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Relations internationales

Aujourd’hui, un film hollywoodien sort simultanément à Los Angeles, Delhi et Tokyo ; une épidémie de grippe en Afrique fait chuter le cours de la Bourse de Londres ; les Russes comme les Australiens mangent les mêmes hamburgers de chez McDonald ; les États-Unis et la Chine se réunissent pour régler les conflits en Afrique du Nord ; nos vêtements sont fabriqués au Bangladesh et commercialisés à Paris ; des organisations internationales comme la Banque mondiale (BM) ou le Fonds monétaire international (FMI) dictent à des États leur conduite ; les grandes puissances militaires sont vulnérables à des attaques terroristes perpétrées par de petits groupes provenant de partout sur la planète. Bref, la dimension internationale est omniprésente dans la vie des sociétés.

Benjamin B e Bélair M a Martin Leblanc

Relations internationales

Cet ouvrage introduit le lecteur aux approches et enjeux des relations internationales. Une première section traite des trois principales approches, réaliste, libérale et marxiste, qui ont marqué l’étude des relations internationales. Une seconde section présente les enjeux contemporains des relations internationales : la mondialisation, la guerre, la paix, l’énergie et l’environnement, l’éthique des relations internationales, et enfin la politique internationale du Canada et du Québec. L’ouvrage propose également des exercices de lecture et des travaux de synthèse qui permettront à l’étudiant d’enrichir ses connaissances et d’entreprendre une démarche de recherche en relations internationales. Benjamin Bélair détient une maîtrise et une scolarité de doctorat en philosophie, une maîtrise en science politique, ainsi qu’une maîtrise et une scolarité de doctorat en administration publique. Il enseigne la philosophie au Collège Montmorency depuis 2005. Il est également chercheur à la Chaire du Canada en économie politique internationale et comparée à l’ENAP. Après l’Alcibiade de Platon, le Mythe de Sisyphe de Camus et le Traité du gouvernement civil de Locke, il en est à sa quatrième collaboration avec les éditions CEC. Martin Leblanc détient un doctorat en philosophie de l’Université de Montréal et enseigne la philosophie au Collège Montmorency depuis 2008. Il a auparavant été chargé de cours à l’Université du Québec à TroisRivières, au Collège Rosemont et au Cégep de Saint-Laurent. Ses projets de recherche portent sur la guerre, l’éthique des relations internationales et la philosophie sociale et politique. La version numérique du manuel, qui comprend également toutes les ressources complémentaires du manuel, est offerte gratuitement sur

aux étudiants comme aux professeurs à l’achat du manuel

papier, et ce, pour une durée de 5 ans. Accessible en ligne et hors ligne, elle permettra aux enseignants de projeter, d’annoter et de partager des notes avec les étudiants, qui pourront, eux aussi, annoter leur propre version numérique.

Sylvain St-Jean


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BENJAMIN BÉLAIR MARTIN LEBLANC

Relations internationales

9001, boul. Louis-H.-La Fontaine, Anjou (Québec) Canada H1J 2C5 Téléphone : 514-351-6010 • Télécopieur : 514-351-3534


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Direction de l’édition Philippe Launaz Direction de la production Danielle Latendresse Direction de la coordination Rodolphe Courcy Charge de projet Jean-Pierre Regnault Correction d’épreuves Odile Dallaserra Réalisation graphique Les Productions Faire Savoir inc.

La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction d’œuvres sans l’autorisation des titulaires des droits. Or, la photocopie non autorisée – le photocopillage – a pris une ampleur telle que l’édition d’œuvres nouvelles est mise en péril. Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans l’ autorisation écrite de l’Éditeur.

Les Éditions CEC inc. remercient le gouvernement du Québec de l’aide financière accordée à l’édition de cet ouvrage par l’entremise du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, administré par la SODEC. Relations internationales. © 2015, Les Éditions CEC inc. 9001, boul. Louis-H.-La Fontaine Anjou (Québec) H1J 2C5 Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d’adapter ou de traduire l’ensemble ou toute partie de cet ouvrage sans l’autorisation écrite du propriétaire du copyright. Dépôt légal : 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada ISBN : 978-2-7617-6776-7 Imprimé au Canada 1 2 3 4 5 19 18 17 16 15

L’ éditeur tient à remercier les professeurs dont les noms suivent pour leurs judicieuses suggestions, leur grande disponibilité et leur professionnalisme. Blaise Giguère-de Carufel, Cégep de Lévis-Lauzon Antonin-Xavier Fournier, Cégep de Sherbrooke Sébastien Despelteau, Cégep Marie-Victorin

Sources iconographiques supplémentaires Page couverture : 42-21927891 © Corbis Pour tous les documents mis à disposition aux conditions de la licence Creative Commons (version 3.0 et précédentes), les adresses sont les suivantes : CC-BY (Paternité) : <creativecommons.org/licenses/by/3.0/ deed.fr_CA> CC-BY-SA (Paternité - Partage des conditions initiales à l’identique) : <creativecommons.org/licenses/bysa/3.0/deed.fr_CA>


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CARACTÉRISTIQUES DE L’OUVRAGE Les encadrés « De plus près » sont l’occasion d’une présentation plus étoffée d’une problématique ou d’un personnage illustre. CHAPITRE 3

LE MARXISME « L’époque du capitalisme moderne nous montre qu’il s’établit entre les groupements capitalistes certains rapports basés sur le partage économique du monde et que, parallèlement et conséquemment, il s’établit entre les groupements politiques, entre les États, des rapports basés sur le partage territorial du monde, sur la lutte pour les colonies, la “ lutte pour les territoires économiques ”. »

MORALE ET RÉALISME

Nous avons vu dans le chapitre précédent que, contrairement aux réalistes, les libéraux intègrent à l’analyse des relations internationales plusieurs autres phénomènes que la guerre, tel le commerce, tout comme ils s’intéressent à d’autres acteurs que l’État, notamment les entreprises. On se souvient que dans une perspective libérale le commerce est une source de stabilité, que celui-ci contribue au bien-être des individus et qu’il est susceptible de conduire à l’établissement d’une paix permanente entre les États. Nous allons maintenant considérer une autre approche, le marxisme, qui place aussi au cœur de son analyse des phénomènes internationaux, soit le commerce et l’activité économique, mais qui en arrive à des conclusions diamétralement opposées de celles des libéraux. Le marxisme postule en effet que l’économie modifie tous les aspects de la vie humaine, mais qu’elle est loin d’avoir des conséquences positives comme l’affirme l’approche libérale : elle appauvrit les peuples, renforce les relations de domination et d’exploitation entre les êtres humains et cause des guerres entre les États.

UNE SOURCE DU MARXISME : MARX Karl Marx est le fondateur du marxisme. On a donné son nom à ce courant théorique en raison de sa contribution majeure à celui-ci. Il n’a pas écrit sur les relations internationales, à l’exception de quelques articles de journaux dans lesquels il commente la situation internationale. D’ailleurs, le marxisme n’est pas à proprement parler une approche portant sur les relations internationales, mais une approche globale visant à expliquer l’ensemble de la vie en société. Selon Marx, l’organisation économique d’une société est le facteur qui permet d’expliquer l’ensemble des phénomènes politiques. Afin d’expliquer comment est constituée et fonctionne une société, Marx en divise l’organisation en deux éléments : l’infrastructure et la superstructure. Le concept d’infrastructure lui sert à décrire les rapports économiques au sein des sociétés. Cette infrastructure se compose d’un mode de

Des notes biographiques rappellent les idées et les œuvres marquantes des penseurs les plus importants dans le domaine des relations internationales.

LA SECONDE GUERRE EN IRAK Lancée le 20 mars 2003, l’invasion de l’Irak par une coalition de pays menée par les États-Unis vise à renverser le gouvernement de Saddam Hussein, que l’on soupçonne de posséder des armes de destruction massive, et à mettre en place un régime démocratique. L’offensive cesse officiellement le 1er mai 2003, mais la coalition américaine occupe l’Irak jusqu’en 2011. Soldats américains en Irak, 22 mars 2006.

Karl Marx est un théoricien et militant socialiste, né en Allemagne et mort à Londres. Ses ouvrages marquants sont (la manière de produire des objets ou des services), de moyens de production (les outils et duction L’ idéologie allemande, Le manuscrit de les ressources servant à produire des biens ou des services) et de rapports sociaux de production (la 1844, Le manifeste du Parti communiste, manière dont le travail fait entrer les êtres humains en relation les uns avec les autres). Par exemLe capital, Contribution à la critique l’ la société capitaliste, le mode de production est l’industrialisation, l’outil caractéristique ple,dedans économie politique et Le 18 brumaire de cedemode est la machine et le type de rapport social typique de la société capitaliste est l’exploiLouis Napoléon Bonaparte.

La seconde guerre en Irak offre un exemple d’un contexte politique où les réalistes ont prôné la paix parce qu’il n’y avait pas selon eux de raisons suffisantes de recourir à la force armée. Selon les réalistes, l’administration Bush n’a jamais réussi à démontrer avec suffisamment de preuves que l’Irak de Saddam Hussein était une menace pour les États-Unis. Les réalistes défendaient même l’idée que la guerre risquait de nuire aux intérêts américains en déstabilisant la région, en augmentant l’insécurité des voisins de l’Irak, en suscitant la rancœur des populations arabes ou en dispersant de précieuses ressources militaires qui auraient pu servir à la lutte antiterroriste.

tation de ceux qui sont contraints de travailler pour combler leurs besoins par ceux qui possèdent les machines.

L’ANARCHIE DU SYSTÈME INTERNATIONAL

Pour les réalistes, fidèles en cela à Hobbes, le système international est anarchique. Cela ne signifie pas que le chaos règne dans les relations entre les États. Au contraire, ces dernières sont même très souvent prévisibles. Ce que les réalistes entendent par anarchie, c’est qu’il n’y pas d’autorité au niveau international capable de réguler le comportement des États comme peuvent le faire le gouvernement et les institutions coercitives tels la police ou les tribunaux d’une nation. L’individu qui viole une loi est sanctionné par l’État, mais qui sanctionne l’État qui contrevient à un accord ou qui viole les droits de la personne ? Comme il n’y a pas d’autorité supérieure, c’est la force qui fait la loi. Or, cette absence d’autorité crée de l’incertitude.

de production émerge une superstructure qui contient les institutions idéologiques, juridiques, politiques et culturelles d’une société. La superstructure est entièrement le produit de l’infrastructure, c’est-à-dire que tout notre système de valeurs et de croyances est un produit du système économique. La superstructure change lorsque l’organisation économique d’une société se transforme. Par exemple, dans un cadre marxiste, le passage de la monarchie à la démocratie parlementaire aux 18e et 19e siècles s’explique par la transformation de l’économie. La monarchie est le régime politique d’un mode de production agraire, la démocratie parlementaire est le régime politique qui correspond à un mode de production industrielle.

Les concepts fondamentaux utilisés au fil du texte sont définis dans des encadrés afin de rendre la lecture et la révision plus efficaces.

CONCEPT

Cette incertitude est aggravée par la volonté RELATIONS leur pérennité. En effet, ceux-ci ont INTERNATIONALES 10 des États d’assurer tous le désir de survivre et possèdent tous une puissance militaire pour garantir leur sécurité. Ils vont tous chercher à maximiser leur puissance par rapport à celle des autres États. De plus, en l’absence d’autorité fédérative capable d’imposer la confiance mutuelle, les États ne sont jamais complètement certains des intentions des autres États, ils se méfient constamment les uns des autres. Cette situation amène chaque État à agir pour assurer sa sécurité, ce qui entraîne les autres à faire de même, une action alors perçue comme une menace à laquelle il faut réagir. Comme il est impossible de prévoir ce que l’autre va faire, les États se prémunissent contre la possibilité d’une attaque de trois façons :

LA CLASSE SOCIALE « On entend par classe un groupe social objectivement constitué par la place de ses membres dans le processus de production. […] L’existence d’une classe sociale s’établit en fonction de sa position dans un rapport de production ; cette position implique des intérêts propres à cette classe qui la mettent en conflit avec d’autres. »

1. En mettant sur pied une force armée (ce que font tous les pays ou presque) ;

ANDRÉ-J BÉLANGER ET VINCENT LEMIEUX, Introduction à l’analyse politique

2. En se plaçant sous la protection d’une grande puissance ; 3. En intégrant un système d’alliance (par exemple, l’OTAN).

Chaque mode de production divise la société en plusieurs groupes que l’on appelle en sciences sociales des classes sociales. La classe dominante qui contrôle les moyens de production et les modes de production domine aussi la superstructure, qui devient l’instrument par lequel une classe sociale assure sa domination et conserve son pouvoir économique sur l’ensemble de la société. Ainsi, selon Marx, toute l’histoire est le résultat de la lutte entre les classes sociales pour le contrôle de l’infrastructure économique.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une alliance défensive qui rassemble plusieurs pays occidentaux, dont le Canada. L’objectif des membres de l’OTAN est de se protéger contre les menaces extérieures et d’assurer la stabilité du continent européen et américain.

la Terre, à des influences extérieures (variation des rayonnements solaires, par exemple) et plus ré-Aujourd’hui, nous vivons dans un mode de production économique qui est le capitalisme. Le cacemment aux activités humaines. pitalisme est fondé sur l’entreprise privée, le marché, la liberté des échanges, la recherche de profit et l’accumulation du capital. Dans une société capitaliste, il y a principalement deux classes sociales. Des données alarmantes La bourgeoisie qui possède les moyens de production et contrôle la superstructure et le prolétariat, Dans son dernier rapport (2014), le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)qui subsiste en travaillant pour la bourgeoisie. affirme que le réchauffement climatique depuis 1950 est très probablement dû à l’augmentation des gaz à effet de serre d’origine anthropique (causée par l’homme). Les projections des modèles climatiques présentées par le GIEC indiquent que la température de la surface du globe est susceptible d’augmenter de 1,1 à 6,4 °C supplémentaires au cours du 21e siècle et que ce réchauffement RELATIONS INTERNATIONALES 20 devrait se poursuivre au-delà de cette période, même si les émissions s’arrêtent, en raison de la grande capacité calorifique des océans et de la durée de vie du dioxyde de carbone et des autres gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère.

INTÉRÊT NATIONAL ET PUISSANCE Selon les réalistes, chaque État doit défendre son intérêt national, lequel est souvent présenté comme le maintien et l’expansion de sa puissance. Le concept d’intérêt national est cependant très difficile à définir concrètement et n’a pas véritablement de contenu puisque chaque État lui donne la signification qu’il désire. On peut cependant affirmer que chaque État considère un certain nombre d’enjeux comme vitaux pour sa sécurité (le respect de ses frontières ou de ses intérêts économiques, par exemple). De plus, il est rare de trouver un État où il y a unanimité sur ce qu’est l’intérêt national. Cela est d’autant plus vrai dans les démocraties où il existe une pluralité de conceptions de ce qu’est le rôle de l’État et où plusieurs groupes (politiciens, citoyens, lobbys, syndicats, etc.) s’affrontent et s’échan-

Écarts des températures globales de surface (1850-2013)

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La grande idée de ce courant est que les structures institutionnelles du commerce international nuisent à la capacité des États du tiers-monde (ensemble des pays en voie de développement issus de la décolonisation) de se développer économiquement. Ces États font face au problème suivant : pour croître, ils doivent importer des savoirs et des technologies provenant des puissances capitalistes à un prix très élevé, alors que leur revenu provient essentiellement des ressources naturelles dont le prix est très bas. Ils sont donc les perdants perpétuels de la structure mondiale des échanges commerciaux. Ces inégalités sont en grande partie renforcées par les institutions internationales réglementant les échanges commerciaux tel le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), devenu plus tard l’Office mondial du commerce (OMC).

0.4 0.4 0.0 -0.2 Source : MetOffice

Écarts de température par rapport à la moyenne 1961-1990 (en oC)

DE PLUS PRÈS

Karl Marx (1818-1883)

De la combinaison entre le mode de production, les moyens de production et les rapports sociaux Le marxisme 19

-0.4 -0.6 1860

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Moyenne annuelle Courbe lissée des écarts de température

Les conséquences sur l’environnement et la biodiversité Le réchauffement climatique a de graves conséquences sur l’environnement, telles l’élévation du niveau des océans, l’augmentation des précipitations dans certaines régions, la fonte des glaciers et des couvertures neigeuses et la perturbation de la circulation thermohaline, c’est-à-dire les mouvements d’eau froide et salée vers les fonds océaniques qui surviennent aux hautes latitudes de l’hémisphère nord. Ce phénomène est en partie responsable du renouvellement des eaux profondes océaniques et de la relative douceur du climat européen. Par ailleurs, le pergélisol des régions polaires, subpolaires et montagneuses devrait continuer de fondre, avec des glissements de terrain qui affecteront les infrastructures, les cours d’eau et les écosystèmes des zones humides. De plus, en fondant le pergélisol libérera d’importantes quantités de dioxyde de carbone et de méthane, ce qui aura pour effet d’accélérer le processus de réchauffement climatique.

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On confond souvent le réalisme avec des discours qui favorisent ou encouragent la guerre ou les interventions militaires. Certes, il est vrai que pour les réalistes, les conflits sont un phénomène normal et légitime des relations internationales. Même s’il est exact que la défense de l’intérêt national et la quête de la puissance sont présentées comme les motivations uniques des États, l’objectif des réalistes n’est pas d’encourager la violence, mais de préserver une paix sans cesse menacée par l’anarchie et l’incertitude inhérentes au système international. Mais les réalistes ne sont pas pour autant pacifistes. Ils croient qu’une guerre peut être justifiée et nécessaire lorsque l’existence d’un État ou ses intérêts vitaux et nationaux sont menacés par un agresseur.

© Staff Sgt. Aaron Allmon

LÉNINE

RELATIONS INTERNATIONALES

Des illustrations, des figures, des cartes, des tableaux ou des réseaux de concepts faciliteront votre compréhension de la matière.

Le concept central de la théorie de la dépendance est celui de centre/périphérie. Les théoriciens de ce courant rejettent l’idée de Marx que la colonisation a contribué à développer le capitalisme sur l’ensemble de la planète. Ils constatent au contraire que l’exploitation −certains parlent de pillage et de saccage −, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud est la condition qui permet l’enrichissement des puissances capitalistes européennes et américaines. Le sous-développement de la planète devient donc nécessaire à la domination économique de quelques États. La conséquence est tragique pour les pays sous-développés parce que toutes les tentatives de leur part de se développer à partir des règles du jeu capitalistes sont vouées à l’échec en raison de l’intérêt que trouvent les États capitalistes à maintenir ces pays dans la pauvreté. La seule solution pour certains des auteurs les plus radicaux de la théorie de la dépendance consiste à rompre avec l’économie mondiale.

ALLISON, G. (1971). Essence of Decision, New York, NY, Addison-Wesley. ARON, R. (1984). Paix et guerre entre les nations, Paris, France, Calmann-Lévy;

HUDON, R. et POIRIER, C. (2011). La politique, jeux et enjeux – action en société, action publique et pratique démocratique, Québec, Québec, Presses de l’Université Laval; HUNTINGTON, S. P. (2009). Le choc des civilisations, Paris, France, Odile Jabob. KANT, E. (2007). Vers la paix perpétuelle, Paris, France, Hatier.

QUESTIONS DE LECTURE

BATTISTELLA, D. (2012). Théories des relations internationales, Paris, France, Presses universitaires de France;

1. Expliquez ce que sont une infrastructure et une superstructure selon Marx. Laquelle est la plus déterminante afin de comprendre le fonctionnement d’une société ?

BATTISTELLA, D. et al. (2012). Dictionnaires des relations internationales, Paris, France, Dalloz.

HUNTZINGER, J. (1987). Introduction aux relations internationales, Paris, France, Seuil.

2. Comment Marx pense-t-il que se fera le passage d’une société capitaliste à une société communiste ?

BONIFACE, P. (1996). Dictionnaire des relations internationales, Paris, France, Hatier.

3. Pourquoi considère-t-on le marxisme comme la troisième approche en relations internationales, même si Marx n’a pas écrit une approche des relations internationales ?

CASHMAN, G. (2000). What Causes War? An Introduction to Theories of International Conflict, New York, NY, Lexington Books;

LESTRANGE, C. et al. (2005). Géopolitique du pétrole. Un nouveau marché. De nouveaux risques. Des nouveaux mondes, Paris, France, Technip.

4. Expliquez ce qu’est l’impérialisme pour Rosa Luxembourg, Boukharine et Lénine.

CHALIAND, G, (dir.) (2002). Les stratégies du terrorisme, Paris, France, Desclée de Brower.

5. Pourquoi, selon les théoriciens de la dépendance, les États du tiers-monde ne peuvent se développer économiquement comme les États capitalistes ?

CHALIAND, G. (2008). Les guerres irrégulières. Guérillas et terrorismes, Paris, Gallimard.

6. Expliquez en quoi le marxisme a une portée pratique.

COHEN, B. J. (2008). International Political Economy – An Intellectual History, Princeton, Princeton NJ, University Press; DAVID, C.-P. et ROCHE, J.-J. (2002). Théorie de la sécurité, Paris, France, Montchrestien. DYE, Thomas R. (2008). Understanding Public Policy, Boston, MA, Pearson Prentice Hall.

Le marxisme

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GIRAUD, P. (2012). La mondialisation – émergences et fragmentations, Auxerre, France, Sciences Humaines Éditions. HAROUN, S. (2009). Le Canada et la guerre. Essai sur l’engagement militaire canadien de Laurier à Harper, Québec, Québec, Les éditions du Septentrion.

En fin de fascicule, une série d’exercices servent à vérifier la compréhension du propos et à stimuler une réflexion critique sur les questions centrales de la science politique.

Finalement, la section « Exploration » vous invite à pousser vos réflexions davantage en vous soumettant un choix d’ouvrages, de films et de sites Internet pertinents.

EXPLORATION ANCTIL, D, et DUBREUIL, B. (2008). Introduction à la science politique. Idées, concepts et régimes, Montréal, Québec, CEC.

HOBBES, T. (2000). Léviathan, Paris, France, Gallimard.

Diverses rubriques fournissent des informations complémentaires sur des acteurs ou des événements marquants.

MACHIAVEL, N. (1998). Le Prince, Paris, France, Pocket.

MACLEOD, A. et O’MEARA, D. (2007). Théories des relations internationales – Contestations et résistances, Montréal, Québec, Athéna Éditions. MORIN, D. et THÉROUX-BÉNONI, L.-A. (dir.) (2011). Guide du maintien de la paix, Montréal, Québec, Éditions Athéna. NADEAU, C. et SAADA, J. (2009). Guerre juste, guerre injuste. Histoire, théories et critiques, Paris, France, PUF. NOËL, A. et THÉRIEN, J.-P. (2010). La gauche et la droite – un débat sans frontières, Montréal, Québec, Les Presses de l’Université de Montréal; NOSSAL, K. R. et al. (2007). Politique internationale et défense au Canada et au Québec, Montréal, Québec, Presses de l'Université de Montréal; PAQUIN, S. (2006). Histoire des relations internationales du Québec, Montréal, Québec, VLB. PAQUIN, S. (2010). « La mondialisation et les politiques publiques », dans PAQUIN, Stéphane et al., L’analyse des politiques publiques, Montréal, Québec, Presses de l’Université de Montréal.

Exploration

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Une version numérique du manuel est offerte gratuitement sur aux étudiants comme aux professeurs à l'achat du manuel papier. Accessible en ligne et hors ligne, elle permettra aux enseignants de projeter, d'annoter et de partager des notes avec les étudiants, qui plus . pourront, eux aussi, annoter leur propre version numérique. Le complément numérique est disponible sur

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AVANT-PROPOS Nous proposons ici une démarche originale qui permettra aux étudiantes et aux étudiants de développer leur capacité à réfléchir sur des questions d’ordre éthique. Dans cet ouvrage, chaque chapitre porte sur une question spécifique. À la différence d’une approche plus traditionnelle qui privilégie la présentation d’un auteur ou d’une théorie par chapitre, nous avons préféré une approche par questions, plus susceptible d’intéresser les étudiantes et les étudiants qui auront été ou seront amenés, dans la vie réelle, à se poser des questions éthiques. Les questions traitées dans cet ouvrage sont les suivantes : • Est-il indispensable d’être vertueux ? • Peut-on apaiser ou éviter la souffrance ? • Pour quelle raison devrait-on mener une vie juste ? • Peut-on et doit-on tout pardonner ? • Quelles sont les conditions du bonheur ? Les cinq chapitres ont été rédigés autour d’une même formule. Chaque chapitre commence par une mise en situation tirée d’une œuvre littéraire et qui soulève une question de nature éthique. Cette situation est ensuite analysée à la lumière du point de vue des grands philosophes qui ont réfléchi sur cette question. En montrant aux étudiantes et aux étudiants qu’il est possible d’analyser une situation fictive en se référant à la pensée des grands philosophes, nous voulons les aider à découvrir comment le faire lorsqu’une question éthique les préoccupe dans leur vie personnelle. Chaque chapitre est construit selon la structure suivante : 1. Une introduction qui présente l’importance de la question dans le cadre de la vie réelle 2. Une mise en situation fictive 3. La problématique 4. Le point de vue des philosophes 5. Une analyse de la situation 6. Des questions 7. Des exercices Nous avons fait le choix d’aborder des questions éthiques à partir de récits pour une raison principale, et celleci concerne le rôle des personnages. Ces personnages jouent un rôle important parce qu’ils nous aident à imaginer une existence possible, une manière de réagir à certaines situations typiques. Ils offrent à notre évaluation morale une certaine façon de vivre des événements qui peuvent surgir dans une vie humaine. Ils donnent également une forme incarnée à certaines vertus, à certains vices aussi. Les personnages démontrent que certains choix d’existence sont possibles, qu’ils peuvent se conjuguer avec d’autres modes d’existence incarnés par d’autres personnages. Ce sont également les caractéristiques intrinsèques à tout personnage qui en font sa valeur dans le cadre d’une réflexion éthique. En effet, le personnage est une entité fictive qui se situe à mi-chemin entre une personne réelle et un type abstrait. Il n’est pas une personne réelle, mais il n’est pas non plus un type abstrait, car il s’incarne toujours dans un contexte singulier. C’est justement parce qu’il évolue dans un tel contexte que le personnage nous ressemble tant. Jean-Pierre Légaré

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TABLE DES MATIÈRES Introduction ..............................................................................................................................................1 PREMIÈRE PARTIE : LES APPROCHES DES RELATIONS INTERNATIONALES................................3 Chapitre 1 : Le réalisme............................................................................................................................4 Trois sources du réalisme : Thucydide, Machiavel et Hobbes.......................................................................4 Thucydide........................................................................................................................................4 Nicolas Machiavel ............................................................................................................................5 Thomas Hobbes ...............................................................................................................................5 L’ anarchie du système international............................................................................................................6 Intérêt national et puissance .......................................................................................................................6 La puissance douce ..........................................................................................................................7 La puissance forte ............................................................................................................................7 L’équilibre des puissances ...........................................................................................................................8 Le principe d’équilibre des puissances .............................................................................................8 Le Congrès de Vienne ......................................................................................................................8 La guerre froide................................................................................................................................9 La paix hégémonique .......................................................................................................................9 La paix impériale..............................................................................................................................9 Morale et réalisme.....................................................................................................................................10 Questions de lecture .................................................................................................................................11 Chapitre 2 : Le libéralisme .....................................................................................................................12 Trois sources du libéralisme : Grotius, Locke et Kant.................................................................................12 Hugo Grotius .................................................................................................................................12 John Locke.....................................................................................................................................13 Emmanuel Kant .............................................................................................................................14 Les concepts fondamentaux du libéralisme ...............................................................................................14 Le courant institutionnaliste...........................................................................................................15 Le courant républicain ...................................................................................................................16 Le courant du pacifisme commercial ..............................................................................................17 Le courant du transnationalisme ....................................................................................................17 L’interventionnisme libéral........................................................................................................................17 Questions de lecture .................................................................................................................................18 Chapitre 3 : Le marxisme .......................................................................................................................19 Une source du marxisme : Marx................................................................................................................19 Marx et les relations internationales ..........................................................................................................21 L’impérialisme...........................................................................................................................................22 Les théories de la dépendance...................................................................................................................24 Questions de lecture .................................................................................................................................25

DEUXIÈME PARTIE : LES ENJEUX DES RELATIONS INTERNATIONALES.....................................26 Chapitre 4 : La guerre et la violence politique.......................................................................................26

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Une définition de la guerre .......................................................................................................................27 Une typologie des conflits armés...............................................................................................................27 La guerre conventionnelle ..............................................................................................................27 La guerre irrégulière .......................................................................................................................28 Les causes de la guerre..............................................................................................................................29 Les causes profondes......................................................................................................................29 Les causes contingentes..................................................................................................................30 Les modalités de l’usage de la force armée au 21e siècle ............................................................................32 La stratégie du transfert de risque...................................................................................................32 Les entreprises militaires privées ....................................................................................................32 L’assassinat ciblé.............................................................................................................................33 Questions de lecture .................................................................................................................................34 Chapitre 5 : La paix et les institutions internationales .........................................................................35 L’Organisation des Nations Unies (ONU) ..................................................................................................36 Une organisation de type démocratique .........................................................................................36 L’Assemblée générale ......................................................................................................................36 Le Conseil de sécurité ....................................................................................................................37 Le Conseil économique et social (ECOSC) .....................................................................................37 La Cour internationale de justice....................................................................................................37 Le Secrétariat..................................................................................................................................38 Le droit de la guerre et le droit international humanitaire .........................................................................38 La restriction du droit de recourir à la force ...................................................................................39 Le maintien de la paix...............................................................................................................................39 Les opérations traditionnelles de maintien de la paix......................................................................40 Les opérations de « deuxième génération » .....................................................................................40 Les opérations d’imposition de la paix ...........................................................................................41 Les missions diplomatiques............................................................................................................41 L’assistance humanitaire .................................................................................................................41 Question de lecture...................................................................................................................................42 Chapitre 6 : La mondialisation ...............................................................................................................43 Qu’est-ce que la mondialisation ? ..............................................................................................................43 La dimension économique .............................................................................................................44 La dimension culturelle..................................................................................................................46 La dimension politique ..................................................................................................................47 Deux discours sur la mondialisation .........................................................................................................47 La mondialisation heureuse............................................................................................................47 La mondialisation malheureuse ......................................................................................................48 Mondialisation et déclin de l’État..............................................................................................................49 Mondialisation, zone de libre-échange et régionalisation...........................................................................50 L’émergence de zones de libre-échange...........................................................................................50 La régionalisation : le cas exemplaire de l’Union européenne..........................................................51 Questions de lecture .................................................................................................................................52 Chapitre 7 : Le climat, l’énergie et les ressources .................................................................................53 Les changements climatiques ....................................................................................................................53 Des données alarmantes .................................................................................................................54

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Les conséquences sur l’environnement et la biodiversité ................................................................54 Les conséquences sur la vie humaine .............................................................................................55 Les traités internationaux sur l’environnement et le climat........................................................................55 Le Sommet de la Terre....................................................................................................................55 Le protocole de Kyoto ....................................................................................................................56 L’inaction des pays pollueurs ..........................................................................................................57 La géopolitique du pétrole ........................................................................................................................57 L’état des réserves mondiales ..........................................................................................................58 Les conflits du pétrole ....................................................................................................................58 Deux grands scénarios pour l’avenir...............................................................................................60 L’eau, facteur de conflit dans le monde .....................................................................................................60 Questions de lecture .................................................................................................................................62 Chapitre 8 : L’éthique des relations internationales ..............................................................................63 Une guerre juste est-elle possible ? ............................................................................................................64 Un moyen nécessaire, selon les réalistes .........................................................................................64 La nécessité absolue de la paix .......................................................................................................64 La théorie de la guerre juste ...........................................................................................................64 La justice globale ......................................................................................................................................67 L’intuition morale de Peter Singer...................................................................................................67 L’apparente inefficacité de l’aide apportée .......................................................................................68 La responsabilité des pays riches ....................................................................................................68 Questions de lecture .................................................................................................................................70 Chapitre 9 : La politique internationale du Canada ..............................................................................71 La politique étrangère du Canada sous l’Empire .......................................................................................71 La politique internationale de Pearson ......................................................................................................72 Des principes internationalistes......................................................................................................72 Des actions concrètes couronnées de succès ...................................................................................73 Le Canada : un État souverain ........................................................................................................74 La doctrine Harper ...................................................................................................................................74 Une nouvelle doctrine ....................................................................................................................74 Le recentrage de la politique internationale ....................................................................................75 Le rejet du multilatéralisme............................................................................................................76 Les instruments de la politique internationale du Canada .........................................................................77 Le ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada....................................77 Le ministère de la Défense nationale...............................................................................................78 Questions de lecture .................................................................................................................................78 Chapitre 10 : La politique internationale du Québec ...........................................................................79 Avant la Révolution tranquille...................................................................................................................79 Le tournant de la Révolution tranquille et la doctrine Gérin-Lajoie ...........................................................80 La doctrine Gérin-Lajoie.................................................................................................................80 La difficile relation France, Canada et Québec ..........................................................................................81 La francophonie........................................................................................................................................82 L’Organisation internationale de la francophonie ............................................................................83 Le voisin américain ...................................................................................................................................83 Les outils de la diplomatie québécoise ......................................................................................................84 Questions de lecture .................................................................................................................................85

Table des matières

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TROISIÈME PARTIE : LES POINTS CHAUDS ......................................................................................86 L’Afrique ...................................................................................................................................................86 Le Nord ....................................................................................................................................................87 L’Ukraine ..................................................................................................................................................87 Le groupe État islamique ..........................................................................................................................88 La mer de Chine .......................................................................................................................................89 La frontière États-Unis/Mexique................................................................................................................90

QUATRIÈME PARTIE.............................................................................................................................91 Questions de recherche.............................................................................................................................91 Étude de cas .............................................................................................................................................92 Exploration...............................................................................................................................................93

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DEUXIÈME PARTIE

LES ENJEUX DES RELATIONS INTERNATIONALES Cete partie présente quelques thèmes actuels de la recherche en relations internationales. Le lecteur pourra se pencher sur la guerre (chapitre 4), la paix et les institutions internationales (chapitre 5), la mondialisation (chapitre 6), l’énergie et l’environnement (chapitre 7), l’éthique des relations internationales (chapitre 8), la politique internationale du Canada (chapitre 9) et la politique

internationale du Québec (chapitre 10). CHAPITRE 4

LA GUERRE ET LA VIOLENCE POLITIQUE « Les relations interétatiques se déroulent à l’ombre de la guerre. » RAYMOND ARON

135284333 © Shutterstock/BPTU

La guerre apparaît comme une constante dans les relations entre les États. Elle aurait existé dès l’apparition des premières sociétés humaines et, encore aujourd’hui, plusieurs conflits majeurs se déroulent un peu partout dans le monde. Souvent comprise comme le prolongement de la politique internationale en l’absence de solution diplomatique, la guerre est un sujet de prédilection dans l’étude des relations internationales et dans celle de la sécurité collective, un champ des relations internationales qui se penche principalement sur les moyens de protéger les individus et les États contre les menaces qui pèsent sur eux (menaces à la sécurité économique, environnementale, sanitaire, personnelle, etc.).

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Dans le présent chapitre, nous cherchons à offrir une définition de la guerre et une typologie des différents conflits armés. Nous présentons aussi un aperçu de la réflexion sur les causes de la guerre entre les nations. Nous jetons finalement un regard sur les modalités de l’usage de la force armée au 20e siècle.

UNE DÉFINITION DE LA GUERRE Selon le théoricien prussien Carl von Clausewitz, « la guerre est un acte de violence par lequel nous forçons l’ennemi à agir selon notre volonté ». Cette définition est concise et élégante, mais incomplète. Carl Philipp Gottlieb von En effet, tout acte de force ou de violence ne constitue pas un acte Clausewitz (1780-1831) Officier et théoricien militaire de guerre, à moins d’utiliser le terme en un sens abusif ou métaprussien. Il est l’auteur d’un phorique (guerre de gangs, guerre contre le crime organisé, etc.). traité majeur de stratégie miliLa guerre est un conflit violent et volontaire, à grande échelle, réel taire : De la guerre (1832). et entre des entités politiques (des États ou des groupes politiques organisés). Le mot « guerre » désigne donc un type de conflit assez précis, bien qu’en pratique il soit parfois difficile de savoir à quel moment divers évènements violents entre factions politiques constituent effectivement une guerre. Par exemple, à partir de quand de simples luttes interethniques deviennent-elles une guerre civile ? Faut-il en juger selon l’intensité des combats, la durée du conflit ? Il n’y a pas de réponse facile à ces questions. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si, dans les discours publics et le droit international, le mot « guerre » tend aujourd’hui à être remplacé par des termes comme « intervention armée », « différends » et « rupture de la paix ». De telles expressions désignent un ensemble plus vaste de situations violentes et permettent de couvrir différents phénomènes nationaux et internationaux (insurrections, luttes interethniques, terrorisme, etc.). Elles expriment aussi une nouvelle réalité. Plusieurs conflits dans le monde ne se déroulent pas entre des États, mais entre des États et des groupes qui réclament leur indépendance ou encore des groupes sans véritables revendications territoriales. Nombre de conflits opposent aussi des groupes à l’intérieur d’États en perdition, incapables d’assurer leur souveraineté.

UNE TYPOLOGIE DES CONFLITS ARMÉS Si les différents types de conflits armés partagent certaines similitudes quant à la tactique ou à la stratégie, il n’en demeure pas moins qu’ils présentent aussi des différences appréciables que nous devons maintenant présenter si nous voulons mieux saisir le phénomène de la violence politique. Voici donc une brève typologie des conflits armés, c’est-à-dire une classification des conflits en fonction de leurs traits communs. D’entrée de jeu, il faut savoir que les conflits armés se divisent historiquement en deux grandes catégories : la guerre conventionnelle et la guerre irrégulière.

La guerre conventionnelle La guerre conventionnelle se définit comme un conflit armé ouvertement mené par un État contre un autre avec l’appui de ses forces armées. Elle consiste à détruire l’armée adverse à l’aide d’armes autorisées par l’usage normal de la guerre ou par le droit international. Traditionnellement, la guerre

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La guerre chimique : soldat iranien pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

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conventionnelle passe par un affrontement armé entre opposants clairement identifiés, notamment par un uniforme porté par les militaires, sur un champ de bataille défini. Ce type de guerre est en diminution depuis la Première Guerre mondiale (1914-1918). Pour l’essentiel, la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) est un exemple de guerre conventionnelle, même si la guerre sous-marine, le recours aux bombardements stratégiques et les insurrections urbaines contribueront à l’effacement des frontières du champ de bataille. La première guerre d’Irak, ou guerre du Golfe (1990-1991), et le début de la deuxième guerre d’Irak (2003) sont des exemples contemporains de guerres conventionnelles.

La guerre irrégulière La guerre irrégulière (ou la guerre non conventionnelle) se définit comme un conflit violent mené par un groupe organisé contre une autre faction ou un État. Elle ne s’inscrit pas nécessairement à l’intérieur de limites géographiques précises, quoiqu’elle se déroule souvent sur le territoire d’États en difficulté. Habituellement, elle ne vise pas la destruction physique des forces ennemies ; elle cherche plutôt à exercer une forme extrême de pression « diplomatique » sur un gouvernement, à provoquer une insurrection ou à affaiblir psychologiquement l’adversaire dans le but de faciliter la réalisation d’un objectif politique, par exemple la prise du pouvoir. Les guerres irrégulières prennent deux formes différentes : la guérilla et le terrorisme.

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La guérilla est une guerre de harcèlement, d’embuscades, d’attaques soudaines, de coups de main, menée par des partisans et des groupes clandestins. À la différence du terrorisme, la guérilla essaie d’établir un contrôle physique du territoire. C’est d’ailleurs un élément clé de la guérilla, puisque le territoire sous contrôle peut servir de base logistique et de réservoir humain pour recruter. Les guérilleros portent parfois l’uniforme et utilisent le plus souvent des armes de guerre de type ordinaire, comme des fusils, des mitrailleuses, des mortiers, des lance-roquettes et, exceptionnellement, de l’artillerie. Au 20e siècle, les combats menés par Tito en Yougoslavie (1941-1945), Fidel Castro et Che Guevara à Cuba (1953-1959), le FLN en Algérie (1954-1962), le FNL au Vietnam (1955-1973) et les moudjahidines en Afghanistan (1979-1989) sont les exemples de guérillas les plus célèbres.

Le terrorisme est l’utilisation de la violence par des groupes organisés pour attaquer des noncombattants dans le but d’atteindre des objectifs politiques. Il se distingue de la guérilla par plusieurs aspects : dans la plupart des cas, les terroristes cherchent ni l’affrontement avec les armées régulières, ni à contrôler matériellement un territoire. Ils opèrent en unités réduites (ou cellules), ils se mêlent à la population civile et leurs armes types sont des bombes de fabrication artisanale et des voitures piégées. Leur stratégie est essentiellement basée sur l’impact psychologique des attaques et la propagande par l’action. Elle consiste à semer la peur dans le public ou parmi une fraction de la population, à intimider leurs ennemis et à faire

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connaître leur message politique par des coups d’éclat hautement médiatisés. La stratégie terroriste peut aussi viser à entraîner une réponse répressive de la part des autorités en place, afin de rendre le gouvernement impopulaire auprès de la population affectée. Ajoutons que les terroristes cherchent souvent à créer un climat de chaos afin de démontrer l’incapacité des gouvernements à imposer la loi et l’ordre ou à épuiser leur adversaire par une stratégie de lutte prolongée. Dans l’histoire récente, les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York (2 973 morts), les attentats du 11 mars 2004 à Madrid (191 morts), les attentats du 7 juillet 2005 à Londres (56 morts) et les attentats du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo à Paris (12 morts) ont été parmi les attaques terroristes les plus dévastatrices.

LES CAUSES DE LA GUERRE L’étude des causes de la guerre entre les nations est encore embryonnaire. Les chercheurs retiennent habituellement deux types de causes à la guerre : les causes profondes et les causes contingentes. Les causes profondes font référence à la nature humaine, au tribalisme et au caractère anarchique des relations internationales. Les causes contingentes renvoient habituellement à la personnalité du chef d’État, à la nature du régime politique, au nationalisme, au choc des civilisations, au désir d’imposer une idéologie ou de défendre une religion et à la compétition pour les ressources. Selon l’approche théorique privilégiée, les auteurs en relations internationales insistent sur certaines causes et en négligent d’autres. Par exemple, les réalistes insistent sur le caractère anarchique du système international, mais contrairement aux libéraux, ils tiennent peu compte du régime politique intérieur ou des idéologies. Pour faciliter la compréhension et l’étude, examinons d’abord les causes profondes pouvant expliquer le phénomène de la guerre. Nous examinerons ensuite les causes plus contingentes. Cet examen permettra d’approfondir notre compréhension du phénomène de la guerre.

Les causes profondes Parmi les causes profondes de la guerre, retenons : •

La nature humaine et le tribalisme : Il semble que la guerre soit la condition naturelle des hommes et la barbarie, leur arrangement social par défaut. Comme nous l’avons vu dans le chapitre traitant du réalisme (chapitre 1), le philosophe Thomas Hobbes a écrit qu’à l’état de nature (l’état dans lequel les êtres humains se trouvaient lorsqu’il n’y avait pas de lois et de gouvernements), les hommes sont dans la crainte constante d’une mort violente et mènent une vie « solitaire, indigente, dégoûtante, animale et brève ». Ces caractéristiques correspondent pour l’essentiel à la vie des êtres humains avant l’émergence de l’État moderne ou dans des États en perdition, comme la Somalie. En fait, la seule chose que Hobbes n’a pas bien comprise est que les humains ne sont pas des êtres solitaires, mais des êtres tribaux. Ils forment naturellement de petites communautés ou des groupes unis par les liens familiaux et amicaux et suivent un puissant code de fonctionnement interne qui se renforce par des relations antagonistes et violentes avec les étrangers. Ce modèle d’organisation sociale explique presque tous les conflits violents à travers l’histoire, des sociétés nomadiques de chasseurs-cueilleurs, en passant par les membres de gangs des grandes métropoles du monde, jusqu’aux seigneurs de guerre somaliens.

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Un système international anarchique : En exerçant le monopole de la force légitime, l’État moderne a permis de pacifier les relations entre les groupes et les individus qui vivent sur son territoire. Mais une telle autorité n’a pas d’équivalent sur la scène internationale. Le système international étant anarchique, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de pouvoir coercitif au-dessus des États, le recours à la force reste donc toujours une possibilité. D’autant plus que, d’un point de vue réaliste (chapitre 1), l’État n’est pas comparable à l’individu. Il s’agit d’une construction politique, d’une entité rationnelle qui cherche à maximiser son intérêt (sécurité et puissance) et à prendre les moyens pour y parvenir, mais qui n’est pas en mesure d’éprouver des sentiments susceptibles de tempérer son égoïsme, comme la compassion ou la peur.

Les causes contingentes Ces causes sont dites « contingentes » dans la mesure où elles peuvent survenir ou non suivant les cas. Gardons en tête que cette liste n’est pas exhaustive et soulignons également qu’il existe plusieurs différences entre les guerres et que leurs causes sont généralement multifactorielles. Chaque conflit est donc en quelque sorte un cas d’espèce. •

Le chef d’État et le gouvernement : Il est difficile de déterminer quelle est l’importance du rôle joué par les individus dans les grands évènements de l’histoire, mais il paraît raisonnable de croire que la personnalité et les visées personnelles d’un chef d’État peuvent être à l’origine de la guerre ou de la paix. Par exemple, la volonté d’Adolf Hitler de créer un « espace vital » pour le peuple allemand, son esprit démagogique et sa soif de venger la défaite de l’Allemagne en 1918 ont certainement contribué au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

Le régime politique intérieur : De par leur nature, certains régimes politiques sont plus susceptibles de vivre des conflits violents. Les régimes aux institutions politiques et économiques fragiles sont plus vulnérables aux conflits internes. Ils prêtent aussi le flanc aux attaques des nations étrangères. Les dictatures sont habituellement plus agressives parce que leur gouvernement se maintient au pouvoir par la peur et la violence. Si le régime est porté par un programme idéologique, il peut alors entraîner une dynamique révolutionnaire qui déborde les frontières nationales. Les démocraties ne se font pas ou très rarement la guerre entre elles, mais elles sont parfois très hostiles à l’endroit des régimes non démocratiques et des « États voyous ».

CONCEPT

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L’ÉTAT VOYOU L’expression « État voyou » renvoie à l’idée d’un État qui ne respecte pas les lois internationales et qui viole de manière systématique les droits les plus élémentaires de l’être humain. L’expression a été principalement utilisée par les États-Unis et le Royaume-Uni pour désigner notamment la Libye du colonel Kadhafi, l’Irak de Saddam Hussein, la Corée du Nord des Kim et la théocratie iranienne.

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Le nationalisme : Le nationalisme se définit comme un grand attachement à la nation. Ce sentiment ne conduit pas nécessairement à la violence ; il a d’ailleurs permis de surmonter en partie l’esprit de clan et le tribalisme. Toutefois, lorsqu’il est exacerbé, le nationalisme peut conduire à la mise en place de politiques qui servent la puissance de la nation. Il peut aussi mener au développement d’idéologies agressives et bellicistes. Au 20e siècle, le nazisme et le fascisme en sont les exemples les plus extrêmes.

Le choc des civilisations : Une civilisation se définit comme l’ensemble des traits et phénomènes sociaux et culturels communs à un ensemble de sociétés. Selon l’auteur Samuel Phillips Huntington Samuel Huntington, un choc entre les civilisations rem(1927-2008) a été professeur de place maintenant les anciennes oppositions nationales. Les sciences politiques ; il est l’auteur du livre Le choc des civiliguerres du 21e siècle ne seraient donc plus causées par la sations (1996). recherche de puissance des nations, mais par une lutte pour la survie et la domination de différentes civilisations. Par exemple, selon cette analyse, les guerres d’Irak et d’Afghanistan ne seraient pas des guerres entre nations, mais un conflit entre la civilisation occidentale et la civilisation musulmane.

L’idéologie : Une idéologie est à la fois un système d’idées et de croyances partagé par un groupe, une société ou une civilisation. Si elle peut contribuer à donner une cohésion aux sociétés humaines, elle divise aussi le monde en blocs idéologiques. Certaines idéologies peuvent entraîner une dynamique révolutionnaire et une spirale de violence et de destruction. Au 20e siècle, des dizaines de millions de personnes ont péri au nom des idéologies nazie et communiste. Aujourd’hui, des groupes armés qui se réclament de l’islamisme radical sèment la terreur dans plusieurs régions du monde.

La religion : La religion est un ensemble de croyances et de dogmes définissant le rapport des êtres humains avec une puissance divine ou avec le surnaturel. Si la religion permet de rapprocher des gens aux origines diverses et de codifier leur comportement, elle sépare aussi les êtres humains entre croyants et incroyants. Les croyants peuvent se donner pour tâche de convertir les incroyants. La guerre éclate quand les croyants utilisent la violence pour propager leur religion ou quand un groupe humain se sent menacé par la diffusion d’une autre religion sur son territoire. L’humanité a connu plusieurs guerres de religion et encore aujourd’hui, pratiquement tous les conflits majeurs sont alimentés, à divers degrés, par la haine religieuse. Pensons au conflit israélo-palestinien, à la guerre civile en Irak, au conflit russotchétchène, à la guerre civile en Birmanie ou à la rébellion islamiste au Nigéria, pour ne nommer que ces conflits.

La compétition pour les ressources et les marchés : La croissance des États dépend d’un accès à diverses ressources (eau, pétrole, minerais, etc.) et à des marchés pour écouler leurs produits manufacturés. Les ressources naturelles sont cependant en quantité limitée et les marchés rapidement saturés. La compétition pour les ressources et les marchés entraîne donc souvent de vives tensions entre les États et débouche parfois sur des conflits violents. Par

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exemple, au Moyen-Orient, la question de l’eau, qui engendra les guerres mésopotamiennes (vers 2450 av. J.-C.), est aujourd’hui une des composantes clés du contentieux sur le Golan (impliquant la Syrie, Israël et la Jordanie) et de la crise palestinienne. Au Darfour, la cause de la guerre est moins la rivalité ethnique que la compétition pour l’espace et les ressources de la région.

LES MODALITÉS DE L’USAGE DE LA FORCE ARMÉE AU 21E SIÈCLE Depuis la fin de la guerre froide, il se produit en Occident un changement dans la façon d’utiliser les forces armées à l’étranger. Si le 20e siècle a été marqué par des guerres pour la conquête de territoires, la domination d’un espace économique et l’imposition d’une idéologie, celles du 21e siècle prennent surtout la forme de missions de pacification de conflits civils et de maintien de la paix, d’interventions militaires « humanitaires » et de lutte contre des organisations non étatiques. La constitution des armées a aussi évolué. Les armées de 1914-1918 et de 1939-1945 étaient formées de volontaires et de conscrits engagés en masse et pour une courte durée. Les armées du 21e siècle sont de taille plus réduite et constituées de militaires professionnels faisant habituellement carrière. Elles sont aussi appuyées par des entreprises privées qui fournissent notamment des services dans le domaine de la sécurité ainsi qu’un soutien matériel et logistique. Enfin, la façon de faire la guerre a changé. Elle repose plus que jamais sur la recherche et le maintien de la supériorité technologique. Il s’agit également de faire la guerre en limitant le plus possible l’engagement des forces armées sur le terrain. Cet objectif est réalisé entre autres par la stratégie du transfert du risque, la sollicitation de services d’entreprises militaires privées et l’utilisation d’engins pilotés à distance (drones) pour mener des opérations de surveillance et d’exécutions ciblées.

La stratégie du transfert du risque La stratégie du transfert du risque repose sur une mobilisation réduite des ressources de la nation et un engagement minimal des forces armées dans le conflit. Elle poursuit un double objectif : éviter de nuire à l’économie du pays et au gouvernement en place, par exemple en affectant l’opinion publique. La guerre doit donc officiellement répondre à une injustice évidente, comme une agression ou une violation systématique des droits fondamentaux des personnes. Elle doit aussi être éloignée du territoire national et se dérouler rapidement. Les pertes militaires doivent être limitées, par exemple en utilisant principalement les armes aériennes. Cette stratégie demande également de mener les combats de façon à éviter les pertes civiles chez l’adversaire, mais jamais au point de mettre ses troupes inutilement en danger. L’encadrement des médias est primordial afin d’éviter les dérapages (pensons à des photos de cadavres publiées dans les journaux nationaux, à des reportages critiques, etc.). Enfin, les coûts de l’après-guerre doivent être assumés par la communauté internationale et les groupes humanitaires et privés doivent être associés à l’effort de guerre (soins, distribution d’eau et de nourriture et reconstruction).

Les entreprises militaires privées Les mercenaires sont des combattants de métier qui sont recrutés par un État, une entreprise ou un mouvement politique, en dehors du système statutaire de recrutement militaire d’un pays. Ils tirent un avantage personnel à participer à un conflit, qui prend habituellement la forme d’une rémuné-

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ration supérieure à celle de leurs homologues de l’armée régulière. Les mercenaires, ou plus généralement les employés d’entreprises militaires privées, travaillent aujourd’hui en étroite collaboration avec les armées régulières et les agences des pays occidentaux. Ils interviennent dans les zones à fort risque sécuritaire et en zone de conflit, là où des tâches très variées leur sont confiées : formation, logistique, sécurité, conseil et assistance tactique, renseignement. Pour les gouvernements, le recours aux mercenaires permet de réduire les coûts d’une intervention militaire. Mais leur utilisation permet surtout de réduire l’engagement des forces armées régulières, ce qui a entre autres pour effet de diminuer les chiffres officiels des pertes dans les rangs des forces armées. Le recours aux employés d’entreprises militaires privées permet également aux pays qui les recrutent d’intervenir officieusement dans certaines régions du monde, sans en subir les contrecoups diplomatiques. DynCorp et Academi (anciennement Blackwater Worldwide) sont parmi les plus importantes entreprises militaires privées au monde. Elles emploient des dizaines de milliers de personnes et reçoivent chaque année des millions de dollars en contrats des gouvernements des pays occidentaux.

L’assassinat ciblé L’assassinat ciblé désigne une exécution extrajudiciaire, menée le plus souvent soit par l’armée régulière d’un État, soit par les services de renseignement, en dehors d’une zone de front ou d’un champ de bataille. L’exécution est le plus souvent menée à l’aide de drones équipés de missiles, mais aussi par une force aérienne plus conventionnelle (avion, hélicoptère, missile de croisière) ou par des agents sur le terrain. La pratique est généralisée notamment par Israël sur les territoires palestiniens et, depuis les attentats du 11 septembre 2001, par les États-Unis contre des cibles qualifiées de « terroristes », notamment au Yémen et dans les zones tribales du Pakistan. La stratégie du transfert du risque, le recours aux services des entreprises militaires privées et les assassinats ciblés changent le visage de la guerre. La stratégie du transfert du risque a permis de réduire les pertes de vies humaines par rapport aux guerres de masse du 20e siècle. Mais la proportion de morts dans la population civile en zone de conflit est toujours plus élevée en comparaison des pertes chez les militaires. Sans être illégal, le recours aux services des entreprises militaires privées dans les conflits armés ou des missions de paix pose des difficultés en ce qui concerne le contrôle de leurs activités. Pour le moment, la réglementation relative à leurs opérations, que ce soit au niveau international ou national, demeure insuffisante. L’assassinat ciblé, s’il permet d’agir à moindre coût, soulève des questions de nature légale et morale. Par exemple, les démocraties peuvent-elles se permettre de tuer, sans procès, des étrangers soupçonnés d’avoir participé à des actes terroristes ? Ces personnes n’ont-elles pas le droit à un procès juste et équitable ? Les campagnes d’assassinats sont-elles essentielles au point de justifier la mort éventuelle de civils innocents ? Pour mieux s’y retrouver, il nous faut passer à l’étude du droit international et des institutions de la paix.

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QUESTIONS DE LECTURE 1. Comment définir la guerre ? 2. Quelles sont les deux grandes catégories de conflits armés ? 3. Comment distinguer la guérilla du terrorisme ? 4. Nommez et expliquez cinq causes de la guerre. 5. Quelles sont les principales caractéristiques de la guerre au 21e siècle ?

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CHAPITRE 7

LE CLIMAT, L’ÉNERGIE ET LES RESSOURCES « Nous avons les moyens de limiter les changements climatiques. Tout ce qu’il faut, c’est la volonté de changer. » RAJENDRA PACHAURI

Les cris d’alarme des scientifiques au sujet des changements climatiques se font de plus en plus pressants. La Terre se réchauffe à une vitesse jamais vue dans son histoire récente. La banquise et les glaciers fondent, le niveau des océans s’élève, les tempêtes gagnent en violence. Si l’humanité ne fait rien pour changer la tendance, la température de la planète pourrait augmenter de 6 °C d’ici 2100. Cette situation est fortement associée par les scientifiques à l’utilisation massive et sans cesse croissante de combustibles fossiles (comme le pétrole, le charbon et le gaz naturel), que les pays exploitent et consomment pour soutenir leur développement. Dans ce chapitre, nous cherchons à caractériser le phénomène des changements climatiques et à présenter les traités internationaux sur l’environnement et le climat. Nous abordons aussi les effets géopolitiques de la dépendance des pays industrialisés à l’égard du pétrole et les effets géopolitiques de la rareté grandissante des ressources disponibles, notamment de certains conflits relativement au partage des ressources en eau potable.

123205483 © Shutterstock/Ungnoi Lookjeab

Président du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat

LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES Aujourd’hui, les changements climatiques constituent sans aucun doute l’un des principaux défis pour les pays du monde et un des enjeux majeurs des relations internationales en raison de l’ensemble des problèmes que le réchauffement climatique entraîne sur les plans social, économique et politique. Les changements climatiques correspondent à des modifications durables du climat global de la Terre ou de ses divers climats régionaux. Ces changements sont dus à des processus intrinsèques à

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la Terre, à des influences extérieures (variation des rayonnements solaires, par exemple) et plus récemment aux activités humaines.

Des données alarmantes Dans son dernier rapport (2014), le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme que le réchauffement climatique depuis 1950 est très probablement dû à l’augmentation des gaz à effet de serre d’origine anthropique (causés par l’homme). Les projections des modèles climatiques présentées par le GIEC indiquent que la température de la surface du globe est susceptible d’augmenter de 1,1 à 6,4 °C supplémentaires au cours du 21e siècle et que ce réchauffement devrait se poursuivre au-delà de cette période, même si les émissions s’arrêtent, en raison de la grande capacité calorifique des océans et de la durée de vie du dioxyde de carbone et des autres gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Écarts des températures globales de surface (1850-2013)

0.4 0.4 0.0 © Theon 2014 CC-BY-SA

Écarts de température par rapport à la moyenne 1961-1990 (en oC)

0.6

-0.2 -0.4 -0.6 1860

1880

1900

1920

1940

1960

1980

2000

2020

Moyenne annuelle Courbe lissée des écarts de température

Les conséquences sur l’environnement et la biodiversité Le réchauffement climatique a de graves conséquences sur l’environnement, telles l’élévation du niveau des océans, l’augmentation des précipitations dans certaines régions, la fonte des glaciers et des couvertures neigeuses et la perturbation de la circulation thermohaline, c’est-à-dire les mouvements d’eau froide et salée vers les fonds océaniques qui surviennent aux hautes latitudes de l’hémisphère Nord. Ce phénomène est en partie responsable du renouvellement des eaux profondes océaniques et de la relative douceur du climat européen. Par ailleurs, le pergélisol des régions polaires, subpolaires et montagneuses devrait continuer de fondre, avec des glissements de terrain qui affecteront les infrastructures, les cours d’eau et les écosystèmes des zones humides. De plus, en fondant, le pergélisol libérera d’importantes quantités de dioxyde de carbone et de méthane, ce qui aura pour effet d’accélérer le processus de réchauffement climatique.

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Le réchauffement climatique a aussi des conséquences sur la biodiversité. Il entraîne la modification des cycles de vie des animaux, accroît le risque d’extinction de certaines espèces vulnérables, désorganise les aires de répartition des espèces et perturbe les interactions entre ces espèces.

Les perturbations environnementales ont également d’importantes conséquences sur la vie humaine. Tous les secteurs socio-économiques subissent, à divers degrés, les conséquences des pressions imposées par le réchauffement climatique à l’infrastructure physique et sociale des sociétés humaines (modification des pratiques de construction, adaptation des systèmes de soins de santé, changements des modes de subsistance, etc.). La santé humaine sera affectée, soit directement (exposition à des chaleurs extrêmes), soit indirectement (accroissement de la présence de certains pollens, moisissures ou polluants atmosphériques, malnutrition, risque accru de maladies, contamination de l’eau, etc.). Par ailleurs, les modifications climatiques subies par certaines régions de la Terre pourraient favoriser l’apparition d’agents infectieux dont elles étaient exemptes auparavant. Des crises géopolitiques risquent d’éclater. Des populations entières pourraient être forcées de migrer, notamment en raison de l’aggravation des sécheresses, du manque d’eau potable ou Une scène normale à Beijing. des ravages causés par les inondations. Des conflits violents pour l’accès aux ressources pourraient se multiplier si les futures générations n’arrivent pas à s’adapter aux variations de température et à la dégradation de leur milieu.

126180869 © Shutterstock/Hung Chung Chih

Les conséquences sur la vie humaine

LES TRAITÉS INTERNATIONAUX SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE CLIMAT Néanmoins, cette tendance lourde n’est pas une fatalité. Les États ont les moyens de limiter les changements climatiques. Tout dépend de la volonté politique de changer. En relations internationales, cette volonté s’exprime par la ratification de traités sur l’environnement et le climat.

Le Sommet de la Terre En juin 1992, à Rio de Janeiro (Brésil), la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (connue sous le nom de Sommet de la Terre) a adopté une déclaration qui a fait progresser le concept des droits et des responsabilités des pays dans le domaine de l’environnement. La déclaration témoigne de deux grandes préoccupations : la détérioration de l’environnement, notamment de sa capacité à entretenir la vie, et l’interdépendance de plus en plus manifeste entre le progrès économique à long terme et la nécessité d’une protection de l’environnement. Articulée autour de 27 principes, la déclaration précise notamment la notion de développement durable :

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« Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature (principe 1). » « Pour parvenir à un développement durable, la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément (principe 4). »

Un programme d’action pour le 21e siècle, appelé Action 21, a aussi été adopté à la rencontre de Rio. Ce programme contient plusieurs recommandations concernant la mise en œuvre concrète des principes de la déclaration. Il prend en compte les problématiques liées à la santé, au logement, à la pollution de l’air, à la gestion des mers, des forêts et des montagnes, à la désertification, à la gestion des ressources en eau, à la gestion de l’agriculture et à la gestion des déchets. Aujourd’hui encore, le programme Action 21 reste la référence pour la mise en œuvre du développement durable.

Le protocole de Kyoto La rencontre de Kyoto, qui s’est tenue en décembre 1997, a également permis l’adoption de la Convention sur le climat, qui affirme la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et qui a abouti à la signature en 1997 du Protocole de Kyoto. Cet accord international, bâti sur la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, met en place des objectifs légalement contraignants et des délais pour réduire les émissions de GES des pays industrialisés.

101208370 © Shutterstock/EpicStockMedia

La principale caractéristique du Protocole de Kyoto est qu’il propose des objectifs obligatoires sur les émissions de GES. Ces objectifs vont de −8 % à +10 % par rapport aux émissions individuelles des pays en 1990, en vue de réduire leurs émissions globales d’au moins 5 % par rapport aux niveaux de 1990 dans la période d’engagement de 2008 à 2012. Les engagements au titre du Protocole varient d’une nation à l’autre. Par exemple, l’objectif est une réduction de 8 % pour l’Union européenne, de 6 % pour le Canada, de 7 % pour les États-Unis (bien que ce pays se soit depuis retiré du Protocole).

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Le Protocole de Kyoto repose sur un compromis. Il doit être efficace face à un problème mondial et complexe, tout en étant politiquement acceptable. Malgré sa flexibilité, plusieurs pays signataires sont loin d’avoir atteint leurs objectifs pour la période d’engagement déterminée. Par exemple, les émissions de GES du Canada ont augmenté de 28 % de 1990 à 2004, alors que les États-Unis, le plus gros État pollueur de la planète par habitant, se sont retirés du Protocole. Autre écueil : les pays en développement ne sont pas contraints par le Protocole, suivant le principe voulant que les pays développés aient une responsabilité historique dans les bouleversements climatiques. La Chine et l’Inde ont ainsi pu augmenter respectivement leurs émissions de 170 % et de 125 % de 1990 à 2007. Dans ce contexte, l’effort des petits pays industrialisés semble marginal. RELATIONS INTERNATIONALES


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L’inaction des pays pollueurs La régulation des émissions des GES suppose une nouvelle vision du développement économique et social et, de ce fait, la mise en œuvre de politiques est confrontée à d’autres priorités des États. Aussi, les traités internationaux sur l’environnement et le climat placent les États devant un problème d’action collective. En effet, chaque État a intérêt à ce que les autres pays ratifient et respectent les traités sur la réduction globale de la pollution et des GES, mais chaque État a aussi un intérêt individuel à ne pas chercher à atteindre les objectifs, car il peut ainsi maintenir ses émissions et profiter de l’effort consenti par les signataires. Si tous les États raisonnent de la même façon, les traités resteront ineffectifs et le problème de la pollution et des changements climatiques demeurera entier. La promesse de transferts technologiques et les menaces de sanctions peuvent en principe permettre de réduire le nombre de « tricheurs », mais ces mesures ont généralement peu d’effet sur les pays les plus puissants (et souvent les plus grands pollueurs). Pourtant, en principe, la lutte aux changements climatiques peut se faire avec des répercussions négligeables sur la croissance de l’économie mondiale. Si les changements sont entrepris maintenant, les experts estiment que les efforts de réduction de gaz à effet de serre feraient baisser de 0,06 point le taux mondial de croissance, estimé entre 1,6 et 3 % par an au cours du 21e siècle. Mais plus les pays attendent pour agir, plus les changements seront coûteux. Chose certaine, la lutte aux changements climatiques passe par la réduction importante de la production et de la consommation mondiales de pétrole.

LA GÉOPOLITIQUE DU PÉTROLE Le pétrole est une huile minérale naturelle, formée principalement d’hydrocarbures, extraite d’un gisement et utilisée comme source d’énergie. Il est l’un des piliers de l’économie industrielle contemporaine, car il fournit la quasi-totalité des carburants liquides, ainsi que les bitumes, les paraffines et les lubrifiants. De plus, il sert de point de départ à la production d’innombrables matériaux (plastiques, textiles synthétiques, médicaments, engrais, cosmétiques, etc.). Les plus grands producteurs de pétrole sont les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Russie, la Chine et le Canada, et les principaux consommateurs sont les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et la Russie. Les 10 plus grands producteurs de pétrole au monde (2013) Rangs pour le brut

États

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Russie Arabie saoudite États-Unis Chine Canada Iran Irak Émirats arabes unis Mexique Koweït

* Milliers de barils par jour

Pétrole brut en kbbls/j* 10 018,9 9 684,7 7 454,9 4 164,1 3 349,6 3 200 3 054,4 2 820 2 651,9 2 650

Parts de la production mondiale de brut (%) 13,17 12,73 9,80 5,47 4,40 4,20 4,01 3,70 3,48 3,48

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Les 10 plus grands consommateurs de pétrole au monde (2013) États

Consommation en kbbls/j

1

États-Unis

18 887

2

Chine

10 756

3

Japon

4 551

4

Inde

3 727

5

Russie

3 313

6

Arabie saoudite

3 075

7

Brésil

2 973

8

Corée du Sud

2 460

9

Canada

2 385

10

Allemagne

2 382

L’état des réserves mondiales L’état des réserves pétrolières mondiales fait l’objet d’un débat. En général, les chiffres de réserves correspondent aux réserves prouvées de pétrole conventionnel. Ainsi, en 2005, les réserves mondiales de pétrole conventionnel étaient estimées à 1200 milliards de barils selon les chiffres de la British Petroleum. De son côté, Le World Energy Resources Program de l’United States Geological Survey (USGS), l’organisme qui produit les estimations officielles des ressources mondiales de pétrole pour le gouvernement des États-Unis, estime que l’épuisement des réserves connues aura lieu d’ici les 50 prochaines années, si la consommation et l’exploitation suivent le rythme actuel. Cependant, l’évaluation dépend de plusieurs paramètres dont la pondération est délicate et controversée. D’abord, il est possible que le rythme de consommation ne suive pas la tendance actuelle. Elle pourrait baisser en raison de la hausse du prix du pétrole causée par l’effet de rareté ou des préférences pour une ressource alternative. Mais cette baisse pourrait être compensée par une augmentation de la demande des pays en développement. Ensuite, pour des raisons techniques, il n’est pas possible de récupérer l’ensemble des ressources d’un bassin, mais l’amélioration des procédés de récupération peut permettre d’accroître, de façon mécanique, les réserves globales. Le volume des réserves dépend aussi évidemment de l’amélioration des techniques d’exploration et d’exploitation susceptibles de faciliter les découvertes et de rentabiliser la production de pétroles dits non conventionnels ou non rentables. Enfin, les variations parfois importantes, à la hausse ou à la baisse, peuvent encourager ou freiner la production de types de pétrole auparavant jugés non rentables, comme les bruts extralourds et les sables bitumineux.

Les conflits du pétrole La production du pétrole a des impacts environnementaux considérables. Elle génère de la pollution atmosphérique et des gaz à effet de serre liés au changement climatique, tout en détruisant les habitats naturels. Le transport et l’extraction du pétrole ont aussi causé leur lot de catastrophes environnementales, comme les désastres de l’Exxon Valdez (1989) et de Deepwater Horizon (2010).

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Source : Energy Information Administration

Rangs pour le brut


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Toutefois, c’est au Moyen-Orient, l’une des principales régions pétrolifères du monde, que la situation est la plus tendue. La relation privilégiée entre les États-Unis et l’Arabie saoudite a permis d’éviter les débordements dans cette région instable, où les États ont dû gérer tour à tour les conséquences du boom pétrolier, la menace de l’Irak et des groupes rebelles et radicaux. Mais cette relation est jugée précaire au moins pour trois raisons : 1. Les membres conservateurs du clergé et une partie importante de la population d’Arabie saoudite contestent la présence militaire amé- La guerre d’Irak. ricaine sur leur territoire (les attentats terroristes en Arabie saoudite [1996 et 2004], en Afrique [1998], au Yémen [2000], aux États-Unis [2001] et en Espagne [2004] découlent de la contestation de la présence militaire américaine en sol saoudien).

© Armée américaine

Cela dit, la production et l’utilisation du pétrole ne posent pas seulement un problème environnemental. La relative rareté de cette ressource et son importance pour l’économie des pays producteurs et consommateurs ont aussi des effets sur le comportement des États et la géopolitique mondiale. En effet, par les conflits qu’il suscite, alimente ou exacerbe, le pétrole tend à aggraver la situation d’instabilité de la plupart des régions pétrolières. Les conflits sont souvent dus à la faiblesse des institutions et aux frontières mal établies (par exemple, les contentieux entre l’Irak et le Koweït, le Pérou et le Venezuela, le Venezuela et la Colombie, la Chine et Taiwan, les Philippines et le Vietnam). À ces conflits entre pays producteurs voisins, il faut ajouter la lutte que se mènent en filigrane les grandes puissances du monde, comme les États-Unis et la Chine, pour l’accès à la ressource dans les pays en voie de développement. Les revenus procurés par le pétrole peuvent également susciter ou exacerber les guerres civiles, comme au Congo, au Tchad ou en Angola. Aussi, la découverte et l’exploitation de gisements peuvent être la cause de conflits dans la population, surtout lorsqu’il existe déjà des tensions ethniques et religieuses (au Soudan, par exemple). Enfin, la menace terroriste peut représenter un défi pour la protection des sites pétroliers. Parmi les zones les plus sensibles figurent le Nigeria et le Caucase, mais la gestion du risque est paradoxalement plus complexe dans les pays industrialisés, où les cibles sont plus diffuses (pensons aux oléoducs et au réseau ferroviaire aux États-Unis ou en Russie).

2. Aux États-Unis, cette alliance entre une démocratie libérale et un régime autocratique et théocratique est considérée comme étant contre nature dans les milieux néoconservateurs, mais aussi chez les défenseurs des libertés individuelles. 3. La part déclinante de la région du Golfe dans l’approvisionnement américain depuis les années 1990 (de près de 25 % à 15 % aujourd’hui) est souvent mise de l’avant pour justifier un désengagement des États-Unis. Advenant la fin de la relation structurante entre les ÉtatsUnis et l’Arabie saoudite, l’hypothèse la plus pessimiste laisse envisager une période de crise majeure au Moyen-Orient.

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Deux grands scénarios pour l’avenir La demande de pétrole a connu une croissance exponentielle au cours des 20 dernières années. La hausse de la consommation de cette source d’énergie fossile devrait par ailleurs se poursuivre au cours des prochaines années (selon l’AIE, cette hausse devrait se poursuivre au rythme de 2 % par an, la demande atteignant 115 Mb/j en 2020). Si cette hausse constitue une bonne nouvelle pour les États qui exploitent des gisements de pétrole, elle représente un danger supplémentaire pour le climat de la planète. Dans ce contexte, il existe, selon les experts, deux grands scénarios pour l’avenir : 1. Le monde pourrait connaître une période de production et de consommation de pétrole sans restriction, suivie d’une période de crise énergétique. La demande de pétrole a connu une croissance exponentielle et sans une transformation radicale du mode de régulation du marché du pétrole, cette hausse pourrait se poursuivre jusqu’à ce que les ressources s’épuisent ou que les coûts d’exploitation deviennent prohibitifs. Ayant misé presque exclusivement sur le pétrole comme source d’énergie, les pays pourraient éventuellement ne plus avoir les moyens énergétiques de soutenir leur croissance. Le monde pourrait alors connaître une période de difficultés économiques, en plus de subir pleinement les effets des bouleversements climatiques. 2. Le monde pourrait entrer dans l’ère de l’après-pétrole. Les États pourraient transformer radicalement le mode de régulation actuel, par exemple en fixant des objectifs de réduction de l’exploitation et de la consommation du pétrole et en exigeant d’importantes redevances. Ils pourraient aussi imposer des contraintes environnementales très rigoureuses, interdire certaines pratiques d’extraction jugées trop dommageables pour l’environnement, en taxant fortement la consommation, en investissant massivement dans le développement d’énergies vertes, etc. Un saut technologique, notamment dans le domaine du transport, pourrait aussi accélérer la transition vers une ère sans pétrole. Ce scénario implique un changement radical dans le fonctionnement de l’économie, mais des bénéfices pourraient se faire sentir à long terme. Ce scénario pourrait aussi permettre d’éviter une catastrophe climatique. Pour le moment, rien n’est encore joué. Des pays comme le Canada et les États-Unis semblent résolument engagés dans la production et la consommation sans restriction de pétrole. Mais plusieurs pays d’Europe manifestent une réelle volonté de se sortir de l’ère du pétrole et rien ne permet d’affirmer que les pays en développement reproduiront exactement le modèle d’industrialisation des pays développés, compte tenu du caractère évolutif des technologies de production et des modes de consommation.

L’EAU, FACTEUR DE CONFLIT DANS LE MONDE L’eau est une ressource essentielle et fondamentale au développement humain. On évalue que 71 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau, mais seulement 3 % du bassin total est constitué d’eau douce. Plus de 40 pays souffrent actuellement de déficit hydrique ou de « stress hydrique », c’est-à-dire qu’ils ne disposent pas des quantités suffisantes d’eau de qualité satisfaisante qui leur permettraient de répondre à leurs besoins humains et environnementaux. Cependant, dans bien des cas, le manque de ressources en eau ne constitue pas une cause majeure de l’insuffisance des

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systèmes d’alimentation en eau et d’assainissement. Le problème est davantage lié à la mauvaise gestion de la ressource et à des défaillances institutionnelles. Il est prévu que d’ici 2025, la part de la population mondiale vivant dans des zones en déficit hydrique augmentera de 35 %, ce qui représente environ 2,8 milliards de personnes. Cette situation amène les experts à considérer dorénavant l’eau comme un moteur (potentiel ou effectif) de conflits internationaux. En fait, on peut déjà prévoir que dans un futur proche, les conflits pour l’eau prendront la même importance que les conflits autour du pétrole. Le déclenchement d’un conflit est fort possible lorsqu’un État situé en aval a fortement besoin d’eau de rivière et s’avère plus puissant que ses voisins en amont, puisque les pays en aval peuvent craindre que ceux de l’amont n’utilisent cette ressource comme moyen de coercition. L’eau : facteur de conflit dans le monde

© Lelivrescolaire.fr et ses 1000 professeurs CC-BY-SA

Plusieurs pays dépendent de l’extérieur pour leur approvisionnement en eau. Tel est le cas notamment au Proche-Orient. Le partage d’un même bassin hydrographique crée une dépendance dangereuse, comme en témoigne la difficile gestion des ressources du Nil entre six États, celles du Jourdain entre Israël et la Jordanie, ou encore du Zambèze entre la Zambie et le Zimbabwe. Mais aucune région n’est tout à fait à l’abri de problèmes liés au partage de l’eau. Par exemple, en Amérique et en Europe, les projets de dérivation des cours d’eau générés par l’augmentation des besoins pourraient créer de nouvelles tensions entre pays voisins. En somme, cette dépendance renforce les risques de conflits par une exploitation croissante qu’il faut conjuguer à une raréfaction des ressources en eau.

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QUESTIONS DE LECTURE 1. Qu’est-ce qui cause les changements climatiques ? 2. Nommez les principales conséquences des changements climatiques sur la vie humaine. 3. Comment expliquer que les pays ne font pas plus d’efforts pour lutter contre les changements climatiques ? 4. Pourquoi l’état des réserves mondiales pétrolières fait-il l’objet d’un débat ? 5. Dans vos propres mots, expliquez les effets géopolitiques de la dépendance des pays industrialisés à l’égard du pétrole. 6. Quelle est la cause majeure de l’insuffisance des systèmes d’alimentation en eau ?

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TROISIÈME PARTIE

LES POINTS CHAUDS On trouve dans le monde plusieurs endroits où les enjeux que nous avons examinés dans la précédente partie se manifestent, où la politique étrangère du Québec et du Canada se déploie ou qui sont simplement des zones névralgiques pour le développement des relations internationales. Dans cette partie, nous en présentons quelques-uns sous la forme de fiches de synthèse.

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L’Afrique est le continent dont la population a le plus fort potentiel de croissance au 21e siècle. Estimée à 133 millions d’habitants en 1900, soit 8,1 % de la population mondiale, la population de l’Afrique est passée à 808 millions en 2000, soit 13,2 %, à 1,1 milliard en 2012, soit 16 % de la population mondiale, et elle pourrait atteindre 2,4 milliards en 2050, soit 25 % de la population mondiale.

L’exploitation et l’exportation des matières premières constituent la première source de revenus pour les pays africains. Il ne s’agit pas nécessairement d’une bonne chose puisque le secteur des matières premières se développe au détriment des secteurs industriels et des services, qui ont un potentiel de croissance économique plus élevé. De plus, le secteur des matières premières est largement contrôlé par les grandes entreprises occidentales.

Bien que la croissance économique ait stagné au cours des 20 dernières années, les prévisions actuelles font de l’Afrique une des économies les plus dynamiques de la planète. L’Afrique a ainsi connu en 2013 une croissance de 4 % en moyenne, supérieure de 1 point à celle du monde. La croissance de son produit intérieur brut (PIB) devrait grimper à 4,8 % en 2014 et à 5,7 % en 2015 (5,2 % hors Libye).

L’Afrique reste cependant minée par de nombreux conflits. Outre la corruption et les guerres pour l’appropriation des matières premières, le continent est aussi déchiré par de nombreux

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© Martin23230 2009 CC-BY-SA

L’AFRIQUE


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conflits ethniques ou tribaux. On assiste aussi depuis une dizaine d’années à l’émergence de nombreux groupes terroristes, notamment en Afrique du Nord, inspirés par l’islamisme radical. •

La faiblesse des institutions africaines empêche aussi de nombreux pays du continent de faire face aux problèmes de santé publique, comme le rappelle l’infection causée par le virus Ebola qui a fait plusieurs milliers de morts en 2014.

LE NORD Autrefois pratiquement inaccessible, le Nord fait aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises en raison du réchauffement de la planète. On estime qu’il se trouve dans cette région un cinquième des réserves en hydrocarbures de la planète ainsi que de nombreux minerais rares.

Cinq pays peuvent prétendre à revendiquer des territoires dans le Nord. Il s’agit du Canada, du Danemark, des États-Unis, de la Norvège et de la Russie. À ce jour, le Canada, la Russie et le Danemark ont revendiqué des zones territoriales.

Ces pays doivent déposer une demande d’extension de leur territoire devant la Commission des limites du plateau continental des Nations Unies.

Outre les revendications territoriales, le passage Les revendications territoriales dans l’Arctique. du Nord-Ouest pourrait aussi faire l’objet d’un conflit diplomatique. Le réchauffement de la planète permettrait la circulation maritime pendant toute l’année, ce qui accélérerait le passage de l’Atlantique au Pacifique. Le Canada considère qu’il s’agit d’une partie de ses eaux intérieures, ce qui lui permet d’appliquer ses lois sur la circulation maritime. De nombreux autres pays font cependant valoir qu’il s’agit d’un passage international.

De nombreux exercices militaires ont lieu en Arctique depuis une dizaine d’années, notamment de la part de la Russie, qui a même augmenté sa présence militaire dans cette région.

© Sémhur 2009 CC-BY-SA

L’UKRAINE À bien des égards, la crise ukrainienne est une illustration des rapports complexes qu’entretient la Russie avec les ex-républiques soviétiques, qu’elle considère comme des États à réintégrer sous son contrôle, comme les pays baltes, le Kazakhstan et la Géorgie. •

L’Ukraine est en crise depuis le 21 novembre 2013 à la suite de la décision du gouvernement ukrainien prorusse de ne pas signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Cet accord prévoyait l’établissement d’une association politique et économique entre les deux entités, un prélude à une éventuelle intégration de l’Ukraine à l’Union européenne.

Les points chauds

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Le 22 février 2014, après des mois de manifestation, le président Viktor Ianoukovytch est destitué et remplacé par Oleksandr Tourtchynov et un nouveau gouvernement pro-occidental, dirigé par Arseni Iatseniouk, est mis en place. En réaction, la Crimée proclame son indépendance et vote pour son rattachement à la Russie.

Après le rattachement de la Crimée à la Russie, d’autres régions de l’est du pays réclament, elles aussi, de revenir dans le giron russe. À partir d’avril 2014, un Soulèvement pro-russe de 2014 en Ukraine. conflit aux allures de guerre civile oppose Contrôlée par la Russie Insurrection armée l’armée ukrainienne et les séparatistes proOccupation de l’administration régionale russes. Le 5 septembre 2014, les belligéManifestations rants signent un accord sur la cessation des hostilités, mais les combats de moindre intensité se poursuivent. L’ONU estime que plus de 3 000 personnes ont perdu la vie dans l’est du pays et que près de 500 000 personnes ont été déplacées depuis le début du conflit.

À l'échelle internationale, le conflit ukrainien soulève des tensions entre les pays occidentaux, qui souhaitent le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, et la Russie, qui appuie les séparatistes et qui ne veut en aucun cas laisser un gouvernement pro-occidental diriger un pays situé dans ce qu’elle considère comme sa sphère d’influence.

© RGlouchester 2014 CC-BY-SA

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LE GROUPE ÉTAT ISLAMIQUE Une guerre civile en Syrie oppose depuis 2011 le régime de Bachar Al-Assad à différents groupes rebelles. Selon l’ONU, le conflit a fait plus de 160 000 morts, pour la plupart des civils. La guerre a des répercussions chez les voisins immédiats de la Syrie, que ce soit au Liban, en Jordanie, en Israël, en Irak et en Turquie.

À l'échelle régionale, la crise syrienne est devenue un enjeu entre l’Iran et l’Arabie saoudite, les deux puissances rivales qui se disputent la première place au MoyenOrient. La Syrie est un allié traditionnel de Téhéran et la chute du régime d’Al-Assad aurait pour effet de rompre l’axe IranSyrie-Hezbollah (Liban). L’Arabie saoudite, protectrice des sunnites et ennemi d’AlAssad, soutient les rebelles. Toutefois, la montée en puissance du mouvement État

© Nerika 2014 CC-BY-SA

Contrôle territorial de l’État islamique en Syrie et en Irak (2014).

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islamique (EI), un groupe djihadiste qui a pris le contrôle d’un large territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak, a conduit l’Iran et l’Arabie saoudite à collaborer pour combattre un ennemi commun. Sans joindre officiellement la coalition arabo-occidentale mise sur pied par les ÉtatsUnis, l’Iran soutient le gouvernement syrien et irakien dans sa lutte contre l’EI. •

À l'échelle internationale, le conflit syrien soulève de nouvelles tensions entre les pays occidentaux, qui souhaitent le renversement du régime, et la Chine et la Russie, qui appuient Damas. Toutefois, pour les Occidentaux, la lutte contre l’État islamique semble avoir relégué au second plan l’objectif de renversement du régime d’Al-Assad.

La mer de Chine méridionale est une voie de passage entre l’Asie orientale, l’océan Indien et l’Europe. Il s’agit aussi d’un axe stratégique pour le commerce mondial. La quasi-totalité (90 %) du commerce extérieur de la Chine et un tiers du commerce mondial traversent cette région.

La mer de Chine méridionale et les îles, îlots et récifs qui la parsèment font l’objet de revendications territoriales de la part des pays riverains. À titre d’exemple, l’archipel des Spratleys, un petit territoire de 5 kilomètres carrés, dispersés sur une superficie de 410 000 kilomètres carrés, fait l’objet des revendications de la Chine, du Vietnam, des Philippines, de la Malaisie, du Brunei et de l’Indonésie. La Chine a d’ailleurs entrepris en 2014 la construction d’une piste d’atterrissage sur une des îles de l’archipel, ce qui a avivé les tensions entre les pays riverains.

© Goren tek-en 2014 CC-BY-SA

LA MER DE CHINE

Revendications territoriales en Mer de Chine méridionale.

La Chine revendique aussi 3,5 millions de kilomètres carrés de la mer de Chine méridionale.

La rivalité entre la Chine et le Japon en mer de Chine orientale est aussi une source de conflit potentiel dans la région. Les deux pays revendiquent les îles Senkaku contrôlées par le Japon depuis 1885, mais la Chine prétend qu’avant cette date, elles ont toujours fait partie de son territoire. Ces îles contiennent des réserves en hydrocarbures et sont un passage stratégique pour le contrôle de la mer de Chine orientale. Depuis 2004, plusieurs incidents militaires, diplomatiques et nationalistes minent les relations entre les deux pays.

Ces tensions conduisent à une course aux armements, notamment entre la Chine et le Japon. La Chine a mis en service en 2012 son premier porte-avions. Le Japon a réagi en augmentant le nombre de ses sous-marins qui vont atteindre dans quelques années le nombre de 22, en modifiant plusieurs navires de sa flotte pour les adapter à la lutte contre les porte-avions et en lançant un programme de porte-hélicoptères de grandes dimensions destinés à la guerre navale.

Les points chauds

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LA FRONTIÈRE ÉTATS-UNIS/MEXIQUE •

La frontière entre les États-Unis et le Mexique s’étend de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique et mesure plus de 3 200 kilomètres.

En 1994, l’adhésion du Mexique au traité de libre-échange nord-américain intensifie les relations entre les États-Unis et le Mexique et accroît les échanges économiques à la frontière.

Entre 1990 et 2012, le nombre d’immigrants illégaux est passé de 3,5 millions à 12 millions.

Pour enrayer ce problème, le Congrès américain adopte en 2006 le Secure Fence Act. Cette loi renforce les mesures pour lutter contre l’immigration illégale, dont la construction d’un mur de 4,5 mètres de hauteur doté de caméras et d’autres dispositifs de sécurité et de surveillance. À ce jour, le mur mesure environ 1 120 kilomètres de long, soit un tiers de la frontière.

Au problème de la lutte contre l’immigration illégale s’ajoute la lutte aux narcotrafiquants. La frontière avec le Mexique est l’un des principaux lieux d’entrée de la drogue aux États-Unis.

Le marché de la drogue est un des plus rentables au monde. Le National Drug Intelligence Center estime que les trafiquants mexicains opérant aux États-Unis généreraient annuellement entre 17 et 38 milliards de dollars de revenus. Entre 1990 et 2009, le nombre de patrouilleurs américain à la frontière est passé de 3 555 à 17 415.

La lutte entre les bandes criminelles pour le contrôle de ce marché fait que le Mexique est aujourd’hui en quasiétat de guerre civile. On estime qu’entre 2006 et 2012, il y a eu plus de 100 000 morts.

ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

MEXIQUE

Frontière entre les États-Unis d’Amérique et le Mexique.

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Relations internationales

Aujourd’hui, un film hollywoodien sort simultanément à Los Angeles, Delhi et Tokyo ; une épidémie de grippe en Afrique fait chuter le cours de la Bourse de Londres ; les Russes comme les Australiens mangent les mêmes hamburgers de chez McDonald ; les États-Unis et la Chine se réunissent pour régler les conflits en Afrique du Nord ; nos vêtements sont fabriqués au Bangladesh et commercialisés à Paris ; des organisations internationales comme la Banque mondiale (BM) ou le Fonds monétaire international (FMI) dictent à des États leur conduite ; les grandes puissances militaires sont vulnérables à des attaques terroristes perpétrées par de petits groupes provenant de partout sur la planète. Bref, la dimension internationale est omniprésente dans la vie des sociétés.

Benjamin B e Bélair M a Martin Leblanc

Relations internationales

Cet ouvrage introduit le lecteur aux approches et enjeux des relations internationales. Une première section traite des trois principales approches, réaliste, libérale et marxiste, qui ont marqué l’étude des relations internationales. Une seconde section présente les enjeux contemporains des relations internationales : la mondialisation, la guerre, la paix, l’énergie et l’environnement, l’éthique des relations internationales, et enfin la politique internationale du Canada et du Québec. L’ouvrage propose également des exercices de lecture et des travaux de synthèse qui permettront à l’étudiant d’enrichir ses connaissances et d’entreprendre une démarche de recherche en relations internationales. Benjamin Bélair détient une maîtrise et une scolarité de doctorat en philosophie, une maîtrise en science politique, ainsi qu’une maîtrise et une scolarité de doctorat en administration publique. Il enseigne la philosophie au Collège Montmorency depuis 2005. Il est également chercheur à la Chaire du Canada en économie politique internationale et comparée à l’ENAP. Après l’Alcibiade de Platon, le Mythe de Sisyphe de Camus et le Traité du gouvernement civil de Locke, il en est à sa quatrième collaboration avec les éditions CEC. Martin Leblanc détient un doctorat en philosophie de l’Université de Montréal et enseigne la philosophie au Collège Montmorency depuis 2008. Il a auparavant été chargé de cours à l’Université du Québec à TroisRivières, au Collège Rosemont et au Cégep de Saint-Laurent. Ses projets de recherche portent sur la guerre, l’éthique des relations internationales et la philosophie sociale et politique. La version numérique du manuel, qui comprend également toutes les ressources complémentaires du manuel, est offerte gratuitement sur

aux étudiants comme aux professeurs à l’achat du manuel

papier, et ce, pour une durée de 5 ans. Accessible en ligne et hors ligne, elle permettra aux enseignants de projeter, d’annoter et de partager des notes avec les étudiants, qui pourront, eux aussi, annoter leur propre version numérique.

Sylvain St-Jean

Relations internationales  
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