr Matthieu Méreau Méthodes et Médiation - Lille

> ASTAV - Association de Santé au Travail de l’Arrondissement de Valenciennes 1, avenue de l’Europe 59880 SAINT SAULVE Tél. 03.27.46.19.24 www.astav.fr > ASTIL 62 - Association Santé Travail Interentreprises du Littoral 430 boulevard du Parc BP 94 62903 Coquelles Cedex Tél. 03.21.85.51.85 www.astil62.fr > CEDEST - Centre pour le Développement Santé au Travail 4/10, rue Albert Thomas 59210 Coudekerque-Branche Tél. 03.28.24.98.98 www.cedest.net > MTA - Médecine du Travail de l’Aisne rue Théodore Monod - Z.A. Bois de la Chocque -

Rédaction : Matthieu Méreau Secrétariat de rédaction : Nathanaëlle Debaene Création et mise en page : Graphic Design Solutions www.gdsgroup.fr Crédit photos : P5 : STSA, ARCELOR MITTAL, P6 : MC CAIN, P7 : DELABLI, P9 : PPG AC FRANCE, P12 : MATTHIEU MEREAU, P19 : EJL LILLE FLANDRES, P26 : SARL GORGUET, P27 : FÉDÉRATION FRANÇAISE DE CARDIOLOGIE, P30 : CEDEST

02100 Saint-Quentin Tél. 03.23.62.52.48 www.mt02.org > PÔLE SANTÉ TRAVAIL Centre Vauban - 199/201 rue Colbert Bâtiment Douai - CS 71365 59014 LILLE Cedex Tél. 03.20.12.83.00 www.polesantetravail.fr > SIMUP - Service Interprofessionnel de Médecine du Travail des Unions Patronales d’Halluin, Wervicq et Comines (Vallée de la Lys) 22 rue de Lille BP 40018 - 59431 Halluin Cedex TÉL. 03.20.94.12.54 www.simup.fr > STSA - Santé Travail Sambre Avesnois 24, Rue Romain Duchateau 59720 LOUVROIL Tél : 03.27.53.31.34 www.sante-travail-sa.fr

Coordination, Fabrication, Diffusion : Les éditions de l’encre vive 71 boulevard Montebello - 59000 Lille Tél. 03.20.14.07.77 Fax : 03.20.14.06.16 Régie publicitaire : Entreprise et Santé - Matthieu Méreau, Nathanaëlle Debaene Tél. 03.20.14.07.77 Fax : 03.20.14.06.16 Impression : Imprimerie Léonce Deprez - Ruitz Dépôt légal à parution N°ISSN en cours

Tirage : 99 000 exemplaires Édité par :

Groupement Inter Services Santé Et Travail 40 bis allée du Bénélux Zone Artoipole 62060 Arras Cedex 9 Tél. 03.21.22.28.21

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BRÈVES

Loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi MÉDECIN DU TRAVAIL : ÉVITER TOUTE ATTEINTE À LA SÉCURITÉ DES TIERS Le médecin du travail doit prévenir toute atteinte à la sécurité des tiers. Cette disposition complète la mission du médecin du travail qui doit veiller à éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail.

Loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi EQUIPE PLURIDISCIPLINAIRE ET MAINTIEN DANS L’EMPLOI Dans le cadre du maintien dans l’emploi d’un salarié en difficulté de santé, le médecin du travail peut suggérer des mesures individuelles telles que mutations ou transformations de postes. La loi précise aujourd’hui qu’il peut aussi proposer l’intervention de l’équipe pluridisciplinaire de son service de santé au travail, ou de tout autre organisme compétent en matière de maintien dans l’emploi. Le législateur officialise ce qui se fait déjà.

Loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi OBLIGATION D’INFORMATION RÉCIPROQUE EN CAS DE RECOURS CONTRE AVIS DU MÉDECIN DU TRAVAIL Le salarié comme l’employeur a dorénavant l’obligation d’informer l’autre partie en cas de recours contre une décision du médecin du travail. Cette disposition prend toute son importance en cas de contestation d’un avis d’inaptitude médicale. Le salarié qui conteste un avis d’inaptitude médicale doit à présent en informer directement l’employeur, dès le dépôt du recours.

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VRAI OU FAUX

Dix facteurs de risque professionnel sont considérés comme « facteur de pénibilité » au regard du Code du travail. Réponse « Dossier central » pages 11 à 22.

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VRAI OU FAUX

Le risque cardio-vasculaire est plus important chez la femme que chez l’homme. Réponse rubrique « Interview » pages 27, 28 et 29.

Loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi INFORMATION DU CHSCT ET DE L’INSPECTION DU TRAVAIL En cas de suggestion écrite établie par le médecin du travail, celle-ci était tenue à disposition du CHSCT et de l’Inspection du travail. A présent, le médecin du travail est tenu de transmettre toute suggestion écrite au CHSCT et à l’Inspection du travail.

Loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi DU NOUVEAU POUR LA SURVEILLANCE MÉDICALE RENFORCÉE Jusqu’à présent, la surveillance médicale renforcée (SMR) concernait les seules catégories suivantes de salariés (Code du travail, art. R. 4624-18) : • les salariés âgés de moins de dix-huit ans, les femmes enceintes et les travailleurs handicapés ; • ainsi que les salariés exposés à l’amiante, aux rayonnements ionisants, au plomb, au risque hyperbare, au bruit, aux vibrations, aux agents biologiques des groupes 3 et 4, aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques. A partir de maintenant, la surveillance médicale renforcée s’applique aussi : • aux salariés affectés à des postes présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité, celles de collègues ou de tiers ; • aux salariés dont la situation personnelle le justifie. Les modalités d’identification de ces salariés seront précisées par décret. 04

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VRAI OU FAUX

Les produits d’entretien sont des produits chimiques comme les autres.. Réponse : rubrique « Zoom sur… » pages 24 et 25.


EN DIRECT I

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ARCELOR MITTAL TUBULAR PRODUCTS Sidérurgie - 180 salariés Mathieu GILLET, Manager santé sécurité HAUTMONT

Ces ateliers permettent à chacun de comprendre

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Marie-Jeanne Lejeune, Infirmière de santé au travail, STSA

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Mathieu Gillet est manager santé sécurité à Hautmont depuis 2011 : « L’entreprise est certifiée OSHAS 18001, norme internationale de management de la santé et de la sécurité au travail. Ceci nous apporte une dynamique, au sein de laquelle nous associons la santé et la sécurité ». En interne, Mathieu Gillet est assisté par Maryline Ferin, assistante Prévention santé sécurité. Bernard Klodzinski est médecin du travail au STSA et suit l’entreprise : «  Nous intervenons avec nos infirmières et nos assistantes de santé au travail. Le travail en équipe est essentiel à la réussite de ce type d’intervention ».

Les conditions de réussite

Mathieu Gillet poursuit : « L’animation de nos journées Santé Sécurité par le Docteur Bernard Klodzinski et son équipe est gage de réussite, car ce sont des intervenants extérieurs et neutres. Il y a un important travail

SANTE AU TRAVAIL SAMBRE AVESNOIS (STSA)

Information des salariés

La santé s’associe à la sécurité au travail ArcelorMittal Tubular Products Hautmont (près de Maubeuge) conçoit, produit et commercialise des tubes soudés de précision en acier destinés principalement au marché automobile européen. L’effectif est de 180 salariés auxquels s’ajoute une cinquantaine de personnels externes (prestataires et intérimaires). Le site produit en moyenne 5 000 tonnes de tubes chaque mois à partir de bobines d’acier d’une vingtaine de tonnes chacune de 1 à 6 millimètres d’épaisseur et 1,5 mètres de largeur. La transformation des bobines en tubes de diamètre allant de 20 à 130 mm comprend 4 étapes : refendage, formation à froid des tubes et soudage, traitement thermique le cas échéant, découpe à longueur. La réalisation de ces opérations exige la maîtrise de compétences techniques spécifiques et le respect strict des règles de sécurité. Depuis 5 ans, l’entreprise bénéficie du partenariat de STSA, Santé Travail Sambre Avesnois, pour ses Journées Santé Sécurité en avril et sa semaine Santé en octobre.

en amont mené au sein de l’entreprise par un groupe composé des ressources humaines, de notre équipe sécurité et d’un représentant de la production. La liaison et la qualité du dialogue avec le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail sont essentielles. En avril de cette année, le secrétaire du CHSCT a co-animé un atelier. Enfin, chacun de nos salariés, ainsi que les intérimaires et les sous-traitants, a bénéficié de deux heures sur son temps de travail pour assister à un atelier ». Depuis 2011, plusieurs thèmes ont été abordés : le tabac et les addictions, l’équilibre alimentaire et la pratique d’une activité physique, les gestes qui sauvent et le défibrillateur, le don de sang, etc.

le bruit pour mieux le maîtriser », en avril 2015. Elle a reçu les salariés par groupe de 15 à 20 personnes durant 30 minutes : « Depuis 2012, je réalise les entretiens infirmiers en santé au travail. Je connais donc les salariés et les postes de travail. Grâce à un diaporama conçu avec mes collègues infirmières à STSA, j’ai expliqué ce qu’est le bruit et ses impacts sur la santé, les niveaux d’exposition et le risque de surdité à terme. Les obligations de l’employeur et celles du salarié sont abordées. Ces ateliers sont l’occasion d’explications qui permettent à chacun de comprendre la nécessité des protections individuelles et collectives ». Rappelons que l’information des salariés est une obligation de l’employeur au regard du Code du travail.

Le bruit en 2015

Infirmière de santé au travail au STSA, Marie-Jeanne Lejeune a conçu et animé des ateliers dénommés « Mieux connaître Retrouvez la vidéo sur : facebook.com/SanteTravailFR Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr

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Mc Cain attache énormément d’importance à la sécurité de ses salariés ainsi qu’à leur santé.

MC CAIN

Fabrication de produits surgelés et déshydratés à base de pommes de terre 250 salariés Fabrice DESAILLY, Directeur d’Usine Pierre BONNART, Responsable Santé Sécurité Environnement Sophie DURLENT, Infirmière BETHUNE SANTE AU TRAVAIL D’ARRASBETHUNE-HENIN-LENS (AST 62-59)

Fabrice Desailly Directeur de l’usine MC CAIN Béthune

Alimentation et addiction

Des « Journées santé » au sein de l’entreprise Sur le site de Béthune, l’usine Mc CAIN reçoit chaque jour environ 750 tonnes de pommes de terre, dont 80 % proviennent de la région Nord-Pas-de-Calais - Picardie. Chaque jour, environ 400 tonnes de produits finis surgelés sont produites sous forme de frites, pommes rissolées, pommes sautées, wedges. De plus, 40 tonnes de produits déshydratés (purées, purée à l’ancienne, purée « bio ») sont également produits et emballés chaque jour. 250 salariés travaillent sur le site, notamment avec 5 équipes postées. L’entreprise a souhaité s’investir dans une démarche « Santé ». Pour cela, elle s’est tournée vers son service de santé au travail : l’AST 62-59. Deux priorités ont été retenues : l’alimentation et les addictions. Fabrice Desailly est directeur de l’usine Mc Cain de Béthune : « Mc Cain attache énormément d’importance à la sécurité de ses salariés ainsi qu’à leur santé. En accord avec le CHSCT et le Comité d’Etablissement, nous avons donc déployé un projet de santé dans l’entreprise ». Tous les salariés ont été invités à participer sur leur temps de travail à des ateliers d’information sur l’alimentation et les conduites addictives. Médecin du travail à l’AST 62-59, le docteur Anne Dymny précise : « Ces actions sont complémentaires de l’activité clinique qui ne doit pas être substituable. La problématique addiction demande analyse et compréhension, pour obtenir des changements de comportements et surtout du temps. »

Une forte mobilisation

Responsable Santé Sécurité Environnement, Pierre Bonnart explique : «En janvier 2015, 33 % des salariés ont répondu à un questionnaire sur l’ali-

mentation en préparation de nos Journées santé. En avril, nous réalisions nos Journées santé, soit 6 sessions adaptées aux différents horaires de travail. 180 salariés ont participé, sur du temps de travail, à deux ateliers. Un atelier a permis une sensibilisation à l’alimentation et la diététique, avec une collation équilibrée offerte par l’entreprise. Un autre atelier a abordé la question de l’alcool, avec des simulations en lien avec des situations de travail (exemple : cas pratique avec utilisation des lunettes reproduisant les effets de l’alcool sur la vue). Nous avons voulu une dimension conviviale, avec un quizz permettant de participer à un tirage au sort pour gagner des lots en lien avec nos Journées santé». Sophie Durlent est infirmière d’entreprise chez Mc Cain : « Nous avons travaillé en mode projet, en collaboration étroite avec l’AST 62-59 et les différents services de l’entreprise. Ce projet a nécessité un investissement important des différents participants  ». Le médecin du travail a pu

mobiliser les ressources internes de l’AST 62-59, Sabrina Gronek, intervenante en diététique, Tiffany Boulinguez, diététicienne et Audrey Cielewski, stagiaire.

Des salariés satisfaits

98 % des participants ont trouvé cela bien ou très bien ; 83 % ont trouvé cela utile. Le caractère convivial et les conseils très pragmatiques ont été très appréciés. Plusieurs thèmes ont été suggérés par les salariés pour de futures Journées santé : gestes et postures, sommeil, bruit, tabac… « Les retours étant très positifs, nous avons prévu de réaliser d’autres Journées santé à l’avenir. Il faut garder cette dynamique ! », conclut Fabrice Desailly.

1. Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail

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L’étude ergonomique a initié un mouvement de fond

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DELABLI Delpierre, Fabrication de sushis 100 salariés Ombeline COQUELIN, Ressources Humaines

Docteur Anita Babillotte,

BOULOGNE-SUR-MER

médecin du travail, ASTIL 62

SANTE AU TRAVAIL DE CALAIS – BOULOGNE – LE TOUQUET (ASTIL 62)

Fabrication de Sushis

La prévention des TMS fait partie de la recette ! Quand vous achetez un Sushi en plein Paris, il a peut-être été fabriqué la nuit précédente chez Delabli division DELPIERRE à Boulogne-sur-Mer. 100 salariés travaillent sur ce site, essentiellement consacré à la réception, le reconditionnement et l’expédition de filets de harengs, maquereaux et saumons. 11 000 tonnes par an ! En 2011, l’entreprise se mobilise pour la création d’une nouvelle activité : la fabrication de Sushis. Un atelier est mis en place. La fabrication, de type artisanale, démarre… Et le succès est au rendez-vous ! Il faut dire qu’on ne badine pas avec la qualité et le travail, chez Delpierre. Dès 2013, sous l’impulsion et le financement de l’ASTIL 62, son service de santé au travail, est déployée une démarche de prévention des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) qui associe de nombreux partenaires. A peine fabriqués, les sushis sont expédiés, car ils doivent être consommés dans les 4 jours. Sur l’année, des tonnes de riz sont cuites et manipulées. Des tonnes de légumes et de poissons sont découpées au plus fin et au plus vite…. A la cuisson du riz, il faut manipuler et déplacer des charges. A la découpe, les petits dés de saumon sont réalisés au couteau manuel. Sur le poste préparation des légumes, en moyenne 90 kilos de courgettes sont débités chaque jour… Les gestes et postures sont contraignants. C’est ce qu’a constaté la CARSAT dans ses statistiques et le docteur Anita Babillotte, médecin du travail, lors de ses consultations. Le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) s’en préoccupe. La direction prend le problème « à bras le corps ».

Le regard de l’ergonome

Loïc Filliatreau est ergonome chez Quai des entreprises SISE : « En 2013, nous avons effectué une étude ergonomique sur trois postes de travail : la cuisson du riz, la découpe des légumes et du saumon, la pesée et le conditionnement du saumon. Conclusion : l’entreprise doit s’engager

dans un mouvement durable de modifications des postes de travail, sur la base de préconisations précises visant à réorganiser les tâches pour limiter les contraintes, revoir des hauteurs de travail, les cycles de déplacements, les possibilités de changement d’outillages et d’équipements ».

L’appui du service de santé au travail

Pour le docteur Anita Babillotte, médecin du travail à l’ASTIL 62, « l’étude ergonomique a initié un mouvement de fond ; des énergies se sont mises en route et nous les accompagnons ; cela demande la collaboration de différentes compétences, tant en interne dans l’entreprise qu’en externe ». Pour exemple, une Assistante de Santé au Travail (AST) et une Technicienne Hygiène Sécurité (THS) de l’ASTIL 62 sont venues au sein des ateliers pour sensibiliser les salariés à la prévention des TMS. Nadège Fontaine et Katia Deblanc témoignent : « Nous nous sommes immergées dans l’entreprise, avant de réaliser une dizaine de sessions de sensibilisation de mai à juin 2015 ».

L’animation en matière de sécurité

gnons DELABLI car l’entreprise n’a pas d’animateur sécurité en interne. Nous recherchons le matériel adapté, réaménageons les postes de travail et l’organisation de l’atelier pour diminuer les gestes sollicitants en intégrant plusieurs facteurs : santé et sécurité, production et qualité, moyens techniques et économiques disponibles ».

Un mouvement d’ensemble…

Ombeline Coquelin en charge des Ressources Humaines notamment pour le site de Boulogne : « Concernant la pesée nous travaillons en collaboration avec le SAMETH du littoral porté par Quai des entreprises HECO, afin d’adapter le poste ; le coût de cet aménagement est de 12 000 € (table élévatrice, transpalette électrique, tables inox). A la cuisson du riz, nous avons réaménagé toute la zone de travail, notamment rehaussé les fours et fait l’acquisition d’un nouveau mélangeur. Pour la découpe, nous sommes à la recherche d’outillages adaptés. C’est un mouvement d’ensemble que nous avons engagé. Les membres du CHSCT sont également impliqués dans notre démarche ».

Céline Rasson est chargée de sécurité chez Quai des entreprises SISE : « Nous accompa1 - Société d’Ingénierie Sociale d’Entreprises, Quai des Entreprises, Coquelles

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VOS DROITS VOS DEVOIRS

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Transformation numérique et vie au travail

Le droit à la déconnexion s’inscrira-t-il dans le Code du travail ? Il a fallu 38 ans pour que la radio parvienne à atteindre 50 millions d’utilisateurs. 13 ans pour la télévision, 3 ans pour internet à domicile, 1 an pour Facebook et 9 mois pour Twitter. Ces données sont citées en introduction du rapport « Transformation numérique et vie au travail » remis par Bruno Mettling à Myriam El Khomri, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social, le 15 septembre 2015. Numérisation des données, contacts permanents par mails, utilisation des outils nomades… Aucun secteur d’activités, aucune entreprise n’échappe à la « transformation numérique » de la société.

Le rapport formule 36 préconisations pour la réussite de la transformation numérique au sein des entreprises. Les impacts de la transformation numérique portent sur la diffusion de nouveaux outils de travail, les métiers et les compétences, l’environnement de travail des cadres, l’organisation de travail, le management, l’émergence de nouvelles formes de travail hors salariat. L’attention est attirée sur la nécessité d’adapter la politique de santé au travail, car « l’intensification du travail et les excès de connexions professionnelles sont susceptibles de porter atteinte à l’équilibre de vie, voire à la santé des collaborateurs de l’entreprise ».

Cadre de travail

Les notions de lieu de travail, de temps de travail et de lien de subordination sont revisitées par le déploiement de la transformation numérique. Or, ces éléments sont constitutifs du contrat de travail. C’est dire l’importance de la réflexion. De même, le travail à distance prend de l’ampleur. La notion de télétravail mériterait d’être actualisée,

au vu de la diffusion des technologies et leurs usages.

Le droit et le devoir de déconnexion

Le temps de travail ouvre une réflexion majeure : « savoir se déconnecter au domicile est une compétence qui se construit également à un niveau individuel mais qui a besoin d’être soutenue au niveau de l’entreprise ainsi que par des contextes collectifs favorables. Le droit à la déconnexion est donc bien une coresponsabilité de l’employé et de l’employeur qui implique également un devoir de déconnexion ». De même, « dès lors que le travail connecté et son articulation avec la vie privée sont une zone de tension, la mission est convaincue de la nécessité de mettre en place de manière co-construite avec les instances de représentation du personnel un droit et un devoir de déconnexion, partagé entre l’entreprise et le salarié, des actions d’éducation à l’usage des outils numériques devant être conduites pour développer des comportements de nature à se préserver des risques d’excès ».

Qualité de vie au travail

Régulation des usages, mesures de la charge de travail, conception des espaces de travail sont autant de domaines demandant des dispositions adaptées et innovantes. Tout ceci impacte sur la santé au travail.

Fonction managériale

La transformation numérique nous amène à repenser les fonctions de management de proximité et de management à distance, tout en apportant une nouvelle donne pour le management participatif.

Propositions

Les propositions se répartissent en quatre familles : éducation numérique, adaptation du cadre de travail, qualité de vie au travail, co-innovation. Pour mémoire, ce rapport est le fruit d’un travail collectif : la mission réunissait des experts et des représentants des partenaires sociaux.

Pour en savoir plus, rubrique VOS DROITS, VOS DEVOIRS sur : www.entrepriseetsante.fr

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Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr


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ERGONOMIE EN DIRECT & ORGANISATION

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Logistique

La préparation de commandes pour tous grâce à l’ergonomie ! A Moreuil, au sud-est d’Amiens, l’usine PPG AC France réunit 250 collaborateurs sur un site de 9,6 hectares, dont 33 600 m² de locaux. Elle produit 30 000 tonnes de peintures, vernis et laques par an pour les particuliers et les professionnels. De quoi couvrir des milliers de m² de nos façades, murs, bois et métaux en France et en Europe ! L’usine est là depuis 40 ans, grâce à un objectif permanent de performances et d’innovations. Sur le site, un pôle logistique fonctionne pour plusieurs usines du groupe, implantées en France. Avec l’ASMIS, son service de santé au travail, PPG a fait rentrer l’ergonomie au sein de ce pôle logistique… Et aujourd’hui, les préparateurs de commandes sont autant des hommes que des femmes, des jeunes que des seniors, des salariés avec ou sans restriction d’aptitude médicale. Pourtant les kilos à manutentionner sont bien là. Edith Spinnewyn est infirmière Santé Travail sur le site de PPG à Moreuil : « La démarche d’amélioration des conditions de travail des préparateurs de commande a démarré dès 2005, suite à une alerte donnée par le docteur Marie-Christine Pham, médecin du travail de l’ASMIS. Nathalie Lachambre, ergonome à l’ASMIS, a su initier et accompagner une démarche permettant progressivement de réduire les charges et la pénibilité, sans compromettre la bonne marche de l’entrepôt, tout en ayant un œil sur l’organisation du travail ». Et les résultats sont impressionnants. Pourtant les conditionnements, imposés par le marché, conduisent à des volumes de 10 à 12 litres, avec des bidons de 15 à 20 kilos...

Une démarche progressive…

Edith Spinnewyn poursuit : « Les hauteurs de lisses de rack ont été ajustées pour avoir une posture correcte de préhension. Le chemin de préparation a été repensé et les emplacements révisés pour réduire les contraintes. Ceci a amélioré la qualité des préparations, tout en préservant les salariés. Une formation des salariés a été réalisée par le société Métroergo ». L’environnement, l’organisation et l’opérateur sont en effet indissociables.

… jusque la naissance de l’ALVAC…

« Je suis les salariés de PPG depuis juin 2014 » nous situe le docteur Michel Stévenard, médecin du travail à l’ASMIS. « Le problème concernait la préparation de commandes de gros boîtages (bidons de 15 à 20 kilos), source de troubles musculo-squelettiques ; j’ai découvert dans l’entreprise un prototype de chariot de préparation de commandes, mais pas ou peu adapté. En octobre 2014, une délégation s’est rendue chez TOYOTA pour que les ingénieurs prennent en compte les besoins exprimés par les salariés. L’ALVAC était né. Deux exemplaires permettent désormais aux femmes et aux salariés sous restriction d’aptitude d’assurer la préparation de commandes des gros boîtages ». L’innovation allie la préservation de la santé aux impératifs de la production.

En passant par « l’ergo-rotation » !

« Nous sommes allés plus loin » explique le docteur Michel Stevenard. « Nous avons recensé 12 activités au sein du pôle logistique, pour 45 hommes et 2 femmes, qui ont en moyenne 47 ans. L’objectif était de varier les activités de chaque salarié. En consultation, je peux ainsi situer chaque salarié vis-à-vis de ses aptitudes

médicales à faire ces activités. Dans le pôle, sont organisées des rotations vis-à-vis de ces activités. Tout le monde peut alors faire de la préparation de commandes ». Tout cela est possible grâce à l’implication de l’encadrement et de la direction, notamment Frédéric Berullier, responsable logistique, et Goddus Razafimanjato, directeur. « La direction et les salariés se sont appropriés cette démarche. C’est la condition du succès. La performance économique et sociale est au rendez-vous », conclut Nathalie Lachambre. PPG AC France Peintures 250 salariés Goddus RAZAFIMANJATO, Directeur Frédéric BERULLIER, Responsable logistique Edith SPINNEWYN, Infirmière Santé Travail MOREUIL SANTÉ AU TRAVAIL D’AMIENS (ASMIS)

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VOTRE SANTÉ VOTRE EMPLOI

Maintien dans l’emploi

Banque : l’ergonomie... tout simplement ! A la Caisse d’Epargne de Tergnier, l’ergonomie est entrée en douceur et sans effraction. Cinq salariés travaillent au sein de l’agence. Après un accident de trajet en février 2014, Marianne Commarteau est en arrêt maladie pour six mois. Conseillère commerciale, elle est très attachée à sa fonction d’agent d’accueil. Mais la vie après l’accident est différente de la vie « avant ». A présent, les douleurs au bras s’invitent et s’installent, tout au long de la journée de travail. Et elles deviennent de plus en plus handicapantes pour la réalisation des différentes tâches… « J’avais crainte de ne plus pouvoir tenir le poste » nous dit-elle. « De moi-même, je n’aurais pas fait la demande. Je ne savais pas ». La demande, c’est tout simplement l’intervention du médecin du travail et d’une ergonome de MTA, service de santé au travail. MTA, comme Médecine du Travail de l’Aisne. « Après mon accident de trajet en février 2014, j’ai repris le travail en septembre. C’était devenu très difficile, du fait de douleurs persistantes. En janvier 2015, j’ai malheureusement fait une chute dans un escalier. Ceci a aggravé la situation » précise Marianne Commarteau. « Lors d’un passage du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail, il m’est alors proposé de consulter le médecin du travail ». Anne Domange est Référente Handicap et Santé, au siège de la Caisse d’Epargne à Amiens : « J’ai succédé à Mariette Pouzot, qui a suivi Marianne Commarteau, en lien avec les services de la Médecine du Travail. Dans cette démarche d’adaptation de poste, l’intervention ergonomique, réalisée par MTA, a apporté une réponse adaptée ».

Consulter

Le docteur Dominique Sénéchal, médecin du travail à MTA, précise : « Devant les difficultés de santé liées à son accident de trajet, un aménagement de poste était nécessaire. J’ai donc proposé l’intervention de notre service Prévention. Ceci a permis de mener une étude ergonomique, pour apporter conseils et préconisations à l’employeur ». 10

Laurence Samain, ergonome au service Prévention de MTA, est intervenue au sein de l’agence de Tergnier.

Ecouter

« Madame Laurence Samain ne s’est pas limitée à un agencement de mon poste de travail. Tout au long du réaménagement, elle m’a écouté dans mes difficultés de travail. C’est essentiel de prendre en compte la dimension psychologique » déclare Marianne Commarteau. L’étude s’est déroulée en trois temps : entretien, observation en situation de travail, réaménagement avec tests des solutions proposées.

Observer

« Le point de départ, c’est observer », nous dit Laurence Samain. « Le bureau est au centre de l’activité de madame Commarteau. Elle voulait rester à son poste. Il fallait le réaménager. Tout s’est passé en un mois, sur avril et mai 2015. Après une journée d’observation et d’entretiens, nous avons procédé à une réinstallation du poste informatique, avec disposition correcte de l’écran et du clavier. Puis, nous avons revu l’assise, au profit

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d’un siège réglable en hauteur avec reposepied ». Une souris ergonomique est venue compléter l’ensemble. Cela peut paraître simple. Cela s’est avéré efficace.

Suivre

Marianne Commartin conclut : « Madame Laurence Samain est revenue pour un suivi. Il n’y a pas de comparaison. En effet, je ne fais plus de gestes importants, inutiles et répétitifs. Avec le nouvel agencement mon bras fait moins de mouvements et peut se poser. Ma posture est meilleure. Je ne me sens que mieux ». CAISSE D’EPARGNE, Agence de Tergnier 5 salariés Anne DOMANGE, Référente Handicap et Santé Marianne COMMARTEAU, Conseillère commerciale TERGNIER SANTÉ AU TRAVAIL DE SAINT-QUENTIN (MTA)


Pénibilité

Moins de pénibilité plus de performance ! A l’occasion de la loi portant réforme des retraites de 2010, dite « loi Fillon », la prévention de la pénibilité a fait explicitement son entrée dans le Code du travail et le code de la sécurité sociale. La réforme des retraites de 2014 a instauré le Compte individuel de prévention de la pénibilité et créé

le Dossier Médical de Santé au Travail… Prévention des risques et des dangers, compensation des dommages et traçabilité des expositions montent en puissance. Ce ne sont pas que des contraintes… Car, réduire la pénibilité, n’est-ce pas aussi augmenter les performances en préservant la santé ?

DOSSIER

Pénibilité


Interview

Matthieu Méreau

Médecin de Santé Publique, Matthieu Méreau est le rédacteur en chef d’Entreprise & Santé. Diplômé de médecine du travail et de toxicologie industrielle, il a conçu Entreprise & Santé à la demande des services de santé au travail des régions Nord - Pas-de-Calais et Picardie. Il est également « patron » d’une TPE de deux salariées. Son approche est simple : c’est à l’entreprise elle-même de parler de santé au travail. Depuis sa création, Entreprise & Santé a ainsi publié plus de 300 témoignages d’entreprise. Des actions réalisées grâce à leur service de santé au travail. C’està-dire avec des médecins du travail, des infirmiers de santé au travail, des assistants de santé au travail, des secrétaires médicales, des ingénieurs et techniciens en Hygiène, Sécurité et Environnement, des toxicologues industriels, des ergonomes, des psychologues du travail, des assistants sociaux, etc.

« C’est à l’entreprise de parler elle-même de Santé au Travail » Où en sont les entreprises vis-à-vis de la Santé au Travail ? Matthieu Méreau : Plusieurs ont une représentation classique de la Médecine du Travail. Ces entreprises attendent les visites médicales d’aptitude pour leurs salariés et ne demandent rien d’autre. D’autres entreprises savent que la Santé au Travail va au-delà de la visite médicale d’aptitude. Elles utilisent alors leur Service de Santé au Travail comme conseiller pour des actions en entreprise, afin de préserver la santé des salariés. Et elles sont de plus en plus nombreuses à le faire. Cela est inclus dans la cotisation ? Matthieu Méreau : Oui. Et il y a un paradoxe à ce propos. Pendant de nombreuses années, des employeurs com-

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paraient le coût de leur cotisation de Médecine du Travail pour un salarié au prix de la visite médicale chez le généraliste. Ils disaient ne pas comprendre la différence. Aujourd’hui, avec la santé au travail, on voit bien la différence. Par exemple, le médecin généraliste ne fait pas de toxicologie industrielle à propos d’un produit chimique ou d’ergonomie pour que les seniors puissent atteindre les impératifs de production... Ni d’accompagnement personnalisé pour le maintien en emploi d’un salarié dont la santé est en difficulté suite à un accident ou une maladie. Ni d’information pour le port des Equipements de Protection Individuelle (EPI) ou collective. Etc. On voit bien que la cotisation en Santé au Travail va beaucoup plus loin que la visite médicale.

Et la prévention de la pénibilité entre dans ce cadre ? Matthieu Méreau : Avec leur Service de Santé au Travail, des entreprises n’ont pas attendu la loi sur les retraites de 2010 pour s’intéresser à la réduction de la pénibilité au travail. Je prends le terme réduction plutôt que prévention, par pragmatisme. C’était le terme souvent entendu, avant que le législateur fasse entrer explicitement la prévention de la pénibilité dans les obligations de l’employeur, au sein du Code du travail. A l’occasion, d’ailleurs, de la loi portant réforme des retraite de 2010, dite loi « Fillon ». Et les Services de Santé au Travail n’ont donc pas attendu cette loi pour apporter aux entreprises des ressources et compétences pour évaluer et

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prévenir la pénibilité d’une situation de travail. Pour exemple, s’agissant de la charge physique, des médecins du travail ont développé des méthodes et des cotations basées sur la fréquence cardiaque. Au moment de la parution de cette loi, les Services de Santé au Travail étaient prêts, depuis des années, pour conseiller les entreprises sur le sujet de la pénibilité au travail. D’accord. Mais, aujourd’hui, la prévention de la pénibilité est inscrite officiellement dans les missions des Services de Santé au Travail ? Matthieu Méreau : C’est vrai. Depuis la loi de 2011 portant réforme de l’organisation de la Médecine du travail. Sur un plan général, les Services de Santé au


Travail ont pour mission de conseiller l’employeur, les salariés et ses représentants afin d’éviter toute altération de la santé des salariés du fait du travail. Selon les termes de la loi : - ils conduisent les actions de santé au travail, dans le but de préserver la santé physique et mentale des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel ; - i l s c o n s e i l l e n t l e s employeurs, les travailleurs et leurs représentants sur les dispositions et mesures nécessaires afin d’éviter ou de diminuer les risques professionnels, d’améliorer les conditions de travail, de prévenir la consommation d’alcool et de drogue sur le lieu de travail, de prévenir ou de réduire la pénibilité au travail et la désinsertion professionnelle et de contribuer au maintien

dans l’emploi des travailleurs ; - ils assurent la surveillance de l’état de santé des travailleurs en fonction des risques concernant leur sécurité et leur santé au travail, de la pénibilité au travail et de leur âge ; - ils participent au suivi et contribuent à la traçabilité des expositions professionnelles et à la veille sanitaire. Ce qui est écrit est plus clair. Et cette réforme est en cohérence avec la réforme des retraites, publiée un an plus tôt. Est-ce différent entre une grande entreprise et une petite entreprise ? Matthieu Méreau : Oui. Le patron d’une TPE fait souvent le même boulot que ses salariés. Dans une TPE, le couvreur, par exemple, monte sur les

toits avec ses salariés et effectue les mêmes tâches. Et il avance en âge, comme ses salariés… En plus, il assure les fonctions de gestionnaire et de commercial. La santé et la sécurité sont alors, ipso facto, une affaire partagée entre chacun, face aux mêmes risques. Quand l’entreprise grandit, le patron fait de moins en moins le même boulot que ses salariés. C’est simpliste, mais ce n’est pas faux. Donc, dans une TPE, les conseils donnés par le Service de Santé au Travail sont utiles pour la santé du chef d’entreprise lui-même. Matthieu Méreau : Pour moi, Oui. Sans équivoque. Par exemple, prenons un sujet d’actualité : particules diésel et garage. Dans un petit garage, le patron

DOSSIER

« Grâce à son Service de Santé au Travail, une TPE ou une PME n’est pas seule devant les questions de santé et de risques professionnels »

répare les automobiles avec son ou ses salariés. Et 80 % des entreprises adhérentes à un Service de Santé au Travail ont moins de 10 salariés. Grâce à son Service de Santé au Travail, une TPE ou une PME n’est pas seule devant les questions de santé et de risques professionnels. Grâce à son Service de Santé au Travail, elle a accès à des ressources humaines et des compétences qu’elle ne peut pas se payer. Contrairement à une grande entreprise… Revenons à la pénibilité. Quels types d’action sont menés ? Matthieu Méreau : Nous sommes restés dans le sujet… Les dispositions législatives et règlementaires relatives à la prévention de la pénibilité s’appliquent quelle que soit la taille de l’entreprise. Les actions publiées par Entreprise & Santé montrent

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« Réduire la pénibilité, préserver la santé du salarié et du dirigeant est essentiel pour la pérennité et le développement d’une entreprise. Surtout si elle est petite » que les Services de santé au Travail apportent des conseils experts sur toutes les questions soulevées par le Code du travail. Notamment sur les dix facteurs de risques visés par les textes législatifs et règlementaires. Rappelons qu’ils sont classés en trois familles par le législateur : contraintes physiques marquées (manutentions, postures, vibrations), environnement physique agressif (agents chimiques dangereux y compris fumées et poussières, milieu hyperbare, températures extrêmes, bruit), rythme de travail (travail de nuit, travail en équipes alternantes, travail répétitif caractérisé). Avec son Service de Santé au Travail, une entreprise peut aller plus loin. Par exemple, il existe des méthodologies d’évaluation et d’analyse du risque psychosocial que les Services de Santé au Travail maîtrisent. A chaque entreprise de bénéficier des conseils qui répondent à sa situation. Comment définir la pénibilité ? Matthieu Méreau : Elle peut être physique. Par exemple, cet effort m’est très pénible ; celui-ci m’est agréable. Elle peut être mentale. Par exemple, cette nouvelle que je viens d’apprendre m’est très pénible ; ou bien, j’ai du mal à sup-

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porter le stress de cette situation… La pénibilité a une dimension subjective. C’est indéniable. Et c’est toute la difficulté. Le législateur a donné une définition assez précise et assez générale de la pénibilité au travail. Les dix facteurs de risques cités supra ont pour point commun de « laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé ». Toute la difficulté est alors de définir, pour chacun des facteurs de risques cités ci-dessus, les seuils à partir duquel les partenaires sociaux s’accordent pour considérer qu’il y aura à terme des traces durables, identifiable et irréversibles pour la santé du salarié exposé. De nombreux auteurs recommandent de raisonner sur des métiers ou situations pénibles, plutôt que sur des facteurs de risques… Ces actions de santé au travail sont-elles rentables ? Matthieu Méreau : J’ai envie de dire question capitale, mais un peu simpliste. Certes, une entreprise privée qui perd de l’argent ne tient pas longtemps face aux banques… Surtout si elle est petite. Mais parlet-on de rentabilité à court terme ou à long terme ? La dimension éthique et sociale est-elle prise en compte dans

les bilans comptables ? En est-il de même pour les biens immatériels, dont la santé fait partie ? Tout en sachant qu’une personne en bonne santé, physique et mentale, est plus « performante » pour sa vie sociale, sportive, familiale… et professionnelle ! Cela paraît évident. Des économistes et des institutions s’intéressent aux impacts des investissements en Santé au Travail vis-à-vis des performances économiques des entreprises. Les anglo-saxons parlent du ROP : Return On Prevention pour évaluer le retour sur investissement des actions de Santé au Travail. Selon le type d’activité, d’action de prévention et d’environnement économique et social, les auteurs de différentes études constatent en Europe des retours de 1 à 8. C’est une question d’actualité, qui se développe au fur et

à mesure que la Santé au Travail est reconnue comme étant un facteur de pérennité et de développement d’une entreprise, au-delà d’être une question sociale essentielle. Quels conseils donneriez-vous à un patron ou une patronne de TPE ou PME ? Matthieu Méreau : D’appeler et de rentrer en contact avec son Service de Santé au Travail. Car une TPE ou une PME est plus fragile qu’une grande entreprise en cas de problème de santé d’un salarié ou de son dirigeant. Réduire la pénibilité, préserver la santé du salarié et du dirigeant est essentiel pour la pérennité et le développement d’une entreprise. Surtout si elle est petite.

« On voit bien que la cotisation en santé au travail va beaucoup plus loin que la visite médicale »


Nettoyage de citernes

La complexité n’arrête pas l’évaluation du risque chimique A cette station de lavage, les camions citerne se suivent mais ne se ressemblent pas. Du transport de chocolat à l’huile de tournesol, en passant par les hydrocarbures ou le méthanol, les citernes peuvent avoir contenu une multitude de produits différents. Venant de l’étranger, certains véhicules profitent de leur passage sur le littoral pour se refaire une beauté, avant de reprendre un autre chargement… C’est dire que les situations d’exposition des salariés sont très variables. Et dans certains cas, il faut intervenir au sein de la citerne, en milieu confiné. Les procédures sont drastiques. Et le Document Unique d’Evaluation des Risques est à jour. Cependant, il est apparu opportun de faire une évaluation en situation réelle de travail. Le CEDEST, Santé au Travail de Dunkerque, et la CARSAT Nord Picardie unissent leurs moyens et compétences. Le docteur Santiago Rivas est le médecin du travail du CEDEST qui suit cette entreprise : « Sur une année, il peut y avoir jusque 300 produits différents, dont 50 ont un effet potentiel sur la santé. L’exposition des salariés au cours du nettoyage de camions citerne est peu documentée. Nous avons initié une étude, pour laquelle nous bénéficions du partenariat avec la CARSAT Nord Picardie ». Des situations très variables Hygiéniste industriel au CEDEST, Olivier Decroix situe le cadre d’intervention : « En général, deux salariés co-interviennent sur les citernes. Elles peuvent avoir contenu des acides, des bases, des hydrocarbures, des produits alimentaires, des solvants, etc. Les camions 16

viennent sur rendez-vous préalable ou sur demande spontanée. Dans le premier cas, on peut avoir connaissance, au préalable, des contenus. Dans le deuxième cas, on le découvre à l’arrivée du camion. En cas de camion étranger, l’identification du produit transporté peut être plus laborieuse, car les documents administratifs sont parfois moins compréhensibles. Au total, nous avons identifié 180 produits ou substances qui méritent une attention particulière. Les produits de nettoyage eux-mêmes peuvent être corrosifs. Dans l’évaluation d’un risque chimique, le recensement des produits et substances manipulées est la première étape ». Ce recensement est conjugué avec la recherche des Fiches de Données de Sécurité.

Un contexte positif « Dans l’entreprise, il y a une prise en compte des risques » précise Olivier Decroix. «  Parfois en fin d’intervention, les nettoyeurs descendent dans la cuve, et les procédures de travail en espace confiné sont appliquées. Elles sont drastiques ». Dans l’entreprise, le Document Unique d’Evaluation des Risques est à jour. C’est le point de départ de toute démarche d’évaluation. Dans le cas présent, les risques liés au travail en hauteur ou le risque de brûlures sont également identifiés... Une méthodologie rigoureuse « Après avoir expliqué la démarche, nous avons récupéré en 2014 la liste des produits et leur fréquence, en suivant trois opérateurs. Nous sommes en

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train de définir le protocole des dosages atmosphériques avec la CARSAT », poursuit Olivier Decroix. Un travail de recherche est nécessaire : pour chaque substance dosée, il faut connaître la technique de prélèvement et l’existence de Valeurs Limites d’Exposition Professionnelles, indicatives ou règlementaires. Si celles-ci n’existent pas, il faut identifier s’il existe des normes internationales scientifiquement reconnues. « C’est une étude de longue haleine qui doit coller à la réalité du terrain », conclut le docteur Santiago Rivas. Pour accompagner les entreprises, il faut s’adapter à chacune d’entres elles.


Travaux Publics

Sur les chantiers, les protections auditives sont nos amies ! Connue du grand public, l’Entreprise Jean Lefebvre est spécialisée dans les travaux publics routiers. L’entreprise est une filiale du groupe EUROVIA, leader mondial pour les infrastructures routières, ferroviaires et urbaines. Regroupant un peu plus de 100 collaborateurs, l’Entreprise Jean Lefebvre Lille-Flandres a pour activités principales la réalisation de routes et autoroutes, les travaux de VRD (Voirie et Réseaux Divers), l’entretien routier et l’assainissement. A la faveur d’une réunion du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail, l’attention est portée sur le fait qu’une minorité de salariés portent toute la journée leurs protections auditives sur les chantiers. Pourtant, en 2012, l’entreprise a investi dans des bouchons d’oreille moulés individuels. En 2014, une action globale de sensibilisation est menée avec PÔLE SANTÉ TRAVAIL Métropole Nord, son service de santé au travail. Nicolas Didelot est chef d’agence de l’Entreprise Jean Lefebvre Lille Flandre : « Un groupe de travail composé de notre médecin du travail, le docteur Céline Abraham, notre délégué Qualité Sécurité Environnement, Jean-Marie Petetin, un membre du CHSCT, JeanPierre Moerman et moi-même a souhaité une démarche très concrète, adaptée à notre entreprise ». Le docteur Céline Abraham explique  : « La réussite de cette action a reposé sur l’implication de la direction et des salariés, conjuguée à la présence sur le terrain de notre équipe de santé au travail  : Brigitte Demont, Infirmière Santé Travail et Stéphanie Manant, Assistante Santé Travail, bénéficiant de l’expérience de Chadia Belhadji, Assistante Santé Travail et de l’expertise de Gérard Auque, Préventeur Hygiène Sécurité et de Karine

Wloch, Statisticienne ». Cette équipe Santé Travail est issue de PÔLE SANTÉ TRAVAIL Métropole Nord. Mesures de bruit sur chantiers Stéphanie Manant explique : « En septembre 2014, des mesures ponctuelles de niveau de bruit ont été effectuées sur des chantiers d’enrobés, de borduration et de réfection de canalisations  ». Les résultats sont là : 85 db(A) quel que soit le type d’activité, 95 à 99 db(A) avec des crêtes à 102 pour certaines machines. Audiogrammes et questionnaires Brigitte Demont poursuit  : « En octobre et novembre 2014, grâce à un camion-cabine avec chauffeur mis à disposition par l’entreprise, nous avons réalisé

des audiogrammes et passé des questionnaires en allant sur les chantiers. Tout audiogramme anormal était vérifié au cabinet médical dans une cabine insonorisée ». 55% des audiogrammes sont normaux ou une atteinte légère ; 45 % présentent une atteinte moyenne ou importante. Une majorité de salariés pense que le port de protection auditive n’est pas nécessaire pour toutes les activités de travail. Sessions d’information « Sur la base de ce diagnostic très concret, huit sessions d’information ont été planifiées sur les temps de travail : d’abord chef d’agence, chefs de secteur et conducteurs de travaux, puis chefs de chantiers et enfin chaque équipe avec son chef de chantier » nous précise Nicolas Didelot. Ces sessions,

animées par Chadia Belhadji, Brigitte Demont, le docteur Céline Abraham et Stéphanie Manant sur la base des constats précédents, ont eu lieu par groupe de 10 à 12 salariés de décembre 2014 à mars 2015. 40 % des salariés ne portant pas leurs protections auditives en permanence ont déclaré qu’ils les porteraient dorénavant. 98 % des salariés ont estimés que cette sensibilisation était utile. ENTREPRISE JEAN LEFEBVRE LILLE FLANDRES, Travaux publics routiers 107 salariés Nicolas DIDELOT, Chef d’agence LILLE PÔLE SANTÉ TRAVAIL MÉTROPOLE NORD

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Facteurs de pénibilité

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La prévention donne des forces ! « Mieux vaut prévenir que guérir ». Cet adage populaire est plein de bon sens. Nul ne saurait le remettre en cause. Pour exemple, de 1972 à 2012, le trafic routier a été multiplié par 2,4. Le nombre de décès est passé de 18 000 par an à 4 000. Le nombre de blessés est passé de 387 000 par an à 81 000. C’est le fruit d’une politique de prévention tout azimut : sécurité technique de véhicules et de la voirie, information et formation des conducteurs, contrôles des véhicules et des vitesses, lutte contre les addictions… Cette prévention a évité des coûts humains, sociaux et économiques considérables. En sauvant 14 000 vies par an, elle préserve nos forces vives. Cet exemple est transposable à l’entreprise. La prévention de la pénibilité au travail donne des forces à nos entreprises. 10 facteurs de risque sont ciblés par le Code du travail au titre de la pénibilité (voir encadré). Le choix de ces 10 facteurs n’est pas le fruit du hasard. Ce sont 10 facteurs de risques qui entraînent des coûts humains, sociaux et économiques importants. Par exemple, les surdités professionnelles, les Troubles Musculo-Squelettiques, les maladies liés aux agents chimiques, dont les cancers professionnels… Sans oublier le maintien de l’emploi des seniors et l’usure professionnelle prématurée. Face à ces facteurs de pénibilité, l’entreprise a l’obligation de mener une prévention ciblée. Ceci est inscrit dans le Code du travail depuis la loi du 9

novembre 2010, portant réforme des retraites. L’obligation de prévention La loi du 17 août 2015, relative au dialogue social et à l’emploi, a supprimé l’obligation de tenir une fiche individuelle de prévention des expositions vis-à-vis de chacun de ces 10 facteurs de pénibilité. Attention : l’obligation d’évaluation n’a pas disparu pour autant. Elle figure toujours dans l’obligation générale d’établir et mettre à jour le Document Unique d’Evaluation des Risques (DUER). Et cela, quelles que soient la taille et l’activité de l’entreprise. Dans son article R 4121-1, le Code du travail précise que les données col-

lectives relatives à l’exposition aux facteurs de pénibilité doit figurer en annexe du DUER. Et dans l’article L 4121-1, l’obligation de prévenir la pénibilité est bien inscrite dans le cadre de l’obligation générale de sécurité. L’enjeu économique et social A elles seules, les TMS (Troubles Musculo Squelettiques) représentent pour les assurés du régime général : 80 % des maladies professionnelles déclarées, soit près de 37 000 cas par an pour un coût d’indemnisation de près de 800 millions d’euros. Sans compter le 9 millions de journées de travail perdues…

Quant à la surdité, les chiffres donnent également le vertige : le coût moyen pour la sécurité sociale est de 100 000 euros, pour environ 1 000 surdités professionnelles reconnues par an. Ces deux exemples illustrent l’impact économique de la pénibilité, en termes de cotisations sociales. L’ensemble des coûts sociaux, humains et économiques ne sont pas comptabilisés dans ces deux exemples. Le maintien en emploi des seniors du fait de la réduction de la pénibilité est un autre exemple qui montre que la prévention donne des forces à l’entreprise !

Les 10 facteurs de pénibilité ciblés par le Code du travail Contraintes physiques marquées • Manutentions manuelles de charge • Postures pénibles • Vibrations mécaniques

Environnement physique agressif • Agent chimique dangereux • Activités exercées en milieu hyperbare • Températures extrêmes • Bruit

Rythmes de travail

• Travail de nuit • Travail en équipes successives alternantes • Travail répétitif

Pour en savoir plus, rubrique DOSSIER sur : www.entrepriseetsante.fr Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr

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Compte individuel de prévention

La pénibilité donne des points ! En cas d’excès de vitesse, on peut perdre des points. En cas d’excès de pénibilité, on en gagne. La finalité est la même : la prévention. En effet, chaque salarié, exposé à des facteurs de pénibilité définis par la loi et au-delà de certains seuils fixés par voie règlementaire, doit être déclaré par son employeur auprès de la CARSAT, Caisse d’Assurance Retraite et de Santé au Travail. Cette déclaration déclenche la création d’un Compte Individuel de Prévention de la Pénibilité, au nom du salarié concerné. Ce compte est crédité de points, au fur et à mesure des déclarations annuelles de l’employeur. La CARSAT informe le salarié du nombre des points accumulés au fur et à mesure de sa vie professionnelle. En fonction du nombre de points accumulés, le salarié peut bénéficier à terme d’une formation, d’une réduction du temps de travail avec maintien de sa rémunération, ou d’un départ anticipé en retraite à taux plein. Le dispositif du Compte individuel de prévention de la pénibilité permet à chacun de bénéficier d’une reconnaissance d’un parcours professionnel marqué par la pénibilité au travail. Le législateur, c’est-à-dire le parlement, a traduit en texte de loi les conclusions d’un accord entre partenaires sociaux. Les services du ministère du travail ont traduit en texte réglementaire, ce que la loi lui a demandé de préciser, notamment par décret. Audelà d’un certain nombre de points, un salarié peut donc faire valoir des droits spécifiques. Tout repose sur des critères de pénibilité définis par voie législative et réglementaire. Par ailleurs, c’est à l’employeur d’identifier et de déclarer

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les salariés exposés auprès de la CARSAT avec les déclarations annuelles habituelles.

Barème d’acquisition des points

Le salarié doit être embauché depuis plus d’un mois. Principe de base pour un salarié né après le 30 juin 1956 : 1 point par trimestre d’exposition à un même facteur au-delà du seuil et 2 points par trimestre d’exposition à au moins deux facteurs au-delà du seuil. Donc, 4 à 8 points sur une année totale d’exposition et 40 à 80 points sur 10 ans. Si le salarié est né avant le 30 juin 1956, le nombre de point est doublé par trimestre d’exposition. Soit, 8 à 16 points par an. Il s’agit du niveau d’exposition

avec les mesures de protection individuelles et collectives nécessaires. C’est sur ce point que le législateur attend des progrès en matière de prévention.

Utilisation des points

Les 20 premiers points acquis sont obligatoirement réservés pour une formation professionnelle. Chaque point donne droit à 25 heures de formation professionnelle. Ces heures de formation ont pour objectif de permettre au salarié d’accéder à un poste moins exposé ou non exposé au(x) facteur(s) de risques. Chaque groupe de 10 points permet de financer l’équivalent d’un mi-temps sans réduction de salaire pendant un trimestre. Chaque groupe de

Pour en savoir plus, rubrique DOSSIER sur : www.entrepriseetsante.fr Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr

10 points permet de financer un trimestre de majoration de durée d’assurance retraite. Ainsi, un salarié peut obtenir jusqu’à 8 trimestres de majoration. Cette utilisation de points peut être demandée à partir de 55 ans et peut permettre d’anticiper jusqu’à 2 ans le départ à la retraite. Tout savoir sur le Compte Individuel de Prévention de la Pénibilité Un site : www.preventionpenibilité.fr Tout savoir sur vos droits et démarches liés au Compte prévention pénibilité Un numéro de téléphone : 3682, du lundi au vendredi, de 8 heures à 17 heures (coût de la communication : 6 centimes d’euros la minute + prix d’appel).


Décret n° 2014-1159 du 9 octobre 2014 relatif à l’exposition des travailleurs à certains facteurs de risque professionnel au-delà de certains seuils de pénibilité et à sa traçabilité. Les facteurs suivants entrent en application pour le Compte Individuel de Prévention de la pénibilité.

DOSSIER

Les facteurs de risques pris en compte comme « facteur de pénibilité » par le Code du travail

Fiche détachable

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À partir du 1er janvier 2015 • Travail de nuit : une heure de travail entre minuit et 5 heures pour une durée minimale de 120 nuits par an. • Travail en équipes successives alternantes impliquant au minimum une heure de travail entre minuit et 5 heures, avec une durée minimale de 50 nuits par an. • Travail répétitif : Temps de cycle inférieur ou égal à une minute ou 30 actions techniques ou plus par minute avec un temps de cycle supérieur à 1 minute, pour une durée minimale fixée à 900 heures par an. • Travail en milieu hyperbare : interventions réalisées sous une intensité minimale de 1200 hectopascals pour une durée minimale de 60 interventions ou travaux par an.

À partir du 1er janvier 2016 (Report annoncé au 1er juillet 2016 : décret en attente de parution) • Manutentions manuelles de charges : lever ou porter des charges unitaires minimales de 15 kg, pousser ou tirer des charges unitaires minimales de 250 kg, déplacement du travailleur avec la charge ou prise de la charge au sol ou à une hauteur située au dessus des épaules pour une charge unitaire minimale de 10 kg, pour une durée minimale de 600 heures par an ; cumul de manutentions et de charges pour une intensité minimale de 7,5 tonnes cumulées par jour, pour une durée minimale de 120 jours par an. • Postures pénibles : maintien des bras en l’air à une hauteur située au dessus des épaules ou positions accroupies ou à genoux ou positions du torse en torsion à 30 degrés ou positions du torse fléchi à 45 degrés, pour une durée minimale de 900 heures par an. • Vibrations mécaniques : vibrations transmises aux mains et aux bras pour une valeur minimale d’exposition rapportée à une période de référence de 8 heures de 2,5 m/s² et pour une durée de 900 heures par an ; vibrations transmises à l’ensemble du corps pour une valeur minimale d’exposition rapportée à une période de référence de 8 heures de 0,5 m/s² et pour une durée minimale de 450 heures par an. • Agents chimiques dangereux mentionnés aux articles R-4412-3 et R-4412-60, y compris poussières et fumées : exposition à un agent chimique dangereux relevant d’un ou plusieurs classes ou catégories de danger définies à l’annexe I du règlement (CE) 1272/2008 et figurant dans un arrêté du ministère du travail, le seuil est déterminé pour chacun des agents chimiques dangereux, par application d’une grille d’évaluation prenant en compte le type de pénétration, la classe d’émission ou le contact de l’agent chimique concerné, le procédé d’utilisation ou de fabrication, les mesures de protection collective ou individuelle mises en oeuvre et la durée d’exposition, qui est définie par arrêté du ministre chargé du travail et du ministre chargé de la santé. • Températures extrêmes : température inférieure ou égale à 5 degrés Celsius ou au moins égale à 30 degrés Celsius pour une durée minimale de 900 heures. • Bruit : exposition au bruit rapporté à un période de référence de 8 heures d’au moins 80 décibels(A) pour une durée minimale de 600 heures par an ou exposition à un niveau de pression acoustique de crête au moins égal à 135 décibels(A) pour une durée minimale de 120 fois par an.

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La loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi (Loi « Rebsamen ») en 5 points

1. Suppression des Fiches individuelles de prévention des expositions Ces fiches individuelles avaient pour objectif de tracer les expositions aux facteurs de pénibilité définis par le Code du Travail. Elles devaient être établies par l’employeur, quelle que soit la taille de l’entreprise, pour chaque salarié concerné et régulièrement actualisée.

DOSSIER

Obligations relatives à la pénibilité

Fiche détachable

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2. Création de la déclaration annuelle des salariés exposés auprès de la CARSAT avec la DADS (Déclaration Automatisée des Données Sociales Simplifiées) ou la DSN (Déclaration Sociale Nominative) Chaque année, il appartient à l’employeur de déclarer les salariés concernés par l’exposition aux facteurs de pénibilité au-delà des seuils fixés par le Code du travail, avec prise en compte de mesures de protection individuelles et collectives.

3. Utilisation de référentiels de branche L’employeur pourra utiliser un référentiel de branche pour identifier les salariés concernés. Ce référentiel identifiera les postes, métiers ou situations de travail qui exposent aux facteurs de pénibilité dans des conditions imposant leur déclaration auprès de la CARSAT. Un décret à paraître en précisera les modalités d’élaboration et d’utilisation.

4. Les organismes de retraite informent les salariés qui ont fait l’objet de la création d’un compte individuel et nominatif de prévention de la pénibilité Tous les ans, chaque Caisse de retraite informe les salariés du nombre de points dont leur compte de prévention de la pénibilité est crédité. Les voies de contestation sont indiquées.

5. Prescription de 2 ans Un salarié qui veut contester le nombre de points dont est crédité son compte individuel de prévention de la pénibilité dispose, pour le faire, d’un délai de 2 ans, suivant la fin de l’année au titre de laquelle des points ont été ou auraient dû être portés au compte. ATTENTION : L’obligation de résultat en matière de sécurité, qui s’impose à l’employeur, est de plus en plus d’actualité ! L’obligation d’une évaluation régulière des risques et l’établissement du Document Unique d’Evaluation des Risques (DUER) actualisé reste inchangée !

CHAQUE ENTREPRISE bénéficie d’une expertise indépendante en santé au travail, grâce à son médecin du travail et ses collaborateurs. Je note ses coordonnées.

Prénom et nom :................................................................................................................................................................................. Adresse :...................................................................................................................................................................................................... ..............................................................................................................................................................................................................................

Mail :. ............................................................................................................................................................................................................. Téléphone : . ............................................................................................................................................................................................

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ENINVESTIR DIRECT

> Actions de Prévention

Des gains de 1 610 € à 8 170 € par salarié concerné !

L’approche est microéconomique : chaque action de prévention a été «  minutieusement analysée et valorisée de façon comptable, et validées par les entreprises concernées  ». C’est capital. En effet, les actions de prévention sont souvent vécues comme une charge au sein d’une entreprise, sans aucune valorisation économique de son impact. Alors que les autres investissements font souvent l’objet de calculs, pour en évaluer le retour. Et les résultats de l’étude sont là. « Oui, faire de la prévention contribue le plus souvent à améliorer la performance globale de l’entreprise, donc sa performance économique », affirme Paul Dulphil dans l’avant-propos. Et d’ajouter  : «  Bien entendue, la prévention ne doit pas être conditionnée à la rentabilité. Préserver la santé et la sécurité des femmes et des hommes de nos chantiers est avant tout une exigence éthique et sociale ».

Pour se maintenir et se développer, une entreprise doit investir. C’est une évidence. Il faut toujours dépenser pour les locaux et les véhicules, les machines et les équipements, la maintenance et l’entretien, la recherche et le développement, le marketing et la publicité, la prospection et la commercialisation, la formation, etc. Ces dépenses apportent un retour sur investissement. Il en est de même pour les actions de prévention... Dans une étude publiée en 2012, l’OPPBTP en fait la démonstration. L’Office Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics a passé au scanner 101 actions de prévention, menées par des entreprises de moins de 20 salariés, de 20 à 50 salariés, de plus de 50 salariés.

OTH : Organisation, Technique, Humaine

Les 101 actions sont très différentes les unes des autres, et concernent l’ensemble des métiers de la branche d’activité. Des actions portent sur l’Organisation : maintenance, contrôles, méthodes, modes opératoires, etc. D’autres sont Techniques : matériaux, produits, machines, équipements. Enfin, certaines actions portent sur l’Humain : sensibilisation, information, formation, accueil, personnel dédié.

Calcul des gains et des coûts

Pour chaque action, les coûts d’investissements, de formation, d’exploitation, d’entretien et de moyen humain supplémentaire ont été calculés. Les gains de productions, d’achats, de qualité, de marge et de prime d’assurance ont été valorisés. D’où le calcul du bilan économique : « une action est facteur net de performance économique si son bilan est positif ».

93 actions sur 101 ont rapporté plus qu’elles n’ont coûté

Les actions ont une durée moyenne de 5,2 ans. La durée moyenne de remboursement de l’investissement est de 1,5 an. Le gain en euros par salarié concerné est variable selon la taille de l’entreprise : - 1 610 euros pour les entreprises de plus de 50 salariés ; - 3 730 euros pour les entreprises de 20 à 49 salariés ; - 8 170 pour les entreprises de moins de 20 salariés. Le rapport moyen bénéfices-coût est de 3,10 pour les entreprises de moins de 20 salariés. Il est de 2 pour les entreprises de plus de 50 salariés. En conclusion : « La prévention a un impact économique chiffrable  ; elle s’avère souvent rentable ; elle est à la portée de toute les entreprises en particulier les TPE, avec des moyens mesurés et sans pénaliser la trésorerie ». En un mot : les actions de prévention rapportent plus qu’elles ne coûtent !

1 - Une approche économique de la prévention. D’après 101 cas étudiés en entreprise. Références Prévention. Office Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux publics. Paris, 2012, 245 pages. Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr

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ZOOM SUR

Association Santé Travail de l’Arrondissement de Valenciennes (ASTAV)

Les produits d’entretien sont des produits chimiques La gestion et la maintenance d’immeubles d’habitation collectifs comprennent une facette essentielle : l’entretien courant. Celuici va du simple ménage et nettoyage, jusqu’à l’effacement des tags… Les produits utilisés sont nombreux et variés. Leurs utilisations respectives peuvent relever de procédures adaptées de sécurité. Les mélanges sont, bien sûr, à éviter ! Et qu’en est-il des conditions de stockage ? La SA du Hainaut a posé la question à son service de santé au travail, l’Association de Santé au Travail de l’Arrondissement de Valenciennes. La SA du Hainaut est un bailleur social qui emploie plus de 300 salariés et gère 23 000 logements, en location ou à la vente, sur la région Nord / Pasde-Calais, de Berck à Maubeuge. Elle réalise chaque année des programmes de logements individuels et collectifs ainsi que des programmes destinés aux personnes âgées et handicapées. La SA du Hainaut compte 65 gardiens. Sa régie d’entretien compte 12 ouvriers de maintenance. Au total, 80 salariés sont exposés aux produits d’entretien.

Bertrand Carion est le référent sécurité à la SA du Hainaut. Il a sous sa responsabilité les conditions de travail, de santé et de sécurité du personnel, tant au sein des bureaux des 8 agences, qu’au sein des bâtiments gérés par la SA du Hainaut. Il gère également la sécurité du patrimoine, avec, par exemple, la sécurité des ascenseurs, la sécurité incendie et le délicat sujet de l’amiante : « C’est en échangeant avec le Docteur Evelyne Danghin, notre médecin du travail à l’ASTAV, que nous avons décidé de passer en revue la sécurité des produits d’entretien. Par exemple, nous n’avions pas vraiment de visibilité des produits commandés, stockés et utilisés par nos agences. Le docteur Evelyne Danghin a attiré mon attention sur les risques de certains produits et m’a proposé les services de Florent Monget, ingénieur Hygiène Sécurité Environnement, spécialisé sur les risques chimiques à l’ASTAV ». Bertrand Carion a l’habitude de travailler avec l’ASTAV et le CHSCT : « J’appelle l’ASTAV régulièrement et je travaille en lien étroit avec le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail ».

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Point de départ : la politique d’achats

Florent Monget a donc apporté ses compétences d’ingénieur : « Il faut commencer par le début : c’est-àdire les achats et le stockage. Nous avons colligé la Fiche de Données de Sécurité de chaque produit acheté. Elle doit obligatoirement être donnée par le fournisseur ou le distributeur. Nous les avons étudiées. Elles renseignent sur les risques sur la santé : irritation, sensibilisation, etc. Et sur les risques associés aux propriétés physiques : pH, point éclair, etc. Nous avons ainsi identifié les produits incompatibles au niveau du stockage et avons préconisé de gérer les stocks de manière différente ». Bertrand Carion poursuit : « Nous avons ainsi effectué une mise à plat de nos achats. Nous avons adopté les produits les moins toxiques. Nous avons renoncé à certains achats. La liste des produits retenus a été validée en CHSCT ».

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Point de passage obligé : les conditions de stockage

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ZOOM SUR

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Pour Bertrand Carion : « En réduisant les quantités achetées, nous avons réduits les volumes et les risques liés au stockage. Nous avons également visité les lieux de stockage : parfois, les produits étaient à même le sol, sans bac de rétention, les uns à côté des autres… ». Florent Monget précise : « Les conditions de stockage sont souvent les oubliées de la prévention. Attention ! Nous avons donc établi des préconisations écrites : nature des lieux, proximité d’un point d’eau, éclairement, contrôles, etc. ». Avec le concours du CHSCT, les conditions de stockage ont été complètement revues, avec information des gardiens d’immeubles : conditions de stockage, hygiène et conduite à tenir en cas d’incident.

Point essentiel : les conditions d’utilisation

Les différents produits sont nocifs à des degrés très variables. Pour Florent Monget : « La sensibilisation du personnel en interne est incontournable. Elle est essentielle : étiquetage des produits et ports éventuels de masque, de gants, de lunettes. Il faut savoir passer le temps nécessaire et suffisant à cette information ». Elle est d’ailleurs obligatoire, au regard du Code du travail. Bertrand Carion conclut : « Pour chaque produit, Florent Monget a établi une fiche de consigne de sécurité, qui précise l’usage, les conditions d’utilisation et de dilution le cas échéant, les prescriptions de stockage et le port des Equipements de Protection Individuelle. Quels dangers ? Quelles consignes d’utilisation ? Quelles conditions de stockage ? Avec notre service de santé au travail, nous avons trouvé réponse à nos questions ».

Pour en savoir plus, rubrique ZOOM SUR sur : www.entrepriseetsante.fr Entreprise & Santé • 4éme Trimestre 2015 • N°32 • www.entrepriseetsante.fr

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> Chaudronnerie

Utilisation des solvants et soudage : du « sur mesure » !

Venant d’un bureau d’étude, Alain Gorguet a créé son entreprise en 2006 : «  Quand j’investis, j’en parle d’abord au docteur Dewitte, notre médecin du travail à l’AISMT, et à Clément Corbier, notre contrôleur de sécurité à la CARSAT ». Pour le docteur Pascale Dewitte : « La parfaite collaboration entre cette TPE, la CARSAT et l’AISMT est exemplaire et remarquable,   ». Clément Corbier poursuit  : « C’est une entreprise où chacun cherche à avancer. Transparence et écoute mutuelle sont au rendez-vous ! ».

Solvants : du changement de produit au « stand sur mesure »…

Alain Gorguet explique : « En mettant à jour le Document Unique d’Évaluation des Risques, on s’est aperçu qu’il fallait opter pour un diluant de nettoyage sans CMR ». Le docteur Pascale Dewitte poursuit : « En étant totalement neutre et indépendante, Mélinda L’Hevéder, notre ingénieure en hygiène et sécurité, grâce à ses compétences en chimie, a pu éclairer cette TPE sur les critères de choix du nouveau produit ». Alain Gorguet a conçu et aménagé une salle pour la préparation peinture et le nettoyage du matériel d’application. Le concept est simple. Au centre : une table de travaux

Implantée à Hermies, dans le Pas-de-Calais, la SARL GORGUET fabrique, pour 80 % de son activité, des cabines pour engins aéroportuaires, industriels, agricoles et ferroviaire. La fabrication de carters ou de portails constitue les 20 % restants. Les huit salariés réalisent du « sur mesure », à l’unité ou en petite série. Par ailleurs, l’entreprise effectue en sous-traitance des travaux de grenaillage et d’application de peinture. En un an, d’importants investissements en santé au travail ont été réalisés, avec l’expertise de l’AISMT, son Service de Santé au Travail (Association Interprofessionnelle des Services Médicaux du Travail de Cambrai) et de la CARSAT Nord Picardie (Caisse d’Assurance Retraite et de Santé au Travail).

avec extracteur d’air et récupération des diluants usagés. L’accès à cette salle ne peut se faire qu’après le démarrage de l’extracteur d’air dans un premier temps et l’éclairage de la salle dans un second temps. Mélinda L’Hevéder précise : « Nous en avons suivi la mise en place, de l’idée aux plans… et de la construction à la mise en route ! Le dialogue avec l’AISMT est permanent ».Ces améliorations ont été confortées par une sensibilisation aux risques chimiques et une information sur l’importance de la prévention au quotidien.

Soudage : des torches aspirantes à l’information des salariés…

« En 2013, nous avons attiré l’attention de monsieur Gorguet sur la toxicité des fumées de soudage. En 2014, il est passé à l’action, en parfaite coordination avec l’AISMT » nous dit Clément Corbier, contrôleur de sécurité à la CARSAT. Pour Alain Gorguet : « Nos trois soudeurs se déplacent autour des pièces en acier. Une table aspirante a été installée pour certains travaux de meulage. Et chaque soudeur dispose d’une torche aspirante. Il est nécessaire d’expliquer pourquoi sont réalisés de tels changements  ». La formation des soudeurs sur la prévention des risques

Retrouvez la vidéo sur : facebook.com/SanteTravailFR

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ENVIRONNEMENT & TECHNIQUE

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a été assurée par Mélinda L’Hévéder, ingénieure à l’AISMT.

Investissement et Aide Financière Simplifiée de la CARSAT

Clément Corbier précise : « Dans ce contexte, Gorguet Sarl a bénéficié d’une Aide Financière Simplifiée CMR-Soudage, soit 40% de l’investissement de captage des fumées de soudage ». L’installation du matériel ayant été effectuée par la SARL GORGUET à ses frais. Le mot de la fin revient à Alain Gorguet : « Une TPE doit chercher aides et compétences, là où elles se trouvent. Si j’investis en santé au travail, je n’investis pas ailleurs. Il y a un coût que je ne peux pas répercuter sur le prix de vente. C’est un choix. Ces améliorations ont un coût : plus de consommation d’énergie, des diluants plus chers et moins performants, des consommables de torche plus couteux… Mais à terme on évite le coût économique et humain des maladies professionnelles». SARL GORGUET, 8 SALARIÉS Alain GORGUET, Gérant BOURSIES SANTÉ AU TRAVAIL DE CAMBRAI (AISMT)


INTERVIEW Le Professeur Claire MounierVehier est passionnée. Passionnée par son métier : professeur de cardiologie à la Faculté de médecine et chef du service de Médecine Vasculaire et Hypertension Artérielle au CHRU de Lille. Passionnée par son engagement associatif le plus récent : présidente de la Fédération Française de Cardiologie. Passionnée par la vie, d’où son « militantisme » pour la prévention des maladies cardiovasculaires. Claire Mounier-Vehier est accessible. Cette simplicité démultiplie sa force de conviction, au service du grand public. Entreprise & Santé l’a rencontrée, au cours de l’une de ses multiples conférences.

Claire Mounier-Vehier Professeur de cardiologie à la Faculté de médecine et chef du service de Médecine Vasculaire et Hypertension Artérielle au CHRU de Lille.

« Le stress, aigu ou chronique, peut provoquer des accidents cardio-vasculaires » Qui est concerné par le stress ? Claire Mounier-Vehier : C’est simple. Personne n’est épargné par le stress, « mal du siècle ». Il est une réponse normale de l’organisme face à un ensemble de contextes modifiant son fonctionnement habituel. Il peut être positif et pousser à l’action ou à l’effort lors d’un challenge professionnel ou sportif. Mais le plus souvent, le stress est négatif et engendre des émotions désagréables. Le stress est-il à l’origine de maladies cardio-vasculaires ? Claire Mounier-Vehier : Oui, sans aucun doute. Le stress peut provoquer des accidents cardiovasculaires, en particulier s’il touche un organisme déjà fragilisé, chez une personne à haut risque. Il faut distinguer le stress aigu et le stress chronique.

Parlons du stress aigu… Claire Mounier-Vehier : Il est lié à une émotion intense et brutale, qui peut être causée par une circonstance exceptionnelle, comme un accident, mais aussi par un instant banal, pouvant être vécu de manière très intense : dispute familiale, remarque brutale au travail… Le stress aigu peut provoquer un accident cardiaque, surtout s’il survient chez une personne à haut risque ou ayant déjà eu un problème cardiaque. Lorsque l’on ne parvient plus à exprimer ses émotions, la colère éclate brusquement. Elle est le facteur déclenchant le plus nocif du stress aigu. Chez certaines personnes, elle peut multiplier par 15 le risque d’infarctus !

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INTERVIEW : CLAIRE MOUNIER-VEHIER

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes

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Et pour le stress chronique ? Claire Mounier-Vehier : Les personnes particulièrement exposées regroupent plusieurs traits de caractère : la combativité, la compétitivité, la polarisation par le travail, les activités multiples, l’urgence du temps, la quête de reconnaissance, l’impatience, l’exigence pour soi-même et pour les autres… Ce stress chronique a une influence négative sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Le stress incite à fumer davantage, en donnant l’illusion d’un moment de détente. Il peut faire grossir, en favorisant le syndrome métabolique, ce qui augmente sensiblement le risque d’infarctus. Enfin, certaines personnes sensibles au stress ont tendance à être davantage sédentaires. Au travail, plusieurs facteurs contribuent au stress chronique  : manque de considération, objectifs mal définis, insuffisance d’informations, indifférence de la hiérarchie, impression d’une absence de reconnaissance quel que soit l’effort fourni… Et il y a des différences HommeFemme : les femmes qui déclarent éprouver un stress élevé au travail ont 40% de risque supplémentaire face aux maladies cardiovasculaires, comparativement à celles dont le stress est faible. L’insécurité de l’emploi ou le stress lié à l’exigence de résultats pourrait accroître jusqu’à 88 % le risque de crise cardiaque chez les femmes.

La progression des maladies cardiovasculaires chez les femmes est un véritable fait de société : les femmes ont adopté les mêmes mauvaises habitudes d’hygiène de vie que les hommes. Elles ont aujourd’hui le même mode de vie : stress, tabac, manque d’activité physique, alimentation déséquilibrée… Or, leurs artères sont plus fragiles que celles des hommes. Au-delà d’être moins protégées, les femmes sont aussi moins bien dépistées, prises en charge plus tardivement et se remettent plus difficilement… Et depuis qu’elles ont adopté les mêmes mauvaises habitudes de vie que les hommes, elles sont victimes d’accidents cardio-vasculaires de plus en plus jeunes… On constate actuellement une nette progression des infarctus du myocarde chez les femmes de moins de 60 ans. Selon l’Institut de Veille Sanitaire, entre 2002 et 2008 en France, le nombre de personnes hospitalisées pour un infarctus du myocarde a baissé dans toutes les classes d’âges chez les hommes (- 8,2% de 45 à 54 ans), sauf chez les femmes (+ 17,9% de 45 à 54 ans). Plus de 54 % des victimes des maladies cardio-vasculaires sont des femmes et les infarctus du myocarde chez les femmes de moins de 50 ans ont triplé ces 15 dernières années. Mais il n’y a pas de fatalité : en étant actrices de leur santé, les femmes doivent se mobiliser avec vigueur, sans plus tarder.

On pense que le risque cardiovasculaire touche surtout les hommes… C’est faux ? Claire Mounier-Vehier : Oui. Les chiffres sont là. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes.

Vous avez initié la campagne « Cœur de femme », en vous engageant aux côté de la mutuelle APREVA … Claire Mounier-Vehier : Apreva Mutuelle est partenaire des Parcours du Cœur et de la Fédération Française

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de Cardiologie Nord – Pas-de-Calais pour diffuser un message de prévention cardiovasculaire tout particulièrement tourné vers les femmes. Nous avons organisé depuis 3 ans une vingtaine de conférences grand public dans le Nord – Pas-de-Calais et en Picardie. Notre partenariat est exemplaire, sur un véritable problème de santé publique, avec un véritable engagement d’Apreva Mutuelle à nos côtés dans les actions de prévention ». Depuis juin 2015, vous êtes présidente de la Fédération Française de Cardiologie. Quel est son rôle ? Claire Mounier-Vehier : La FFC est la première association de lutte contre les maladies cardiovasculaires. Créée il y a 50 ans, elle est reconnue d’utilité publique. Elle se compose de 26 associations régionales de Cardiologie, dont celle du Nord – Pasde-Calais, l’une des plus actives. La FFC a 4 missions principales : la prévention, notamment à travers l’organisation des Parcours du Cœur début avril chaque année ; la recherche, à travers des bourses accordées à des chercheurs ; la réadaptation des cardiaques par une activité physique adaptée au sein de 250 clubs Cœur et Santé, et enfin informer sur les Gestes qui sauvent. La FFC est entièrement financée par les dons et legs. Pour en savoir plus : www. fedecardio.org. Qu’entendez-vous par « prévention positive » ? Claire Mounier-Vehier : C’est une prévention qui n’est pas punitive. On sait que les interdits ont tendance à être rejetés. Il s’agit donc de donner


En prévention, il ne faut jamais négliger la notion de plaisir. On peut faire des choses bonnes pour la santé sans s’autoflageler ! des conseils plutôt que marteler des interdictions. Prenez du plaisir à faire de l’activité physique, tout en protégeant votre santé ! Plutôt que si vous ne faites pas d’activité physique, vous serez malade. Mangez de tout un peu, avec modération, plutôt que jamais de charcuterie et de gâteaux… En prévention, il ne faut jamais négliger la notion de plaisir. On peut faire des choses bonnes pour la santé sans s’autoflageler ! On peut aussi parler de prévention citoyenne, car il est préférable d’être actif que de se sentir en permanence assisté par son médecin… Chacun a le moyen aujourd’hui de prendre en charge sa propre santé, dans un réflexe citoyen !. Comment une TPE ou une PME peut-elle s’engager dans cette « prévention positive » ? Claire Mounier-Vehier : Sur un plan général, l’entreprise peut concourir au développement de la santé de chacun. Par exemple : en incitant les salariés à faire une activité physique, en favorisant la méditation en pleine conscience, en offrant des facilités pour une alimentation saine le midi, en offrant des fruits dans une corbeille au sein de l’entreprise, etc. Ceci vient en complément de la prévention des risques professionnels et du développement de la santé au travail. La santé est importante dans la vie professionnelle et la vie personnelle. Une enquête, réalisée par Radio France en juillet 2011 auprès de plus de 5 000 personnes, décrit les caractéristiques du travail idéal : il permet de continuer à apprendre (48,1%), il donne l’impression de réussir quelque chose (40,6%), il rend utile (28,6%), il contribue au lien social

(27,1%), il laisse beaucoup de temps libre (23,7%), il permet de rendre la planète habitable (17,9%), il rapporte beaucoup d’argent (9,6%). Il faut se rapprocher des caractéristiques du travail idéal pour lutter contre le stress. Quels conseils donneriez-vous à un patron ou une patronne de TPE ou PME ? Claire Mounier-Vehier : Des conseils généraux certes, mais incontournables : - Pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique quotidienne, comme par exemple la marche. - Boire moins de café et d’alcool. - Ne pas fumer car fumer pour se détendre est un leurre et multiplie les risques d’infarctus du myocarde. - Manger équilibré, à savoir 3 repas par jour avec 5 fruits et légumes, moins de graisses, de sucre et de sel, éviter le grignotage. - S’accorder chaque jour des moments de détente : relaxation, méditation, lecture, musique, cinéma… - Exprimer ses émotions : peurs, joies, sentiments… - Parler avec ceux qui nous entourent et les écouter : collègues, conjoint, enfants, famille, amis… - Respecter la qualité et la durée de son sommeil. Ces conseils donnent du plaisir à la vie quotidienne, tout en réduisant le risque de l’interrompre par un accident cardiaque évitable…

BIOGRAPHIE express CLAIRE MOUNIER-VEHIER Âgée de 53 ans, Claire MounierVehier est issue d’une famille de « patrons » de médecine. Père : cardiologue ; mère : médecin du travail. Ses engagements confirment son attachement à l’excellence, au service public et à la prévention. Elle est aussi à l’aise devant un patient ou une salle comble. Son but : convaincre que la maîtrise des risques cardio-vasculaires, c’est possible ! 1991 : Thèse de doctorat de médecine, cardiologue. 1995 :Praticien hospitalier au CHU de Lille 2003 :Professeur des universitéspraticien hospitalier au CHU de Lille chirurgie vasculaire-médecine vasculaire : option médecine vasculaire ; service de médecine interne et hypertension artérielle, hôpital cardiologique. 2005 :Chef du Service de médecine vasculaire et hypertension artérielle au CHU de Lille. 2011 : Première vice-présidente de la Fédération Française de Cardiologie 2014 :Livre blanc pour un « Plan Cœur » 2015 :Présidente de la Fédération Française de Cardiologie Au cours de sa carrière hospitalo-universitaire, Claire MounierVehier a assuré la direction de nombreux travaux de recherche et réalisé de nombreuses publications scientifiques. Ses prises de position et avis sont souvent relayés par les médias nationaux.

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AUX ALENTOURS

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Saint-Pol-sur-Mer

Ruche d’entreprises, ruche de santé ! La santé s’est invitée à la ruche d’entreprises de Saint-Pol-sur-Mer, le mardi 23 juin 2015. Le pari n’était pas gagné d’avance. Et pourtant, à certains moments, on faisait la queue devant les stands. Il faut dire que tout était basé sur des échanges individualisés apportés par le CEDEST (Centre pour le Développement Santé au Travail), la Caisse Primaire d’Assurance Maladie des Flandres (site de Dunkerque) et le réseau PREVAL Littoral Flandres. L’ensemble était conçu comme un « parcours santé », au sein duquel chaque salarié pouvait trouver réponses à ses questions. 15 salariés s’étaient inscrits. 31 se sont présentés, en accord avec leur entreprise. Christelle Hennion est responsable du Pôle Prévention au CEDEST : « Dans le cadre de nos missions, nous cherchons à développer des actions d’éducation à la santé envers les TPE. Investir la ruche d’entreprises, avec la CPAM des Flandres et le réseau PREVAL, était un pari. Pari gagné devant le nombre de salariés reçus. De plus, une entreprise nous a demandé de refaire cette journée dans ses locaux en novembre 2015, avec un potentiel de 90 salariés sur la journée ! ». Chaque salarié accueilli était invité à un « parcours santé » au gré des stands animés par les différents partenaires.

Les TPE, invitées de marque du CEDEST !

Le CEDEST avait invité ses entreprises adhérentes du Dunkerquois à participer à cette Journée de Prévention Santé Travail. Les entreprises avaient été informées par mailing. Les infirmières de santé au travail du CEDEST renouvelaient l’invitation directement auprès des salariés, au cours des entretiens infirmiers de santé au travail. « Notre but était d’aborder les liens entre les habitudes de vie, la santé et la santé au travail  » nous précisent Hélène Marquette et Caroline Fransois,

infirmières de santé au travail au CEDEST. « Les salariés étaient accueillis par nos Assistantes en Santé au Travail qui leur remettaient la fiche Parcours Santé, les orientaient vers les différents stands de prévention ». Le CEDEST avait mobilisé deux autres infirmières en santé travail, Johanna Gabet et Emilie Papegaey, ainsi que deux assistantes en santé travail, Carole Louit et Patricia Pattyn. Assistante auprès de la ruche d’entreprises, Carole Baillobay a largement facilité l’organisation de cette journée.

Atelier TA, poids, IMC et Monoxyde de Carbonne…

Le but de la journée était la prévention des risques cardio-vasculaires, de ce fait, les infirmières santé travail du CEDEST effectuaient une prise de Tension Artérielle avec pesée, mesure de la taille et du périmètre abdominal. Le calcul de l’Indice de Masse Corporelle (IMC) était l’occasion d’un échange sur les risques liés au surpoids. La détection de monoxyde de carbone dans l’air expiré permettait d’approcher le risque lié au tabac. En fonction des résultats obtenus, des conseils individualisés étaient délivrés aux salariés.

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Atelier Droits et Bilan de Santé

Cet atelier était tenu par la CPAM des Flandres. Corinne Domzalski est infirmière au Centre d’Examen de Santé : « Nous expliquions le bilan de santé gratuit et nous pouvions inscrire en direct le salarié qui le souhaitait : 20 salariés se sont inscrits ». Par ailleurs, un point sur les droits ouverts auprès de l’Assurance Maladie pouvait être fait.

Atelier Dépistage du diabète

Marie-Odile Vanhille est coordinatrice à l’association PREVAL : « Nous proposions un dosage instantané de la glycémie capillaire, par piqure légère au bout du doigt, puis un échange sur les risques diabète, hypertension, surpoids, nutrition ». PREVAL est spécialisé dans l’éducation des patients atteints de diabète ou de maladies cardiovasculaires.

Une collation équilibrée

Soucieux de la qualité de l’accueil et du caractère très concret de cette journée, le CEDEST a offert, en fin de parcours, une collation équilibrée : café, thé, fruits et petits beurre. La prévention commence par des gestes simples et conviviaux !


AGENDA

ACTU

Document Unique ux cia so ho yc Ps ues sq Ri ce en fér on C Réservé aux adhérents de l’AISMT

30 sur Caudry > Le mardi 1er décembre de 13h30 à 16h de santé au CARSAT Nord Picardie et le service Cette conférence, organisée par la S) dans le (RP aux ation des Risques Psychosoci travail de Cambrai, traitera de l’intégr Document Unique (DU). Son objectif est: alisées sur les risques psychosociaux - d’apporter des connaissances actu de ces RPS accompagnement pour l’évaluation - de présenter une démarche et un (obligation légale). dans le cadre du document unique aines, cadres, rises (responsables, ressources hum rep ent les tes tou à erte ouv est Elle ressés. bres CHSCT, ...) et préventeurs inté mem , tion ven pré de ices serv es, tris maî l, Place du général de Gaulle, à côté Lieu : salle des fêtes du Pôle Culture dry Millénium, dans le centre ville de Cau Contact: 03 27 72 63 64 /rubrique-81.html Inscription: http://www.aismtcai.com

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