Gland, Ed. Favre 2024 - EXTRAIT

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Gland. Histoires citoyennes.

Le CinĂ© Open Air Ă  l’étĂ© 2023, avec les deux tours de la CitĂ©-Ouest en arriĂšre-plan.

GLAND. HISTOIRES CITOYENNES

Gland, cité de Marie-ThérÚse Porchet

Si Berne est la capitale politique de la Suisse, Gland serait sa capitale anatomique. VoilĂ  ce que dit en substance Marie-ThĂ©rĂšse Porchet nĂ©e Bertholet Ă  longueur de sketches. Personnage pensĂ© et incarnĂ© par Joseph Gorgoni sur scĂšne, Marie-ThĂ©rĂšse n’a cessĂ© d’avoir recours Ă  Gland, son lieu de vie romanesque, pour maints jeux de mots. Si bien que, en 2002, au lieu de s’en vexer, GĂ©rald Cretegny, alors municipal, a dĂ©cidĂ© de crĂ©er un Square Marie-ThĂ©rĂšse Porchet nĂ©e Bertholet. Laquelle est venue l’inaugurer en RollsRoyce. Le square se situe Ă  proximitĂ© du théùtre de Grand-Champ. Et ce n’est Ă©videmment pas un hasard puisque Joseph Gorgoni en a foulĂ© les planches Ă  de nombreuses reprises.

La cabane sereine du pĂȘcheur

Il fut un temps oĂč les pĂȘcheurs passaient jusqu’à 6 heures par jour sur leur bateau pour livrer aux grossistes de la profession quantitĂ© de poissons. Tout cela est une histoire ancienne. A La Dullive, petit quartier au sud-est de Gland, Alexandre Fayet a su adapter son mĂ©tier aux diverses contraintes lĂ©gales et Ă©conomiques pour vivre en accord avec ses principes.

Plus question, en effet, de passer autant de temps sur le LĂ©man pour ramasser un maximum de marchandise Ă  revendre Ă  d’autres, qui la prĂ©pareront pour d’autres encore. Il faut au contraire pĂȘcher moins et apprĂȘter davantage pour proposer la rĂ©colte du jour directement Ă  la clientĂšle, sur place. Une façon tout Ă  la fois de tirer davantage de satisfaction personnelle, de lutter contre la pression de pĂȘche (permettre la rĂ©gĂ©nĂ©rescence des espĂšces) et de facturer ses prĂ©parations culinaires. Ainsi Alexandre Fayet, sixiĂšme gĂ©nĂ©ration de pĂȘcheurs d’une famille installĂ©e Ă  La Dullive depuis presque toujours, embarque-t-il cinq jours par semaine sur le Capitaine Nicolas ou sur le Capitaine Laura, du nom de ses deux enfants, Ă  4h du matin pour en revenir 3 heures plus tard. Avec sa moisson du jour, gĂ©nĂ©ralement une vingtaine de kilos de perches, de truites ou de fĂ©ra, il entame alors la prĂ©paration du produit. Il s’agit d’écailler, Ă©viscĂ©rer, fileter, le tout dans la pĂȘcherie situĂ©e au sous-sol de la maison.

S’adapter

Ce laboratoire a Ă©tĂ© refait Ă  neuf en 2016, tandis que le fumoir, au bord de l’eau, a Ă©tĂ© repensĂ© selon les nouvelles normes d’hy-

giĂšne en 2017. Cette volontĂ© de prĂ©parer soi-mĂȘme la pĂȘche du jour remonte Ă  son grand-pĂšre qui, dans les annĂ©es 1970, avait dĂ» faire face, comme ses homologues, Ă  une rarĂ©faction du poisson, essentiellement Ă  cause de pollutions dans le LĂ©man. « C’est de lĂ , d’ailleurs, que vient cet engouement de manger des filets de perche au restaurant », dĂ©taille Alexandre Fayet. Car oui, ce plat si lĂ©manique est devenu une tradition Ă  un moment oĂč les pĂȘcheurs, pour survivre, ont dĂ» prĂ©parer eux-mĂȘmes les poissons. Les crises ont parfois du bon.

MĂȘme si elles peuvent durer bien trop longtemps. Alexandre Fayet, dont le rĂȘve d’enfant a toujours Ă©tĂ© de reprendre la pĂȘcherie familiale, a pourtant dĂ» s’orienter plus de 13 ans dans une autre branche (le carrelage), attendant que les perspectives redeviennent favorables. « Mon pĂšre nous a obligĂ©s Ă  avoir une autre formation en cas de coup dur. » Et puis, un jour, Alexandre Fayet est revenu Ă  la pĂȘcherie familiale, malgrĂ© le manque permanent de sommeil, la fatigue et le froid. « Mais c’est ma passion ! » Et les hivers finissent par passer : « DĂšs le printemps, on part au lever du soleil et on trouve sur le lac une sĂ©rĂ©nitĂ© que les gens dans leur voiture ne peuvent pas imaginer. »

Dans son quartier de La Dullive, au bord du lac, oĂč pendant des dĂ©cennies « on envoyait les paumĂ©s du village » Ă  cause des rats et des moustiques, et oĂč aujourd’hui le prix des logements a pris l’ascenseur, la clientĂšle vient lui acheter ses productions quotidiennes. Du lac Ă  la pĂȘcherie en passant par le fumoir, Ă  peine quelques mĂštres de distance : difficile de

faire circuit plus court. Son poisson est aussi disponible dans certains restaurants et épiceries.

AprĂšs avoir pĂȘchĂ©, apprĂȘtĂ© la marchandise, l’avoir vendue durant la journĂ©e, il reste Ă  Alexandre Fayet Ă  prendre les

commandes de ses clients. Puis, en fin de journĂ©e, Ă  aller reposer les filets dans le lac pour prĂ©parer le lendemain. En attendant que sa fille Laura, septiĂšme gĂ©nĂ©ration, ne finisse par rejoindre l’embarcation.

1er aoĂ»t : bien plus qu’une fĂȘte

nationale

La fĂȘte nationale 2023 Ă  Gland. On peut y reconnaĂźtre, notamment, l’ancien syndic et prĂ©fet Jean-Claude Christen et FrĂ©dĂ©ric Baugmartner, ancien municipal.

Il est des lieux oĂč le jour de la fĂȘte nationale dure
 deux jours. Parfois mĂȘme trois quand ladite fĂȘte tombe un lundi ! Le nom de cet endroit extraordinaire ? Gland, pardi ! On aurait d’ailleurs tort de se priver d’une telle offre puisque le programme propose Ă  la fois un 31 juillet festif (le lendemain Ă©tant fĂ©riĂ©) et un 1er aoĂ»t plus traditionnel.

Cette idĂ©e des autoritĂ©s de dĂ©poussiĂ©rer la fĂȘte nationale remonte Ă  2019, s’arran-

dans le ciel ? Va alors pour des projections d’images sur les murs extĂ©rieurs du collĂšge de Grand-Champ, dans un rendu son et lumiĂšre tout aussi Ă©poustouflant qu’un final pyrotechnique. Ce mapping, puisque c’est son nom, a conquis les spectateurs lors de sa premiĂšre en 2019, puis en 2022 et 2023, avec des thĂ©matiques Ă  chaque fois diffĂ©rentes. Mais les projections ne sont pas tout, bien sĂ»r, puisque le 31 juillet Ă  Gland est aussi l’occasion d’écouter des groupes en live et, naturellement, de goĂ»ter divers

Les annĂ©es 2020 et 2021 ont, elles, Covid oblige, nĂ©cessitĂ© de penser diffĂ©remment les Ă©vĂ©nements, en respectant des quotas lĂ©gaux (500 personnes) pour les rassemblements. Durant ces deux annĂ©es de veille sanitaire, Gland a proposĂ© de subdiviser les festivitĂ©s en cinq lieux diffĂ©rents dans la citĂ©. Notons notamment, en 2020, la venue de cinq montgolfiĂšres permettant aux citoyens de grimper dans les nacelles pour contempler la ville d’en haut. On a Ă©galement pu assister en 2021

Car lĂ  est bien l’ambition des organisateurs, Ville et associations comprises : faire de la fĂȘte nationale un moment original et innovant. Le tout sans pourtant renoncer aux traditions, qu’il s’agisse de l’incontournable Schublig et sa tranche de pain ou des joueurs de cor des alpes, sans oublier les lanceurs de drapeaux. Il est une autre tradition typiquement glandoise : les tartines du 1er aoĂ»t. Depuis des annĂ©es, en effet, la SociĂ©tĂ© de dĂ©veloppement invite tout un chacun Ă  venir, Ă  la salle communale ou Ă  Grand-Champ, se rĂ©veiller en dĂ©gustant une de ces fameuses tranches de pain recouvertes ici de miel, lĂ  d’une confiture de fruits. Car une fois l’estomac bien callĂ©, les festivitĂ©s peuvent se poursuivre sans crainte.

En ce jour officiel de fĂȘte nationale, et aprĂšs avoir profitĂ© des concerts de la veille, le programme est copieux : cortĂšge partant de la gare, discours et intermĂšde musical par la Fanfare de Gland. Enfin, aprĂšs le repas, sur le coup des 22h, peut alors commencer le spectacle de projection d’images sur les murs de Grand-Champ.

Qu’on ne s’y trompe pourtant pas : si les projections ont pris la place des feux d’artifice depuis 2019, ce n’est pas dans l’idĂ©e de remplacer une ancienne tradition par une nouvelle. Au contraire, Ă  Gland, on pourrait affirmer que la seule vĂ©ritable nouvelle tradition est de proposer chaque annĂ©e des projets inĂ©dits, pour surprendre les habitants. Qui rĂ©pondent systĂ©matiquement prĂ©sent, dans toute la diversitĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle et culturelle qui dĂ©finit la population locale. A Gland, le 1er aoĂ»t est bien plus qu’une simple fĂȘte nationale.

La nature fera le reste

Un sentier épouse le tracé du Lavasson et permet de charmantes balades. De surcroßt, on y trouve une fraßcheur bien agréable en période estivale.

A l’ouest, la Promenthouse, alimentĂ©e par la Serine, qui se jette dans le LĂ©man. A l’est, le Lavasson, parcourant les bois de La LigniĂšre. Ces deux cours d’eau ont une particularitĂ© : ils ont Ă©tĂ© dĂ©viĂ©s et canalisĂ©s pour permettre Ă  des lignes de fortification de s’ériger lors de la Mobilisation gĂ©nĂ©rale, dĂ©crĂ©tĂ©e en 1939. Aussi, Ă  Gland, riviĂšres et forĂȘts se trouvent aux extrĂ©mitĂ©s de la ville, dessinant deux lignes verticales qui, ajoutĂ©es aux lignes horizontales des voies de communication (autoroute, chemin de fer et route cantonale), articulent un quadrillage hĂ©las peu favorable Ă  la faune et la flore.

C’est dans le but de recrĂ©er des zones propices au dĂ©veloppement de la biodiversitĂ©, et ainsi au mouvement des animaux, que divers programmes cantonaux et communaux de renaturation ont vu progressivement le jour dĂšs les annĂ©es 2010. Le Lavasson a Ă©tĂ© repensĂ© en certains segments pour caler son parcours sur le tracĂ© qui Ă©tait le sien avant la DeuxiĂšme Guerre mondiale, selon des plans d’archives. En d’autres lieux, il a Ă©tĂ© remis Ă  l’air libre. Pour ce faire, il a fallu les interventions des bĂ»cherons d’abord, pour faire place nette (avant de replanter des arbres), puis celles des diverses machines de chantier, creusant ici et lĂ  et renforçant les berges en d’autres endroits. But recherchĂ© de cette renaturation ? Que la faune piscicole puisse remonter la riviĂšre en pĂ©riode de fraie et que des zones humides puissent Ă©clore naturellement Ă  proximitĂ© du cours d’eau.

De mĂȘmes travaux ont Ă©tĂ© entrepris sur la Promenthouse, libĂ©rant le lit de la riviĂšre

de certaines strates de terres et de feuilles mortes, consolidant certaines berges pour Ă©viter que le dĂ©bit ne soit trop dense. Ont Ă©galement Ă©tĂ© prĂ©vues des zones d’inondation en lisiĂšre de forĂȘt. Batraciens, salamandres et mĂȘme chevreuils apprĂ©cient.

Mais il n’est pas que les riviĂšres qui ont eu la faveur d’une cure de jouvence. Les forĂȘts Ă©galement. Selon un programme articulĂ© sur quatre annĂ©es, 2000 chĂȘnes ont Ă©tĂ© plantĂ©s sur les parcelles publiques, oĂč l’on compte 17 des 111 hectares de bois du territoire communal, le reste Ă©tant situĂ© en domaine privĂ©. Et puis diverses opĂ©rations ont permis de recrĂ©er des Ăźlots de biodiversitĂ© un peu partout en ville, dont un hĂŽtel Ă  insectes sur le rond-point de l’avenue du Mont-Blanc. De mĂȘme peut-on voir des morceaux de prairies apparaĂźtre ici et lĂ  oĂč l’on trouvait jadis des pelouses bien tondues. Au dĂ©but, bien sĂ»r, la rĂ©action de certains habitants fut de se demander si les services de la Ville Ă©taient en grĂšve, avant de comprendre que tout Ă©tait savamment orchestrĂ© selon un souhait Ă©cologique. On peut Ă©galement voir des moutons brouter l’herbe de telle ou telle parcelle communale.

Les efforts de communication entrepris par les autorités ont payé puisque la population semble non seulement comprendre mais aussi se réjouir de ces opérations visant à redonner à la nature les moyens de se développer : une intervention humaine comme une premiÚre impulsion pour laisser ensuite la nature faire le reste.

Page suivante : Le Lavasson qui s’écoule Ă  l’est du territoire communal. La riviĂšre a fait l’objet d’une renaturation.

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