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HABITER GENÈVE EUROMÉTROPOLE

SPAA STRATÉGIES ET PRATIQUES ARCHITECTURALES AVANCÉES C. WIDERSKI, ENSEIGNANT RESPONSABLE C. BOYADJIAN, B. BREGMAN, S. BULLE, T. PIERRON, ENSEIGNANTS ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE DE LYON 2011

G enève A nnemasse


INTRODUCTION MAXIME CHESNEY

Le développement de la métropole Genevoise ne peut être considéré indépendamment du développement de l’axe Est des Chênes ainsi que de la ville d’Annemasse et de ces voisines françaises. L’interdépendance de ces deux entités, omniprésente depuis des siècles, tend aujourd’hui à se renforcer. La saturation du marché immobilier de Genève et de ses alentours repousse le logement sur les communes françaises voisines, tandis que Genève propose des emplois en quantité aux frontaliers français. On estime à 50000 le nombre de travailleurs français traversant la frontière quotidiennement pour rejoindre leur emploi suisse. Ce déséquilibre tend de plus en plus à s’accentuer, il est au coeur du projet d’agglomération 2030. Le qualificatif de ville dortoir est souvent associé à Annemasse. Elle offre des logements disponibles et les loyers les plus bas à proximité de Genève, elle est donc souvent choisie par défaut par les travailleurs transfrontaliers français. Malgré cela, nombre d’habitants y déplorent une qualité de vie médiocre. Les mouvements pendulaires transfrontaliers engendrés par le déséquilibre emplois à Genève/ logements à Annemasse produisent une surcharge et une congestion des réseaux automobiles, causes de pollution et de nuisances importantes dans le centre même d’Annemasse. A cela s’est ajoutée une incapacité de connexion des réseaux de transport en commun suisse et français au niveau de la frontière. Cette discontinuité qui ne permettait pas d’envisager une utilisation massive des transports en commun par les transfrontaliers puisqu’elle compromet fortement non seulement l’efficacité des déplacements vers Genève mais également leur confort. Les projets de mobilité actuellement en cours d’étude ou de réalisation (CEVA par exemple) tendent à redonner un confort et une efficacité à ces mouvements pendulaires sur des nouveaux modes de déplacement métropolitain tout en redonnant au piéton une place dans l’espace urbain métropolitain. La mobilité est un des éléments les plus importants et sûrement le plus caractéristique de ce territoire à prendre en compte dans le cadre d’un projet transfrontalié. Même si le projet d’agglomération a pour objectif de rétablir l’équilibre entre le rapport emploi/habitat et sa répartition sur le territoire évoqué plus haut, il serait trop ambitieux, irréaliste voire hors de propos de chercher à rétablir un équilibre. Il semble au contraire que nous nous orientons vers toujours plus de mouvement transfrontalié, vers plus de mobilité. La saturation immobilière et foncière de Genève offre à Annemasse un potentiel de développement considérable et une opportunité d’internationalisation, à l’image de l’installation de la Cité Internationale de la Solidarité dans le quartier de la gare, répondant à un déficit de foncier et de locaux disponibles pour des ONG et les organisations nationales. La ville bénéficie de l’avantage d’un foncier encore abondant et disponible, mis en connexion à Genève par le CEVA en cours de réalisation et un nouveau réseau de transports développé autour d’un tramway et d’un BHNS. Cet intérêt général porté sur les communes françaises frontalières et en particulier sur Annemasse sera un point de départ pour lui redonner un caractère et une qualité. Jusqu’à aujourd’hui et avec l’arrivée du projet d’agglomération, le développement urbain d’Annemasse est resté sans contrôle, presque anarchique, soumis à des épisodes de spéculation foncière et immobilière intense et aux opérations immobilières des promoteurs sans concertation, répondant à des exigences uniquement réglementaires et financières, sans prise en compte de la nécessité d’apporter des qualités d’habiter et de vie. Il en résulte un manque de structure spatiale, l’émergence de la ville par défaut, dans un ensemble urbain formé d’une multitude hétérogène


d’entités juxtaposées dotée d’un centre dont l’urbanité est peu présente ou du moins très peu perceptible. Un des objectifs des interventions sur l’agglomération d’Annemasse est de lui redonner une véritable urbanité contemporaine, affirmer son caractère de ville, située dans un territoire particulier entre Genève et Alpes. La situation géographique d’Annemasse en fait une porte d’entrée privilégiée vers les Alpes et la Vallée de l’Arve. Un réseau autoroutier performant relie Genève à la haute vallée de Chamonix et au tunnel du Mont-Blanc, traversée des Alpes avant l’Italie. La qualité de cette vallée ne se réduit pas à sa faculté à être franchie rapidement. Elle est chargée d’une histoire agricole et industrielle qui perdure aujourd’hui, à travers des activités à forte valeur ajoutée telle que le décolletage. Les milieux naturels et les écosystèmes de cette vallée alpine et en particulier de la rivière qui la parcours ont fortement été altérés par ces activités humaines et font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière, tendant vers un équilibre entre extraction des ressources naturelles abondantes (bois de construction, eau, sable et gravier) et préservation des milieux naturels. Les entités géographiques dotées d’une présence visuelle et d’une force poétique et évocatrice telles que la Vallée de l’Arve (mais aussi le massif du Salève, les contreforts du Jura au Nord, le lac Léman) doivent être pris en compte dans le développement métropolitain comme des éléments pouvant apporter des prises physiques et symboliques avec la géographie dans le but de construire le caractère de la métropole genevois. Toujours plus mobile et en mouvement tout en étant plus en prise avec les milieux urbains et naturels, ainsi pourrions nous résumer le devenir de la métropole Genevoise.


TERRITOIRE MICROLITHIQUE NICOLAS ROZIER

La métropole, définie comme la ville dont le rayonnement et l’influence lui font jouer le rôle de capitale (source CNRTL), est une entité connectée. Elle connectée au monde, elle capte les flux et définit un ensemble d’intéractions à chaque fois spécifiques, pour tirer au mieux parti de sa situation singulière; tout autant qu’elle est connectée à sa terre, par sa capacité à tisser des relations diverses et variées avec les entités constituant son territoire. Dans le cas de Genève, métropole intrernationale, on peux constater quatre entités prégnantes, qui sont autant de façon de pratiquer ou de développer le territoire : Une coté suisse, Genève-Vaud-Lausanne; et trois coté français, Genève-pays de Gex, Genève-Bellegarde, et Genève-Annemasse. Parmis ces quatre, le territoire Genève Annemasse se démarque; en effet, ce territoire est le seul à être construit de manière continue. Cette continuité est elle synonyme d’homogénéité? La réponse par l’affirmative est impossible; en effet, cette étendue urbanisée traverse quatre communes suisses (Genève, Chêne Bougeries, Chêne Bourg et Thônex) et cinq communes françaises (Annemasse, Gaillard, Etrembières, Ambilly et Vethraz Monthoux). Après avoir mis cela en évidence, il devient nécessaire d’identifier quelles pourraient être les entités constitutives de ce territoire que l’on sait désormais hétérogène. Après avoir identifié les plus remarquables d’entre elles, nous avons constaté que cette diversité supposé (nous avions au moins neuf entités administrative), devenait de plus en plus grande au fur et à mesure que nous allions dans le détail. Nous avons alors identifié une série d’entités urbaines, certaines étaient exceptionnelles et comprises dans de petites aires géographiques, liées à une conjoncture spéciale, devenue possible que par la réunion de plusieurs facteurs/acteurs à un instant «t»; tandis que d’autres, plus génériques, s’étendaient sur de grande portion du territoire (comme par exemple l’habitat pavillonnaire de Chêne Bougeries). C’est ainsi qu’a emmergé la métaphore de «territoire microlythique». Une structure microlithique est un ensemble de gros et de petits cristaux, noyés dans une pâte vitreuse; ce qui illustre bien notre cas : Lorsqu’on le regarde à l’oeil nu, le territoire semble être constitué d’une seule et unique matière; mais il suffit passer derrière un microscope pour comprendre qu’il s’agit en fait de plusieurs entités distinctes. Néanmoins, une incohérence persiste. On ne peut pas comparer un territoire habité et une roche; car ils sont foncièrement opposés. Une métropole est mouvante, mutante, organique; alors qu’une roche est figée, innerte, morte. Cette métaphore resterait pertinente si l’on présuppose qu’elle illustre ce territoire en un moment précis, telle une photographie; la pâte verre englobant les cristaux serait alors un espè flou, trop complexe, trop hybride, pour être figé dans une image. Dans ce cas, même si la métaphore demeure adéquate, nous avons oublié d’analyser une des composantes du territoire, celle qui, au mettre titre que la pâte de verre dans la stucture microlithique, est nécessaire pour maintenir la cohésion entre ces divers entités. Cette matière, ce lien, ne peut être que l’Homme. S’il est liant, c’est que la ville s’organise autour des relations (plus topologiques que géographiques) entre les diverses entités qui la constituent; mais ce n’est pas tout, en effet l’homme est aussi la matière de la ville. L’homme et ses pratiques modèlent la ville autant qu’elle le modèle. Ainsi la dimension sociétale (dont la plus petite unité définissable est le simple individu) serait la pierre de rosette permettant de déchiffrer le territoire. Nous savons désormais que spatialité et socialité sont indissociables, alors quelle est la nature de l’espace humain? Toute entité sociospatial est à la fois en relation avec d’autres entités, inscrite dans une entité plus grande, et composée d’entités plus petites, elles même décomposables jusqu’à l’individu.


Par ailleurs, un homme se construit en accumulant de l’information; ces informations lui viennent des espaces qu’il a pratiqué, des culture auxquelles il a été confronté (celle héritée de ses parents, celle des gens qu’il a rencontré...). Si l’homme se constitue par une confrontation à l’espace humain (sans oublier qu’avec internet, tout homme a le monde entier à disposition), alors il est à la fois compris dans un certains nombre de socio-espaces (d’échelles variables), et contenant en puissance de ces mêmes espaces. L’espace humain serait donc de nature fractale. Cette complexité est l’essence même de l’espace humain, et en pratique il est impossible de cerner ce processus (car il s’agit bien de quelque chose en mouvement perpétuel) dans sa totalité. Nous ne pouvons pas le nier; mais il nous est encore possible d’apercevoir la réalité de notre environnement de manière partiel afin d’en identifier les dynamiques les plus prégnantes (Nous parlons ici de mode de représentation; ils sont volontairement simplifiés, la complexité de la réalité se retrouvant au fur et à mesure de l’accumulation des différentes représentations d’un objet donné). Sans oublier (comme cela avait été mis en évidence dans la métaphore du territoire microlithique), que tout socio-espace ne peut être critiqué que si l’on observe à la fois les dynamiques qui lui sont propre et les relations qu’il entretient avec les autres socio-espaces d’une même entité. Cette logique se retrouvera aussi dans la construction de notre espace (et ce à toutes les échelles, de l’habitat jusqu’au SCOT). En effet, la production de la ville aussi répond de cette nécessaire incomplétude, il est parfois difficile de comprendre dans quel système nous sommes inscrits, avec quels systèmes nous tissons des relations, et comment chacun de ces systèmes s’interpénètrent; à tel point qu’on a parfois cherché à trop simplifier (on pensera au dogmatisme de la chartes d’Athènes). Un tel chaos peut laisser coi, mais c’est ce qui fait la beauté de la métropole; l’éloge de la pluralité, le respect de la diversité; il n’y a pas de vérité, chaque individu est libre d’avoir la(les) sienne(s).


DYNAMIQUE MÉTROPOLITAINE DIMITRI KATSAMPALOS & IMANE MELLAH

Le changement et l’intensification des modes de vie dans un environnement mondialisé, ainsi que le développement des réseaux de transport et de communication, ont engendré l’accroissement du phénomène de pendularité dans les métropoles, et notamment les villes suisses, durant les dernières décennies. Aujourd’hui, pour intervenir sur le territoire il est nécessaire de comprendre l’espace des flux qui constituent le territoire, et manipuler les formes temporelles qui caractérisent son évolution. Le phénomène de pendularité, qui fait éclater les bassins d’emplois traditionnels et modifie plus généralement la manière avec laquelle nous habitons le territoire, peut être considéré comme une expression du processus de métropolisation. Selon Vincent Kaufmann ce phénomène est possible par l’accroissement des vitesses de déplacement, des différents systèmes de transport et d’une plus grande acceptation des longs trajets. La philosophie sous-jacente au développement des grandes infrastructures rapides, est une volonté de libérer la population des contraintes de l’espace-temps dans le cadre de leurs déplacements professionnels ou de loisirs, mais aussi d’offrir aux entreprises un gain de productivité. Malgré cela, le pendulaire n’utilise pas les gains de temps offerts pour minimiser ses durées de déplacements. Au contraire, il en profite pour réaliser une pendularité plus lointaine. La périurbanisation : avec des phénomènes d’étalement urbain, comme sur les communes de Thônex ou d’Ambilly. Dans un contexte mondial caractérisé par des mutations sociales et économiques, l’individu contemporain, l’homme interconnecté caractérisé par une multiplicité identitaire, ne cesse de se déplacer, pour travailler, voyager, ou participer à des communautés qui l’intéressent. Nous pouvons nous demander, quelle sera la ville de demain pour l’homme interconnecté ? Si l’on admet que le développement des réseaux de transport et l’augmentation des vitesses favorisent l’étalement urbain : comment faut-il procéder ? La solution serait- elle de retourner à l’homme placé à ses points d’ancrage, bien intégré dans une société locale et « heureux » dans son territoire natal ? Ou bien, serait-ce plus raisonnable de continuer à minimiser les distances et l’impact des frontières, en imaginant l’individu comme un être en perpétuelle liberté de mouvement ? Où s’arrête cette liberté et avec quelles conséquences? Quel bilan énergétique ? L’ homme contemporain vit d’ores et déjà un éclatement géographique des lieux de vie pratiqués, en acceptant le plus souvent, d’être un étranger au milieu d’étrangers. Cette vie active en plusieurs lieux, appelée multilocalité par Cédric Duchêne-Lacroix (chercheur à l’université de Bâle), engendre un ensemble des pratiques multirésidentielles et nous incite à nous questionner sur la qualité et l’ « art de vivre », de l’habiter multilocal. Entre habiter, circuler et migrer simultanément, les frontaliers, les navetteurs professionnels, les étudiants étrangers, les (enfants de) familles eclatées ou recomposées, les retraités et les migrants transnationaux, sont des exemples d’individus contemporains, qui entraînent des rapports territoriaux avec des comportements mobiles. La situation dans un territoire transfrontalier riche en mouvements pendulaires avec 500.000 passages quotidiens à la frontière et le contexte d’un continuum urbain déséquilibré, nous questionnent sur comment habiter le territoire de manière temporaire et trans-locale ou multilocale, tout aspirant à une qualité de vie.


Le phénomène de métropolisation s’accompagne d’une double dynamique. Saskia Sassen définit dans son ouvrage «La Ville Globale» cette double dynamique comme propre au phénomène de globalisation. Il s’agit d’une part, de la dispersion et de la concentration géographique, d’hommes, d’activités, et de valeurs sur un pôle urbain (en France, selon la définition qu’en donne l’INSEE, un pôle urbain est une unité urbaine offrant au moins 5000 emplois...). D’autre part, s’opère une redistribution de ces attributs par le même pôle qui restructure ainsi son territoire d’influence. Et ce à différentes échelles, à savoir de l’échelle englobante tout les agrégats urbains, à l’échelle domestique de l’individu. L’individu contemporain, est perçu comme non représentatif de l’ensemble de la société, mais emblématique d’une dynamique sociale. Selon François Asher, cette dynamque sociale associé à la dynamique économique créent le système métropolitain. Dans le paysage économique actuel, la dispersion des flux, leur rapidité croissante et leur caractère immatériel dissimulent un aspect essentiel, et néanmoins négligé, du phénomène de globalisation : la concentration territoriale en général, et urbaine en particulier. Genève présente une nouvelle forme de centralisation, ignorant les frontières nationales, mais fortement liée à sa géographie, sa culture et son histoire. Elle rassemble de façon inédite les activités les plus modernes et les infrastructures traditionnelles. Ces métropoles sont liées entres elles par des réseaux de plus en plus denses auxquels participent une multiplicité d’acteurs. Il s’agit de faire une distinction entre ces différentes dynamiques territoriales, qu’elles soient à l’échelle régionale, à l’échelle nationale ou encore à l’échelle globale. Genève représente une véritable polarité économique et spatiale, résultant d’une concentration disproportionnée d’emplois, qu’ils soient très bien ou très mal rémunérés. Elle se retrouve inévitablement face à un manque d’espaces dédiés au logement. La ville d’Annemasse fait figure de «Banlieue Genevoise», la banlieue étant un phénomène constitutif de la métropolisation. Elle s’entend qualifiée de «Ville dortoir» comme une conséquence des pendularités liées aux activités économiques de Genève. L’espace, l’infrastructure et les emplois non-qualifiés sont autant d’aspects de la mondialisation et des villes globales qui méritent que l’on s’y attarde. De nos jours, la question urbaine semble occuper la place qu’avait la question sociale au début du siècle. Les reportages se multiplient tant sur les banlieues à problèmes que sur les «ghettos dorés», résidences sécurisées pour classes aisées. L’idée de «fracture urbaine» semble alors indisociable de celle de fracture sociale. Selon Jacques Delonzot (La nouvelle question Urbaine), la «lutte urbaine» désigne les mouvements de protestation qui se développent alors contre la gestion technocratique et affairiste de la transformation urbaine. Dans le cas de la ville d’Annemasse, elle concerne plus précisement l’absence d’équipements collectifs dans les nouveaux ensembles, le tarif trop élevé des transports, l’insufisance des espaces publics et attributs concernant ce qu l’on appelle le cadre de vie. Si l’on met l’accent principalement sur le cadre de vie c’est que le niveau de vie, pose, lui , bien moins de problèmes, au vu des salaires suisses. Les classes populaires d’Annemasse ont accès à des logements modernes, avec le confort qui en découle. Cependant on assite à un réel désenchantement, car tout ce qui fait l’intérêt de la ville, son «esprit», son «caractère» n’ont pas suivi la promesse tenue par le logement moderne de ces nouveaux ensembles. La rationnalité


fonctionnelle a diminué le rôle de la vie collective au profit de celui de la vie privée. Il ne s’agit pas de contester le rôle et le rayonnement majeurs joués par la ville de Genève; le problème vient de l’importance qu’il faut savoir accorder à l’urbanisation fonctionnelle comme une adaptation de la ville aux exigences de l’économie capitaliste. «L’importance qu’il faut accorder à la question urbaine varie donc selon les auteurs. Mais il y a toujours consensus sur sa nature la qualité de la ville comme cadre de la vie sociale et sur ses manifestations les luttes de la société civile contre l’urbanisme fonctionnel»


ANTHROPISATION DE LA VALLÉE ADELIE COLLARD

Des Alpes au Léman, l’Arve traverse le Faucigny depuis le sommet des glaciers jusqu’au centre de Genève dans le quartier de Jonction, où elle trouve sa confluence avec le Rhône. Cette vallée à la particularité de traverser plusieurs milieux particuliers, plus ou moins propices au développement urbain. De larges plaines s’étendent de Genève à Bonneville, permettant les cultures et l’urbanisation, tandis que plus en amont, les gorges et l’étroitesse de la vallée ont rendu l’installation de l’homme beaucoup plus difficile. Si les montagnes et la rivière sont un atout pour cette vallée en terme de paysage, d’attrait touristique mais aussi de ressources elles ont aussi été des obstacles pour l’urbanisation du territoire et son développement. Cependant, malgré le risque, l’homme s’est approprié ce territoire, l’a modifié, et parfois même abimé. Le développement des vallées est toujours contraint par le relief. La vallée de l’Arve n’échappe pas à cette règle. Dés le début du XVIII ème siècle, les plaines sont occupées par les industries et l’agriculture. L’horlogerie se développe à Genève et la vallée profite de ce développement économique en accueillant les industries genevoises. Dans les siècles qui suivront, ce caractère industriel de la vallée continuera à se développer, notamment dans la conception et la fabrication de pièces métalliques pour l’électroménager ou l’automobile. La vallée deviendra ainsi mondialement reconnue comme un pôle du décolletage, regroupant des milliers d’emplois et d’entreprises. Le lit de l’Arve est aussi une source de matière première. En effet, la couleur bleue et laiteuse du cours d’eau provient du sable constituant les sols. Longtemps exploités, le gravier et le sable tirés de la rivière servira notamment à construire les infrastructures routières de la vallée. Si certaines de ces gravières sont toujours en activité, beaucoup d’entre elles, aujourd’hui abandonnées rythment les bords de l’Arve, créant parfois des vestiges industriels surprenants. Aujourd’hui, la vallée poursuit son développement industriel en tentant de devenir un pôle de compétitivité international, en s’orientant notamment dans la mécatronique. Si ce développement a été rendu possible et continue aujourd’hui, c’est sans aucun doute grâce à la densité des réseaux qui jalonnent ce territoire. L’autoroute A40, reliant Genève au tunnel du Mont-Blanc à permis de réduire considérablement les temps de déplacement des hommes et des marchandises. Cependant, ces infrastructures doivent traverser un territoire extrêmement contraint par la topographie, ce qui engendre des ouvrages particulièrement impressionnants tels que des viaducs et des tunnels. A Passy, où la vallée devient une simple gorge où s’écoule l’Arve, un viaduc passe littéralement pardessus la ville et les industries. Générateurs de paysages spectaculaires pour le voyageur, les infrastructures de transports sont l’une des traces les plus visibles de l’anthropisation du territoire, et souvent aussi l’une des plus nuisible. Entraînant notamment pollution de l’air et nuisances sonores, ces infrastructures sont indispensables pour le développement économique de ces territoires mais sont difficiles à gérer en terme d’image et de respectabilité du milieux. Elles sont aussi autant de barrières physiques, empêchant certains déplacements humains ou animaux. Entre lien économique et fracture paysagère ces réseaux témoignent de la complexité de cette relation entre milieu naturel et viabilité économique du territoire. De la même manière, l’impact de l’industrie sur le territoire de la vallée de l’Arve est ambiguë. Si l’industrialisation et le développement des infrastructures à permis l’urbanisation du territoire, elle


aussi engendré une dégradation progressive du milieu naturel. C’est le cas notamment avec le réseau hydrographique de la vallée qui avait dans les années 90 la réputation d’être l’un des plus pollués d’Europe. L’installation progressive des industries de décolletage le long de la rivière et leurs rejets incessant dans les cours d’eau avaient engendré une pollution extrême aux métaux lourds. On constate la disparition d’espèces aquatiques comme l’ombre commun, on prend conscience de l’état catastrophique de l’eau de l’Arve dans les années 90. De plus, l’exploitation à outrance du sable de l’Arve modifie le cours de la rivière, augmentant son débit de manière significative et perturbe considérablement l’écosystème. La renouée du japon envahit les rivages de l’Arve, témoignant de la pollution des sols et de la difficulté des espèces endogènes de la région à survivre dans les conditions de l’époque. Cet impact néfaste de l’homme sur son environnement naturel est dénoncé dans les années 90 et la prise de conscience globale de la dégradation du milieu naturel et de l’atout potentiel qu’il pourrait représenter pour le territoire entraîne de nouveaux projets. En 20 ans, l’Arve retrouve un niveau de pollution acceptable et l’industrie s’oriente vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Les cours d’eau sont classés et protégés, la faune peut de nouveau se développer. Ce revirement de situation, ce changement d’attitude vis à vis de l’environnement est symptomatique de notre époque. On s’interroge au niveau mondial sur l’impact de l’homme sur son environnement et on reconsidère la question de la médiance. L’homme prend conscience de la nécessité pour sa survie de respecter son milieu naturel. Nous nous engageons vers la renaturalisation des espaces urbains et vers une préservation de la biodiversité comme si l’homme avait pris conscience de l’atout que pouvait représenter cet environnement pour lui. Cette idée est d’autant plus pertinente dans la vallée de l’Arve où la nature est sans conteste l’un des atouts majeur du territoire. Cette facilité d’accès à la nature agit comme une image de marque pour ce territoire. Le développement du tourisme notamment lié aux stations de ski est croissant et l’accès facile à la nature constitue un attrait majeur pour la population susceptible de s’installer dans la vallée. Les grands espaces, la nature, constamment réclamés par les urbains sont ici à porté de main, si tant est qu’ils puissent être préservés. Tentant la combinaison difficile d’un pôle de compétitivité industriel et d’un milieu naturel d’exception, l’enjeu de la vallée de l’Arve constitue en sa capacité à développer une activité économique viable, capable de soutenir la concurrence des industries genevoises afin d’être présente au niveau européen, tout en respectant un environnement naturel qui constitue aujourd’hui son identité. Si l’anthropisation de la vallée à pendant des années nuit considérablement à la qualité du milieu et des écosystèmes, la prise de conscience du potentiel de développement que peut représenter cette situation géographique, entre eau et montagne, ainsi que l’engouement général pour une préservation de la nature, l’occupation de la vallée s’oriente aujourd’hui vers une recherche d’équilibre et de soutenabilité. Il s’agit de s’inscrire dans une dynamique de respect de l’environnement, sans pour autant renoncer au développement économique et urbain.


PATRIMOINE NATUREL AYMAR BUIRETTE & MIN HYUK JUN

En arrière plan, les façades, lointaines mais omniprésentes à la fois, dessinées par les reliefs montagneux et arborés des Alpes du Nord, du Jura et du Salève, nous confinent d’emblée dans un univers préalpin d’exception. Aux pieds de ces reliefs, les nappes horizontales des terres agricoles s’étendent sur les plateaux, dont la lueur du soleil nous révèlent des teintes vertes d’une grande fraîcheur, jaunes dorées ou oranges sanguines. Par la présence très forte du lac Léman, puis de manière plus confidentielle, c’est aussi l’eau et les forêts rivulaires qui pénètrent l’ensemble de l’urbanisation genevoise par la vallée caractérielle de l’Arve, depuis le massif du Mont Blanc. Après quelques chapitres d’analyse, on ne peut que se laisser prendre d’émotion par la découverte des paysages naturels qui font la première et véritable richesse perceptible du territoire genevois. Plusieurs grandes intensités paysagères constituent le patrimoine naturel du grand Genève, dont les trois principales citées précédemment qui se distinguent de façon évidente par leur différence morphologique, notamment autour de l’axe Genève-Annemasse, mais qui offre chacune des atmosphères, des matérialités, des ressources ou encore une histoire spécifiques, nourrissant le caractère particulier des lieuxet ne cessent de stimuler la plupart de nos sens. La force paysagère de ce territoire se fait certainement par sa relative taille. Il faut compter quelques minutes depuis le centre ville de Genève ou d’Annemasse pour voir une ferme en activité, se promener en forêt, sur les galets des rives de l’Arve, avec dans son champ de vision une vielle bâtisse au milieu d’une terre agricole et une vue sur le Mont-blanc. Compter un peu plus de temps pour emprunter le téléphérique du Salève et profiter de la vue imprenable sur les plateaux et le lac Léman. Autrement, on peut citer une relation étroite avec ses villages alpins et ses stations lorsque l’on gagne les premières altitudes des Alpes. Cette proximité de la nature offre des perspectives d’urbanisation très novatrices, et accentue dans certains cas cette attractivité résidentielle en dehors des centres urbains, mais proche de l’activité économique. Chacune de ces entités naturelles est confrontée à la réalité de la forte urbanisation qu’elle va devoir subir (ou alors orienter) d’ici ces prochaines années. Par ailleurs, plusieurs ont déjà essuyée des blessures liées à l’activité humaine durant l’histoire du développement urbain, si l’on prend concrètement pour exemple le bois des Rosses à l’Est d’Annemasse qui s’est vu arraché quelques hectare de forêt pour accueillir une très vaste zone d’activités concertée dans les années soixante, l’autoroute A40 qui est venue entailler dans les années soixante-dix les abords de l’Arve, la rivière qui fait toujours l’objet d’une activité importante et non sans conséquence de l’industrie mécanique et minérale, perturbant le court de son lit majeur, sinon le Salève avec une remarquable cicatrice, laissée par la carrière de roche et alluvionnaire au milieu de sa forêt, puis les plaines agricoles des plateaux qui ont déjà cédé une grande partie de leurs terres face à une forte pression foncière, qui sera encore plus conséquente demain. « La ruralité ne s’oppose pas à l’urbanité » dixit Daniel Lacombe, lorsqu’il évoque le problème d’inventer un nouveau dialogue entre habitat et paysage pour créer une nouvelle réalité constituant un « territoire jardin », afin d’expérimenter un nouveau rapport direct de l’habitant avec les éléments naturels comme l’eau, le vent, le soleil, les arbres, etc. C’est ainsi avec grande précaution que les acteurs de cette future urbanisation ont la responsabilité de prendre en compte cette richesse naturelle et émotionnelle, aujourd’hui plus que jamais menacée, mais qui promet un potentiel de développement original pour accueillir quelques deux cent nouvelles vies, et offrir un mode d’habiter bien spécifique, et peut-être même nouveau. En plus de pouvoir contenir un étalement urbain menaçant, la mise en valeur et la prise en compte de ce patrimoine,


commun à l’ensemble des cantons et des communes le long du l’axe Genève Annemasse semble également pouvoir consolider un fort atout identitaire du lieu, dans le cadre d’un développement métropolitain, à défaut d’avoir pour l’instant de véritables éléments architecturaux de qualité pouvant conférer un «rôle de socle identitaire », selon les termes rapportés du projet franco-valdogenevois. L’identité, le mode d’habiter et la densification sont des enjeux de la métropolisation, et sera clairement articulé autour de cette notion de relation à la nature. Les différentes entités paysagères , lorsqu’elles sont perceptibles en même temps ou de manière isolées, créent une ambiance et une forme qui structurent le paysage, impliquant un rapport de l’homme à la nature très particulier dans le territoire traité. Toutefois, elles possèdent chacune des qualités intrinsèques autre que perceptives, car elles ont des fonctions déterminantes, plus ou moins tangibles, d’ordre économique, historique, touristique ou identitaire, que l’on évoquait précédemment. On peut détailler succinctement les différents éléments naturels structurant l’identité du territoire, et leur rôle dans le développement de la métropole. Lac Léman Le bassin lémanique est certainement l’entité la plus connue du paysage genevois, dont le lac alpin en forme de « virgule » est le plus grand d’Europe centrale, jouant le rôle de plate forme touristique et économique entre les frontières françaises et suisses. S’y jettent le Rhône, qui croise l’Arve à la Jonction à Genève, l’ensemble constituant un attrait paysager très important du point de vue économique puisque le prix du mètre carré peut atteindre jusqu’à bien plus de 20 000 francs (chf) dans les communes suisses aux alentours du lac, et confère les prix du foncier parmi les plus chers de France dans les communes savoyardes avoisinantes. Vallée de l’Arve L’histoire de la vallée est marquée par une forte activité économique et industrielle, lui confortant une place importante dans l’histoire du développement de Genève et ses communes riveraines. Elle pénètre de manière sauvage l’ensemble de l’agglomération, proposant une rupture très forte mais élégante entre nature et urbanité, en plus d’être le socle d’infrastructures industrielles type gravières et sablières, ponctuant le paysage agricole de traces et cicatrices anthropiques. Aujourd’hui, l’Arve, qui prend sa source au pied du Mont-Blanc à Chamonix et termine sa course a la pointe Sud du lac Léman, est au cS ur des préoccupations. Elle fait aujourd’hui partie des ZNIEFF ( zone naturelle d’intérêts écologique faunistique et floristique, lancé en 1982) au même titre que les forêts du mont du Salève ou celles des Pré Alpes, qui affirme l’esprit de conservation et la revalorisation de cette richesse écologique, dans le soucis d’une processus de développement urbain important et imminent. Mont Salève « Balcon naturel » ou alors appelé « la montagne de Genève » et pourtant dans les limites des frontières savoyardes, le mont Salève culmine à 1 379 m, proposant certainement le plus grand champ visuel sur l’ensemble de la cuvette entre les massifs du Jura et des Alpes, on peut même y voir le lac d’Annecy. Rendu accessible depuis 1932 par le téléphérique au sud de Veyriez, cette formation géologique propose un bon nombre d’activités sportives pour l ensemble des communes voisines, en plus d’être une ressource importante de matière première, telle que la roche calcaire, qui a d’ailleurs provoqué une très forte incision dans sa masse végétale.


Les Pré-Alpes de Savoie Plus lointain vers l’Est dans les frontières françaises, c’est le relief montagneux qui marque l’arrière plan du du paysage. Ressource économique, par ses activités saisonnières de ski ou d’activités alpines, ressource naturelle pour ses forêts, son eau, son gravier et sa roche, les pré alpes peuvent être aussi une ressource de qualité de vie. Les petits centres urbains de la montagne subissent pourtant une éternelle déconnexion en terme d’accessibilité, qui réduisent parfois à néant leur économie et leur développement. D’un point de vue touristique, ils font l’objet de convoitise toujours plus forte des gens en quête de nature, et peut-être bientôt on pourra y voir une nouvelle forme d’attractivité urbanistique. Les plateaux agricoles Toujours dans un soucis de préservation, le regard est porté sur la production agricole. La majeur partie s’étendant sur les plateaux aux pieds des relief montagneux, le PACA relève lui quatre «entités agronaturelles » à production à forte valeur ajoutée : au sud, une plaine maraîchère à Troinex et Veyriez, les zones agricoles attenantes à l’Arve, les plaines de Collonges depuis le lac Léman, puis autour des bois des Rosses à l’Est d’Annemasse. Les plateaux sont les lieux qui témoignent le mieux de l’urbanisation peu ou mal contrôlée, ou l’habitat individuel se confronte directement au résidentiel dense, qui lui même vient défier le paysage agricole. Aujourd’hui, il est reconnu que l’activité agricole est un moyen pertinent de conserver une certaine qualité de paysage naturel, tout en apportant des ressources indispensables.


VILLE PAR DÉFAUT IMENE FARAH & CLAIRE ROY

La « ville par défaut » illustre une des caractéristiques urbaine d’Annemasse et de son territoire provenant de son évolution historique presque entièrement dédiée à Genève.En effet, la ville contemporaine d’Annemasse est souvent décrite comme « ville dortoir » ou « Grenier de Genève ». Le constat actuel est l’hétérogénéité, le manque d’urbanité et la pauvreté sociale du lieu. Résultante d’une architecture de besoin, Annemasse manque aujourd’hui d’une « poésie urbaine » nécessaire à la cohérence sociale de la ville. Le développement de la ville d’Annemasse, ancien petit village savoyard, à été déterminé par l’arrivée du chemin de fer. La construction de la gare à permis une autonomie relative de développement industriel ainsi qu’une plus grande possibilité d’échange avec Genève. L’ancien centre est alors structuré et on étend l’espace urbain. L’évolution démographique d’Annemasse (développement presque continu depuis 1950) est dût principalement à la conjoncture d’augmentation de la demande de main d’oeuvre à Genève et de la saturation du marché immobilier au centre. Annemasse devient alors la banlieue résidentielle de Genève. Son développement exponentiel est le fruit de sa position géographiquement stratégique (la ville française la plus proche du centre de Genève sur l’axe Est) et d’une valeur foncière avantageuse. Les français frontaliers travaillant à Genève trouvent en Annemasse la solution idéale à leur mode de vie et la demande de logements ne cesse de croître. Le besoin de logements provoque alors une confusion de la promotion immobilière et tend à produire une architecture de masse, fonctionnelle et sans vie. La ville s’étend alors, aveuglement, sans structure ni soucis de composition ou préservation. L’étalement urbain s’effectue alors « par défaut », produit d’une architecture indéterminée, sans cohérence ni cohésion sociale, une « ville prolifératoire ». Outre la composition globale, la caractéristique de l’expansion d’Annemasse réside dans son homogénéité programmatique. En réponse à la forte demande de logements, les constructions n’ont pas su se diversifier et la ville est actuellement face à une crise sociétale. Si l’expansion à su répondre à la demande chiffrée, elle n’a pas su adapter le bagage infrastructurel nécessaire au bon développement d’un art de vivre urbain.


DÉMOCRATIE ET CONSENSUS ARCHITECTURAL MARINE BONNEFOY, VICTOR BONNIVARD & ESTELLE HENRY

Lorsque l’on se promène sur le territoire genevois l’architecture paraît à première vue sans qualité évidente, le paysage est moins marqué par de grandes constructions ayant une place dans l’histoire de l’architecture, les styles sont moins facilement identifiables. Cause peut être de son développement tardif au XIXe, il se dégage de l’ensemble une grande homogénéité, une impression de « normalité » de « banalité » apparemment sans saveur mais qui a démontré depuis, une qualité certaine, grâce à la relecture de l’architecture suisse contemporaine telle que faite par Peter Markli, Olgiati, Zumthor ou encore Herzog et de Meuron. Le travail de Steinmann a d’ailleurs très bien mis en évidence cette spécificité de l’histoire architecturale suisse, absente jusqu’aux années 1980 de la critique et de «  la grande histoire  » de l’architecture. Le caractère presque insipide des constructions avait dissimulé pendant longtemps la recherche en deçà des architectes suisses. En effet avec un peu plus d’attention, certains détails marquent la spécificité architecturale du territoire. La modernité a tout particulièrement pris ici une tournure différente de celle que nous connaissons en France. Les immeubles modernes qui accompagnèrent la deuxième vague de développement économique durant l’après guerre sont extraordinairement intégrés au tissu urbain, on les retrouve aussi bien en périphérie que dans la ville historique. Ils constituent une collection de banques, de bureaux, sièges sociaux ou encore de bâtiments publics. La reconnaissance de cette architecture s’est forcément accompagnée du renoncement aux excès qui ont pu être ceux des bâtiments français de la même époque. Contrairement à ces derniers qui pouvaient être le terrain d’expérimentations théoriques et constructives, la modernité semble ici, avec son gabarit respectueux de l’ancien, son placage de marbre qui dissimule soigneusement le béton, ses façades de verre églomisé et son sol en travertin, excessivement bourgeoise, accommodante, rangée. Quelques raffinements structurels ne manquent pas d’ailleurs, pour qui sait les lire, de qualifier cette architecture de manière luxueuse. Les bâtiments modernes suisses, grâce à la qualité des matériaux et contrairement à beaucoup d’autre constructions de la même période ont été très bien entretenus. La proximité de ces ensembles avec le centre ville a aussi joué dans la réception de leur architecture moderne. Ainsi de tels bâtiments sont en Suisse recherchés pour les qualités que l’on vient de présenter, tout en restant semblables à ceux qui sont aujourd’hui décriés en France. Aux cotés de cette architecture qui est parfois, il faut bien l’avouer, à la limite du vulgaire et dont le verre miroitant irradie les bords touristiques du lac Léman, on trouve quelques bâtiments d’une veine plus régionaliste. Construits entre 1850 et 1900 dans un style néoalpin qui laisse transparaitre la quête identitaire qu’a pu porter a un moment donné l’architecture, ils abritent pour la plupart des fonctions administratives telles que des ambassades, des écoles ou des bâtiments publics. Leur caractère provincial, leurs décors peints de couleurs vives, leurs horloges, leurs toits pentus, l’aspect tassé et massif des soubassements à bossage de granit, rappelle la proximité et les échanges culturels entre l’Allemagne et la Suisse. Ces bâtiment ont aussi leur pendant domestique, en bordure de la ville. A l’est on peut trouver de nombreux chalets au toit dentelé de bois sculpté et qui ont étonnamment résisté au développement urbain et dont certains situés à Cologny possèdent encore même un parc arboré . Ce paysage est à la lumière d’une analyse sociale le résultat d’une politique territoriale et architecturale très démocratique, l’importance du réseau associatif, le découpage administratif


en canton fait que les choix sont presque toujours soumis à une décision collective. L’architecture «  hyper normale  » de la Suisse vient de l’obligation du consensus formel, condition obligatoire pour que tout bâtiment sorte de terre. Le décret actuel concernant la préservation des espaces naturels en zones non constructibles montre bien l’intérêt des genevois pour leur paysage et le conservatisme dont ils font preuve, et ce en dépit d’une demande de logement forte dans une ville dont le développement est encore possible.


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