Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

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European Forum for Urban Security

Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine Mettre en œuvre, à l'échelon local, des actions visant à améliorer la sécurité individuelle et collective exige d’avoir une vision précise, non seulement de la criminalité et de la délinquance sur un territoire donné, mais également des perceptions variées qu’en ont les divers groupes qui le composent. L’ambition de ce guide est d’encourager et d’aider les décideurs politiques et techniciens locaux européens à développer et réviser régulièrement leurs politiques de sécurité en prenant appui sur des données fiables collectées sur le terrain.


Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Publié par le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), cet ouvrage est issu du projet « Outils méthodologiques pour la définition de politiques locales de sécurité en Europe – AUDITS » dont les travaux se sont déroulés de 2013 à 2016. Carla Napolano et Sebastian Sperber, chargés de mission, en ont assuré la réalisation sous la supervision d'Elizabeth Johnston, déléguée générale, et avec la contribution des experts Sohail Husain et Francesc Guillén Lasierra, ainsi que des partenaires. L’utilisation et la reproduction à des fins non commerciales sont libres de droits à condition d’en citer la source. Traduction : Nicole Choisi et Nathalie Bourgeois Mise en page : Michel & Michel – micheletmichel.com Imprimerie : Cloître Imprimeurs, Saint-Thonan - France ISBN : 2-913181-47-3 Dépôt légal : juin 2016 Forum européen pour la sécurité urbaine 10, rue des Montibœufs 75020 Paris - France Tél. : + 33 (0)1 40 64 49 00 contact@efus.eu - www.efus.eu

Avec le soutien financier du Programme : « Prévenir et combattre la criminalité », Commission européenne - Direction générale des Affaires intérieures. Les données et opinions présentées dans cette publication relèvent de l’entière responsabilité des auteurs et ne sauraient en aucun cas refléter les vues de l'Union européenne.


European Forum for Urban Security

Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine


Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Remerciements

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Le succès du projet AUDITS est l’aboutissement de l’engagement des représentants des Forums français, allemand et italien pour la sécurité urbaine, de l'implication aussi bien des villes partenaires Rotterdam et Stuttgart que des représentants des ministères belges et portugais de l'Intérieur, du Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine et de la ville de Bruxelles, en tant que partenaires associés. Nous tenons à adresser nos remerciements aux villes d’Augsbourg, de Düsseldorf, de Modène et de Montreuil ainsi qu’à leurs élus et à leurs collaborateurs pour avoir partagé leurs expériences et connaissances. Que les experts du projet soient également remerciés pour leur précieuse contribution. Nous exprimons aussi notre reconnaissance à la Commission européenne pour son soutien financier sans lequel notre projet et cette publication n’auraient pu être menés à bien. Notre gratitude va également à toutes les personnes qui nous ont accueillis lors de nos visites de terrain et aux orateurs invités à la conférence finale organisée à Rotterdam les 3 et 4 décembre 2015.

Partenaires du projet Ineke Nierstrasz, Robert De Vette, Suzanne Van Den Berge (Rotterdam, Pays-Bas), Martin Schairer, Gunter Schmidt (Stuttgart, Allemagne), Michel Marcus, Vanina Hallab, Émilie Petit (Forum français pour la sécurité urbaine - FFSU), Samanta Arsani (Forum italien pour la sécurité urbaine - FISU), Claudia Heinzelmann (Forum allemand pour la sécurité urbaine - DEFUS).

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Partenaires associés Laetitia Nolet (Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine), Véronique Ketelaer, Thierry Hendrickx (ville de Bruxelles, Belgique), Lieven D’Hauwe, Didier Vanbesien (ministère de l'Intérieur belge), Pedro Barreto (ministère de l’Intérieur portugais).

Experts Sohail Husain (Analytica Consulting Services, Royaume-Uni), Francesc Guillén Lasierra (Generalitat de Catalunya [Gouvernement autonome de la Catalogne], Espagne) et Svetislav Paunovic (Conseil de l’Europe).

Autres intervenants André Vervooren, Afke Besselink, Rien Van Der Steenoven, Erik Snel, Margrietha 't Hart, Arjen Leerkes, Geoffrey Oliviera (Rotterdam, PaysBas), Dirk Wurm, Diana Schubert, Janina Hentschel, Andreas Gleich (Augsbourg, Allemagne), Yvano De Biasio (Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine), Giovanna Rondinone, Vittorio Martinelli, Rosa Prete, Antonio Assirelli, Franco Chiari, Antonietta De Luca (Modène, Italie), Giovanni Sacchini (région de l’Émilie-Romagne, Italie), Eleonora Lega (Forum italien pour la sécurité urbaine - FISU), Muriel Capet, Sophie Le Bihan (Montreuil, France), Tanja Schwarzer, Jennifer Kühnel (Düsseldorf, Allemagne), Mandy Mucha, Thomas Scheuchenpflug (Munich, Allemagne), Radim Bureš (Transparency International, République tchèque), Alena Horáková, Adolf Polák (ministère tchèque de l’Intérieur), Andrzej Bojanowski, Tadeusz Bukontt, Leszek Walczak, Miłosz Jurgielewicz (Gdansk, Pologne), Janina Czapska, Katarzyna Jurzak-Maczka, Piotr Macynski, Jakub Maczka (université jagellonienne, Cracovie, Pologne), Gregor Burkhart (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies – OEDT), Burkhard Hasenpusch, Frederick Groeger-Roth (Conseil d’État pour la prévention de la criminalité de la région de Basse-Saxe, Allemagne), Samuel Thirion (Societal Progress Indicators for the Responsibility of All SPIRAL), Patrick Wincke (Observatoire national de la violence dans le sport, France), Gilda Farrell (CARMEN, Portugal), Regine Serra,

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Tommaso Vitale, Mathieu Zagrodzki (Institut d'études politiques de Paris, France), Alexandre Reznikow, Catalina Ramirez Palau, Charlie Mitchell, Ewen Frondillon, Kwame Boye Frimpong, Juliette Baron (étudiants de l’Institut d'études politiques de Paris, France), Chris Williams (Home Office, Royaume-Uni), Jenny Ewels (Liverpool, Royaume-Uni), Lizzie Peters (Londres, Royaume-Uni), Thomas Görgen (Collège universitaire de la police, Münster, Allemagne), Renate Soellner (Université de Hildesheim, Allemagne), Wolfgang Bandilla (GESIS – Institut de sciences sociales Leibniz, Mannheim, Allemagne).

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Table des matières

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Avant-propos................................................................. p. 8 Introduction.................................................................p. 10 Chapitre 1 : L’approche stratégique de la sécurité urbaine..........................................................................p. 15 I. Une approche établie et reconnue à l’échelon international....... p. 16 II. Les audits locaux au cœur de l'approche stratégique de la sécurité urbaine ................................................................... p. 18

Chapitre 2 : Gouvernance et durabilité..................... p.31 I. Comment rendre le processus gérable....................................... p. 33 II. Les difficultés actuelles du processus d’audit........................... p. 35

Chapitre 3 : Méthodes et outils de mise en oeuvre.......................................................................p. 37 I. Connaître et comprendre........................................................... p. 39 II. Élaborer une stratégie............................................................... p. 65 III. Agir......................................................................................... p. 71 IV. Évaluer et examiner................................................................. p. 76 V. Mobilisation et participation..................................................... p. 78

Références et bibliographie........................................p. 88

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Avant-propos

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Mettre en œuvre, à l'échelon local, des actions visant à améliorer la sécurité des personnes et celle de la collectivité exige d’avoir une vision claire et précise non seulement de la criminalité et de la délinquance dans une communauté donnée, mais également des perceptions variées qu’en ont les groupes divers qui composent une population. Dans un contexte de restrictions budgétaires et d’impératifs de transparence, les autorités régionales et locales doivent veiller à rendre leurs investissements plus efficients en fondant leurs actions sur des donnés probantes et des connaissances scientifiques. Avec ce deuxième guide, Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine, l’Efus s'est fixé comme objectif d’apporter aux décideurs politiques, à l’échelon local notamment, les outils et les grilles de compréhension indispensables pour avoir une vision claire de l’état de la sécurité sur leur territoire afin d’élaborer des politiques appropriées. Le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus) promeut depuis longtemps cette approche. Il rappelle en effet dans son Manifeste d’Aubervilliers et de Saint-Denis (2012) que : « Toute politique doit prendre en compte l’état des connaissances techniques, scientifiques et créer les conditions de leur production. Pour ce faire, les villes doivent se donner les moyens de s’assurer que leurs politiques sont déterminées et guidées par des données probantes, tant qualitatives que quantitatives, et non pas par des préjugés ou postures idéologiques. Elles s’engagent à évaluer systématiquement leurs actions de prévention afin d’en accroître l’efficience et ainsi faire entrer la prévention dans une nouvelle étape de professionnalisation. » Dans cette publication, qui s’inscrit dans la continuité de son Guide sur les audits locaux de sécurité : Synthèse de la pratique internationale publié en 2007, l’Efus insiste de nouveau sur la nécessité de resserrer les liens entre la recherche universitaire, les programmes et les pratiques en matière de prévention de la criminalité. Ce nouveau guide met l'accent sur les aspects pratiques de cette démarche en expliquant de quelle manière les audits locaux de sécurité peuvent et doivent être la clé de voûte d’une approche stratégique de la sécurité urbaine axée sur la population et les problèmes d’un territoire donné. Des exemples de méthodes et d'outils viennent illustrer les diverses étapes de la mise en pratique.

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L’approche stratégique n’est pas une « nouvelle méthode » ; elle harmonise les phases fondamentales de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une politique de sécurité à l'échelle mondiale et régionale. En fonction des situations relevées sur le terrain, renforcer la phase de l’audit peut s’avérer nécessaire pour certaines autorités locales, alors que d’autres devront s'attacher davantage à la mise en œuvre. Dans un cas comme dans l’autre, il faut intégrer l’approche stratégique dans le long terme et ne pas la considérer comme un « exercice ponctuel ». La question de l’engagement des citoyens dans ce processus est un enjeu important de cette approche holistique de la sécurité. Divers modes d’implication sont employés en Europe mais, en général, cette diversité concerne davantage l'information communiquée qu’une coproduction de la sécurité par les autorités locales et la société civile. S’inspirant du Manifeste de l’Efus, le présent ouvrage met l'accent sur les modalités de mise en œuvre de cette participation. « Les politiques de sécurité doivent être pensées et conçues autour des besoins individuels ou collectifs du citoyen et non pas en fonction des institutions publiques. Pour ce faire, la participation est un principe transversal d’action, permettant d’associer la société civile à toutes les étapes de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques. La prévention du futur ne peut se concevoir et se réaliser qu’avec une pleine participation de la jeunesse, trop souvent stigmatisée et victime de violences. Il faut redonner des objectifs et des moyens d’expression concrets au projet politique commun qui unit les citoyens européens. Cette citoyenneté active passe par l’appropriation de la sécurité par chacun, notamment au travers d’une éducation à la légalité et d’un partage des valeurs de justice et de démocratie. » L’ambition de ce guide est d'encourager et d’aider les décideurs politiques et les techniciens locaux des pays européens à développer et réviser régulièrement leurs politiques de sécurité en prenant appui sur des données documentées et fiables collectées sur le terrain. Cette démarche permettra de renforcer les actions de prévention et de promouvoir celles-ci comme étant la réponse la plus efficace et la plus économique à la criminalité. Elizabeth Johnston Déléguée générale

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Introduction

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Garantir aux citoyens protection et sécurité où qu’ils se trouvent est une responsabilité fondamentale des pouvoirs publics. Si cette mission a traditionnellement été considérée comme relevant des compétences des structures policières et de la justice pénale, la réflexion et les approches en la matière ont évolué au cours des 25 dernières années et de nombreux pays connaissent une situation bien différente désormais. Dans les villes européennes, l’interaction entre plusieurs tendances importantes a fait comprendre que pour parvenir à la sécurité, les éléments suivants doivent être réunis :

 lutter contre les facteurs de risque de criminalité et de délinquance en mettant en œuvre des actions de prévention assorties de mesures visant à dissuader et à arrêter les délinquants ;

 les responsables locaux doivent jouer un rôle moteur, tout en reconnaissant l’importance des contributions que de nombreux acteurs les autres prestataires de services publics, les citoyens, le secteur privé et les organisations de la société civile - peuvent apporter en parallèle avec les institutions policières et judiciaires ;

 adopter une approche collaborative fondée sur un partenariat entre divers organismes, qui englobe toutes les tranches de la population et incite les citoyens à s’engager pleinement ;

 mener des actions stratégiques afin d’atteindre des objectifs à moyen et à long terme, s’appuyer sur une bonne compréhension des problèmes pour prendre des décisions et élaborer les cadres qui conviennent en matière de mise en œuvre, de suivi des progrès accomplis, d'évaluation des résultats et des plans de révision ;

 réduire non seulement le risque réel de criminalité et de délinquance, mais veiller également à ce que les citoyens se sentent pleinement en sécurité dans les villes où ils vivent, travaillent ou passent leur temps de loisir.

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Le Guide sur les audits locaux de sécurité : Synthèse de la pratique internationale publié en 2007 visait à encourager tant les responsables municipaux et les techniciens locaux à réfléchir aux questions de sécurité des collectivités et à leur donner les moyens de faire avancer la réflexion. Ce guide s'inscrivait dans le cadre de l’élaboration d'une stratégie de prévention : il mettait l'accent sur la collecte, l'analyse et l'utilisation de toute une série de renseignements qui serviront à déterminer des actions prioritaires tout en renforçant le consensus et l'implication des acteurs intéressés. S'il reste en grande partie d’actualité, des changements majeurs se sont produits depuis sa publication et ont eu une incidence sur l’importance de la prévention en général et sur le processus d’audit en particulier. Dans un contexte politique plus large, veiller à ce que les citoyens se sentent en sécurité est de plus en plus considéré comme une priorité. C’est une composante importante qui influe sur le sentiment de bien-être d’une personne ou d’une collectivité qui, à son tour, a des répercussions sur la stabilité d’un quartier, le développement économique, la qualité de vie en général, l’intégration et la justice sociales. En reconnaissant de plus en plus que la justice sociale est aussi importante qu'une gestion efficace de l'environnement pour réellement parvenir à un développement durable, l’ensemble des responsables municipaux et autorités locales doivent faire de la lutte contre la criminalité et le désordre une priorité. Le contexte économique a également changé. La crise financière mondiale des années 2007-2008 et la longue récession qui s’en est suivie ont durement frappé plusieurs villes européennes, qui ont connu un taux de chômage élevé, une crise du marché immobilier et des recettes fiscales en baisse. La demande de services a augmenté, mais la chute des revenus a conduit à des coupes dans les dépenses publiques. Les chiffres de la criminalité dans la plupart des pays européens ont paradoxalement baissé durant cette période, affaiblissant les arguments en faveur de nouveaux investissements en matière de lutte. Ces circonstances ont eu pour effet conjugué de rendre l’obtention de ressources pour la prévention beaucoup plus difficile et de réduire les budgets. Il faut par conséquent trouver les moyens de mener des audits de façon plus rentable et démontrer l'optimisation des ressources.

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Les progrès technologiques réalisés ces dix dernières années ont généré d'immenses possibilités en matière de prévention. Les médias sociaux, les applications des téléphones mobiles notamment, facilitent la participation du public et la collecte de données en temps réel (y compris par le biais de la production collaborative). L’imagerie satellitaire, qui peut par exemple servir à relever le niveau d’éclairage des villes, a ouvert de nouvelles voies pour enquêter sur les types et causes de criminalité. Enfin, certains sujets méritent une attention plus grande de nos jours qu'au moment où ce guide est paru pour la première fois. Fait plus important encore, diverses formes de violence cachée, y compris interpersonnelle (en particulier les actes commis contre les femmes et les filles), l’exploitation sexuelle des enfants et la traite des êtres humains sont désormais plus largement considérés comme des problèmes très répandus. Ils doivent faire l’objet d’une attention particulière, même si les recherches et les évaluations dans ces domaines s'avèrent extrêmement difficiles. Ce guide, Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine, analyse l’expérience et les pratiques européennes en matière d’approches stratégiques de la sécurité urbaine, afin d’offrir aux acteurs locaux une vue d’ensemble des moyens mis à leur disposition. L’ouvrage constitue un outil de diffusion, de généralisation de la notion d’approche stratégique de la sécurité urbaine et de renforcement des capacités de mise en œuvre des autorités européennes à l’échelon local et régional. Ce nouveau guide européen s'appuie et complète le Guide sur les audits locaux de sécurité - Synthèse de la pratique internationale, publié en 2007 par le Forum européen pour la sécurité urbaine, qui a permis de diffuser à l’échelle internationale la pratique des audits locaux de sécurité et qui est aujourd’hui considéré comme un outil de référence. La présente publication est issue de travaux menés entre 2013 et 2016 dans le cadre du projet européen Outils méthodologiques pour la définition de politiques locales de sécurité en Europe – AUDITS. Ce projet a bénéficié du cofinancement de la Commission européenne et a rassemblé les Forums européen, français, allemand et italien pour la sécurité

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urbaine ainsi que les villes de Rotterdam et de Stuttgart en tant que partenaires. Les ministères de l’Intérieur de Belgique et du Portugal, le Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine et la ville de Bruxelles ont apporté leur soutien en tant que partenaires associés. Les experts Sohail Husain, Francesc Guillén Lasierra et Svetislav Paunovic ont également participé aux travaux. Cette publication est en partie le fruit d’un travail de recherche réalisé dans le cadre du projet sur les méthodes et outils mis en œuvre en Europe et sur les activités menées à l'échelon local par les cinq partenaires dans quatre pays européens. Par sa nature, elle invite également les villes à s’approprier et à améliorer les résultats présentés en les adaptant au contexte local. Les travaux se sont articulés autour : d’une recherche sur les méthodologies et outils européens ; de plusieurs séminaires qui ont réuni les partenaires et les experts du projet ; de la mise en œuvre de cinq audits locaux ou enquêtes de terrain ; de visites effectuées dans les villes participant au projet en vue de les aider à consolider et à réorienter leurs activités locales ; et enfin de la diffusion, grâce notamment à cette publication, des résultats obtenus.

Le guide comporte trois chapitres : Chapitre 1 – L'approche stratégique de la sécurité urbaine Cette section est consacrée à la description et à l’importance de l’approche stratégique de la sécurité urbaine. Elle explique ce qu'est un audit local de sécurité et les raisons pour lesquelles il est utile d'y avoir recours pour élargir le champ d'analyse au-delà d’une simple évaluation des délits ou de leur absence. Elle montre également de quelle manière l’approche stratégique peut contribuer au développement durable des villes et régions européennes. Par ailleurs, ce chapitre présente un historique des audits et analyse ce que signifie travailler dans la prévention de la délinquance à l'heure actuelle. Il offre des exemples de problèmes rencontrés et aborde les tendances ainsi que les enjeux actuels, tels que : la traduction des résultats de l’audit en actions concrètes ; l’utilisation de nouvelles technolo-

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gies d’information et de communication ; les possibilités offertes par l’open data et les obstacles à surmonter afin de mettre en œuvre une approche stratégique dans un contexte de réductions budgétaires.

Chapitre 2 – Gouvernance et durabilité Ce chapitre s’adresse particulièrement aux décideurs politiques et formule des recommandations de mise en œuvre de l’approche stratégique. Il est centré sur la manière de réaliser cette approche et de la rendre durable ; il examine les moyens d'établir des partenariats entre les différents acteurs et d'inciter les citoyens à participer. Les questions soulevées ici portent sur les facteurs suivants : la volonté politique ; le lien entre les politiques de prévention et d’autres mesures stratégiques à long terme ; les conditions requises pour échanger des informations ; la communication des politiques de sécurité ; les moyens nécessaires pour veiller à ce que cette approche et les procédures d’évaluation bénéficient d’un appui à long terme.

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Chapitre 3 – Méthodes et outils de mise en œuvre Cette troisième partie présente une vue d’ensemble des méthodes et outils disponibles en fonction de l’objectif à atteindre : apprendre et comprendre le contexte ; mobiliser les parties prenantes ; construire sa stratégie ; mettre en place les actions adéquates ; mener une évaluation. Les avantages et inconvénients qui en résultent sont également exposés afin que les acteurs locaux identifient les méthodes et outils qui leur conviennent le mieux, en fonction de la situation sur le terrain.

Dans la version publiée en ligne (disponible sur www.efus.eu ou sur www.efus-network.eu pour les membres de l’Efus) figure aussi une description claire et concise des méthodes et outils présentés dans la troisième partie, ainsi que des études de cas en Belgique, France, Italie, Espagne, au Royaume-Uni et dans certains pays d'Europe centrale. Un glossaire et des références bibliographiques fournissent des définitions et explications des termes et notions clés utilisés dans ce guide.

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Chapitre 1

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L’approche stratégique de la sécurité urbaine

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I. Une approche établie et reconnue à l’échelon international

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> « Il apparaît clairement que des stratégies de prévention du crime bien conçues permettent non seulement de prévenir la criminalité et la victimation, mais aussi de favoriser la sécurité collective et de contribuer au développement durable des pays1. » Cette phrase d’introduction aux Principes directeurs des Nations Unies applicables à la prévention du crime indique que l’approche stratégique en matière de sécurité urbaine et de prévention de la criminalité - démarche désormais établie et reconnue à l'échelon international - a pour objet de s'attaquer aux causes profondes de l'insécurité. Cette approche complète l’application de la loi en matière de prévention axée sur le développement, la situation ainsi que les caractéristiques sociales et communautaires2. « Une politique cohérente de sécurité et de prévention de la délinquance doit reposer sur la prévention, la répression et la solidarité3. » Cette approche stratégique de la sécurité urbaine s’est développée au cours des 30 dernières années dans plusieurs pays et à travers les activités d’organisations et institutions internationales, telles que l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, la Banque mondiale, le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) et aussi le Forum européen pour la sécurité urbaine4 (Efus selon le sigle anglais).

1- Principes directeurs applicables à la prévention du crime, Résolution 2002/13 du Conseil économique et social des Nations Unies- ECOSOC. 2- Voir par exemple: Michael Tonry and David P. Farrington (1995): Strategic Approaches to Crime Prevention. In: Crime and Justice, Vol. 19, p. 1-20. 3- Charte urbaine européenne, Conseil de l’Europe (1992). « Nous sommes convaincus que les politiques de sécurité doivent être construites sur un équilibre entre prévention et sanction. » Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis, « Sécurité, démocratie et ville », Forum européen pour la sécurité urbaine, 2012. 4- Guide sur les audits locaux de sécurité - Synthèse de la pratique internationale, Forum européen pour la sécurité urbaine, 2007.

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Adopter une approche stratégique, c’est suivre un plan pour atteindre des objectifs élevés à moyen et à long terme, plutôt que de prendre des décisions ponctuelles visant la réalisation de buts à court terme. Cette démarche exige non seulement des connaissances fondées sur des informations factuelles, des décisions prises en s'appuyant sur des données fiables sur les circonstances locales, mais également des travaux de recherche sur l’efficacité d'autres actions. Selon les Principes directeurs des Nations Unies, « Les stratégies, politiques, programmes et mesures de prévention du crime devraient reposer sur une base à la fois large et multidisciplinaire de connaissances des problèmes que posent la criminalité, leurs causes multiples et les pratiques prometteuses et éprouvées. » L'accent est mis sur l’importance des réponses stratégiques fondées sur une « analyse systématique des problèmes de criminalité, de leurs causes, de leurs facteurs de risques et de leurs conséquences, en particulier à l'échelle locale. » Des textes de référence, tels que les règles de base énoncées dans les Principes directeurs des Nations Unies ou dans les manifestes de l’Efus, « Sécurité, démocratie et villes », rappellent qu’une approche stratégique de la sécurité urbaine s'appuie sur les droits de l’homme et tire parti, par sa nature holistique, du rôle central que jouent les collectivités locales, les partenariats multi-institutionnels et la participation des citoyens. Il est généralement admis que les caractéristiques de cette approche contribueront à garantir des choix justes et justifiables ainsi qu'une bonne utilisation des ressources disponibles, ce qui est extrêmement important en période de difficultés économiques. Un audit local de sécurité devrait être le point de départ de la mise en œuvre de ce type d’approche. Bien qu'ils demandent beaucoup de compétences, de technologies et d'autres ressources, les audits sont mis en oeuvre par des villes en Europe et hors d'Europe, autant dans les pays développés que dans ceux en voie de développement.

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II. Les audits locaux au cœur de l'approche stratégique de la sécurité urbaine

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> 1. Qu’est-ce qu’un audit de sécurité ? Un audit de sécurité peut être défini comme une analyse systématique visant à acquérir une représentation précise du crime et des problèmes de victimation dans une ville ; à identifier les atouts et les ressources pour la prévention ; à permettre l’identification des priorités, et à aider à déterminer une stratégie qui permettra de s’atteler à ces priorités. Un audit à l’échelle de la ville consiste généralement à :

 définir le contexte avec une présentation générale de la démographie, de l’économie et de certaines autres caractéristiques de la ville mais également comparer ces données avec les données régionales ou nationales ;

 analyser la criminalité et la violence, ainsi que les problèmes connexes – tels que les troubles et incivilités – à travers leur ampleur, les tendances, leur répartition et leurs impacts ;

 établir un profil des victimes et des délinquants, en fonction notamment du genre et de l’âge ainsi que des caractéristiques ethnoculturelles et socioéconomiques de ces groupes ;

 étudier les modèles de facteurs de risque susceptibles de contribuer à l’émergence de la criminalité et de la violence ;

 évaluer l’efficacité des projets et services (comme la santé, le logement, l’aide sociale et l’éducation) en rapport avec la prévention ;

 évaluer l’environnement politique et institutionnel afin d’identifier les possibilités de développement d’actions préventives ;

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 identifier les possibilités, les points forts et le potentiel du quartier, notamment le capital social, la société civile et les projets existants sur lesquels la future stratégie pourra s’appuyer.5 Tout en cherchant à couvrir tous ces points, les audits devront néanmoins être adaptés aux spécificités locales et seront donc de conception, de complexité et de méthodologie variables. Ils reflèteront les contextes géographiques, institutionnels, culturels et de développement dans lesquels ils seront réalisés. Ils seront aussi fonction de la disponibilité des ressources et de l’expertise pour ce travail ainsi que de l’adéquation des données appropriées provenant de sources officielles ou autres.6

>>>>>>>> Audit de sécurité : gains rapides Ce n’est pas parce qu’un audit est en cours que des mesures ne peuvent pas être prises avant l’annonce de ses conclusions. Il y a beaucoup à gagner à réagir rapidement aux problèmes dont la solution est évidente et relativement simple afin d’obtenir des résultats rapides qui renforcent la confiance et le sentiment d’efficacité.

2. Dix principes pour une bonne pratique Lors d’un audit de sécurité, le processus doit s’appuyer sur un certain nombre de principes convenus par l'équipe chargée de sa supervision. Ces principes devront être élaborés de manière à ce que le processus

5- L’OMS définit le capital social comme « le degré de cohésion sociale qui existe dans les communautés. Il désigne les processus interpersonnels qui établissent des réseaux, des normes et la confiance sociale, et facilitent la coordination et la coopération dans l’intérêt des différentes parties. Il est créé à partir de la myriade de relations quotidiennes entre les individus et prend la forme de structures telles que des associations de citoyens, des groupes religieux, la famille et les réseaux informels de la collectivité, et de normes (le volontarisme, l’altruisme et la confiance). Plus ces réseaux et ces liens sont solides, plus il est probable que les membres d’une communauté coopèrent dans l’intérêt de tous. » Les principaux éléments du capital social sont la citoyenneté, le voisinage, la confiance et les valeurs communes, l’implication dans la vie de la collectivité, le volontariat, les réseaux sociaux et la participation civique. Glossaire de la promotion de la santé. Organisation mondiale de la santé - OMS, Genève, 1998. 6- Pour une étude comparative des approches en France, Nouvelle-Zélande, Australie et au Royaume Uni, voir Alvarez J., Les diagnostics locaux de sécurité. Une étude comparée, pour mieux comprendre et mieux agir. Québec : Institut national de santé publique du Québec/Centre international pour la prévention de la criminalité, 2006.

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soit équitable, global et formateur et qu’il contribue à l’élaboration de politiques et priorités stratégiques d’un plus haut niveau. Sans la reconnaissance explicite de ces principes, il existe un risque de ne pas dûment inclure certains groupes marginalisés et exclus de la société. Certains principes peuvent varier en fonction des spécificités locales, mais ceux suggérés ci-dessous sont universels :

 L’objet de l’audit doit être d’acquérir une représentation précise de la criminalité, des problèmes connexes et de leurs causes afin de contribuer à l’élaboration d’une stratégie de prévention.

 L’audit doit se fonder sur le principe selon lequel la criminalité est le fruit d’une interaction complexe entre de nombreuses considérations sociales, économiques, juridiques, environnementales et autres.

 L’audit doit adopter des pratiques qui façonnent et contribuent à une bonne gouvernance urbaine et au développement durable.

 L’audit doit être entrepris dans le respect aussi bien de la loi que des droits de l’homme et doit servir à promouvoir une culture de la légalité.

 Un engagement fort des responsables politiques compétents dans le domaine est essentiel, car la réussite dépend de leur capacité à réagir aux observations et conclusions.

 Une approche participative qui implique une prise de contact avec la société civile et intègre les intérêts de la collectivité est fondamentale tout au long du processus d’audit.

 Une démarche volontariste est nécessaire pour veiller à ce que la voix des populations pauvres et les plus touchées soit entendue, reconnaissant que les données officielles ne reflètent pas exactement leurs expériences.

 L’audit doit intégrer différentes perspectives liées au genre, aux minorités et à la jeunesse.

 L’audit doit identifier les atouts pertinents d’un quartier, notamment le capital social et les projets réussis qui peuvent constituer la base de réponses efficaces.

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 L’audit ne doit pas servir à encourager l'auto-justice ou la répression, mais être uniquement utilisé en tant que partie du processus de prévention.

3. Les avantages de l’audit Les audits de sécurité demandent en général du temps et des ressources aux partenaires de la stratégie de prévention, mais cet investissement peut apporter de nombreux avantages. Ils permettent notamment de :

 centraliser les informations, l’énergie et les ressources de différentes organisations et communautés afin de dresser un tableau complet ;

 aider des organisations qui ont des perspectives différentes à s'entendre sur la hiérarchisation des problèmes ;

 révéler certains liens complexes existant entre facteurs sociaux, économiques et autres et mobiliser les services pour participer aux actions de prévention ;

 créer les bases d’une résolution efficace des problèmes, afin de trouver le juste équilibre entre les différentes approches et activités ;

 promouvoir le partenariat et la participation de la collectivité, contribuant ainsi à la bonne gouvernance urbaine ;

 renforcer les capacités des acteurs locaux en développant leurs compétences et connaissances ;

 révéler les caractéristiques spécifiques des problèmes de criminalité dans une zone particulière afin d’adapter les solutions aux besoins locaux ;

 mettre en lumière les dispositifs et services ayant bien fonctionné par le passé et fixer un étalon de mesure du changement et des réalisations. Mais avant tout, les audits de sécurité fournissent une base pour des stratégies efficaces en matière de prévention de la criminalité et d’amélioration de la qualité de vie des citoyens.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

4. Préparation de l’audit Information à collecter L’audit de sécurité doit rassembler des informations sur plusieurs sujets. Il doit inclure des données contextuelles sur la ville et sa population ; des informations sur la criminalité et ses activités connexes ; les impacts et le coût de la criminalité ; les facteurs liés à la délinquance et à la victimation ; les atouts, services et initiatives qui peuvent réduire l’apparition des problèmes, et l’opinion des citoyens. Pour commencer, l’équipe d’audit doit dresser une liste des thèmes sur lesquels elle axera son investigation. Elle peut ensuite examiner quelles informations sont déjà disponibles et celles qu’il faudra collecter (tableau 1). Tableau 1 - Informations devant figurer dans l’audit de sécurité

Environnement

Taille de la ville, occupation des sols, structure économique, situation politique

Démographie

Population totale, équilibre entre les genres, pyramide des âges, diversité ethnoculturelle, emploi/chômage

Criminalité et troubles

Types de délits, fréquence, délinquants, cibles, répartition

Impact et coût économique

Sur les particuliers et la collectivité (comme les blessures liées à la violence), impact sur les services des urgences des hôpitaux, valeur des biens volés, coût de la sécurité et de la justice

Perceptions

Du risque, de la vulnérabilité, de la police, de la justice et d’autres services

Facteurs de risque

Comme la pauvreté relative, la violence, le placement des enfants, le décrochage scolaire, les maladies mentales

Services Initiatives

Prestataires, gamme, qualité, accès, utilisation, projets et programmes, pratiques efficaces

Patrimoine

Capital social, société civile, immeubles, terrains et autres ressources

Acteurs impliqués

Intérêts, capacités, ressources

Extrait du référentiel Safer Cities Toolkit de l’ONU-Habitat

Idéalement, l’audit rassemblera des informations tant quantitatives que qualitatives. Elles peuvent chacune mettre en lumière un sujet et se complètent pour dresser un tableau précis. Des données chiffrées

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(provenant des enquêtes de victimation, par exemple) peuvent révéler avec force les dimensions d’un problème en particulier en apportant des réponses aux questions sur la nature (quoi ?) et l’ampleur (combien ?) des faits. Cependant, des données qualitatives ou descriptives, provenant d’entretiens par exemple, sont susceptibles de brosser une image tridimensionnelle plus riche répondant aux questions importantes « comment ? » et « pourquoi ? ». Toute partialité dans l’analyse d’informations faciles à mesurer, aux dépens de données plus complexes ne pouvant être collectées que grâce au contact et à la discussion, est susceptible de mener à des conclusions trompeuses. Il faut reconnaître qu’une unique source d’information ne pourra vraisemblablement pas répondre à toutes les questions posées et que les données de la police et de l’administration judiciaire, même si elles peuvent être utiles, restent souvent limitées. S’appuyer sur plusieurs sources d’information indépendantes permet une « triangulation » garantissant un tableau aussi précis et complet que possible.

>>>>>>>> Informations quantitatives et informations qualitatives « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. » Albert Einstein, 1879-1955

Connaissances et compétences nécessaires Une planification soignée, une bonne gestion et une mise en œuvre rigoureuse bénéficieront à l’audit local de sécurité. Des informations sur un large éventail de thèmes devront être recueillies auprès de plusieurs sources et ce, en utilisant des méthodes différentes. Elles devront être rassemblées et évaluées afin de tirer des conclusions qui aideront à choisir les priorités et à définir des réponses. Tout au long du processus, la qualité et la régularité de la communication avec les acteurs impliqués seront nécessaires pour une participation efficace. L’éventail

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

des questions, des tâches et des techniques nécessaires exigera les connaissances et compétences suivantes : Connaissances

 Contexte local – environnement géographique, économique, culturel, politique et démographique.

 Services clés – priorités, politiques, cultures et dispositifs organisationnels des prestataires locaux, notamment dans le secteur public et celui des organismes à but non lucratif.

 Police et système judiciaire – rôles des institutions, organisation de la police, pratiques d’enregistrement des délits et incidents, forces et faiblesses des données du système judiciaire.

 Prévention de la criminalité – une compréhension des agressions et du sentiment d’insécurité, comprenant notamment des questions liées au genre, la vérification de l’efficacité de certaines réponses et la façon dont les audits peuvent servir à développer une stratégie préventive. Compétences techniques

 Plan de recherche – formulation des objectifs, choix des méthodes, spécification des résultats.

 Gestion du projet – programmation du travail, affectation des ressources, gestion des risques et assurance qualité.

 Analyse des acteurs impliqués – identification, évaluation de leurs intérêts et définition des modalités de leur participation.

 Implication de la communauté – recours à des activités qui encouragent une large participation, notamment pour faciliter l’engagement des femmes, des jeunes et des groupes « difficiles à atteindre ».

 Techniques consultatives – entretiens, réunions et « groupes cibles » afin d’obtenir des informations de la part des prestataires de services publics et de mettre en lumière les intérêts de la communauté

 Enquêtes de victimation – conception du questionnaire, échantillonnage de la population, création d’une base de données et réalisation des entretiens.

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 Médias sociaux – utilisation de la technologie afin de créer de nouvelles manières de promouvoir la participation citoyenne et de moderniser la collecte d'information.

 Analyses statistiques – par l’identification, la collecte et l’analyse de données pertinentes détenues par des organismes, en utilisant des systèmes d’information géographique.

 Communication – rédaction de rapports, présentations et autres activités afin que les acteurs continuent d'être impliqués et pour obtenir un retour sur les résultats de la recherche. Il est important de reconnaître que ces connaissances et compétences seront nécessaires à différentes phases de l’audit.

>>>>>>>> Implication de la collectivité Afin d’obtenir la plus grande participation possible, il convient d’adapter les méthodes utilisées à chaque groupe ou communauté. La prise en compte de l’âge, du genre, de l’identité ethnique, des normes culturelles et d’autres caractéristiques contribuera à déterminer la meilleure méthode. L’utilisation appropriée des éléments suivants facilitera cette collaboration :

 Vision partagée et recherche de consensus  Langue et terminologie  Formes de communication (par exemple, orale, écrite, graphique, théâtrale)

 Composition des groupes (par exemple, non mixte ou uniquement des jeunes)

 Techniques et outils, y compris les médias sociaux  Lieu, horaires et cadre  Médiateurs et chercheurs II convient aussi de choisir des thèmes qui sont importants pour les acteurs locaux. L’équipe d’audit doit compter ou pouvoir compter sur des personnes possédant les compétences, les connaissances et la crédibilité nécessaires pour établir un contact efficace avec différents groupes.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

5. Qui doit mener l’audit ? Une petite équipe d’audit rassemblant les connaissances et compétences nécessaires et dirigée par une personne responsable devra être formée afin de mener à bien les activités de recherche. Ses membres pourront être recrutés dans différents secteurs, notamment dans des organismes publics, mais aussi dans la société civile, les institutions universitaires et dans le privé. Chaque option présente des avantages, qui peuvent toutefois être assortis d’un certain nombre d’inconvénients (tableau 2).

Tableau 2 - Recrutement des membres de l’équipe d’audit de sécurité Source

Organisme du secteur public

Avantages potentiels > Compréhension du contexte > Compréhension des politiques et services locaux > Accès à l’information > Acceptation du public > Acquisition d’expertise et formation de partenariats > Coûts réduits

> Connaissance du terrain Organisa> Crédibilité auprès des citoyens7 tion de la société civile > Coûts réduits > Compétences en matière de recherche Institution > Objectivité / indépendance universitaire > Coûts modérés Secteur privé

> Excellente gestion de projet > Compétences et techniques de recherche > Objectivité / indépendance > Personnel dédié

Inconvénients potentiels Les inconvénients suivants peuvent s’appliquer à toutes les options de recrutement : > Manque d’expertise dans la recherche > Manque d’expertise en criminologie et questions de prévention > Difficulté à libérer le personnel approprié pour l’affecter au projet > Manque d’influence/ de crédibilité auprès des services clés > Manque de crédibilité et d’engagement auprès de la collectivité > Compréhension limitée du contexte politique

7- Bien que la société civile soit généralement considérée comme plus crédible auprès de la collectivité que les organismes du secteur public, des précautions devront être prises. Une étude de la Banque mondiale est arrivée à la conclusion que « les ONG n’occupent pas une place prépondérante dans la vie des populations démunies » et « les populations pauvres sont exclues de nombreux groupes en raison leurs ressources limitées et de leur incapacité à payer des honoraires. » Voir Narayan D. with Patel R., Schafft K., Rademacher A. and Koch-Schulte S. Can anyone hear us? Voices of the Poor Volume 1. Banque mondiale, 1999.

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Il est peu probable qu’un secteur fournisse une équipe « complète », répondant à toutes les exigences. La meilleure façon de mener à bien la plupart des audits est de combiner les ressources. Par exemple, une institution universitaire peut être la plus apte à prodiguer des conseils sur la méthodologie de recherche. Une entreprise privée peut être plus à même d’organiser une étude à l’échelle de la ville. Les spécialistes de la prévention de la criminalité peuvent fournir des conseils sur le sujet. Les organisations de la société civile peuvent être les mieux placées pour faciliter les rapports avec la collectivité. En outre, différentes personnes doivent être impliquées dans les différentes phases de l’audit. Cependant, plutôt que d’externaliser le projet dans son ensemble, il faut garder à l’esprit qu'une forte participation du personnel du secteur public présente beaucoup d'avantages. Cette participation apportera à la recherche un bon éclairage local ; elle contribuera également, et c’est tout aussi important, à l’acquisition de compétences et au renforcement du partenariat.

6. Durée de l’audit Lorsqu’il s’agit du premier audit à l’échelle de la ville, il peut durer de six à douze mois, en fonction de la taille de la ville, de la facilité d’accès aux informations fiables et aux ressources nécessaires au travail. Le tableau 3 donne une indication de la durée possible des différentes phases.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Tableau 3 - Exemple d’un calendrier d’audit Mois 1

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Formation du groupe d’orientation de l’audit Planification

Désignation de l’équipe d’audit et adoption d’un programme de travail Première évaluation des problèmes, facteurs de risque et réponses (phase 1)

Mise en œuvre

Recherche des thèmes exigeant une investigation complémentaire (phase 2) Identification des priorités pour l’action et des possibilités (phase 3) Consultation des acteurs impliqués et communication des observations (phase 4)

7. Comparaisons nationales et internationales Même si l’audit de la ville se concentre inévitablement sur ce qui se passe à l’intérieur du périmètre de celle-ci, il est difficile d’évaluer la gravité d’un problème sans point de référence « extérieur ». Une comparaison avec ce qui se passe dans d’autres villes d’un pays, voire au-delà, peut aider à mettre en perspective des modèles locaux et se révéler également utile. Par exemple, l’inquiétude publique peut être apaisée si le taux de criminalité d’une ville s’avère bien inférieur à la moyenne nationale. Inversement, un taux de criminalité relativement élevé peut aider à obtenir des ressources supplémentaires pour la prévention de la part des pouvoirs publics régionaux ou nationaux. Lorsque l’on compare des villes, il est bien sûr souhaitable de prendre en compte les facteurs sociaux et autres ; les comparaisons auront da-

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vantage de sens si elles prennent des villes au profil socioéconomique similaire. Il faut en outre éviter de compiler les « tableaux de classement », car ils peuvent être stigmatisants et contre-productifs. Établir des comparaisons nationales sera difficile dans les villes sans système d’information standardisé ; les données devront par conséquent toujours être interprétées avec prudence. Il conviendra d'être encore plus prudent pour les comparaisons internationales, car la qualification des délits, les procédures de déclaration et d’enregistrement ainsi que les règles de comptabilisation varient d’un pays à l’autre. Ce problème d’hétérogénéité peut être résolu par une « évaluation multi-villes » qui consisterait à faire coopérer un groupe de villes comparables auditées pratiquement au même moment selon la même méthodologie. Cette approche appliquée au sein d’un pays ou à l’échelon international contribuerait largement à produire des données homogènes. Elle pourrait également s’avérer avantageuse sur le plan financier si des économies d’échelle sont réalisables.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

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Chapitre 2 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Gouvernance et durabilitĂŠ >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Il est particulièrement important que les politiques de sécurité urbaine soient fondées sur un diagnostic objectif, notamment pour les raisons suivantes :

 Les problèmes qui se posent aujourd’hui doivent être traités et ne le seront qu’avec une parfaite connaissance de la situation et du contexte actuels. Sinon, il sera extrêmement difficile d’améliorer la sécurité publique.

 Étant donné la politisation croissante des questions de sécurité, il est capital d’adopter des mesures qui s’appuient sur des données objectives, libres de toute influence subjective ou partiale.

 Lorsque les ressources sont limitées, les diagnostics doivent impérativement reposer sur des faits scientifiques réels afin de prendre des décisions et définir des priorités en ayant une vue d’ensemble précise de la situation.

 Les méthodologies d’audit font l’objet de très nombreux travaux de recherche qui constituent une riche source d’information et d’inspiration pour les élus locaux désireux d'analyser comme il se doit l'état de la sécurité urbaine sur leur territoire.

 Il est important d’impliquer l’ensemble des acteurs opérant dans différents secteurs de la sécurité afin d'établir des partenariats qui faciliteront par la suite la mise en œuvre du plan d’action résultant de l’audit. Les questions de sécurité sont complexes. Il est par conséquent crucial d’identifier les problèmes et conflits sous-jacents afin que les parties prenantes s’engagent dans l’amélioration de la situation. Dans le cas contraire, seuls les symptômes seront traités et non la maladie. Les politiques de sécurité doivent être considérées comme une discipline à l’égal de la médecine ou de l’architecture : on détecte les causes d'une affection avant de les traiter ; on évalue les caractéristiques d’un terrain avant de lancer des travaux de construction ; on doit par conséquent agir de même et établir un diagnostic de sécurité avant de résoudre les problèmes.

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I. Comment rendre le processus gérable

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Il est important que le diagnostic, l'élaboration du plan d’action et, par la suite, le suivi et l'évaluation soient gérables. Ainsi, il est crucial de :

 Désigner l’équipe de pilotage du processus. Le personnel municipal et les autres collaborateurs de la ville ou de la région doivent comprendre que l’audit constitue l’objectif premier des autorités chargées de la sécurité. Ils doivent savoir que ce n’est pas une personne seule, mais l’ensemble des employés de la municipalité, sous la direction de leur hiérarchie, qui en assument collectivement la responsabilité.

 Sélectionner judicieusement les intervenants de l’audit. Ils doivent en effet avoir de l’influence au sein de l’organisation afin de mobiliser les acteurs et les ressources clés. Dans ce cas, un nombre réduit de personnes suffira à assurer le succès de l'audit ; les lenteurs ainsi que les obstacles administratifs seront ainsi évités.

 Planifier avec soin l’attribution des tâches. Celles nécessaires à la réalisation de l’audit et à la mise en œuvre du plan d'action qui en découle doivent avoir un lien avec les missions habituelles du personnel. L’audit doit tirer profit des compétences existantes chez les acteurs locaux.

 Disposer de l’ensemble des ressources disponibles dans la municipalité : il existe bien souvent une quantité importante d’information dans les registres municipaux qui peut s’avérer utile au diagnostic. Des ressources provenant de sources extérieures doivent également être utilisées, notamment pour veiller à ce que l'audit bénéficie d’apports externes dégagés de toute partialité administrative.

 Les intervenants externes doivent communiquer leurs observations de manière objective et mener des actions complémentaires en collaboration avec les acteurs du secteur public.

 Le mieux est l’ennemi du bien. Les solutions et programmes qui existent et fonctionnent correctement doivent être maintenus.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

 Les ressources doivent être consacrées aux sujets prioritaires, ceux dont les besoins sont moins urgents doivent être traités ultérieurement. Les audits doivent mettre l’accent sur les objectifs à définir dans les domaines disposant de moyens de réalisation suffisants.

 La mise en œuvre du plan d’action élaboré à la suite de l'audit doit faciliter et compléter le travail des acteurs impliqués, lesquels doivent le considérer comme étant leur propre projet. Dans le cas contraire, ils risquent d'être peu enclins à coopérer, ce qui rendra la gestion du plan plus difficile. Réaliser un audit et établir un plan d’action pour remédier aux lacunes répertoriées lors de l’analyse exige un effort en matière d’organisation afin d’améliorer la qualité des services fournis au public. En d’autres termes, les actes du passé ne doivent pas être répétés : l’audit est l’occasion de modifier l’approche et d’agir différemment, d’apporter des améliorations dans les zones difficiles tout en conservant les actions existantes qui ont fait leurs preuves. Cela étant, chaque ville ou région doit connaître ses limites. Si une ville crée une structure qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir, l’effort consenti ne sera évidemment pas tenable. Le plus souvent, dès qu'un projet a été mis en œuvre et a retenu l’attention du public, les ressources sont affectées à d’autres secteurs et à d’autres cibles. Ce transfert peut être source de déception et de frustration ; il peut également discréditer et desservir l’audit. Les autorités locales doivent aussi résister à la tentation de recourir à leurs actions « habituelles », souvent inefficaces.

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II. Les difficultés actuelles du processus d’audit

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> L'audit ne peut être véritablement utile et facilement actualisé que si les critères suivants sont respectés :

 La normalisation : les audits doivent être « normalisés » et intégrés aux processus de planification des autorités locales. Quelles que soient leurs positions politiques, les autorités locales et régionales doivent soutenir sans réserve les audits qui sont susceptibles de nourrir le débat politique sur les questions de sécurité.

 Pertinence et utilité : les audits doivent réellement améliorer la gestion de la sécurité urbaine. Il faut combler l’écart qui sépare la phase strictement réservée à l’audit de la mise en œuvre du plan d’action qui en découle. Les audits doivent être considérés comme un outil pratique et opérationnel.

 Nouvelles technologies : il faut y recourir autant que possible au cours d’un audit, en particulier dans la collecte de toute l'information fournie par les sources d’open data. Il existe de très nombreuses informations sur Internet sur l'état des connaissances en matière d'audit de sécurité. Par exemple, il peut être très utile d’approfondir les connaissances dans des domaines précis, tels que le sentiment d'insécurité. De plus, le plan d’action découlant de l’audit doit tenir compte de l'éventuelle utilisation de nouvelles technologies dans la mise en œuvre des mesures visant à régler les problèmes qui auront été identifiés. La participation citoyenne constitue l’un des principaux enjeux de l’audit. Tous les acteurs conviennent que la population doit participer aux audits de sécurité, mais ils considèrent cependant cette participation comme difficile ; elle est possible en théorie mais pas dans les faits. Même si un certain nombre de municipalités intègrent bien la participation du public dans leur processus, d’autres n’essayent même pas car elles la considèrent chronophage et difficile à organiser (quels

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

représentants de la société civile seront invités ? Comment les inviter ? À quel stade ?). Ces municipalités peuvent également reculer devant les conséquences imprévisibles d’une telle démarche (comment gérer les demandes déloyales ou contradictoires ? Quelle est la proportion de représentants de la société civile dans notre groupe de travail ?). Il est possible de gérer la participation des citoyens en impliquant les organisations de la société civile existantes :

 Certaines municipalités ont déjà des conseils de sécurité urbaine auxquels le public prend part.

 Dans le domaine de l’éducation, de nombreuses associations de parents-enseignants peuvent être consultées.

 Dans le secteur de la santé, de nombreux conseils locaux s’occupent de divers aspects du système de soin. Ils regroupent des médecins, des responsables et des citoyens pour discuter du fonctionnement du système et des questions qui les préoccupent en la matière.

 Les associations de jeunes et de personnes âgées sont également nombreuses à se rencontrer régulièrement ; elles ont en outre des contacts relativement fréquents avec les autorités municipales. Tous ces organismes doivent participer au processus de l’audit. Il devrait être relativement facile de les consulter sur des questions de sécurité, d’en discuter avec eux et de les inviter à prendre part à l'audit. Par conséquent, les autorités locales n’ont pas à établir une nouvelle instance de représentation de la société civile pour connaître les préoccupations et les demandes du public en matière de sécurité. De plus, recourir aux groupes de la société civile qui opèrent déjà sur le terrain est plus efficace en termes de coût et de temps.

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Chapitre 3 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

MĂŠthodes et outils de mise en Ĺ“uvre >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

En principe, des tâches distinctes exigent l'utilisation de différents outils ou combinaisons d’outils. Le défi consiste à reconnaître et comprendre la diversité de tâches et d'outils nécessaires à la mise en oeuvre d'une approche stratégique de la sécurité urbaine et à utiliser les outils appropriés pour chacune de ces tâches. C’est d'autant plus vrai concernant un sujet aussi complexe que la sécurité urbaine, qui doit faire l’objet d’une analyse interdisciplinaire et nécessite par conséquent des outils et des approches multiples. Sinon, on court le risque d’être enfermé dans une vision singulière du monde. « Quand on a seulement un marteau, tout ressemble à un clou.8 » Ce guide européen est axé sur la mise en œuvre plutôt que sur l’approche stratégique elle-même, c'est-à-dire sur les modalités d’application des divers éléments de cette approche. Pour ce faire, les méthodes et les outils sont essentiels. Afin de donner des conseils sur les meilleurs outils à utiliser dans quel but, il est utile d'examiner les différentes tâches que comporte cette approche stratégique de la sécurité urbaine. Il faut déterminer les méthodes et les outils qui serviront à mettre en œuvre chaque élément de l'approche, tel qu'illustré dans le schéma 1. Schéma 1 – L’approche stratégique de la sécurité urbaine

Comment mobiliser ?

Comment connaître et comprendre ?

Mobilisation Audit

Comment évaluer ?

Intégration Participation Évaluation Mise à jour Action

Comment adopter des mesures d’action ?

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Stratégie

Comment traduire une analyse en planification stratégique ?

8- La loi de l’instrument d’Abraham Maslow ; Abraham H. Maslow (1966). The Psychology of Science. p.15.


1. L’audit local de sécurité est le premier élément et le pilier central de l'approche stratégique. La difficulté consiste à connaître et à comprendre – l'état de la s­ écurité sur le terrain, la situation des citoyens, les causes sous-jacentes, les facteurs de risque et de protection. 2. L’élaboration d’un ensemble d’actions coordonnées en vue de mettre en œuvre l’approche stratégique constitue le second élément. Le défi est de traduire cette analyse en finalités et en objectifs et de déterminer des priorités. 3. Prendre des mesures constitue le troisième élément. L’enjeu consiste à identifier et à développer l'action appropriée, à veiller à ce qu'elle soit bien mise en œuvre et à la pérenniser. 4. L’évaluation est le quatrième élément. Le défi est d'évaluer la mise en œuvre et l'impact d’une action, ainsi que les institutions, les procédures et la stratégie dont elle est partie intégrante. 5. Cinquième élément : la mobilisation et la participation. Le défi consiste à identifier les acteurs concernés, à obtenir leur adhésion sur la question de la sécurité urbaine et à s’assurer de leur participation.

I. Connaître et comprendre

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> L’une des composantes clés d’une approche stratégique s’appuie sur le fait que « les stratégies, politiques, programmes et mesures de prévention du crime devraient reposer sur une base à la fois large et multidisciplinaire de connaissance des problèmes que pose la criminalité […]. Une analyse systématique des problèmes que pose la criminalité, de leurs causes, des facteurs de risque et des conséquences, en particulier à l’échelon local.9 » Les méthodes et outils permettant de connaître et de comprendre la situation sur le terrain sont au cœur de l’approche stratégique et constituent l’audit local de sécurité. Ces méthodes et outils sont indispensables pour faire ressortir les trois dimensions suivantes : les 9-Principes directeurs applicables à la prévention du crime, Résolution 2002/13 du Conseil économique et social des Nations Unies - ECOSOC.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

conditions locales de sécurité ; la situation et le sentiment des citoyens ainsi que les facteurs de risque et de protection liés au contexte social, économique, environnemental et urbain. Ces trois dimensions sont importantes pour établir une base de connaissances à l'usage des décideurs politiques, afin qu’ils comprennent les problèmes de sécurité urbaine et les raisons pour lesquelles ils se produisent. Grâce à cette analyse multidimensionnelle, les facteurs relevés dans un territoire donné sont examinés en tant que variables explicatives de la criminalité et de l’insécurité dans le cadre des travaux de recherche en criminologie. Cette démarche est indispensable pour réellement traiter les causes profondes et pas seulement les symptômes.

1. La situation locale de sécurité Apprendre à connaître la situation de sécurité d'une collectivité semble facile. Pour autant, réfléchir par exemple à ce qui constitue réellement une infraction peut s’avérer moins simple qu’il n’y paraît. Bien entendu, tout le monde sait spontanément ce qui relève de l’acte criminel. Et si dans sa grande majorité, l’opinion publique dans la plupart des pays et des cultures considère de nombreux actes comme étant manifestement des infractions, les divergences sont évidemment également nombreuses. En réalité, il serait très difficile d’évaluer la criminalité dans un territoire donné avec ce type de définition « spontanée ». Qu’en est-il des délits moins graves, tels que les nuisances, le vandalisme et les comportements antisociaux ? Doivent-ils être dénombrés ? Ils pèsent également sur la situation de sécurité, mais dans ce cas, les normes et conventions sociales sont capitales pour en saisir l'importance. Dès lors, du point de vue sociologique, la criminalité et la délinquance pourraient être qualifiées de comportement déviant. Il est sûrement plus facile de proposer une définition juridique à la criminalité : c’est la loi qui en donne la description. Il apparaît cependant que les statistiques de la criminalité ne dépeignent par définition que certains aspects de l’état de la sécurité et non de quelle manière elle est perçue. Comprendre une situation à l'échelle locale est donc une entreprise complexe et dépend beaucoup de l’utilisation des bonnes méthodes et des bons outils.10

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10- Voir par exemple Herzog, B., Entender crimen y justicia. Métodos y técnicas de investigación social cualitativa en criminología. Valencia. Ed. Tirant lo Blanch, (2016).


Les statistiques policières sur la criminalité uniquement comme point de départ Il faut que des actes criminels soient commis pour décrire les conditions de sécurité d'un lieu donné. Les statistiques policières sur la criminalité sont par conséquent une source d’information capitale. Produites de manière régulière, elles sont souvent les premières données disponibles sur divers aspects des activités criminelles. Grâce à ces statistiques, l'expert en matière de sécurité est en mesure d’évaluer :

 le nombre d’infractions enregistrées ;  les types de délits enregistrés – et la proportion des délits avec violence ;

 les lieux où les infractions ont été commises ;  les taux de criminalité totale et les types d’infractions spécifiques ;  les tendances dans le temps – hausse ou baisse des infractions enregistrées ;

 les différences entre la ville, des zones comparables et la moyenne nationale ;

 la proportion de délits enregistrés qui sont « résolus ». Le problème avec les statistiques de la police est le « chiffre noir » de la criminalité : en effet elles n’offrent pas une description complète des infractions telles qu’elles ont été commises. Dans la plupart des pays, une part significative de délits n’est pas signalée ou enregistrée. Ce défaut de comptabilisation ne serait pas un problème s’il faisait l’objet d’une ventilation uniforme entre tous les types de délinquance et groupes de population. Mais ce n’est pas le cas. Le taux de signalement est extrêmement bas pour certains types d’infractions, y compris les plus graves (tableau 4). Et ce sont souvent les catégories les plus pauvres et vulnérables de la société dont la victimation n'est pas signalée parce qu'elles ne savent pas comment déposer une plainte, ne perçoivent pas leur expérience comme une victimation, ont peur de la police et évitent tout contact avec elle ou bien leurs déclarations ne sont simplement pas prises au sérieux.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Par ailleurs, les données disponibles varient énormément d'un pays à l'autre et à l’intérieur même d'un pays. C’est en particulier le cas des statistiques sur la criminalité qui ne sont pas suffisamment fines pour être vraiment utiles à l'échelle du quartier. Les cartes de la criminalité par quartier de la police du Royaume-Uni, consultables sur son site, constituent un bon exemple de la préparation et de la publication des données.11 Parallèlement, des éléments plus précis peuvent constituer une atteinte à la vie privée et conduire à une stigmatisation de certains quartiers. Pour finir, même lorsque les données sont disponibles, les analyser peut s’avérer difficile voire impossible en raison notamment de leur formatage. Tableau 4 - Infractions souvent moins signalées à la police12

Violences

Agressions sexuelles, violences conjugales, violences faites aux femmes

Victimation des enfants et des jeunes

Maltraitance des enfants, harcèlement, brutalités, vols

Criminalité sans victime

Consommation de drogues illicites

Corruption

Trafic d’influence

Criminalité des entreprises et contre les entreprises

Criminalité en col blanc, fraude, vols à l’étalage

Criminalité organisée

Traite des êtres humains, trafic de drogues, exploitation sexuelle, extorsion

Délits moins graves

Larcins, vandalisme et comportements antisociaux

Cybercriminalité

Escroquerie en ligne, hameçonnage, harcèlement, discours haineux

11- Sur le portail https:/www.police.uk/, il suffit de saisir un code postal ou d’aller dans la rubrique « Forces de police » pour obtenir une cartographie de la criminalité. Pour approfondir les recherches, cliquer sur les cercles, puis sélectionner la période ou le type d’infraction. 12- Extrait du Guide sur les audits locaux de sé curité - Synthèse de la pratique internationale, p. 85, Efus, 2007.

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Enquêtes de victimation L’enquête de victimation est l’outil désormais classique mis au point pour faire la lumière sur le « chiffre noir » de la criminalité. Des questions sont posées à un échantillon de victimes sur les actes subis au cours d'une période donnée. Ces enquêtes ont prouvé qu’elles fournissent une meilleure évaluation quantitative du nombre et de la nature des délits que les statistiques policières, car elles donnent des renseignements sur un échantillon de personnes qui ne se sont pas « auto-sélectionnées » dans les statistiques en déposant plainte auprès de la police. Les enquêtes de victimation révèlent des cas qui ne sont généralement pas identifiés par ces sources administratives. Elles peuvent porter sur une diversité d’incidences et d’expériences couvrant, en principe, tous les types d'infractions, mais aussi sur les incidents qui n’atteignent pas ou ne dépassent pas le stade de l’infraction et sur les perceptions également. Elles peuvent ainsi parfaitement compléter les statistiques sur la criminalité en ajoutant des éléments d'information sur d'autres faits de sécurité. Pour toutes ces raisons, les enquêtes de victimation sont devenues l’outil par excellence pour l'élaboration des politiques et les travaux de recherche dans les domaines de la justice pénale, de la prévention de la criminalité et de la criminologie. De nombreux pays européens conduisent des enquêtes de victimation, en général à l'échelle nationale. Par exemple en Angleterre et au pays de Galles avec la Crime Survey for England & Wales (connue précédemment sous le nom de British Crime Survey) ; au Pays-Bas avec la Dutch Victim Survey ; en Belgique avec le « Moniteur de sécurité » ; en France avec l’Enquête nationale de victimation ou en Italie avec l’enquête sur la sécurité des citoyens. Ces exemples sont repris dans les fiches pays en annexe de la version en ligne de ce guide. Un groupe de criminologues européens, Jan van Dijk, Pat Mayhew et Martin Killias, ont commencé à mener une enquête de victimation internationale afin de produire des données sur la victimation et les délits qui soient comparatives à l'échelle internationale. Ce projet est désormais connu comme l'Enquête internationale sur les victimes de la criminalité (International Crime Victims Survey, ICVS). Après la première phase en 1989, d’autres enquêtes ont été menées sous la houlette de l’Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la crimina-

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

lité et la justice (UNICRI) en 1992, 1996, 2000, 2004/2005 et 2010. En utilisant des méthodes normalisées, les variations de définitions et de pratiques sont minimisées et il est possible d'établir des comparaisons entre les pays. Les enquêtes réalisées dans 80 pays ont fourni des données sur la victimation criminelle dans 41 États et 66 villes principales (capitales) sur tous les continents. Une enquête européenne sur le crime et la sécurité (EU-ICS) a été lancée en 2004 dans le cadre d'un projet de recherches bénéficiant d'un financement au titre du 6e programme-cadre de l'Union européenne (FP6). Cette enquête comparait divers niveaux de victimation dans les 15 États qui étaient à l’époque membres de l’Union européenne ainsi qu'en Estonie, en Pologne et en Hongrie. Une fois terminé, ce projet n’a pas eu de suite.13 L’idée de mesurer les taux de victimation et le sentiment de sécurité dans le cadre d’une enquête européenne commune a été tirée du Plan d’action de l’Union européenne 2011-2015 sur les Statistiques sur la criminalité, mais qui avait pris fin en 2012, le soutien du Parlement européen ayant fait défaut. Une enquête sur la victimation d’entreprises a été menée en 2013.14 Au cours des dernières années, les travaux entrepris au sein de l'Union européenne sur l'amélioration de la comparabilité des données ont permis d'analyser les tendances en matière de criminalité et de justice pénale.15 Des enquêtes de victimation périodiques sont également conduites à l'échelle régionale et locale. C'est le cas, en Espagne, de l’Enquête catalane sur la criminalité et la victimation (ESPC) et de l’Enquête d’opinion sur la sécurité et la victimation à Barcelone (SVB) ; plusieurs enquêtes ponctuelles sont par ailleurs menées à des niveaux divers. La sécurité, la victimation et, le plus souvent, le sentiment d’insécurité sont des questions également posées dans le cadre d'enquêtes générales de population dans plusieurs villes européennes (par exemple Hanovre et Augsbourg) ou constituent le thème principal de ces

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13-J. van Dijk, R. Manchin, J. van Kesteren, S. Nevala, et G. Hideg, The Burden of Crime in the EU – Research Report: Comparative Analysis of the European Crime and Safety Survey (EU ICS), 2005. 14- Statistiques sur la criminalité : Plan d’action de l’Union européenne. Bilan à mi-parcours, 2011-2015, Document de travail des services de la Commission, 2014. 15- Voir par exemple, Eurostat, Steve Clarke, Trends in crime and criminal justice, 2010 ; Eurostat statistics in focus, 2013 ; Eurostat, Tavares Cynthia, Thomas Geoffrey, Bulut Fethullah, Crime and Criminal Justice 2006-2009, Eurostat statistics in focus, 2012 ; Eurostat, Tavares Cynthia, Thomas Geoffrey, Crime and Criminal Justice ; Eurostat statistics in focus, 2010.

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grandes consultations comme celles de Stuttgart (avec le Stuttgarter Sicherheitsbefragung). D’autres enquêtes de victimation ciblent des publics ou des territoires spécifiques, tels que la jeunesse ou des quartiers particuliers. Exemple d’utilisation des enquêtes de victimation : une étude a exploité les résultats de l’enquête internationale sur la victimation réalisée en 2000 dans 17 pays industrialisés et révélé de grandes variations d’ordre typologique avec les infractions enregistrées par la police. Par exemple, 91 % des vols de voiture, 78 % des cambriolages et 55 % des vols qualifiés ont été signalés à la police. Ces chiffres contrastent avec les taux des plaintes, à savoir 29 % pour les menaces, 28 % pour les agressions sexuelles et 1 % pour les comportements sexuels agressifs. Si les enquêtes de victimation constituent un outil essentiel pour comprendre l’insécurité, elles ne sont pas la panacée. En raison de certaines difficultés méthodologiques, ces enquêtes ne peuvent fournir une évaluation finale du chiffre total des actes illégaux commis dans la société. Des indications précises sur la manière de les élaborer sont données dans le Manuel sur les enquêtes de victimisation16 de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Un grand nombre d'exemples détaillés figurent en annexe de ce guide. Les paragraphes suivants et le tableau 5 proposent plusieurs éléments à exploiter sur les enquêtes de victimation.

>>>>>>>> Quelques notions à prendre en compte pour les enquêtes de victimation

 Les enquêtes de victimation peuvent être efficaces si elles s’appuient sur un échantillon représentatif dont les résultats peuvent être généralisés à l’ensemble de la population. Le défi est de constituer un échantillon représentatif et d'éviter les erreurs d’échantillonnage et de non-échantillonnage bien connues dans le domaine de la recherche en sciences sociales.

16- Manuel sur les enquêtes de victimisation, Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime - UNODC, 2010.

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 Tous les cas de victimation déclarés ne signifient pas qu’une infraction, telle que définie par la loi ou reconnue par la justice pénale, a été commise.

 Le mode de distribution d’un questionnaire influe sur les réponses. Les techniques d’interview sont importantes. Il en existe plusieurs (voir tableau 5) qui ont leurs avantages et leurs inconvénients ; il faudra donc faire un choix en fonction de l’objet de l'analyse. Les entretiens individuels par exemple donnent lieu à des échanges directs avec les personnes interrogées, mais ils sont coûteux. En outre, le fait d’être présent en personne peut justement fausser les réponses (influencées par la désirabilité sociale) ou limiter ce qui aurait pu être confié de manière anonyme dans le cadre d’une enquête. Il est par exemple difficile d’obtenir des données fiables à partir de réponses à des questions sur des sujets sensibles, tels que la violence conjugale ou les agressions sexuelles. Ces points dépendent du climat de confiance que les intervieweurs instaurent avec les personnes interrogées, ce qui prend du temps.

 La formulation des questions est cruciale. Celles-ci doivent par conséquent être testées au préalable afin de vérifier qu'elles sont comprises comme on le souhaite. Des outils comme les enquêtes internationales de victimation offrent de longues listes de questions utilisées et testées partout dans le monde.

 La précision des statistiques dépend de l’aptitude des personnes à se remémorer des victimations passées. Les enquêtes sur des expériences passées reposent sur la mémoire individuelle, soit un effet de « télescopage ». Il est peu probable que des incidents graves soient oubliés ; ils restent dans la mémoire comme s’ils étaient récents (télescopage en aval). Des incidents moins graves risquent fort d’être oubliés ou l’on s’en souviendra comme s’ils avaient eu lieu bien avant qu'ils ne se soient réellement produits (télescopage en amont).

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 Il existe des infractions sans victime, ce qui, par définition, n'est pas comptabilisé dans une enquête de victimation. Dans cette catégorie d'infractions entrent par exemple les délits liés aux drogues, les actes prohibés mais commis d’un commun accord entre le « délinquant » et la « victime » (comme dans le cas de relations sexuelles avec un mineur ou du versement d’un pot-de-vin) ou les délits dont les victimes n'ont pas conscience, comme certains types de fraude notamment. Des enquêtes sur les délinquants peuvent être intéressantes pour combler le manque d’information sur ces infractions sans victime.

 Les enquêtes de victimation sont coûteuses. Elles exigent beaucoup de temps, d’expertise et de ressources pour produire des résultats valables. Elles doivent faire l’objet d’une élaboration spécifique ; un nombre important de personnes doivent être interrogées, si possible par un intervieweur ; les données doivent être collectées et analysées. Si la possibilité de réaliser des enquêtes en ligne a réduit les coûts d’impression, d’envoi de questionnaires et de saisie des données, le recours exclusif à cette voie peut entraîner une déperdition de l’échantillon et faire perdre un ou plusieurs éléments clés de l’enquête. La solution consisterait par exemple à utiliser un mode mixte combinant le format papier et l’enquête en ligne ou le téléphone et les entretiens par Internet.17

17- Voir par exemple la Suisse à l’échelon national ou, à l’échelon local, les villes de Rotterdam et de Barcelone.

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Tableau 5 - Enquêtes de victimation : options de réalisation18 Méthodes

Description

Avantages

Entretiens à distance

Les questions sont posées par téléphone. Utilisation de l’informatique possible, afin que l’intervieweur saisisse les réponses directement dans l’ordinateur. (Interview téléphonique assistée par ordinateur ITAO).

L’échantillon peut être sélectionné au hasard. Permet de contacter les personnes rapidement et de couvrir une large zone à coût réduit.

Produit un échantillon non représentatif dans les zones où le téléphone est moins utilisé. Impact probablement plus important sur la population défavorisée.

Questionnaires remplis par les personnes interrogées

La personne lit et répond aux questions sur papier, ordinateur portable ou via un questionnaire en ligne, habituellement depuis son domicile. L’intervieweur ne voit pas les réponses. Peut être réalisé par voie postale.

L’échantillon peut être sélectionné au hasard. Permettra probablement d’obtenir plus d’informations sur des expériences sensibles, telles que les mauvais traitements, tant que les réponses peuvent être données en privé.

Exclut les personnes ayant un faible niveau d'éducation ou n’ayant pas accès à la technologie. Taux de réponse faible. Risque de malentendus plus élevé.

Entretiens en ligne

Enquête mixte

Inconvénients

Beaucoup moins Questionnaire spécifique coûteux en matière à remplir lorsqu'il est en de conception, de ligne. distribution et de collecte de données.

L’échantillon ne peut être contrôlé. Exclut les personnes ayant un faible niveau d'éducation ou n’ayant pas accès à la technologie.

Questionnaire complété de manière classique (courrier postal notamment) avec la possibilité pour l'interrogé de répondre en ligne. (Peut même être associé à des questions posées par téléphone.)

Exclut les personnes avec un faible niveau d'éducation ou n’ayant pas accès à la technologie. Économie relative grâce à Internet.

L’échantillon peut être sélectionné au hasard. Coûts d’impression et de saisie des données moindres.

18- Extrait du Guide sur les audits locaux de sécurité - Synthèse de la pratique internationale, p. 103, Efus, 2007.

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Méthodes

Entretiens individuels à domicile

Interviews de rue

Description

L’intervieweur pose les questions et enregistre les réponses.

L’intervieweur sélectionne des personnes dans des lieux publics et saisit les réponses.

Avantages L’échantillon peut être sélectionné au hasard. Possibilité d’expliquer les questions et de demander plus d’éléments afin de clarifier les réponses. Peut révéler des incidents non perçus comme des infractions. Utilisable conjointement avec des assistants numériques personnels (PDA), la personne interrogée saisissant ses propres réponses sur des sujets sensibles. L’intervieweur peut chercher à remplir des « quotas » de sousgroupes afin d’obtenir un échantillon représentatif. Très facile, rapide et rentable.

Inconvénients

Probablement coûteux et lent. Peut empêcher la révélation d’information sensible.

Les informations sensibles ne seront probablement pas fournies. L’échantillon ne sera pas sélectionné au hasard. Les personnes passant plus de temps chez elles seront sous-représentées.

Méthodes et outils de création de sources de données secondaires L'information sur l’insécurité et la criminalité ne se limite pas aux statistiques policières ; elle peut être obtenue autrement qu'en interrogeant directement les personnes. Il existe en réalité de très nombreuses données secondaires utiles. Dans de nombreuses villes, les administrations collectent pour leurs propres besoins une grande variété de statistiques portant directement ou indirectement sur la criminalité, la victimation, le vandalisme et les comportements antisociaux. Bien entendu, les sources de ces données sont divers types d'institutions de justice pénale : les tribunaux, l’administration pénitentiaire, les prisons et les services d'aide aux victimes. Et aussi le système éducatif, y compris les écoles et collèges, les services sociaux, les prestataires de

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soins de santé qui englobent les cliniques et les hôpitaux, les organismes de recherche avec les universités et instituts, les pompiers, les groupes communautaires, les organisations à but non lucratif et celles de la société civile ainsi que les structures de sécurité privées et les compagnies d’assurance. Tous ces acteurs ont beaucoup à dire sur les cas de délinquance et de victimation. Lorsque ces données « secondaires » sont suffisamment précises, utiles et consultables, il faut en tenir compte. Quels sont les méthodes et les outils qui peuvent en faciliter l’utilisation ? Il est ici question de collecter ou d'examiner des données aussi bien quantitatives que qualitatives et de les regrouper. C’est exactement l’objet des audits locaux de sécurité. Le chapitre 2 en décrit le mode de fonctionnement général. Pour leur part, le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) ou le Heidelberg Audit Concept HAKUS proposent des combinaisons particulières d’outils et de procédures. Ces systèmes spécifiques d’audits sont traités au chapitre 4 de la version en ligne de ce guide. Le présent chapitre présente les méthodes et outils qui constituent des composantes clés communes aux audits locaux de sécurité.

Accès aux données secondaires et à l’open data Les données secondaires sont par définition déjà disponibles, sauf qu’elles ont été constituées à d'autres fins. Le principal défi ici consiste à savoir quelle est l'information utile existante et qui la détient, à négocier l’accès à cette donnée, à l’obtenir sous un format utilisable et à respecter les obligations de confidentialité et de protection de la vie privée. De nos jours, la tendance de l’open data facilite l’accès aux données existantes. Le libre accès aux données publiques (Open Government Data – OGD) est une philosophie – et de plus en plus une série de mesures – qui favorisent la transparence, la responsabilisation et accorde de l’importance à la création de valeur en rendant publiques les données de l'administration.19 Les organismes publics produisent et commandent des quantités considérables de données et d'informations. En rendant l’ensemble de ces données disponibles, les institu-

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tions publiques deviennent plus transparentes vis-à-vis des citoyens, qui peuvent aussi les tenir responsables. En encourageant l’utilisation, la réutilisation et la libre diffusion de ces données, les gouvernements favorisent la création d’entreprises et de services novateurs axés sur les citoyens. De nombreux pays européens, l’Union européenne ellemême, mais également plusieurs collectivités locales ont créé des portails d’open data.20

Les observatoires de données Une approche stratégique de la sécurité urbaine fondée sur des données probantes passe par la collecte d’informations provenant de sources multiples afin d’obtenir une bonne compréhension des situations critiques et des facteurs à l’origine de la criminalité et des problèmes afférents. Si elle peut initialement être considérée comme une tâche à réaliser une seule fois, elle doit, en réalité, être répétée périodiquement et pour bien faire, les techniciens et experts en stratégie de la prévention doivent effectuer un suivi systématique et continu des changements. Cette exigence n’est pas spécifique à la prévention de la criminalité ; elle s’applique à la plupart des domaines politiques. Des observatoires de données ont été mis en place dans un nombre croissant de villes afin de répondre à ce besoin. Un observatoire est un centre où les informations provenant de d’organismes très divers sont rassemblées et analysées afin de contribuer à l’élaboration de politiques publiques et de programmes. Il peut s’avérer nécessaire de négocier les questions de confidentialité, de définition et de format avec les fournisseurs de données, afin d’optimiser la compatibilité et la pertinence des données. Les activités de

19- Voir par exemple : Guide pratique pour l’ouverture des données publiques : http://opendatatoolkit.worldbank.org Groupe consultatif d’experts indépendants sur la révolution des données pour le développement durable nommé par le Secrétaire général des Nations Unies (2014), A world that counts : http://www.undatarevolution.org/ ; B. Ubaldi (2013), Open Government Data: Towards Empirical Analysis of Open Government Data Initiatives, Documents de travail de l’OCDE sur la gouvernance publique no 22. 20- Voir par exemple, Amsterdam, Berlin, Bonn, Barcelone, Bruxelles, Cologne, Copenhague, La Haye, Helsinki, Linz, Londres, Madrid, Oslo, Paris, Rennes, Rotterdam, Stockholm, Vienne, Zürich.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

l’observatoire peuvent porter sur la création de bases de données intégrées ou de Systèmes d’information géographiques (SIG), de techniques d’extraction de données et de mégadonnées (big data) (voir ci-après). Il est important de souligner que l’information est collectée en continu, avec des mises à jour régulières et un suivi permanent. Les observatoires peuvent être génériques et traiter de la programmation d’une large gamme de politiques publiques ; ils peuvent également être spécialisés dans des domaines spécifiques, tels que la sécurité urbaine. Il existe plusieurs laboratoires en Europe occidentale comme l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies OFDT avec, à l’échelon européen, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies - OEDT et au niveau transfrontalier, l’Euregio Meuse-Rhin, Observatoire de la délinquance - EMROD. Il existe également des structures locales 21 et régionales.22 Si cette institutionnalisation compte pour beaucoup dans l'approche stratégique fondée sur des données probantes, son coût élevé constitue un sérieux obstacle à sa généralisation.23

Collecte de données qualitatives Les données quantitatives seules ne sont guère suffisantes. Les statistiques brutes doivent être complétées par des informations qualitatives tirées d’entretiens, de réunions et d’autres formes de consultation. Les ressources collectées à travers ces contacts serviront à faire la lumière non seulement sur ce qui se passe, mais également sur le comment et

21- Voir par exemple, l’Observatoire de la sécurité de la ville de Lausanne en Suisse ou l’Observatoire contre les discriminations raciales à Venise. 22- L’Italie a mis en place des observatoires régionaux de la sécurité urbaine. C’est notamment le cas des régions suivantes : Toscane, Vénétie, Ombrie et Ligurie. En France, il en existe également à l’échelon aussi bien local que départemental, comme l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS ) en région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur), l’Observatoire des violences envers les femmes créé en 2002 dans le département de la Seine-Saint-Denis, l’Observatoire régional des violences faites aux femmes établi en 2013 en Île-de-France ou l’Observatoire départemental des discriminations installé en 2011 dans l’Essonne. 23- Voir par exemple, Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) : Observatoires de la criminalité – Répertoire d’expériences internationales, août 2009.

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le pourquoi de cette situation, ce qui est crucial pour aboutir à une compréhension réelle. Elles révéleront les perceptions et les inquiétudes, les priorités et les opportunités, ce qui devrait aider à élaborer la future stratégie de prévention. Ces problèmes ne se traduisent pas facilement en simples chiffres ; ils sont traités de manière plus efficace à travers des discussions préliminaires et d’autres formes d’activités participatives. Voici quelques exemples de méthodes et outils utilisés pour mobiliser et impliquer les citoyens : Groupes de discussion Largement utilisée de nos jours, l’expression « groupe de discussion » désigne toute discussion entre des personnes réunies en groupe. Plus exactement, elle renvoie à un type particulier de réunion, organisée et menée de manière précise (voir chapitre 4). Un groupe de discussion comprend habituellement six à dix participants, sélectionnés parce qu’ils ont en commun certaines caractéristiques ayant trait au sujet abordé. La discussion est dirigée par un animateur confirmé qui doit créer un environnement favorable et rassurant pour un débat qui durera entre deux et trois heures. L’animateur expose brièvement le sujet avant de passer aux questions auxquelles le groupe devra réfléchir. Un groupe de discussion est différent d'une réunion classique sous plusieurs aspects et il a des avantages par rapport aux réunions et aux entretiens individuels. Il demande habituellement de se focaliser sur un sujet précisément défini et examiné en profondeur. Il convient tout d’abord de se concentrer sur la discussion et l’interaction au sein du groupe afin de développer une réflexion, plutôt que des présentations formelles ou autre activité imposée d' « en haut ». Une étude fondée sur des groupes de discussion en comprend habituellement plusieurs qui sont constitués de participants similaires, l’objectif étant de mieux comprendre les attitudes et les sentiments. À l’issue du processus, on doit avoir une bonne compréhension du sujet. Cependant, étant donné que seul un petit nombre de personnes a été impliqué, il ne sera pas possible de considérer les opinions exprimées comme reflétant celles de l’ensemble de la population. Dans la mesure du possible, d’autres méthodes doivent être utilisées afin de vérifier si

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

les idées et opinions formulées dans ces groupes de discussion sont plus largement partagées. La consultation prospective (visioning) La consultation prospective vise à construire une vision partagée de l’avenir, qui peut porter sur une zone, une organisation ou un service. Dans le contexte de la prévention de la criminalité, il s’agira d’imaginer ce que signifie grandir, vivre et travailler dans un lieu sûr où les personnes peuvent être libérées de la peur, de la violence, de la victimation et de l’intolérance. Cette vision partagée est primordiale, car elle rassemble et garantit l’engagement de tous à œuvrer ensemble. Une consultation prospective peut être utilisée de diverses manières dans la mise en œuvre d’une approche stratégique. Elle peut se dérouler à l’échelle de la ville avec des acteurs clés, dans le cadre de tables rondes par exemple. Elle peut également être limitée aux quartiers, aux communautés d'intérêts et aux groupes difficiles à atteindre. De par sa simplicité, ce concept convient aux consultations menées avec plusieurs groupes différents, y compris les jeunes, et son caractère innovant favorise un engagement constructif. Néanmoins, il faut aussi être conscient de ses limites. Si elle n’est pas gérée avec soin, la consultative prospective peut générer des attentes irréalistes et lorsque celles-ci ne sont pas comblées, de la désillusion. Il n’est pas toujours facile de concilier des visions différentes et ceci peut diviser et affaiblir les partenariats. La consultation prospective peut donner des résultats médiocres, car les participants « ne peuvent pas vouloir ce qu'ils ne connaissent pas ». Parfois, il vaut mieux proposer une liste de choix plutôt qu’une feuille de papier vierge. Cela dit, cet outil peut s’avérer intéressant pour faire émerger des idées novatrices qui répondent aux situations locales.24 Marches exploratoires En général, ces marches sont organisées dans les quartiers ou zones à problèmes. Il s'agit de réunions sur site afin de discuter des préoccupations liées à ces zones et d’analyser les moyens de les traiter. Les 24- Voir par exemple, Barbara Holtman, What it looks like when it’s fixed, 2011.

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marches exploratoires sont devenues un outil de première importance dans les audits sur la sécurité des femmes. Des exemples de pratiques et de ressources sur la démarche à suivre sont présentés au chapitre 4. Les participants peuvent constituer un échantillon représentatif de la population locale, un groupe d’intérêt spécifique ou un groupe mixte comprenant des représentants des administrations. Les idées sont élaborées au cours de la marche et peuvent ensuite être transmises à l’équipe d’audit. L’utilisation d’appareils photo jetables pour saisir des informations peut aider les groupes à communiquer leurs opinions et leurs inquiétudes à un public plus large.25 La marche exploratoire se prête particulièrement bien aux sujets relatifs à l’environnement physique, tels que l’architecture d’un bâtiment, l’éclairage public, ou les espaces fréquentés par les personnes buvant de l’alcool dans la rue, ou bien encore où l'on constate des excès de vitesse ou la présence de bandes de jeunes. Être présent dans ces lieux au moment où les problèmes sont manifestes peut s’avérer très efficace en matière de sensibilisation, afin de clarifier ce qui pose problème, de renforcer la participation et d’élaborer des réponses. La nature pratique du processus lui confère un réalisme que les riverains ont tendance à trouver plus attractif qu’une salle de réunion : les participants semblent passer naturellement des problèmes aux réponses. Les marches ont été utilisées avec efficacité dans les audits de sécurité consacrés aux femmes et, de manière plus générale, dans l’évaluation des problèmes de sécurité sur des itinéraires menant à des noeuds de transport. Le processus doit débuter par la clarification des objectifs et des méthodes à utiliser. Le groupe va ensuite observer et marcher dans la zone, en discutant et en prenant des notes. Le processus peut être systématisé à l’aide d’une liste de questions à aborder et il peut être utile de refaire la ronde à des heures ou à des dates différentes (jours/ mois) et même avec des groupes différents.

25- Voir par exemple, Comité interministériel des villes, Guide méthodologique des marches exploratoires, 2012 : http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/sgciv-guidemarcheexploratoire.pdf

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Études ethnologiques Ce que les personnes disent, lors des entretiens par exemple, peut ne pas correspondre avec leurs actes. D'où l'intérêt de tenir compte des données d’observation. Ainsi, il peut être particulièrement révélateur d'observer, y compris en établissant des relevés chiffrés, le comportement des personnes, les catégories de population qui utilisent les espaces publics, comment elles agissent dans ces espaces et comment ces attitudes évoluent dans le temps. L’observation est capitale dans toute recherche scientifique ; l’étude et la collecte de données sur les sociétés et cultures humaines sont du domaine de l’ethnographie. Étude holistique de la vie sociale, l’ethnographie est par conséquent un outil très intéressant pour comprendre la sécurité urbaine dans un territoire donné. Le Forum français pour la sécurité urbaine, qui mène depuis des années des audits locaux de sécurité, a ajouté une composante ethnographique à son guide pratique, grâce au projet conjoint de l’Efus et de l’UE, AUDITS. Il a notamment montré que les données qualitatives ainsi obtenues pouvaient parfaitement compléter d'autres sources de renseignements (voir la pratique décrite au chapitre 4). Médias sociaux et applications de collecte d’information Les médias sociaux et les applications proposent de nouveaux outils, notamment la collecte de données pertinentes sur la sécurité et la perception de la sécurité, qui permettent d'établir un contact avec les citoyens et de les faire participer à l’élaboration des politiques. Ces outils offrent des canaux de communication directe aux citoyens et la richesse d’information produite peut être validée à travers la production collaborative (crowdsourcing). Les applications smartphone sont très intéressantes car, de manière générale, elles peuvent ajouter des données de géolocalisation aux signalements d’incidents ou cartographier les perceptions. De nombreuses villes européennes mettent désormais à disposition des usagers des applications de signalement d'incidents mineurs et non urgents aux autorités. Les citoyens peuvent utiliser des centres d’appel26, les sites web municipaux27 ou les appli26- Voir par exemple le 311, numéro d’appel non urgent pour accéder aux services municipaux de plusieurs villes du Canada et des États-Unis ou, dans le même esprit, les centres d’appel des villes européennes comme Rotterdam avec le 14 010. 27- De nombreuses collectivités locales disposent d’un « site Internet de signalement », tel que Rotterdam.nl/meldingen ou le portail https://www.lbhf.gov.uk/report-it

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cations smartphone28 pour signaler par exemple des actes de vandalisme ou des abandons sauvages de déchets qui entrent en ligne de compte dans l’analyse des conditions de la sécurité dans une communauté particulière. D’autres applications vont plus loin et traitent directement les questions d’insécurité et de délinquance. Avec l'application SafetiPin (présentée au chapitre 4), les femmes, qui en sont les principales utilisatrices, échangent les perceptions qu’elles ont des quartiers. Cette application permet même de réaliser une sorte de mini-audit de sécurité à travers la cartographie du territoire avec ses zones sûres et celles à risque, telles que les usagers les perçoivent. Des villes comme Riga (Lettonie) disposent même d’applications qui signalent directement les incidents.

2. Le point de vue des citoyens Observer les répercussions de l’insécurité sur les citoyens constitue un moyen complémentaire de compréhension de la situation locale. En incluant le point de vue des personnes touchées, la victimation peut être analysée, ainsi que les dimensions subjectives de l’insécurité comme le sentiment d’insécurité ou la peur du crime. Nous avons déjà expliqué plus haut comment la victimation réelle ne correspond pas nécessairement aux renseignements dont disposent les autorités sur la criminalité. Il a également été démontré que les enquêtes de victimation peuvent être un outil de choix pour s’informer sur des cas concrets dans un territoire donné sur une certaine période de temps. Nous souhaitons à présent aborder la dimension subjective de l'insécurité et comment l'évaluer. À partir de la situation dans laquelle les citoyens se trouvent, nous aborderons d’autres variables-cibles et objectifs politiques outre l’absence de délinquance et de sentiment d’insécurité. Et en particulier, l’idée plus holistique du sentiment de sécurité, la liberté de mouvement/le fait de pouvoir circuler ou de passer un moment sans être

28- Voir par exemple, Dans ma rue à Paris ou l’application de la police municipale de Riga, qui sont des logiciels applicatifs développés par les autorités locales ou ceux à vocation commerciale, tels que http://www.buitenbeter.nl/ aux Pays-Bas.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

perturbé dans des espaces publics sûrs et les possibilités de développement personnel, de bien-être et de bonheur. Cette section analysera les méthodes et les outils qui pourraient être nécessaires pour concrétiser et évaluer ces notions.

Acquérir des connaissances sur le sentiment d’insécurité Le sentiment d’insécurité est important, car il pèse sur le bien-être individuel et collectif ; il a également des retombées économiques et politiques. Ce sentiment constitue une variable relativement indépendante de la victimation, même s’il en subit à l’évidence les effets. Leurs modes d’évolution diffèrent. Au cours des dernières années, plusieurs pays ont enregistré une baisse de la criminalité alors que le sentiment d'insécurité et la peur de la délinquance étaient en hausse.29 Que les personnes les moins exposées (les femmes et les personnes âgées) soient les plus craintives est qualifié de « paradoxe de la peur du crime » dans les ouvrages de criminologie.30 C’est pourquoi les autorités locales attachent une grande importance au sentiment d’insécurité ou plutôt, pour utiliser une formulation positive, à la sensation de sécurité des citoyens. Les criminologues distinguent dans la peur du crime les trois dimensions suivantes31:

 affective, perception générale d’un risque potentiel ;  cognitive, appréciation plus précise de la probabilité d'être victime d'un acte criminel ;

 conative ou comportementale, les effets de la peur du crime sur le comportement. Comprendre la peur du crime permet de concrétiser et d'évaluer un concept qui est difficilement observable.

29- Voir par exemple, Laurent Borredon, « Le sentiment d'insécurité augmente malgré la baisse du nombre de délits » in Le Monde, 20.11.2012. 30- Voir par exemple, Hale C., Fear of crime: A review of the literature, in International Review of Victimology, 4, 79-150 (1996). 31- Voir par exemple, Skogan 1993.

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Les enquêtes constituent un outil indispensable pour évaluer le sentiment d'insécurité. La plupart des grandes enquêtes de victimation comportent des modules sur la perception de la sécurité. Compte tenu de l'importance politique de ce sujet, des questions sur le sentiment de sécurité ont parfois été ajoutées aux enquêtes locales de population, même si elles n’évaluent souvent qu’un aspect de l'insécurité perçue. Des outils tels que le moniteur DEFUS de la sécurité (voir les fiches de pratique au chapitre 4) ont conçu et testé des questions de recherche afin d’évaluer les trois dimensions de la peur du crime. Ces outils et les exemples de questions testées sont importants, car l’exactitude de l’évaluation dépend de leur formulation.32 Le moniteur peut être utilisé en toute indépendance ou ajouté à un module d'enquête de population.33 Une analyse détaillée du sentiment d’insécurité dans le cadre d’un audit de sécurité complet, comme le « profil des quartiers de Rotterdam », peut informer des orientations politiques plus précises et tester sur le terrain les hypothèses formulées dans les ouvrages universitaires (voir les fiches de pratique au chapitre 4).

Concrétiser et évaluer d’autres variables-cibles comme le bien-être La généralisation des politiques fondées sur des données probantes et des approches holistiques des problèmes sociaux a renforcé la demande d'indicateurs sociaux qui permettent de mesurer le progrès, le bien-être et l’intégration sociale.34 Si la criminalité n’est plus envisagée de façon isolée et si les décideurs, les chercheurs et les prestataires de services la considèrent à présent en rapport avec d'autres situations sociales et économiques, il apparaît dès lors juste de prendre en compte d’autres variables-cibles que celles de l’absence de délits ou du sentiment d’insécurité. 32- Même la question la plus classique sur la norme a suscité de nombreuses discussions et critiques. Voir par exemple, J. M. Hough et Renée Zauberman, Victimation et insécurité en Europe – Un bilan des enquêtes et de leurs usages, 2008. 33- Voir par exemple les actions menées par la ville de Düsseldorf dans le cadre du projet AUDITS (un module entier sur le sentiment d’insécurité a en effet été ajouté) ou l’Enquête sur la sécurité à Stuttgart. 34- Manuel sur les enquêtes de victimation, Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime – UNODC, 2010.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

La question peut être traitée sous l’angle du bien-être des citoyens. Il s’agira alors de savoir de quelle manière définir, concrétiser et évaluer cette notion. Les travaux du Conseil de l’Europe sur les indicateurs de cohésion sociale 35 considèrent qu’une société solidaire a pour objectif le bien-être et la protection sociale de chaque individu et que ce bienêtre comporte quatre éléments : l’équité dans l’accès aux droits, la dignité et la reconnaissance de toute personne, l'autonomie et le développement personnel et la possibilité de faire pleinement partie de la société (voir schéma 2). Schéma 2 - Les quatre éléments du bien-être citoyen (Conseil de l’Europe 2004)

Équité Non-discrimination

Dignité Reconnaissance Stabilité dans les sociétés modernes

Autonomie Développement personnel

Participation Engagement

Dans son guide sur les indicateurs de la cohésion sociale, le Conseil de l'Europe aborde la question de la conception d’outils méthodologiques à partir de l'information rassemblée et traitée, afin de répondre aux besoins d'acquisition de connaissances qui auront été identifiés. En outre, il propose une base de données des indicateurs afin de réellement mesurer les composantes du bien-être en général, ses tendances et de façon globale en ce qui concerne certains domaines de la vie et pour les groupes vulnérables. S’il ne traite pas directement les questions de sécurité, il formule néanmoins des recommandations sur comment analyser ce domaine de la vie et le bien-être de façon plus large. 35- Élaboration concertée des indicateurs de cohésion sociale – Guide méthodologique. Strasbourg, Publication Conseil de l’Europe, p. 28 (2005).

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Définir de manière collective le bien-être, puis en concevoir les indicateurs, est sans doute une méthode encore plus importante pour cette approche que de l’illustrer par des exemples. C’est ce qui a été mis en place dans la méthode SPIRAL (Indicateurs de progrès de la société pour la coresponsabilité de tous – Societal Progress Indicators for the Responsibility of All). SPIRAL est une démarche d’apprentissage collectif visant à construire progressivement la capacité de la société à assurer le bien-être de tous par la coresponsabilité des différents acteurs : citoyens, acteurs publics et privés. Elle part du niveau local où la méthode SPIRAL et ses outils servent à élaborer une vision partagée du bien-être et les objectifs que la communauté doit atteindre.

3. Contexte, causes sous-jacentes, facteurs de risque et de protection Pour dépasser le stade de la connaissance de l’état de sécurité et comprendre la situation ainsi que les causes sous-jacentes de l’insécurité, il faut impérativement prendre en compte d’autres variables qui décrivent le contexte dans lequel s'élabore la sécurité urbaine. Ces facteurs sont très importants dans une optique de prévention, dès lors que l'objectif final ne consiste pas seulement à régler un problème existant en en traitant les causes, mais à empêcher son apparition en travaillant au préalable sur les variables. Il est donc important d'avoir des méthodes et des outils pour établir cette description d’un territoire donné. Comme nous l'avons expliqué au chapitre 1, les outils d’audits définissent le contexte avec une présentation générale de la démographie, de l’économie et d’autres caractéristiques de la ville ; ils étudient les modèles de facteurs de risque qui pourraient contribuer à l’émergence de la criminalité et de la violence ; ils établissent un profil des victimes et des délinquants en fonction notamment du genre, de l’âge, des spécificités ethnoculturelles et socioéconomiques. Les outils qui peuvent donner cette information sont semblables à ceux qui servent à collecter des données sur la criminalité proprement dite à partir de différentes sources.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Facteurs de risque et de protection Les méthodes comme celles des Communautés qui se soucient du bien-être d’autrui (Communities That Care – CTC) 36 donnent des recommandations sur les variables à envisager et sur comment les mesurer. Le dispositif CTC est un système de prévention fondé sur des données scientifiques. Il met à la disposition des communautés des outils pour traiter les problèmes de santé et de comportement des jeunes, en mettant l’accent sur des facteurs de risque et de protection identifiés empiriquement. Ce dispositif fournit également des outils pour évaluer les niveaux de risque et de protection dans les communautés, et des processus pour définir les facteurs de risque et de protection prioritaires et fixer des objectifs pour la communauté qui soient spécifiques et mesurables. Ce système s'appuie sur des travaux universitaires étudiant le poids des séries de facteurs de risque et de protection, tels qu'énumérés ci-dessous. Ils sont analysés dans le cadre de l'enquête CTC sur les jeunes menée dans les écoles. Il est important de noter que les outils CTC ne portent pas sur l'état présent de la sécurité ou sur sa perception, mais insistent sur l'obtention d'un savoir (pour ensuite formuler des recommandations) afin d'élaborer des programmes de prévention visant les problèmes de santé et de comportement des jeunes.

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Les facteurs de risque et de protection dans le programme CTC sur les problèmes comportementaux des jeunes 37

Les facteurs de risque

 L’intéressé : comportement antisocial/agressif ; initiation précoce au comportement antisocial ; initiation précoce à la consommation de drogues ; attitudes favorables aux comportements antisociaux ; adhésion à un gang ; violences physiques ; rébellion ; tension ; consommation de drogues. 36- http://www.communitiesthatcare.net/ 37- David Hawkins et Richard Catalano (2002), Building Protection: The Social Development Strategy. Seattle, University of Washington, Social Development Research Group – SDRG (« Groupe de recherches sur le développement social »), Center for Communities That Care (« les Communautés qui se soucient du bien-être d’autrui »).

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 Les pairs : interaction avec des pairs antisociaux ; consommation de drogues par les pairs.

 La famille : conflit/violence avec la famille ; famille marquée par des problèmes comportementaux ; attitudes des parents favorable au comportement antisocial ; attitude des parents favorable à la consommation de drogue ; règles familiales défaillantes.

 L’école : faibles intérêt et implication scolaires ; mauvais résultats.

 Le quartier/la communauté : désorganisation de la communauté ; lois et normes favorisant la consommation de drogue/ la criminalité ; liens distendus avec le quartier ; perception de la disponibilité de drogue ; perception de la disponibilité d’armes à feu ; transition et mobilité.

Les facteurs de protection

 L’intéressé : normes comportementales claires ; capacités de résistance ; perception des risques de la consommation de drogue ; engagement dans la société ; capacités à dire non ; présence aux services religieux ; récompenses pour l'engagement dans la société ; compétences en matière d'interactions sociales.

 Les pairs : interaction avec des pairs engagés dans la société.  Famille : attachement aux parents ; possibilités d’engagement dans la société avec les parents ; récompense pour des engagements dans la société avec les parents.

 L’école : possibilités d’engagement dans la société à l’école ; récompenses pour l'engagement dans la société.

 Le quartier/la communauté : possibilités d’engagement dans la société ; récompenses pour l'engagement dans la société.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Cohésion sociale La cohésion sociale est souvent considérée comme la manifestation d’une société intacte et fondée sur la solidarité. Il s'agit clairement d'un concept important pour comprendre, contrôler et prévenir la criminalité et le sentiment d’insécurité. Elle sert également à situer la prévention de la criminalité dans un objectif social pris au sens le plus large et le plus positif. Mesurer la cohésion sociale est en soi un exercice complexe. Il s’agit tout d’abord et avant tout d’une notion qualitative ; elle est le reflet de la cohérence, de la qualité des liens sociaux et institutionnels nécessaires pour garantir le bien-être de chacun. La première question qui se pose est de savoir quels méthodes et outils peuvent aider à connaître l’état de la cohésion sociale, afin par la suite de travailler sur la cohésion sociale. Des organisations internationales, telles que l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE), le Conseil de l’Europe ou des initiatives privées se sont efforcées de concrétiser ce concept et de proposer des méthodes et des outils d’évaluation.38 L’OCDE avec ses indicateurs de la cohésion sociale39, le guide méthodologique du Conseil de l’Europe sur les indicateurs de la cohésion sociale40 ou le baromètre de la cohésion sociale de la fondation Bertelsmann41 proposent des méthodes et des outils pour la mesurer. Le Conseil de l’Europe définit la cohésion sociale comme la capacité de la société à assurer de façon durable le bien-être de tous ses membres, y compris l’accès équitable aux ressources disponibles, le respect de la dignité humaine dans la diversité, l'autonomie personnelle et collective et la participation responsable. Il établit un lien direct entre le bien-être individuel et la cohésion sociale. Les indicateurs mentionnés précédemment et la méthode SPIRAL (Indicateurs de progrès de la société pour la coresponsabilité de tous – Societal Progress Indicators for the Responsibility of All) 42 présentés au chapitre 4 peuvent être utilisés non seulement pour évaluer, mais également pour élaborer des politiques visant à consolider la cohésion sociale.

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38- Voir également, S. Acket et al., Measuring and validating social cohesion. Luxembourg, CEPS/ Instead, 2011. 39- Societies at a glance, paru en 2014 dans la publication OECD social indicators, p.132. 40- Élaboration concertée des indicateurs de cohésion sociale – Guide méthodologique, Strasbourg. Publication Conseil de l’Europe, 2005. 41- http://www.gesellschaftlicher-zusammenhalt.de/en/ 42- https://wikispiral.org


II. Élaborer une stratégie

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> La stratégie locale de sécurité est un document clé dans l'approche stratégique de la sécurité urbaine. Il s’agit de préparer et d'organiser une réponse adéquate aux problèmes identifiés. C’est dans ce document que les conclusions doivent se nourrir des connaissances et de la compréhension de l’état de la sécurité urbaine, qu'une compréhension commune doit être élaborée sur les problèmes à traiter et que les mesures envisagées doivent énumérées.

Élaborer une compréhension commune « Une donnée statistique isolée ne dit pas grand-chose en soi ; on doit être en mesure de comprendre la signification des chiffres.43 » Si leur mode de présentation est important pour que les données soient comprises, c’est toujours en les reliant et en les comparant à d’autres qu’elles prennent du sens. Les comparaisons de données peuvent avoir lieu à des moments divers (analyse des tendances), entre des zones géographiques ou en fonction d'une norme de référence, et ainsi de suite. Les types de méthodes et d’outils présentés dans ce guide servent à comprendre les données et le chemin qui conduit des statistiques (quantitatives et qualitatives) aux connaissances au sens strict du terme, directement en lien avec l’action qui doit être menée. Il est vrai que ces outils pourraient également figurer dans la section précédente, avec l’ensemble des outils de connaissance et de compréhension. Certains d’entre eux sont intentionnellement présentés ci-après pour souligner que la compréhension et tout particulièrement la création d’une compréhension commune, partagée par l’ensemble des acteurs intéressés, constituent un processus important dans le chemin qui mène au consensus sur les actions à entreprendre,

43- Conseil de l’Europe 2005.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

comment et avec quelles priorités, tel que spécifié dans la stratégie. Si un audit de sécurité doit se conclure par des premières recommandations d'action, il reste ensuite un processus politique à mener pour construire une stratégie à partir des informations révélées par l'audit, ce qui s'avère souvent moins évident qu’il n’y paraît. L'argument est que les méthodes et les outils qui contribuent à donner du sens à l’information, à approfondir la compréhension, et en facilitent le partage sont également applicables dans la dernière phase du processus, à savoir la création d'une compréhension commune.

Indice de sécurité Une question essentielle liée à la compréhension effective des données est de savoir ce que l’on peut en faire. L’élaboration d’une synthèse et d’une conclusion générale est particulièrement importante. Les indices sont à cet égard un outil puissant qui peut aussi être utilisé pour résumer l'analyse de la sécurité urbaine dans un indice de sécurité. L'indice de sécurité rassemble les données sur une série de variables pertinentes et en évalue différents aspects dans un classement général qui peut servir de référence et de point de comparaison. La ville de Rotterdam a par exemple mis au point et utilisé un indice de sécurité de 2002 à 2014. Cet indice a servi à l’élaboration d’une méthodologie pour des indices applicables à l’échelon local aux Pays-Bas ; il a aussi été élargi à partir de 2015 et donne à présent un panorama beaucoup plus complet des quartiers. Cet outil est présenté au chapitre 4. L’un des éléments clés de l’indice est qu’une fois sa conception approuvée, il peut être utilisé directement pour cibler et contrôler les politiques.

Systèmes d’information géographique La dimension spatiale est primordiale dans la sécurité urbaine. De quelle manière la criminalité et (la perception de) l’insécurité sont-elles réparties sur le territoire ? De quelle manière les facteurs de risque et de protection laissent-ils leurs empreintes sur le paysage urbain ? Les Systèmes d’information géographique (SIG) sont un bon moyen de visualiser et par la suite analyser cette information sous l’angle géographique.

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Les SIG sont très largement utilisés pour évaluer les niveaux de criminalité dans les villes. Cette information est très précieuse pour les forces de l'ordre et des autorités locales, car elle permet une approche de la prévention de la criminalité fondée sur le renseignement. Si, durant des années, les forces de l’ordre ont utilisé des cartes papier avec des épingles pour représenter les infractions enregistrées, la facilité d’accès aux outils du SIG a permis d’élargir l’analyse de la dimension spatiale de la criminalité. Depuis les années 90, ce domaine n'a cessé de s'améliorer parallèlement aux progrès des technologies de l'information. Les systèmes d’information géographique permettent de cartographier l’insécurité et d’illustrer les liens entre les différentes variables en montrant des lieux particuliers où les infractions sont plus fréquentes et spatialement concentrées (points chauds). Du point de vue technique, la production de ces cartes demande des données géographiques extrêmement précises sur les infractions enregistrées (géocodification), ainsi que des outils pour cumuler ces données (analyse du voisinage immédiat, analyse du noyau de densité, auto-corrélation spatiale LISA). L’analyse SIG reste en ce sens très technique, et le manque de données peut conduire à une analyse trompeuse ou imparfaite. Le Royaume-Uni et la Scandinavie utilisent très largement ces outils, et les villes de l’Europe centrale et de l'Est y recourent aussi de plus en plus.

Mégadonnées et prédiction de la criminalité Avec les méthodes statistiques, la recherche empirique s’efforce de trouver dans les données des corrélations, des modèles et, in fine, un sens. L’extraction de données consiste à découvrir, par le biais d'un traitement informatique, des modèles dans de grands ensembles de données sans aucune hypothèse théorique initiale. Ce type de raisonnement inductif ne peut produire des liens de causalité en raison d’un défaut de fondement théorique, mais uniquement des corrélations ; il peut montrer celles qui n’ont pas encore été identifiées (et qui pourraient ne pas avoir été étudiées et comprises). L’extraction de données revêt une importance particulière dans le contexte des mégadonnées en raison de la disponibilité de ces énormes ensembles, des algo-

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

rithmes et de la puissance de l'informatique utilisés pour les analyser. Avec les mégadonnées, c’est l’augmentation de la quantité qui se traduit dans l’amélioration de la qualité, par exemple pour l’image que l’on peut obtenir de l’état de la sécurité à l’échelon local. L’exploration de grands ensembles de données avec des algorithmes constitue en toute logique l'étape suivante qui consiste à combiner diverses sources de données selon les descriptions énoncées précédemment. L’accumulation numérique de données, cet observatoire des données numériques, est souvent mise au point à partir des systèmes d’information géographique qui associent des géodonnées numériques et toute sorte d’autres données locales. Enfin, un observatoire de ce type peut être utilisé avec une puissante capacité de calcul et un algorithme intelligent pour transposer les résultats dans l'avenir. Plusieurs outils de mégadonnées comportent ainsi des éléments de prédiction de la criminalité44, indiquant le lieu et le moment de la journée où un acte de délinquance est susceptible de se produire.45 Les applications de mégadonnées joueront probablement un rôle de plus en plus important dans les audits locaux de sécurité, lorsqu'elles deviendront moins coûteuses et plus précises que les enquêtes classiques. Certains projets de recherche étudient comment les mégadonnées peuvent aider à mieux comprendre la sécurité.

Définir les priorités, les finalités et les objectifs Une stratégie doit identifier des priorités et traduire l’analyse d’une situation en objectifs : l'objectif général d'une politique et une série d'objectifs spécifiques à atteindre. Afin de mesurer les progrès réalisés et d'évaluer une stratégie, ces objectifs doivent être « SMART »46 :

 Spécifiques : cibler un domaine particulier à améliorer ;  Mesurables : quantifier ou au moins suggérer un indicateur de progrès ;

 Imputables : préciser qui en sera chargé ;

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44- PredPol est l’un des premiers systèmes de prédiction des infractions. De nombreuses sociétés informatiques proposent désormais ce logiciel d’analyse prédictive. 45- Voir par exemple, Perry et al. (2013), Predictive Policing. The Role of Crime Forecasting in Law Enforcement. RAND Safety and Justice Programme ; "Don’t even think about it". The Economist, 20.07.2013.. 46- En anglais, on parle d'objectifs « smart », c'est-à-dire specific, measurable, assignable, realistic and time-related.


 Réalistes : indiquer quels résultats peuvent être raisonnablement obtenus compte tenu des ressources disponibles ;

 Temporels : spécifier à quel moment le(s) résultat(s) et les étapes doivent être atteints. Une stratégie de prévention ne peut traiter tous les problèmes d’une ville. Il faut impérativement identifier les priorités. Concentrer de faibles ressources sur un nombre restreint de priorités sera beaucoup plus efficace que de les éparpiller. Le choix est déterminant et la décision difficile à prendre. Les priorités peuvent être formulées de différentes manières (délits particuliers, lieux spécifiques, certains groupes de population ou facteurs de risque particuliers) et les critères doivent avoir été convenus explicitement. Les critères peuvent ensuite servir à formuler les questions qui aideront à déterminer les problèmes les plus urgents, par exemple :

 quelles sont les principales préoccupations des communautés locales ?

 à quels problèmes s’attaquer afin de contribuer aux priorités politiques générales ?

 pour quelles problématiques existe-t-il des ressources disponibles ?  quels sont les facteurs de risque les plus urgents à traiter ?  quels problèmes ont le plus d’impact sur les personnes défavorisées et vulnérables ?

 quels quartiers et zones commerciales sont les plus touchés par la criminalité ?

 quels délits sont les plus importants en termes de volume et de taux d’incidence ?

 quels types de délits présentent le taux d’accroissement le plus élevé ? Quoi faire avec l’analyse d'une situation locale de sécurité urbaine apportée par un audit de sécurité est moins évident qu’il n’y paraît.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

Lors des discussions avec les praticiens dans le cadre du projet conjoint de l’Efus et de l’UE, AUDITS, il est apparu que ce stade constituait une pierre d’achoppement. Une analyse complète de la situation locale de sécurité, de la perception qu’en ont les citoyens, de la présence de facteurs de risque et de protection, tels que décrits, s’avère cruciale pour objectiver les conclusions. En effet, les chiffres ne disent pas grand-chose en soi ; ils doivent être interprétés et cette interprétation est souvent influencée par les intérêts particuliers de celui qui les interprète. La construction d'une stratégie est un moment capital qui permet d'aboutir à une compréhension commune, une explication qui puisse être partagée par l’ensemble des acteurs et autour de laquelle ils peuvent ensemble forger une même vision de la ville idéale. Ceci peut être fait en organisant un espace pour la prise de décision démocratique et des moyens pour synthétiser les intérêts variés ou bien en optimisant le degré d’objectivité des conclusions. Comment ? En utilisant les méthodes décrites plus haut qui permettent de favoriser la mobilisation et la participation et en élaborant des indices et des références qui, une fois approuvés par tous, démontrent de manière quasi arithmétique ce qu’il faut faire à partir de ce qui a été mesuré. (Voir par exemple l’Indice de sécurité de la ville de Rotterdam au chapitre 4). La stratégie ne doit pas être construite uniquement à partir des problèmes, mais également à partir des atouts, des forces et des opportunités de la collectivité locale. Enfin, la construction d'une stratégie demande d'identifier les méthodes et les outils qui serviront à atteindre les objectifs souhaités. Quelles sont les actions les plus adéquates ? C'est le sujet de la partie suivante.

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III. Agir

>>>>>>>>>>>> Comment répondre à tel ou tel problème spécifique de sécurité urbaine est évidemment une question cruciale. Une fois que la situation locale est comprise et que les priorités sont identifiées concernant les besoins de sécurité les plus urgents, se pose en effet la question de savoir comment répondre aux problèmes existants. Le but d’une approche stratégique de la sécurité urbaine est d'identifier de la manière la plus objective possible quelle pourrait être la meilleure option politique, la réponse susceptible de résoudre un problème avec succès. Pour bien faire, il faudrait également déterminer la méthode et les outils nécessaires pour atteindre ce but de la manière la plus efficace possible. Le critère d’efficacité ne devrait pas seulement prendre en compte la rentabilité, mais également les coûts sociaux tels que les atteintes aux droits fondamentaux.47 De plus, il convient d'élaborer un modèle logique d’intervention pour expliquer pourquoi l'action proposée devrait conduire au résultat voulu.48

Les processus : parties intégrantes de la solution En ce qui concerne l'action, le processus lui-même de gestion d'un problème ne doit pas être sous-estimé. La mobilisation et l’implication des acteurs dans tout ce processus sont, le plus souvent, une partie importante de la solution.49 Les processus de participation décrits dans 47- Voir par exemple, Forum européen pour la sécurité urbaine, Résolution du Comité exécutif sur les technologies et la sécurité urbaine, 2015. 48- Dans la « théorie du changement » (TdC), l’accent est mis sur la nécessité de partir d’une logique d’intervention pour renforcer une action. C’est ce que fait la TdC : elle recense tout d’abord les objectifs à long terme que l’on souhaite atteindre. À partir de là, le travail consiste à remonter le processus pour identifier toutes les conditions (résultats) à mettre en place (et montrer les liens de causalité d’un élément à l’autre) afin d'atteindre les objectifs fixés. Consulter le site suivant : www.theoryofchange.org/ 49- Voir par exemple, Irwin Walle, Less law, more order. The truth about reducing crime. Ontario, Canada, Manor House Publishing, p. 114 (2008).

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

la section précédente offrent une bonne base pour identifier quelle sera l'action appropriée. Lorsque l’information détenue par tous sur l’état de la sécurité urbaine s’est transformée en compréhension commune des problèmes par l’ensemble des acteurs et lorsque les priorités ont été approuvées, il reste en fait peu de chemin à faire pour identifier correctement et traiter un problème. Concernant certaines difficultés, notamment si des facteurs sous-jacents peuvent être convenablement répertoriés, la solution peut être très simple. Si les personnes ne se sentent pas en sécurité parce que certains espaces publics sont mal éclairés ou qu’ils sont jonchés de détritus ou qu'il existe manifestement une utilisation conflictuelle des lieux, la solution peut être très simple : améliorer l’éclairage public, nettoyer l’espace, faire de la médiation entre les parties en conflit. Si les solutions sont mises en oeuvre par un processus démocratique une fois que tout le monde partage la même compréhension des problèmes, elles auront plus de chance d'être considérées comme légitimes ; les acteurs locaux se les approprieront et contribueront à leur mise en œuvre. Une fois mobilisé, un partenariat local peut être un instrument important pour élaborer la solution qui convient sur le terrain.

Prévention de la criminalité fondée sur des données probantes Si les politiques sont, dans de nombreux domaines, fondées sur les données scientifiques, comme c'est le cas par exemple dans la médecine ou l’ingénierie, pourquoi la politique de sécurité urbaine devrait-elle s'appuyer sur des activités ou programmes de prévention fondés sur l'à-peu-près, c'est-à-dire qui peuvent, ou non, fonctionner ou pire même, produire des résultats nocifs ? S'il est certain qu'il s'agit là d'une ambition élevée, la nécessité de s'appuyer sur des données probantes est­d'autant plus évidente lorsqu'on sait que beaucoup de pratiques sont en fait inspirées par les us et coutumes locaux et des points de vue, théories et impressions subjectifs. « L'empirisme, les programmes à la mode à tel ou tel moment et l’idéologie politique semblent alimenter l’essentiel des politiques en matière de criminalité.50 » Le rapport Sherman sur « ce qui marche » a marqué un 50- Sherman et al., Evidence-based crime prevention. New York: Routledge. p.7. (2002).

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tournant 51 il y a près de 20 ans en indiquant que les politiques et pratiques de sécurité devaient être scientifiquement fondées. Ces dernières années, le débat scientifique sur les instruments méthodologiques servant à l’étude comparative des mesures de prévention de la criminalité a donné naissance à un ensemble de notions, de méthodes et de programmes. Mais des progrès ont été réalisés, même s'il existe un (nécessaire) débat universitaire sur cette approche et sur les conditions d'une mise en œuvre réussie.52 Cela étant, il reste un long chemin à parcourir pour utiliser les connaissances disponibles et de nombreuses stratégies locales ne sont toujours pas scientifiquement fondées.53 Le Manifeste de l'Efus, Sécurité, démocratie et villes, recommande que la prévention de la criminalité se fonde davantage sur des données probantes et que les connaissances et le savoir-faire existants soient mieux utilisés. « Toute politique doit prendre en compte l’état des connaissances techniques, scientifiques et créer les conditions de leur production.54 » Il est important que les programmes de prévention de la criminalité contribuent à la création et à la mise en place de cet ensemble de connaissances et qu’ils le mettent à la disposition des décideurs politiques et des praticiens. À cet égard, les initiatives qui fournissent des méthodes d’évaluation et des bases de données avec une liste des programmes et projets évalués sont très utiles. À titre d’exemple, il convient de citer le Crime Solution de l’Institut national pour la justice des États-Unis (U.S. National Institute of Justice - NIJ) 55 ; le Blueprints for Healthy Youth Development56 ; la Violence Prevention Alliance (VPA) 51- Sherman et al., Preventing Crime: What Works, What Doesn’t, What’s Promising. Washington DC: NIJ. 1997. 52- Voir par exemple les diverses contributions, en particulier celles de Tim Hope dans l’ouvrage coordonné par Philippe Robert, (2009): L’évaluation des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance en Europe, Bruxelles, VUB Press. 53- Sur les pratiques en matière de prévention de la criminalité, le Forum européen pour la sécurité urbaine a collecté de nombreuses données qui présentent des lacunes en termes d’évaluation, notamment au regard des méthodes dont la conception rigoureuse recourt à des essais contrôlés aléatoires ou à un modèle quasi-expérimental. Le récent Guide sur la sélection d’un programme efficace de prévention du crime de Julie Savignac et de Laura Dunbar, publié en 2015 par la Sécurité publique Canada, indique que près de 60 % des programmes n’ont jamais été évalués (p. 6). 54- Sécurité, démocratie et ville - Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis, Forum européen pour la sécurité urbaine - EFUS (2012), p. 7 55- http://www.crimesolutions.gov/ 56- http://www.blueprintsprograms.com/

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

de l’Organisation mondiale de la santé – OMS57 ; le Centre for Problem Oriented Policing 58 ; le portail http://www.preventviolence.info/ ; le portail canadien des pratiques exemplaires 59 ; le Wegweiser Prävention Entwicklungsförderung und Gewaltprävention 60 et le Grüne Liste Prävention 61 en Allemagne. Ces dernières années, toutes ces initiatives ont contribué à mettre au point une base de connaissances scientifiques à l’échelle internationale. Une liste de ces ressources figure en annexe du présent guide et est consultable en ligne. Des réseaux, tels le Forum européen pour la sécurité urbaine, peuvent apporter leur concours pour mettre en œuvre une approche stratégique fondée sur des données probantes en organisant des échanges entre pairs sur les pratiques, sur le savoir-faire, en regroupant les travaux de recherche et les expériences pratiques et en offrant un espace de discussion sur les difficultés de mise en œuvre. Pour les décideurs politiques et les techniciens, l’étape suivante consistera à déterminer les critères de sélection d’un projet ou d’un programme à partir de ces listes. Le Guide sur la sélection d’un programme efficace de prévention du crime 62 publié en 2015 par la Sécurité publique Canada donne des conseils utiles sur les questions que les responsables doivent se poser : Quel est le programme le plus efficace en fonction des priorités et des problèmes qui ont été identifiés ? Quel est le programme qui correspond le mieux aux caractéristiques et aux besoins de la population-cible ? Quelles sont les données et les recherches disponibles pour servir de base au programme ? Le programme fait-il l’objet d’un classement dans un registre ou dans une base de données ? Quel est le degré d’efficacité ? Combien d’études d’évaluation sur les impacts ont-elles été réalisées ? A-t-on des informations sur le rapport coût-efficacité ? Le programme peut-il être disséminé ? D’autres facteurs clés à prendre en compte sont l’adéquation et la conformité du programme avec l’organisme chargé de la mise en œuvre, les facteurs de risques locaux identifiés, le groupe-cible local identifié, et les ressources et capacités en matière d'organisation qu'exige le projet.

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57- http://www.who.int/violenceprevention/en/ 58- http://www.popcenter.org/ 59- http://cbpp-pcpe.phac-aspc.gc.ca/ 60- http://www.wegweiser-praevention.de/ 61- http://www.gruene-liste-praevention.de/nano.cms/datenbank/information 62- Julie Savignac et Laura Dunbar, Guide sur la sélection d’un programme efficace de prévention du crime. Ottawa, Sécurité publique Canada, 2015.


Mise en œuvre et durabilité Agir, c'est aussi mettre en oeuvre, exécuter de ce qui a été planifié afin de mettre réellement en place un programme efficace de prévention de la criminalité. Il a bien été établi que la qualité de la mise en œuvre de ces programmes influe sur l'obtention des résultats attendus.63 Une des questions clés du transfert de bonnes pratiques est comment adapter un projet à un contexte local tout en conservant ses éléments essentiels. S’il est par exemple nécessaire d’adapter la terminologie, en remplaçant les références culturelles d'un programme d'action, il semble risqué d'en éliminer les messages clés, les objectifs principaux ou encore la théorie dont il s'inspire. Une planification rigoureuse est capitale pour une mise en œuvre réussie. Les méthodes de gestion de projet et les outils de planification – qui sortent du cadre de ce guide – sont en l’occurrence particulièrement importants. Le Guide sur la mise en œuvre des programmes fondés sur des données probantes, par exemple, propose des outils de planification et des check lists afin de faciliter l'implémentation.64 Enfin, la durabilité d’une action ou d’un programme est aussi une dimension essentielle de l'implémentation. Pour bien faire, elle devrait être prise en compte dès le début, lorsqu'on élabore le programme d'action. Ici, l’approche et les processus participatifs favorisant l’adhésion au programme sont primordiaux.

63- Voir Julie Savignac et Laura Dunbar (2015) ; voir également les mesures de mise en œuvre l'échelle mondiale, c.-à-d. D. Fixsen et al., Core implementation components. Research on Social Work Practice, 19(5), 531-540.(2009) 64- Julie Savignac et Laura Dunbar (2014), Guide sur la mise en œuvre des programmes fondés sur des données probantes - Qu’en savons-nous jusqu’à maintenant ? Ottawa, Sécurité publique Canada.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

IV. Évaluer et examiner

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> L’évaluation est un autre pilier de l'approche stratégique fondée sur des données probantes. Elle est indispensable pour créer et mettre au point une base de connaissances afin d’examiner et d’améliorer les mesures à prendre et, en définitive, toutes les étapes de l’élaboration des politiques et de leur mise en œuvre. L’évaluation est l’interprétation structurée des effets prévus ou existants des propositions ou des résultats. Ses objectifs sont la responsabilité (accountability) démocratique, à la fois stratégique afin de valider les mesures à prendre et opérationnelle en vue d’analyser la mise en œuvre. Deux types d’évaluation sont couramment appliqués en matière de prévention de la criminalité : l’un porte sur le processus et l’autre sur les résultats. L’évaluation du processus permet de mieux comprendre les activités exécutées dans le cadre d'un programme et à vérifier si elles ont été mises en œuvre comme prévu. L’évaluation des résultats s’intéresse plus à l’efficacité globale d’un programme. Les évaluations ont généralement lieu à l’issue d’un projet ou d’un programme, mais elles peuvent être réalisées avant (ex ante), pendant ou après la fin d’une activité (ex post). Comment évaluer ? Fondée sur des critères fixés au préalable, l’évaluation doit être aussi objective que possible, un processus transparent sur la manière dont les données sont collectées, dont l'évaluation ellemême est menée et sur les modalités d’intégration d’autres appréciations. De plus, il convient de s'assurer que l'évaluation pourra être reproduite en utilisant les mêmes méthodes et les mêmes données. Les questions essentielles auxquelles une évaluation doit apporter des réponses sont :

 Pertinence : Les objectifs de l’action, du projet, correspondent-ils aux problèmes actuels et aux objectifs de la politique ?

 Cohérence interne : les objectifs de l’action sont-ils tous cohérents ?

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 Cohérence externe : les objectifs de l’action sont-ils cohérents avec d’autres actions ?

 Efficacité : l’action a-t-elle produit les résultats escomptés ?  Efficience : quel a été le coût de réalisation de l’objectif ?  Impact : quel a été l’impact, direct et indirect, de l’action ?  Mise en œuvre : la mise en œuvre s’est-elle déroulée comme prévu ?  Valeur ajoutée : pour quelle raison l’action a-t-elle été confiée à un acteur particulier ? Pour analyser ces questions, il faut mettre au point des indicateurs pour évaluer les performances d'une action donnée, tels que des indicateurs d'activité (le nombre de participants), de résultats (ce que l'action a produit), d'impact (les effets directs et indirects que l’action a sur les variables cibles), de coût (le coût par participant/individu aidé) et de contexte (qui décrivent des variables contextuelles pertinentes). Les outils à utiliser pour collecter l’information nécessaire à cette évaluation sont les mêmes que ceux décrits à la section « Connaître et comprendre ». Tout le monde s'accorde désormais sur la nécessité d'évaluer les politiques de sécurité urbaine, pas seulement à leur terme, mais également à l’aide d’un mécanisme de suivi permanent qui permette d'en examiner et d'en adapter directement plusieurs parties. Ainsi que le montrent les exemples nationaux en annexe, les politiques de sécurité urbaine ont été assorties de mesures d’évaluation dans plusieurs pays européens65 (Robert 2009). Cela étant, l'évaluation systématique demande des moyens et des ressources considérables. Il faut par conséquent que les gestionnaires de programmes et les organismes centraux soient plus innovateurs et repensent leur approche de l'évaluation. Pour améliorer les standards d'évaluation, il faut abandonner les approches qui consistent seulement à encourager les organisations locales à évaluer leurs activités de façon coûteuse et chronophage. L’Institut australien de criminologie (Australian Institute of Crimino-

65- Philippe Robert (sous la direction de), L’évaluation des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance en Europe. Paris, L’Harmattan, 2009.

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Méthodes et outils pour une approche stratégique de la sécurité urbaine

logy) propose une série de recommandations utiles pour évaluer la prévention de la criminalité66 :

cibler l'évaluation sur les domaines où elle sera le plus utile ; assurer le suivi régulier de l’évolution des projets ;  mettre en place des mécanismes visant à gérer et à favoriser le travail d’évaluation ;

 évaluer le processus et les résultats ;  planifier l’évaluation dès le départ et adopter une approche systématique ;

 chercher à déterminer comment et dans quelles circonstances les interventions fonctionnent ;

 faire un meilleur usage des évaluations faibles ;  mesurer les résultats à court et à long terme ;  inclure si possible une évaluation économique.

V. Mobilisation et participation

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Information, légitimité, adhésion : le processus de participation est le pilier d’une approche stratégique de la sécurité urbaine. Un autre pilier de l'approche stratégique de la sécurité urbaine est la participation, c'est-à-dire la mobilisation de toute la ville pour sa propre sécurité urbaine. Ceci demande une approche partenariale impliquant tous les acteurs ayant des compétences dans les domaines pertinents de la politique de sécurité ainsi que la société civile et les citoyens. 66- Institut australien de criminologie, Evaluating crime prevention: Lessons from large-scale community crime prevention programs, 2013.

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Impliquer l’ensemble des acteurs, des citoyens et des communautés permettra de mieux comprendre la situation de sécurité et d'assurer le succès des actions prises pour l'améliorer. De fait, la participation des communautés locales, des leaders communautaires et des autorités locales apportera de nombreux bénéfices, dont notamment : l’accès à l’information, une meilleure compréhension des problèmes, l’élaboration de réponses plus adaptées, et un intérêt plus fort au sein de la communauté qui pourra s'approprier la stratégie, sa mise en oeuvre et son évaluation. Dans une certaine mesure, le processus de l'approche stratégique de la sécurité urbaine peut être considéré comme aussi important que le résultat attendu. Au bout du compte, ce processus participatif illustre la capacité d’une société à régler ses problèmes de sécurité. Il est par conséquent important de mobiliser et d’impliquer l’ensemble des acteurs, y compris les citoyens, à toutes les étapes de l’élaboration des politiques urbaines. Nous avons déjà souligné dans les chapitres précédents la valeur ajoutée de la participation et l'importance de l'inclure systématiquement à toutes les étapes de l'approche stratégique. L’implication de la société civile et des citoyens doit s’appuyer sur la reconnaissance de la diversité de la population urbaine, composée de nombreuses communautés ayant des intérêts divergents, chacune d’entre elles ayant le droit de participer au processus. L’approche participative facilite et encourage la participation de ces communautés. Cet engagement doit être l’un des principes sur lesquels s’appuient non seulement l’audit de sécurité, mais également toute activité liée à la stratégie de prévention de la criminalité. Reste à savoir quelles méthodes et quels outils serviront à mobiliser la communauté et structurer la participation. Le défi principal consiste à s’assurer que tous les citoyens concernés peuvent être mobilisés, en particulier les groupes difficiles à atteindre. Le terme « communauté » désigne le plus souvent un groupe de personnes qui vivent dans un même quartier et ont un intérêt commun concernant l’avenir de leur ville ou de leur quartier. Dans le contexte d’une approche participative, il doit être utilisé dans un sens beaucoup plus large afin d’inclure les « communautés d’intérêts », c’est-à-dire

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les groupes partageant un intérêt ou une caractéristique qui font qu'ils ont un point de vue particulier sur la criminalité ou la prévention. Il s’agit par exemple des femmes, des minorités ethniques, des jeunes, des sans-abri ou des entreprises. Les communautés d’intérêts sont souvent fortement représentées par la société civile, c’est-à-dire par les organisations bénévoles et institutions d’une ville, y compris les associations, les organisations non gouvernementales, les groupes communautaires, les organisations de femmes, les organisations religieuses, les associations professionnelles, les syndicats, les groupes d’entraide, les associations commerciales, les coalitions, les groupes de défense, etc. Une approche participative consistera donc à prendre contact avec les représentants de toutes ces organisations de la société civile. Dans toutes les villes, il existe également des communautés d’intérêts tout aussi importantes, mais qui ne sont pas organisées de façon structurée. Il s'agit notamment des groupes difficiles à atteindre et qui ont un contact limité avec les principaux organismes publics. Une approche participative devra trouver les moyens d'engager un dialogue avec ces catégories de population. Cela dit, quelques précautions seront nécessaires : les communautés peuvent parfois se tromper dans leur évaluation des problèmes ou dans l’identification des réponses. Il est donc toujours souhaitable d'associer aux opinions de la communauté une analyse technique extérieure. L’autre difficulté à surmonter consiste à identifier les communautés concernées et à trouver le meilleur moyen de les faire participer, et surtout les groupes de population difficiles à atteindre. Par définition, ces groupes sont mal représentés par la société civile et ont un contact limité avec les organismes publics. Les raisons peuvent être la crainte ou la méfiance, l’exclusion socioéconomique, la discrimination, les barrières culturelles ou idéologiques, un handicap et des besoins particuliers, la barrière de la langue, l’âge, la taille, le manque d’auto-organisation ou autres. Ces groupes peuvent ne pas être difficiles à atteindre au sens propre, mais le terme a fini par inclure tous les groupes marginalisés ou déresponsabilisés. Il faut par conséquent les identifier et encourager activement leur participation.

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Mise en œuvre pratique d’une approche participative Chaque ville doit décider des modalités de mise en œuvre pratique d'une approche participative. Plutôt que d'agir au cas par cas, il vaut mieux établir un plan d’engagement qui décrit comment les différentes communautés de population seront incitées à participer. Il est utile de prendre appui sur les différentes modalités et niveaux de participation que décrivent et prônent par exemple des organisations internationales telles que l’OCDE67, le Conseil de l’Europe68, l’UNICEF69 ou l’Association internationale pour la participation publique. Cette association a mis au point une classification de la participation qui peut être utile pour élaborer un tel plan. Le classement a cinq niveaux – information, consultation, implication, collaboration et responsabilisation70. Chaque niveau correspond à un degré de participation plus important et à une plus grande influence des communautés locales sur les décisions. Au premier niveau, les organisations impliquées se limitent à fournir des renseignements. Plus le niveau est élevé, plus la participation est importante et la collaboration étroite. Au niveau le plus élevé, le public est habilité à prendre les décisions finales. Différents outils et techniques doivent être utilisés pour mettre en œuvre une approche participative à chaque niveau de participation (tableau 6). Certains, comme les lettres d’information, peuvent atteindre un large public, mais ne permettent qu’une communication unidirectionnelle. D’autres, comme les enquêtes de victimation par exemple, permettent d'obtenir des informations auprès d'un échantillon de personnes choisi. À un degré plus élevé, les groupes cibles et les ateliers en groupe permettent de communiquer dans les deux sens et de collaborer.

67- Des citoyens partenaires. Manuel de l’OCDE sur l’information, la consultation et la participation à la formulation des politiques publiques, 2002 68- Le modèle de participation CLEAR – Comité directeur pour la démocratie locale et régionale, l’outil C.L.E.A.R., Strasbourg, Conseil de l’Europe LR-DP-2008)9 (inspiré de l’ouvrage de Lawndes & Pratchett, 2006). 69- The participation rights of adolescents: a strategic approach, UNICEF, Série des documents de travail, 2001. 70- http://iap2.org

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Tableau 6 - Formes de participation pour mettre en oeuvre différentes activités dans le cadre d'une approche stratégique de la sécurité urbaine Niveau de participation Tâche relevant de l’approche stratégique

Information

Consultation

Implication

Collaboration

Responsabilisation

Mobilisation/ Planification

Communauté informée par des lettres d’information, couverture médiatique du plan d’audit.

Les représentants de la société civile soumettent leurs suggestions ou commentent les plans.

Communautés impliquées dans le processus de planification.

Les représentants de la communauté sont membres du groupe de planification.

Les représentants de la communauté président le groupe d’orientation et valident le plan.

Connaître …

Communauté informée par des lettres d’information, couverture médiatique des données statistiques clés.

Entretiens avec des représentants de la société civile à l’échelle de la ville, présentations d’observations écrites, enquêtes.

Échanges avec les communautés pour réfléchir sur divers problèmes et examiner les points de vue.

Communautés prenant une part active dans l’équipe d’audit.

Les représentants de la communauté décident des questions à approfondir.

… et comprendre

Communauté informée par des lettres d’information, couverture médiatique des études détaillées.

Réunions avec des groupes communautaires, enquêtes.

Ateliers communs pour échanger des idées et réfléchir aux conclusions.

Les communautés réalisent l’audit de certains quartiers.

Les communautés sont chargées d’évaluer l’importance des données collectées.

Communauté informée par des lettres d’information, couverture médiatique des résultats.

Commentaires sur les données analysées et les priorités qui ressortent.

Communautés engagées dans la hiérarchisation et l’évaluation des actifs.

Les communautés influencent fortement le choix des priorités.

Les communautés décident des priorités.

Diffusion du rapport d’audit avec couverture médiatique.

Communauté invitée à commenter le rapport d’audit.

Discussion du rapport préliminaire avant publication.

Rapport d’audit rédigé à plusieurs et diffusé pour avis.

Les représentants des communautés décident du contenu du rapport final.

Communautés impliquées dans la décision sur les mesures à adopter et participent à leur mise en œuvre.

Les communautés participent à la décision sur les mesures à prendre et sont chargées de certaines d’entre elles.

Les communautés sont chargées des mesures à prendre et de leur mise en œuvre.

Les communautés participent à l’évaluation.

Les communautés évaluent ensemble.

Les communautés sont chargées de l’évaluation.

Élaboration d’une stratégie

Adoption de mesures d’action

Communautés informées des mesures à adopter.

Évaluation

Communautés informées de l’évaluation.

Communautés consultées sur les mesures à adopter.

Communautés consultéesdurant le processus d’évaluation.


Exemples de méthodes et d’outils conçus pour mobiliser et impliquer les citoyens Jurys de citoyens Un jury de citoyens est un panel démographiquement représentatif composé de citoyens sélectionnés au hasard qui se rencontrent pendant quatre ou cinq jours afin d’examiner en détail un sujet d’utilité publique. Le jury, composé en général de 18 à 24 personnes qui sont rémunérées pour leur temps, est un microcosme de la population. Ces personnes entendent divers témoignages d’experts et sont en mesure de délibérer ensemble. Le dernier jour d’audience, les membres du jury citoyen présentent leurs recommandations aux décideurs politiques et au public. Leur rôle peut être amplifié grâce à une bonne communication, en organisant éventuellement une présence sur le web et en contactant les médias. Les jurys sont fondés sur l’hypothèse selon laquelle, une fois qu’un échantillon de la population a pris connaissance des faits, les délibérations peuvent représenter assez correctement les opinions de la collectivité dans son ensemble (tableau 6). Cette logique contraste avec la plupart des autres méthodes consultatives quantitatives et qualitatives, qui impliquent généralement des échantillons plus larges afin de représenter l’opinion publique. La fonction des membres du jury diffère également de celle des participants à d’autres formes de recherches qualitatives :

 on donne aux jurés le temps de réfléchir et de délibérer librement ensemble ; occasionnellement, un conseiller neutre les assiste ;

 ils peuvent examiner l'information apportée par les témoins, qu’ils interrogent eux-mêmes ;

 ils sont censés élaborer une série de conclusions ou une vision de l’avenir qui ne doit pas obligatoirement être unanime.

 Le premier jury de ce type a été mis en place aux États-Unis, mais des initiatives similaires ont aussi eu lieu en Allemagne. Le concept est désormais utilisé dans plusieurs pays dont l’Australie, le Danemark, l’Espagne et la Grande-Bretagne71. 71- Voir par exemple, The Jefferson Centre, Citizens’ Jury Handbook, 2004 : http://www. jefferson-center.org

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Budgétisation participative La budgétisation participative est l’une des méthodes les plus efficaces pour impliquer les communautés. Il s’agit d’un processus démocratique de délibération et de prise de décisions en vertu duquel les citadins définissent les priorités d’investissement et décident des modalités d’allocation d’une partie du budget municipal. Dans le cadre d’une approche stratégique de la sécurité urbaine, ce processus peut être utilisé pour définir démocratiquement les priorités d’action et la manière dont une collectivité ou un groupe souhaiterait voir les ressources allouées à diverses options. Comme pour les jurys de citoyens, il est important que l’équipe d’audit s’engage clairement à écouter les conclusions et à y répondre de manière constructive afin que les participants en perçoivent l’utilité. Plusieurs études ont montré que la budgétisation participative permet d’améliorer les services, de rendre les dépenses publiques plus équitables et d’augmenter à la fois la responsabilisation, les niveaux de participation du public (particulièrement les habitants marginalisés) et l’apprentissage de la citoyenneté. Largement développée et utilisée par certains gouvernements locaux au Brésil, la budgétisation participative est désormais adoptée dans d’autres pays d’Amérique latine ainsi qu’en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique et en Asie. Bien qu’il s’agisse d’un concept simple, le succès de la budgétisation participative dépend de sa mise en œuvre dans un cadre bien défini, qui doit comprendre :

 une structure géographique clairement définie, complétant les frontières politiques, ce qui facilite la prise de décisions et la prestation de services ;

 des réunions municipales et des débats bien organisés par les autorités locales afin d’impliquer les communautés locales dans les discussions sur : des questions thématiques, les décisions concernant des priorités stratégiques, l’élaboration de plans d’action, l’évaluation et le suivi d’activités en cours et ce, d’une manière qui permette de compléter les structures démocratiques représentatives existantes ;

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 un cycle annuel compris par tous, fournissant un cadre de participation, de planification et de mise en œuvre ;

 un réseau d’organismes qui contribuent à renforcer les capacités locales et prennent part à la communication à la promotion des pratiques et des informations sur les politiques ;

 une grille budgétaire intégrant les priorités locales dans un tableur complet afin de guider les décisions portant sur les dépenses à l’échelle municipale et pour chaque thème établi.72

Des outils TIC pour impliquer les citoyens Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bouleversé notre vie dans plusieurs domaines ; elles ont également modifié nos villes qui deviennent « numériques » et « intelligentes ». Les TIC offrent aux autorités locales et régionales de nouveaux outils pour non seulement protéger et contrôler, mais également pour renforcer la participation et la responsabilisation des citoyens en fournissant des services plus efficaces et une meilleure gouvernance. La démocratie et la sécurité urbaine peuvent désormais être connectées à l’innovation numérique. Les médias sociaux sont des outils informatisés grâce auxquels les personnes ou les organisations créent, partagent ou échangent de l’information au sein de communautés et de réseaux virtuels. Ces médias dépendent des technologies mobiles et de l’Internet pour bâtir des plates-formes fortement interactives à travers lesquelles des individus et des communautés partagent, créent ensemble, débattent et modifient les contenus générés par l’utilisateur. En s'appuyant sur les fondations idéologiques et technologiques du Web 2.0, ces médias favorisent l’interaction et la collaboration entre les internautes, une étape qui mène précisément de l’information à la participation. La plupart des autorités locales ont recours à l’Internet et aux médias sociaux pour informer les citoyens. Elles sont également nombreuses à utiliser ces médias pour impliquer la population locale, une démarche 72- Élaboré à partir de l’ouvrage suivant : What is Participatory Budgeting? A Community Pride Initiative Briefing Paper, 2003 : http://www.participatorybudgeting.org.uk

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particulièrement importante en matière de gouvernance de la sécurité et de mobilisation sur les questions de sécurité urbaine. Plusieurs campagnes de prévention reposent en partie sur les médias sociaux, qui accueillent notamment les débats sur les problèmes de sécurité dans la ville. Les applications mobiles peuvent également jouer un rôle majeur dans l’implication des citoyens ; ils servent aussi à recueillir leurs réactions. De nombreuses autorités locales ont créé des applications grâce auxquelles tout un chacun peut signaler des problèmes, des actes de délinquance, ou faire part d'un sentiment d’insécurité. Si les médias sociaux sont relativement peu coûteux et largement accessibles, ils ne sont pas utilisés par tout le monde. De manière générale, obtenir l’opinion des citoyens par ce biais n'est pas représentatif. Par ailleurs, l’utilisation concrète de ces moyens exige, comme d’autres formes de participation, que les autorités s’engagent à réellement apporter leur concours, à tenir compte des contributions demandées aux citoyens et à y répondre. Il n’en reste pas moins que ces outils peuvent contribuer pour beaucoup à renforcer la gouvernance en matière de démocratie et de sécurité urbaine. L’espace virtuel peut favoriser la démocratie directe impliquant des groupes plus ou moins importants, qu'il serait impossible ou très coûteux de consulter autrement. Divers services de réseaux sociaux (comme Google+ avec les votes Google) ou les services web (Doodle, Survey Monkey) permettent d’organiser des scrutins, ce qui constitue par définition un dispositif de rétro-information propre aux médias sociaux. Par ailleurs, des progiciels spécifiques sont conçus en tant que plate-forme dédiée à la cyberdémocratie et s’ajoutent à la gouvernance, au vote et à la participation électroniques. Si la cyberdémocratie est un complément numérique aux démocraties représentatives analogues, les logiciels peuvent favoriser la démocratie directe ou des formes mixtes, telles que la « démocratie liquide ». La démocratie délégative ou liquide est une forme de contrôle démocratique dans lequel les électeurs confèrent le pouvoir de vote à des délégués plutôt qu’à des représentants ; l’électorat y accède directement pour donner son opinion ou faire des propositions. Ce type de logiciel, en général libre (open source), a la particularité d'être utilisé par les partis pirates allemand, italien, autrichien, norvégien, français et néerlandais (Liquid

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Feedback), belge (Get Opinionated) ou espagnol (Partido de Internet – Agora voting – stratégie sécurité de vote en ligne). Les autorités locales recourent également aux logiciels de démocratie liquide pour leurs sites réservés à la participation des citoyens (par exemple Mein Berlin).

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Références et bibliographie >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Documents de l'Efus  Guide sur les audits locaux de sécurité : Synthèse de la pratique internationale, 2007.  Le Manifeste d'Aubervilliers et Saint-Denis, produit lors de la conférence internationale « Sécurité, démocratie et villes : le futur de la prévention », qui a eu lieu les 12, 13 et 14 décembre 2012, décembre 2012.

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 Observatoire français des drogues et des toxicomanies : http://www.ofdt.fr  Organisation mondiale de la santé (OMS) : http://who.int/fr/  Projet Beccaria : www.beccaria.de  Projet CrimPrev : http://www.crimprev.eu  Réseau européen de prévention de la criminalité : http://www.eucpn.org  Université de Cardiff, groupe de recherche sur violence et société : http://www.cardiff.ac.uk/violence-research-group

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