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Eat & Explore / #16

Automne 2019 - Gratuit

Le chef et son jardinier 56 · Good morning apocalypse 64 · Carthagène 106 · Cinécolo 30 · L’île de Jura 36


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DĂŠcouverte


Ours

Journalistes Hélène Rocco est journaliste lifestyle. Amoureuse des voyages, elle est aussi accro à la bonne cuisine et donnerait sa mère pour du fromage de brebis. Marine Normand travaille à la Gaîté Lyrique à Paris mais écrit aussi pour SoFilm, Mint et pour elle, comme toute trentenaire qui se respecte. Elle aime aussi promener son chien, faire la chenille et donner son avis. Raphaële Marchal est plus connue sous le pseudo d’En rang d’oignons. Quand elle ne passe pas son temps à boire et à manger, elle contribue à différents magazines et écrit des livres de cuisine. www.raphaelemarchal.fr Irène Verlaque est journaliste. Elle raconte des histoires dans Télérama, Le Temps, L'Obs, et ailleurs. Entre deux voyages, elle se plait à regarder de vieux films à des heures indues. Jordan Moilim voue un amour inconditionnel à la bouffe. Il est journaliste pour le Très Très Bon et recommande aussi ses restos préférés dans les pages de L’Express Styles. C’est aussi le roi de la pasta et de la sauce qui pique. Anouchka Crocqfer est journaliste stagiaire chez Mint Magazine. Passée dans les colonnes de L’Express Style, du Parisien et de Néon, elle arpente les rues de la capitale à la recherche des nouvelles tendances lifestyle. Julie Gerbet est slasheuse indépendante dans l'univers du manger, tantôt journaliste (Grazia & Paris Worldwide), chroniqueuse (Le Fooding), auteur (plusieurs guides chez Parigramme), cuisinière des fois et surtout podcasteuse (À Poêle).

elle s'échappe de Paris, équipée d'un petit appareil argentique dans la poche. www.margauxgayet.com Tiphaine Caro est architecte. Elle collectionne les vieux appareilsphotos et aime saisir les moments du quotidien à l’argentique. www.tiphainec.com Anne-Claire Héraud est une photo-reporter culinaire engagée qui s'immisce dans le quotidien des protagonistes d'une alimentation durable. Elle leur tire le portrait avec justesse et authenticité. www.anneclaireheraud.com

Paris se quema est un studio créatif fondé par Anaïs et Nicolas en 2014. Tour à tour set designers, photographes, graphistes et scénographes, leur mot d’ordre est d’être des couteaux-suisses. www.paris-se-quema.com

Rédactrice en chef Déborah Pham Direction artistique

Camila Gutierrez est photographe. Colombienne d'origine, new-yorkaise d’adoption, lorsqu’elle ne flâne pas dans les rues de la grosse pomme à la recherche d'inspiration, on la retrouve derrière son objectif pour Vogue US, Harper’s Bazaar, Elle, Madame Figaro... www.camilagutierrezh.com Pierre Lucet-Penato est photographe. Les backstages des défilés et les cuisines des têtes toquées sont ses terrains de jeu favoris. Il travaille avec M Le Magazine ou encore Le Fooding. www.pierrelucetpenato.com

Illustrateurs Carole Barraud est illustratrice et graphiste à Lyon. Elle travaille pour la presse, la communication culturelle et les particuliers. Elle aime retranscrire les idées en images simples et franches, dans la joie et la bonne humeur. www.carolebarraud.com Zoé Lab est designer graphique et illustratrice freelance à Paris. Signe particulier: le noir de son trait qui négocie, à plein, les vides du blanc. Elle cultive un vif intérêt pour la narration courte et la mise en récit de son quotidien et de ce qui l'inspire. www.zoelab.fr

Photographes Margaux Gayet est photographe de mode. Elle aime capturer le vêtement en mouvement et l'intimité des portraits. Pour se ressourcer,

Designers / Stylistes

Mickaël Jourdan est un auteurillustrateur basé à Toulouse. Passionné de littérature jeunesse il partage son temps entre l'illustration et de nouveaux projets de bandes dessinées. www.mickaeljourdan.com

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Noémie Cédille www.noemiecedille.fr Design graphique Agathe Boudin www.agatheboudin.com Mint www.magazine-mint.fr contact@magazine-mint.fr 55ter rue de la Chapelle, 75018 Paris Impression Imprimé en Belgique par SNEL Distribution Dans une ville où les publications gratuites fusent à tout-va sans jamais vraiment savoir où elles atterriront, Le Crieur se propose aujourd’hui de jouer les aiguilleurs.

Publicité Kamate Régie, 01.47.68.59.43 dolivier@kamateregie.com Mentions légales ISSN : en cours. Dépôt légal à parution. Le magazine décline toute responsabilité quant aux sujets et photos qui lui sont envoyés. Les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés pour tous pays. Aucun élément de cette revue ne peut être reproduit ni transmis d’aucune manière ni d’aucun moyen que ce soient, sans l’autorisation écrite des auteurs.


par Déborah Pham

Récemment, je prenais l’apéro chez une amie qui pour me recevoir avait fait l’effort de chercher un vin nature et de partager avec moi une terrine délicieuse. On s’installe autour de la bouteille de Morgon de Jean Foillard et l’on trinque. Le pain sort tout juste de son emballage en plastique, il vient du supermarché. En sortant du four, il est joufflu et légèrement bronzé. Ma réaction de rejet envers ce pain industriel, offert avec plaisir à une table où je n’avais eu rien d’autre à faire que de m’assoir m’a choquée. J’étais devenue snob.

En me promenant sur les réseaux sociaux, je me rends compte de plus en plus du jugement que nous portons sur ceux qui n’achètent pas la bonne baguette, le bon jambon ou le bon vin. Comme à l’école où l’on aurait jugé celui qui n’avait ni le bon cartable, ni le bon stylo.

Dans ces pages, nous nous efforçons de partager le travail d'artisans travaillant dans le respect de la nature, nous contons des histoires et non des modes. Quelque chose d'aussi essentiel que la nourriture ne devrait souffrir d'une interprétation sociale ou morale, la bouffe ne devrait pouvoir diviser la société. Elle est surtout là pour être partagée.

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Édito

Amuse bouche


Sommaire 8

Carnet de tendances

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Brico Déco Le bon goût

30

Cinécolo Découverte

36

200 habitants, 5000 cerfs et une distillerie Rencontre

46

Il Palazzo Experimental, Venise Get a room

52

Se taper un petit jeûne Découverte

56

Le chef et son jardinier Rencontre

64

Good morning apocalypse Découverte

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Sommaire 74

La Daronnade Humeur

80

Family Food : Simone et Matias Tondo Recette

84

La baie des anges Rencontre

94

Némir, un crooner parmi les rappeurs Rencontre

100

Fall in love Mode

106

Carthagène Carthagène — Portfolio

116

Explore : Carthagène Carthagène — City Guide

120

Bonnes adresses

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Mint Magazine

CARNET DE TENDANCES

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Hobbies

Série

Un motard aux airs de métalleux épris d’amour pour la flûte amérindienne, un petit garçon de sept ans embrassant la passion de son père sur les concours de pigeons voyageurs, une future maman découvrant les joies du Pole Dance... Après le papier glacé, c’est sur petit écran que les co-fondateurs de la revue Hobbies, Grégoire Belhoste et Lambert Stroh ont décidé de présenter les passions de huit anonymes à travers une mini série de portraits réalisés par de jeunes auteurs réalisateurs. Leur mission, poser leur regard singulier sur des passe-temps particuliers racontés à hauteur d’homme.

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© Nos Cathédrales, Hobbies

Hobbies — Disponible sur MyCanal


Tendances © Charlotte Perriand sur la chaise longue basculant

Le Monde Nouveau de Charlotte Perriand Expo

En avant-garde toute ! L’architecte designeuse est mise à l’honneur dans le vaisseau amiral de Franck Gehry où s’exposent ses créations follement modernistes. Au total, ce sont près de 400 œuvres qui retracent le parcours de cette féministe avant l’heure. De salle en salle, on découvre une série de mobilier et de reproductions d’intérieur aux côtés d’œuvres signées du Corbusier, de Léger, de Calder, ou encore de Picasso — comme autant de ponts entre ses travaux, ses inspirations et les liens qu’elle entretenait avec les artistes de son temps. Le Monde Nouveau de Charlotte Perriand — Fondation Louis Vuitton, 8 avenue du Mahatma Gandhi, 75016 Paris Jusqu’au 24 février 2020.

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Tendances

Beauty Broth

Beauté

Chaud devant. L’atelier Nubio a trouvé l’allié beauté de cet hiver, le Beauty Broth. Ce bouillon de bienfaits à boire à l’heure du dîner en cure de cinq jours se décline en deux formules. Pour rebooster son système immunitaire, drainer et reminéraliser son organisme, on opte pour le Detox Broth concocté à partir de shiitake, d’algues et de persil. Pour repulper la peau et renforcer ses articulations à l’arrivée du grand froid, on se tourne vers le Bone Broth au poulet, curcuma, gingembre et carotte fort en collagène. Let’s pump it. Atelier Nubio — À commander sur www.ateliernubio.fr, 48€ les 5.

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Tendances

Virgil Abloh x IKEA

Design

Le créateur d’Off White et directeur artistique de Louis Vuitton Homme sort brièvement des podiums pour rejoindre la scène du design en collaboration avec le géant suédois pour lequel il signe Markered, une collection capsule de mobilier et d’objets déco pour laquelle la Joconde se métamorphose en tableau rétro-éclairé et le mythique sac bleu IKEA en sculpture. Autant de créations aux atours minimalistes teintées d’humour dont seule une poignée de chanceux tirés au sort pourront s’emparer du 1er au 6 novembre prochain. MARKERED by Virgil Abloh x IKEA— www.ikea.com

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Tendances


Flora Synthetica

Livre

La photographe Julie Vallon joue les botanistes pour les éditions H2L2 en nous plongeant dans son herbier imaginaire. À coup de greffes, d’assemblages et de collages aussi poétiques que minutieux, les tulipes se parent d’épines tandis que les roses de Noël se mettent à fleurir sur des branches de bambou. Rosa Laponia, Tulipe Spinoza, Hortensia Gloriosa… Page après page, toutes ces fleurs, répondant à de jolis noms savants, s’hybrident comme soumises aux règles d’une toute autre dame nature. Flora Synthetica — www.editionsh2l2.com

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Tendances

Plaq Le « Bean to Bar » débarque à Paris avec Plaq, la première manufacture de chocolat emmenée par deux orf èves du cacao, Sandra et Nicolas. Ici, le concept est simple ; tout est fait maison. Et ce, de la cuisson des fèves provenant d’Amérique Latine — où ils ont été formés — aux créations gourmandes proposées en boutique. Pur, aux noisettes du piémont, au lait de vache ou de brebis, la famille de ces tablettes joliment emballées s’agrandit avec ses chocolats « à côté de la plaq ». Pâtes à tartiner, rochers, truffes, boissons chaudes et pâtisseries sont à déguster sur place ou à emporter. Flans, cookies, moelleux, ou encore petits pots de crème… on ne sait plus où donner de la tête. Plaq, Manufacture de chocolat — 4 rue du Nil, Paris 75002

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Tendances

Maisons, architectures d’exception Livre

Qui n’a jamais rêvé de passer une nuit dans les bras de Morphée, perché sur les hauteurs d’une villa signée Mies Van der Rohe, Le Corbusier ou encore Marcel Breuer ? Si quelques-uns de ces chefs-d’œuvres architecturaux sont désormais disponibles à la location pour de courts séjours à l’image du Palais Bulle de Pierre Cardin, il est aussi possible d’accéder aux secrets de leur construction en feuilletant les 400 pages de l’ouvrage « Maisons, architectures d’exceptions » aux éditions Phaidon, et ce sans avoir à bouger de son canapé. Maisons, architectures d’exception — éd. Phaidon — Prix : 49,95 €,

© Villa Ronconi

www.phaidon.com

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Tendances


Tendances

LRNCE x Bellerose

Mode

Après nos assiettes, ce sont nos dressings que l’on met au vert avec la collection capsule de t-shirts née de l’union entre la marque de déco belgo-marocaine LRNCE et l’enseigne de mode durable et éthique Bellerose. Aussi beau que des tableaux, chaque modèle arbore de fines esquisses brodées rappelant l’univers ensoleillé et graphique de la créatrice Laurence Leenaert. Et parce qu’on n’en a jamais assez, une série de bougies en terre cuite façonnées et peintes à la main par des artisans locaux d’Afrique du Nord vient compléter l’ensemble. LRNCE x Bellerose — Prix: 29 € la bougie, 89 € le t-shirt. Disponible en boutique et sur www.bellerose.be.

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Tendances

Roos and Roos

Beauté

Il y a des duos qui résonnent comme une évidence. Ici, il s’agit d’une mère — Chantal — et de sa fille, Alexandra. La première a marqué l’histoire de la parfumerie, on lui doit les plus grands. Opium et Kouros d’Yves Saint Laurent, L’Eau d’Issey Miyake ou encore le Mâle de Jean-Paul Gaultier. La seconde, guitariste, chanteuse et compositrice a été mise au parfum dès sa plus tendre enfance. Après avoir créé ensemble Roos and Roos, leur marque de jus précieux, elles lancent avec leur tout nouvel e-shop des coffrets découverte, comme une invitation à humer l’air du temps. Petit détail qui n’est pas des moindres, 10 % du prix sont reversés à la Fondation des Femmes. Roos and Roos — À partir de 15 € - www.roosandroos.fr

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Tendances

La vie Moderne au MAM

Expo

Après s’être offert une cure de jouvence, le Musée d’Art Moderne de Paris ouvre à nouveau ses portes. L’occasion de (re)découvrir un siècle d’art à travers plus de 500 œuvres majeures, du fauvisme au cubisme en passant par l’abstraction et les nouveaux courants d’après guerre. Des Rythmes des Delaunay au Déjeuner sur l’herbe pixelisé par le peintre Alain Jacquet, on déambule de salle en salle où s’exposent également, jusqu’en mars prochain, les toiles abstraites du peintre Hans Hartung ainsi que la collection Lafayette Anticipations. On s’y rend d’art d’art ! Musée d’Art Moderne de Paris — 11 avenue du président Wilson,

© ADAGP, Paris 2019

75016 Paris

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Le bon goรปt

Chapeau Rains


Sélection & photographie & Set design : Paris se quema

Déco 23

Le Bon Goût

Brico


Bijoux In Gold We Trust


Le bon goรปt Basket Pierre Hardy


Le bon goût

Huile végétale et après-shampooing Typology


Sac Battenwear chez The Conran shop


Sac Mlouye / Boucles d’oreilles Après Ski chez The Conran shop


Le bon goรปt Basket Pierre Hardy


Mint Magazine

EAT & EXPLORE

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Découverte

Cinécolo Texte : Irène Verlaque Illustration : Mickaël Jourdan

Se faire conduire sur un plateau en voiture électrique, imposer des toilettes sèches ou faire des déclarations publiques en faveur du climat sont des initiatives louables. Mais de là à dire que le cinéma est éco-friendly... Pour qu'opère la magie du cinéma, on lésine rarement sur les moyens, même s'il s'agit d'exploser pour trente millions d'euros de voitures sur le tournage d'un 007, ou de réduire en fumée une parcelle de forêt tropicale — en ajoutant quelques pneus, afin de rendre le brasier plus spectaculaire — comme Coppola en son temps pour l'ouverture d'Apocalypse Now. Il y a aussi ces somptueux décors, qui finissent à la déchetterie. Et lorsqu'il faut tourner une scène en plein désert, pour servir le récit, c'est souvent toute une équipe qui se déplace en avion... Ces partis pris artistiques en collent plein les mirettes aux spectateurs, mais laissent une sacrée empreinte sur la planète. De l'écriture d'un film au déplacement en salle des spectateurs, on estime que l'industrie cinématographique, rien qu'en France, émet 1,1 millions de tonnes de CO2 chaque année. Soit 410 000 allers-retours Paris/New York. À cela s'ajoute une quantité astronomique de déchets inhérents aux tournages : bouteilles d'eau, capsules et gobelets de café... Le cinéma pollue, et pourtant, à l'exception de quelques acteurs engagés publiquement, et d'une poignée d'irréductibles écolos, le milieu ne s'en émeut guère. Or, si la majorité de « la grande famille du cinéma » l'ignore, il est possible de rendre un tournage plus éthique. À l'image de nos voisins d'Amérique (qui ont une belle longueur d'avance), l'Hexagone commence à s'y mettre doucement. 33


Découverte

Engagée par ET BIM production, Pauline Gil fait de la sensibilisation auprès des équipes, et veille à ce que les alternatives éco-responsables, validées par les chefs de poste en préproduction soient respectées sur le tournage.

d'un genre nouveau. Engagée par ET BIM Production, elle fait de la sensibilisation auprès des équipes, et veille à ce que les alternatives éco-responsables validées par les chefs de poste en préproduction soient respectées sur le tournage. « Pour le moment, la majorité des gens sont très contents et motivés ». La costumière, par exemple, a mis un point d'honneur à acheter le moins de vêtements neufs possible. « J'ai juste dû aller en boutique pour trouver les gilets rouges des caissiers : on ne peut pas montrer à l'écran ceux des enseignes existantes. » L'éco-manageuse s'engouffre alors dans une loge, où une maquilleuse agite avec un sourire les petits disques à démaquiller en tissu beige, lavables et réutilisables. Devant les miroirs s'alignent fards à joue et rouges à lèvres. Bio, évidemment. « Il paraît que Marion Cotillard ne veut que le maquillage bio Dr Hauschka et le fait écrire dans ses contrats ! » souffle Pauline avec son joyeux accent toulousain.

L'Effondrement Il fait frisquet pour un dimanche matin d'avril, mais Pauline Gil s'en accommode. La jeune femme blonde s'active depuis quelques heures déjà lorsqu'elle nous accueille sur le parking presque désert de l'hypermarché de Courcellesur-Yvette, où une poignée de personnes finissent leur café-clope. Pauline se dirige d'un pas vif à l'arrière du magasin, en enjambant les mètres de câbles électriques qui courent le long des couloirs. « D'ici quarante minutes, on va tourner la scène de la petite émeute », précise-t-elle en passant devant la salle où les figurants reçoivent un dernier briefing. Nous sommes sur le tournage du premier épisode de L'Effondrement, une série sur la périclitation de notre société thermo-industrielle réalisée par Les Parasites (Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard, et Bastien Ughetto), diffusée sur Canal + Décalé à l'automne. Pauline y participe côté coulisse en tant qu'éco-manageuse, un poste 34


Découverte

Nous déboulons ensuite au milieu du supermarché, dont les rayons à moitié vidés (pour cette scène de crise où les habitants font des réserves en vue de l'effondrement) sont éclairés par 23 kg de lumière en LED. « Normalement, il aurait fallu plus de 300 kg de lumière traditionnelle » lance Andrea Vistoli, coproducteur de la série. « On ne pouvait pas produire cette série sans avoir une démarche qui contrebalance son côté anxiogène, sans porter de message optimiste. » Ils ont donc organisé un tournage éthique, d'un point de vue écologique et humain (l'équipe est paritaire).

le régime sans viande ne fait pas l'unanimité : « Il y a déjà eu de la contrebande de saucisson hier » dit-elle en riant. Elle a parfois l'impression de faire un peu la police, notamment lorsqu'elle vérifie que les déchets ont bien été triés (ils seront ensuite valorisés, à l'instar des mégots recyclés en tables), mais elle garde le sourire. Pauline Gil a seulement 22 ans, et comme beaucoup de personnes de sa génération, elle prend l'avenir de sa planète très à cœur.

La naissance des green angels à la française

« L'enjeu principal, c'est de décaler les réflexes qu'on a depuis que le cinema existe, sans altérer la qualité de la fiction. On essaie par exemple de supprimer le Gaffer, ce scotch noir qu'on utilise à tord et à travers alors que c'est amas de pétrole dégueulasse. » Pour identifier une caisse, ils ont donc des étiquettes en bois pyrogravées, au lieu d'une feuille scotchée. « Ce n'est pas très rentable, certes, mais on ne peut pas trouver toutes les bonnes solutions du premier coup », relativise le trentenaire. « On est plus heureux en travaillant comme ça parce que ça nous reconnecte à des valeurs plus humaines. Et puis, tu te sens plus puissant, c'est très valorisant d'être autonome. »

En parallèle du tournage, cette étudiante en cinéma fait un service civique au CNC, et plus précisément chez Ecoprod. Fondé il y a dix ans, cet organisme formé entre autre par le CNC, Audiens, France Télévision, TF1, Canal + et Vivaldi, sensibilise ses partenaires et fournit une boite à outils pour des productions audiovisuelles plus légères pour l'environnement. Il a lancé Carbon Clap, une application gratuite qui permet d'évaluer les émissions de CO2 des tournages, ainsi qu'un guide pratique et des signalétiques à imprimer. Il y a dix ans, cette initiative faisait sourire les gens du milieu. Désormais, ils sont de plus en plus nombreux à solliciter Ecoprod pour trouver des prestataires respectueux de l'environnement. Et les demandes devraient se multiplier lorsque seront mises en place des aides financières, comme en Belgique (actuellement, seule la région Île-de-France soutient les productions vertes). Ecoprod reste toutefois un collectif de bénévoles qui n'est pas en mesure de fournir une aide personnifiée.

C'est probablement sur la table régie que le travail de Pauline est le plus frappant. Exit Snickers, chips, et autres gourmandises en sachets, ici trônent des bocaux de gâteaux et de fruits secs bio achetés en vrac. Les palanquées de bouteilles d'eau qui finissent leurs jours à moitié bues au fond d'une poubelle ont, elles aussi, été remplacées par des gourdes et gobelets réutilisables au nom des membres de l'équipe. Il y a une machine à café à grain pour éviter les capsules. « On a opté pour une cantine végétarienne, locale et de saison » précise la jeune femme qui reconnaît que si tout le monde fait preuve de bonne volonté,

Les plus motivés se tournent alors vers les rares sociétés privées que compte l'Hexagone qui proposent un audit pour déterminer les points d'optimisation, puis un accompagnement 35


Découverte

tout au long du tournage. Secoya, l'une d'elles, a été créée en 2018 par Mathieu Delahousse et Charles Gachet-Dieuzeide, deux anciens régisseurs engagés qui en avaient marre de ne pas pouvoir faire bouger les choses depuis leur poste. « Je suis parti vivre à Los Angeles, et j'ai découvert l'eco-management à travers Eco Set et Earth Angel [d'importants consultants en production audiovisuelle éthique, ndlr]. Les Américains sont à fond dans le green. Ils ont des budgets bien plus conséquents que nous sur ces questions. Et il y a une vraie philanthropie environnementale », expose Charles GachetDieuzeide. Conscients que l'impulsion doit venir du décideur financier, ils proposent donc leurs services aux producteurs. À peine un an après leur lancement, ils reçoivent déjà plusieurs demandes par semaine. « C’est un peu compliqué à gérer, mais on est ravis », confie l’entrepreneur, avant d’énumérer ses prestigieux clients, tels que Louis Vuitton, L’Oréal ou Zara, dont ils verdissent les publicités. « En terme d'image, c'est très bien pour les marques. Tout le monde est gagnant. » Côté fiction, ils travaillent notamment sur Le Baron Noir, la série politique de Canal + avec Anna Mouglalis et Kad Merad, produite par Kwaï, et avec Bonne Pioche production sur Poly, le prochain long de Nicolas Vanier. « Un tournage éco-responsable ne se résume pas à avoir une gourde.

Ça demande un peu de temps, et d'argent [2 000 euros la semaine d'accompagnement sur long-métrage, ndlr] mais les producteurs les plus engagés, comme Haut et Court, s'y conforment parce qu'ils savent que c'est nécessaire », affirme Charles Gachet-Dieuzeide. Pour Andrea Vistoli, le co-producteur de L'Effondrement, le tournage éthique implique une surcharge de travail d'environ 10%, que chacun accueille à bras ouverts : « Autant s'y mettre maintenant, parce que dans dix ans, ce sera obligatoire. Le cinéma est en train de prendre un vrai tournant vert et responsable, et il faut aller à toute vitesse vers les changements de mentalité et de comportements. »

L'urgence de la prise de conscience Ces dernières années, la possibilité d'un effondrement de la civilisation industrielle, causée par notre surconsommation de ressources, notre pollution et la crise climatique, est passée du stade de scénario de film catastrophe à une réalité plausible. Les fondateurs de Secoya comme les producteurs de L'Effondrement font partie de cette génération qui a pris conscience de l'urgence, notamment en lisant les textes de Pablo Servigne, Raphaël Stevens, ou Cyril Dion. L'actrice et réalisatrice Audrey Dana, ambassadrice Ecoprod « tous crocs 36


Découverte

Un tournage éco-responsable ne se résume pas à avoir une gourde.

dehors », est de la même paroisse. Elle aussi est affolée par l’absence de prise de conscience de son milieu. « On est une des industries les plus polluantes, il faut absolument que ça change, et je suis sidérée que ce soit si difficile. C'est dingue comme être écologique est intelligent, on y gagne dans tous les sens. » Cet été débutait le tournage de son troisième long-métrage, Hommes au bord de la crise de nerf. Elle a tout de suite annoncé la couleur à ses chefs de poste : son film sera le plus vert possible. « Tout le monde est content d'avoir l'occasion de faire un effort, mais il faut que ce soit imposé. J'ai donné la liste de ce que je voulais voir sur la table régie, en refusant catégoriquement les produits Monsanto. Il est hors de question que ne serait-ce qu'un centime que j'ai réussi à lever pour ce film aille dans quelque chose qui fait du mal à la terre, » s'exclame Audrey Dana. Sur son tournage, c'est elle qui endosse la veste d'éco-manageuse. Afin d'éviter le gaspillage, elle a mis en place un « veggie day » et demandé à ses équipes de fixer à l'avance les jours où l'on mangerait de la viande ou du poisson. Une initiative plutôt simple, qu'elle a proposée sur chaque tournage où elle a été actrice cette année. « Il suffit d'un mail du réalisateur. Mais pas un ne l'a fait. C'est comme si les gens ne comprenaient pas l'urgence de la situation, » résume-t-elle, un tantinet exaspérée. Comme le coproducteur de L'Effondrement

selon lequel « ceux qui ne sont pas à 100%, ce sont les plus de 40 ans », Audrey Dana constate un décalage générationnel. « Un réalisateur qui est notre père à tous me l'a dit, sa génération a vécu des choses tellement intenses qu'en comparaison la question climatique, qui est un danger sourd chez nous, n'est pas une priorité. » Et puis il y a un déni, très fort... Six mois après ce rendez-vous à l'hypermarché de Courcelles-sur-Yvette, le tournage éthique de L'Effondrement est terminé. Tout s'est bien passé, Pauline Gil est ravie. « Certains m'ont dit que depuis le tournage, ils faisaient aussi attention chez eux. C'est le genre de réactions que j'espérais obtenir, c'est très encourageant. » Elle projette de réaliser un making-of de ce tournage éco-produit, pour palier le manque d'exemple concret en vidéo. Comme Audrey, Andrea, Charles et les autres, elle essaie d'être fidèle à ses convictions écologiques dans sa vie de tous les jours, et qui plus est sur son lieu de travail. Espérons que la « grande famille du cinéma » ne tarde pas trop à leur emboîter le pas.

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Rencontre


Texte : Déborah Pham Photos : Vincent Nageotte

L’île de Jura se mérite. Il faut prendre la route depuis l’aéroport puis prendre un bateau depuis le village de Tayvallich. Sandy conduit le bateau et précise que l’eau est fraîche, une douzaine de degrés seulement. Il commente : « In, a man, out a mouse ». Son grand-père qui était berger est né sur l’Île de Jura. Ce métier n’était alors pas une sinécure, il fallait conduire les moutons d’un territoire à l’autre en prenant le canal et ce jusqu’à Glasgow. Certaines îles n’abritent d’ailleurs que des moutons, un vieux phare inhabité ou une vieille croix en pierre. Au loin, l’île merveilleuse et ses nuances de vert. Bienvenue à Jura. 39

Découverte

200 habitants, 5000 cerfs et une distillerie


Découverte

Sandy nous montre un bateau rouge à la coque usée : « C’est un pêcheur de St-Jacques, il pêche ces coquillages à la main pour ne pas abîmer les fonds marins. Il a 77 ans. » Notre marin nous laisse entre les mains d’Alex qui connaît l’île comme sa poche et file tout droit vers le pub pour s’offrir une bière. Ici, tout le monde a une histoire à raconter sur l’habitant le plus fameux qui ait vécu sur l’île : George Orwell. C’est dans la ferme de Barnhill que l’auteur acheva l’écriture de son roman dystopique 1984. La famille qui a racheté sa maison depuis plus de cent ans est souvent contrainte de repousser les marcheurs curieux de découvrir la demeure : « Ils déjeunaient tranquillement et un couple de randonneurs sont entrés chez eux, pensant que c’était une sorte de musée, ils prirent le chemin pour se rendre à l’étage comme s’il s’agissait d’un gîte ! »

Il faut savoir contempler le temps qui passe sur cette île. (...) Il s'appuie de tout son poids sur le toit des maisons, la végétation sort de terre et s'entortille de long du pied d'un banc, devant l'église.

La distillerie de whisky est le coeur battant des habitants de Jura. Cette dernière a été fondée en 1810 puis a disparu en 1901 avant de renaître en 1963 grâce à la volonté des habitants. Elle représente une source d’emploi et de curiosité pour de nombreux habitants puisqu’elle attire près de 8000 touristes chaque année. Il faut savoir contempler le temps qui passe sur cette île, et c’est sans doute l’ingrédient essentiel à la réalisation des Single Malt. Le temps s’appuie de tout son poids sur le toit des maisons, la végétation sort de terre et s’entortille le long du pied d’un banc, devant l’église. C’est là que se trouve une bible poussiéreuse rédigée en gaélique en 1826 dans une bibliothèque mise à disposition des villageois. À quelques mètres d’une étagère où « Religion for dummies » fait du coude à 50 shades of Grey. 40


41 DĂŠcouverte


42


Découverte

Certains villageois n'ont pas à se déplacer bien loin pour rejoindre leur lieu de travail, il leur suffit de traverser la rue pour se retrouver dans l'enceinte de la distillerie de whisky.

La nuit tombe tôt sur l’île, vers 16h le ciel commence déjà à s’assombrir. Ici, il n’y a qu’une route et elle mène au pub. Des chiens se dandinent aux pieds de leurs maîtres, ils sortent de la mer, ce sont les seuls à apprécier une baignade en cette saison. Les pintes de bière défilent sur le bar en bois. Il est temps de commander la boisson de circonstance, un Irish coffee. Un cocktail douillet inventé pour se réchauffer : il faut dire que la crème tient au corps. Alex se tient debout au bar et nous rapporte une anecdote bien sentie. Un docteur installé depuis peu sur l’île venait de vivre une expérience troublante… Alors que ce dernier s’asseyait au bar, tremblant et manifestement choqué, il conta sa mésaventure : « Il s’était couché dans son lit pour lire un peu et sentit comme une présence. Il jeta un œil par-dessus son livre et remarqua une jeune fille assise au bout de son lit. Cette dernière portait des vêtements ruisselants datant de l’époque Victorienne et se déplaçait à reculons, » raconte Alex. Selon lui, il n’y avait aucune raison pour que ce médecin ait été au courant de l’histoire de sa maison mais autrefois, une famille vivait ici. La jeune fille rentrait du bal en pleine nuit sous une pluie battante accompagnée

du jeune homme qui la courtisait, en traversant la rivière, elle tomba à l’eau. Le jeune homme terrifié prit la fuite. La chambre du Jura Hotel a vue sur la mer. Le lodge a été décoré par la designer Bambi Sloan. En s’étirant dans les draps blancs de son lit le matin, on aperçoit les petits bateaux tanguer au loin. Dans le salon à l’étage, des bois de cerf sont déposés sur les tables, aux murs… D’ailleurs on appelle aussi Jura l’île aux cerfs parce qu’il y en aurait près de 5000, pour 200 habitants. On traverse le chemin du jardin qui mène au pub avant de commander un Full Irish Breakfast, certainement le meilleur petit-déjeuner au monde quand le vent souffle aussi fort. Composé d’œufs au plat, de bacon, de champignons poêlés, de boudin et de haricots, c’est à se demander comment les marins trouvent la force de se lever de leur chaise pour aller ferrer du saumon. Remarquez, certains villageois n’ont pas à se déplacer bien loin pour rejoindre leur lieu de travail, il leur suffit de traverser la rue pour se retrouver dans l’enceinte de la distillerie de whisky.

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Rencontre


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Découverte

Nous nous dirigeons vers la côte et Sandy nous montre des cerfs couchés en file indienne profitant de quelques rayons de soleil fugace. Retour dans le van de Sandy. Des petites flasques de whisky se passent de main en main, il y a un peu de route et certains préfèreraient faire durer la dégustation. Quelqu’un propose une gorgée au chauffeur qui, raisonnablement refuse : « Je ne bois jamais en conduisant parce que j’en verse toujours partout en manipulant le volant ! » Nous nous dirigeons vers la côte et Sandy nous montre des cerfs couchés en file indienne, profitant de quelques rayons de soleil fugace. Au loin, des phoques se font aussi dorer la pilule sur les récifs rocailleux. Une petite roulotte plantée au milieu d’un pré nous invite à nous servir une tasse de thé ou de café et surtout de goûter au flapjacks et autres cakes au thé : « Les enfants les préparent le matin et les mettent à disposition avant d’aller à l’école. Les gens sont invités à laisser un peu de sous, la cagnotte sert à organiser des excursions pendant les vacances ! » Loin de tout, la beauté magnétique et le charme de l’île opèrent instantanément : « Quand je suis arrivé ici la première fois, j’ai eu l’impression d’être chez moi, alors que je venais de débarquer. Je me suis installé au pub pensant boire des pintes tout seul mais pas du tout. Et je n’ai jamais eu envie de partir, j’ai tout de suite aimé ce sentiment de communauté. Il n’est pas rare que j’aille frapper chez le vieil Archie pour prendre de ses nouvelles. C’est ce que nous faisons ici, nous essayons de prendre soin les uns des autres. Il y a tout ce qu’il faut ici. 200 habitants, 5000 cerfs et une distillerie ! Que demander de plus ? »

La distillerie a vu le jour en 1810 avant de disparaître en 1901. Elle a été reconstruite en 1963 grâce à la ténacité des habitants, nombreux à y travailler. Des touristes viennent de toute l’Europe pour découvrir cette petite distillerie qui réussit à produire 2,4 millions de litres de whisky par an, acheminés par l’unique route tournée vers le reste du monde. La visite se fait aux côtés du maître distillateur Graham Logan qui travaille ici depuis 1991, l’époque où l’entreprise prenait un tournant décisif en choisissant de produire davantage de Single Malt, plus qualitatif. Le pub est certainement le seul bar au monde où vous trouverez une telle variété de cuvées. Certains batchs sont vieillis dans des fûts de bourbon ou de sherry : on nous explique que plus l’alcool passera du temps dans son tonneau et plus le whisky révèlera sa douceur et ses arômes. Le monde du whisky est un monde qui peut se montrer austère, essentiellement composé de connaisseurs (masculin, pluriel), toutefois Graham nous encourage à dire tout ce qui nous passe par la tête et à boire l’eau-de-vie comme il nous convient : « Il n’y a pas de mauvaise manière de boire un whisky, certains l’aiment on the rocks et je l’aime avec de l’eau, à température. » 46


47 Rencontre


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Venise, Italie Texte : Anouchka Crocqfer

Depuis le ponton, difficile d’imaginer ce qu’il se cache derrière la façade en pierres de style gothique. Et pourtant, ce palazzo vénitien de la Renaissance caressé par les eaux du Canale Della Giudecca est un voyage à lui seul. Après avoir trempé les lèvres dans l’un des cocktails signatures offert à l’arrivée, on est tout de suite happé par la noblesse des volumes et la beauté des matériaux sélectionnés avec soin par la décoratrice de l’équipe très frenchie de l’Experimental Group, Dorothée Meilichzon. Profusion de marbre, terrazzo au sol, aluminium brossé sur les appliques, tête de lit en bois sculpté et marqueteries… Tout ici vient rappeler le charme de la Venise d’antan et l’excellence des savoir-faire locaux en gardant toutefois une patte contemporaine. Quelques pièces iconiques du groupe Memphis exposées ça et là dans l’hôtel viennent réveiller la palette de tons pastel qui habillent ses 32 chambres et suites. C’est d’ailleurs à l’un des chefs de fil du mouvement — l’architecte vénitien Carlo Scarpa — que la designeuse milanaise Cristina Celestino a rendu hommage en s’emparant de la décoration du bar à cocktail où dominent la délicatesse du velours et l’éclat du laiton dans un esprit speakeasy. 49

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Il palazzo Experimental


Relax Se (re)plonger dans le Guépard de Visconti tout en se délassant dans un bain aux cristaux marins face à une vue imprenable sur l’île de Giudecca, ne serait-ce pas cela la dolce vita ? Look On profite de la situation géographique de l’hôtel situé non loin du Grand Canal pour flâner dans la Collection Guggenheim du nom de Peggy, celle qui fut l’une des mécènes et collectionneuses les plus avant-gardistes de son temps. De Picasso à Magritte en passant par Dali et Kandisky, on révise ses classiques allègrement au fil des galeries du Palazzo Venier dei Leoni avant de faire un saut à la Galleria dell’Academia où s’exposent trésors et chefsd’œuvres de la Vénitie datant du XIVe au XVIIIe siècle.

Eat

Drink

Pas d’impasse sur le petit-déjeuner, encore moins lorsque celui-ci est offert. Direction le rooftop pour contempler les dômes et les toits d’ardoise de la Sérénissime qui s’anime au passage des gondoliers - tout en croquant dans son croissant. À l’heure du dîner, on se laisse tenter par la table de l’hôtel avec les agnolotti, des petites ravioles maison farcies à la ricotta, aux cèpes et au citron avant de succomber à l’appel du gourmand tiramisù.

Si le Spritz nous vient directement à l’esprit lorsque l’on évoque la Vénétie, il serait dommage de passer à côté des créations de l’Experimental Cocktail Club. Si vous aimez les bulles, mention spéciale pour l’Arcipelago. Un doux breuvage concocté à partir de prosecco, de sirop de melon et de jus de citron, le tout relevé d’une pointe de sumac à déguster dans le jardin secret attenant loin des rumeurs de la ville.

Chambres à partir de 184 € 1412 Fondamenta Zattere Al Ponte Lungo, Venise, Italie www.palazzoexperimental.com

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Découvrir

Venise Eat

Il Paradiso Perduto

© Osteria Anice Stellato

Sa terrasse ne désemplit pas, et ce à juste titre. Ici, tout est local, savoureux et typiquement vénitien. Les plateaux de fruits de mer y sont gargantuesques, les pâtes alla parmigiana à se damner. Optez pour les caccio e pepe, le chef viendra les mélanger devant vous comme le veut la tradition. Fondamenta della Misericordia Cannaregio 2540, Venise

Osteria Anice Stellato Une carte aux couleurs de l’Italie créative et pleine de surprises à l’instar de ses Saint-Jacques revisitées aux éclats de fèves de cacao, le tout arrosé de vin naturel et biologique. Fondamenta Rio della Sensa 1 Cannaregio 3272, Venise

Trattoria Dai Tosi Située à deux pas du Giardina et de l’Arsenal, voilà l’escale idéale de la biennale de Venise. Quelques tables disposées dans une ruelle traversée par les linges suspendus où sont proposés pizzas, pâtes et ravioli bien servis. Ici pas de chichi, ambiance méditerranéenne garantie. Calle Seco Marina, 738, Venise

Oseria Anice Stellato

La Zucca De loin le meilleur restaurant de la cité des Doges. Petit par sa taille certes, mais grandiose en saveurs, on craque pour son flan di zucca, spécialité pâtissière de la maison au potiron qui saura ravir les becs sucrés. Santa Croce 1762, Venise

Delicacies

La serra dei giardini Après avoir arpenté les ruelles de la ville, une pause douceur s’impose. Cette serre verdoyante datant de 1894 fait office de salon thé. On y trouve de délicieux cappuccinos accompagnés de quelques biscotti avant de repartir avec 51

une plante sous le bras si le cœur nous en dit.

Via Giuseppe Garibaldi 1254, Venise

Gelataria Alaska Ça se bouscule au portillon de cette gelateria où la créativité des parfums ne concèdent rien à la qualité de ses petits pots à prix doux. Curcuma, basilic, carotte, céleri ou encore orange et roquette... Il y a bien là de quoi s’offrir sa portion quotidienne de cinq fruits et légumes par jour. De notre côté, on fond pour l’onctuosité de la Gianduia Bacio au chocolat et aux éclats de noisettes. Calle Larga dei Bari 1159 Santa Croce, Venise


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Drink

Vino Vero Toujours festif à l’heure de l’apéro, ce bar offre une belle carte des vins ainsi qu’une kyrielle de ciccheti vénitiens, ces petits toasts gourmands qui sont à la cuisine vénitienne ce que sont les tapas à la cuisine espagnole. Un régal ! Fondamenta Misericordia 2497, Venise

Harry’s bar Selon la légende, l’invention du carpaccio et du cocktail Bellini reviendrait à Giuseppe Cipriani, simple barman qui officiait en ce lieu dans les années 1930 avant qu’il ne devienne une institution où se sont succédés Hemingway, Orson Welles,

Truman Capote et la fameuse Peggy Guggenheim. Calle Vallaresso 1323, Venise

Shop

L’atelier de Nason Moretti Si les ateliers de ce verrier né sur l’île de Murano en 1926 n’ouvrent pas leurs portes au public, les créations aux couleurs chamarrées et réalisées à la main par ses maîtres verriers sont à découvrir dans les nombreuses boutiques du Rio dei Vitrai, littéralement le canal des verriers. Calle Dietro GLi Orti 12, Venise

Designs 188 Un petit atelier de bijoux porté par trois créateurs vénitiens passionnés

de joaillerie, puisant leur inspiration dans les savoir-faire de la Vénétie. On y retrouve aussi bien des bagues serties de pierres semi-précieuses que des bracelets entièrement confectionnés à la main à partir de verre de Murano. Dorsoduro 167, Venise

Edmond Ce concept-store niché dans le Palais Contarini Polignac recèle d’autant de trésors d’un autre temps que de pièces contemporaines signées d’artistes locaux trônant aux côtés d’ouvrages dédiés à la ville. Chaussons vénitiens, vaisselle, linge de maison, vêtements… Même en y entrant par simple curiosité, on en ressort rarement les mains vides. Dorsoduro 872, Venise

See

Punta della dogana Passage obligé des férus d’art contemporain, la petite soeur de la future collection Pinault à la bourse du Commerce de Paris — également réhabilitée par l’architecte japonais Tadao Ando — fête cette année ses dix ans. L’occasion de s’offrir une visite à la pointe de la création. Le plus : chaque entrée est jumelée avec le Palazzo Grassi. Dorsoduro, 2 Venise

Ca’Pesaro Musée d’Art moderne Ce somptueux palais baroque du XVIIIe siècle accueille non pas une, mais deux institutions culturelles majeures de la ville. Le musée d’art moderne prend ses quartiers au rez-de-chaussée tandis que l’étage supérieur

Vino Vero

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Get a room Punta della dogana

accueille celui de l’art oriental. De quoi en prendre plein les yeux. Santa Croce 2076, Venise

San Lazzaro degli Armeni Cap sur l’Est pour découvrir cette petite île au large du Lido où se dresse fièrement un monastère érigé au XVIIIe siècle par l’abbé Mekhitar, aidé de plusieurs moines arméniens fuyant la persécution turque à Istanbul. L’ancienne bibliothèque renferme de précieux manuscrits, certains datant de l’époque des premières impressions.

Isola Di San Lazzaro 30126, Venise

Le showroom Olivetti

→ Y aller — Vols directs pour Venise

Véritable institution, cet établissement entièrement rénové à la fin des années 1950 par l’architecte phare Carlo Scarpa vaut le détour pour une visite hors des sentiers battus à deux pas de la place Saint-Marc.

au départ de Paris à partir de 66 €

Piazza San Marco 101, Venise

Terrasse Fondaco dei Tedeschi On prend de la hauteur sur ce rooftop perché au dessus d’un grand magasin de luxe offrant une vue saisissante sur le Grand Canal et le Rialto. Rialto Bridge 30124, Venise

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Trains de nuit au départ de Paris à partir de 130 €


Texte : Raphaële Marchal Illustration : Zoé Lab


Humeur

Se taper un petit jeûne Menu gastronomique pour ventre vide

MISE EN BOUCHE « Mais quand vous dites qu’on ne mange pas pendant une semaine, vous voulez dire… » Voilà. J’avais accepté l’aventure, sans trop savoir en quoi elle consistait. Au fond, je m’étais toujours dit, « Ils disent jeûne, mais il doit y avoir de la soupe, des fruits, voire un morceau de gigot… » mais non. De l’eau. Ah non pardon, de la tisane et de l’eau. Et le soir, un bouillon… Encore de l’eau. Bref, rien à becter.

POTAGE Avant d’arriver dans le Vercors, à Plan-de-Baix — un coin sublime regorgeant de randonnées belles à pleurer des larmes d’infusion de fenouil -, j’ai fait la rencontre d’une dame un peu aigrie et franchement bornée, j’ai nommé la descente alimentaire. Cinq jours avant, j’ai du arrêter l’alcool, le thé, le café, le sucre, la viande et le poisson. Quatre jours avant, les légumineuses, les œufs, le lactose. Trois jours avant, je préfère vous dire ce qu’il me reste, l’inverse est aussi triste qu’un plat de carbo sans pancetta : des fruits et des légumes. À volonté.

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Hmeur

HORS D’ŒUVRE Arrivée sur place, je découvre tout ce qui va remplacer les quatre repas (oui, j’ai compté le goûter) : des bols d’air Jacquier — sorte de concentré de 5 heures de balade en forêt en 30 secondes, à inhaler très fort —, les lotas, minis arrosoirs remplis d’eau chaude salée à faire passer d’une narine à l’autre, les éveils musculaires proches d’une séance de yoga, et les irrigations du côlon… Sur ce point, on se passe d’explications. Il y a aussi des massages ayurvédiques, des randonnées tous les matins, en clair autant d’activités qui vous font oublier (ou presque) que pendant une semaine tout du long, il n’y aura pas un seul gueuleton. J’ai déjà mal à mon jeûne. Le soir, tour de table, ou plutôt tour d’états d’âmes : « J’ai faim », « J’ai pas dormi de la nuit », « Je trouve les randos super difficiles », « J’ai plus de force », et ma préférée « J’ai rien mangé depuis 4 jours et j’ai pris un kilo », phénomène rare mais véritable.

PLAT DE RÉSISTANCE La vérité, c’est que les 3 premiers jours sont les plus difficiles. Le corps n’est pas dupe. Je le sens bien, le matin, qu’il me manque un petit déjeuner, et puis pendant les randonnées, que je ne fais pas de pause pour un morceau de fromage, et ils sont longs, les après-midi, sans midi, justement, et c’est sans parler du soir ! Et puis en même temps, on se découvre une force qu’on s’ignorait, et qui rassure. « C’est dur, mais pas tant que ça, puisque j’y arrive, » je m’étais dit un soir en me couchant, en rêvant d’un œuf à la coque. À partir du quatrième jour, miracle, tout le monde se sent éveillé, revigoré, en pleine santé, sans faim ni trouble, moi comprise. Je dois dire que ça, vraiment, je n’y croyais pas. Je me sens apaisée, légère, inspirée, alerte… alignée. Mais l’envie de me mettre à table, de cuisiner, de partager un gros poulet avec des copains, une bouteille de rouge oxydatif et un far aux pruneaux ne passe pas. Je n’ai pas faim, mais j’ai terriblement envie de manger. Le temps m’est long, je m’entends mal avec l’ennui, j’ai hâte d’être au jour 6.

FROMAGES Et puis le jour 6, après ma rando, ma tisane et mon bol d’air Jackier, je passe une tête en cuisine. « Théoriquement, j’ai le droit de remanger aujourd’hui, je peux prendre une carotte ? ». À la Pensée Sauvage, tous les légumes sont bio, cultivés dans le coin, ils hurlent la ferme et 56


DESSERTS ET FRUITS FRAIS Je n’aurais jamais imaginé ça, mais pendant les coups de faim les plus virulents, ce qui me faisait rêver, ce n'était ni une plâtrée de frites, ni un croque-monsieur tout dégoulinant, c’était de croquer dans une pêche bien juteuse, de me faire un gros bol de tomates, huile d’olive et fleur de sel, ou des pois chiches avec du citron confit… Bon, dans la pratique, j’ai re-mangé des légumes le premier jour, enfin le début du premier jour, et j’ai très vite dérivé sur le reste par la suite. « Fais gaffe, le plus important, c’est la remontée alimentaire » : bon, cette partie-là, où on est censé refaire la descente, mais à l’envers, je l’ai un peu ignorée. J’ai mangé des crevettes à Noirmoutier, des gaufres au Cap Ferret, du cochon au Pays Basque… sans exagérer, en écoutant ma satiété, et mon plaisir, et tout s’est bien passé.

DIGESTIFS Les semaines suivantes, les bienfaits se poursuivent : finis les coups de barre, je dors incroyablement bien, j’ai un appétit d’ogre et une énergie folle, et j’ai presque envie d’y retourner cet hiver. Quitte à le refaire, j’essaierai peut-être une cure végétale (des fruits et des légumes, sous toutes leurs formes), ou une cure gourmande (fruits et légumes mais aussi graines et céréales, j’ai même vu passer un cheesecake vegan un soir, j’aurais tout donné pour en avoir une part), ou une cure de jus. Comme quoi, gloutonnisme et frugalité peuvent faire bon ménage. La Pensée Sauvage

Pierre Blanche, D70, 26400 Plan-de-Baix

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Humeur

l’authenticité, et cette carotte-là, elle me brûle la rétine, me chatouille le bide et me caresse les glandes. Le chef me regarde et me dit : « Vous faites ce que vous voulez ». J’ai l’impression d’être un écureuil au salon de la noisette, mon corps entier est pris de spasmes de joie, je me rue sur la carotte et croque dedans comme si c’était notre dernière nuit ensemble, et c’était FOU. Je crois qu’il est là, le plus intense bonheur du jeûne : re-manger. C’est indescriptible, c’est comme si cette chose si banale, si vulgaire, si commune que l’acte de manger, devenait soudainement si rare, si précieux, si théâtral. Oh je l’ai aimée, cette carotte, de tout mon être, et sans retenue.


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Rencontre


Le chef et son jardinier Texte : Hélène Rocco Photos : Benjamin Schmuck

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Rencontre

Depuis la table du Suquet, la vue sur l’Aubrac est imprenable. Planté à 1200 mètres d’altitude, dans le village de Laguiole, ce restaurant arborait trois étoiles au guide Michelin sous la direction de Michel Bras. Son fils, Sébastien, a décidé de s’en affranchir quelque temps après avoir repris la maison familiale il y a plus de 10 ans. Mais leur plus grand trésor se cache jalousement à quelques kilomètres en contrebas, dans la commune de Lagardelle. Couvé du regard par le père, ce jardin voit pousser légumes, fruits et plantes qui finiront dans les assiettes du grand restaurant. Rencontre avec Sébastien Bras et son jardinier, James Goulde.


Rencontre

De mars à novembre, c’est tous les matins le même ballet. À 7 heures, une partie des cuisiniers du Suquet foulent les allées enherbées du vaste potager entretenu par James Goulde. Nous sommes sur les hauteurs de l’Aveyron, à une soixantaine de kilomètres de Rodez. La brigade de Sébastien Bras s’organise pour cueillir des jeunes pousses, des légumes et des herbes aromatiques qui se retrouveront à la carte du jour. Guidés par Jonathan, l’un des deux bras droits du chef, l’équipe ramasse, observe, goûte, apprend sur le tas ce qui fait une bonne récolte. À l’écart, le chef se souvient des débuts de ce jardin : « À l’origine, nous pensions créer un jardin à côté du Suquet, à Laguiole. Mais à 1200 mètres d’altitude, le pari était risqué. » En 2012, l’idée d’aménager un ancien pâturage au climat un peu plus clément germe dans l’esprit de la famille. Michel Bras, son père, vit juste à côté : il pourra veiller sur le jardin nourricier. « Il faut savoir que la démarche de cuisine végétale de mon père date des années 1970. Quand il a quitté le piano (la cuisine, ndlr), il a eu envie d’imaginer un lieu qui puisse répondre à ses attentes en terme d’offre végétale. » Grands voyageurs, le chef étoilé et sa femme ont toujours eu pour habitude de rapporter des graines et des semences des quatre coins du monde. « Avant, ils les donnaient à nos maraîchers et puis on a eu envie de créer un jardin du monde qui puisse nous fournir tout un tas de plantes, d'odeurs, de saveurs différentes que l'on n'avait pas auparavant, que ce soit sur les cueillettes sauvages ou au marché. » 60


Rencontre

Grands voyageurs, Michel Bras et sa femme ont toujours eu pour habitude de rapporter des graines et des semences des quatre coins du monde. 61


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Rencontre


En février 2012, James Goulde, venu de Grande-Bretagne, vit de son travail de menuisier. « J’avais un potager chez moi et je connaissais les bases du jardinage. J’en avais marre du bruit et de la poussière de mon atelier. Je me disais que si un jour je pouvais passer mes journées dans la nature ce serait bien.» On lui apprend alors que le restaurant des Bras cherche un jardinier. Au cœur de l’hiver, le jardin d’1,2 hectares est un amas de terre et de neige. James passe plusieurs week-ends d’observation à Lagardelle avant d’être engagé pour des travaux de bricolage et de plomberie. Jean-Luc Salomon, le jardinier de l’époque, le forme peu à peu aux rudiments du métier. Tandis que James se remémore son arrivée au Suquet, Sébastien Bras intervient, reconnaissant : « Il est trop humble pour l'admettre mais James a une patte très anglaise. Il a une vraie rigueur et une réelle capacité à imaginer des changements tout en gardant le jardin propre et organisé. » Le jeune homme a par exemple eu l’idée de faire grimper les haricots sur un tipi en bambou afin de faciliter leur croissance.

Début avril, des vivaces pointent le bout de leurs feuilles : c’est la saison des pimprenelles, valérianes et autres ciboules. Quelques semaines plus tard, tandis que les jours rallongent et que le soleil brille, c’est au tour de la menthe, des tulipes sauvages, de la sauge, de la rhubarbe et des fleurs de tagette de pousser. Une fois passées les dernières gelées de mai, on voit apparaître le fenouil, les pommes de terre, le radis et autres haricots Saint Fiacre en pleine terre. Et il faut attendre le cœur de l’été pour se régaler des framboises et des groseilles du verger. En tout, le terrain accueille environ 200 variétés. « Comme, chaque année, les conditions climatiques sont différentes, je ne fais pas toutes les plantations au même endroit, » souligne James, avant de développer : « D’ailleurs même la lune peut influencer un semis. On fait des tests pour voir où chaque herbe et chaque aromate pousse le mieux. » Ici, pas de course au résultat : les plantes ont le temps de s’épanouir, certaines restent parfois en sommeil plusieurs années avant de décider d’éclore. Et une grande partie des variétés ne sont pas originaires du coin comme l’oseille de Guinée — de l’hibiscus —, le rau ram — de la coriandre vietnamienne aux arômes mentholés — ou la cannelle de Magellan venue d’Amérique du Sud. De son dernier voyage au Japon, Sébastien a rapporté du poivre sansho.

Les deux hommes sont en dialogue constant. Au fil des années, ils tissent des liens étroits autour de leur amour de la terre et du bon produit. Le jardin, comme le menu du Suquet, ne cesse de changer. Avant le début du printemps, James et Jean-Luc plantent de jeunes pousses de chou kale, de chou pak choi et d’oseille sous serre — en tout il y en a cinq. 63

Rencontre

Ici, pas de course au résultat : les plantes ont le temps de s'épanouir, certaines restent parfois en sommeil plusieurs années avant de décider d'éclore.


Rencontre

« À Tokyo, sur le marché aux poissons, les Japonais font sécher cette feuille et l’utilisent pour assaisonner les anguilles grillées. J’ai adoré son parfum, j’en ai ramené trois pots. Ça n’a en réalité rien d’un poivre : en bouche, on retrouve plutôt des notes boisées et citronnées. »

Sébastien Bras se sert du butin végétal du jour pour s’exprimer. Plat signature de son père, le gargouillou figure toujours au menu. « C’est vraiment un hymne à la nature et au vivant, et à ce titre là, il n’est jamais exactement le même. » précise Sébastien. Composée d’une soixantaine de légumes, fleurs et aromates, la spécialité est née durant l’été 1980, au détour d’un sentier de campagne. En randonnée dans les pâturages, Michel Bras humait le parfum des plantes environnantes lorsqu’il a eu l’idée de les associer dans une assiette. Souvent, celle-ci est composée de cerfeuil des Alpes, un cousin du fenouil qui pousse

Le jardin donne le tempo de ce que les clients dégusteront à table. « Pendant la morte saison, on choisit ce qu’on va cultiver et planter. Ensuite James et mon père mettent en œuvre les cultures. En fonction des cueillettes du jardin, je compose, chaque matin, un menu déjeuner et un menu du soir. » Comme un peintre et son tableau, 64


Rencontre

mes parents. Je ne me verrais pas vivre en ville. » Fidèle à son terroir, le chef n’en a pas moins des envies d’ailleurs. Souvent en voyage, il ne cesse de chercher de nouvelles variétés pour son jardin, comme son père avant lui. Déjà à la tête du restaurant Toya qui surplombe un lac sur l’île d’Hokkaïdo, dans le nord du Japon, il ouvrira bientôt un second établissement nippon. « Nous allons inaugurer, en juin 2020, une adresse située à une heure et demie de Tokyo, dans la ville de Karuizawa. » Campée à 1000 mètres d’altitude, elle est entourée de bois et jouit d’un climat clément qui rappelle celui de l’Aubrac. « On ne part pas là-bas pour exporter des produits français. On est en train de faire un gros travail de recherche pour valoriser le terroir. Mon chef japonais a passé trois jours dans la région pour dresser un inventaire de ce qu’on pourrait cuisiner. On veut faire travailler les producteurs de légumes locaux, ça va être très intéressant. » Car ce nouveau restaurant sera entièrement construit autour du jardin. Dans la pièce centrale, dessinée par le grand architecte Kengo Kuma, les tables feront face au potager. Une belle façon de perpétuer la tradition végétale initiée par Michel Bras et qui est aujourd’hui revendiquée par bon nombre de chefs parisiens. « Il ne faudrait pas que ça devienne un phénomène marketing. Je trouve ça drôle d’entendre des grands cuisiniers parler de jardin depuis leur maison de ville » s’amuse Sébastien. Le plus important pour lui est de rester modeste : après tout, c’est la nature qui aura le dernier mot.

à l’état sauvage. Selon les saisons, elle contient des tiges de chou-fleur ou de l’oignon nouveau, des capucines ou de l’ail rocambole. Le fils s’est approprié le reste de la carte et a notamment créé l’un des deux seuls desserts disponibles toute l’année : une gaufrette de pommes de terre qui ondule comme une vague et se nappe de caramel beurre salé.

Le Suquet

Route de l’Aubrac, 12210 Laguiole. Ouvert d’avril à novembre.

Sébastien a toujours vécu à Laguiole. Il raconte : « J’ai toujours été entouré de nature ! Enfant, je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents agriculteurs ou en balade avec

Le jardin de Sébastien Bras et James Goulde est à retrouver dans le beau livre Jardins de Chefs, aux éditions Phaidon. 65


Découverte

Good morning apocalypse Texte : Déborah Pham Photos & sets : Paris se quema Lumière : Giovanni Nardelli

On n’entend que le « flap, flap » régulier des pales puis c’est le silence. Le bourdonnement des hélicoptères a remplacé le roucoulement rassurant des pigeons qui nichaient sous les combles. Jamais on n’aurait pensé que le silence pouvait être aussi lourd. On ne pensait pas non plus que la terre sous nos pieds allait s’assécher, s’effriter et que tout ce qui poussait finirait par dépérir. Finalement, on s’est toujours imaginé l’agitation, les cris, et le bruit strident du passage des avions de chasse, comme dans les films. On ne s’est jamais demandé ce qu’il adviendrait sans la terre, la mer et le ciel. À vrai dire, on a toujours pensé que l’on finirait par observer le chaos de là-haut, qu’on abandonnerait ce monde avant d’être témoin de sa fin. Mais voilà, l’apocalypse vient de frapper à nos portes. 66


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Portfolio


Découverte

Les gens ont toujours eu un goût démesuré pour les scénarios catastrophes, les films de zombies, les survivalistes et leurs abris anti-atomiques remplis de bouffe… Pour nous, ça a commencé avec le film Zombie de George A. Romero. Surtout avec cette scène où les personnages se retrouvent dans un centre commercial avec tout ce dont ils ont besoin pour survivre pendant des mois. C’est pour ça qu’on se disait que si l’on devait s’acheminer vers l’inexorable ruine, on filerait se barricader chez Monop’. Hélas tout ça, c’était avant de comprendre que toutes les personnes mal renseignées avaient le même plan. Sans compter que l’on sait déjà ce dont les gens sont capables pour un pot de Nutella en promotion. Mais le constat est le suivant : un peu partout dans le monde, des gens se préparent au pire. Le pire prend toutes sortes de formes et sans forcément penser à une attaque de mutants, il y a le risque de pandémie mondiale, d’attaque cyberterroriste, d’un ouragan, d’une crise économique sans précédent ou tout simplement cette petite graine qui germe dans l’esprit de chacun : à force de faire n’importe quoi, on finira bien par flinguer la planète pour de bon.

Pour sauver leur peau, les gens s’organisent en famille ou en petites communautés. Certains se retrouvent même à la Survival Expo Autonomy & Outdoor qui se tient à Porte de Versailles depuis deux ans. À cette occasion, des exposants se réunissent autour du thème de la survie. Pêle-mêle, on y trouve sacs à dos étanches, lampes frontales, et filtres à eau capables d’éliminer bactéries, virus et métaux lourds. Nous rencontrons John Herbet-Karlsson, cofondateur du salon, qui nous explique que ce qui l’a attiré dans cette aventure, c’est avant tout son goût pour la chasse, la pêche et l’artisanat. Il était important pour lui de changer notre perception de ce mode de vie : « Les gens ont souvent une mauvaise image du survivalisme, surtout à cause des Américains car on nous montre des mecs qui s’équipent, ils sont armés jusqu’aux dents et ils ont des bunkers… Il faut comprendre que le survivalisme c’est plein de choses, il n’y a pas de profil type. Cela regroupe des gens qui aiment la nature et la randonnée, d’autres qui souhaitent être autonomes, moins dépendants des grandes entreprises mais aussi des militaires pour qui la survie fait partie du métier. » 69


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Découverte

La majorité des collapsionistes est intimement convaincue qu’il n’y a aucune chance pour que dans une situation chaotique on puisse simplement frapper chez la voisine du dessus pour qu’elle nous dépanne d’une boîte de ravioli.

Être survivaliste, c’est se préparer constamment au pire d’une certaine manière : « En France, on vit chaque année des inondations gravissimes, d’ailleurs nous vendons sur notre salon des systèmes permettant aux maisons de ne pas être immergées. Il y a aussi des ateliers de permaculture, des conseils pour installer son poulailler… Les visiteurs qui viennent sur notre salon sont très instruits, en toute franchise c’est même des gros geeks, je vous parle de types qui s’intéressent aux éoliennes et vont jusqu’à apprendre à les fabriquer eux-mêmes. La recherche d’autonomie est un sujet central chez les survivalistes. »

La marque Jimini’s projette à long terme d’intégrer peu à peu les insectes à notre alimentation puisqu’ils représentent un avantage nutritionnel et environnemental indéniables. En tout cas sur place, on se régale des viandes fondantes préparées au barbecue chez Melt, autant cueillir la rose et ne pas se priver tant qu’il est encore temps. Finalement avec tout ça, pas de quoi remplir son frigo. En effet, il va falloir apprendre à survivre sans compter sur l’épicier du coin. On se rend compte que la frange pacifiste des survivalistes cherche plutôt à s’organiser entre voisins d’immeuble ou entre amis car il est selon eux possible de s’entraider. Il semblerait cependant que la majorité des collapsionistes soit intimement convaincue qu’il n’y a aucune chance pour que dans une situation chaotique on puisse simplement frapper chez la voisine du dessus pour qu’elle nous dépanne d’une boîte de ravioli.

Ce qui nous intéresse, c’est surtout de savoir ce qu’on va pouvoir se mettre sous la dent. La marque Jimini’s participe au salon où elle propose toute sa gamme d’insectes grillés, ainsi que des pâtes à la farine d’insectes particulièrement riches en protéines. Au menu : grillons saveur oignon fumé et bbq, criquet à la grecque mais aussi quelques douceurs comme les vers de farine saveur caramel au beurre salé, « pour varier les plaisirs lors des longues soirées d’hiver ou lors de brunchs. » Sur leur site, un client s’exclame « Extra, un vrai goût de Bretagne en bouche ! »

Vous êtes-vous déjà demandé combien de temps vous pourriez survivre avec ce que vous avez dans vos placards ? Sans électricité ni eau courante ? De nombreux acteurs du survivalisme dispensent leurs conseils sur leur chaîne 72


Découverte

Youtube. Hélas, la plupart préfère rester discrète : quand on est convaincu que la société va s’effondrer, il y a peu de chances pour qu’on soit loquace sur sa localisation ou celle de sa réserve de nourriture. Chacun pour soi. Sur la chaîne de Vol West, un survivaliste qui vit dans le Montana aux Etats-Unis, on apprend concrètement ce qu’est la résilience alimentaire, à savoir comment se débrouiller en temps de troubles. Lors d’un live, l’abonné Balistique69 l’interroge : « En cas de mauvaise récolte, as-tu un plan B ? » Ce dernier s’amuse et précise : « Avec la résilience alimentaire j’ai non seulement un plan B mais un C, D et E, j’ai plein de plans ! » En effet, défendre sa famille et mettre à manger sur la table sont au cœur de sa démarche puisqu’il explique avoir un potager, une serre, des ruches, et des arbres fruitiers sur sa BAD (Base Autonome Durable, ndlr). Il possède aussi suffisamment de nourriture pour nourrir sa famille pendant un an, sans compter la pêche, la chasse et la cueillette. Ces derniers points sont au coeur de la philosophie des survivalistes et s’accompagnent du bushcraft ou « l’art de vivre dans les bois » qui renvoie à des compétences comme faire un feu, pister des animaux sauvages, construire un abri et même apprendre

à fabriquer ses outils. De plus en plus, ces stages se multiplient, on apprend à sculpter le bois ou à reconnaître les plantes comestibles et médicinales. On garde d’ailleurs à l’esprit qu’en cas de bouleversement, comme nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, il y a peu de chance pour que nous puissions passer à table trois fois par jour. Juste après le Brexit au Royaume-Uni, le propriétaire d’un magasin survivaliste a vu son chiffre d’affaires augmenter de plus de 30%. Dans ses rayons, on trouve de quoi s’abriter, se protéger et se nourrir. La nourriture de survie prend souvent une forme lyophilisée : en 1937, Nestlé a été le premier à utiliser la technologie industrielle pour créer le café lyophilisé. Dès les années 1960, les militaires américains embarquaient pour le Vietnam avec des rations alimentaires sous forme de poudre. La marque Katadyn group propose aujourd’hui des formats plus appétissants comme la « poêlée de pommes de terre aux oignons » ou le « bœuf sauce chasseur et pâtes », à nouveau il s’agit d’un format initialement dédié aux troupes militaires.

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DĂŠcouverte


Découverte

La plupart des gens vous diront que si la fin du monde est là, il faudra faire des sacrifices. Ces gens-là ne se mettent pas à la place des enfants et n’ont jamais connu les colères qui résultent du fait d’avoir dit non, d’ailleurs.

En se promenant sur la toile, on découvre des méthodes étonnantes comme celle de ce père de famille qui a choisi d’enterrer des tupperwares contenant des amandes et des noix dans son jardin et un peu partout dans sa ville. Il est le seul à connaître leur emplacement. Outre-Atlantique, il y a une myriade d’exemples plus ou moins extrêmes et l’on est souvent amené à se demander s’il s’agit de préparation ou de paranoïa. Nous avons découvert le blog de The Survival Mom, une Texane installée au Nouveau-Mexique avec sa famille. Dans ses placards des stocks de nourritures qu’elle perçoit presque comme une assurancevie : des pâtes, des conserves, du sucre et du sel mais aussi des mets plus inattendus : des pâtes au fromage. Elle explique : « En temps de crise, la nourriture peut être quelque chose d’extrêmement réconfortant et c’est pourquoi je veux pouvoir faire des mac’n’cheese à mes enfants, la plupart vous diront que si la fin du monde est là, il faudra se contenter du minimum et que nous devrons faire des sacrifices. Ces gens-là ne se mettent pas à la place des enfants et n’ont jamais connu les colères qui résultent du fait d’avoir dit non, d’ailleurs. Actuellement, nos réserves de nourritures et nos modes de vie peuvent paraître saugrenus, mais nous sommes prêts et le choc sera peut-être moins difficile. » 75


Humeur

La daronnade Texte : Marine Normand Illustration : Carole Barraud

Comme un Dracaufeu dans Pokémon, je suis à mon stade ultime d’évolution. Tous les signes le montrent. J’ai encadré certains de mes posters, j’ai une carte Week-end de la SNCF, j’aime bien me mettre du sérum sur le visage. Le dimanche matin, je fais un détour quand je promène mon chien pour aller à la « bonne » boulangerie, celle qui utilise de la farine bio, plutôt que celle juste en bas de chez moi. 76


Humeur

Je peux continuer à me maquiller comme Amanda Lear période disco, porter des jupes ras l'oignon et utiliser encore le verlan pour parler de mon reup (ça par contre ok faut que j’arrête), je dois tout de même me rendre à l’évidence. Je suis en pleine daronnade, en train de devenir une adulte. Pire. J’aime ça. J’ai des racines qui montrent mes cheveux blancs que je laisse volontairement. Mes einss (TU AS DIT QUOI MARINE PLUS HAUT SUR LE VERLAN BORDEL), pardon, ma poitrine, commence à connaître le poids de la gravité. Je me lève plus tôt le matin pour aller à la salle. J’ai un lombricomposteur dans ma cuisine où je jette les fanes de poireaux que j’ai achetés au Naturalia. J’ai des envies de « donner la vie » (oui j’utilise cette expression) et d’une maison secondaire à la campagne, pour que Junior 1 et Junior 2 qui n’existent pas encore puissent profiter du grand air, « comme moi quand j’étais jeune ». Je sais pas quand ce délire a commencé, quand ce doux poison a lentement infusé dans les tréfonds de mon être, même dans mon utérus, que je pensais pourtant immunisé depuis un trajet Paris-Cannes en pleine période de vacances scolaires.

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Humeur

Cinq heures et demie entourée de gosses infernaux et me voilà, voulant ajouter ma pierre qui mate Peppa Pig et qui porte une couche à l’édifice. Bravo Marine Normand. Bravo. C’est peut-être tard pour beaucoup de monde, 33 ans, pour embrasser pleinement cet âge d’or qui mènera lentement vers la décomposition. Certains y sont depuis quelques années, avec le prêt pour leur maison et la poussette MacLaren qu’il faut. Et puis je suis même pas en couple. Mais c’est comme ça. Je suis sur une floraison tardive. Et puis je me suis faite avoir. Par Mimi Thorisson. Mimi Thorisson et moi on a zéro point commun, on ne peut pas être plus éloignée du spectre. J’ai un piercing au nez et le cheveu mousseux (c’est comme des boucles mais en raté), je vis dans une seule putain de pièce au Nord-Est de Paris, je rate ma pissaladière une fois sur trois et mon célibat me pèse autant que la coupe de cheveux de Boris Johnson ne pèse sur le moral des Britanniques. Et pourtant, en regardant son site, ses livres, ses photos, moi aussi j’ai des envies de tartes aux quetsches même si je sais pas comment ça s’écrit, de vacances en Italie, et d’accoucher de plusieurs petites personnes que j’habillerais chez Cyrillus. 79


Humeur

Elle m’a eue. Pourquoi j’ai envie de me procurer les torchons qu’elle a signé pour Zara Home ? Qu’a-t-elle de fascinant pour m’obséder moi, Mona Chollet et les 315 000 autres personnes qui la suivent et qui savent pourtant bien au fond d’eux que pour gérer des gosses, un bouquin et une propriété aussi gigantesque il faut avoir au moins 56 servantes ou un tempérament proche de celui d’un bouddha ayant déjà connu l’illumination ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux pour moi, cette vie de maman d’un autre temps alors que tous les choix de vie que j’ai fait dernièrement n’ont servi qu’à aller dans la direction opposée ? Et est-ce que je peux changer d’avis maintenant, trouver un mec chouette, m’acheter un tablier et monter cette petite chambre d’hôtes charmante près de la Loire où je mettrais les serviettes propres dans un petit panier en osier fait par un vanneur local ? ET OUI ET PUIS AUSSI ME FAIRE UN BOUQUET DE FLEURS DES CHAMPS QUE JE CHANGERAIS RÉGULIÈREMENT ! N’ayons pas peur des mots. J’ai une passion Mimi Thorisson. Elle m’a vendu un rêve pour lequel je ne pensais pas être prête, un rêve de ce que je considère être une grande personne, avec ce qu’il faut d’enfants, de déjeuners le dimanche, de tommettes au sol et de réunions parents-professeurs. Et peut-être que finalement n’y suis-je pas juste sensible parce qu’il est temps ? 80


Humeur

Et quel est mon problème avec la vie d’adulte ? Pourquoi on veut tous être Peter Pan alors qu’on pourrait porter des pyjamas chauds et conduire un break pour charger les merdes qu’on achète dans des brocantes, hein ? Pourquoi c’est pas cool d’avoir des enfants, une routine, des rendez-vous chez le podologue, des pantoufles et une poignée dans sa baignoire pour se relever ? Merde, après tout. Vous faites chier les adolescents de plus de 25 ans. J’en peux plus de vos peurs de l’engagement, qu’il soit matériel ou émotionnel, de vos “carpe diem”. J’en peux plus de votre thune dépensée dans des conneries pour avoir l’air cool, que ce soit un smartphone ou cette grosse roue géante sur lequel vous vous tenez debout pour aller plus vite dans Paris et qui donne aux rues l’impression d’être dans Minority Report. J’en peux plus de vos tours du monde « à la quête de vous-même » mais pas de votre bilan CO2 et de votre calvitie mal cachée par le gel. Respirez un coup par le ventre. C’est ok de vieillir. C’est la vie et ça sert à rien de se battre, vous allez perdre ou pire, ressembler à Jocelyne Wildenstein. Pour ma part, c’est bon. Fini les conneries. J’accepte mon destin. Je change de chemin. Adieu le yolo, le je-m’en-foutisme et les plans sans lendemain. Je suis prête et si vous voulez rejoindre le mouvement, je vous attends à Zara Home pour checker la collection de Mimi. Et puis après on n’irait pas s’acheter une cocotte et se préparer un bourguignon de légumes ? Je crois qu'il y a une super recette sur Marmiton. 81


Family food

Simone et Matias Tondo Texte : Julie Gerbet Photos : Pierre Lucet-Penato

Qu’est ce que cuisinent les chef.fe.s en famille ? Que mangent-ils.elles avec leurs enfants ou leurs parents ? Comment se façonne l’éducation culinaire ? Mint s’est invité dans le quotidien d’un papa chef et de son fils de 3 ans, Simone et Matias Tondo…

Mati : « À l’école, j’ai mangé de la viande et des pâtes. » Simone : « Tu préfères les pâtes de l’école ou de papa ? » Mati : « C’est mieux les pâtes de l’école. »

autant de plaisir à faire et à maîtriser un vitello tonnato, qu’à l’époque des langoustines au kumquat et au bouillon fumé, mon premier plat à Roseval. Mon fils avait un an à la fermeture de Tondo, et j’ai passé un an avec lui, à lui faire à manger tous les jours. Il poussait la chaise pour se mettre à côté de moi, grimpait dessus, je lui passais une planche et un petit couteau en plastique… Maintenant, il sait faire des biscuits, quoique ce qui compte pour moi, ce n’est pas qu’il coupe un canard comme papa, mais qu’il sache manger – c’est plus compliqué ! – et comment se comporter au restaurant. Dans l’assiette, avec les enfants, le code couleur, c’est la base ! S’ils voient quelque chose de bizarre, ils trient. Le persil dans l’assiette, je ne le mangeais pas non plus quand j’étais enfant ! En ce moment, c’est plutôt Stefi qui cuisine à la maison, c’est elle qui lui prépare tous les jours des plats différents. Il adore les spaghetti, comme un bon rital du Sud alors que nous, en Sardaigne, nous ne sommes pas très liés aux pâtes… Elle fait très attention à son éducation culinaire et il a toujours un potage à côté de son assiette de pâtes. »

« La paternité, je trouve que ça influence plus mon métier que l’intimité. Ça a commencé parce que je me suis rendu compte que je devais faire à manger à une personne qui avait une perception différente du goût. Je n’ai jamais eu une cuisine arlequin, avec plein de choses dedans, mais j’utilisais des condiments japonais par exemple, il a fallu réfléchir à réduire le sel, trouver des alternatives, et c’est resté dans ma cuisine. La paternité change aussi ma façon de faire les choses. Aujourd’hui, je fais à manger avec une simplicité que je n’avais pas avant. Je suis apaisé. Avec le recul, je me dis que j’enchainais les étapes et les objectifs, j’avais la nécessité d’affirmer que je pouvais jouer dans la cour des grands… Dorénavant, je prends 82


83 Recette


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DĂŠcouverte


Pour 2 personnes

Préparation

• 190 g de spaghetti (Mancini) (compter 50g de spaghetti pour un enfant)

Faire bouillir une grande casserole d’eau avec une poignée de sel. Couper les saucisses en deux dans le sens de la longueur, puis détailler des tronçons de 3cm en laissant le boyau.

• 2 chipolatas • 1 dizaine de bonnes tomates cerises

Couper les tomates en deux.

• Quelques feuilles de basilic

Mettre de l’huile à chauffer dans une poêle, faire revenir les saucisses à feu vif (quelques minutes, juste le temps qu’elles se referment), puis ajouter les tomates, côté coupé sur la poêle pour que ça crée une « sauce » avec les pépins, les feuilles de basilic et une pointe de sel. Baisser le feu, ajouter un fond d’eau de cuisson et laisser confire une dizaine de minutes.

• Huile d’olive • Parmesan • Poivre (pour les adultes)

Faire cuire les pâtes bien al dente (7 minutes au lieu des 8-10 inscrits sur le paquet). Les égoutter et les mettre dans la poêle. Ajouter un filet d’huile d’olive, mélanger et faire revenir 3/4 minutes. Répartir dans les assiettes et saupoudrer de parmesan. Poivrer l’assiette pour adulte. Racines 8, passage des Panoramas 75002 Paris www.racinesparis.com

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Recette

Dans l’assiette, avec les enfants, le code couleur, c’est la base ! S’ils voient quelque chose de bizarre, ils trient.


La baie des anges Texte : Hélène Rocco Photos : Anne-Claire Héraud

Lové contre l'Ombrie et l'Émilie-Romagne, le cœur vert de l'Italie bat au rythme des cueillettes. Sur les plateaux de Toscane, dans les environs de Caprese Michelangelo, le Saint Graal porte le nom savant de Juniperis communis. Aussi appelé baie de genièvre, le trésor prend la forme d'une bille bleue-prune qui sert à fabriquer le gin. Le temps d'une journée, nous sommes partis à la rencontre de ces glaneurs à la pratique ancestrale. avec la complicité de notre partenaire Bombay Sapphire

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87 Rencontre


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Découverte

Enlacée contre la colline, la route n'en finit plus de tournoyer. Une vieille Ford verte nous devance à vive allure. À son bord, Leonello Pastorini, 86 ans bien tassés, et son épouse, 73 ans, se dirigent vers leur lieu de travail. Il faut faire vite : le ciel de coton menace de virer au noir. Quelques minutes plus tard, le couple se gare sur le bas-côté et nous entamons une courte balade sur un terrain verdoyant. Nous apprendrons plus tard qu'en temps normal les deux toscans ne cueillent pas les baies de genièvre à cet endroit-ci. Comme les coins à champignons, les lieux de cueillettes se refilent sous le manteau de génération en génération.

branches épineuses, les baies de genièvre tendent du bleu foncé au violet. Lorsqu'elles ont cette couleur, elles ont déjà deux ans et sont arrivées à maturité. Il faut donc être patient avec elles : les genévriers ne sont jamais plantés par l'homme, ils poussent naturellement en altitude. À l'aide du bâton, les deux retraités donnent des coups sur l'arbre, au rythme des coups de tonnerre lointain, pour faire tomber les baies. S'ils les coupaient à la main, cela empêcherait la croissance de l'année suivante. Le tamis permet ensuite de se débarrasser de toutes les aiguilles et brindilles. Rita nous invite à écraser une baie entre nos doigts. Plutôt doux bien que légèrement amer, son goût évoque chez nous la choucroute et le pâté. Notre hôtesse, elle, a plutôt l'habitude de le cuisiner avec un vitello — du veau. Pour accompagner la bête, nous croyons l'entendre nous conseiller d'ajouter de l'« aglio ». Elle s'empresse de nous reprendre, amusée : « Surtout pas d'ail non, 'oglio', de la bonne huile d'olive, de la genièvre e basta. »

Bien que la pluie s'apprête à nous rendre visite, nous ne sommes pas en Grande-Bretagne. À 873 mètres d'altitude, au beau milieu de la Toscane, on est loin, très loin des paysages que notre imaginaire attribuait jusqu'alors à la fabrication du gin Bombay Sapphire. Le spiritueux chéri par les Anglais — qui en sont les premiers consommateurs européens — est distillé au Royaume-Uni mais son ingrédient principal se ramasse ici, à deux heures de route de Florence.

Depuis toujours, bien avant la retraite, ce couple et sa famille cueillent les baies de genièvre chaque automne. Si l'été n'a pas été assez ensoleillé, il arrive même que la période de récolte tarde jusqu'au mois de décembre. Ils en cueillent chacun 30 kilos par jour. Les baies sont ensuite séchées chez les Pastorini, dans une pièce ventilée et à l'abri du soleil, pour faire disparaître l'humidité et les empêcher de pourrir.

Du haut de la colline douce, la vue est imprenable. Presque tous les chemins sont bordés de cyprès et d'oliviers. Au sommet des bourgs, on distingue quelques vieilles églises. Leonello et Rita s'approchent des arbustes centenaires qui poussent près des églantiers, munis d'un grand tamis et d'un bâton intriguant. Suspendues aux 89


91 DĂŠcouverte


Découverte

À l'aide du bâton, les deux retraités donnent des coups sur l'arbre, au rythme des coups de tonnerre lointain, pour faire tomber les baies de genièvre dans leur tamis.

Ils les vendent à une coopérative ou à un négociant, parmi lesquels on retrouve le fournisseur de Bombay Sapphire.

En fin de matinée, l'orage éclate et le couple se dépêche d'aller se mettre à l'abri. Nous les quittons pour prendre la direction du village de Caprese qui a vu naître le peintre Michelangelo. Après un bon repas à la ferme Terra di Michelangelo, l'herboriste en chef nous dévoile les secrets de fabrication de cet alcool blanc autour d'un espresso et de quelques cantucci, de régalants biscuits secs aux amandes. « En tout, 50 tonnes de baies de genièvre sont récoltées chaque année pour la seule production de ce gin. Chaque famille conserve chez elle une réserve de sécurité au cas où certaines baies présentent un problème au cours du processus. »

Créée en 1761 par Thomas Dakin, la recette du gin à la bouteille bleue exige des baies de genièvre d'une grande qualité. Les arbustes de Toscane ont le mérite d'être dépourvus de pesticides. C'est ce que nous explique Ivano Tonutti, le maître botaniste de la marque depuis près de 30 ans. Si son laboratoire est installé à Genève, lui et son assistant Alessandro ont pour habitude d'arpenter la région afin d'échanger avec Leonello et les 200 autres familles qui travaillent pour eux.

Une fois les baies séchées par les cueilleurs, elles sont triées par taille et par couleur chez un fournisseur puis mises en sac, au frais. Elles sont ensuite envoyées au laboratoire de Genève et chaque lot est ré-échantillonné. Les baies passent au microscope pour vérifier qu'aucun insecte n'est venu prendre sa part du butin. Une foultitude d'analyses plus tard, Ivano et son équipe dégustent le macérat et hument son parfum. Le résultat est noté et les lots sont mélangés entre eux afin d'assurer l'équilibre en bouteille.

« Les Pastorini maîtrisent ce savoir-faire, on n'a pas à les guider, » raconte le docteur en pharmacie, confiant. « D'ailleurs, en Toscane, une poignée de main avec un producteur local a valeur de contrat. » Pour 5 ans, 10 ans, ou même 20 ans dans le cas des Pastorini. Quand Rita et Leonello arrêteront la cueillette, leur fils, garde-forestier, prendra sans doute la relève. C'est comme ça que la tradition se transmet depuis des siècles. 92


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Carthagène – City Guide


Découverte

La recette finale atterrit à Laverstock, dans le panier perforé d'un distillateur, aux côtés d'un peu de coriandre marocaine. Dans les autres paniers se blottissent huit herbes supplémentaires qui composent le Bombay. De la baie de cubèbe javanaise, des graines de paradis ghanéennes, des écorces de citrons espagnols, de l'essence de cassier vietnamien, de la réglisse chinoise, de la racine d'angélique, de la racine d'iris et de l'amande amère. L'eau et l'alcool se mettent à chauffer, s'évaporent et passent à travers les différents paniers. Six heures plus tard, le distillat est condensé puis laissé au repos pendant deux jours. « Cette distillation par la vapeur permet d'avoir un profil aromatique beaucoup plus riche et raffiné», ajoute Ivano. Selon lui, chaque herbe se distingue en bouche, au-delà de la seule genièvre.

«C'est pour ça qu'on a entamé des projets de développement durable à notre échelle. On ne va pas changer le monde mais en 10 ans on a réduit de moitié la quantité d'eau qu'on utilise. Aussi bien en bouteille que dans le nettoyage. » Au Vietnam, retirer l'écorce du cassier pour en extraire les essences entraîne la mort de l'arbre. Les producteurs replantent donc le nombre exact d'arbres coupés. Au Ghana, Bombay s'est associé à une ONG locale pour enseigner les techniques de l'agriculture moderne aux habitants et permettre la récolte de graines de paradis. L'entreprise recycle aussi ses déchets à 100% et tente de réduire les cartons et les plastiques au maximum. Une goutte d'eau dans l'océan d'une fabrication énergivore mais on peut espérer que cet engagement éco-responsable ne cessera jamais de croître. Salute !

Et si ce spiritueux se sirote depuis le 18è siècle, sa production pourrait bien être menacée par le changement climatique dans les années à venir. Les ouragans, les canicules et la surexploitation des sols inquiètent Ivano. 95


Rencontre

Nemir,

un crooner parmi les rappeurs

Texte : Jordan Moilim Photos : Tiphaine Caro

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Les premières pluies de septembre sonnent le glas des réjouissances estivales et officialisent cette si redoutée rentrée. Heureusement, cette dernière est marquée par la sortie d’un album propice à stimuler la mélanine : celui de Nemir. Il aura fallu attendre dix ans avant que le natif de Perpignan daigne faire rouler son accent tout au long d’un premier opus. Pour se réchauffer, je lui donne rendez-vous au Café d’Ici, un restaurant associatif planqué au cœur de l’Institut des Cultures de l’Islam. Assis autour d’un généreux couscous, les premières vannes fusent et on comprend au fil de la discussion, toute la valeur initiatique d’un premier album.

On est à Château Rouge, qui reste à mes yeux l’un de ces bastions ultra populaires à l’identité très forte. C’est un peu le pendant parisien de ton quartier natal, celui de Saint-Jacques à Perpignan…

Mint : Tu te sens bien ici ? Némir : Ça sent bon, comme chez ma mère. Ce n’est même pas atypique pour moi, ici. Il n’y a que ça dans mon quartier à Saint-Jacques, des petits restos rebeus, des cantines simples.

L’identité c’est important. À l’heure globalisée où tout se dilue, les identités sont encore plus discrètes. Ce quartier, cette cantine, ce sont des lieux sauvegardés où il n’y a pas eu de filtre ni d’uniformisation visant à rendre les choses froides, propres. La différence, c’est devenu un problème, alors que c’est important. Saint-Jacques pour moi c’est une évidence. J’y suis né, j’y reste. Saint-Jacques a une histoire forte, il y a plein de mélanges, une grande communauté gitane, des gens différents et tout ça en centre-ville ! C’est l’endroit où je me sens le plus heureux, le plus protégé.

C’est un lieu où je me sens bien. Comme toi, je m’attache beaucoup à ce genre d’endroits qui ont une signification forte culturellement pour moi.

Musicalement, j’ai grandi dans la culture et dans la musique arabe, avant de m’imprégner du reste. Pendant longtemps, je rejetais tout ce pan de ma vie, parce que tu grandis tu t’imagines américain et tu veux faire du rap. Depuis 5 ou 6 ans, je reviens à tout ça, c’est une fois que t’es parti de chez toi que tu te rends compte de l’importance de ce bagage culturel. À 16 ans, t’as envie d’être autre chose, de sortir du terrier. Et pourtant, on y revient toujours. Aujourd’hui, ma musique je la veux et je l’assume plus orientale.

Tu restes très attaché à ce quartier…

C’est là que j’ai joué au foot, c’est là que je me suis cassé la gueule les premières fois. 97


Rencontre

C’est chez moi. J’aime bien me balader dans les rues étroites, passer devant la cathédrale et voir des visages familiers, c’est un réconfort aussi. C’est vrai qu’avec le boulot je suis souvent à Paris mais dès que je peux, direction Saint-Jacques, pour voir ma mère et voir les miens. Je suis routinier, je ne vais que dans les endroits où je me sens bien, que ce soit des cafés, des restos, ou des cinés, j’ai toujours besoin d’y aller cent fois pour les apprivoiser. Et tous ces endroits je les fréquente depuis toujours et ils m’inspirent en quelque sorte.

J’ai commandé un couscous “berbère” qui arrive escorté de merguez bien relevées et d’une redoutable sauce aux oignons confits, pois chiches, raisins secs. Imparable par jour de pluie. Le point commun entre ce resto, Saint-Jacques, Château Rouge, c’est aussi le métissage. Même si je ne suis plus trop à l’aise avec ce terme parce qu’il a été déshonoré, voire maltraité et en même temps c’est notre histoire le mélange.

Je suis tellement d’accord, et c’est génial que tu me dises ça. Ce terme-là est souvent au service de stéréotypes. Je ne parle même plus de métissage parce qu’en fait je ne me pose plus la question. C’est juste ma vie, une réalité et un présent. Les gens bougent, voyagent se rencontrent, s’unissent. Dans ma vie de tous les jours j’y pense même pas, je ne suis pas forcé de mettre des mots sur ce que je suis profondément.

D’où le morceau que tu dédies à ton quartier …

C’était une façon d’aborder le quartier et la débrouille de manière légère. “Y’a pas de Valérie Damidot ici, on peint les murs, [on] s’occupe de la déco”

On a mieux que Valérie Damidot (rires) ! Malheureusement Saint-Jacques a parfois été dépeint comme un lieu dangereux, bizarre alors que tout le monde va bien. On parlait de l’île de Réunion tous les deux, c’est exactement pareil.

D’ailleurs tu entretiens le même rapport avec la musique, quand j’écoute l’album tu passes habilement du jazz, à la rumba, et même la bossa nova.

Exactement, l’idée d’avoir un champ des possibles illimité me rend heureux. C’est mon côté nietzschéen (rires). Se définir et se mettre derrière le “rap” c’est se limiter. Pour moi il n’y a pas de frontières. Un jour je rajoute, un jour j’enlève, tout ça c’est ludique et ce sont des énigmes que je tente de résoudre quotidiennement.

Dans la ville de Saint-Pierre, à la Réunion, cohabitent notamment un temple bouddhiste, une mosquée et une église à quelque mètres d’écart…

Dans un petit périmètre tu as des univers, des valeurs, des gens différents et pourtant tout va bien parce que chacun est différent à sa manière. Mais le quartier surpasse tout, on se débrouille ensemble, on se donne des coups de mains. C’est un sentiment fort.

Tu as des lieux de prédilections pour écrire ?

Il faut que je sois dans des lieux de confiance. Là où j’ai mes habitudes. Si je ne connais pas le lieu et que je commence quand même à y écrire, c’est parce que je ressens une bienveillance naturelle suffisamment grande pour me rendre serein. Un peu comme ici. À Paris je bosse dans un studio à Montreuil où j’ai réussis à recréer cette atmosphère de confiance. C’est pas vraiment Paris, c’est un peu excentré ça me permet aussi d’avoir un confort aussi bien physique que mental. C’est tranquille, c’est chez moi maintenant.

Les couscous arrivent. Un traditionnel aux légumes pour Némir…

Je suis végétarien désormais. Au quotidien c’est très simple pour moi, mais j’avoue que quand je vois de vraies merguez comme ça, c’est assez tentant...

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Pour écrire, il faut que je sois dans des lieux de confiance. Si je ne connais pas un lieu et que je commence quand même à y écrire, c’est bon signe

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C’est le morceau le plus vieux, je l’ai écrit il y a quatre ans… Quand on dit “favela” ça rime bien souvent avec guerre urbaine, or dans ce morceau c’est un peu avec toi-même que t’es en guerre…

J’aimais bien le champ lexical de la favela, non pas par mimétisme culturel mais parce que mon quartier à Perpignan, c’est vraiment une favela. Non il n’y a pas de maison en tôle, mais c’est la même atmosphère : c’est la débrouille avant tout. Et bien évidemment ça évoque aussi cette favela mentale, cette prison d’esprit, ce quartier dans lequel on s’enferme. Qui est parfois plus difficile à surmonter que le quartier physique. Cet album, il est aussi fait pour apprendre à comprendre ses sentiments, pour apprendre à les gérer…

Clairement, et j’arrive aussi mieux à les apprivoiser depuis cet album. Vraiment. Et malgré toute la pudeur récurrente dans ton milieu culturel d’origine…

En vrai au fond de nous, on est des gens très libres. C’est juste qu’on ne connaît pas l’exercice de se dévoiler, on est pudiques sur tout. Sur la réussite, sur l’ambition. Même sur la possibilité de réussir, se donner le droit de tenter c’est déjà quelque chose. C’est très caractéristique de cette culture, de la nôtre. Un peu comme dans le rap, on n’a pas parlé de sentiments pendant longtemps, on n’a pas chanté pendant longtemps ! Dans le même temps, tu t’affranchis de toutes ces barrières pour offrir de belles déclarations, notamment à ta maman.

J’ai écrit le morceau « Loin devant » très naturellement mais j’ai eu du mal à l’assumer.

Et puis avec le temps ça m’a offert d’autres perspectives. Je me suis mis des règles là où je ne devais pas en avoir pour finalement me dire que si je l’ai fait sincèrement, alors c’est légitime. Moi je cumule : famille immigrée, monde de garçons, vie de quartier, la virilité dans ces milieux là, la débrouille. Sans compter le monde du rap, très codifié. Faire un morceau où j’affirme «Maman je t’aime» c’était comme «tricher» j’avais l’impression que c’était une façon d’être plus commercial et avancer plus vite. Alors que pas du tout, j’avais des appréhensions et des idées reçues alors qu’au fond ça m’a libéré. Tu as pris le temps de faire cet album parce que tu espères qu’il va marquer les esprits ?

Je peux être très dur avec moi-même. Je n’ai pas envie de remettre en question une oeuvre dont je suis fier. J’ai choisi ce métier en ayant conscience que mon avenir était incertain. Autant le prendre de la bonne façon et me faire plaisir. C’est aussi une façon de me soulager et de me délester de la peur de faire un album. Maintenant il ne me reste qu’à surprendre, affirmer, confirmer. Pour apporter encore des choses à ta musique, lui offrir davantage de densité. À chaque morceau que je fais, je recherche des sensations et quand elles sont là, je peux y aller. Tu as bien mangé ?

De ouf, et le couscous c’est traître. Quand tu vois la petite assiette arriver, tu te dis qu’il va t’en falloir plus. Et finalement t’es calé. Je me suis senti bien ici. D’ailleurs je vais revenir, ma femme adore le couscous et tu m’as donné un bon plan. C’est comme à la maison ici, c’est beurré, c’est huileux. C’est réconfortant. Il y a pas mal d’amour là-dedans. C’est tout ce qui compte, l’amour et la bonne bouffe.

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Rencontre

Face à toi, en écoutant l’album, difficile de ne pas dépeindre un artiste apaisé. Mais mine de rien dans ton titre Favela…


Mode

Fall in love à la brasserie Barbès Photographe Margaux Gayet | Styliste Victoria Rastello

Make-up & hair Daniela Eschbacher | Mannequins Thayane de City Models, Marc de New Madison Assistant photographe Valentin Chemineau | Assistante styliste Alya Derris

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À gauche : Pull et Jupe Samsoe & Samsoe / Chaussettes Momoni / boots Bocage / bague d’oreille Vibe Harsloef À droite : Thayane : Combinaison et col roulé Frankie Shop / ceinture Essentiel Antwerp / talons compensés Anthology Paris / BO cercles Polder. Marc : Veste A kind of Guise / col roulé Sunspel / pantalon Ami / ceinture Anderson chez Centre Commercial / baskets Henrik Vibskov / lunettes Waiting for the Sun.

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Make-up Daniela Eschbacher pour Charlotte Tilbury : Legendary Brows / Charlotte’s Magic Cream / Wonderglow / Airbrush Flawless Powder / Hollywood Flawless Filter / Filmstar Bronze and Glow


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Marc : Veste Knowledge Cotton Apparel chez Centre Commercial / chemise American Apparel / pantalon House of the Very Island’s / banane Momoni / Baskets Henrik Vibskov. Thayane : Veste, chemise et pantalon Frankie shop / boots vintage / boucles d’oreille Chic Alors Paris.


Thayane : manteau / robe et boucles coeurs Essentiel Antwerp / boots Anthology Paris À droite : Thayane : chemise et pantalon Masscob chez Centre commercial , blouse Roseanna chez Centre Commercial / ceinture Frankie shop / boots Charles & Keith / Béret Rita Row chez Centre Commercial / médailles Alix D.Reynis Marc : Chemise et pantalon Samsoe & Samsoe / t-shirt Collective Swallow / baskets Henrik Vibskov / casquette Avnier chez Centre Commercial.


Mode


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Textes : Hélène Rocco Photos : Camila Gutierrez

Au nord de la Colombie, la côte Caraïbe dévoile une mer turquoise, des plages idylliques et se complait dans une certaine torpeur. Nous posons nos valises à Carthagène des Indes, cité mythique ourlée de remparts. Celle qui se dressait jadis contre les pirates accueille désormais à bras ouverts les touristes venus du monde entier. On découvre ses ruelles colorées et on recherche la fraîcheur à l'ombre des nombreux patios que comptent les maisons coloniales. De temps à autre, une brise marine vient nous surprendre. À quelques encablures du centre historique, le quartier bohème de Getsemani nous charme par son authenticité. Le soir, les toits-terrasses ondulent au rythme des musiques latinos. Quand nous quittons la ville, c'est pour nous aventurer dans le parc national de Tayrona, peuplé d'une faune tropicale, ou pour se la couler douce sur les îles ponctuées de cocotiers. Tout un programme. 109

Carthagène – Portfolio

Carthagène


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Tokyo–Portfolio


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Tokyo–Portfolio


115 Lanzarote – Portfolio


Carthagène Colombie

le lit Casa Pizarro Situé sur une place ombragée du quartier de Getsemani, ce boutique-hôtel s'organise autour d'un patio colonial. Face à un mur verdoyant s'étend une piscine longiligne. Sur le toit-terrasse, il y a même un jacuzzi. Les chambres, elles, disposent de lits immenses et sont décorées avec goût. Parfait pour les petits budgets.

Textes : Hélène Rocco

Casa San Agustin

Carera 10b n°2556, Getsemani

Tcherassi Hotel & Spa Dans le quartier central de San Diego, ce manoir de l'époque coloniale s'est transformé en hôtel de luxe. Au rez-de-chaussée, on découvre un restaurant gastronomique italien tandis que sur le toit, à côté de l'une des piscines (il y en a 4), on se régale de spécialités orientales. Et quand l'envie d'être bichonné vous prend, rendez-vous au spa pour un soin réconfortant. Calle del Curato n °38-99

Casa San Agustin Dessiné autour d'un ancien aqueduc, cet hôtel haut de gamme est un refuge au cœur de la ville. La façade en ivoire est ornée de balcons fleuris. Spacieuses, les chambres offrent, au choix, une vue sur le jardin intérieur ou sur les toits de la vieille ville. Enfin, le restaurant ALMA est une destination à part entière. Goûtez à l'assiette de fruits de mer (20 € ): l'heureux mariage du homard et du poulpe ne vous laissera pas de marbre. Calle de la Universidad No. 36

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Carthagène – City Guide Celele

la table Celele Fondé par deux jeunes chefs Jaime Rodríguez et Sebastián Pinzón - Celele est un néo-bistrot qui met à l'honneur la cuisine des Caraïbes. Avant d'ouvrir, les chefs ont sillonné les villages reculés à la recherche de techniques et de recettes ancestrales. Une table créative, locavore et vraiment réjouissante. Calle del Espíritu Santo, Cra. 10c, 29-200

Donjuan Tenu par le chef Juan Felipe Camacho, très célèbre en Colombie, ce restaurant design

dévoile de grandes lampes tissées, d'immenses étagères remplies de bouteilles et un hypnotique sol en damier. Côté cuisine, les assiettes méditerranéennes sont aussi chic que locavores. Les vrais stars ici, ce sont les produits, en particulier les fruits de mer qu'on retrouve dans les risottos. Pensez à réserver !

et savourez-en chaque bouchée au son d'une musique de la Havane.

La Vitrola

Cra. 8, 38-08

Calle del Colegio 34-60 Local 1

Avant même de commencer à lire ceci, réservez une table. Ce restaurant de fruits de mer est sans doute le plus célèbre de la ville et rien que pour le décor d'inspiration cubaine, c'est mérité. Commandez le mérou au tamarin et à la sauce piquante 119

Cra. 2, 33-66

El Boliche Cebichería Le restaurant, petit et charmant, semble presque plongé dans l'obscurité. On y sert de très bons ceviches chauds ou froids, au lait de coco et à la mangue. À accompagner d'un mojito ou d'une citronnade rafraîchissante.

La esquina del Pandebono Notre spécialité préférée ? Le pan de bono, un pain colombien à la farine de maïs ou de manioc et au fromage. Partout dans


Carthagène – City Guide

Alquimico bar

le pays, on le mange quand il est encore chaud. Cette échoppe traditionnelle en prépare de très bons et on vous conseille de prendre avec ça un jus de fruits à emporter. Calle San Agustin, 35 - 78

le verre Alquimico bar Déployé sur trois étages, ce bar à cocktails exhibe ses bocaux de rhum en macération et son toit-terrasse avec panache. Les serveurs en chemise rouge à fines rayures préparent des breuvages latinos, à grands coup de mezcal, de caipirinha

Casa Chiqui

et de fruits frais. À siroter sous les lampions. Calle del Colegio, 34-24

Townhouse Sur le toit de l'hôtel Townhouse se trouvent deux piscines, aussi accessibles aux clients du bar. Rien que pour ça, l'adresse mérite que l'on s'y arrête. Comme il n'y a pas de réservation, pensez à venir tôt si vous rêvez d'un cocktail avec vue. Cra. 7, 36-88

la glace La Paletteria Si, depuis toujours, vous ne jurez que par les glaces 120

à l'eau, une halte à la Paletteria est indispensable. Il vous faudra choisir parmi 45 parfums, allant du dulce de leche à la noix de coco en passant par le corossol. On sait, vous n'avez pas une vie facile. Cl. 35, 03-86

Gelateria Paradiso Sous ses airs de salon de thé rose bonbon, l'adresse cache bien son jeu. On y savoure les meilleures glaces de Carthagène et vu la chaleur permanente, c'est une excellente nouvelle. Pour faire comme les locaux, optez pour une glace au lulo (un fruit acidulé). Sinon, le banana split se défend bien. Esquina Carrera 5 Calle 36


Casa Chiqui On ne vous promet pas que vous ressortirez les mains vides de cette boutique design. Le sol est recouvert ici et là de sublimes tapis. Du sac à main élégant en fibre naturelle aux sandales à breloques, en passant par des coussins brodés, tout ici, demande à être admiré. Faites à la main par des artisans issus de communautés indigènes de l'Amazonie, les collections sont toujours réussies. Calle de la Universidad No. 36-127

Artesanias de Colombia On trouve dans cette boutique de l'artisanat venu des quatre coins du pays. Bijoux, sacs en bandoulières, chapeaux : parfait pour ramener des souvenirs à la dernière minute si on n'y a pas pensé plus tôt.

La plage de Cabo San Juan C'est la plus belle plage du parc mais aussi la plus reculée. Comptez 2 heures de randonnée pour l'atteindre (et autant pour le retour vers les voitures et les bus). Elle compte un restaurant et un camping peuplé de hamacs : le matin, elle est plus déserte.

La plage de La Piscina À 30 minutes de Cabo San Juan, cette plage est plus aérée et l'eau y est plus paisible. Parfait pour se détendre avant de reprendre la randonnée sous le soleil des Caraïbes.

L'Archipel du Rosaire

découvertes

Au sud de Carthagène, l'archipel du Rosaire a tout pour plaire. Composé de 27 îles, il est entouré d'une barrière de corail. On peut le visiter à la journée en bateau mais si vous aimez le calme, réservez une nuit sur place : à vous les plages désertes au coucher du soleil.

Le parc Tayrona

Barú

À cinq heures de route de Carthagène, le parc national de Tayrona mêle forêts et eaux cristallines. On sillonne les sentiers à pied, au son des singes hurleurs et on croise les doigts pour tomber nez à nez sur un tapir. Prévoyez au moins un jour entier sur place et de bonnes chaussures de marche.

Avec ses magnifiques plages de sable blanc, ses fontaines d'eau douce et ses poissons colorés, Barú accueille de nombreux touristes. À 16 heures, quand les bateaux repartent, les plages se vident et deviennent paradisiaques.

Calle del Arzobispado

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Isla grande La plus grande des îles de l'archipel — et aussi la plus fréquentée — cache un lagon en son sein, qui se visite avec un guide local. À la tombée de la nuit, on voit même apparaître du plancton bioluminescent. Inoubliable.

Les îles de San Bernardo À 1h45 en bateau de Carthagène, ces dix îles sont un paradis de sable blanc. L'aller-retour à la journée est trop compliqué : il est nécessaire de passer une nuit sur place. Réservez à l'avance !

Mucura La sublime île de Mucura fait partie de l'archipel de San Bernardo et est principalement visitée par les Colombiens en raison de distance qui la sépare de Carthagène. Les pieds dans l'eau, on savoure une limonada de coco voire une langouste entière avant d'aller s'initier à la plongée ou un autre sport nautique. -

Y aller : vol Air France direct de Paris à Carthagène à partir de 1044 euros l'aller-retour.

Carthagène – City Guide

boutiques


Mint Magazine

BONNES ADRESSES Textes : Déborah Pham | Hélène Rocco

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Au cœur des Alpes, le chef Christophe Aribert a investi un ancien chalet normand qu’il a transformé en une maison d’hôtes respectueuse du vivant. L’enfant du pays a fait appel à une architecte bio-géologue afin que ce nouveau lieu soit en accord avec les énergies en présence. Le résultat est à la hauteur de son engagement. Les clients peuvent savourer le calme du parc ourlé de sapins dans l’une des cinq chambres aux tons pastel. Aux antipodes du tumulte de la ville, on vient s’attabler au restaurant étoilé et zieuter la valse sereine des cuisines. Accolé à la bâtisse, le jardin en permaculture fournit des légumes et des aromates d’exception. Parmi les assiettes végétales, on garde un souvenir ému de l’œuf du Trièves qui nous a été servi avec une flopée de champignons.

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© Studio Papi aime Mamie

© Anne Emmanuelle Thion

Bonnes adresses

Maison Aribert

Saint-Martin-d'Uriage

280 Allée du Jeune Bayard 38410 Saint-Martin-d'Uriage


Bonnes adresses ©@thesocialfood

Dumbo

Paris

Les deux amis Charles Ganem et Samuel Nataf ont monté ce nouveau burger joint en plein Pigalle. Il existe probablement des centaines de classements pour décerner le prix du meilleur burger mais ce qu’on peut dire de celui là est bien simple. C’est un burger qui ne se déguise pas à coups de sauce au bleu, de sauce mystère ou de magret de canard. C’est un burger sans détour et sans fards, un « no bullshit burger », si vous nous passez l’expression. La carte va à l’essentiel : poulet frit à accompagner de sa sauce ranch, frites, cheeseburger et burger classique. La technique diffère de tout ce que vous avez pu goûter en ville jusqu’à présent. La viande est smashée sur le grill conférant au patty un côté croustillant sur les bords et moelleux et juteux à coeur. Vous salivez ? C’est normal. Pensez à y aller tôt, Dumbo ne sert que 100 burgers par jour dans son petit resto, assurant à ses clients qualité et fraîcheur des ingrédients.

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64 Rue Jean-Baptiste Pigalle 75009 Paris


© Mathieu Vilasco

Bonnes adresses

Sonny's

Paris

Encore une pizzeria ? Oui, mais attendez on vous explique : Sonny’s est un restaurant qui s’inspire des pizzas à l’américaine et c’est totalement différent. Pour que vous ayez l’image en tête : la pâte est plutôt épaisse avec du fromage fondu qui fait des fils, vous l’avez ? On y sert des classiques comme la fameuse pepperoni, particulièrement populaire aux US. Ce jour-là, on opte pour la Lennox : crème fraîche, poulet, mozza, jalapeños et sauce barbecue servie avec un joli piment grillé. C’est un peu comme on l’imagine : généreux en garniture. Dans le domaine de la pizza, une spécialité largement représentée à Paris, on peut dire que Sonny’s tire brillamment son épingle du jeu avec cette pizza gourmande et réconfortante. Du côté des desserts, on oublie le tiramisu et on garde de la place pour les cookies, le brownie ou le banana bread moelleux à souhait.

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5 Rue de la Fontaine au Roi 75011 Paris


Bonnes adresses © Benjamin Schmuck

D’une île

Rémalard

On est accueilli par l’air frais, l’odeur de la terre et celle des arbres la nuit. On s’enfonce dans le bois qui borde la ferme du XVIIème siècle, elle est entourée de loupiotes, d’un brasero et d’un potager. À l’intérieur, on découvre le dernier bijou de la famille Septime : une maison d’hôtes campagnarde qui, sous ses airs rugueux, ne manque pas de charme. Ce sont les petits riens qui font tout et ici on pense à de larges tables en bois, à une tarte aux échalotes et à la moutarde que l’on garnit de crème crue, aux fleurs du jardin dans les carafes qui décorent la salle. Je pense aussi au pain fait maison chaque jour. La carte se dessine comme une balade dans les bois : baies de sureau, feuilles de figuier et mûres sauvages viennent souligner les légumes du jardin, les fruits mais aussi les viandes des producteurs du coin. Côté vins, on se régale de quilles exclusivement natures avec Geschikt en Alsace, Béru en Bourgogne ou encore Lapalu dans le Beaujolais ! 127

L'Aunay 61110 Rémalard


Bonnes adresses

Le Coquillage

Saint-Méloir-des-Ondes

Difficile de ne pas tomber sous le charme des Maisons de Bricourt et de son restaurant où officie le jeune chef Hugo Roellinger. Le menu fait la part belle aux artisans locaux, le pain pétri et cuit dans le fournil attenant au château, à deux pas du Potager Celtique caressé par les embruns. À table, on retrouve la signature familiale où les épices viennent sublimer des produits d’exception. Le « Poivre des Mers » vient titiller les huîtres de Cancale tandis que la cotriade, une marmite originellement offerte aux marins, est réveillée par la « Poudre à Braise », une autre composition originale d’Olivier Roellinger. À table, on se régale des solettes de petits bateaux qui sont accompagnées du jus pincé des arêtes et d’une compotée de citrons confits. On garde un peu de place pour les fromages qui viennent uniquement de Bretagne et de Normandie, mais aussi pour le chariot des desserts tout bonnement grandiose.

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Le Buot 35350 Saint-Méloir-des-Ondes


Bonnes adresses

Early June

Paris

Le premier réflexe lorsqu’on met les pieds dans le restaurant de Camille Machet et Victor Vautier, c’est de choisir de n’en parler à personne. Parce qu’on a envie de la garder jalousement cette adresse-bijou. Parce que la cuisine d’Amandine Sepulcre (anciennement Mary Celeste et Dersou, ndlr) est élégante et nous ravit à tous les coups, pour les petites et les grandes occasions. Parce que la carte des vins est choisie avec soin et que le couple aime ça à tel point qu’il se rend régulièrement chez leurs vignerons le week-end. On va encore vous parler de vin nature attention, mais on va vous en parler avec passion et amour. Dans les assiettes ça donne quoi ? L’oeuf-mayo au miso avec ses fleurs de ciboulette et graines de sarrasin, le labneh maison avec le concombre battaglione un peu sucré qu’on sauce avec la bonne miche de chez Ten Belles. Autre détail qui a son importance, Amandine met un point d’honneur à proposer une version vegan de chacun de ses plats. 129

19, rue Jean Poulmarch 75010 Paris


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Life in the woods 54 · Le beer fear 96 · Vivant kombucha 64 · Marrakech 102 · Whole, teinture végétale 78

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